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  • EXCLUSIF : Le plan secret entre les États du Golfe et Israël pour réhabiliter Assad | Middle East Eye
    https://www.middleeasteye.net/fr/reportages/exclusif-le-plan-secret-entre-les-tats-du-golfe-et-isra-l-pour-r-habi

    EXCLUSIF : Le plan secret entre les États du Golfe et Israël pour réhabiliter Assad

    Le chef du Mossad, Yossi Cohen, a rencontré des responsables saoudiens, émiratis et égyptiens le mois dernier pour discuter des moyens de contrer l’influence régionale turque, selon des informations recueillies par MEE

    L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Égypte ont manigancé un plan avec Israël pour accueillir de nouveau le président syrien Bachar al-Assad au sein de la Ligue arabe afin de marginaliser l’influence régionale de la Turquie et de l’Iran, révèle en exclusivité Middle East Eye.

    Cette initiative diplomatique a été approuvée lors d’une réunion secrète, tenue dans une capitale du Golfe le mois dernier, à laquelle ont assisté de hauts responsables des services de renseignement des quatre pays, dont Yossi Cohen, directeur du Mossad, ont indiqué à MEE des sources au fait de cette réunion.

    La réunion a également été organisée en réaction au « refroidissement » notable des relations entre le président américain Donald Trump et Riyad depuis l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul en octobre.

    Trump a publiquement pris le parti du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, que la CIA et des membres du Congrès américain tiennent pour responsable du meurtre de Khashoggi.

    Cependant, selon un responsable au courant de la réunion, il aurait été dit aux responsables des services de renseignement : « Trump a fait ce qu’il pouvait et ne fera rien de plus. »

    Les responsables ont également convenu lors de la réunion qu’ils considéraient la Turquie, et non l’Iran, comme leur principal rival militaire dans la région, et ils ont discuté de plans pour parer l’influence d’Ankara.

    Les Israéliens ont déclaré à cette occasion que l’Iran pouvait être maîtrisé militairement, mais que la Turquie avait des capacités beaucoup plus grandes. Lors de la réunion, Cohen aurait déclaré : « Le pouvoir iranien est fragile. La vraie menace vient de la Turquie. »

    Quatre mesures selon l’article :
    – Négociations avec les talibans
    – « contrôler la carte sunnite » en Irak
    – retour à la Ligue arabe pour Assad
    – soutenir les Kurdes de Syrie contre les tentatives de la Turquie d’expulser les YPG et leur homologue politique, le PYD

    #grand_jeu


  • USA : Le débat sur le mur éclipse d’autres problèmes à la frontière américaine Elliot Spagat et Colleen Long - Associated Press à San Diego - 5 Janvier 2019 - Le Devoir
    https://www.ledevoir.com/monde/etats-unis/544912/le-debat-sur-le-mur-eclipse-nombre-d-autres-problemes-a-la-frontiere

    À Washington, tout tourne autour du mur. À la frontière avec le Mexique, ce n’est pourtant qu’une partie de l’histoire.

    Les autorités frontalières se débattent avec des installations obsolètes mal équipées pour faire face à l’augmentation croissante du nombre de familles de migrants, ce qui entraîne le relâchement au quotidien d’immigrants dans la rue. Le système judiciaire d’immigration est tellement encombré que certains attendent des années avant que leurs affaires ne soient résolues et manquent de fonds pour des services de base comme celui d’un traducteur en personne.


    Photo : Daniel Ochoa de Olza Associated Press Une femme se promène sur le flanc mexicain de la clôture frontalière qui sépare San Diego, aux États-Unis, et Tijuana, au Mexique.

    Une augmentation du nombre d’enfants malades arrivant à la frontière pèse aussi lourdement sur les ressources en santé.

    Malgré tout, le débat à Washington a porté presque exclusivement sur les 5 milliards de dollars de financement réclamés par le président Donald Trump pour un mur. Les autres propositions en cours de discussion maintiendraient le financement du reste du département de la Sécurité intérieure aux niveaux existants.

    « Le mur est un outil. Malheureusement, même s’il est construit tout au long de la frontière, il ne résoudra pas tous les problèmes », a souligné Victor M. Manjarrez, ancien chef des patrouilles frontalières avec plus de 20 ans d’expérience, et aujourd’hui professeur à l’Université du Texas-El Paso.

    Le président Trump a laissé entendre que les migrants ne prendraient pas la peine de venir s’il parvenait à ses fins avec le mur frontalier, ce qui rendrait d’autres enjeux d’immigration moins problématiques. Des murs et des clôtures couvrent actuellement environ un tiers de la frontière — principalement construits sous le gouvernement du président George W. Bush — et M. Trump souhaite les prolonger et les fortifier. Toutefois, la sous-traitance, la conception et la construction de nouveaux systèmes de murs dotés de technologies de pointe pourraient prendre des années.

    M. Trump a rencontré vendredi les leaders du Congrès américain qui ont déclaré que le président prévenait que la paralysie budgétaire pourrait durer encore « des années ». Le président a dit plus tard qu’il envisagerait d’utiliser le pouvoir exécutif pour construire un mur à la frontière.

    « Vous pouvez appeler cela une barrière, vous pouvez appeler ça comme vous voulez », avait déclaré M. Trump un jour plus tôt, accompagné de représentants de travailleurs à la frontière. « Mais essentiellement, nous avons besoin de protection dans notre pays. Nous allons y arriver. Les gens de notre pays le veulent. »

    Dans le même temps, la Chambre a adopté un projet de loi jeudi soir visant à financer le gouvernement sans les 5 milliards souhaités par M. Trump, la nouvelle présidente démocrate Nancy Pelosi qualifiant le mur « d’immoral ».

    Des familles qui ne veulent pas échapper à la capture
    Le débat néglige d’importants goulots d’étranglement dans le système d’immigration alors que de plus en plus de familles et d’enfants voyageant seuls se présentent aux autorités pour demander l’asile, au lieu d’essayer d’échapper à la capture, comme presque tout le monde le faisait il y a quelques années. Dans certains cas, des migrants escaladent la barrière frontalière existante et recherchent des agents pour se rendre.

    L’arriéré des tribunaux d’immigration a plus que doublé pour atteindre 1,1 million de cas depuis peu avant l’entrée en fonction de M. Trump, selon Transactional Records Access Clearinghouse de l’Université de Syracuse. Les familles et les enfants comptent maintenant pour environ six sur 10 arrestations par des patrouilles frontalières, mais il n’y a qu’environ 3300 lits de détention pour les familles et le nombre d’enfants non accompagnés pris en charge par le gouvernement a considérablement augmenté sous l’administration Trump.

    Les migrants ayant traversé la frontière sont bloqués dans des cellules de détention à court terme pendant plusieurs jours et le nombre d’enfants migrants malades a atteint des sommets. Deux enfants sont morts en détention.

    En outre, le mur fera peu pour résoudre le problème des visas échus — lorsque des immigrants arrivent dans le pays légalement et y restent après l’expiration de leurs papiers. Selon les autorités, il y a eu près de 740 000 séjours prolongés après l’échéance d’un visa au cours d’une période récente de 12 mois.

    Et les agents frontaliers continuent de composer avec un nombre croissant d’enfants et de familles. Les responsables disent qu’ils interceptent environ 2000 personnes par jour, dont plus de 60 pour cent sont des enfants et des familles, une proportion plus grande que pendant plusieurs périodes sous le président Barack Obama. Ils ont relayé 451 cas à un fournisseur de soins de santé du 22 au 30 décembre, plus de la moitié des enfants.

    Des responsables « dépassés » par les événements
    David Aguilar, chef de la police des frontières de 2004 à 2010 et ancien commissaire par intérim aux douanes et à la protection des frontières, a soutenu que les agences responsables de la détention à long terme en immigration avaient besoin de fonds supplémentaires pour pouvoir intervenir immédiatement après l’interpellation à la frontière. Il dit croire que les responsables sont « dépassés » par le sort de tous les enfants et de toutes les familles traversant la frontière, ce qui est très différent de la situation des années 1990 et 2000.

    « Les données démographiques et les flux à la frontière sud sont très différents de ceux observés lors de la construction des murs d’origine… en 2006 et 2008 », a-t-il déclaré.

    M. Trump a augmenté de façon importante le nombre de juges de l’immigration, mais Ashley Tabaddor, présidente de l’Association nationale des juges de l’immigration, a fait valoir que le personnel de soutien était insuffisant. Environ une semaine avant le « shutdown » au gouvernement fédéral, on a dit aux juges que les tribunaux étaient à court d’argent pour de nombreux traducteurs en personne et que, par conséquent, ils devraient les joindre par téléphone. Une audience qui aurait généralement duré trois minutes s’étalerait sur une vingtaine de minutes.

    #murs #inefficacité #USA #Mexique #migrants #frontières #barrières_frontalières #absurdité #réalité #Etats-Unis #barack_obama #george_w_bush #donald_trump


  • L’engouement pour la tenue palestinienne qu’a porté Rashida Tlaib pour son investiture au congrès est l’occasion de se souvenir de l’exposition « L’Orient des Femmes », début 2011 au Quai Branly :
    http://www.quaibranly.fr/fr/expositions-evenements/au-musee/expositions/details-de-levenement/e/lorient-des-femmes-vu-par-christian-lacroix-34146

    Les robes et tenues du Levant y étaient de véritables merveilles. Une petite vidéo sur l’expo :
    https://vimeo.com/207130185

    Je me demande où on peut voir ces robes depuis (je ne crois pas que ça faisait partie des collections exposées habituellement dans le musée).

    Sujet connexe : je ne sais pas comment on traduit l’anglais “throbe” en français. Au Levant, il me semble qu’on utilise directement la translittération de l’arabe – « dashdasha » – dans une conversation en français.


  • L’impact de BDS en 2018
    BDS National Committee, le 29 novembre 2018
    https://www.bdsfrance.org/limpact-de-bds-en-2018

    -Juste la semaine dernière, Airbnb a décidé de ne plus profiter des colonies israéliennes tout à fait illégales sur la terre volée aux Palestiniens. Ceci faisait suite à une campagne internationale menée par la coalition d’organisations #StolenHomes (maisons volées), affiliée au mouvement BDS pour les droits des Palestiniens, et des organisations de défense des droits de l’Homme.
    -Plus tôt ce mois-ci, Ilhan Omar est entrée dans l’histoire en devenant le premier membre du Congrès américain à souscrire publiquement à BDS en séance.
    -Rashida Tlaib, première femme palestino-américaine élue au Congrès, a fait l’éloge du mouvement BDS et a soutenu la réduction de l’aide militaire américaine à Israël.
    -Des mobilisations à travers le monde ont convaincu l’équipe nationale de football d’Argentine, menée par son capitaine Lionel Messi, à annuler sa rencontre amicale avec Israël.
    -La chanteuse vedette Lana Del Rey est devenue l’une des 19 artistes à se retirer du Festival Meteor d’Israël, après que des milliers de fans et de militants du monde entier l’ait exhortée à respecter l’appel au boycott des Palestiniens. Shakira et Lorde font partie des autres grandes artistes qui ont annulé leurs concerts cette année en Israël. Plus de 100 DJ et artistes de musique électronique ont rejoint le boycott culturel sous le #DjsForPalestine.
    -D’importantes organisations du mouvement des femmes indiennes, qui représentent plus de 10 millions de femmes, ont souscrit au mouvement BDS et réclamé la libération de tous les enfants palestiniens prisonniers.
    -Amnesty International a appelé à un embargo sur les armes pour Israël. Elle a dénoncé les États Unis et l’Union Européenne pour leurs accords militaires avec Israël et les a tenus pour responsables de « l’alimentation de violations massives » des droits fondamentaux des Palestiniens.
    -Le Parti Travailliste britannique a récemment voté le gel des ventes d’armes à Israël. En Irlande, un ministre d’État et 50 députés irlandais ont appelé l’Irlande à cesser de fournir des armes à Israël. Plus tôt, Dublin est devenue la première capitale européenne à souscrire à BDS pour les droits des Palestiniens.
    -Des parlementaires d’Espagne et du Portugal ont pris position pour les droits des Palestiniens et ont dénoncé les crimes de guerre d’Israël et sa loi raciste « d’État-nation du peuple juif ». Plusieurs villes d’Italie et l’État espagnol ont appelé à un embargo des armes sur Israël.
    -Le Mouvement Black lives matter a émis une vigoureuse déclaration de solidarité avec le peuple palestinien et a appelé les États Unis à mettre fin à son aide militaire annuelle de 38 milliards de dollars à Israël.
    -40 organisations internationales juives pour la justice sociale reconnaissent que le mouvement BDS a un engagement reconnu dans le « combat contre l’antisémitisme et toutes les formes de racisme et de fanatisme ». Elles condamnent les tentatives pour étouffer la critique de la politique israélienne.
    -Le Prix Nobel 2018 de Chimie, le professeur George P. Smith, a exprimé son soutien au mouvement BDS et à la baisse de l’aide militaire américaine à Israël.
    -Adidas a cessé de parrainer l’Association de Football d’Israël (IFA), qui comprend des équipes basées dans les colonies illégales construites sur la terre volée aux Palestiniens, à la suite d’appels venus de plus de 130 clubs de sport palestiniens.
    -Des syndicalistes et des militants des droits de l’Homme de Tunisie et du monde arabe ont obligé la compagnie maritime israélienne Zim à suspendre ses trajets vers la Tunisie.
    -La Fédération Canadienne des Étudiants, qui représente plus de 500.000 étudiants, vient de voter à son Assemblée Générale annuelle le soutien au mouvement BDS.
    -Leeds est devenue la première université britannique à se désinvestir de sociétés impliquées dans le commerce des armes avec Israël, suivant ainsi une campagne BDS par des militants de la solidarité avec la Palestine. L’université a désinvesti plus de 1.2 million de dollars d’avoirs de corporations qui font du commerce de matériel militaire avec Israël.
    -Les Quakers sont devenus la première église du Royaume Uni à dire qu’elle « n’investira dans aucune société qui profite de l’occupation [militaire israélienne] ». Récemment, plusieurs églises américaines ont elles aussi voté le désinvestissement des sociétés israéliennes et internationales complices des violations des droits fondamentaux des Palestiniens par Israël.
    -Depuis l’Afrique du Sud,Nkosi Zwelivelile Mandela, membre du parlement et petit-fils de Nelson Mandela, a affirmé le rôle essentiel joué par BDS pour mettre fin à l’apartheid israélien.

    #Palestine #BDS #bilan


  • Walid Pharès, le John Bolton’s boy par excellence ou les dérives mortifères de l’irrédentisme maronite – Salimsellami’s Blog
    https://salimsellami.wordpress.com/2018/11/07/walid-phares-le-john-boltons-boy-par-excellence-ou-les-deriv

    Une grande honorabilité bardée d’expertise. Des postes prestigieux dans la haute administration américaine républicaine : La vitrine d’exposition est parfaite, mais sous le vernis de la respectabilité, une façade lézardée, un personnage gangréné.

    Contrairement à ce que suggère son nom patronymique en arabe, Walid Pharès n’est pas le fils d’un preux chevalier, mais plutôt le parfait exemple d’un dévoiement par sectarisme. Libanais d’origine, naturalisé américain, il est en fait « UN ISRAELIEN d’ORIGINE LIBANAISE », comme l’a très justement qualifié le quotidien libanais « Al Akhbar ».

    « La propulsion de Walid Pharès au poste de conseiller du président Donald Trump ne constitue pas, loin s’en faut, une reconnaissance du savoir faire libanais encore moins un succès diplomatique pour le Liban, mais plutôt une percée majeure de la stratégie israélienne par la promotion d’un des affidés libanais de l’État Hébreu dans le cercle décisionnaire du pouvoir à Washington.(…) Preuve est faite qu’il est plus aisé pour les Forces Libanaises (milices chrétienens) de décrocher un poste regalien à Washington qu’à Beyrouth », poursuit Al Akhbar dont le portrait de l’ancien milicien se trouve sur ce lien pour le lectorat arabophone.

    http://www.al-akhbar.com/node/268049

    UN ISOLATIONNISTE VINDICATIF
    La biographie en langue française de cet isolationniste vindicatif est lisse.
    Sa biographie en langue anglaise, éditée par le site Mother Jones, est infiniment plus caustique et toxique.
    Sur ce lien : http://www.motherjones.com/politics/2011/10/walid-phares-mitt-romney-lebanese-forces

    Natif de la localité de Ghouma, district de Batroun, dans le Nord Liban, en 1957, Walid Pharès a effectué une scolarité éclectique à l’Université Saint Joseph des Pères Jésuites et à l’Université Libanaise à Beyrouth, avant de décrocher, en 1981, à 24 ans un Master en Droit International à l’Université Jean Moulin LYON III, une structure où a longtemps professé une figure de proue de l’extrême droite française Bruno Gollnisch, passé à la postérité pour avoir matraqué des journalistes avec son parapluie.

    Précoce, il publie à 22 ans, en 1979, son premier ouvrage « At Taadoudiya Fi Loubnane », « le pluralisme au Liban ». Edité par l’Université du Saint Esprit de Kaslick, le fief du militantisme des moines maronites lors la guerre civile libanaise sous le magistère du Père Charbel Kassis, ce livre paru quatre ans après le déclenchement de la guerre civile, reprend en les popularisant les thèmes des milices chrétiennes sur la spécificité chrétienne, particulièrement maronite, dans le Monde arabe.

    Considérant qu’il existe au Liban deux cultures distinctes, la culture chrétienne par essence démocratique et la culture islamo-arabe qui l’est moins ou pas du tout, l’idéologue en herbe reprend à son compte en l’amplifiant le thème « du choc des civilisations », théorisé par l’universitaire américain Samuel Huttington. Il préconise en conséquence la ségrégation entre groupes libanais et prône le développement séparé, s’inspirant de thèses de la « white supremacy », si courantes dans certains milieux du Sud des États-Unis.

    LE CORPUS IDÉOLOGIQUE DE CE SOLDAT DE LA GUERRE FROIDE
    En 1981, l’année qui précède l’invasion israélienne du Liban, il fonde une publication « La voix de l’Orient » pour poulariser ses idées et adhère au « Comité des Chrétiens du Moyen Orient » (MECHRIC), et trois ans plus tard, à l’ Union Sociale Démocratique Chrétienne (USDC). Une démarche destinée à se doter, via ce gropuscule, d’ un vernis social démocrate chrétien, afin d’atténuer quelque peu les aspérités de son personnage belliqueux animé de surcroît d’une volonté de croisade.

    Prolixe, il récidive en 1981 en publiant Hiwar Dimucrati (Le dialogue démocratique), dans une maison d’édition libanaise Dar Al Mashreq Press, conviant ses compatriotes de confession musulmane au dialogue. Une proposition de pure forme, destinée à la galerie en vue de bonifier l’image des milices chrétiennes, discréditées par leurs massacres successifs. Son idole, Bachir Gemayel dont il fut un proche collaborateur, ayant décrété qu’il existait « un peuple de trop » au Moyen orient, en pointant du doigt les Palestiniens, avait initié la première guerre d’épuration ethnique de l’époque contemporaine en ordonnant les massacres de la Quarantaine, janvier 1976, Tall El Zatar, en juillet 1976, enfin Sabra Chatila, septembre 1982 que son assassinat suscita par réflexe pavlovien.

    Sous l’effet du matraquage idéologique, ses frères d’armes miliciens chrétiens ignoreront d’ailleurs allégrement, l’année suivante, cette invitaiton au dialogue envers les musulmans, s’en donnant à cœur joie, au mépris de la tradition chrétienne de commisération, aux massacres des camps de réfugiés palestiniens de Sabra Chatila, dans la banlieue est de Beyrouth, en 1982, sous la supervision israélienne.

    Pour aller plus loin sur ce sujet :

    http://www.madaniya.info/2017/09/15/malediction-de-sabra-chatila-35-ans-apres

    Celui qui avait gouverné par l’épée périra par l’épée, dynamité dans son fief d’Achrafieh, le secteur chrétien de Beyrouth Est, à la veille de son entrée en fonction. Farouchement islamophobe et araphobe, épris d’Occident, son idéologie xénophobe et populiste irriguera naturellement la pensée de ses disciples qui en seront les apôtres sur la scène internationale :

    « Le Liban ne fait partie du Monde arabe. Le Liban est une civilisation et n’a aucun apport avec le tiers monde. Veuillez bien marquer dans vos démarches que nous n’appartenons pas au Tiers monde. Sortons de ce monde d’arriérés. Rallions le monde européen et le Monde libre de l’Amérique », lancera-t-il à ses subordonnés à peine élu président.

    Sur la pensée de Bachir Gemayel et ses méfaits :
    http://www.madaniya.info/2017/09/05/sabra-chatila-operation-salami-1-2

    http://www.madaniya.info/2017/09/10/sabra-chatila-operation-salami-2-2

    Walid Pharès appliquera à la lettre ses enseignements. C’est ainsi qu’en 1986, l’année où le Liban vivait une spirale infernale de prise d’otages occidentaux, le graphomane publie, dans le droit fil de la pensée de son idole, un opus révélant l’objet de sa fixation. Non son oeuvre majeure mais le sujet de sa vindicte publique : Al Thawra al Islamiya al Khumaynia (La Révolution de Khomeiny – Dar Al Machreq Press).

    Pour ce milicien chrétien, l’Ayatollah Ruhollah Khomeiny avait eu le triple tort d’évincer le Chah d’Iran, gendarme du Golfe pour le compte de l’OTAN, grand bailleur de fonds des formations paramilitaires chrétiennes libanaises, et surtout grand allié d’Israël, parrain de ses camarades de combat.

    Thème gratifiant s’il en est en ce qu’il diabolisait la République Islamique d’Iran et exonérait de leurs turpitudes les pays occidentaux : la France de son satut de « co belligérant de l’Irak » contre l’Iran (1979-1989) et le double jeu américain à l’égard des deux belligérants, illustré par le scandale de l’Irangate et les promesses d’assistance faites simultanément à Saddam Hussein par Donald Rumsefd en personne, à l’époque secrétaire général de la Mlaison Blanche, sous la présidence Ronald Reagan et futur ministre de la défense sous présidence George Bush jr, artisan de l’invasion américaine de l’Irak, en 2003.

    Putchiste dans l’âme, nulllement légaliste, il trempera dans la conjuration visant à évincer de la présidence des Forces Libanaises, les deux successeurs de Bachir Gemayel : son Frère et successeur Amine ainsi que son ancien lieutement Elie Hobeika. Il en sera gratifié en retour d’un siège au commandement de la formation milicienne sous la présidence de Samir Geagea.

    Inconsolable de la perte de Bachir Gemayel, il quitte les milices chrétiennes en 1989 pour rallier le général Michel Aoun lors de la guerre fratricide inter chrétienne. Il demeurera fidèle jusqu’à la chute du chef du gouvernement intérimaire libanais, le 13 octobre 1990. Placé sur une liste des opposants les plus recherchés du Liban, il s’exile en même temps que son deuxième mentor. Il fuit le Liban, via Israël et s’établit aux États-Unis, obtenant sans retard la nationalité américaine.

    Des mésaventures des milices chrétiennes libanaises, il en tirera deux ouvrages relatant les avatars de la guerre inter-factionnelle inter-chrétienne libanaise : « Lebanese Christian Nationalism : The rise and fall of an ethnic resistance (L. Rienner Published 1995) et « The Nationalist claim and the Lebanese Christian resistance : an ethnic case study ».

    À l’heure de la mondialisation, ce chrétien issu d’une société libanaise pluriconfessionnelle prônera, non le brassage culturel et le métissage humain, mais la ségrégation, la séparation, la grande muraille de démarcation, à l’exemple du Mur d’Apartheid dressé par ses amis israéliens en Cisjordanie. Le ghetto en somme.

    Mais, faille capitale de son argumentaire, ce fervent admirateur de l’Occident occultera le fait majeur de l’histoire contemporaine, le fait que ses idoles, -l’Amérique suprématiste et puritaine et l’Europe chrétienne,- auront été les principaux fossoyeurs de la cause des chrétiens arabes, maronites ou non : De la création d’Israël, en 1948, provoquant l’exode des Palestiniens chrétiens vers la Californie, à l’expédition franco anglo israélienne contre l’Egypte, en 1956, entraînant l’exode des chrétiens égyptiens vers l’Europe et l’Amérique du Nord, à la guerre civile libanaise (1975-1990), à l’invasion américaine de l’Irak, à la guerre de Syrie, 2011, vidant quasiment le Moyen Orient de sa population chrétienne.

    Pour aller plus loin sur ce thème :
    https://www.renenaba.com/france-vatican-les-deux-francois-et-la-chretiente-d-orient

    LE PARCOURS AMÉRICAIN
    Mariée à une américaine, il atterit en Floride, le fief des anticastristes cubains, où il enseignera à l’Université Atlantique de Floride (1993-2004), qu’il quittera au lendemain de l’invasion américaine de l’Irak pour présider the « Global Policy Institute ».
    Collaborateur du « Centre Ariel de Recherches Politiques » de Jerusalem, il se livrera, en tandem avec le lobby juif américain, à un actif lobbying anti syrien en vue de faire adopter par le Congrès américain la « Syrian Accountability Act » et de criminaliser le Hezbollah libanais, via une disposition législative similaire le « Hezbollah accountabilty Act ». Via son réseau israélien, il fait parvenir aux dirigeants israéliens un vade mecum pour une nouvelle gouvernance du sud Liban à la suite de la déconfiture de leurs supplétifs libanais dans la zone frontalière libano-israélienne ; une zone à forte majorité chiite, qui deviendra par la suite le fief du Hezbollah.

    Pour aller plus loin sur ce sujet :

    https://www.renenaba.com/sous-la-syrie-le-hezbollah

    Taiseux pendant pendant les cinq premières années de l’occupation américaine de l’Irak, alors que l’armée américaine était en butte à la guerilla anti américaine tant djihadiste que baasiste, Walid Pharès retrouvera l’inspiration en 2007, -l’année qui a suivi la riposte balistique victorieuse du Hezbollah contre Israël de 2006-, pour commettre un ouvrage intitulé « The War of Ideas : Djihadisme against Democracy » (Palgrave Mac Millan).

    Mais, en bon soldat de la guerre froide, il s’attaquera aux combattants islamistes, les terroristes islamiques, ses semblables musulmans du temps où il était milicien chrétien, de surcroit « idiots utiles » de la stratégie atlantiste dans la fragmentation du Monde arabe. Amnésique, il s’abstiendra de dénoncer la connivence des pétromonarchies dans le financement du terrrorisme islamique, de même que la complaisance des États-Unis à l’égard de l’islamisme politique et de son instrumentalisation en Afghanistan et ailleurs dans une guerre de détournement du champ de bataille de la Palestine.

    Pour aller plus loin sur ce sujet :
    https://www.renenaba.com/de-l-instrumentalisation-de-l-islam-comme-arme-de-combat-politique

    Sa qualité de correspondant du Centre israélien Ariel renforce sa crédibilité dans les milieux néo conservateurs américains et le propulse au sein du cercle dirigeant du parti conservateur. Il sera ainsi tour à tour conseiller du candidat Mitt Romney pour les présidentielles américaines de 2008, puis conseiller du président Donald Trump pour le Moyen Orient et le terrorisme en 2016.
    À l’accession de Donald Trump à la présidence américaine, Walid Pharès, dévient Secrétaire général du Groupe parlementaire transatlantique sur le contre-terrorisme (TAG), une tribune destinée à asseoir son rôle prescripteur, dans un domaine de prédilection des Etats Unis, à détourner en fait l’attention de l’opinion internationale sur le rôle trouble des administrations successives américaines avec le terrorisme islamique.

    La promotion simultanée de l’ultra faucon John Bolton président de l’ultra conservateur « Gatestone Institute » au poste de conseiller de Donald Trump à la Maison Blanche et de Mike Pompeo, l’homme des ténèbres de la CIA, à la tête du Département d’état, a placé Walid Pharès dans un état de lévitation comparable à celui qu’il a vécu à l’élection de son mentor Bachir à la présidence libanaise, avant son trépassement violent. En synchronisation avec Joseph Jibeily, le dirigeant du « Centre des Renseignements du Liban », une officine des Forces Libanaises de Samir Geagea basée à Washington, il mulitiplie ses actions de lobbying au sein du Congrès américain en vue d’obtenir l’exclusion du gouvernement libanais, le Hezbollah, pourtant grand vainqueur des élections législatives libanaises de Mai 2018, et disposant de surcroït, d’une majorité relative à la chambre des députés.

    La propulsion de John Bolton à l’épicentre du pouvoir américain a renforcé la capacité de nuisance de son correspondant libanais, Samir Geagea, dont le discours souverainniste masque en fait une servilité à l’égard des Saoudiens en substitution à sa soumission aux Israéliens durant la guerre civile libanaise (1975-1990), consacrant le chef des « Forces Libanaises », l’un des plus grands criminels de la guerre comme l’un des plus grands mercenaires du personnel politique libanais.

    Sur l’équipée des milices chrétiennes particulièrement Samir Geagea, ce lien :
    https://www.madaniya.info/2017/09/15/malediction-de-sabra-chatila-35-ans-apres

    GATESTONE, JOHN BOLTON, ANNE ELIZABETH MOUTET, ET L’ÉMISSION 28 MINUTES SUR ARTE
    Présidée par le monarchiste iranien Amir Tahiri, ancien directeur du journal Keyhan sous le règne de la dynastie Pahlevi, dans la décennie 1970, la structure européenne de Gatestone est composée de Marc D’anna, aka Alexandre Del Valle, le théoricien du « patriotisme intégrateur », ainsi que de l’universitaire Guy Millière et d’Anne Elizabeth Moutet, deux « dinstinguished senior fellow » de cette instance.

    La liste des auteurs de Gatestone sur ce lien :
    https://www.gatestoneinstitute.org/authors

    En dissonance toutefois avec Bernard Henry Lévy, Amir Tahéri, une fois n’est pas coutume, brisera net le délire fabulatoire du philo mondain sur les origines hitlériennes du terme Iran, lancée par le fer de lance médiatique du lobby pro israélien en Europe dans une campagne d’intoxication de l’opinion occidentale préludant à sa préparation à une intervention militaire de l’Otan contre la République Islamique d’Iran. Monarchiste revanchard, Amir Taheri ciblera dans son argumentaire de refutation les « Gardiens de la Révolution et le régime islamique, ces deux bêtes noires, mais non le fondement même de la démarche du théoricien du Botul.
    https://www.gatestoneinstitute.org/12333/hitler-reza-shah

    Intervenante régulière de la chaîne franco allemande ARTE dans l’émission d’Elizabeth Quinn « 28 Minutes », la chroniqueuse du Daily Telegraph justifiera le carnage israélien des Palestiniens de Gaza (57 morts et 2.400 blessés), -le jour du transfert de l’ambassade américaine vers Jérusalem, le 14 Mai 2018-, en reprenant textuellement les « éléments de langage » de la propagande israélienne.
    Cette séquence a plongé dans la stupeur les autres participants à l’émission par la virulence de sa défense de la politique israélienne, faisant volet en éclat l’apparente objectivité qu’elle s’evertuait à afficher pour la défense de la politique atlantiste.
    L’émission a été diffusée le vendredi 17 mai sur Arte en présence des deux présentatrices du programme Elizabeth Quin et Nadia Daam, ainsi que de l’historien Pascal Blanchard et Alexis Poutin, journaliste au Monde Moderne. Elle demeurera dans les mémoires comme un morceau d’anthologie de la duplicité professionnelle, lorsqu’elle se pare de la qualité journalistique pour propager des thèses d’un think tank néo conservateur, sous l’apparence de la neutralité.

    Sur ce lien, la séquence :
    https://sites.arte.tv/28minutes/fr/le-club-28-revisite-lactualite-de-la-semaine-28minutes-75

    LE JOURNALISME MILICIEN EN FRANCE
    La reconversion des journalistes miliciens dans l’expertise contre terroriste est une pratique courante. Une forme de recyclage dans la respectabilité, qui s’est développée tant aux Etats Unis qu’en France.
    Walid Pharès a ainsi fait son apparition dans les lucarnes françaises notamment sur France 24, sous la direction de Christine Ockrent, auditrice assidue du groupe de Bilderbeg, réputé pour son atlantisme.

    Sur ce lien le portrait de Christine Ockrent : https://www.renenaba.com/christine-ockrent-le-passe-droit-permanent

    Le journalisme milicien qu’il incarne si parfaitement a trouvé son illustration en France, sous couvert d’expertise anti terroriste, en la personne de deux libanais maronites habitués des plateaux français : Antoine Basbous, Directeur de « l’Observatoire des Pays arabes », auparavant ancien porte-parole des Forces Libanaises, l’organisation dirigée par Samir Geagea, un des plus grands criminels de la guerre libanaise et fossoyeur du leadership chrétien, et, Antoine Sfeir, Directeur des « Cahiers de l’Orient et des Pays arabes », auparavant cheville ouvrière sur le plan médiatique de la campagne pour l’élection à la présidence de la République Libanaise du chef milicien phalangiste Bachir Gemayel, en 1982, puis de son frère Amine.

    Pour aller plus loin sur ce sujet, cf ce lien : https://www.renenaba.com/les-thuriferaires-libanais-de-la-dictature-ben-ali-sur-le-grill-tunisien

    Et pour le recyclage des membres de l’« État Profond américain » dans les médias américains, sur ce lien : https://www.mondialisation.ca/des-anciens-de-letat-profond-sont-embauches-par-les-medias-grand-public/5623065

    Walid Pharès a vécu 33 ans au Liban de 1957 à 1990. Mais ses nuisances continuent à se faire encore sentir de nos jours contre sa patrie d’origine. Son retour au pays natal, il l’a accompli muni d’un passeport diplomatique américain. Doté d’une immunité et d’une impunité pour revisiter ses méfaits, comme étranger à ses forfaits comme étranger au pays qu’il a tant contribué à sinistrer.

    Le tropisme pro israélien des dirigeants maronites libanais, auquel il a grandement contribué, a conduit le président phalangiste Amine Gémayel à conclure un Traité de Paix entre le Liban et Israël, en 1983, mais la mise en œuvre de ce document a été entravée par un soulèvement de la population de Beyrouth, cas unique dans les annales diplomatiques internationales d’un traité mort-né, abrogé par la volonté populaire.

    Parfait exemple d’un dévoiement par sectarisme, Walid Pharès appartient à la cohorte des soldats perdus d’une cause perdue, sécrétée par la guerre interfactionnelle libanaise ; À l’exemple du commandant Saad Haddad, l’officier félon libanais, garde frontière d’Israël au sein de l’Armée du Sud Liban (ASL), de son successeur, le général Antoine Lahad, dont la famille a eu l’outrecuidance de vouloir enterrer au Liban mais que la vox populi l’en dissuada ; Tous vivant sans le savoir une pathologie passée dans l’histoire comme étant « le complexe des exilés de Coblence », du nom de ses exilés monarchistes français qui ont rallié les ennemis de la France pour abattre la révolution.

    Autant de manifestations des pulsions mortifères de l’irredentisme maronite qui débouchèrent sur la relégation politique du leadership maronite, désormais réduit à un rôle d’appoint ou de nuisance, non à un rôle constructif de proposition, mais à un rôle destructeur d’obstruction, au terme de quinze ans de bruits et de fureurs, de dérives et de délires.

    EPILOGUE : LE SYNDROME MARONITE
    Cadeau empoisonné de la France, le confessionnalisme constitue une négation de la démocratie en ce que la citoyenneté libanaise est conditionnée et handicapée par la naissance.

    Mur de verre invisible et infranchissable, il contribue à ce titre à la nécrose de la vie poilitique libanaise. Sur un point nommé, dans des domaines précis, la naissance confère un primat à une communauté au détriment des autres communautés par le Fait du Prince, l’arbitraire du pouvoir colonial.

    Elle prédétermine les membres d’une communauté à des fonctions indépendamment de leur compétence. Elle conforte une communauté dans un sentiment de supériorité ou de frustration.

    Les exemples sont nombreux des dérives du confessionnalisme. Le leadership maronite a ainsi assumé, par une sorte de Hold up, la direction des combats du camp chrétien lors de la guerre civile libanaise (1975-1990), à l’exclusion des autres composantes de la chrétienté libanaise, quand bien même elles en subissaient les conséquences.

    Le primat conféré par la France à la communauté maronite dans l’exercice des responsabilités suprêmes au Liban aurait dû se vivre comme une délégation de pouvoir au bénéfice de l’ensemble des communautés chrétiennes du Monde arabe et non comme la marque d’une supériorité immanente d’une communauté spécifique au détriment des autres, en ce que les Maronites constituaient la plus importante minorité des minorités chrétiennes du Liban et non la communauté chrétienne majoritaire d’un Monde arabe, majoritairement musulman.

    Pour n’avoir pas observé cette règle non écrite de la prudence politique, elle en paiera le prix par le déclassement de ses prérogatives constitutionnelles, entraînant dans sa relégation les autres composantes chrétiennes innocentes de cet emballement.
    Victimes innocentes souvent, bourreaux parfois plus que de besoin, les camps palestiniens de la quarantaine (est de Beyrouth), en 1976, et de Sabra Chatila (sud de Beyrouth), en 1982, passeront dans l’histoire comme de sanglantes illustrations pathologiques de la déraison humaine, au passif du leadership maronite, particulièrement les milices chrétiennes des Forces Libanaises.

    Par une sorte d’abus de position dominante conféré par la France en sa qualité de puissance mandataire sur le Liban et la Syrie, les Maronites ont procédé à une sorte de captation d’héritage se présentant comme les dépositaires des intérêts supérieurs de la chrétienté d’Orient, réduisant la chrétienté aux seuls intérêts de l’Eglise maronite, confondant en somme maronitisme et chrétienté, se vivant en maître incontesté du Liban.

    L’extravagante position de Camille Chamoun, président du Liban (1952-1958), se refusant seul contre l’ensemble arabe, à rompre ses relations diplomatiques avec la France, dans la foulée de l’expédition de Suez, alors que l’Egypte faisait l’objet d’une agression concertée entre la France, Israël et la Grande Bretagne (1956) et que l’Algérie ployait sous le joug des ratonnades coloniales, constituait déjà un indice prémonitoire de la psychorigidité maronite, de la cécité politique de ses dirigeants et de la serviabilité extrême dont témoignent des membres de cette communauté à l’égard des puissances occidentales particulièrement de la France et des États-Unis, se plaçant paradoxalement en situation de « dhimitude » par rapport à leurs protecteurs occidentaux, une servitude qu’il dénonçait du temps de l’époque ottomane. Le discours souverainiste des Libanais masque mal une logique de vassalité à l’ordre atlantiste.

    L’inculpation en juillet 2010 de plusieurs officiers supérieurs chrétiens de même que des cadres supérieurs exerçant des responsabilités sensibles à un poste stratégique de leur entreprise de communications pour « intelligence avec l’ennemi », au même titre que la formation d’une armée de supplétif sous commandement chrétien au service des israéliens durant la guerre civile libanaise (1975-1990), ont alimenté la suspicion sur la loyauté des chrétiens arabes à leur environnement avec ses conséquences corrosives sur le sort des chrétiens dans le monde arabe.

    L’alliance du leadership maronite avec Israël, l’ennemi officiel du Monde arabe, constituera l’un des points noirs de l’histoire de la chrétienté arabe, et les chefs de cette équipée suicidaire, Bachir Gemayel, président éphémère du Liban, et ses successeurs, Elie Hobeika et Samir Geagea, comme les plus sinistres personnages de l’histoire du Liban en termes de bilan pour la chrétienté, en ce qu’ils ont substitué la lutte pour la réalisation des droits nationaux des Palestiniens, par la recherche de l’éradication d’un peuple déjà spolié de sa patrie, les Palestiniens, en compensation des turpitudes occidentales à l’égard des Juifs européens.

    Les miliciens chrétiens ont intériorisé, ce faisant, la perversité de la logique occidentale dans un tragique dévoiement de la pensée, ne s’imaginant pas un seul instant que « le peuple de trop au Moyen orient », selon l’expression du chef phalangiste Bachir Gémayel, pourrait être un jour « le peuple chrétien arabe ».

    Pour aller plus loin sur les Maronites, ce lien :

    www.renenaba.com/france-liban-a-propos-des-maronites/

    ILLUSTRATION
    Walid Phares lecturing in front of a Lebanese Forces banner in 1986Photo courtesy of An-Nahar                                                                                                                                                           By René Naba , in Actualités Liban Moyen-Orient Portrait on 6 novembre 2018 .


  • Cambridge Analytica est morte, vive Data Propria !
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/09/28/cambridge-analytica-est-morte-vive-data-propria_5361290_3234.html

    Au cœur d’un scandale d’exploitation de données d’utilisateurs de Facebook en 2016, la société a fermé, sans disparaître. D’anciens cadres ont pris la relève, pour servir Trump et les élus républicains.

    Après plusieurs mois de scandale, la société de marketing politique Cambridge Analytica a dû fermer définitivement, en mai 2018. Les médias et une partie de la classe politique américaine lui reprochaient d’avoir siphonné, puis exploité les données personnelles de 87 millions d’utilisateurs de Facebook au cours de la campagne électorale américaine de 2016, pour soutenir la candidature de Donald Trump et de divers candidats républicains grâce à des messages ciblés sur Internet et les réseaux sociaux.

    Exit donc Cambridge Analytica ? Pas vraiment ! En réalité, les équipes chargées de ces opérations ne se sont pas dispersées ; leurs algorithmes et leurs bases de données n’ont pas disparu. En fait, les stratèges électoraux du président Trump ont effectué une restructuration juridique et financière de leurs sociétés, sans se soucier de la tempête médiatique, qui s’est déjà essoufflée. Leur objectif à court terme est de mettre leurs talents au service des républicains lors les élections de mi-mandat, qui se dérouleront le 6 novembre. Par ailleurs, ils ont déjà lancé la campagne en vue de la réélection de Donald Trump en 2020.

    Au cœur de cette nouvelle galaxie gravite un Texan barbu mesurant plus de deux mètres, Brad Parscale. La trajectoire de M. Parscale, âgé de 42 ans , est singulière. Patron d’une petite entreprise Internet sise à San Antonio (Texas), il travaillait depuis 2011 comme simple designer et administrateur de sites Web pour le groupe immobilier Trump. Cela lui a donné l’occasion de rencontrer Donald Trump en personne, puis de gagner sa confiance. En 2015, le candidat milliardaire lui confie la création de ses sites électoraux, et le nomme, l’année suivante, directeur des médias numériques de sa campagne.

    Facebook, « l’autoroute » grâce à laquelle Trump a gagné

    D’emblée, M. Parscale mise sur les réseaux sociaux. Dans un entretien accordé en octobre 2017 à la chaîne de télévision CBS, il résume ainsi sa stratégie : « J’ai compris très tôt que Trump gagnerait grâce à Facebook. Il parlait aux gens sur Twitter, mais il allait gagner sur Facebook (…). Facebook a été sa méthode, l’autoroute sur laquelle sa voiture a roulé. » Pendant toute la campagne, son équipe bénéficie de l’aide directe d’employés de Facebook, dont certains sont installés dans ses locaux.

    Afin d’étoffer sa force de frappe, il passe un contrat avec Cambridge Analytica, qui l’aide à affiner le ciblage des électeurs dans les régions les plus disputées. L’une des techniques utilisées est la « psychographie », qui consiste à classer chaque cible uniquement en fonction de ses traits de caractère et de sa personnalité. En analysant le comportement d’un utilisateur sur Facebook, il est loisible de dresser son profil psychologique : est-il capable de s’ouvrir aux autres, est-il plus ou moins consciencieux, extraverti, agréable, névrosé ? Il sera ensuite possible de lui envoyer des messages politiques ou commerciaux dont le contenu et le style ont été conçus pour lui correspondre, et qui le toucheront réellement.

    Lorsque Brad Parscale rejoint le quartier général de campagne du candidat Trump à New York, il délègue la direction de son équipe, restée à San Antonio, à l’un des responsables techniques de Cambridge Analytica, Matt Oczkowski. Auparavant, M. Oczkowski avait fondé une agence de marketing spécialisée dans « l’analyse des motivations » des consommateurs et des électeurs. Il fut aussi le « directeur numérique » du gouverneur républicain du Wisconsin (nord) Scott Walker pendant trois ans.

    Après la victoire de M. Trump, Brad Parscale intègre le cercle des proches du nouveau locataire de la Maison Blanche. Il embauche même Lara Trump, l’épouse d’Eric, le fils cadet du président. Parallèlement, il se réorganise : il regroupe ses activités de publicité politique au sein d’une nouvelle entité, Parscale Strategy, qu’il transfère à Miami (Floride), et qui reste sous son contrôle exclusif. Puis, il vend l’autre département, chargé du marketing commercial, à CloudCommerce, une petite société californienne jusque-là spécialisée dans les logiciels de commerce en ligne, installée dans la station balnéaire de Santa Barbara. Du même coup, il devient actionnaire et membre du conseil d’administration du nouvel ensemble.

    « Science politique, big data et psychologie »

    En février 2018, M. Parscale est nommé directeur de la « campagne pour la réélection de Donald Trump en 2020 », c’est-à-dire chef de l’ensemble des opérations, au-delà du numérique. Dans le même, temps, sous son impulsion, CloudCommerce crée une nouvelle filiale de marketing numérique baptisée « Data Propria », enregistrée au Nevada (ouest), domiciliée en Californie et installée à San Antonio. La direction de Data Propria est confiée à Matt Oczkowsky, qui, dès son arrivée, embauche plusieurs de ses anciens collègues de Cambridge Analytica.

    Cependant, une chose intrigue : le profil du patron officiel de CloudCommerce, Andrew Van Noy, 36 ans. Dans son CV en ligne, M. Van Noy se vante d’avoir créé dès son adolescence une entreprise de jardinage très prospère, avant de se tourner vers la finance, comme tradeur à la banque Morgan Stanley. Mais, selon une enquête menée par l’agence Associated Press, la réalité serait moins reluisante : Andrew Van Noy fut, dans sa jeunesse, plusieurs fois condamné pour fraude immobilière et faillite douteuse. Quant à CloudCommerce, qui a changé quatre fois de nom depuis 1999, c’était jusqu’en 2017 une petite société sans envergure, qui n’avait dégagé aucun bénéfice depuis dix ans.

    L’apparition de Data Propria, en plein scandale Cambridge Analytica, n’est pas passée inaperçue. Fin juin 2018, trois élus démocrates de la Chambre des représentants de Washington envoient une lettre à Matt Oczkowsky pour lui demander de venir témoigner devant une commission. Ils veulent savoir s’il a hérité des bases de données frauduleuses de Cambridge Analytica, et s’il s’est procuré d’autres données de Facebook par ses propres moyens. Aucun élu républicain ne s’est associé à cette requête, et à ce jour, la Chambre des représentants n’a pas indiqué si Matt Oczkowsky lui avait répondu.

    Reste à savoir si les techniques « psychographiques » sont toujours à la mode chez les stratèges républicains. Echaudé par le scandale, Matt Oczkowski, de Data Propria, reste évasif, mais sur différents sites professionnels, il continue à s’enorgueillir de son passage chez Cambridge Analytica, où il a su « fusionner la science politique, le big data et la psychologie comportementaliste pour influencer les électeurs ». Il démarche aussi des grandes entreprises privées, notamment des compagnies d’assurances, en insistant sur la dimension psychologique de ses méthodes.

    La machine est relancée

    En revanche, Brad Parscale, dans des déclarations aux médias américains, émet régulièrement des doutes sur l’infaillibilité de la psychographie. Il semble partisan du retour à une forme de publicité politique axée sur les opinions, les valeurs et les préoccupations des cibles (par exemple « hommes de plus de 40 ans soucieux de l’état des infrastructures routières »). Cela étant dit, tous les stratèges s’accordent sur un point : le champ de bataille prioritaire sera la « Middle America », la classe moyenne laborieuse vivant dans les Etats du centre du pays, qui a porté Donald Trump au pouvoir en 2016 et qui pourrait le refaire en 2020.

    Par ailleurs, les stratèges du marketing ciblé vont aussi devoir s’adapter aux modifications récemment introduites par Facebook. Désormais, les annonceurs, commerciaux et responsables politiques ne peuvent plus croiser les données personnelles fournies par Facebook avec celles provenant des « data brokers » classiques (banques de données commerciales, bancaires…). Le réseau social veut ainsi faire un geste vers le Congrès américain et la Commission européenne, soucieux de la protection de la vie privée des citoyens, tout en marginalisant ses grands concurrents sur le marché des données personnelles.

    Il a aussi supprimé certaines combinaisons multicritères jugées intrusives ou trop précises – race, religion, pays d’origine, orientation sexuelle, handicaps, statut militaire… Enfin, les propagandistes politiques de tout bord doivent désormais communiquer leur nom, leur domicile et leurs sources de financement à Facebook, qui les vérifiera.

    Ces changements ne devraient pas entraver sérieusement l’action de Data Propria, qui a déjà noué des contrats avec la direction nationale du Parti républicain et les équipes de campagne de différents candidats conservateurs à travers le pays. De son côté, selon Associated Press, la société Parscale Strategy encaisse, depuis le début de 2018, près de 1 million de dollars (850 000 euros) par mois grâce à des commandes publicitaires d’organisations soutenant Donald Trump et ses alliés, contre 5 millions pour l’ensemble de 2017. La machine est relancée, les électeurs des régions jugées prioritaires sont de nouveau soumis à une avalanche de messages ciblés sur le Web et les réseaux sociaux.


  • La #démocratie a un prix (et ceux qui ne peuvent pas payer prennent cher) ...

    Julia Cagé : « En France, les plus pauvres paient pour satisfaire les préférences politiques des plus riches » - Libération
    https://www.liberation.fr/debats/2018/09/07/julia-cage-en-france-les-plus-pauvres-paient-pour-satisfaire-les-preferen

    Le prix d’un vote ? 32 €. Dans son dernier livre, l’économiste soutient, chiffres inédits à l’appui, que l’argent a un rôle déterminant dans le résultat d’une élection. Pire : l’Etat subventionne davantage les orientations politiques des plus aisés, favorisant ainsi les partis de droite.

    Julia Cagé : « En France, les plus pauvres paient pour satisfaire les préférences politiques des plus riches »

    La France est-elle vraiment protégée des groupes de pression ? Sans doute moins qu’elle aimerait le croire. Notre démocratie repose-t-elle sur l’équation « un homme = une voix » ? Pas tout à fait, selon Julia Cagé. Après avoir étudié le financement des médias (Sauver les médias, Le Seuil, 2015), l’économiste, professeure à Sciences-Po Paris, poursuit son exploration des ressorts et des inégalités de notre système représentatif. A partir d’une base de données inédite des financements publics et privés de la vie politique, aux Etats-Unis, en France ou ailleurs en Europe, elle démontre dans son dernier livre, le Prix de la démocratie (Fayard), que ces questions, en apparence techniques, pourraient bien avoir leur rôle dans le sentiment d’abandon des classes moyennes et populaires, et dans la montée des populismes (1). Car, non seulement l’expression politique est capturée par les intérêts privés des plus riches, mais cette confiscation peut avoir un sacré impact sur le résultat des élections. En France, depuis les années 90, le financement de la vie politique est fondé sur quelques grands principes : les dons des particuliers sont encadrés (pas plus de 7 500 euros pour les partis par individu et par an, pas plus de 4 600 euros par élection) ; les entreprises ne peuvent verser des fonds aux candidats ; en contrepartie, l’Etat finance une grande partie de la vie politique. Un système bien imparfait, révèle Julia Cagé, qui subventionne en réalité les préférences politiques des plus riches et favorise donc les partis de droite.

    « Qui paie gagne », écrivez-vous : en France aussi, l’argent fait l’élection. Cela explique l’improbable accession au pouvoir d’Emmanuel Macron, candidat sans parti ni élu ?

    C’est un cas exemplaire. J’ai commencé à travailler sur le financement de la vie politique en 2014. L’une de mes hypothèses était qu’il fallait une réforme urgente du système de financement public des partis politiques, car il favorise l’immobilisme : l’argent donné par l’Etat aux candidats dépend des résultats obtenus aux dernières législatives. Ça ne permet pas l’émergence de nouveaux mouvements… sauf à attirer suffisamment de dons privés pour compenser ce handicap. Ce n’était encore jamais arrivé en France. C’est exactement ce que Macron a réussi à faire. Fin 2016, En marche !, né en avril, a déjà réuni 4,9 millions d’euros de dons privés. Contre 7,45 millions d’euros pour Les Républicains et seulement 676 000 euros pour le PS. L’innovation politique ne peut pas naître sans être financée. Or, dans toutes les démocraties occidentales, les dons privés vont d’abord aux partis conservateurs qui prônent une politique économique favorable aux plus aisés.

    Quel est le profil des donateurs ?

    On pourrait imaginer que les classes populaires donnent massivement, même pour de faibles montants. Ce n’est pas le cas. En France - comme aux Etats-Unis, en Italie ou en Grande Bretagne -, ce sont les plus aisés qui financent la vie politique. Ils ne sont d’ailleurs pas nombreux. Chaque année, seuls 290 000 foyers fiscaux français font un don, 0,79 % des Français adultes. Mais si on regarde parmi les 0,01 % des Français aux revenus les plus élevés, on s’aperçoit que 10 % d’entre eux font un don. Et ces 0,01 % des Français les plus riches versent en moyenne 5 245 euros par an. Les 50 % des Français les plus pauvres donnent, eux, quand ils donnent, seulement 120 euros par an en moyenne. Mais le scandale, c’est que les dons privés des plus aisés sont financés par l’ensemble des citoyens.

    Pourquoi ?

    Il existe trois formes de financements publics de la démocratie. La première, c’est celui des partis politiques, déterminé tous les cinq ans en fonction des résultats aux législatives : il s’élève à 63 millions d’euros. La deuxième, c’est le remboursement des dépenses de campagnes : 52 millions d’euros par an en moyenne. Et la troisième, dont on ne parle jamais, ce sont les déductions fiscales : votre don à un parti politique est remboursé à 66 %, par le biais d’une réduction d’impôt. Ces réductions représentent 56 millions d’euros par an pour les seuls dons aux partis politiques ! 56 millions d’euros offerts à seulement 290 000 individus qui ont choisi de financer un parti ? Même pas ! Car on ne peut bénéficier de déductions d’impôt… que si on paie l’impôt sur le revenu, ce qui n’est le cas que d’un Français sur deux. Pour le dire autrement si vous êtes parmi les 10 % des Français les plus fortunés, et que vous faites un don de 7 500 euros, celui-ci vous reviendra au final à 2 500 euros. Et le coût de votre don pour l’ensemble des citoyens sera de 5 000 euros. Mais, si vous êtes smicard, étudiant ou travailleur précaire, et que vous donnez 600 euros à un parti, votre générosité vous reviendra à… 600 euros, puisque vous n’êtes pas imposable sur le revenu. Bref, en France, les plus pauvres paient pour satisfaire les préférences politiques des plus riches.

    Le financement de la vie politique expliquerait la « droitisation » des gauches occidentales ?

    Si tous les partis et les candidats recevaient autant de financements privés, ce ne serait pas forcément problématique. Mais ce n’est pas le cas. Les Républicains touchent en moyenne, en France, 11 fois plus de dons privés que le Parti socialiste. On retrouve exactement le même déficit dans les autres pays. Or, on s’aperçoit qu’au Royaume-Uni avec Tony Blair, aux Etats Unis avec Hillary Clinton, en Italie avec Renzi, les partis de gauche se sont engagés dans une course aux financements privés. Ils abandonnent leur électorat populaire pour promouvoir des politiques économiques favorables aux plus aisés.

    Un parti peut-il vraiment « acheter » les électeurs ?

    J’ai analysé, avec Yasmine Bekkouche, doctorante à l’Ecole d’économie de Paris, toutes les élections municipales et législatives en France depuis 1993. Le résultat est net : statistiquement, en moyenne, les candidats les plus dotés et qui dépensent le plus remportent les élections. Bien sûr il y a des exceptions - le cas de Benoît Hamon à la présidentielle le prouve. J’ai estimé le prix d’un vote à 32 euros. Si un candidat met 32 euros de plus que son concurrent dans une campagne, il récolte une voix de plus. Au fond, ce n’est pas très cher un vote…

    Mais la victoire d’un candidat plus riche peut aussi s’expliquer par son talent ?

    Nous avons neutralisé l’effet de la popularité d’un parti une année donnée, le taux de chômage local, le niveau d’éducation moyen et les revenus fiscaux de la circonscription, le nombre de créations d’entreprises localement, le niveau d’investissement de la municipalité, etc. Résultat : toutes choses égales par ailleurs, le budget d’une campagne a bien un impact sur le résultat d’une élection. Mieux, selon nos analyses, l’« étrange défaite » de la droite après la dissolution surprise de Jacques Chirac en 1997, pourrait s’expliquer par l’interdiction, en 1995, des dons des entreprises aux campagnes électorales. Elle n’a eu d’effet que pour les candidats de droite qui touchaient des dons importants venant d’entreprises.

    Comment expliquer que l’argent ait un tel rôle ?

    Les meetings coûtent chers, comme les frais de transports, les conseils en communication et toutes les stratégies qui reposent sur l’utilisation des big datas. Cette utilisation des réseaux sociaux a d’ailleurs un effet pervers. Dans un monde où un candidat pourrait cibler ses électeurs, et si quelques milliardaires peuvent aider une campagne plus sûrement que des milliers d’électeurs, c’est sur cette poignée de personnes qu’il ciblera sa campagne. Encore une fois, les politiques risquent de se couper des classes populaires et moyennes.

    Vous dites que les donateurs de Macron « en ont eu pour leur argent » avec la suppression de l’ISF. N’est ce pas un peu rapide ?

    Derrière la formule, il y a une évidence : une personne soumise à l’ISF qui a donné 7 500 euros à la République en marche, ce qui lui est revenu à 2 500 euros, et qui voit l’ISF supprimé a effectivement fait un bon investissement. Le politiste américain Martin Gilens a comparé les souhaits des citoyens américains exprimés dans les sondages depuis 1950 (sur la politique économique, étrangère ou sociale), à leur niveau de revenus, et aux politiques effectivement mises en œuvre. Il montre que lorsqu’il y a divergence entre les Américains les plus riches et la majorité des citoyens, les gouvernements tranchent systématiquement en faveur des 1 % les plus riches. Pourquoi n’y a-t-il pas de révolution ? Gilens a une formule extraordinaire : il parle de « démocratie par coïncidence ». Sur beaucoup de sujets - la légalisation de l’avortement ou l’intervention en Irak -, les plus riches sont en phase avec la majorité. Mais c’est pure coïncidence. Le salaire minimum réel, lui, a baissé depuis les années 50. Ce sentiment de dépossession alimente le populisme.

    Que proposez-vous pour y remédier ?

    Certainement pas de supprimer tout financement public des partis parce qu’ils seraient « pourris », comme l’a obtenu le mouvement Cinq Etoiles en Italie ! La démocratie a un prix. Si ce coût n’est pas porté de manière égalitaire par l’ensemble des citoyens, il sera capturé par les intérêts privés. Il faut au contraire renforcer le financement public de la démocratie. Je propose la création de « Bons pour l’égalité démocratique ». Il ne s’agit pas de dépenser plus, mais autrement : tous les ans, en cochant une case sur sa feuille d’impôt, chaque citoyen aura la possibilité d’allouer 7 euros au mouvement politique de son choix. Il ne les sort pas de sa poche, mais il demande à l’État de donner 7 euros du fonds pour le financement des partis à celui de son choix.

    Et quand on est abstentionniste ou anti-parti ?

    Alors vos 7 euros sont donnés en fonction des résultats aux dernières législatives. C’est une manière de favoriser l’émergence de nouveaux mouvements, et c’est égalitaire : un même montant fixe est alloué à chaque citoyen.

    Vous supprimez les dons privés ?

    Je les limite à 200 euros par an, c’est déjà beaucoup par rapport au revenu moyen français. Si on cherche l’égalité politique, on ne peut pas permettre aux citoyens de donner 7 500 euros à un parti puisque c’est un geste impossible à beaucoup.

    Vous prônez également la création d’une « Assemblée mixte » où seraient mieux représentés les ouvriers et les employés. Comment sera-t-elle élue ?

    Le Congrès américain compte moins de 5 % d’ouvriers et d’employés alors qu’ils représentent la moitié de la population. Aucun ouvrier ne siège aujourd’hui à l’Assemblée nationale française. Je propose de laisser inchangées les règles de l’élection des deux tiers des députés. Mais qu’un tiers de l’Assemblée soit élu à la proportionnelle intégrale, par scrutin de liste, où sera imposée une moitié de candidats ouvriers, employés, chômeurs ou travailleurs précaires. Comme pour la parité entre hommes et femmes il faut se saisir des outils de l’Etat de droit pour imposer l’égalité démocratique.

    (1) Voir aussi le site Leprixdelademocratie.fr, où sont recensées toutes les données du livre et où l’on peut « tester » les hypothèses de Julia Cagé sur son propre député.

    • #fausse_gauche_sociale-libérale

      Lors de l’élection présidentielle française de 2012, Julia Cagé signe l’appel des économistes en soutien au candidat François Hollande en raison de « la pertinence des options [proposées], en particulier pour ce qui concerne la reprise de la croissance et de l’emploi ».

      En janvier 2016, dans la perspective de l’élection présidentielle de 2017, Julia Cagé est l’un des onze initiateurs de l’appel « Notre primaire » pour une primaire à gauche.

      Le 24 janvier 2017, elle cosigne une tribune de soutien à Benoît Hamon en vue de la primaire citoyenne de 2017, intitulée « pour un revenu universel crédible et audacieux ». Elle s’indigne dans un tweet que le site La Tribune.fr ait défendu qu’il ne s’agissait pas, en réalité, d’un revenu universel.

      Le lendemain du second tour de la primaire et de l’élection de Benoît Hamon, Thomas Piketty explicite les modalités de versement de la proposition de revenu universel défendu par les 10 économistes signataires de la tribune.

      Après la victoire de Benoît Hamon à la primaire, elle devient responsable du pôle « économie » pour sa campagne présidentielle.

    • Démocratie ?
      Où ça ?
      C’est du libération.

      Bon, reconnaissons que l’on peut faire un choix parmi les oligarques qui nous sont présentés par cette presse libre et non faussée.
      De toutes façons les décisions sont prise ailleurs qu’au gouvernement.

      Exemple extrait d’un courrier du blog de Paul Jorion.
      https://www.pauljorion.com/blog/2018/09/24/a-propos-de-jorion-joue-cartes-sur-table-par-etienne-guillermaz/#more-106653

      Je vais moi aussi parler franchement.

      J’ai été invité aujourd’hui même à la journée d’ouverture de la semaine de la transition énergétique qui a lieu en Ardèche et plus précisément à Privas, la préfecture. Pendant toute la journée, de 9h00 du matin à 17h30 les intervenants et officiels se sont succédés pour nous expliquer en long, en large et en travers que la transition énergétique et écologique ne pouvait se faire que par un capitalisme vert et moralisé d’ici 2050. Connaissant et appréciant la profondeur de vos travaux je ne pouvais m’empêcher de tiquer à chaque fois que les entreprises étaient mises en avant en lieu et place de la vertu qui se trouve en chaque être humain (pour peu que ce dernier ait la volonté d’entretenir cette qualité).

      Durant l’atelier de l’après-midi, ayant pour thème « consommer moins, consommer mieux », et que la gentille organisatrice nous demandait de parler sans tabous j’évoquais votre essai « Le dernier qui s’en va éteint la lumière » et que croyez-vous qu’il se passa ? On m’a ri au nez et les quelques chefs d’entreprises présents ont avancé qu’un programme d’écologie d’Etat coûterait bien trop cher au contribuable et que seul le privé pouvait assurer ce tournant. Et c’est sur ce point que l’atelier a fini par bloquer : combien la sauvegarde l’Humanité allait elle coûter ?

    • C’est quand même super intéressant :

      L’innovation politique ne peut pas naître sans être financée. Or, dans toutes les démocraties occidentales, les dons privés vont d’abord aux partis conservateurs qui prônent une politique économique favorable aux plus aisés.

      Pour le dire autrement si vous êtes parmi les 10 % des Français les plus fortunés, et que vous faites un don de 7 500 euros, celui-ci vous reviendra au final à 2 500 euros. Et le coût de votre don pour l’ensemble des citoyens sera de 5 000 euros.

      Si tous les partis et les candidats recevaient autant de financements privés, ce ne serait pas forcément problématique. Mais ce n’est pas le cas. Les Républicains touchent en moyenne, en France, 11 fois plus de dons privés que le Parti socialiste. On retrouve exactement le même déficit dans les autres pays.

      Le résultat est net : statistiquement, en moyenne, les candidats les plus dotés et qui dépensent le plus remportent les élections. Bien sûr il y a des exceptions - le cas de Benoît Hamon à la présidentielle le prouve. J’ai estimé le prix d’un vote à 32 euros. Si un candidat met 32 euros de plus que son concurrent dans une campagne, il récolte une voix de plus.

      Le politiste américain Martin Gilens a comparé les souhaits des citoyens américains exprimés dans les sondages depuis 1950 (sur la politique économique, étrangère ou sociale), à leur niveau de revenus, et aux politiques effectivement mises en œuvre. Il montre que lorsqu’il y a divergence entre les Américains les plus riches et la majorité des citoyens, les gouvernements tranchent systématiquement en faveur des 1 % les plus riches. Pourquoi n’y a-t-il pas de révolution ? Gilens a une formule extraordinaire : il parle de « démocratie par coïncidence ».

      Je trouve ça vraiment très intéressant et ses idées réformistes sont pas mal non plus. J’ai écrit une brochure sur les misères du gouvernement représentatif, fait une conférence un peu gesticulée, tout ça mais je n’ai jamais pensé que la trahison de la gauche puisse avoir des raisons aussi pragmatiques. Je me demandais depuis des années par quelle magie ces « erreurs » étaient répétées, avec le coût environnemental et social qu’on sait, par les peigne-culs du PS. Et je suis assez convaincue par son propos. Sauf qu’il faudrait comparer avec les autres pays d’Europe où la social-démocratie a trahi dans les mêmes termes la petite bourgeoisie qui votait pour elle et se trouve aujourd’hui désemparée.


  • Julia Cagé : « En France, les plus pauvres paient pour satisfaire les préférences politiques des plus riches » - Libération
    http://www.liberation.fr/debats/2018/09/07/julia-cage-en-france-les-plus-pauvres-paient-pour-satisfaire-les-preferen

    Le prix d’un vote ? 32 €. Dans son dernier livre, l’économiste soutient, chiffres inédits à l’appui, que l’argent a un rôle déterminant dans le résultat d’une élection. Pire : l’Etat subventionne davantage les orientations politiques des plus aisés, favorisant ainsi les partis de droite.

    La France est-elle vraiment protégée des groupes de pression ? Sans doute moins qu’elle aimerait le croire. Notre démocratie repose-t-elle sur l’équation « un homme = une voix » ? Pas tout à fait, selon Julia #Cagé. Après avoir étudié le financement des médias (Sauver les médias, Le Seuil, 2015), l’économiste, professeure à Sciences-Po Paris, poursuit son exploration des ressorts et des inégalités de notre système représentatif. A partir d’une base de données inédite des financements publics et privés de la vie politique, aux États-Unis, en France ou ailleurs en Europe, elle démontre dans son dernier livre, le Prix de la démocratie (Fayard), que ces questions, en apparence techniques, pourraient bien avoir leur rôle dans le sentiment d’abandon des classes moyennes et populaires, et dans la montée des populismes (1). Car, non seulement l’expression politique est capturée par les intérêts privés des plus riches, mais cette confiscation peut avoir un sacré impact sur le résultat des élections. En France, depuis les années 90, le financement de la vie politique est fondé sur quelques grands principes : les dons des particuliers sont encadrés (pas plus de 7 500 euros pour les partis par individu et par an, pas plus de 4 600 euros par élection) ; les entreprises ne peuvent verser des fonds aux candidats ; en contrepartie, l’État finance une grande partie de la vie politique. Un système bien imparfait, révèle Julia Cagé, qui subventionne en réalité les préférences politiques des plus riches et favorise donc les partis de droite.

    « Qui paie gagne », écrivez-vous : en France aussi, l’argent fait l’élection. Cela explique l’improbable accession au pouvoir d’Emmanuel #Macron, candidat sans parti ni élu ?
    C’est un cas exemplaire. J’ai commencé à travailler sur le financement de la vie politique en 2014. L’une de mes hypothèses était qu’il fallait une réforme urgente du système de financement public des partis politiques, car il favorise l’immobilisme : l’argent donné par l’État aux candidats dépend des résultats obtenus aux dernières législatives. Ça ne permet pas l’émergence de nouveaux mouvements… sauf à attirer suffisamment de dons privés pour compenser ce handicap. Ce n’était encore jamais arrivé en France. C’est exactement ce que Macron a réussi à faire. Fin 2016, En marche !, né en avril, a déjà réuni 4,9 millions d’euros de dons privés. Contre 7,45 millions d’euros pour Les Républicains et seulement 676 000 euros pour le PS. L’innovation politique ne peut pas naître sans être financée. Or, dans toutes les démocraties occidentales, les dons privés vont d’abord aux partis conservateurs qui prônent une politique économique favorable aux plus aisés.

    Quel est le profil des donateurs ?
    On pourrait imaginer que les classes populaires donnent massivement, même pour de faibles montants. Ce n’est pas le cas. En France - comme aux États-Unis, en Italie ou en Grande Bretagne -, ce sont les plus aisés qui financent la vie politique. Ils ne sont d’ailleurs pas nombreux. Chaque année, seuls 290 000 foyers fiscaux français font un don, 0,79 % des Français adultes. Mais si on regarde parmi les 0,01 % des Français aux revenus les plus élevés, on s’aperçoit que 10 % d’entre eux font un don. Et ces 0,01 % des Français les plus riches versent en moyenne 5 245 euros par an. Les 50 % des Français les plus pauvres donnent, eux, quand ils donnent, seulement 120 euros par an en moyenne. Mais le scandale, c’est que les dons privés des plus aisés sont financés par l’ensemble des citoyens.

    Pourquoi ?
    Il existe trois formes de financements publics de la démocratie. La première, c’est celui des partis politiques, déterminé tous les cinq ans en fonction des résultats aux législatives : il s’élève à 63 millions d’euros. La deuxième, c’est le remboursement des dépenses de campagnes : 52 millions d’euros par an en moyenne. Et la troisième, dont on ne parle jamais, ce sont les déductions fiscales : votre don à un parti politique est remboursé à 66 %, par le biais d’une réduction d’impôt. Ces réductions représentent 56 millions d’euros par an pour les seuls dons aux partis politiques ! 56 millions d’euros offerts à seulement 290 000 individus qui ont choisi de financer un parti ? Même pas ! Car on ne peut bénéficier de déductions d’impôt… que si on paie l’impôt sur le revenu, ce qui n’est le cas que d’un Français sur deux. Pour le dire autrement si vous êtes parmi les 10 % des Français les plus fortunés, et que vous faites un don de 7 500 euros, celui-ci vous reviendra au final à 2 500 euros. Et le coût de votre don pour l’ensemble des citoyens sera de 5 000 euros. Mais, si vous êtes smicard, étudiant ou travailleur précaire, et que vous donnez 600 euros à un parti, votre générosité vous reviendra à… 600 euros, puisque vous n’êtes pas imposable sur le revenu. Bref, en France, les plus pauvres paient pour satisfaire les préférences politiques des plus riches.

    Le financement de la vie politique expliquerait la « droitisation » des gauches occidentales ?
    Si tous les partis et les candidats recevaient autant de financements privés, ce ne serait pas forcément problématique. Mais ce n’est pas le cas. Les Républicains touchent en moyenne, en France, 11 fois plus de dons privés que le Parti socialiste. On retrouve exactement le même déficit dans les autres pays. Or, on s’aperçoit qu’au Royaume-Uni avec Tony Blair, aux Etats Unis avec Hillary Clinton, en Italie avec Renzi, les partis de gauche se sont engagés dans une course aux financements privés. Ils abandonnent leur électorat populaire pour promouvoir des politiques économiques favorables aux plus aisés.

    Un parti peut-il vraiment « acheter » les électeurs ?
    J’ai analysé, avec Yasmine #Bekkouche, doctorante à l’Ecole d’économie de Paris, toutes les #élections municipales et législatives en France depuis 1993. Le résultat est net : statistiquement, en moyenne, les candidats les plus dotés et qui dépensent le plus remportent les élections. Bien sûr il y a des exceptions - le cas de Benoît Hamon à la présidentielle le prouve. J’ai estimé le prix d’un vote à 32 euros. Si un candidat met 32 euros de plus que son concurrent dans une campagne, il récolte une voix de plus. Au fond, ce n’est pas très cher un vote…

    Mais la victoire d’un candidat plus riche peut aussi s’expliquer par son talent ?
    Nous avons neutralisé l’effet de la popularité d’un parti une année donnée, le taux de chômage local, le niveau d’éducation moyen et les revenus fiscaux de la circonscription, le nombre de créations d’entreprises localement, le niveau d’investissement de la municipalité, etc. Résultat : toutes choses égales par ailleurs, le budget d’une campagne a bien un impact sur le résultat d’une élection. Mieux, selon nos analyses, l’« étrange défaite » de la droite après la dissolution surprise de Jacques Chirac en 1997, pourrait s’expliquer par l’interdiction, en 1995, des dons des entreprises aux campagnes électorales. Elle n’a eu d’effet que pour les candidats de droite qui touchaient des dons importants venant d’entreprises.

    Comment expliquer que l’argent ait un tel rôle ?
    Les meetings coûtent chers, comme les frais de transports, les conseils en communication et toutes les stratégies qui reposent sur l’utilisation des big datas. Cette utilisation des réseaux sociaux a d’ailleurs un effet pervers. Dans un monde où un candidat pourrait cibler ses électeurs, et si quelques milliardaires peuvent aider une campagne plus sûrement que des milliers d’électeurs, c’est sur cette poignée de personnes qu’il ciblera sa campagne. Encore une fois, les politiques risquent de se couper des classes populaires et moyennes.
    Vous dites que les donateurs de Macron « en ont eu pour leur argent » avec la suppression de l’ISF. N’est ce pas un peu rapide ?

    Derrière la formule, il y a une évidence : une personne soumise à l’ISF qui a donné 7 500 euros à la République en marche, ce qui lui est revenu à 2 500 euros, et qui voit l’ISF supprimé a effectivement fait un bon investissement. Le politiste américain Martin Gilens a comparé les souhaits des citoyens américains exprimés dans les sondages depuis 1950 (sur la politique économique, étrangère ou sociale), à leur niveau de revenus, et aux politiques effectivement mises en œuvre. Il montre que lorsqu’il y a divergence entre les Américains les plus riches et la majorité des citoyens, les gouvernements tranchent systématiquement en faveur des 1 % les plus riches. Pourquoi n’y a-t-il pas de révolution ? Gilens a une formule extraordinaire : il parle de « démocratie par coïncidence ». Sur beaucoup de sujets - la légalisation de l’avortement ou l’intervention en Irak -, les plus riches sont en phase avec la majorité. Mais c’est pure coïncidence. Le salaire minimum réel, lui, a baissé depuis les années 50. Ce sentiment de dépossession alimente le populisme.

    Que proposez-vous pour y remédier ?
    Certainement pas de supprimer tout financement public des partis parce qu’ils seraient « pourris », comme l’a obtenu le mouvement Cinq Etoiles en Italie ! La démocratie a un prix. Si ce coût n’est pas porté de manière égalitaire par l’ensemble des citoyens, il sera capturé par les intérêts privés. Il faut au contraire renforcer le financement public de la démocratie. Je propose la création de « Bons pour l’égalité démocratique ». Il ne s’agit pas de dépenser plus, mais autrement : tous les ans, an cochant une case sur sa feuille d’impôt, chaque citoyen aura la possibilité d’allouer 7 euros au mouvement politique de son choix. Il ne les sort pas de sa poche, mais il demande à l’Etat de donner 7 euros du fonds pour le financement des partis à celui de son choix.

    Et quand on est abstentionniste ou antiparti ?
    Alors vos 7 euros sont donnés en fonction des résultats aux dernières législatives. C’est une manière de favoriser l’émergence de nouveaux mouvements, et c’est égalitaire : un même montant fixe est alloué à chaque citoyen.

    Vous supprimez les dons privés ?
    Je les limite à 200 euros par an, c’est déjà beaucoup par rapport au revenu moyen français. Si on cherche l’égalité politique, on ne peut pas permettre aux citoyens de donner 7 500 euros à un parti puisque c’est un geste impossible à beaucoup.

    Vous prônez également la création d’une « Assemblée mixte » où seraient mieux représentés les ouvriers et les employés. Comment sera-t-elle élue ?
    Le Congrès américain compte moins de 5 % d’ouvriers et d’employés alors qu’ils représentent la moitié de la population. Aucun #ouvrier ne siège aujourd’hui à l’Assemblée nationale française. Je propose de laisser inchangées les règles de l’élection des deux tiers des #députés. Mais qu’un tiers de l’Assemblée soit élu à la proportionnelle intégrale, par scrutin de liste, où sera imposée une moitié de candidats ouvriers, employés, chômeurs ou travailleurs précaires. Comme pour la parité entre hommes et femmes il faut se saisir des outils de l’Etat de droit pour imposer l’égalité démocratique.

    (1) Voir aussi le site Leprixdelademocratie.fr, où sont recensées toutes les données du livre et où l’on peut « tester » les hypothèses de Julia Cagé sur son propre député.
    Sonya Faure

    Déjà pointé par ailleurs mais je mets le texte complet pour ceux et celles qui sont limités en nombre d’articles sur libération.

    #démocratie #argent #financement #partis #lutte_des_classes #impôts #inégalités


  • Mémoires de John Kerry : cinq révélations sur la politique américaine au Moyen-Orient
    MEE - Dernière mise à jour : 06 septembre 2018
    https://www.middleeasteye.net/fr/reportages/m-moires-de-john-kerry-cinq-r-v-lations-sur-la-politique-us-au-moyen-

    Ce mercredi 5 septembre paraissent les mémoires de l’ancien secrétaire d’État américain John Kerry, Every Day is Extra. Au-delà des révélations sur les coulisses de la diplomatie américaine et des mécanismes du pouvoir à Washington, John Kerry revient aussi sur quelques épisodes cachés de l’histoire récente au Moyen-Orient.
    (...)
    L’ex-responsable démocrate décrit aussi ses relations tumultueuses avec Netanyahou, un Premier ministre israélien qu’il décrit notamment comme « fragile » durant la guerre contre Gaza en 2014.

    « C’est l’une des quelques fois où j’ai vu Bibi très effacé, n’affichant pas son énergie et sa bravade habituelles. Voir le leader d’Israël ainsi assiégé m’avait réellement ému… J’ai vu Bibi, à ce moment-là, plus vulnérable que jamais. »

    Mais l’émotion de Kerry se transforma en colère quand il s’aperçut que Netanyahou avait volontairement saboté un projet de cessez-le-feu avec le Hamas. Une fuite dans les médias, orchestrée selon Kerry par Netanyahou, enterra la proposition américaine. Et le secrétaire d’État lança, furieux, au Premier ministre :

    « Nous étions au milieu de nos négociations, entamées sur la base de vos données et maintenant, je vois ça dans la presse ? C’est un scandale [...] La trêve humanitaire était votre idée et maintenant, vous laissez fuiter ce document pour faire en sorte qu’on ait l’impression que je tente de faire avancer les positions du Hamas ? »

    Au sujet de cet épisode, Kerry écrit qu’un « élément de confiance personnelle a été brisé ». Au moment où Kerry était impliqué dans les négociations avec Téhéran, la décision de Netanyahou de s’exprimer devant le Congrès américain pour exprimer son rejet de l’accord sur le nucléaire iranien vexa définitivement l’ex-chef de la diplomatie américaine. Il consigne dans ses mémoires avoir été « déçu par Netanyahou ». « Nous pensions que nous valions mieux que ces mots qui ont frappé au-dessous de la ceinture ».


  • Les réseaux sociaux à la peine contre la manipulation de l’information
    https://www.franceinter.fr/emissions/geopolitique/geopolitique-06-septembre-2018

    Sheryl Sandberg, la patronne de Facebook, et Jack Dorsey, le fondateur de Twitter, ont témoigné mercredi devant la Commission du Renseignement du Congrès à Washington. Au coeur des questions, la manipulation de l’information sur leurs réseaux sociaux. Quand les dirigeants des réseaux sociaux Facebook et Twitter sont convoqués au Congrès américain, ces temps-ci, ce n’est pas pour discuter business ou technologie. C’est pour parler manipulation de l’information et désinformation en période électorale. (...)

    #Facebook #Twitter #manipulation


  • L’empire suicidaire
    http://www.dedefensa.org/article/lempire-suicidaire

    L’empire suicidaire

    Il y a beaucoup de comportements exposés par des personnes aux postes de responsabilité aux États-Unis qui semblent disparates et bizarres. Nous voyons Trump imposer des sanctions pays après pays, rêvant d’éradiquer le déficit commercial structurel de son pays avec le reste du monde. Nous observons à peu près tous les jours le Congrès américain se surpasser pour tenter d’imposer les sanctions les plus sévères à la Russie. Les habitants de la Turquie, pays-clef de l’OTAN, brûlent littéralement des dollars américains et brisent leurs iPhones en pleine crise. Confrontés à une nouvelle série de systèmes d’armements russes et chinois qui neutralisent largement leur capacité à dominer le monde militairement, les États-Unis établissent de nouveaux records en ce qui concerne leurs dépenses de (...)


  • Rashida Tlaib, première femme musulmane à être élue au Congrès américain
    https://www.huffpostmaghreb.com/entry/rashida-tlaib-premiere-femme-musulmane-a-etre-elue-au-congres-ameri

    Il s’agissait de primaires, mais il n’y aura pas d’opposant républicain.

    ÉTATS-UNIS - À quelques mois des élections de mi-mandat, plusieurs États américains vivent ces derniers jours un avant-goût de ce rendez-vous politique incontournable pour les opposants au président Trump. Dans la nuit du mardi au mercredi 8 août, l’État du Michigan organisait les primaires démocrates pour choisir celles ou ceux qui représenteront le parti pour l’élection au Congrès, qui aura lieu en novembre prochain. 

    Un scrutin qui a vu la victoire de la progressiste Rashida Tlaib. Résultat qui fait d’elle, pour l’instant, la première femme musulmane à être élue au Congrès américain, et la première américano-palestinienne, cette dernière étant sans opposition, rapporte The Independant.

    Une victoire à plus de 33% des voix à l’occasion d’une élection décrite par cette dernière au Detroit News comme étant un “joyeux chaos”. Elle a notamment obtenu le soutien des Justice Democrats, un groupe progressiste au sein du parti, proche de l’ancien candidat à la primaire démocrate Bernie Sanders, rapporte le HuffPost américain.


  • Scandale au #Congo : deux parcs naturels ouverts à l’exploitation pétrolière !
    http://reformeraujourdhui.blogspot.com/2018/07/scandale-au-congo-deux-parcs-naturels.html

    Après le Congrès américain qui a autorisé l’exploration pétrolière et gazière au sein de « l’Arctic National Wildlife Refuge » en décembre 2017, l’une des plus vastes réserves naturelles d’Alaska (78 000 km²), c’est au tour de la République démocratique du Congo d’envisager des activités extractives dans deux parcs naturels classés à l’Unesco… Lire la suite...

    #parc #pays #Salonga #Virunga


    • CRISE BANCAIRE
      Le Congrès américain assouplit la régulation bancaire
      "Adopté par 258 voix contre 159, le texte, qui réduit de 38 à 12 le nombre de banques américaines soumises aux règles les plus dures, doit désormais être signé par le président américain."
      Source : Le Monde

      CRISE FINANCIÈRE
      Haute finance : ses pratiques délictueuses mettent en danger le grand public.
      "Voici un reportage que nous offre Arte (2017) sur la mort d’un banquier italien. Son tort ? Il a failli témoigner… Mais au-delà de cet assassinat, il est utile de voir comment les alliances des mondes politiques et financiers mettent en danger le grand public…"
      Source : Blog de Liliane Heldkhawan

      DÉMOCRATIE
      Tout allait bien…
      "En 2008, un jeune candidat aux primaires démocrates puis à l’élection présidentielle américaine soulevait l’enthousiasme des commentateurs par la méthode innovante mise en œuvre lors de sa campagne : moissonner les données personnelles de citoyens susceptibles de voter pour lui. La collecte fut si fructueuse que, selon le journaliste Sasha Issenberg, l’équipe de M. Barack Obama « connaissait le nom de chacun des 69 456 897 Américains dont les bulletins l’avaient propulsé à la Maison Blanche »."
      Source : LE MONDE DIPLOMATIQUE

      Marée populaire : les chiffres biaisés de France 2 sur « l’échec » de la mobilisation
      "Samedi 26 mai, près de 190 cortèges ont défilé dans toute la France à l’occasion de la « marée populaire » contre la politique du gouvernement Macron. Le soir même, le JT de France 2 fait le constat d’un « échec » de ces manifestations. Les journalistes de la chaîne publique reprennent une information ressassée par éditorialistes et « experts » dans de nombreux grands médias : la mobilisation serait en baisse depuis la précédente manifestation du 5 mai. Qu’en est-il vraiment ?"
      Source : ACRIMED

      EVASION FISCALE
      Le CAC40 en 2017 : plus de 16 000 filiales, dont 15% dans des paradis fiscaux
      "Une multinationale, ce n’est pas seulement un nom, une capitalisation boursière et une direction centralisée. C’est aussi un réseau complexe de centaines de filiales, localisées aux quatre coins dans la planète, liées entre elles par des relations financières, juridiques et actionnariales souvent opaques, ouvrant la porte à tous les abus."
      Source : OBSERVATOIRE DES MULTINATIONALES

      Comment l’Europe - et la France - s’accomode de ses paradis fiscaux
      "En matière de paradis fiscaux les choses n’ont pas beaucoup bougé, en apparence du moins, en dépit des scandales qui ont émaillé la dernière décennie, des « offshore leaks » jusqu’au Paradise papers. Dire que rien n’a été fait, serait abusif. Le Royaume Uni a notamment annoncé le premier mai, la transparence sur les propriétaires des sociétés sur ses 14 territoires d’outre-mer."
      Source : XERFI CANAL

      FRANCE
      Grève SNCF : ce qu’ont vraiment gagné les syndicats dans la bataille
      "Ce n’est pas encore la fin de la grève à la SNCF, mais on s’en rapproche,à entendre les déclarations des syndicats réformistes, Unsa et CFDT, qui évoquent une sortie du conflit mi-juin. En ce samedi, 25e jour de grève, l’heure est déjà au bilan. Qu’ont obtenu les syndicats au cours de ce bras de fer entamé début avril ? Tout cela pour quoi ?"
      Source : Nouvel Obs

      Energie : l’échec annoncé de dix ans de dérégulation
      "La promesse est toujours la même. En brisant les monopoles publics au profit d’un marché concurrentiel, la dérégulation permettrait de faire chuter les prix et d’améliorer la qualité pour les usagers, devenus des « clients ». L’argument est de nouveau ressorti par le gouvernement dans le cadre de la réforme ferroviaire, dont l’examen au Sénat a commencé le 23 mai. Et si on jugeait sur pièces ?"
      Source : BASTAMAG

      Eloge de la redistribution
      "« Il y a trop d’aides sociales en France », assure Gérald Darmanin, le ministre de l’Action et des Comptes publics ; « Expliquer qu’on va réduire la dépense publique sans rien toucher aux aides sociales, ce ne serait pas cohérent et pas lucide vis-à-vis des Français », affirme lui aussi Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie… Incontestablement, au sein du gouvernement, l’air du temps est à la remise en cause des prestations sociales – même si la cacophonie des ministres empêche encore de comprendre quels sont ses projets exacts en la matière."
      Source : ALTERNATIVES ECONOMIQUES

      GÉOPOLITIQUE
      Niger : la société civile réprimée, le président Issoufou reçu avec les honneurs à l’Élysée
      "Le président du Niger Mahamadou Issoufou entame ce 4 juin une visite officielle à Paris, sur invitation d’Emmanuel Macron. Plusieurs ministres et le président du Sénat seront à sa disposition, tandis qu’il devrait obtenir près de 50 millions d’euros d’aide au développement. Au même moment, les principaux leaders de la société civile nigérienne subissent une brutale répression, croupissant dans plusieurs prisons gouvernementales."
      Source : BASTAMAG

      LIBERTÉS
      L’ONU épingle la France pour sa lutte antiterroriste et ses effets « préoccupants » sur les libertés individuelles
      "Pendant dix jours, Fionnuala Ni Aolain, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la protection des droits de l’Homme dans la lutte antiterroriste a rencontré tous les acteurs qui jouent un rôle en la matière en France…"
      Source : 20 Minutes

      Pour une défense internationale de Julian Assange !
      "Le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) et le Comité de rédaction international du « World Socialist Web Site » appellent d’urgence à une mobilisation internationale pour défendre le rédacteur en chef de WikiLeaks, Julian Assange. Après s’être battu pendant près de huit ans contre la persécution incessante de Washington et de ses alliés, le journaliste d’origine australienne est en danger de tomber dans leurs griffes."
      Source : WORLD SOCIALIST WEB SITE

      MATIÈRES PREMIÈRES
      La Confédération paysanne s’invite chez Bolloré
      "Plusieurs dizaines de personnes ont manifesté ce 5 juin 2018, à l’appel de la Confédération paysanne devant l’entrée d’un domaine viticole appartenant à Vincent Bolloré à La Croix-Valmer (Var) pour dénoncer « l’accaparement des terres » et les « spéculations sur le dos des paysans locaux ». « Nous dénonçons la financiarisation de l’agriculture : des personnes extérieures au monde agricole viennent faire du fric sur la terre des paysans en les excluant », déplore Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne."
      Source : La France Agricole

      L’Iran à court d’eau
      "En Iran, la pénurie d’eau devient une urgence nationale. Comment la république islamique a-t-elle sacrifié cette ressource vitale ? Un documentaire éclairant." [Iran/USA, même combat ?!]
      Source : Arte
      L’Azerbaïdjan met en place un corridor gazier géostratégique via la Turquie
      "Pendant qu’Etats-Unis, et Union européenne s’affrontent via taxes sur acier et aluminium, les pays de l’ex-URSS – tels que l’Azerbaïdjan – avancent chaque jour un peu plus dans le domaine gazier. Tentant de se tailler la part du lion sur l’échiquier énergétique mondial et sur le gigantesque marché énergétique européen. Une option qui vise notamment à réduire la dépendance de l’Europe au gaz russe, alors que les pays membres de l’UE se voient contraints ces dernières années d’accroître leurs achats auprès de la Russie, malgré les objectifs énoncés par Bruxelles."
      Source : LE BLOG FINANCE

      ÉTATS-UNIS
      L’espérance de vie continue de diminuer aux Etats-Unis
      "C’est un phénomène pour le moins alarmant que pointent du doigt des chercheurs américains. Pour la troisième année consécutive, l’espérance de vie aux Etats-Unis recule. La consommation de drogues (notamment des opiacées), d’alcool et les suicides contribuent à cette baisse inquiétante."
      Source : La Dépêche


  • Ingérence russe dans l’élection américaine : les publicités Facebook décortiquées
    https://www.lemonde.fr/pixels/article/2018/06/05/ingerence-russe-dans-l-election-americaine-les-publicites-facebook-decortiqu

    D’après les documents remis par Facebook au Congrès américain, un grand nombre de publicités financées par l’organisme russe IRA visent des communautés spécifiques, et des personnes aux opinions politiques tranchées. En octobre, au terme d’une enquête interne, le réseau social Facebook remettait au Congrès américain plus de trois mille publicités achetées dans le cadre d’une opération d’influence d’origine russe. Contenu, nombre d’utilisateurs touchés, audience visée ou encore montants engagés : on connaît (...)

    #Facebook #manipulation #publicité #discrimination

    ##publicité


  • Olivier Ertzscheid : Pourquoi je ne quitte pas (encore) Facebook - Libération
    http://www.liberation.fr/debats/2018/04/24/pourquoi-je-ne-quitte-pas-encore-facebook_1645574

    par Olivier Ertzscheid

    Au delà de savoir s’il est techniquement possible de quitter le réseau social qui a fini par coloniser Internet, il faut qu’il reste des infiltrés pour lutter.

    Pourquoi je ne quitte pas (encore) Facebook

    Le titre de cet article devrait en fait être : « Pourquoi je n’ai pas encore quitté Facebook alors que j’aurais dû être parmi les premiers à le faire ? » Donc oui, malgré les scandales à répétition, malgré les dernières entourloupes de Zuckerberg continuant d’extorquer un consentement en faux-semblant et privant tout le reste du monde hors de l’Europe des avancées permises par le RGPD, malgré tout cela je reste encore sur Facebook et n’ai pas supprimé mon compte.
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    inRead invented by Teads
    #DeleteFacebook ?

    Je reste sur Facebook pour plusieurs raisons. Permettez que je vous les explique, car, comme nous le verrons un peu plus tard, il se pourrait que certaines d’entre elles vous concernent également.

    Observation participante. Je suis chercheur. Et Facebook est l’un de mes « terrains ». J’y observe les logiques interactionnelles, la circulation complexe des contenus, les logiques de viralisation et de monétisation. J’y suis donc, et j’y reste pour mon travail de recherche.

    Estrade professorale. Je suis enseignant. Il y a huit ans, j’expliquais sur mon blog pourquoi j’étais ami avec tou(te)s mes étudiant(e)s. Même s’ils ont avec ce réseau une relation plus distendue et moins « holistique » au profit d’autres plateformes sociales (Snapchat et Instagram notamment), mes étudiant(e)s y sont presque tous inscrits et en ont un usage constant et régulier. De fait, les arguments que je soulignais il y a huit ans me semblent tous toujours d’actualité. Facebook est plus qu’un simple « outil », c’est un « milieu ». Et si l’on veut en transmettre les codes et en avertir des dangers, il n’est pas possible de le faire sans s’y immerger, avec ceux que l’on prétend accompagner ou éduquer. Donc j’y reste aussi comme enseignant.

    Pour faire des bulles. De filtre et d’autres choses aussi. Je reste sur Facebook parce qu’au regard de la circulation de l’information et au regard de mes propres pratiques informationnelles, je suis devenu dépendant (mais je me soigne) de cette plateforme. Une dépendance double dont je porte au moins pour moitié la responsabilité. J’en porte la responsabilité car j’ai depuis longtemps délaissé mon agrégateur RSS et que comme le rappelle très justement Anil Dash, je participe, ce faisant, à exacerber le constat suivant : « La différence entre des individus choisissant les contenus qu’ils lisent et des entreprises choisissant ces contenus à la place des individus affecte toutes les formes de médias. » Mais la responsabilité de cette dépendance est aussi collective et elle est une aliénation : de plus en plus de médias, d’individus et d’entreprises ou d’associations n’ont plus d’autre existence discursive et donc sociale, que celle qui s’exprime via leur compte Facebook. Ils n’ont plus d’autre espace de parole que celui de leur compte Facebook, là où la promesse initiale du web était d’offrir à chacun une page et une adresse.
    #DeleteLaTélé

    Une étudiante avec qui je discutais récemment me demandait si l’on pouvait établir un lien entre les gens qui indiquent quitter - ou vouloir quitter - Facebook et ceux qui refusent toute forme de connexion (Digital Detox) ou qui, il y a quelques années, avaient décidé de ne plus avoir la télé. Le débat est en fait celui du ratio entre le bénéfice et le risque, à l’échelle individuelle et collective. Je m’explique.

    En choisissant de ne plus avoir la télé (je m’en suis moi-même passé pendant plus de douze ans), on considère, d’une part, que le ratio entre les programmes intellectuellement aliénants et les programmes intellectuellement émancipateurs est devenu trop important, et que, d’autre part, notre faiblesse nous portera à céder à la tentation des premiers au détriment des seconds. On préfère donc « couper » la source de la tentation. Ce faisant on ne se prive en fait pas de grand chose car on dispose d’autres sources médiatiques d’information (radio et presse papier ou en ligne) et on peut toujours acheter des DVD ou aller au cinéma. Il y a douze ans de cela, Internet permettait déjà de « regarder la télé sans l’avoir », si vraiment un agenda médiatique se faisait particulièrement pressant ou nécessitait d’enfreindre exceptionnellement la règle (même quand je n’avais pas la télé je n’ai jamais raté aucun événement majeur du monde de l’ovalie).

    Mais même si nous avons avec Facebook un rapport de consommation télévisuel dans la posture, un mode « affalé », où l’essentiel de nos interactions se résume à envoyer quelques « Likes » comme on appuie mollement sur une télécommande pour changer de chaîne, même si donc notre consommation de Facebook ressemble beaucoup à notre consommation télévisuelle, Facebook n’est pas la télé : parce qu’il n’y a pas de « média » équivalent en termes de variété de contenus ou d’audience. Pas de média équivalent qui permette de réellement quitter Facebook sans devoir se priver de quelque chose qu’il nous semble difficile de retrouver ailleurs à cette échelle et avec cette facilité.

    Ce quelque chose c’est pour l’essentiel l’expérience kakonomique, cette « étrange mais très largement partagée préférence pour des échanges médiocres tant que personne ne trouve à s’en plaindre » (Gloria Origgi, philosophe italienne). Cette expérience est aussi inédite qu’addictive parce qu’à une échelle tout aussi inédite et plurielle.
    Le départ (presque) impossible

    Alors il existe, bien sûr, une manière de quitter définitivement Facebook : fermer son compte. Si la procédure était extrêmement complexe il y a encore quelques années, prenons acte qu’elle est aujourd’hui « simplifiée ». Tout comme la possibilité de récupérer une bonne partie de ses données avant son départ. Mais la réalité est tout autre.

    Il demeure en effet impossible de quitter vraiment Facebook. D’abord pour l’aveu de Mark Zuckerberg : lui-même ne sait pas pendant combien de temps les données restent stockées sur les serveurs de Facebook après que quelqu’un a fermé son compte. C’est ce qu’il a avoué lors de son audition devant le Congrès américain, le 10 avril dernier. Et, en tout état de cause, sans vouloir sombrer dans la paranoïa, personne d’extérieur à Facebook n’est en capacité de vérifier que les données sont réellement effacées. De fait, hors les données strictement déclaratives et les documents que nous mettons en ligne (photos notamment) et qu’il dit effacer, Facebook continue de garder indéfiniment un ensemble de métadonnées comportementales et navigationnelles qui en disent souvent davantage sur nous que les premières.

    Mais même en laissant cela de côté, le principal problème est qu’il est quasi-impossible de quitter Facebook sans quitter… le web. Et c’est un problème majeur. On dit souvent que Facebook a changé le visage du web et on a raison. Mais il l’a fait, outre sa création en 2004, lors de deux étapes cruciales de son développement. La première étape fût le déploiement du « News Feed » en 2006 : « Le news feed marque le passage de l’Internet de la visite à celui de la notification. On ne « visite » plus la page de ses amis, elle s’impose à nous, son contenu nous est notifié. Le web passe alors du modèle de la bibliothèque universelle — celui de Google et Wikipédia — à un nouveau modèle, celui du flux, qui va la faire se rapprocher de plus en plus de la télévision. Le web devient un média aussi actif que passif. »

    La seconde étape date de 2010 avec le lancement du « Like », une stratégie permettant, au sens premier et littéral, d’annexer toutes les extériorités de la plateforme, de faire en sorte que tout ce qui n’est pas dans Facebook soit quand même traçable, observable et capitalisable par Facebook. En 2010, j’avais proposé un article à Libération intitulé « Le web social comme nouvelle arme de distraction massive », m’alarmant du fait que « le Like allait tuer le lien », et réussissant, avec d’autres, à les convaincre de refuser d’installer ce bouton « Like » sur leur site. A l’époque Libération publiait l’article « Pourquoi nous n’aimons pas les ’j’aime’ ».

    Aujourd’hui donc, la colonisation du « Like » s’est étendue à l’ensemble (quasiment) des contenus discursifs produits sur le web : texte, sons, images, vidéos, pages personnelles, sites institutionnels, médias plus ou moins indépendants, tout est « Likable ». Facebook est à l’image du Dieu de Pascal, « une sphère dont le centre est partout et la circonférence nulle part. » Plus exactement, il est une plateforme propriétaire dont le « Like » permet de centraliser les usages, y compris en dehors des murs de la plateforme. Et avec lui nos navigations sont devenues carcérales.
    « Question délicate »

    Facebook est créé en 2004. Le « News Feed » de 2006 est une révolution des usages, une révolution de la consultation dans laquelle la passivité et les interactions de bas niveau deviennent la norme. Et l’Anschluss du « Like » en 2010 est une révolution structurelle qui contamine, phagocyte et aliène l’ensemble des espaces documentaires existants. Depuis Pascal et le nez de Cléopâtre, on le sait, les petites causes peuvent produire de grands effets. A l’aide de deux évolutions d’apparence « simplement » techniques, Facebook a, en à peine 4 ans, totalement et définitivement changé le visage et, surtout, l’expérience du web.

    Dès lors, même en clôturant son compte Facebook, et même si nous renoncions également à l’utilisation de WhatsApp, d’Instagram, de Messenger ou de toutes ces applications et sites qui nécessitent - et nous imposent parfois - de posséder un compte Facebook pour profiter de leurs services, même avec tout cela nous restons encore sous le radar de Facebook par l’entremise de l’indénombrable galaxie de sites tiers sur lesquels le bouton « Like » est implanté.

    Alors, contrairement, à ce qu’avance l’article publié le 16 avril 2018 dans la Newsroom de Facebook, la « question délicate » n’est pas de savoir quelles sont les données que Facebook collecte sur nous quand nous ne l’utilisons pas, ni de savoir pourquoi il le fait. La question délicate, la vraie, est de savoir si cela est révocable collectivement. Si nous pouvons au moins l’éviter individuellement sans avoir à acquérir les compétences techniques d’un hacker. Et comme la réponse est clairement « non », alors oui, nous avons collectivement un assez gros problème. Une architecture technologique qui se rend inévitable, non par le service qu’elle propose, mais simplement parce qu’elle rend tout effet d’évitement impossible ou bien plus complexe que la nécessité de s’y soumettre, est une architecture technologique par nature hautement toxique.
    Partir ? Rester ? « It’s complicated »

    Toutes proportions gardées, et tout point Godwin également, je reste convaincu qu’il ne peut pas y avoir de résistance sans infiltrés. Pour un temps encore, je vais essayer d’être de ceux-là. Puisque Facebook refusera toujours de livrer le coeur de ses données à des protocoles de recherche réellement indépendants, il ne nous reste que les données de l’expérience. De l’expérience utilisateur. Une expérience qui, elle, reste heureusement transmissible. Alors je reste. Je reste dans Facebook. Encore un peu. Je vous donnerai de mes nouvelles.

    Mais en continuant de défendre ce qui me semble être notre seule planche de salut : lutter contre les architectures techniques toxiques. Et cela ne peut se faire que par l’éducation et en développant des alternatives communes et libres dont celle d’un index indépendant du web. Et en continuant plus que jamais de soutenir, d’applaudir, de faire connaître et reconnaître les actions des associations comme Framasoft (Dégooglisons Internet), les CHATONS, ou La Quadrature du Net (recours collectif contre les GAFA), actions et associations plus que jamais d’utilité publique.

    A titre personnel et pour encore quelque temps, Facebook restera aussi cet empilement de colères, d’indignations et de postures, ce labyrinthe kakonomique d’une socialisation à coût cognitif nul. Et cette formidable et inédite construction orwellienne. Cette « version postmoderne de la Stasi », selon le lanceur d’alerte Julian Assange. Cet obscur objet du désir et du défilement des pulsions. Ce bovarysme calculatoire.

    Olivier Ertszcheid est l’auteur de l’Appétit des géants (2017, C&F éditions)


  • Data : Facebook, lobbyiste très actif à Bruxelles Antoine Vergely - 11/04/2018 - Alternatives économiques
    https://www.alternatives-economiques.fr/facebook-lobbyiste-tres-actif-a-bruxelles/00084150

    Facebook est régulièrement le sujet de controverses liées à l’utilisation
    des données partagées par ses utilisateurs, que ce soit en 2013 au lendemain des révélations d’Edward Snowden ou très récemment dans l’affaire Cambridge Analytica. Le réseau social s’efforce ainsi de rassurer et de redorer son image auprès du public mais aussi des institutions. C’est pourquoi il construit son #réseau et amplifie son influence aussi bien à Washington qu’à Bruxelles.

    En Europe, Facebook tend à devenir un des groupes les plus actifs auprès des institutions européennes
    De part et d’autre de l’Atlantique, la société de #Mark_Zuckerberg intensifie son activité de #lobbying. En Europe, #Facebook tend à devenir un des groupes les plus actifs auprès des #institutions_européennes, à l’instar de #Microsoft et surtout de #Google, deux autres membres des fameux #GAFAM (Google-Amazon-Facebook-Apple-Microsoft) comptant déjà parmi les dix entreprises les plus dépensières auprès des institutions européennes.
    Fort de ses 2,2 milliards d’utilisateurs actifs, Facebook déclare dans le registre de transparence de l’Union européenne, que sa « mission est de donner aux gens le pouvoir de partager et de créer un monde plus ouvert et connecté ». Un objectif réaffirmé par Mark Zuckerberg dans son manifeste de février 2017, dans lequel il affirme que « le progrès demande désormais que l’humanité se rassemble dans une communauté globale ».

    Une arrivée progressive
    À Bruxelles, des rencontres entre ses représentants et les #commissaires_européens ou leurs membres de cabinets sont régulièrement organisées. En février 2018, la Commission européenne recensait 67 rendez-vous depuis la prise de fonctions de la Commission Juncker en 2014. Les discussions s’articulent autour de thématiques liées au développement d’Internet dans l’Union européenne comme la mise en place du marché unique numérique, les mesures de protection des données ou la lutte contre les fake news.
    L’entrée de Facebook sur la scène bruxelloise s’est faite timidement. En 2012, date de son inscription sur le registre de transparence de l’Union européenne, Facebook déclarait 2 employés auprès des institutions européennes et des dépenses en matière de lobbying comprises entre 400 000 et 450 000 euros. Le réseau social s’est ensuite imposé petit à petit en augmentant ses dépenses et le nombre de ses collaborateurs.

    En 2013, au début de la révision du régime de la protection des données dans l’UE, Facebook a accru ses dépenses de lobbying et recruté six nouveaux lobbyistes. 2017, date de la dernière déclaration sur le registre de transparence, marque un nouveau record pour Facebook. Ses dépenses déclarées sont désormais comprises entre 2,25 et 2,5 millions d’euros et le nombre d’employés est passé à 15, pour 7,2 équivalents temps plein, à Bruxelles dont quatre possèdent une accréditation auprès du Parlement européen.

    Le réseau Facebook
    Afin d’améliorer l’action de ses lobbyistes maison, Facebook s’inscrit dans les mêmes réseaux que ses autres collègues des GAFAM. Comme la majorité des entreprises présentes à Bruxelles, le réseau social s’est attaché les services de cabinets de consultants spécialisés. Ces agences offrent leur expertise en matière de relations et de politiques publiques ainsi que leur connaissance des rouages des institutions européennes. Dans son guide Lobby Planet, le Corporate Europe Observatory explique que leurs prestations vont du « blanchiment d’image » au « discours écologique de façade » en passant par la « création de groupes ad hoc pour porter les intérêts » de leurs clients.

    Les prestations vont du « blanchiment d’image » au « discours écologique de façade » en passant par la « création de groupes ad hoc pour porter les intérêts » des clients
    Par ailleurs, Facebook étoffe son réseau de lobbying en intégrant des associations professionnelles, qui sont souvent les mêmes auxquelles sont affiliées les autres GAFAM. Ces alliances entre les entreprises d’un même secteur économique donnent plus de poids aux actions de lobbying menées au nom de leurs membres. Facebook coordonne ainsi ses actions auprès des institutions européennes avec les autres membres des GAFAM ainsi que d’autres géants du numérique et des télécommunications au sein de ces associations.

    Pris dans le scandale Cambridge Analytica, Facebook est sommé de s’expliquer sur sa capacité à protéger la vie privée et les données de ses utilisateurs. La Commission européenne demande des comptes et Mark Zuckerberg a dû témoigner devant le Congrès américain. En attendant, Facebook a répondu en augmentant encore sa présence à Washington et en publiant plusieurs offres d’emploi de lobbyistes basés dans la capitale américaine.

    Cet article a été initialement publié sur le site VoxEurop le 10 avril 2018 en partenariat avec European data Journalism network

     #bruxelles #lobbying #lobby #europe #union_européenne #lobbies #corruption


    • Data : Facebook, lobbyiste très actif à Bruxelles Antoine Vergely - 11/04/2018 - Alternatives économiques
      https://www.alternatives-economiques.fr/facebook-lobbyiste-tres-actif-a-bruxelles/00084150

      Facebook est régulièrement le sujet de controverses liées à l’utilisation
      des données partagées par ses utilisateurs, que ce soit en 2013 au lendemain des révélations d’Edward Snowden ou très récemment dans l’affaire Cambridge Analytica. Le réseau social s’efforce ainsi de rassurer et de redorer son image auprès du public mais aussi des institutions. C’est pourquoi il construit son #réseau et amplifie son influence aussi bien à Washington qu’à Bruxelles.

      En Europe, Facebook tend à devenir un des groupes les plus actifs auprès des institutions européennes
      De part et d’autre de l’Atlantique, la société de #Mark_Zuckerberg intensifie son activité de #lobbying. En Europe, #Facebook tend à devenir un des groupes les plus actifs auprès des #institutions_européennes, à l’instar de #Microsoft et surtout de #Google, deux autres membres des fameux #GAFAM (Google-Amazon-Facebook-Apple-Microsoft) comptant déjà parmi les dix entreprises les plus dépensières auprès des institutions européennes.
      Fort de ses 2,2 milliards d’utilisateurs actifs, Facebook déclare dans le registre de transparence de l’Union européenne, que sa « mission est de donner aux gens le pouvoir de partager et de créer un monde plus ouvert et connecté ». Un objectif réaffirmé par Mark Zuckerberg dans son manifeste de février 2017, dans lequel il affirme que « le progrès demande désormais que l’humanité se rassemble dans une communauté globale ».

      Une arrivée progressive
      À Bruxelles, des rencontres entre ses représentants et les #commissaires_européens ou leurs membres de cabinets sont régulièrement organisées. En février 2018, la Commission européenne recensait 67 rendez-vous depuis la prise de fonctions de la Commission Juncker en 2014. Les discussions s’articulent autour de thématiques liées au développement d’Internet dans l’Union européenne comme la mise en place du marché unique numérique, les mesures de protection des données ou la lutte contre les fake news.
      L’entrée de Facebook sur la scène bruxelloise s’est faite timidement. En 2012, date de son inscription sur le registre de transparence de l’Union européenne, Facebook déclarait 2 employés auprès des institutions européennes et des dépenses en matière de lobbying comprises entre 400 000 et 450 000 euros. Le réseau social s’est ensuite imposé petit à petit en augmentant ses dépenses et le nombre de ses collaborateurs.

      En 2013, au début de la révision du régime de la protection des données dans l’UE, Facebook a accru ses dépenses de lobbying et recruté six nouveaux lobbyistes. 2017, date de la dernière déclaration sur le registre de transparence, marque un nouveau record pour Facebook. Ses dépenses déclarées sont désormais comprises entre 2,25 et 2,5 millions d’euros et le nombre d’employés est passé à 15, pour 7,2 équivalents temps plein, à Bruxelles dont quatre possèdent une accréditation auprès du Parlement européen.

      Le réseau Facebook
      Afin d’améliorer l’action de ses lobbyistes maison, Facebook s’inscrit dans les mêmes réseaux que ses autres collègues des GAFAM. Comme la majorité des entreprises présentes à Bruxelles, le réseau social s’est attaché les services de cabinets de consultants spécialisés. Ces agences offrent leur expertise en matière de relations et de politiques publiques ainsi que leur connaissance des rouages des institutions européennes. Dans son guide Lobby Planet, le Corporate Europe Observatory explique que leurs prestations vont du « blanchiment d’image » au « discours écologique de façade » en passant par la « création de groupes ad hoc pour porter les intérêts » de leurs clients.

      Les prestations vont du « blanchiment d’image » au « discours écologique de façade » en passant par la « création de groupes ad hoc pour porter les intérêts » des clients
      Par ailleurs, Facebook étoffe son réseau de lobbying en intégrant des associations professionnelles, qui sont souvent les mêmes auxquelles sont affiliées les autres GAFAM. Ces alliances entre les entreprises d’un même secteur économique donnent plus de poids aux actions de lobbying menées au nom de leurs membres. Facebook coordonne ainsi ses actions auprès des institutions européennes avec les autres membres des GAFAM ainsi que d’autres géants du numérique et des télécommunications au sein de ces associations.

      Pris dans le scandale Cambridge Analytica, Facebook est sommé de s’expliquer sur sa capacité à protéger la vie privée et les données de ses utilisateurs. La Commission européenne demande des comptes et Mark Zuckerberg a dû témoigner devant le Congrès américain. En attendant, Facebook a répondu en augmentant encore sa présence à Washington et en publiant plusieurs offres d’emploi de lobbyistes basés dans la capitale américaine.

      Cet article a été initialement publié sur le site VoxEurop le 10 avril 2018 en partenariat avec European data Journalism network

      #bruxelles #lobbying #lobby #europe #union_européenne #lobbies #corruption


  • Comment Facebook piste les internautes qui ne sont pas sur le réseau social
    http://www.lemonde.fr/pixels/article/2018/04/13/comment-facebook-piste-les-internautes-qui-ne-sont-pas-sur-le-reseau-social_

    Le réseau social ne s’en cache plus : il collecte des données même sur les internautes qui n’ont pas ouvert de compte Facebook. « Peu importe que vous ayez un compte Facebook ou non : [le réseau social] est capable de collecter des informations sur chacun d’entre nous. » Cette phrase assassine a été lancée par la députée démocrate Debbie Dingell (Michigan), lors du deuxième jour d’audition de Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, devant le Congrès américain. Mardi 10 et mercredi 11 avril, plusieurs élus (...)

    #Facebook #algorithme #cookies #Like #profiling


  • Emma Gonzales a l’air d’être une jeune femme extraordinaire. Mais j’ai le sentiment qu’elle ne va pas bien. Rescapée de la récente tuerie dans son lycée en Floride, elle mène de-puis une campagne militante contre la prolifération des armes dans l’état de Floride, se faisant en devenant une des porte-paroles emblématiques de toute une génération de jeunes Américains et Américaines qui se heurtent au cynisme de la très puissante National Rifle Association et des hommes et des femmes politiques américains auxquelles la NRA graisse les pattes, combat singulier en somme entre des jeunes gens armés de mots-dièses et qui biberonnent aux free hugs depuis qu’ils sont tout petits, contre une armée de l’ombre tentaculaire, armée jusqu’aux dents - c’est son fonds de commerce - et qui gave sénateurs, gouverneurs, juges, procureurs et même avocats, de substantielles sommes pour que la raison d’état ne puisse jamais changer quoi que ce soit à la folie furieuse tellement lucrative pour une poignée de mafieux. Bref, David au berceau contre Goliath au sommet de sa force.

    Lors de la récente marche sur Washington, elle a pris la parole sur une estrade devant des milliers de personnes assemblées pour marcher vers le Congrès américain. Avec beaucoup de courage sans doute, elle n’a rien caché de ses émotions bien compréhensibles, pour dire dans un premier temps son dégoût de la politique de son pays, notamment sa perméabilité au lobbying de la NRA, puis elle a cité le nom de ses dix-sept camarades de lycée récemment tombés sous les balles d’un psychopathe armé - en les mettant en scène assez adroitement, Keith ne sortira pas avec Jennifer, je sais j’exagère -, ses larmes étaient filmées et projetées sur les écrans géants, on pouvait entendre le moindre de ses sanglots dans la sonorisation, et dans la vidéo que j’ai vue de ce discours, les larmes étaient sur tous les visages des jeunes gens aux fronts plissés de chagrin, ainsi assemblés et qui avaient fait le voyage à Washington depuis les autre coins de ce pays immense que sont les Etats-Unis d’Amérique. Puis, brusquement, elle s’est tue et a fermé les yeux pendant de longues minutes, d’interminables minutes en fait, des minutes dont on pouvait se demander combien de temps elles dureraient, créant une tension à tout rompre poussant les unes et les autres à toutes sortes de réactions spontanées - we love you Emma -, elle respirait fort, et même reniflait, ce qui était parfaitement retranscrit dans la sonorisation. J’ai initialement pensé que ce seraient dix-sept minutes, dix-sept interminables minutes qui allaient durer de la sorte, dix-sept minutes pour dix-sept victimes - ce que j’aurais trouvé d’une grande justesse, mais c’était sans doute beaucoup demander à la foule des jeunes personnes en présence tellement habituées désormais à l’immédiateté en toutes choses -, avant que ce silence, parfois entrecoupé par des personnes de cette immense foule, ne soit interrompu, au bout de 6 minutes et demi, 32 secondes je crois, par la sonnerie du téléphone de poche d’Emma Gonzales qui a arrêté son application de compte à rebours en précisant que c’était le temps qu’avait duré la tuerie de son lycée de Floride, minutes qui avaient paru interminables à toutes et tous, prisonniers dans le lycée, et sans défense devant l’avance inexorable du tueur. Et naturellement ce qui était remarquablement sous-entendu, c’est que le sentiment d’insécurité drastique qui avait été celui des personnes ayant survécu avait duré aussi long-temps que l’inconfort de ce long temps de silence, dont on ne pouvait pas savoir combien de temps il durerait et comment il serait rompu. Autant le dire tout de suite, en termes de gestion scénographique de la tension, c’est pour ainsi dire imbattable, la scène du meurtre de la logeuse dans Crime et châtiment de Dostoïevski à côté c’est de la petite bière et Hitchcock, un enfant de chœur. Et j’étais admiratif de cette jeune femme, à la fois pour son courage, je serais incapable de faire cela, et surtout pas à son âge, 18 ans, et pour l’effet saisissant de son affaire. Et comble de prouesse scénique en somme, juste après avoir expliqué à quoi correspondaient ces six interminables minutes de silence, et leurs sanglots, elle s’est retirée sous les applaudissements, la chute est parfaite, cassante, pleine d’écho, en revanche ce qui l’est moins, scéniquement parfait et parfaitement scénique, c’est la façon hautaine, agressive, prétentieuse, fière de son effet avec laquelle Emma Gonzales a tourné des talons et qui montre à quel point elle vit intensément son numéro et à quel point il est prémédité, et non, comme on pourrait d’abord le penser, un geste adolescent tellement porteur de générosité et, passez-moi l’expression, désarmant.

    Dans ce volte-face dont tout montre qu’il a été répété, tout comme sans doute tout le discours, mais aussi toute sa dramatique, se tient tapie l’horreur de quelque chose de très fa-briqué, rempli à craquer d’intentions égotiques, et finalement d’arrière-pensées gestionnaires du quart d’heure warholien et du désir de le faire durer et de capitaliser dessus. Emma Gon-zales vient d’embrasser une carrière politique, dont on pourrait penser, à tort, qu’elle sera ai-mablement orientée, ce sera sûrement le cas à ses débuts, mais auxquels nous n’avons aucune assurance qu’elle restera fidèle, en revanche elle a déjà du métier, de l’assurance, du savoir-faire, une grande capacité à la préméditation et donc une certaine perversité qui est le propre même, à quelques exception près, de toutes les femmes et les hommes politiques.

    Vous allez trouver que j’exagère, vous allez me rétorquer que je suis sévère ou encore qu’elle n’a que 18 ans et que je vois le mal partout. Et vous avez peut-être raison, après tout, ce serait une bonne nouvelle pour Emma Gonzales, quand le soufflé warholien sera retombé, on peut alors penser qu’elle aura du temps et de l’espace pour panser ses plaies, qui, elles, existent et la font authentiquement souffrir, on peut lui souhaiter de tomber sur de bonnes personnes thérapeutiques qui vont l’aider. En revanche quelque chose me dit qu’elle n’optera pas, ni son entourage, pour une approche aussi calme et cicatrisante, au contraire. Elle vient de goûter à une drogue qui a la puissance - et les effets secondaires - de l’héroïne. Et c’est en droguée que désormais elle fera tout, jusqu’à s’oublier elle-même, pour obtenir de nouvelles doses de cette reconnaissance sociale - si la reconnaissance sociale est un opium émollient, la célébrité c’est de l’héroïne non coupée - qui seront de moins en moins satisfaisantes, mais de plus en plus avilissantes.

    Et en vieille personne, née au mitan des années 60 du dernier siècle du millénaire précédent, je ne peux que m’interroger - et au-delà d’elle, j’étends l’application du même raisonnement à sa génération, à laquelle appartiennent justement mes enfants, c’est dire si je raisonne en vieux con du millénaire précédent - à propos de ses prédispositions manifestement naturelles à une telle addiction et à la construction d’une telle destinée. Elevée aux free hugs disais-je - Elevée à la forme électronique du free hug. Elevée aux likes surtout.

    #pendant_qu’il_est_trop_tard


  • Affaire Facebook/Cambridge Analytica : le lanceur d’alerte s’explique

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2018/03/26/affaire-facebook-cambridge-analytica-le-lanceur-d-alerte-s-explique_5276659_

    Christopher Wylie accuse l’entreprise britannique d’avoir utilisé les données de millions d’individus pour manipuler les élections et construire « l’alt-right » aux Etats-Unis.

    Un mois après avoir été embauché en juin 2013 par l’entreprise qui allait devenir Cambridge Analytica, Christopher Wylie a pour la première fois compris qu’il ne s’agissait peut-être pas d’une société comme les autres. « Mon poste de directeur de la recherche était vacant parce que mon prédécesseur était mort dans des conditions inexpliquées dans sa chambre d’hôtel à Nairobi, alors qu’il travaillait pour Uhuru Kenyatta [actuel président du Kenya] », explique-t-il.

    Le Canadien, petit génie de l’informatique, qui a appris tout seul à coder, alors âgé de 24 ans, a progressivement découvert qu’il travaillait pour une firme qui siphonnait les données personnelles de millions de personnes sur Facebook, avait comme vrai patron un certain Steve Bannon, cherchait à manipuler les élections à travers le monde et poussait sur Internet les théories du complot pour développer « l’alt-right », les mouvements d’extrême droite américaines.

    Cambridge Analytica a ensuite aidé Donald Trump lors de la campagne présidentielle américaine et à influer au Royaume -Uni en faveur du Brexit. Ayant quitté l’entreprise fin 2014, mais ayant longtemps gardé d’étroits contacts, M. Wylie a désormais décidé de révéler tout ce qu’il savait. « On ne peut pas défaire ce qui a été fait, mais il faut alerter. »

    Surveillance de masse

    Désormais, il ne fait plus que ça, dénonçant une société qui met en danger la démocratie, selon lui. Une semaine après avoir parlé pour la toute première fois au New York Times et au Guardian, le lanceur d’alerte a longuement rencontré dimanche 25 mars un groupe de huit journalistes européens, dont Le Monde. Depuis plusieurs mois, il travaille aussi avec les autorités britanniques, qui enquêtent contre Cambridge Analytica. Mardi 27 mars, il témoignera devant un comité parlementaire britannique, et a accepté de faire de même devant le Congrès américain.

    A écouter M. Wylie, le scandale qu’il dénonce présente un parallèle à celui qu’Edward Snowden a mis à jour en 2013. L’Américain avait montré comment les agences d’espionnages, notamment la NSA (National Security Agency) ou son équivalent britannique Government Communications Headquarters (GCHQ), utilisaient Internet pour mettre en place une surveillance de masse de leurs citoyens. « Mais la NSA ou GCHQ sont encadrés, alors que les entreprises privées peuvent collecter des données sur les citoyens comme elles le veulent. [Cambridge Analytica] a fait disparaître la frontière entre espionnage et recherche marketing traditionnelle. »

    Il faut réguler

    Pour lui, les données personnelles, qui s’accumulent à vitesse exponentielle, sont « la nouvelle électricité » du XXIe siècle, quelque chose indispensable à la vie quotidienne mais qu’il faut réguler. « Les données sont un outil, comme un couteau qui peut être utilisé pour préparer un repas trois étoiles au Michelin ou pour commettre un meurtre. En tant que telles, elles ne sont pas un problème. Mais ce que Cambridge Analytica met au jour est l’échec des législateurs et de la société à mettre des limites à leur utilisation. »

    Retour à mi-2013. M. Wylie est arrivé à Londres depuis trois ans, pour étudier le droit à la London School of Economics. Techniquement, Cambridge Analytica n’existe pas. L’entreprise qui l’embauche s’appelle SCL. Sa création remonte aux années 1960, et l’entreprise est spécialisée dans le secteur de la défense, travaillant particulièrement dans les pays émergents. Sa spécialité : mener des campagnes de désinformation à l’ancienne. Envoyer une prostituée chez un opposant politique et filmer la scène à son insu est une technique favorite. Mais SCL perçoit qu’Internet est le nouveau champ de bataille et veut s’y développer.

    M. Wylie aide à créer Cambridge Analytica, pour en faire une filiale de l’entreprise. Il fait pour cela appel à un professeur de l’université de Cambridge, Aleksandr Kogan, un neuroscientifique, qui met au point un petit quiz sur Facebook qui permet d’évaluer le profil psychologique de ceux qui le remplissent. L’application est très populaire et 270 000 personnes l’utilisent. Ce qu’elles ne savent pas est que leurs données ne sont pas utilisées par des raisons de recherche, comme promis, mais par Cambridge Analytica, qui va les utiliser à des fins commerciales. Pire encore, le quizz donne l’autorisation de télécharger les données de tous les amis sur Facebook de ceux qui ont rempli le questionnaire. Cambridge Analytica siphonne ainsi les données détaillées de plus de 50 millions de personnes, essentiellement aux Etats-Unis.

    « Une autre façon d’approcher les choses »

    Ce trésor est la base de l’entreprise. Cela lui permet de cibler de façon extrêmement précise des sous-groupes sur Facebook. La pratique de ciblage est courante, utilisée de tous les publicitaires. Mais cette fois-ci, en plus des données démographiques (âge, sexe, etc.), l’entreprise a le profil psychologique des individus.

    De ce côté-là, la recherche sur Facebook impressionne. Des scientifiques ont démontré qu’avec une dizaine de « likes », un ordinateur peut comprendre le profil psychologique d’une personne mieux que son propre collègue de bureau ; à 70 « likes », la machine le comprend mieux qu’un ami ; à 150 « likes », elle dépasse la perception d’un membre de sa famille ; à 300 « likes », elle excède la compréhension de son propre époux ou épouse.

    C’est alors qu’arrive Robert Mercer et Steve Bannon. Le premier est un milliardaire américain, qui a fait fortune grâce aux algorithmes utilisés sur les marchés financiers. Le second veut mener une « révolution culturelle » dans la politique et il s’est fait connaître avec Breitbart News, un site d’information proche de l’extrême droite. Il deviendra ensuite l’éminence grise de Donald Trump, avant la rupture entre les deux hommes.

    En 2013, M. Mercer investit dans l’entreprise et met M. Bannon aux commandes du conseil d’administration. « Bannon venait au moins une fois par mois à Londres, raconte M. Wylie. Et tous les lundis matins, on avait une conférence téléphonique avec lui et Bekkah Mercer [la fille du milliardaire]. »

    Leur objectif ? « Développer l’alt-right », explique M. Wylie. « Steve Bannon pense que pour changer la politique, il faut changer la culture. Mais Breitbart était resté un site relativement petit. Il cherchait d’autres outils pour mener sa guerre culturelle. Pour lui, SCL, qui faisait de la propagande militaire, était une autre façon d’approcher les choses. »

    Théories du complot

    A l’époque, il n’est pas question d’élections ni de Donald Trump. Les deux Américains utilisent Cambridge Analytica pour travailler en profondeur. Ils surveillent les théories du complot qui circulent, pour les amplifier. Ainsi, fin 2014, des rumeurs circulent : Barack Obama, aurait commencé à amasser des troupes au Texas pour ne pas partir de la présidence américaine. L’entreprise britannique vise les gens qu’elle sait intéressés par les théories du complot et pousse ce message vers eux. « Ensuite, ces gens voyaient ce genre d’information sur Facebook, mais rien de tout cela en regardant CNN ou les médias traditionnels. Et ils se disaient : pourquoi CNN me cache-t-elle des choses ? »

    Bien plus tard, Donald Trump a embauché Cambridge Analytica pour mener à bien sa campagne numérique. Et du côté du Brexit, la société a travaillé gratuitement et pendant quelques semaines auprès de Leave.eu, l’un des organismes faisant campagne pour le Brexit. Une société canadienne qui lui est proche, AggregateIQ, que M. Wylie a aidé à créer, aurait aussi travaillé indirectement pour Vote Leave, un autre organisme pro-Brexit, contournant ainsi le plafond des dépenses de la campagne électorale.

    Pour M. Wylie, les agissements de Cambridge Analytica ont pipé les dés de la démocratie. Mais beaucoup d’experts mettent en doute cette idée. Après tout, l’influence d’une chaîne d’information comme Fox News aux Etats-Unis, ou la campagne anti-européenne menée par le Daily Mail et le Sun depuis trente ans au Royaume-Uni, ont certainement eu une influence profonde dans ces élections. Facebook n’est pas le seul facteur.

    « Il faut réparer Facebook, pas effacer Facebook »

    Dominic Cummings, qui dirigeait Vote Leave, estime que l’argument de M. Wylie, repris initialement par le Guardian, est une sorte de théorie du complot des anti-Brexiters. « Leur fantasme est que le référendum a été perdu parce que (…) les “fake news” et Facebook auraient pris en traître des millions d’ignorants qui ne comprennent pas la réalité. (…) Ce fantasme est plus pratique que de reconnaître que leur campagne a perdu alors que presque toutes les forces du pouvoir et de l’argent au monde étaient de leur côté. »

    M. Wylie reste convaincu que l’influence de Cambridge Analytica a été déterminante. Mais il ajoute un argument plus large. « C’est comme le dopage. Si un athlète gagne les Jeux Olympique en se dopant, on peut toujours dire qu’il aurait gagné même sans se doper. Reste qu’on lui enlève quand même sa médaille, parce que ça remet en cause l’intégrité de tout le processus démocratique. »

    Le lanceur d’alerte canadien ne demande pas pour autant la fin des réseaux sociaux ou l’interdiction de l’utilisation des données privées. « Il faut réparer Facebook, pas effacer Facebook. » Pour lui, les plates-formes sur Internet doivent être régulées comme des entreprises d’utilité publique, par exemple comme les fournisseurs d’électricité ou d’eau. « Il est devenu impossible de vivre sans ces plates-formes, mais il faut les encadrer. » Impossible, trop complexe ? « Pas du tout. Facebook et Google sont plein de gens intelligents, qui savent comment repérer si du micro-ciblage a lieu. Elles pourraient dire par exemple : attention, ceci est une publicité, vous avez été visé et voilà qui paie pour ça. » En sortant de l’ombre et en parlant, il espère que le débat sur la régulation des réseaux sociaux est désormais ouvert.


  • Le Congrès américain en passe de confirmer un programme massif de surveillance
    https://www.mediapart.fr/journal/international/130118/le-congres-americain-en-passe-de-confirmer-un-programme-massif-de-surveill

    Révélée en 2013 par Edward Snowden, l’utilisation très large du « FISA 702 » par le renseignement américain heurte la protection de la vie privée. Les membres de la Chambre des représentants des États-Unis étaient appelés à se prononcer jeudi 11 janvier sur le renouvellement du FISA (Foreign Intelligence Surveillance Amendments Act), une loi votée en 2008 par le Congrès. Ils l’ont massivement approuvé, par 256 voix contre 164. La loi est examinée la semaine prochaine devant le Sénat, où elle rencontre une (...)

    #NSA #écoutes #métadonnées #web #surveillance #FISA #PRISM #Upstream



  • « Made in Egypt » ? Le programme discret sur le textile qui rapporte des millions à Israël
    Paul Cochrane | 28 décembre 2017
    http://www.middleeasteye.net/fr/reportages/made-egypt-le-programme-discret-sur-le-textile-qui-rapporte-des-milli

    LE CAIRE – Disney et d’autres marques figurent dans le collimateur d’activistes du mouvement Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS) en raison de leurs liens avec un programme controversé qui permet aux fabricants égyptiens d’exporter des vêtements vers les États-Unis sans payer de taxes à condition toutefois d’utiliser des matériaux israéliens.

    Ce programme promu discrètement, connu sous le nom de « Qualifying Industrial Zones » (QIZ), a été promulgué par le Congrès américain en 1996 dans le but de « normaliser » les relations entre Israël, l’Égypte et la Jordanie à travers une coopération économique.

    Grâce aux QIZ, les fabricants israéliens fournissent au moins 10,5 % des matériaux utilisés dans un vêtement. Ensuite, les ouvriers égyptiens dans 705 usines certifiées QIZ cousent le produit final qui est exporté aux États-Unis et exonéré de taxes à hauteur de 5 à 40 %, mais généralement de 15 % en moyenne.

    Quand un consommateur achète des vêtements de marques comme Gap, Levi’s et Ralph Lauren, selon le Conseil égyptien pour l’exportation de vêtements prêts-à-porter (ERGEC), il n’y a aucune mention de la composante israélienne sur les étiquettes des vêtements, qui indiquent seulement « Made in Egypt ».


  • Un hold-up fiscal pour les entreprises et les riches
    https://www.mediapart.fr/journal/international/201217/un-hold-fiscal-pour-les-entreprises-et-les-riches

    Donald Trump mercredi 20 décembre à Saint-Louis, Missouri © Reuters L’immense #Réforme_fiscale votée par le Congrès américain est un formidable cadeau aux riches américains, aux donateurs du parti républicain et… à #Donald_Trump lui-même. C’est à la fois le triomphe idéologique de l’ultradroite, de ses donateurs les Koch, les Adelson et les Mercer. Et plus crûment, la victoire des voraces.

    #International #Administration #economie #Impôts #ploutocratie #Revenus