• « Certains ont été licenciés, d’autres sont expulsés de leur logement » : des dizaines de milliers d’étrangers chassés d’Afrique du Sud
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/07/21/certains-ont-ete-licencies-d-autres-sont-expulses-de-leur-logement-des-dizai

    « Certains ont été licenciés, d’autres sont expulsés de leur logement » : des dizaines de milliers d’étrangers chassés d’Afrique du Sud
    Au moins 67 000 ressortissants africains ont quitté le pays depuis le 27 juin, selon les autorités sud-africaines, alors qu’un mouvement de lutte contre l’immigration illégale sème la terreur dans les townships. Le nombre des départs pourrait être bien plus élevé.
    Par Mathilde Boussion (Johannesburg, correspondance)
    Chaque jour, des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants viennent s’entasser devant le consulat du Malawi, à Johannesburg. Poussés par la peur, ils n’ont qu’une idée en tête : fuir l’Afrique du Sud au plus vite. Sur le bitume du parking couvert d’emballages plastiques et de pelures d’orange, les grappes d’enfants échoués au milieu d’un tsunami de bagages trahissent un exode qui refuse de dire son nom. Les étrangers africains ont quitté le pays par dizaines de milliers. Depuis le 27 juin, plus de 67 000 migrants illégaux sont partis précipitamment avec l’aide du gouvernement, selon les chiffres officiels, alors qu’un mouvement de lutte contre l’immigration illégale sème la terreur dans certains townships.
    Ceux qui partent sont originaires en majorité du Malawi, du Zimbabwe et du Mozambique, les communautés les plus importantes en Afrique du Sud, mais aussi du Nigeria, du Ghana, du Kenya, de l’Ouganda… Le nombre réel des départs pourrait être bien plus élevé. A elles seules, les autorités zimbabwéennes estiment que plus de 100 000 de leurs ressortissants seraient rentrés. Officiellement, le gouvernement sud-africain parle de « rapatriements volontaires ». « Les gens se présentent en affirmant qu’ils sont en situation irrégulière et demandent à partir pour cette raison », a précisé, mercredi 15 juillet, la ministre de la justice, Mmamoloko Kubayi, au cours d’une conférence de presse.
    Devant le consulat du Malawi, la détermination à quitter le pays est évidente. Mais le choix n’a rien de volontaire. « Les Sud-Africains ne veulent plus de nous. Ils sont venus tambouriner à nos portes pour nous ordonner de faire nos valises en menaçant de nous frapper. Je les ai vus taper des gens », raconte Violet (un prénom d’emprunt), une mère de 26 ans installée en Afrique du Sud depuis 2021. Selon plusieurs témoins, ce raid aurait eu lieu le 10 juillet aux alentours de 17 heures, dans un quartier populaire de Vereeniging, une ville de la banlieue de Johannesburg. « Il faisait presque nuit, j’ai pris les affaires de ma fille et je suis partie avec des gens qui se regroupaient sur un terrain vague », poursuit-elle.
    Trois jours plus tard, le 13 juillet, plus de 500 personnes sont encore arrivées au consulat depuis Vereeniging. « J’ai reçu un appel et, une demi-heure plus tard, on a vu arriver des centaines de personnes », raconte Rivonia Pillay, la coordinatrice de l’aide apportée par le collectif Siyafana Sonke, créé en réponse à la vague xénophobe qui monte en puissance depuis le mois de mai. Cheffe de file de la mobilisation hostile aux étrangers, l’organisation March and March avait appelé à une large manifestation, le 30 juin, exigeant le départ des migrants illégaux, accusés d’asphyxier les services publics, de nourrir le crime et de « voler le travail » des Sud-Africains. Le chaos redouté par les forces de l’ordre ce jour-là a été évité mais, depuis, des marches plus modestes se poursuivent et les raids antimigrants se multiplient.
    Devant les grilles du consulat du Malawi, où ils espèrent récupérer des laissez-passer pour regagner leur pays, les déplacés de Vereeniging racontent tous la même histoire : des groupes d’hommes s’engouffrant dans les arrière-cours des maisons pour déloger les étrangers, qui louent souvent de petites baraques en retrait des habitations principales. Officiellement, le mouvement ne vise que les migrants illégaux, mais tous les étrangers qui vivent dans des quartiers pauvres se sentent en danger. A Durban, dans l’est du pays, plus de 400 Congolais, Rwandais, Burundais, Ougandais protégés par un statut de réfugié campent sur un trottoir depuis plusieurs semaines. « Certains ont été licenciés, d’autres sont expulsés de leur logement parce que leur propriétaire craint des représailles de March and March », raconte Yeshelen Govender, coordinateur de Siyafana Sonke dans la ville. A ces réfugiés qui ne peuvent pas rentrer dans leur pays, le gouvernement sud-africain propose de réintégrer leurs quartiers. L’un d’entre eux s’est retrouvé dans le coma après avoir essayé. Le collectif, qui regroupe plus de 130 organisations issues de la société civile, évoque une « crise humanitaire ». D’autres organisations non gouvernementales sont réticentes à employer le terme.
    « Il n’y a pas de crise humanitaire », rejette Mmamoloko Kubayi, à la tête du comité interministériel assemblé pour « répondre aux préoccupations exprimées par les Sud-Africains en matière d’immigration ». « Nous nous sommes assurés que les gens étaient traités dignement », insiste-t-elle, en évoquant les migrants rapatriés. Les autorités condamnent les milices qui contrôlent les identités, harcèlent les commerçants étrangers et chassent des résidents. Plus de 900 personnes ont été arrêtées, le 30 juin, par les forces de l’ordre. Le 16 juillet, de nouveau, près de 70 personnes ont été interpellées après le pillage de magasins appartenant à des étrangers. Mais la police est régulièrement accusée d’assister à des violences sans réagir.
    Ce n’est pas la première fois que l’Afrique du Sud connaît une vague d’hostilité à l’égard des migrants africains. En 2008, la première avait fait plus de 60 morts. Cette fois, seules quatre personnes ont officiellement perdu la vie dans les violences. Mais jamais autant d’étrangers n’avaient été contraints au départ. Sur les sites qui accueillent des déplacés, les humanitaires contactés par Le Monde recensent peu de victimes de violences physiques. Les blessés refusent d’être conduits à l’hôpital, relève Claire Waterhouse, coordinatrice des urgences de Médecins sans frontières en Afrique du Sud. A la mi-juillet, au consulat du Malawi, un homme s’est présenté avec les avant-bras couverts de brûlures, expliquant avoir été attaqué au lance-flammes.
    « Dans la région de Johannesburg, on observe un flux assez constant de personnes arrivant de toute la province et de plus loin, en bus, à pied, à vélo, en Uber… Certains ont tout perdu, d’autres ont pu emporter quelques affaires. Des sites accueillent jusqu’à 300 ou 400 personnes par jour, c’est très variable », explique la responsable. A Durban, près de 10 000 personnes, en majorité des Malawites, ont fui leur logement, à la fin de juin, pour se regrouper sur différents sites improvisés. Débordées par l’afflux, les autorités ont érigé dans l’urgence un centre temporaire de traitement des rapatriements à Musina, près de la frontière zimbabwéenne.Ouverte le 1er juillet, l’installation a accueilli des dizaines de milliers de personnes les premiers jours. Les autorités, qui ne veulent pas voir se constituer des camps de réfugiés, font tout pour éviter l’engorgement. Sur place, des équipes mobiles des services de l’immigration travaillent jour et nuit et des autobus quittent régulièrement le site pour conduire des étrangers hors du pays. D’après la ministre de la justice, tous les migrants accueillis sont en situation irrégulière. Leurs ambassades leur délivrent des laissez-passer, validés ensuite par les services de l’immigration sud-africains.
    Dans le centre, des associations assurent la coordination humanitaire. Eau, nourriture, couches, médicaments… « Je peux dire sans prendre de risque que le gouvernement n’a pas fourni un seul repas », s’est vanté, mercredi, la ministre de la justice, soucieuse de montrer la fermeté des autorités. Arrestations massives de migrants illégaux, inspections des entreprises, colmatage des frontières… Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a annoncé, début juin, un plan de lutte contre l’immigration illégale sans précédent. Ces annonces interviennent à quelques mois des élections municipales de novembre, alors que le parti présidentiel, le Congrès national africain, voit sa popularité chuter. Le gouvernement explique observer une baisse du nombre de dossiers traités à Musina et envisage désormais de réduire ses opérations. Mais Claire Waterhouse alerte : « Beaucoup de Sud-Africains ont le sentiment que la tempête est passée, car la journée du 30 juin a été relativement calme, mais ce n’est pas fini. Au contraire, les déplacements de population s’intensifient. » Devant le consulat du Malawi, une course contre la montre est engagée afin de trouver des bus pour acheminer les déplacés vers le centre de Musina. Le soir, ceux qui n’ont pas pu partir s’enroulent dans des couvertures en consumant des bûches pour tenter de combattre les nuits glacées de l’hiver austral. A 1 700 mètres d’altitude, celles de Johannesburg frôlent régulièrement 0 °C. Certains soirs, le consulat ouvre ses portes aux plus vulnérables. Violet n’a pas eu cette chance. La mère tourne la tête vers sa fille de 1 an, enveloppée sur son dos : « Elle a pleuré toute la nuit à cause du froid. »

    #Covid-19#migration#migrant#afriquedusud#malawi#zimbabwe#mozambique#nigeria#ghana#kenya#ouganda#politiquemigration#retour#rapatriement#migrationirreguliere#sante

  • 13 millions de victimes et plus de 3 000 morts en 2025 : l’Afrique paie un lourd tribut aux événements climatiques extrêmes

    L’agence onusienne, qui fait autorité pour les questions relatives à l’atmosphère terrestre, au climat et à l’eau, recommande aux pays africains de renforcer leurs systèmes d’alerte précoce, et d’investir davantage dans l’adaptation au changement climatique et la préparation aux catastrophes.

    Les #phénomènes_extrêmes liés au #climat ont sinistré au moins 13 millions de personnes et entraîné plus de 3 000 décès recensés en #Afrique en 2025, avec des répercussions sur l’ensemble des secteurs de l’économie et les moyens de subsistance des populations, selon un rapport publié le jeudi 18 juin par l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Intitulé « State of the Climate in Africa 2025 », le rapport révèle que les #inondations et #sécheresses ont constitué les #catastrophes_météorologiques les plus importantes sur le continent durant l’année écoulée, les inondations représentant plus de la moitié de tous les événements extrêmes signalés.

    L’#Afrique_de_l’Est a été particulièrement touchée, avec plus de 8,5 millions de personnes affectées par la sécheresse, alors que des conditions de sécheresse prolongées ont aggravé l’#insécurité_alimentaire et les pénuries d’#eau dans la #Corne_de_l’Afrique et les régions voisines. En #Afrique_de_l’Ouest, le #Nigeria a connu en mai des inondations dévastatrices qui ont fait plus de 200 #morts, tandis que les inondations en #République_démocratique_du_Congo (#RDC) ont coûté la vie à plus de 160 personnes en avril, soulignant l’intensité croissante des #précipitations saisonnières extrêmes.

    Le #Sahel a enregistré des précipitations supérieures à la moyenne, prolongeant une tendance observée ces dernières années, tandis qu’une grande partie de l’Afrique de l’Est et de la Corne de l’Afrique est restée plus sèche que d’habitude. En Afrique australe, les précipitations ont été marquées par une forte #variabilité, avec des épisodes intenses qui ont provoqué des inondations. En #Afrique_de_Nord, les #vagues_de_chaleur et les sécheresses prolongées ont causé des dégâts considérables à la #production_agricole, menaçant la #sécurité_alimentaire et les #moyens_de_subsistance.

    Le rapport précise également que l’Afrique se réchauffe plus rapidement que la moyenne mondiale. La #température moyenne annuelle de l’air en surface enregistrée à l’échelle continentale s’est classée entre le troisième et le septième rang des valeurs les plus élevées jamais enregistrées en fonction des données utilisées, avec une anomalie positive de 0,51 °C par rapport à la moyenne de la période 1991-2020.

    C’est l’Afrique du Nord qui a connu la plus forte anomalie de #températures en 2025 comparativement aux autres sous-régions africaines, soit +0,76 °C par rapport à la moyenne de la période 1991-2020. À l’inverse, l’Afrique australe a enregistré l’anomalie de températures la plus faible, soit +0,21 °C par rapport à la même période de référence.

    40 % des pays africains disposent de systèmes d’alerte précoce multi-dangers

    Au-delà des inondations et des sécheresses, le rapport met en évidence des changements climatiques à long terme qui sont déjà en train de remodeler le continent.

    Les #glaciers africains ont perdu plus de 90 % de leur superficie depuis la fin du XIXe siècle. La couverture glaciaire du #mont_Kilimandjaro est passée de 11,4 km2 en 1900 à 0,98 km2 ces dernières années. La superficie des glaces du #mont_Kenya et des #montagnes du #Ruwenzori (une chaîne de montagnes d’Afrique centrale, située à la frontière entre l’#Ouganda et la RDC) a aussi diminué, passant respectivement de 1,64 km² à 0,07 km², et de 6,51 km² à seulement 0,38 km².

    D’autre part, l’élévation du niveau de la mer le long des côtes africaines entre 1999 et 2025 dépasse la moyenne mondiale (estimée à environ 3,6 mm par an) dans plusieurs régions, atteignant environ 4,2 mm par an le long de la côte atlantique, 5,2 mm par an le long de la côte de l’océan Indien, et 5,6 mm par an en mer Rouge. Parallèlement, le réchauffement et l’#acidification croissante des océans endommagent les écosystèmes marins et menacent les moyens de subsistance des communautés qui dépendent de la #pêche. La température de la mer en surface (SST) a augmenté de 0,14 °C en moyenne en Afrique par décennie depuis la fin du 19e siècle, tandis que le PH de surface de l’océan a diminué de 0,017 unité par décennie.

    Malgré la fréquence et la gravité croissantes de ces changements qui favorisent des phénomènes météorologiques extrêmes plus destructeurs et exercent une pression croissante sur des communautés déjà vulnérables, seulement 40 % des pays africains disposent de systèmes d’alerte précoce multi-dangers, privant ainsi des millions de personnes d’#alertes en temps utile qui pourraient contribuer à sauver des vies et à réduire les dégâts, surtout dans les zones rurales particulièrement affectées.

    Alors que les coûts associés aux changements climatiques dans les pays africains peuvent atteindre jusqu’à 5 % de leur produit intérieur brut (PIB) et représenter ainsi un obstacle considérable à leur développement ainsi qu’à leur capacité à réduire la #pauvreté, l’OMM les appelle eux et leurs partenaires au développement, à renforcer les #mesures_d'adaptation au changement climatique, à améliorer la préparation aux catastrophes et à accroître les #investissements dans les infrastructures d’alerte précoce, afin de protéger les communautés contre des événements climatiques de plus en plus fréquents et intenses.

    https://www.agenceecofin.com/actualites/2306-139549-13-millions-de-victimes-et-plus-de-3-000-morts-en-2025-laf
    #changement_climatique #Sud_global

    • State of the Climate in Africa 2025

      Key messages

      Extreme weather wreaks heavy economic and human cost
      – Floods are most common reported hazard
      - African glaciers – including iconic Mt #Kilimanjaro - are vanishing
      - Sea level rise along some African coasts outpaced the global average since 1999
      - Africa faces critical gap in early warning systems but is making progress

      –-

      he African continent is warming faster than the global average, and the rate of warming across the continent since 1991 is substantially higher than in any of the previous 30-year periods. The annual mean surface air temperature averaged over land areas in 2025 ranked between the third and seventh warmest on record, depending on the dataset used, according to the report.

      Extreme weather is hitting the continent hard. Floods accounted for more than half of reported events – for instance severe flooding in Nigeria in May led to over 200 deaths, and flooding in the Democratic Republic of the Congo in April led to over 160 deaths. The 2024/2025 tropical cyclone season was particularly active in the South Indian Ocean. Drought affected more than 8.5 million people in East Africa.

      https://www.youtube.com/watch?v=MMwJ4-LQz5I

      https://wmo.int/resources/publication-series/state-of-climate-africa/state-of-climate-africa-2025
      #climat #rapport

  • Epidémie d’Ebola : au Kenya, la colère ne retombe pas contre l’ouverture d’un centre de quarantaine pour les malades américains
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/06/09/epidemie-d-ebola-au-kenya-la-colere-ne-retombe-pas-contre-l-ouverture-d-un-c

    Epidémie d’Ebola : au Kenya, la colère ne retombe pas contre l’ouverture d’un centre de quarantaine pour les malades américains
    A environ 200 kilomètres de la capitale, Nanyuki a été le théâtre mardi d’une nouvelle journée de mobilisation contre le projet, qui doit être installé sur une base aérienne. La journée a été marquée par des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre.
    Par Alba Dufaure (Nanyuki (Kenya), envoyée spéciale)
    « Notre pays n’est pas une décharge ! » Entre les hurlements, les sifflets, les lamentations, c’est le cri que l’on a pu entendre, mardi 9 juin, de la bouche d’une manifestante drapée dans un drapeau kényan. Comme elle, plusieurs centaines de protestataires sont descendus dans le centre-ville de Nanyuki, à environ 200 kilomètres de la capitale, Nairobi, pour dire leur opposition au projet américain d’établir un centre de quarantaine pour le virus Ebola.
    La tension est montée au fil de la journée aux abords de la base militaire destinée à accueillir ce centre. Certains manifestants brandissaient des croix, ornées du slogan « Rejetez Ebola » peint en rouge, d’autres arboraient des tenues de protection médicale. Dès le matin, les protestataires ont été dispersés par des tirs de gaz lacrymogènes et des canons à eau. Plusieurs d’entre eux ont été arrêtés. Un manifestant a été tué, selon la Commission kényane des droits humains, qui impute cette mort à un tir de la police.
    Le centre de quarantaine au cœur de la contestation est destiné à des ressortissants américains présentant des risques de contamination au virus Ebola et nécessitant d’être placés à l’isolement. Son établissement, d’abord annoncé par la presse américaine avant d’être confirmé par les autorités, répond au refus de Washington de laisser entrer des cas d’Ebola sur son territoire.
    Depuis que l’épidémie a été déclarée le 15 mai dans l’est de la République démocratique du Congo, plusieurs citoyens américains ont déjà été exposés au virus dans l’est de la RDC et en Ouganda. L’agence de presse Reuters en recense six qui ont été transférés vers un établissement médical en Allemagne – dont une personne testée positive –, tandis qu’un autre a été pris en charge en République tchèque. Installé sur la base aérienne de Laikipia, en bordure de Nanyuki, le futur centre devrait compter une cinquantaine de lits, et être géré par du personnel américain. Dans cette ville touristique, située au pied du mont Kenya, deuxième plus haut sommet d’Afrique, le projet suscite de vives inquiétudes alors que le pays n’a à ce jour recensé aucun cas de contamination au virus sur son sol.Martin Macharia s’est joint aux manifestants, juché sur son vélo. « Si le centre est ouvert, plus personne ne voudra venir », s’inquiète ce loueur de voitures dont le business dépend en partie des touristes. Le 1er juin, plusieurs centaines d’habitants étaient déjà descendus dans la rue à Nanyuki et deux personnes avaient perdu la vie.
    Saisie par le Katiba Institute, une organisation de défense des droits constitutionnels, la justice a suspendu le projet le 28 mai, puis à nouveau le 2 juin. Mais, d’après Reuters, des avions militaires américains ont continué d’arriver, acheminant du matériel technique ainsi que du personnel spécialisé, notamment des médecins, ingénieurs, spécialistes de laboratoire ou encore ouvriers du bâtiment.
    Plusieurs manifestants, interrogés par Le Monde, ont aussi dit craindre pour leur santé ou celle de leur famille si des personnes touchées par le virus sont installées à proximité. « Toute pandémie devrait être endiguée à son point d’origine », insiste Nick Karari, venu affirmer son opposition au projet. Cet entrepreneur, en pleine campagne pour le siège de gouverneur lors des élections de 2027, s’en prend au secrétaire d’Etat américain : « Marco Rubio a clairement affirmé que les Américains ne voulaient pas d’Ebola dans leur pays, alors pourquoi l’amener chez nous ? »
    Beaucoup dénoncent une hypocrisie du gouvernement américain. « Quand Trump est arrivé au pouvoir, il a arrêté les financements Usaid, alors comment pense-t-il que nous allons pouvoir combattre Ebola ? », interpelle ainsi Kamore Warukinyu, venu manifester pour la deuxième semaine de suite. Ce vendeur à la sauvette de chapatis, des galettes de farine très populaires au Kenya, se dit « très effrayé » et insiste : « Nous n’avons jamais vu Ebola et maintenant ils veulent l’importer chez nous alors que nous n’avons rien pour y faire face. »
    Les Etats-Unis ont promis 13,5 millions de dollars (11,8 millions d’euros) pour soutenir le Kenya dans ses efforts de préparation contre le virus. Washington a affirmé être en contact avec les autorités kényanes et rester « optimiste quant à la possibilité de résoudre les objections » au projet. Les autorités kényanes, elles, multiplient les prises de parole pour tenter de convaincre. Le ministre de la santé, Aden Duale, a avancé que le centre pourrait aussi accueillir des patients kényans, ce que n’ont pas confirmé les Etats-Unis.
    En visite en Afrique du Sud le 4 juin, le président du Kenya, William Ruto, a affirmé que le Kenya faisait « la bonne chose » en acceptant le projet américain et qu’en refusant le pays paraîtrait « inhumain ». Quelques jours plus tôt, il mettait en avant un « partenariat avec des amis qui ont travaillé avec le Kenya depuis trente, quarante ans ». Son gouvernement est déjà critiqué pour avoir signé, en décembre 2025, un accord de santé bilatéral avec les Etats-Unis, leur donnant accès à des données de santé kényanes en échange de financements. L’accord a également été suspendu par la justice kényane. A Nanyuki, les riverains déplorent un manque d’écoute de leur mécontentement. Bethuel Onyango, 24 ans est venu porter un message pour son gouvernement : « Nous sommes fatigués de leurs absurdités, le Kenya n’est pas un centre de confinement. Amener le virus ici, c’est inhumain. »

    #Covid-19#migration#migrant#etatsunis#kenya#ebola#epidemie#sante#frontiere#RDC#ouganda#droit

  • Pays-Bas : plusieurs arrestations après des manifestations anti-migrants et l’incendie d’un centre d’accueil - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/71391/paysbas--plusieurs-arrestations-apres-des-manifestations-antimigrants-

    Pays-Bas : plusieurs arrestations après des manifestations anti-migrants et l’incendie d’un centre d’accueil
    Par Louise Huet Publié le : 14/05/2026
    Aux Pays-Bas, plusieurs manifestants ont été arrêtés ces derniers jours après des rassemblements anti-migrants parfois violents devant des centres d’accueil pour demandeurs d’asile. Ces manifestations interviennent alors qu’une nouvelle loi, qui oblige les municipalités de tout le pays à se répartir une part proportionnelle de demandeurs d’asile, doit entrer en vigueur le 1er juillet.
    Depuis plusieurs jours, les manifestations anti-migrants s’enchaînent aux Pays-Bas, certaines émaillées de violences. Mercredi 13 mai, la police néerlandaise a arrêté quatre hommes et dispersé des manifestants avec des canons à eau, après une nouvelle soirée de protestations contre l’arrivée de demandeurs d’asile dans un centre d’accueil d’urgence à Loosdrecht, à 35 km au sud d’Amsterdam. Selon le média Dutch News, une cinquantaine de personnes se sont rassemblées à proximité du centre d’hébergement pour demandeurs d’asile. D’abord pacifique, la manifestation a ensuite dégénéré lorsque des feux d’artifice ont été lancés sur les forces de police.La veille, mardi, Loosdrecht a été le théâtre d’une autre violente contestation. D’après la chaîne publique néerlandaise NOS, environ 400 personnes ont manifesté devant le centre d’hébergement d’urgence. Un incendie s’est déclaré après que des émeutiers ont lancé des feux d’artifice dans les buissons situés devant le bâtiment.
    Les manifestants ont d’abord tenté d’empêcher les pompiers d’éteindre le feu et ont lancé des projectiles sur les forces de l’ordre, qui ont, de leur côté, arrêté plusieurs personnes. À Loosdrecht, une partie de la population proteste contre le projet d’hébergement de 70 hommes demandeurs d’asile pendant six mois, dans une partie inoccupée du bâtiment municipal de la ville. L’objectif initial était de loger 110 personnes mais le nombre a finalement été ramené à 70 le mois dernier, après les manifestations à répétition contre leur arrivée. En début de semaine, les 15 premiers demandeurs d’asile ont rejoint le centre et étaient à l’intérieur au moment de l’incendie mardi. Aucun d’entre eux, ni le personnel du lieu, n’a été blessé.Dans la foulée, le maire de Loosdrecht, Mark Verheijen a décrété l’état d’urgence en raison de « graves troubles à l’ordre public devant la mairie, liés au centre d’hébergement d’urgence temporaire », et a déployé la police anti-émeute pour disperser la foule, qui se rassemble de manière répétée devant le centre d’accueil depuis plusieurs jours, indique la chaîne NOS. Il a pris plusieurs mesures pour empêcher de futures émeutes, notamment le contrôle des voitures entrant dans la ville et l’interdiction de se couvrir le visage.Ces tensions ont un « impact profond » sur les résidents du centre d’accueil et sur les habitants du quartier, a déclaré Mark Verheijen, qui accuse en outre les manifestants de créer un sentiment d’insécurité au sein de la communauté.
    Ces tensions répétées ont suscité une vague d’indignation du côté des autorités néerlandaises. Le Premier ministre néerlandais Rob Jetten a qualifié cette nouvelle manifestation violente anti-migrants de « tout à fait scandaleuse » dans un message sur X."Ce que nous avons vu ce soir n’a rien à voir avec une manifestation", a affirmé de son côté le ministre de l’Asile et des Migrations, Bart van den Brink, qui a également annoncé ouvrir une enquête sur ces rassemblements violents pour déterminer les personnes et groupes à leur initiative. « Il s’agit d’actes de vandalisme et de violence, totalement inacceptables », a-t-il condamné. À l’origine de la colère des manifestants : une nouvelle loi qui oblige les municipalités de tout le pays à accueillir une part proportionnelle de demandeurs d’asile, et qui doit entrer en vigueur le 1er juillet.
    L’agence néerlandaise qui gère l’hébergement des réfugiés, l’Organe central d’accueil des demandeurs d’asile (COA), doit trouver des places pour 103 000 demandeurs d’asile cette année. Environ 80 000 places ont déjà été attribuées, laissant encore un déficit de 23 000 places, rapporte Dutch News. Des bâtiments désaffectés ou peu utilisés dans certaines villes ont été trouvés comme solution temporaire.Aux Pays-Bas, les délais d’attente moyens pour obtenir l’asile sont longs. Un demandeur peut attendre 11 semaines pour le premier entretien et jusqu’à 79 semaines pour le deuxième. Le COA gère environ 300 centres d’accueil pour les demandeurs d’asile dans le pays. Le principal centre se trouve à Ter Apel, dans le nord-est, près de la frontière allemande. C’est là-bas qu’une personne doit se présenter pour déposer sa demande avant d’y être hébergée pendant trois à dix jours. Après avoir passé un examen médical, les demandeurs peuvent être transférés et répartis vers d’autres centres plus adaptés dans différentes communes. En 2024, les Pays-Bas ont reçu 3,3 % de toutes les demandes d’asile déposées en Europe. Mesuré par rapport au nombre d’habitants, le pays se classe au 14e rang.
    Geert Wilders, le leader du parti anti-immigration et d’extrême droite PVV, a appelé à l’abrogation de cette nouvelle loi et a exhorté les conseils municipaux à refuser de s’y conformer. Simon Ceulemans, député du parti d’extrême droite JA21, a pour sa part déclaré que le gouvernement confrontait les habitants « du jour au lendemain à quelque chose qu’ils ne veulent pas ». De son côté, le député Ismail el Abassi du parti Denk, anti-raciste et anti-discrimination, a dénoncé un climat de haine et des violences attisées par les députés de droite et d’extrême droite.
    Des rassemblements contre cette mesure ont éclaté dans tous les Pays-Bas. Mardi, à Apeldoorn, au centre du pays, une manifestation d’une centaine de personnes a eu lieu pour la cinquième soirée consécutive à un rond-point du quartier de De Maten, où la municipalité prévoit d’héberger 240 demandeurs d’asile dans un ancien bâtiment scolaire. Selon la police locale, au moins cinq personnes ont été arrêtées pour avoir allumé des feux d’artifice. Les jours précédents, 41 autres personnes avaient déjà été arrêtées lors d’émeutes violentes dans la ville. À La Haye, des groupes anti-migrants et d’autres groupes pro-asile se sont fait face devant un centre d’hébergement mardi. Même constat à Ter Apel, où une contre-marche en faveur de l’immigration s’est déroulée samedi devant le centre d’enregistrement pour demandeurs d’asile. En septembre dernier, une manifestation anti-immigration, à l’appel d’une activiste et influenceuse d’ultradroite de 26 ans, à l’approche des élections de fin octobre, avait déjà causé de nombreux dégâts à La Haye.
    Le gouvernement néerlandais a adopté plusieurs mesures migratoires strictes et a durci sa politique en termes d’immigration ces derniers mois. Fin avril, le Sénat a validé le double statut de protection internationale, qui aura pour conséquence de restreindre le regroupement familial. Le taux de protection des Syriens - la première nationalité demandeuse d’asile dans le pays (35 %) - a aussi drastiquement chuté en un an. En outre, en septembre 2025, Amsterdam et Kampala, la capitale ougandaise, ont signé une lettre d’intention, en vue d’un prochain accord pilote, qui prévoit d’envoyer les sans-papiers présents aux Pays-Bas vers l’Ouganda. Le plan vise les personnes déboutées de l’asile et originaires de pays voisins de l’Ouganda. Ces derniers mois, des manifestations du même type, contre les demandeurs d’asile et leurs hébergements, se sont multipliées dans d’autres pays européens : dans plusieurs villes du Royaume-Uni, comme à Epping pendant l’été 2025, pour protester contre les hôtels logeant des demandeurs d’asile, ou encore en Irlande, à Dublin, en octobre 2025, où un déferlement de violence d’extrême droite a également pris pour cible un hôtel pour demandeurs d’asile

    #Covid-19#migrant#migration#paysbas#politiquemigratoire#asile#asile#ouganda#sante#droit

  • La police ougandaise arrête deux femmes pour s’être prétendument embrassées

    La police doit libérer les femmes, le gouvernement doit abroger la loi anti-LGBT

    Deux femmes sont actuellement détenues en Ouganda pour s’être prétendument embrassées en public. Arrêtées par la police ougandaise le 18 février, elles sont incarcérées en vertu de la loi anti-homosexualité du pays, l’une des législations anti-LGBT les plus répressives au monde.

    L’Ouganda criminalise les relations homosexuelles consenties en vertu de son code pénal, héritage de l’époque coloniale britannique. Au cours de la dernière décennie, le gouvernement ougandais a progressivement restreint les droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT), aboutissant à la loi anti-homosexualité de 2023.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2021/09/20/editorial-daurelie-leroy-violences-de-genre-et-resistances/#comment-72827

    #ouganda

  • Les eurodéputés adoptent des nouvelles règles d’expulsion des #sans-papiers avec une majorité de droite et d’extrême droite

    Jusqu’au bout, les libéraux de Renew, au Parlement européen, ont voulu croire que la plateforme majoritaire les unissant aux conservateurs du Parti populaire européen (PPE) et aux sociaux-démocrates (S&D) pourrait trouver un compromis autour du nouveau règlement « retour » afin d’encadrer les expulsions des migrants déboutés du droit d’asile.

    Lundi 9 mars, en commission des libertés publiques, leur compromis n’a pas été soutenu.

    C’est un autre #compromis, plus radical, proposé par le PPE, qui a été validé, cette fois avec les voix des #conservateurs et de l’ensemble des groupes d’#extrême_droite, dont les Patriotes pour l’Europe, qui compte le Rassemblement national dans ses rangs. « Après des mois de négociations, ce #vote va nous permettre de reprendre le contrôle sur la #politique_migratoire, afin de faire en sorte que ceux qui sont irrégulièrement sur le sol de nos pays soient enfin reconduits », a de suite salué #François-Xavier_Bellamy, du PPE, qui a orchestré cette majorité alternative. Pour lui, « ce #règlement n’est pas un texte de plus : il est la condition pour rétablir l’autorité du droit ». Cela s’est fait en « réduisant les droits » des migrants, se sont indignés les sociaux-démocrates.

    Si le Parlement doit encore valider le texte en session plénière, les eurodéputés ont encore durci le texte voulu par les États et la Commission européenne. Cette mesure vient compléter l’ensemble des nouvelles règles de gestion de l’immigration du pacte asile et migration, qui doit entrer en vigueur d’ici trois mois – deux ans tout juste après son vote, en 2024. « Les retours constituent un élément essentiel d’un système de gestion des migrations qui fonctionne bien », rappelait jeudi 5 mars, #Magnus_Brunner, le commissaire européen en charge du dossier migratoire.

    Alors que le #taux d’application des reconduites à la frontière reste relativement bas en Europe, entre 20 et 30 % selon les pays, les pouvoirs publics européens ont cherché à renforcer la législation afin de faciliter les expulsions. Dans le texte adopté par les parlementaires, les départs volontaires seront certes encouragés, mais si les personnes refusent de quitter le territoire européen, ils risquent d’être détenus dans des centres de rétention, et ce, jusqu’à vingt-quatre mois.

    Si Magnus Brunner estimait ce nouveau règlement « ferme, mais juste », ce texte « transforme les expulsions en #option_par_défaut pour les personnes en situation irrégulière, malgré la position de longue date de la Commission selon laquelle des solutions plus humaines, telles que le départ volontaire, devraient être privilégiées », regrette l’ONG Picum, qui défend les migrants et a réuni près d’une centaine d’ONG qui condamnent la nouvelle législation.

    Le règlement « élargit considérablement le recours à la détention des migrants » et introduit « des #mesures_punitives sévères, telles que des #interdictions_d’entrée pouvant aller jusqu’à dix ans, contre cinq ans auparavant, prolongeables de cinq ou dix ans supplémentaires en cas de risques pour la sécurité ». Pour Sarah Chander, directrice de l’Equinox Initiative for Racial Justice, « l’ironie de la situation actuelle est que l’Union européenne met discrètement en place un cadre d’expulsion similaire à celui de l’ICE », le service américain de l’immigration et des douanes.

    « Renforcer des systèmes opaques »

    Surtout, la nouvelle législation autorise, une fois adoptée, des « #plateformes_de_retours » installées hors du continent européen. « Ces dispositions comportent de graves risques de violations systématiques des droits humains, notamment la détention automatique et arbitraire, le refoulement direct et indirect, la torture et autres traitements inhumains et dégradants des pays tiers », s’inquiète Olivia Sundberg Diez, responsable des questions migratoire à Amnesty International.

    A contrario, pour les promoteurs de ces solutions dites « innovantes », ce nouveau cadre légal marque un nouveau succès. « Pendant des années, nous avons bataillé pour imposer ces idées dans le débat public, puis, nous avons travaillé pour faire évoluer la législation, salue un diplomate européen favorable à ce type de solutions. Désormais, il faut démontrer que cela peut fonctionner. »

    Plusieurs pays souhaiteraient créer des « #centres_de_retour », qui auraient, selon eux, le mérite de dissuader des migrants de refuser tout retour dans leur pays d’origine. Le 5 mars, les ministres de l’intérieur de l’#Allemagne, de l’#Autriche, du #Danemark, de #Grèce et des #Pays-Bas se sont réunis à Bruxelles pour s’organiser. « Un noyau de cinq pays a lancé ces discussions sur les retours, confirme Bart van den Brink, le vice-premier ministre néerlandais. Nous sommes encore dans une phase exploratoire, qui implique des discussions avec des pays hors d’Europe. »

    Alors que les Pays-Bas ont déjà signé, le 25 septembre, une lettre d’intention pour ouvrir un centre de retour en #Ouganda, ces Etats cherchent les leviers qu’ils pourraient activer pour que des Etats tiers acceptent ce type de centre sur leur territoire. « Il y a toute l’aide bilatérale que nous apportons déjà à certains pays, notamment en Afrique, par exemple, mais ce n’est pas notre seul levier, confie une diplomate. Il y a aussi la possibilité de créer des voies légales d’entrée dans nos pays pour les populations de ces pays. ».

    Alors que l’Italie dispose déjà de centres installés en #Albanie, où 90 personnes attendent leur sort, d’autres pays réfléchissent à l’établissement de tels centres, à l’image de la Finlande ou de la Suède, au grand dam des ONG. « Cette approche non seulement externalise les responsabilités de l’Europe en vertu du droit international relatif aux réfugiés et aux droits humains, mais elle risque également de renforcer des systèmes opaques de détention illimitée, s’inquiète Silvia Carta, de Picum. Nous exhortons les dirigeants européens à abandonner ces projets et à investir plutôt dans des mesures de régularisation, comme celle annoncée en Espagne, et dans l’octroi d’un plus grand nombre de permis de travail décents. Ces mesures profitent à tous, et il est grand temps que l’Europe le reconnaisse. »

    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/09/immigration-les-eurodeputes-adoptent-des-nouvelles-regles-d-expulsion-des-sa
    #centres_de_retour #return_hub #migrations #réfugiés #externalisation #expulsions #règlement_retour #EU #Union_européenne #UE #pacte_sur_la_migration_et_l'asile #rétention #détention_administrative #retours_volontaires #dissuasion #chantage #conditionnalité_de_l'aide #pays-tiers

    ping @reka @karine4

  • Eine Menschenrechtsanwältin verschwindet: Der Preis des Widerstands in Uganda
    https://www.berliner-zeitung.de/open-source/eine-oppositionelle-verschwindet-der-preis-des-widerstands-in-ugand

    7.02.2026 Konrad Hirsch - Im September tanzt Lina Zedriga noch auf dem Dach des Berliner Verlagshauses. Am Wahltag im Januar wird die Vizepräsidentin der größten Oppositionspartei Ugandas verschleppt.

    „Mama Lina“ tanzt auf dem Dach des Berliner Verlagshauses, dem Himmel über Berlin ganz nah. Aus einem Smartphone tönt Bobi Wines Song „Freedom“. In diesem Moment, irgendwann im September, ist Freiheit kein Versprechen, sondern Gegenwart. Berlin erlaubt sie. Die Fahne, die „Mama Lina“ mitgebracht hat, flattert in der Berliner Luft: Schwarz, Gelb, Rot. Schwarz für die Menschen, Gelb für die Sonne, Rot für die Verbundenheit. Ein weißer Kreis mit dem Grauhals-Kronenkranich, dem Nationalsymbol Ugandas.

    Vier Monate später endet die Freiheit für „Mama Lina“ am Abend des 15. Januar 2026 erschreckend abrupt, als eine Horde Vermummter und bewaffneter Sicherheitskräfte völlig unvermittelt ihr Haus in Gayaza stürmt und sie verschleppt. Augenzeugen berichten von Fahrzeugen ohne Kennzeichen. Danach gibt es wochenlang kein Lebenszeichen.

    Polizei und Militär äußern sich weder zur Verschleppung noch zu dem Ort, an dem Lina Zedriga festgehalten wird. Ob sie Zugang zu einem Anwalt hat. Ob sie medizinisch versorgt wird. Ob sie noch lebt. Die Behörden schweigen. Ihre Freiheit endet an jenem Tag, an dem Uganda seinen Präsidenten und sein Parlament wählt – freie und faire Wahlen, eine der Forderungen, für die sich Lina Zedriga leidenschaftlich eingesetzt hat.

    Für ein Uganda ohne Korruption und Angst

    Der Fall folgt einem Muster staatlicher Gewalt, das Uganda seit Jahren prägt und sich nach dieser Wahl weiter verfestigt hat. Die Entführung ist ein gravierender Rechtsbruch und eine offene Entgleisung staatlicher Macht.

    „Mama Lina“ – offiziell Dr. Lina Zedriga Waru Abuku – ist Juristin, Menschenrechtsanwältin und Vizepräsidentin der größten ugandischen Oppositionspartei National Unity Platform (NUP). Ausgebildet in Recht sowie Friedens- und Konfliktforschung, tätig als Richterin, Akademikerin und Mediatorin, spricht sie von Rechtsstaatlichkeit, von Würde und von einem Uganda jenseits von Korruption und Angst. Politik als Dienst an der Gesellschaft. Ihr Engagement ist getragen von Verantwortung, nicht von Machtwillen. Einen Menschen wie sie zu verschleppen heißt, vorzugeben, den Staat zu verteidigen – und öffentlich zu zeigen, dass man dem eigenen Staat nicht mehr traut.

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    Lina Zedriga vergaß ihre Furcht und blieb in Uganda.Konrad Hirsch

    Als wir im September im Konferenzraum der Berliner Zeitung ein Videostatement aufzeichnen, schwingt sich Lina Zedriga mit cooler Eleganz auf den Beratungstisch der Redaktion. Die Füße baumeln frei, der Blick ruhig in die Kamera gerichtet. Sie spricht über die anstehenden Wahlen. Über Einschüchterung, Manipulation. Über die Möglichkeit, dass diese Wahl wieder Opfer fordern werde. Ihre Stimme bleibt kontrolliert. Keine Anklage, kein Pathos. Wer zuhört, versteht schnell: Diese Frau weiß, wovon sie spricht. Und sie kennt den Preis.

    Lina Zedriga kommt gern nach Deutschland. Sie hat Freunde in Berlin und Dresden, Kontakte in Politik, Medien und Wissenschaft. Ende September feierte sie hier ihren 64. Geburtstag, im Babylon am Rosa-Luxemburg-Platz. Den sich abzeichnenden Wahldramen in Uganda wollte sie sich entziehen, für ein Buchprojekt recherchieren, erst nach den Wahlen zurückkehren. Doch sie entschied sich anders.

    Nicht aus Naivität, sondern aus Loyalität: zu ihrer Partei, hervorgegangen aus der People-Power-Bewegung, zur größten Oppositionskraft des Landes. Zu ihrem Präsidenten Robert Kyagulanyi Ssentamu, bekannt als Bobi Wine. „Mama Lina“, wie er sie nennt, wollte seinen Wahlkampf in der Nordregion Ugandas unterstützen. Wenn sie an seiner Seite war, lief alles ruhiger. Sie vergaß ihre Furcht und blieb.

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    Ein Anhänger des oppositionellen ugandischen Präsidentschaftskandidaten Robert Kyagulanyi, bekannt als Bobi Wine, hält ein Wahlkampfplakat fest.Hajarah Nalwadda/dpa

    „Dieses Wahlergebnis ist fake“

    Im November und Dezember begleitete sie Bobi Wine zu unzähligen Wahlkampfauftritten. Improvisierte Bühnen, tausende Menschen, Musik, Gesänge, rhythmische Slogans. Diese Massenbegeisterung entsteht nicht aus dem Nichts. Sie speist sich aus gemeinsam erlebter Hoffnung und gemeinsamer Kränkung. Unter Druck verstärkt sich Bindung. Was von außen wie Verblendung wirkt, fühlt sich innen wie Pflicht an. Bewegungsforschung beschreibt diese Dynamik seit langem. Mechanismen, die Zedriga kennt und reflektiert. Loyalität, sagt sie, bedeute nicht Anbetung, sondern Verantwortung. Gerade deshalb war sie für die Bewegung wichtig.

    Bereits 2021 hatte Lina Zedriga im Gespräch mit der Berliner Zeitung eindringlich beschrieben, wie Wahlkämpfe in Uganda militarisiert werden, wie Oppositionelle eingeschüchtert, inhaftiert und misshandelt werden – und wie internationale Partner diese Zustände durch politische und militärische Zusammenarbeit stabilisieren. Sie berichtete im Interview mit Maritta Tkalec, während des Wahlkampfs selbst verhaftet und geschlagen worden zu sein. Als die Wahlkommission Präsident Yoweri Museveni damals erneut zum Sieger erklärte, reagierte Zedriga fassungslos: „Dieses Ergebnis ist fake.“ Heute liest sich diese Aussage weniger als polemische Zuspitzung, denn als nüchterne Diagnose.

    Am 15. Januar 2026 wählte Uganda unter erheblichen Einschränkungen. Tage zuvor wurde das Internet gedrosselt, später teilweise abgeschaltet. Offiziell ging es um Desinformation, faktisch um Kontrolle. Internationale Wahlbeobachtung fand kaum statt, Sicherheitskräfte dominierten das öffentliche Leben.

    Die Wahlkommission schrieb Museveni rund 71 Prozent der Stimmen zu und erklärte ihn zum siebten Mal zum Sieger. Wie bereits fünf Jahre zuvor hätte Lina Zedriga das Ergebnis vermutlich als „fake“ bezeichnet. Doch diesmal war sie verschwunden, bevor sie Stellung nehmen konnte. Ihre Partei weist das Resultat zurück.

    Museveni regiert seit 40 Jahren ein Land, dessen Bevölkerung bei seinem Amtsantritt 1986 größtenteils noch nicht geboren war. Amtszeit- und Altersgrenzen waren bereits vor Jahren per Parlamentsbeschluss aufgehoben worden – im Namen von „Stabilität“, wie der Präsident es selbst nennt.

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    Uganda nach den Wahlen: Sieg erklärt, Opposition verfolgt, Menschen verschwinden.K onrad Hirsch

    Zedriga kritisierte, dass westliche Entwicklungshilfe und sicherheitspolitische Kooperationen ein System stabilisierten, das Gewalt gegen die eigene Bevölkerung ausübt. Uganda profitiert seit Jahren von internationaler Hilfe, auch aus Deutschland und der Europäischen Union. Offiziell fließen Mittel in Bildung, Gesundheit und gute Regierungsführung. Gleichzeitig wird ein Sicherheitsapparat gestützt, der systematisch gegen Oppositionelle vorgeht. Der Fall Lina Zedriga zeigt, was diese Logik bedeutet, wenn sie konkret wird.

    Verklagte Oppositionelle, unterbundene Proteste

    Nach der Wahl hält sich Präsidentschaftskandidat Bobi Wine im eigenen Land versteckt. Drohungen, nächtliche Razzien, verschwundene Parteifreunde – Lebensgefahr für den Oppositionsführer. Der BBC erklärte er, das Wahlergebnis nicht gerichtlich anzufechten, aus mangelndem Vertrauen in eine unabhängige Justiz. Dutzende Anhänger seiner Partei wurden festgenommen, Proteste unterbunden, der öffentliche Raum weiter verengt.

    Luise Amtsberg, frühere Menschenrechtsbeauftragte der Bundesregierung, äußerte sich erleichtert über Bobi Wines Entkommen. Zugleich zeigte sie sich tief besorgt über Lina Zedriga, die am Wahlabend an einen unbekannten Ort verschleppt worden sei – ein weiteres Zeichen der brutalen Härte des Regimes.

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    Schon nach Bekanntgabe der vorläufigen Wahlergebnisse kam es in Uganda zu Protesten und Einsätzen der Sicherheitskräfte. Nicholas Kajoba/imago

    Wie offen Gewalt inzwischen kommuniziert wird, zeigt der Ton aus der Führung des Sicherheitsapparates selbst. Präsidentensohn und Armeechef Muhoozi Kainerugaba droht Oppositionsanhängern auf der Plattform X wiederholt mit dem Tod, verhöhnt politische Gegner und erklärt Mitglieder der NUP zu legitimen Zielen. Menschenrechtsorganisationen sprechen von gefährlicher Enthemmung. Dass die Plattform X solche Morddrohungen duldet, ist kein Graubereich, sondern ein offener Bruch der eigenen Regeln.

    Kurz nach Zedrigas Verschwinden reichten ihre Anwälte einen Antrag auf Habeas Corpus ein. Adressiert an Verteidigungsministerium, Armee, Polizei und Militärgeheimdienst. Militär und Polizei erklärten, Zedriga befinde sich nicht in ihrem Gewahrsam. Juristisch entstand ein Vakuum: Niemand bestritt das Verschwinden, aber alle bestritten die Verantwortung.

    Nach fast drei Wochen ohne Kontakt zur Außenwelt stellte man sie am 6. Februar überraschend vor dem Chief Magistrate’s Court in Gulu. Der Vorwurf: Sie habe im Dezember 2025 in Norduganda „Mitglieder der Öffentlichkeit zu Gewalttaten angestiftet“. Ein Vorwurf, der in kaum überbietbarem Widerspruch zu dem steht, wofür Zedriga ihr gesamtes berufliches Leben gearbeitet hat.

    Über Jahre beriet sie die Vereinten Nationen, die Weltbank und weitere internationale Organisationen zu Mediation, Deeskalation und dem Schutz von Zivilisten. Die Anklage richtet sich damit nicht gegen eine randständige Aktivistin, sondern gegen eine Juristin, deren gesamtes dokumentiertes Wirken auf Mediation statt Mobilisierung, auf Recht statt Gewalt und auf Dialog statt Eskalation ausgerichtet ist. Nach drei Wochen des Verschwundenseins soll sie nun in Untersuchungshaft bleiben.

    „Eine Vorführung vor Gericht beendet zwar die rechtswidrige Incommunicado-Haft, sie heilt oder rechtfertigt jedoch weder die vorausgegangene staatliche Willkür noch die psychische Folter und unmenschliche Behandlung. All dies bleibt rechtlich angreifbar.“ So ordnet es der prominente Menschenrechtsanwalt Eron Kiiza ein. Das Vorgehen verstoße eindeutig gegen nationales Verfassungsrecht und internationales Recht, die Folter, willkürliche Haft und politische Verfolgung ausnahmslos verbieten – auch im Ausnahmezustand. Die Anklage sei bewusst vage gehalten und diene nicht der Strafverfolgung, sondern als juristischer Vorwand für politische Einschüchterung. Kiiza selbst wurde kürzlich direkt aus einem Gerichtssaal heraus verhaftet – ein Vorgang, der seine kritische juristische Stimme zum Schweigen bringen sollte.

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    Zedriga kam vor ihrem Verschwinden gerne nach Deutschland.K onrad Hirsch

    Internationale Reaktionen zum Fall Zedriga bleiben bislang verhalten. Formale Kritik, kaum Konsequenzen. Nicht aufgeklärt ist, wer Lina Zedriga verschleppte, wer sie festhielt und auf welcher rechtlichen Grundlage.

    Als sie im September im Konferenzraum der Berliner Zeitung saß, war ihr Satz der einer Juristin: Wahlen können Opfer fordern. Heute hat dieser Satz einen Körper. Einen Namen. Und einen Ort, der fehlt.

    Konrad Hirsch ist Filmemacher und Journalist in Berlin. Sein Fokus liegt auf Ostafrika und Europa; er schreibt über Gesellschaft, Macht und die fragile Kunst des Zusammenlebens.

    #Ouganda #démocratie #droits_de_l_homme

  • Geflüchtete Ärzte in Uganda: Heilen im Exil
    https://taz.de/Gefluechtete-Aerzte-in-Uganda/!6137952

    15.12.2025 von Simone Schlindwein - Sudans Ärzte kämpften einst gegen das Militärregime. Der Krieg zwang sie zur Flucht. In Uganda haben einige von ihnen ein neues Krankenhaus aufgebaut.

    A bdalla Ibrahim hält sich die geschwollene Wange. „Beim Essen ist mir eine Füllung rausgefallen, und jetzt tut es weh, wenn ich kaue“, berichtet der alte Sudanese mit den grauen Bartstoppeln der Zahnärztin. Er öffnet den Mund und zeigt auf den rechten, unteren Backenzahn.

    Zahnärztin Shimaa Mahmoud lächelt und deutet ihm mit einer Geste, auf dem Zahnarztstuhl Platz zu nehmen. Während er sich mühsam in den Stuhl hineinzwängt, zieht Mahmoud eine Maske über und dreht an ihrem Computer die Musik lauter. Sanfte sudanesische Klänge mischen sich mit Koran-Suren auf Arabisch. „Meine Patienten haben Angst vor Schmerzen, das soll sie etwas beruhigen“, berichtet die 29-jährige Zahnärztin und streift sich die Plastikhandschuhe über.

    Seit der Krieg 2023 ausbrach, sind fast 100.000 Sudanesinnen und Sudanesen nach Uganda geflohen

    Mahmouds Zahnarztpraxis liegt im Erdgeschoss der sudanesischen Klinik „Alsalam“ in Kampala, Ugandas Hauptstadt. Das dreistöckige Gebäude steht in einer Seitenstraße des lebhaften Viertels Kabalagala. Das Viertel ist bekannt für seine Nachtclubs, aus denen rund um die Uhr kongolesische Musik dröhnt, und die ostafrikanische Universität mit ihren Wohnheimen, wo junge Geflüchtete aus Afrikas Krisengebieten studieren. In den engen Gassen rund um den Campus reihen sich eritreische, somalische und sudanesische Restaurants, Bäckereien und Shisha-Bars aneinander. Moscheen und die eritreisch-orthodoxe Kirche ziehen ebenfalls Geflüchtete an. Kabalagala ist inzwischen ein Viertel, in dem vor allem Eritreer und Sudanesen leben.

    Seit der Krieg 2023 ausbrach, sind laut Ugandas Flüchtlingsministerium fast 100.000 Sudanesinnen und Sudanesen nach Uganda geflohen. Insgesamt beherbergt das Land derzeit zwei Millionen Flüchtlinge, mehr als jedes andere auf dem Kontinent. Die meisten leben in riesigen Lagern an den Grenzen, wo sie ihre Lebensmittel selbst anbauen. Doch viele, die wie die Zahnärztin Mahmoud aus Sudans Großstädten stammen, bevorzugen das Leben in der Stadt. Über 40.000 Menschen aus Sudan haben sich laut Ministerium inzwischen in Kampala niedergelassen.

    Diejenigen, die gesundheitliche Probleme haben, suchen die Alsalam-Klinik auf, wo Mahmoud mit mehr als einem Dutzend sudanesischer Ärzte und Ärztinnen arbeitet. „Für die meisten unserer Landsleute ist es einfacher, sich auf arabisch behandeln zu lassen“, erklärt Mahmoud. „Nur wenige sprechen genug englisch, um ihre Symptome beschreiben zu können.“

    Die junge Frau rückt Zahnarztstuhl und Monitor zurecht, der an einem Arm über dem Stuhl hängt – modernste Technik, wie man es in ugandischen Kliniken selten sieht. Kabel und Schläuche sind noch mit Plastik ummantelt, als wären sie noch nicht fertig ausgepackt worden. Mit einem Stift, an dessen Spitze eine Kamera sitzt, fährt sie Zahn für Zahn das Gebiss ab. Krieg, Flucht, schlechte Ernährung – all das greife die Zähne an. „Sie waren schon lange nicht beim Zahnarzt“, sagt Mahmoud und macht Aufnahmen der betroffenen Zähne. Ibrahim nickt. „Neben der herausgefallenen Füllung sehe ich noch vier weitere Problemstellen“, erklärt sie auf arabisch und zeigt auf den Bildschirm.

    Ibrahim seufzt. Er gesteht, ohne Zahnbürste geflohen zu sein und wochenlang die Zähne nicht geputzt zu haben. Der fast 62-Jährige stammt aus Khartum, der Hauptstadt von Sudan, 1.700 Kilometer den Nil hinab von Kampala entfernt. Vor dem Krieg unterrichtete er dort Mathematik. Am 15. April 2023, als die ersten Gefechte zwischen der regulären Armee und der paramilitärischen Miliz RSF (Rapid Support Forces) ausbrachen, war er auf dem Weg zur Schule. Plötzlich musste er die Stadt überstürzt verlassen. Seine Frau und sechs Kinder, die in einem Dorf nahe der Hauptstadt lebten, konnte er nicht mitnehmen.
    Menschen stehen vor dem Eingang eines Gebäudes
    Das Alsalam International Medical Center in Kampala   Foto: Isaac Kasamani

    Mit Hilfe seines Bruders, der im Nachbarland Südsudan eine Handelsfirma betreibt, gelang ihm die Flucht über die Grenze bis nach Kampala. Dort lebt sein Bruder, da auch der Südsudan unsicher ist. „Ich wohne jetzt bei meinem Bruder in Kampala. Er gibt mir jeden Monat Geld, das ich an meine Familie schicke, damit sie überleben“, erzählt Ibrahim. „Für mich bleibt nichts übrig“, fügt er hinzu. Deshalb habe er die Zahnschmerzen lange ertragen. Doch seit die Füllung herausgefallen sei, könne er kaum noch essen. Geld für eine Zahnbehandlung habe er nicht. „Aber es heißt, man könne mit den Ärzten, die unsere Landsleute sind, reden. Es wird sich eine Lösung finden.“

    Mahmoud lächelt unter ihrer Maske hervor. Sie kennt das Problem, auch sie konnte auf der Flucht nur das Nötigste mitnehmen. Sie stammt aus einer wohlhabenden Familie und wuchs in Khartum auf. Ihr Vater, ein promovierter Arzt, arbeitete lange für das Gesundheitsministerium von Sudan. Als der Krieg ausbrach, war er im Ausland. Das große Familienhaus stand nahe dem Militärhauptquartier in Khartum – genau dort, wo der Krieg sich entzündete.

    Bis heute wirkt Mahmoud etwas traumatisiert von den Erlebnissen. Wenn sie von ihrer Flucht erzählt, spürt man, wie ihr Puls rast, wie das Adrenalin ihren Körper durchflutet. Der Krieg habe sie ganz plötzlich aus ihrem behüteten Leben gerissen, berichtet sie. Als sie am Morgen des 15. April 2023 aufwachte, zischten Raketen über ihr großes Haus mit den zahlreichen Fenstern. „Es war so laut“, erinnert sie sich. „Die Scheiben zerbarsten“.

    Tagelang versteckte sie sich mit ihren Geschwistern, ihrer Mutter und ihrer Tante unter Tischen und Betten, bis das Trinkwasser ausging. Wasserleitungen und Strom waren zerstört. Schließlich rafften sie das Nötigste zusammen – den Goldschmuck der Mutter und den Fuchshund „Blanco“ – und flohen nach Süden. In der Provinz Gezira fanden sie bei Verwandten Zuflucht und blieben dort fast neun Monate. Um Geld zu verdienen und zu helfen, arbeitete Mahmoud in Lagern in der Region Kassala, wo Geflüchtete aus Eritrea untergebracht waren. Die Internationale Organisation für Migration (IOM) stellte sie dort als Zahnärztin ein. Doch im Dezember 2023 erreichte der Krieg auch diese Region. „Da war schnell klar, dass wir das Land verlassen müssen“, sagt sie.

    Auf der Laderampe eines Lastwagens gelangte Mahmoud mit ihrer Mutter und den vier Geschwistern bis zur Grenze nach Äthiopien. Den geliebten Hund Blanco mussten sie zurücklassen. Später erfuhr Mahmoud, dass die RSF-Miliz ihn erschossen hatte. Bis heute trauert sie um ihn. In Äthiopien verkauften sie den letzten Goldschmuck, um Flugtickets nach Uganda zu kaufen. „Wir hofften, dass das Leben in Uganda günstiger ist und wir dort Flüchtlingsstatus und Hilfe bekommen“, sagt sie. „Wir kamen mit leeren Händen hier an und ich realisierte, dass ich nun diejenige bin, die die Familie jetzt ernähren muss.“

    Mahmoud beantragte bei der ugandischen Regierung eine Lizenz, um als Zahnärztin zu arbeiten. Doch Starthilfe, um eine Wohnung zu mieten oder die jüngeren Schwestern zur Schule zu schicken, gab es nicht, wie sie feststellen musste. In Kabalagala mietete sie eine kleine Einzimmerwohnung, lief von Klinik zu Klinik und fand schließlich Arbeit in einer eritreischen Gesundheitsstation. Im Juni vergangenen Jahres hörte sie von der neuen sudanesischen Klinik. „Für mich war sofort klar, dass ich für meine Landsleute arbeiten möchte“, sagt sie. „Wir sudanesischen Ärzte haben eine sehr gute Ausbildung und sollten unseren Leuten helfen.“

    In diesem Moment steckt Doktor Assadig Ibrahim den Kopf durch die Tür. Der 42-Jährige ist Oberarzt der Alsalam-Klinik und einer von drei Teilhabern, die ihr Erspartes aus dem Sudan gerettet und in Uganda in die neue Klinik gesteckt haben. Mahmoud spricht mit ihm auf arabisch und lacht dabei herzlich. „Wir sind nicht einfach nur Kollegen, sondern fast wie eine Familie“, sagt sie.
    Eine Ärztin untersucht einen Patienten
    Zähne zeigen auch in Uganda: Shimaa Mahmud behandelt ihren Patienten Abdalla Ibrahim   Foto: Isaac Kasamani

    Ibrahim stammt aus Darfur, einer Region im Sudan. In El Fasher, der größten Stadt dort, hatte er nach dem Studium mit Kollegen eine eigene Klinik eröffnet. Doch mit Beginn des Krieges plünderte und zerstörte die RSF-Miliz das Krankenhaus.

    Mit seiner Frau und der fünfjährigen Tochter floh Ibrahim über den Südsudan nach Uganda. Ersparnisse, die bei einem Bruder in Kanada auf einem Konto lagen, ermöglichten ihm den Neuanfang: neue Geräte, Investition in die neue Klinik. „Als ich hier ankam, war ich arbeitslos – dabei brauchen so viele Sudanesen medizinische Hilfe“, sagt er und zeigt auf das volle Wartezimmer. Verschleierte Frauen mit Kindern sitzen dort neben alten Männern in Gewändern und Turbanen, auch einige Ugan­de­r:in­nen sind darunter. Die Schilder in den Fluren sind auf arabisch und englisch.

    Die Rolle, die Sudans Ärzte und Ärztinnen in den jüngsten Umbrüchen des Landes gespielt haben, wollen sie auch im Exil weiterführen, erklärt Mahmoud, die in einer Ärztefamilie aufwuchs. In der sudanesischen Gesellschaft genießen Ärzte hohes Ansehen und großen Respekt. Der Ärzteverband bleibt bis heute die stärkste Kraft im Sudanesischen Berufsverband (SPA), der 2018/19 die Streiks und Massenproteste gegen Langzeitdiktator Omar al-Bashir anführte. Gemeinsam mit Lehrern und Journalisten gründeten Ärzte in Khartum die „Widerstandskomitees“. Die Graswurzelbewegung organisierte Proteste in den Stadtvierteln und versorgte verletzte Demonstranten.

    Bashirs Sturz im April 2019 markierte einen Wendepunkt in Sudans Geschichte – und in Mahmouds Leben. Sie zeigt auf ihre ausgebleichte, ausgefranste Jeans. „Ich habe mir damals diese Jeans gekauft und trage sie stolz bis heute“, sagt sie, ihre großen brauen Augen funkeln. Unter Bashirs islamistischem Regime waren Hosen für Frauen verboten. „Unser Leben hat sich komplett verändert“, erzählt sie. 2019 zog sie mit ihren zwei jüngeren Schwestern täglich zu den Protesten. Wochenlang zelteten sie vor dem Militärhauptquartier, hielten Sitzstreiks ab. Mahmoud mobilisierte die Studentinnen ihrer Medizinhochschule: „Zum ersten Mal in unserem Leben durften wir jungen Frauen unsere Stimme erheben.“

    Doch dann übernahmen die Militärs, die Bashir gestürzt hatten, die Macht und wandten sich gegen die Demokratiebewegung. General Ahmed Awad Ibn Auf, Verteidigungsminister und Vizepräsident, verhängte den Ausnahmezustand und setzte die Verfassung außer Kraft. Sudans Ärzte protestierten. Fast täglich zogen sie zum Militärhauptquartier in Khartum, wo viele wie Mahmoud im Militärkrankenhaus arbeiteten oder an der angeschlossenen Medizinhochschule studierten.

    Nach tagelangen Demonstrationen trat General Auf zurück und überließ General Abdelfattah Burhan die Führung des Staates. Der frühere Generalinspekteur setzte sich mit der Demokratiebewegung FFC (Kräfte für Freiheit und Wandel) an den Verhandlungstisch, in der Ärz­t:in­nen eine Schlüsselrolle spielten. Verhandlungsführer der FFC war der damals 30-jährige Arzt Mohamed Nagi Alassam, Vorsitzender des Zentralkomitees der Ärzte. Burhan entschied, mit der FFC eine zivile Übergangsregierung zu bilden.

    Doch die Stabilität währte nicht lange. Im Oktober 2021 stürzte Burhan die zivile Übergangsregierung, das Militär riss die Macht an sich. Erneut protestierten Ärzte landesweit auf den Straßen. Diesmal wurden sie selbst zur Zielscheibe: Sicherheitskräfte verhafteten oder beschossen sie, stürmten Kliniken und zerstörten diese. Mitten in der Hochphase der Corona-Pandemie drohte das Gesundheitssystem zu kollabieren.
    Ein Arzt untersucht einen Patienten
    Oberarzt Assadig Ibrahim hat seine Ersparnisse in die Alsalam-Klinik investiert   Foto: Isaac Kasamani

    Damals stand die RSF-Miliz noch auf der Seite des Militärregimes. Als sie im April 2023 gegen die Regierungsarmee rebellierte, warf Staats- und Armeechef Burhan auch der früheren Demokratiebewegung, einschließlich der Ärzte, vor, mit ihr zu kooperieren. Krankenhäuser wurden zu Angriffszielen. Das Militärkrankenhaus in Khartum, das größte des Landes und in der Nähe von Mahmouds Wohnort, geriet schon am ersten Tag unter Beschuss.

    Musaab Agabeldour hat dies am eigenen Leib erlebt. Er praktizierte damals in jenem Militärkrankenhaus: „Wir waren fast zwei Wochen lang eingeschlossen, bis wir letztlich fliehen konnten“, erzählt er. Sechs Monate dauerte seine Flucht: „Unterwegs half ich in Kordofan in einer Klinik aus, wo es viel Not gab“, sagt er. „Die meisten Menschen haben alles verloren, und es ist unsere Pflicht zu helfen.“ Doch er sei auch froh, in der Alsalam-Klinik nun wieder für seine Arbeit bezahlt zu werden, bemerkt er mit einem Zwinkern.

    Der Arzt für innere Medizin sitzt in seinem kleinen, engen Behandlungszimmer neben Mahmouds Zahnarztpraxis hinter seinem Schreibtisch, ein Stethoskop um den Hals. Eben hat er einem Patienten geraten, die Psychologin im ersten Stock aufzusuchen. „Die meisten Symptome, mit welchen die Leute zu mir kommen, sind psychosomatisch“, so Agabeldour, „ausgelöst durch posttraumatische Belastungsstörungen, Schlafmangel und chronischen Stress.“

    Die meisten Menschen haben alles verloren und es ist unsere Pflicht zu helfen.

    Musaab Agabeldour, Internist

    Als Arzt aus dem Sudan, der selbst Krieg und Flucht erlebt hat, erkenne er diese Zusammenhänge leicht und spreche offen mit den Patienten darüber. „Auch Ärzte sind vor solchen Symptomen nicht sicher“, gibt er zu. Dann klopft ein Patient an die Tür seines Sprechzimmers. Das Wartezimmer neben der Rezeption ist bis auf den letzten Platz gefüllt. Es gebe jede Menge zu tun, sagt Agabeldour und winkt die Person herein.

    Chefarzt Assadig Ibrahim lehnt unterdessen an der Rezeption am Tresen und blickt auf den Computermonitor. Eine junge Mutter steht neben ihm mit einem Baby auf dem Arm, das Kind wirkt apathisch, ist sichtlich unterernährt. „So viele Kinder haben Mangelerscheinungen, weil sie über lange Zeit auf der Flucht Hunger ertragen mussten und die Mütter aus Stress und Unterernährung nicht genügend Muttermilch produzieren“, seufzt der Arzt und berät die Mutter, welches Milchpulver sie verabreichen soll.

    Viele Patienten kommen aus dem 200 Kilometer entfernten Flüchtlingslager in Kiryandongo, wo die meisten sudanesischen Geflüchteten leben, berichtet Assadig. Ugandas Regierung und das UN-Flüchtlingshilfswerk UNHCR hätten nicht genug Geld, um die medizinische Versorgung sicherzustellen. „Wir betrachten dies nun hier in Uganda als unsere Aufgabe, unseren Landsleuten zu helfen“, sagt er. „Auch wenn viele kein Geld haben, um dafür zu bezahlen.“

    Die sudanesischen Ärzte fahren regelmäßig von Kampala ins Lager, um Geflüchtete zu behandeln. Schwerkranke bringen sie mit der Ambulanz ins Alsalam-Klinikum. Assadig deutet zur Decke. „Wir haben 15 Krankenzimmer, einen Kreißsaal und eine Intensivstation im ersten Stock“, sagt er. Und wir bauen gerade noch ein Stockwerk obendrauf, um noch mehr Betten zur Verfügung zu stellen. Der Bedarf sei gewaltig und sie müssten ihren Landsleuten helfen. „Das ist der Spirit, nach welchem wir Ärzte seit der Revolution leben.“

    Unterdessen zieht Zahnärztin Shimaa Mahmoud in ihrer Praxis eine Spritze mit Betäubungsmittel auf. Ihr Patient Abdalla Ibrahim liegt noch immer auf dem Zahnarztstuhl, den Mund mit Watte ausgestopft. Auf dem Flachbildmonitor leuchtet ein Röntgenbild seines Gebisses. „Das piekst jetzt ein bisschen, dann aber wird es direkt taub“, sagt sie. Ibrahim nickt und schließt die Augen. Man merkt ihm die Erleichterung an, endlich Hilfe gefunden zu haben und in guten Händen zu sein – und trotz seiner fehlenden finanziellen Mittel behandelt zu werden.

    Die Alsalam-Klinik bietet Sudanesen einen sicheren Ort, der Hoffnung auf Heilung und Erleichterung schenkt, nach all den Strapazen ihrer Flucht, sagt Mahmoud. Im Hintergrund dudelt noch immer die sanfte Koran-Musik.

    #Soudan #Ouganda #guerre #iatrocratie

  • L’Ouganda, premier pays d’accueil des réfugiés en Afrique, commence à leur fermer la porte
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/12/09/l-ouganda-premier-pays-d-accueil-des-refugies-en-afrique-commence-a-leur-fer

    L’Ouganda, premier pays d’accueil des réfugiés en Afrique, commence à leur fermer la porte
    Par Mustapha Kessous et Noé Hochet-Bodin
    L’Ouganda, pays d’Afrique de l’Est longtemps présenté comme un modèle d’ouverture envers les migrants, serait-il en train de leur fermer la porte ? Le ministre chargé des réfugiés, Hilary Onek, a indiqué, le 26 novembre, que le gouvernement n’accorderait plus l’asile aux ressortissants des pays où « il n’y a pas de guerre ». Les Somaliens, les Ethiopiens et les Erythréens sont explicitement visés par cette annonce.
    Cette décision a surpris tant « cette nation est considérée comme exemplaire en matière d’accueil », rappelle Ritah Kabanyoro, directrice d’Action contre la faim en Ouganda. Avec 1,93 million de réfugiés, dont plus de la moitié de Sud-Soudanais, l’Ouganda, qui compte 50 millions d’habitants, est aujourd’hui la première terre d’asile du continent.
    Ils n’étaient qu’un peu plus de 500 000 exilés il y a dix ans. « Ici, les réfugiés ne se retrouvent pas dans des camps, mais dans des villages où ils ont accès aux services sociaux [santé, éducation], à un travail. Ils peuvent presque tout faire comme les Ougandais », pointe-t-elle. Mais ce modèle, l’un des plus progressistes du continent, commence à vaciller. Il est aujourd’hui fragilisé par l’effondrement de l’écosystème humanitaire depuis le démantèlement, en février, de l’Agence américaine pour le développement international (Usaid), principal bailleur de fonds de la solidarité mondiale.
    Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) en Ouganda n’est actuellement financé qu’à 36 % de ses besoins pour 2025, n’ayant reçu que 128 millions de dollars (110 millions d’euros) sur les 361 millions de dollars nécessaires pour mener à bien ses missions, indique-t-il au Monde. « Cela fait environ dix ans que nous n’atteignons plus les objectifs de financement, note Mme Kabanyoro. Le reste doit être pris en charge par le gouvernement ougandais, qui n’a ni les ressources ni les moyens. Tous les services sociaux sont en difficulté. Environ 600 000 personnes ne reçoivent plus d’aide alimentaire. » La dissolution de l’Usaid combinée aux coupes budgétaires de pays européens comme le Royaume-Uni, la France ou l’Allemagne ont aggravé la situation.
    Comme ailleurs en Afrique, les ONG souffrent. Certaines ont fermé, d’autres ont réduit drastiquement leurs activités. « Nous essayons toutes de faire mieux avec moins, ce qui est impossible. Dans certaines zones, il n’y a plus aucun acteur pour assurer l’accès à l’eau et l’assainissement », déplore-t-elle. Au manque d’argent s’ajoute l’afflux constant de réfugiés : 150 000 de plus – venus notamment de la République démocratique du Congo – depuis début 2025.
    Dans ce contexte, l’annonce du ministre ougandais chargé des réfugiés a suscité l’inquiétude, d’autant que le HCR assure n’avoir reçu aucune notification officielle indiquant que l’Ouganda aurait cessé d’accorder le statut de réfugié aux Somaliens, Ethiopiens et Erythréens. L’agence onusienne explique au Monde que le gouvernement avait, en réalité, déjà émis des suspensions temporaires d’enregistrement aux citoyens de ces trois pays : la Somalie depuis mars 2023, l’Erythrée à partir de janvier et l’Ethiopie à compter d’août.« Il s’agit de suspensions temporaires de l’enregistrement et non d’un arrêt de l’asile ou du statut de réfugié, insiste-t-on du côté du HCR. Le Refugee Eligibility Committee [agence étatique chargée d’examiner les demandes d’asile] continue d’examiner les dossiers des Somaliens, Erythréens et Ethiopiens déjà enregistrés avant la suspension. »
    Alors pourquoi cibler ces trois nationalités, qui représentent seulement 125 000 personnes environ, soit 6,5 % des réfugiés ? « Ces restrictions ne sont pas directement liées aux contraintes financières. Il s’agit avant tout d’une mesure de sûreté », assure Kristof Titeca, professeur à l’université belge d’Anvers et chercheur associé à l’Institut Egmont de Bruxelles. D’après plusieurs sources, le gouvernement ougandais s’inquiète de plusieurs phénomènes : fraudes liées aux documents de voyage ou d’asile ; traite d’êtres humains ; présence de ressortissants étrangers auparavant enrôlés dans des forces armées. « Plusieurs Erythréens ont été impliqués dans des affaires de blanchiment et de fraude financière », avance l’universitaire. L’Ouganda, retiré de la liste grise du Groupe d’action financière, un organisme intergouvernemental de lutte contre le blanchiment, en février 2024, redoute que de nouveaux scandales menacent sa crédibilité économique à l’international.
    S’ajoute un contexte politique particulier : la présidentielle du 12 janvier 2026. Le sujet migratoire s’invite dans la campagne. « Les discours anti-immigration se multiplient et se répandent sur les réseaux sociaux, atteste M. Titeca. Depuis plusieurs années, le nombre de réfugiés et de membres des diasporas est-africaines a connu une croissance démographique rapide dans la capitale, alimentant petit à petit une forme de xénophobie. » Pour Mme Kabanyoro, l’hostilité ne vient pas tant de la population que de tensions au sein même des réfugiés. Elle évoque notamment une attaque – qui a eu lieu en juillet, dans un village au centre du pays – de Sud-Soudanais contre des Soudanais, accusés d’avoir reçu davantage d’aide alimentaire. L’attaque a fait plusieurs blessés et un mort.

    #Covid-19#migrant#migration#ouganda#asile#politiquemigratoire#sante#soudan#somalie#erythree#ethiopie#diasporas#refugie

  • Après leur expulsion des Etats-Unis, la peur des migrants d’Afrique de l’Ouest d’être renvoyés dans leur pays
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/11/12/apres-leur-expulsion-des-etats-unis-la-peur-des-migrants-d-afrique-de-l-oues

    Après leur expulsion des Etats-Unis, la peur des migrants d’Afrique de l’Ouest d’être renvoyés dans leur pays
    Par Victor Cariou (Accra, correspondance)
    Traînée par les jambes par plusieurs agents ghanéens de l’immigration, une femme d’une cinquantaine d’années se débat de toutes ses forces. Expulsée des Etats-Unis vers le Ghana le 6 novembre, cette ressortissante du Sierra-Leone crie sa crainte de se voir rapatriée dans son pays d’origine – des plaintes auxquelles les officiers restent sourds, la faisant monter manu militari dans un van, direction l’aéroport d’Accra.
    Cette scène dont a été témoin Le Monde s’est déroulée mardi 11 novembre, dans un hôtel du nord de la capitale ghanéenne, où logeaient depuis leur expulsion des Etats-Unis, cinq jours plus tôt, un groupe de dix-neuf ressortissants ouest-africains – dix Nigérians, deux Guinéens, deux Sénégalais, deux Gambiens, deux Sierra-Léonais et un Malien. Il s’agit du troisième groupe connu de migrants reçu par les autorités ghanéennes dans le cadre d’un accord migratoire conclu avec Washington en septembre.
    Aujourd’hui, ils ne sont plus que huit, cloîtrés dans des dortoirs où ils vivent avec une seule tenue, sans autorisation de sortir des alentours de l’hôtel, sous surveillance militaire. Les ressortissants nigérians, eux, ont été rapatriés, selon leurs camarades, dès le lendemain de leur arrivée à Accra.
    « Depuis, on n’a plus aucune nouvelle d’eux », confie Ahmed (toutes les personnes concernées souhaitent rester anonymes et leurs prénoms ont été modifiés), guinéen, qui craint de subir le même sort prochainement. Arrêté à la frontière mexicaine alors qu’il tentait de rejoindre le sol américain, l’homme a passé ensuite neuf mois dans des centres de rétention de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), avant d’être placé dans un avion direction le Ghana, comme plusieurs dizaines d’autres ressortissants ouest-africains avant lui depuis l’entrée en vigueur de l’accord.
    « Le juge de l’immigration américain nous a pourtant garanti une protection contre un rapatriement vers notre pays d’origine au titre de la Convention contre la torture », explique-t-il. En guise de preuve, une décision de justice imprimée sur une feuille qu’il brandit dans sa main – un document que les huit migrants rencontrés par Le Monde avaient en leur possession, à défaut d’avoir des papiers d’identité, qu’ils disent s’être fait confisquer aux Etats-Unis.
    Pour Ahmed, s’expatrier outre-Atlantique était une question de survie. Il craint la répression des autorités guinéennes, « une dictature » selon ses mots, qui le chercheraient pour son « activisme politique ». Moussa, originaire du Mali, dit également être dans le viseur de la junte au pouvoir. Il résidait aux Etats-Unis, avant d’être expulsé vers le Ghana.
    Au moment de monter dans l’avion, « les agents de l’ICE m’ont assuré que des dispositions avaient été prises pour que je puisse m’installer au Ghana, assure Moussa. Mais quand je suis arrivé, les officiers ghanéens de l’immigration m’ont dit qu’ils allaient me renvoyer au Mali, ce qui est tout à fait illégal ».La légalité de l’accord migratoire conclu avec Washington est actuellement contestée devant la Cour suprême du Ghana. La plainte, déposée par le cabinet ghanéen Merton & Everett, soutient notamment que le gouvernement ghanéen, en opérant des transferts de ressortissants vers leurs pays d’origine, malgré la protection qui leur a été accordée par la justice américaine au titre de la Convention contre la torture, violerait ses engagements internationaux ainsi que plusieurs articles de sa propre Constitution relatifs aux droits humains. Après un report de la première audience le 22 octobre, la prochaine doit se tenir le 12 novembre.
    Ce combat est porté notamment par l’avocat ghanéen Oliver Barker Vormawor. En collaboration avec l’association américaine Asian Americans Advancing Justice, il représente onze des quatorze ressortissants ouest-africains expulsés des Etats-Unis vers le Ghana en septembre. Des individus détenus pendant une dizaine de jours au centre d’entraînement militaire de Bundase, à une quarantaine de kilomètres d’Accra, avant d’être, pour au moins six d’entre eux, transférés « clandestinement » vers le Togo voisin, selon leurs avocats.
    Révélé le 10 septembre par le président ghanéen, John Dramani Mahama, l’accord migratoire entre Accra et Washington a initialement été présenté par le gouvernement ghanéen comme un moyen de venir en aide « aux frères et sœurs ouest-africains », ainsi que « d’offrir un refuge temporaire quand c’est nécessaire, éviter de nouvelles souffrances humaines et maintenir [la] crédibilité [du Ghana] en tant qu’acteur régional responsable ».D’autres pays africains ont signé des accords similaires concernant des ressortissants de pays tiers : Rwanda, Ouganda, Eswatini. S’agissant du Soudan du Sud, au moins un transfert de huit migrants a été recensé, sans que le pays ne confirme l’existence d’un quelconque accord avec Washington.
    Côté ghanéen, le ministre des affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, soutenait en outre que le Ghana n’avait « ni reçu ni cherché à obtenir une quelconque compensation financière ou avantage matériel », avant de reconnaître, samedi 4 octobre, lors d’une interview accordée à la télévision ghanéenne que c’est cet accord qui avait permis l’obtention des levées des restrictions sur les visas annoncés par Washington en juillet.

    #Covid-19#migrant#migration#etatsunis#ghana#accordmigratoire#visas#expulsion#nigeria#rwanda#ouganda#eswatini#guinee#gambie#sierraleone#mali#droit#sante

  • Les Pays-Bas ont signé un préaccord avec l’Ouganda pour y envoyer des déboutés du droit d’asile
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/09/29/les-pays-bas-ont-signe-un-preaccord-avec-l-ouganda-pour-y-envoyer-des-debout

    Les Pays-Bas ont signé un préaccord avec l’Ouganda pour y envoyer des déboutés du droit d’asile
    En marge de l’Assemblée générale de l’ONU, le gouvernement néerlandais et les autorités ougandaises ont signé, le 25 septembre, une déclaration d’intention pour renvoyer des migrants dans ce pays d’Afrique, où l’homosexualité est passible de la peine de mort.
    Par Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, correspondant)
    Le gouvernement néerlandais et les autorités ougandaises ont signé, jeudi 25 septembre, une « déclaration d’intention » en vue d’envoyer vers le pays africain des déboutés du droit d’asile, afin qu’ils soient ensuite transférés vers leur pays d’origine. Le projet, négocié à New York en marge de l’Assemblée générale des Nations unies (ONU), est présenté par les Pays-Bas comme un « test à petite échelle » en vue de la création d’un « hub de transit pour un nombre limité d’illégaux Africains ».
    Un communiqué officiel diffusé par le gouvernement néerlandais évoque le « rôle pilote » que les Pays-Bas entendent jouer en vue faire émerger des « solutions novatrices » en matière de migration. Le gouvernement néerlandais démissionnaire – les élections auront lieu le 29 octobre – affirme que l’accord qui reste à conclure sera conforme aux règles du droit européen et international et qu’il sera exécuté en veillant à la protection des droits humains.
    Une « relation étroite » aurait d’ailleurs été établie avec la Commission européenne, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés et l’Organisation internationale pour les migrations en vue de la mise au point définitive du projet. En mars, la Commission européenne avait dévoilé un projet de règlement sur les retours et envisageait la création de centres d’accueil pour les migrants expulsés hors du territoire de l’Union. Le projet, qui a rapidement suscité la controverse, visait aussi à durcir les conditions de retour des personnes en situation irrégulière. Les lois européennes interdisent en principe le renvoi d’un étranger vers un pays avec lequel il ne possède aucun lien.
    Plusieurs organisations néerlandaises de défense des droits de l’homme et les partis d’opposition ont rapidement critiqué le projet présenté par le ministre des affaires étrangères, de l’asile et de l’immigration, David van Weel. Membre du Parti populaire pour la liberté et la démocratie (libéral), il a, en fait, repris une idée évoquée naguère par une ministre d’extrême droite, Reinette Klever, membre du Parti pour la liberté (PVV) de Geert Wilders et ancienne titulaire du portefeuille du commerce extérieur et de l’aide au développement.
    L’idée de créer des « hubs de transit » pour les étrangers refoulés était l’un des projets de la coalition dirigée par le premier ministre, Dick Schoof. Cette dernière a chuté en juin, après le départ des ministres du PVV, M. Wilders ayant critiqué le refus de ses partenaires d’approuver des mesures radicales dans le domaine de l’immigration, dont la suspension du droit d’asile et la fermeture des frontières du pays.
    Selon Stichting Vluchteling, une fondation néerlandaise qui vient en aide aux réfugiés, la politique de l’Ouganda en matière de droits des personnes LGBT rend impossible la concrétisation du projet. L’homosexualité y est condamnée et passible de la peine de mort. L’ONG souligne aussi que des civils ougandais sont régulièrement jugés par des tribunaux militaires. Et elle mentionne que l’Ouganda, qui accueille déjà de 1,5 à 2 millions de réfugiés, en provenance notamment du Soudan du Sud, n’est pas en mesure d’assurer un accès correct à l’aide humanitaire.
    Récemment interrogé, M. van Weel minimisait et promettait notamment que des membres de la communauté LGBT ne seront pas transférés vers Kampala. Le ministre affirmait aussi que l’Ouganda ne réclame pas d’argent et œuvre seulement « par conviction quant aux capacités d’accueil de la région ». L’Ouganda, affirme le ministre, a la volonté d’offrir un « nouveau départ » à des illégaux, estimant que « des gens qui n’ont pas d’avenir en Europe ne doivent pas y rester ».
    Le 21 août, Kampala a aussi annoncé la conclusion d’un accord avec les Etats-Unis pour l’accueil de « ressortissants de pays tiers qui pourraient ne pas obtenir l’asile ». Il s’agit, selon les autorités ougandaises, d’« un arrangement temporaire assorti de conditions », dont le refus d’accepter des condamnés ou des mineurs non accompagnés.De l’aveu de M. van Weel, il faudra plusieurs mois pour mettre définitivement au point le projet. Celui-ci pourrait, dès lors, être balayé par une autre majorité après les élections de la fin du mois d’octobre. Rob Jetten, dirigeant de D66, parti social-libéral actuellement dans l’opposition, estime par exemple que le plan est « intenable et totalement irréfléchi ». Le thème de l’immigration sera, en tout cas, un sujet-clé du prochain scrutin, en vue duquel la droite libérale et l’extrême droite xénophobe multiplient les initiatives et les prises de position.
    Les difficultés à conclure des accords avec des pays africains ont été illustrées au Royaume-Uni, où le gouvernement conservateur avait signé, en 2022, un accord de partenariat avec le Rwanda en vue du transfert de déboutés du droit d’asile. La Cour suprême avait déclaré l’initiative illégale et une nouvelle version fut établie en décembre 2023. En juillet 2024, le nouveau gouvernement travailliste enterrait finalement le projet, mais Kigali estime aujourd’hui que le partenariat n’a pas été formellement résilié et réclame le solde des montants qui lui avaient été promis. Le Danemark envisageait, lui aussi, un accord avec le Rwanda en 2021 et s’était doté d’une loi permettant en théorie d’externaliser l’asile. Des négociations avaient commencé, avant que le projet soit abandonné en 2023, car jugé trop complexe. Il avait notamment été critiqué par le Conseil de l’Europe.

    #Covid-19#migrant#migration#paysbas#ouganda#accordmigratoire#politiquemigratoire#UE#expusluin#asile#droit#sante

  • Les #Pays-Bas en passe d’ouvrir un #centre_de_retour en #Ouganda pour les demandeurs d’asile #déboutés

    La Haye et Kampala ont signé jeudi une #lettre_d'intention, en vue d’un prochain #accord pilote, qui prévoit d’envoyer les #sans-papiers présents aux Pays-Bas vers l’Ouganda. Le plan vise les personnes déboutées de l’asile aux Pays-Bas et originaires de pays voisins de l’Ouganda. Avec ce partenariat, « les Pays-Bas démontrent leur rôle de pionnier en Europe en matière de #solutions_innovantes pour maîtriser les flux migratoires », s’est félicité le ministre néerlandais de l’Asile et de la Migration.

    Évoqué pour la première fois l’année dernière, l’accord entre les Pays-Bas et l’Ouganda semble se concrétiser. Jeudi 25 septembre, les deux pays ont signé, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New-York, une lettre d’intention visant à créer un centre de retour en Ouganda pour les demandeurs d’asile déboutés aux Pays-Bas.

    Le plan vise les personnes déboutées de l’asile et originaires de pays voisins de l’Ouganda qui doivent quitter les Pays-Bas mais qui « ne le font pas volontairement » ou lorsque « le retour forcé direct vers leur pays d’origine échoue ou ne peut être mis en œuvre dans un délai raisonnable », indique un communiqué du ministère néerlandais de l’Asile et de la Migration.

    « Les personnes concernées seront hébergées temporairement en Ouganda dans un centre d’accueil. De là, elles devront retourner dans leur pays d’origine », précise le communiqué. « Comme aux Pays-Bas, l’objectif est que ces personnes retournent volontairement d’Ouganda, où une #aide au #rapatriement leur sera à nouveau proposée ».

    Les centres de transit construits en Ouganda seront « conformes au droit national, européen et international », et « les modalités juridiques et pratiques seront élaborées avec le plus grand soin et dans le respect des droits de l’Homme », assure le ministère néerlandais de l’Asile et de la Migration. « Nous devons nous concentrer davantage sur ce qui est réalisable, plutôt que sur ce qui ne l’est pas. C’est pourquoi nous prenons cette mesure avec l’Ouganda pour maîtriser les flux migratoires. Il est évident que les droits humains des personnes qui retournent dans leur pays d’origine via l’Ouganda seront protégés », insiste le ministre David van Weel.

    Pour l’heure, seuls les principaux contours de cet accord ont été esquissés. La lettre d’intention doit aboutir à « un #projet_pilote à petite échelle impliquant un centre de transit pour un nombre limité de ressortissants étrangers devant quitter les Pays-Bas », peut-on lire dans le communiqué.

    Avec ce #partenariat, « les Pays-Bas démontrent leur rôle de pionnier en Europe en matière de solutions innovantes pour maîtriser les flux migratoires », se félicite le ministère néerlandais de l’Asile et de la Migration.
    En Ouganda, un « bilan en matière de droits de l’Homme discutable »

    Lors de l’annonce de ce projet en octobre 2024, les défenseurs des droits avaient fait part de leur inquiétude en rappelant notamment que l’Ouganda est régulièrement critiqué pour son bilan en matière de droits de l’Homme. « Je suis sous le choc : alors que Londres vient de mettre un terme à son projet avec le Rwanda, on discute exactement de la même chose ici », s’était insurgé à l’époque Lewingstone Ssenwanyana, directeur exécutif de la Fondation pour les droits de l’homme (FHRI), une organisation ougandaise de la société civile.

    « Il n’est effectivement pas juste qu’un demandeur d’asile soit renvoyé dans un pays dont le bilan en matière de droits de l’Homme est très discutable. Par ailleurs, tout le monde connaît le principe du non-refoulement d’un individu, quel qu’il soit, vers un pays ou vers une région où celui-ci risque d’être maltraité. L’envoyer en Ouganda, c’est donc rendre très probable le risque qu’il soit persécuté, ce qui serait pour le moins malvenu. J’invite donc le gouvernement néerlandais à reconsidérer cette mesure ! », avait-il poursuivi.

    Ce projet néerlandais rappelle celui envisagé par le gouvernement britannique en 2022. Avorté avant même sa mise en application, ce plan faisait polémique depuis son lancement et a subi de nombreux revers judiciaire. La Cour suprême du Royaume-Uni avait décrété en novembre 2023 que ce projet de loi, visé par une série de contestations devant la justice, était illégal au regard du droit international.

    Dès son accession au pouvoir en juillet 2024, le gouvernement travailliste a affirmé que le projet d’expulsion de sans-papiers vers le Rwanda, défendu depuis des années par les conservateurs, était « mort et enterré avant même de commencer ».
    Manifestation contre l’immigration

    L’accord entre La Haye et Kampala intervient avant les élections prévues fin octobre aux Pays-Bas, à la suite de la chute du gouvernement néerlandais lorsque le dirigeant d’extrême droite #Geert_Wilders a retiré son parti de la coalition au pouvoir après un désaccord sur les règles d’asile. Geert Wilders a en effet exigé des restrictions drastiques en matière d’asile, notamment un gel des demandes, des limites au regroupement familial et l’arrêt de la construction de nouveaux centres d’accueil.

    Comme dans de nombreux pays d’Europe, le débat s’enflamme aux Pays-Bas ces derniers mois sur les questions migratoires. Samedi 20 septembre, des milliers de personnes vêtues de noirs ont participé à La Haye à une manifestation organisée par un activiste d’extrême droite réclamant des politiques d’immigration plus strictes et une répression contre les demandeurs d’asile.

    Le rassemblement a viré à l’émeute : environ 1 500 personnes se sont rassemblées sur une autoroute urbaine traversant la capitale néerlandaise où des émeutiers ont affronté les forces de l’ordre, jetant des pierres et des bouteilles sur elles et mettant notamment le feu à une voiture de police sérigraphiée. La police a fait usage de canons à eau et de gaz lacrymogène pour les disperser, a annoncé l’agence de presse néerlandaise ANP.

    Les manifestants s’en sont également pris au local d’un parti politique, le D66 (social-démocrate, centre), dont les vitres ont été brisées. Il n’y avait personne dans les locaux à ce moment. Un petit groupe d’émeutiers s’est aussi dirigé vers le complexe du Parlement néerlandais, actuellement clôturé en raison de travaux de rénovation qui durent depuis des années. La police les a empêchés d’accéder à la zone largement déserte.

    « Des images choquantes et bizarres d’une violence éhontée à La Haye, après qu’une manifestation a dégénéré », avait déclaré le Premier ministre par intérim Dick Schoof sur X.

    https://www.infomigrants.net/fr/post/67200/les-paysbas-en-passe-douvrir-un-centre-de-retour-en-ouganda-pour-les-d
    #migrations #asile #réfugiés #return_hubs
    –-

    ajouté à la métaliste sur les tentatives de différentes pays européens d’#externalisation non seulement des contrôles frontaliers (https://seenthis.net/messages/731749), mais aussi de la #procédure_d'asile dans des #pays_tiers :
    https://seenthis.net/messages/900122

  • Victoire ! Le tribunal ordonne la communication de preuves dans l’affaire Total Ouganda

    Le 18 septembre 2025 – Suite à l’audience du 15 mai dernier dans l’affaire “Total Ouganda”, le tribunal judiciaire de Paris vient de rendre une décision cruciale enjoignant à Total de communiquer des documents considérés comme des éléments de preuve essentiels à la procédure par les demandeurs. Pour les communautés affectées et les associations, c’est une victoire d’étape importante dans l’action en justice lancée il y a deux ans contre Total pour obtenir réparation pour les violations des droits humains causées par les méga-projets pétroliers Tilenga et EACOP en Ouganda.

    Pour rappel, cette action initiée en juin 2023 sur le fondement de la loi sur le devoir de vigilance, oppose 26 personnes directement affectées par les projets Tilenga et EACOP, le défenseur des droits humains Maxwell Atuhura, et cinq associations ougandaises et françaises (AFIEGO, les Amis de la Terre France, NAPE/Amis de la Terre Ouganda, Survie et TASHA Research Institute) au géant pétrolier Total.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2021/12/23/victoire-affaire-total-ouganda-la-cour-de-cassation-reconnait-la-competence-du-tribunal-judiciaire/#comment-69027

    #international #ouganda

  • Migrants expulsés : les Etats-Unis visés par une plainte pour avoir demandé au Ghana de « faire le sale boulot »
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/09/16/migrants-expulses-les-etats-unis-vises-par-une-plainte-pour-avoir-demande-au

    Migrants expulsés : les Etats-Unis visés par une plainte pour avoir demandé au Ghana de « faire le sale boulot »
    Par Mathilde Boussion (Johannesburg, correspondance) et Victor Cariou (Accra, correspondance)
    A peine dix jours après avoir atterri au Ghana, quatorze migrants ouest-africains expulsés des Etats-Unis ont été rapatriés dans leurs pays d’origine, a confirmé à l’agence Associated Press (AP), lundi 15 septembre, le ministre ghanéen de la communication, Felix Kwakye Ofosu. Pourtant, parmi les personnes transférées, plusieurs assurent être menacées de persécutions ou de torture chez elles, au Nigeria et en Gambie. Dans une plainte déposée aux Etats-Unis, cinq d’entre elles accusent les Etats-Unis d’avoir supervisé leur retour illégal via le Ghana. Ramené contre son gré en Gambie où l’homosexualité est criminalisée, un homme bisexuel explique se terrer depuis, espérant fuir de nouveau.
    Dans leurs dépositions, deux hommes transférés au Ghana relatent avoir été emmenés depuis un centre de détention des services d’immigration américains (ICE) en Louisiane, dans la soirée du 5 septembre, avant d’être embarqués, enchaînés, à bord d’un avion-cargo militaire, vers une destination inconnue. A bord, douze autres personnes expulsées comme eux – soit, au total, treize Nigérians et un Gambien. Plusieurs sont enserrées dans des camisoles après avoir refusé d’embarquer sans avoir parlé à leur avocat. Certaines le resteront pendant seize heures.
    Les agents de l’ICE attendent un long moment avant de révéler aux migrants leur destination. « On leur a dit qu’ils étaient emmenés vers le Ghana pour être ensuite renvoyés vers leur pays d’origine », résume Noah Baron, l’un des avocats des plaignants. Chargé de l’affaire au sein de l’association Asian Americans Advancing Justice (AAJC), à l’origine de la plainte, il explique que tous les expulsés bénéficiaient d’une protection légale empêchant leur rapatriement. Dans leur plainte, les avocats accusent les Etats-Unis d’avoir « demandé au gouvernement du Ghana de faire leur sale boulot » pour contourner cette interdiction.
    Depuis juillet, l’administration Trump multiplie les expulsions de migrants vers des pays africains avec lesquels ils n’ont aucun lien. En juin, la Cour suprême a autorisé le gouvernement américain à expulser des migrants vers des « pays tiers » à la seule condition d’obtenir « l’assurance diplomatique » que ces derniers seront bien traités. Dans la foulée, douze anciens criminels ayant purgé leur peine ont été envoyés vers le Soudan du Sud et l’Eswatini (ex-Swaziland), dernière monarchie absolue d’Afrique. Dix sont toujours détenus. Leurs avocats dénoncent des détentions arbitraires.
    Depuis, le Rwanda et l’Ouganda ont également annoncé avoir passé des accords avec l’administration Trump. Chacun a brièvement expliqué avoir posé certaines conditions : pas de criminels pour l’Ouganda, pas de délinquants sexuels pour le Rwanda. Mais comme pour le Soudan du Sud ou l’Eswatini, aucun n’a précisé les détails de l’accord ni les contreparties obtenues des Etats-Unis. Comme ailleurs, au Ghana, l’opposition dénonce l’absence de consultation du Parlement et l’opacité totale du processus.
    A la différence des migrants envoyés au Soudan du Sud ou en Eswatini, qui faisaient l’objet d’une procédure d’expulsion, les Ouest-Africains transférés au Ghana et qui portent plainte étaient en théorie protégés par la justice américaine d’un renvoi vers leur pays d’origine. Parmi eux, K.S., un homme gambien bisexuel. En avril, il a obtenu d’un juge américain la suspension de son expulsion au nom de la protection de la Convention contre la torture, en raison des « risques de torture et de mort » liés à son orientation sexuelle. La peine maximale encourue en Gambie pour homosexualité est la prison à perpétuité.
    A son arrivée à Accra, K.S. a été détenu à l’aéroport pendant cinq jours, sans pouvoir téléphoner, se doucher ni changer de vêtements. En dépit de ses protestations, le 10 septembre, il est assis à bord d’un vol commercial à destination de la Gambie, accompagné de deux agents de l’immigration ghanéens. Il n’a pas de papiers d’identité, ni aucun document officiel validant son expulsion. Des fonctionnaires ghanéens ont griffonné une note avant son départ. Mais à l’arrivée, les agents gambiens repoussent le document. L’un d’eux laisse finalement entrer l’homme, en lui confiant craindre qu’il ne soit détenu s’il retourne au Ghana. Depuis, K.S. se cache, explique-t-il dans sa déposition.
    Lundi, le ministre ghanéen des affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, s’est défendu de soutenir la politique migratoire des Etats-Unis. Assurant que le Ghana n’avait « ni reçu ni cherché à obtenir une quelconque compensation financière ou avantage matériel », il a précisé que l’engagement du pays avec Washington visait à « offrir un refuge temporaire quand c’est nécessaire, éviter de nouvelles souffrances humaines et maintenir [la] crédibilité [du Ghana] en tant qu’acteur régional responsable ».
    Dans une déposition très éloignée de ces déclarations, un Nigérian identifié sous les initiales D.A. et décrit comme un opposant menacé de mort explique être détenu dans un camp militaire depuis son arrivée au Ghana. « L’eau va et vient, ils dorment dans des tentes, on arrive à les joindre par intermittence parce qu’il n’y a pas toujours d’électricité ou de connexion Internet, ils portent les mêmes vêtements qu’au moment où ils sont partis des Etats-Unis », détaille l’avocat Noah Baron.
    « Nous ne sommes pas la cible des personnes qui affirment que leurs droits ont été violés », a souligné Samuel Okudzeto Ablakwa. Les avocats des migrants accusent en effet les Etats-Unis d’avoir téléguidé illégalement le rapatriement des migrants et évoquent une implication « minimale » du gouvernement ghanéen. Dans sa déposition, l’homme rapatrié en Gambie raconte ainsi que l’un des agents ghanéens présents au cours de sa détention à l’aéroport lui aurait expliqué agir sur ordres des services d’immigration américains.
    D’après les autorités ghanéennes, comme les autres Nigérians, D.A. aurait été rapatrié. Mais d’après ses derniers échanges avec lui, Noah Baron assure qu’il serait toujours au Ghana avec d’autres migrants. S’il n’est pas trop tard, l’avocat espère obtenir la suspension de leur expulsion vers leur pays d’origine. Mais au cours d’une audience, samedi, un avocat du département américain de la justice a fait remarquer à la juge chargée du dossier qu’elle n’avait aucun contrôle sur la façon dont un pays étranger traite ses expulsés.

    #Covid-19#migrant#migration#etatsunis#ghana#expulsion#politiquemigratoire#droit#sante#eswatini#soudandusud#gambie#nigeria#ouganda

  • Le gouvernement ougandais dit avoir conclu un accord avec les Etats-Unis pour l’accueil de migrants
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/08/21/le-gouvernement-d-ouganda-dit-avoir-conclu-un-accord-avec-les-etats-unis-pou

    Le gouvernement ougandais dit avoir conclu un accord avec les Etats-Unis pour l’accueil de migrants
    Le Monde avec AFP
    Le gouvernement ougandais a annoncé, jeudi 21 août, avoir conclu un accord avec Washington pour accueillir des « ressortissants de pays tiers qui pourraient ne pas obtenir l’asile aux Etats-Unis » – nouvel épisode d’une vaste campagne américaine pour envoyer des migrants présents sur son sol vers d’autres pays.
    Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier, son administration a négocié plusieurs accords critiqués qui lui ont déjà permis d’envoyer des étrangers vers le Soudan du Sud, l’Eswatini ou le Salvador – pays dont ils n’étaient souvent pas originaires.
    « Dans le cadre de la coopération bilatérale entre l’Ouganda et les Etats-Unis, un accord de coopération pour l’examen des demandes de protection a été conclu », a déclaré, dans un communiqué, le secrétaire permanent du ministère des affaires étrangères ougandais, Vincent Bagiire, précisant que les modalités doivent encore être détaillées et qu’il s’agit d’un « arrangement temporaire assorti de conditions ». Parmi celles-ci : « L’exclusion des personnes ayant un casier judiciaire et des mineurs non accompagnés. »
    « Cet accord concerne les ressortissants de pays tiers qui pourraient ne pas obtenir l’asile aux Etats-Unis, mais qui hésitent ou pourraient avoir des inquiétudes quant à un retour dans leur pays d’origine », a dit Vincent Bagiire. Il ajoute qu’il est préférable « que les personnes originaires de pays africains soient celles transférées vers l’Ouganda ».L’Ouganda est dirigé d’une main de fer depuis près de quarante ans par Yoweri Kaguta Museveni, et la répression s’aggrave à l’approche de l’élection présidentielle, en janvier 2026. Egalement connu pour sa politique ouverte vis-à-vis des demandeurs d’asile, le pays d’Afrique de l’Est compte environ 1,7 million de réfugiés sur son sol, « la plus grande population de réfugiés en Afrique » selon l’ONU, qui a noté une augmentation « significative » des arrivées en 2024, principalement en raison du conflit au Soudan.
    Le président américain a fait de la lutte contre l’immigration clandestine une priorité absolue, promettant la plus grande campagne d’expulsion de l’histoire des Etats-Unis. D’après une analyse menée par l’Agence France-Presse à partir de données officielles, le nombre d’immigrés envoyés dans des centres de rétention aux Etats-Unis – préalable à leur expulsion – a atteint un record, avec plus de 60 000 individus détenus en juin, dont 71 % ne disposaient d’aucun casier judiciaire.
    D’autres pays ont déjà reçu des migrants expulsés des Etats-Unis : huit d’entre eux ont été pris en charge en juillet par le Soudan du Sud, parmi lesquels un seul était originaire de ce pays. Le Rwanda a annoncé début août qu’il accueillerait jusqu’à 250 personnes expulsées des Etats-Unis, dans le cadre d’un accord conclu avec Washington. Cinq personnes en situation irrégulière aux Etats-Unis et originaires de pays d’Asie ou des Caraïbes ont aussi été expulsées en juillet vers l’Eswatini – petit pays d’Afrique australe.
    En mars, 252 ressortissants vénézuéliens avaient été expulsés vers le Salvador, la plupart pour appartenance présumée au gang vénézuélien Tren de Aragua. Ils ont été incarcérés dans une prison de haute sécurité connue pour la dureté de ses conditions. Tous ont été rapatriés mi-juillet au Venezuela, après un accord entre ce pays et les Etats-Unis. Selon Caracas, seuls 20 d’entre eux avaient un casier judiciaire, dont sept pour des infractions graves, et « aucun n’était lié au Tren de Aragua ».

    #COvid-19#migrant#migration#etatsunis#ouganda#migrationirreguliere#sante#droit#expulsion#politiquemigratoire

  • Les #parcs africains ou l’histoire d’un #colonialisme_vert

    Derrière le mythe d’une Afrique #sauvage et fascinante se cache une histoire méconnue : celle de la mise sous cloche de la #nature au mépris des populations, orchestrée par des experts occidentaux. L’historien #Guillaume_Blanc raconte.

    Vous avez longuement enquêté sur les politiques de #protection_de_la_nature mises en place en #Afrique depuis la fin du XIXe siècle. Comment, dans l’esprit des experts occidentaux de la conservation de la nature, a germé cette idée que le continent africain constituait le dernier éden sauvage de la planète, qu’il s’agissait de préserver à tout prix ?

    Guillaume Blanc1 Mon enquête historique s’appuie en effet sur plus de 130 000 pages de documents issus de 8 fonds d’archives répartis entre l’Europe et l’Afrique. Pour comprendre ce mythe de la nature sauvage, il faut se mettre à la place des #botanistes et des #forestiers qui partent tenter l’aventure dans les #colonies à la fin du XIXe siècle, et laissent derrière eux une Europe radicalement transformée par l’industrialisation et l’urbanisation. En arrivant en Afrique, ils sont persuadés d’y retrouver la nature qu’ils ont perdue chez eux.

    Cette vision est en outre soutenue par un ensemble d’œuvres relayées par la grande presse. C’est par exemple #Winston_Churchill qui, en 1907, publie Mon voyage en Afrique, dans lequel il décrit le continent africain comme un « vaste jardin naturel » malheureusement peuplé d’« êtres malhabiles ». Dans les années 1930, c’est ensuite #Ernest_Hemingway qui évoque, dans Les Neiges du Kilimandjaro, un continent où les #big_five – ces mammifères emblématiques de l’Afrique que sont le #lion, le #léopard, l’#éléphant, le #rhinocéros noir et le #buffle – régneraient en maîtres. Depuis, le #mythe de cette Afrique édénique a perduré à travers les reportages du #National_Geographic et de la BBC ou, plus récemment, avec la sortie du célèbre film d’animation #Le_Roi_Lion.

    Qui sont les principaux acteurs des politiques de protection de la nature en Afrique, depuis les premières réserves de faune sauvage jusqu’à la création des parcs nationaux ?
    G. B. En Afrique, la création des #réserves_de_chasse à la fin du XIXe siècle par les colonisateurs européens vise surtout à protéger le commerce des troupeaux d’éléphants, déjà largement décimés par la #chasse. À partir des années 1940, ces #réserves deviennent ensuite des espaces dédiés presque exclusivement à la contemplation de la #faune_sauvage – une évolution qui témoigne d’une prise de conscience de l’opinion publique, qui considère comme immoral le massacre de la grande #faune.

    Les principaux acteurs de cette transformation sont des écologues administrateurs, à l’image de #Julian_Huxley, le tout premier directeur de l’#Unesco, nommé en 1946. On peut également citer #Edgar_Worthington, qui fut directeur scientifique adjoint du #Nature_Conservancy (une orga­ni­sa­tion gouvernementale britannique), ou l’ornithologue #Edward_Max_Nicholson, l’un des fondateurs du #World_Wildlife_Fund, le fameux #WWF. À partir des années 1950, ces scientifiques issus de l’administration impériale britannique vont s’efforcer de mettre la #science au service du gouvernement, de la nature et des hommes.

    À l’époque coloniale, la nature africaine semble toutefois moins menacée qu’elle ne l’est aujourd’hui. N’y a-t-il pas comme une forme de contradiction de la part des experts de la conservation à vouloir présenter ce continent comme le dernier éden sauvage sur Terre et, dans le même temps, à alerter sur le risque d’extinction de certaines espèces ?
    G. B. Si on prend l’exemple des éléphants, ce sont tout de même 65 000 animaux qui sont abattus chaque année à la fin du XIXe siècle en Afrique de l’Est pour alimenter le commerce de l’#ivoire. À cette époque, les administrateurs coloniaux sont pourtant incapables de réaliser que le massacre auquel ils assistent relève de leur propre responsabilité. Car, tout autour des espaces de protection qu’ils mettent en place pour protéger la nature, la destruction des #ressources_naturelles se poursuit – ce sont les #plantations de #cacao en #Côte_d’Ivoire qui empiètent toujours plus sur la #forêt_tropicale, ou le développement à grande échelle de la culture du #café en #Tanzanie et au #Kenya.

    À mesure que ce #capitalisme_extractiviste s’intensifie, la protection de la faune et de la flore se renforce via la multiplication des #zones_protégées. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ceux qui entendent préserver la nature en établissant des réserves de chasse, puis des parcs nationaux, sont aussi ceux qui la détruisent en dehors de ces espaces de protection.

    Une initiative baptisée « #Projet_spécial_africain » illustre bien cette vision de la nature africaine. En quoi consiste cette grande #mission_écologique, largement promue par les experts internationaux de la conservation ?
    G. B. Le Projet spécial africain est lancé à Varsovie en 1960 par l’#Union_internationale_pour_la_conservation_de_la_nature (#UICN), sous l’égide des Nations unies. En septembre 1961, une grande conférence internationale est organisée à Arusha, en Tanzanie, afin de promouvoir les programmes de conservation auprès des dirigeants africains arrivés au pouvoir après les indépendances. Elle réunit une centaine d’experts occidentaux ainsi qu’une trentaine de dirigeants africains.

    D’un commun accord, ces derniers déclarent vouloir poursuivre les efforts accomplis par les colons européens dans les parcs nationaux africains qui ont vu le jour depuis la fin des années 1920. Pour, je cite, « aider les gouvernements africains à s’aider eux-mêmes », des experts internationaux sont alors envoyés en Afrique. Le Projet spécial africain, qui se poursuivra jusqu’à la fin des années 1970, prend donc la forme d’une alliance entre les dirigeants africains et les experts internationaux.

    Dans le livre que vous avez publié il y a peu, La Nature des hommes, vous rappelez que les institutions internationales ont fortement incité les pays africains à exclure leurs populations des territoires de ce qui allait devenir les parcs nationaux…
    G. B. Parmi les institutions impliquées, il y a, d’un côté, les agences des Nations unies comme l’Unesco et la FAO, mais aussi des organisations non gouvernementales comme l’UICN, le WWF ou la Fauna & Flora International (FFI). Ces deux grandes catégories d’institutions ont tout d’abord servi de machine à reconvertir les administrateurs coloniaux en experts internationaux de la conservation. Ce sont elles qui vont ensuite imposer les mesures conservationnistes à l’intérieur des parcs.

    La FAO va, par exemple, conditionner son aide au Kenya, à l’Éthiopie ou à la Tanzanie pour l’achat de matériel agricole à l’acceptation des règles édictées par l’Unesco – à savoir que soient expulsées les populations qui vivent dans les parcs pour préserver les grands mammifères. C’est donc un véritable système international qui se met en place, dans lequel les agences des Nations unies vont avoir recours à des experts qu’elles vont mandater auprès de l’UICN, du WWF ou de la #FFI.

    Dans les années qui suivent la #décolonisation, les dirigeants africains participent eux aussi à cette #mythification d’un continent foisonnant de vie, car préservé des activités humaines. Quelle est leur part de responsabilité dans la construction de cet #imaginaire ?
    G. B. S’ils n’ont pas choisi ce cadre culturel imposé par les experts internationaux de la conservation, selon lequel l’Afrique serait le dernier refuge mondial de la faune sauvage, ils savent en revanche le mettre au service de leurs propres intérêts. Au #Congo, rebaptisé Zaïre en 1971 par le président Mobutu, ce dernier explique lors d’une conférence de l’UICN qui se tient à Kinshasa que son pays a créé bien plus de parcs que le colonisateur belge qui l’a précédé.

    En 1970, soit près de 10 ans après son indépendance, la Tanzanie a de son côté quadruplé son budget dédié aux parcs nationaux, sous l’impulsion de son Premier ministre #Julius_Nyerere, bien conscient que le parc national représente une véritable #opportunité_économique. Si Julius Nyerere n’envisage pas de « passer (s)es vacances à regarder des crocodiles barboter dans l’eau », comme il l’explique lui-même dans la presse tanzanienne, il assure que les Occidentaux sont prêts à dépenser des millions de dollars pour observer la faune exceptionnelle de son pays. Julius Nyerere entend alors faire de la nature la plus grande ressource économique de la Tanzanie.

    Certains responsables politiques africains mettent aussi à profit le statut de parc national pour contrôler une partie de leur population…
    G. B. Pour une nation comme l’Éthiopie d’#Hailé_Sélassié, la mise en parc de la nature donne la #légitimité et les moyens financiers pour aller planter le drapeau national dans des territoires qui échappent à son contrôle. Lorsque l’UICN et le WWF suggèrent à l’empereur d’Éthiopie de mettre en parc différentes régions de son pays, il choisit ainsi le #Simien, dans le Nord, une zone de maquis contestant le pouvoir central d’Addis-Abeba, l’#Awash, dans l’Est, qui regroupe des semi-nomades vivant avec leurs propres organisations politiques, et la #vallée_de_l’Omo, dans le Sud, où des populations circulent librement entre l’Éthiopie et le Kenya sans reconnaître les frontières nationales.

    En Afrique, la mise sous protection de la nature sauvage se traduit souvent par l’#expulsion des peuples qui vivent dans les zones visées. Quelles sont les conséquences pour ces hommes et ces femmes ?
    G. B. Ce #déplacement_forcé s’apparente à un véritable tremblement de terre, pour reprendre l’expression du sociologue américain Michael Cernes, qui a suivi les projets de #déplacement_de_populations menés par les Nations unies. Pour les personnes concernées, c’est la double peine, puisqu’en étant expulsées, elles sont directement impactées par la création des parcs nationaux, sans en tirer ensuite le moindre bénéfice. Une fois réinstallées, elles perdent en effet leurs réseaux d’entraide pour l’alimentation et les échanges socio-économiques.

    Sur le plan environnemental, c’est aussi une catastrophe pour le territoire d’accueil de ces expulsés. Car, là où la terre était en mesure de supporter une certaine densité de bétail et un certain niveau d’extraction des ressources naturelles, la #surpopulation et la #surexploitation de l’#environnement dont parlent les experts de la conservation deviennent réalité. Dans une étude publiée en 20012, deux chercheurs américain et mozambicain ont tenté d’évaluer le nombre de ces expulsés pour l’ensemble des parcs nationaux d’Afrique. En tenant compte des lacunes statistiques des archives historiques à ce sujet, les chercheurs ont estimé qu’entre 1 et 14 millions de personnes avaient été contraintes de quitter ces espaces de conservation au cours du XXe siècle.

    Depuis la fin des années 1990, les politiques globales de la #conservation_de_la_nature s’efforcent d’associer les populations qui vivent dans ou à côté des #aires_protégées. Comment se matérialise cette nouvelle philosophie de la conservation pour les populations ?
    G. B. Cette nouvelle doctrine se traduit de différentes manières. Si l’on prend l’exemple de l’#Ouganda, la population va désormais pouvoir bénéficier des revenus du #tourisme lié aux parcs nationaux. Mais ceux qui tirent réellement profit de cette ouverture des politiques globales de conservation sont souvent des citadins qui acceptent de devenir entrepreneurs ou guides touristiques. Les habitants des parcs n’ont pour leur part aucun droit de regard sur la gestion de ces espaces protégés et continuent de s’y opposer, parfois avec virulence.

    En associant les populations qui vivent dans ou à proximité des parcs à la gestion de la grande faune qu’ils abritent, la conservation communautaire les incite à attribuer une valeur monétaire à ces animaux. C’est ce qui s’est produit en #Namibie. Plus un mammifère est prisé des touristes, comme l’éléphant ou le lion, plus sa valeur pécuniaire augmente et, avec elle, le niveau de protection que lui accorde la population. Mais quid d’une pandémie comme le Covid-19, provoquant l’arrêt de toute activité touristique pendant deux ans ? Eh bien, la faune n’est plus protégée, puisqu’elle n’a plus aucune valeur. Parce qu’il nie la singularité des sociétés auxquelles il prétend vouloir s’adapter, le modèle de la #conservation_communautaire, qui prétend associer les #populations_locales, se révèle donc souvent inefficace.

    Des mesures destinées à exclure les humains des espaces naturels protégés continuent-elles d’être prises par certains gouvernements africains ?
    G. B. De telles décisions restent malheureusement d’actualité. Les travaux de l’association Survival International l’ont très bien documenté au #Cameroun, en #République_démocratique_du_Congo ou en Tanzanie. En Éthiopie, dans le #parc_du_Simien, où je me suis rendu à plusieurs reprises, les dernières #expulsions datent de 2016. Cette année-là, plus de 2 500 villageois ont été expulsés de force à 35 km du parc. Dans les années 2010, le géographe américain Roderick Neumann a pour sa part recensé jusqu’à 800 #meurtres liés à la politique de « #shoot_on_sight (tir à vue) » appliquée dans plusieurs parcs nationaux d’Afrique de l’Est. Selon cette doctrine, toute personne qui se trouve à l’intérieur du parc est soupçonnée de #braconnage et peut donc être abattue par les éco-gardes. Dans des pays où le braconnage n’est pourtant pas passible de peine de mort, de simples chasseurs de petit gibier sont ainsi exécutés sans sommation.

    En Europe, les règles de fonctionnement des parcs nationaux diffèrent de celles qui s’appliquent aux espaces de protection africains. Si on prend l’exemple du parc national des Cévennes, l’agriculture traditionnelle et le pastoralisme n’y sont pas prohibés, mais valorisés en tant qu’éléments de la culture locale. Comment expliquer ce « deux poids, deux mesures » dans la façon d’appréhender les espaces de protection de la nature en Europe et en Afrique ?
    G. B. Le parc national des Cévennes, créé en 1970, abrite plus de 70 % du site des Causses et Cévennes, inscrit sur la liste du Patrimoine mondial depuis 2011. Or la valeur universelle exceptionnelle qui conditionne un tel classement est, selon l’Unesco, « l’agropastoralisme, une tradition qui a façonné le paysage cévenol ». C’est d’ailleurs à l’appui de cet argumentaire que l’État français alloue des subventions au parc pour que la transhumance des bergers s’effectue à pied et non pas en camions, ou bien encore qu’il finance la rénovation des toitures et des murs de bergeries à partir de matériaux dits « traditionnels ».

    En revanche, dans le parc éthiopien du Simien, la valeur universelle exceptionnelle qui a justifié le classement de ce territoire par l’Unesco est « ses #paysages spectaculaires ». Mais si les #montagnes du Simien ont été classées « en péril3 » et les populations qui y vivaient ont été expulsées, c’est, selon les archives de cette même organisation internationale, parce que « l’#agropastoralisme menace la valeur du bien ».

    À travers ces deux exemples, on comprend que l’appréciation des rapports homme-nature n’est pas univoque en matière de conservation : il y a une lecture selon laquelle, en Europe, l’homme façonne la nature, et une lecture selon laquelle, en Afrique, il la dégrade. En vertu de ce dualisme, les activités agropastorales relèvent ainsi d’une #tradition à protéger en Europe, et d’une pratique destructrice à éliminer en Afrique.

    https://lejournal.cnrs.fr/articles/parcs-Afrique-colonialisme-histoire-nature-faune
    #colonialisme #animaux #ingénierie_démographique

    • La nature des hommes. Une mission écologique pour « sauver » l’Afrique

      Pendant la colonisation, pour sauver en Afrique la nature déjà disparue en Europe, les colons créent des parcs en expulsant brutalement ceux qui cultivent la terre. Et au lendemain des indépendances, avec l’Unesco ou le WWF, les dirigeants africains « protègent » la même nature, une nature que le monde entier veut vierge, sauvage, sans hommes.
      Les suites de cette histoire sont connues : des millions de paysans africains expulsés et violentés, aujourd’hui encore. Mais comment a-t-elle pu advenir ? Qui a bien pu organiser cette continuité entre le temps des colonies et le temps des indépendances ? Guillaume Blanc répond à ces questions en plongeant le lecteur au cœur d’une étrange mission écologique mondiale, lancée en 1961 : le « Projet spécial africain ».
      L’auteur raconte l’histoire de ce Projet, mais, plutôt que de suivre un seul fil narratif, il redonne vie à quatre mondes, que l’on découvre l’un après l’autre : le monde des experts-gentlemen qui pensent l’Afrique comme le dernier refuge naturel du monde ; celui des colons d’Afrique de l’Est qui se reconvertissent en experts internationaux ; celui des dirigeants africains qui entendent contrôler leurs peuples tout en satisfaisant les exigences de leurs partenaires occidentaux ; celui, enfin, de paysans auxquels il est demandé de s’adapter ou de disparaître. Ces hommes ne parlent pas de la même nature, mais, pas à pas, leurs mondes se rapprochent, et ils se rencontrent, pour de bon. Ici naît la violence. Car c’est la nature des hommes que d’échanger, pour le meilleur et pour le pire.

      https://www.editionsladecouverte.fr/la_nature_des_hommes-9782348081750
      #livre

  • Ouganda : À l’occasion de la Fête des mères, l’appel de mères de personnes LGBTQ+

    Leur rassemblement remet en question l’idée selon laquelle les droits LGBT ne seraient pas pertinents en Afrique

    (Nairobi, 8 mai 2025) – Alors que Human Rights Watch s’apprête à publier prochainement un rapport examinant l’impact de la loi draconienne anti-homosexualité sur la vie des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) en Ouganda, un groupe de mères de personnes LGBT se réunira le 8 mai pour demander l’égalité des droits pour leurs enfants, ont déclaré aujourd’hui Human Rights Watch et Chapter Four Uganda ; les mères appelleront aussi à une meilleure protection de leurs enfants, et au respect de leur dignité.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/11/17/les-femmes-en-marche-nouvelles-dafrique/#comment-66935

    #international #ouganda

  • Parlons du Congo

    Je suis ravie de vous annoncer la sortie du premier épisode du podcast Parlons du Congo, soutenu par l’UMR 8586 Prodig.

    Avec deux collègues, Valéry Ntwali, doctorant en sciences politiques et Emma Belmonte, journaliste indépendante, nous avons lancé ce podcast pour expliquer à un public non spécialiste l’histoire, les acteurs et les enjeux de cette #guerre qui ravage l’est de la #RDC depuis près de 30 ans. Pendant 12 épisodes, nous échangerons avec des chercheurs et chercheuses en sciences sociales spécialistes de ce conflit, des journalistes et des acteurs de la société civile pour aborder différents aspects de cette guerre encore trop peu médiatisée.

    Dans la première partie de ce premier épisode, nous revenons sur la #guerre_civile au #Rwanda puis sur le #génocide des #Tutsis pour comprendre comme cette histoire va croiser celle des groupes armés présents depuis longtemps à l’est de la RDC, qui s’appelle alors le #Zaïre. Nous racontons comment l’#Ouganda, le Rwanda et le #Burundi s’appuient sur #Laurent-Désiré_Kabila pour former l’#AFDL et renverser #Mobutu, puis comment cette alliance éclate pour donner lieu à la Deuxième Guerre du Congo.

    Dans la partie 2 de l’épisode 1, nous partirons de la Deuxième Guerre du Congo, pour comprendre comment on en arrive à la situation actuelle, avec un focus particulier sur l’histoire du #Mouvement_du_23 Mars ou #M23.

    Voici le lien pour écouter l’épisode, sur toutes les plateformes d’écoute : https://linktr.ee/parlonsducongopodcast

    Si vous êtes sur Instagram, nous faisons également des posts pour expliquer l’histoire de personnages historiques ou d’éléments d’analyses importants pour comprendre cette guerre (@parlons_du_congo).

    https://linktr.ee/parlonsducongopodcast
    #podcast #audio
    #Congo #République_démocratique_du_Congo
    ping @karine4

  • Guerre dans l’est de la RDC : l’Ouganda risque d’être dépassé par les arrivées de réfugiés
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/04/09/guerre-dans-l-est-de-la-rdc-l-ouganda-risque-d-etre-depasse-par-les-arrivees

    Guerre dans l’est de la RDC : l’Ouganda risque d’être dépassé par les arrivées de réfugiés
    Le Monde avec AFP
    Plus de 41 000 Congolais fuyant les violences dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) ont trouvé refuge en Ouganda depuis janvier, un flux qui pourrait submerger un système d’accueil mis à mal par la réduction de l’aide américaine, a prévenu mardi 8 avril l’ONU.
    L’Ouganda, qui héberge selon les Nations unies 1,8 million de réfugiés, partage une frontière avec la RDC, pays où le M23, soutenu par Kigali, s’est emparé à la fin de janvier des deux principales villes de l’Est, Goma et Bukavu. Des dizaines de milliers de personnes ont fui ces affrontements qui ont fait environ 900 morts selon l’ONU, bien que Kinshasa avance un bilan bien plus élevé.
    « Depuis janvier, plus de 41 000 Congolais ont trouvé refuge en Ouganda, portant le nombre total de Congolais (…) à près de 600 000 » dans le pays, a déclaré dans un communiqué Matthew Crentsil, représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) en Ouganda.Quelque 70 000 réfugiés soudanais y ont également fui la guerre civile qui ravage leur pays depuis deux ans, a-t-il indiqué. Avec au moins 600 arrivées quotidiennes ces deux dernières semaines, le système d’accueil est surchargé et en même temps mis à rude épreuve par la réduction de l’aide américaine, a expliqué M. Crentsil.
    « Les centres de transit et d’accueil à la frontière débordent », a-t-il déclaré, décrivant comment, avant la saison des pluies, les réfugiés étaient hébergés dans « tous les espaces disponibles, y compris les cuisines et les zones d’enregistrement ». « Les graves pénuries d’eau, de latrines et d’installations sanitaires (…) exposent les populations à un risque grave de maladies mortelles », a-t-il ajouté. Dans les centres de transit comme celui de Nyakabande, conçu pour accueillir 7 000 personnes, ils sont désormais « six fois plus nombreux ».
    Les Etats-Unis sont le principal donateur du HCR, représentant plus de 40 % du total des contributions reçues. Après le gel de la plupart des financements de l’aide étrangère américaine décidé par le président Donald Trump, le budget santé 2025 du HCR a été réduit de 87 % par rapport à 2024, exposant « plus de 520 000 réfugiés à un risque accru de maladies infectieuses et de décès », selon l’organisation onusienne.
    Depuis, quelque 250 professionnels de santé travaillant notamment dans l’accueil des réfugiés ont été licenciés en Ouganda. « La pénurie de financement a un impact significatif sur la réponse [humanitaire] », selon M. Crentsil, le HCR étant contraint de réduire ses activités de protection afin de « donner la priorité aux besoins les plus critiques ». En mars, le HCR avait indiqué que plus de 100 000 personnes avaient fui les violences en RDC vers les pays voisins. Le Burundi a fermé la semaine dernière un centre de transit abritant 45 000 personnes, un responsable local qualifiant la situation au stade de Rugombo d’« intenable ».

    #Covid-19#migrant#migration#refugie#HCR#ouganda#burundi#RDC#sante

  • L’#Ouganda, carrefour de la #résistance soudanaise en exil

    Cet été, l’équipe de Sudfa s’est rendue en Ouganda, pays frontalier du Soudan du Sud, qui est un des principaux foyers d’accueil des réfugié·es soudanais·es depuis le début de la guerre. Les politiques d’accueil ougandaises leur ont permis de faire renaître à l’étranger une véritable vie culturelle et politique soudanaise, et de poursuivre les objectifs de la #révolution_soudanaise en exil.

    L’Ouganda, foyer d’accueil des réfugiés soudanais

    Depuis le début du conflit au Soudan, des millions de Soudanais·e·s ont été contraints de fuir leur pays, cherchant refuge dans les pays voisins. Parmi les destinations privilégiées, l’Ouganda s’est imposé comme l’un des principaux pays d’accueil, abritant des milliers de réfugié·e·s soudanais dès les premières heures du conflit.

    Lors de notre visite à #Kampala, nos échanges ont révélé que le choix de nombreux·ses Soudanais·e·s de se rendre en Ouganda n’était pas dû au hasard. En effet, l’Ouganda est perçu comme l’un des pays les plus sûrs de la région, un véritable havre de paix en comparaison avec les troubles qui affectent nombre de ses voisins. Ce pays d’Afrique de l’Est s’est bâti une solide réputation grâce à son approche généreuse et humanitaire envers les réfugiés. Contrairement à d’autres pays, l’Ouganda offre aux réfugié·e·s soudanais·e·s un accueil inconditionnel, notamment à travers la délivrance rapide de documents officiels, un fait confirmé par tou·te·s les réfugié·e·s soudanais·e·s rencontré·e·s lors de notre visite.

    L’une des principales raisons pour lesquelles les Soudanais·e·s choisissent l’Ouganda réside dans la rapidité avec laquelle les autorités délivrent des cartes de résidence valables pour cinq ans. Cette mesure permet aux réfugié·e·s de se sentir rapidement intégré·e·s et de bénéficier d’une certaine stabilité dans un contexte où beaucoup ont tout perdu. Dès leur arrivée, ils et elles peuvent ainsi commencer à reconstruire leur vie.

    De plus, l’Ouganda se distingue par sa politique d’#accueil inclusive. Contrairement à d’autres pays, les réfugié·e·s soudanais·e·s peuvent entrer sur le territoire ougandais sans passeport valide, une situation fréquente pour de nombreux Soudanais. Les autorités ougandaises comprennent la gravité de la situation et adaptent leur approche pour faciliter l’accueil des personnes en détresse.

    L’Ouganda a également été, depuis longtemps, un refuge important pour les militant·e·s soudanais·e·s. A l’époque du régime autoritaire d’Omar el-Béchir, de nombreux·ses opposant·e·s et activistes soudanais·e·s ont trouvé en Ouganda un lieu où ils et elles pouvaient s’organiser et militer sans craindre de représailles. Ainsi, Kampala (la capitale de l’Ouganda) est devenue un foyer de la résistance politique soudanaise, attirant des milliers de militant·e·s espérant, depuis cet exil, contribuer à un avenir meilleur pour leur pays.

    Organiser la résistance politique en exil

    Depuis le début de la guerre civile en avril 2023, des milliers de militant·e·s, intellectuel·le·s et activistes soudanais·e·s se sont rassemblé·e·s à Kampala. Leur objectif est clair : « organiser la résistance, sensibiliser la communauté internationale à la crise qui ravage le Soudan, et œuvrer à une solution politique durable », comme l’a affirmé El-Mahboub, un militant arrivé à Kampala après le début de la #guerre, lors d’un échange que nous avons eu sur place. En effet, Kampala abrite aujourd’hui des centaines de collectifs et associations qui militent sur des sujets variés, allant de l’aide humanitaire à la défense des droits.

    L’exil à Kampala ne se limite pas à la #résistance_politique. La ville est également devenue un carrefour culturel où la culture soudanaise connaît une renaissance. De nombreux·ses militant·e·s ont ouvert des centres culturels, comme le groupe féministe soudanais « #Les_Gardiennes », qui a créé un espace de débat et de refuge pour les #femmes_réfugiées. Ce centre sert à la fois de lieu d’échange d’idées sur les droits des femmes et d’hébergement pour celles qui en ont besoin. Samria, une activiste féministe, a souligné que des dizaines de femmes y trouvent refuge, appelant cet espace le « #Safe_Space ».

    Un autre exemple est l’association #Hub_Développement, qui vise à créer un espace de dialogue vivant entre Soudanais en exil. Ce lieu se veut une plateforme ouverte où toutes les opinions sont les bienvenues, avec l’espoir d’établir les bases d’un dialogue inclusif pour l’avenir du Soudan. Lors d’un événement auquel nous avons assisté à Kampala, Ahmed Al-Haj, coordinateur de l’association, nous a expliqué que : « Cette dynamique de réflexion reflète la volonté de la #diaspora soudanaise de contribuer activement à la #reconstruction politique et sociale du pays, même depuis l’étranger ».

    Par ailleurs, l’association #Adeela s’efforce de faire revivre la culture soudanaise en exil. À travers des événements culturels et artistiques, elle œuvre à préserver l’#héritage_soudanais tout en l’adaptant à la réalité des réfugiés. L’association organise des expositions d’art, des projections de films, et des débats sur l’identité culturelle soudanaise, créant un lien entre le passé et l’avenir. Lors de notre visite, nous avons assisté à une pièce de théâtre en l’honneur du centenaire de la révolte de 1924, dirigée par Ali Abdel Latif contre la colonisation britannique.

    Un mini-Soudan au cœur de Kampala : recréer son monde en exil

    Au centre de Kampala, un quartier particulier s’est formé, caractérisé par ses boutiques, restaurants, et ambiances qui recréent un fragment du Soudan en exil. Les habitant·e·s appellent cette zone « #Down-Town ». Des centaines de réfugié·e·s et de membres de la diaspora soudanaise s’y rassemblent quotidiennement, non seulement pour faire leurs courses, mais aussi pour échanger sur la situation dans leur pays ravagé par la guerre.

    Avec l’escalade récente des conflits au Soudan, ce quartier s’est transformé en un véritable « mini-Soudan ». Les vitrines des magasins portent des enseignes en arabe, rappelant leur pays d’origine. Les commerces offrent des produits typiquement soudanais, des épices aux tissus en passant par l’artisanat local.

    Les réfugié·e·s soudanais·e·s se retrouvent dans les cafés et restaurants pour échanger des nouvelles, partager des plats traditionnels, et renforcer leurs liens de solidarité. Ces rencontres sont un moyen de se détendre et d’échapper temporairement aux difficultés de l’exil. Ce quartier offre ainsi un soutien moral essentiel, permettant à chacun·e de se sentir un peu plus proche de son pays.

    En plus d’être un espace culturel, ce mini-quartier soudanais offre des opportunités économiques pour les réfugiés. Beaucoup y trouvent du #travail, que ce soit dans la vente, la restauration, ou la gestion de petites entreprises. La création d’emplois dans ce quartier est cruciale pour ces réfugié·e·s, dont beaucoup ont perdu tous leurs moyens de subsistance en quittant le Soudan. Ces commerces leur offrent une certaine stabilité économique, tout en participant à la vie de Kampala.

    Là où beaucoup de médias occidentaux sont focalisés sur les migrations à destination de l’Europe, il faut rappeler, une fois de plus, que la majorité des migrations, notamment en provenance du Soudan, ne se font pas vers le Nord et vers l’Europe, mais bien dans le Sud, en Afrique, et notamment vers des pays comme le Ouganda. Pour reprendre le titre du fameux roman de l’écrivain soudanais Tayeb Saleh, « Saison d’une migration vers le Nord », la dernière guerre au Soudan a bien marqué le début d’une nouvelle « Saison d’une migration vers le Sud », vers les pays africains voisins. Bien qu’invisibles dans le champ médiatique, ces #migrations_sud-sud sont le point de départ, très intéressant, de nouvelles cultures hybrides, d’#entraide, de renaissance culturelle et de #résistance_politique en diaspora.

    https://sudfa-media.com/article/l-ouganda-carrefour-de-la-resistance-soudanaise-en-exil

    #Soudan #résistance_soudanaise #réfugiés_soudanais #exil #résistance

  • L’Ouganda, carrefour de la résistance soudanaise en exil

    Cet été, l’équipe de Sudfa s’est rendue en Ouganda, pays frontalier du Soudan du Sud, qui est un des principaux foyers d’accueil des réfugié·es soudanais·es depuis le début de la guerre. Les politiques d’accueil ougandaises leur ont permis de faire renaître à l’étranger une véritable vie culturelle et politique soudanaise, et de poursuivre les objectifs de la révolution en exil.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/11/21/louganda-carrefour-de-la-resistance-soudanaise

    international #soudan #ouganda

  • Total en Ouganda : un parc national « défiguré » par les forages
    https://reporterre.net/Total-en-Ouganda-un-parc-national-defigure-par-les-forages

    Un an après le début des forages pétroliers de TotalEnergies en Ouganda, l’association ougandaise Afiego alerte sur leurs conséquences désastreuses dans le parc national de Murchison Falls. Dans son rapport Le parc national de Murchison Falls est en train de mourir, publié le 19 septembre en français avec le soutien des Amis de la Terre France, l’association tire des constats alarmants sur la faune, notamment les éléphants, les félins et les espèces d’oiseaux protégés.

  • Nigeria and Uganda | Into the woods - ZAM
    https://www.zammagazine.com/investigations/1802-nigeria-and-uganda-into-the-woods

    Western “green” funds used for “merrymaking with ministers” while forests are cut down
    Amid hundreds of millions paid by donors to the Ugandan government for forest-saving projects, a powerful logging syndicate linked to the same government continues the desertification. In Nigeria, also despite much “green” funding, the government itself clears out the trees. Forest communities are impoverished in the process.

    Selling out the trees and the poor

    Forests in Nigeria and Uganda disappeared faster during anti-deforestation programmes
    Amid millions spent to “save trees”, large elite timber logging networks were given free reign by authorities
    Bans on using wood impoverished communities while letting timber tycoons off the hook

    #forêts #greenwashing #corruption cc @odilon