• [Info « Splann ! »] Ils « mangeaient de la poussière », d’anciens ouvriers d’Imerys #Glomel brisent le silence autour des silices cristallines cancérogènes
    ▻https://splann.org/imerys-glomel-poussieres-cancerogenes

    Des intérimaires qui « mangent » littéralement la poussière. Des salariés qui quittent l’usine comme on arrête « un #poison ». Avec cette nouvelle alerte concernant la mine #Imerys de Glomel, on vous révèle, vidéos, photos et témoignages à l’appui, ces conditions de travail qui ont poussé un ancien #ouvrier à déposer une plainte contre la #multinationale. L’article [Info « Splann ! »] Ils « mangeaient de la poussière », d’anciens ouvriers d’Imerys Glomel brisent le silence autour des silices cristallines cancérogènes est apparu en premier sur Splann ! | Premier média d’enquête indépendant en Bretagne.

    #Santé_publique #accident_du_travail #cancérogène #cédric_gouagout #centre-bretagne #Climate_Whistleblowers #Côtes_d'Armor #intérim #lanceur_d'alerte #poussières #santé_au_travail #silice_cristalline #toxicité #travailleurs

  • Samsung a trouvé la solution aux grèves dans ses usines de mémoire : remplacer tout le monde par des machines
    ▻https://www.clubic.com/actualite-617266-samsung-a-trouve-la-solution-aux-greves-dans-ses-usines-de-

    Après des semaines de bras de fer avec son #syndicat et un accord salarial qui lui a coûté cher, #Samsung accélère un projet déjà ancien : produire ses puces sans le moindre #ouvrier d’ici 2030. Les #robots ne font pas #grève.

    Ne plus avoir besoin d’humains, pour pouvoir continuer à vendre à des humains.

    78 000 employés de Samsung vont toucher 290 000 € chacun
    ▻https://seenthis.net/messages/1175643

  • #IA au Kenya : derrière les entreprises de #sous-traitance, l’essor d’une nouvelle #classe #ouvrière - RFI
    ▻https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260509-ia-au-kenya-derri%C3%A8re-les-entreprises-de-sous-traitance-l-essor-d-u

    Au #Kenya, la société #Sama, sous-traitant de #Meta, a annoncé mi-avril 2026 le licenciement de plus d’un millier d’employés à #Nairobi après la rupture de son contrat avec le groupe #américain. Cette décision survient dans un contexte déjà tendu, renforcé en février par les révélations sur l’accès à des contenus intimes via les #lunettes_connectées de Meta. Sans lien officiel établi, ouvriers, chercheurs et ONG évoquent un récit qui tend à faire porter aux travailleurs la responsabilité de la rupture.

    #AI #intelligence_artificielle

  • Derrière l’IA, les sacrifiés du smartphone

    Celia Izoard est journaliste et philosophe, spécialiste des nouvelles technologies au travers de leurs impacts sociaux et écologiques. Autrice de La Ruée minière au XXIème siècle. Enquête sur les métaux à l’ère de la transition (Seuil, 2024), elle a participé à l’élaboration du programme de «  désescalade numérique  » en amont des municipales 2026. Pour Socialter elle a choisi d’analyser le #film Les Sacrifiés du smartphone projeté lors de Numérique en lumière, le festival de films documentaires consacré aux droits humains bafoués dans l’industrie du numérique.

    Le #capitalisme a inventé les #pollutions_invisibles. Des perturbations imperceptibles par nos sens et qui pourtant sont des menaces existentielles  : la #radioactivité, la #pollution_chimique, le #réchauffement_climatique. Cette #invisibilité est la clé de son #impunité  : pas vu pas pris, comme on dit. Capitalisant sur ces pollutions invisibles, l’#économie_numérique, elle, a fait un pas de plus en inventant les #pollutions_inimaginables.

    J’appelle pollutions inimaginables ces impacts qui sont non seulement imperceptibles aux sens, mais aussi à l’#imagination. Prenez par exemple ces petites étoiles féériques qui dansent devant mes yeux quand j’ouvre mon navigateur  : l’intelligence artificielle générative (IAG). Si je clique, mon courrier va s’écrire, mon texte va se traduire, mon image va s’animer. Qui peut se représenter le concentré de #ressources_naturelles, de #souffrances et d’#exploitation humaines, de #produits_chimiques, d’#énergie qu’il y a derrière ces petites étoiles  ?

    Pour le saisir, il faudrait pouvoir faire apparaître, dans une seule pensée, ce qui rend possible l’IA. Il faudrait faire surgir dans l’imagination les #mines gagnées sur la forêt tropicale birmane, indienne ou congolaise, les usines métallurgiques crachant le feu, les étendues grises de #résidus_toxiques, les galettes de #silicium issues du #travail_forcé du #Xinjiang, les entrepôts de #data_centers carburant au charbon, à l’#eau de nappes presque épuisées, etc. C’est long d’expliquer tout ça, de le rendre présent à l’esprit – à l’esprit qui justement est tenté d’économiser sa pensée, là, d’un clic, pour gagner du temps.

    D’où vient la #puissance_de_calcul instantanée d’une appli d’IA  ? D’entrepôts de données où s’empilent des millions de #serveurs où sont concentrés des milliards de #circuits_électroniques, contenant eux-mêmes des centaines de milliers de #cartes_graphiques qui concentrent à leur tour des dizaines de milliards de #transistors.

    Le principal fabricant de serveurs informatiques destinés aux data centers est l’entreprise taïwanaise #Foxconn, alias #Hon_Hai_Precision_Industry, qui emploie plus d’un million de personnes en #Chine. C’est le sous-traitant historique d’#Apple, de #Microsoft, de #HP, de #Sony – le fabricant d’à peu près tous les #objets_électroniques que nous avons tenus entre nos mains depuis les années 2000. Aujourd’hui, Foxconn fournit toute la galaxie de l’IA en serveurs, de #Nvidia à #OpenAI, en passant par les data centers d’#Amazon.

    En 2010, Foxconn s’est fait connaître au monde par une épidémie de #suicides  : 17 ouvriers de sa méga-usine d’iPhone de Shenzhen se sont jetés par les fenêtres, 14 sont morts. Depuis ce temps, les balcons des dortoirs ont été condamnés. Mais les jeunes continuent d’arriver de leurs campagnes pour se retrouver coincés dans ses chaînes de production. Le désespoir de ces vies gâchées est le sujet du film Les Sacrifiés du smartphone [titre original Complicit] (2017), qui a été projeté récemment à Paris à l’occasion du festival de cinéma «  Numérique en lumière  : une autre réalité  ».

    Les réalisatrices Heather White et Lynn Zang ont filmé pendant trois ans la vie d’#ouvrières de Foxconn. Arrivées à 18 ans, Xiao, Ya et Fan ont travaillé plusieurs années pendant douze à seize heures par jour. Puis tout s’est arrêté – littéralement. Elles ont contracté des troubles neurologiques, des paralysies, à force d’astiquer les cartes graphiques, les led, les écrans, avec des solvants et des détergents  : benzène, méthanol, xylènes, trichloroéthylène...

    Selon la Global Electronics Association, un objet électronique peut nécessiter 1 000 produits chimiques différents. Foxconn nie toute #responsabilité. Comme les milliers d’ouvrières et d’ouvriers malades des toxiques utilisés dans l’électronique, Xiao, Ya et Fan n’osent pas rentrer chez elles, pour ne pas faire de peine à leurs parents, qui avaient tout misé sur elles.

    Sur mon écran, les petites étoiles de fée se remettent à clignoter.

    ▻https://www.socialter.fr/article/les-sacrifies-du-smartphone-documentaire-intelligence-artificielle-ouvrier
    #IA #AI #intelligence_artificielle #travail #conditions_de_travail

  • Les #maires de #Seine-Saint-Denis représentent-ils la population ?
    ▻https://metropolitiques.eu/Les-maires-de-Seine-Saint-Denis-representent-ils-la-population.html

    Alors que des recherches montrent l’accentuation de la distance sociale qui sépare les élu·es des populations qu’ils doivent représenter, qu’en est-il dans le département populaire de Seine-Saint-Denis ? L’article souligne que ce sont majoritairement des hommes blancs des classes supérieures qui exercent le pouvoir politique. ---- À l’approche des #élections_municipales de mars 2026, la revue Métropolitiques a souhaité publier une série d’articles questionnant les enjeux socio-politiques de #Terrains

    / élections municipales, #banlieue, #quartiers_populaires, Seine-Saint-Denis, #ouvriers, #Parti_communiste, maires, #immigration, élus (...)

    #élus_locaux
    ►https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met-bacque-lafaye.pdf

  • Les #maires de #Seine-Saint-Denis représentent-ils la population ?
    ▻https://metropolitiques.eu/Municipales-2026-quelle-representation-politique.html

    Alors que des recherches montrent l’accentuation de la distance sociale qui sépare les élu·es des populations qu’ils doivent représenter, qu’en est-il dans le département populaire de Seine-Saint-Denis ? L’article souligne que ce sont majoritairement des hommes blancs des classes supérieures qui exercent le pouvoir politique. ---- À l’approche des #élections_municipales de mars 2026, la revue Métropolitiques a souhaité publier une série d’articles questionnant les enjeux socio-politiques de #Terrains

    / élections municipales, #banlieue, #quartiers_populaires, Seine-Saint-Denis, #ouvriers, #Parti_communiste, maires, #immigration, élus (...)

    #élus_locaux
    ►https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met-bacque-lafaye.pdf

  • La #malédiction du #mitterrandisme plane encore sur la France | #Mediapart
    ▻https://www.mediapart.fr/journal/politique/130126/la-malediction-du-mitterrandisme-plane-encore-sur-la-france

    L’anniversaireL’anniversaire de la mort, le 8 janvier 1996, de François Mitterrand a été l’occasion habituelle d’un tir de barrage éditorial et médiatique. Une tendance se dégage, de la série Mitterrand confidentiel sur France Télévisions au documentaire réalisé par Mazarine Pingeot, la fille du défunt, François Mitterrand, une autre vie possible sur La Chaîne parlementaire, en passant par le cycle de l’Institut François Mitterrand sur le statut « d’homme de lettres » de l’ancien président et François Mitterrand. Conversations intimes, de Jean Glavany.

    Après le « droit d’inventaire » proclamé par Lionel Jospin dans les années 1990 et la tentative d’oubli des années 2010, François Mitterrand tente de revenir sous la forme d’un mythe.

    Les contours de ce mythe sont dessinés par l’irruption de l’ancien président dans la fiction avec la série de l’audiovisuel public. L’héroïsation y est complète. François Mitterrand y apparaît comme un homme sensible et courageux, amoureux de la poésie et poète amoureux, incarnation de la jeunesse des Trente Glorieuses devenue un vieux sage attaqué de toute part. Une sorte de Lamartine moderne. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que le poète de Mâcon revient comme un leitmotiv dans la série.

    La façon dont le récit expulse toutes les parts sombres du personnage trahit la volonté de le faire sortir de l’histoire pour le faire entrer dans le mythe. Et c’est bien aussi ce à quoi s’emploie, par exemple, un Jean Glavany, expliquant doctement que le vieux président avait déjà compris, au début des années 1990, que « la prochaine guerre sera[it] en Ukraine ».

    Agrandir l’image : Illustration 1
    Francois Mitterrand à l’abbaye de Cluny le 17 septembre 1988. © Photo Chamussy / Sipa
    Il faut dire que la figure de Mitterrand reste une référence à gauche, de Jean-Luc Mélenchon, qui n’a jamais caché son admiration pour l’ancien président, à Bernard Cazeneuve, qui a prononcé l’oraison d’hommage à Jarnac.

    Certes, le Parti socialiste (PS) actuel s’est fait discret dans son hommage. Mais c’est aussi que, progressivement, la figure de Mitterrand quitte les rives de la politique quotidienne pour voguer vers celle de la référence républicaine. Il y a dans ces publications quelque chose qui cherche à faire de l’ancien président socialiste l’équivalent d’un de Gaulle pour la psyché collective. Il n’y est pas encore, mais c’est désormais là que se situe le « prochain combat », pourrait-on dire en copiant le moine copiste Jean Glavany.

    Aussi est-il bon de rappeler ce qu’a été François Mitterrand et quelle est sa responsabilité dans la situation actuelle du pays et de la gauche.

    L’opportunisme fait homme
    François Mitterrand est l’incarnation de ce que l’on appelait naguère « l’opportunisme ». Pour lui, la conquête du pouvoir et son maintien à celui-ci justifient tout. Et contrairement à ce qu’essaie de nous faire croire la série de France Télévisions, cette ivresse du pouvoir n’est motivée par nul idéal, par aucune conception du monde.

    C’est bien pour cette raison qu’il a été à son aise tout au long de la IVe République, lorsqu’il pouvait user de la force parlementaire réduite de sa petite formation, l’Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR), pour glaner pas moins de onze ministères. C’est aussi pour cela que celui qui voyait la France de « Lille à Tamanrasset » a pu devenir dans les années 1960 le leader de la gauche anticolonialiste.

    Bien sûr, les gens changent. Mais François Mitterrand donne l’impression que les idées n’ont jamais été que des outils qu’il utilisait lorsqu’il le fallait pour imposer sa domination sur le pays ou sur la gauche.

    Limiter Mitterrand aux quelques mois qui suivent son élection, c’est se tromper sur l’homme comme sur l’époque.

    Au reste, on ne s’étonnera pas qu’une fois arrivé au pouvoir, François Mitterrand n’ait réalisé aucune des promesses de ses trois précédentes candidatures. En 1965, il était l’opposant au régime présidentiel. En 1974, il était l’opposant à la domination du capital. En 1981, il était l’opposant à l’austérité.

    Or, les années Mitterrand ont été celles d’un régime personnel renforcé jusqu’à l’absurde, d’une soumission du politique au capital et de l’établissement des régimes néolibéraux de rigueur et de modération salariale. Mais peu importe, ce qui comptait pour Mitterrand, c’est qu’il fût à l’Élysée et qu’il en fasse le château fort de cette monarchie républicaine qu’il avait autrefois fustigée.

    #Mitterrand #gauche

    Sa seule boussole a été de rester au cœur du jeu politique pour parvenir au pouvoir. L’affaire de l’Observatoire en 1959, lorsqu’il organisera un faux attentat pour relancer sa carrière, est, de ce point de vue, un moment clé pour comprendre le personnage. Bien sûr, on peut lui reconnaître du génie d’avoir su s’imposer comme l’homme de la situation six ans plus tard au moment de la présidentielle. Reste à savoir si ce type de pirouette doit être une référence.

    Bien entendu, la décennie 1980 comporte un certain nombre d’avancées, de la retraite à 60 ans à l’abolition de la peine de mort. Mais n’étaient-ce pas là des concessions aux temps qui ressemblent à la première vague de libéralisation réalisée sous le septennat de Giscard d’Estaing ? Limiter Mitterrand à ces quelques mois qui suivent son élection, c’est se tromper sur l’homme comme sur l’époque.

    De « l’argent qui corrompt » à l’argent roi
    Les années Mitterrand, ce sont les hideuses années de l’argent roi. Le président qui, en 1974, dénonçait « l’argent qui corrompt tout, jusqu’à la conscience des hommes », finira en 1992 par nommer avec enthousiasme Bernard Tapie à un ministère.

    Avec le locataire de la bergerie de Latche, la gauche a changé de nature. Elle a certes gagné deux élections présidentielles mais elle a perdu toute prétention à émanciper la société du capital. Elle est devenue une force d’accompagnement du néolibéralisme, discutant du poids des chaînes des travailleurs avec la droite.

    Pierre #Mauroy, Michel #Rocard, Laurent #Fabius, Jean-Pierre #Chevènement #Parti_socialiste

    Le « ni-ni » de 1988 représentait explicitement cette position : dans la contre-révolution néolibérale, la gauche mitterrandienne défendait une stratégie de libéralisation modérée. D’un côté, on accélérait la financiarisation de l’économie, on soutenait la politique du franc fort et la liberté de circulation des capitaux ; de l’autre, on tentait d’amortir le choc avec le revenu minimum d’insertion (RMI) et le maintien des transferts sociaux.

    Mais c’était un équilibre voué à l’échec, car le capital demandait toujours plus. Prise dans ses contradictions, la gauche s’est effondrée en 1993, connaissant sa pire défaite à des législatives depuis 1967.

    Le bourgeois charentais qu’était François Mitterrand s’est toujours méfié des travailleurs et de leur autonomie.

    Le vieux Mitterrand n’en avait cure. Affaibli, malade, isolé, il est resté en poste, au sein de ce palais de l’Élysée qu’il avait tant convoité. Bernard Cazeneuve a salué l’action d’unification de la gauche qu’avait eue l’ancien président. Mais il oublie de dire que cette unification s’est faite au prix d’un affaiblissement historique de cette même gauche. Car l’écho de la lourde défaite aux élections législatives de 1993 s’entend jusqu’à aujourd’hui.

    François Mitterrand a donné en héritage à la gauche française un modèle de gestion qui l’a menée où elle est aujourd’hui : une force minoritaire, isolée du mouvement social et largement impuissante. Cet héritage, aucun inventaire n’en a jamais été fait. Il a deux faces qui se confondent.

    #1981-83 : #renoncement_économique

    La première face, c’est l’isolement du monde du travail. En 1981, l’ambition du #programme de la gauche ne pouvait se faire qu’avec l’appui d’un large mouvement social, d’une pression collective du travail sur le capital. Mais le bourgeois charentais qu’était François Mitterrand s’est toujours méfié des #travailleurs et de leur autonomie. Jamais il n’a eu l’ambition de donner le pouvoir aux masses laborieuses dans leurs entreprises. Les nationalisations ont été négociées avec les patrons, et les entreprises ont immédiatement été confiées à des technocrates pour en assurer la « viabilité économique ».

    Sans appui des #ouvriers et des #employés, la gauche en était donc réduite à négocier avec le #capital les conditions de son maintien au pouvoir. Et l’on retombe ainsi à la deuxième face du mitterrandisme : se faire élire sur un programme de gauche et gouverner main dans la main avec le patronat. Il fallait être aussi peu doué de sens politique qu’un Bernard Arnault pour quitter Paris pour New York en 1981. Mais le futur patron de LVMH sut fort bien jouer, par la suite, de ses amis socialistes pour fonder son empire.

    L’héritage maudit du mitterrandisme
    En 1997, Lionel Jospin, critique de la pratique mitterrandienne du pouvoir, tomba lui aussi dans ce piège. Au point qu’en 2002 il se trahit en déclarant que « son programme n’était pas socialiste » et en paya le prix fort. Dix ans plus tard, la génération formée dans les années 1980, celle des François Hollande, Michel Sapin et Pierre Moscovici, reprend la formule magique de 1981. Le fameux « discours du Bourget » est du Mitterrand pur jus : « l’ennemi qui n’a pas de visage, la finance », est une formule de l’ancien président (Hollande, lui, se contentera de parler d’adversaire).

    Et comme avec lui, la promesse va être oubliée le jour même de l’élection du député de Corrèze à l’Élysée. Mais comme le capitalisme vient encore de connaître une crise, la politique devra être encore plus violente envers le monde du travail. Le mitterrandisme tardif ne peut plus se contenter d’ouvrir les marchés financiers, il lui faut désormais s’en prendre au droit du travail et réprimer les mouvements sociaux.

    #PS 

    La gauche ne se remettra jamais de ce dernier avatar du #machiavélisme mitterrandien. Son affaiblissement sera désormais structurel. L’évolution engagée par « le tournant de la rigueur » de 1983 s’achève par le recyclage de la social-démocratie dans le macronisme, comme une sorte de fusion définitive de François Mitterrand avec Bernard Tapie incarné par Emmanuel Macron, ce président lui aussi dévoré d’ambition personnelle et qui assume désormais son statut de fondé de pouvoir du patronat au sein de l’État.

    Tout va ensemble. François Mitterrand ne croyait qu’au pouvoir, ce qui l’a amené à « s’adapter » au vrai pouvoir sous-jacent à la démocratie française, celui du capital, plutôt qu’à « changer la vie ». De cet abandon est née une désillusion profonde, terrible, qui traverse depuis quarante ans la vie politique française qui affaiblit la gauche et a servi de terreau à l’extrême droite.

    Parce qu’il a été #omniprésent dans la vie politique pendant un demi-siècle et qu’il est l’artisan d’un #échec_profond et structurel, #François_Mitterrand a été une malédiction pour la gauche et pour la France. Cette malédiction prend une autre forme, encore plus dangereuse pour la gauche : l’obsession pour les élections, en particulier la #présidentielle, qui limite la vision et borne les projets.

    L’auteur du #Coup_d’État_permanent avait, dès les années 1960, fait ce choix de l’#électoralisme et du #présidentialisme. Lui qui n’avait rien saisi aux enjeux du mouvement de Mai-68 et qui, pendant les années 1970, a passé son temps à tenter de convertir, par le faux-semblant du discours sur l’autogestion, les masses à l’électoralisme. C’est en se privant d’une action profonde au sein de l’outil productif que la gauche va signer son impuissance future. Dès lors, la seule alternative au sein du système va devenir l’extrême droite…

    Les tentatives actuelles de placer François Mitterrand sur le piédestal du « dernier homme d’État » est donc un piège qui trahit encore cette croyance dans l’homme providentiel dont la gauche devrait absolument se défier, parce qu’elle porte en elle l’impuissance et la soumission à la logique de la Ve République. Plus que jamais, trente ans après, il est temps que l’esprit de Mitterrand quitte une fois pour toutes la gauche française, car cet esprit la ronge en profondeur. 

    #Romaric_Godin

  • Éboueurs et balayeurs face aux paradoxes de leur condition
    ▻https://metropolitiques.eu/Eboueurs-et-balayeurs-face-aux-paradoxes-de-leur-condition.html

    Qui sont les #éboueurs et balayeurs du secteur public et que pensent-ils de leur condition professionnelle et sociale ? Hugo Bret aborde l’évolution récente de ce métier dans une étude sociologique menée dans la région francilienne. Un groupe professionnel indispensable à la vie de la cité reste pourtant invisibilisé et méconnu : celui des éboueurs et des balayeurs du secteur public. Ces #ouvrier·es ont été fugitivement salués pour leur rôle joué en « seconde ligne » lors de la crise sanitaire. #Terrains

    / éboueurs, #classes_populaires, #déchets, #sale_boulot, ouvrier, #fonction_publique, #stratification_sociale, espace (...)

    #espace_public
    ▻https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_bret.pdf

  • La randonnée est-elle un truc de bourgeois ? – Mondes Sociaux
    ▻https://sms.hypotheses.org/55092

    Au tournant du XXᵉ siècle, les ouvriers et ouvrières de Berlin commencent à consacrer leurs rares jours de repos à la marche en forêt. En un peu plus d’un demi-siècle, la population berlinoise a été multipliée par cinquante et la promenade « au vert » devient un moyen d’échapper à la grande métropole, mais aussi de transformer le regard porté sur les espaces naturels.

    C’est ce qu’étudie l’historienne Claire Milon dans son article publié en 2023 dans la revue Mil neuf cent, « Trouver son chemin. Les premières randonnées de la population ouvrière berlinoise (1891-1914) ». En exploitant les archives des associations issues du mouvement des Naturfreunde, la presse socialiste, et une vaste enquête de l’époque auprès d’ouvriers, elle reconstitue ces sorties dominicales et montre comment elles façonnent une nouvelle manière, pour les classes populaires urbaines, d’habiter et de percevoir leur environnement.

    L’article met ainsi en lumière la construction sociale des espaces naturels et la diversité des manières de lire un même paysage. Les ouvriers socialistes et les bourgeois nationalistes ont en effet une interprétation radicalement différente d’un même environnement, révélant ainsi la construction sociale et culturelle de ce qu’on appelle « la nature ».

    ▻https://www.youtube.com/watch?v=hVw6Wk-rm0E&t

    #randonnée #marche #loisirs #classes_sociales #nature #militantisme #ouvriers

  • Chanter la condition ouvrière"
    ▻https://lhistgeobox.blogspot.com/2025/11/chanter-la-condition-ouvriere.html

    « L’anarchisme, qui a rompu avec les socialistes en 1872, imprègne tout le mouvement ouvrier, et s’impose comme l’idéologie dominante au sein du syndicalisme français, au moins jusqu’en 1914. Les libertaires accordent une importance primordiale à la propagande chansonnière, car elle est accessible aux couches les plus défavorisées de la population et comme le résume élégamment Le Père peinard, elle sert »à décrasser les boyaux de la tête". Dans cette optique, la chanson a une portée didactique et propagandiste. En 1901, Charles d’Avray, dans sa composition Le Triomphe de l’Anarchie, s’appuie sur « la dénonciation des maux provoqués par le capital, le militarisme, la politique et la religion pour exhorter tous les exploités à la révolte. »

    • Licenciements Amazon lance la suppression de 30 000 postes de bureau à travers le monde
      ▻https://www.liberation.fr/economie/social/amazon-lance-la-suppression-de-30-000-postes-de-bureau-a-travers-le-monde

      Amazon se sépare de 10 % de ses cols blancs. Le géant américain du commerce en ligne a annoncé ce mardi 28 octobre la suppression, dans un premier temps, de 14 000 postes, sans préciser dans quelle partie du monde. Lundi, les médias américains avaient annoncé une réduction de 30 000 postes dans le groupe.

      « Les réductions que nous annonçons aujourd’hui s’inscrivent dans la continuité [des] efforts pour devenir plus fort encore, en réduisant davantage la bureaucratie, en supprimant des niveaux et en réaffectant des ressources », a écrit Beth Galetti, vice-présidente en charge des ressources humaines et de la technologie, dans une déclaration publiée sur le site d’Amazon.

      « Cela impliquera des réductions dans certains domaines et des recrutements dans d’autres, mais cela se traduira par une réduction globale d’environ 14 000 postes » dans les bureaux d’Amazon, a-t-elle poursuivi.

      [...]

      Ces suppressions, qui visent des fonctions supports ou stratégiques (ressources humaines, publicité, cadres, etc.), représentent près de 10 % des 350 000 postes de bureaux d’Amazon mais ne concernent pas la main-d’œuvre des entrepôts, qui représente la majorité des plus de 1,5 million de ses salariés.

      Les médias américains invoquent différentes motivations à cette vague de #licenciements, la plus importante depuis les 27 000 suppressions de postes de l’hiver 2022-2023 : corriger le tir après les fortes embauches de la pandémie de Covid-19.

      [...]

      En juin, le directeur général d’Amazon, Andy Jassy, avait explicitement annoncé que le développement de l’#IA_générative allait, « dans les prochaines années […] réduire nos effectifs de bureaux ».

      « La hausse des prix, un marché du travail plus tendu et les aléas de la guerre commerciale menée par le président Trump ont poussé les chefs d’entreprise à chercher des moyens de se serrer la ceinture sans nuire à la croissance », analyse le Wall Street Journal.

      Les interrogations sur l’avenir des #ouvriers de l’entreprise, deuxième employeur aux Etats-Unis avec 1,2 million de salariés, se posent aussi dans les #entrepôts, où Amazon accélère l’automatisation grâce aux robots et à l’IA.

      Selon le New York Times, Amazon pourrait renoncer à plus de 160 000 embauches d’ici 2027, malgré la hausse attendue de la demande de #livraisons des consommateurs.

      D’importantes suppressions d’emplois chez les cols blancs ont aussi lieu chez d’autres géants américains de la tech. Microsoft a annoncé en juillet porter son plan de réduction à 15 000 départs prévus. Meta a renvoyé mercredi quelque 600 personnes de sa division IA, après une importante campagne de recrutement.

      En avril 2024 UPS licenciait 20 000 personnes dans le monde en raison de la baisse d’un contrat qui le liait avec Amazon.
      ▻https://www.liberation.fr/economie/social/lentreprise-de-livraison-ups-va-supprimer-20-000-postes-dans-le-monde-cet

      C’est ce que Satya Nadella (Microsoft) désigne comme l’ « l’énigme du succès » ▻https://seenthis.net/messages/1143340

      #travail #logistique #commerce #cols_blancs

  • Jeannette Laot, figure historique de la CFDT, est morte
    ▻https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2025/05/15/jeannette-laot-figure-historique-de-la-cfdt-est-morte_6606285_3382.html


    Jeannette Laot participe à une conférence de presse de la CFDT, le 10 juillet 1980, à Paris. PATRICK DE NOIRMONT / AFP

    Pionnière du féminisme dans le syndicalisme, cette catholique pratiquante, ancienne vice-présidente du Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception, est morte le 14 mai, à l’âge de 100 ans.
    Par Michel Noblecourt

    Pionnière du #féminisme dans le #syndicalisme, figure historique de la CFDT, Jeannette Laot est morte le 14 mai à Strasbourg, à l’âge de 100 ans. Née dans une famille bretonne, #catholique et de #gauche, le 15 janvier 1925, à Landerneau (Finistère), elle fréquente une école catholique et devient pupille de la nation en 1938 après le décès de son père qui avait été gazé pendant la première guerre mondiale. Elle obtient cette année-là son certificat d’études et quitte l’école pour aider sa mère dans sa boucherie.

    Durant l’Occupation, elle travaille chez une cousine modiste, la boucherie fermant certains jours faute d’approvisionnement. Jeannette Laot affirme vite sa volonté de concilier sa foi et son désir de justice sociale. En 1948, elle est embauchée à la manufacture de tabac de Morlaix comme #ouvrière dans un atelier d’écôtage des feuilles de tabac puis à la confection de cigares. Elle adhère d’abord à Force ouvrière, mais, heurtée par sa proximité avec la direction et son anticléricalisme, elle fonde une section de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), avec le concours de militants de l’Action catholique ouvrière.

    Lutte des classes

    En 1954, secrétaire générale de la Fédération nationale de la Société d’exploitation industrielle des tabacs et des allumettes, elle monte à Paris et entre au conseil fédéral de la Fédération des finances de la CFTC. Elle s’investit dans le courant minoritaire #Reconstruction, qui milite pour une #déconfessionnalisation de la #CFTC – qui interviendra en novembre 1964 avec la naissance de la Confédération française démocratique du travail (#CFDT), une minorité décidant de maintenir la CFTC –, mais elle a le sentiment de n’exister que « dans les moments stratégiques » et se sent « marginale et isolée ».

    Mère célibataire – sa fille, Françoise, naît en 1957 –, Jeannette Laot, déracinée dans la capitale, est mal à l’aise dans une fédération dominée par les inspecteurs des finances. En 1963, elle entre au conseil confédéral de ce qui est encore la CFTC, alors qu’elle s’est déjà fortement impliquée au sein de la commission féminine, où elle siégera de 1961 à 1970. Oratrice écoutée et passionnée, toujours impeccablement mise, elle y fait entendre une voix singulière, engageant une réflexion sur la condition féminine. Déterminée à faire évoluer la place des #femmes dans la CFDT, sans jamais dissocier ce combat de la lutte des classes, elle doit surmonter bien des résistances dans l’appareil.

    Avec l’appui d’Edmond Maire, Jeannette Laot entre, en mai 1970, à la commission exécutive – le gouvernement de la centrale –, où elle est la seule femme. Chargée également, jusqu’en 1973, du secteur action sociale et cadre de vie, elle a l’impression de n’être perçue que comme la « porte-parole des femmes ». Elle est cataloguée « mairiste » : « J’ai été une fidèle [d’Edmond Maire], explique-t-elle, mais, en même temps, sa pratique ne me convenait pas toujours. » Catholique pratiquante, vice-présidente du Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception, de 1973 à 1975, elle conduit la CFDT à se prononcer pour « une procréation volontaire et consciente » et défend la loi Veil sur l’IVG.

    Des femmes « complexées, mutilées »

    Quand, en 1974, la CFDT participe aux Assises du socialisme organisées par le Parti socialiste, Jeannette Laot ne décolère pas : « Vous vous rendez compte de ce que vous faites ? La direction confédérale qui prend une position politique comme celle-là. C’est impensable ! On est pour le socialisme démocratique, mais le nôtre ! » Elle publie, en 1977, Stratégie pour les femmes (Stock) : « L’organisation, écrit-elle, ne nous offrait que deux possibilités : nous identifier à son analyse, son champ d’activité. Ou nous autocensurer. C’est ce qui se produisait. (…) Nous restions souvent complexées, mutilées. »

    En 1981, elle devient conseillère sociale de François Mitterrand, chargée des conditions de travail et des femmes. Elle apprécie cette mission, jusqu’en 1986, mais elle a « le sentiment d’être un peu exclue de sa “famille” d’origine ». « Edmond [Maire] ne passait pas par moi », regrette-t-elle. Inspectrice générale des PTT jusqu’à sa retraite, en 1990, elle avait pris ses distances avec l’orientation de la CFDT : « Quelle différence, s’interroge-t-elle dans Le Monde, le 17 avril 2004, entre le “réformisme” du Medef, celui de la droite, celui du social-libéralisme et celui de la CFDT ? » Ces dernières années, elle vivait à Strasbourg où habitait sa fille, Françoise, libraire, et avait perdu progressivement la vue. Ce qui la privait de son plaisir de la lecture.

    Pour se souvenir (avec cette nouille de Noblecourt), d’à quel point le CFDT a été poreuse, avant même les gauchistes, à des « enjeux sociaux » extérieurs à la gauche et au syndicat - et pas seulement quant aux femmes - avant que ses cadres soient, comme Laot, intégrés à l’appareil d’État socialiste en 1981, un processus initié dès ’l’union de la gauche" en 1978, lors du « recentrage » de la CFDT, loin des prolos et autres O.S, des « bougnoules » et autres métèques, et des « gonzesses » dont la #CFDT fut, dans l’après 68, l’actif refuge (c’est suite à ce recentrage et à cette absorption par l’appareil d’État que nait Sud qui deviendra Solidaires, d’une exclusion par la CFDT de son syndicat des Postes).

    Et aussi que le catholicisme n’est pas par essence conservateur et de droite.

    #ACO #MLAC #planing_familial #histoire #syndicat

  • « C’est une course capitaliste extrême » : à Canton, dans les ateliers de la sueur de Shein
    ▻https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/05/10/c-est-une-course-capitaliste-extreme-a-canton-dans-les-ateliers-de-la-sueur-


    [le journal ne légende pas mais c’est un atelier pliage-enpaquettage pour expédition individuelle, probablement d’un des sous traitant qui conçoit et produit des articles Shein - Amazon grillé]

    « Le Monde » s’est rendu dans plusieurs ateliers qui produisent des millions de vêtements pour le géant chinois de l’e-commerce. Employés et patrons racontent l’âpreté d’un système ultraconcurrentiel.

    .... ces métiers difficiles n’attirent pas les jeunes.


    A l’heure de la pause du dîner, la salle pleine d’un restaurant ouvrier, à Canton (Chine), le 15 avril 2025. GILLES SABRIÉ POUR « LE MONDE »


    Un immeuble abritant des ateliers de couture pour Shein, à Canton (Chine), le 15 avril 2025. GILLES SABRIÉ POUR « LE MONDE »

    « Ici, l’efficacité est double par rapport à l’Asie du Sud-Est, dit cet homme en tee-shirt beige. La Chine produit les matières premières et nous proposons les modèles. Autour de Canton, des centaines de milliers de gens travaillent dans ce secteur. »

    Il faut bien cela, car la cadence est élevée, comme en témoigne l’écran plat géant fixé au mur et sur lequel le directeur garde un œil : s’y affichent la production de l’atelier – des données partagées en temps réel avec le siège de Shein – ainsi que les commandes pour les semaines à venir. Il détaille : pour les habits qui sortiront en juin, les designs ont été proposés en avril, ils doivent être arrêtés définitivement mi-mai. « Si Shein veut soixante nouveaux produits par mois chez nous, on doit lui en proposer 600, et il y a des allers-retours », résume le patron.

    Une des clés de Shein est de confier largement aux ateliers fournisseurs le soin de lui proposer les nouveaux modèles.


    Une ouvrière dans un atelier produisant des vêtements pour Shein, à Canton (Chine), le 15 avril 2025. GILLES SABRIÉ POUR « LE MONDE »


    Dans un atelier produisant des vêtements pour Shein, à Canton (Chine), le 15 avril 2025. GILLES SABRIÉ POUR « LE MONDE »

    De même, Shein donne un avertissement si les employés travaillent plus de vingt jours d’affilée. L’entreprise demande que les ouvriers de ses fournisseurs ne fassent pas plus de huit heures par jour mais, comme ce n’est réaliste ni pour tenir la cadence ni pour assurer un revenu suffisant aux travailleurs, les fournisseurs acceptent de payer les amendes de Shein ou parviennent à contourner les règles. Les inspections, faites par un auditeur tiers, n’ont lieu que deux fois par an.

    M. Wang s’interroge lui-même sur la viabilité du modèle économique, tant les prix sont cassés entre producteurs et entre sites de vente en ligne concurrents. « C’est une course capitaliste extrême. Cette industrie va à une telle vitesse qu’elle va mourir d’ici à cinq ans », prédit le patron, qui voudrait bien savoir comment tout cela est perçu en Europe. Hasard de la mode, son assistant à côté porte un tee-shirt sur lequel est écrit « Nous sommes le prolétariat ».

    ▻https://archive.ph/SGjfO

    On dit fast-fashion mais c’est un point de vue de consommateurs, de supposés esthètes ou de concurrents. Il s’agit de production accélérée et d’"innovation" rapide (offre renouvelée sans cesse pour susciter et éponger la demande)

    (sinon, pour une fois, le bourgeoisisme produit un bon titre avec cette allusion au sweat shop chargé d’histoire, qui boucle avec la chute, "prolétariat").

    #Chine #Canton #Mode #industrie_textile #sous_traitance #ouvriers et #journaliers #designers #avion-cargo

  • « Le bâtiment, les machines, tout reste La Redoute sauf les salariés » : des travailleurs de l’entrepôt de Wattrelos racontent leur externalisation forcée
    ▻https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/04/30/quand-la-redoute-externalise-ses-effectifs-chez-idlogistics-le-batiment-les-


    Dans l’entrepôt logistique du groupe de vente à distance La Redoute, à Wattrelos (Nord), le 28 juin 2022. ALEXIS CHRISTIAEN (PIB)/PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP

    Au terme de négociations, les salariés ont notamment obtenu le maintien de leur prime d’ancienneté, de leur 13e mois, de leur prime panier (titre-restaurant) ou de la majoration des heures après 21 heures et avant 6 heures. Des mesures « garanties » selon La Redoute. Elles devront être maintenues dans le nouvel accord d’entreprise qu’il faudra forcément négocier avec IDLogistics d’ici à quinze mois. « La négociation, c’est sûr, se fera à la baisse », prédit cependant M. Bella. La loi interdit de diminuer leurs salaires même au-delà des quinze mois. Mais les équipes passent de la convention collective du commerce à distance à celle du transport routier de marchandises, jugée moins-disante. « Comme on est mieux payé que ceux d’IDLogistics, on a très peu de perspective d’augmentation désormais », commente une préparatrice de commande.

    ▻https://archive.ph/SeYy6

    #logistique #livraison #commerce #ouvriers #ouvrières #travail_ouvrier #travail #emploi #externalisation

    • La logistique, vivier d’emplois, mais à quel prix ?
      ▻https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/04/30/la-logistique-vivier-d-emplois-mais-a-quel-prix_6601858_3234.html

      La logistique, qui faisait travailler 1,56 million de salariés fin 2024, dont 400 000 à 500 000 dans des entrepôts, est l’un des secteurs qui maintiennent à flot le niveau d’emploi dans l’Hexagone. Quatre-vingt-dix mille recrutements sont attendus en 2025 dans la catégorie transports et entreposage, selon l’enquête « Besoins en main-d’œuvre » de France Travail, dont 40 400 magasiniers et préparateurs de commandes peu qualifiés (4 % de plus qu’en 2024). C’est l’un des rares métiers où les projets d’embauche augmentent en France.

      Amazon symbolise les paradoxes de la logistique. Côté face, un géant qui dynamise l’emploi local − ses effectifs en France ont été multipliés par six en dix ans, pour atteindre 24 000 personnes sur trente-cinq sites − et paie mieux que les concurrents. Côté pile, une machine inlassable, consommatrice d’intérimaires, qui peut briser en quelques années les corps et les psychismes, et où les salariés se succèdent à un rythme impressionnant.

      ▻https://archive.ph/BgdIf
      #cadences #malades_du_travail #management_algorythmique

  • Une romance avec l’Hydre (2)
    ▻https://www.piecesetmaindoeuvre.com/documents/une-romance-avec-l-hydre-2

    En librairie : Les Esperados et La vie dans les restes, par Yannick Blanc. Voir ici. __ Blanc-Bec, ça ne va pas mieux. Tandis que la Science annonce pour demain un surcroît de chaleur de 4°, voici que de « nouveaux technocritiques » affluent ces jours-ci à Grenopolis, avec quelques décennies de retard, pour une « manif festive contre l’accaparement de l’eau par STMicroelectronics et les industries du numérique » - tout en appelant à poursuivre l’accaparement et l’empoisonnement de l’eau (…) #Documents

    ▻https://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/romance_avec_l_hydre_2.pdf

    • La dévastation du monde, ce n’est pas la faute des « travailleurs » qui ne font que leur boulot – un sale boulot – mais celle des « structures » ; ces mystérieuses entités, impersonnelles et fantomatiques ; ou bien celle des « grandes entreprises » - capitalistes - cela va sans dire. Les « travailleurs » vous pensez bien qu’ils ne travaillent pas pour « générer du profit ». Ils s’en foutent du profit et de la rentabilité de la boîte, les « travailleurs ». Ils n’ont pas d’avis sur sa gestion, ses investissements, sa production - sur leur travail. Les « travailleurs », ils ne sont pas là pour vendre leur force de travail contre du pouvoir d’achat, mais – splendide découverte des Soulèvements de l’Industrie & Cie – pour « créer du travail ». En somme, ils travaillent pour le travail, comme ces artistes qui font de l’art pour l’art. Comme ces exécutants, ou ces exécuteurs, qui exécutent pour exécuter. Ils n’exécutent que ce que l’exécution exige d’exécuter. Eux n’y sont pour rien, c’est le Système exécutoire.

      Voilà ce que moi, Blanc-Bec, j’ai toute ma vie entendu. Moi qui n’ai jamais acheté de voiture, ni de maison, ni de famille à crédit. Ni rien de toutes ces choses que vous tenez tant à sortir de vos cloaques industriels, pour en gonfler vos fécales ventripotences. Moi qui ne suis que moi et qui ne suis jamais rentré en boîte que pour en fuir ; et qui me suis pourtant nourri toute ma vie de « précaire », au seuil de pauvreté, sans jamais trouver trop cher le prix du temps gagné.

      Je vous connais vous autres, « les travailleurs et les habitants ». Le populo, j’en suis. Le quartier, j’en viens. J’ai bossé avec vous sur les chantiers et les marchés, en usine et dans les bureaux, les entrepôts et les magasins. Vous me remettez ? C’est moi l’intérimaire, le petit Blanc en blue-jean, avec ses lunettes et ses cheveux longs. Le petit jeune qui a plaqué le lycée pour « aller au peuple » et « se rééduquer ». Je vous ai écoutés et regardés. J’ai parlé avec vous. Ne me faites pas le coup des pauvres victimes d’un mauvais sort ou d’une mauvaise société. Pas à moi. Vous avez choisi comme j’ai choisi, mes salauds. La boîte, c’est votre milieu, votre habitat. C’est votre boîte. Rassurante et confortable. C’est costaud, cubique et conforme. Chacun la sienne et toutes pareilles. Y’a pas de jaloux.

      Ce n’est pas moi, c’est vous qui le dîtes

      Ce que j’ai choisi, vous auriez pu le choisir. Mais c’était trop miteux pour vous. Vous haïssez l’herbe et les bêtes, ça fait sale. Arriéré. La honte. Ça vous rappelle vos culs-terreux d’aïeux. Vous n’aimez que les machines et les tas de boîtes urbains - je le sais. Ça fait propre et moderne. Riche et puissant. Je connais vos envies et vos avidités. Tout ce que vous voulez, c’est tout ce que vous n’avez pas encore. Tout ce qu’on pourra trouver pour combler vos trous sans fond. Vos « besoins » sont illimités et vous en inventez sans cesse de nouveaux. Pourquoi se gêner ? « A chacun selon ses besoins », disent vos écritures. Vous êtes des trous que toute l’énergie et la matière du monde ne sauraient boucher. Alors, dégagez salauds ! Mercenaires & suppôts des capitaines d’industrie ! Serviles soutiers de la chaudière planétaire ! J’ai eu tort de si longtemps vous soutenir. De m’apitoyer sur votre misère scolaire – moi qui n’ai pas « fait d’études ». C’était pour le coup vous sous-estimer (mépris de classe). Vous ne subissez pas l’incendie, vous poussez les feux. Voici deux siècles et demi que vous soutenez la politique de la terre brûlée. Que vous actionnez la pompe à feu et la machine à vapeur. Que vous bouillez l’eau et calcinez les cieux. Et ne dites pas que vous ne saviez pas la combustion des eaux et forêts. Elle vous crevait les yeux. Mais c’était le progrès que la combustion du monde. Ou la rançon du progrès. Ou une simple externalité négative. Ou un moindre mal dans la balance coût-bénéfice. Et il n’y avait de toute façon plus, en arrière, de retour possible ni d’arrêt souhaitable. Vous avez réduit le monde en cendres et il vous faut maintenant faire un nouveau progrès ; la Transition.

      #ouvriérisme #progressime #critique_techno #Yannick_Blanc

  • La transformation merveilleuse de la #classe_ouvrière en étrangers


    ▻https://www.youtube.com/watch?v=0tzyT30dQ6Q

    Samir utilise des photos de famille privées, des animations, des clips musicaux et des documents d’archives inconnues pour raconter de manière divertissante l’histoire de la migration des pays du Sud voisins vers la Suisse, de l’après-guerre à nos jours.
    Alors que jusque dans les années 1950, le PS et les syndicats ont dirigé la #culture_ouvrière suisse, ces institutions ont petit à petit perdu leur importance et une nouvelle force est apparue, qui a façonné notre société jusqu’à aujourd’hui : la #migration_du_travail. Aujourd’hui, plus personne ne parle de « classe ouvrière ». Et le terme « #ouvrier » est devenu synonyme d’ « #étranger ».

    ▻https://www.dvfilm.ch/fr/movies/documentaries/die-wundersame-verwandlung-der-arbeiterklasse-in-auslaender
    #film #documentaire #Suisse #travailleurs_étrangers #film_documentaire #Samir #immigration #travail #économie #Gastarbeiter #logement #baraquements #saisonniers #immigrés_italiens #xénophobie #racisme #italianité

  • #Decathlon profite du travail forcé des #Ouïghours en #Chine

    ►https://disclose.ngo/fr/article/decathlon-profite-du-travail-force-des-ouighours-en-chine

    #disclose

    Une #ouvrière âgée de #12_ans, des travailleurs de la minorité musulmane ouïghoure forcés de confectionner des vêtements… L’un des principaux fournisseurs de Decathlon est impliqué dans un système d’esclavage moderne en Chine, révèle Disclose, en partenariat avec #Cash_Investigation. Les vêtements de la marque française contiennent aussi du coton de la région du Xinjiang, pourtant placé sous sanctions internationales.

    « Je suis là pour donner un coup de main. » Un sourire timide accroché au visage, la fillette ne se laisse pas détourner de sa tâche. Ses petits doigts boutonnent un polo bleu marine de la marque Decathlon, sous l’œil vigilant de sa mère, postée à quelques mètres de là, derrière une machine à coudre. « J’ai 12 ans », répond d’emblée la jeune fille interrogée sur son âge. Elle paraît d’autant plus petite que les immenses lignes de production de l’usine dans laquelle elle travaille illégalement sont presque vides.

    Cette rencontre se déroule durant l’été 2024, lors d’une visite chez le principal employeur de Sanzhiwang, un village de la province du Shandong, dans l’est de la Chine. Son nom : Yanggu Jifa. Une usine qui appartient au groupe Jifa, inconnu du grand public et pourtant deuxième plus important fabricant de textile pour Decathlon en Chine. Cette information, la multinationale française du sport l’a toujours gardée secrète. Jusqu’à ce qu’une source interne à Decathlon transmette à Disclose un document commercial ultra-sensible : la liste de ses sous-traitants à travers le monde. Jifa y est référencé parmi les « fournisseurs grand compte » de la marque française, qui lui a acheté, pour la seule année 2022, plus de 43 millions d’euros de #vêtements.

    • Le groupe Medvedkine nommé d’après Alexandre Medvedkine, inventeur d’un « ciné-train » parcourant l’URSS pour filmer les gens et projeter le film illico, le #groupe_Medvedkine s’est d’abord concrétisé à Besançon, de 1968 à 1971, autour de l’usine textile Rhodiacéta . Puis autour de l’usine Peugeot de Sochaux, de 1970 à 1974. et c’est à ce second groupe Medvedkine qu’appartint #Christian_Corrouge et qui cause sur 20 pages dans le dernier #Cheribibi, le n°13.
      ▻https://www.cheribibi.net/les-numeros/sommaire-numero-13
      Causerie avec Christian Corouge - Ouvriers, cinéastes, tous en chaîne  !

      « Moi, tu vois, je suis ajusteur. J’ai fait trois ans d’ajustage. Pendant trois ans, j’ai été premier à l’école, dans mon CET… Et puis qu’est-ce que j’en ai fait ? Au bout de cinq ans, je peux plus me servir de mes mains, j’ai mal aux mains. J’ai un doigt, le gros, j’ai du mal à le bouger. J’ai du mal à toucher Dominique le soir. Ça me fait mal aux mains. La gamine, quand je la change, je peux pas dégrafer ses boutons. Tu sais, t’as envie de pleurer dans ces coups-là. Ils ont bouffé mes mains. J’ai envie de faire un tas de choses et puis, j’me vois maintenant avec un marteau, je sais à peine m’en servir. C’est tout ça tu comprends. T’as du mal à écrire. J’ai de plus en plus de mal à m’exprimer. Ça aussi c’est la chaîne. Quand t’as pas parlé pendant 9h, t’as tellement de choses à dire que t’arrives plus à les dires ; Que les mots ils arrivent tous ensemble dans la bouche. Et puis tu bégayes, tu t’énerves. Tout t’énerve. Tout. Et ce qui t’énerve encore plus, c’est ceux qui parlent de la chaîne, qui comprendrons jamais que tout ce qu’on peut dire, que toutes les améliorations qu’on peut lui apporter, c’est une chose, mais que le travail, il reste. C’est dur la chaîne. Moi, maintenant, je peux plus y aller, j’ai la trouille d’y aller. C’est pas le manque de volonté, c’est la peur d’y aller. La peur qu’ils me mutilent encore d’avantage. La peur que je ne puisse plus parler un jour, que je devienne muet. (…) J’ai tellement mal aux mains. J’ai tellement de grosses mains. Mes mains me dégoûtent tellement. Pourtant je les aime tellement mes mains. Je sens que je pourrais faire des trucs avec. Mais j’ai du mal à plier les doigts. Ma peau, elle s’en va. Je veux pas me l’arracher. C’est Peugeot qui me l’arrachera, et je lutterai pour éviter que Peugeot me l’arrache. C’est pour ça que je veux pas m’arracher la peau. Je veux pas qu’on les touche mes mains. C’est tout ce qu’on a. Peugeot essaye de les bouffer, de nous les user. Et nous, bah on lutte pour les avoir. C’est de la survie qu’on fait. »

  • Vivons-nous encore dans une société de classes ?
    Trois remarques sur la société française contemporaine, Olivier SCHWARTZ, 2009
    ▻https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20090922_schwartz.pdf

    Je ferai brièvement référence à une enquête que je mène depuis longtemps, pour m’arrêter sur l’un des constats auxquels elle m’a conduit. Je travaille depuis plusieurs années sur les conducteurs des bus de la RATP en région parisienne, ceux qu’on appelle les machinistes, c’est-à-dire des gens dont on peut dire qu’ils sont à la frontière des catégories populaires et des classes moyennes salariées. Dans la division sociale du travail au sein de leur entreprise, les conducteurs des bus de la RATP occupent une position subordonnée. Ils sont en bas de la hiérarchie : même s’ils disposent d’une large autonomie dans la conduite de leur travail, ce sont des exécutants, qui mettent en œuvre des consignes et des tâches qui leur sont données par leur hiérarchie. Avec comme conséquence que, comme beaucoup d’#ouvriers et d’employés, beaucoup d’entre eux adhèrent spontanément à une représentation binaire de la société, fondée sur une opposition entre le haut d’une part – les dirigeants, les puissants, ceux qui possèdent l’instruction, la puissance, l’argent – et d’autre part ceux qui sont en dessous, les simples exécutants, les ouvriers, les employés, ceux dont ils estiment de manière générale faire partie. De sorte que pendant assez longtemps, j’ai pensé retrouver chez eux tous un type de représentation sociale dont Richard Hoggar avait montré, dans des textes très connus, l’importance dans le monde des ouvriers et des #classes_populaires anglaises des années 1950 : une opposition entre « eux », ceux du haut, et « nous », ceux du bas, les exécutants.

    Mais je me suis finalement rendu compte que pour une partie d’entre eux, les choses étaient plus compliquées, même si c’est pour une partie d’entre eux seulement. Leur représentation, leur conscience du monde social était non pas bipolaire, mais triangulaire : ils avaient le sentiment d’être non pas seulement soumis à une pression venant du haut, mais aussi à une pression venant du bas, venant de plus bas qu’eux. Cette pression venant du bas, (c’est moi qui dis les choses ainsi bien sûr, mais les propos qui m’ont été tenus à plusieurs reprises par des conducteurs vont clairement dans ce sens), c’est par exemple l’idée qu’il y a trop de #chômeurs qui non seulement n’ont pas d’emploi mais qui n’en cherchent pas, qui vivent du RMI ou des aides sociales, qui se dispensent par conséquent de chercher du travail, et qui peuvent s’en dispenser parce que d’autres paient des impôts pour eux : d’autres qui, eux, travaillent, parmi lesquels, bien sûr, les conducteurs de bus. Ou encore, ce peut être l’idée que dans certaines familles immigrées, on vit sans travailler, grâce aux #allocations, c’est-à-dire grâce à des #aides_sociales qui, là encore, sont financées par ceux qui travaillent et grâce à leurs impôts. À plusieurs reprises, j’ai rencontré, chez mes enquêtés, ce sentiment d’être lésés à la fois par des décisions qui viennent du haut mais aussi par des comportements qui viennent de ceux du bas, d’être lésés à la fois par les plus puissants et par les plus pauvres.

    L’un d’entre eux me disait par exemple un jour : « C’est nous qui payons pour tout le monde », et il est clair qu’il avait alors en tête à la fois le haut et le bas.

    #Conscience_sociale_triangulaire

  • Donner à entendre les voix des #ouvrières exploitées de #Douarnenez

    Cent ans après la grève des sardinières devenue une lutte symbole du mouvement ouvrier féminin, la journaliste #Tiphaine_Guéret publie un livre-enquête sur les #femmes précaires et racisées qui travaillent aujourd’hui dans les #conserveries_industrielles du port finistérien.

    C’est une grève victorieuse mythique du mouvement ouvrier féminin. Le 21 novembre 1924, à Douarnenez, deux mille travailleuses des conserveries de sardines du port finistérien débrayent pour demander la revalorisation de leurs salaires de misère et dénoncer leurs conditions de travail épouvantables.

    L’ouvrière #Joséphine_Pencalet, qui sera en 1925 l’une des premières femmes élues conseillères municipales en France, devient alors la figure de proue de cette lutte. Deux leaders syndicaux nationaux, Charles Tillon, futur héros de la Résistance, et Lucie Colliard, militante féministe, organisent la solidarité à l’échelle nationale pour appuyer ce mouvement initié par des femmes.

    Après quarante-six jours de mise à l’arrêt des vingt conserveries de Douarnenez, le patronat cède aux demandes de ces ouvrières rebaptisées les #Penn_Sardin – « tête de sardine », en breton.

    Cent ans plus tard, ce jalon de l’histoire des combats syndicaux est devenu un mythe, objet de films documentaires, de livres, de chansons... Mais que reste-t-il de cette mémoire des luttes en dehors de sa folklorisation ? Qui travaille désormais dans ces conserveries ?

    Journaliste indépendante, Tiphaine Guéret a mené l’enquête durant cinq mois auprès des ouvrières de #Chancerelle – qui produit les #boîtes_de_conserve de la marque #Connétable –, fleuron agro-industriel de Douarnenez fondé en 1853. Le groupe fabrique aujourd’hui 115 millions de boîtes par an et emploie 1 900 personnes, dont l’usine de Douarnenez représente un gros tiers des salarié·es.

    Dans Écoutez gronder leur colère. Les héritières des Penn sardin de Douarnenez (éditions Libertalia, octobre 2024), la journaliste a rassemblé les voix des travailleuses précaires de cette conserverie. Car, cent ans plus tard, le travail de la sardine demeure essentiellement féminin. Par ailleurs, depuis une vingtaine d’années, « des employées racisées, plus ou moins fraîchement exilées, sont venues grossir les rangs de la production – jusqu’à constituer l’écrasante majorité des travailleuses », raconte Tiphaine Guéret.

    En rang et debout, ces ouvrières turques, congolaises, ou vietnamiennes – on dénombre 26 nationalités dans l’entreprise – passent huit heures par jour à trimer devant un énorme tapis roulant, à l’étripage et l’emboîtage des sardines à la main. « Femmes, prolétaires et racisées, elles campent au carrefour des rapports de domination », rappelle la journaliste.
    Un sentiment d’appartenance à la classe ouvrière

    Au long des pages, la journaliste documente méticuleusement l’enfer des 2/8 – le fait de faire tourner sur le même poste de travail deux équipes par roulement de huit heures consécutives – et des nouvelles méthodes de management qui sapent le moral et ravagent les corps de ces travailleuses.

    Toutes sont en proie à des tendinites à répétition, à des phlébites dues à la station debout, à des malaises à cause de la chaleur voire ont eu un doigt emporté par les machines.

    Tiphaine Guéret décrit aussi l’atomisation du monde ouvrier. Les salariées permanentes et les intérimaires mangent à l’usine sur des tables séparées. Et les différentes communautés exilées échangent peu entre elles, les femmes étant souvent happées à la sortie de l’usine par le travail domestique qui les attend en rentrant.

    Malgré tout, « quelque chose d’un sentiment d’appartenance à la #classe_ouvrière » persiste dans les hangars bruyants et odorants de Chancerelle.

    Le 11 mars 2024, 250 travailleurs et travailleuses du site de Douarnenez se mettent en grève, las de l’inflation qui rognent des salaires qui ne dépassent pas les 1 600 euros mensuels. Pour nombre de ces ouvrières, ce débrayage signe leur première mobilisation. Dès le lendemain, un accord est signé prévoyant notamment une revalorisation du taux horaire de 2,3 %.

    Une petite victoire bien loin du Grand Soir, mais qui résonne avec celle des Penn Sardin de 1924. Comme le souligne dans le livre une des ouvrières : « Cent ans plus tard, on n’est toujours que des femmes, on n’a toujours pas de vie familiale : certaines avant-hier ont quitté l’usine à 22 heures et ont pris la route en sachant que leur enfant serait couché quand elles arriveraient chez elle. »

    Mais d’avertir : « Nous, on lui a bien dit à la direction : la prochaine fois, ce ne sera pas qu’une journée. »

    ▻https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/211124/donner-entendre-les-voix-des-ouvrieres-exploitees-de-douarnenez
    #exploitation #travail #ouvrières #classe_ouvrière #travailleuses_étrangères #industrie_agro-alimentaire

    • Écoutez gronder leur colère

      La grève des sardinières de Douarnenez, en 1924, est restée dans les mémoires. Victorieuse, leur lutte est aujourd’hui un symbole des mobilisations ouvrières féminines.
      Cent ans après, on continue de travailler la sardinedans les zones industrielles de ce petit port finistérien. L’#étripage et l’#emboîtage sont encore largement réalisés à la main et ce sont toujours des femmes qui s’y collent. Des femmes du coin en fin de carrière, de jeunes intérimaires et, surtout, des « #petites_mains » exilées. Toutes soumises à une tâche ingrate et harassante, à l’injonction au #rendement. Face à la dureté du labeur, au manque de considération, à la menace de l’automatisation, des #solidarités se nouent et la lutte syndicale retrouve un peu de vigueur après plusieurs années d’apathie. Assez pour provoquer la révolte ?
      La #mémoire_des_luttes n’a de sens qu’à condition de servir les combats d’aujourd’hui.Voilà ce que ce livre voudrait rappeler, en donnant à entendre des voix que l’on écoute trop rarement.

      ▻https://editionslibertalia.com/catalogue/poche/ecoutez-gronder-leur-colere

  • 18e #baromètre de la pauvreté et de la #précarité Ipsos

    Le 18e baromètre de la pauvreté et de la précarité réalisé par Ipsos pour le Secours populaire français brosse le tableau d’une précarité qui s’aggrave, s’étend et où l’accès à l’#énergie, à la prévention et aux #soins est fortement dégradé, en particulier pour les populations des #zones_rurales.

    Les #difficultés_financières des Français ne faiblissent pas malgré une légère accalmie sur le front de l’#inflation. C’est ce que montre la 18e édition du baromètre de la pauvreté et de la précarité Ipsos / Secours populaire* : deux Français sur cinq disent désormais avoir traversé « une période de grande #fragilité_financière » au moins à un moment de leur vie. Jamais ce niveau n’a été aussi élevé depuis le pic enregistré en 2013. Le niveau de difficulté est tel qu’au total, 62 % des Français déclarent avoir connu la pauvreté ou avoir été sur le point de la connaître. Un chiffre en hausse de 4 points par rapport à 2023.

    Cette fragilité financière touche en premier lieu les #catégories_populaires. Ainsi, 80 % des #ouvriers déclarent « avoir connu la pauvreté ou avoir été sur le point de la connaître », un niveau en progression de 6 points en un an. Parmi les personnes vivant dans les communes rurales, zones où la population est constituée d’une part importante d’ouvriers et d’employés, le niveau monte à 69 %. Le ressenti dans les zones rurales a été particulièrement interrogé dans cette édition du baromètre 2024, en raison de l’actualité et des témoignages des bénévoles sur le terrain (voir plus bas).

    62% des Français touchés ou menacés par la pauvreté

    Compte tenu d’une situation économique sur le fil du rasoir pour de très nombreuses familles, la crainte d’une transmission de la pauvreté entre générations est massivement partagée : 79 % des Français estiment que les risques sont plus élevés pour les jeunes. C’est chez les parents d’enfants de moins de 18 ans que l’inquiétude est la plus grande (86 %). Cette préoccupation s’est stabilisée à ces niveaux très élevés depuis 2018. Cela traduit un manque de confiance dans le futur au vu de la calcification continue des processus de reproduction des inégalités.

    La grande fragilité de nombreux ménages se reflète dans la hausse, pour la troisième année consécutive, du ‘’seuil de pauvreté subjectif’’ : une personne seule doit désormais disposer de 1 396 euros par mois pour ne pas être considérée comme pauvre, selon les Français. Au terme d’une hausse de 19 euros par rapport à 2023, le ‘’seuil de pauvreté subjectif’’ n’avait jamais été porté aussi haut par les personnes interrogées, le plaçant pour la première fois à 2 euros du #SMIC (1 398 euros nets pour un mois travaillé à temps plein).

    S’il faut disposer au minimum d’un SMIC pour faire face aux dépenses de la vie quotidienne, c’est que les fins de mois restent tendues : 52 % des répondants déclarent ne toujours pas réussir à mettre de l’argent de côté (-1 % seulement en un an). Surtout, 16 % des personnes interrogées sont même à découvert chaque mois. Là encore, la proportion est en recul par rapport à l’an dernier (-2 %), mais les ouvriers, qui constituent la catégorie sociale la plus confrontée à cette précarité, voient leur compte bancaire plonger dans le rouge deux fois plus souvent que le reste de la population (31 %).

    Les fins de mois difficiles résultent d’arbitrages de plus en plus serrés. On observe une nouvelle dégradation en 2024 sur de nombreux postes budgétaires essentiels tels que l’énergie, le logement ou l’accès à une mutuelle santé : jamais les difficultés enregistrées sur ces postes n’ont été aussi élevées. Près d’une personne sur deux peine à payer ses factures d’énergie : 47 %, un nouveau record, au terme d’une hausse de 2 points depuis 2023. Les factures sont si lourdes que 43 % des personnes interrogées ne chauffent pas leur logement lorsqu’il fait froid, « parfois ou régulièrement ».
    38 % peinent à payer loyer et emprunt immobilier

    Particulièrement frappées, plus des deux tiers des répondants disposant de revenus inférieurs à 1 200 euros nets par mois ont du mal à régler leurs dépenses énergétiques : ils sont 69 %, un niveau en hausse de 5 points par rapport au baromètre précédent, montrant ainsi une dégradation très forte de la situation des plus de 8 millions de personnes vivant avec les revenus les plus bas.

    De même, le coût du logement continue de fragiliser les familles, à un niveau jamais mesuré auparavant : 38 % rencontrent des difficultés à payer leur loyer ou leur emprunt immobilier (+4 points). Ce qui corrobore les témoignages recueillis par les bénévoles sur le terrain depuis des mois.

    Enfin, un autre record est à déplorer, dans le domaine de la santé cette fois : 29 % des répondants éprouvent de fortes contraintes pour disposer d’une mutuelle (+3 points). De la même façon, du fait de la baisse de son pouvoir d’achat ces dernières années, un Français sur trois (32 %) est toujours contraint « parfois ou régulièrement » de ne pas faire trois repas par jour.

    De tels contrastes entre les différents niveaux de vie témoignent d’une aggravation des inégalités d’accès aux besoins essentiels. Ces écarts se mesurent aussi entre habitants des grandes villes, globalement plus aisés, et des petites communes rurales, où les catégories populaires sont très représentées.

    Ainsi, 57 % des ruraux peinent à partir en vacances au moins une fois par an. C’est 9 points au-dessus que l’ensemble de la population alors que les vacances participent au bien-être des personnes et à leur dignité. De même, hors des métropoles, 40 % des répondants ont de grandes difficultés à disposer d’équipements numériques en état de fonctionnement. C’est 7 points de plus que l’ensemble des Français. Une privation qui marginalise dans une société où l’accès aux services, et même aux services publics, a massivement migré sur Internet, rendant plus aléatoire la possibilité de faire valoir ses droits.

    Violence à distance, mais aussi dans l’image de soi que les gens peuvent renvoyer à leur entourage : 36 % des habitants des espaces ruraux peinent à prendre soin de leur apparence physique, faute de moyens. C’est un niveau supérieur à la moyenne des personnes interrogées (31 %).

    Les privations touchent tous les secteurs de la vie. En cette année qui aura vu le retour des Jeux olympiques et paralympiques à Paris, un siècle après leur précédente édition dans la ville Lumière, un habitant sur trois vivant dans une commune rurale (31 %) renonce à pratiquer un sport ou une activité de loisirs. Ces privations sont encore plus fortement ressenties dans la population d’ensemble (35 %).
    44% des ruraux jugent difficile l’accès aux services de santé

    Les inégalités s’expriment aussi sur le plan collectif. « Si certains territoires sont moins dotés en services publics, ce n’est pas du fait de leur ruralité mais de la pauvreté de ceux qui les habitent », notent les sociologues Benoît Coquard et Clara Deville (Le Monde diplomatique, juillet 2024). Pour l’accès aux services publics fondamentaux, la situation apparaît préoccupante : un Français sur trois (34 %) juge difficile l’accès aux services de santé autour de chez lui. Cette proportion atteint plus de deux habitants sur cinq en zone rurale (44 %).

    En matière de transports en commun, 59 % des ruraux estiment que leur accès est difficile, soit parce qu’ils sont trop éloignés ou trop irréguliers ; c’est 18 points de plus que pour les réponses de l’ensemble des Français. Enfin, près d’un quart des habitants vivant hors des villes grandes ou moyennes (24 %) jugent les différents services sociaux peu accessibles. Et ce, alors que les besoins y sont souvent élevés.

    ▻https://www.secourspopulaire.fr/18e-barometre-de-la-pauvrete-et-de-la-precarite-ipsos-secours-popul

    #baromètre #statistiques #chiffres #France #rapport #secours_populaire #2024 #rural

  • Dans les usines d’Alsace, la gauche peine à exister face à l’extrême droite
    ▻https://www.rue89strasbourg.com/usines-alsace-nouveau-front-populaire-rn-312018

    (...)

    Mais la bonne humeur s’efface dès que l’on évoque le #racisme dans l’usine et les bons scores du #Rassemblement_national chez les ouvriers : « Dans mon atelier, à la fonderie, ils te disent ouvertement qu’ils vont voter Rassemblement national », commence André avec un rictus :

    « Dans le temps c’était différent. Les gens qui votaient pour Jean-Marie #Le_Pen avaient honte. Même s’il y avait déjà des #électeurs d’#extrême_droite parmi les #ouvriers, ils n’en parlaient pas ouvertement. »

    (...)

    A ton avis, est-ce qu’il faut mettre le visage de MLP sur les tracts LFI pour ne pas avoir honte de les distribuer, debout, en Picardie, ou en Alsace ?

  • Un autre olympisme est-il possible ?
    ▻https://laviedesidees.fr/Un-autre-olympisme-est-il-possible

    Plus grand événement planétaire en termes d’audience, les Jeux olympiques portent une certaine conception de la compétition sportive. Pourtant, des alternatives en actes existent, comme l’illustre l’exemple des manifestations sportives internationales ouvrières dans l’Entre-deux-guerres.

    #Société #Histoire #ouvriers #sport
    ▻https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20240906_olympiades.pdf