• Projet « #Crimson_Thread » : Le nouveau #mur_de_séparation israélien qui traverse le « grenier de la Palestine »

    Le dernier mur érigé par Israël dans le nord de la #vallée_du_Jourdain coupe les agriculteurs palestiniens de leurs terres, détruit leurs récoltes et accélère leur déplacement.

    Khairallah Bani Odeh a l’impression de vivre dans une immense prison.

    Contraint de quitter ses terres dans le village d’#Atouf, au nord de la vallée du Jourdain, il s’est installé dans la ville de Tammoun, au sud de Tubas, après que les attaques des colons, les pénuries d’#eau et les #expropriations massives menées par Israël eurent rendu sa vie insupportable.

    Comme de nombreux Palestiniens du nord de la vallée du Jourdain, Bani Odeh vivait de l’#élevage de #moutons et de l’agriculture.

    Mais depuis qu’Israël a entamé la construction d’un nouveau mur de séparation et d’une route qui traverseront la #plaine_de_Buqe’aa, de vastes étendues de terres ont été englouties, bouleversant la vie quotidienne des habitants.

    Israël a baptisé ce projet « Crimson Thread ». Il prévoit la construction d’un mur de séparation de 22 kilomètres de long et 50 mètres de large, ainsi que d’une route parallèle, le long des terres situées à l’est de #Tubas.

    Le projet laissera de vastes portions de la plaine de Buqe’aa et de l’est de l’#Atouf derrière la route et le mur, empêchant ainsi les agriculteurs et les éleveurs d’accéder à leurs #terres_agricoles et à leurs #pâturages.

    Bani Odeh a déclaré à Middle East Eye que, dès le début des travaux, les colons israéliens avaient utilisé des bulldozers pour détruire les #canalisations_d’eau alimentant des centaines d’hectares de terres agricoles dans la plaine, causant ainsi des dégâts aux cultures et privant le #bétail d’eau.

    Pour de nombreuses familles, cela a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

    « Ils nous ont coupé l’eau, j’ai donc dû en acheter dans les villages voisins pour le bétail. Je devais parcourir de longues distances à pied pour aller chercher de l’eau. Puis ils ont brûlé l’orge et nous ont rendu la vie insupportable, si bien que nous avons été contraints de partir », a-t-il ajouté.

    Des dizaines de familles, dont celle de Bani Odeh, vivaient de l’élevage à Atouf, tandis que des centaines d’autres dépendaient de l’agriculture dans la plaine. Les habitants affirment que ces deux sources de revenus ont été anéanties par le nouveau projet.

    Trois mois après avoir quitté Atouf, Bani Odeh dit qu’il se sent toujours pris au #piège. Il peine à trouver des pâturages pour son bétail et rêve chaque jour de rentrer chez lui.

    Des cultures laissées à l’abandon

    Selon des estimations locales, plus de 20 000 dunams (2 000 hectares) sont menacés par la #sécheresse ou endommagés en raison des #pénuries_d’eau.

    De nombreuses familles d’Atouf et de #Ras_al-Ahmar dépendent de l’élevage. À mesure que les pâturages rétrécissent et que l’#accès_à_l’eau se restreint, les agriculteurs craignent une baisse du cheptel et une hausse des coûts de production.

    Anis Bisharat entretenait autrefois avec soin ses champs de melons, de gombos, de concombres et de courgettes. Mais après la coupure des conduites d’eau, ses cultures ont commencé à dépérir, l’#irrigation étant devenue impossible, ce qui a entraîné des pertes importantes.

    « En plus de la coupure d’eau, ils ont fermé la #route que nous empruntions pour rejoindre la plaine. Désormais, nous devons parcourir deux fois la distance et payer deux fois le prix du carburant », a-t-il déclaré à MEE.

    Muhammad Gharaibeh, un autre agriculteur, affirme qu’un colon a établi un avant-poste au sommet d’une colline surplombant la plaine de Buqe’aa et qu’il s’en est pris à plusieurs reprises à l’agriculture locale.

    « Cette plaine est le grenier de la Palestine, et la plupart des #fruits et #légumes distribués en Cisjordanie proviennent d’ici », a-t-il déclaré.

    « Mais aujourd’hui, ils ont un projet de grande envergure qui prévoit non seulement la construction d’une route, mais aussi l’expropriation de plus de 70 000 dunams. Nos pertes sont énormes, car les cultures ont besoin d’irrigation et d’entretien, et on les a laissées se dépérir », a-t-il ajouté.

    Les agriculteurs tentent de sauver les cultures situées à proximité avec le peu d’eau dont ils disposent, mais les champs plus éloignés ont pour la plupart été laissés à l’#abandon et se dessèchent.

    « Plus de 40 000 dunams de cultures sont désormais privés d’eau. Mes cultures n’ont pas été arrosées depuis deux semaines, et ce n’est que le début de la saison estivale caniculaire, ce qui signifie que toute la récolte sera perdue », a-t-il déploré.

    Selon les données préliminaires du conseil du village d’Atouf, 24 000 dunams appartenant à environ 300 agriculteurs sont menacés par la sécheresse et subissent des dégâts en raison des opérations de déblaiement en cours.

    La zone touchée représente environ un quart de la plaine de Buqe’aa, qui s’étend sur 96 000 dunams.

    « Il ne reste plus rien »

    En novembre dernier, le journal israélien Haaretz a révélé les détails du projet « Crimson Thread », le décrivant comme une #route_militaire et un mur de séparation s’étendant à travers les terres palestiniennes, du village d’#Ein_Shibli, dans la vallée centrale du Jourdain, jusqu’au poste de contrôle militaire de #Tayasir.

    À la suite de cet article, les autorités israéliennes ont émis des ordres de #saisie_militaire portant sur 1 042 dunams de terres palestiniennes situées le long du tracé de la barrière prévue.

    Depuis le début de cette année, des bulldozers travaillent sans relâche sur ce projet qui, selon les habitants et les experts, isolera de vastes étendues de terres et rendra des milliers de dunams supplémentaires inaccessibles aux Palestiniens.

    L’organisation israélienne de défense des droits de l’homme B’Tselem a indiqué dans un rapport publié en avril que la vallée du Jourdain figurait parmi les zones où la présence palestinienne est la plus fortement restreinte, bien qu’elle représente environ 30 % de la #Cisjordanie occupée.

    Selon ce rapport, 62 communautés palestiniennes des zones B et C, où vivent plus de 4 100 Palestiniens, avaient été déplacées en avril en raison à la fois des violences commises par les colons et des restrictions imposées par Israël.

    L’organisation de défense des droits humains a également indiqué que 53,4 % de la vallée du Jourdain ont été classés en « #terres_d’État », 45,7 % en zones militaires de tir et d’entraînement, et environ 20 % en réserves naturelles.

    Mu’taz Bisharat, spécialiste des colonies, a déclaré à MEE que les développements dans la vallée du Jourdain s’apparentent à un renforcement du contrôle israélien sur de vastes zones et menacent la présence continue des communautés palestiniennes dans cette région.

    Il a indiqué que de nombreuses familles avaient déjà été déplacées et a qualifié la destruction des infrastructures hydrauliques d’attaque contre les fondements mêmes de la vie dans la région.

    « Il n’y a plus d’agriculture », a-t-il déclaré.

    « Aujourd’hui, 70 % des terres de cette région ont été perdues en raison des crimes cumulés commis par l’occupation israélienne contre le peuple palestinien, la présence palestinienne et l’agriculture palestinienne. Il ne reste plus rien pour les citoyens palestiniens », a-t-il ajouté.

    M. Bisharat estime que cette nouvelle route vise à établir de nouvelles frontières dans la vallée du Jourdain et à isoler davantage la région du reste de la Cisjordanie occupée.

    « Aujourd’hui, le processus d’#annexion se déroule sur le terrain sous les yeux du monde entier », a-t-il déclaré.

    « Il a été suspendu dans les médias, mais il ne s’est pas arrêté sur le terrain. »

    https://www.france-palestine.org/Projet-Crimson-Thread-Le-nouveau-mur-de-separation-israelien-qui-t

    #murs #barrières_frontalières #Israël #Palestine #Cisjordanie #terres #agriculture #Plaine_de_la_Bekaa #émigration

  • Une capitale bloquée et des milliers de mineurs dans la rue : en #Bolivie, la pression sur le président #Rodrigo_Paz s’accentue
    https://www.humanite.fr/monde/bolivie/une-capitale-bloquee-et-des-milliers-de-mineurs-dans-la-rue-en-bolivie-la-p

    Depuis son arrivée au pouvoir le 8 novembre, le dirigeant bolivien de droite traverse une contestation sans précédent. Enseignants, ouvriers, paysans, routiers, mineurs ont déclenché de fortes mobilisations et le blocage de #La_Paz, capitale administrative du pays. Ils réclament son départ face à une forte #inflation, une #pénurie de carburants et des choix économiques au détriment des plus précaires.

  • Cuba : un pétrolier russe sous sanctions attendu mardi, défiant le blocus américain
    https://www.connaissancedesenergies.org/afp/cuba-un-petrolier-russe-sous-sanctions-attendu-mardi-defian

    Connaissance des Énergies avec AFP parue le 30 mars 2026

    Un #pétrolier #russe sous #sanctions doit arriver mardi à #Cuba, défiant ainsi un #blocus imposé par les #Etats-unis sur l’approvisionnement en #carburant de l’île #communiste, confrontée à de sévères #pénuries d’énergie.

    (...)

    Peuplée de près de 10 millions d’habitants, Cuba n’a plus importé de pétrole depuis le 9 janvier, date de la dernière livraison par le Mexique avant que ce pays ne cesse ses envois de carburants sous la pression de la Maison Blanche.

    (...)

    Une fois la cargaison de l’Anatoly Kolodkin arrivée à Cuba, il faudra entre 15 et 20 jours pour traiter le pétrole, puis encore 5 à 10 jours pour distribuer ses produits raffinés, a indiqué Jorge Piñón. « Le besoin urgent aujourd’hui à Cuba, c’est le #gazole », a déclaré cet ancien cadre du secteur pétrolier.

    La cargaison russe pourrait être transformée en 250.000 #barils de gazole, une quantité suffisante pour couvrir la demande du pays pendant environ 12 jours et demi, selon l’expert.

    (...)

    C’est bien la preuve que les Russes sont perfides, et qu’ils ne méritent pas leur place sur terre. Ils font croire qu’ils sont solidaires des cubains, mais c’est rien que pour donner le mauvais rôle aux gentils noccidentaux

    • Cuba : un pétrolier russe sous sanctions attendu ce lundi, défiant le blocus américain
      https://la1ere.franceinfo.fr/guadeloupe/cuba-un-petrolier-russe-sous-sanctions-attendu-ce-lundi-defiant-le

      Un pétrolier russe sous sanctions doit arriver ce lundi (30 mars) à Cuba, défiant ainsi un blocus imposé par les Etats-Unis sur l’approvisionnement en carburant de l’île communiste, confrontée à de sévères pénuries d’énergie.

      Comme d’habitude, ce n’est jamais le blocus américain qui défie la libre circulation du commerce mondial.

    • pas défi, semble-t-il, accord, au moins tacite, voire plus

      US Plans To Allow Russian Oil Tanker Into Cuba, Easing Crisis
      https://gcaptain.com/us-plans-to-allow-russian-oil-tanker-into-cuba-easing-crisis
      https://gcaptain.com/wp-content/uploads/2026/03/2026-03-28T202629Z_1281600157_RC2NDKA6736V_RTRMADP_3_TANKER-CUBA-VENEZUELA
      The Hong Kong-flagged vessel Sea Horse, carrying some 200,000 barrels of Russia-origin fuel originally bound for Cuba, is anchored near the coast after arriving in Venezuelan waters, in Puerto Cabello, Venezuela March 28, 2026.
      REUTERS/Juan Carlos Hernandez

      Mar 29, 2026 (Bloomberg) –The Trump administration is planning to let a Russian oil tanker dock in Cuba, alleviating an energy crisis triggered when the US prohibited deliveries to the Communist regime. 

      The shipment of crude is expected to be allowed to arrive in coming days, according to two people familiar with the matter, who asked not to be identified without permission to speak publicly. 

      The Anatoly Kolodkin is carrying around 730,000 barrels of crude. Cuban officials have taken some steps to work with the US in recent days, including allowing fuel for the US Embassy to arrive on the island after earlier saying publicly that they would prevent it because of the broader US near-total blockade, according to the people.

      As of Sunday afternoon, the ship was approaching the island from Haitian waters as it headed toward Cuba’s western port of Matanzas.

      The State Department didn’t respond to a request for comment about the US view of the ship, and the White House declined to comment. The Cuban Ministry of Foreign Affairs didn’t respond to a request for comment.

      President Donald Trump has repeatedly threatened action against the leftist Cuban government amid an intensifying US push to deprive the government of fuel and financing. The island has suffered widespread blackouts in recent weeks as shipments of crude and fuel have been cut off under the near-total blockade.

      The United Nations warned last month that the US campaign is having an “increasingly severe impact” on hospitals, public sanitation, water delivery and food distribution. It called on all countries to end economically coercive measures.

      The electricity shortage has caused tens of thousands of surgeries to be postponed, cut off pregnant women and other patients from basic health services and disrupted dialysis, Tanieris Diéguez La O, the deputy chief of mission at Cuba’s embassy in Washington, said in an interview earlier this month.

      While the island’s 10 million residents have been subject to chronic rolling outages for years, the crisis has intensified under Trump’s embargo. 

      The fuel shipment should be enough to power Cuba’s thermoelectric power plants for about a week, given they require about 100,000 barrels of oil a day to meet demand. Cuba’s domestic production accounts for only around two-fifths of that.

      The US is now regulating the flow of energy to the nation by letting companies sell fuel to its minuscule but fast-growing sector of small- and medium-sized businesses but not the government.

      The New York Times earlier reported the Trump administration’s plans for the oil tanker.

  • « A Paris, la carte des logements occupés de manière intermittente recoupe étonnamment celle de la cherté au mètre carré »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/03/21/a-paris-la-carte-des-logements-occupes-de-maniere-intermittente-recoupe-eton

    #Paris cristallise l’ensemble des problèmes de #logement en France : rareté de l’offre, difficulté à trouver une habitation, prix et #loyers élevés, délais d’attente pour l’obtention d’un #logement_social. Ce n’est pas pour rien que, dans le classement officiel des territoires selon la tension du marché du logement, la capitale et sa petite couronne sont classées au niveau le plus élevé : la zone A bis. Pour comprendre ce qui a mené à cette situation, l’examen de quelques données de base sur la longue durée, tirées des recensements de 1968 à 2022 et rapportées par l’Insee, est riche d’enseignements.

    A priori, l’évolution du nombre de logements depuis 1968 est rassurante, puisqu’il a augmenté de près de 15 % : 1,4 million de logements en 2022, contre 1,22 million en 1968. Mais, dans le détail, les résidences principales connaissent une dynamique inverse – une baisse d’un peu plus de 25 000 logements – tandis que, symétriquement, les #logements_vacants et les #résidences_secondaires voient leur nombre grimper en flèche.
    La frontière étant poreuse entre ces deux dernières catégories, il est commode de les regrouper sous le nom de « logements intermittents ». Ils représentent aujourd’hui 9 % du parc dans la Métropole du Grand Paris (hors Paris), un chiffre proche des 8 % constatés à Londres. Dans Paris intra-muros, ils représentent près d’un logement sur cinq en 2022, contre seulement un sur vingt en 1968. Quels facteurs expliquent cette explosion ?

    L’augmentation du nombre de logements a servi en partie à satisfaire les désirs de ceux qui n’habitent pas Paris à l’année, provinciaux et étrangers désireux d’avoir un pied-à-terre dans la capitale et de profiter de ses agréments pendant une courte période. L’occupation intermittente concerne surtout les petites surfaces : près des trois quarts des logements inoccupés ne disposent que d’une ou deux pièces.

    La location meublée touristique est souvent incriminée. Elle joue un rôle, mais moins important qu’on ne le croit. Le nombre d’annonces de logements entiers disponibles en novembre 2025 sur la plateforme Airbnb ne dépasse pas 48 000 à Paris intra-muros, soit 3,4 % du nombre de logements selon une enquête de l’Atelier d’urbanisme de Paris (APUR). Même si ce nombre est sous-estimé, la location touristique ne doit pas être responsable de plus d’un tiers de l’augmentation de l’intermittence.

    L’ancienneté du logement entre en ligne de compte. Plus le logement vieillit, plus il faut entreprendre des travaux de rénovation, sans compter l’obsolescence qui déclasse les logements anciens au fur et à mesure que les normes de confort progressent. L’évolution de la réglementation constitue aussi un facteur, l’interdiction de louer des passoires thermiques en étant un bon exemple. La structure par ancienneté des logements inoccupés confirme pleinement cette hypothèse. Plus un logement est ancien, plus l’intermittence est développée ; un quart des logements construits avant 1914 sont dans ce cas, selon une autre enquête de l’APUR.

    Incitation fiscale

    Toutefois, au-delà de tous ces facteurs, la carte de l’occupation intermittente recoupe étonnamment celle de la cherté du logement au mètre carré : elle touche majoritairement les arrondissements centraux bordant la Seine. L’élément essentiel semble donc être une rétention de nature économique. Une occupation occasionnelle semble la meilleure façon d’attendre une occasion de vendre au prix le plus élevé et de réaliser une belle plus-value.

    Ces logements disposent d’une douche ou d’une baignoire et sont donc habitables dans la très grande majorité des cas : ils pourraient convenir à des étudiants ou à des jeunes travailleurs, particulièrement pénalisés par le manque de logements disponibles. Deux pistes successives peuvent être explorées pour les remettre sur le marché locatif.

    Première piste, l’incitation fiscale. Elle consisterait à les exempter de l’imposition des revenus fonciers en cas d’occupation du logement à titre de résidence principale [sans même imposer aux proprios de réaliser les travaux dont la responsabilité leur incombe ?]. Pour que l’effet soit neutre sur les finances publiques, il conviendrait de relever la taxe sur les logements vacants, qui a une réelle efficacité, et de rehausser le seuil maximal de la majoration de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires. Cette stratégie devrait être maintenue pendant plusieurs années, pour en mesurer les effets.

    Mais il n’est pas impossible que cette stratégie ne tienne pas ses promesses : les bailleurs peuvent ne pas se satisfaire du niveau des loyers que paieraient les locataires potentiels (les prix élevés de l’immobilier à Paris rendent le taux de rendement de l’investissement locatif peu rémunérateur). En dernier recours, on pourrait alors obliger les propriétaires à louer leur bien, à un loyer abordable.

    #rente_foncière #spéculation #tourisme #pénurie #fiscalité #immobilier

  • #US #datacenters face slew of problems amid #grassroots #protests against #AI
    https://www.theguardian.com/business/2026/feb/24/datacenters-ai-construction

    New #constructions #delayed or #cancelled, raising questions about US’s ability to expand #infrastructure to support #boom

    Tom Perkins Tue 24 Feb 2026 16.00 CET

    #Cancellations and delays of new US datacenters have increased as the #artificial_intelligence boom runs up against a slate of issues, including supply chain snags, #energy #shortages and #tariff-induced restraints.

    Grassroots opposition from local #communities has also derailed some plans, and some #investors have grown wary of datacenters amid fears of an AI #bubble.

    Dozens of plans for datacenters were killed or delayed in December or January, according to reports from the #investment research firm MacroEdge and climate news outlet Heatmap. MacroEdge’s research identified 26 cancellations through January – up from one in October.

    (...)

  • Water-related violence almost doubled globally in two years, thinktank says | Water | The Guardian
    https://www.theguardian.com/environment/2026/jan/23/water-related-violence-increase-pacific-institute
    https://i.guim.co.uk/img/media/2e97729edd7baf4f5c7460e66897f00ee8fb8982/0_0_4248_3398/master/4248.jpg?width=1200&height=630&quality=85&auto=format&fit=crop&precrop=40:

    Water-related violence has almost doubled since 2022 and little is being done to understand and address the trend and prevent new and escalating risks, experts have said.

    There were 419 incidents of water-related violence recorded in 2024, up from 235 in 2022, according to the Pacific Institute, a US-based thinktank.

    The institute has compiled evidence of hundreds of years of water-related conflicts, including cases of water being a trigger for violence, a weapon of conflict or a casualty of conflict.

    “We’re seeing more conflicts and they are multicausal,” said Dr Peter Gleick, a co-founder and senior fellow at the institute. “The climate crisis and extreme weather play a part but there are lots of other factors such as state failure and incompetent or corrupt governments, and lack of or misuse of infrastructure.”

    Joanna Trevor, Oxfam’s water security lead, said the charity had also seen “an increase in localised conflicts over water due to climate change and water insecurity”.

    Recent examples include tensions over an Indus River water-sharing treaty between India and Pakistan after a terrorist attack, Russia targeting hydropower dams in Ukraine, Israel destroying Gaza’s water systems, and protests over water supplies in South Africa.

    “In Gaza, Israel systematically weaponised water,” Trevor said. “They deliberately targeted water systems and desalination plants and blocked repairs. Wastewater contaminated drinking water due to the destruction of sewage and storm water infrastructure, and people have been attacked while waiting or queueing for water.

    “In east Africa and the Sahel, water is becoming increasingly insecure and people are moving into new areas to access water, which in itself can trigger competition and conflict with the host population.”

  • La planète vit désormais « au-delà de ses moyens » en eau, alerte un rapport de l’ONU | ONU Info
    https://news.un.org/fr/story/2026/01/1158256

    Prendre une douche, boire au robinet, arroser un champ. Dans une large partie du monde, ces gestes quotidiens reposent désormais sur une ressource qui ne se renouvelle plus : l’eau. Un nouveau rapport de l’ONU décrit ce basculement et affirme que la planète est entrée dans une « ère de faillite hydrique mondiale ».

    Le diagnostic est brutal et revendiqué comme tel. « Ce n’est pas pour tuer l’espoir, mais pour encourager l’action », a expliqué mardi Kaveh Madani, le directeur de l’Institut universitaire des Nations Unies pour l’eau, l’environnement et la santé, l’agence à l’origine de l’étude. « Nous devons reconnaître honnêtement l’échec d’aujourd’hui pour rendre possible le demain ».

    #eau #ressources #accaparement #communs #pénuries

  • Comment l’#IA dévore la planète

    L’incroyable essor de l’intelligence artificielle, technologie particulièrement vorace en énergie, en eau et en terres rares, interroge à l’heure où les géants du secteur sont lancés dans une course au gigantisme.

    Derrière les réponses presque magiques de ChatGPT, les vidéos imaginaires sans limites de Sora ou les images synthétiques bluffantes de Grok ou Gemini, l’intelligence artificielle (IA) a une empreinte bien réelle sur le monde. Dans une industrie du numérique énergivore, cette technologie se distingue par l’intensité de la puissance de calcul qu’elle nécessite pour chaque requête. Cela se reflète dans l’explosion inédite des investissements des géants de l’IA dans les data centers : 620 milliards de dollars (529 milliards d’euros) en 2026, selon la banque Morgan Stanley, soit déjà près de quatre fois plus qu’en 2023.
    Cette course au gigantisme – Meta a ainsi un projet de data center grand comme la moitié de l’île de Manhattan et puissant comme cinq réacteurs nucléaires – a de nombreux impacts tout au long de la chaîne de valeur de l’IA.
    Cette absorption de ressources fait craindre des pénuries ou des conflits d’usage locaux avec d’autres besoins essentiels tels que l’agriculture, l’électrification des transports ou de l’industrie. L’IA doit-elle donc être développée à tout prix ? Il convient de la piloter « avec sobriété », en choisissant « le juste niveau de technologie au service d’un besoin réel », met en garde l’Agence de la transition écologique (Ademe) dans une étude publiée début novembre. Et le 8 décembre, plus de 230 ONG ont demandé un moratoire sur la construction de nouveaux centres de données aux Etats-Unis.

    Pour évaluer l’impact sur la planète de ces cartes,des chercheurs ont démantelé et broyé l’une des plus utilisées au monde, la Nvidia A100. Ils y ont trouvé plus d’une vingtaine de métaux différents, dont des terres rares.

    L’essor de l’IA donne un coup de fouet à l’industrie des semi-conducteurs, qui pourrait doubler en cinq ans. Le marché des GPU et autres puces destinées à l’IA domine la croissance et devrait dépasser les 280 milliards de dollars d’ici à 2029.

    Or, ce secteur est gourmand en eau, énergie, métaux et produits chimiques. Et ce alors que, pour augmenter la puissance de calcul, les éléments de base doivent être de plus en plus petits, et donc de plus en plus purs, ce qui nécessite l’utilisation de toujours plus de produits toxiques.

    Dans les usines du taïwanais TSMC, plus important industriel du secteur, la production d’un seul « wafer » de 12 pouces, où sont gravées les puces, requiert plus de 7 000 litres d’eau. Le groupe – qui indique recycler 88 % de l’eau qu’il utilise – en fabrique l’équivalent de 16 millions par an.

    Artificialisation des sols
    L’expansion de l’IA nourrit une croissance inédite des dépenses dans les data centers : les géants du secteur, d’OpenAI à Meta, en passant par Google, Amazon ou Microsoft, vont investir 470 milliards de dollars dans ces infrastructures en 2025 et même 620 milliards en 2026, selon la banque Morgan Stanley. Soit près de quatre fois plus qu’en 2023.

    Il n’existe pas de recensement mondial du nombre de kilomètres carrés aujourd’hui occupés par les data centers. Mais, aux Etats-Unis, les montants investis dans la construction de ces infrastructures sont sur le point de dépasser ceux des bureaux traditionnels.

    Et d’immenses chantiers ont été lancés : Stargate, d’OpenAI, situé dans la petite ville d’Abilene, au Texas, comptera huit bâtiments sur une zone de près de 4,5 kilomètres carrés – plus vaste que Central Park à New York. Le patron de Meta, Mark Zuckerberg, a annoncé que le méga data center Hyperion, prévu en Louisiane, pourrait couvrir l’équivalent d’« une partie importante de la superficie de Manhattan ».

    En France, le gouvernement a annoncé avoir identifié 35 sites « favorables » à l’installation de centres de données pour un total de 12 km² – soit 1 680 terrains de foot.

    Consommation d’électricité
    Cette course au gigantisme s’illustre par leur puissance électrique exponentielle. Les plus gros sites en construction prévoient désormais d’égaler ou de dépasser une capacité électrique de 1 gigawatt (GW). Soit environ l’équivalent de la puissance d’un réacteur nucléaire.
    Et les objectifs sont encore plus démesurés : xAI sera « le premier à mettre en fonctionnement 10 GW, 100 GW, 1 TW [térawatt]… », a affirmé sur X Elon Musk, en septembre.

    L’augmentation de la puissance installée des data centers devrait en conséquence faire bondir leur consommation électrique annuelle liée à leur utilisation. Celle-ci pourrait tripler d’ici à 2030.

    Pour le moment, l’électricité alimentant les data centers ne représente qu’environ 1,5 % de la consommation mondiale, selon l’AIE. Mais aux Etats-Unis, cette part pourrait passer de 4,4 % à entre 7 % et 12 % en 2028, selon le ministère de l’énergie américain. En Europe, les data centers pourraient peser 7,5 % de la consommation électrique d’ici à 2035, contre 2,5 % aujourd’hui, selon le Shift Project, le cercle de réflexion présidé par Jean-Marc Jancovici.

    Consommation d’eau
    L’IA n’est pas seulement vorace en énergie, elle est aussi insatiable en eau. En 2023, les prélèvements associés aux centres de données auraient déjà dépassé les 5 000 milliards de litres, selon les calculs de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Soit l’équivalent de toute l’eau potable puisée en France en une année.

    Une partie de cette eau est recyclée, c’est pourquoi la part réellement consommée – notamment en raison de l’évaporation – représente environ 560 milliards de litres.

    A l’avenir, l’AIE s’attend à ce que la consommation d’eau associée aux centres de données soit multipliée par deux d’ici à 2030, pour atteindre environ 1 200 milliards de litres par an.
    Les conséquences d’un même prélèvement sur les nappes et les rivières varient selon les territoires. A titre d’exemple, 14 % de l’eau utilisée par Google viennent de zones à risque « élevé » de pénurie, selon les documents de l’entreprise.

    Emissions de CO2
    Aujourd’hui, l’électricité des data centers provient pour plus de la moitié d’énergie carbonée.

    La croissance des émissions de gaz à effet de serre des data centers devrait doubler, voire tripler, selon les scénarios établis par le Shift Project.

    Les data centers, dont une partie sert à l’IA, émettent plus de gaz à effet de serre que la France : 369 millions de tonnes en équivalent CO₂, en 2024, selon le ministère de la transition écologique.

    https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/12/26/comment-l-ia-devore-la-planete_6659449_3234.html
    #AI #visualisation #statistiques #extractivisme #eau #énergie #terres_rares #ChatGPT #Sora #Gemini #Grok #empreinte #puissance_de_calcul #data_centers #centres_de_données #investissements #Meta #ressources #conflits #pénurie #extractivisme #mines #cartes_graphiques #GPU #graphics_processing_unit #serveurs #impact #Nvidia_A100 #métaux #semi-conducteurs #puces #produits_chimiques #toxicité #TSMC #wafer #artificialisation_des_sols #OpenAI #Google #Amazon #Microsoft #chiffres #statistiques #Stargate #Abilene #Texas #Hyperion #France #CO2 #gaz_à_effet_de_serre #infographie

  • La #bactérie et la goutte de #pluie : une autre histoire des cycles de l’eau

    https://www.terrestres.org/2025/12/16/la-bacterie-et-la-goutte-de-pluie-une-autre-histoire-des-cycles-de-leau

    En 1982, un chercheur a mis en évidence le fait qu’une majeure partie de cette « graine » était en fait une bactérie (du genre Pseudomonas) qui a la faculté sur sa capsule d’être glaçogène, c’est-à-dire de former de la glace et d’attirer ainsi la vapeur d’eau en la condensant sous la forme de microgouttelettes de pluie. Une fois que celles-ci ont atteint un poids suffisant sur le plan gravitaire, les gouttes d’#eau tombent et forment ainsi la pluie. Or cette bactérie est un pathogène sur l’ensemble du monde végétal. Elle a donc besoin des couverts végétaux pour proliférer, et être ensuite emportée en haute altitude pour contribuer à la formation de pluies. La nature nous a donc offert une bactérie capable de régénérer les pluies continentales.

    Comprendre cela, c’est comprendre que, si l’on veut pouvoir régénérer des pluies en temps de sécheresse, nous avons besoin à la fois d’un maximum de couvert végétal (des forêts, mais aussi des champs) et du moins d’intrants chimiques possibles (car des tests montrent que ces bactéries sont tuées par les #pesticides et meurent au-dessus de 30°C).

    via @Khrys@mamot.fr

  • #TGV complets, billets hors de #prix : pourquoi prendre le train est devenu une galère

    Pourquoi prendre le TGV est-il devenu un casse-tête ? Manque de places, saturation du réseau, stratégie de la #SNCF... Reporterre a enquêté. Autant d’obstacles qui pourraient freiner l’engouement pour ce mode de transport doux.

    Des #tarifs dissuasifs aux heures les plus recherchées, des TGV complets plusieurs semaines avant le départ… Prendre un train entre de grandes villes devient un #casse-tête — ou un #privilège — même pour les as de l’anticipation.

    Cette situation est le revers d’une excellente nouvelle pour l’écologie : ces trois dernières années, le transport ferroviaire a battu trois fois son record de #fréquentation, avec une hausse totale de 14 % entre 2019 et 2024. Mais après avoir augmenté la #fréquence des circulations, la SNCF et ses nouveaux concurrents ne sont pas capables de suivre et d’amplifier cette nouvelle ruée vers le fer. C’est la #pénurie.

    « On a la chance d’être dans un moment incroyable pour le ferroviaire mais il y a un problème assez majeur qui ne va faire qu’empirer, c’est la #crise_capacitaire », alertait le 30 septembre Rachel Picard, cofondatrice de la compagnie #Velvet, lors du colloque de l’Association française du #rail, lobby français des entreprises ferroviaires. Selon les chiffres de ce futur concurrent de la SNCF, 5 % des voyageurs potentiels des lignes reliant Paris à Nantes, Bordeaux et Angers n’arrivent pas à trouver de billet.

    Risques de #saturation vers #Nantes

    L’alerte n’est pas désintéressée, venant d’une future « challengeuse » de la SNCF, qui compte justement faire circuler douze nouveaux TGV sur l’axe atlantique en 2028, mais elle met le doigt sur une difficulté grandissante de gestion du réseau ferré.

    En avril, #SNCF_Réseau a identifié 25 tronçons de lignes menacés de saturation. Sur six tronçons également, la saturation a été constatée en octobre 2024, ce qui signifie que le gestionnaire des rails n’a pas pu répondre favorablement à toutes les demandes de circulation pour l’année 2025.

    « Il y a encore globalement de la place, mais pas partout. On voit bien qu’il y a des risques de saturation vers Nantes, où on a un gros trafic TGV et TER », répondait le 30 septembre le PDG de SNCF Réseau, Matthieu Chabanel, au cours du même colloque.

    Pour le moment, seules les heures de pointe sont congestionnées. « Les cas avérés des saturations que nous avons connus en 2020 et en 2025 ont été résolus », minimise également SNCF Réseau, dans ses réponses écrites à Reporterre. Mais ces signaux sont pris très au sérieux, car ils hypothèquent la trajectoire ambitieuse que s’est fixée la France dans sa stratégie de #décarbonation (+50 % du trafic voyageurs ferroviaire à horizon 2040). Le copieux chantier de « #désaturation » du réseau est donc crucial.

    La France fait rouler peu de trains

    La situation est paradoxale, car la France a un des réseaux les moins « circulés » d’Europe. « Elle fait rouler quasiment deux fois moins de trains que l’Allemagne pour un réseau comparable — 43 trains quotidiens par ligne en moyenne en France, contre 82 en Allemagne —, notamment à cause de la faiblesse du trafic de marchandises », dit Vincent Doumayrou, membre de l’association de chercheurs Ferinter et rédacteur d’un blog sur le rail. Le réseau français a donc la capacité d’accueillir bien plus de trains qu’aujourd’hui.

    C’est dans les nœuds ferroviaires que cela coince. À Paris, Lyon, Lille, Nantes ou Marseille, le réseau ferré tissé en étoile exerce une pression sur quelques grandes gares, conçues pour la plupart il y a plus d’un siècle. Il devient difficile de faire cohabiter différents types de trains, de différentes compagnies, avec des vitesses, des durées d’accélération et des fréquences d’arrêts différentes.

    Travaux de réaménagement

    Plusieurs projets, petits ou gros, sont à l’étude pour y remédier, mais nécessiteront un engagement financier important de l’État. Cela va de petits aménagements de surélévation de voie d’accès aux gares, pour éviter les croisements qui bloquent les circulations, à la construction de lignes de contournement, comme à l’est de Lyon pour éviter que les marchandises transitent par la gare Part-Dieu. La gare de Bordeaux doit également être réorganisée et des lignes souterraines doivent être creusées sous le sol de Lille. Il existe également un projet de tunnel ferroviaire sous la gare Saint-Charles, à Marseille, pour que les TGV n’aient plus à changer de sens pour poursuivre leur route.

    Des sommes énormes sont également investies dans la #modernisation du système de #signalisation, afin de réduire le délai d’attente entre deux trains. Sur le Paris-Lyon, ce système dit #ERTMS permettra de passer de 13 à 16 trains par heure en 2030, moyennant 820 millions d’euros d’investissement.

    Une centaine de rames en moins

    Tous ces enjeux de long terme se télescopent aujourd’hui avec un autre problème, accentuant l’envolée des prix des billets de TGV : le manque de trains. De 482 #rames TGV en circulation en 2012, le parc de la SNCF a été réduit à 363 rames aujourd’hui. Elle l’a fait pour tenter l’aventure de la #concurrence à l’étranger. Elle mobilise en effet 14 rames duplex pour tenter de conquérir le marché espagnol (et compte faire de même sur le marché italien avec 15 rames livrées pour l’occasion).

    Elle a aussi mis au rebut des rames vieillissantes, entre 2016 et 2018, pour améliorer virtuellement son bilan comptable. Le matériel « immobilisé » est en effet converti en euros dans la colonne « passif » de ses comptes, ce qui détériore le bilan de l’entreprise. « C’est une opération purement comptable absurde qui a mis au rebut une soixantaine de rames qui auraient pu rendre service encore jusqu’en 2029. C’est d’ailleurs le cas des 28 survivantes de la série qui circulent toujours », dit Pierre Zembri, géographe à l’université Gustave Eiffel.

    « Il faut se souvenir que pendant la décennie 2010, le trafic a stagné et personne ne pensait qu’il réaugmenterait un jour. Le train passait pour ringard dans les milieux dirigeants. Nous payons encore aujourd’hui le prix du manque d’anticipation et du #sous-investissement de l’époque », rappelle Vincent Doumayrou.

    Stratégie de #rentabilité de la SNCF

    La rareté est-elle entretenue par la SNCF pour faire grimper les prix des billets et accroître sa rentabilité ? Indirectement, oui, confirme Fabien Viledieu, syndicaliste cheminot chez Sud Rail : « La SNCF a réduit son parc TGV pour blinder les trains et optimiser son outil industriel, mais il faut avoir à l’esprit que c’est l’État qui l’oblige à le faire, en imposant des #péages très élevés à chaque train et en faisant remonter des milliards d’euros pour financer l’entretien du réseau. Il est urgent de desserrer cet étau financier. »

    Entre 2015 et 2023, le nombre de TGV en circulation a baissé de 20 % et le nombre de dessertes en gare par la SNCF s’est contracté de 12 %. La hausse de capacité de trains — grâce aux TGV à deux étages, une exclusivité française en Europe — a permis, dans le même temps, de faire stagner le nombre de sièges rapportés aux kilomètres parcourus (-2 %). Et le chiffre d’affaires de la branche voyageurs progresse d’année en année (+ 5,8 % en 2024).

    La filière industrielle dans le flou

    La pénurie actuelle s’explique enfin par d’importants retards dans les livraisons des nouvelles rames, observés dans les TGV comme les trains régionaux. Pénurie de matériaux et de processeurs, inflation, problèmes techniques qui s’amoncellent… L’industrie a collectionné les imprévus ces dernières années. « Il faut dix à quinze ans pour concevoir, produire, tester et faire homologuer un nouveau train. C’est toute une chaîne qu’il faut coordonner, avec des gros constructeurs et des dizaines de petites entreprises », dit Igor Bilimoff, délégué général de la Fédération des industries ferroviaires, à Reporterre.

    L’ouverture du ferroviaire à la concurrence rajoute une couche de complexité. Elle se matérialise dans chaque région, tronçon #TER par tronçon TER, par des appels d’offres passés pour mettre en concurrence les différentes compagnies. Impossible, dans ce contexte, de commander le matériel suffisamment en avance. « À l’époque du #monopole_public, la SNCF gérait toutes les commandes. La vision à long terme qui est nécessaire pour le ferroviaire n’existe plus. Et chaque région y va de sa demande particulière, avec des petits aménagements qui modifient la ligne de production et finissent par tout bloquer », dit Bérenger Cernon, député Insoumis et ex-cheminot, auteur d’un récent rapport sur le ferroviaire.

    Décarboner les mobilités est impossible sans engagement fort de l’État

    Les constructeurs #Alstom et #CAF préviennent que sans commandes fermes, en particulier sur les trains régionaux ou d’équilibre du territoire [ex « Corails »], ils devront arrêter des lignes de production. « On perdrait le savoir-faire et la main-d’œuvre », s’inquiète Igor Bilimoff, qui milite notamment pour une « simplification des réglementations » et la création de centrales d’achats capables de centraliser les commandes.

    Qu’ils soient pour ou contre la #libéralisation, tous les acteurs du ferroviaire s’accordent sur un refrain malheureusement bien connu depuis des années : le « choc d’offre » tant espéré pour décarboner les mobilités restera lettre morte sans un engagement fort et durable de l’État. Une « loi cadre » comprenant une programmation des #investissements sur cinq ans est promise pour le mois de décembre par le ministre des Transports… s’il parvient à naviguer en dépit du contexte politique extrêmement mouvant.

    https://reporterre.net/TGV-complets-billets-hors-de-prix-pourquoi-prendre-le-train-est-devenu-u

    #France #transport_ferroviaire

    –-

    voir aussi :
    POURQUOI LE TRAIN EST DEVENU SI CHER

    https://seenthis.net/messages/1042277

  • TGV complets, billets hors de prix : pourquoi prendre le train est devenu une galère
    https://reporterre.net/TGV-complets-billets-hors-de-prix-pourquoi-prendre-le-train-est-devenu-u

    Tous ces enjeux de long terme se télescopent aujourd’hui avec un autre problème, accentuant l’envolée des prix des billets de TGV : le manque de trains. De 482 rames TGV en circulation en 2012, le parc de la SNCF a été réduit à 363 rames aujourd’hui. Elle l’a fait pour tenter l’aventure de la concurrence à l’étranger. Elle mobilise en effet 14 rames duplex pour tenter de conquérir le marché espagnol (et compte faire de même sur le marché italien avec 15 rames livrées pour l’occasion).

    Elle a aussi mis au rebut des rames vieillissantes, entre 2016 et 2018, pour améliorer virtuellement son bilan comptable. Le matériel « immobilisé » est en effet converti en euros dans la colonne « passif » de ses comptes, ce qui détériore le bilan de l’entreprise. « C’est une opération purement comptable absurde qui a mis au rebut une soixantaine de rames qui auraient pu rendre service encore jusqu’en 2029. C’est d’ailleurs le cas des 28 survivantes de la série qui circulent toujours », dit Pierre Zembri, géographe à l’université Gustave Eiffel.

  • Comment la guerre autour de #Nexperia pourrait mettre l’#industrie #automobile à l’arrêt
    https://www.aktionnaire.com/articles/comment-la-guerre-autour-de-nexperia-pourrait-mettre-lindustrie-automob

    Le secteur automobile, déjà en sueur, est sur le point de faire un arrêt cardiaque : un fabricant de puces #électroniques menace de faire dérailler l’industrie.

    ‍Dans les faits : L’entreprise en question, c’est Nexperia, fabricant néerlandais de #semi-conducteurs, qui est passée sous contrôle #chinois en 2018, à une époque où les Pays-Bas n’avaient pas conscience de l’importance stratégique de l’entreprise.

    ‍- L’été dernier, #Washington avait averti La Haye que, si Nexperia restait dirigée par son CEO chinois Z.  Xuezheng et sous contrôle intégral de #Wingtech (entreprise chinoise déjà sanctionnée depuis 2024), elle serait ajoutée à sa liste des entreprises interdites d’échanges.

    ‍- Résultat : Le gouvernement néerlandais a utilisé une loi d’urgence début octobre pour reprendre la main de force sur Nexperia, et les autorités néerlandaises ont suspendu le CEO, soupçonné de détournements de fonds et de transferts illégaux de productions vers d’autres sociétés chinoises.

    ‍Problème : En représailles, #Pékin bloque les exportations de #puces sauf que Nexperia fournit 40% des circuits utilisés dans les #voitures en #Europe. À elle seule, l’entreprise produit 100 milliards de puces par an, soit un quart des semi-conducteurs de base dans le monde. Et la #pénurie de cette petite pièce peut bloquer toute une ligne d’assemblage...

  • How can England possibly be running out of water? | Water | The Guardian
    https://www.theguardian.com/news/ng-interactive/2025/aug/17/how-can-england-possibly-be-running-out-of-water
    https://i.guim.co.uk/img/media/19a66d1447a1b2f7975d1056010c2fabbd3244c4/1560_692_3399_2719/master/3399.jpg?width=1200&height=630&quality=85&auto=format&fit=crop&precrop=40:

    As the impacts of the climate crisis unfurl around the world, is the UK government awake to the scale of the problem? Nine new reservoirs are in the pipeline to be built before 2050, while there are consultations on reducing demand for water. But this may be too little, too late; many housing developments are on pause because of water scarcity.

    The first new reservoir planned for Abingdon in Oxfordshire is sited in the same place as the government’s new datacentre zone, leading to fears the water will be used to cool servers rather than serve customers in one of the most water-stressed areas of the UK.

    Green homes experts have said government building codes for new housing should include rainwater harvesting for internal use such as in lavatories and washing machines. People with gardens could use a water butt in summer, so that clean tap water is not being pumped through a hose into garden plants.

  • Logements vacants : chiffres froids pour territoires morts - Projet Arcadie
    https://projetarcadie.com/logements-vacants-chiffres-froids

    Les causes de vacance sont connues, mais mal hiérarchisées. Dans certaines zones, les logements ne trouvent ni acheteur, ni locataire. Dans d’autres, les biens sont devenus des épaves, proposés à des prix attractifs, mais dont les travaux de rénovation excèdent la valeur du bien.

    Les situations de succession non réglée ou d’indivision paralysée sont fréquentes. Un logement dont le propriétaire est décédé ou placé en établissement médico-social a entre quatre et cinq fois plus de chances de rester vacant.

    La Cour se contente de citer cette donnée sans chercher à en expliquer les causes. Dès lors, le lecteur – qui peut être un journaliste ou un député – en est réduit à des conjectures.

    #politique_du_logement (absence de) #immobilier #pénurie

  • Face à la pénurie de psychotropes, des patients atteints de troubles psychiques confient leur désarroi | Blanche Ribault
    https://www.streetpress.com/sujet/1748954819-penurie-psychotropes-patients-maladies-mentales-temoignages-

    Depuis janvier, des milliers de patients atteints de maladies psychiques sont en rupture de traitement forcée. Entre crise de panique et trouble de l’anxiété, ils racontent les conséquences de ces pénuries et le manque d’alternatives. Source : StreetPress

  • La #France va-t-elle manquer d’#eau ?

    Face aux nombreuses inconnues qui entourent l’évolution des #précipitations dans les décennies à venir, cinquante scientifiques ont décidé de multiplier les simulations hydrologiques. Une certitude : il y aura moins d’eau l’été.

    Zoomer sur la carte de France pour choisir une rivière et regarder l’évolution de son débit dans cinquante ans sous l’effet du réchauffement climatique. Le Gers, par exemple, qui coule à Layrac. Les #cartes_Méandre dessinent quatre #scénarios possibles pour cette rivière, du plus optimiste, avec une diminution du débit de 10 % par rapport au niveau actuel, au pire, avec une baisse de plus d’un tiers.

    Cette impressionnante visualisation, disponible pour 4 000 points d’eau répartis sur tout le territoire, est le résultat du projet Explore2, piloté par l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et l’Office international de l’eau (OiEau). Entre 2021 et 2024, une équipe de cinquante scientifiques a travaillé à mettre à jour les projections hydroclimatiques françaises pour anticiper les évolutions futures.

    L’observation des #cours_d’eau préservés des activités humaines annonce déjà les tendances. Une autre #carte_interactive, qui a reçu fin novembre le prix Science ouverte des données de la recherche pour son interface de visualisation proposée au public, dessine une France de l’eau coupée en deux.

    Dans la moitié sud, l’eau a manifestement diminué depuis le milieu du XXe siècle. « Il y a une baisse de l’ordre d’un tiers de la ressource en eau sur une très grande moitié sud de la France pendant les cinquante dernières années », précise Jean-Philippe Vidal, hydroclimatologue à l’Inrae. Mais dans la moitié nord, les hydrologues peinent à identifier des tendances claires depuis le début des mesures, en 1968.

    Ce contraste se retrouve dans les projections. Autour de la Méditerranée, celles du climat sont formelles : il y aura moins d’eau d’ici la fin du siècle. Mais dès qu’on remonte un peu au nord, les modélisations donnent des résultats divergents. « Pour la plupart des régions au nord de la Loire, il n’y a pas de signal clair : on ne sait pas si elles seront plus ou au contraire moins arrosées dans les décennies à venir », indique Jean-Philippe Vidal.

    De fait, si les modèles de climat convergent sur l’élévation des températures sous l’effet de l’augmentation des gaz à effet de serre, ils ne s’accordent pas sur l’évolution des précipitations. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder la carte du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) concernant les projections des précipitations à la fin du siècle en France : la majorité de nos régions est grisée – autrement dit sans résultats – parce que les modèles livrent des simulations trop divergentes pour en tirer des conclusions.
    La pluie, difficile à modéliser

    Les projections du climat futur reposent en effet sur une modélisation du système climatique global croisée avec des modèles climatiques régionaux pour représenter plus finement le climat localement. Mais une bonne partie de la France se trouve dans une zone d’incertitude, entre le nord de l’Europe qui sera plus arrosé et le sud de celle-ci qui sera plus sec. « Certains modèles mettent la zone de transition au sud de l’Angleterre, d’autres au milieu de la France », détaille Jean-Philippe Vidal, une des chevilles ouvrières d’Explore2. En bref, selon le climat régional choisi, les tendances s’inversent.

    Autre obstacle, la pluie est plus difficile à extrapoler que la température : « La pluie est un phénomène du tout ou rien : il pleut ou il ne pleut pas. Ce processus non linéaire est différent de celui de la température, qui varie plus progressivement. Une température à un moment donné dépend de celle une heure avant. »

    Traduire la pluie en quantité d’eau à la surface terrestre n’est pas non plus une sinécure. « Pour Explore2, on a travaillé avec des modèles hydrologiques différents pour essayer d’avoir une vue d’ensemble sans rater des possibles. Certains transforment assez simplement une précipitation en un débit. D’autres représentent tous les processus physiques tels que le captage des pluies par la végétation, l’infiltration dans le sol, l’évaporation… », explique Jean-Philippe Vidal.

    Dernière difficulté à surmonter : l’étape de validation des modèles. En temps normal, les scientifiques testent les résultats de leurs modélisations avec des mesures réelles pour s’assurer de leur validité. Ici, cela implique d’avoir accès à des mesures de débit ou de hauteur de nappe qui ne soient influencées que par les variations climatiques, ce qui n’est évidemment pas simple tellement pompages, barrages, drainages, urbanisation et autres artificialisations modifient largement les niveaux d’eau. Les chercheurs ont néanmoins identifié 600 stations préservées parmi les 4 000 pour valider leurs modèles.
    « Commencer à se préparer »

    Une fois toutes ces précautions prises, l’équipe d’Explore2 a multiplié les projections. À partir d’une quinzaine de modèles de climat mondiaux ou focalisés sur l’Europe, faisant consensus à l’échelle de la communauté scientifique, elle a obtenu un champ des possibles des tendances de précipitations. Informations ensuite rentrées dans neuf modèles hydrologiques pour transformer les données sur les pluies en informations sur le niveau des nappes et le débit des cours d’eau. En définitive, les chercheurs et chercheuses se retrouvent avec quelque 200 projections...

    « La simulation par de nombreux modèles différents augmente la confiance sur certains résultats », explique Agnès Ducharne, climatologue au CNRS, qui a également participé à Explore2. Plus une même projection va se répéter, plus elle a de chances d’être juste, selon les statisticien·nes du climat. « Cette approche multimodèle fait largement consensus, renchérit Ludovic Oudin, hydrologue à Sorbonne-Université, qui n’a pas participé au projet. Toutes ces simulations, en permettant de regarder comment les modèles divergent, donnent une bonne idée de l’incertitude. »

    Ensuite, il a fallu justement représenter l’incertitude puisque, selon les modèles climatiques utilisés, les débits annuels moyens augmentent ou baissent. Jean-Philippe Vidal explique le choix de distinguer quatre horizons possibles à la fin du siècle « pour dégager des futurs auxquels on pourrait être confrontés et pour lesquels il faut commencer à se préparer ». Pour ne pas se limiter à des moyennes, au risque d’amoindrir les évolutions, les scientifiques ont aussi voulu tenir compte des extrêmes.

    Autre parti pris dans la présentation finale des résultats : celui de se limiter à un seul scénario d’émission de gaz à effet de serre du Giec, le RCP 8.5, qui table sur la poursuite du niveau actuel d’émissions dans les décennies à venir. Deux autres scénarios plus optimistes avaient été explorés. Mais le manque d’ambition des politiques climatiques laisse penser que le scénario RGP 8.5, qualifié autrefois de pessimiste, est aujourd’hui une hypothèse réaliste de travail... Qui cadre d’ailleurs avec la demande du gouvernement français de se préparer à une augmentation de 4 °C à la fin du siècle.

    Les quatre scénarios, représentés sur une carte intégrative accessible au grand public, ont chacun autant de chances d’advenir. Ils cachent par contre d’autres futurs possibles, puisque les incertitudes caractérisées dans le projet sont uniquement celles considérées aujourd’hui. Le dépassement de « points de bascule » par exemple pourrait conduire à d’autres évolutions inattendues, soulignent les chercheurs et chercheuses.

    Finalement, Explore2 confirme la baisse des précipitations en été sur toute la France. Une autre tendance se dessine fortement : la hausse des précipitations en hiver sur la moitié nord. « Nos conclusions montrent aussi pour la première fois l’intensification dans tout l’Hexagone des extrêmes hydrologiques, sécheresses et pluies intenses. Des résultats avec des implications importantes pour les gestionnaires de l’eau, dont la tâche va être plus difficile », souligne Agnès Ducharne.

    Un autre signal est très clair : il y aura de moins en moins d’eau l’été dans les rivières. Mais pour le reste… difficile d’en tirer des conclusions. Les débits annuels moyens augmentent ou baissent selon les projections, tout comme les niveaux des nappes.

    « Nos résultats scientifiques, avec un gros effort mis sur la qualité et la lisibilité des données livrées, sont nécessaires pour que les acteurs de l’eau enclenchent des actions d’adaptation. De nombreux acteurs de l’eau se saisissent déjà de nos travaux », se réjouit Jean-Philippe Vidal, qui insiste : « Les quatre futurs envisagés demandent tous d’une manière ou d’une autre de revoir nos choix de société sur la demande en eau tout en assurant les besoins des milieux aquatiques. »

    Et le chercheur d’espérer que chacun·e en tire les enseignements nécessaires en regardant le scénario qui affectera le plus son activité : que les gestionnaires de crues se préparent dès maintenant au scénario le plus arrosé et les agriculteurs et agricultrices au scénario le plus sec.

    https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/220225/la-france-va-t-elle-manquer-d-eau

    #pénurie #pénurie_d'eau #pluie #modélisation

    ping @reka

  • « Un gros risque de rechute » pour les patients : un antipsychotique souvent prescrit introuvable en pharmacie - Le Parisien
    https://www.leparisien.fr/societe/sante/un-gros-risque-de-rechute-pour-les-patients-un-antipsychotique-souvent-pr

    Psychiatres et pharmaciens s’inquiètent de « ruptures » de stocks de quétiapine, un traitement utilisé contre la schizophrénie, les troubles bipolaires et la dépression sévère. L’Agence du médicament reconnaît de « fortes tensions d’approvisionnement » et annonce plusieurs mesures.

    Comme tous les matins depuis des semaines, le pharmacien parisien Patrick Ryziger a regardé si ses grossistes avaient des stocks de quétiapine ce jeudi. « Et encore une fois, il n’y avait rien », souffle-t-il. Prescrit notamment pour des patients atteints de schizophrénie, de troubles bipolaires ou encore de dépression sévère, cet antipsychotique est en « fortes tensions d’approvisionnements », alerte l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) ce jeudi.

    La situation dure depuis des mois mais elle tend à s’aggraver récemment. « Je me suis réveillé lundi en découvrant qu’il m’en restait juste pour trois jours, et j’ai dû faire cinq pharmacies pour trouver une boîte », raconte Arnaud, un quinquagénaire francilien qui en prend quotidiennement depuis deux ans.

    Comme lui, « beaucoup de patients risquent d’être en rupture ! » alerte le Pr Antoine Pelissolo, chef du service de psychiatrie à l’hôpital Henri-Mondor (Créteil). Depuis « quelques semaines », le psychiatre Hugo Baup voit arriver dans son hôpital de Périgueux (Dordogne) « des patients qui, du jour au lendemain, ne trouvent plus de quétiapine et sont très inquiets, ainsi que leur famille ». Il raconte : « On appelle toutes les pharmacies du coin pour en trouver une qui a toujours quelques boîtes, et sinon on doit revoir en urgence le traitement, au cas par cas ».
    « On sent les patients en détresse, mais on ne peut pas les accompagner »

    La quétiapine, qui fait partie des antipsychotiques les plus prescrits, permet de stabiliser l’état de nombreux malades. « Il est souvent donné sur une très longue durée, voire à vie. Et tout sevrage doit être mené de façon extrêmement progressive et encadrée », décrit Fabienne Blain, du « Collectif schizophrénies ». « Un jour sans médicament n’est pas dramatique, mais si un patient ne prend rien pendant une ou deux semaines, il y a un gros risque de rechute », complète Antoine Pelissolo.

    Ce médicament est vendu par le laboratoire Cheplapharm France sous l’appellation Xéroquel, mais aussi par d’autres groupes sous d’autres noms, ainsi qu’en générique. Tous les fabricants sont concernés par ces « tensions ». « Depuis novembre, on voit toutes les références et tous les dosages disparaître progressivement, comme des dominos », décrit le pharmacien Patrick Ryziger. Ce dernier s’est retrouvé contraint, ces dernières semaines, de renvoyer des patients en leur disant : « On n’a plus rien. » « On les sent en détresse, mais on ne peut pas les accompagner. C’est extrêmement frustrant », regrette-t-il.

    Reste à comprendre pourquoi. Les laboratoires ne nous ont pas répondu, mais l’ANSM évoque « un problème de production » rencontré par un fabricant commun à différents labos. De leur côté, les hôpitaux ont souvent conservé suffisamment de stocks pour « tenir » encore.
    Livraisons restreintes et exportations interdites

    En septembre dernier, l’agence du médicament a mis en place un « contingentement quantitatif ». Le nombre de boîtes livrées à chaque pharmacie est limité, afin d’éviter que certaines d’entre elles ne fassent de gros stocks et que d’autres se retrouvent à sec. Les exportations sont désormais interdites, le « mécanisme européen de solidarité volontaire » a été activé et des alternatives sont recherchées, annonce l’ANSM ce jeudi. Dans l’immédiat, les médecins ne doivent plus prescrire de quétiapine à de nouveaux patients, « sauf à ceux présentant un épisode dépressif caractérisé dans le cadre d’un trouble bipolaire ».

    « Déjà que ces malades sont souvent oubliés, les tensions d’approvisionnement sont un problème récurrent avec les antipsychotiques », se désole Fabienne Blain, qui alerte depuis des années les autorités à ce sujet. « On a déjà eu des craintes pour certaines autres molécules, mais avec la quétiapine c’est la première fois que cela dure autant », prévient Antoine Pelissolo. Hugo Baup, lui, soupire : « C’est déjà tellement difficile de stabiliser les gens, alors on n’a pas besoin de ça… ».

  • « Derrière vos décisions, ce sont des gens qui vont mourir » / extraits du livre-enquête « Les Juges et l’Assassin » sur la gestion du Covid-19

    Dans leur livre à paraître mercredi 22 janvier chez Flammarion, les journalistes du « Monde » Gérard Davet et Fabrice Lhomme reviennent, éléments inédits à l’appui, sur la façon dont l’exécutif a géré la crise engendrée en 2020 par l’épidémie. Nous en publions des extraits.
    Par Gérard Davet et Fabrice Lhomme

    [Le récit de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, auteurs de Les Juges et l’Assassin (Flammarion, 448 pages, 23 euros), s’appuie notamment sur une documentation très abondante, extraite en partie de la procédure judiciaire ouverte devant la Cour de justice de la République (CJR). Ainsi, les échanges mentionnés entre les différents protagonistes proviennent d’e-mails, de SMS ou de notes figurant au dossier des juges chargés de l’enquête.]

    Le 22 janvier 2020, une patiente chinoise originaire de Wuhan est hospitalisée à l’hôpital Bichat, à Paris. Elle souffre d’une forte fièvre. Avenue de Ségur [le ministère de la santé], la température monte aussi. « C’est exponentiel, non ? », s’inquiète [Agnès] Buzyn [la ministre]. Fausse alerte : apparemment, la touriste venue de Chine souffre d’une autre affection. Ouf… Malgré tout, il est temps de déployer des dispositifs pour prendre la température des passagers dans les aéroports. « Il faut s’assurer que nous avons des détecteurs… pas gagné », s’irrite [Jérôme] Salomon [le directeur général de la santé]. « Je sais, on a raison scientifiquement, mais on aura tort politiquement », lui répond Buzyn. Un tel arsenal a été mis en place pour le virus Ebola, en 2014, mais dans le cas présent, l’amplitude est bien plus large (au moins trois vols directs hebdomadaires entre Wuhan et Paris), et surtout le matériel manque. « Peut-être prendre les devants et dire pourquoi on ne le fera jamais », préconise d’ailleurs Buzyn.

    Quoi qu’il en soit, avenue de Ségur, on s’organise : Jérôme Salomon décrète le passage du Corruss, le fameux Centre de régulation et de réponse aux urgences sanitaires et sociales, en alerte de phase 2, dite renforcée.
    Le 23 janvier, la ministre de la santé s’impatiente. Tout est trop lent, trop lourd. Il y a tellement d’instances, de structures, de textes et de personnes impliqués… « Bonjour Edouard [Philippe], écrit-elle au premier ministre. Puis-je te parler un instant de la gestion de crise du coronavirus ? J’ai besoin qu’on nous voie à l’œuvre sans attendre une décision de l’OMS et surtout que les douanes, la police, ne se mettent pas à porter des #masques dans leur coin (…). Il faut une coordination. » Le même jour, l’OMS s’est résolue à ne pas lancer immédiatement le processus d’alerte internationale, ce que l’organisation appelle, dans son jargon, l’Usppi (urgence de santé publique de portée internationale). Dommage, cela aurait pu mobiliser les exécutifs de tous les pays. (…)

    Un chiffre préoccupant

    « Le 23 janvier, on est déjà en “Task Force Covid-19” et c’est la première fois qu’est faite, par l’Inserm, une analyse du risque d’importation en Europe », se souvient, de son côté, Jérôme Salomon. Qui reçoit le jour même une très mauvaise nouvelle.

    Dans un courriel, Lionel de Moissy, le pharmacien responsable des stocks d’équipements de protection, lui communique un chiffre préoccupant : il ne reste plus que 65,9 millions de masques chirurgicaux à disposition, à la plateforme de Marolles, gérée par Santé publique France (SPF), dans le département de la Marne. C’est un chiffre dérisoire, il devrait y en avoir au moins dix fois plus… A une interlocutrice qui lui demande confirmation sur le passage en « alerte renforcée », la directrice Alerte et crise de SPF, Nicole Pelletier, répond par l’affirmative. Avec cette petite explication de texte : « Ça évite le mot “crise”, c’est plus soft… »

    [...]

    « Le pire est à venir, je te l’ai toujours dit. Vous ne pourrez pas maintenir les élections (…). Nos hôpitaux vont déborder. » [Buzyn, 5 mars 2020]
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/01/21/derriere-vos-decisions-ce-sont-des-gens-qui-vont-mourir-decouvrez-les-extrai

    https://justpaste.it/br9hj

    #Covid-19 #santé_publique #pénurie

  • #Santé : Des médecins camerounais pour faire face à la pénurie de médecins dans le Pas-de-Calais

    La désertification médicale touche de nombreuses communes de la région. Dans la commune de Haisnes, la mairie a tenté d’anticiper les départs en retraite. Après plusieurs échecs de recrutement, une piste est envisagée au Cameroun. Quatre médecins africains se disent intéressés.

    À Haisnes, la maison de santé est flambant neuve. Ouverte à l’été 2024, elle abrite d’ores et déjà infirmiers, ostéopathe, podologue, cabinet dentaire. Problème : seuls deux médecins y exercent depuis le départ à la retraite de quatre autres généralistes. Il en faudrait au moins deux de plus pour faire face aux besoins.
    . . . . .
    Malgré les efforts, le recrutement de généralistes est à la peine. « Je suis allé sur des cellules de recrutement dans des pays de l’Est et notamment la Roumanie », nous explique Frédéric Wallet. « Mais ça n’a pas marché ». L’élu s’est donc tourné vers une « piste sérieuse » au Cameroun. Un psychiatre, lui-même d’origine camerounaise et qui exerce près de Haisnes, a fait le lien.
    . . . . .
    Source et suite : https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/pas-calais/lens/sante-des-medecins-camerounais-pour-faire-face-a-la-pen

    #France #désertification #pénurie #médecins Hors Paris, point de #salut

  • L’accélération de l’#IA pose déjà des questions de #pénuries d’#eau et d’#énergie

    Le Royaume-Uni comme les États-Unis viennent de présenter de nouveaux plans pour soutenir la mise en place d’#infrastructures pour l’IA dans leurs territoires. Mais actuellement, aux États-Unis, de nouvelles #centrales au gaz sont ouvertes pour répondre aux demandes d’énergie de l’IA. Au Royaume-Uni, l’implantation par le gouvernement de sa « première zone de croissance de l’IA » près d’un nouveau réservoir pose la question des priorités d’#accès_à_l'eau.

    Ce mardi 14 janvier et six jours avant la passation de pouvoir à Donal Trump, Joe Biden a publié un décret pour l’investissement des États-Unis dans des infrastructures. « Je signe aujourd’hui un décret historique visant à accélérer la vitesse à laquelle nous construisons la prochaine génération d’infrastructures d’IA ici aux États-Unis, de manière à renforcer la compétitivité économique, la sécurité nationale, la sécurité de l’IA et l’énergie propre », affirme-t-il.

    Selon certaines estimations, la consommation énergétique de l’IA devrait être multipliée par 4 à 9 d’ici 2050 et la consommation d’énergie des #data_centers aux États-Unis est déjà très carbonée.

    Le #gaz comme source d’énergie future aux États-Unis

    Mais, malgré les différentes annonces d’investissements dans le nucléaire par les géants du numérique, les États-Unis seraient plutôt à l’aube d’un boom de la construction de #centrales_électriques au gaz naturel, selon le Financial Times. Le journal économique américain explique que « les grandes entreprises technologiques se tournent vers les #combustibles_fossiles pour répondre aux énormes besoins en #électricité de la révolution de l’intelligence artificielle, ce qui met en péril les objectifs en matière de climat ».

    Le journal cite le cabinet de conseil en énergie #Enverus qui prévoit qu’au moins 80 centrales électriques au gaz seront construites aux États-Unis d’ici à 2030. Le Financial Times estime la capacité supplémentaire de ces centrales à 46 gigawatts, « soit la taille du réseau électrique norvégien et près de 20 % de plus que ce qui a été ajouté au cours des cinq dernières années ». Et selon Corianna Mah, analyste pour Enverus interrogée par le journal, « le gaz croît en fait plus rapidement aujourd’hui, et à moyen terme, que jamais auparavant ». Aucun des projets qu’Enverus a listés ne prévoit d’être équipé d’un système de capture de dioxyde de carbone.

    Approvisionnement de l’eau dans un lac de barrage prévu pour la population britannique

    De son côté, le gouvernement du Royaume-Uni vient d’annoncer une stratégie nationale pour faire de son pays un leader en matière d’intelligence artificielle. Dedans, il prévoit entre autres des « Zones de croissance de l’IA » (#IA_growth_zones), « des zones bénéficiant d’un meilleur accès à l’électricité et d’un soutien pour les autorisations de planification, afin d’accélérer la mise en place d’une infrastructure d’IA sur le sol britannique », comme l’explique le communiqué du Secrétariat d’État à la science, à l’innovation et à la technologie.

    Mais des questions se posent sur l’emplacement prévu de la première « #zone_de_croissance ». Situé à Culham, au siège de l’Autorité britannique de l’énergie atomique (UKAEA), cet endroit est aussi celui du premier nouveau lac de barrage construit depuis 30 ans aux Royaume-Uni, « qui était censé fournir de l’eau aux habitants du sud-est de l’Angleterre, qui souffre d’un grave problème d’approvisionnement en eau », explique le Guardian.

    Le journal britannique souligne que cette région est celle qui, selon l’agence environnementale nationale, est la plus sensible du pays aux manques d’eau. Entre les réserves d’eau disponibles et la demande attendue sans compter les data centers, le sud-est du pays sera confronté à un déficit potentiel de plus de 2,5 milliards de litres par jour d’ici 2050.

    Du côté énergétique, le gouvernement britannique a mis en place un Conseil de l’énergie de l’IA qui doit travailler avec les entreprises du secteur pour « pour comprendre les demandes et les défis énergétiques » liés à l’intelligence artificielle. Il parie encore sur la possibilité de mettre en place des #SMR (#réacteurs_nucléaires_modulaires).

    « L’expansion de l’IA a été un sujet de préoccupation pour #National_Grid [entreprise de distribution de l’électricité et du gaz notamment au Royaume-Uni], mais la vitesse à laquelle la demande de calcul de l’IA augmente a pris tout le monde par surprise et, à moins que nous n’équilibrions correctement les compromis ci-dessus, avec des politiques appropriées, toute l’énergie verte et bon marché dont nous disposons sera utilisée par les grandes entreprises technologiques, ce qui privera les familles qui souffrent déjà de la pauvreté énergétique », explique Gopal Ramchurn, chercheur de l’université de Southampton, interrogé par le Guardian.

    La #France s’appuie sur son #nucléaire, mais des tensions sont présentes

    Quant à la France, l’instabilité politique ne permet pas d’y voir très clair dans la politique du pays concernant l’IA. Lors de son discours de politique générale, le premier Ministre François Bayrou a évoqué l’IA lorsqu’il a annoncé la création d’un fonds spécial « entièrement [consacré] à la réforme de l’État ». Ce fonds sera financé par des actifs « en particulier immobiliers, qui appartiennent à la puissance publique, de façon à pouvoir investir, par exemple, dans le déploiement de l’intelligence artificielle dans nos services publics ».

    Lors de ses vœux, le Président de la Région Normandie Hervé Morin a évoqué la volonté de sa région d’être référente en matière d’intelligence artificielle et d’accueillir des data centers sur trois ou quatre points du territoire. Il a mis en avant « son potentiel énergétique décarboné », faisant référence aux centrales nucléaires de Flamanville, Paluel et Penly et à l’EPR situé lui aussi à Flamanville.

    Mais RTE tirait récemment un signal d’alarme sur le foisonnement de projets de data centers prévus pour l’IA. Si l’entreprise affirmait en novembre à l’Usine Nouvelle avoir « assez d’électricité pour répondre à la croissance des besoins », elle pointait aussi du doigt une « course à la capacité » et un manque de planification :« plusieurs projets ont été abandonnés en raison de tensions sur la distribution de l’énergie », ajoutait-il.

    https://next.ink/165467/lacceleration-de-lia-pose-deja-des-questions-de-penuries-deau-et-denergie

    #intelligence_artificielle #AI #énergie_nucléaire

    • Pourquoi l’IA générative consomme-t-elle tant d’énergie ?

      #DeepSeek défraye la chronique en proposant un modèle dont les #performances seraient comparables à celles des modèles préexistants, pour un coût très réduit en termes de puissance de calcul et de données, et donc une #consommation_énergétique moindre. Quand on sait que Microsoft a indiqué une hausse de 29,1 % d’émission de carbone sur l’année 2023 et que différentes grandes entreprises du numérique investissent dans des capacités de production d’électricité, le tout en lien avec l’essor de l’#IA_générative, l’enjeu est de taille. Pourquoi l’IA générative consomme-t-elle tant ? Décryptage.

      Les grands modèles de langage (Large Language Models ou LLM), comme ChatGPT (OpenAI), Gemini (Google/DeepMind) ou encore les modèles génératifs d’images comme #Midjourney, sont devenus en très peu de temps des outils incontournables avec des usages qui ne cessent de s’amplifier et de se diversifier. Il est vrai que la fluidité des échanges avec ChatGPT impressionne, et que les promesses de développement sont enthousiasmantes.

      Néanmoins, ces promesses cachent des coûts de calcul, et donc énergétiques, considérables. Or, aujourd’hui l’idée dominante dans l’industrie des modèles génératifs est : « Plus grand est le modèle, mieux c’est. » Cette compétition s’accompagne d’une croissance de la consommation énergétique et, donc, de l’empreinte écologique qui ne peut plus être ignorée et qui questionne quant à sa pérennité et sa viabilité pour la société.
      Pourquoi un tel coût ?

      Un modèle génératif de texte comme un chatbot est un ensemble de paramètres numériques ajustés à partir de données pour accomplir une tâche spécifique. L’architecture dominante s’appuie sur les « transformers ».

      Les #transformers prennent une séquence en entrée, par exemple un prompt (soit votre question), pour la transformer numériquement. En empilant les couches de transformers, le modèle multiplie ces transformations afin de construire la réponse en prolongeant son entrée. Cet empilement de couches confère au modèle son efficacité et fait croître le nombre de paramètres. C’est pourquoi un modèle tel que GPT-4 contient au moins 1 tera (1 000 milliards) de paramètres et nécessite donc au moins 2 tera octets (To) de mémoire vive pour être utilisable.

      Que ce soit pour l’entraînement, pour le stockage des données et des paramètres, ou pour le calcul d’une réponse, des infrastructures de calcul de plus en plus puissantes sont donc indispensables. En d’autres termes, contrairement à ce que l’on croit souvent, ce n’est pas juste pour entraîner le modèle que ces techniques sont très coûteuses.

      Des données émerge la « connaissance »

      Avant tout, un modèle génératif doit être « appris ». Pour cela des données (textes, images, sons, etc.) lui sont présentées à maintes reprises afin d’ajuster ses paramètres. Plus il y a de paramètres, plus la phase d’apprentissage est coûteuse en données, mais aussi en temps et en énergie.

      Ainsi, pour un LLM (grand modèle de langage), on parle par exemple de l’ordre de la dizaine de trillions de données (environ 10 trillions pour GPT-4 et 16 trillions pour Gemini) et aux alentours de trois mois de préapprentissage sur environ 20 000 puces A100 de NVIDIA pour le dernier-né d’OpenAI. Ces modèles les plus performants sont en fait une combinaison de plusieurs énormes modèles (les « Mixture of Experts »), GPT-4 étant ainsi le résultat de 16 experts de 110 milliards de paramètres, selon les rares informations disponibles.

      Après cette phase d’apprentissage, le modèle est déployé afin de répondre aux utilisateurs dans une phase dite d’« inférence ». Pour faire face à la demande (ces systèmes construits pour répondre à plusieurs personnes en même temps) avec un temps de réponse satisfaisant, le modèle est alors dupliqué sur différents clusters de calcul. Un article de recherche constate également que les architectures génératives polyvalentes consomment significativement plus d’énergie à l’inférence que les systèmes spécifiques à une tâche, même à taille de modèle équivalente.

      Ce survol des besoins en termes de calcul donne une idée des ordres de grandeur qui se cachent derrière nos interactions — qui semblent si rapides et efficaces — avec ces énormes modèles. Il permet surtout de poser différemment la question de l’évaluation de ces modèles, en y incluant la question de la soutenabilité en termes énergétiques et écologiques. Des travaux récents proposent ainsi un modèle pour évaluer les impacts environnementaux de la fabrication des cartes graphiques et une analyse multicritère des phases d’entraînement et d’inférence des modèles d’apprentissage automatique.
      Obsolescence et frugalité

      Ainsi les grands modèles génératifs nécessitent des infrastructures matérielles colossales.

      Au-delà de considérations économiques, il a été montré que passé un certain point, les gains de performances ne justifient pas une telle explosion du nombre de paramètres. Toutes les applications ne nécessitent pas d’énormes modèles et des approches plus modestes peuvent être aussi performantes, plus rapides et moins coûteuses.

      Sur le plan environnemental, l’apprentissage et l’inférence de modèles massifs ont un coût énergétique qui nécessitent réflexion. Les travaux de certains auteurs soulignent la complexité de mesurer avec précision l’empreinte carbone de ces grands modèles, tout en montrant leur impact considérable : 50,5 tonnes équivalent CO2 (CO2 eq) pour un modèle de 176 milliards de paramètres, appris en 2023… et pratiquement considéré comme obsolète aujourd’hui. Pour rappel, si un Français moyen rejette actuellement environ 10 tonnes CO2 eq par an, l’objectif à l’horizon 2050 pour respecter l’engagement des accords de Paris est d’environ 2 tonnes CO₂ eq par Français et par an.

      Quant à la phase d’inférence (ou d’utilisation, quand on pose une question à GPT), lorsqu’elle est réalisée des millions de fois par jour, comme c’est le cas pour un assistant conversationnel, elle peut engendrer un coût énergétique considérable, parfois bien supérieur à celui de l’entraînement.

      Ainsi, un outil développé en 2019 a permis d’estimer qu’une inférence de ChatGPT 3.5 produisait environ 4,32 grammes de CO2.

      À l’heure où les assistants conversationnels sont peut-être en passe de remplacer les moteurs de recherche standards (Google, Bing, Qwant), la question de son utilisation se pose, car ces derniers ont un coût 10 à 20 fois moindre (0,2 gramme de CO2 la recherche, d’après Google).

      Enfin, la concentration de pouvoir entre quelques acteurs disposant des ressources nécessaires pour développer ces modèles — data centers, données, compétences — pose des problèmes scientifiques en limitant la diversité des recherches, mais aussi stratégiques et politiques.
      Les recherches en IA frugale

      La frugalité consiste à se fixer dès le départ une enveloppe de ressources (calcul, mémoire, données, énergie) et à concevoir des modèles capables de s’y adapter. L’idée n’est pas de sacrifier les performances, mais de privilégier la sobriété : optimiser chaque étape, du choix de l’architecture à la collecte des données, en passant par des méthodes d’apprentissage plus légères, afin de réduire l’empreinte environnementale, d’élargir l’accès à l’IA et de favoriser des applications réellement utiles.

      La recrudescence de travaux de recherche sur ce thème illustre la volonté de penser l’IA sous l’angle de la sobriété. Il s’agit ainsi de replacer la pertinence, l’impact sociétal et la soutenabilité au cœur de la recherche.

      Concrètement, de nombreuses pistes émergent. Sur le plan de l’apprentissage, il s’agit d’explorer des alternatives algorithmiques au paradigme actuel, hérité du milieu des années 1980 et qui n’a jamais été remis en question alors même que les quantités de données et la puissance de calcul n’ont plus rien à voir avec celles qui prévalaient aux débuts de ces modèles.

      Ainsi, au-delà des optimisations techniques, une réflexion méthodologique de fond s’impose, tant le contexte scientifique a évolué depuis les années 1980. Cette réflexion est au cœur, par exemple, du projet Sharp, financé par le programme France 2030. L’étude d’architectures plus compactes et spécialisées est également abordée avec le projet Adapting du même programme.

      Les mathématiques appliquées peuvent jouer un rôle clé en proposant des « représentations parcimonieuses », des méthodes de factorisation, ou en optimisant l’usage de données faiblement annotées.

      Ainsi, en travaillant avec des contraintes de ressources, ces recherches visent un développement en IA plus frugal et donc durable, ainsi que plus accessible, et indépendant de l’hyperconcentration du marché. Elles limitent les externalités négatives — environnementales, éthiques, économiques — liées à la course effrénée vers le gigantisme.

      Mais pour atteindre ces objectifs, il est aussi important d’avancer sur les critères et les méthodes d’évaluations en IA : avec le paradigme dominant actuel, la dimension de frugalité peine encore à s’imposer, que ce soit du côté de la recherche ou industriel. Il ne faut d’ailleurs pas confondre la récente explosion des outils de DeepSeek avec de la frugalité, les coûts en calcul et en données étant eux aussi extrêmement élevés, avec des méthodes probablement éthiquement répréhensibles.

      Ainsi, le monde académique doit mieux intégrer cette dimension afin d’améliorer la visibilité et la valorisation des travaux qui visent la frugalité.
      L’IA que nous développons est-elle vraiment utile ?

      La frugalité en IA n’est pas un simple concept, mais une nécessité face aux enjeux actuels. Les travaux récents sur son empreinte carbone illustrent l’urgence de repenser nos méthodes. Avant même d’envisager les manières de rendre l’IA plus sobre, il est légitime de se demander si l’IA que nous développons est vraiment utile.

      Une approche plus frugale, mieux pensée et mieux orientée, permettra de construire une IA tournée vers le bien commun, s’appuyant sur des ressources maîtrisées, plutôt que sur la surenchère permanente en taille et en puissance de calcul.

      Cet article a été écrit dans le cadre de la troisième édition des Dauphine Digital Days qui a eu lieu à l’Université Paris Dauphine — PSL, du 18 au 20 novembre 2024.

      https://theconversation.com/pourquoi-lia-generative-consomme-t-elle-tant-denergie-247406

    • IA : un puits sans fond de dépenses en énergie, en #eau et en #CO2

      Emmanuel Macron veut croire que la France a « des #data_centers_propres ». Mais les dégâts environnementaux des industries numériques sont déjà tangibles (consommation d’#électricité, émissions de CO2, besoins en eau et en #minerais, conflits d’usage sur le #foncier) alors que l’idée d’une #IA_verte n’est encore qu’une promesse.

      Si le climat était une intelligence artificielle (IA), le monde serait en train de le sauver. Face au tsunami d’investissements publics et privés programmés pour ses infrastructures, il est tentant de détourner le fameux slogan : « Si le climat était une banque, ils l’auraient déjà sauvé. » Car si ces annonces financières brillent de l’or des profits à venir, elles éclipsent un problème tout aussi exponentiel : les impacts environnementaux désastreux de l’IA.

      109 milliards d’euros en France dans les prochaines années annoncés par Emmanuel Macron, ainsi qu’un projet de méga data center cofinancé par les #Emirats_arabes_unis ; 500 milliards de dollars débloqués pour #Stargate (« la porte des étoiles ») et ses futurs data centers aux États-Unis par #OpenAI et #SoftBank ; 65 milliards de dollars par #Meta, la maison-mère de #Facebook, qui a par ailleurs démoli un centre de données en cours de construction pour le remplacer par un autre adapté aux besoins de l’IA. #Microsoft veut débourser 80 milliards de dollars en divers équipements techniques dans le même objectif.

      Secteur industriel en plein boom ou au bord d’une bulle financière, l’avenir le dira. Mais l’#empreinte_carbone et matérielle de la ruée mondiale vers les #données_numériques est, elle, déjà palpable. Une requête via #ChatGPT consomme dix fois plus d’électricité qu’une recherche Google, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Ses expert·es anticipent une explosion de la demande énergétique, équivalente à la consommation actuelle d’un pays comme la Suède ou même l’Allemagne – selon la place du curseur sur la fourchette d’estimation.

      Requêtes énergivores

      Pourquoi ? Deux explications principales semblent faire consensus parmi les spécialistes. D’abord, des raisons strictement matérielles : les #serveurs configurés pour l’#IA_générative utilisent beaucoup plus de courant électrique que leurs prédécesseurs. Notamment parce qu’ils utilisent des puces spécifiques, les #GPU (« # graphics_processing_unit », des #processeurs_graphiques), « qui ont des capacités de #calcul nécessaires à la #technologie d’apprentissage qui permet aux modèles d’IA d’améliorer leur performance, explique Loup Cellard, chercheur associé au médialab de Sciences Po. Une requête sur ChatGPT demande plus de mémoire vive et plus de capacité de #stockage qu’une simple recherche sur un moteur internet ».

      Or, chacun de ces services correspond à des besoins matériels supplémentaires. « Faire une requête ChatGPT pour demander un truc que pourrait donner Google, c’est comme couper votre baguette de pain avec une scie électrique : ça marche mais ça n’est pas la meilleure utilisation que vous pouvez faire des ressources », résume Sylvain Waserman, président de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), selon qui « il serait absurde de s’opposer à l’IA et il est irresponsable de ne pas s’intéresser à ses impacts ».

      La phase d’entraînement des machines est plus intense en énergie à l’unité, car elles doivent être beaucoup stimulées pour ramasser et distribuer les données. Mais c’est bien sûr celle des usages qui finalement est la plus énergivore, car le nombre des utilisateurs de la technologie dépasse de loin celui des ingénieur·es qui la développent.

      Ainsi « la migration vers le cloud, l’essor de l’IA générative et les #cryptomonnaies sont les trois principaux vecteurs de la reconfiguration en cours des impacts des centres informatiques » selon l’association GreenIT, dont les rapports font référence. Les data centers, les cryptomonnaies et l’intelligence artificielle ont consommé près de 2 % de l’électricité mondiale en 2022, selon l’AIE. Cela peut sembler dérisoire. Mais la quantité d’électricité qu’ils consomment pourrait doubler en 2026 (par rapport à 2022). Il existe aujourd’hui plus de 8 000 centres de données dans le monde, principalement situés aux États-Unis.

      Les data centers adaptés aux besoins de l’intelligence artificielle consomment 18 % de l’électricité des centres informatiques, alors qu’ils n’en représentent que 2 % de la quantité dans le monde, selon les dernières estimations de GreenIT. Ils émettent près de 4 % de tout le CO2 de la filière numérique, soit déjà plus que l’ensemble des ordinateurs portables en circulation. Selon #France_Datacenter, le lobby du secteur, la demande supplémentaire liée à l’IA générative en France d’ici à dix ans sera de 1 gigawatt, l’équivalent d’un petit réacteur nucléaire.

      Mais les opérateurs de data centers n’aiment pas trop aborder le sujet de leurs impacts environnementaux. Interrogé par Mediapart sur ses besoins en électricité pour soutenir le développement de son activité, #Amazon_Web_Service (#AWS), la branche data center du Gafam, répond par la liste très détaillée de ses investissements et créations d’emplois à venir, sans un mot sur ses besoins énergétiques.

      « Avec l’IA, on pourrait changer d’échelle d’ici à 2030 en termes d’impact environnemental car ses serveurs ne représentent que 2 % des équipements et la demande est très importante pour les années à venir, constate Cécile Diguet, spécialiste des infrastructures numériques. Aujourd’hui, le numérique est un des secteurs qui nous mettent dans le rouge quant au respect des limites planétaires : consommation d’énergie, de ressources en minerais et terres rares, en eau. Les technologies et le numérique prétendent régler des problèmes qu’ils aggravent. Grâce à une IA, on pourra peut-être traiter une base de données plus vite ou mieux gérer la complexité de réseaux d’électricité. Mais en définitive, l’accumulation perpétuelle de matériels et de data centers fait que tous les gains en énergie sont consommés derrière. Le numérique n’est pas source de sobriété. »

      C’est particulièrement vrai concernant les quantités de minerais utilisés pour fabriquer les équipements (centres de données mais aussi puces et autres composants) nécessaires à l’IA – et les déchets en résultant. Ils sont la « colonne vertébrale » de l’intelligence artificielle, selon la chercheuse états-unienne Kate Crawford, qui appelle à créer un nouvel atlas du monde pour visualiser les besoins matériels, financiers et politiques de l’IA, qu’elle décrit comme un système « extractiviste » (Contre-Atlas de l’intelligence artificielle, Zulma, 2024).

      En Chine, l’institut de recherche sur le réseau électrique s’attend à ce que la demande en électricité des centres de données double d’ici à 2030 (par rapport à 2020). Cette consommation est dopée par l’expansion rapide de la 5G et de l’Internet des objets. Le concurrent chinois de ChatGPT, #DeepSeek, a été développé à moindre coût économique et avec moins de consommation énergétique, promettent ses fabricants. Mais personne n’est aujourd’hui en mesure de le vérifier.

      En Europe, le cas de l’#Irlande est spectaculaire : les data centers y représentent 17 % de toute la demande en électricité du pays. C’est autant que toute la consommation du résidentiel en ville. Si tous les projets de centres de données qui ont été approuvés sont menés à terme dans les prochaines années, ils utiliseraient 32 % de tout le courant électrique. Au #Danemark, qui mise aussi sur l’économie des data centers tout en soutenant une initiative européenne de réduction du CO2 du numérique, les centres de données pourraient avaler 20 % de l’électricité en 2026. Est-ce soutenable, alors que le Pacte vert européen fixe aux États l’objectif de réduire d’au moins 38 % leur consommation d’énergie finale d’ici à 2050 ? Pour la Commission européenne, la demande en électricité des data centers pourrait augmenter de 30 % dans l’Union entre 2018 et 2030.

      #Bilan_carbone désastreux

      Surtout que, malgré l’essor des énergies dites renouvelables dans le monde, les sources d’électricité du numérique restent globalement très émettrices en carbone. Apple et Google prétendent être neutres en impact climatique, mais c’est parce qu’ils achètent des crédits de compensation carbone, rappelle la chercheuse Kate Crawford. Elle cite l’exemple de la Chine, où l’industrie des centres de données tire à 73 % son électricité du charbon. En France, l’Ademe a dû revoir à la hausse l’empreinte carbone des data centers à 42 % du secteur du numérique, en intégrant les centres de données à l’étranger que font tourner les utilisateurs nationaux.

      En 2022, l’ensemble du secteur numérique a émis autant de CO2 que le secteur des poids lourds (un peu plus de 4 % de tous les rejets de carbone) dans l’Hexagone. Mais grâce à son électricité décarbonée, la France cherche à se positionner sur le marché des usines à données : « Les data centers en France, ce n’est pas comme aux États-Unis où on utilise du pétrole et du gaz. Ce sont des data centers propres », a prétendu Emmanuel Macron dimanche 9 février.

      Ainsi, entraîner le modèle #GPT3 de la firme OpenAI équivaudrait à conduire 112 voitures à essence pendant un an, selon des scientifiques cités dans AOC par les chercheurs Loup Cellard et Christine Parker. Ils y critiquent pourtant les méthodes d’évaluation des impacts de l’intelligence artificielle. Selon eux, les gains écologiques que permettrait « l’IA verte » sont surestimés et potentiels, alors que les impacts sont immédiats et réels. Les projets de récupération de chaleur pour chauffer une piscine, une résidence, une usine, un hôpital sont multiples et s’affrontent à des obstacles : niveau de température de sortie pas toujours assez haut, risque d’intermittence, etc. – voir aussi le rapport de l’ONG Beyond Fossil Fuels sur le sujet.

      « L’IA n’est pas une activité différente des autres, ajoute Loup Cellard. C’est une industrie capitaliste comme une autre, à laquelle se posent les mêmes questions de responsabilité environnementale, de calcul et de mise en visibilité de ses impacts. »

      À titre d’exemple, de nombreux opérateurs de data centers sont des #fonds_d’investissement_immobiliers (#Real_Estate_Investment_Trust, #Digital_Realty, #Equinix), comme le remarque l’Ademe. La multiplication de leurs constructions ainsi que l’augmentation de leur taille posent des problèmes d’#artificialisation et d’#urbanisme : quelle forme de villes annonce la multiplication des centres de données ? Qui a envie de vivre à côté d’un immeuble de serveurs et de ses stocks de fioul inflammable ? En France, un véritable cluster s’est développé à l’ouest de la #Seine-Saint-Denis (La Courneuve, Saint-Denis, Le Bourget, Dugny) et au nord de #Marseille.
      Parmi les effets déjà tangibles aujourd’hui : la consommation en #eau. Car les data centers doivent être refroidis. Plus ils grossissent et produisent de la chaleur, plus la quantité d’eau nécessaire à baisser leur température est importante. Cette question peut s’avérer critique en période de canicule, signale l’Ademe dans un avis de novembre dernier – en France, ses expert·es estiment qu’en fonction de leur système, ils peuvent consommer 2 litres d’eau par kilowattheure. Au prochain épisode de sécheresse, combien de personnes accepteront que leur data center continue d’être alimenté alors que leur eau potable est coupée ? Et qui décidera ?

      Ainsi #Thames_Water, principale compagnie britannique de distribution d’eau, a demandé aux opérateurs de data centers, notamment à #Google_Cloud et #Oracle, un plan de réduction de leur consommation, jugée excessive à l’été 2022 pendant un pic de chaleur. À Amsterdam, Microsoft a dû présenter un plan drastique de réduction de ses besoins en eau. Aux États-Unis, un des plus gros data centers en fonctionnement est celui de l’agence de renseignement NSA, qui s’étend sur plus de 100 000 mètres carrés dans l’Utah, une terre particulièrement exposée à la sécheresse. Il avale à lui tout seul plus de la moitié de la consommation de l’eau de l’État, autour de 60 %, selon une étude.

      Ouvrir le capot des IA ?

      Après avoir longtemps refusé de révéler la quantité de liquide absorbée par son data center, la NSA a finalement fait savoir en 2022 qu’il avait besoin de près de 90 millions de litres d’eau – soit 35 fois la piscine olympique de Paris 2024 – chaque mois. L’Utah mise sur l’industrie des centres de données et leur vend son eau à des prix battant toute concurrence. Les méga hangars à serveurs s’y multiplient – il y en a deux douzaines aujourd’hui. Mais le Grand Lac salé s’en ressent, selon les défenseurs de l’environnement qui s’inquiètent de le voir s’assécher. En novembre 2022, il a atteint son étiage le plus bas, au point de mettre en danger son écosystème, et notamment ses populations de crustacés, dont se nourrissent des millions d’oiseaux migrateurs.

      En France, l’Ademe estime que les data centers pourraient utiliser 6 % de l’électricité en 2050 – aujourd’hui, le numérique en dépense 11 %. Selon RTE, le gestionnaire des réseaux, les data centers en France pourraient tripler leur consommation d’électricité d’ici à 2035, passant d’environ 10 térawattheures aujourd’hui à 28, selon leur plus haute projection. Les demandes de raccordement de nouveaux centres de grande taille sont en très forte hausse depuis quatre à cinq ans, note l’Ademe, et dépassent de 8 gigawatts – soit plus de quatre réacteurs EPR.

      Son président, Sylvain Waserman, veut défendre la thèse « d’une IA française et européenne qui pourrait trouver un avantage concurrentiel en étant plus respectueuse des ressources ». Il estime que ce peut être une piste de différenciation face à des Gafam « qui jamais n’accepteront qu’on ouvre le capot pour étudier leur impact ».

      En attendant, le gouvernement vient de désigner 35 sites privilégiés pour y construire de nouveaux data centers : simplification des procédures administratives, possible dérogation aux obligations de débat public, réduction des délais de recours juridiques… Sans savoir si les industriels accepteront de communiquer sur leur empreinte énergétique, ils bénéficient d’ores et déjà d’une belle offre de dérégulation.

      https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/100225/ia-un-puits-sans-fond-de-depenses-en-energie-en-eau-et-en-co2

    • #Antonio_Casilli : « L’intelligence artificielle est l’une des industries extractives de notre époque »

      Professeur de sociologie à Télécom Paris, à l’Institut Polytechnique de Paris, il est l’auteur d’En attendant les robots, enquête sur le travail du clic (Seuil, 2019), dont une version augmentée vient de paraître en anglais aux éditions University of Chicago Press. Antonio Casilli est aussi co-auteur du documentaire Les Sacrifiés de l’IA, qui se penche sur les conditions de production des technologies d’IA utilisées en Occident, et sera diffusé sur France 2 le 11 février.

      À cette occasion, et en parallèle du sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle, Next l’a rencontré.

      (#paywall)

      https://next.ink/169487/antonio-casilli-lintelligence-artificielle-est-lune-des-industries-extractives

    • L’IA générative a le potentiel de détruire la planète (mais pas comme vous le pensez)

      Le risque premier avec l’intelligence artificielle n’est pas qu’elle s’attaque aux humains comme dans un scénario de science-fiction. Mais plutôt qu’elle participe à détruire notre #environnement en contribuant au #réchauffement_climatique.

      La course à l’intelligence artificielle (IA) s’intensifie. Le 9 février, veille du sommet de l’IA à Paris, Emmanuel Macron promettait 109 milliards d’euros d’investissements publics et privés dans cette technologie pour les années à venir. Il entend concurrencer les États-Unis sur ce terrain, en faisant référence au programme « #Stargate » promis par Donald Trump, qui prévoit des dépenses de 500 milliards de dollars (484 milliards d’euros) dans l’IA aux États-Unis.

      Des deux côtés de l’Atlantique, ces centaines de milliards seront principalement investis dans la construction de nouveaux centres de données pour entraîner puis faire fonctionner les outils d’intelligence artificielle. Pourtant, les impacts environnementaux de ces « data centers », mis de côté dans ce sprint à l’IA, présentent un danger réel pour notre planète.

      « Plus grand est le modèle, mieux c’est »

      L’ouverture au public de l’agent conversationnel d’OpenAI, ChatGPT, en novembre 2022 a marqué un tournant dans les usages de l’intelligence artificielle. Depuis, des dizaines d’IA génératives sont accessibles avec la capacité de résoudre des problèmes variés, allant de la rédaction d’un email professionnel à des suggestions de recette de tartes, en passant par des lignes de code informatique.

      Ces grands #modèles_de_langage (en anglais, « #Large_language_models », ou #LLM), avec un grand nombre de paramètres, se sont développés ces dernières années, comme #Gemini de #Google, #Le_Chat de l’entreprise française #MistralAI ou #Grok de #X. D’autres modèles permettent de créer de toutes pièces des images – on pense à #Dall-E ou #Midjourney –, des vidéos ou des chansons.

      Si leur utilisation est gratuite (bien que des versions payantes existent), le prix est payé non seulement par les utilisateurs dont les données personnelles sont captées, mais aussi par les populations les plus vulnérables au changement climatique. Avec leurs dizaines voire centaines de milliards de paramètres et des terabytes de données pour les alimenter, faire tourner les systèmes d’IA générative demande beaucoup de #puissance_de_calcul de #serveurs, situés dans des centres de données. Donc beaucoup d’#électricité.

      Ces chiffres ne font qu’augmenter à mesure que les modèles se perfectionnent. « Aujourd’hui, l’idée dominante dans l’industrie des modèles génératifs est : "Plus grand est le modèle, mieux c’est" », résument les chercheurs Paul Caillon et Alexandre Allauzen dans The Conversation. Malgré un manque de transparence des entreprises, la consommation d’électricité de leurs modèles et leur #impact_climatique ont fait l’objet d’estimations par nombre de chercheurs et institutions.

      Combien consomme une requête ChatGPT ?

      On sait déjà que la version de ChatGPT sortie en mars 2023, #GPT-4, a demandé plus de puissance de calcul que la précédente. Le Conseil économique et social (Cese), dans un avis de septembre 2024, cite OpenAI et explique : entraîner la troisième version de son modèle de langage a demandé l’équivalent de l’énergie consommée par 120 foyers américains. La version suivante a multiplié par 40 cette consommation, avoisinant la consommation de 5000 foyers.

      Selon une étude, début 2023, une requête ChatGPT consommait environ 2,9 Wh d’électricité, soit presque dix fois plus qu’une simple recherche Google (0,3 Wh). D’autres études estiment l’impact carbone d’une requête à ChatGPT autour de 4 à 5 grammes d’équivalent CO2.

      Produire une image, c’est pire. La startup #HuggingFace, à l’origine de l’IA #Bloom, a été l’une des premières à estimer les émissions de gaz à effet de serre de ces modèles. Dans une étude co-écrite avec l’Université états-unienne de Carnegie-Mellon, elle montre que la génération d’image est de loin la plus polluante des requêtes formulées à une IA générative (l’étude ne prend pas en compte les vidéos).

      Pour donner un ordre d’idée, générer 1000 images correspondrait à conduire environ 7 kilomètres avec une voiture essence. En comparaison, 1000 textes générés équivalent à moins d’un 1 mètre parcouru avec un même véhicule. Mais leur utilisation massive rend cet impact non négligeable. Selon le PDG d’OpenAI Sam Altman, à la fin de l’année 2024, plus d’un milliard de requêtes étaient envoyées à ChatGPT par jour.

      En janvier 2023, soit quelques mois après qu’elle a été rendue accessible au public, ChatGPT avait accumulé 100 millions d’utilisateurs. Selon une estimation de Data for Good, rien que ce mois-là, l’utilisation de ChatGPT aurait pollué à hauteur de 10 113 tonnes équivalent CO2 – soit environ 5700 allers-retours en avion entre Paris et New York.

      En décembre 2024, selon son PDG, le service avait atteint les 300 millions d’utilisateurs… par semaine. Et ce, avec une version bien plus performante – donc bien plus polluante – que la précédente.

      De plus en plus de personnes utilisent l’IA au quotidien, et pour de plus en plus de tâches. Installés dans nos smartphones, accessibles en ligne ou même intégrés dans les frigos haut de gamme, les outils d’intelligence artificielle sont presque partout.

      Une explosion de la consommation d’électricité

      Selon l’Agence internationale de l’énergie, les centres de données représenteraient aujourd’hui environ 1 % de la consommation d’électricité mondiale. Mais cette consommation risque d’augmenter avec les usages croissants et le développement de nouveaux modèles d’IA. Selon l’agence, la consommation des centres de données pour l’IA et les cryptomonnaies a dépassé 460 TWh en 2022. C’est autant que la consommation de la France. D’ici l’année prochaine, selon les scénarios, cette demande en électricité pourrait augmenter de 35 % (160 TWh en plus) à 130 % (590 TWh) ! « Soit l’équivalent d’au moins une Suède et au maximum une Allemagne » de plus dans le monde en quelques années.

      Une autre étude de l’ONG Beyond Fossils Fuels est encore plus alarmiste : « Au cours des six prochaines années, l’explosion de la demande en énergie des centres de données dans l’UE [Union européenne] pourrait entraîner une hausse de 121 millions de tonnes des émissions de CO2, soit presque l’équivalent des émissions totales de toutes les centrales électriques au gaz d’Italie, d’Allemagne et du Royaume-Uni en 2024 combinées » écrit l’ONG en février 2025.

      Les grandes entreprises de la tech cherchent à faire oublier leurs promesses écologiques. Selon le Financial Times, dans un article d’août 2024, les Gafam tentent de remettre en cause les règles de « zéro carbone net » qui leur permettent de compenser leurs émissions de CO2 par le financement d’énergies renouvelables (des règles déjà critiquées pour leur mode de calcul qui dissimule une grande partie de l’impact carbone réel de leurs consommation d’électricité).

      « Ces géants de la technologie sont sur le point de devenir les plus gros consommateurs d’énergie de demain, dans leur course au développement d’une intelligence artificielle énergivore », écrit le média britannique. Les émissions de gaz à effet de serre de Google augmentent par exemple de 13% par an (selon des chiffres de 2023). Une hausse notamment portée par l’augmentation de la consommation d’énergie de ses centres de données. Les émissions de #Microsoft ont bondi de 29 % entre 2020 et 2023.

      Des investissements massifs aux dépens des populations

      Les chefs d’État des États-Unis comme de la France ont pourtant annoncé des investissements massifs dans l’IA pour les années à venir. L’Union européenne, par la voix d’Ursula von der Leyen, a également annoncé un investissement de 200 milliards en partenariat avec de grands groupes.

      Dans les trois cas, ces centaines de milliards d’euros sur la table serviront majoritairement à construire des centres de données pour permettre l’entraînement puis l’utilisation de ces technologies. En France, en amont du sommet de l’IA, le fonds canadien Brookfield a annoncé investir 15 milliards d’euros dans la construction de centres de données, tandis que les Émirats arabes unis ont mis entre 30 et 50 milliards sur la table pour la construction d’un centre de données géant.

      Il est peu probable que cette consommation d’électricité massive ne se fasse pas au détriment des populations. En Irlande, les centres de données monopolisent une part grandissante de l’électricité du pays, ils représentent aujourd’hui plus de 20 % de sa consommation. Cette situation crée des tensions avec les habitants, qui voient leurs factures augmenter alors que la consommation des ménages n’augmente pas.
      Des engagements « durables » non contraignants

      Aux États-Unis, raconte un article de Vert, Microsoft va rouvrir le premier réacteur de la centrale nucléaire de Three Mile Island, site d’un accident en 1979 qui avait irradié toute cette partie de la Pennsylvanie et traumatisé les habitants. Les géants de la Tech – Google, Amazon et Microsoft en tête – cherchent également à investir dans les « petits réacteurs modulaires » nucléaires, en cours de développement, pour alimenter leurs centres de données, ce qui pose la question de la sûreté d’une multitude de petites installations nucléaires face au risque d’accidents. Autre conséquence : le retour en grâce du charbon, fortement émetteur en gaz à effet de serre. Dans l’État de Géorgie, la promesse faite il y a trois ans de fermer toutes ses centrales à charbon a été abandonnée pour répondre au pic de demande d’électricité créé par les centres de données.

      Face à ces risques pour les populations locales comme pour celles les plus vulnérables au changement climatique dans le monde entier, les actions semblent faibles. Une déclaration d’intention a été signée à l’issue du sommet de l’IA, notamment avec l’Inde et la Chine. Il prévoit entre autres la création d’un observatoire de l’impact énergétique de l’IA, sous la responsabilité de l’Agence internationale de l’énergie. Il planifie également la création d’une « coalition pour l’IA durable » avec de grandes entreprises du secteur.

      Ces engagements en matière d’intelligence artificielle signés par les États et les entreprises présentes ne sont pas contraignants, et ne sont pas tournés vers l’action immédiate. De plus, ni le Royaume-Uni ni les États-Unis, qui concentre un tiers des centres de données du monde, n’ont signé ce texte.

      https://basta.media/l-ia-generative-a-le-potentiel-de-detruire-la-planete-mais-pas-comme-vous-l

      #schéma #visualisation #comparaison

    • Comment l’intelligence artificielle et ses data centers s’accaparent l’eau

      La consommation d’eau de l’intelligence artificielle est souvent oubliée des discussions sur l’impact de cette technologie. Pourtant, les centres de données consomment chaque année des milliards de mètres cubes d’eau – et cela risque d’empirer.

      Google a soif. En 2023, les centres de données et les bureaux de la multinationale du numérique ont à eux seuls englouti 24 milliards de litres d’eau – dont la grande majorité utilisée par les data centers. C’est l’équivalent de la consommation d’eau annuelle d’environ 453 000 Français. La question des besoins en eau est l’un des grands enjeux environnementaux du numérique. Il est amplifié par le développement rapide et incontrôlé de l’intelligence artificielle (IA).

      Chaque année, les grandes entreprises de la tech augmentent de dizaines de pourcents leur consommation d’eau. Entre 2021 et 2022, Microsoft a accru de 34 % la quantité d’eau utilisée pour ses activités, et Google de 20 %. Cela représente des milliards de litres d’eau, en grande partie potable, prélevés en plus chaque année. La course au développement d’intelligences artificielles toujours plus performantes – et donc toujours plus polluantes – participe à cette augmentation. Rien que l’entraînement de GPT-3 (la version en usage jusqu’à mars 2023 du robot conversationnel d’OpenAI) aurait consommé 700 000 litres d’eau dans les centres de données de Microsoft basés aux États-Unis.
      Des centres de données géants dans des régions en proie à la sécheresse

      Les ressources en eau globales sont déjà mises en danger par le réchauffement climatique. De nombreuses régions du monde sont en stress hydrique : l’accès à l’eau y est limité, si ce n’est difficile. Selon des estimations de chercheurs, partagées par The Washington Post, un grand centre de données – comme ceux des Gafam – peut consommer entre 3,8 et 19 millions de litres d’eau par jour.

      Ces millions de litres sont utilisés pour produire l’électricité qui les alimente, mais aussi, pour environ un quart, directement pour le refroidissement des serveurs de ces centres de données. Si cela représente encore une faible partie de la consommation d’eau à l’échelle mondiale, les conséquences locales se font souvent déjà sentir. Le journal américain cite l’exemple de la commune de The Dalles, dans l’Oregon, où Google s’accapare plus d’un quart de l’eau de la petite ville.

      Le refroidissement par l’eau est brandi comme argument écologique par les grandes entreprises. Google, par exemple, s’est vanté d’avoir réduit son empreinte carbone de 300 000 tonnes de CO2 en 2021 grâce à des centres de données refroidis par de l’eau plutôt qu’avec de l’air conditionné. Malgré ses promesses de plus grande responsabilité écologique, deux ans plus tard encore, plus de 30 % de l’eau utilisée venait de zones où les risques de pénurie d’eau sont considérés comme moyens ou élevés.

      En Espagne, à une centaine de kilomètres de Madrid, la ville de Talavera de la Reina s’apprête à accueillir un centre de données de 191 hectares, propriété de Meta (la maison-mère de Facebook et Instagram). Depuis 2022, une trentaine de projets similaires ont été lancés dans le pays, rapporte le média indépendant espagnol elDiario.es. Dans la région de l’Aragón, « la situation est grave : 146 000 hectares ne peuvent être cultivés et 175 000 autres sont gravement endommagés par le manque d’eau ». C’est pourtant là qu’Amazon a décidé d’investir 15,7 milliards d’euros pour installer ses centres de données « hyperscale », autrement dit de très grande taille.
      « 4,2 à 6,6 milliards de mètres cubes d’eau en 2027 »

      Amazon tente de montrer patte blanche, promettant un approvisionnement électrique provenant à 100 % d’énergies renouvelables, mais des mouvements écologistes s’opposent vivement à ce projet. « Nous refusons le discours selon lequel cette méga-infrastructure serait bénigne pour les territoires, bien au contraire. Les dégâts écologiques et sociaux causés par le déploiement massif de centres de données peuvent déjà être observés dans d’autres territoires tels que la Virginie (États-Unis), le Mexique, l’Irlande et les Pays-Bas », écrit Tu Nube Seca Mi Río (« Ton nuage assèche ma rivière »).

      « La consommation directe d’eau pour le refroidissement représentera la moitié de la consommation totale d’eau de la ville de Saragosse (plus de 300 000 personnes et ses commerces et entreprises) et aurait permis d’irriguer 170 hectares de terres, [et ce,] si les chiffres avancés par projet sont respectés, ce qui semble fort peu probable. » Le collectif, qui agrège plusieurs associations écologistes espagnoles, dénonce les conséquences multiples qu’auront ces data centers pour l’accès à l’eau dans la région, tant pour l’agriculture, pour les populations que dans la lutte contre les incendies, de plus en plus fréquents. Tu Nube Seca Mi Río alerte aussi sur le danger pour la faune locale.

      Ce risque n’est pas présent qu’à l’étranger. En France, à Marseille, le collectif Le nuage était sous nos pieds – composé notamment de la Quadrature du Net – dénonce « la quasi-absence des enjeux environnementaux et territoriaux des infrastructures du numérique dans le débat public », entre autres quand il est question de la construction de nouveaux data centers. « Le méga-ordinateur surchauffe, renvoie l’air ou l’eau chaude dans une ville déjà trop souvent sujette à la canicule, pompe des quantités astronomiques d’eau et d’électricité sur le réseau public, et ne génère pratiquement aucun emploi direct », résument-ils, face à un nouveau projet de l’entreprise Digital Realty dans la ville.

      Le développement et la massification de l’utilisation de l’intelligence artificielle entraînent les entreprises dans une course effrénée à la construction de centres de données, sans considérer les conséquences écologiques et sociales. Selon une étude menée par des chercheurs et chercheuses de l’Université de Cornell, aux États-Unis, en 2023, « la demande mondiale en IA devrait représenter 4,2 à 6,6 milliards de mètres cubes d’eau en 2027, soit plus que le prélèvement annuel total d’eau de quatre à six Danemark ou de la moitié du Royaume-Uni ».

      https://basta.media/comment-intelligence-artificielle-IA-data-centers-gafam-s-accaparent-eau

    • Big tech’s water-guzzling data centers are draining some of the world’s driest regions

      #Amazon, #Google, and #Microsoft are expanding data centers in areas already struggling with drought, raising concerns about their use of local water supplies for cooling massive server farms.

      In short:

      - The three largest cloud companies are building or operating 62 data centers in regions facing water scarcity, including in Spain, #Arizona, and other drought-prone areas across five continents.
      - Amazon’s new centers in Spain’s #Aragon region are licensed to use enough water to irrigate hundreds of acres of farmland annually, and the company has requested a 48% increase in water for its existing sites.
      – Tech firms promise to become “water positive” by 2030, but experts and even internal critics say offsetting water use elsewhere doesn’t solve shortages in the communities where centers operate.

      Key quote:

      “Neither people nor data can live without water. But human life is essential and data isn’t.”

      — Aurora Gómez, Tu Nube Seca Mi Río

      Why this matters:

      Data centers are the invisible engines of the internet — processing everything from emails to AI, video calls to cloud storage — but they come with a physical footprint. That footprint includes massive energy use and a surprising dependence on fresh water to keep machines cool. In places where droughts are worsening with climate change, the demands of these centers are clashing with local needs for drinking water and agriculture. Some of these regions are already edging toward desertification, and water-intensive industries like tech may tip them further. Critics worry that promises of sustainability are greenwashing efforts that mask the environmental costs of maintaining digital infrastructure.

      https://www.dailyclimate.org/big-techs-water-guzzling-data-centers-are-draining-some-of-the-worlds-
      #Espagne

    • Big tech’s new datacentres will take water from the world’s driest areas

      Amazon, Google and Microsoft are building datacentres in water-scarce parts of five continents
      Luke Barratt, Costanza Gambarini and data graphics by Andrew Witherspoon and Aliya Uteuova
      Wed 9 Apr 2025 13.30 CEST
      Last modified on Wed 9 Apr 2025 17.40 CEST

      Amazon, Microsoft and Google are operating datacentres that use vast amounts of water in some of the world’s driest areas and are building many more, the non-profit investigatory organisation SourceMaterial and the Guardian have found.

      With Donald Trump pledging to support them, the three technology giants are planning hundreds of datacentres in the US and across the globe, with a potentially huge impact on populations already living with water scarcity.

      “The question of water is going to become crucial,” said Lorena Jaume-Palasí, founder of the Ethical Tech Society. “Resilience from a resource perspective is going to be very difficult for those communities.”

      Efforts by Amazon, the world’s largest online retailer, to mitigate its water use have sparked opposition from inside the company, SourceMaterial’s investigation found, with one of its own sustainability experts warning that its plans are “not ethical”.

      In response to questions from SourceMaterial and the Guardian, spokespeople for Amazon and Google defended their developments, saying they always take water scarcity into account. Microsoft declined to provide a comment.

      Datacentres, vast warehouses containing networked servers used for the remote storage and processing of data, as well as by information technology companies to train AI models such as ChatGPT, use water for cooling. SourceMaterial’s analysis identified 38 active datacentres owned by the big three tech firms in parts of the world already facing water scarcity, as well as 24 more under development.

      https://www.theguardian.com/environment/2025/apr/09/big-tech-datacentres-water

      Datacentres’ locations are often industry secrets. But by using local news reports and industry sources Baxtel and Data Center Map, SourceMaterial compiled a map of 632 datacentres – either active or under development – owned by Amazon, Microsoft and Google.

      It shows that those companies’ plans involve a 78% increase in the number of datacentres they own worldwide as cloud computing and AI cause a surge in the world’s demand for storage, with construction planned in North America, South America, Europe, Asia, Africa and Australia.

      In parts of the world where water is plentiful, datacentres’ high water usage is less problematic, but in 2023 Microsoft said that 42% of its water came from “areas with water stress”, while Google said 15% of its water consumption was in areas with “high water scarcity”. Amazon did not report a figure.

      Now these companies plan to expand their activities in some of the world’s most arid regions, SourceMaterial and the Guardian’s analysis found.

      “It’s no coincidence they are building in dry areas,” as datacentres have to be built inland, where low humidity reduces the risk of metal corrosion, while seawater also causes corrosion if used for cooling, Jaume-Palasí said.
      ‘Your cloud is drying my river’

      Amazon’s three proposed new datacentres in the Aragon region of northern Spain – each next to an existing Amazon datacentre – are licensed to use an estimated 755,720 cubic metres of water a year, roughly enough to irrigate 233 hectares (576 acres) of corn, one of the region’s main crops.

      In practice, the water usage will be even higher as that figure doesn’t take into account water used to generate the electricity that will power the new installations, said Aaron Wemhoff, an energy efficiency specialist at Villanova University in Pennsylvania.

      Between them, Amazon’s new datacentres in the Aragon region are predicted to use more electricity than the entire region currently consumes. Meanwhile, Amazon in December asked the regional government for permission to increase water consumption at its three existing datacentres by 48%.

      Opponents have accused the company of being undemocratic by trying to rush through its application over the Christmas period. More water is needed because “climate change will lead to an increase in global temperatures and the frequency of extreme weather events, including heat waves”, Amazon wrote in its application.

      “They’re using too much water. They’re using too much energy,” said Aurora Gómez of the campaign group Tu Nube Seca Mi Río – Spanish for “Your cloud is drying my river” – which has called for a moratorium on new datacentres in Spain due to water scarcity.

      Spain has seen rising numbers of heat-related deaths in extreme weather events linked by scientists to the climate crisis. Last month, Aragon’s government asked for EU aid to tackle its drought.

      Farmer Chechu Sánchez said he’s worried the datacentres will use up water he needs for his crops.

      “These datacentres use water that comes from northern Aragon, where I am,” he said. “They consume water – where do they take it from? They take it from you, of course.”

      With 75% of the country already at risk of desertification, the combination of the climate crisis and datacentre expansion is “bringing Spain to the verge of ecological collapse”, Jaume-Palasí said.

      Asked about the decision to approve more datacentres, a spokesperson for the Aragonese government said they would not compromise the region’s water resources because their impact is “imperceptible”.
      Water offsetting

      Amazon does not provide overall figures for the water its datacentres use worldwide. But it does claim that it will be “water positive” by 2030, offsetting its consumption by providing water to communities and ecosystems in areas of scarcity elsewhere.

      Amazon says it is currently offsetting 41% of its water usage in areas it deems unsustainable. But it’s an approach that has already caused controversy inside the company.

      “I raised the issue in all the right places that this is not ethical,” said Nathan Wangusi, a former water sustainability manager at Amazon. “I disagreed quite a lot with that principle coming from a pure sustainability background.”

      Microsoft and Google have also pledged to become “water positive” by 2030 through water offsetting, as well as finding ways to use water more efficiently.

      Water offsetting ca not work in the same way as carbon offsetting, where a tonne of pollutants removed from the atmosphere can cancel out a tonne emitted elsewhere, said Wemhoff, the Villanova University specialist. Improving access to water in one area does nothing to help the community that has lost access to it far away.

      “Carbon is a global problem – water is more localised,” he said.

      Amazon should pursue water accessibility projects “because it’s the right thing to do”, not to offset the company’s usage and make claims about being “water positive”, Wangusi said.

      In March, Amazon announced that it would use AI to help farmers in Aragon use water more efficiently.

      But that is “a deliberate strategy of obfuscation” that distracts from the company’s request to raise water consumption, said Gómez, the campaigner.

      Amazon said its approach shouldn’t be described as offsetting because the projects are in communities where the company operates.

      “We know that water is a precious resource, and we’re committed to doing our part to help solve this challenge,” said Harry Staight, an Amazon spokesperson. “It’s important to remember many of our facilities do not require the ongoing use of water to cool operations.”
      ‘Extreme drought’

      Amazon is by far the biggest owner of datacentres in the world by dint of its Amazon Web Services cloud division, but Google and Microsoft are catching up.

      In the US, which boasts the largest number of datacentres in the world, Google is the most likely to build in dry areas, SourceMaterial’s data shows. It has seven active datacentres in parts of the US facing water scarcity and is building six more.

      “We have to be very, very protective around the growth of large water users,” said Jenn Duff, a council member in Mesa, Arizona, a fast-growing datacentre hub. In January, Meta, the owner of Facebook, WhatsApp and Instagram, opened a $1bn datacentre in the city, and Google is developing two more.

      The surrounding Maricopa county, where Microsoft also has two active datacentres, is facing “extreme drought”, according to the National Oceanic and Atmospheric Administration. In June 2023, Arizona state officials revoked construction permits for some new homes there due to a lack of groundwater.

      Drought has not halted Google’s plans for a second Mesa datacentre, while its first centre has a permit to use 5.5m cubic metres of water a year – about the same quantity used by 23,000 ordinary Arizonans.

      “Is the increase in tax revenue and the relatively paltry number of jobs worth the water?” said Kathryn Sorensen, an Arizona State University professor and a former director of Mesa’s water department. “It is incumbent on city councils to think very carefully and examine the trade-offs.”

      Google said it won’t use the full amount of water in its Mesa permit as it plans to use an air cooling system.

      “Cooling systems are a hyperlocal decision – informed by our data-driven strategy called ‘climate-conscious cooling’ that balances the availability of carbon-free energy and responsibly sourced water to minimise climate impact both today and in the future,” said Google spokesperson Chris Mussett.
      Stargate

      In January at the White House, Trump announced “Project Stargate”, which he called “the largest AI infrastructure project in history”.

      Starting in Texas, the $500bn joint venture between OpenAI, the American software company Oracle, Japan-based SoftBank and Emirati investment firm MGX will finance datacentres across the US.

      The day before the Stargate announcement, Trump’s inauguration date, the Chinese company DeepSeek launched its own AI model, claiming it had used far less computing power – and therefore less water – than its western rivals.

      More recently, Bloomberg has reported that Microsoft is pulling back on some of its plans for new datacentres around the world. Microsoft has also published plans for a “zero water” datacentre, and Google has said it will incorporate air cooling to reduce water use – though it isn’t yet clear how its systems will work.

      “I’ll believe it when I see it,” said Jaume-Palasí. “Most datacentres right now are going from air cooling to water cooling because liquid is more efficient when you try to cool down high-density racks, which are the ones that are mostly being used for AI.”

      And while the Trump administration has pledged to fast-track new energy projects to power these new datacentres, it has so far said nothing about the water they could use up.

      “Neither people nor data can live without water,” said Gómez. “But human life is essential and data isn’t.”

  • Olivier Hamant, chercheur en #biologie et #biophysique :

    « Dans la question socio-écologique ce qui domine c’est le climat. On a réduit la #complexité_écologique à une molécule, le #CO2, c’est une aberration.

    Du coup les solutions qu’on apporte c’est pour réduire la quantité de CO2 dans l’atmosphère. Cet été en Islande on a construit la première grande usine de capture CO2.

    Un enfant de 5 ans comprendrait que ça n’a aucun sens, c’est bcp d’énergie et de métaux et c’est une opération financière. On a privatisé le CO2.

    Le #climat c’est le pire levier, il faut commencer par la #biodiversité. Notre #performance est une #guerre_à_la_vie.

    La #biodiversité ça coute rien, on peut le faire à toutes les échelles et c’est positif pour le #climat et les #pénuries »

    Eloquente prise de parole d’Olivier Hamant qui rappelle que la révolution à accomplir est avant tout culturelle et non une question d’#innovation technologique.

    Pour faire de la robustesse, il nous faut aller contre la performance et sortir du #capitalisme en s’inspirant des pratiques naissantes à la marge telles les #coopératives et l’#économie_de_la_fonctionnalité & de l’usage."

    https://x.com/GabrielMalek9/status/1847973387106152647

    Survie dans le Chaos : La #robustesse à l’épreuve ? #Olivier_Hamant
    https://www.youtube.com/watch?v=JPW_m8JBl2Q

    #CO2 #économie_de_l'usage #imprévisibilité #fluctuation #compétition #colonisation #mécanisation #grande_accélération #culte_de_la_performance #délire_de_la_performance #agriculture_circulaire #basculement #interactions #crises

  • Mal-logement : un déménagement et des inquiétudes pour un squat de Seine-Saint-Denis
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/08/24/mal-logement-un-demenagement-et-des-inquietudes-pour-un-squat-de-seine-saint


    Le bâtiment de la rue de Stalingrad occupé par le Collectif Gambetta, à Montreuil (Seine-Saint-Denis), le 22 août 2023. VICTORIA LEMAIRE/LE MONDE

    Le 22 août, le Collectif de Gambetta a annoncé l’occupation d’un bâtiment vide de Montreuil après s’être vu refuser un délai supplémentaire dans son squat précédent. Un début d’occupation sous tension avec la crainte d’une expulsion à effet immédiat.

    Devant un bâtiment a priori abandonné à la façade ornée de street art, rue de Stalingrad à Montreuil (Seine-Saint-Denis), une cinquantaine de personnes s’étaient rassemblées en fin d’après-midi, jeudi 22 août. De la musique, une table avec des rafraîchissements, des enfants qui jouent… Malgré les apparences joyeuses, l’inquiétude se faisait sentir. Une partie des quarante familles du Collectif de Gambetta occupait alors cet immeuble désaffecté depuis le 14 août, après la notification par la justice qu’aucun délai d’occupation supplémentaire ne leur était accordé dans le squat de la rue Gambetta qu’ils occupaient depuis deux ans. Dans les deux cas, il s’agit de « bâtiments vides d’usage depuis longtemps. Ce sont des gens qui luttent pour avoir un toit, mais ils n’enlèvent pas leur toit à d’autres », précise une habitante membre du collectif de soutien, qui a souhaité conserver son anonymat.

    Les habitants et leurs soutiens ont décidé, après une semaine d’occupation de ce nouveau squat rue de Stalingrad, de se montrer. « Ici, nous ne voulons pas détruire, voler ou casser, nous avons de bonnes intentions et souhaitons entretenir ce bâtiment où nous sommes installés depuis une semaine », explique l’une des habitantes du squat, qui a refusé de donner son nom. Le collectif a tenté d’entrer en contact avec le propriétaire, le promoteur immobilier Sopic, afin de négocier une convention d’occupation temporaire qui leur permettrait de rester.

    Ce type de contrat consiste à « occuper le bâtiment sur une période donnée, en prendre soin, et le restituer au propriétaire dès lors qu’il a un projet dans le lieu concerné », explique Célia Mougel, juriste et chargée d’études à l’observatoire des expulsions des lieux de vie informels. Elle déplore que ce dispositif ne soit pas davantage connu : « Il y a tellement de bâtiments vides qui concernent de grands promoteurs ou des collectivités, ce genre de contractualisation est l’une des voies pour pallier le manque de logements et la grande précarité des personnes qui sont contraintes de se retrouver en squat. »

    Un nouveau délit avec la loi « antisquat »
    Les membres du Collectif de Gambetta, qui comprend beaucoup de femmes enceintes ou avec des enfants, craignent avant tout d’être visés par une expulsion immédiate, sans passage devant un juge. Une membre du collectif de soutien explique : « Soit [les autorités] attendent qu’il y ait une procédure judiciaire, soit [elles] se saisissent du biais criminalisant de la loi Kasbarian-Bergé, qui permet à la police d’entrer dans le bâtiment » et de procéder à une expulsion immédiate.

    La loi Kasbarian-Bergé du 27 juillet 2023, dite « antisquat », crée un délit relatif à l’introduction sans autorisation du propriétaire dans un bâtiment à usage commercial, agricole, professionnel ou d’habitation, ne se limitant donc pas aux seuls locaux à usage d’habitation, comme cela était le cas auparavant. Pour constituer le délit prévu et réprimé par le nouvel article 315-1 du code pénal, l’introduction dans le local doit être effectuée « à l’aide de manœuvres, de menaces, de voie de fait ou de contraintes ».

    Ce critère n’est cependant pas toujours respecté dans les procédures d’expulsion, selon Matteo Bonaglia, avocat spécialisé en droit du logement. Il explique : « Informées de l’occupation d’un bâtiment, [les autorités] ne cherchent pas à savoir comment les gens sont entrés, si le délit est caractérisé ou pas, elles y vont et interpellent tout le monde. Le temps de la garde à vue, le bâtiment est restitué au propriétaire et, après, il n’y a, en général, pas de procédure pénale, car le délit n’est pas caractérisé, mais le mal est fait. »

    L’avocat craint « qu’en ayant créé ce délit on finisse par se dispenser complètement de la voie de droit naturelle qui est celle du contrôle d’une mesure aussi grave que l’expulsion par un juge indépendant et impartial », puisque les personnes visées n’auraient ni moyen de se défendre en étant entendues par un juge ni délai de prévenance. Contactée, la Préfecture de police de Paris n’a pas donné suite.

    « L’effet domino » du manque de logements sociaux
    Les membres du Collectif de Gambetta, pour la plupart en situation irrégulière, redoutent ce type de procédure accélérée, pouvant les amener en garde à vue, puis en centre de rétention administrative et éventuellement jusqu’à une expulsion hors du territoire. L’Observatoire des expulsions collectives de lieux de vie informels recense un nombre d’expulsions de squats en hausse de 54 % en France, passant de 132, entre juillet 2022 et juillet 2023, à 203 sur la même période l’année suivante.

    La perspective d’une convention avec le propriétaire du bâtiment constitue une lueur d’espoir pour les membres du Collectif de Gambetta, qui ont, pour la plupart, connu la rue avant de rejoindre le squat. Plusieurs racontent avoir tenté pendant longtemps, et parfois encore aujourd’hui, de trouver un hébergement d’urgence avec le 115. Maxence Delaporte, directeur général adjoint d’Interlogement93, l’association qui gère le numéro vert destiné aux sans-abri (le 115) en Seine-Saint-Denis, explique que celui du département est « l’un des plus saturés de France, le deuxième après Paris en volume ».

    En 2023, l’association a comptabilisé une hausse de 36 % par rapport à 2022 des demandes de mise à l’abri, et une hausse de 54 % des demandes non pourvues. Plaidant pour une augmentation des moyens alloués à l’hébergement d’urgence, il ajoute : « Bien sûr, c’est mieux d’être à l’hôtel qu’à la rue, mais nous aspirons à une augmentation du nombre de logements sociaux pour loger tout ce monde. »

    Une ligne tenue également par la Fondation Abbé Pierre, qui agit contre l’exclusion. Marie Rothhahn, responsable de la lutte contre la privation des droits, dénonce « l’effet domino » du manque de logements sociaux : « Si on avait construit assez de logements sociaux, ils serviraient aux personnes en situation régulière, et l’hébergement d’urgence à celles en situation irrégulière. » Elle estime, par ailleurs, que l’« on entend parler insuffisamment du logement dans le discours public », alors qu’il y avait, en 2023, 4,1 millions de personnes privées de logement personnel ou vivant dans des conditions très difficiles.

    A côté d’une banderole « Solidarité avec l’occupation, un toit c’est un droit », les membres du Collectif de Gambetta ont affiché une souscription à un contrat d’électricité et des photos prouvant l’occupation, espérant ainsi se prémunir d’une expulsion sans délai et trouver un peu de stabilité.

    Le #macronisme en actes #expulsion #logement #pénurie #anti-pauvres

  • Les Padhue, ces milliers de médecins étrangers précaires | StreetPress
    https://www.streetpress.com/sujet/1722506275-padhue-milliers-medecins-etrangers-precaires-hopital-sante-p

    Face à l’imposant bâtiment du ministère de la Santé, une poignée de médecins étrangers manifestent à bas bruit en ce mois de mai 2024. « On est à peine 30 alors que nous sommes des milliers dans la précarité ? », s’exaspère Mehdi (1), un diabétologue. L’homme né et diplômé en Algérie est ce qu’on appelle un « Padhue » : un praticien à diplôme hors Union européenne. Après dix ans d’expérience en Algérie, il exerce depuis quatre ans en France avec des responsabilités importantes puisqu’il forme des internes dans son hôpital en Normandie. Pourtant, comme de nombreux Padhue, il ne gagne guère plus que ces derniers, avec un salaire de 1.450 euros bruts par mois, loin des 4.500 euros bruts des praticiens hospitaliers français en début de carrière – un salaire qui évolue jusqu’à 9.200 euros bruts.

    #santé_publique #pénuries #colonialisme #précariat