• Forget AI coming for your brain. How about your toilet? – Business Insider Today (newsletter)
    https://l.businessinsider.com/s/vb/9e_WrPzdZsEJ3fVwkxlwwaBuOb8BVeSffUNV9YsFCXwc6AsWlmM8YlqCfyAvYOsYlkMyoj0LLL0QIQgwxHUEzJ_Ct7iER3nnbec3mgSRjV8cOufhN1zPan6YkN4AW4LIsyxecvVrdOrRU7zjnTZW2A8d_OSqF_HAv36XKQ/961wqJuMvCEVX9HHmBm4riXg4OtMkzu2/23


    Getty Images; Rebecca Zisser/BI

    Last week, the startup Throne Science raised $10 million from investors betting that the toilet could become the next frontier of health tracking.

    The company, cofounded by a WHOOP cofounder who has ulcerative colitis, has a downward-facing camera that clips onto the bowl, analyzes stool consistency and urine color, and compiles the data in an app.

    Users can then get advice on improving their results from an “AI gut health coach.”

    Scott Hickle, Throne’s CEO, shared his own dashboard with me over a video call, pointing to a stretch in early January, when his bowel habits became more erratic — around the time he returned to work after Christmas to prepare Throne’s launch.

    “Our whole thing is, let’s establish your baseline and then notice any significant deviations,” Hickle said.

    Throne isn’t alone. In the last 18 months, toilet tech has shifted from heated seats and bidets into something else entirely: passive health monitoring. TOTO launched Stool Scan in Japan; Vivoo’s Smart Toilet uses light waves to analyze urine for hydration levels; and Kohler’s Dekoda, a clip-on camera, screens stool for blood.

    The idea has appeal to gastroenterologists. Patients are notoriously bad at remembering their bowel movements. An objective record could help doctors diagnose and treat digestive disorders.

    But “the hype is a little bit beyond the science at the moment,” Kyle Staller, a gastroenterologist at Massachusetts General Hospital and Harvard Medical School, told me. While stool consistency and bowel frequency can be useful details, he said, they’re not perfect proxies for overall gut health.

    Stress, sleep, medications, travel, hormones, infections, and diet can all influence bowel habits. Even if AI can record what’s happening in the toilet, interpreting the cause remains a much harder problem.

  • Le verre de spin n’a pas besoin d’ordre pour se figer | Pour la Science
    https://www.pourlascience.fr/sd/physique/le-verre-de-spin-n-a-pas-besoin-d-ordre-pour-se-figer-29380.php

    Les physiciens pensaient que le verre de spin, un état magnétique figé dans un désordre permanent, naissait de la formation de petits groupes de spins ordonnés. Des chercheurs viennent de montrer qu’il n’en est rien : le verre de spin se fige indépendamment de cet ordre, parfois même avant lui.

    On parle de verre de spin par analogie avec le verre du quotidien, car leur configuration microscopique est métastable.

    Un verre de spin est un matériau magnétique dont les spins des électrons, ces minuscules aimants que porte chaque atome, ne parviennent jamais à s’arranger complètement entre eux : en dessous d’une certaine température, ils se figent dans une configuration désordonnée. Jusqu’à présent, l’émergence du verre de spin était souvent associée à la formation préalable d’un ordre local entre spins voisins.

    #paywall

    • Cependant, une équipe de l’Institut des sciences et technologies d’Okinawa, dirigée par Yejun Feng et Margarita Dronova, en collaboration avec des scientifiques du laboratoire national d’Oak Ridge et de l’université du Tennessee, montrent qu’il n’en est rien : l’apparition du #verre_de_spin n’a pas de lien direct avec la formation de cet ordre local.

      Dans un matériau magnétique, chaque atome porte un spin qui se comporte comme une petite boussole, pointant vers une direction donnée. Ces boussoles s’influencent mutuellement par leurs interactions magnétiques. Lorsque cette influence se propage à l’ensemble du cristal, tous les spins finissent par adopter une orientation cohérente dans toute la matière : c’est l’ordre à longue portée, que l’on retrouve dans les matériaux ferromagnétiques (où tous les spins s’alignent dans le même sens) et les antiferromagnétiques (où les spins sont alignés mais les sens alternent d’un voisin à l’autre). Cette cohérence ne s’étend pas toujours aussi loin. Il arrive qu’un spin ne s’arrange qu’avec ses quelques voisins immédiats, sans que cet arrangement local se propage au reste du cristal. On obtient alors une multitude de petits groupes ordonnés entre eux, mais sans lien les uns avec les autres : c’est l’ordre à courte portée.

      Toutefois, il arrive parfois qu’aucun ordre ne s’établisse. Pour le comprendre, imaginons des spins qui ne peuvent pointer que vers deux directions opposées et sont disposés aux trois sommets d’un triangle. Chacun voudrait s’orienter à l’inverse de ses deux voisins, comme dans un matériau antiferromagnétique. Deux d’entre eux y parviennent en pointant en sens contraires l’un de l’autre. Mais le troisième est coincé : quelle que soit son orientation, il contredira forcément l’un des deux autres. C’est ce qu’on appelle la « frustration magnétique ». À l’échelle d’un cristal entier, comportant une grande proportion de spins ainsi contraints, il n’existe plus une seule façon d’arranger l’ensemble qui satisfasse toutes les interactions à la fois, mais une multitude. Le verre de spin est alors perpétuellement dans des états métastables : des arrangements de spins qui ne sont pas la configuration la plus stable possible, mais suffisamment stables pour que le système y reste piégé un long moment. C’est précisément ce qui définit un verre de spin : « Une distribution aléatoire de spins qui donne naissance à des interactions contradictoires et donc à énormément d’états métastables, entre lesquels le système évolue extrêmement lentement », résume Éric Vincent, physicien au CEA-Iramis.

      Quand la température est élevée, l’agitation thermique suffit pour basculer d’une configuration à une autre. Mais quand la température baisse, le système finit par se figer dans un état unique, métastable mais qui perdure longtemps.

      Comment repérer, dans un cristal réel, la frontière entre cet état gelé et les autres formes d’ordre magnétique ? « L’émergence du verre de spin était généralement associée à la formation d’un ordre à courte portée », résume Yejun Feng. Pour le vérifier, le chercheur et son équipe n’ont pas étudié directement un verre de spin. Ils sont plutôt partis d’un matériau antiferromagnétique, la ferrite de zinc, dont ils ont suivi, étape par étape, la transformation d’un ordre parfait en désordre, en substituant progressivement des ions de gallium, non magnétiques, à des ions de fer dans le cristal.

      À chaque niveau de substitution, trois mesures complémentaires ont été effectuées : la susceptibilité magnétique, qui repère la température à laquelle les spins se figent en verre de spin ; la capacité calorifique, qui signale le développement des corrélations magnétiques et donc d’un certain ordre ; et la diffusion magnétique de neutrons, qui mesure sur quelle distance les spins restent corrélés entre eux : une façon de voir la taille réelle des petits groupes ordonnés à chaque température.

      Dans le cristal de ferrite de zinc le plus pur (et donc antiferromagnétique), les températures caractéristiques identifiées par la susceptibilité magnétique et la capacité calorifique coïncident. En effet, un matériau antiferromagnétique perd lui aussi son organisation quand l’agitation thermique devient trop forte. La température de transition est nommée « température de Néel ». Mais à mesure que les chercheurs introduisent du gallium et qu’on s’écarte de la configuration antiferromagnétique, les deux températures se séparent. Celle de la capacité calorifique chute d’abord nettement en dessous de celle de la susceptibilité, avant de remonter au-delà à des taux de substitution plus élevés. Dans plusieurs cristaux dopés au gallium, les spins se figent donc en verre de spin à une température plus élevée que celle qui est associée au développement des corrélations magnétiques entre spins. Autrement dit, une partie des spins du cristal se fige en verre de spin avant même que l’ordre n’ait fini de se constituer dans le matériau. « Notre travail suggère ainsi que le gel du verre de spin et la formation d’une corrélation entre les spins sont deux phénomènes distincts, qui peuvent apparaître à des températures différentes, conclut Yejun Feng. Jusqu’à présent, puisqu’on écrivait un terme d’interaction entre spins dans les équations pour décrire un verre de spin, on présupposait forcément que ces spins étaient corrélés entre eux. Mais nos expériences montrent qu’en fait les spins ne se voient pas forcément les uns les autres. » Le spin d’un verre de spin reste donc libre et met beaucoup de temps à se réorienter.

    • Depuis l’apparition d’Homo sapiens, les évolutions biologique et culturelle dialoguent et s’associent en ce que l’on nomme « évolution bioculturelle ». Un exemple célèbre est celui des conséquences de la consommation de céréales, riches en amidon, à partir de l’invention de l’#agriculture au Néolithique : des individus dotés d’une plus grande quantité d’#amylase salivaire, grâce à des duplications du gène de cette enzyme qui coupe l’amidon en glucose, ont été sélectionnés. Omer Gokcumen, de l’université de Buffalo, aux États-Unis, et ses collègues ont mis en évidence un tel phénomène dans des populations andines au Pérou, et les pommes de terre font ici office de céréales.

      Ces régions de hautes altitudes avaient déjà la réputation d’être un creuset pour des adaptations particulières, telles que la résistance à de faibles teneurs en oxygène. Les chercheurs ont prélevé des échantillons d’habitants de Lima (au bord du Pacifique) et de Cerro de Pasco, au sommet de la cordillère des Andes, à 4 380 mètres d’altitude, et en ont séquencé le #génome pour le comparer à celui de 3 723 individus appartenant à 85 autres populations réparties à travers le monde. Résultat ? Les Péruviens ont 10 copies du gène AMY1 de l’amylase ! C’est un record, qui égale celui des Pimas, un peuple d’Amérindiens vivant entre l’Arizona, aux États-Unis, et les États de Sonora et du Chihuahua, au Mexique, sachant que la moyenne mondiale est de 7 copies (c’est le nombre de copies chez les Français).

      Selon les chercheurs, le nombre de copies aurait commencé à augmenter il y a 6 000 à 10 000 ans, quand la #pomme_de_terre a été domestiquée. Les ancêtres des peuples andins venus s’installer dans les hautes terres pour y cultiver le tubercule avaient sans doute un nombre variable de copies d’AMY1, et Omer Gokcumen avait auparavant montré que la première duplication de ce gène date d’environ 800 000 ans. Cependant, les calculs montrent qu’avec 10 copies, l’avantage reproductif par génération s’élève à 1,24 %, aussi ce nombre s’est-il généralisé.

      Des analyses plus fines ont également permis d’écarter l’hypothèse selon laquelle l’invasion par les Européens et la réduction drastique des populations andines auraient pu constituer un goulet d’étranglement : ceux qui ont réchappé aux massacres et aux maladies et dont descendent tous ceux vivants aujourd’hui auraient fortuitement eu 10 copies. Ce n’est pas le cas, ce génotype était déjà bien répandu avant la colonisation.

      Et aujourd’hui, alors que sur tous les continents, tout le monde mange des frites, allons-nous voir le nombre de copies du gène AMY1 augmenter partout ?

  • Réarmement démographique : La ministre de la Santé enterre un rapport sur la #mortalité_infantile | Le Canard enchaîné
    https://www.lecanardenchaine.fr/sante/54583-la-ministre-de-la-sante-enterre-un-rapport-sur-la-mortalite-i

    Stéphanie Rist refuse de publier un rapport qui analyse les causes de la mort de milliers de nourrissons chaque année en France. A raison : ce document pourrait bien plomber l’optimisme du plan de lutte contre l’infertilité lancé par Emmanuel Macron.

    Redresser la courbe de la natalité  : c’était l’une des priorités du second quinquennat d’Emmanuel Macron. En février, un plan de lutte contre l’infertilité a été lancé, assorti de 16 mesures, dont l’une (le nouveau congé de naissance) est applicable depuis le 1er juillet. Encore faudrait-il que les promoteurs de ce «  réarmement démographique  » ne cachent pas les réalités du «  désarmement infantile  »  !

    Car le constat est désolant  : selon les chiffres publiés le 7 juillet par l’Institut national de la statistique, le taux de mortalité infantile a ­grimpé à 4,1 pour 1 000 naissances en 2024. Ainsi, sur un total de 661 822 naissances, 2 709 enfants sont morts avant leur premier anniversaire. Cette dégradation, due principalement à des décès de bébés au cours de leurs 27 premiers jours, fait rétrograder la France à la 23e place des 27 pays de l’Union européenne.

    edit @allanbarte.bsky.social

    • Un rapport interroge les causes de la forte mortalité infantile en France et balaie la problématique des petites maternités
      https://www.liberation.fr/societe/sante/un-rapport-interroge-les-causes-de-la-forte-mortalite-infantile-en-france

      Le document a dormi dans les tiroirs de l’exécutif pendant huit mois, puis a été publié discrètement le 4 août après un article du « Canard Enchaîné » révélant son existence. Il dresse quelques pistes, et ne juge pas pertinent de poursuivre la politique de fermeture des petites structures, suivie depuis plusieurs décennies.

      [...]
      La cause n’est pas unique, rappellent les trois auteurs, parmi lesquels l’ancien conseiller de François Hollande, Aquilino Morelle. Plusieurs facteurs jouent, sans savoir à quel point : l’âge de plus en plus tardif des grossesses, qui augmente le risque de complication, la hausse des grossesses multiples, souvent plus complexes… Et surtout les inégalités sociales et territoriales, dont le rôle est plus ou moins documenté. Le rapport rappelle que les régions d’outre-mer, généralement plus défavorisées, enregistrent les chiffres les plus préoccupants. La situation s’est aussi dégradée en Ile-de-France.

      Qu’en est-il du rôle de la fermeture des petites maternités, trajectoire entamée sujet bien souvent débattu ? Nombre d’élus locaux refusent d’arrêter les accouchements dans celles qui ne prennent en charge que quelques centaines de naissances par an, mesure qu’ils présentent comme cause d’une dégradation des soins. Tandis que les sociétés de médecins estiment que ces établissements, par manque d’activité, ne sont pas suffisamment sécuritaires pour les femmes enceintes et leurs bébés.

      L’#Igas ne suit aucun de ces arguments. La politique, suivie depuis des décennies, consistant à fermer les plus petites structures au profit de plus grands pôles « n’explique pas à elle seule cette dégradation ». Dans le même temps, « il ne semble pas qu’un modèle type d’organisation territoriale optimale des maternités puisse être mis en avant de façon convaincante ». Car des pays observent de meilleures performances tant en ayant, pour certains comme la Suède, concentré les naissances dans des grandes maternités que, pour d’autres comme l’Italie, en conservant de petits établissements. « Dès lors, proposer, en 2026 […] la seule hausse du seuil minimal d’activité des maternités », c’est-à-dire le nombre de naissances au-dessous duquel un établissement doit arrêter les accouchements, « constituerait une réponse mécanique, datée » à ce problème global de santé publique, estiment les auteurs du document.

      « L’essentiel de la réduction des risques de mortalité infantile se joue » d’abord lors de la grossesse, « dans la capacité à prévenir, détecter puis prendre en charge les situations à risque » et après l’accouchement, dans celle « à prendre en charge les jeunes enfants dont l’état le requiert dans les services de néonatalogie ».

      https://justpaste.it/aji6m

      #maternités #fermetures_de_maternités #soins_périnataux #sages-femmes

    • « Personne n’a soutenu que la taille d’une maternité détermine mécaniquement la mortalité infantile »
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/08/07/personne-n-a-soutenu-que-la-taille-d-une-maternite-determine-mecaniquement-l

      Trois gynécologues-obstétriciens dénoncent, dans une tribune au « Monde », la manière dont l’inspection générale des affaires sociales a négligé le rôle de la fermeture des petites maternités dans la hausse de la mortalité infantile en France.

      Un rapport de l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) sur la mortalité infantile a été rendu public le 5 août, six mois après sa rédaction. Ce calendrier en dit plus sur sa nature que ses 300 pages. La France compte 4,1 décès pour 1 000 naissances vivantes. Elle est passée du troisième rang européen au vingt-troisième en moins de vingt-cinq ans. Si elle atteignait la moyenne européenne, 529 enfants ne seraient pas morts en 2025 ; 1 057 enfants ne l’auraient pas été non plus si elle avait atteint le niveau de l’Italie ou du Portugal. Ces chiffres figurent dans le rapport de l’IGAS.

      Le rapport de l’Académie nationale de médecine de 2023 [Yves Ville, l’un des signataires de cette tribune, est l’auteur principal du rapport 23-05 sur la planification de la politique de périnatalité en France] proposait deux volets indissociables : regrouper les maternités réalisant moins de 1 000 accouchements par an avec les structures de niveau supérieur, et transformer les sites libérés en centres de prise en charge dirigés par des sages-femmes, équipés de télémédecine, de dossiers partagés et de protocoles d’escalade vers l’obstétricien de référence. L’IGAS réduit cette proposition à une « fermeture sèche » des petites maternités. Elle extrait de notre rapport uniquement la partie sur la concentration, ignorant le réseau de proximité et la complémentarité ville-hôpital. Elle oppose à un prétendu projet de désert sanitaire sa propre proposition de centres périnataux de proximité, sans aucune recommandation opérationnelle.

      L’IGAS affirme que les restructurations de maternités n’ont pas d’effet démontrable sur la mortalité. Elle reconnaît pourtant elle-même que cette démonstration est « méthodologiquement inaccessible ». Elle omet de neutraliser les facteurs de confusion – précarité, âge maternel, obésité –, qu’elle identifie par ailleurs comme déterminants. Elle ignore que les maternités de haut niveau accueillent les grossesses les plus complexes, ce qui gonfle mécaniquement leurs taux bruts et masque leur effet propre.

      #paywall

    • Tiens c’est marrant je me souviens d’Emmanuel Todd qui disait il y a un certain nombre d’années que l’indicateur principal qui lui avait permis de « prédire » la chute de l’URSS était l’augmentation notable de la mortalité infantile.

  • Arbres ou panneaux solaires ? En agriculture, la nouvelle quête d’ombre face au soleil brûlant
    https://www.latribune.fr/article/climat/51655661204421/arbres-ou-panneaux-solaires-en-agriculture-la-nouvelle-quete-dombre-face-a


    En Charente-Maritime, la ferme de Brouage pratique l’agroforesterie en bio sur un domaine de 4 hectares.
    MG / La Tribune

    Entre l’urgence climatique et la nécessité économique, les méthodes pour ombrager les exploitations divergent. En Nouvelle-Aquitaine, les promesses financières du photovoltaïque concurrencent les bénéfices environnementaux, mais plus lents, de l’arbre.

    À l’orée du marais de Brouage, en Charente-Maritime, la ferme maraîchère bio qui porte le même nom offre un accueil rafraîchissant. Sur une centaine de mètres, l’allée centrale est cernée de deux rangées de pommiers d’ornement qui apportent ombre et air frais. Derrière le feuillage, on devine déjà des carrés potagers délimités par des arbres clairsemés, qui ne dépassent pas trois à quatre mètres de hauteur.

    Autour d’un container bardé de bois, un ouvrier agricole dépose des cagettes gorgées de fruits et légumes. Carottes panachées, tomates charnues, prunes violacées, fenouil en friche : l’explosion de couleurs détonne avec la fournaise estivale qui assèche et ternit toute la végétation. Les canicules aussi vives que précoces laissent quand même leurs stigmates. « Il n’y a pas tant de tomates que ça », réfute le saisonnier. « On en sort 40 kilos cette semaine alors qu’on devrait être à 200. Les pieds ont arrêté de produire à cause de la chaleur, mais ça va repartir maintenant qu’il fait meilleur », prédit-il.

    Les essences plantées il y a sept ans sur ce domaine de quatre hectares aident à atténuer les emballements du climat. Que ce soit face au vent violent, à la sécheresse, aux brûlures du soleil ou au gel, à chaque fois l’arbre fait tampon. Sur ces anciennes prairies à l’abandon, l’initiative est le fruit de la reconversion et des envies d’Hanh et Antoine Lévêque. Le couple a planté pour créer une symbiose.


    Hanh et Antoine Lévêque se sont installées sans être issus du monde agricole.
    Crédits : MG / La Tribune

    « Nos parcelles font 20 mètres par 30, elles sont entrecoupées de lignes d’arbres et d’aromates », trace le maraîcher. « Les arbres ont été plantés par strates. Là on a des cerisiers, puis des noisetiers et en-dessous des arbousiers. C’est un principe de culture dite syntropique, qui vise la densité de végétation et la variété de hauteurs », expose-t-il à l’ombre d’un chalef d’automne (un arbuste persistant) où l’on ressent une sensation de fraîcheur en ce milieu de matinée. Des associations qui multiplient les ombrages, les apports nutritifs, les échanges dans le sol ou les habitats pour la faune et la flore.

    #paywall

    • « L’agroforesterie serait une incohérence à cet endroit »

      Les cimes ne protègent même pas un hectare de cultures maraîchères sur le domaine. Mais cela suffit pour dégager 100 000 euros de revenus par an et générer trois emplois et demi. La ferme fournit les restaurants prestigieux de la région, qui trouvent ici des qualités gustatives intéressantes. Face aux assauts du climat, rien n’est pourtant gagné. « Les arbres de plus de trois ans se protègent les uns les autres. Pour les arbustes et plantes, c’est plus compliqué. On aimerait que les arbres soient plus hauts pour mieux protéger, mais il ne faut pas non plus trop d’ombre », montre le cultivateur. Problème, plus les arbres sont massifs, plus ils pompent la ressource en eau.

      C’est justement ce qui a dissuadé Christian Daniau d’en faire de même en Charente, dans le département voisin. La nature de son exploitation n’a rien à voir avec la ferme de Brouage. Le céréalier pratique, lui, l’agriculture intensive sur près de 240 hectares, avec un sol calcaire « à très faible potentiel » qui retient peu l’eau. Ici l’arbre boirait tout. « L’agroforesterie serait une incohérence totale à cet endroit-là. Beaucoup sont en même temps en train de mourir car ils manquent d’eau », observe-t-il.

      Lui aussi en quête d’ombrage et de protection, cet ancien président de la chambre d’agriculture et figure du syndicat productiviste FNSEA a opté pour une autre forme d’ombrage : le panneau photovoltaïque. Une canopée solaire est en cours d’installation sur trois hectares. La structure est composée de pieux en acier reliés par des câbles où sont fixés les panneaux noirs producteurs d’électricité. Le taux de couverture ne dépasse pas 35 %, afin de laisser passer une grande partie de la lumière. En plus de générer une énergie renouvelable, ils permettront d’apporter du répit aux cultures face au climat sévère.

      « Les panneaux solaires ne pomperont pas l’eau et ils feront de l’ombre. Je suis convaincu que ça va apporter un plus et protéger nos cultures », croit-il. « Ici, les rendements sont très moyens voire mauvais. J’aurais bien voulu le tester dès cette année », appuie-t-il quelques jours après avoir bouclé une campagne de moissons historiquement précoce. La saison prochaine, il testera sous les panneaux la culture de blé et de soja. L’installation a été dimensionnée pour permettre aux tracteurs de passer en dessous.

      Le problème de l’ombre d’hiver

      C’est le développeur d’énergies renouvelables TSE qui porte ce concept de canopée photovoltaïque. Il dispose de six installations en France, au-dessus de cultures végétales et de prairies d’élevage, et compte bien décupler l’effectif. « Il y a moins d’évapotranspiration des plantes, moins d’évaporation de l’eau du sol. La canopée tempère les extrêmes de température, basses comme hautes. Les végétaux comme les animaux sont moins en stress et la pousse de l’herbe est meilleure », déroule Frédéric Imbert, agronome et chargé de projet pour TSE.

      L’installation énergétique est aussi source de rentes pour les agriculteurs. Mais la loi encadre strictement les pratiques agrivoltaïques en imposant le maintien des cultures et de leurs rendements sous les panneaux. L’énergie ne doit pas aller sans l’agriculture dans ce domaine. Les solutions d’ombrage restent en tout cas dérisoires à l’échelle française puisque seule 1 % de la surface agricole utile pourrait être couverte de panneaux à terme, tandis que l’agroforesterie ne pèse pas plus de 1 à 2 % des surfaces.

      Les systèmes sont tout de même multiples puisque le photovoltaïque s’invite même désormais sur les serres maraîchères pour créer de l’ombre. Différents développeurs proposent des modèles adaptés facilement intégrables. À Gémozac, en Charente-Maritime, Bertrand Gazeau, installé en polyculture bio, a fait ce choix. Sa serre a été raccordée en 2024. Depuis, l’ombre est une alliée de circonstance. « Incontestablement la serre photovoltaïque est une protection, mais j’ai du mal à me dire que c’est un avantage en termes de création d’ombre, sauf à des moments d’ensoleillement très intenses comme cela a été le cas dernièrement », note-t-il. La lumière reste au fondement du besoin de la plante pour pouvoir effectuer la photosynthèse.

      Il n’empêche que l’outil a permis d’éviter des dégâts majeurs pendant les canicules. « Ce qui relevait de l’inconvénient en hiver est devenu un avantage en été », plaide Bertrand Gazeau. En plus, une large partie de la construction a été prise en charge par le développeur Reden Solar. Le bénéfice ne peut pas être négligeable dans ces métiers où les revenus sont très serrés.

      Temps court ou temps long

      Gain économique, facilité d’entretien, entreprises survoltées : les arguments du solaire ont de quoi séduire. Alors, la course à l’énergie relèguerait-elle les arbres capables de rendre de nombreux services environnementaux ? Pour beaucoup, l’instantanéité des bénéfices photovoltaïques est plus abordable que les promesses à long terme de l’agroforesterie. « L’arbre est l’élément le plus naturel, le plus complémentaire et celui qui remplit le plus de fonctions pour un prix dérisoire. Il est au centre des lois de la nature », défend le maraîcher Antoine Lévêque. « Pourtant, on voit que tout le monde est encouragé à trouver d’autres méthodes pour le remplacer », regrette-t-il.

      Seuls les plus téméraires s’aventurent à faire cohabiter arbres et plantes à une époque où beaucoup de connaissances en la matière ont été perdues. « On n’a pas une réponse immédiate en agroforesterie », prévient Eric Cirou. L’homme est chargé de mission sur le sujet depuis 30 ans pour la chambre d’agriculture de Charente-Maritime et Deux-Sèvres. « Le temps que les arbres se développent, il faut compter cinq à dix ans pour obtenir des effets significatifs. Ce n’est pas une réponse miraculeuse, c’est un investissement », enseigne-t-il. Si l’arbre a besoin d’eau pour sa croissance, il peut aussi la puiser en profondeur et la restituer au sol superficiel lorsqu’il a atteint une certaine maturité. Une affaire de patience avant tout.

      Dans le département maritime, ultra-spécialisé entre viticulture et céréales, les haies et les cultures mélangées avec les arbres n’ont cessé de disparaître depuis des dizaines d’années. Ce qui a créé des problèmes d’accès à l’eau et amplifié les effets du dérèglement climatique. Des groupements d’agriculteurs en viennent ainsi à porter des projets de retenues d’eau XXL tandis que l’irrigation en viticulture, toujours prohibée, se pose aujourd’hui comme une question sérieuse.

      « Ce n’est pas simple de développer le sujet ici », témoigne Eric Cirou. « Il faut voir l’agroforesterie comme une réponse multifonction, où on travaille sur les ressources, les sols, la biodiversité, les paysages...Il ne faut plus tarder car on met en place aujourd’hui des systèmes qui porteront leurs fruits dans 15 ans », mobilise-t-il. Il n’est pas trop tard, mais bienheureux sont ceux qui ont su anticiper avant l’état d’urgence.

  • « Ça m’a tellement dégoûté que j’hésite à changer de secteur » : la révolution brutale de l’IA pour la génération Z
    https://www.latribune.fr/article/tech/intelligence-artificielle/39802648873256/ca-ma-tellement-degoute-que-j-hesite-a-changer-de-secteur-la-revolution-br

    Les jeunes et l’emploi (2/5). Selon plusieurs études récentes, les profils juniors pâtissent du déploiement des modèles de langage dans les entreprises. Alors que les tâches de début de carrière peuvent être de plus en plus automatisées, les recruteurs privilégieraient désormais des profils expérimentés. Mais les jeunes ont aussi une carte à jouer.

    « Ça m’a tellement dégoûté que j’hésite à changer de secteur », lance Louka avec amertume. Diplômé d’une licence en web design en 2024, ce jeune de 23 ans multiplie les emplois alimentaires en attendant de décrocher le poste de ses rêves. Mais dans son secteur, créer un site internet avec des plateformes telles que Claude Code ou ChatGPT est désormais devenu accessible au commun des mortels. « Maintenant, les entreprises avec un budget moindre passent par l’IA et quand elles ont les moyens, elles recrutent des seniors », se désole-t-il. « Plus le temps passe, et moins il y a d’offres sur le marché ».

    Parmi les métiers les plus menacés par l’IA, le développement de site web et le web design sont en tête de liste, souligne un index développé par l’université américaine de Tufts. Les progrès à toute allure des modèles de langage effraient les cols blancs qui pourraient voir leur métier remplacé d’ici quelques années. Et les jeunes en seraient les premières victimes.

    Dans une étude publiée fin 2025, des chercheurs de l’université de Stanford estiment que les travailleurs de 22 à 25 ans, qui sont positionnés sur des métiers fortement exposés à l’IA, ont connu une baisse de 16 % du taux d’emploi. Une des explications tiendrait au fait que les tâches effectuées par les juniors sont plus facilement remplaçables par les modèles de langage (LLM).

    Cette étude a néanmoins reçu de nombreuses critiques. Les statistiques montrent bien une corrélation entre l’arrivée de l’intelligence artificielle et la hausse du chômage chez les jeunes diplômés, mais la relation de causalité est, elle, beaucoup plus difficile à démontrer. Les conséquences seraient ainsi, à ce stade, faibles et discrètes, relèvent des chercheurs de la Réserve fédérale américaine de Dallas. D’après l’OCDE, le chômage des nouveaux entrants aurait même commencé bien avant l’arrivée des modèles de langage.

    #paywall

  • Mahmoud Darwich par lui-même

    https://www.monde-diplomatique.fr/2026/08/DARWICH/69770

    Le 17 février 1976, alors que Beyrouth est plongée dans la guerre civile, le journaliste français Bernard Violet rencontre Mahmoud Darwich (1941-2008), qui vit au Liban depuis trois ans après avoir quitté les territoires palestiniens occupés. Au cours d’un long entretien, conduit avec l’aide du sociologue Michel Seurat (1947-1986), le poète revient sur les événements fondateurs de sa vie : l’exil de 1948, son enfance de réfugié, son engagement politique ont forgé les bases d’une poésie à la fois esthétique et combattante. Prévu à l’origine pour France Culture avant d’être finalement refusé, ce témoignage est resté inédit pendant un demi-siècle.

  • #Ceuta : une soit disant crise migratoire bien instrumentalisée par l’internationale réactionnaire ?

    Ce post de Mr Mondialisation sur FB (je n’ai pas trouvé l’article correspondant sur leur site) et cet article de l’Huma (sous #paywall) :

    https://www.facebook.com/M.Mondialisation/posts/pfbid0fjHJR3QnKoeSdQQoZzfwUWKSxSsaYqXu6aZdvKehLBbBQuUtkQs2MUks77a1PLPsl

    Comprendre l’opération de déstabilisation de l’Espagne qui se joue depuis plusieurs jours par une guerre d’images parfaitement organisée.
    Pendant que certains médias parlent d’une simple « vague migratoire », les images racontent une autre histoire. De nombreuses vidéos montrent des camions et des autocars déposant des milliers de jeunes hommes en même temps, à proximité immédiate de Ceuta, avant leur ruée organisée vers la plage du Tarajal.
    Les vidéos montrent surtout que les autorités Marocaines aident à la logistique sur la route, sans les arrêter. Une logistique de cette ampleur n’a rien d’un déplacement spontané de candidats à l’exil. Nombre de ces jeunes arrivent en rigolant, avec des bouées et même des sticks pour filmer leur exploit et les publier en ligne parfois en direct. Plusieurs ont perdu la vie en sous estimant le risque de contourner ce simple bras de terre. Ces individus n’ont rien de migrants classiques en situation d’exil, ce qui devrait à minima alimenter des questions. Pourtant, tous les médias ont un narratif unique axée sur la peur : la vague migratoire est à nos portes. Ce n’est pas le cas.
    Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que la technique est utilisée. En 2021 déjà, lors de la crise de Ceuta, le relâchement soudain et volontaire des contrôles frontaliers par Rabat avait été largement interprété comme un moyen de pression diplomatique sur Madrid dans le contexte du Sahara occidental. À la différence que cette fois, des dizaines de camions ont déversé ce flot humain sur les plages au même moment, poussant certains à la noyade.
    En résumé, des jeunes sont utilisés pour faire pression à la frontière de manière à générer un choc politique par l’image. La majorité d’entre eux sont rentrés chez eux le soir même, faute de nourriture, en passant la frontière dans l’autre sens.
    Une question demeure : comment des dizaines de milliers de personnes peuvent-elles se retrouver simultanément devant une frontière parmi les plus surveillées d’Afrique sans une organisation logistique ? Les vidéos montrant des véhicules transportant des groupes de jeunes méritent, à elles seules, une enquête approfondie. Les médias officiels restent pourtant discrets sur la question et ne publient pas ou peu ces images.
    Que chacun se fasse son opinion. Mais présenter ces événements comme un simple mouvement migratoire pour faire peur occulte les buts de l’opération : isoler l’Espagne de la scène internationale tout en alimentant la montée réactionnaire en Europe, favorable aux intérêts
    capitalistes. Par ailleurs, le contrôle du Détroit reste un enjeu économique majeur dans la région, y compris pour les Etats-Unis. Trump et Israël, alliés du Maroc, sabrent le champagne devant cette opération médiatique de grande envergure qui divise l’Europe.

    https://www.humanite.fr/monde/espagne/afflux-de-migrants-a-ceuta-le-gouvernement-espagnol-attaque-par-une-extreme

    L’arrivée de dizaines de milliers de jeunes Marocains dans l’enclave espagnole, la semaine dernière, même éphémère, a déchaîné les paniques racistes de l’extrême droite mondiale. Ce qu‘il s’est passé soulève des questions sur l’utilisation de l’immigration comme levier de déstabilisation mais aussi sur l’attitude des autorités marocaines.

    https://justpaste.it/e53bt

    • https://seenthis.net/messages/1184811

      La construction du récit de « l’invasion »

      Les crises frontalières créent un contexte propice à la radicalisation du débat public. Une étude met en évidence un durcissement de la rhétorique politique et une banalisation des discours racistes. Lors de la crise de 2021, le parti d’extrême droite Vox a consacré plus de 70 % de ses publications à Ceuta et à la migration.

      Une autre étude a montré que 80 % des messages haineux analysés portaient sur la confrontation politique, et non sur les causes ou les solutions aux enjeux migratoires.

      Dans la crise actuelle, des expressions comme « invasion », « hommes en âge de combattre » ou « sicaires » participent à cette représentation des personnes migrantes comme une menace collective. Les #médias ne sont pas nécessairement à l’origine de ces discours, mais ils peuvent contribuer à les banaliser lorsqu’ils reprennent des cadrages alarmistes sans les contextualiser ni les mettre en perspective.

    • https://www.huffingtonpost.fr/politique/article/l-instrumentalisation-de-la-situation-a-ceuta-vire-a-la-caricature-de

      Plusieurs sources, dont l’AFP, laissent plutôt entendre que l’afflux massif de ces derniers jours résulte d’une nouvelle brouille diplomatique entre Madrid et Rabat, à l’heure où le Premier ministre espagnol essaie de se rapprocher de l’Algérie plutôt que du Maroc. Pedro Sanchez était à Alger il y a dix jours à peine pour essayer de tourner la page de quatre années difficiles. Dans ce contexte, un journaliste de l’agence de presse française affirme que des jeunes Marocains, rassemblés à la lisière de Ceuta, lui ont expliqué avoir entendu que « la frontière avait été ouverte ».

      Un contexte qui rappelle inévitablement la précédente crise migratoire de 2021, lorsque des milliers de Marocains avaient traversé la frontière à la faveur d’un assouplissement des contrôles par Rabat lors d’un premier différend diplomatique avec l’Espagne. À l’époque, le Maroc avait reproché à Madrid l’accueil, pour y être soigné, du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario (soutenu par l’Algérie contre le Maroc).

      D’ailleurs, Pedro Sanchez - qui doit se rendre à Ceuta ce vendredi - a déjà expliqué que « des mesures pour le transfert » vers le Maroc seront prises pour « toutes les personnes qui sont entrées illégalement » dans l’enclave espagnole, après ce qu’il qualifie « d’attaque contre la souveraineté » de son pays. Du reste, nombre d’entre elles, 25.000 selon les premières évaluations, sont déjà retournées au Maroc, ce vendredi. Ce que ne disent pas les réactions françaises, promptes à qualifier ces migrants de danger imminent, quand bien même ils se trouvent actuellement sur un autre continent, dans une zone qui ne fait pas partie de l’espace Schengen, à 1 000 kilomètres du territoire français, de l’autre côté de la Méditerranée.

      Qu’importe, la pression porte ses fruits. Laurent Nunez s’est empressé ce vendredi matin d’annoncer que la France allait immédiatement renforcer ses contrôles aux frontières, « en profondeur », avant d’être appuyé par Emmanuel Macron, qui a demandé à la mi-journée à ce que « toutes les dispositions soient prises pour renforcer les contrôles à la frontière avec l’Espagne ». Quitte à donner le point aux nationalistes et à leurs raccourcis.

    • La menace ne vient pas des immigrés de Ceuta, mais de nos propres dirigeants !

      L’arrivée de plusieurs dizaines de milliers de jeunes Marocains à Ceuta, enclave espagnole sur le continent africain, a immédiatement provoqué un déchainement de mensonges. Non seulement la droite et l’extrême droite, mais aussi la plupart des gouvernants européens rejoints par Trump aux États-Unis, ont brandi la menace d’une « invasion » dont il faudrait se défendre.

      Le fait qu’il y ait eu une centaine de morts ne leur a pas tiré une larme. Pas plus le fait que les migrants soient restés dehors, avec les seuls vêtements qu’ils portaient pendant leur traversée, sans argent ni accès à un minimum d’hygiène, en butte aux violences des militaires et de certains habitants. « On croyait atteindre le paradis, et on s’est retrouvé en enfer », résumait l’un d’eux, avant de regagner le Maroc, comme l’ont fait la très grande majorité d’entre eux.

      Liberté de circulation pour tous les travailleurs !

      Ces jeunes, parmi eux de nombreux adolescents de moins de 15 ans, ont voulu fuir la pauvreté, le chômage, qui touche, au Maroc, près de la moitié de la jeunesse. Pouvoir travailler et réaliser ainsi leurs rêves était leur seul but, le même que tous les jeunes de leur âge dans le monde. La liberté de se déplacer et le droit de s’installer là où les travailleurs peuvent gagner leur vie devrait être un droit élémentaire. Que des jeunes soient obligés, pour cela, de risquer la mort est révoltant !

      Le Premier ministre espagnol Sanchez a annoncé l’envoi de policiers, de militaires et de blindés, évoquant « une attaque, une violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne ». Mais que dire de l’intégrité du territoire marocain, alors que les enclaves de Ceuta et Melilla constituent des vestiges du colonialisme espagnol !

      Tous les dirigeants européens savaient très bien que ces milliers de jeunes ne pouvaient pas se rendre en Espagne ni dans l’Union européenne. En effet, Ceuta est soumis à un statut dérogatoire tel que l’accès au reste de l’Europe est aussi difficile qu’à partir du Maroc. Mais Macron a tout de même multiplié par cinq le nombre de policiers et de gendarmes à la frontière franco-espagnole.

      Les mensonges des dirigeants européens

      La palme du cynisme revient à la Première ministre italienne d’extrême droite Meloni, qui a annoncé la suspension de la libre circulation de l’espace Schengen à l’Espagne, avec laquelle l’Italie ne partage pourtant aucune frontière. La quasi-totalité des autres dirigeants de l’Union européenne lui ont emboité le pas. Tous ont délibérément menti car ils sont d’accord pour faire comme si l’immigration était aujourd’hui le danger principal. C’est une diversion ignoble, mais aussi dangereuse, utilisée par l’extrême droite, championne du repli sur soi, et par bien des politiciens.

      Tous veulent faire croire aux travailleurs que les immigrés constitueraient une menace et que les frontières pourraient protéger du chômage et de la pauvreté. Mais le responsable du chômage, de la précarité et des bas salaires est d’abord le patronat, et le faire reculer dépend exclusivement des luttes que le monde du travail est capable de mener pour s’opposer à sa rapacité. Ceux qui répètent qu’on ne peut pas « accueillir toute la misère du monde » nous prêchent en réalité la résignation et veulent nous faire accepter, comme une fatalité qu’on ne pourrait pas changer, l’état catastrophique des hôpitaux et de tous les services publics les plus vitaux…

      Combattre les vrais responsables de la misère

      Les véritables responsables de la misère, en France comme dans les autres pays, ce sont les actionnaires des géants du CAC 40 dont les profits ont augmenté de plus de 44 % au premier semestre 2026, pour atteindre à 74,93 milliards d’euros. Une minorité de richissimes bourgeois, 153 familles milliardaires, accapare les richesses produites par des millions de travailleurs. Une minorité de capitalistes et les gouvernants à leur service organisent l’exploitation de tous les peuples et le pillage des ressources des pays pauvres. Avec leurs rivalités et leurs guerres, des régions entières du monde sont détruites et rendues invivables.

      C’est tout cela qu’on voudrait nous faire oublier avec l’épouvantail de l’immigration. Garantir à tous une vie à la hauteur des immenses possibilités que recèle la société ne sera possible qu’en renversant le capitalisme. Quelles que soient leur nationalité, leur origine et leur religion, les travailleurs doivent refuser les divisions pour pouvoir mener ce combat commun contre leurs exploiteurs.

      Nathalie ARTHAUD

      https://www.lutte-ouvriere.org/portail/editoriaux/menace-vient-immigres-ceuta-propres-dirigeants-196142.html

    • Issu de https://legrandcontinent.eu/fr/2026/08/01/comment-se-positionnent-les-pays-europeens-face-a-la-crise-de-ceuta

      La lettre en question  : «  Vingt-deux chefs d’État et de gouvernement ont cosigné une lettre initiée par l’Italie et le Danemark, exigeant une réunion d’urgence des ministres de l’Intérieur. Ces derniers se retrouveront en visioconférence mardi 4 août.

      Si l’exclusion de l’Espagne de la zone Schengen n’est plus évoquée, les 22 s’en prennent à la politique de régularisation massive menée par l’Espagne, qu’ils accusent d’avoir provoqué un appel d’air ayant concouru à cette intrusion.  »

      La France qui envoie sa police pourchasser des migrants aussi imaginaires que les dahuts dans les Pyrénées fait partie des états les plus compréhensifs vis-à-vis de l’Espagne. Mon petit doigt me dit que ça doit bien lui arracher la gueule à notre pauvre Macron de pas hurler avec les loups, mais dérouler 700km de barbelés n’étant pas envisageable dans l’immédiat, il a du prendre sur lui. J’espère quand même que l’on va lui ouvrir une cellule psychologique à l’Élysée pour le soutenir dans cette douloureuse épreuve.

    • Évidemment ce bon vieux Rudy s’est immédiatement fendu d’un article défendant Israël, mais il faut tout lire et ça donne des sources :
      https://www.conspiracywatch.info/ceuta-le-reflexe-complotiste.html

      Le raisonnement à l’œuvre est un condensé de logique complotiste : on part des bénéficiaires supposés de l’événement (le fameux « is fecit cui prodest ») pour remonter aux commanditaires, et l’on tient la satisfaction affichée par certains pour un aveu. Or, comme l’écrit le politologue américain Michael Shurkin, « la Schadenfreude [« joie malsaine » − ndlr] n’est pas une preuve de complicité ou de responsabilité ». Il poursuit : « Je trouve fascinant que tant de gens sautent à la conclusion que cela doit forcément concerner Israël. Comme si le Maroc et l’Espagne n’étaient pas capables d’avoir leurs propres différends sans rapport avec Israël, ou comme si le Maroc était incapable d’agir ainsi pour ses propres raisons. »

      Sans surprise, les réseaux prorusses se sont emparés de l’affaire. Le centre de recherche Cyfluence a documenté l’amplification de la thèse du complot « israélo-américain » par des comptes alignés sur Moscou ainsi que sa reprise par RT et par le réseau de sites « Pravda ». Un seul post a cumulé des millions de vues et plus de 4 400 retweets.

      À supposer même que cet afflux ait été téléguidé, le Maroc n’a besoin de personne pour « arsenaliser » les migrants − ainsi que l’ont déjà fait Moscou et Minsk contre la Pologne. En mai 2021, Rabat avait laissé plus de 8 000 personnes entrer à Ceuta en quarante-huit heures pour punir Madrid d’avoir discrètement hospitalisé le chef du Front Polisario (mouvement luttant pour l’autodétermination du Sahara occidental, soutenu par Alger). Ni Israël ni les États-Unis ne s’en étaient mêlés.

    • Crise de Ceuta : pourquoi les révolutionnaires défendent l’ouverture des frontières ? Billet d’Anasse Kazib
      https://www.revolutionpermanente.fr/Crise-de-Ceuta-pourquoi-les-revolutionnaires-defendent-l-ouvert

      Anasse Kazib, candidat à l’élection présidentielle de 2027, réagit aux questions d’électeurs de gauche depuis le début de la tragédie de Ceuta, où plus de 100 personnes ont perdu la vie en tentant de rejoindre l’enclave espagnole depuis le Maroc. Il revient sur la nécessité de défendre l’ouverture des frontières, à rebours d’une gauche institutionnelle qui s’adapte aux politiques de l’Europe forteresse.

      Les frontières permettent de fabriquer une main-d’œuvre privée de droits, notamment les sans-papiers, que le patronat peut surexploiter avec des salaires plus bas, des horaires plus longs et la menace permanente de l’expulsion. Cette pression ne s’exerce pas seulement contre les travailleurs immigrés : elle tire aussi vers le bas les conditions de l’ensemble de la classe ouvrière.

      On nous répète sans cesse que les frontières sont là pour protéger les travailleurs. En réalité, elles protègent avant tout les intérêts des classes dirigeantes. Le capital, lui, ne connaît pas de frontières. Les multinationales déplacent leurs usines là où les salaires sont les plus bas, investissent où les profits sont les plus élevés, spéculent d’un continent à l’autre et pillent les ressources du monde entier sans passeport ni visa. Les marchandises et les capitaux circulent librement.

      La classe ouvrière n’a pas d’intérêt à défendre les frontières de sa bourgeoisie. Son intérêt est de s’unir au-delà des nationalités et des origines pour combattre ceux qui vivent de son exploitation. Il faut refuser un monde où l’argent est libre de circuler, ou le patronat peut exploiter qui il veut ou il veut mais où les êtres humains sont enfermés derrière des barbelés. Il faut exactement l’inverse : lutter contre le capital, garantir à toutes et tous la liberté de circulation et d’installation, et construire l’unité internationale des travailleurs...

    • Ceuta : une frontière impériale devenue un tombeau

      Ceuta n’a jamais été une simple limite administrative. Elle est à la fois le produit d’une histoire impériale ancienne et le point de rencontre de décisions économiques beaucoup plus récentes. Ni l’une ni les autres ne peuvent être traitées uniquement avec des clôtures, des patrouilles et des procédures d’éloignement.

      Que faire ?

      D’abord, établir les faits. Chaque mort doit être identifiée. Chaque disparition doit être documentée. Chaque usage de la force doit pouvoir être examiné. Le contrôle d’une frontière ne suspend ni le droit à la vie ni l’obligation de rendre des comptes.

      Ensuite, reconstruire une véritable politique économique frontalière.

      L’Union européenne et l’Espagne ne peuvent demander au Maroc de contenir les départs tout en considérant la situation sociale de Fnideq comme une affaire exclusivement marocaine. Une coopération crédible devrait financer des emplois formels, des formations professionnelles, des infrastructures productives et des activités susceptibles de remplacer durablement l’ancienne économie de contrebande.

      Enfin, il faut donner une réalité aux voies régulières de mobilité.

      L’Espagne dispose déjà de programmes de gestion collective des recrutements dans les pays d’origine, le dispositif dit « GECCO ». En 2025, 25 767 travailleurs étrangers ont participé à ces dispositifs de migration circulaire dans dix-sept pays partenaires, en hausse de 25 % en un an. Ces programmes démontrent qu’une mobilité organisée, assortie d’un contrat de travail et d’un cadre public, est possible.

      Ils ne sont pas exempts de critiques. La dépendance envers l’employeur, les conditions d’hébergement et les risques d’exploitation, notamment dans l’agriculture, doivent être combattus. Mais la réponse à ces insuffisances n’est pas de renoncer aux voies légales. Elle consiste à les étendre, à les diversifier et à mieux protéger ceux qui les empruntent.

      Le travail, les études, la formation et la circulation temporaire ne supprimeront pas tous les départs irréguliers. Ils permettront au moins de retirer aux passeurs, aux rumeurs et aux crises diplomatiques le monopole du calendrier migratoire.

      L’Europe a progressivement délégué une partie de sa politique migratoire aux États chargés d’empêcher les départs. Ce modèle crée une dépendance dangereuse. Lorsque le contrôle se relâche, volontairement ou non, la frontière cesse en quelques heures d’apparaître comme une protection : elle devient un piège.

      L’histoire ne se répète pas. Elle lègue des lieux, des institutions et des frontières.

      En 1415, la conquête de Ceuta ouvrait l’expansion portugaise outre-mer. En 1578, Ksar el-Kébir en révéla les limites sanglantes. En 2026, la ville est devenue, pour une partie de la jeunesse marocaine, un horizon visible à l’œil nu et pourtant presque inaccessible.

      L’écho entre ces dates n’est pas celui d’une prétendue guerre de civilisations.

      Il est celui d’une géographie héritée de la puissance sur laquelle viennent aujourd’hui se briser les inégalités économiques et l’inégale liberté de circuler.

      Une Europe fidèle aux droits qu’elle proclame ne peut se contenter de mieux fermer cette frontière.

      Elle doit agir pour qu’aucun mur, aucune digue et aucun bras de mer ne redeviennent un tombeau.

      https://blogs.mediapart.fr/alexis-vessat/blog/070826/ceuta-une-frontiere-imperiale-devenue-un-tombeau

  • La plus grande victoire de la #mafia est d’avoir cessé de ressembler à la mafia

    Aujourd’hui, la mafia semble plus puissante que jamais – il suffit de regarder les chiffres de la #cocaïne pour s’en rendre compte –, mais aussi plus invisible. Comment en est-on arrivé là ?

    Quand j’ai écrit Extra pure en 2020, la cocaïne était déjà partout ; aujourd’hui, elle est partout et coûte moins cher. La production mondiale a plus que triplé et les saisies atteignent des niveaux records. C’est justement là le problème : saisir des tonnes sans faire grimper le prix revient à vider l’océan à la cuillère.

    La structure a changé : on n’a plus de cartels verticaux, mais un système de courtage, des cellules interchangeables, l’Équateur devenu une plaque tournante, l’Europe du Nord avec Anvers et Rotterdam comme portes d’entrée, la ‘Ndrangheta en tant que banquier du système. Et puis les drogues de synthèse, qui n’ont besoin ni de terre ni d’agriculteurs, mais seulement d’un hangar.

    Mais la véritable nouveauté se trouve là où l’on ne regarde pas.
    Quel est cet angle mort ?

    Oliver Bullough l’a baptisé « Moneyland », un pays sans frontières où l’argent sale circule librement tandis que les lois censées le traquer restent nationales. Le criminologue Michael Levi répète depuis des années que, en matière de lutte contre le blanchiment d’argent, on mesure l’activité et jamais le résultat : on compte le nombre de signalements envoyés et non la quantité de crimes qui ont été empêchés.

    Il en résulte que l’on récupère 0,05 % des produits du crime et que les coûts de mise en conformité dépassent de cent fois l’argent saisi
    1
    . C’est le paradoxe du réverbère : nous cherchons les clefs là où il y a de la lumière, dans les formulaires, dans les signalements des banques, dans la bureaucratie de la conformité, alors que les clefs se trouvent dans l’obscurité et que personne ne veut s’y aventurer.
    Quels signaux plus ou moins faibles voyez-vous en France où l’on parle de plus en plus d’une mexicanisation du pays ?

    Chaque fois qu’un jeune meurt à Marseille, la France regarde le cadavre et dit : « Le Mexique ». C’est là que réside l’erreur. Le mort est la seule partie du trafic de drogue qui accepte de se laisser photographier. C’est le résidu, le bilan des erreurs, le coût d’un marché qui n’a pas encore trouvé son équilibre. Un marché qui tue est un marché immature. Quand le système fonctionne vraiment, personne ne meurt : on signe un acte notarié. Le sang n’est pas le signe de la puissance criminelle, c’est le signe de son adolescence.

    Le signal grave, c’est l’autre, et par définition, on ne le voit pas, car sa réussite coïncide exactement avec son invisibilité.

    Commençons par la langue, qui trahit toujours. Les Français parlent de « blanchiment ». En Italie, nous parlons de « recyclage ». Ce sont deux philosophies opposées.
    C’est-à-dire ?

    Le blanchiment promet la purification, la tache qui disparaît, l’argent qui redevient innocent. Le recyclage admet au contraire que la substance reste et ne change que de forme. La France s’est bercée pendant des décennies de l’illusion de pouvoir « laver » ; l’Italie a appris à ses dépens que rien ne se lave, mais se transforme. Ce n’est pas un détail lexical : Tracfin appelle encore aujourd’hui « sociétés lessiveuses » les entités qui blanchissent les fonds du crime organisé. Toute la métaphore de la lessive est présente dans le vocabulaire administratif de l’État.

    Et voici la partie historique que la France refuse de lire. Le trafic qui a inondé l’Amérique d’héroïne pendant trente ans s’appelait la « French Connection ». Le mot « français » figurait dans son nom, les laboratoires se trouvaient à Marseille, et la France a tout de même réussi à considérer cela comme l’affaire des autres : d’abord des Corses, puis des Italiens, ensuite des Maghrébins, aujourd’hui des Slaves et des Albanais.

    Chaque génération a eu son étiquette ethnique, et chaque étiquette a servi à ne pas nommer la structure. Car si les laboratoires étaient marseillais, l’argent ne restait jamais dans le milieu : il passait par des banques, des biens immobiliers sur la Côte d’Azur, des casinos, des chantiers. Le trafic peut être étranger.
    Et le blanchiment ?

    Le blanchiment, non. Le blanchiment est toujours local, par nécessité technique : pour blanchir de l’argent, il faut un notaire, un expert-comptable, un établissement de crédit, un marché public, un cadastre. Il faut donc les institutions de ce pays et les professionnels de ce pays.

    Les chiffres le montrent avec une brutalité que les chroniques n’ont pas. La Cour des comptes européenne a estimé le blanchiment à 1,3 % du PIB de l’Union chaque année, soit environ 38 milliards d’euros pour la seule France. La commission d’enquête du Sénat évalue à 50 milliards le chiffre d’affaires des réseaux spécialisés dans le blanchiment de capitaux d’origine criminelle dans le pays. Le chiffre d’affaires du trafic de drogue français est estimé par les autorités entre trois et six milliards.

    Mettons ces chiffres côte à côte : la drogue n’en représente qu’une fraction. Le Sénat l’écrit sans détours dans son rapport du 18 juin 2025 : le blanchiment d’argent est aujourd’hui le trafic le plus lucratif de France, et il n’existe pas de stratégie cohérente pour le combattre ; le système n’est qu’un assemblage de dispositifs disparates. Le titre du rapport est déjà un verdict : « Ces dizaines de milliards qui gangrènent la société. »
    Qu’en est-il des chiffres sur la supposée origine étrangère du problème ?

    Nous avons un chiffre qui met fin à tout débat sur l’origine étrangère du problème. En 2024, Tracfin a reçu plus de 215 000 déclarations de soupçons, mais le secteur non financier — notaires, greffiers, maisons de jeux — ne représente que 7 % du total. Les avocats n’en ont transmis que quinze. Les agents sportifs, une catégorie à très haut risque, n’en ont jamais transmis une seule.

    Quinze signalements pour toute une profession. Ce n’est pas un problème de frontières : c’est un problème de classe professionnelle. La ligne qui sépare l’argent sale du patrimoine propre passe par les cabinets du centre de Paris, pas par les ports. Le cas le plus révélateur remonte à sept semaines.
    Que s’est-il passé ?

    Le 9 juin 2026, la JIRS de Marseille a démantelé un réseau de blanchiment d’argent en bande organisée : treize interpellations, cinq personnes mises en examen, des sommes réinvesties dans l’immobilier ou transférées à l’étranger. 2,7 millions d’euros, des lingots d’or et quatorze voitures de luxe ont été saisis. Tout avait commencé au printemps 2024 par un simple contrôle fiscal dans la banlieue de Narbonne.

    Les sociétés utilisées comme écrans étaient des entreprises de construction de Perpignan, Narbonne et Béziers, avec une activité économique réelle et un chiffre d’affaires réel. Pas de sociétés fantômes aux Seychelles : des chantiers français qui construisaient réellement. Le président de la fédération du bâtiment des Bouches-du-Rhône admet que ces entreprises remportent les appels d’offres avec des propositions inférieures de 25, 30, voire 40 % au prix du marché, et que le secteur subit des menaces et du racket concernant les embauches sur les chantiers autour de Marseille.

    Autrement dit : l’argent de la drogue remporte des marchés publics français en vendant à perte. Il élimine les entreprises légales pour cette raison même : sa rentabilité, il l’a déjà faite ailleurs. C’est la définition parfaite d’une méthode mafieuse, et personne ne l’a importée de l’extérieur.

    Le nouveau Parquet national anticriminalité organisée a saisi, en cinq mois, près de 990 millions.
    Ce n’est donc pas suffisant…

    C’est un bon début. Mais il faut le mettre en perspective avec les 38 milliards estimés chaque année. Le rapport entre ces deux chiffres résume tout le problème français.

    C’est pourquoi le terme de « mexicanisation » est réconfortant, et doit être rejeté précisément par ceux qui dénoncent ces pratiques. Parler du Mexique revient à dire : « Ils nous importent leur violence. » Cela déplace le centre de gravité vers l’extérieur, vers l’ethnie, vers l’immigration, et transforme un problème de système économique en un problème d’ordre public.

    Les mafias ne se mesurent pas au nombre de morts qu’elles causent : elles se mesurent aux patrimoines qu’elles parviennent à blanchir. Les meurtres, c’est ce que le trafic de drogue perd. Le blanchiment d’argent, c’est ce qu’il gagne. Et aucun État n’a jamais été détruit par ce que les criminels perdent.
    La déstabilisation de certains pays européens pourrait-elle atteindre les niveaux que l’on a connus en Amérique latine ?

    La différence est structurelle, et non de degré. En Amérique latine, le trafic de drogue a érodé le monopole de l’État sur la violence, avec des territoires où l’État ne pénètre pas, des taux d’homicides à deux chiffres pour 100 000 habitants, des forces de police infiltrées jusqu’aux plus hauts échelons, des candidats assassinés en pleine campagne électorale.

    En Europe, ce n’est pas le cas. Ici, les mafias ne défient pas l’État, elles le traversent. Elles achètent des marchés publics, blanchissent des capitaux, s’immiscent dans la logistique portuaire et dans le secteur du bâtiment. Peu de violence, forte pénétration économique. Un modèle opposé, et justement pour cette raison plus difficile à percevoir.
    Quelle devrait être la réponse à adopter ?

    La dérive autoritaire n’est la réponse à aucun de ces deux modèles. Les mafias n’ont jamais eu peur d’un État fort. Elles ont peur de l’État qui contrôle l’argent. Ce qui les touche, ce sont une magistrature indépendante, les enquêtes patrimoniales, les confiscations, la transparence des marchés publics, un journalisme capable d’écrire sans craindre de poursuites abusives. Ce sont les mêmes outils que tout gouvernement autoritaire s’empresse d’affaiblir en premier lieu, car ils peuvent aussi le toucher.

    Deux exemples historiques. Le fascisme s’est vanté d’avoir vaincu la mafia grâce au préfet Mori, mais il n’a frappé que la base et a laissé intacte, voire favorisée, la bourgeoisie mafieuse qui avait rejoint le régime, à tel point qu’en 1943, ce réseau était prêt à se reconstituer. Aujourd’hui, le modèle Bukele, avec ses prisons de masse et son état d’exception permanent, a fait chuter le nombre d’homicides sans toucher au trafic de drogue ni au blanchiment d’argent. On arrête la rue, on laisse le capital intact.

    L’autoritarisme produit une sécurité perçue et une impunité réelle aux échelons supérieurs. Contre les mafias, c’est le contraire qu’il faut. Moins de spectacle, plus de bilans.
    En matière de lutte contre le crime organisé, l’Italie a une certaine expérience (notamment depuis les années 1980). Pensez-vous qu’elle est assez étudiée par les autres pays européens ?

    Absolument pas. L’Europe est à la traîne, le reste du monde l’est encore plus.

    L’Italie possède le meilleur savoir-faire au monde, et c’est un savoir-faire né du sang : l’article 416-bis existe parce que Pio La Torre a été assassiné ; l’article 41-bis et le système des collaborateurs de justice existent parce que Falcone et Borsellino ont été assassinés. Derrière chaque instrument législatif italien se cache un cercueil. C’est une législation écrite dans le deuil, et c’est pour cela qu’elle fonctionne : elle n’est pas née dans un séminaire, mais de l’urgence d’un État qui était en train de perdre pied.

    Presque aucun autre pays européen ne connaît le délit d’association de type mafieux. On juge les délits individuels – le trafic, le meurtre, le blanchiment d’argent –, mais pas l’organisation en tant que telle, ni la méthode, ni la force d’intimidation que représente le lien d’appartenance. Et presque partout, l’attaque contre le patrimoine fait défaut : mesures de prévention, confiscation élargie, administration judiciaire des entreprises. Le reste de l’Europe arrête des personnes ; l’Italie a compris qu’il fallait leur retirer leur argent, car un parrain en prison dont le patrimoine reste intact continue de diriger.

    Y a-t-il à ce niveau un décalage entre l’Europe du Nord et l’Europe du Sud ?

    L’Europe du Nord a longtemps entretenu un malentendu : celui selon lequel la mafia serait un problème folklorique du Sud, fait de casquettes et de fusils. Pendant qu’on pensait cela, la cocaïne est entrée par Rotterdam et Anvers, la ‘ndrangheta a investi dans toute l’Allemagne (Duisbourg 2007 n’a rien enseigné) et à Marseille, la DZ Mafia a mis en place un système de violence que la France peine même à nommer. Ce n’est pas que les mafias soient arrivées en Europe : c’est que l’Europe ne disposait pas des catégories pour les percevoir.

    Car le véritable phénomène est tout autre : ce ne sont pas seulement les mafias qui se sont capitalisées, c’est le capitalisme qui s’est mafiosisé. Les organisations criminelles ne sont plus le corps étranger qui s’attaque à l’économie légale. Elles sont le fournisseur de liquidités le plus fiable du marché : elles ne demandent pas de garanties, paient en espèces, et en cas de crise, elles arrivent avant les banques. Et l’économie légale a cessé de se demander d’où vient cet argent.

    Tant que l’Europe traitera la mafia comme une question d’ordre public et non de marché, de marchés publics, de logistique portuaire, de fonds publics, elle restera structurellement sans défense, et continuera à demander conseil à l’Italie sur les morts sans en copier les lois.
    S’il ne fallait retenir qu’une seule leçon de votre travail et de vos livres, laquelle ce serait ?

    La leçon est simple. On ne peut pas changer ce qu’on ne connaît pas.

    Le capitalisme criminel existe parce qu’il reste indéchiffrable. On ne peut pas le combattre si l’on ne comprend pas son mécanisme, conçu exprès pour passer inaperçu.

    Il est très facile de dire que ce sont les immigrés qui s’en prennent aux villes. La détresse a un corps, un visage, elle est dans la rue, on peut la photographier. L’argent, non. Il passe par des virements, des sociétés écrans, des marchés publics, et ne fait pas la une des journaux télévisés. Ainsi, l’indignation se porte toujours sur le pauvre visible et jamais sur le flux invisible — ce qui est exactement ce que ce flux souhaite.

    Mon travail a consisté à mettre en lumière cette ombre. J’en ai payé le prix. Chaque jour, je me demande si cela en valait la peine.
    Comment comprendre la fascination que suscitent les narcotrafiquants ? Netflix, par exemple, semble en avoir fait son fond de commerce.

    Le trafiquant de drogue ne fascine pas parce qu’il se tient en marge du système. Il fascine parce qu’il incarne le système débarrassé de toute hypocrisie. L’entrepreneur légal doit présenter un récit moral de son enrichissement : le mérite, l’innovation, la valeur apportée au territoire, et aujourd’hui, le bilan de développement durable. Le trafiquant de drogue en est dispensé. Son capital n’a pas besoin de s’excuser. Le spectateur reconnaît une structure qu’il connaît déjà : l’ascension, le risque, le capital réinvesti, l’élimination du concurrent, débarrassée des mots qui la rendent méconnaissable lorsqu’elle revêt une veste. Ce n’est pas le revers de notre monde, c’est notre monde dont on a coupé le son de la justification.

    De là naît un plaisir que j’appellerais gnostique, et c’est le véritable moteur de la série. Celui qui regarde a le sentiment d’avoir été admis au secret, d’avoir enfin vu comment fonctionne vraiment le monde. C’est la face B. Mais c’est un plaisir épistémologique, non moral, et pour cette raison dangereusement compatible avec l’inertie. Comprendre comment fonctionne la machine procure une satisfaction qui ressemble beaucoup à la capitulation.
    Que faudrait-il faire ?

    Il y a une objection à se faire à soi-même, et c’est la partie qui fait tenir tout le reste. Le narcotrafiquant n’est pas du tout dépourvu d’hypocrisie. Il dispose d’un appareil de légitimation extrêmement raffiné : la famille, l’honneur, le terrain de foot construit dans la commune, le pauvre qui se venge de l’oligarchie, la Vierge sur le mur.

    Escobar avait un discours politique, pas seulement une fortune. Il ne dit pas la vérité sur le capital : il raconte un autre mensonge, archaïque plutôt que managérial, et justement pour cela plus séduisant, car il parle le langage du mythe et non celui du communiqué de presse.

    Et là, le piège réside dans le récit lui-même. La véritable face cachée n’est pas spectaculaire. C’est le notaire, la facture gonflée, le transporteur, la société écran à Malte. La série raconte l’exception, le parrain, la fusillade, le charisme, et finit ainsi par protéger la règle, qui est la continuité parfaite entre l’économie criminelle et l’économie légale. Le narcotrafiquant représenté comme un monstre est un alibi. Si le narcotrafiquant était présenté comme un collègue, ce serait alors vraiment insupportable.
    Qu’a pu apporter en plus du livre, selon vous, l’adaptation de Gomorra aux écrans ?

    Je ne pense pas que la série apporte quelque chose : je pense qu’elle enlève. Elle enlève le « je », elle enlève la voix off, elle enlève le témoin. Il ne reste que le monde, sans personne pour le juger à notre place.

    C’est par cette soustraction que Gomorra est devenue une grammaire visuelle mondiale — au point d’universaliser Scampia. PNL tourne le clip Le monde ou rien aux Vele parce que cette banlieue est déjà la leur : Manille, Philadelphie, Paris, Le Caire… toutes les banlieues obéissent à la même logique.
    La légalisation représente-t-elle une solution pour casser les trafics de drogue ?

    Non, la légalisation ne met pas fin au trafic de drogue. Elle en élimine une partie, et il faut préciser laquelle.

    En ce qui concerne les drogues douces, l’expérience a déjà été menée et elle a fonctionné. Après la légalisation au Colorado et dans l’État de Washington, le trafic de cannabis mexicain s’est effondré : les saisies à la frontière ont été réduites à une fraction négligeable. Aucune opération de police n’avait jamais obtenu un résultat similaire. La légalisation a accompli ce que quarante ans de guerre contre la drogue n’avaient pas réussi à faire.

    Le pire modèle est celui qui reste à mi-chemin : une demande tolérée, une offre illégale. Le backdoor problem néerlandais a alimenté pendant quarante ans la filière à partir de laquelle s’est développée la Mocro Maffia. Dépénaliser la consommation sans réglementer la production est le cadeau idéal pour le crime organisé. Les Néerlandais ont reconnu le problème et tentent d’y remédier. Depuis 2023, l’Experiment gesloten coffeeshopketen, la « chaîne fermée », est en cours : dix communes — dont Breda, Tilburg, Arnhem, Groningue, Maastricht et Nimègue — où les coffee shops ne vendent que du cannabis issu d’une production légale, provenant de cultivateurs privés agréés, sous le contrôle de l’Inspection et de l’autorité alimentaire. À partir d’avril 2025, la vente de tout autre produit est interdite. Durée prévue : quatre ans.
    Quel rapport entretenez-vous maintenant avec Naples, vos terres natales mais terres où vous êtes en permanence menacé ? Comment se manifeste chez vous cette ambivalence ?

    Naples m’a chassé. C’est la blessure la plus profonde, car elle ne vient pas de mes ennemis. De la part de mes ennemis, on s’y attend, ça fait partie du jeu. Elle vient de chez moi. D’une partie de ma ville qui a décidé que le problème n’était pas la camorra, mais ceux qui en parlaient.

    Et on m’a chassé sur la base d’une fausse accusation : celle selon laquelle parler du mal détruirait le lieu qui l’abrite. C’est exactement le contraire qui s’est produit. Après ces récits, le tourisme a explosé, les ruelles dont j’avais parlé se sont remplies. Ce n’est pas à moi qu’en revient le mérite. Mais cette théorie, selon laquelle le silence protège et la parole détruit, est le mensonge le plus ancien du pouvoir criminel. Naples en est la réfutation vivante.

    C’est là que réside le paradoxe le plus obscène : ceux qui m’accusent d’avoir diffamé Naples sont très souvent ceux qui ont tiré profit de cette transformation. Ceux qui ont acheté, ceux qui ont vu la valeur d’un bien immobilier tripler dans un quartier que personne ne voulait traverser il y a vingt ans. Ils vivent de ce changement et crachent sur ceux qui l’ont déclenché.
    Si c’était à refaire, écririez-vous et publieriez-vous de nouveau vos livres à cause desquels vous êtes aujourd’hui menacé ?

    Non. Je ne le referais pas. Non pas parce que je renie quoi que ce soit de ce que j’ai écrit, mais parce que je n’ai pas été le seul à en payer le prix. Le livre est vivant et continue son chemin ; moi, je suis resté figé depuis vingt ans et ma famille s’est effondrée.
    Les derniers mots de Gomorra (« Fils de pute, je suis encore vivant ! ») sont-ils devenus, de façon presque performative, les mots qui caractérisent votre vie ?

    Je les ai écrits à 26 ans et ils sont devenus une prophétie sur ma vie.
    Quel est le lieu le plus important pour vous à Naples ? Y avez-vous un beau souvenir ?

    Je répondrais à ces deux dernières questions en citant Dante : « Il n’est pas de plus grande douleur que de se souvenir des temps heureux dans la misère »…

    https://legrandcontinent.eu/fr/2026/08/02/la-plus-grande-victoire-de-la-mafia-est-davoir-cesse-de-ressembler-
    #criminalité_organisée #Roberto_Saviano #in/visibilité #drogue #ndrangheta #Moneyland #blanchiment_d'argent #mort #puissance #invisibilité #lessive #vocabulaire #terminologie #mots #Marseille #France #French_connection #trafic_de_drogue #argent_sale #BTP #bâtiment #appels_d'offre #marchés_publics #mexicanisation #économie #pénétration_économique #autoritarisme #loi #législation #patrimoine #argent #Rotterdam #Anvers #capitalisme #fonds_publics #lutte_contre_la_mafia #logistique #narcotrafique #mythe #légalisation #légalisation_de_la_drogue #coffee_shops #Pays-Bas

  • #Journal du regard : Juillet 2026

    https://liminaire.fr/chronique/journal/article/journal-du-regard-juillet-2026

    https://www.youtube.com/watch?v=KOOq3n0EpDc

    Chaque mois, un film regroupant l’ensemble des images prises au fil des jours, le mois précédent, et le texte qui s’écrit en creux. « Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transparaître les traces - ténues mais non déchiffrables - de l’écriture “préalable” ». Jorge Luis Borges, Fictions

    (...) #Journal, #Vidéo, #Architecture, #Art, #Écriture, #Voix, #Sons, #Mémoire, #Paysage, #Ville, #Journal_du_regard, #Regard, #Dérive, #Photographie, #Nature, #Paris, #Été, #Jardin (...)

  • Dérèglement climatique : cet ingénieur a simulé l’avenir de l’humanité jusqu’en 2100, « c’est assez effrayant »
    https://www.lamontagne.fr/clermont-ferrand-63000/actualites/un-clermontois-cree-un-site-pour-simuler-l-evolution-de-l-humanite-jusqu-

    Face aux épisodes caniculaires, aux mégafeux, à la réalité du dérèglement climatique qui frappe la France cet été 2026, Laurent Baleydier, ingénieur en système complexe, a créé un site simulant l’évolution de l’humanité jusqu’à 2100. Instructif. Et effrayant.

    (...)

    300 millions de survivants si l’on ne fait rien

    (...)

    #oups

    • Je mets le site, car #paywall sur La Montagne. L’extrait d’article ne va pas jusqu’au lien.
      Je suppose que c’est ça :
      https://climat-2100.com

      L’aspect graphique pour les enfants écarté, on y trouve ça :
      Journal des seuils, scénario actuel :
      2035 — +1,5 °C franchis (limite de l’accord de Paris)
      2037 — événements extrêmes ×3 : surmortalité directe par les catastrophes
      2044 — +1,8 °C : la mortalité directe par la chaleur commence (seuil du modèle)
      2046 — sécurité alimentaire sous 84 % : la mortalité liée à la faim commence
      2049 — +2 °C franchis
      2050 — banquise arctique réduite de moitié
      2050 — pic de population atteint : 9.3 Md en 2047 — le déclin commence
      2068 — biocapacité sous 45 % : cascade d’effondrement des écosystèmes enclenchée

      Journal des seuils, scénario où on fait tous les efforts :
      2036 — +1,5 °C franchis (limite de l’accord de Paris)
      2039 — événements extrêmes ×3 : surmortalité directe par les catastrophes
      2047 — le fossile passe sous 40 % du mix énergétique
      2055 — sécurité alimentaire sous 84 % : la mortalité liée à la faim commence
      2059 — +1,8 °C : la mortalité directe par la chaleur commence (seuil du modèle)
      2064 — mix énergétique quasi décarboné (fossile < 10 %)
      2070 — pic de population atteint : 10.1 Md en 2064 — le déclin commence

  • Immobilier : à quoi ressemblera le bureau de demain avec l’IA ?
    https://www.latribune.fr/article/economie/biens-d-equipement-btp-immobilier/48174770387028/immobilier-a-quoi-ressemblera-le-bureau-de-demain-avec-lia

    RÉVOLUTION IA (2/5). Et si l’IA accélérait la redéfinition des stratégies immobilières ? C’est la question à laquelle le gestionnaire d’immobilier commercial JLL a tenté de répondre, en menant une étude de terrain auprès de deux hubs d’innovation, aux États-Unis et en Inde. Avec, selon lui, de quoi changer la donne dans la gestion des espaces de bureaux.

    C’est une étude qui se veut non pas quantitative, mais qualitative. Et qui a choisi la voie de la prospective, plutôt que celle du bilan. Il n’empêche : en conduisant deux missions d’une semaine chacune sur deux territoires aux deux extrémités du globe (à savoir le hub d’innovation de San Francisco aux États-Unis et celui de Bangalore, en Inde), sélectionnés pour être les avant-postes des mutations à venir, le gestionnaire en immobilier commercial JLL comptait réfléchir aux différents scénarios qui repenseront l’immobilier de demain. Et ce, face à une révolution bien particulière : celle de l’IA.

    Au total, les équipes Recherche & prospective de JLL ont rencontré près de 100 personnes issues de plus de 40 organisations, parmi lesquelles des grandes entreprises, des industriels, des chercheurs et têtes pensantes du monde académique, des urbanistes et designers ou encore des investisseurs pour chercher à comprendre comment l’IA appellera à reconfigurer les futurs bâtiments.

    « L’IA n’est pas un sujet nouveau, mais on s’interrogeait beaucoup sur la manière de l’aborder, car on avait le sentiment que l’on parlait beaucoup des impacts de l’IA dans le domaine du travail, mais que nous n’allions pas assez loin pour déterminer les impacts concrets que pourrait avoir cette technologie sur notre immobilier », expose Diana Naït-Belkacem, consultante senior Recherche et Prospective chez JLL et co-auteur de cette étude.

    #paywall, mais l’original JLL est accessible

    • The future of corporate real estate in the AI age
      From Bengaluru to San Francisco. Designing workspaces for human-AI collaboration – JLL – Insights
      https://www.jll.com/en-us/insights/the-future-of-corporate-real-estate-in-the-ai-age

      Key highlights
      • AI is reshaping work and business operations dramatically and this will have an inevitable impact on real estate over the next decade, from the world’s leading innovation hubs and gateway cities to global capability centers in emerging markets.
      • The pace of business change will accelerate and corporate real estate portfolios will evolve to accommodate uncertainty and continuous change. Location decisions will increasingly factor in power availability, infrastructure security and AI regulatory frameworks, in addition to talent, cost and scalability.
      • As AI takes on more routine tasks, workplaces will evolve into spaces that support teams of human experts orchestrating complex AI systems. Creativity-focused environments that enhance cognitive performance, partnership zones for external collaboration and smart workstations enabling seamless human-AI agent interaction will be in high demand.

      The future of work isn’t being written in boardrooms or strategy documents. It’s being lived right now in the bustling tech corridors of the San Francisco Bay Area in the United States and the innovation labs of Bengaluru in India, where organizations are grappling with AI transformation in real-time.

      Through intensive learning expeditions to these two AI epicenters, our JLL Future Vision team conducted field research with over 40 senior executives, entrepreneurs and academics, leveraging our global network of 500+ researchers. What we discovered highlights a significant shift taking place: the AI revolution isn’t just changing how people work – it is impacting where they work, how they organize and what they need from their physical environments.

  • Un conducteur abandonne sa femme au bord d’une route et meurt quelques minutes après dans un accident
    https://www.sudouest.fr/faits-divers/un-conducteur-abandonne-sa-femme-au-bord-d-une-route-et-meurt-quelques-minu

    À la suite d’une dispute, un homme a abandonné son épouse sur le bord de la route en Italie. Il est ensuite reparti et a trouvé la mort en heurtant violemment une barrière après avoir emprunté une route à contresens

    Sa femme lui disait qu’il n’était pas en état de...

    #paywal mais elle avait certainement raison.

  • Pour l’extrême droite, la subvention est un moyen de rétorsion pour que les artistes marchent au pas

    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/contre-le-spectacle-vivant-une-offensive-ideologique-et-economique-202607

    Le secteur fait face à une offensive idéologique mais aussi économique. Et si, suggère le professeur Olivier #Neveux, on introduisait plutôt de la politique au cœur de la production, là où elle est déterminante ?

    • C’est là une des lois de l’art : on ne sait pas ce que l’on manque dans ce qui n’existera pas.

      L’offensive idéologique est jumelle de l’offensive économique ; elles sont sinon concertées du moins harmonieuses. L’extrême droite et l’extrême centre mènent nombre de campagnes d’intimidation. Ils ont le goût des annulations. La convergence des intérêts est flagrante. Il n’y a dès lors qu’une politique adéquate : faire disparaître tout désaccord voire toute pluralité. L’art doit marcher au pas, les artistes être aux ordres. La subvention devient un moyen de rétorsion. On appellerait cela la démocratie. Dans un monde réellement renversé, le faux est vrai.

    • La #politique est, en effet, partout, sauf là où elle est déterminante : au cœur de la #production. Il s’agit, il est vrai, d’une autre approche de la politique de l’art. Elle est conflictuelle. Elle parle certes de financement, mais pas seulement. Elle porte sur la façon dont on travaille et les raisons de le faire, sur les moyens et le temps, sur les richesses et leurs répartitions, sur le marché et ce qui doit y faire exception, sur les rapports sociaux et leurs transformations. Conséquente, elle pourrait soutenir une vision intransigeante du secteur public qui ne se laisserait pas happer par le « bon sens » et les habitudes du privé. En substance, elle demande : quoi appartient à qui ? A qui appartient la société ? Et le futur ? En 1935, à Paris, à l’occasion d’un congrès international d’écrivains antifascistes, #Brecht exhortait : « Camarades, parlons des rapports de propriété. » Mais il était trop tard.

  • Le NSS se félicite de la fin des inégalités en matière de transport scolaire pour les établissements confessionnels

    Depuis de nombreuses années, les collectivités locales proposent des services de transport gratuits ou subventionnés, à titre « discrétionnaire », aux parent·es qui choisissent d’inscrire leur enfant dans une école confessionnelle plutôt que dans l’établissement le plus proche.

    Cette semaine, nous avons salué le vote du Conseil du comté du Nottinghamshire (NCC) visant à mettre fin à ce privilège religieux.

    Cette décision fait suite à notre réponse à la consultation lancée par le conseil sur ces projets, dans laquelle nous avions fait valoir qu’il était injuste d’attendre des familles qui ne bénéficient d’aucune aide pour le transport vers l’école laïque de leur quartier qu’elles financent le transport des familles croyantes qui envoient leurs enfants dans des écoles confessionnelles. Vous pouvez lire l’article complet ici.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/06/23/la-nss-exhorte-le-gouvernement-gallois-a-abroger-les-lois-sur-le-culte-collectif/#comment-75198

    #angleterre #paysdegalles

  • Médaille Fields 2026 : quatre lauréats qui incarnent la diversité des mathématiques contemporaines | Pour la Science
    https://www.pourlascience.fr/sd/mathematiques/medaille-fields-2026-quatre-laureats-qui-incarnent-la-diversite-des-ma

    #paywall

    Cette année, les quatre lauréats de la médaille Fields sont Hong Wang, Yu Deng, Jacob Tsimerman et John Pardon. Derrière cette liste, on retiendra surtout un quatuor de jeunes mathématiciens et mathématicienne qui ont marqué leur discipline par des résultats exceptionnels, résolvant chacun un problème qui résistait parfois depuis plusieurs décennies.

    L’édition 2026 du Congrès international des mathématiciens (ICM), organisée du 23 au 30 juillet à Philadelphie, n’a pourtant pas été épargnée par les secousses géopolitiques. Ce printemps, un mouvement de boycott a rassemblé plus de deux mille signatures de mathématiciens du monde entier, pour protester contre la tenue du congrès aux États-Unis, en raison des craintes suscitées par la politique migratoire du gouvernement étatsunien

  • En Iran, la police des mœurs a disparu du paysage
    Courrier international – Source : Radio Farda
    https://www.courrierinternational.com/article/reportage-en-iran-la-police-des-m-urs-a-disparu-du-paysage_24


    Des passants traversent la place Enghelab, à Téhéran, le 15 juillet 2026.
    PHOTO AFP

    Les patrouilles qui surveillaient minutieusement le port du voile ont pratiquement disparu des rues de Téhéran et des grandes villes du pays, raconte le média iranien en exil “Radio Farda”. Un relâchement tactique accéléré par la guerre, mais la loi est toujours là et certaines restrictions subsistent.

    Publié le 21 juillet 2026 à 05h00, mis à jour le 21 juillet 2026 à 09h22

    À première vue, les trottoirs bordés d’arbres de la rue Valiasr – dans le principal quartier culturel et commercial de Téhéran – ont un air de normalité. Mais c’est ce qu’on n’y voit pas qui étonne.

    Les femmes marchent dans la ville en haut sans manches ou en robes à manches courtes, en pantalons amples ou en jeans ajustés. Certaines portent des foulards par choix. Beaucoup ne le font pas. Les cafés sont animés, les voitures se traînent.

    Personne ne regarde ou ne fait vraiment attention à ce qui se passe. Et pourtant, c’est ce qu’on remarque le plus.

    Les patrouilles naguère redoutées qui surveillaient l’habillement des femmes de la tête aux pieds ont pratiquement disparu de la vie quotidienne. Les règles strictes sur le port du hidjab sont encore en vigueur, mais leur application s’est manifestement relâchée dans toutes les grandes villes d’Iran. Celles-ci étaient auparavant un champ de bataille pour les femmes qui défendaient leur liberté contre la police des mœurs.

    “Les femmes s’habillent comme elles l’entendent”
    “Je n’ai plus vu les patrouilles du hidjab depuis très longtemps”, explique une Téhéranaise de près de 40 ans. Elle s’exprime sous couvert d’anonymat pour des questions de sécurité. “Les femmes s’habillent comme elles l’entendent.”
    La répression se poursuit dans de no[…]

    #paywall

  • “Bienvenue. Vous êtes les témoins de la fin d’un monde” : l’assourdissant silence politique sur la chaleur en France
    Courrier international – Source : Süddeutsche Zeitung

    https://www.courrierinternational.com/long-format/vu-d-allemagne-bienvenue-vous-etes-les-temoins-de-la-fin-d-un

    Une forêt emblématique en flammes, des récoltes qui se dessèchent et même des routes qui fondent en Bretagne : la France souffre de la canicule. Les Français avancent dans l’été, le cerveau embrumé, mais les responsables politiques restent silencieux sur un sujet trop vaste pour de beaux discours, observe ce journaliste allemand.

    Luc fait un barbecue. Mais nom d’une pipe, qu’il s’y prend mal ! Il installe le barbecue au pied d’un arbre, et c’est le drame : toute une forêt part en flammes. Heureusement, on rembobine. Luc a une seconde chance. Cette fois-ci, il fait ce qu’il faut : il s’installe loin de toute végétation et respecte les consignes de sécurité.
    Avec cette vidéo sur les mésaventures de l’imprudent Luc, les ministères de l’Intérieur et de la Transition écologique entendent expliquer à la population française les règles élémentaires pour éviter un feu de forêt.

    Cette campagne de sensibilisation de l’État résonne comme un pathétique bruit de fond dans le grand silence politique actuel. Tout le monde voit, ressent et saisit l’ampleur de la catastrophique vague de chaleur qui ravage la France depuis des semaines. Or les politiques, d’ordinaire si prolixes, brillent par leur mutisme.

    Ces derniers jours, en Bretagne, cette région appréciée pour la douceur de ses étés, parfois même frisquets et pluvieux, on a pu voir des parkings où le bitume ramollissait tellement qu’il se collait sous des pneus de voiture. Sur les photographies des albums de famille et les vidéos de vacances, dans l’été breton, les gens portaient des pulls, et le ciré jaune n’était jamais loin. Dans la fournaise de l’été 2026, toute […]

    #paywall

    • Dans la fournaise de l’été 2026, toutes les bonnes vieilles méthodes contre la chaleur sont vaines. Rien à faire. Si ce n’est allumer la clim.

      Une nouvelle ère

      Plus au sud, dans la région de Bordeaux, au domaine du Plec, Hervé de la Clergerie, agriculteur bio, nous accueille dans une ambiance quasi apocalyptique : “Bienvenue. Vous êtes les témoins de la fin d’un monde.”

      Les mois d’été, sa vaste exploitation lui apportait auparavant de riches récoltes. Il disait fièrement à ses clients qu’ils pouvaient passer quand ils voulaient, qu’il avait de tout en abondance : des mûres, des salades, des tomates… Mais pas cette année. La chaleur a détruit les deux tiers de sa production. Et il n’est sans doute pas le seul dans ce cas, se dit-il.

      Pour s’assurer un complément de revenus, Hervé de la Clergerie avait développé une seconde activité : un centre équestre avec camping. Sa fille y dispense des cours d’équitation et pratique également l’équithérapie. Mais par 40 °C, personne n’a envie de monter ni de camper. Les touristes préfèrent les régions plus fraîches, les caisses du centre équestre restent vides.

      Même les bonnes années, l’agriculture de qualité génère des marges limitées. Dans les années caniculaires du XXIe siècle, de plus en plus d’agriculteurs jettent l’éponge. Pour Hervé de la Clergerie, elles marquent la fin d’une époque. Et le commencement d’une nouvelle ère.

      Si l’on partage cette vision, si, comme cet agriculteur, on est sidéré par ces journées et ces nuits d’une chaleur telle que personne n’en avait jamais vécu auparavant, le silence du monde politique n’en devient que plus consternant. Quant aux médias, beaucoup peinent à nommer clairement le problème et l’origine de tous ces phénomènes anormaux.

      Pourquoi ce Luc peut-il, par son imprudence, avec un simple barbecue, mettre aujourd’hui le feu à toute une forêt ? Après tout, il y a toujours eu des personnes imprudentes, non ?

      Au sud de Paris, la forêt de Fontainebleau brûle – la plus célèbre forêt mixte de France, connue pour ses pins sylvestre mais aussi ses feuillus, où les rois aimaient chasser. Dans l’imaginaire collectif, cette forêt de conte de fées évoque de majestueux cerfs qui brament dans la fraîcheur de la brume matinale. Et voilà que ce haut lieu de l’imaginaire, à deux pas de la capitale, part en fumée comme des broussailles sur les terres rocheuses de la Méditerranée. Il y a de quoi être sous le choc.

      En France, les longues vacances d’été, qui s’étendent sur les mois de juillet et d’août, et mordent parfois sur les premiers jours de septembre, constituent l’épine dorsale de l’année. Les congés payés, acquis historique du Front populaire, restent une des grandes conquêtes sociales de l’histoire du pays.

      À l’origine, ces vacances d’été étaient conçues pour permettre aux enfants de participer aux récoltes. Aujourd’hui, elles sont mises à profit autrement. On rend visite à la famille, on révise pour améliorer ses résultats scolaires, on prépare la rentrée. Le système éducatif français est exigeant. L’année scolaire dense : elle laisse aux écoliers peu de temps pour combler leurs éventuels retards et lacunes.

      C’est ainsi que les vacances sont devenues “studieuses” : il est aussi naturel que la jeunesse passe du temps à son bureau qu’à la plage. Les membres du gouvernement, eux, aiment rappeler combien ils sont zélés pendant leurs congés. Aussi, une part non négligeable des dizaines de milliers de romans et autres livres qui paraissent chaque année sont d’ailleurs écrits pendant ces longs congés estivaux.

      Autant de réjouissances que, par 40 °C, on peut oublier. Le moindre voyage vire au calvaire. Les excursions touristiques perdent tout leur charme. Et toute forme de travail physique ou intellectuel passe au second plan derrière cette priorité vitale : se rafraîchir et s’hydrater.

      Aucune ville française n’est adaptée à de pareilles températures. Même celles qui, ces dernières années, ont rénové à grands frais des quartiers entiers restent dominées par de grands espaces minéraux imperméabilisés. Ils emmagasinent la chaleur dès le petit matin et la restituent jusque tard dans la nuit. Ce qui passait autrefois pour un idéal d’urbanisme à la méditerranéenne fait aujourd’hui l’effet d’une gigantesque plaque de cuisson.

      Les habitations non plus ne sont pas faites pour de tels étés. Quantité d’appartements situés sous les toits et de logements sociaux ne sont même pas équipés de volets. Personne n’avait imaginé qu’un jour, le soleil et le ciel bleu pourraient transformer ces logements lumineux en pièges mortels.
      En bien des endroits, les entreprises de pompes funèbres sont depuis longtemps dépassées. Les principales victimes de l’été 2026 sont des personnes âgées, isolées, à mobilité réduite ou atteintes de démence.

      En France, ce pays hautement politisé où est née l’opposition entre la gauche et la droite, tout fait débat. En temps normal, aucun sujet n’est jugé trop futile. À la télévision, des documentaires et autres émissions vont jusqu’à se pencher sur le cas des olives de Nyons : ces petits fruits noirs que vous avez mangés viennent-ils vraiment de Nyons, ou bien est-ce une contrefaçon ?

      Pendant des mois, la France a débattu des impôts, de l’aide à mourir, des retraites ou encore des candidats à la présidentielle de 2027. Mais à propos de cette folle vague de chaleur, pas un mot.

      Tout au plus quelques aspects secondaires trouvent leur place dans le débat politique. Le candidat à la présidentielle Édouard Philippe réclame davantage de Canadair. Cela fait des années que Macron a promis d’en acquérir de nouveaux. Mais dès que les feux sont éteints, ils disparaissent des gros titres.

      Tout doit continuer comme avant

      Il est pourtant urgent de parler des causes de ces feux de forêt de plus en plus dévastateurs. Mais la crise climatique est un terrain politique miné. Après des années de lobbying de l’industrie fossile et de ses alliés issus des droites populistes, tout le monde, ou presque, préfère éviter le sujet. Un texte comme l’accord de Paris sur le climat, signé en 2015, serait sans doute impossible à ratifier aujourd’hui. Les figures politiques qui l’ont à l’époque défendu ont disparu des débats et certains se comportent même comme s’ils avaient honte de leur engagement d’alors.

      Le personnel politique juge aujourd’hui trop risqué de se battre pour une sortie des énergies fossiles. La moindre prise de position provoque une tempête de haine. Lors de la première grande canicule de l’été, la ministre française de la Transition écologique s’est prudemment interrogée sur l’avenir du défilé du 14 Juillet et même du Tour de France par ce type de températures extrêmes : elle s’est fait étriller. Tout doit continuer comme avant.

      Nos démocraties modernes semblent être passées maîtresses dans l’art de faire comme si tout était normal quand rien ne va plus. Nos vies sont sens dessus dessous, mais les médias regardent ailleurs. Et le président se refuse à dire l’évidence : le monde d’hier n’est plus. Il n’y a pas une minute à perdre et il ne faut ménager aucun effort pour éviter que les choses n’empirent encore. Encore et encore. Voilà un sujet qui ne se prête guère à de beaux discours. Il est tellement plus simple d’expliquer à Luc comment faire un barbecue.

  • UAE : Abu Dhabi Ruler’s Family Office Counts Nvidia, McLaren, Among Investments
    https://www.bloomberg.com/features/2026-uae-family-office-ac-limited-investments

    la suite derrière #paywall, mais facilement contournable : désactiver JS

    AC Limited has quietly splashed out billions around the world, building deep ties with the titans of Wall Street.

    By Ben Scent, Ben Bartenstein, Benjamin Stupples and Silas Brown
    July 6, 2026 at 5:00 PM EDT

    In the heart of Dubai’s financial center sits an investment fund whose name is rarely mentioned in public, though its money surfaces with striking regularity in deals around the world. It operates with such discretion that the identity of its backer was a mystery to at least one long-time employee.

    AC Limited is the family office of Sheikh Mohamed bin Zayed Al Nahyan, president of the United Arab Emirates and ruler of Abu Dhabi. Staffed by a team of dealmakers in one of Dubai’s glitziest corporate towers, it’s believed to manage assets worth tens of billions of dollars and has become a crucial pit-stop for fundraising in the Middle East.

    The firm has built positions in mega-cap stocks like Amazon.com Inc., Microsoft Corp. and Nvidia Corp., and invested with Blackstone Inc. and Carlyle Group Inc. It has been a shareholder in closely-held companies including supercar maker McLaren and a startup developing a breathalyzer test for cancer. And it’s helped finance everything from Chinese buyouts to healthcare takeovers in the US and even a luxury hotel on the banks of Venice’s Grand Canal.

    Since the start of last year alone, AC Limited has backed Ardian’s record $30 billion secondaries fund, helped finance a management buyout of European private credit heavyweight Hayfin and invested in the nearly $700 million listing of the Uzbek national investment fund. Even after war upended the regional landscape, executives from one of the world’s largest banks met senior figures at the family office and left with the impression that its appetite for deals remained undimmed.

    This portrait of the fund was compiled through an analysis of regulatory filings around the world and conversations with dozens of people familiar with the matter. Nearly all of them asked not to be named to avoid damaging relationships with an entity striving to keep a low profile. AC Limited doesn’t publicize its investments, and its involvement in the vast majority of these transactions hasn’t been previously reported.

    In one indication of the secrecy shrouding the fund, none of the people interviewed by Bloomberg News could quite pinpoint exactly how many billions it manages. Yet they all concurred on one specific point: it’s among the most influential family offices globally. Sheikh Mohamed heads the Al Nahyan clan, one of the world’s richest families with an estimated fortune exceeding $335 billion, according to the Bloomberg Billionaires Index. He’s leader of an emirate that’s home to funds overseeing more than $2 trillion, and boasts ties across the top echelons of politics, finance and technology.

    Given that heft, some firms have sought out AC Limited for the cachet it bestows beyond the money it brings to the table. Working with the family office is often viewed as a badge of honor, indicating trust from Abu Dhabi’s inner circle and a potential pathway to doing business with other local investing behemoths.

  • Gauche(s) — Parti pris

    Matthieu Pigasse, ou l’imposture d’un « banquier de gauche »

    https://www.mediapart.fr/journal/politique/200726/matthieu-pigasse-ou-l-imposture-d-un-banquier-de-gauche

    L’homme d’affaires, qui n’exclut pas d’être candidat à l’élection présidentielle, se dit proche de la gauche et même de la gauche radicale. Une plongée dans les arcanes du capitalisme parisien permet d’avoir des doutes sur la sincérité de cet engagement.

    Laurent Mauduit

    20 juillet 2026 à 09h10

    • Le haut fonctionnaire est alors étroitement associé à la politique économique conduite de 1998 jusqu’à 2002 – c’est l’époque contrastée de la « gauche plurielle » incarnée par Lionel #Jospin. Les deux rivaux qu’étaient #Strauss-Kahn et #Fabius se livrent alors à une surenchère pour apparaître le plus « blairistes » possible (en référence au premier ministre britannique Tony #Blair).

      Abaissement de la fiscalité des stock-options et du taux marginal de l’impôt sur le revenu au profit des plus riches ; ouverture du capital et même franche privatisation d’EDF ; lancement de la privatisation des autoroutes : DSK et Fabius mènent une campagne néolibérale qui va contribuer à l’élimination dès le premier tour de Lionel Jospin lors de la présidentielle de 2002. Matthieu Pigasse – qui n’a pas voulu répondre aux questions de Mediapart – n’est encore qu’une petite main, mais il est aussi un acteur de ce naufrage.

    • Manigances autour du « Monde »

      La finance n’est pas son seul plaisir. La politique en est un autre. Il a soutenu Ségolène #Royal pendant la présidentielle de 2007, dans l’espoir d’un ministère. Il fait partie des Gracques, ces hauts fonctionnaires qui ont fait la promotion d’une alliance Royal- #Bayrou. Il manque de succomber aux sirènes de #Sarkozy, qui lui propose de devenir secrétaire d’État. Mais il refuse.

      C’est à ce moment-là qu’il commence à lorgner vers la presse, et notamment vers Le Monde. Toujours très proche de #DSK, malgré le discrédit qui pèse sur l’ancien ministre, il rêve que le journal appuie la campagne présidentielle de 2012, à laquelle son ancien patron se prépare. Il n’est pas le seul à caresser ce projet – toute une petite bande commence à s’organiser pour préparer la future campagne présidentielle de leur champion.

      Dans le lot, il y a aussi Daniel Cohen (1953-2023), professeur d’économie à l’École normale supérieure, qui travaille, sans en faire la moindre publicité, pour la banque Lazard. Il y a encore Gilles Finchelstein (actuel secrétaire général de la Fondation Jean-Jaurès), qui prête sa plume à Pigasse quand il écrit un essai.

      Mais, pour mettre la main sur le journal, il faut beaucoup d’argent. Et si riche qu’il soit, le banquier d’affaires n’en a pas assez. Il trouve vite la solution, en la personne du richissime Xavier #Niel, pour lequel le raid sur Le Monde a un autre intérêt : lui permettre de « s’acheter » une respectabilité bien utile dans la vie des affaires, respectabilité qui a été ternie du fait de sa détention provisoire, puis de sa condamnation par le tribunal de grande instance de Paris le 27 octobre 2006 à une peine de deux ans d’emprisonnement avec sursis et à une amende de 250 000 euros pour des faits de « recel de bien ».

      Les deux compères s’accordent sur le projet, et y associent une troisième figure du capitalisme parisien, l’ex-patron d’Yves Saint Laurent Pierre #Bergé. Et c’est ainsi que Pigasse, avec ses deux associés, prend le contrôle en novembre 2010 du Monde, dont le fondateur Hubert Beuve-Méry avait toujours souhaité qu’il soit jalousement indépendant et qu’il se tienne à distance de ce qu’il appelait « la presse d’industrie ».

    • L’histoire se termine mal, car #Natixis ira se gorger de produits toxiques, contaminés par la crise financière aux États-Unis. En somme, Pigasse est responsable, avec d’autres, d’une des aventures #financières les plus calamiteuses de ces dernières décennies : il a œuvré à la dérégulation radicale d’une banque mutualiste, pour qu’elle mime les outrances de la finance anglo-saxonne ; laquelle #dérégulation a conduit à l’un des plus graves #sinistres bancaires que la France ait connus ces dernières années. Ce qui n’empêche pas Pigasse d’empocher plusieurs #millions d’euros pour cette mission.

  • La NSS salue la consultation du gouvernement sur la législation relative au mariage

    Les propositions de réforme de la législation relative au mariage en Angleterre et au Pays de Galles vont globalement dans le sens des recommandations de la NSS

    Le gouvernement a lancé une consultation sur la réforme de la législation relative au mariage, dont bon nombre de mesures s’inspirent des recommandations de la National Secular Society.
    Le ministère de la Justice a ouvert aujourd’hui une consultation sur la réforme de la législation relative au mariage en Angleterre et au Pays de Galles, à la suite de plusieurs années de mobilisation menée par des groupes religieux et laïques.
    Ces projets visent à rendre la législation relative au mariage plus équitable pour les personnes de toutes religions et convictions, tout en protégeant les individu·es contre les mariages forcés.
    La NSS, qui collabore depuis longtemps avec le gouvernement et la Commission du droit, a salué ces projets.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/07/15/rapport-sur-la-cohesion-les-dirigeant·es-ne-doivent-pas-eluder-le-debat-sur-lextremisme-autre-texte/#comment-75114

    #anglettre #paysdegalles

  • Les véhicules électriques d’occasion : l’angle mort du plan d’électrification
    https://www.latribune.fr/article/entreprises-finance/energie-environnement/1733389017163/les-vehicules-electriques-d-occasion-le-grand-angle-mort-du-plan-d-electri

    Le marché du véhicule électrique d’occasion reste largement absent du plan d’électrification présenté par le gouvernement au printemps, malgré son rôle déterminant dans la diffusion de la mobilité électrique. Plusieurs acteurs, dont l’Union française de l’électricité (UFE), appellent à mettre en place des mesures spécifiques afin d’accélérer son développement.
    C’est un impensé du plan d’électrification présenté par l’exécutif au printemps dernier. Le dispositif gouvernemental visant à diminuer sensiblement l’exposition des ménages et des entreprises aux énergies fossiles, pour des enjeux de pouvoir d’achat, de décarbonation et de souveraineté, a largement mis l’accent sur la mobilité électrique. Mais sur les 22 mesures qui le composent, seule une concerne les véhicules électriques d’occasion. Et ce, alors que le marché de la seconde main représente l’immense majorité des ventes de véhicules dans l’Hexagone. « Il y a 3,5 fois plus de voitures d’occasion vendues en France que de voitures neuves », souligne Olivier Flavier, directeur général Leboncoin Automobile, premier vendeur de véhicules d’occasion dans l’Hexagone.

    « C’est un vrai trou dans la raquette », estime l’Union française de l’électricité (UFE), qui s’apprête à publier une note regroupant une série de recommandations pour stimuler ce marché. Selon l’organisation, c’est bien le marché de l’occasion qui permettra de massifier l’électrification du parc automobile, en proposant des véhicules à des prix accessibles au plus grand nombre. « Mais le prix moyen d’un véhicule électrique d’occasion de moins de 3 ans c’est 33 000 euros, alors que le budget moyen qu’un ménage souhaite consacrer à l’achat d’un véhicule d’occasion est de 20 000 euros », pointe Youenn Rougetet, directeur électrification des usages et fourniture d’électricité d’UFE.

    #paywall

  • Wie die Niederlande ihren Weg zur Eigenstaatlichkeit fanden
    https://www.telepolis.de/article/Wie-die-Niederlande-ihren-Weg-zur-Eigenstaatlichkeit-fanden-11356393.html

    Seefahrt brachte ihnen Wohlstand, doch wie sind die Niederlande überhaupt entstanden? (Ölgemälde um 1630–1640) (Bild: Rijksmuseum, Amsterdam/Commons)

    À propos du rôle de la religion dans la création d’états.

    11.7.2026 von Michael Lindner - Die Niederlande trotzten einem Weltreich. Am Ende stand ein Aufstand, der Europa verändern sollte. Doch was trieb sie dazu? (Teil 1/2)

    Im äußersten Nordwesten des Heiligen Römischen Reiches lagen in der Frühen Neuzeit die Niederlande. Seit einem Augsburger Reichstag von 1548 wurden diese Provinzen als Burgundischer Reichskreis zusammengefasst.

    Damit wurden sie der Gerichtsbarkeit des Reiches weitgehend entzogen, schieden aber nicht aus diesem aus. Sie zahlten weiterhin Steuern und erhielten dafür Schutz und Schirm. Ein erster Schritt auf dem Wege zu einer niederländischen Unabhängigkeit war allerdings getan.
    Am Rande des Königreiches

    Mit dem Brüsseler Vertrag vom Februar 1522 teilt Kaiser Karl V. die habsburgischen Ländereien mit seinem jüngeren Bruder, dem späteren Kaiser Ferdinand I. Die habsburgischen Niederlande fielen dabei an Karl V., der auch König von Spanien war.
    Karte Burgunds unter Philipp dem Guten (1419–1467)

    Ausdehnung Burgunds unter Philipp dem Guten (1419–1467)
    (Bild: Marco Zanoli/CC-4.0/Commons)

    In einer sogenannten Pragmatischen Sanktion von 1549 reorganisierte er die damals noch 17 Provinzen des Burgundischen Reichskreises dahingehend, dass sie auf ewig vereinigt und nur einem Herrscher untertan sein sollten. Als Kaiser Karl V. 1555 entnervt abdankte, gelangte die jetzt spanische Niederlande an seinen Sohn König Philipp II. von Spanien.

    Karl V. übergab sie ihm 1556 in Brüssel. Jetzt unterstanden die niederländischen Provinzen der spanischen Krone, wurden von einem Habsburger (aus Spanien) regiert, gehörten jedoch immer noch formal dem Heiligen Römischen Reich an, dessen Kaiser ab 1558 ein anderer Habsburger (aus Österreich) war.
    Ständische Einschränkungen der Fürstenmacht

    Wer auch immer die Niederlande damals regierte, er hatte es schwer, denn es gab eine schon länger etablierte ständisch-repräsentative Vertretung des Landes gegenüber dem Herrscher.

    Die Stände der Provinzen hatten sich seit Mitte des 15. Jahrhunderts übergreifend zu einer Gesamtvertretung den sogenannten Generalstaaten zusammengeschlossen. Ohne sie konnten kaum Steuern oder andere finanziellen Forderungen erhoben werden. Die Stände hatten ein Beschwerderecht beim Fürsten, wenn ihnen die Lasten zu groß wurden. Und bei dynastischen Engpässen wie Thronwechsel oder Minderjährigkeit des Nachfolgers beanspruchten sie ein Mitspracherecht.
    Verwicklungen, Komplikationen, Reibungsverluste

    Aufgrund dieser verwickelten Verhältnisse dynastischer, „nationaler“, ständischer, religiöser und staatsrechtlicher Art wird es bis in die 2. Hälfte des 19. Jahrhunderts dauern, bis aus dem Konglomerat von 17 Provinzen die Nationalstaaten Niederlande, Belgien und Luxemburg wurden. Ein Teil der südlichen Niederlande wurde bereits an der Wende vom 17. zum 18. Jahrhundert vom absolutistischen Frankreich erobert.
    Kaiser Karl V. mit Hund

    Kaiser Karl V., Ölgemälde von 1532
    (Bild: Kunsthistorisches Museum Wien/Commons)

    Da Kaiser Karl V. und sein Sohn Philipp II. in ihren Reichen alle Hände voll zu tun hatten, Regierung und Verwaltung zu organisieren und Aufstände und Unruhen niederzuhalten, setzten sie in den spanischen Niederlanden Statthalter ein, die in ihren Namen herrschten. Karl V. griff dabei auf Frauen zurück und hatte dabei ein gutes Händchen: zuerst seine Tante Margarete von Österreich (1507–1530), dann seine Schwester Maria von Ungarn (1531–1555). Sie machten ihre Sache unter den komplizierten Verhältnissen gut.

    Auch König Philipp II. setzte auf Verwandtschaft. Er ließ sich u. a. von einer unehelichen Tochter Karls V., Margarethe von Parma, und einem unehelichen Sohn desselben, Juan de Austria, vertreten. Margarethes Sohn und Neffe Philipps, Alexander Farnese, kam ebenfalls als spanischer Statthalter in den Niederlanden zum Einsatz.

    Stellvertretende Herrschaft erforderte immer wieder Nachfragen beim König, ob diese oder jene Maßnahme in seinem Sinne sei. Es mussten Boten oder Schreiben hin- und hergehen oder Gespräche stattfinden, um sich gegenseitig auf dem Laufenden zu halten oder „Missverständnisse“ auszuräumen. Unmittelbare herrschaftliche Durchgriffe auf die niederländischen Gegebenheiten waren von Spanien aus fast unmöglich. Noch dazu hatte der Virus Freiheit die Niederländer befallen.
    Schatzkammer des spanischen Weltreiches

    Warum mühte König Philipp II. sich mit so einer störrischen Provinz ab? Prestige, strategische Lage, Geld. Nicht nur diese drei Gründe, aber zu allererst, erklären, was die spanische Krone an den Niederlanden hatte. Prestige, weil es einem „Weltherrscher“ wie Karl V. oder Philipp II. unmöglich schien, auf Territorien zu verzichten, ohne Schaden an der Ehre und dem Ansehen bei seinen königlich-fürstlichen Konkurrenten in Europa zu nehmen.
    Wappen Philipps II. (ab 1580)

    Wappen Philipps II. (ab 1580)
    (Bild: Heralder/Commons/CC-3.0)

    Strategische Lage: Von den niederländischen Provinzen, die ja immer noch zum Reich gehörten, ließ sich wunderbar in die nordalpinen Gebiete des Imperiums hineinregieren und – wenn nötig – intervenieren; z. B. gegen die lutherischen „Ketzer“ und andere unbotmäßige Gestalten. Im Kampf des katholischen Spanien gegen die ketzerischen Engländer unter Elisabeth I. hatte die niederländische Nordseeküste unverzichtbaren militärischen Wert, genauso wie gegen den Hauptfeind im Ringen um die Hegemonie in Europa, die französische Krone.

    Geld: Der Reichtum einiger niederländischer Provinzen füllte die stets klamme Staatskasse der spanischen Herrscher. Die wohlhabenden Städte Brabants und Flanderns, Antwerpen, Brügge oder Gent, mit blühendem Handel, einer entwickelten Gewerbeproduktion und als Finanzzentren stellten wirtschaftliche Macht dar und lieferten dem König hohe Einkünfte.

    Die nördlichen Provinzen Holland mit dem rasch aufblühenden Amsterdam und Seeland mit ihrem seefahrerischen Know-how und Fischfang sowie mit aufstrebenden Handel und Handwerk nahmen eine stetige Aufwärtsentwicklung. In Friesland, im Artois, Luxemburg, Geldern, Overijssel und Namur gab es einen ausgeprägten Agrarsektor, der für die Versorgung der urbanen Zentren lebensnotwendig war. In Utrecht, im Hennegau und in Limburg gibt es eine agrarisch-gewerbliche Mischstruktur.

    Durch Neulandgewinnung (Eindeichungen) wuchs das Gebiet der Nordseeprovinzen beständig weiter. Die Behauptung der Niederlande war für Spanien „alternativlos“.
    Reformation in verschiedenen Spielarten

    In den 1520er Jahren drang reformatorisches Gedankengut in die Niederlande vor und fand schnell Anhänger. Zuerst die lutherische Variante, dann Zwinglianer – Karl V. versuchte es mit Scheiterhaufen: vergeblich. Um 1530 verbreiteten sich die Täufer besonders unter den Armen aus.

    Die ersten Calvinisten erschienen in den 1540ern von Frankreich her. Unter den bürgerlichen handels- und manufakturkapitalistischen Unternehmern, den weltoffenen Händlern und Seefahrern aber auch den Unterdrückten und Mittellosen fanden die neuen religiösen Erlösungsversprechen raschen Zulauf. Das katholische Establishment um den Herrscher hielt dagegen. Eine explosive Mischung braute sich zusammen.
    Staatsbankrott und wirtschaftliche Krise

    Spanischer Absolutismus und katholische Inquisition gingen der niederländischen Elite – sowohl den Adligen wie den Bürgerlichen – ziemlich auf die Nerven. Vierzehn neue Bistümer verstärkten den gegenreformatorischen Kurs des Königs. Am Hofe in Brüssel wurden die einheimischen aristokratischen Berater durch ungeliebte Fremde, Spanier und Italiener, verdrängt.

    Als es den Niederländern ans Geld ging, wurden sie so richtig sauer: Im Jahre 1557 musste Philipp von Spanien zum ersten Mal einen Staatsbankrott erklären. Trotz der Einnahmen aus den amerikanischen Gold- und Silberminen, dem Gewürz- und Sklavenhandel, den Steueraufkommen aus den Ländern und Provinzen des Weltreiches war die spanische Krone zahlungsunfähig: zu viele Kriege, zu viel Luxus am Hofe, zu viele konsumptive Ausgaben.

    Die führenden niederländischen Bankiers erlitten durch den Bankrott immense Verluste durch nicht mehr bediente Kredite. Antwerpen war damals das führende europäische Finanzzentrum.

    Drei Jahre danach 1560 traf es die Händler und Gewerbetreibenden sowie die Manufakturbetreiber, die vom Handel mit den spanischen Kolonien ausgeschlossen und deren Wollimport aus Spanien hoch besteuert wurden. Außerdem störten sich die niederländischen Generalstände an den Kosten der spanischen Armee, die im Lande stand, um Krieg gegen Frankreich zu führen.
    Calvinistische Radikalreform

    Unter den reformatorischen Strömungen setzte sich in den Niederlanden Mitte des 16. Jahrhunderts immer mehr der radikalreformatorische Calvinismus durch. Er bot fast allen gesellschaftlichen Schichten das intellektuelle Rüstzeug zum Widerstand gegen die antireformatorisch-absolutistische spanische Fremdherrschaft. Die Verschärfung der Inquisition durch König Philipp II. führte zu Scheiterhaufen, Folter und Verhören, Denunziation, Enteignungen und Prozessen. In den 1560ern wuchs der Hass gegen diese Bedrückungen auf breiter Front.

    Führende Adlige wie Prinz Wilhelm von Oranien, Graf Lamoral von Egmont und Admiral Philippe Graf von Hoorn gehen offen zur Opposition über. Die bürgerlichen Unternehmer finden in der calvinistischen Prädestinationslehre Rechtfertigung für wirtschaftlichen Erfolg und Profit. Der Adel und die großbürgerliche städtische Oligarchie wollen ihren Einfluss in den Kirchenangelegenheiten nicht verlieren.

    Den ärmeren urbanen Schichten bietet die radikale Reformation Hoffnung auf Verbesserung ihrer Lage. Der niederländische Humanismus eines Erasmus von Rotterdam mit seiner philologisch-kritischen Gelehrsamkeit und Sprachgewalt liefert gemäßigten wie radikalen Reformern säkulares Ideengut im Kampf mit dem Papsttum und dessen Verbündeten.
    Arroganz und Borniertheit verschärfen die angespannte Situation
    Bildersturm in Holland

    Bildersturm in Holland (Darstellung von 1882)
    (Bild: Commons)

    Anfang April 1566 gab es noch einmal eine Chance auf Kompromiss: Die Statthalterin Margarethe von Parma erklärte sich bereit eine Delegation aus Adligen und Bürgern unter Führung der Grafen Brederode und Heinrich von Nassau-Oranien zu empfangen, die ihr eine Petition zur Abstellung einiger Missstände, der Entschärfung der Inquisition und der Rücknahme der Tridentiner Beschlüsse über die konsequente Rekatholisierung übergaben.

    Bei der Audienz fällt dann vonseiten eines Ratgebers Margarethes das böse Wort gueux (Bettler), das auf das ärmliche, nichthöfische Aussehen der Bittsteller zielt. Gueux-Geusen nennen sich von nun an die Streiter gegen das absolutistisch-feudale Regime des spanischen Königs in den Niederlanden.

    Das Recht zum Widerstand gegen eine als tyrannisch empfundene Knechtschaft wurde in den Diskussionen seit 1562, dem Beginn der Hugenottenkriege in Frankreich, entwickelt. Die Niederländer sahen sich zum Aufstand berechtigt, weil der Herrscher gegen Gottes Gebot verstieß. Im Sommer 1566 explodierte das revolutionäre Pulverfass: Radikale Calvinisten stürmen katholische Kirchen und zerstören Altäre und Heiligenbilder. In kurzer Zeit erfasst dieser „Bildersturm“ zwölf der siebzehn niederländischen Provinzen. Die Revolution hat begonnen.

    Literatur:

    Gerhard Brendler, Die Revolution der Niederlande 1566–1579, in: Revolutionen der Neuzeit 1500–1917, hg. und eingeleitet von Manfred Kossok (Studien zur Revolutionsgeschichte) 1982, S. 35–61.
    Die niederländische Revolution (1566–1581), in: Allgemeine Geschichte der Neuzeit 1500–1917, von einem Autorenkollektiv unter Leitung von Manfred Kossok (1986) S. 62–78.
    Karl V. 1500–1558 und seine Zeit, hg. von Hugo Soly (2000).

    #histoire #religion #forces_productives #féodalisme #capitalisme.#Pays_Bas #Espagne