• Evacuation de la #ZAD #NDDL : Cinq victimes de #violences_policières, dont deux journalistes, vont déposer lundi une requête en référé expertise afin de déterminer l’origine et les conséquences des blessures infligées par des explosions de grenade #GLIF4.

    Lors de cette semaine d’expulsions, plus de 270 personnes ont été blessées. Pour rappel, 11 000 grenades – des GLI-F4 mais aussi des grenades lacrymogènes « simples » – ont été tirées par les gendarmes, soit une moyenne de 1 400 grenades par jour. 2 500 gendarmes étaient mobilisés.

    https://www.mediapart.fr/journal/france/201018/evacuation-de-la-zad-cinq-victimes-de-violences-policieres-saisissent-la-j
    #armes_non_letales #guerre

    • Les cinq personnes qui vont saisir le tribunal sont Marie Astier, journaliste à Reporterre, Cyril Zannettacci, photographe pour Libération, Jean, Corentin et Hortense, étudiants, maraîchers, cuisiniers et jeunes parents. Jean, Corentin et Hortense ont été blessés par l’explosion de grenades GLI-F4 « alors qu’ils se tenaient à distance des forces de l’ordre », selon le communiqué.

      De leur côté, les deux journalistes ont été blessés alors que, selon le communiqué, « ils agissaient dans l’exercice de leurs fonctions et que leur qualité était apparente ».

      Dans leur requête au tribunal administratif, les cinq victimes vont demander qu’un expert en balistique se prononce sur les « conditions d’exécution et de gestion de l’opération de maintien de l’ordre, [afin] d’établir si l’usage des grenades était conforme à la réglementation en vigueur ». Ils rappellent que l’usage des GLI-F4 a déjà été dénoncé par le Défenseur des droits et l’Association chrétienne pour l’abolition de la torture.

      Selon Me Pascual, l’une des deux avocates chargées du dossier, l’expert balistique pourra « déterminer l’origine de la blessure et sa compatibilité avec l’arme utilisée ». Un expert médical devrait également être chargé d’examiner les blessures elles-mêmes, afin de déterminer le préjudice physique, esthétique et les conséquences à l’avenir. À la suite de ces expertises, qui devraient durer au moins un an selon Me Pascual, les cinq victimes se tourneront vers le tribunal administratif pour attaquer l’État.

      Dans leur saisie du 18 avril, le collectif VigiZAD – créé pour l’occasion – demandait instamment au Défenseur des droits Jacques Toubon de se rendre sur place, soulignant « l’impérieuse nécessité de l’intervention rapide d’une autorité indépendante ».

      « De nombreux témoignages font état de grenades GLI-F4 lancées en cloches et/ou en rafales au lance-grenades jusqu’à 200 mètres, contrairement aux consignes de lancer au sol à la main », expliquait VigiZAD dans son courrier. Il dénonçait également des « grenades utilisées sur des groupes réunis sur des chemins étroits où la dispersion est impossible, ainsi que dans les bois et par-dessus les haies ce qui revient à tirer à l’aveugle », ainsi qu’un « usage disproportionné et non réglementaire des gaz lacrymogènes ».

      La lettre de saisine faisait également état de « tirs tendus ou à l’aveugle au-dessus d’une foule sur une route étroite, voire de dos sur une foule qui recule comme le mercredi 11 avril », de témoignages faisant « état de tirs de LBD non réglementaires sur le torse et au visage ». Le document parlait enfin de « pression psychologique », de « détonations constantes, les nuages de gaz entraînant des difficultés respiratoires, le bruit incessant de l’hélicoptère et du drone » qui prive les habitants de sommeil.

      Voir ci-dessous l’interview de Luce Fournier, du collectif VigiZAD, lors du Mediapart Live du 15 avril.
      https://youtu.be/cfDRN_ZaE4c


  • Pour l’accueil de la folie, avec Jean Oury | Documentaires | Mediapart, avec un #paywall qui suppose de disposer d’un code d’accès, empruntable.
    https://www.mediapart.fr/studio/documentaires/culture-idees/pour-l-accueil-de-la-folie-avec-jean-oury

    "Le paradoxe c’est d’organiser, on peut dire pour l’éternel, quelque chose qui peut disparaître d’une seconde à l’autre, ça c’est Kierkegaard, le précaire. Et le précaire c’est la base de ce qu’on pourrait appeler l’organisationnel. Si dans une communauté, un hôpital, il n’y a pas de précaire, eh bien c’est un camp, ça peut arriver très vite. " (Jean Oury)

    Celui qui s’entretient avec Martine Deyres est un vieux monsieur. Il a créé, il y a 60 ans, la #clinique_de_La_Borde, lieu majeur de la psychiatrie du XXe siècle, là où Gilles Deleuze et Félix Guattari ou encore l’écrivaine Marie Depussé ont aussi travaillé. Aujourd’hui, elle compte 107 lits d’hospitalisation. Dans Le sous-bois des insensés, Jean Oury parle de l’accueil des psychotiques et des structures aliénantes, autant pour les patients que pour les #soignants. Décapant, à l’heure où les professionnels de la psychiatrie se mobilisent pour préserver une certaine qualité du soin.

    Le sous-bois des insensés a été tourné peu avant la mort de Jean Oury, décédé en mai 2014 à l’âge de 90 ans. Dans cet entretien d’une heure et demie (que nous vous proposons en partenariat avec le site de VOD Tënk), le psychiatre laisse courir sa pensée. Sautant de récits en métaphores, de colères en impertinences, il déroule librement ce qu’à ces yeux doit être un établissement dédié aux psychotiques : un endroit où se déploie une « polyphonie de #soins », où l’on « travaille l’ambiance » et où « l’important n’est pas ce qu’on dit, mais la manière dont on le dit ». Sans ce souci du lien entre les personnes, l’établissement « a très vite fait de devenir un camp », prévient Jean Oury. Un documentaire proposé en écho au débat que nous avons organisé récemment sur la crise que traversent actuellement les hôpitaux psychiatriques.

    #psychiatrie #fonction_d'accueil #psychothérapie_institutionnelle #Jean_Oury #vidéo


  • #Paywall : The Business of Scholarship

    Paywall: The Business of Scholarship, produced by #Jason_Schmitt, provides focus on the need for open access to research and science, questions the rationale behind the $25.2 billion a year that flows into for-profit academic publishers, examines the 35-40% profit margin associated with the top academic publisher Elsevier and looks at how that profit margin is often greater than some of the most profitable tech companies like Apple, Facebook and Google. For more information please visit: Paywallthemovie.com


    https://vimeo.com/273358286

    #édition_scientifique #université #documentaire #film #elsevier #profit #capitalisme #savoir
    signalé par @fil, que je remercie

    • je suis tres surpris par un point mentionne plusieurs fois : il faut que la recherche sur la sante, le rechauffement climatique, etc, bref, tout ce qui a « un vrai impact » soit ouvert, parce qu’il y a des vrais problemes, et donc il faut du monde pour y participer.... Mais je n’ai pas entendu grand chose sur la recherche fondamentale... Je ne sais pas si ca tient du fait que la recherche fondamentale etant moins « remuneratrice », le probleme est moins flagrant... Mais ca me met mal a l’aise cette separation entre « les vrais problemes de la vie » et les questions fondamentales qui n’interessent pas grand monde....



  • L’article du Monde est sous #paywall :

    Réchauffement climatique : en 1979, tout le monde savait déjà
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/08/26/1979-1989-decennie-verte_5346313_3232.html

    Celui du Temps est en accès libre :
    Comment nous avons perdu le combat contre le changement climatique
    https://www.letemps.ch/sciences/avons-perdu-combat-contre-changement-climatique

    I – 1979-1982
    Printemps 1979 : un militant inquiet
    Automne 1979 : une mobilisation cahin-caha
    1980-1981 : malgré la blitzkrieg de Ronald Reagan, la mobilisation grandit

    II – 1983-1989
    1983-1984 : l’exceptionnalisme américain contre le changement climatique
    1985 : le trou d’ozone contre le réchauffement
    1987-1988 : la censure de la science, et le brûlant été 1988
    Eté 1988 : la conférence de Toronto, le « Woodstock du climat »
    1989 : la Maison-Blanche se rebiffe
    Novembre 1989 : l’enterrement définitif à Noordwijk

    • Réchauffement climatique : en 1979, tout le monde savait déjà

      Une étude révèle que l’humanité a été très proche, il y a quarante ans, de prendre les bonnes décisions pour arrêter le réchauffement !

      Rapport d’étonnement. Cet été, toute l’Europe cuisait sous la canicule. Le 1er août, la National Oceanic and Atmospheric Administration expliquait que l’année 2017 a été la troisième année la plus chaude de l’histoire moderne après 2016 et 2015. Le 6 août, une équipe scientifique internationale publiait une inquiétante étude dans la revue PNAS prévenant que l’actuelle combinaison de la fonte de l’Antarctique de l’ouest – une perte de 2 720 milliards de tonnes de glace depuis 1992 d’après Nature du 13 juin –, de la déforestation et des émissions de gaz à effet de serre aggrave le risque de l’« effet domino » à partir d’un réchauffement à 2° Celsius – qui pourrait être atteint avant 2100. Ces « rétroactions auto-renforçantes », estime l’étude, pourraient pousser « le système terrestre vers un seuil planétaire » et « provoquer un réchauffement continu ».

      La Terre deviendrait alors, « dans quelques décennies », une étuve avec « des températures de 4° à 5° supérieures à la période préindustrielle », tandis que le niveau des mers s’élèverait « de 10 à 60 mètres ». Des régions côtières, des villes entières seraient submergées, des îles disparaîtraient, le Sahara s’étendrait vers le sud, la pénurie d’eau deviendrait fatale, le régime de la mousson serait gravement perturbé, des milliers d’espèces disparaîtraient, les phénomènes climatiques extrêmes se multiplieraient. Quant à la civilisation humaine, je vous laisse imaginer…

      « Enjeu “non partisan” »

      Le plus dramatique peut-être dans notre impuissance actuelle face à cette catastrophe annoncée est que l’humanité a été très proche, il y a quarante ans, de prendre les bonnes décisions pour arrêter le réchauffement ! C’est ce que révèle une investigation de l’essayiste américain Nathaniel Rich, « Perdre la Terre », publiée le 1er août dans le New York Times, appuyée sur dix-huit mois d’enquêtes et plus de cent interviews de scientifiques, de politiciens et d’écologistes.

      Dans les années 1970, rappelle Rich, « l’effet de serre » est déjà bien connu des scientifiques, et décrit dans n’importe quel « manuel d’introduction à la biologie ». Il est alors clair que plus l’atmosphère contient de dioxyde de carbone, plus elle se réchauffe, et qu’il faut réagir au fait que nous en produisons des quantités astronomiques en brûlant du charbon, du pétrole et du gaz. En 1979, un rapport de la National Academy of Sciences américaine prévient que « la question du dioxyde de carbone devrait figurer à l’ordre du jour international dans un contexte qui maximisera la coopération ». Quant aux démocrates et aux républicains, ils jugent que le problème du réchauffement est grave et doit devenir un enjeu « non partisan ».

      Ils sont entendus ! A Genève, lors de la première Conférence mondiale sur le climat de 1979, les scientifiques de 50 pays conviennent qu’il est « urgent » de réduire les émissions. Quatre mois plus tard, à Tokyo, le groupe des sept pays les plus riches s’engage à prendre des mesures. Dans les années qui suivent, grâce au militantisme du consultant indépendant Rafe Pomerance, des Amis de la Terre et du climatologue James E. Hansen, les risques d’un changement climatique rapide font les couvertures des journaux…

      Premières campagnes « climatosceptiques »

      Et puis en 1985, la découverte par le grand public du « trou » de la couche d’ozone, qui nous protège des rayons ultraviolets, dramatise la question climatique. L’ONU s’en empare, la Convention de Vienne sur la protection de la couche d’ozone est signée, Etats-Unis en tête, en dépit d’une opposition virulente des entreprises de réfrigération ou chimiques. Elle est confirmée par la signature du protocole de Montréal en 1987, qui entraîne une mobilisation internationale contre les chlorofluorocarbones – en 2016, une étude parue dans Science indique que le « trou » a diminué de 4 millions de km2, évitant « deux millions de cancers de la peau ».

      Fort de ce succès, les scientifiques et les écologistes mobilisés pensent qu’ils vont pouvoir obtenir gain de cause pour contenir les émissions de gaz à effet de serre. En 1988, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), placé sous l’égide de l’ONU, est créé. En 1989, à La Haye, 149 pays conviennent qu’un traité international contraignant doit être rapidement signé, préparant le Sommet de la Terre à Rio en 1992…

      Hélas, en 1990, le consensus s’effondre aux Etats-Unis. Les premières grandes campagnes « climatosceptiques » démarrent, menées par l’American Petroleum Institute et l’organisation de lobbying Global Climate Coalition financée par les entreprises opposées à toute mesure de restriction. Dépensant des millions de dollars, ils vont réussir à retourner des politiciens et des scientifiques proches des industriels, jusqu’à paralyser la ratification du protocole de Kyoto par les Etats-Unis.

      Pourtant, dès les années 1970, « tout le monde savait, rappelle Nathaniel Rich. Et nous le savons tous encore ».


  • Entretien-fleuve avec Frédéric Lordon : “La société ne tient que suspendue à elle-même”
    https://www.lesinrocks.com/2018/10/06/livres/entretien-fleuve-avec-frederic-lordon-le-philosophe-publie-la-condition-

    Economiste et chercheur en philosophie, Frédéric Lordon publie La condition anarchique – Affects et institutions de la valeur. Poursuivant son projet d’élaborer une science sociale spinoziste, Lordon développe une théorie déroutante : il n’existe aucun fondement de vérité absolu ; toutes les valeurs sont le simple produit de la société. Il s’en explique dans un long entretien et revient également sur son engagement comme citoyen.

    Dans cet ouvrage, vous poursuivez votre projet d’élaborer une science sociale spinoziste. Vous vous attaquez aux systèmes de valeurs – morales, esthétiques, économiques – et vous démontrez qu’il n’y a aucun fondement absolu et fiable auquel on peut se référer pour les évaluer ou les juger – ce que vous appelez la « condition anarchique ». Vous défendez l’idée que tous ces systèmes sont le simple produit de la multitude. Pourriez-vous développer davantage ce que vous entendez par « condition anarchique », tout en présentant les outils conceptuels, méthodologiques et intellectuels que vous avez mobilisés pour élaborer ce concept ?

    Frédéric Lordon – C’est par là qu’il faut commencer en effet, sauf à ce que le malentendu plane trop longtemps. Il s’agit de décoller « anarchie » de ses usages courants, comme catégorie politique bien connue, pour retourner à une lecture étymologique : l’anarchie, c’est l’an-arkhé, c’est-à-dire l’absence d’arkhé, l’absence de fondement, ce fondement auquel s’adosse ensuite le commandement. Littéralement, l’anarchie est le défaut d’un ancrage absolu d’où un pouvoir se justifierait « objectivement ».

    Le courant politique que l’on appelle « anarchisme », comme visée d’un monde sans pouvoir ni domination, devrait en fait s’appeler « acratie ». Car le cratos, ça n’est « que » ça : le pouvoir, la domination, un pouvoir qui, dans son concept, pourrait s’exercer sans phrase. Le déplacement qu’opère le retour à l’étymologie, c’est donc de convertir une catégorie usuelle de la science politique en catégorie centrale d’une axiologie critique : « anarchie » est le concept par lequel penser l’ordre des valeurs, en commençant par poser qu’il n’y a pas de valeur des valeurs.

    Et ceci dans tous les ordres de valeurs, pour toutes les sortes de valeurs. Il faut revenir à l’intention de Durkheim qui prenait au sérieux l’homonymie de la « valeur », et déclarait vouloir faire quelque chose de ce qu’un seul et même mot trouve des applications aussi différentes que la valeur économique, la valeur morale, la valeur esthétique, etc. – visiblement, cette identité du mot au travers d’une telle disparité d’emplois n’émeut pas grand monde.

    L’idée durkheimienne est cependant restée à l’état d’esquisse. J’essaye de la reprendre de manière systématique et à nouveaux frais. Donc : une axiologie générale, à savoir une théorie de la valeur transversale à tous les ordres de valeur ; et une axiologie critique, dont la thèse même est posée avec la catégorie d’anarchie : les hommes vivent la valeur dans une condition où il n’y a pas de fondement, où il n’y a pas d’ancrage de la valeur.
    Émile Durkheim (1858-1917), un des pères de la sociologie française. Frédéric Lordon reprend la problématique des « systèmes de valeur » qu’il avait posée.

    C’est qu’en un scolie terrible, Spinoza tire d’un coup le tapis de la valeur objective, ou de la valeur substantielle, sous nos pieds : « Nous ne poursuivons pas, nous ne désirons pas un objet parce qu’il est un bien, mais au contraire nous ne disons qu’un objet est un bien que parce que nous le poursuivons et le désirons. » Le lien entre désir et valeur s’en trouve entièrement renversé. Le désir ne se règle pas sur des valeurs préexistantes : tout au contraire, c’est lui qui, par ses investissements, fait advenir à la valeur des choses en elles-mêmes insignifiantes.

    C’est donc le désir lui-même, et plus généralement les affects, qui sont les opérateurs de la valorisation de choses dont l’être positif est étranger à la valeur, dépourvu de toute valeur substantielle. Aussi la thèse, son problème propre, et la solution nous sont-ils livrés dans le même mouvement : rien ne vaut par soi, il n’y aucune substance de la valeur, mais ce sont nos projections affectives qui produisent la valeur et nous font vivre dans un monde de significations et de valeurs – quoiqu’il n’ait aucun fondement. Et ceci bien plus encore à l’échelle de la société entière : les valeurs sociales sont des valorisations communes soutenues par des affects communs.

    En somme, il n’y a nulle part d’ancrage – il n’y a pas d’arkhé –, mais la société produit elle-même ses propres ancrages, par le travail de ses auto-affections, et les affects communs valorisateurs qui en résultent. La société comme ordre axiologique ne tient à rien : elle ne tient que suspendue à elle-même. Etonnant effet de bootstrapping qui est le propre de la condition anarchique : ce qui condamnait le baron de Münchausen à demeurer de l’ordre du fantastique, ou du fantaisiste – se sortir de la vase en tirant sur ses propres lacets –, la société le pratique en réalité. Voilà l’idée générale. Maintenant je ne me fais pas d’illusions : comme Bourdieu l’avait expérimenté en matière d’esthétique, la position de critique de la valeur des valeurs est d’emblée sacrilège. Il n’y a pas pire offense à faire à un croyant que de lui dire que ce qui le meut n’est qu’une croyance, quand lui voudrait que ce soit une vérité.

    Malheureusement, la thèse de la condition anarchique c’est que, dans ce régime que Spinoza nomme la servitude passionnelle, il n’y a que de la croyance. Pour s’élever au-dessus de la seconde, il faut sortir de la première. Pas d’autre solution. Heureusement, nous dit Spinoza, ça n’est pas totalement impossible. Il ne va pas jusqu’à dire que c’est facile…

    Par bien des aspects, la condition anarchique évoque le nihilisme, selon l’acception métaphysique (et pessimiste) du terme, à savoir l’effondrement des valeurs, l’absence de sens, le sentiment du vide, du rien, voire carrément du néant. En quoi se distingue la condition anarchique du nihilisme ?


  • #Climat : comment expliquer une aussi criminelle apathie face au drame annoncé ?
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/10/06/bienvenue-dans-le-capitalocene_5365671_3232.html

    L’empreinte colossale des activités humaines a précipité la terre dans une nouvelle ère géologique, où tous les ­écosystèmes sont affectés : le « #capitalocène », explique Frédéric Joignot.

    #paywall


  • Des insectes pour disséminer des virus : une arme incontrôlable ?
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2018/10/04/des-insectes-pour-disseminer-des-virus-une-arme-incontrolable_5364811_3244.h

    Les #insectes pourraient-ils bientôt être utilisés comme #arme_biologique ? C’est la question que se pose une équipe de chercheurs dans un article paru dans la revue Science, jeudi 4 octobre. Composé de juristes (université de Fribourg) et de scientifiques (Max-Planck Institute de Plön et université de Montpellier), ce groupe de recherche a étudié un projet américain nommé « #Insect_Allies ».

    Ce programme, financé à hauteur de 27 millions de dollars par l’agence pour les projets de recherche avancée de défense (Darpa) du département de la défense des Etats-Unis, prévoit d’utiliser des insectes pour modifier génétiquement des plantes.

    Il a attiré l’attention des chercheurs par l’utilisation de nouveaux agents : les Horizontal Environmental Genetic Alteration Agents (#HEGAAs). Il s’agit de virus qui ont été génétiquement modifiés pour les rendre capables de transformer les chromosomes d’une espèce cible, animale ou végétale. Ces agents vont permettre d’altérer l’ADN de certaines plantes directement dans leur environnement. Ils pourraient donc rendre une plante résistante à un certain pathogène en cours de saison.

    #paywall


  • L’appel de 440 historiennes françaises : « Mettons fin à la domination masculine en histoire »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/10/03/l-appel-de-440-historiennes-francaises-mettons-fin-a-la-domination-masculine

    Blois n’est qu’un symptôme, celui de la persistance de la prédominance masculine dans un contexte de féminisation progressive, mais fragile, du corps académique. Si elle s’articule solidairement à d’autres luttes dont l’urgence s’impose aujourd’hui avec force, contre le harcèlement sexuel notamment et contre toutes les discriminations, la résistance à cette forme de domination répond à une même nécessité.

    #paywall #femmes #histoire #sexisme #domination_masculine


  • « Le mensonge, le gros mensonge et la statistique de la Chine de Xi Jinping »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/09/26/le-mensonge-le-gros-mensonge-et-la-statistique-de-la-chine-de-xi-jinping_536

    Vu d’ailleurs. L’injonction vient de haut. De très haut, même. Du comité central du Parti communiste chinois (PCC). Il ne faut plus manipuler les #statistiques. Selon le China Daily du 18 septembre, les instances dirigeantes du parti ont pris, cet été, vingt mesures afin de prévenir et de punir la fraude statistique. Le Bureau national de la statistique (BNS) a même créé un département spécial à cet effet.

    Le problème est que ce n’est pas la première fois que de telles dispositions sont annoncées. En 2016 puis en 2017, des règles avaient déjà été adoptées, et les tricheurs déjà menacés. Mais rien n’y a fait : la fameuse citation de l’ancien premier ministre britannique Benjamin Disraeli (1804-1881) – « Il y a trois sortes de mensonges : le mensonge, le gros mensonge et la statistique » – pourrait servir de devise à la Chine de Xi Jinping.

    Convaincus depuis longtemps que fraudes et erreurs entachent les agrégats économiques, les spécialistes préfèrent d’ailleurs utiliser d’autres indicateurs. Par exemple, plutôt que se fier à l’évolution du produit intérieur brut, nombre d’entre eux suivent la consommation d’énergie, à leurs yeux plus fiable. Enfin le croyaient-ils. Sauf qu’en juillet, l’administration nationale de l’énergie a déclaré que le secteur agricole avait utilisé en juin 6,5 milliards de kilowatts/heure d’électricité, soit, affirme-t-il, « 6,6 % de plus » qu’en juin 2017. Une augmentation équivalente, ça tombe bien, aux prévisions de croissance du gouvernement : 6,5 % cette année.

    Le problème est qu’en juin 2017, le chiffre alors publié s’élevait à 12 milliards de kilowatts/heure… près du double, donc. Interrogée, l’administration a expliqué a posteriori qu’elle excluait désormais les « services à l’agriculture », ce qui n’a qu’à moitié convaincu les spécialistes.

    #lies_big_lies and …
    #paywall

    • Nul besoin de lois en France BigGrizzly !

      Jamais un journaliste de le monde ou libération par exemple ne publierai une fausse information, une fausse statistique, un article de propagande gouvernementale.

      C’est vrai quoi, nous sommes en Démocratie, nous.

    • L’injonction vient de haut. De très haut, même. Du comité central du Parti communiste chinois (PCC). Il ne faut plus manipuler les statistiques. Selon le China Daily du 18 septembre, les instances dirigeantes du parti ont pris, cet été, vingt mesures afin de prévenir et de punir la fraude statistique. Le Bureau national de la statistique (BNS) a même créé un département spécial à cet effet.

      Le problème est que ce n’est pas la première fois que de telles dispositions sont annoncées. En 2016 puis en 2017, des règles avaient déjà été adoptées, et les tricheurs déjà menacés. Mais rien n’y a fait : la fameuse citation de l’ancien premier ministre britannique Benjamin Disraeli (1804-1881) – « Il y a trois sortes de mensonges : le mensonge, le gros mensonge et la statistique » – pourrait servir de devise à la Chine de Xi Jinping.

      Convaincus depuis longtemps que fraudes et erreurs entachent les agrégats économiques, les spécialistes préfèrent d’ailleurs utiliser d’autres indicateurs. Par exemple, plutôt que se fier à l’évolution du produit intérieur brut, nombre d’entre eux suivent la consommation d’énergie, à leurs yeux plus fiable. Enfin le croyaient-ils. Sauf qu’en juillet, l’administration nationale de l’énergie a déclaré que le secteur agricole avait utilisé en juin 6,5 milliards de kilowatts/heure d’électricité, soit, affirme-t-il, « 6,6 % de plus » qu’en juin 2017. Une augmentation équivalente, ça tombe bien, aux prévisions de croissance du gouvernement : 6,5 % cette année.

      Le problème est qu’en juin 2017, le chiffre alors publié s’élevait à 12 milliards de kilowatts/heure… près du double, donc. Interrogée, l’administration a expliqué a posteriori qu’elle excluait désormais les « services à l’agriculture », ce qui n’a qu’à moitié convaincu les spécialistes.

      Contradictions et tricherie

      Même les statistiques du BNS sont pleines de contradictions. En juillet, le quotidien de Hongkong en langue anglaise South China Morning Post rappelait que, selon le BNS, les profits de l’industrie chinoise s’étaient élevés à 2 700 milliards de yuans (333 milliards d’euros) pour les cinq premiers mois de l’année, en hausse de 16,5 % par rapport à la même période de 2017. Le problème est qu’à l’époque, le chiffre publié était de 2 900 milliards de yuans. Là encore, un « problème d’échantillon », paraît-il, mais aucune définition précise ne permet d’en avoir le cœur net, déplore le journal.

      Il y a encore plus étrange : trois gouvernements locaux ont reconnu, ces derniers temps, avoir triché. Et pas qu’un peu. Le Liaoning, une des grandes régions de l’industrie lourde chinoise, a avoué avoir gonflé artificiellement son produit intérieur brut régional d’environ 20 % entre 2011 et 2014. Dans la foulée, la Mongolie intérieure a, elle, reconnu avoir, en 2016, surévalué de 40 % sa production industrielle et de 26 % ses revenus fiscaux. Quant à la grande ville portuaire de Tianjin, elle a finalement réduit d’un tiers le PIB de 2016 annoncé auparavant. Etonnamment, ces révélations n’ont eu aucune incidence sur le PIB national.

      Ces « erreurs » ne doivent en fait pas grand-chose au hasard. Dans un pays qui a longtemps fait de la croissance économique sa priorité absolue, chaque responsable communiste est surtout jugé sur sa contribution à cette grande cause nationale. Quels que soient les moyens employés.

      Aujourd’hui, alors que le président Xi Jinping concentre plus de pouvoirs que n’importe quel dirigeant depuis Mao, chaque responsable, chaque institution est d’abord et avant tout à son service. Y compris, bien sûr, le Bureau national des statistiques. Le début du communiqué portant sur la croissance au mois d’août l’illustre jusqu’à la caricature : « En août, sous la direction de la pensée de Xi Jinping sur le socialisme aux caractéristiques chinoises pour une nouvelle ère, toutes les régions et les départements ont mis en œuvre les décisions et les dispositions prises par le comité central du PCC et le gouvernement, et l’économie nationale a maintenu un bon rythme de croissance régulière. » Nous voilà rassurés : Disraeli n’est pas mort.


  • Hé les copains : « la plus piratée » ? Vous avez été rachetés par Disney ?
    https://twitter.com/mdiplo/status/1040869072169250816

    « Le système Pierre Rabhi », l’enquête la plus piratée de notre histoire, est désormais en accès libre
    https://t.co/IwQx3GX67z

    Je veux bien que vous teniez à votre #paywall, mais traiter de voleurs vos lecteurs qui rediffusent des articles pour les faire lire, ça me semble carrément maladroit.


  • Top U.S. Diplomat Backed Continuing Support for Saudi War in Yemen Over Objections of Staff - WSJ
    https://www.wsj.com/articles/top-u-s-diplomat-backed-continuing-support-for-saudi-war-in-yemen-over-objectio

    WASHINGTON—Secretary of State Mike Pompeo backed continued U.S. military support for Saudi Arabia’s war in Yemen over the objections of staff members after being warned that a cutoff could jeopardize $2 billion in weapons sales to America’s Gulf allies, according to a classified memo and people familiar with the decision.

    #paywall

    En fait la poursuite de la vente d’armes n’était pas le problème ; Pompéo avait affirmé que l’Arabie Saoudite avait les plus grands égards pour les #civils du Yémen, ce qui évitait aux #Etats-Unis de renouveler quand même mais "au nom de la sécurité nationale".

    #Yémen : une sénatrice accuse Pompeo d’avoir « violé la loi » | JDM
    https://www.journaldemontreal.com/2018/09/20/yemen-une-senatrice-accuse-pompeo-davoir-viole-la-loi

    Une sénatrice démocrate a accusé jeudi le secrétaire d’État américain Mike Pompeo d’avoir « violé la loi » en certifiant que l’Arabie saoudite prenait des « mesures manifestes » pour épargner les civils au Yémen.

    [...]

    Le Wall Street Journal a en outre rapporté jeudi, sur la foi d’un mémo confidentiel interne, que plusieurs services du département d’État avaient déconseillé à Mike Pompeo de « certifier » la bonne conduite de Ryad et Abou Dhabi. Il avait la possibilité de ne pas émettre cette certification, tout en confirmant le soutien logistique américain au nom des intérêts de #sécurité_nationale .


  • At U.S. Open, power of Serena Williams and Naomi Osaka is overshadowed by an umpire’s power play - The Washington Post
    https://www.washingtonpost.com/sports/tennis/at-us-open-power-of-serena-williams-and-naomi-osaka-is-overshadowed-by-an-umpires-power-play/2018/09/08/edbf46c8-b3b4-11e8-a20b-5f4f84429666_story.html

    Nobody has ever seen anything like it: An umpire so wrecked a big occasion that both players, Naomi Osaka and Serena Williams alike, wound up distraught with tears streaming down their faces during the trophy presentation and an incensed crowd screamed boos at the court. Ramos took what began as a minor infraction and turned it into one of the nastiest and most emotional controversies in the history of tennis, all because he couldn’t take a woman speaking sharply to him.

    Après Roland Garros et le tutu, la fragilité masculine de l’arbitre de l’US Open gâche le match de l’année. Chouette texte.

    #femmes #sport


    • C’est du n’importe quoi comparable à la campagne actuelle contre Jeremy Corbyn.

      Les adversaires de Sarah Wagenknecht au sein du parti Die Linke construisent le mythe de l’ex communiste convertie en membre de la cinquième colonne de la droite qui aurait infiltre le parti afin de le diviser. Ces reproches sont ensuite repris et interprétées par la droite pour nuire au projet de gauche dans son ensemble.

      On commence à comprendre les raisons pour les reproches en question quand on regarde les différentes tendance de la gauche allemande qui se rencontrent dans ce parti. Ce sont surtout les militants de Ouest issus des milieux « sponti » anti-dogmatiques et anarchistes qui revendiquent l’abolition de toutes les frontières et considèrent cette revendication comme critère essentiel pour décider si quelqu’un est de gauche .

      Sarah Wagenknecht par contre fait partie de ceux qui envisagent des solutions faisables et pour les réaliser elle abandonne les revendications maximales et illusoires. Pour les milieux de l’extrème gauche ses positions sont alors des positions de droite. Parallèlement elle se trouve en concurrence directe avec d’autres personnes à la tête du parti qui n’hésitent pas de tout faire pour nuire à son image de marque.

      Initialement Sarah Wagenknecht faisait partie du courant Kommunistische Plattform (KP) au sein du parti (https://kpf.die-linke.de/start). Elle a donc appris à analyser les choses d’une manière systématique et scientifique. Ce n’est pas le cas des adhérents des idées libertaires et des militants des courants de gauche modernes peu informés sur ce qui constituait la gauche prolétarienne et marxiste. La base de leur engagement est une moralité individualiste donc en oppostion au raisonnement marxiste classique.

      Cette gauche radicale et intellectuelle représente une vision du monde assez répandue chez les jeunes citadins plus ou moins précarisés qui survivent comme web-designer, étudiants et petits cadres sans poste fixe qui sont dépourvus de toute expérience collective prolétaire. Au fond ils se sentent proches des réfugiés africains et syriens parce qu’ils vivent dans une situation aussi isolée et incertaine qu’eux sauf qu’ils profitent encore du soutien de papa/maman et du système social de l’état. La revendication d’ouvrir toute les frontières immédiatement leur est pour le moins sympatique.

      Sarah Wagenknecht par contre ne se situe plus dans une perspective communiste et surtout pas dans une perspective de jeunes intellectuels citadins. Elle dévéloppe un projet inspiré par son mari l’ex candidat social-démocrate pour le poste de chancelier allemand Oskar Lafontaine et par La France insoumise de Jean-Luc Melenchon .


      Le site de son projet Aufstehen ! n’est actuellement pas joignable à cause du trop grand succès (ou d’une attaque DOS).
      https://www.aufstehen.de

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      L’initiative Aufstehen cherche à regrouper et à activer les électeurs et militants social-démocrates trahis par leur parti et les sydicalistes que font fuir les militants Spontis . On lit souvent dans la presse que le mouvement Aufstehen chercherait à récupérer les électeurs de la gauche votant à droite actuellement. Sarah Wagenknecht défendrait des positions de droite pour y réussir. Quand on l’écoute on comprend que ce n’est pas le cas. Même si on part du principe que Aufstehen n’est qu’une tentative supplémentaire de vendre de la politique ce point de vue est idiot car il s’agit d’un nombre d’électeurs trop petit pour justifier le grand effort pour lancer un mouvement. Quand on regarde les statistiques on trouve par contre que les pauvres ne votent pas AfD ou NPD. Ils ne votent simplement pas parce qu’ils se sentent trahis par les partis politiques.

      N’oublion pas que le sujet de la vague d’immigrés est utilisé par la droite (y compris les médias de la droite modérée) pour faire peur aux employés afin de pouvoir encore mieux baisser les salaires et créer une ambiance de la peur.

      Voilà ma conclusion : Sarah Wagenknecht et plein de militants de gauche lancent un nouveau projet qui tente de resoudre un tas de problèmes posés par les appareils des partis et par l’impression qu’ils donnent au public. C’est un projet de gauche ouvert mis en place par des « pros » de la communication, c’est du « top down » pas du « bottom up », ce n’est pas non plus un projet « grassroots » si cher à la gauche hippie californienne à l’origine de la silicon valley . C’est très allemand et très européen. C’est un projet qui s’adresse à monsieur et madame tout-le-monde.

      On verra la suite ...

      P.S. Sarah Wagenknecht est membre du parti Die Linke et défend ses positions même si elle n’est pas d’accord avec toutes les décisons des congrès divers. Voici un petit extrait du programme du parti - ce ne sont certainement pas des positions de droite.

      Prigramm der Partei Die Linke
      https://www.die-linke.de/partei/grundsatzdokumente/programm

      Menschen, die vor Menschenrechtsverletzungen, Kriegen und politischer Verfolgung geflohen sind, dürfen nicht abgewiesen oder abgeschoben werden. Wir fordern die Wiederherstellung des Grundrechts auf Asyl und kämpfen gegen die Illegalisierung von Flüchtlingen, gegen Abschiebungen, jede Form von Sondergesetzen wie die Residenzpflicht sowie gegen Sammellager. Die Abschottungspolitik der EU ist unmenschlich – wir wollen keine Festung Europa. DIE LINKE richtet ihre Flüchtlingspolitik nach Humanität und Menschenrechten, so dass der Schutz von Menschen in Not im Vordergrund steht und nicht ordnungspolitische oder ökonomische Überlegungen. Deshalb setzt sich DIE LINKE für die Abschaffung der Grenzschutzagentur FRONTEX ein, die das wichtigste Abschottungsinstrument der EU darstellt.

      #Aufstehen #gauche #immigrés #Allemagne #réfugiés

    • Que dit exactement Sahra Wagenknecht sur l’immigration ? - Libération
      http://www.liberation.fr/checknews/2018/09/04/que-dit-exactement-sahra-wagenknecht-sur-l-immigration_1676492

      Bonjour,

      Vous nous avez demandé le verbatim en français des propos polémiques de Sahra Wagenknecht.

      En ce mardi 4 septembre 2018, la femme politique allemande, figure important du parti Die Linke, lance un nouveau mouvement politique nommé Aufstehen (en français : Debout), qui intéresse la presse étrangère.

      Ainsi Le Monde parle de « l’émergence d’une gauche antimigrants », le HuffPost titre « un mouvement politique de gauche radicale et anti-migrants lancé en Allemagne », Libération note au sujet de Wagenknecht que « l’une des cadres de Die Linke va lancer début septembre un mouvement qui reprend les accents de l’extrême droite sur la question migratoire » et Grazia ose même la présenter comme « l’Allemande à cheval entre Mélenchon et Le Pen ». Dans ces articles, on peut lire que cette égérie de la gauche radicale allemande a décidé de défendre une politique antimigrants pour récupérer le vote des électeurs des couches populaires qui se seraient tournées vers le parti d’extrême-droite Alternative für Deutschland (AfD).

    • D’accord avec @klaus : la couverture en France de l’initiative de Sahra Wagenknecht ressemble fort à la propagande dirigée contre Corbyn en G-B par la presse de la gauche molle, dont l’organe le plus représentatif est The Guardian.
      Pour moi (un Britannique pro-Brexit) cette présentation des choses rappelle également la campagne délirante menée depuis deux ans pour discréditer les électeurs ayant voté pour le Brexit en les traitant de racistes ignares.
      Il me semble beaucoup plus pertinent de comprendre ces phénomènes par le biais du marché de l’emploi, et des ravages occasionnés par des décennies de néo-libéralisme.
      #immigration #néo-libéralisme #neoliberalism #UE #EU

    • Que dit exactement Sahra Wagenknecht sur l’immigration ? - Libération

      Lire cet article permet de comprendre dans le texte ce que dit Sarah Wagenknecht. On est loin, très loin des caricatures de la simplification médiatique. Et encore plus loin de l’injurieuse solidarité inconditionnelle de certains dirigeants du PCF avec la fraction est allemande des anciens communistes de Die Linke.
      Jlm

    • Danke, Sahra !
      Très occupée, cet été, par ma xième remigration en France, je découvre la campagne de récupération des voix de l’AfD de Sahra Wagenknecht et son « mouvement de rassemblement » Aufstehen (https://www.sahra-wagenknecht.de ).
      Marqué au coin du bon sens, son propos en séduira plus d’unE, mais sont-ce vraiment les personnes que la pauvre gauche allemande doit séduire aujourd’hui ?
      Où l’on comprend que l’internationalisme n’est qu’un leurre capitaliste et que tous ces migrantEs (de la classe moyenne) vont venir nous prendre nos derniers jobs à quelques sous, ou ceux de nos camarades migrants saisonniers intra-EU (?)…
      Perplexe face à une démarche stratégique -ou plutôt tactique- qui vise les symptômes (la migration) pour guérir des causes (le capitalisme), je retiens cependant une problématique très intéressante, et vieille d’une centaine d’années au moins : l’Etat souverain est-il le seul rempart possible contre le capitalisme ?
      En tout cas, remercions Sahra de nous forcer à nous poser la bonne vraie question : qu’est-ce que cela veut dire être de gauche aujourd’hui ? Et je le pense sincèrement.

      #Sahra_Wagenknecht #gauche #migration

    • On a commencé la discussion parce qu’un grand journal francais titre qu’en Allemagne émergerait une gauche antimigrants. Cette affirmation se réfère à l’initiative #Aufstehen lancée par Sarah Wagenknecht et d’autres.

      Nous avons constaté pourquoi cette affirmation est fausse. On pourrait passer beaucoup de temps à identifier de nombreuses citations qui le prouvent. Je pense que c’est inutile et que chacun peut très bien le faire lui même avec les moteurs de recherche divers. Les résultats sont le bienvenus.

      A mon avis la question des « réfugiés » cache le véritable problème qui est l’existence d’une classe économique qui en défendant ses intérêts détruit l’espace vital de tous dans le monde entier. Elle abuse des habitants des zone défavorisées en les mettent en concurrence directe avec ceux parmi les habitants des pays les plus riches qui n’ont pas d’autre source de revenus que leur travail. Autrefois on parlait du prolétariat. Nous somme tous redevables aux militants du mouvement ouvrier parce que ces prolétaires se sont battus pendant des siècles pour enfin obtenir une récompense sous forme de travail bien payé et de garanties sociales.

      Ces acquis sont menacés par les capitalistes de tous les pays et par leur agents dans les entreprise, dans les institutions de l’état et dans les médias. Les migrants jouent un rôle clé tactique dans cette lutte pour le profit. On a vu comment ca a marché aux États-Unis au dix neuvième et vingtième siècle et nous assiston actuellement à l’exploitation du phénomène par un président xénophobe et raciste. Ce pays immense a vu le génocide des autochtones au profit des immigrés arrivant par vagues consécutives entre le dix huitième et le vingtième siècle.

      L’immigration vers l’Europe est profondément différente des événements historiques américaines. Les raisons pour quitter son pays natal sont toujours les mêmes mais la situation dans les pays d’acceuil donne aux grandes vagues d’immigration une qualité différente à chaque fois.

      Après la guerre de trente ans qui avait dévasté le pays et réduit la population de trente pour cent le roi de Prusse n’était que trop content de pouvoir acceuillir les réfugiés protestants de France. La réaction de ses sujets ressemblait aux actes xénophobes d’aujourd’hui : la populace de Berlin incendiait les maisons des nouveaux sujets de leur roit. Ils n’étaient décidément pas le bienvenus. Pourtant les huguenots ont prospéré et constituent aujourd’hui une partie des allemands fortunés ou pour le moins cultivés.

      En Chine la dernière vague d’immigration au dix septième siècle se présentait sous forme d’invasion guerrière mandchoue. Une fois le pays conquis ces envahisseurs adoptaient la culture chinoise à un point où ils n’étaient plus distinguable des chinois « de souche » par un visiteur du pays. Quelques siècles auparavant les Mongoles avaient suivi le même chemin.

      Face aux phénomènes d’immigration d’aujourd’hui nous nous trouvons plutôt dans la situation des Prussiens ou Chinois historiques. S’il n’y avait pas le problème de l’épuisement des ressources planétaires et du changement climatique par le capitalisme insatiable on pourrait nous contenter de critiquer quelques questions concernat la gestion de l’acceuil des nouveaux citoyens.

      Malheureusement il y a ces questions de base qu’il faudra resourde si on veut permettre à nos grands enfants de vivre dans la paix et sans soucis matériels énormes. Notre tâche consiste alors dans la défense de nos droits économiques et et politiques afin de pouvoir contribuer aux solutions envisageables dont aucune ne sera l’oeuvre de la classe capitaliste marquée par l’avarice et la méchanceté.

      Rappellons enfin l’histoire des Koslowski ces Polonais qu’on a fait venir dans la Ruhr afin d’y extraire le charbon dans les mines. Ce sont leurs enfants et grands-enfants qui ont crée les grandes organisations ouvrières comme le parti social-démocrate dont la renaissance est tant désirée par Sarah Wagenknecht et Oskar Lafontaine .

      Soyons solidaires avec les nouveaux arrivants, ils nous remercieront et soutiendront notre combat. Si l’initiative #Aufstehen se dévéloppe en véritable mouvement il pourra contribuer aux actions communes afin de créer l’unité des gens sans capital et armée.

    • Travailleurs de tous pays, unissez-vous, mais s’il vous plaît restez chez vous (on n’est pas prêts, promis on se fera une bouffe, en attendant bon courage, hein).

      La « caissière de Lidl » et le bobo ont bon dos. Le dumping salarial ne date pas d’hier et l’Allemagne s’en gave particulièrement depuis trente ans. Profiter de l’obsession migratoire et du contexte actuel pour ratisser des voix, oui, c’est de l’opportunisme politique sordide et une forme de capitulation.

      Ce sont les dirigeants politiques, de droite et surtout de « gauche », et les patrons qui sont responsables du dumping, du précariat, du travail forcé en Allemagne, pas les migrants. Se dédouaner sur eux et sur le Grand Capital International des inconséquences et des trahisons de la gauche allemande, comment dire... c’est pratique, en effet.

      Pour un autre point de vue sur le sujet en (beaucoup) moins énervé — plutôt qu’avec Corbyn, le parallèle dans le malaise sur le fond est plutôt à faire avec une bonne partie de la gauche française et surtout avec la FI et Mélenchon (qui pourrait reprendre mot pour mot Wagenknecht : « Les gens ont besoin d’une perspective dans leur pays d’origine », « Plus de migrants économiques, cela signifie plus de concurrence pour les bas salaires dans le secteur de l’emploi », etc) —

      cf. (par exemple)

      http://www.regards.fr/politique/article/sur-l-immigration-la-gauche-n-a-plus-les-mots

    • On m’envoie quelques précisions :

      Les adversaires politiques de Sarah Wagenknecht sont d’abord les membres du courant « pragmatique » Forum demokratischer Sozialismus (FdS). Je ne parlais pas explicitement d’eux car ce sont surtout les milieux d’extrème gauche et du courant Emanzipatorische Linke (EmaLi https://emanzipatorischelinke.wordpress.com/uber-uns ) qui revendiquent l’ouverture immédiate et totale de toutes les frontières.

      Apparemment il faut être plus précis en ce qui concerne le sujet du vote des pauvres : La petite bourgeoisie et les fonctionnaires constituent la base principale de l’extrême droite comme c’était déjà le cas des nazis dans les années 1920. Il y a quand même un nombre non négligeable de gens pauvres et défavorisés qui votent pour le parti AfD et les nazis du NPD. On trouve des informations imprécises et erronnées à ce sujet dans quelques études rectifiées depuis par d’autres analyses plus exactes.

    • @nepthys J’ai l’impression que l’histoire de la position anti-migrants de SR n’est qu’une fabrication. D’après ce que je lis sur le projet #Aufstehen les problèmes en relation avec l’immigration ne se trouvent pas au centre de l’initiative. Son but est plutôt de développer une solution pour des gens qui aimeraient apporter leur grain de sel au processus politiques mais n’y arrivent pas à cause du caractère hermétique des appareils politiques.

      Les sujets du mouvement #Aufstehen sont actuellemen collectionnés et il y a un début de discussion autour. Les questions de sécurité et de l’immigration seront sans doute abordées et il reste à tester si on pourra développer des approches et des solutions plus réalistes et humaines que les concepts farfelus présentés par la droite et par les extrémistes de gauche.

      Cet article de Telepolis l’explique très bien (je profite de l’occasion pour attirer votre attention sur l’ecellent moteur de traduction DeepL https://www.deepl.com/translator)

      Ein kommender Aufstand ? Sarah Wagenknecht startet « Aufstehen »
      05. September 2018 Malte Daniljuk
      https://www.heise.de/tp/features/Ein-kommender-Aufstand-Sarah-Wagenknecht-startet-Aufstehen-4155535.html

    • Je ne sais pas trop quoi penser... J’ai lu des trucs de Mélenchon hallucinants, « c’est pas que les migrants soient méchants mais le capitalisme nous les envoie pour augmenter le chômage ». Je ne sais pas si Sarah W est aussi ambivalente mais en France la lente courbe autoritaire et raciste de Chonchon me fait craindre le pire.

    • @baroug Suite au seen de @aude_v j’ai profité de la dernière journée chaude et ensoleillée à Berlin pour passer du temps à la piscine et lire le livre de Sarah Wagenknecht Couragiert gegen den Strom . C’est une série d’interviews par le rédacteur en chef de Telepolis Florian Rötzer où elle explique ses position et principes. Je peux alors confirmer ce que j’écris plus haut et je peux dire que les propos de Mélusine sur Twitter sont ou de très mauvaise foi ou marqués par son ignorance.

      On est en pleine lutte politique et il faut partir du principe que toute affirmation sert l’agenda de quelqu’un, généralement c’est la droite qui est très habile en ce domaine. Seule solution : vérifier les sources et ne faire confiance qu’aux personnes compétentes qui le méritent.

      Mélusine
      ‏ @Melusine_2Attendez, Wagenknecht n’est pas « anti-migrants », elle a seulement dit que :
      – l’arrivée des migrants nuit aux travailleurs allemands,
      – les frontières ouvertes augmentent le risque d’attentats,
      – l’argent de l’accueil des réfugiés aurait mieux profité aux Allemands précaires.

      Melusine ne cite pas ses sources, alors je pars du principe que ce sont des rumeurs (l’article dans Libé ?). J’explique plus haut comment et par qui elles arrivent.

      SR dit que les capitalistes se servent de l’arrivé des réfugiés pour faire augmenter la concurrence entre les ouvriers simples. Elle explique que c’est une des raisons pourquoi le gouvernement allemand ne s’est intéressée que très tard à la question des réfugiés. C’est la signification de sa critique de la politique des frontières ouvertes.

      Pour des affirmations comme les frontières ouvertes augmentent le risque d’attentats les anglophones utilisent la jolie expression « truism » cad un truc tellement évident que ce n’est pas la peine de le mentionner.

      La dernière phrase est complètement fausse. SW dit qu’on aurait mieux fait d’investir l’argent qu’on dépense pour les intervention militaires en Syrie et ailleurs pour aider les gens sur place par des mesure humanitaires et économiques.

      encore Melusine :

      En 2016 après l’attentat de Berlin elle n’avait pas hésité à dénoncer l’ouverture incontrôlée des frontières.

      Là c’est encore une déformation des propos de SR : Elle critique le fait que rien n’a été fait pour préparer ou prévenir l’arrivée des centaintes de milliers de réfugiés alors que tout le monde savait longtemps avant qu’ils étaient en train de se préparer à partir. Le gouvernement allemand a participé à la guerre en syrie du côté des turcs et américains avec des avions d’espionnage. Il était parfaitement informé sur chaque détail des événements à venir.

      Nous sommes actuellement confrontés à une tentative systématique d’associer chaque critique de la politique du gouvernement Merkel avec des agissements d’extrême droite. Les médias allemands (dont 85% se trouvent entre les mains de quelques familles de milliardaires, l’ex journal d’opposition TAZ s’étant rallié au courant vert-néolibéral et belliciste) font tout pour ne pas faire passer le message de la gauche (et de Sarah Wagenknecht) que l’internationalisme et la solidarité signifient autre chose que de faire venir tous les malheureux du monde en Europe.

      La solidarité internationaliste siginfie au contraire de lutter contre le « brain drain » dont souffrent les pays pauvres et de tout faire pour permettre aux populations locales de mener une vie digne et de défendre les revenus des ouvriers et petits producteurs sur place.

      En même temps SR défend le droit à l’asyl politique et le droit de trouver refuge pour les victimes des guerres contre les mesures prévues par la droite allemande. Elle rappelle que ce sont les gouvernements de droite et social-démocrates qui ont amputé et rendu impracticable ce droit dans le passé, alors que la gauche l’a toujours défendu. Le PS de France ne rentre pas dans cette définition de la gauche comme son homologue allemand.

      Un des sujets du projet #Aufstehen sera sans doute de trouver des manhières pour intégrer les ouvriers immigrés dans les syndicats. C’est également un aspect de la solidarité internationale d’enseigner la manière de défendre ses intérêts collectifs.

      Voila quelques uns des sujets et arguments qui sont systématiquement tus par les médias majoritaires « de qualité » dans le cadre de leur défense des intérêts et points de vue de la classe donimante et de ses agents confrontés au mécontenement des gens ordinaires.

      P.S. J’ai l’impression que Melusine ne cherche pas à dénoncer SR mais elle n’arrive pas à sortir de la matrice d’interprétation omniprésente. En conséquence elle n’arrive pas à saisir le sens des propos et positions de SR et contribue aux dénociations des positions de gauche. Elle n’est pas seule dans cette situation et c’est pour cette raison que j’ai commencé mon seen initial en citant la campgane contre Jeremy Corbyn.

      P.P.S. Dans lutte pour la communication de nos convictions nous ne sommes pas confrontés à une conspiration de forces occultes mais à sa version pluralistes, ouverte et beaucoup plus efficace.

    • @baroug je trouve que la remarque ironique de @biggrizzly est tout à fait justifiée.

      Les médias allemands suivent généralement un choix des mots ( wording en Denglish ) qui contient des jugements là où suivant l’éthique journalistique traditionelle une information non partisane serait appropriée. C’est pareil pour ses grilles explicatoires. Les discussions, communiqués de presse et événements sont filtrés par une sorte d’égalisateur qui assure que chaque contenu qui risque de mettre en cause la politique Merkel est rendu inoffensif.

      Ce formatage le rend quasiment impossible de comprendre quoi que ce soit aux processus politiques allemands si on ne fait pas partie des cercles du pouvoir. Les autres sont obligés de passer énormément de temps à décoder les messages transmis par les médias majoritaires.

      Il faut lire la presse internationale en plusieurs langues dont l’Anglais et le Russe si possible. Ces sources ne couvrant qu’une petite partie des événements et publications qui concernent la politique allemande, il faut en plus se procurer des sources supplémentaires allemandes.

      Je viens de me rendre compte à quel point il est difficile même pour moi de comprendre dans le détail les positions politiques, de faire la différence entre informations construites et manipulées et les faits « dures » qui ont été confirmées par plusieurs source dignes de confiance, et je passe sur les affirmations d’un tel ou d’une telle plus ou moins crédible.

      Pour juger de la fiabilité d’une source je finis généralement par me poser a question de ses origines sociales, de qui elle dépend, qui la fait gagner son pain et qui décide sur sa carrière. Après il y a les journalistes (et politiciens et économistes et entrepreneurs et syndicalistes etc.) plus ou moins compétents en leurs domaines respectifs, ce qui fait encore varier le poids de leurs affirmations et positions.

      Ouf, avec tout cela comment veux-tu qu’une personne ordinaire comprenne quoi que ce soit aux contenu qui lui est vendu comme « vérité officielle » par les médias majoritaires.

      On peut effectivement comprendre, par exemple, le caractère de Sarah Wagenknecht, saisir le sens de ses mots passés par la moulinette idéologique des grands médias et juger du poids de ses décisons en prenant en compte exclusivement ce qui est dit sur elle dans la presse - soyons clairs - bourgeoise. L’utilité d’une telle démarche peut exister pour quelqu’un qui travaille dans l’office d’un député de la droite. Le militant de gauche n’apprend pas grand chose d’utile par les médias majoritaires.

      La droite populiste scande Lügenpresse, Lügenpresse parce que ses militants sont exposés à des informations dont ils connaissent le manque de précision et d’intérêt pour eux mêmes. A travers leur vision simpliste du monde ils y découvrent un énorme complot dont fait partie chaque reporteur d’une télé officielle. Ce n’est pas mon problème mais l’existence de cette vision des médias fait preuve de l’énormité des contradictions du système capitaliste plus ou moins démocratique.

      Alors où chercher les informations fiables ? Je ne sais pas, mais je vous fait confiance, enfin plus ou moins ;-)

    • Baroug a supprimé son commentaire, mais nous en avons reçu la notification et ce faisant son contenu.
      Je comprends son intention première, et son revirement.

      J’ai bien précisé « milliardaires » dans mon commentaire lapidaire.

      Les militants doivent passer le plus clair de leur temps à se justifier que « [leur] candidat n’a pas dit ceci ou cela, même si, c’est en première page de Libé ». Comme tu le dis Klaus, « tu es du côté du pouvoir, les articles et la titraille vont te faciliter la tâche. Tu es de l’autre côté, ceux-ci vont être malveillants ».

      Tiens. Ce matin, j’ai lu DS (ASI) qui expliquait que la faible mobilisation face au réchauffement climatique, c’était de la faute à Alex Jones et à tous les complotistes faiseurs de fakenews. J’ai bien rigolé. Il aime bien Twitter, DS. Et il va s’en rendre compte qu’il est plus (+) en train de regarder le doigt que la lune...

      Les premiers pourvoyeurs de fakenews sont les élites et leurs appareils étatiques. Et nous, on continue à faire comme si les fakenews, c’était les sites parodiques et les prédicateurs. Oubliées les lois sur le secret des affaires, et la destruction systématique des lanceurs d’alerte, avant même cette loi.

      Donc là, nous sommes tous anxieux, parce qu’une femme politique qu’on a l’habitude d’entendre dire des choses intelligentes, et bien des journaux de milliardaires lui ont collé l’étiquette « gauche anti-migrants ». Ils ont créé la polémique, ils ont choisi les mots, et ils ont balancé le cocktail molotov. Et ça se termine en « de toute façon, les politiques de gauche sont racistes, sexistes et autoritaires ». Carton plein pour les morveux certificateurs d’informations vraies. (Et admirez. D’un côté ça suscite la polémique avec le titre infamant, et de l’autre (Checknews), ça relativise et ça édulcore...)

    • Je l’ai viré parce que personne des gens à qui je l’avais transmis par ailleurs n’y avait compris grand chose.

      Mais :
      1) le diplo EST possédé par des milliardaires (50% appartient au Monde)

      2) dire "c’est libé donc c’est de la merde" c’est vraiment un raisonnement paresseux. Y’a beaucoup de merdes dans Libé, et y’a d’excellents papiers aussi, comme dans le Figaro, Le Monde ou Le Monde diplo. Pas à doses égales, et on a là dessus des ressentis différents, mais sans me faire l’apôtre inconditionnel de la nuance, il faut quand même en faire un minimum. On peut avoir une position critique sur « les médias dominants » et les propriétaires de la presse sans sombrer dans un manichéisme aussi absolu.

      3) Ce papier de Libé cite longuement la dame incriminée, et s’il faut décrypter ses propos à ce niveau de détail, c’est que oui, il y a un problème. Et pour moi, comme Mélenchon, oui, elle drague l’électorat d’extrême droite quand elle fait ça. Il me semble que comme lui, c’est de l’ordre de la stratégie politique davantage qu’autre chose, mais dans les deux cas ça ne me réjouit pas.

    • En l’occurrence, c’est Libé qui se permet de ne pas faire dans la nuance, comme tu me reproches de ne pas le faire avec raison (je n’en avais pas l’ambition).

      OK, si tu lis Libé dans le détail, tu découvres que c’est bien plus nuancé, qu’il y a parfois des articles passionnants. Mais il y a des choix qui sont fait dans ces journaux, et ces choix ne le sont pas, nuancés, ils sont politiques, et parfois malveillants, et d’autres fois borgnes.

      Décider de soutenir un choix dans un référendum, une personne dans une élection, la survenue d’une guerre, ou un menteur patenté, c’est un choix politique non-nuancé, voire un choix économique en faveur de certains milliardaires, et tout le decorum autour ne peut plus être désigné que comme une sorte d’alibi.

      On renifle la culotte des gauchistes qui ne savent plus comment faire pour intéresser les électeurs (« et ça ne [nous] réjouit pas »). Et on se retrouve avec une situation à l’américaine, où les élites ne savent plus comment faire pour faire élire des élus qui ne soient ni extrémistes de droite, ni gauchistes.

    • J’ai pas tout compris mais tu ne peux pas dire simultanément que le papier de Libé est mensonger et que tu est d’accord sur le fait que ce qu’il raconte de Sahra Wagenknecht ne te réjouit pas (entérinant l’idée qu’en fait non il n’est pas mensonger mais que tu préfèrerais qu’il n’évoque pas le sujet).

    • Le site du « mouvement de rassemblement » Aufstehen nous propose de nous organiser. Nous, i.e. le peuple, j’ai envie de dire : le peuple de la rue, vu le film de propagande qui montre Mme et M. tout le monde en bas de son immeuble. https://www.aufstehen.de
      Organisez-vous ! répète Wagenknecht et moi, depuis longtemps je veux m’imprimer un T-shirt noir avec en gros : Organize ! dessus et ne peux qu’approuver cent fois. « Don’t mourn, organize ! » sont d’ailleurs les mots prêtés au syndicaliste nord-américain Joe Hill, exécuté sans preuves en 1915 (cf. la chanson de Joan Baez), mots fréquemment repris par des mouvements contestataires (même contre Trump).
      Aufstehen propose donc de mobiliser la rue pour contrer le système politique (Politikbetrieb) qui ne la représente plus et mieux y entrer par la suite. C’est pour cela que Aufstehen veut être un mouvement et non un parti comme la SPD, Die Grünen, Die Linke (n.b. : du côté des fachos, Pegida est un mouvement anti-islam, l’AfD est un parti d’extrème-droite). Je ne peux qu’approuver cent fois.
      Mais si je cherche sur le site des informations sur la politique migratoire, je n’en trouve pas, même dans les interview de Wagenknecht. Peut-être ai-je mal cherché. (Hilf mir@Klaus !)
      Par contre, sur le site du mari de Sahra Wagenknecht, co-lanceur du mouvement, j’étais sûre de trouver plus d’idées de fond… Oskar Lafontaine a tout mon respect, un peu parce qu’il est sarrois comme moi, mais surtout parce qu’il est aussi courageux que sa femme.
      Effectivement, on trouve dans la première interview (12.8.18), des petites choses sur l’économie et la politique migratoire :
      L’économie : Sahra Wagenknecht et Oskar Lafontaine sont des adeptes de l’ordolibéralisme (en gros l’Etat donne un cadre général à l’économie pour garantir la libre-concurrence, mais sans le « laisser-faire » du libéralisme sauvage). Quand on lui demande si la formule du Godesberger Programm « Autant de marché que possible, autant d’Etat que nécessaire ! » est toujours valable, Lafontaine approuve. Le programme de Bad Godesberg de 1959 a signé la conversion de la SPD à l’économie de marché (social).
      Sur la politique migratoire, Oskar déclare : « Les problèmes sociaux tels la pauvreté des enfants et de la vieillesse, les salaires trop bas, les mauvaises prestations sociales et pas assez de logements sociaux, pour n’en nommer que quelques-uns, étaient déjà là avant. L’immigration les renforce par la mise en concurrence des salaires et des loyers.“ Comprend qui peut, comprend qui veut, mais il est bien écrit : « Durch die Zuwanderung werden sie über Lohn- und Mietkonkurrenz verstärkt. »
      Sinon, il y a toutes ces idées marquées au coin du bon sens (ne pas livrer d’armes au pays en guerre, etc.) auxquelles je ne peux que me rallier à 100 %. Et d’autres un peu moins convaincantes : http://www.oskar-lafontaine.de/links-wirkt/details/b/1/f/1/t/im-bundestag-muessen-sich-die-interessen-der-mehrheit-wieder-durchs
      Voilà les deux points qui me gênent un peu...
      Donc : organisons-nous ! mais en connaissance de cause, pour ou contre les frontières, pour ou contre l’internationale, pour ou contre l’Etat fort, etc. et non pas : pour ou contre le bien-être, pour ou contre la sécurité, etc.
      #ordolibéralisme #immigration

    • Ha oui tiens, Joe Hill, immigré hobo qui s’est quasiment fait buté en tant que tel.

      « Débarrassez la société de ses parasites » a dit le procureur au jury dans son réquisitoire.

      L’IWW qui luttait entre autres contre la xénophobie de l’AFL et se faisait taxer de cinquième colonne allemande pendant la guerre.

      Merde, quoi, les mots ont un sens et des conséquences.

    • Appel à fondation, le manifeste du mouvement « Aufstehen » | Le Média
      https://lemediapresse.fr/international/appel-a-fondation-le-manifeste-du-mouvement-aufstehen

      Lancé ce 4 septembre, le mouvement de gauche radicale Aufstehen de Sahra Wagenknecht fait polémique et est caricaturé en « mouvement anti-migrant ». Nous avons décidé, afin d’élever le débat, de publier une traduction inédite de leur manifeste.

      Je sais, le Média, c’est Télé Mélenchon. Mais après tout, entre Télé Bolloré, Télé Niel ou Télé Bouygues...

    • Les discours ambigus sur les réfugiés qui se développent à « gauche de la gauche » en France, en Allemagne et ailleurs, sont la conséquence d’un positionnement politique : la défense coûte que coûte d’une des faces du capital, à savoir : le travail.

      Défendant un des pôles du capital plutôt que de s’engager dans une critique de sa totalité dialectique, la « gauche de la gauche » ne peut que finir par adopter des positions réactionnaires dans une tentative illusoire de préserver le travail, alors que la dépassement de la société capitaliste, c’est justement l’abolition du travail.

      Évidemment, pour cela il faut comprendre comment les catégories de travail, de valeur, d’état ou de nation n’ont pas de caractère transhistorique et sont au contraire immanentes au capital. Ces catégories sont à critiquer négativement car elles sont avant tout déterminées par le capital et sa dynamique : elles n’ont aucun caractère émancipateur.

    • @baroug Je viens de relire l’article de Libération mentionné plus haut. J’y trouve la phrase suivante :

      http://www.liberation.fr/checknews/2018/09/04/que-dit-exactement-sahra-wagenknecht-sur-l-immigration_1676492

      Libération note au sujet de Wagenknecht que « l’une des cadres de Die Linke va lancer début septembre un mouvement qui reprend les accents de l’extrême droite sur la question migratoire »

      Si c’est vrai c’est une preuve pour les mauvaises intentions envers Sarah Wagenknecht parce que ce n’est simplement pas vrai.

      L’affirmation suivante de "Checknews" est erronée :

      On peut résumer ses positions ainsi. Sahra Wagenknecht défend le droit d’asile dans sa forme actuelle et s’est opposée à son durcissement.

      Il est vrai que le parti Die Linke et SR défendent ce qui reste du droit d’asile politique que les gouvernements consécutifs ont démonté au fur et à mesure pendant les 30 années passées.

      En même temps il n’est pas vrai que SR défend "le droit d’asile dans sa forme actuelle" car le parti de gauche revendique la restitution du droit d’asile politique dans sa forme en vigeur jusqu’aux années 1970. En même temps il revendique de l’améliorer en reconnaissant l’homosexualité comme raison suffisante pour accorder l’asile aux personnes des pays où la pratique ouverte de l’homosexualté comporte un risque de discrimination grave. La gauche revendique également un statut de résidente pour les femmes ayant quitté leurs maris suite à des violences conjugales.

      Apart ces points le texte dans Libération/Checknews donne assez de place aux paroles de Sarah Wagenknecht pour permettre la compréhension de principe de ses positions.

      Pour ceux intéressés par les événements qui ont mené au débat actuel notamment à la manière dont le gouvernement Merkel a géré la grande vague de réfugiés avant la fermeture de la route du Balkan, voici une traduction d’un article de fond dans Telepolis :

      Qu’est-ce que Chemnitz a à voir avec « Diviser pour mieux régner » ? Ou comment la gauche est devenue l’outil volontaire de l’establishment. https://seenthis.net/messages/720547

    • Je suis assez d’accord avec vous sur ce fait que la gauche est incapable d’écouter les angoisses des gens et n’y répond que par des trucs moralisateurs ou pire.
      Moralisateurs, quand le truc est articulé dans des termes comme : tu es raciste, pas généreux.
      Bête, comme Sandrine Rousseau, en campagne lors des régionales : « Ces gens qui fuient la Syrie, ce sont des gens comme nous, des médecins, des professeurs. »
      Quelle ignorance et mépris envers les petits blancs du NPDC, qui ne sont pas « des gens comme nous = des petits bourges » et à qui elle dit que les migrants leur mangeront sur la tête.
      Et puis « on va tous leur proposer une chambre chez nous, chacun a une chambre d’amis, pas vrai ? » Ben non, tu ignores un électorat qui n’a que le canap du salon et qui y a peut-être déjà hébergé un cousin qui depuis est devenu SDF parce que c’est chaud, de cohabiter dans peu d’espace pendant des mois sans perspective.
      Et pareil sur les communes qui filent un logement social à une famille syrienne : trop classe, moi j’attends depuis quatre ans (sept ans, maintenant) et je dois vivre ça comment, de voir des gens me passer devant sur la liste ? C’est des discours de bourges qui doivent donner envie de taper, quand on est encore plus à la rue que moi.

      Alors que quand on lit des trucs chiffrés sur les migrations et le travail, c’est une autre image qui se dessine, autre que celle que vous nous présentez ici. Le fait que la directive Bolkenstein et les délocalisation font sûrement mieux en matière de compétition internationale que des gens qui viennent habiter ici, d’autant plus quand c’est en famille et pas dans un logement de célib qui paye un tiers de lit. Que la crise du logement, elle est due au nombre croissant de petits bourges qui peuvent se payer des séjours touristiques, aux mécanismes qui font construire des bureaux pour mieux spéculer, plutôt qu’à des personnes qui sont sur le marché de logements plus crades et vétustes que les locaux. Le fait que ça peut booster la croissance et faire remonter les petits blancs d’un cran dans la pyramide alimentaire (au lieu de les faire descendre comme propose Rousseau dans sa grande générosité). Le fait que les frontières ouvertes permettent de venir sans dépenser son magot, sans y perdre sa santé, choisir son pays de résidence sur la base de l’aide privée (famille, amis) qu’on peut y trouver et rentrer dès qu’on veut/peut. Le fait que le terrorisme, il est pas alimenté par des migrants mais par des gens de deuxième génération dégoûtés du rêve occidental qui leur a été refusé par le racisme et les discriminations.

      Je me dis qu’on peut vivre et parler des migrations autrement que les morceaux choisis que je vois ici et qui me semblent toujours aussi indigestes, à la moulinette Libé ou à la moulinette Seenthis. Et que je n’ai pas envie de choisir entre la petite bourgeoisie donneuse de leçons et Mélenchon qui flatte le drapeau en même temps qu’il défend le travailleur frrrançais d’une manière qui me semble contradictoire avec la réalité, pas qu’avec mon éthique.

      Et là j’aimerais appeler @reka et @cdb_77 pour avoir leur avis sur la justesse de ces discours sur les #migrations.

    • @aude_v Je suis d’accord avec les principes que tu proposes. Alors que faire ?

      Je vois trois positions acceptables et pourtant contradictoires. Ses défenseurs « de gauche » ont les choix entre une sorte de « cohabitation pacifique » accompagnée de discussions plus ou moins solidaires - sous peine de se faire tirer par le bout du nez par la droite intelligente (oui, ça existe ;-) )

      1. Tu es militant/e indépendant/e ou autonome et tu fais un travail de solidarité concrète ou une activité comparable avec des familles de réfugiés.
      – Tu cherches à faire venir les autres membres de la famille de tes amis réfugiés et tu t’engages pour les frontières ouvertes parce que tu te rends compte de la souffrance causée par ces barrières artificielles et inhumainaies.

      2. Tu es syndicaliste et tu luttes pour améliorer revenus et condtions de travail alors que ton patron te dit tous les jours à quel point son entreprise est victime de la concurrence déloyale et illégale à cause de Bolkenstein mais surtout à cause du travail au noir par des immigrés chez vos concurrents.
      – Tu vas alors défendre chaque mesure qui protège toi et ton entreprise contre les abus décrit. Tu sera pour l’abolition de Bolkenstein, pour une limitation du nombre de nouveaux immigrés avec ou sans papiers, et tu vas militer pour l’application stricte des règles censées te protéger par les institutions compétentes.

      3. Tu es membre d’un parti de la gauche qui a des place dans une administration locale, un gouvernement régional ou national.
      – Tu vas d’abord défendre les intérêts des gens qui te sont proches (catégorie 1. uo 2.) et tu vas essayer de trouver des compromis entre ta position de gauche et les choses indispensables pour conserver ton poste de maire/ministre/député/secretaire etc. Lors de rencontres avec des militants sur le terrain tu vas essayer de comprendre leur perspective et et tu vas demander à tes aides de la faire entrer dans ta conception du travail d’administrateur ou de responsable de gouvernement.

      On discute, on discute, mais comment trouver une solution à ce dilemme ? Je ne parle pas des obstacles mis en place par par nos véritables adversaires et je parle comme si les contradictions entre les acteurs de gauche se reglaient à l’amiable ...

      Bref ... elle nous mène où cette discussion ?

    • Merci @aude_v d’avoir pensé à mentionner les « petits blancs » (pas forcément du « NPDC ») dans ton intervention à propos de leurs craintes concernant l’immigration et leur refus du prêt-à-porter de la pensée médiatique « mainstream ».
      Leurs peurs (légitimes ou pas d’ailleurs) liées à un fort sentiment de #déclassement risquent bien de se focaliser encore plus sur les « migrants » maintenant que des politiques soit disant « de gauche » viennent cautionner un racisme profondément ancré dans nos sociétés industrielles et « laborieuses ».
      Mais ce n’est pas trop pour le petit Européen blanc que je suis que je m’inquiète. C’est surtout pour les pays limitrophes qui accueillent majoritairement ces « migrants » : Turquie, Liban, Lybie, pays du Maghreb, Grèce, Pakistan où un tel afflux de populations déplacées a de graves conséquences vu les problèmes que connaissent déjà ces pays en matière de ressources en eaux et au regard de la déliquescence de leurs infrastructures et de leurs institutions.
      Quelle peut bien être la vie de toutes ces personnes déplacées dans de telles conditions ? Je n’ose me l’imaginer ... (Mais bon, ceci dit vu que je ne suis pas « politisé », mon intervention est-elle « légitime » ?)

    • C’est très bien ce qu’il dit. Malheureusement le terme « salubrité publique » est terni par son utilisation dans des contextes de droite. J’ai réfléchi sur la siginification d’une tele expression dans la bouche d’un conseiller de melenchon et je comprend que ce qui compte c’est son discours complet au sein duquel il faut situer l’expression.

      Est-ce qu’en déployant la rhétorique du « surnombre », en faisant le lien entre chômage et migration, on n’entre pas sur un terrain favorable à l’extrême droite ?

      Cette accusation est absurde. Elle émane d’une partie de la gauche - celle que je dénonçais tout à l’heure - qui a oublié les discours de Jaurès dans le « socialisme douanier » par exemple ! Lorsque vous êtes de gauche et que vous tenez sur l’immigration le même discours que le patronat, il y a quand même un problème… Ce que nous disons n’a rien de nouveau. C’est une analyse purement marxiste : le capital se constitue une armée de réserve. Lorsqu’il est possible de mal payer des travailleurs sans papiers, il y a une pression à la baisse sur les salaires. Cette analyse serait d’extrême droite ? Vous plaisantez.

    • Faire appel au concept d’#armée_de_réserve, c’est garder de Marx ce qu’il a élaboré de plus daté. Il y a pas (plus) d’armée de réserve dans le cadre d’une économie nationale (sur laquelle les #étatistes plus ou moins #chauvins restent focalisés). Que ce concept garde (?) une validité impliquerait de procéder à une sérieuse mise à jour - à nouveaux frais - pour « coller » à l’échelle transnationale qui marque l’actuel palier de la mondialisation capitaliste.

    • http://www.regards.fr/politique/article/reponse-a-djordje-kuzmanovic

      Dans un entretien publié sur site de l’Obs, Djordje Kuzmanovic, présenté comme le conseiller de Jean-Luc Mélenchon et candidat potentiel de la France insoumise aux prochaines européennes, affirme son soutien aux analyses de l’Allemande Sahra Wagenknecht, l’une des principales figures du parti Die Linke. Se fixant l’objectif « de ralentir, voire d’assécher les flux migratoires » par le recours à un « protectionnisme solidaire », il fustige « la bonne conscience de gauche ». « Lorsque vous êtes de gauche et que vous avez sur l’immigration le même discours que le patronat, il y a quand même un problème », assène-t-il. Mais n’est-on pas en droit de s’étonner plus encore quand, se réclamant de la gauche, on tient des propos qui pourraient être taxés de proches du discours d’extrême droite ?
      Laissons les polémiques malsaines au vestiaire. Discutons des arguments retenus.

    • Le plaidoyer de Martelli (ex-PC, ce parti bien connu pour son internationalisme dans Regards) pour « universalisation des droits » en vaut bien d’autres et il suffit à récuser le ces nouvelles gauches de droite qui se donnent pour emblèmes du #gros_concepts (armée de réserve, par exemple) faute d’analyse concrète. Martelli :

      Or, à l’échelle de la mondialisation, cette réduction [ des coûts salariaux] s’opère avant tout dans les zones de faible prix du travail, dans l’ensemble des pays du Sud, y compris les États dits émergents.

      Ce sont les masses laborieuses d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine qui pèsent le plus fortement en faveur de la réduction relative de la masse salariale. Les migrants le font à la marge. À la limite, en s’insérant dans des zones de niveaux salariaux plus élevés, ils nourriraient plutôt une tendance inverse à la hausse. À la limite toujours, c’est en restant chez eux que les travailleurs du Sud tirent la masse salariale de nos pays vers le bas. Là est l’ armée de réserve véritable.

      ... sauf que chez Martelli comme chez JLM et ses amis parler encore d’armée de réserve c’est s’éviter de parler de luttes et de conflictualité (contre le rouleau compresseur capitaliste, votons !), c’est ne pas prendre en compte, par exemple, la « rigidité des salaires à la baisse » comme disent les économistes. Les ateliers de l’usine monde où le capital enrégimente en masse la main d’oeuvre sont en proie à des luttes sur le salaire qui déstabilisent la production (sa division, son commandement). Les ouvriers sud coréens qui avaient arraché des hausses de salaire durant les années 80 qui leur avaient permis de dépasser le salaire ouvrier portugais ne sont pas un cas isolé ; aujourd’hui, ceux de la Chine du sud-est deviennent du fait de leurs luttes moins « compétitifs », idem pour ce qui est de quelques pays d’Europe de l’est (...).

      #salaire #gauchededroite3.0

    • Pareil que @colporteur. @klaus, je serais d’accord sur toi avec la difficulté à concilier les intérêts locaux et les principes universels (liberté de circulation) si je n’étais pas convaincue que la pression sur les salaires n’est pas exercée par les migrant·es mais plutôt par tout ce que le capitalisme organise comme mise en concurrence : Bolkenstein, libre-échange.

      ton patron te dit tous les jours à quel point son entreprise est victime de la concurrence déloyale et illégale à cause de Bolkenstein mais surtout à cause du travail au noir par des immigrés chez vos concurrents.

      Ton patron te raconte des craques !
      Comme le dit l’extrait précédent, il me semble que c’est en restant chez eux que les travailleurs des pays pauvres font la plus grosse concurrence. Outre qu’en France ils et elles représentent des chiffres assez ridicules (combien de Chinois·es à Paris dans des ateliers ? combien en Chine !), ils et elles ont, et encore plus quand c’est en famille, des besoins de rémunération plus proches du Smic que des rémunérations de leurs pays. Par exemple, en Indonésie un·e ouvrièr·e gagne bien sa vie avec 200 euros mensuels. Personne en France ne peut s’aligner, même pas un·e migrant·e. Et d’autant moins quand sa famille est ici.

      Je connais pas assez le sujet pour dire que la gauche qui met en avant la question des migrant·es colporte des mensonges mais ça me semble assez douteux économiquement et c’est faux, de dire que le capitalisme organise la circulation des biens comme des personnes (ça bloque pour les personnes !). Sur ce sujet, dans le contexte de haine qu’on connaît, dire des trucs faux, c’est criminel.

      Il faut trouver d’autre arguments pour donner envie aux petit·es blanc·hes déclassé·es de voter à gauche (je suis très sensible à leurs arguments parce que je suis dans la même merde et que chez EELV j’étais dedans-dehors, je savais que je risquais de retrouver le chômage, la difficulté à se loger autrement qu’en coloc, la peur de perdre mes minima sociaux, etc. tandis qu’eux et elles, c’étaient des petit·es bourges qui s’en branlaient, de cette misère). Une vision du monde qui ne soit pas simplement en léger décalage avec le fascisme mais constitue un choix radicalement différent. En plus, je crois que ces arguments seraient plus offensifs contre le capitalisme !

    • It’s complicated

      et tous ceux qui veulent qu’on vote pour eux sont des malfaisants qui ne savent pas appréhender la complexité.

      A une époque, on disait que Rocard était mauvais parce qu’il avait toujours un discours trop complexe. Parce qu’en effet, il essayait sans doute trop de développer un argumentaire complet.

      Ce débat, au moins, nous permet tous, collectivement, d’appréhender cette complexité.

      Tiens, maintenant qu’on la touche du doigt, comment on écrit un « manifeste » un minimum concret afin de convaincre la masse d’y adhérer ? Et comment on fait pour s’assurer qu’il ne prête pas à la critique par simplifications ou occultations involontaires du fait de la contrainte du format ?

      Au moins, à l’extrême droite, ils n’ont pas ce genre de difficultés. C’est blanc et noir et on vote pour le chef.

    • Depuis le passage à la subsomption réelle avec la révolution industrielle, jusqu’à la fin des « trente glorieuses » (en fait, trente piteuses, faudrait-il dire), la valorisation du capital s’est faite sur la base d’une concurrence s’exerçant au sein de zones où le niveau de productivité était relativement homogène (Par exemple, les pays du centre capitaliste : États-Unis, Europe et Japon d’une part, et l’URSS et ses satellites européens d’autre part). Il y avait des disparités au sein de ces zones, mais elles n’étaient pas aussi étirées que celles que nous connaissons aujourd’hui, puisque dorénavant tout est intégré à un niveau global.

      Un des enjeux de l’introduction massive des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans la restructuration de l’appareil productif au tournant des années 1970, c’était de pouvoir orchestrer massivement la valorisation du capital en combinant des activités ayant des niveaux de productivité très hétérogènes, en allant chercher des opportunités de valorisation dans le tiers-monde.

      Pour cela, il a fallu effectivement rendre la circulation des capitaux et des marchandises encore plus fluide, tandis que la circulation des personnes (en fait des travailleuses et des travailleurs) était entravée de façon à conserver cette juxtaposition des zones à niveaux de productivité très différents. Leur intégration dans un cycle global de valorisation était devenue possible avec les NTIC et s’est traduit par le phénomène qu’on a appelé délocalisation qui, au delà du déplacement anecdotique de l’appareil productif correspondait plutôt à un mouvement de « multilocalisation » de cet appareil. Ce mouvement nécessitait en retour de fixer les travailleurs sur place, non pas pour les empêcher d’exercer une pression à la baisse sur les salaires des zones à haute productivité, mais pour maintenir les conditions structurelles de ce nouveau régime de valorisation du capital.

      Ainsi, les travailleurs des zones de haute productivité ont tout d’abord voulu freiner le mouvement car ils constataient la disparition des sites industriels qui les employaient massivement, moins du fait de leur déplacement dans le tiers-monde (parfois beaucoup moins loin d’ailleurs avec la sous-traitance) que parce que ces sites n’étaient pas adaptés à la production fragmentée et « liquide » requise par le mode de production restructurée autour des NTIC.

      Mais lorsqu’à partir des années 1990, ils constatent que la force de travail à haute productivité reste globalement la gagnante (relative, certes) de ce mode de production, alors s’engage un glissement des discours portés par les organisations la représentant (partis et syndicats) qui tend à faire du travailleur immigré, non plus le camarade qui lutte coude à coude pour la transformation des rapports de production (par l’amélioration des conditions aussi bien que dans le perspective de leur abolition) mais le perturbateur d’un équilibre précaire. L’immigré devient celui qui ne reste pas à sa place et met en danger le deal (fragile) de la division du travail productif entre zones de productivité hétérogènes sur lequel s’appuie le capital depuis quatre décennies au moins.

      L’argument des migrants comme « armée de réserve » du capital est donc obsolète depuis au moins quarante ans et ne fait que bégayer un slogan « marxiste » à l’encontre d’une analyse marxienne de la dynamique du capital.

    • Au moins, à l’extrême droite, ils n’ont pas ce genre de difficultés. C’est blanc et noir et on vote pour le chef.

      Pour le coup, c’est précisément un point précieux : certes, on perd du temps et des alliances, mais c’est comme quand on critique la démocratie actuelle : si on va dans le sens de plus de démocratie, de délibération, d’un maximum de gens impliqués, il faut s’attendre à ce que ce soit long, et chiant, et pas facile. Aucune solution miracle de ce point de vue.

      Il y a bien des tensions, immenses, entre les idées et leur radicalité et un programme populaire et mobilisateur. Mais trouver des solutions à ce problème ne devrait jamais impliquer de renoncer à des valeurs fondamentales.

    • (...) Cependant, ce n’est plus par la politique démocratique qu’il faut défendre ce qui fonde la civilisation, mais contre elle.

      Qui aspire à l’appropriation émancipatrice de l’ensemble du système social et à sa transformation peut difficilement ignorer l’instance qui, jusqu’à présent, en organise les conditions générales. Il est impossible de se révolter contre l’expropriation des potentiels sociaux sans se trouver confrontés à l’État. Car l’État ne gère pas seulement à peu près la moitié de la richesse sociale : il garantit aussi la subordination de tous les potentiels sociaux aux impératifs de la valorisation. De même que les ennemis du travail ne peuvent ignorer l’État et la politique, de même ils refuseront de jouer le jeu de l’État et de la politique.

      Puisque la fin du travail est aussi la fin de la politique, un mouvement politique pour le dépassement du travail serait une contradiction dans les termes. Les ennemis du travail font valoir des revendications face à l’État, mais ils ne constituent pas un parti politique et ils n’en constitueront jamais un. Le but de la politique ne peut être que la conquête de l’appareil d’État pour perpétuer la société de travail. Les ennemis du travail ne veulent donc pas s’emparer des commandes du pouvoir, mais les détruire. Leur lutte n’est pas politique, elle est antipolitique.

      Puisque à l’époque moderne l’État et la politique se confondent avec le système coercitif du travail, ils doivent disparaître avec lui. Tout le verbiage à propos d’une renaissance de la politique n’est que la tentative désespérée de ramener la critique de l’horreur économique à une action étatique positive. Mais l’auto-organisation et l’autodétermination sont le contraire même de l’État et de la politique. La conquête de libres espaces socio-économiques et culturels ne s’effectue pas par les voies détournées de la politique, voies hiérarchiques ou fausses, mais par la constitution d’une contre-société.

      Voilà un manifeste qui n’oublie rien : le travail, la politique, la démocratie... Et l’auto-organisation en guise de solution de remplacement. Mais de préférence une auto-organisation qui ne reproduit pas les institutions précédentes, j’imagine.

      Ce manifeste est chouette, mais tu le mets entre les mains d’un journaliste, il en fait quoi ? Il dit que ce nouveau mouvement politique est ultra.... ultra-chouette ? ultra-révolutionnaire... ultra-incompréhensible ?

      Quoiqu’on en dise, il y a le but, et il y a le chemin pour atteindre ce but. Ce chemin, c’est assez souvent ce qui va faire que les gens vont adhérer ou pas. Avec ce manifeste, le chemin, il ne transparait pas d’une façon évidente. Mais ce n’est sans doute pas son objet évidemment.

    • @biggrizzly

      Voilà un manifeste qui n’oublie rien : le travail, la politique, la démocratie...

      Et aussi le genre...

      Sans l’espace social séparé que constituent les formes d’activités « féminines », la société de travail n’aurait jamais pu fonctionner. Cet espace est à la fois sa condition tacite et son résultat spécifique.

      Ce qui précède vaut également pour les stéréotypes sexuels qui se sont généralisés à mesure que le système de production marchande se développait. Ce n’est pas un hasard si l’image de la femme gouvernée par l’émotion et l’irrationnel, la nature et les pulsions ne s’est figée, sous la forme de préjugé de masse, qu’en même temps que celle de l’homme travailleur et créateur de culture, rationnel et maître de soi. Et ce n’est pas un hasard non plus si l’autodressage de l’homme blanc en fonction des exigences insolentes du travail et de la gestion étatique des hommes que le travail impose est allé de pair avec des siècles de féroce « chasse aux sorcières ».

      @biggrizzly

      Ce manifeste est chouette, mais tu le mets entre les mains d’un journaliste, il en fait quoi ? Il dit que ce nouveau mouvement politique est ultra.... ultra-chouette ? ultra-révolutionnaire... ultra-incompréhensible ?

      Il en fait quoi ?...

      S’il s’agit du journaliste comme travailleur du secteur d’activités particuliers que sont les médias, alors il en fera une marchandise, un truc à vendre sans égard pour son contenu propre. Sans animosité ni avidité, mais simplement parce que c’est le rôle que lui attribuent (et avec lui, à toute la sphère médiatique) les nécessités de la société du travail

      S’il s’agit du journaliste comme individu particulier doté de sa subjectivité propre, on ne peut pas savoir ce qu’il en fera. Peut-être mettra-t-il son mouchoir dessus pour ne pas avoir à faire face à ses propres contradictions, peut-être essayera-t-il d’en parler autour de lui, à ses collègues, à ses proches. Qui sait ?

    • @aude_v Nous savons que les patrons défendent leur propre petite vérité qui est dictée par la concurrence quotidienne. Pourtant il y a de plus en plus de signes qui annoncent l’écroulement d’un monde dans lequel on avait pris l’habitude de s’arranger. C’est un désastre pour le petits gens.

      La gauche doit alors leurs apporter des solutions concrètes et les protéger contre ces menaces.

      Ce sont d’abord les petits patrons qui se rendent compte qu’ils perdent des contrat à cause des entreprises étrangères, ensuite ce sont les ouvriers qui ont du mal à communiquer avec les collègues de chantier parce qu’il s’est transformené dans une sorte de tour de babel. Les clients enfin remarquent qu’on ne leur fournit plus la qualité d’une entreprise homologuée avec des employés formés d’après les normes qu’on avait pris pour des valeurs sûres. Les prix ne baissent pourtant pas. Les clients (je pense surtout aux locataieres d’immeubles qui ne sont pas les clients directs des entreprises du bâtiment) ne connaissent pas mais se dountent des ruses des intermédiaires qui encaissent les profits supplémentaires devenus possible par les salaires en baisse constante.

      On a un problème parce que la gauche (ici plus précisément le parti Die Linke) refuse explicitement de soutenir des solutions au problème de la baisse des salaires. Quand tu parles avec des responsables de la gauche au gouvernement, donc avec les personnes qui sont en mesure d’appliquer des mesures concrètes, tu mènes un dialogue de sourds.

      Les mécanismes administratifs, parlementaires et politiques font que personne n’a envie de prendre des initiatives qui n’ont pas encore été homologuées par les instances occultes et officielles du parti. On a besoin de deux à trois années de travail dans les commisions du parti avant qu’un sujet ou une revendication se trouve sur l’ordre du jour d’un congrès régional ou national. Encore faut-il que personne ne te mette des bâtons dans les roues ce qui est toujour possible si du donnes l’impression de vouloir mettre en question (au choix) la position le poste / la réputation de quelqu’un qui fait partie de l’appareil. Ce n’est pas seulement le cas pour des problèmes syndicales. Les éco-socialistes ont le même problème. Tout le mond est d’accord qu’il faut lutter contre le capitalisme pour sauver l’environnement et que les verts ne font plus leurs travail, mais tu n’arriveras pas à transformer cette idée en politique concrète parce qu’il te faudra faire la queue et respecter l’ordre du jour.

      Tu comprends un peu pourquoi un mouvement indépendant fait peur ? Ce contexte explique les fausses accusations et réactions agressives. Il y a trop de personnes employé par l’appareil qui risquent de perde leur poste bien payé.

      Ici on peut discuter sur la meilleure ligne politique à suivre, mais dans un premier temps il faudrait enfin pouvoir agir au lieu de perdre son temps avec des procédures.

      #gauche #bureaucratie

    • Macron, il arrive à faire baisser les rémunérations (c’est un peu son cœur de métier, son prooojet) tout en laissant les gens à la mer ! C’est pour ça que je suis convaincue qu’on peut refuser les deux en même temps. Mais pour l’expliquer, c’est autre chose... et j’ai l’impression que ce n’est pas vraiment le chemin pris par nos camarades, qu’ils et elles seront récompensé·es par l’ingratitude de classes populaires allant voir à la source des discours xénophobes.

      Dans le gouvernement représentatif, il y a une grande #captivité à l’égard des appareils, des procédures, et c’est dans le meilleur des cas, quand les partis ont eux-mêmes une culture démocratique (ce qu’ils ne sont pas tenus d’avoir). Pour avoir vu d’assez près, de 1999 à 2015, la misère des Verts, je suis assez blasée, d’autant que j’ai de l’estime pour certaines des personnes que j’y ai rencontrées.

    • Je ne comprend toujours pas très bien le point cardinal de #Aufstehen. Ce que j’ai pu voir c’est un procès consultatif en ligne, une sorte de #RFC collectif qui doit, je pense, mener vers quelque chose qui sera le programme du « mouvement ». On verra bien.

    • A la demande de Jean-Luc Mélenchon, nous avons rectifié le titre de D. Kuzmanovic, initialement présenté comme son “conseiller” « Le point de vue qu’il exprime sur l’immigration est strictement personnel. Il engage des polémiques qui ne sont pas les miennes »

      Timothée Vilars
      https://twitter.com/TimoVilars/status/1039532108119764993

      et donc -> « ... Entretien avec Djordje Kuzmanovic, orateur de la France insoumise. »

      Dont acte, mais décidément, Wagenknecht ou Mélenchon, sur le sujet, quelle obscure clarté malodorante.

    • Et au moment où on s’y attendait le moins, Philippe Martinez assène quelques vérités. Il était temps :

      https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/09/26/philippe-martinez-ce-n-est-pas-l-immigration-qui-cree-du-dumping-social-mais

      Nous ne faisons pas face à une invasion de migrants et notre pays doit accueillir humainement et dignement ceux qui fuient leurs pays. Cela se nomme la fraternité.
      Ces salariés font partie intégrante de la classe ouvrière ! Ce n’est pas l’immigration qui crée du dumping social mais l’absence de droits !...

      #paywall (désolé)

    • ... et Mélenchon de célébrer ce soutien, avant manifestement de se raviser, sans doute sur la forme plutôt que sur le fond — il allumait Mediapart, Politis, Regards, le PCF « et autres castors du dénigrement à n’importe quel prix de la LFI » :

      https://twitter.com/laurencedecock1/status/1045572166165700608

      (NB ce monsieur se permet par ailleurs de donner en ce moment des leçons sur le racisme. Mediapart, Politis et Regards lancent de leur côté le manifeste pour l’accueil des migrants.)

    • Les journalistes qui feignent l’indignation à l’écoute de Mme Wagenknecht ne peuvent ignorer que la plupart des partis européens appuient une politique beaucoup plus restrictive. En 2017, le candidat Emmanuel Macron promettait d’« accueillir dignement les réfugiés qui ont droit à la protection de la France. Les autres seront reconduits sans délai vers leur pays afin qu’ils ne deviennent pas des immigrés clandestins ». Aucun média français n’avait alors décrit En marche ! comme un « mouvement antimigrants ». Et Libération titrait en « une » (6-7 mai 2017) : « Faites ce que vous voulez, mais votez Macron ».

      Pierre Rimbert

      Gauche antimigrants, une fable médiatique

      https://seenthis.net/messages/725854

    • Le 6 octobre avec l’Aquarius

      L’Aquarius est désormais un nom connu. Ce bateau opère en Méditerranée depuis presque trois ans. Il a mené 230 opérations de sauvetage et secouru 29 523 personnes menacées de noyade. Ce sont des hommes, femmes ou enfants, migrants ou réfugiés, en danger de mort lors de la traversée de la Méditerranée. Compte tenu de sa mission et de l’état des gens au moment du secours, l’Aquarius opère en partenariat avec Médecins sans Frontières. Mais il est affrété par SOS Méditerranée. Cette association de sauvetage en mer n’a-t-elle pas reçu en 2017 le label « grande cause » de la part du gouvernement français ? Le même gouvernement qui aujourd’hui ferme les yeux à chaque fois que l’Aquarius en appelle à lui. Tels sont les hypocrites qui nous gouvernent !

      Ces derniers mois, l’Aquarius a été la cible de lourdes manœuvres politiques pour mettre un terme à sa mission de sauvetage en criminalisant ses équipages. Après la fermeture des ports italiens, il y a une difficulté répétée à trouver un port sûr pour débarquer les rescapés. Enfin, l’Aquarius été attaqué par l’État sous le pavillon duquel il naviguait. Le navire s’est ainsi vu retirer deux fois son pavillon en un mois : d’abord par Gibraltar, puis par le Panama, sous pression de l’Italie. L’Italie de Salvini a en effet menacé de ne plus laisser entrer dans ses eaux un navire sous pavillon panaméen. Puis elle s’est plainte de ce que « le navire ait refusé de ramener les migrants et réfugiés secourus à leur lieu d’origine ». Or, le droit international ordonne qu’un navire débarque des survivants au port le plus sûr et le plus proche. Le prétexte juridique de l’Italie ne vaut rien. La seule raison d’agir contre le pavillon de l’Aquarius est politique.

      Emmanuel Macron n’est pas passé loin de l’Aquarius quand il était à Marseille, avec Madame Merkel le 7 septembre dernier. Il annonçait incarner alors un grand mouvement « progressiste » face aux « nationalistes » Matteo Salvini et Viktor Orban. Mais « en même temps », il se faisait le plus proche complice de Salvini en jouant au Roi du silence. Il y a un an, il annonçait « Nous devons accueillir les réfugiés, c’est notre devoir et notre honneur ». Et en même temps, il refuse à plusieurs reprise de leur ouvrir les ports français. D’après ses propres mots, donc, le gouvernement français a failli à son devoir et terni notre honneur.

      Les navires de sauvetage sont empêchés dans leur mission ; l’obligation de porter assistance en mer n’est donc plus respectée. La solidarité et l’humanité sont criminalisées, en mer mais aussi à terre comme on a pu le voir avec la persécution de Cédric Herrou. Sans pavillon, le navire ne pourra plus opérer. D’autres vies seront alors sacrifiées en silence aux portes de l’Europe. Les gouvernements se rendent donc coupables de non assistance à personnes en danger.

      Porter assistance aux personnes en détresse en mer est une obligation que les États doivent respecter. Toutes les manoeuvres visant à criminaliser les sauveteurs et travailleurs humanitaires sont une honte. Qu’est-ce qui empêche les États européens d’octroyer un pavillon au navire pour permettre à l’équipage de l’Aquarius de reprendre sa mission de sauvetage ? Pourquoi refuser d’établir un modèle de sauvetage européen en Méditerranée, incluant un mécanisme prévisible et pérenne de débarquement des rescapés dans un port sûr ?

      Des êtres humains meurent en Méditerranée chaque jour ! Neuf morts par jour ! L’Aquarius, avec le soutien de la société civile, tente de les secourir. C’est le moment d’agir. Face à la défaillance des gouvernement européens, c’est au peuple de se mobiliser. Pour cela on peut donner sa signature à la pétition internationale lancée par SOS Méditerranée. Il faut aussi rejoindre les rassemblements qui auront lieu dans toute l’Europe le 6 octobre prochain. Soyons nombreuses et nombreux dans toute la France à le faire. Nous ferons des « vagues oranges », couleur des gilets de sauvetage et de l’Aquarius. Ou bien les mots « humanité universelle » ne veulent plus rien dire.
      Jlm

    • LA GAUCHE À L’ÉPREUVE DE L’IMMIGRATION - VRAIMENT POLITIQUE

      La naissance en Allemagne d’un courant politique de gauche appelant à réguler l’immigration, aura suffi à rallumer la guerre des gauches dans notre pays. A nouveau la France Insoumise se retrouve sous le feu des critiques de la quasi totalité des autres forces progressistes. Aujourd’hui certains évoquent un risque de régression populiste des mouvements émancipateurs, tandis que se lancent des appels de personnalités pour exiger l’accueil inconditionnel des migrants. Cet été pourtant, le pouvoir macronien a fait voter la loi la plus dure qu’un gouvernement de la 5ème République ait promulgué contre l’immigration, mais la gauche semble plus préoccupée par ses propres dissensions. L’immigration sera-t-elle à nouveau le sujet interdisant tout rassemblement ? Faut-il abandonner la question du contrôle des flux migratoires aux droites extrêmes qui pointent désormais partout en Europe ? Jusqu’à quand laisserons-nous la Méditerranée se transformer en cimetière marin ? Voici quelques-unes des questions qui seront abordées dans cette nouvelle édition de « Vraiment Politique », le grand live mensuel de la rédaction du Média.

      https://youtu.be/ok21QOC7pBo?t=7



      https://www.lemediatv.fr/les-programmes/vraiment-politique/6-la-gauche-a-lepreuve-de-limmigration">

    • Du coup je rappelle le lien puisqu’il ne figure pas dans ce fil :

      https://www.monde-diplomatique.fr/2017/03/CYRAN/57230
      (L’Allemagne et les réfugiés, deux ans après
      Un grand élan de solidarité, mais une xénophobie qui progresse)

      Et pour la France, sur la situation à gauche, avec un rappel des déclarations pré-wagenknechtiennes de Mélenchon :

      https://www.liberation.fr/france/2018/10/01/immigration-fracture-a-gauche_1682469

      Encore une fois, c’est pas parce que les médias et la droite s’amusent à appuyer où ça fait mal qu’il faut refuser de se poser les bonnes questions et d’essayer de trouver les bonnes réponses.

      Là tout ce que je vois c’est de la bataille tactique politicienne à deux balles, assez hypocrite, superficielle et loin des enjeux véritables.

    • Immigration : Clémentine Autain, au ban des Insoumis

      https://www.liberation.fr/france/2018/10/05/immigration-clementine-autain-au-ban-des-insoumis_1683502

      (Vous remarquerez au passage que monsieur Mélenchon n’avait pas été aussi vache avec monsieur Kuzmanovic, mais ce qu’il avait fait était beaucoup moins grave, hum, hum.)

      Pour archive, le texte d’Autain sur facebook :

      MIGRANTS. MENER LA BATAILLE

      Face aux renoncements et tergiversations des États à accueillir l’Aquarius, à la montée des droites extrêmes en Europe, à la propagation d’une xénophobie décomplexée, nous ne pouvons pas rester l’arme aux pieds.

      C’est pourquoi l’appel lancé par Regards, Mediapart et Politis rencontre un large succès. De Lilian Thuram à Josiane Balasko, de Thomas Picketty à Assa Traore, de Romane Bohringer à Sophie Wahnich, d’Annie Ernaux à Guillaume Meurice, 150 personnalités ont joint leurs forces à des collectifs militants pour donner de la voix en soutien aux migrants. La pétition en ligne engrange des dizaines de milliers de signatures citoyennes. Ce n’est pas rien.

      Dans le même temps, SOS Méditerranée a lancé une pétition pour sauver l’Aquarius, en demandant aux gouvernements de prendre leurs responsabilités et en appelant à une grande mobilisation citoyenne. L’ONG appelle à manifester le 6 octobre dans toute l’Europe. L’initiative est particulièrement bienvenue.

      Les réponses de Salvini et Macron, qui multiplient les atteintes aux droits fondamentaux, les murs et les contrôles, qui nourrissent le rejet et la rhétorique d’un danger immigré doivent être combattues sans relâche. C’est d’ailleurs ce que nous avons fait à l’Assemblée nationale lors des débats sur la loi asile-immigration. À Gérard Collomb, nous avons dit et redit que leur présupposé de « submersion migratoire » était faux – le flux migratoire est globalement stable en Europe depuis plusieurs décennies – et que leur obsession à durcir les conditions d’accueil, jusqu’à l’enfermement de mineurs, était une folie. Le moulin de l’extrême droite fut ici comme ailleurs bien alimenté par la macronie, pourtant arrivée au pouvoir grâce au rejet de l’extrême droite… Dans ce paysage politique qui voit prospérer les idées xénophobes et, avec elle, des décisions dangereuses du point de vue des droits humains, la bataille contre ce qui fait le miel des droites extrêmes et du fascisme doit être menée sans ambiguïté.

      La façon dont Emmanuel Macron entend instrumentaliser la question est évidemment un piège. Il tente de se donner un visage moral face au FN en racontant une fable sur la question migratoire. La réalité est pourtant têtue : la macronie enfourche les recettes d’une droite radicalisée. La France n’a pas su accueillir l’Aquarius et la loi asile-immigration a mis en œuvre bien des rêves répressifs de la droite dure. Nous ne laisserons donc pas la macronie installer cette fausse bipartition, eux versus le FN. Nous tiendrons tête.

      Notre voix sur cette question capitale est celle qui défend des vies humaines et des symboles. Prendre à bras le corps le combat en faveur des migrants est un parti pris humaniste et stratégique. Pour le camp de la transformation sociale et écologiste, il n’y a pas de victoire possible dans les têtes comme dans les urnes sans une contre-offensive assumée sur l’enjeu migratoire. Ce fil à plomb que nous avons à tenir au long court participe de l’imaginaire, des batailles sociales, du projet politique d’une gauche de rupture. Ne pas céder une once de terrain aux adversaires sur cette question me semble indispensable pour faire grandir notre conception du monde. J’invite de ce point de vue à regarder la saga documentaire de Françoise Davisse et Carl Aderhold diffusé sur France 2 en prime time et retraçant 150 ans d’histoire de France par le prisme de l’accueil des migrants. Où l’on se rappellera combien cette question fut, à des périodes décisives, très structurantes d’un point de vue politique… J’invite également à lire la tribune dans Le Monde de Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, qui appelle à la fraternité entre tous les travailleurs et rappelle que le dumping social tient davantage à l’inégalité des droits et non à la présence d’immigrés.

      Le récit que nous faisons, les thèmes que nous choisissons de porter en avant sur la question migratoire ne sont évidemment pas neutres. Mettre l’accent sur les causes des migrations ou bannir toute évocation de la liberté de circulation comme horizon, comme s’il s’agissait d’une ligne « no border » – à noter que le spectre des signataires de l’appel Regards, Politis, Mediapart est en l’occurrence si large qu’il me parait curieux d’y voir une mainmise « gauchiste » - ne me convainc pas. Ma conviction est qu’il ne faut donner aucun point à nos adversaires sur les termes du débat. Quand nous disons vouloir combattre le pouvoir de la finance, commençons-nous par égrener les difficultés bien réelles, comme la fuite des capitaux ? Non. Est-ce que, pour autant, nous ne prenons pas en compte la complétude du problème qui nous rendrait crédible à gouverner ? Je ne le crois pas. Nous menons une bataille d’idées, une confrontation politique. Celle-ci suppose de valoriser avant tout le sens et le cœur de notre proposition.

      Des voix s’élèvent pour dénoncer dans cet appel une diversion. Il ne faudrait pas parler des migrants car la question centrale, notamment pour les élections européennes qui s’annoncent, est ailleurs, dans la contestation de l’austérité et du libéralisme économique, l’enjeu migratoire n’étant qu’une entreprise de détournement des « vrais enjeux ». Comme si on pouvait échapper au moment politique qui est le nôtre, si bouillant sur la question migratoire. Bien sûr, ce n’est pas nous qui avons choisi d’en faire un thème de prédilection, et pour une bonne raison : nous contestons le fait que les immigrés soient considérés comme la grande cause des crises contemporaines. Il n’est pas question de courber l’échine devant l’agenda imposé par nos adversaires. Mais la façon dont le sujet émerge et s’impose dans le débat public nous oblige à mener la bataille. Oui, deux visions du monde s’affrontent.

      L’accusation de diversion me rappelle par ailleurs des querelles anciennes, quand on nous expliquait qu’il fallait mener la révolution prolétarienne et les droits des immigrés ou des femmes seraient réglés dans la foulée, quand on nous rabâchait la centralité de la lutte des classes, en ces temps où défendre les lesbiennes et les gays ou l’environnement était perçu comme une entreprise de diversion au regard du combat central. C’était avant Mai 68. Je me bats contre la dichotomie entre le social et le sociétal parce qu’en réalité, les sujets s’entremêlent. Je ne suis pas favorable à une approche reposant sur l’addition de luttes sectorielles, avec sa hiérarchie ancienne, mais pour une conception qui agrège et dégage du sens commun. Notre vision politique doit embrasser la cohérence de tous les combats émancipateurs.

    • ... vous vous rendez compte quand même que l’argument de fond le plus récurrent c’est que la FI est moins à droite que Macron et aufstehen que le SPD (quand c’est pas l’AfD) ? ...

      ... et que des militants de la FI se font passer pour des martyrs sur le dos des migrants ...

      (désolé d’insister y a un truc qui passe pas, là)

      #capitulation #petits_calculs #droitisation

    • @zorba : j’avoue humblement que je ne comprends pas ce que tu dis depuis le début. Je rigole en pensant que la campagne de Mélenchon en... 2012 ? était critiquée parce qu’il avait fait un discours très... choquant pour les partisans du grand remplacement. Et qu’un certain nombre de personnes là, font un procès en sorcellerie à partir d’éléments de langage des journaux capitalistes et des apparatchiks correspondants.
      Je lisais un compte-rendu sur les manifs du WE au sujet de SOS Méditerranée, et souriais en constatant qu’il y avait un tiers de l’article, avec titraille correspondante, pour nous expliquer que Brossa et Hamon avaient un avis sur la question. Ce n’est pas comme si la FI et JLM appelaient à se joindre à ces manifestations depuis plusieurs jours déjà.

    • Les « éléments de langage » dont tu parles (pression à la baisse sur les salaires, concurrence entre les pauvres, etc.) sont bien ceux, littéralement, de Wagenknecht et de Mélenchon, les têtes de gondole de ces partis politiques, et ces petits calculs et positionnements politiciens, soit disant pour ménager les prolos xénophobes et racistes, n’ont pas que des conséquences symboliques anecdotiques par les temps qui courent.

      Maintenant, entre un appel qui ne sert le plus souvent qu’à se compter et une pétition de soutien au caritatif, on ne peut pas dire que sur le sujet les représentants institutionnels de la gauche française brillent par leur audace et leur assurance, en effet.



  • Risques de contamination : le spectre d’un nouveau scandale sanitaire en Bretagne - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/290818/risques-de-contamination-le-spectre-d-un-nouveau-scandale-sanitaire-en-bre

    Le géant agroalimentaire Triskalia a tenté de cacher à un éleveur breton de 240 bovins qu’il lui avait fourni des aliments contaminés par des antibiotiques non autorisés. La production est partie sur les circuits de consommation.

    #paywall (si jamais..)

    • La coopérative agroalimentaire Triskalia, qui détient les marques Paysan breton, Régilait ou Mamie Nova, a tenté de cacher à un éleveur breton de 240 bovins qu’elle lui avait fourni en début d’année des aliments contaminés par des antibiotiques non autorisés chez les ruminants, selon des documents et témoignages réunis par Mediapart. La production de l’éleveur est pourtant partie sur les circuits de consommation.

      Décidé à faire toute la lumière sur une possible contamination alimentaire dont il aurait été l’acteur à son insu, l’éleveur en question, Christophe Thomas, a saisi un cabinet d’avocats spécialisé dans la criminalité environnementale et industrielle, et a déposé le 3 août 2018 une plainte auprès du parquet de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor).

      Triskalia, qui regroupe 16 000 agriculteurs avec un chiffre d’affaires de 1,9 milliard d’euros (en 2016) et 16 millions d’euros de bénéfices, traîne déjà derrière elle plusieurs scandales liés à des produits chimiques.

      Le 21 mars 2018, à Moustéru, petite commune des Côtes-d’Armor, un transporteur d’aliments du groupe Triskalia livre chez Christophe Thomas, producteur de viande et de lait, 2,5 tonnes de granulés « blancs », c’est-à-dire sans médicaments, pour la nourriture de son bétail. C’est, du moins, ce que croyait l’éleveur. Trois jours plus tard, en ouvrant son silo, il découvre que les granulés, d’ordinaire marron, sont mélangés cette fois-ci à des granulés de couleur verte.

      Il prévient immédiatement un technicien de la coopérative. Selon ce dernier, il aurait reçu par erreur un aliment pour lapin contenant des antibiotiques. « Une erreur, ça peut arriver, mais le hic c’est que c’est moi qui ai dû suggérer à la coopérative de suspendre la collecte du lait, le temps de faire des analyses », explique aujourd’hui Christophe Thomas.

      Au bout de quelques jours, Triskalia revient chercher le lait sur la ferme. Il ne présente aucune trace d’antibiotiques, selon la multinationale, qui lance néanmoins une analyse sur l’aliment douteux.

      Dans le même temps, l’éleveur observe des signes inquiétants chez ses bêtes : des diarrhées et une baisse de la production laitière. Dans les mois qui suivront, Christophe Thomas va constater chez ses bovins des mortalités, des avortements, ainsi que des écoulements de sang par les naseaux.

      Par prudence, et sans avertir sa coopérative, l’éleveur décide alors d’envoyer lui aussi un échantillon de l’aliment pour lapin (le Rafal Tonic Optima) reçu par erreur – qu’il a précieusement conservé – à un laboratoire proche de chez lui. Dès le lendemain, il apprend qu’une présence d’antibiotiques y est « détectée ». Si ce test basique ne lui indique pas de quels antibiotiques il s’agit, une chose est au moins certaine : l’aliment ingéré par ses vaches était médicamenteux, donc dangereux pour les bêtes et potentiellement proscrit s’il intègre le circuit de consommation alimentaire pour les humains.

      Sa surprise est donc totale quand un cadre de Triskalia l’informe par téléphone des résultats obtenus par le groupe – le message a été enregistré : « Il n’y a absolument rien dans l’aliment. Tu auras le double de l’analyse hein, y aura tout ce qu’il faut. On a certainement été au-delà de toutes les sécurités qu’on pouvait prendre. (…) Donc moi je suis très heureux ce soir ! »

      Le groupe est-il en train de mentir à l’éleveur ? Celui-ci demande copie des analyses effectuées, y compris en présence d’un huissier auquel il fait appel. En vain.

      Il décide alors de faire, à ses frais, des analyses plus approfondies de ses échantillons d’aliment. Stupeur : elles révèlent la présence de six antibiotiques, dont deux non autorisés chez les ruminants et les animaux produisant du lait destiné à la consommation humaine, selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES). De plus, l’un des deux « ne doit pas être mélangé avec d’autres médicaments vétérinaires ». Soit précisément ce qui s’est passé dans la ferme de Christophe Thomas.

      Mais l’éleveur n’est pas au bout de ses surprises. Sur la fiche de fabrication de l’aliment pour lapin qu’il a reçu, il s’avise que ce dernier – le Rafal Tonic Optima – ne devrait contenir que deux antibiotiques, et non six. Autrement dit, l’aliment pour lapin lui-même ne serait pas conforme.

      « Six antibiotiques dans un aliment pour lapin, c’est dingue ! », s’indigne un vétérinaire d’une coopérative laitière bio interrogé par Mediapart. Celui-ci ajoute que ce phénomène est alarmant pour les animaux, leur flore intestinale étant susceptible de développer des résistances à plusieurs familles d’antibiotiques. Il est aussi inquiétant pour la santé humaine, car l’éleveur est exposé à ces bactéries, qui peuvent donc se propager ensuite à sa famille et à d’autres personnes… « Elles peuvent se développer, rendre malades les gens et derrière en traitement : on n’a rien », dit-il. L’antibiorésistance est en passe de devenir l’une des premières causes de mortalité au monde, selon l’ONU.

      L’éleveur Christophe Thomas dénonce un manque de transparence de Triskalia dans cette affaire dont les conséquences ont été tragiques pour son bétail. Sept de ses vaches ont avorté, cinq sont mortes, d’autres sont malades. Toutes ont consommé un cocktail de médicaments aux conséquences inconnues. Or, d’après lui, Triskalia ne lui a proposé aucune indemnisation, estimant que le lien entre l’état de santé du cheptel et la livraison erronée était encore à démontrer.

      Le dossier recouvre un enjeu de santé publique important. L’éleveur refuse désormais d’envoyer ses bêtes sur les chaînes de consommation : « Quand j’ai reçu les aliments médicamenteux, certaines vaches à l’engraissement mangeaient jusqu’à quatre kilos de granulés par jour. Depuis, elles perdent du poids, leurs selles sont toujours liquides, elles dépérissent. Leur flore intestinale est flinguée, pas besoin d’être vétérinaire pour le voir. Même moi je n’en voudrais pas dans mon assiette », déplore-t-il.

      Où est parti son lait et sous quelle(s) enseigne(s) ? La préfecture garde le silence. « Adressez-vous à l’éleveur », répond-elle. Mais l’éleveur n’en est, lui-même, pas informé. Seule donnée disponible : c’est l’entreprise Sodiaal (Entremont, Yoplait, Candia…) qui récolte le lait de Christophe Thomas. Or Sodiaal, qui n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations, livre entre autres l’usine de lait en poudre infantile Synutra, située à Carhaix (Finistère).

      Si le lait a été commercialisé pour les nourrissons, ce serait « un scandale encore plus grave que l’affaire Lactalis », estime René Louail, agriculteur, syndicaliste et ancien élu au conseil régional, qui soutient l’éleveur tout comme Serge Le Quéau (Sud-Solidaires) et le Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest.

      Dans son combat, l’éleveur peut également compter sur son vétérinaire personnel, qui a informé les autorités préfectorales le 21 juin dernier : « Une application rigide de la loi conduirait, selon nous, à écarter ces animaux de la production (…) Or le lait produit actuellement par les vaches est collecté, et l’éleveur aurait des bovins à faire partir pour la viande », a-t-il écrit.

      Selon les informations recueillies par Mediapart, la Direction départementale de la protection des populations (DDPP), rattachée à la préfecture, envisage de dresser un procès-verbal à la multinationale pour avoir manqué à ses obligations : elle devait informer les autorités sanitaires de la contamination dès le mois de mars, ce qui aurait notamment permis de suspendre la commercialisation des produits. Cependant, l’autorité sanitaire estime qu’il est trop tard pour enquêter sur la contamination passée et a adressé à Christophe Thomas, le 13 juillet, le courrier suivant : « Compte tenu du délai écoulé depuis la livraison (…) il n’existe aucune contre-indication à ce que les produits issus de votre cheptel (lait et viande) soient commercialisés pour la consommation humaine. »

      Contactée, la préfecture des Côtes-d’Armor affirme que l’absence de signalement par l’éleveur aux autorités sanitaires dans un délai de trois mois rend aujourd’hui inutile toute analyse de lait ou de viande. Raisonnement tout aussi valable pour Triskalia, qui n’a pas signalé l’incident.

      Depuis ses premières mésaventures, Christophe Thomas a reçu d’autres livraisons de granulés dont la couleur était inhabituelle. La DDPP est venue à sa demande prélever un échantillon d’aliment lors de la première livraison, mais n’a ni suspendu la production de lait, ni livré de résultats d’analyse à l’éleveur. Interrogée sur ce point, la préfecture répond que « la DDPP réserve ses conclusions pour une éventuelle instruction du dossier au pénal et ne peut donc pas communiquer sur ce point ». Lors de la deuxième livraison douteuse, le signalement de l’éleveur est resté lettre morte.

      Certains acteurs de la filière agricole s’inquiètent d’un possible étouffement du scandale. Ce ne serait pas la première fois en Bretagne, selon Denis Lagrue, vétérinaire à la retraite, qui évoque l’affaire de la salmonelle à l’abattoir de porcs de la Cooperl (premier abattoir de porcs en France, situé dans les Côtes-d’Armor). « Mon collègue a alerté sa hiérarchie à la DDPP pendant plus d’un an, en vain. En attendant, des milliers de tonnes de viande contaminée ont été écoulées. C’est en alertant plus haut, auprès d’une brigade de la Direction générale de l’alimentation (DGAL), que l’affaire a éclaté et que la Cooperl a été condamnée [en 2015 – ndlr]. À la préfecture, on ne l’a pas félicité, au contraire, on lui a suggéré de changer de département », témoigne Denis Lagrue.

      Même son de cloche chez Pierre Hinard, ingénieur agronome et auteur du livre Omerta sur la viande (Grasset, 2014), qui déplore des manquements réguliers des autorités face aux scandales sanitaires.

      « Si c’était moi qui avais commis cette erreur [la contamination de l’aliment par un cocktail d’antibiotiques inappropriés – ndlr], l’élevage aurait été fermé. Les mêmes règles ne semblent pas s’appliquer aux agriculteurs et aux industriels », soupire l’éleveur Christophe Thomas. Il faut dire que Triskalia, actuellement engagée dans un processus de fusion avec le groupe d’Aucy, est le plus gros pourvoyeur d’emplois directs et indirects de la région. Après la fusion, le groupe comptera 20 000 agriculteurs et 9 000 salariés.

      Dans l’affaire des vaches contaminées de Christophe Thomas, Triskalia a reconnu le 29 août, dans Ouest-France, un « dysfonctionnement lors de la livraison d’aliment chez l’éleveur », mais dément toute contamination de son bétail. La coopérative n’a pas donné suite aux sollicitations de Mediapart.

      « Je suis au bout du rouleau, mais je dois sortir de ce système fou », soupire quant à lui Christophe Thomas.


  • Négociations à l’ONU pour protéger la haute mer
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2018/08/30/negociations-a-l-onu-pour-proteger-la-haute-mer_5348084_3244.html

    Elle n’appartient – encore – à personne, mais suscite bien des convoitises. La haute mer recouvre près de la moitié de la planète, constitue près des deux tiers de l’océan mondial, qui lui-même produit une bonne partie de notre oxygène et l’essentiel des protéines de populations entières, et recèle des ressources biologiques ignorées. Et pourtant, la haute mer ne bénéficie jusqu’à présent d’aucune protection ou presque.

    Voilà dix ans qu’est débattue l’idée de doter d’un cadre juridique les eaux internationales – c’est-à-dire l’immensité située au-delà des zones économiques exclusives (ZEE) régies par les pays côtiers. Ce dossier, très sensible, aurait pu se perdre dans les méandres de l’actualité diplomatique mondiale ; il a pourtant fini par aboutir à l’ouverture officielle de négociations sous l’égide des Nations unies.

    Une première session de discussion est programmée du 4 au 17 septembre. L’objectif est de parvenir d’ici à 2020 à établir « un instrument juridiquement contraignant sur la conservation et l’utilisation durables de la biodiversité marine dans les zones situées au-delà des juridictions nationales ». Au ministère des affaires étrangères, on fait remarquer que le seul grand accord international actuellement en gestation à l’ONU a donc trait à l’océan.

    Brevets à foison
    Une autre façon de présenter la haute mer consiste à rappeler qu’elle représente 95 % de l’espace habité par des formes de vie sur cette planète. Et il serait étonnant que l’homme n’y trouve pas quelques ressources à puiser en plus des richesses halieutiques qu’il y prélève déjà sans ménagement.

    suite derrière #paywall

    • A High Seas Treaty to Protect Marine Biodiversity Could Benefit Fisheries | The Pew Charitable Trusts
      https://pew.org/2P5Y6fZ

      A biennial report released by the U.N. Food and Agriculture Organization (FAO) in July has stark implications for the world’s ocean: Ninety-three percent of fish stocks are fully fished or overfished, with more than a third of stocks taken at unsustainable levels.

      The news wasn’t necessarily a surprise. Global stocks have been continuously overfished since the mid-1970s. And as more people rely on fisheries for their food and livelihoods, stocks are expected to continue to decline, a trend that will be exacerbated by ocean acidification and other impacts of climate change. Some fish populations are already reported to be less abundant where they are traditionally found as they migrate to cooler water. While regional fisheries management organizations and other bodies are tasked with keeping fisheries sustainable, they cannot tackle these new threats alone.

      This fall, government representatives at the United Nations have an opportunity to take action to establish a global mechanism for comprehensive ocean protections. From Sept. 4-17, officials will meet at U.N. headquarters in New York for the first conference to negotiate a treaty to protect marine biodiversity on the high seas—areas beyond the jurisdiction of any country. These areas belong to everyone but are governed by no one. After a decade of consideration, these landmark negotiations could lead to a global mechanism for managing ocean conservation in these waters.

      Of the treaty’s anticipated provisions, the one that could have the biggest impact would create a path for developing marine protected areas (MPAs) and fully protected marine reserves on the high seas. These regions are critically important to ocean conservation: They provide refuge for migratory species such as sharks, whales, and turtles; and can provide areas where fish species can rebuild and recover, increasing their resilience to exploitation and climate change. MPAs can even create a spillover effect, whereby rebounding fish species spread from the protected area to the surrounding waters.

      While the FAO report has dismal news for the state of global fisheries, a new high seas treaty would bring valuable protections to the marine environment and help ensure the sustainability of fish stocks and the high seas activities providing valuable benefits to people and economies worldwide.


  • Dans les paradis fiscaux, « l’ampleur des flux financiers liés à la destruction environnementale est effarante » - Libération
    http://www.liberation.fr/planete/2018/08/22/dans-les-paradis-fiscaux-l-ampleur-des-flux-financiers-lies-a-la-destruct

    Dans quelle mesure les paradis fiscaux participent-ils à la destruction d’espaces naturels ? Plusieurs chercheurs du Centre sur la résilience de Stockholm, de l’Académie royale des sciences de Suède et de l’université d’Amsterdam, sous la direction de Victor Galaz, ont creusé le sujet pendant trois ans. Leurs résultats viennent d’être publiés dans la revue Nature Ecology and Evolution. Le biologiste français Jean-Baptiste Jouffray est un des coauteurs de l’étude.

    Comment les paradis fiscaux sont-ils liés aux activités destructrices pour l’environnement ?
    Nous nous sommes concentrés sur deux cas emblématiques que sont la déforestation de l’Amazonie brésilienne et la pêche illégale. En moyenne, 68 % des capitaux étrangers étudiés, qui ont été investis entre 2001 et 2011 dans des secteurs liés à la déforestation de l’Amazonie, industrie du soja et du bœuf, ont été transférés par le biais de paradis fiscaux. En ce qui concerne la pêche, 70 % des navires reconnus comme ayant été impliqués dans la pêche illicite, non déclarée et non réglementée sont, ou ont été, enregistrés dans des paradis fiscaux. En revanche, notre étude n’a pas réussi à établir de preuves directes de causalité entre une entreprise utilisant des paradis fiscaux et un cas précis de dégradation environnementale. Cela, à cause de l’opacité maintenue par les autorités ces lieux sur les montants, l’origine et la destination des flux financiers qu’ils gèrent.

    Avez-vous été étonné par les résultats de vos recherches ?
    Rien que dans ces deux cas, l’ampleur des flux financiers liés à la destruction environnementale est effarante. Elle prouve qu’il est nécessaire d’ajouter la dimension environnementale au débat sur les paradis fiscaux.

    • CR de la même étude par Le Monde (derrière #paywall)

      Une étude montre les liens entre paradis fiscaux et dégradation environnementale
      https://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2018/08/13/une-etude-montre-les-liens-entre-paradis-fiscaux-et-degradation-environnemen

      Les « Panama Papers » et autres « Paradise Papers » – ces fuites de documents confidentiels qui, passés au crible par le Consortium international des journalistes d’investigation, ont, en 2016 et 2017, braqué les projecteurs sur le système tentaculaire des sociétés offshore et des paradis fiscaux – ont surtout été analysés sous l’angle économique, politique ou social. Mais leurs possibles implications environnementales sont restées dans l’ombre. C’est sur ce volet qu’une étude, publiée lundi 13 août dans la revue Nature Ecology & Evolution, apporte un éclairage inédit.

      Ce travail a été mené par des chercheurs de l’université de Stockholm (Suède), de l’Académie royale des sciences de Suède et de l’université d’Amsterdam (Pays-Bas), sous la direction de Victor Galaz, directeur adjoint du Stockholm Resilience Centre. Ils se sont intéressés à des activités économiques prédatrices de ressources naturelles. D’une part, la pêche industrielle qui, à l’échelle mondiale, épuise les stocks de poissons - dont ils ont ciblé le volet illégal -. D’autre part, les filières du soja et de la viande de bœuf qui, au Brésil, contribuent massivement à la déforestation de l’Amazonie.

      En consultant les données les plus récentes, datant de septembre 2017, de l’Organisation internationale de police criminelle (Interpol), ainsi que les registres d’organismes régionaux, ils ont établi que sur 209 navires impliqués dans des activités de pêche illicite, non déclarée et non réglementée (« illegal, unreported and unregulated fishing »), 70 % étaient enregistrés, ou l’avaient été, dans un pays répertorié comme un paradis fiscal. En tête de liste arrivent le Belize et la République du Panama, suivis de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, du Costa Rica, des Seychelles et de la Dominique.

    • L’étude, dont seul le résumé est accessible
      Tax havens and global environmental degradation | Nature Ecology & Evolution
      https://www.nature.com/articles/s41559-018-0497-3


      Fig. 1 Fishing vessels and tax havens

      Abstract
      The release of classified documents in the past years have offered a rare glimpse into the opaque world of tax havens and their role in the global economy. Although the political, economic and social implications related to these financial secrecy jurisdictions are known, their role in supporting economic activities with potentially detrimental environmental consequences have until now been largely ignored. Here, we combine quantitative analysis with case descriptions to elaborate and quantify the connections between tax havens and the environment, both in global fisheries and the Brazilian Amazon. We show that while only 4% of all registered fishing vessels are currently flagged in a tax haven, 70% of the known vessels implicated in illegal, unreported and unregulated fishing are, or have been, flagged under a tax haven jurisdiction. We also find that between October 2000 and August 2011, 68% of all investigated foreign capital to nine focal companies in the soy and beef sectors in the Brazilian Amazon was transferred through one, or several, known tax havens. This represents as much as 90–100% of foreign capital for some companies investigated. We highlight key research challenges for the academic community that emerge from our findings and present a set of proposed actions for policy that would put tax havens on the global sustainability agenda.


      Fig. 2: Foreign capital and tax havens in the Amazon.

    • Une étude montre les liens entre paradis fiscaux et dégradation environnementale, Le Monde, suite

      Le nombre de bateaux concernés – 146 – peut paraître faible. Mais il reste vraisemblable que le gros de la pêche illégale échappe à la surveillance d’Interpol et que le chiffre réel se révèle donc très supérieur. En outre, les chercheurs soulignent que, parmi les près de 258 000 navires de pêche en situation régulière recensés, sur tous les océans du globe par la base de données de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), un peu plus de 4 % seulement sont sous pavillon d’un paradis fiscal. C’est donc la forte propension des armateurs de bateaux aux pratiques illicites à se faire enregistrer dans un Etat à la fiscalité opaque qui, à leurs yeux, pose question.

      S’agissant cette fois de la filière agro-industrielle brésilienne, les chercheurs ont épluché les données publiques de la Banque centrale du Brésil, sur la période d’octobre 2000 à août 2011, date à laquelle elles n’ont plus été accessibles. Ils se sont focalisés sur les neuf plus grandes multinationales intervenant dans le secteur du soja (cultivé dans ce pays sur 35 millions d’hectares) et de la viande bovine (dont le Brésil est le premier exportateur mondial, avec 23 millions de têtes abattues en 2017). Ces deux activités qui parfois gagnent des terrains au prix de brutalité et de destruction d’espaces forestiers, sont en partie liées, les tourteaux de soja servant à nourrir le cheptel.

      Lire aussi : La déforestation de l’Amérique du Sud nourrit les élevages européens

      Il apparaît que 68 % des capitaux étrangers investis dans ces sociétés entre 2000 et 2011, soit 18,4 milliards de dollars (16 milliards d’euros), ont été transférés par le biais d’un ou plusieurs paradis fiscaux, principalement les îles Caïman (Royaume-Uni), les Bahamas et les Antilles néerlandaises. L’article ne cite pas les entreprises concernées, les auteurs voulant pointer l’absence de transparence des réseaux de financement plutôt que montrer du doigt tel ou tel groupe agroalimentaire.

      Quelles conclusions tirer de cette étude ? « Il est impossible d’établir une relation de causalité directe entre paradis fiscaux et dégradation environnementale, conduisant dans un cas à plus de surpêche, dans l’autre à davantage de déforestation, commente Jean-Baptiste Jouffray, doctorant au Stockholm Resilience Centre et cosignataire de la publication. Nous mettons simplement en évidence, pour la première fois dans un article scientifique, un lien entre des pays où les pratiques fiscales sont frappées du sceau du secret et des activités économiques préjudiciables aux écosystèmes. »

      Ce travail, ajoute-t-il, est « un appel à une prise de conscience politique de la nécessité d’ajouter la dimension environnementale aux débats sur les paradis fiscaux ». Les capitaux transitant par ces pays favorisent-ils le prélèvement de ressources naturelles ? Aident-ils à contourner les législations environnementales ? Les pertes de recettes publiques dues à l’évasion fiscale amputent-elles la capacité des Etats à agir pour protéger la nature ? Ces mêmes pertes ne constituent-elles pas des subventions indirectes à des activités nocives pour l’environnement ?

      Autant de questions qui, pour les auteurs de l’étude, doivent être traitées « si l’on veut atteindre les objectifs de développement durables des Nations unies ». Paradis fiscal, enfer écologique ?



    • Mille mercis à Laurent :

      Récit. Raffut, le mot et le geste
      Jeudi, 9 Août, 2018
      Alain Nicolas
      https://www.humanite.fr/recit-raffut-le-mot-et-le-geste-659096

      Raffut Philippe De Jonckheere Inculte, 188 pages, 16,90 euros
      Philippe De Jonckheere fait de l’agression dont son fils autiste a été victime un récit plein d’empathie et une réflexion sur le langage et les codes sociaux.

      Pour le profane, «  raffut  », c’est tout simplement du bruit. Pour les amateurs de rugby, c’est un geste autorisé au porteur du ballon qui vise à écarter un défenseur en passant en force, le bras tendu et la main ouverte. Émile, le fils de Philippe De Jonckheere – il ne s’appelle pas Émile, mais, comme tous les protagonistes de cette histoire sauf l’auteur, porte «  un prénom comme ça  » –, a «  raffuté  » un jeune homme, Youssef, qui voulait l’empêcher de ramasser des mégots devant un arrêt de bus. Youssef a riposté en rouant de coups Émile. L’affaire a des suites judiciaires qui peuvent être graves. Parmi les circonstances aggravantes, le fait qu’Émile soit handicapé.

      Émile est autiste. « Enfin autiste c’est vite dit, (…) à la frontière de l’autisme, mais nul ne sait exactement de quel côté de la frontière.  » Le récit de Philippe De Jonckheere est celui d’un homme qui ne cesse de repérer, de longer des frontières de toutes sortes, et parfois de les franchir. Entre « »neurotypiques  » et autistes, entre ceux qui jouent au rugby et les «  manchots  » qui « poussent les citrouilles  », entre ceux qui portent des prénoms comme Youssef ou Farid et ceux qui s’appellent Émile, Sarah, Zoé, entre ceux qui, au tribunal, sont les « victimes  », qu’ils se soient ou non portés partie civile, et ceux qui passent trois jours en garde à vue.

      Racontant cette histoire depuis le moment où il rentre du travail jusqu’à l’audience de comparution immédiate où il rencontre face à face le lycéen de terminale qui a battu son fils, Philippe De Jonckheere, tout en donnant un récit chronologique d’une précision scrupuleuse, ne cesse de s’interroger sur sa place dans ce lacis d’attentes sociales et de lignes de démarcation.

      Entre distance et empathie, il situe, dans les échanges avec son fils, dans les rituels policiers des dépositions, les codes des experts et le cérémonial « brechtien  » de la justice, les jeux de rôle et les enjeux de parole. Se faire comprendre d’un autiste, d’une famille ivoirienne accablée de honte ou d’une présidente de correctionnelle, c’est « aussi une affaire de mots », et même, ajoute l’auteur, « j’y voyais surtout de la poésie ». Des mots, certes, mais terriblement incarnés dans des corps qui savent rappeler leur présence. C’est ce qui fait la beauté de ce livre simple, subtil, dont l’émotion peut, sans crier gare, vous submerger.

      #raffut


  • Gala, la muse de Salvador Dali, « à l’heure de #metoo »
    https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/08/24/gala-la-muse-de-salvador-dali-a-l-heure-de-metoo_5345571_3214.html

    Le Musée national d’art de Catalogne (MNAC), à Barcelone, dédie ces jours-ci une exposition à Gala, l’épouse et la muse de Salvador Dali. En jetant une lumière nouvelle sur son parcours personnel et artistique, il se pose la question de savoir si cette femme mystérieuse et ambitieuse qui déchaîna tant de passions a été injustement traitée par l’histoire.

    « Oui, sans aucun doute » assure, catégorique, Estrella de Diego, commissaire de l’exposition et professeur d’histoire de l’art à l’Académie des Beaux-Arts de San Fernando, à Madrid. « Nous en avons gardé l’image de ses contemporains, pas toujours flatteuse, alors qu’elle était un personnage beaucoup plus complexe et beaucoup plus intéressant », explique Mme de Diego.

    L’historienne, qui s’est donné pour mission « de sauver les femmes artistes victimes des préjugés du passé » étudie le personnage de Gala depuis presque vingt ans. La date de l’exposition, fixée depuis longtemps, est plutôt bien tombée : « C’est un peu Gala à l’heure de #metoo » dit-elle en souriant.
    Haine tenace

    Pas facile pourtant de lutter contre les images laissées par le temps. Luis Buñuel et André Breton ne supportaient pas Gala. Ils l’accusaient de leur avoir volé leur ami. La sœur de Dali, Anna María, lui vouait une haine tenace. La collectionneuse Peggy Guggenheim la considérait « jolie mais trop artificielle pour être agréable ». Quand à Coco Chanel, dont Gala était une fidèle cliente, elle disait du couple qu’il ressemblait « à des petits oiseaux qui se racontaient des histoires obscènes ».

    Je comprend pas le rapport avec #metoo je présume que c’est utilisé ici pour ne pas dire le mot féminisme. Ca fait 20 ans que cette historienne bosse sur ce sujet, que viens faire #metoo dans cette histoire ?
    #historicisation #femmes #légende_noir #paywall (si une personne peut le franchir et me faire profiter du txt ca serait super)


  • Russian bots were used to sow divisions on vaccines, researchers say - STAT
    https://www.statnews.com/2018/08/23/vaccines-russian-bots

    An analysis of Twitter accounts previously identified as having been operated by Russian bots and trolls found they dove into the vaccine debate as early as January 2015, the researchers reported. They did not take one side or the other, but seemed to tweet pro-vaccine and anti-vaccine messages in roughly equal measure.

    (…) “The more the vaccine ‘debate’… is amplified it gains an undeserved sense of legitimacy and gives vaccine-hesitant individuals a pretense to forgo vaccination for themselves and their children,” said Adalja, who was harshly critical of the use of vaccinations in efforts to turn people against each other, calling it “overtly nihilistic.”

    #nihilisme #santé #vaccins #twitter #bots (russes évidemment)

    • Le résumé de l’étude (texte complet derrière #paywall)

      Weaponized Health Communication: Twitter Bots and Russian Trolls Amplify the Vaccine Debate | AJPH | Ahead of Print
      https://ajph.aphapublications.org/doi/10.2105/AJPH.2018.304567

      Abstract

      Objectives. To understand how Twitter bots and trolls (“bots”) promote online health content.

      Methods. We compared bots’ to average users’ rates of vaccine-relevant messages, which we collected online from July 2014 through September 2017. We estimated the likelihood that users were bots, comparing proportions of polarized and antivaccine tweets across user types. We conducted a content analysis of a Twitter hashtag associated with Russian troll activity.

      Results. Compared with average users, Russian trolls (χ2(1) = 102.0; P < .001), sophisticated bots (χ2(1) = 28.6; P < .001), and “content polluters” (χ2(1) = 7.0; P < .001) tweeted about vaccination at higher rates. Whereas content polluters posted more antivaccine content (χ2(1) = 11.18; P < .001), Russian trolls amplified both sides. Unidentifiable accounts were more polarized (χ2(1) = 12.1; P < .001) and antivaccine (χ2(1) = 35.9; P < .001). Analysis of the Russian troll hashtag showed that its messages were more political and divisive.

      Conclusions. Whereas bots that spread malware and unsolicited content disseminated antivaccine messages, Russian trolls promoted discord. Accounts masquerading as legitimate users create false equivalency, eroding public consensus on vaccination.

      Public Health Implications. Directly confronting vaccine skeptics enables bots to legitimize the vaccine debate. More research is needed to determine how best to combat bot-driven content.

      a Twitter hashtag associated with Russian troll activity
      mais encore ?

    • aucun #DOI ne résiste à sci-hub :)

      This analysis is supplemented by a qualitative study of #VaccinateUS — a Twitter hashtag designed to promote discord using vaccination as a political wedge issue. #VaccinateUS tweets were uniquely identified with Russian troll accounts linked to the Internet Research Agency—a company backed by the Russian government specializing in online influence operations. 20

      [20]. Popken B. Twitter deleted Russian troll tweets. So we published more than 200,000 of them. Available at:
      https://www.nbcnews.com/tech/social-media/nowavailable-more-200-000-deleted-russian-troll-tweetsn844731.


  • Queer attitude et incrimination.
    https://vacarme.org/article3177.html

    L’affaire Ronell/Reitman fait symptôme d’une difficulté à faire tenir ensemble police des mœurs et subversion de l’ordre patriarcal. Car la question du fameux Title IX, de son usage et mésusage, est aussi celle de sa dérive. En 1972, il s’agit de lutter contre des discriminations dues au sexe, à savoir l’interdiction faite aux femmes de pouvoir avoir les mêmes activités physiques, sportives, intellectuelles que les hommes. Aujourd’hui il semble être le point d’appui des plaintes pour abus de pouvoir (...)

    #Autour_d'Avital_Ronell

    / #Avital_Ronell

    • Je regroupe mes réaction aux 3 textes sur l’affaire Ronell proposé par vacarme ici :

      –----
      https://vacarme.org/article3176.html

      Dans le cas présent, il faut mettre en balance une femme de cœur, unanimement reconnue pour sa force et sa générosité, et un étudiant qui n’a pas réussi à obtenir la place qu’il souhaitait – à tort ou à raison – dans le monde redoutablement concurrent des chercheurs américains.

      Ca fait mal au coeur de voire le #victime_blaming utilisé par Nathalie Koble (même si je sais pas qui elle est, elle semble se revendiqué féministe).

      En l’occurrence, confondre sans discernement harcèlement – dans un cadre professionnel – et vie privée – hors de ce cadre - relève à la fois du lynchage et de l’atteinte aux droits de l’homme et de la femme : ira-t-on reprocher à une femme libre toute une vie intime, librement consentie, et ses affinités intellectuelles comme une opprobre, parce qu’elle est en procès avec un étudiant ? N’est-on pas là en train de confondre la liberté du consentement et le harcèlement pour verser dans un faux moralisme, puisqu’il ne prend les visages du puritanisme que pour n’être au fond que le prétexte à l’exposition la plus dégradante possible de l’intégrité d’une femme ?

      Elle est peut être féministe mais elle semble avoir raté l’idée que le privé est politique. Ce discours me semble malhonnete. Elle utilise exactement les technique de protection des dominant·es.
      – l’agresseur·e présumé est quelqu’un de respectable.
      – la personne qui dénonce l’agression est blamé (accusé de mentir pour chantage, vengeance, cupidité, ou par regrets pudibonds...)
      – C’est de la séduction mal comprise - drague un peu lourde
      – C’est une affaire privé -
      – C’est pas du vrai harcelement car la victime un homme et l’accusée une femme.

      Sinon sur ce texte, il est ecrit au masculin, avec l’expression « La femme » et « l’homme » qui témoigne d’une vision essentialiste. Du coup Nathalie Koble elle me semble modérément féministe mais ca me rassure pas pour autant. J’ai pas encor lu les autres textes de vacarme sur ce sujet mais j’espère qu’il n’y a pas que ce type de discours nauséabond.

      –------
      https://vacarme.org/article3177.html

      Car le projet d’une femme queer est d’agir en refusant les assignations normatives et les rapports de domination. Or chacun sait que quand un être domine, il n’est plus libre, et que la liberté ne consiste pas à dominer mais bien à refuser tout rapport de domination, qu’on soit dominant ou dominé socialement. D’où cette difficulté structurelle pour la liberté humaine du consentement des dominés ou de leur servitude volontaire ou de leur capacité à récupérer un statut victimaire, quand ils ont simplement renoncé à leur liberté. Pour un étudiant est-ce si impossible de dire non à son professeur ?

      Celui là est plus tordu. J’ai l’impression que là l’idée c’est qu’elle fesait de la poésie surréaliste ou une expérience BDSM queer et du coup c’est pas que agression. Elle est queer alors elle peu pas harcelé. Et la victime n’avait qu’a se défendre -

      Le final c’est le ponpon :

      Non l’affaire Ronell/Reitman n’est pas symétrique des affaires #MeToo. Et l’on peut s’étonner malgré tout de la célérité à sanctionner une femme quand tant d’hommes ne sont jamais inquiétés.

      Je suis pas d’accord sur ce deux poids deux mesures. Les harceleuses, agresseuses, violeuses... doivent etre dénoncé autant que les hommes qui commettent ces actes. Ni plus ni moins.

      #metoo dénonce le harcelement sexuel sur le lieu de travail. Entre collègues, dans la hiérarchie, vis à vis de client·es... Dès le début il y a eu des hommes victimes. Dans le travail les discriminations font que la position de pouvoir est plutot aux hommes, mais il y a des femmes qui ont du pouvoir et peuvent l’utiliser pour harceler. c’est pas possible de donner une autorisation de harcelé aux dominé·es (ni à personne !).

      Simone de Beauvoir avait été renvoyé de son poste d’enseignante pour avoir couché avec des élèves, ca lui vaut le titre de #grand_homme dans mes archives.

      –-----

      Le dernier :
      https://vacarme.org/article3175.html

      À titre personnel, mais peut-être parce que je suis viriliste, j’aurais tendance à penser que les femmes professeurs sont davantage en droit que les hommes professeurs à se sentir a priori protégées d’accusations de harcèlement sexuel et de contact sexuel : même en position d’autorité, elles ne bénéficient pas de cette menace constante de pouvoir pénétrer l’autre ou de le faire bander sans son consentement — à moins d’être sacrément équipée de prothèses technologiques et de breuvages magiques, ce qui est assez rare et compliqué (en d’autres termes, il me semble qu’il faudrait toujours tenir compte d’une inégalité de genre irréductible dans les affaires de harcèlement sexuel).

      Lui c’est le grand portnawak, le penis est donc un « genre » à ses yeux et il y a pas moyen pour une femme de commettre des violences sexuelles. Le vrai viol c’est avec un penis et sans penis pas de violence sexuelle possible.
      Les agressions sexuelles commises par des femmes ne sont pas de bourdes. Et parlé de bourde au sujet d’une femme ca me semble connoté sexiste. Ca me rappel les attaques sexistes contre S.Royal.
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      Je trouve tout ca malhonnete. Ces 3 textes utilisent quantité d’arguments qui sont justement ceux utilisé habituellement par les masculinistes. En fait ces trois personnes sont surtout 3 universitaires de pouvoir qui veulent garder leur droit à harceler les étudant·es et qui défendent ce droit à travers cette affaire.

    • J’avais raté celui là ! merci @marielle

      Voilà deux personnes qui flirtent (on efface ici toutes attributions de genre, toujours douteuses et modifiables). Deux adultes, en pleine possession de leurs droits et de leurs consciences. L’un est le professeur de l’autre et l’autre, par conséquent, son étudiant. Ils flirtent c’est-à-dire s’amadouent, se donnent de gentils noms, en paroles et en mails, se caressent un peu. Sur le plan du sexe et du sentiment ça ne va pas plus loin.

      C’etait pas un flirt puisque l’une des deux parties a porter plainte. On retrouve la thèse complotiste, la mise en cause de la victime, la négation du rapport hierarchique. C’est un peu moins bourrin que les autres car il y a un peu de contexte et de perspective dans celui là. Je vais pas y passer la journée, les profs qui flirts avec leurs etudiant·es sont en faute et celleux qui les harcelent sont bien sur encore plus et cela qu’illes soient queer ou pas.

    • @mad_meg,

      L’agression sexuelle est bien un rapport de domination structurel des hommes sur les femmes et non l’inverse. À ce titre le consentement ou non-consentement des dominés hommes ne peut quoiqu’on en dise, sinon avoir la même légitimité à être entendu, du moins être soumis à la même interprétation que celui des dominées femmes.
      De même que nous ne considérons pas qu’il est légitime dans les sociétés occidentales de parler de racisme anti-blanc quand structurellement les blancs dominent, de même il faut trouver d’autres lunettes pour comprendre l’accusation de harcèlement et d’abus sexuel d’un homme gay à l’égard d’une femme lesbienne queer.

      (#Sophie_Wahnich)

      J’ai déjà été accusée de « harcèlement » par un amant qui me gardait sous le coude au cas où et à qui je demandais d’être plus explicite sur la suite. « Reloue » aurait déjà été peu élégant, alors « harcèlement » était vraiment hors de propos. Depuis, je sais que les mecs se défendent bien plus facilement que les meufs et que pour en mettre un dans le même désarroi que les femmes vivent quand elles sont harcelées, il faut se lever tôt. Non, c’est pas les mêmes relations, c’est pas la même violence, sauf à multiplier les rapports de domination pour renverser le handicap fondamental d’être une meuf qui n’a pas appris à dire non avec autant d’assurance qu’un gars : race, âge, position sociale, rapport hiérarchique. Ce qui est peut-être le cas ici, j’en sais rien.

      Je n’ai toujours pas compris de quoi il était question, ça mouline grave mais sans explications terre à terre ou rappel des faits.

    • Bien d’accord sur le manque de contexte. Le figaro à l’air d’en parlé sous #paywall : http://www.lefigaro.fr/international/2018/08/22/01003-20180822ARTFIG00215-metoo-une-universitaire-feministe-reconnue-coupab
      –------

      Non, c’est pas les mêmes relations, c’est pas la même violence, sauf à multiplier les rapports de domination pour renverser le handicap fondamental d’être une meuf qui n’a pas appris à dire non avec autant d’assurance qu’un gars : race, âge, position sociale, rapport hiérarchique. Ce qui est peut-être le cas ici, j’en sais rien.

      Ici on sais que c’était sa directrice de thèse et cette position de domination est évacué et niée par tou·tes les universitaires pro Ronell publié par Vacarme.

    • Plusieurs texte là dessus dans libé aujourd’hui dont un qui donne un peu le contexte.
      http://www.liberation.fr/debats/2018/08/24/l-excentrique-philosophe-avital-ronell-suspendue-de-l-universite-de-new-y

      Selon le New York Times, qui a sorti l’affaire mi-août, Nimrod Reitman, aujourd’hui âgé de 34 ans quand Ronell en a 66, lui reproche de lui avoir envoyé pendant trois ans des mails déplacés, mais aussi d’avoir eu des gestes à connotation sexuelle à plusieurs reprises. Reitman raconte ainsi une journée de 2012, à Paris, où la philosophe l’avait invité à l’accompagner. Elle lui aurait demandé de lui lire des poésies, dans sa chambre, pendant qu’elle faisait la sieste. Puis l’aurait invité dans son lit, lui aurait touché la poitrine, l’aurait embrassé. Reitman explique ne pas avoir osé réagir par peur de représailles sur son avenir universitaire. Dès le lendemain, il lui aurait pourtant dit son désaccord et sa gêne. Mais la situation se serait répétée à plusieurs reprises. Avital Ronell, elle, dément catégoriquement tout contact sexuel. Quant à ses mails : « Nos communications étaient entre deux adultes, un homme gay et une femme queer, qui partagent un héritage israélien, aussi bien qu’un penchant pour une communication imagée et familière, née de sensibilités et d’un contexte académique communs », a-t-elle déclaré au New York Times.
      Excentricité

      Au terme d’une enquête de onze mois, l’université a conclu que Ronell s’était bien livrée à du harcèlement sexuel et que son comportement avait été « suffisamment envahissant pour altérer les termes et les conditions de l’environnement d’apprentissage de M. Reitman ». Elle a en revanche rejeté les accusations d’agression sexuelle, estimant qu’elle n’avait pas de preuve.

      Au printemps, plusieurs dizaines d’intellectuels et de professeurs d’université avaient signé un texte de soutien, initié par Judith Butler, la grande figure des études de genre, destiné à l’Université de New York, pour plaider la cause de la philosophe lors de l’enquête interne de la fac. Le courrier confidentiel a fuité sur un blog - sans doute était-ce aussi l’occasion de porter un coup aux études de genre et au poststructuralisme. Très malhabile, le texte reprenait les arguments classiques de la défense des hommes harceleurs…

      ...

      Le véritable « abus fait du Title IX » n’est pas là pour l’historienne Joan Scott, qui a signé elle aussi la lettre de soutien à Ronell : « Le Title IX est récemment devenu uniquement centré sur le harcèlement sexuel, a-t-elle expliqué dans un mail à Libération. Depuis 1972, les universités confrontées à une plainte dans le cadre du Title IX ont répondu de manière diverse au fil des ans : elles ont protégé leurs éminents universitaires, choisissant d’ignorer les plaintes d’étudiants ; elles ont protégé leurs athlètes et tous ceux qu’elles considéraient comme vitaux pour leurs programmes ; elles ont parfois puni les accusés après une prudente investigation. Mais plus récemment, la réponse la plus typique est de considérer une plainte comme prouvée, sans trop d’efforts pour examiner les faits afin d’agir vite et de punir l’accusé. […] Au lieu d’un jury composé de ses pairs, l’accusé fait face à des équipes d’avocats décidés à protéger l’université de coûteuses poursuites en justice ou de la perte de fonds fédéraux. […] C’est ce qui s’est passé dans le cas Ronell. » Ce qui ne suffira peut-être pas : Nimrod Reitman réfléchit à porter plainte, cette fois en justice, contre Avital Ronell et l’Université de New York.

    • Aux Etats-Unis, l’affaire de la professeure Avital Ronell questionne #MeToo
      https://www.mediapart.fr/journal/international/280818/aux-etats-unis-l-affaire-de-la-professeure-avital-ronell-questionne-metoo

      Le pouvoir. Pour Corey Robin, figure de la gauche intellectuelle américaine, voilà bien la question centrale. « La question qui hante tous ces échanges est celle du pouvoir, écrit-il. Voilà un doctorant qui essaie de faire son chemin dans une institution où tout dépend d’un bon, ou d’un mauvais mot, de son superviseur. (...) Je ne doute pas que Ronell ait pu croire, parfois, que le langage qu’elle utilisait était partagé. Ceux qui sont en position de pouvoir, et qui abusent de ce pouvoir, le croient souvent. »

      « Ce qui me frappe dans cette histoire, c’est moins la dimension sexuelle que cette demande incessante, et fatigante, que Ronell exigeait de son élève, juge Claire Potter, professeur d’histoire à la New School de New York. Lorsque vous êtes professeur, vous devez penser aux barrières. Des amitiés fortes ne sont pas exclues. Mais il doit y avoir des barrières claires dans l’intimité. »

      Professeur à l’institut de French Studies de NYU, le sociologue Frédéric Viguier est frappé par la dimension générationnelle de la polémique, qui révèle les profondes disparités de condition dans l’université américaine, système hyperconcurrentiel et privé où des « stars » très bien payées dans les meilleures universités, souvent des centaines de milliers de dollars par an, disposent d’un pouvoir exorbitant sur des doctorants dont elles peuvent accélérer, ou entraver, les carrières.

      https://justpaste.it/5h1k4

    • Je vois. Évidemment que le système de compagnonnage qui a cours à l’université est super dangereux et que le premier boulot de profs féministes, c’est de ne pas abuser de la vulnérabilité de leurs élèves comme de gros cochons de mandarins.

    • Et le tout s’inscrit dans un contexte où les féministes ont montré que les violences sexuelles étaient un problème structurel là où on voulait entendre qu’il s’agissait de monstruosités. Le backlash, c’est de montrer que les femmes aussi sont prédatrices : Asia Argento, etc.


  • Paléontologie : découverte en Sibérie d’une jeune métisse de 90 000 ans
    https://www.lemonde.fr/paleontologie/article/2018/08/22/paleontologie-decouverte-en-siberie-d-une-jeune-metisse-de-90-000-ans_534514


    Cet os trouvé en 2012 dans la grotte de Denisova (Altaï) par des archéologues russes appartenait à une adolescente (Denisova 11) dont la mère était néandertalienne, et le père dénisovien.
    T. HIGHAM, UNIVERSITY OF OXFORD

    Nous sommes tous métis, issus de brassages de populations immémoriaux. Mais Denisova 11 l’est d’une manière toute singulière. Cette ado vivait il y a environ 90 000 ans en Sibérie. Elle est morte vers l’âge de 13 ans, d’une cause inconnue, et a été enterrée dans la grotte de Denisova dans les montagnes de l’Altaï, où un fragment de ses os a été trouvé en 2012.

    Son ADN a été extrait et analysé, et son génome reconstitué a stupéfié les chercheurs : sa mère était une néandertalienne, et son père un dénisovien, deux lignées humaines disparues, dont il ne subsiste que quelques traces dans le patrimoine génétique d’une partie des hommes d’aujourd’hui.

    #paywall

    • L’article original (non accessible)…

      The genome of the offspring of a Neanderthal mother and a Denisovan father | Nature
      https://www.nature.com/articles/s41586-018-0455-x

      Abstract
      Neanderthals and Denisovans are extinct groups of hominins that separated from each other more than 390,000 years ago. Here we present the genome of ‘Denisova 11’, a bone fragment from Denisova Cave (Russia) and show that it comes from an individual who had a Neanderthal mother and a Denisovan father. The father, whose genome bears traces of Neanderthal ancestry, came from a population related to a later Denisovan found in the cave. The mother came from a population more closely related to Neanderthals who lived later in Europe than to an earlier Neanderthal found in Denisova Cave, suggesting that migrations of Neanderthals between eastern and western Eurasia occurred sometime after 120,000 years ago. The finding of a first-generation Neanderthal–Denisovan offspring among the small number of archaic specimens sequenced to date suggests that mixing between Late Pleistocene hominin groups was common when they met.

      … est annoncé en une de Nature

      Mum’s a Neanderthal, Dad’s a Denisovan: First discovery of an ancient-human hybrid
      http://www.nature.com/articles/d41586-018-06004-0

      Genetic analysis uncovers a direct descendant of two different groups of early humans.
      […]
      To find a first-generation person of mixed ancestry from these groups is absolutely extraordinary,” says population geneticist Pontus Skoglund at the Francis Crick Institute in London. “It’s really great science coupled with a little bit of luck.

    • Nous sommes tous métis, issus de brassages de populations immémoriaux. Mais Denisova 11 l’est d’une manière toute singulière. Cette ado vivait il y a environ 90 000 ans en Sibérie. Elle est morte vers l’âge de 13 ans, d’une cause inconnue, et a été enterrée dans la grotte de Denisova dans les montagnes de l’Altaï, où un fragment de ses os a été trouvé en 2012.

      Son ADN a été extrait et analysé, et son génome reconstitué a stupéfié les chercheurs : sa mère était une néandertalienne, et son père un dénisovien, deux lignées humaines disparues, dont il ne subsiste que quelques traces dans le patrimoine génétique d’une partie des hommes d’aujourd’hui.

      « Notre réaction ? La surprise », raconte Benjamin Vernot, qui a participé à ces analyses à l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste de Leipzig, en Allemagne, la Mecque de l’étude de l’ADN ancien, dirigé par le pionnier Svante Pääbo.

      « C’était tellement fou qu’on a passé plusieurs mois à vérifier que ce n’était pas une erreur. » Les vérifications ont été jugées suffisamment solides pour que la découverte soit publiée, jeudi 23 août, dans la revue Nature.

      Précision confondante

      La grotte de Denisova est célèbre dans les cercles de la paléontologie humaine depuis qu’elle a livré un fragment d’une phalange dont l’ADN a révélé, en 2010, l’existence d’une lignée humaine inédite, à qui a été donné le nom de cette grotte.

      Cette lignée est différente des néandertaliens qui peuplaient alors l’Europe, et d’Homo sapiens qui n’allait pas tarder à supplanter toutes ces populations. Les dénisoviens ne nous sont connus que par quelques ossements et quelques dents retrouvés dans la grotte de l’Altaï : on ne sait pas à quoi ils ressemblaient, mais on a pu retrouver des fragments de leur ADN dans le génome de populations actuelles de Papouasie ou d’aborigènes australiens. Mais aussi dans celui de populations arctiques, pour lesquelles la version dénisovienne de certains gènes influençant la gestion des tissus adipeux constituerait un avantage évolutif pour résister aux grands froids.

      Mais revenons à Denisova 11. L’étude de son ADN livre des informations d’une précision confondante sur son ascendance. L’équipe de Svante Pääbo a comparé son génome à celui de Denisova 3, la première dénisovienne identifiée et datée d’environ 40 000 ans, à celui d’un néandertalien trouvé dans la même grotte, et lui vieux de 120 000 ans environ, et aussi à celui d’un Africain actuel. Cette comparaison a montré que, chez Denisova 11, 38,6 % de fragments d’ADN pris au hasard se rapprochaient des spécificités d’un génome néandertalien, et 42,3 % de celui de Denisova 3.

      Cette quasi-parité pouvait signifier deux choses : soit qu’elle appartenait à une population dont les ancêtres étaient issus d’un mélange entre néandertaliens et dénisoviens ; soit que ses propres parents appartenaient chacun à un de ses groupes. Pour l’équipe de Leipzig, c’est cette seconde interprétation qui prévaut : Denisova 11 est une métisse de première génération, sa mère était néandertalienne, son père dénisovien.

      Coexister, « au sens biblique »

      Mais son arbre généalogique est encore plus mêlé : l’analyse génétique permet de plonger dans l’ascendance de son père dénisovien – c’est la partie de l’étude réalisée par Benjamin Vernot. « Il est probable que son père dénisovien a lui-même eu un ancêtre néandertalien, voire plusieurs, dans sa généalogie, possiblement aussi loin que 300 à 600 générations avant sa naissance », écrivent les chercheurs. Vertige de la profondeur d’analyse génétique…

      Et cet héritage néandertalien viendrait d’une population différente de celle à laquelle la mère de Denisova 11 est apparentée. Celle-ci était elle-même génétiquement plus proche de néandertaliens qui ont vécu en Croatie 20 000 ans plus tard que du « Neandertal de l’Altaï » retrouvé dans la même grotte de Denisova, et lui plus vieux de 50 000 ans.

      La reconstitution de ce puzzle génétique dessine donc un monde où des lignées humaines longtemps séparées restaient interfécondes et pouvaient à l’occasion avoir une descendance aux ramifications elles-mêmes croisées des générations plus tard. Elle suggère des mouvements de population sur de vastes territoires – 6 000 kilomètres séparent la grotte croate de Vindija et celle de Denisova.

      « Ces mouvements ont longtemps été envisagés sur un axe nord-sud, commente l’archéologue Pascal Depaepe (Institut national de recherches archéologiques préventives), qui n’a pas participé à l’étude. C’était sûrement bien plus compliqué avec des mouvements latéraux, en l’occurrence est-ouest, de la Sibérie vers la Croatie. » Des mouvements dont il a étudié les indices dans du mobilier archéologique (des silex taillés), en Europe occidentale, note-t-il. « Mais la Sibérie, c’est encore plus loin ! » Il n’est pas exclu non plus que la parenté consatée entre Croatie et Altaï soit due à une migration néandertalienne ouest-est plus ancienne...

      Autre enseignement : « Cela montre que les populations préhistoriques se mélangeaient assez facilement, remarque Pascal Depaepe. Elles n’ont pas fait que cohabiter, mais se sont connues au sens biblique du terme. » « Bien sûr, on savait que cela arrivait, par des analyses génétiques antérieures, constate Benjamin Vernot. Mais trouver l’os d’un descendant direct de ces métissages, c’est très cool, et l’illustration de la force de la sérendipité » – c’est-à-dire de ces choses que l’on découvre par hasard ou par chance, une dimension qui fait partie intégrante des recherches en paléontologie, selon M. Depaepe.

      Questions de « fitness »

      « Grâce à ce type d’études la génétique rejoint enfin l’archéologie qui nous montrait de profondes convergences dans les savoir-faire et les techniques des populations néandertaliennes et Denisova, se réjouit Ludovic Slimak (CNRS, Université Toulouse Jean-Jaurès). Ces convergences sont visibles dans les traditions techniques locales de ces deux populations, mais aussi plus largement vis-à-vis des populations néandertaliennes européennes. » Même si « la profondeur ethnographique de cette histoire-là nous échappe encore, note-t-il, on voit émerger quelque chose qui ressemble à une réalité concrète de ces populations humaines. Les peuples se rencontrent, se croisent, se déplacent. »

      Ces multiples métissages bousculent une nouvelle fois la définition de ce qu’est une espèce, en principe confinée dans les frontières de l’interfécondité. Svante Pääbo et ses collègues s’étaient d’ailleurs gardés, après la découverte de Denisova 3, de proposer un nom d’espèce binominal latin, comme pour Homo sapiens ou Homo neandertlhalensis. Si ces croisements étaient possibles, pourquoi néandertaliens et dénisoviens sont-ils restés génétiquement distincts ? Dans leur conclusion, Svante Pääbo et ses collègues écrivent que les premiers habitaient l’ouest de l’Eurasie, et les seconds une portion inconnue autour de l’Altaï. Les occasions de rencontres entre petits groupes, dans le temps et dans ces espaces immenses, n’étaient peut-être pas si fréquentes.

      Autre hypothèse : les individus issus de ces croisements auraient pu être en moins bonne santé que leurs parents et moins aptes à laisser une descendance – les scientifiques parlent de « fitness ». A l’inverse, notent-ils, l’arrivée de groupes plus nombreux d’Homo sapiens en Eurasie, venus d’Afrique autour de 60 000 ans, et eux aussi capables de se reproduire avec ces populations archaïques, a pu aboutir à leur « absorption » – un autre terme pour dire disparition.


  • “La justice, ce n’est pas ça”

    Cela fait des mois que Mohamed ne dort plus. Il tourne comme un lion en cage depuis que les tribunaux helvétiques ont refusé sa demande d’asile, après qu’il a déserté l’armée syrienne et que sa famille, à Alep, subit à la fois les persécutions de l’armée turque et celles des forces gouvernementales de Bachar el-Assad. Ce jeune informaticien de 29 ans, polyglotte, toujours prêt à rendre service, est convaincu que s’il devait rentrer en Syrie, ce serait sa condamnation à mort ou, au minimum, à la prison. Mais pas de quoi émouvoir la justice helvétique qui, selon les organisations d’aide aux réfugiés, interprète le droit d’asile de manière toujours plus restrictive à l’égard des déserteurs.

    A l’heure actuelle, être Kurde et Syrien équivaut à une double malédiction. Mohamed y a provisoirement échappé en venant en Suisse où il a demandé l’asile, en septembre 2015. Mais pas sa famille, pour laquelle il ne cesse de se ronger les sangs. Il y a peu, sa mère malade et ses deux sœurs sont retournées dans leur ville natale d’Alep (ouest), après que leur maison d’Afrin a été brûlée puis réquisitionnée par des soldats turcs. La même Alep qu’elles avaient fuie une première fois sous les bombes. Un de ses frères a disparu depuis plus de deux mois. Un autre aurait été enrôlé dans l’armée « pour le remplacer », et ses deux beaux-frères ont été tués du fait qu’ils étaient membres du Parti de l’union démocratique (PYD), le parti kurde de Syrie, raconte-t-il.
    Renvoi « pas raisonnablement exigible »

    Et quand sa mère lui demande au téléphone si lui au moins est en sécurité en Suisse, il se désole : « Je suis obligé de mentir. »

    En juillet 2017, sa demande d’asile a été rejetée par le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM), au motif qu’il n’était pas parvenu à apporter les preuves de sa désertion (perdues dans divers déménagements). Puis le Tribunal administratif fédéral a rejeté son recours sur sa demande de réexamen, en avril dernier, arguant cette fois que le fait d’avoir déserté n’est pas un motif suffisant en soi, du moment qu’il n’apparaît pas comme un opposant au régime, ni en Syrie ni en Suisse. Il bénéficie toutefois d’une admission provisoire, le tribunal ayant admis que son renvoi dans l’enfer syrien n’était pas « raisonnablement exigible ».

    « A moins qu’il dispose de moyens de preuves additionnels, très solides, la voie juridique est close », déplore Marie-Claire Kunz, juriste au Centre social protestant (CSP). « La question qui se pose ici est de savoir si la désertion en Syrie doit être considérée comme un délit politique ou non, ajoute-t-elle. La Cour européenne des droits de l’homme n’est pas compétente pour y répondre et il n’y a malheureusement pas de juridiction internationale contraignante dans le domaine. »
    Juges suisses particulièrement restrictifs

    Le jugement à l’encontre de Mohamed est particulièrement sévère, estime la juriste, mais de loin pas exceptionnel. Le CSP se bat actuellement pour faire reconnaître le statut de réfugiés à plusieurs déserteurs érythréens déboutés.

    La pratique des tribunaux, et de certains juges en particulier, s’est durcie depuis la révision de la loi sur l’asile (LAsi), en 2013, rapporte-t-elle. Désormais, le refus de servir ou la désertion ne sont plus suffisants pour obtenir l’asile. Toutefois, pour ne pas se mettre en porte-à-faux avec le droit international, la loi (art. 3 al. 3 LAsi) précise que les dispositions de la Convention relative au statut des réfugiés de 1951 demeurent réservées.

    Or, selon Marie-Claire Kunz, le « glissement » opéré par les juges helvétiques à l’égard des déserteurs ces dernières années viole ladite convention. L’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) ajoute qu’en Suisse seul un tiers des Syriens obtiennent le statut de réfugiés alors que l’Allemagne l’accorde dans la quasi-totalité des cas, eu égard à la situation effroyable qui règne dans le pays.

    Pendant ce temps, Mohamed s’accroche à ce qu’il peut, refusant de croire que « la Suisse, pays des droits de l’homme, pourrait se montrer aussi injuste ». Il a écrit au SEM pour obtenir un entretien, frappé aux portes de nombreuses associations. En vain. « Le seul espoir qu’il me reste, c’est la société protectrice des animaux », conclut-il amèrement.


    https://asile.ch/2018/08/21/le-courrier-la-justice-ce-nest-pas-ca
    #justice #réfugiés_syriens #Syrie #asile #migrations #réfugiés #réfugiés_syriens #désertion #armée #droit_d'asile #Suisse

    Lien vers l’article dans Le Courrier :
    https://lecourrier.ch/2018/08/16/la-justice-ce-nest-pas-ca
    #paywall

    Et une comparaison avec l’Allemagne (#loterie_de_l'asile) :

    L’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) ajoute qu’en Suisse seul un tiers des Syriens obtiennent le statut de réfugiés alors que l’Allemagne l’accorde dans la quasi-totalité des cas, eu égard à la situation effroyable qui règne dans le pays.