person:christophe castaner

  • Gilets Jaunes : la mobilisation reprend de l’ampleur
    https://www.latribune.fr/economie/france/gilets-jaunes-la-mobilisation-reprend-de-l-ampleur-803631.html

    Près de 84.000 Gilets Jaunes ont défilé ce samedi pour le 9ème Acte de leur mouvement de protestation contre la politique du gouvernement. Samedi dernier, ils n’étaient que 50.000 manifestants. Des heurts ont éclaté un peu partout en France.
    Environ 84.000 personnes ont manifesté samedi dans le cadre de l’acte 9 des « gilets jaunes », contre 50.000 la semaine dernière, a annoncé le ministère de l’Intérieur, qui a également fait état de 244 interpellations sur l’ensemble du territoire.

    A Paris, où près de 5.000 membres des forces de l’ordre ont été mobilisées, 8.000 personnes ont défilé « dans le calme » et « sans incident grave signalé », selon le ministère de l’Intérieur.

    « Tout au long de la semaine, j’avais appelé à la fin des violences. Je note qu’aujourd’hui, à Paris, la responsabilité l’a emporté sur la tentation de l’affrontement. Place maintenant au grand débat national, qui va s’ouvrir mardi, et qui doit pouvoir se dérouler dans un climat serein et constructif », a affirmé le ministre Christophe Castaner dans une déclaration transmise à l’AFP.

    Sur l’ensemble du territoire, les forces de l’ordre ont procédé à 244 interpellations qui ont donné lieu à 201 gardes à vue, selon la place Beauvau.

    Celle-ci note toutefois qu"’à nouveau, il y a eu - et il y a encore à l’heure actuelle - dans certaines villes, des tensions, des dégradations et des affrontements".

    Des heurts entre manifestants et forces de l’ordre ont éclaté dans plusieurs villes en régions comme Nîmes, Nantes, Rouen, Caen ou encore Saint-Brieuc.

    Tout au long de la semaine, les autorités ont pronostiqué une mobilisation en hausse et ont alerté sur des risques de débordements à Paris comme en province. Le gouvernement a multiplié les mises en garde promettant une réponse musclée d"’ultra-fermeté" face à « l’ultra-violence ».

    Quelque 80.000 membres des forces de l’ordre ont été mobilisées sur l’ensemble du territoire.



  • #ComPol en cours ? Réhabilitation des « Forces de l’ordre » et, en même temps, condamnation-criminalisation des manifestations...

    – hier les gendarmes dans le froid contre les passeurs de #migrants
    – ce matin le RAID qui pose & explose la porte de #gilets_jaunes
    – tout à l’heure #Castaner qui condamne prédictivement les manifestant-e-s...

    Hier, un reportage de Julia Pavesi et des (très belles) photos de Philippe Huguen pour l’AFP, a été publié par Le Point nommé, alors que l’image des forces de l’ordre se dégrade chaque jour un peu plus... Faut l’avouer, ce serait très adroit (et très à droite) de passer par la côte et le #trafic_humain pour contrer le désamour galopant, s’il s’agit bien d’une #communication_politique.

    Traversées de la Manche : dans les dunes, sur les traces des passeurs de migrants

    Restes de couverture de survie ou matériel nautique abandonné dans les dunes : près de Calais, les patrouilles de gendarmes se relaient, dans le froid et la nuit, pour repérer des passeurs de migrants...qui ont souvent un temps d’avance

    https://twitter.com/afpfr/status/1083365594630639617

    « Il y a deux jours, on a trouvé un campement, avec des sacs d’alimentation non entamés, il n’y avait plus personne bien sûr, » raconte Christophe - qui taira son nom de famille - adjudant-chef et adjoint au commandant d’unité du peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (Psig) de Wizernes.

    https://www.lepoint.fr/societe/traversees-de-la-manche-dans-les-dunes-sur-les-traces-des-passeurs-de-migran

    Si hier en voyant l’article, je me suis posé la question d’une sorte de #publireportage ou d’une commande publiée au bon moment, ce matin, j’ai plutôt eut la sensation d’une confirmation devant l’opération « Images d’Épinal » des hommes du #RAID en train d’arrêter l’un des #giletsjaunes à Pont-à-Mousson :
    https://www.estrepublicain.fr/edition-de-pont-a-mousson/2019/01/10/pont-a-mousson-6-h-du-matin-le-raid-defonce-la-porte-d-un-gilet-jaune
    https://seenthis.net/messages/751087

    Bon en plus, la lumière jaune, la file noire et la touche de jaune dans les chaussures me renvoient au logo jaune-noir de Génération Identitaire, ou au drapeau jaune-noir du pseudo « anarchisme capitaliste »... bref !

    /1/ Edit : hé oui, il semble bien que #Christophe_Castaner ait lancé une opération « Nos forces de l’ordre sont fantastiques et vous êtes trop trop trop méchant-e-s ». Ça a commencé hier soir :

    Fier de nos forces. Ceux qui sauvent et font l’admiration du monde entier sont aussi ceux que l’on violente le samedi.

    https://twitter.com/CCastaner/status/1083443075173752835

    Ce à quoi un pompier a parfaitement répondu (avec la photo que j’estime être LE symbole de 2018) :

    Toujours autant indécente, votre com. En tant que pompier, je dépends de votre ministère et je suis fier de ce que je fais. Que cela serve de caution aux violences gratuites perpétrées par d’autres personnes dépendant aussi de ce ministère me dégoute. Vous êtes un être détestable

    https://twitter.com/Mimas87/status/1083725462986207232

    Et ça continue aujourd’hui :

    En France, il n’y pas de policiers qu’on peut étreindre le 11 janvier et brutaliser à la fin d’une manifestation. Il n’y a pas de gendarmes qu’on peut acclamer le vendredi et outrager le dimanche. Tous défendent la République. Tous risquent leur vie pour la patrie.

    https://twitter.com/CCastaner/status/1083640378903982080

    Puis en interview pour Brut, en mode manifester = complicité de méchanceté :

    Christophe Castaner déclare que tous ceux qui participeront aux rassemblements des #giletsjaunes samedi seront considérés comme complices des violences. Depuis quand un ministre de l’intérieur a le droit d’exercer ce type de pression sur les citoyens ?

    https://twitter.com/JeanHugon3/status/1083729915558723584

    Mention spéciale pour le choix de capture d’écran de Brut :

    #migration #gendarmerie #forces_de_l_ordre #migration #exils #criminalisation #no_borders #manifestation #droit #criminalisation


  • « Gilets jaunes » : « Près de 60 % » des radars routiers dégradés, selon le ministre de l’intérieur
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/01/10/gilets-jaunes-pres-de-60-des-radars-routiers-degrades-selon-le-ministre-de-l

    Recouverts de peinture, « emballés » dans du plastique ou incendiés : les radars routiers sont l’objet de nombreuses dégradations depuis le lancement du mouvement des « gilets jaunes ». Plus de la moitié des radars routiers ont été dégradés depuis le début de la mobilisation, a déclaré jeudi 10 janvier le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner.

    « Près de 60 % des radars aujourd’hui ont été neutralisés, attaqués, détruits par celles et ceux qui se revendiquent de ce mouvement-là », a affirmé le ministre à la presse après avoir présenté ses vœux à la gendarmerie à Paris. Environ 3 200 radars fixes sont installés sur les routes de France, selon les chiffres officiels.


  • Vu depuis la Suisse  : Hausse de la mobilisation des « gilets jaunes », marquée par des heurts
    https://www.rts.ch/info/monde/10115219-hausse-de-la-mobilisation-des-gilets-jaunes-marquee-par-des-heurts.html

    Des dizaines de milliers de « gilets jaunes » ont défilé samedi en France pour leur huitième journée d’action, marquée par des heurts avec les forces de l’ordre. Le président Emmanuel Macron a dénoncé « une violence extrême ».

    « L’acte VIII » de la mobilisation a rassemblé 50’000 personnes, contre 280’000 au plus fort de la mobilisation et 32’000 la semaine dernière, a annoncé le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner. Il a précisé que plus de 56’000 membres des forces de l’ordre étaient mobilisés ce samedi.

    Il a néanmoins cherché à minimiser la portée de ce chiffre : « 50’000, ça fait un peu de plus de une personne par commune de France (...) Donc on voit bien que ce mouvement n’est pas représentatif de la France », a-t-il déclaré sur la chaîne LCI. Il a par ailleurs condamné les heurts qui ont émaillé cette journée, tout en reconnaissant que la plupart des manifestations « se sont bien passées ».

    Porte-parole du Gouvernement évacué
    A Paris, alors que le défilé parisien s’était déroulé dans le calme dans la matinée - environ 4000 participants dans l’après-midi-, des heurts ont éclaté dans plusieurs quartiers, notamment sur les quais de Seine.

    En milieu d’après-midi, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a été évacué de ses bureaux après une intrusion de « gilets jaunes » avec un engin de chantier dans la cour du ministère, située non loin de ceux du Premier ministre.

    Plusieurs villes de province, où se sont rassemblés à chaque fois quelques milliers de manifestants, ont aussi connu des heurts lors de cette nouvelle mobilisation.

    Emmanuel Macron dénonce « une extrême violence »
    Le président de la République Emmanuel Macron a réagi sur Twitter : « Une fois encore, une extrême violence est venue attaquer la République - ses gardiens, ses représentants, ses symboles. Ceux qui commettent ces actes oublient le coeur de notre pacte civique. Justice sera faite. Chacun doit se ressaisir pour faire advenir le débat et le dialogue ».

    Le mouvement des « gilets jaunes » dénonce depuis le 17 novembre la politique fiscale et sociale du gouvernement, qu’il juge injuste, et réclame également plus de pouvoir d’achat. Cette forme inédite de mobilisation citoyenne se traduit notamment par l’occupation de ronds-points à travers la France, et une journée d’action chaque samedi.

    #GiletsJaunes #médias


  • #GiletsJaunes : 219 personnes incarcérées, un record pour un mouvement social

    https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/gilets-jaunes-219-personnes-incarcerees-un-record-pour-un-mouvement-social-77961

    La justice a tapé fort. Des milliers d’arrestations de « gilets jaunes » ont eu lieu depuis le début du mouvement. Le gouvernement, Christophe Castaner en tête, martèle son intransigeance. Emmanuel Macron dénonçait lui-même dans ses vœux les porte-voix de cette foule haineuse. Dès lors, de nombreux casseurs ont ainsi été envoyés en prison.

    Leur nombre se précise et c’est une information RTL : 219 personnes liées aux violences ont été incarcérées entre le 17 novembre et le 17 décembre, selon les chiffres du ministère de la Justice. Un chiffre record, inédit dans le cadre d’un mouvement social.

    Parmi ces « gilets jaunes » certains attendent leur procès. D’autres ont d’ores et déjà été condamnés à plusieurs mois de prison ferme, avec ce qu’on appelle un mandat de dépôt. Cela signifie que, pour ceux-là, les juges ont refusé un aménagement de peine, hors prison. Soit parce que les faits de dégradation ou d’agression sur des policiers sont considérés comme trop graves soit parce qu’il s’agit de personnes déjà condamnées par le passé.

    4.570 gardes à vue au total

    On peut d’ailleurs noter que les magistrats de province ont eu la main globalement plus lourde que leurs collègues parisiens. En proportion, ils ont envoyé trois fois plus de prévenus derrière les barreaux.

    Et les autres peines se comptent elles par centaines : peines de prisons ferme avec aménagement, bracelet électronique ou travaux d’intérêt général, prison avec sursis, interdiction de paraître dans certaines villes également. 4.570 personnes au total ont été placées en garde à vue (1567 à Paris et 3003 en région, entre le 17 novembre et le 17 décembre), et seuls 825 dossiers ont été classés sans suite. Des milliers de poursuites sont donc engagées.

    Toujours selon les chiffres du ministère de la Justice, 697 comparutions immédiates ont déjà eu lieu, mais tout le monde n’a pas encore été jugé. Loin de là. Des centaines d’audiences sont en effet attendues dans les prochains mois. Les affaires les plus graves comme l’incendie de la préfecture du Puy-en-Velay, les lynchages de policiers ou le vol d’un fusil d’assaut à Paris font l’objet d’enquêtes judiciaire afin de retrouver les responsables.

    #Maintien_de_L'ordre


  • Depuis la crise des « gilets jaunes », la vie à huis clos d’Emmanuel Macron

    Insultes, huées, menaces… Quand il sort, désormais, cela tourne mal. Depuis le début de la mobilisation des « gilets jaunes », pour le président qui aimait tant les promenades, elles sont devenues rares (et discrètes). Comme les visites.

    De l’aéroport de Loudes, en Haute-Loire, jusqu’au Puy-en-Velay, il y a 10 km, un quart d’heure en voiture. Ce 4 décembre, pour rejoindre la préfecture incendiée trois jours plus tôt par les « gilets jaunes », Emmanuel Macron n’a heureusement pas besoin de passer par le rond-point de Lachamp, sur la commune de Saint-Pierre-Eynac. C’est là, sur la RN88, que des manifestants avaient cousu un pantin de taille humaine, posé sur un échafaud plus vrai que nature. Sur le billot était écrit : « Te guillotiner c’est notre projet. »

    Le président de la République file vers la préfecture. En route, il discute avec les passagers en gilet jaune d’une voiture croisée par hasard. Aucune image, aucune vidéo. Le 3 décembre, il n’a aussi passé qu’une tête dans le bureau de l’un de ses collaborateurs qui recevait un « gilet » venu de Chalon-sur-Saône à pied. Ces gens seront parmi les rares protestataires qu’Emmanuel Macron a rencontrés durant cette crise ouverte le 17 novembre, où sa capacité à réformer et sa popularité se sont abîmées, mais où il a aussi perdu une part de sa liberté.

    Sans prévenir les élus, il est venu au Puy apporter son soutien au préfet. Celui-ci montre les armoires en cendres, les vitres brisées, les bureaux noircis par la suie. Il conte au chef de l’Etat ce samedi où le « portail a été pété », les pneus entassés et enflammés, et cette bataille inégale entre les « trente » de la préfecture et les deux cents manifestants empêchant les pompiers d’accéder au bâtiment. Bilan : trente-huit blessés… « Ils criaient : “Vous allez tous griller comme des poulets ! », termine le préfet. « Vous les connaissez ? », interroge Emmanuel Macron, incrédule.

    Dès que l’avion présidentiel s’est posé à Loudes, la nouvelle de sa visite s’est ébruitée. Un message posté sur Facebook a réveillé quelques « gilets jaunes ». Une vingtaine d’hommes et de femmes attendent le chef de l’État à la sortie de la préfecture. « Ouuuuuh ! Démission ! », « Enculé ! », « Président des riches ! » Pas encore de quoi trop s’émouvoir. C’est sur la route de la caserne de gendarmerie que tout va basculer…

    « On vous hait ! »

    M. Macron commence par traverser Le Puy vitre ouverte, pour dire bonjour. Des insultes lui répondent, il doit vite la remonter. Un homme se jette ensuite devant la voiture. En sortant de la caserne, cinquante manifestants l’injurient encore : « On vous hait ! »

    L’échange promis à la presse locale est annulé. Les services de sécurité exfiltrent le président par une sortie annexe. De la séquence ne reste que l’image d’un démarrage en trombe sous les huées. Quelques jours plus tard, le chef de l’État racontera au président du MoDem François Bayrou que, de la voiture, il a entendu une femme lancer : « Salope, j’espère que tu vas crever sur la route ! »

    Emmanuel Macron aime pourtant les promenades. Dès son arrivée au ministère de l’économie, en 2014, il avait fait de ces échappées sa griffe. Elles étaient à la fois le thermomètre de sa popularité et un moyen d’asseoir sa notoriété. « Il est où, Emmanuel ? », s’agaçait François Hollande à chaque déplacement avec lui. « Emmanuel » traînait derrière. Selfies, autographes, bisous, il se régalait. Mais, depuis que les « gilets jaunes » le traquent sur Facebook, ces déambulations sont impensables. Il voyage incognito, ou alors sans caméras.

    Jeudi 20 décembre, c’est avec l’AFP et France-info, ces médias de « l’ancien monde », qu’il est allé à Soissons, dans l’Aisne, visiter sans prévenir un centre pour enfants victimes de maltraitance. Officiellement, personne n’a été exclu du voyage, mais il fallait éviter les caméras, en cas d’incident. « S’il ne prévient pas avant de partir, c’est qu’il sait déjà qu’il risque de s’en prendre plein la figure », confirme un conseiller. Sa photographe officielle, Soazig de la Moissonnière, envoie seule quelques clichés où le président, décontracté au milieu de son équipe, rit à la table d’un restaurant Courtepaille, à Mareuil-lès-Meaux (Seine-et-Marne).

    Gibets, cibles et cercueils

    Deux jours avant les injures du Puy-en-Velay, sa petite promenade à pied au milieu des vitrines fracassées de l’avenue Kléber, à Paris, avait déjà mal tourné. Il revenait alors d’Argentine, où il avait participé au G20. Sur les portables de ses collaborateurs, il a découvert de Buenos Aires les images des violences du 1er décembre et il se rend à l’Arc de triomphe saccagé avant de partir à la rencontre des commerçants. Mais des « gilets jaunes » débarquent. Copieusement sifflé, il doit s’éclipser sous la protection des policiers.

    Avant le 11-Novembre, « il était déjà revenu de son périple dans l’est de la France très conscient qu’une colère grondait », assure Philippe Grangeon, l’un de ses conseillers. Mais c’était au temps où l’Élysée pouvait encore accuser les médias de grossir le trait. « Je parle aux gens, ça se passe bien, mais les journalistes écrivent à l’avance un scénario où je me ferais sans cesse alpaguer, comme si j’étais un personnage de télé-réalité ! », se plaint Emmanuel Macron devant les ministres Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, Jean-Michel Blanquer et François de Rugy qu’il reçoit à l’Élysée au retour de sa fameuse « itinérance mémorielle » dans onze départements. Ce n’est qu’à la deuxième journée de mobilisation des « gilets jaunes », le 24 novembre, qu’il évoque des « scènes de guerre ». Une semaine plus tard, l’Arc de triomphe est pris d’assaut.

    « Je connais cette violence et cette vulgarité, ce sont les mêmes qui étaient déposées dans la boîte aux lettres de mes parents, lorsque j’ai rencontré Emmanuel », assure Brigitte Macron à ses conseillers désolés. Sauf qu’à l’époque les insultes n’étaient pas si menaçantes. Désormais, les manifestants crachent sur les vitrines et prennent à partie les employés de la chocolaterie familiale d’Amiens. « J’ai l’impression d’être un bouc émissaire, un défouloir » : le 4 décembre, Jean-Alexandre Trogneux, propriétaire du commerce, se fend d’une mise au point : la boutique n’appartient pas au président, son oncle par alliance. Un internaute de la Somme, terre des plus farouches ennemis du président – le député François Ruffin et l’écrivain Edouard Louis –, est placé en garde à vue.

    Dans les « manifs », l’effigie du président est lardée de coups de couteau, ligotée par des chaînes, ensanglantée. Gibets, cibles, cercueils trônent devant les cahutes de bord de route. Sur les sites des manifestants, on parle de lui « jeter des pierres » et même de « le pendre ». Quant aux comptes Facebook d’Eric Drouet et de Priscillia Ludosky, deux des initiateurs du mouvement, ils relaient un faux « mandat d’arrêt » contre Emmanuel Macron, coupable de « haute trahison. »

    Déplacements officiels annulés

    Il n’y a pas que les coups de menton ou de gueule sur les réseaux sociaux. Dans la nuit du 14 au 15 décembre, le député (La République en marche, LRM) de l’Eure Bruno Questel voit débouler devant chez lui « un groupe d’hommes, mais aussi de femmes, largement alcoolisés ». Des visages déjà croisés dix fois dans cette circonscription où il a été élu maire en 2002, conseiller général et enfin parlementaire.

    « Ils voulaient s’installer chez moi », raconte le député au téléphone à Emmanuel Macron et à son premier ministre, Edouard Philippe, après que la police a retrouvé six douilles de cartouches tirées devant sa maison. Même le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, pratiquement inconnu du grand public, a vu ses enfants menacés.

    A Paris, les époux Macron aimaient improviser un dîner à La Rotonde, cette brasserie de Montparnasse où les patrons leur arrangent toujours une table au fond du restaurant. Ils étaient même allés voir Le Grand Bain, le « feel good movie » de Gilles Lellouche, dans une « vraie » salle de cinéma. Trop dangereux aujourd’hui. Depuis le 1er décembre, Brigitte Macron n’a pas franchi les limites du périphérique, se contentant, sans aucune publicité, d’une visite à l’hôpital des Invalides, d’une autre à Necker, d’une troisième à l’Institut de la mémoire de la Pitié-Salpêtrière.

    Adieu les longs week-ends à la Lanterne, aux confins du parc du château de Versailles, où Brigitte Macron a l’habitude d’acheter son pain dans les boulangeries avoisinantes : depuis la mi-novembre, les séjours sont brefs et rares. Hormis sa visite surprise à Soissons, le président lui-même est peu sorti de l’Élysée. Le ministère de l’intérieur craint des bousculades, une agression, voire bien pire. Ses agendas ont été vidés, des déplacements officiels annulés : sa visite en Serbie, les 5 et 6 décembre, puis son séjour à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), le 18 décembre, afin de préparer le G7 de 2019 en compagnie de 150 ambassadeurs. L’agenda officiel est loin d’être rempli. « Il est en réunion interne », répond son service de communication.

    Aucun de ceux qui l’entourent n’a souvenir d’un tel rejet sur le terrain. Seul Bruno Le Maire, lorsqu’il était le ministre de l’agriculture de Nicolas Sarkozy, a connu les quolibets et les tas de fumier déversés sur son passage. Pour les jeunes conseillers de l’Élysée, l’expérience est inédite. « On ne va pas finir le quinquennat dans un abri antiatomique », expliquait au Monde le chargé de la communication de l’Élysée, Sylvain Fort, en prenant ses fonctions après l’« affaire » Benalla. « Débunkériser », disait-on alors au Palais. Devant l’association de la presse présidentielle, à la Maison des polytechniciens, le 17 décembre, il détaille cette fois la menace que fait peser sur le président une « défiance transformée en sécession ».

    « Il ne sort plus sans se maquiller »

    Devant les députés LRM, ou en conseil des ministres, Emmanuel Macron ne laisse échapper aucune fébrilité. Occupé à ne pas imposer ses certitudes, il laisse les autres parler. Mais ceux qui le croisent notent sa fatigue. « Il ne sort plus sans se maquiller tellement il est marqué. Il se maquille même les mains », assure un député LRM qui a l’oreille du chef de l’État. Lors de son allocution enregistrée à l’Élysée, le 10 décembre, plus de 23 millions de téléspectateurs découvrent un président mal rasé et amaigri.

    L’Élysée est devenu un huis clos où les corps étrangers sont de plus en plus rares. Le président (Les Républicains) du Sénat, Gérard Larcher, ou l’ancien chef de l’État Nicolas Sarkozy ont été reçus les 4 et 7 décembre. Le jeudi, John Chambers, l’ex-patron du groupe informatique Cisco devenu ambassadeur de la French Tech à l’international, a aussi franchi le perron du Palais avec une quarantaine de « capital-risqueurs » et d’investisseurs venus découvrir de prometteuses jeunes pousses françaises. Mais le chef de l’État a surtout consulté son premier cercle.

    Depuis que les présidents communiquent par messagerie privée, les « visiteurs du soir » sont rares, ou plus exactement leurs visites sont désormais virtuelles. Emmanuel Macron possède deux téléphones et passe de l’un à l’autre. Naguère, les conseillers ou les gardes guettaient l’heure à laquelle il quittait son bureau et éteignait les lumières. Aujourd’hui, ceux qui communiquent avec lui par Telegram notent l’heure à laquelle il cesse ses consultations : 2 heures, 3 heures du matin…

    Il échange évidemment avec son secrétaire général et son premier ministre, qui ont longtemps plaidé que des concessions aux « gilets jaunes » obéreraient la capacité de réforme du gouvernement. Mais ces dernières semaines, Philippe Grangeon, François Bayrou et Richard Ferrand (président de l’Assemblée nationale), les « sociaux », comme on les appelle, ont joué les premiers rôles dans l’entourage du chef de l’État. Avec Jean-Paul Delevoye (haut-commissaire à la réforme des retraites), ces trois-là ont participé à la vidéoconférence qu’Emmanuel Macron a organisée le 8 décembre à l’Élysée afin de réfléchir à la sortie de crise. C’est avec eux, ces représentants du vieux monde, qu’il s’est convaincu de lâcher plus de 10 milliards d’euros pour « sauver le capital des réformes ».

    Pas de trêve pour son anniversaire

    Insulté sur les réseaux sociaux, le président n’ignore pas la tentation et les références révolutionnaires d’une partie des émeutiers. « Le référendum d’initiative citoyenne n’est pas conçu par ses initiateurs – qui ne sont pas des gentils “gilets jaunes”, mais des complotistes de la pire espèce – comme un outil démocratique mais comme un outil de sédition », a encore confié Sylvain Fort, lundi 17 décembre.

    Quand une partie de l’extrême gauche s’est mise à espérer tout haut que la police rejoigne le mouvement de contestation, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, a été prié d’éteindre au plus vite la sourde fronde au sein des forces de l’ordre. Une prime de 300 euros a été attribuée à 110 000 policiers et gendarmes, ainsi qu’une hausse de salaire de 150 euros.

    Même au sein de l’armée, il a fallu menacer de sanctions une dizaine de généraux, un amiral et un colonel de la 2e section, c’est-à-dire retraités mais encore mobilisables, après qu’ils ont signé une lettre ouverte sur un site d’extrême droite.

    « Vous ne pouvez pas décider seul d’effacer nos repères civilisationnels et nous priver de notre patrie charnelle, disait le texte, en s’insurgeant de la signature par la France du pacte de Marrakech (Maroc) sur les migrations. Vous êtes comptable devant les Français de vos actions. Votre élection ne constitue pas un blanc-seing. » Des airs de putsch ? En tout cas un affront pour le président, qui est aussi le chef des armées, et déteste qu’elles le contestent.

    Vendredi 21 décembre, c’était son anniversaire. Quarante et un ans. Encore une jeunesse. Évidemment, Facebook a repéré l’événement et appelé à « pourrir la fête ». Pas de trêve, au contraire. « A bas sa majesté Macron ! », « Dégage Macron Ier ! », continuent de crier les « gilets jaunes » sur les ronds-points rasés puis reconstruits. Rond-point de la Jaunaie, à Redon, en Ille-et-Vilaine, une nouvelle guillotine vient d’être installée : « On veut juste qu’il comprenne qu’il faut qu’il s’en aille », explique une manifestante.

    Voilà le jeune président rattrapé par le fameux « dégagisme » qui l’a aidé à se hisser à la tête du pouvoir, mais aussi par ses analyses historiques et ses critiques sur la « normalisation » progressive des présidents de la Ve République. En juillet 2015, dans l’hebdomadaire Le 1, il assurait que le grand « absent » de « la politique française » était « la figure du roi », dont « fondamentalement le peuple français n’a [vait] pas voulu la mort ». A l’époque, il pensait encore qu’il manquait un roi à la France.

    Raphaëlle Bacqué, Ariane Chemin, Virginie Maling . Publié dans #LeMonde.
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/12/22/emmanuel-macron-a-huis-clos-en-son-palais_5401266_823448.html

    • C’est maintenant l’ordre qui doit régner, le calme et la concorde.

      Peut pas parler français le Méprisant de la république ?
      Il en appelle à la concorde  !
      Le seul qui ne pourra pas la ramener, en appelle à la concorde ... Pitoyable. Surtout de la part de celui qui a tout déclenché par sa Haine de nous.


  • « #Gilets_jaunes » : des #policiers violemment pris à partie par des #manifestants sur les Champs-Elysées, L’imMonde #Police
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/12/23/gilets-jaunes-des-policiers-lynches-sur-les-champs-elysees-selon-griveaux_54

    Le porte-parole du #gouvernement, Benjamin Griveaux, a dénoncé samedi soir le visage « raciste » des auteurs des violences qui ont émaillé les rassemblements. Le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, salue « l’attitude exemplaire » des forces de l’ordre.

    En fait ces flics à moto étaient d’abord à pied, occupés à lancer de loin et hors de tout danger 3 " #grenades_de_désencerclement “ sur un groupe de manifestants, mais la plupart des journalistes se refusent à dénombrer les explosions qui surviennent avant la mise en fuite des policiers, dont l’un aura pour défendre une moto au sol jugé nécessaire de braquer les manifestants...
    https://www.youtube.com/watch?v=Uvzy1olFtTQ

    #Maintien_de_l'ordre #storytelling #communication #violences_policières " #armes_non_létales " #arme_à_feu #vidéo


  • En colère, les policiers obtiennent une revalorisation de leurs salaires
    https://www.latribune.fr/economie/france/en-colere-les-policiers-obtiennent-une-revalorisation-de-leurs-salaires-80

    Les syndicats de policiers et le gouvernement ont signé mercredi 19 décembre, tard dans la nuit, un protocole d’accord permettant une revalorisation des salaires et une réorganisation de la police nationale.

    Tard dans la nuit du mercredi 19 décembre, le ministère de l’Intérieur, qui affronte la grogne des policiers « épuisés » par une surcharge de travail, a accepté de revaloriser leurs salaires. Le protocole d’accord, signé par Alliance, Unsa Police et Unité SGP Police FO, prévoit une augmentation mensuelle moyenne de 120 euros pour les gardiens de la paix en début de carrière, entre le 1er janvier 2019 et le 1er janvier 2020, et une augmentation de 120 à 150 euros pour les échelons plus élevés.

    Une partie de l’augmentation sera actée dès le 1er janvier 2019, le reste mis en oeuvre progressivement à partir de juillet.
    […]
    Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a aussi promis de payer les 275 millions d’euros que l’État devait aux policiers au titre des heures supplémentaires impayées « depuis des dizaines d’années ».

    Les modalités de paiement seront déterminées selon un plan pluriannuel. Ces heures pourront être payées chaque année ou bien placées dans un compte épargne retraite ou un compte épargne temps (CET), lequel sera déplafonné, a précisé Yves Lefebvre.

    Prime de 300 euros pour les personnels administratifs, techniques et scientifiques
    Quant à la prime exceptionnelle de 300 euros votée par les députés dans un amendement à la loi de finances 2019, elle ne sera maintenue que pour les personnels administratifs, techniques et scientifiques qui étaient déployés sur les missions support lors des opérations de maintien de l’ordre pendant les manifestations des « Gilets jaunes », ainsi que pour les personnels de préfecture.


  • Le syndicat de police Alliance appelle à bloquer tous les commissariats à partir du mercredi 19 décembre (BFMWC)
    https://www.crashdebug.fr/actualites-france/15384-le-syndicat-de-police-alliance-appelle-a-bloquer-tous-les-commissar

    Quand est ce qu’on parleras enfin du role de l’Europe dans ce naufrage ??? (Informations complémentaires)

    Le syndicat Alliance appelle à une "journée noire pour la police" ce 19 décembre afin d’obtenir de meilleures conditions de travail et de rémunération. Le syndicat UNSA Police demandait à être reçu par le chef de l’Etat, il sera finalement reçu par Christophe Castaner ce mardi.

    Selon nos informations, le syndicat de police Alliance appelle ce lundi à bloquer tous les commissariats de France à partir de mercredi.

    Sur Twitter et Facebook, le syndicat appelle à "l’acte 1" de la mobilisation policière et à une "journée noire pour la police" ce mercredi 19 décembre.

    ACTE I MERCREDI 19 DECEMBRE JOURNEE NOIRE POUR LA POLICE : « FERMONS LES (...)

    #En_vedette #Actualités_françaises


  • Il y a un an, un journaliste arriviste signait son 1er article pour Le JDD et montait en épingle un dossier fourni par la Gendarmerie Nationale sans en vérifier les infos.
    http://web.archive.org/web/20171217030208/http://www.lejdd.fr/societe/notre-dame-des-landes-les-photos-secretes-de-la-zad-3522752
    En faisant des recherches sur les sources, en quelques heures, je me suis rendue compte que quasi toutes les photos étaient détournées, voire bidonnées :
    https://twitter.com/ValKphotos/status/942791427691614208
    Dans la foulée Christophe Castaner s’en servait sur France 3 pour justifier une énorme opération militaire sur la #zad #NDDL
    https://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-3/dimanche-en-politique/dimanche-en-politique-du-dimanche-17-decembre-2017_2508207.html
    Ce processus n’est pas exceptionnel mais HABITUEL. Les mainstream, pour plein de raisons, ne remettent pas en question ce qu’ils reçoivent des services régalien. Même s’ils savent depuis toujours servir de courroie de transmission d’une désinformation orchestrée.
    Ce qui est intéressant c’est de voir à quel point le phénomène des #fakenews, amplifié par des savants fous en algorithmes, et bientôt régulé par les mêmes #gafam, entraine aussi une formation intense au #CheckNews. Et le mouvement des #GiletsJaunes en est, paradoxalement, issu.
    Ce que semble oublier le @gouvernementFR des puissants c’est que, par la porte ou par la fenêtre, la populace, dont je fais partie, a soif d’apprendre. Mais que face au mépris et au mensonge, la révolte, qu’il est en train de manipuler, risque de s’amplifier & faire des ravages.
    Là ou les services de ce @gouvernementFR excelle bien plus que pour les précédents, c’est de jouer sur ce qui nous différencie pour en faire des appâts clivants. Il l’a fait avec brio sur la #zad #nddl, massacrant celleux qui refusaient de négocier. Il en fera autant avec les #GiletsJaunes grâce au #RIC
    N’oubliez pas que @EmmanuelMacron a fait sa thèse sur le Prince de Machiavel...


    Là où je veux en venir c’est qu’il est urgent de tout faire pour développer l’éducation populaire ET la transmission d’outils LIBRES. ET de continuer à développer l’esprit critique. (ET de cesser de le confondre avec « attaque personnelle », aussi !)
    Qu’on rejoigne ou non un mouvement, un soulèvement, une révolte, une (r)évolution... JAMAIS la fin ne peut justifier les moyens. A chaque fois qu’on laisse passer un arrangement avec « le plus fort », nous perdons. A chaque fois que nous censurons l’esprit critique, nous perdons.
    A chaque fois qu’on détourne les yeux sur « quelques pertes », « quelques dégâts collatéraux », qui touchent « pas grand monde » mais toujours les plus faibles / isolés, nous perdons. Parce que ce n’est pas un jeu pour [nous]. Parce qu’il est indécent de parier avec la vie des autres
    Bison Futé qu’on voit sur ma photo est devenu Bison Cramé. Lieu annexé par un barbouze, incendié par des barbouzes après des batailles internes atroces qui ont privilégié la politique de la terre brûlée à la recherche du consensus. La perspective de la guerre y est pour beaucoup.
    Le puits, pseudo cache d’armes, n’a pas été comblé mais écrasé. Tout cette zone « non-moteur » a été dévastée par des engins & soldats destructeurs, grâce à ce machiavélique chantage : la soumission ou la guerre.
    Je vous laisse avec celui qui habitait là, Alex, qui rencontre Gilles Clément...
    https://youtu.be/dlAHSqcXMXU


  • Occupation de la Comédie Française
    Communiqué du 16 décembre 2018


    Nous sommes des habitant.e.s des foyers insalubres et des locataires de la rue.
    Parmi nous il y a des immigré.e.s ou leurs enfants, des sans papiers, des étranger.ère.s raflé.e.s, humilié.e.s, déporté.e.s, exploité.e.s, mutilé.e.s aux frontières ou à la préfecture. Nous sommes de ceux qui prennent des Kwasa-Kwasa.

    Il y a aussi à nos côtés les fantômes de nos mort.e.s assassiné.e.s aux frontières par l’Union Européenne et Frontex.

    Nous nous souvenons de celles et ceux d’entre nous que la France a rendu fous.folles ou toxicomanes à force de pourrir sur les trottoirs ou d’attendre un courrier de l’ofpra ou de la cnda qui ne vient pas. De celles et ceux suicidé.es à Fresnes au CRA de Toulouse où ailleurs.

    Parmi nous il se pourrait même qu’il y ait aussi quelques français.e.s.

    Nous entrons ce soir à la Comédie Française, pour interrompre la représentation de la sanguinaire Lucrèce Borgia et nous adresser au premier des ambassadeurs de la culture française, Mr Éric Ruf. Ce n’est pas l’homme de théâtre que nous sommes venus chercher mais l’Administrateur Général nommé directement par ceux-là mêmes qui donnent l’ordre de nous chasser, nous enfermer, nous déporter, nous frapper, nous tuer.

    Les théâtres sont depuis quelques temps les scènes privilégiées de grands « serments d’hospitalité ». Alors nous voilà ici, dans le premier d’entre eux, répondant en acte à celles et ceux qui se contentent de faire de grandes tirades humanistes.

    NOUS AFFIRMONS :

    Nous sommes de toutes les révoltes ! Avec les gilets jaunes et toutes celles et ceux qui se dressent contre l’exploitation des pauvres par l’État et les patrons. Ce sont eux qui nous matraquent et nous gazent, rackettent les travailleur.euse.s et dénoncent les sans papiers. Faisons front !

    État français = État raciste. Stop à la collaboration entre les États occidentaux et leurs anciennes colonies qui signent des traités internationaux à Marrakech, Khartoum, Dublin pour mieux nous déporter !

    Nous exigeons des papiers, des logements et la liberté de circulation et d’installation !
    À celles et ceux qui réclament une meilleure « politique d’accueil », nous répondons : c’est le Code raciste et colonial de l’Entrée et du Séjour des Étrangers et du droit d’Asile (CESEDA) qu’il faut s’attaquer.

    À celles et ceux qui s’agitent pour améliorer les conditions d’enfermements, en programmant des ateliers pédagogiques dans les Centres de Rétention Administrative (CRA) ou en jetant des ballons de foot, nous répondons : ce sont ces prisons pour étrangèr.e.s et toutes les autres que nous fermerons.

    Nous exigeons un rendez-vous avec M. Christophe Castaner, Ministre de l’intérieur, pour une régularisation collective de tous.tes les occupant.e.s du Théâtre.

    Nous appelons toutes celles et tous ceux qui aujourd’hui se révoltent dans les rues, sur les ronds points et aux péages, qui font grèves ou bloquent les lycées et les facs à nous rejoindre.

    A celles et ceux qui bloquent des aéroports comme à Nantes, qui brûlent ou s’attaquent à des préfectures (à Dijon ou au Puy en Velay) nous disons : Merci !

    Face à ceux qui veulent diviser la révolte par des discours racistes sur l’immigration, ne formons qu’un seul bloc !

    Collectif La chapelle debout !

    CSP 75

    CSP 20

    Contact : collectif.lachapelle.debout@gmail.com

    Tel : 07 53 21 38 43

    LA CHAPELLE DEBOUT !
    @collectiflachapelledebout (FB)
    @chapelledebout (Twitter)


  • « Cagoule noire » sur « gilet jaune » : décryptage des violences durant les manifs
    https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/cagoule-noire-sur-gilet-jaune-decryptage-des-violences-800970.html

    La violence militante n’est pas une nouveauté : mais de quoi parle t-on exactement quand on mentionne l’ultra-droite ou l’ultra-gauche ? Qui se cache derrière et quelles sont leurs méthodes ? Par Guillaume Origoni, Université Paris Nanterre - Université Paris Lumières ; Stéphane François, École pratique des hautes études (EPHE)

    L’action violente qui n’a cessé d’émailler les manifestations des « gilets jaunes » a été au cœur de l’attention médiatique.

    Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, n’a pas hésité à affirmer que derrière cette mobilisation violente, en particulier celles ayant eu lieu sur les Champs Élysées, il y avait des militants de l’ultra-droite et de l’ultra-gauche.

    Les profils des personnes interpellées montrent une tout autre réalité. Cependant, la radicalisation de ces extrêmes n’est pas à minorer, celles-ci cherchant réellement à en découdre avec les forces de l’ordre. Elle est également à replacer dans un contexte historique.
    […]
    L’ultra-gauche : en place et méthodique
    […]
    Des chercheurs estiment que 200 personnes seraient en phase de pré-terrorisme, tandis qu’un militant identifié du milieu donnait récemment le chiffre de 6000 militants radicaux au sein de l’ultra-gauche. Un officier de renseignement du SDAO (service de renseignement de la gendarmerie) nous indiquait il y a peu que son service a recensé 2000 à 2500 individus « au contact » des forces de l’ordre à Notre-Dame des Landes.

    On l’aura compris, à moins que les services de renseignement restent volontairement imprécis, nul n’est en mesure aujourd’hui de quantifier l’ensemble des militants radicaux au sein de la mouvance. Ajoutons à cela qu’il nous est toujours aussi difficile de comprendre ce qui est désigné par « pré-terrorisme », « ayant une volonté subversive » ou capables d’aller « clasher les flics », toutes notions qui semblent maniées avec une grande subjectivité.

    Ces expressions regroupent donc, au-delà de l’extrême gauche, aussi bien les mouvements anarchistes voire autonomes, réunis dans cette catégorie du fait de la radicalité de leurs discours et/ou de leurs modes opératoires.
    […]
    L’ultra-droite : affaiblie mais revancharde
    […]
    Un renouveau inspiré par l’ultra-gauche mais surtout virtuel
    […]
    Ces militants sont désormais surtout actifs sur Internet, au travers de blogs ou d’interventions sur des forums. Leur activisme est resté, de ce fait, assez virtuel. Toutefois, on constate depuis deux semaines la volonté de militants d’extrême droite, notamment identitaires ou gravitant autour du Rassemblement national, d’agir au sein des gilets jaunes.

    Plusieurs articles de presse montrent leur implication avant tout dans des actions locales, voire parisiennes. De fait, l’activisme de ceux-ci sur les réseaux sociaux des gilets jaunes tend à montrer que l’extrême droite cherche à orienter la colère des gilets jaunes. Enfin, lors des manifestations parisiennes, on y a pu voir également des négationnistes et des néofascistes.


  • Pourquoi est-il si difficile de maintenir l’ordre dans certaines manifestations ?
    https://www.lemonde.fr/police-justice/video/2018/12/15/pourquoi-est-il-si-difficile-de-maintenir-l-ordre-dans-certaines-manifestati

    Feux, barricades, voitures qui brûlent, monuments dégradés : le 2e rassemblement de « gilets jaunes » dans l’ouest parisien a pris une tournure violente le 1er décembre. Pourtant, 4 600 policiers et gendarmes avaient été mobilisés. Quelques jours plus tard, le ministre de l’intérieur Christophe Castaner l’avoue : CRS et gendarmes mobiles ont été dépassés, la doctrine du maintien de l’ordre est à revoir. Pour tirer les leçons de cet évènement, le dispositif est revu la semaine suivante le 8 décembre pour l’acte IV des manifestations.

    Pourtant, le maintien de l’ordre à la française a longtemps été une référence en Europe. Depuis la mise en place des gendarmes mobiles en 1921 puis des CRS en 1944, la doctrine française s’est imposée.

    Ces dernières années, les rassemblements semblent de plus en plus difficiles à encadrer. Et les raisons sont multiples. Explications, en vidéo.

    LE MONDE

    #Maintien_de_l'ordre


  • Nombreux blessés par #flashball à Paris : la nouvelle « doctrine » #Castaner - Page 2 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/121218/nombreux-blesses-par-flashball-paris-la-nouvelle-doctrine-castaner?page_ar

    « C’était impressionnant de voir autant de blessés »
    Boris est conduit à un véhicule de secours, où il rencontre une jeune fille touchée par un tir à la mâchoire, ainsi qu’un manifestant blessé à l’arcade sourcilière. « Un gradé des pompiers disait à ses collègues que les flics devaient arrêter de tirer au niveau de la tête. C’était impressionnant de voir autant de blessés. Je ne pensais pas qu’une balle en caoutchouc pouvait faire aussi mal. » Le photographe a déposé plainte à l’#IGPN.

    Membres de la BRI présents sur les #Champs-Élysées. © DR
    À 14 heures, au moment de ces tirs, c’est Fiorina, 20 ans, qui s’écroule, blessée à l’œil gauche. Elle se trouve sur le trottoir opposé, côté pair de l’avenue. « Nous étions le long du mur, près du McDo, et d’un coup, sur le trottoir d’en face, les CRS et #policiers civils se sont mis à tirer, a expliqué un témoin à Libération. J’ai entendu un bruit juste à côté de moi et j’ai vu cette fille tomber juste à côté de moi. » La jeune femme a été prise en charge à Cochin et, selon un témoignage obtenu par Libération, elle aurait « perdu la vision de l’œil gauche et ne la retrouvera jamais » et « subi de nombreuses fractures sur des os de la face et des saignements dans le cerveau ». Son entourage, qui la présente comme une « patriote » ralliée aux gilets jaunes, a fait une collecte pour couvrir ces dépenses urgentes.

    Un autre reporter d’images, Laurent Bortolussi, de l’agence Line Press, a suivi lui aussi la progression des hommes de la BRI vers l’avenue Georges V. « Cette unité de police descendait sur le côté droit des Champs, explique-t-il. C’était un mélange de civils et d’une compagnie de sécurisation. Et ils tiraient partout. Le 1er décembre, il y avait eu des heurts extrêmement violents et assez peu de blessés, et cette fois, on a eu des heurts moins violents, mais des blessés à la pelle. Les premiers incidents ont commencé vers 11 heures, et de 11 à 18 h 30, les policiers ont tiré au flashball des dizaines et des dizaines de fois. Plusieurs photographes ont été touchés. Un photographe italien a été touché à l’œil. Des tirs, on en voit plein. Il y a des moments où les policiers se lâchent et on les voit tirer à tort et à travers. »

    Policiers d’une compagnie d’intervention sur les Champs-Élysées. © karl Laske
    Laurent Bortolussi est témoin d’un tir qui a touché une dame de 70 ans, près de lui. « Ce tir est absolument incompréhensible, raconte-t-il. Elle était clairement la cible. Je regardais en direction des policiers. Et j’ai vu le tir partir de ce groupe et la percuter, et je l’ai vue hurler. À ce moment-là, je suis un peu pris à partie par la foule qui me dit de filmer ce qui se passe. Cette dame avait un gilet jaune, elle était appuyée contre un poteau, mais du fait de son âge, elle n’était ni violente, ni véhémente. Ce tir n’avait aucune nécessité de maintien de l’ordre. Il n’avait aucune justification. » Le reporter – dont on peut voir le film de la journée ici – se souvient de nombreuses personnes touchées plus légèrement, agenouillées, prostrées, après les tirs.

    Listant pêle-mêle blessures, mauvais traitements, confiscations de matériels subis par une dizaine de professionnels, l’Union des photographes professionnels (UPP) a dénoncé les « atteintes portées aux photojournalistes en exercice de leur métier », samedi.

    Questionné par Mediapart sur l’utilisation des flashball par son unité et les plaintes déposées à l’IGPN, le patron de la BRI, Christophe Molmy, renvoie sur le service communication de la préfecture. « Si c’est vrai, on traitera ça, a-t-il commenté, mais je ne vous répondrai pas. »

    Partisan d’une ligne dure et « d’un dispositif plus offensif » face aux manifestants, le patron du syndicat national des commissaires (SNCP), le commissaire David Le Bars, juge que ces blessés sont « des blessés de trop ». « S’il y a, à l’évidence des gestes inappropriés, ou des tirs ratés, on n’a pas de quoi se réjouir, commente le commissaire. Le tir de LBD doit être cadré, s’il y a un tir “tête”, c’est un tir raté. » Le syndicaliste juge néanmoins qu’il s’agit de « dommages collatéraux » et que le nouveau dispositif, « plus dynamique », a permis « d’éviter le chaos ». M. Le Bars ne veut pas commenter l’usage systématique des flashball en haut des Champs-Élysées, samedi.

    a question de la légalité de ce recours à outrance à ce type d’arme et des blessures au visage infligées à un certain nombre de manifestants sera pourtant posée. En effet, le règlement d’emploi du LBD 40 stipule expressément que « la tête n’est pas visée ». Dans son rapport consacré au « maintien de l’ordre au regard des règles déontologiques », le Défenseur des droits avait recommandé, en décembre 2017, « d’interdire l’usage des lanceurs de balle de défense dans le cadre d’opérations de maintien de l’ordre, quelle que soit l’unité susceptible d’intervenir ».

    À l’est de Paris, d’autres unités de Compagnie de sécurisation et d’intervention (CSI) interviennent. Antoine Coste, un graphiste 25 ans, est touché à la tête dans la soirée par un tir de flashball, boulevard Saint-Martin. Habitant le quartier République, il était descendu voir « par curiosité » et « sympathie » la fin du rassemblement avec des amis. Il est surpris par une charge des policiers parisiens sur la place, se retrouve seul et est touché par un tir alors qu’il se prépare à rentrer chez lui (voir ici une vidéo qui témoigne de la violence de la charge policière). « Il y avait une charge et la foule s’engouffrait dans le boulevard en direction de Strasbourg-Saint-Denis, explique Antoine. Ca sifflait, ça criait : “Macron démission !” Je me suis retourné pour voir ce qui se passait au niveau de la place de la République et j’ai reçu l’impact, d’un coup sec, puissant. Je me suis pris ce coup, je suis tombé au sol et je me suis relevé. Je ne sentais plus mon côté gauche. J’ai regardé ma main qui était pleine de sang. Les gens disaient que j’avais été touché à la tête. » Un manifestant inconnu le guide jusqu’à une ambulance, puis disparaît. « Quand j’étais dans le camion, je l’ai vu partir par le hublot et j’ai pensé : “Merde, je n’ai pas pu lui dire merci.” »
    Il a ainsi perdu l’un des témoins du tir policier. Hospitalisé à Cochin, Antoine a été opéré, mais il craint de perdre son œil.

    « Dans le cadre d’un rassemblement sur la voie publique, notait aussi le rapport du Défenseur des droits, le lanceur de balle de défense ne permet ni d’apprécier la distance de tir, ni de prévenir les dommages collatéraux. Au cours d’une manifestation, où par définition les personnes visées sont généralement groupées et mobiles, le point visé ne sera pas nécessairement le point touché et la personne visée pourra ne pas être celle atteinte. » Le rapport soulignait que même en cas de respect de la doctrine d’emploi, l’arme pouvait provoquer de graves blessures comme la perte d’un œil, « qui confère à cette arme un degré de dangerosité disproportionnée au regard des objectifs de maintien de l’ordre ».

    Le changement de « doctrine » opéré par Christophe Castaner laisse dubitatifs les analystes du maintien de l’ordre. Fabien Jobard, chercheur au CNRS rattaché au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (CESDIP), juge que l’institution a été gagnée par « un début de psychose » devant certaines scènes montrant la faiblesse du dispositif policier et des policiers eux-mêmes, le 1er décembre. « Parler de violence inouïe, voire de guerre civile était une forme de surenchère, juge Fabien Jobard. La guerre civile, ce n’est pas ça… Les #CRS font un travail très anxiogène, et y ajouter une communication qui mise tout sur la peur ne peut rien arranger. »

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  • Le maintien de l’ordre à la française désorienté - Libération
    https://www.liberation.fr/france/2018/12/07/le-maintien-de-l-ordre-a-la-francaise-desoriente_1696698

    MO. Deux lettres pour maintien de l’ordre public. Deux lettres pour l’une des plus grandes fiertés du ministère de l’Intérieur. Deux lettres synonymes aussi parfois d’arbitraire, de répression et de violence. En langage technocratique, il est question de « gestion démocratique des foules ». Elevé au rang d’art par les responsables de la police et de la gendarmerie durant des décennies, le maintien de l’ordre à la française est aujourd’hui chancelant face au mouvement des gilets jaunes. Si l’organisation des unités de forces mobiles, spécialisées en la matière, est parfaitement adaptée pour faire face à des violences au sein d’un cortège délimité, le commandement était à la peine samedi dernier pour échafauder une stratégie à même de contenir des petits groupes mobiles et épars. Une fébrilité qui entrera à coup sûr dans l’histoire policière.
    Mauvais calcul

    De telles scènes de violences étaient inédites à Paris depuis Mai 68. Près de 250 feux allumés, dont 112 véhicules et 6 bâtiments incendiés. 162 personnes blessées, prises en charge par les hôpitaux parisiens. 378 manifestants placés en garde à vue. Un nombre historique de grenades lacrymogènes et explosives ainsi que de balles en caoutchouc utilisées. En cinquante ans, les forces de l’ordre ont évidemment connu d’autres coups durs et échecs en la matière, mais jamais des émeutiers n’ont semblé si proches de faire vaciller le pouvoir. Samedi dernier, la mise en échec du dispositif prévu vient en partie d’un mauvais calcul tactique, mais aussi politique. L’exécutif a fait le pari d’une main tendue vers les gilets jaunes en leur permettant de se rassembler sur les Champs-Elysées à condition d’accepter un contrôle d’identité et une fouille des sacs. La plupart des manifestants ont refusé la proposition et tous les heurts se sont produits aux alentours de l’avenue. « C’était une situation inédite avec d’un côté une concentration importante de personnes à un endroit, cumulé avec des actions périphériques très rapide. Alors qu’à la préfecture de police de Paris, il y a une tradition de verticalité encore plus importante qu’ailleurs qui fait que les forces sont généralement statiques, les bascules sont très lentes », analyse l’ancien général de gendarmerie Bertrand Cavallier, fin connaisseur du maintien de l’ordre.

    Sur le terrain, aucune marge de manœuvre n’est laissée aux agents, chaque mouvement est orchestré par une chaîne hiérarchique qui remonte jusqu’au préfet. Et parfois même jusque place Beauvau. Ce jour-là, dans la salle de commandement, au sous-sol de la préfecture de police de Paris, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, son secrétaire d’Etat, Laurent Nuñez, et le Premier ministre, Edouard Philippe, constatent avec gravité la situation. Les forces de l’ordre sont désorientées, ne parviennent pas à lire la « physionomie » de la manifestation. Les huiles de la direction de l’ordre public peinent à bâtir un plan pour casser la solidarité entre les plus radicaux et les autres, qui, ensemble, refusent la dispersion. « Le bon public », expression ironique utilisée à la préfecture de police pour qualifier les manifestants qui s’organisent en black bloc, est cette fois minoritaire parmi les émeutiers. La préfecture a perdu ses repères.

    « Les casseurs attendaient que le camion à eau arrive ou qu’il y ait du renfort pour retourner dans la foule. Comme ça, ils réussissaient la plupart du temps à ne pas se faire accrocher. Ils tapaient d’un côté, foutaient le feu, puis repartaient d’un autre côté », raconte un policier de la BRI, présent sur le terrain samedi dernier. Une organisation loin du traditionnel cortège avec ses manifestants les plus virulents qui se placent à l’arrière ou à l’avant. Avec une quarantaine de collègues, cette unité d’élite, plus habituée aux prises d’otages qu’aux mobilisations sociales, était chargée samedi d’enchaîner les « interpel’ » : « On se mettait derrière les CRS, de temps en temps ils ouvraient les boucliers, on n’avait rien sur nous, on était en civil juste avec un casque, donc on pouvait choper ceux qui couraient le moins vite. »

    Rangee de policiers devant une barriquade de paves le 11/05/1968. Photographie de Jean Pottier pendant mai 68 a Paris. Credit : Jean Pottier / KHARBINE-TAPABOR.

    Des policiers à Paris, le 11 mai 1968. (Photo Jean Pottier. Kharbina-Tapabor)
    Equation périlleuse

    Le ministre de l’Intérieur arrivé aux commandes depuis moins de deux mois a cherché à rassurer les parlementaires lors de deux auditions tenues coup sur coup. Lundi à l’Assemblée nationale, mardi au Sénat. Avec une question : la police et la gendarmerie parviendront-elles à gérer sans casse et sans drame la journée de mobilisation de ce samedi ? Acculé, Christophe Castaner a garanti une révision « en profondeur » du mode opératoire des forces de l’ordre. « Le ministre a pris une position assez claire, à savoir un dispositif plus mobile, mais la doctrine du maintien de l’ordre ne peut pas changer en trois jours », relève le secrétaire général du Syndicat des commissaires de la police nationale, David Le Bars. Pour expliquer la nouvelle tactique recherchée, Christophe Castaner s’est limité à dérouler le futur triptyque d’action des policiers et gendarmes : « Mobilité, réactivité, fermeté. » Et contact avec les casseurs ? L’équation est périlleuse pour le ministre de l’Intérieur. Depuis une trentaine d’années, la tenue à distance des manifestants est vantée comme le principe fondamental du maintien de l’ordre pour éviter un mort.

    Tout a basculé le 6 décembre 1986. A Paris, les étudiants sont en effervescence contre le projet de loi Devaquet de réforme des universités. Le Quartier latin est occupé, quelques barricades enflammées sont montées. La préfecture de police de Paris envoie alors ses pelotons de voltigeurs motocyclistes. Ces bécanes tout-terrain, rouges et nerveuses, foncent dans les petites rues. Un agent conduit la moto tandis que son binôme distribue des coups de bâton aux manifestants. Au même moment, Malik Oussekine, 22 ans, sort d’un club de jazz. Des voltigeurs le prennent en chasse. L’étudiant se réfugie dans un immeuble de la rue Monsieur-le-Prince. Trois policiers foncent alors dans le hall et le tabassent. Malik Oussekine ne se relèvera pas. Le lendemain, l’émoi est national. Alain Devaquet démissionne et sa réforme de l’éducation est abandonnée. Les pelotons de voltigeurs sont dissous. « Et deux ans plus tard, la droite, au pouvoir, perd les élections, rappelle le journaliste David Dufresne, auteur de Maintien de l’ordre, livre référence sur le sujet. A partir de cet événement, la mort d’un manifestant a constitué le point au-delà duquel on ne peut pas aller. » Les paroles du préfet Maurice Grimaud, qui était parvenu à réprimer la révolte de Mai 68 sans drame à Paris, paraissent bien lointaines. Dans une lettre envoyée à tous ses agents, il mettait en garde contre le péril qui menaçait les institutions en cas d’usage disproportionné de la force : « Nous gagnerons peut-être la bataille dans la rue, mais nous perdrons quelque chose de beaucoup plus précieux et à quoi vous tenez comme moi : notre réputation. […] Frapper un homme à terre, c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. » Aujourd’hui encore, Malik Oussekine symbolise les violences policières. Mais aussi la hantise de Beauvau d’avoir à répondre d’un manifestant étendu sur le sol.

    Pour éviter d’avoir à affronter une nouvelle crise politique après un mort lors d’une manifestation, la philosophie de mise à distance va être renforcée. « Les implications sur notre action sont énormes. On a tous en tête que ce que l’on va faire peut avoir des conséquences pour le gouvernement, expose le colonel Stéphane Fauvelet, responsable de la formation des gendarmes mobiles au centre d’entraînement de Saint-Astier (Dordogne). Si l’on commet un acte grave, on va rompre l’équilibre et empêcher la possibilité d’une négociation. C’est toute la difficulté du maintien de l’ordre. » Des stratégies de plus en plus défensives des forces de l’ordre sont alors adoptées. La professionnalisation accrue des unités dédiées, compagnies républicaines de sécurité et gendarmes mobiles, contribue aussi à une meilleure maîtrise de la force. Les unités ne doivent plus briser les manifestations pour les disperser, mais tentent de contenir le plus longtemps possible les violences et de repousser les contacts. Conséquence : le recours massif aux armes pour maintenir la distance de sécurité avec les manifestants.

    Depuis quelques années, la montée en puissance des armes « intermédiaires » se banalise. C’est par exemple le cas du flash-ball, puis de son successeur le lanceur de balles de défense de 40 mm, utilisés pour la gestion des foules depuis le milieu des années 2000. Interrogé en 1998 à ce propos, le chef du bureau des équipements du service central des CRS de l’époque, Christian Arnould, s’inquiétait pourtant de l’arrivée de cette nouvelle arme : « Symboliquement, en matière de maintien de l’ordre, cela signifie que l’on tire sur quelqu’un, alors que, depuis des années, on prend soin de tirer les grenades à 45 degrés sans viser les personnes en face. » Le 1er décembre à Paris, les policiers ont tiré plus de 1 200 de ces balles en caoutchouc.

    Anti-riot police officers face university and high school students demonstrating in Paris to protest the Devaquet law that aims to implement a selection system for students who want to go to university. Students have thrown red paint at the police. (Photo by Alain Nogues/Sygma/Sygma via Getty Images)

    Manifestation à Paris en 1986.(Photo Alain Nogues. Sygma via Getty Images)
    Amputations de membres

    A cet arsenal s’ajoutent aussi des grenades explosives. En octobre 2014, sur la ZAD de Sivens, Rémi Fraisse, un militant écologiste de 21 ans, reçoit une grenade offensive OF-F1 de la gendarmerie, dont l’explosion le tue sur le coup. Si l’usage de cette arme est abandonné, aucun changement profond n’est amorcé. Un rapport parlementaire dédié à la question du maintien de l’ordre conduit à un statu quo. Une autre grenade, la GLI-F4, qui contient aussi une charge de TNT, est maintenue en dotation. Elle a depuis provoqué plusieurs amputations de membres, comme à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, et certainement à Paris et Tours ces dernières semaines dans le cadre du mouvement des gilets jaunes. Toutefois, cette philosophie du maintien de l’ordre à la française souffre, depuis une quinzaine d’années, d’une vraie entorse. Les autorités cherchent de plus en plus à afficher un nombre conséquent d’interpellations. Pour faire du chiffre et pour pouvoir « judiciariser » les débordements, des effectifs plus légers vont aller au contact direct des manifestants. Cette mission est souvent confiée aux brigades anticriminalité, des effectifs non formés au maintien de l’ordre. Cette stratégie peut s’avérer contre-productive. La gestion parisienne de la mobilisation contre la loi travail en a été le parfait exemple. En opposition avec la doctrine française de la mise à distance, le préfet de l’époque, Michel Cadot, positionnait les CRS et gendarmes mobiles au plus proche des manifestants pour tenter de commencer les interpellations dès le départ du cortège. Tout ça dans un nuage de gaz lacrymogène. Le slogan « Tout le monde déteste la police » dépassait les rangs des plus déterminés.

    En prévision des très possibles affrontements de ce samedi, l’Elysée dit redouter « une très grande violence » d’« un noyau dur de plusieurs milliers de personnes » qui viendraient à Paris « pour casser et pour tuer ». En 2005, confronté à plusieurs nuits d’émeutes en banlieue, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, use de la même rhétorique : « L’enjeu est assez simple : soit les bandes gagnent, soit la République l’emporte. L’alternative est dans ce choix. C’est la force légale de la République ou la force brutale des bandes. Ce sera donc la force légale de la République. Ni vous ni nous n’avons le choix. » La communication anxiogène de l’Elysée, comme celle de Sarkozy à l’époque, renvoie à l’autre grand principe du maintien de l’ordre : impressionner pour contenir. Sur le terrain, cela s’exprime par la même scénographie : la sortie des véhicules blindés, la mise en place des compagnies de CRS, les fusils et lanceurs de balles bien en vue. Un cérémonial qui risque de ne pas suffire à empêcher les violences. Et la possible multiplication des charges, avec ses dangers considérables.
    Ismaël Halissat

    #maintien_de_l’ordre


  • Gilets jaunes : samedi à Paris, la police avait une arme secrète [du #liquide_incapacitant ? parole de flic et de journaliste, mais qui sait, ndc]
    https://www.marianne.net/societe/gilets-jaunes-paris-police-arme-secrete

    Selon nos informations, certains des blindés de la #gendarmerie disposés pour la première fois dans Paris ce samedi 8 décembre étaient secrètement équipés d’une réserve de liquide incapacitant. Un dispositif radical qui ne devait servir qu’en dernier recours.
    C’est dire si le pouvoir a eu peur. Samedi 8 décembre, certains des blindés de la gendarmerie disposés pour la première fois dans Paris étaient secrètement équipés d’un dispositif radical, qui n’aurait été utilisé « qu’en dernier recours » : une réserve de liquide incapacitant. Selon nos sources, la pulvérisation de ce liquide sur une foule de gilets jaunes aurait été capable de « les arrêter net, mettant les gens à terre, même avec des masques ». Chaque engin aurait pu « neutraliser » une surface de plusieurs terrains de football… « Heureusement, que l’on n’en est pas arrivé là », ajoute cette source haut placée dans le dispositif policier. « L’autorité politique », comme le disent les fonctionnaires, aurait approuvé l’éventuel emploi d’un tel produit, qui n’aurait été utilisé qu’en cas de « débordement ultime ». Une sorte de « dernier rempart », utilisable sur décision politique… Interrogée, la préfecture de police de Paris renvoie au #ministère_de_l'Intérieur.

    C’est le premier enseignement de la journée du 8 décembre : le préfet de police de Paris a perdu son leadership sur le maintien de l’ordre dans la capitale. La semaine dernière, le ministère de l’Intérieur, sous la double commande de Christophe Castaner et Laurent Nuñez, a pris les choses en main, largement épaulé en ce sens par les #syndicats_policiers. Cette mainmise du ministère de l’Intérieur ne s’est pas faite sans friction avec la préfecture de police de Paris, où le #préfet #Michel_Delpuech a grincé à plusieurs reprises devant la mise en place d’un dispositif mobile et décentralisé, contraire aux pratiques antérieures. Selon nos informations, le préfet a d’ailleurs réclamé en fin de semaine dernière « des instructions écrites », ce qui, en mœurs préfectoraux, consiste à « se couvrir » à l’approche d’une situation controversée. « D’un point de vue policier, le #maintien_de_l’ordre de samedi à Paris a finalement été un succès, ces frictions ne sont plus d’actualité », sourit une source à la préfecture de police. Bilan en six points.

    1 - Un nettoyage sans précédent. De mémoire de policier, aucune #manifestation parisienne contemporaine n’avait mobilisé autant de préparatifs en amont. Quasiment toute la rive droite avait tiré les stores, barricadé ses vitrines et rangé ses voitures. Le mobilier urbain avait été démonté et la plupart des chantiers de voirie vidés sur un large périmètre, pas seulement autour de la place de l’Etoile. Lors de la première manifestation sur les Champs-Elysées, celle du 24 novembre, un seul chantier sur l’avenue avait servi de combustible aux barricades. Lors de la deuxième manifestation, ce sont tous les chantiers autour de l’Etoile qui ont joué le même rôle… Samedi 8 décembre, pour ne pas fournir « armes et combustibles aux manifestants », la majeure partie de la rive droite ressemblait à une ville morte.

    2 - Des mesures d’exception aux abords. Autre initiative policière restée cachée jusqu’à samedi matin, les #fouilles_préventives. Vendredi, les #procureurs compétents, notamment aux péages de la région parisienne, avaient pris des réquisitions judiciaires autorisant les contrôles d’identité, invoquant les risques d’infractions liées à la manifestation sur Paris. Ces contrôles ont permis de saisir des objets potentiellement dangereux comme des boules de pétanque, des manches de pioche, ou d’autres signant la participation à un rassemblement, comme des masques de plongée. Résultat, samedi, Paris a battu son record de #gardes_à_vue. Le dispositif initial permettant d’en absorber 800 a même été dépassé. Il y en a finalement eu 974 en région parisienne. Mais « seulement » 278 ont donné lieu à un déferrement judiciaire. Dans la majorité des cas, les gardes à vue étaient levées ou se soldaient par un « #rappel_à_la_loi ». Autrement dit une admonestation [non, le rappel à la loi est la reconnaissance d’une infraction suite à laquelle les dispositions prévues pour la récidive légale sont applicables : aggravation de la peine encourue, ndc] , la simple possession d’un masque de plongée ou d’une bombe à peinture ne pouvant pas, en tant que tel, constituer un délit.

    Les interpellations de Julien Coupat, figure de l’ultragauche, ainsi que d’autres activistes d’extrême droite, dès samedi matin, participent du même « dispositif préventif » inédit et controversé. Henri Leclerc, ancien président de la Lige des droits de l’Homme, dénonce un potentiel usage « liberticide très grave ». En clair, une sorte d ’interdiction de manifester qui ne dirait pas son nom .

    « On assume, confie une source policière. Au moins, ces gens n’étaient pas dehors. Cela a fait dégonfler les effectifs de durs potentiels ». Autre dispositif en amont, la plupart des gilets jaunes, avant de rejoindre les principaux « spots » de manifestation (Champs-Elysées, Bastille, République), étaient systématiquement fouillés. La plupart y perdaient leurs masques de protection contre les lacrymogènes. Pour parvenir jusqu’au Champs-Elysées, avec toutes les stations de métro bloquées et les barrages de policiers disposés à certains endroits autour du périmètre interdit, la plupart des gilets jaunes ont dû marcher plusieurs heures… Résultat, une grosse partie des manifestants errait d’un point à un autre, sans parvenir à rejoindre aucun « point chaud ». De fait, durant la quasi-totalité de la journée, le rapport de force sur les lieux de friction est toujours resté à l’avantage des policiers [ en jouant sur la #mobilité et une certaine rapidité "on a évite la formation de #nébuleuses" disait un type du syndicat des commissaires, ndc] .

    3 - Un dispositif mobile et décentralisé. C’est la grande nouveauté de cette journée. Les policiers et gendarmes sur Paris étaient « mobiles » et leur commandement largement décentralisé, par secteur . « Bien sûr, il y avait toujours autant de galonnés autour du préfet, dans la salle de commandement de la préfecture de police, se désole un fonctionnaire, mais pour la première fois, c’est vraiment le commissaire de terrain qui menait sa troupe en fonction de ce qu’il voyait sur place » . Avec une efficacité spectaculaire, à l’œuvre sur les Grands Boulevards, où, avançant au milieu de deux canons à eau, des policiers et gendarmes « nettoyaient » au fur et à mesure les feux de poubelles moins de cinq minutes après leur déclenchement. « Comme à l’entraînement ! On avançait vite, sans leur laisser le temps de former une véritable barricade devenant vite un point de fixation », raconte un fonctionnaire. Ce dispositif a permis d’éviter la confrontation générale du 1er décembre, avec une place de l’Etoile occupée par les gilets jaunes et des forces de l’ordre assiégées des heures durant, en direct sous les yeux des caméras du monde entier. « Samedi, dans l’après-midi, il y a eu des moments de grande tension , notamment autour de l’Etoile, mais ils se sont moins vus », admet cette source.

    Jusque-là, le maintien de l’ordre parisien « habituel » privilégiait l’absence de contact avec la foule [ heu oui, toujours très variable ce principe, ndc] . « Pour ce genre de manifestation, la mobilité était souhaitable depuis longtemps, il y aura un avant et un après samedi 8 décembre », se réjouit un commissaire parisien, saluant pour sa part l’efficacité du dernier dispositif. « On nous rétorque depuis des années que le contact risque d’augmenter le nombre de blessés, cela n’a pas été le cas », ajoute-t-il. Le bilan de samedi est de 264 blessés dont 39 fonctionnaires. Un manifestant a eu une main arrachée à cause d’une grenade, une femme a perdu un œil sur les Champs-Elysées, vraisemblablement à cause d’un tir de flash-ball. Dès vendredi, après des premiers incidents liés à des #flash-ball lors de manifestations lycéennes, 200 personnalités, dont plusieurs députés de gauche, ont appelé à cesser immédiatement l’usage de ces armes.

    4 - Une mobilisation en hausse. Autre constat, malgré les appels incitant à ne pas manifester à Paris, la mobilisation des gilets jaunes a grossi d’une semaine sur l’autre. Le message envoyé par l’Elysée, selon lequel certains « venaient pour tuer » [ et que on va légitimement se défendre avec nos joujoux ; menaces de mort contre les manifestants, ndc] , n’est pas parvenu à inverser la tendance. Aucune arme n’a pourtant été saisie lors des contrôles de police. « La dramatisation n’a pas empêché le monde, de l’ordre de 10.000 personnes » [ quelle rigolade, encore une fois : qui informe les journalistes ? ndc] , admet un fonctionnaire. Ce 8 décembre, les #gilets_jaunes étaient visibles par grappes de Bastille à l’Etoile en passant par République et les grands Boulevards, quand le week-end précédent, ils n’étaient concentrés que sur l’Etoile. « Raison de plus pour se féliciter de notre dispositif », glisse un syndicaliste qui espère, sans trop y croire, « que la tension va désormais retomber ». « Si ce samedi, on avait fait comme le week-end d’avant, on aurait eu une nouvelle journée de chaos, dit-il. Mais je ne sais pas combien de samedis consécutifs on tient encore comme cela ». Face aux 136.000 gilets jaunes recensés dans toute la France, ce 8 décembre, le ministère de l’Intérieur avait déployé 89.000 policiers. Sans parler des effectifs d’agents municipaux pour ranger et réinstaller le mobilier urbain, et des efforts des commerçants pour barricader et débarricader leurs vitrines.

    5 - Un déséquilibre Paris-Province. Autre constat, la province trinque. Saint-Etienne, Toulouse, Bordeaux notamment ont été le théâtre d’affrontements d’une rare violence. « Sur 150 unités, 50 étaient à Paris et cent en province », indique une source au ministère de l’Intérieur. Un tiers, deux tiers… Officiellement, pas question d’avouer que certaines zones avaient été dégarnies faute de troupes. Ce lundi matin, en déplacement à Bordeaux, Laurent Nuñez a estimé que les effectifs (4 unités) y avaient été suffisants. Une affirmation qui fait sourire certains syndicalistes. « Le ministre ne peut pas le dire, mais certains secteurs étaient très dégarnis. Samedi, on était à notre maximum. On ne peut pas plus… Au delà, c’est l’armée qu’il faut appeler », dit un policier. C’est d’ailleurs le paradoxe de ce mouvement. Etant durable, disséminé sur tout le territoire et violent, il met les forces de l’ordre au bord de la rupture. Samedi prochain, en cas d’acte V, Paris sera-t-il délaissé de certaines unités au profit de villes de province ? La décision politique, au ministère de l’Intérieur, ne sera pas facile à prendre.

    6 - Des pillages du soir en hausse. Le dernier constat concerne ce que certains policiers appellent la troisième mi-temps des manifestations de gilets jaunes : les #pillages. Samedi soir à Paris, ils ont été « deux fois plus nombreux encore que ceux du 1er décembre », selon un policier de terrain. « Ce sont des petits groupes, pour la plupart de #jeunes_de_banlieue, qui attendent la fin de la journée et la tombée de la nuit pour cibler des boutiques et se servir », se désole-t-il. De fait, les 90 mineurs arrêtés samedi à Paris l’ont tous été en flagrant délit de pillage, ainsi que bon nombre de « jeunes majeurs ». « Un gérant de bijouterie a tiré au flash-ball… Si ces pillages continuent, cela peut dégénérer », prévient ce policier, qui craint un « sérieux risque de bavure » de ce coté-là. « De toute façon, maintenant, on marche sur le bord d’un volcan », conclut-il. Jusqu’à quand ?

    Le message émis le 1er décembre à Paris, au Puy en Velay et ailleurs a été entendu et repris le 8 décembre dans de nombreuses grandes villes et villes moyennes. Ce que l’action de la police a parfois favorisé, comme dans le cas de ces bordelais qui avaient payé leur billet de train mais ont été empêchés de « monter à Paris » par la police.

    Avec sa tête de bon élève ce soir (la pitoyable scène de contrition est la seule que j’ai vue), et sa fausse hausse du SMIC, nul doute que nombreux seront ceux pour qui Jupiter fait à minima office de tête à claque.

    • Je vous rappelle qu’en Allemagne aussi la transformation de la Bundeswehr dans une armée de guerre civile est en cours. Le journal très conservateur Tagesspiegel y dédie un dossier entier sous son propre domaine internet.

      Afghanistan-Connection
      http://www.afghanistan-connection.de

      Sie waren zusammen im Afghanistan-Einsatz. Dem längsten und gefährlichsten seit Gründung der Bundeswehr.
      Jetzt sitzen sie auf entscheidenden Posten im Verteidigungsministerium, im Einsatzführungskommando, im Planungsamt.
      Ihr Wort hat Gewicht. Sie prägen das Bild, das sich die Ministerin macht.
      Sie bestimmen Ausrichtung, Struktur und Selbstverständnis der Truppe. Ihr Blick ist geprägt vom Erlebnis des Krieges.
      Vom Kampf gegen einen unsichtbaren Gegner. Vom Töten und Getötetwerden.
      Ein einseitiger Blick, der sich ausschließlich an Afghanistan orientiert. Mit gravierenden Folgen für die Sicherheit Deutschlands,
      wie Recherchen vom Tagesspiegel und dem ARD-Magazin FAKT zeigen.

      #Allemagne #armée #guerre_civile

    • Les précisions de la gendarmerie - Le 11.12.2018 à 17h30

      A la suite de la parution de notre article, la gendarmerie nationale a souhaité préciser que le dispositif dont nous vous rapportons l’existence n’est pas un liquide mais une « poudre »… Certains blindés déployés à Paris samedi étaient bien équipés d’un dispositif de « pulvérisation » d’un produit « incapacitant », de type « lacrymogène à dose forte », qui n’aurait été utilisé que sur « ordre d’une autorité ». Chacun des blindés équipés de ce dispositif de pulvérisation (visible en haut à droite face à l’engin) contient trois bouteilles de plongée dont deux sont chargées de la fameuse poudre sous pression. « Cela n’a jamais été utilisé en métropole », confie à Marianne le Sirpa gendarmerie, qui reconnaît qu’en « configuration normale », un blindé peut « pulvériser » sous forme d’épandage sur l’équivalent d’une surface de « un à deux terrains de football ». Marianne maintient que lors des réunions de crise au plus haut niveau, préparatoires à la manifestation du 8 décembre, il a bien été question de ce dispositif comme d’un « dernier rempart »… et qu’il aurait été capable « d’arrêter net une foule, mettant les gens à terre, même avec des masques ».

    • Capable de « neutraliser » une surface de plusieurs terrains de football…
      => Ce qui inclue les policiers en contact avec les manifestant.e.s. .
      Donc ne peut être utilisé facilement.

      – Réaction des policiers gazés envers leurs collègues et leur hiérarchie.

      – Si des policiers sont hors service, suite à l’utilisation de cette saloperie, les manifestants non touchés peuvent venir leur prendre leurs armes.


  • Christophe Castaner dessine un pentagramme au sol pour entrer en contact et demander de l’aide à Charles Pasqua.

    Paris – Les conseillers de Christophe Castaner ont surpris le ministre de l’Intérieur en pleine séance de spiritisme ce matin. En effet, selon lui, il essayait d’entrer en contact avec les mânes de Charles Pasqua pour qu’il lui explique la marche à suivre face aux violences à venir de samedi. Reportage.

    http://www.legorafi.fr/2018/12/05/christophe-castaner-dessine-un-pentagramme-au-sol-pour-entrer-en-contact-et


    #Le_Gorafi #Pasqua #pentagramme #Castanananère


  • Suisse : Les images de l’arrestation de lycéens en France soulèvent l’indignation Frédéric Boillat - 7 Décembre 2018 - RTS
    https://www.rts.ch/info/monde/10051400-les-images-de-l-arrestation-de-lyceens-en-france-soulevent-l-indignatio

    Les images de l’arrestation de 146 personnes jeudi devant un #lycée de #Mantes-la-Jolie, dans les Yvelines, lors de manifestations estudiantines soulèvent une vague d’indignation, alors que les autorités rappellent le contexte particulièrement violent.

    Une vidéo diffusée par Franceinfo et plusieurs médias français montre des dizaines de jeunes à genoux, les mains dans le dos ou sur la tête. Ils sont entourés par de nombreux policiers. Si on ignore pour l’heure qui a tourné ces images, elles suscitent une indignation générale dans la classe politique française et sur les réseaux sociaux.

    Selon Franceinfo, les jeunes ont été interpellés devant leur lycée pour "participation à un attroupement armé" et les policiers n’avaient pas assez de menottes, ce qui les a forcés à les placer dans cette position. Les lycéens protestaient contre la réforme des études en France mais aussi pour soutenir les gilets jaunes.

    Toujours selon le média français, qui cite la police, plusieurs dizaines de personnes, pour la plupart encagoulées, ont manifesté violemment, forçant la police à intervenir. Ils portaient des bâtons, des battes de baseball et du gaz lacrymogène et ils ont incendié des voitures.

    https://www.youtube.com/watch?v=TnOwLMdYBDs

    "#Intolérable", "#indigne", "#dictature_militaire"
    Si les circonstances de ces arrestations demeurent peu claires, elle ont fortement fait réagir. "Ce qui s’est passé avec les #lycéens de Mantes-la-Jolie (...) est simplement intolérable", a ainsi estimé l’ancienne ministre écologiste Cécile Duflot sur Twitter, en publiant la vidéo en question. https://twitter.com/CanaryFrance/status/1070754858997829633/video/1

    "Glaçant, #inadmissible. Cela n’est pas la #République. La jeunesse française humiliée. Mais que cherche le pouvoir sinon la colère en retour ?", a de son coté tweeté l’ancien candidat socialiste à la présidentielle Benoît Hamon, alors que la sénatrice écologiste Esther Benbassa a fait part de sa colère sur le même réseau : "La France, pays des droits de l’homme. Comment certains policiers y traitent les mineurs. Où vivons-nous donc ? Sous quel régime ?"
    https://twitter.com/libe/status/1070788999378169856

    La conseillère de Paris du Parti de gauche Danielle Simonnet a pour sa part évoqué une "dictature militaire", alors que son collègue de parti et député Eric Coquerel a exigé une réaction du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner après ces actes "indignes".

    . . . . .
    Selon les autorités, 300 lycées et collèges en France ont été perturbés jeudi et 80 d’entre eux ont été bloqués par des élèves. Plusieurs incidents ont conduit à 700 interpellations sur tout le territoire.
    . » . . . .


  • Un ferry dérouté de Saint-Malo à Caen-Ouistreham + Revue de presse
    http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2018/12/04/01016-20181204LIVWWW00027-en-direct-gilets-jaunes-philippe-macron-blocages-

    Le navire de la Brittany Ferries assurant la liaison entre Portsmouth (Grande-Bretagne) et Saint-Malo a été dérouté ce mardi vers Ouistreham (Calvados), le port breton étant bloqué par des "gilets jaunes", a indiqué la compagnie maritime. "En raison du mouvement des ’gilets jaunes’, qui bloquent le port de St Malo, le navire, ’Le Bretagne’, a été dérouté sur Ouistreham", a indiqué sur son site la compagnie.

    "En conséquence, votre départ de ce soir, mardi 04/12/18, se fera de Caen-Ouistreham à 20h30. Arrivée à Portsmouth à 07h45", précise la compagnie qui ajoute : "Des blocages étant toujours prévus sur les routes françaises, merci de prévoir un temps de trajet supplémentaire pour vous rendre au port". Selon la compagnie, une navette a quitté la gare maritime de Saint-Malo à 16 heures pour acheminer les passagers non motorisés à Ouistreham, près de Caen, soit à près de 200kms de là.

    Il s’agit du premier déroutement d’un ferry de la Brittany Ferries, censé accoster à Saint-Malo, depuis le début du mouvement des "gilets jaunes", a indiqué un membre de la compagnie en charge de l’information du public.

    EN IMAGES - Le saccage du péage de Virsac

    Sur 412 personnes interpellées à Paris samedi dernier, seules 16 étaient fichées ultra-droite ou ultra-gauche
    Le préfet de police, Michel Delpuech, a indiqué devant la commission des lois du Sénat que 412 personnes avaient été interpellées à Paris samedi dernier. Sur ces 412 personnes, seules 16 étaient fichées ultra-droite ou ultra-gauche, a-t-il expliqué.

    Marche pour le climat samedi à Paris : Hulot trouve que ce n’est « pas le moment »
    Ce n’est "pas le bon moment" d’organiser samedi à Paris une marche pour le climat, a estimé sur RTL Nicolas Hulot, y voyant un risque de "confusion" et de "confrontation" dans le contexte de crise des "gilets jaunes".

    "C’est mon avis personnel, ça n’engage que moi, je trouve que ce n’est pas le moment

    Christophe Castaner : « Il faut prévoir le pire » pour la manifestation de samedi
    Lors de son audition au Sénat, le ministre de l’Intérieur, interrogé sur les discussions en cours sur les dispositifs pour samedi prochain, a dit "prévoir le pire". "Il faut faire en sorte que ce qui s’est passé samedi ne se reproduise pas", a-t-il fait remarqué. . . . . .

    Lycées : une centaine d’interpellations dans le Val-d’Oise
    Des incidents ont à nouveau éclaté mardi devant des lycées de la région parisienne, notamment dans le Val-d’Oise avec près de 100 placements en garde à vue, dans un mouvement de contestation réveillé par celui des "gilets jaunes", selon des sources concordantes.

    Dans le Val-d’Oise, 97 personnes ont été placées en garde à vue mardi après des heurts à proximité de quinze lycées. A Enghien-les-Bains, le lycée Gustave-Monod a été victime d’une "tentative d’incendie" lors d’une manifestation qui a rassemblé quelque 200 jeunes, a indiqué le parquet de Pontoise.

    Arrêt temporaire de la production chez Maïsadour
    Le géant de l’agroalimentaire Maïsadour a dû temporairement interrompre sa production en raison des blocages des "gilets jaunes", à quelques semaines des fêtes de fin d’année, rendez-vous important pour ses marques d’épicerie fine, a indiqué ce mardi son président.

    "En raison des blocages par les ’gilets jaunes’, nos camions n’ont pas pu circuler, nous sommes donc restés plusieurs journées sans pouvoir abattre de volailles, et nous avons perdu des livraisons", a déploré Michel Prugue à Mont-de-Marsan, lors d’une conférence de presse en marge de l’assemblée générale du groupe. La société regroupe notamment les enseignes Delpeyrat, Comtesse du Barry ou Sarrade et Delmas, spécialisées dans les produits fins et gastronomiques.

    "Il est encore trop tôt pour chiffrer le préjudice", a ajouté le président de Maïsadour. "Mais nous surveillons le mouvement de près car nous approchons des fêtes de fin d’année. Pour nous, c’est particulièrement sensible. C’est un mois de travail important, et nous surveillons les difficultés que nous pourrions rencontrer dans le transport des marchandises si le mouvement se poursuivait".

    La SPA annule son Noël des animaux prévu ce week-end place de la République
    La SPA a annoncé qu’elle annulait son Noël des animaux prévu à Paris ce week-end place de la République. L’association craint des violences similaires à celles qui se sont déroulées samedi dernier lors de la manifestation des « gilets jaunes ».

    Edouard Philippe : « Il ne faut pas perdre de vue la non-augmentation de la dette publique »

    Jean-Pierre Raffarin plaide pour un accord avec les « gilets jaunes »
    Invité ce matin des « 4 Vérités » sur France 2, l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin imagine ce que pourrait être sa feuille de route s’il était toujours à Matignon. 

    Tiens, il existe encore celui là !

    #GiletsJaunes #en_vedette #revue_de_presse


  • Paris, hier.
    https://www.mediapart.fr/journal/france/011218/les-gilets-jaunes-debordent-dans-les-rues-de-paris

    « La mobilisation parisienne a tourné en manifestation sauvage, se mêlant parfois au défilé syndical de la CGT, mais elle fut surtout rejointe par des militants de tous horizons, pour finir dans un nuage de lacrymogènes au centre de la capitale.

    Cette fois, c’était promis, les choses se passeraient dans le calme. Ce samedi 1er décembre à Paris, le dispositif policier serait à la hauteur, et la capitale ne connaîtrait pas les scènes d’émeutes qui ont marqué les Champs-Élysées samedi 24 novembre. Le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, avait évoqué des points d’entrée rigoureusement contrôlés par les policiers, qui devaient fouiller les sacs et ne laisser passer que des manifestants pacifiques, pour garantir sérénité et sécurité aux « gilets jaunes », appelés à manifester sur les Champs-Élysées pour le troisième samedi consécutif, à 14 heures.

    Rien de tout cela ne s’est produit. La situation a dégénéré dès 10 h 30, quand les forces de l’ordre utilisaient déjà à plein gaz lacrymogènes et canons à eau, dans des situations guère éloignées de la guérilla urbaines (lire notre reportage près de la place de l’Étoile). Vers 11 heures du matin, Christophe Castaner en était déjà réduit à donner le chiffre ubuesque de « 200 manifestants pacifiques et 1 500 perturbateurs », alors que les personnes qui s’en prenaient au même instant aux forces de l’ordre ne pouvaient pas, loin de là, êtres rangées dans la classique catégorie des casseurs, qu’ils soient issus des Blacks blocs ou de l’extrême droite (même si certaines de ses figures étaient présentes).

    À 18 heures, le gouvernement annonçait 75 000 manifestants dans toute la France, mais aucun dispositif cohérent n’aura été en mesure de compter le nombre de « gilets jaunes » ou de syndicalistes parcourant Paris. Au fil des heures, des milliers de manifestants se sont retrouvés en de nombreux points de la capitale, un peu partout dans une bonne moitié de la rive droite. La préfecture de police de Paris dénombrait en fin de journée une centaine de blessés, dont 14 parmi les forces de l’ordre, un fusil d’assaut volé dans une voiture de police et 263 interpellations.

    En conséquence des sérieux affrontements qui ont opposé manifestants et forces de l’ordre du début de la matinée à la fin de l’après-midi sur les Champs-Élysées, des centaines et des centaines de « gilets jaunes » ont été refoulés lorsqu’ils ont voulu rejoindre le point de rendez-vous prévu. L’après-midi qui a suivi a donné lieu à de très inhabituelles séances de déambulations collectives dans les rues de Paris, traversées de brusques accès de tension, de scènes de panique, de débordements divers, mais aussi de quelques rencontres improvisées avec les manifestants plus aguerris qui avaient prévu de mener leurs cortèges dans l’après-midi, soit avec, soit à côté des « gilets jaunes ».

    À 13 heures, devant le parvis de la gare Saint-Lazare, un soutien est déjà en train de taguer « Justice pour Adama » sur des bâches de plastique jaunes. Autour de lui, des membres du désormais célèbre collectif contre les violences policières, des syndicalistes, des « gilets jaunes » de la région parisienne ou des militants de la première heure du mouvement social, qui se sont donné rendez-vous là en début de semaine, mais sont déjà un peu perdus.

    « Les “Nuit debout”, ils sont où ? interroge une vieille dame. C’était dur de choisir où aller ce matin… » « De toute façon, c’est le bordel partout, lui répond son compagnon. Sur les Champs-Élysées, ils sont au régime “canons à eaux” depuis trois heures… » Janos, un Franco-Hongrois, peste contre la scission du mouvement anti-raciste entre Nation (où défile le mouvement Rosa Parks) et Saint-Lazare. Julien peste lui contre la scission du mouvement social entre la CGT à Bastille et les « gilets jaunes » partout ailleurs. « Il y a une fenêtre qui s’ouvre là, faut y aller ! »

    Comme cela a été régulièrement constaté ces trois semaines dans cette mobilisation, des primo-manifestantes sont également présentes, hôtesses d’accueil, aides-soignantes, profs… « Je peux pas faire grève. J’élève seule mes trois enfants. Mon travail, c’est tout ce qu’il me reste, explique Rahma. Venir le samedi, c’est la seule manière pour moi de montrer ma colère. » Les banderoles des unes et des autres se déploient, celles des étudiants de Tolbiac, celle rose potache du CLAQ (Comité de libération et d’autonomie queer) et bien sûr celle du comité Adama. Le plan jusque-là est toujours de se diriger le plus possible vers les Champs-Élysées, pour rejoindre le gros des « gilets jaunes ».

    De fait, rien ne se passera comme prévu. Car ce sont les « gilets jaunes » qui viennent chercher Saint-Lazare. Des centaines d’entre eux déboulent du boulevard Haussman au son de « Macron démission ». L’objectif, saisi à la volée, semble être le Louvre, mais le cortège se forme et se reforme, au fil des rues commerçantes du centre de Paris. « On va se faire un petit “Black Friday” » lance en criant un participant, pour rire, en passant tout près des grands magasins tout illuminés.

    « On s’est fait gazer ce matin, et depuis, on suit le mouvement, expliquent des amis « gilets jaunes » venus de Dordogne. Aucun ne connaît Paris et ils marchent presque en touristes. « Il paraît même qu’on peut visiter », dit l’un d’entre eux, en arrivant devant l’Opéra. L’avenue est noire de monde jusqu’au Louvre. Il est 14 heures et la mobilisation des « gilets jaunes » à Paris s’est déjà transformée en une grande manifestation sauvage dans les rues de la capitale. « Les flics doivent être débordés, on en voit pas un seul… Personne ne nous arrête ! » s’étonne un cheminot de la CGT. Les clients du très chic Café de la paix sont sidérés, alors que les voitures s’arrêtent, pour laisser passer la foule.

    Des rues s’échappent des « grève générale ! », des « anti, anti-capitalistes ! » et autres « tous ensemble ! », slogans connus des cortèges de tête syndicaux de ces dernières années. Sauf que les « gilets jaunes » sont partout et font la masse. Comme cet ingénieur automobile, « très, très en colère », de la région parisienne, qui défile seul, ayant perdu ses compagnons en route. « Le diesel, ça fait 20 ans que l’on sait que c’est dangereux. Qui nous a poussés à en bouffer à toutes les sauces ? On crache du CO2, mais on coupe les arbres à tour de bras, de qui se moque-t-on ? Moi je veux aller à l’Élysée, pour lui dire, droit dans les yeux, à Macron, que ce n’est plus possible de continuer comme ça. »

    Sauf que la déambulation dans les rues de Paris se complique, une partie des forces de l’ordre désertant manifestement les Champs-Élysées pour tenter de remettre de l’ordre dans le centre de Paris. Car les manifestants marchent au milieu des cars de touristes, des passants des paquets plein les mains, des familles, qui regardent (et filment) le cortège, certains derrière les grilles du marché de Noël, installé dans le jardin des Tuileries.

    Les « gilets jaunes », souvent non familiers de la capitale, virent des bords, ne sachant guère ou aller, et la plupart des accès pour sortir du quartier sont désormais bloqués par les gendarmes mobiles. « Faut pas partir à Bastille, il n’y a personne là-bas ! » crie un jeune homme, très équipé, avec masque à gaz, sweat-shirt noir et gilet jaune. Il essaie de dévier le flux vers la cour du Louvre, sans grand succès. Une partie des manifestants décide néanmoins de tenter de rejoindre l’autre mouvement du jour, le défilé CGT.

    Le syndicat avait en effet annoncé sa traditionnelle manifestation des précaires et des privés d’emploi depuis des semaines, entre la place de la République et celle de la Bastille, et a finalement attiré bien au-delà des militants qui participent classiquement à ce défilé. Dans le métro arrivant place de la République, des dizaines de « gilets jaunes » peuplent les rames qui arrivent régulièrement. Certains sortent à l’air libre, vers un espace libéré des gaz lacrymos, d’autres repartent, direction les Champs-Élysées, tous chantent « Macron, démission ! » Au départ du cortège, on trouve aux côtés des gilets rouges syndicalistes, de très nombreux gilets jaunes, pas seulement frappés du logo CGT.

    « Ici, c’est les pas-contents organisés, on se fera moins casser la gueule ! » rigole Franck, qui a entamé la conversation avec Marité, René et Magali, qui ne se connaissaient pas dix minutes plus tôt, mais qui ont vécu la même séquence d’événements et font les mêmes récits que leurs homologues ayant fui vers les grands boulevards.

    « On est venus ce matin aux Champs-Élysées et, lorsqu’on a voulu approcher des points d’entrée, on a immédiatement été inondés de lacrymogènes, déjà 300 mètres avant les checkpoints », raconte Franck, venu de Seine-et-Marne. La colère à peine contenue, il lâche que « Macron, il laisse gazer son peuple, comme Bachar el-Assad ! »

    Marité, retraitée venue de Rosny-sous-Bois, répète encore et encore : « Je demande pardon d’avoir voté Macron, je me dénonce devant la CGT ! » Elle a travaillé 42 ans, son mari 44, ils touchent à deux 2 900 euros de retraite et ne décolèrent pas. Elle détaille la pancarte qu’elle porte sur le dos : « En 2018, la hausse de la CSG nous a fait perdre 460 euros, et l’abattement de 30 % de la taxe d’habitation nous a rapporté 410 euros, c’est une perte nette de 50 euros ! »

    Longtemps après que les manifestants de la CGT, accompagnés de cortèges de Sud et de la FSU, ont quitté la place, des « gilets jaunes » arrivent à République, y restent quelque temps, puis repartent. Stéphane, Morgane et Marion viennent eux aussi de Seine-et-Marne. « On est venus, mais on ne savait pas où se poser. Aujourd’hui, c’est un peu partout dans Paris », glisse Stéphane. « On voulait être présents, mais sans être assimilés aux casseurs des Champs-Élysées », indique Morgane.

    En quelques minutes de conversation, les trois amis dénoncent les travaux pour la piscine au fort de Brégançon, la rénovation de la salle des fêtes de l’Élysée, la taxe carbone, « qui ne sert presque pas à la transition écologique », « les efforts qu’on demande toujours aux mêmes, aux petits », et dénoncent même les allocations obsèques offertes aux députés, « alors que toi, tu dois prendre un crédit pour payer le cercueil de ta grand-mère ». Les dents serrées, Morgane lance une phrase dont on entend des déclinaisons depuis le début du mouvement, un peu partout en France : « Marie-Antoinette s’est gavée elle aussi juste avant la Révolution. Et on lui a coupé la tête. »

    Dans le cortège de la manifestation CGT, on retrouve les marqueurs habituels de ce type de défilé. La sono envoie du Bernard Lavilliers, les slogans dénoncent la réforme de l’ISF et appellent à « éradiquer la pauvreté, [car] il n’y a pas de fatalité ! » Mais le speaker au micro du petit carré de la CGT Seine-et Marne répète aussi, dans un français fautif mais terriblement explicite, « Convergeons la colère ! »

    Pour converger, au milieu des militants syndicaux, Laurent, salarié d’Air France, a décidé de poser un jour de grève. « Je suis pour que les luttes se mettent ensemble et pour une fois, on voit que pas mal de gens, de colères, s’agrègent, s’enthousiasme-t-il. Alors, je me suis dit que suivre la CGT était pas mal, elle qui connaît bien la lutte sociale. »

    À ses côtés, une jeune femme décidée et tout de noir vêtu ne veut pas donner son prénom mais se revendique « anonyme parmi les anonymes » : « Je suis salariée d’un grand groupe français, je rejoins le mouvement de ceux qui en ont marre de tout, je veux qu’on me respecte, qu’on m’écoute. Avec le même salaire, il y a dix ans, je vivais beaucoup mieux, aujourd’hui, je m’en sors tout juste. »

    Au hasard des rues, entre République et Nation, des « gilets jaunes » auront aussi pu croiser le cortège du collectif Rosa Parks, qui avait choisi de longue date ce samedi pour manifester contre « le racisme et le néolibéralisme ». Fort de seulement quelques dizaines de personnes à Nation à 14 heures, le défilé a atteint un millier de participants une heure plus tard en arrivant place Léon Blum, devant la mairie du XXIe arrondissement. On y trouve quelques figures connues, l’organisateur Omar Slaouti, la militante antiraciste Sihame Assbague, la figure des Indigènes de la République Houria Bouteldja, l’historienne Ludivine Bantigny.

    Les slogans, explicites, dessinent les combats de ces hérauts de l’antiracisme opposés à « l’universalisme » défendu par de nombreux intellectuels français : « La loi contre le voile, contre la burqa, on n’en veut pas ! Les “Je suis Charlie”, on n’en veut pas ! Les Badinter, les Fourest, les Finkielkraut, on n’en veut pas ! L’islamophobie, ça suffit ! »

    Une belle place est faite à l’association Droit au logement, aux adversaires de la Françafrique, à la coordination des sans-papiers, dont les slogans sont acclamés. Éric Beynel, le co-porte parole du syndicat Solidaires, est dans les rangs pour démarrer son après-midi, avant de se rendre ailleurs dans les rues de Paris. « On sent une vraie révolte, constate-t-il. Et l’absence de réponses concrètes du gouvernement et du président ne peut qu’entretenir cette révolte. »

    Retour vers Concorde, où des médias télé se font huer. « Usurpateurs », crient les manifestants, furieux d’être assimilés, selon eux, à des casseurs, alors que les premiers chiffres circulent sur la mobilisation du jour à Paris. « On voulait aller calmement manifester. Je suis venu en train, j’avais ma carte d’identité dans la poche. On s’est pris tellement de lacrymos qu’on a détalé comme des lapins », raconte un « gilet jaune » d’une cinquantaine d’années. Il sort une cartouche en caoutchouc de sa poche : « Voilà ce qu’on s’est pris, des tirs de Flash-Ball ! C’est qui les casseurs ? » Deux femmes, qui cherchent encore dans quel sens aller, opinent du chef.

    Et alors que le ciel au-dessus de la grande roue se noircit de la fumée des voitures incendiées, au point de friction entre les plus remontés et les forces de l’ordre, et que l’air sature à force de gaz lacrymogènes, certains poursuivent leurs discussions, imperturbables : « Si on lance un processus de destitution, ça peut faire avoir un effet », assure l’un, quand une autre se lamente : « Notre problème, c’est que nous ne sommes manifestement pas d’accord sur tout. Je ne vous connais pas mais j’imagine qu’on n’a pas voté pareil… Mais ce qui nous rassemble, c’est quand même que tous ici on trouve anormal de ne pas pouvoir vivre correctement avec un Smic, non ? » Un homme et sa belle-sœur, venus de l’Oise par le train de l’après-midi, laissent filtrer leur amertume et leurs idées politiques : « Il n’y a pas beaucoup de migrants avec nous ici, pourtant, avec tout l’argent qu’ils touchent ! »

    La réponse des forces de l’ordre finit par porter ses fruits et les « gilets jaunes » côté Concorde se dispersent à nouveau dans les rues adjacentes, vers 17 heures. Les gens courent dans tous les sens. Une passante demande, innocemment, rue Caumartin, qu’on lui indique où se trouve l’hôtel du Ritz, des paquets dans les mains. « Alors là, madame, pour le Ritz, ça va être compliqué… », répond le seul non-« gilet jaune » du trottoir. Sur Haussmann, que l’on avait quitté deux heures plus tôt, la situation s’est considérablement tendue. Des camions de CRS barrent le boulevard et les consignes sont donnés par mégaphone : « Dispersez-vous. Les personnes repérées en train de jeter des projectiles s’exposent à des tirs de gaz lacrymogènes. »

    Vers 16 h 30, alors que le crépuscule arrive déjà, l’ambiance devient à contrario étrangement calme place de la Bastille. Les bataillons syndicaux du cortège CGT ont disparu depuis une bonne heure. Mais des grappes de « gilets jaunes », une petite centaine peut-être, sont répartis sur toute la place, avec un attroupement prononcé au milieu du rond-point, sous la colonne de Juillet. Pas un policier en vue pendant de longues minutes, alors qu’au croisement avec le boulevard Henri IV, certains manifestants ont profité d’une rue en travaux pour monter une barricade très étendue.

    Soudainement, plusieurs cars de police arrivent et la tension monte d’un cran. À peine débarqués et sans ménagement, les policiers chassent les « gilets jaunes » de leur position sous la colonne, dans un grand nuage de lacrymos. Ils se tournent ensuite vers ceux qui tiennent la barricade. L’incompréhension est totale de la part des manifestants qui observent la scène : « Nous, on est pacifiques, et ils viennent pour nous dégager… Comme ça, ça fait des images pour BFM, voilà », glisse l’un d’eux, avant de tourner les talons, à la recherche d’un autre lieu de rassemblement.

    Et la journée n’est pas finie : plusieurs magasins, dont les Galeries Lafayette et le Printemps, ont été évacués en fin d’après-midi. Selon Le Monde, des personnes s’en sont pris en début de soirée au palais Brongniart, qui accueillait autrefois la Bourse de Paris, dans le IIe arrondissement parisien. Selon les constatations de journalistes sur place, des vitrines sont brisées et des boutiques pillées rue de Rivoli. En début de soirée, les policiers semblaient reprendre le contrôle de la place de l’Étoile, où des centaines de manifestants étaient encore présents. Les barricades montées au nord de la place de la Concorde étaient en cours de démontage. La maire de Paris a fait part de sa « profonde indignation » face aux violences dans la capitale.

    Repoussée et bloquée sur toutes les avenues menant à l’Étoile, la foule des manifestants est redescendue vers Saint-Lazare par le boulevard Haussman, où les barricades ont été nombreuses. Aux abords de la gare, les forces de l’ordre ont chargé à cheval. « Ce sont des chevaux qui n’ont peur de rien, ils sont éduqués pour », témoigne une « gilet jaune » venue avec sa fille d’une vingtaine d’années. « Les femmes descendent dans la rue, et même toutes seules, ça devrait interpeller les gens non ? Un peuple heureux ne se soulève pas. » Vers 18 h 30, des groupes de deux à trois cents personnes continuaient de renverser des voitures et d’ériger des barricades à proximité des Champs-Élysées, poursuivis par la police.

    Sous terre, c’est à peine mieux. Les agents de la RATP égrènent la longue liste des stations de métro fermées au public, sur une large partie de la rive droite. Les gens vont et viennent dans les couloirs, de plus en plus fâchés. Sur la ligne 8, un « gilet jaune » brandit un bout de carton, sur lequel il a écrit « Initiative législative citoyenne », et tente de lancer la discussion avec les passagers. Une femme décline son offre : « Non, merci, mais si vous voulez bien me dire comment rentrer chez moi, je ne suis pas contre. » »


  • Instaurer l’état d’urgence ? Castaner dit ne pas avoir de « tabou »
    https://www.nouvelobs.com/politique/20181201.AFP9398/instaurer-l-etat-d-urgence-castaner-dit-ne-pas-avoir-de-tabou.html

    Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, interrogé sur l’opportunité d’instaurer l’état d’urgence, a dit ne pas avoir de « tabou », samedi soir à l’issue d’une journée de violences en particulier à Paris, dans le sillage d’une nouvelle mobilisation des « gilets jaunes ».

    Si toi tu ne sais pas ce qu’il faut faire, les journalistes et quelques syndicats savent te le suggérer.


  • La mobilisation des « Gilets jaunes », nouvelle étape des luttes en France Rémy Herrera - 22 Novembre 2018
    https://www.investigaction.net/fr/author/remy-herrera

    C’est une mobilisation de masse profondément nouvelle qui a surgi ces dernières semaines en France : celle des « gilets jaunes » – du nom et de la couleur de la chasuble de haute visibilité (tout automobiliste étant supposé en posséder une à bord de son véhicule et l’utiliser, pour sa sécurité, en cas de nécessité) que portent, en signe de ralliement, des centaines de milliers de Français manifestant leur désapprobation vis-à-vis de l’action du Président Emmanuel Macron.
     


    (Article rédigé le 22 novembre ; une suite est prévue)
     
    Une mobilisation nouvelle par son origine, son ampleur et ses formes de rébellion populaire. Tout a débuté à petite échelle à la fin du mois d’octobre par une simple pétition citoyenne, sans étiquette partisane ni syndicale, sans leaders ni organisations, diffusée sur les réseaux sociaux. Elle réclamait l’annulation de l’augmentation de la taxe sur le carburant récemment décidée par le gouvernement. Quelques jours plus tard, pas loin d’un million de personnes l’avaient signée, et des slogans commençaient à appeler à « bloquer le pays ». Le mouvement de protestation, qui concernait initialement le prix de l’essence et le poids des impôts, s’étendit très rapidement à « la vie chère », au « faible pouvoir d’achat », aux « grands magasins à boycotter », pour se concentrer finalement sur un mot d’ordre, clair : « Macron démission ! ». Le point commun de ces contestations, fusant tous azimuts, était d’exprimer un mal être généralisé, un « ras-le-bol » de la population, un refus des inégalités sociales causées par l’application du projet néolibéral.
     
    Le paroxysme allait être atteint le samedi 17 novembre : quelque 280 000 « gilets jaunes » (selon les chiffres de la police), éparpillés en plus de 2 000 rassemblements sur l’ensemble du territoire français, bloquaient l’accès à des axes routiers névralgiques, péages autoroutiers ou supermarchés. Inexpérimentés pour la plupart, spontanément sortis dans la rue, ils participaient souvent à leur première action – moins de 10 % des manifestations ayant d’ailleurs été déclarées en préfecture. Dans beaucoup de villages des zones rurales, c’était même la toute première fois qu’avait lieu une manifestation. Le bilan de la journée se solda par un mort (une malheureuse femme « gilet jaune » fauchée par une conductrice ayant perdu le contrôle de son véhicule), près de 500 blessés, dont une dizaine grièvement (et 93 policiers), plus de 280 interpellations pour « actes de violence » (en majorité des automobilistes ayant forcé les barrages filtrants)…
     
    À Paris, dans une pagaille indescriptible – et incontrôlable par les forces de l’ordre –, une foule de plusieurs dizaines de milliers de « gilets jaunes », extrêmement hétérogène et absolument inclassable, réunissant de jeunes adultes (avec leurs enfants parfois), des retraités (y compris des grand-mères excédées par la baisse de leurs pensions), des employés de bureau, des ouvriers, des artisans, des motards, des routiers, des chauffeurs de taxi, des fonctionnaires, des aides-soignants, des lycéens, de jeunes entrepreneurs même, des femmes voilées, des jeunes des cités, des rastas, des gens de toutes couleurs et religions, de toutes les couches populaires, déferlaient dans un désordre incroyable sur les Champs-Élysées en chantant La Marseillaise, « Paris, debout, soulève-toi » et, bien sûr… « Macron démission ! ».
     
    De multiples petits groupes de « gilets jaunes », improvisés, arrivant de partout, très mobiles, parvenaient à se frayer un passage et à contourner – sans violence – les lignes de policiers et de gendarmes, débordés de toutes parts. Des barricades étaient improvisées en divers endroits de la capitale, faites de barrières de sécurité, de palettes de bois, de vélos, de tout ce qui traînait sur la chaussée. Des poubelles étaient incendiées. Les boutiques de luxe des beaux quartiers préférèrent fermer leurs portes – bien qu’aucune vitrine n’ait été brisée, ni aucun vol signalé. Ici, on lisait un tag : « Aux armes ! » (paroles de l’hymne national) ; là, on voyait la banderole : « Ni Macron ni fachos, Black Blocage Total » (Total étant la multinationale pétrolière française qui, semble-t-il, ne se serait pas acquittée de ce qu’elle doit au fisc), sur une autre, une guillotine dessinée, sans commentaire ; ailleurs, on entendait : « C’est comme en mai 68 », « Colère », « C’est la guerre », ou encore « Macron au bûcher ! ». Malgré les cordons de CRS, plusieurs milliers de manifestants, pacifiques, mais résolus à se faire entendre, réussissaient à s’engager dans la rue menant au Palais de l’Elysée, avant d’être repoussés par les boucliers, matraques et gaz lacrymogènes des forces de l’ordre, et de finir par se disperser dans le calme. Tout le monde restait abasourdi – « gilets jaunes » et policiers compris. On n’a jamais vu ça…
     
    Le lendemain, les protestations se poursuivaient dans toute la France, et le surlendemain, lundi 19 novembre, les accès à une vingtaine de raffineries de pétrole se trouvaient bloqués. Le 20, à Paris, des voies de chemin de fer de la gare du Nord étaient envahies et les trajets vers l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle ralentis. Dans presque toutes les régions de France, maintes actions de blocages continuaient également d’être menées : à Toulouse, autour de Lyon, à Bordeaux, en Île-de-France, dans le Vaucluse, en Normandie, en Bretagne, dans le Nord, en Corse, et jusqu’aux Départements d’Outre-Mer… Sur l’île de La Réunion (à plus de 9 300 km de Paris), où les inégalités sociales sont criantes, les manifestations virèrent à l’émeute. L’armée y fut appelée en renfort, et le couvre-feu instauré dans les communes les plus remuantes. Sur les réseaux sociaux, les « gilets jaunes » ont déjà prévenu : prochain rendez-vous, le samedi 24 novembre…
     
    Acteur hors pair, sourire en coin et plein de mépris, le Président Macron fait mine d’ignorer ce soulèvement de masse, aussi inédit qu’hétéroclite, mais motivé et déterminé à poursuivre la lutte. Le pourra-t-il longtemps quand les sondages révèlent qu’entre 75 et 85 % des Français disent soutenir les « gilets jaunes » ? Pour l’heure, le Président s’est contenté de prévenir qu’il se montrera « intraitable » face au « chaos »… réunionnais. D’ordinaire si sûr de lui, le Premier Ministre Édouard Philippe est apparu sur la défensive en affirmant que « le gouvernement ne changera pas de cap » et « ne tolérera pas l’anarchie ». Le Ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, surjoue quant à lui la fermeté. Appelé à la rescousse, le Ministre de l’Écologie et de l’Énergie, François de Rugy, déclare, sans rire, que la taxe sur les carburants devrait servir à financer la « transition écologique » – pour combien de centimes d’euro, si la France n’a pas de politique de l’environnement ? L’inquiétude du pouvoir est palpable.
     
    Que la droite et l’extrême-droite essaient de « récupérer » la mobilisation des « gilets jaunes », dépourvue de leaders visibles, est évident. Que les grands médias insistent insidieusement, pour discréditer le mouvement et jeter de l’huile sur le feu, sur de (rarissimes) propos xénophobes ou homophobes tenus lors de ces actions par quelques manifestants (d’ailleurs immédiatement stoppés par leurs propres amis sur place) l’est tout autant. À l’heure du capitalisme sauvage et d’une idéologie dominante qui attise les haines et dresse les uns contre les autres pour tenter de sauver les élites, le peuple qui endure et qui souffre est aussi fait de ces contradictions-là, hélas ; mais c’est justement le rôle des progressistes militants et éclairés que d’être à ses côtés dans les luttes pour montrer à celles et ceux qui s’égarent le chemin de la solidarité et de la fraternité. Faudrait-il que le visage des exploités soit toujours souriant ? Voudrait-on par-dessus le marché que les pauvres qui se battent pour leur survie et leur dignité soient photogéniques ?
     
    Beaucoup plus préoccupant est le fait que les directions des partis et des syndicats de gauche se tiennent – pour l’instant encore, et assez largement – à distance de cette rébellion populaire. Ne comprennent-elles pas que s’ouvre, avec la révolte des « gilets jaunes », la deuxième étape des luttes du peuple français contre la tyrannie néolibérale et pour la justice sociale ? Ne saisissent-elles pas qu’il s’agit de la continuation, sur un mode innovant, combatif, vivant, et une échelle extraordinairement élargie, du même processus de généralisation des mobilisations qui a lancé dans les grèves et manifestations des milliers de camarades syndiqués au printemps dernier ? Ne voient-elles pas que les « gilets jaunes », à leur façon (non sans courage, ni risque et danger) sont décidés à occuper le vide béant laissé par l’abandon par la gauche institutionnalisée, depuis des décennies maintenant, de la défense des intérêts de classes de tous les travailleurs et de l’internationalisme à l’égard des peuples du monde ? Ne savent-elle pas que c’est la lutte des classes qui fait l’histoire ?
     
    Heureusement, les choses peuvent changer. Et ce qui paraît oublié dans les hautes sphères, les bases se chargeront de leur rappeler. Mardi 20 novembre, un premier syndicat de transporteurs annonçait son soutien aux « gilets jaunes ». Le 21 au soir, les actions des électriciens et gaziers reprenaient (si tant est qu’elles aient vraiment cessé depuis juin), en s’intensifiant : plusieurs raffineries et dépôts pétroliers (à Gonfreville-L’Orcher et Oudalle à proximité du Havre, Feyzin en banlieue lyonnaise, La Mède près de Marseille, mais aussi sur d’autres sites, notamment ceux ravitaillant les aéroports de Blagnac [Toulouse] et Saint Exupéry [Lyon]…) se déclaraient en grève. Au même moment, on apprenait que le « capitaine d’industrie » Carlos Ghosn, PDG du groupe automobile français Renault et Président du Conseil d’administration de Nissan, était arrêté et entendu par la justice japonaise pour suspicion de fraude fiscale et détournement de fonds de l’entreprise à des fins personnelles. La révolte d’un peuple contre ce monde-là est-elle si compliquée à comprendre que cela ?

    #GiletJaunes #Rémy_Herrera


  • Revue de presse continue spéciale « Gilets jaunes » à partir du 18.11.18
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?672-revue-de-presse-semaine-du

    Des « policiers en colère » appellent leurs collègues à enfiler un gilet jaune

    « Gilets jaunes » : baisse des prix des carburants dès mardi à La Réunion

    « Guerre », « peste brune », « honte » : Macron et le gouvernement lâchent leurs mots face aux gilets jaunes

    Les Gilets jaunes sur les Champs-Elysées : « Pourquoi on ne taxe pas les riches ? »

    « Gilets jaunes » : des conséquences économiques déjà lourdes en région

    Qui sont les huit « porte-parole » des gilets jaunes, et comment ils ont été nommés

    Gilets jaunes : une partie d’entre eux se radicalisent et le disent sur Facebook

    « Gilets jaunes » : des « incidents » dans 134 sites des finances publiques, selon Bercy

    Bruxelles : une manifestation de « gilets jaunes »

    “Gilets jaunes” : des centres d’impôts murés pendant la nuit

    Barbara Lefebvre : « Christophe Castaner et le 6 février 1934 : la double faute du ministre »

    Gilets jaunes : le mouvement veut s’organiser

    (...)

    Bonus

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    Présentation/Archives/Abonnement


  • Nicole Belloubet veut réformer par ordonnances la justice des mineurs
    https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/droit-et-justice/projet-de-loi-justice-nicole-belloubet-veut-reformer-par-ordonnances-la

    « Le gouvernement sollicitera du Parlement, dans le cadre de la loi pour la réforme de la justice, une habilitation à réformer l’ordonnance de 1945 par la création d’un Code de justice pénale des mineurs », a précisé la garde des Sceaux dans l’hémicycle lors des questions au gouvernement, sous les applaudissements des députés LREM et MoDem. « Le gouvernement s’engage à ce que la loi de ratification soit l’occasion d’un débat parlementaire de fond. Cela est essentiel à nos yeux. »

    La ministre a précisé que le travail serait mené au prochain semestre. « Nous devons apporter des réponses claires et efficaces à la délinquance des mineurs, dans le respect des principes fondamentaux (...) Nous devons juger plus vite les mineurs, pour qu’ils prennent conscience, lorsqu’il y a lieu, de la gravité de leurs actes », s’est-elle fixé comme objectif.

    • Nous devons juger plus vite les mineurs, pour qu’ils prennent conscience...

      Je comprend pas pourquoi ca serait plus important que les mineurs prenne conscience de leurs actes et pas les majeurs... C’est bien connu que la prison y a pas mieux pour l’éducation des jeunes. Ils devraient inclure ce cursus dans parcoursup l’année prochaine.


    • Parce qu’ils portaient des gilets jaunes, des enfants en sortie scolaire placés 24h en garde à vue
      Le Gorafi
      http://www.legorafi.fr/2018/11/22/parce-quils-portaient-des-gilets-jaunes-des-enfants-en-sortie-scolaire-plac

      Paris – Alors qu’ils participaient à une sortie scolaire ordinaire, une dizaine d’enfants d’une classe de primaire a été placée en garde à vue dans les locaux de la police judiciaire. Motif invoqué : ils portaient tous un gilet jaune, symbole du mouvement contestataire et leurs accompagnateurs ont dû expliquer qu’il s’agissait d’une banale sortie de classe et que le port de gilet jaune était une simple mesure de sécurité.

      La police affirme avoir été appelée vers 14h lorsqu’une dame dans le métro a signalé « l’irruption brutale d’un petit groupe de Gilets Jaunes dans sa rame de métro . ». « Ils sont très organisés, j’ai repéré au moins deux chefs, de chaque côté du cortège, ils sont très bruyants » témoigne la dame d’un certain âge.

      Aussitôt, la police intervient et immobilise le métro. Le petit groupe de Gilets Jaunes est interpellé alors qu’il circule en file indienne dans le couloir de la station, « volonté de freiner les mouvements des voyageurs, clairement » assure le courageux officier de police. Placé en garde à vue, chaque enfant va être interrogé pour vérifier s’il s’agit bien d’une sortie scolaire. « Nous voulions en avoir le cœur net, vous savez ces casseurs peuvent très bien se cacher parmi eux » ajoute un policier.

      Au terme de la garde à vue qui a duré 24 heures, les enfants ont été rendus à leur parents mais les gilets conservés pour expertise. De son côté Christophe Castaner blâme l’école pour avoir autoriser cette sortie « dans un contexte de terrorisme » et reproche aux parents d’être irresponsables et « d’avoir fait des enfants alors que nous sommes dans une période très troublée ».