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  • « Je suis devenu fou, je veux retourner au bled » : les migrants qui optent pour un #retour_volontaire

    L’aide au retour volontaire a concerné en 2018 plus de 10 000 personnes, dont beaucoup d’Afghans.

    Il a les yeux rouge vif. A plusieurs reprises, il demande s’il pourra aller aux toilettes après l’enregistrement. Dans un hall de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, Noorislam Oriakhail vit ses derniers moments en France, fébrile. Il prend l’avion pour la première fois de sa vie. Au bout du voyage : l’Afghanistan. Comme 1 055 Afghans en 2018, des hommes majoritairement, Noorislam a choisi de rentrer. Ils étaient déjà 970 à avoir opté pour un « retour volontaire » depuis la France en 2017. Volet peu connu de la politique d’éloignement des étrangers en situation irrégulière, l’aide au retour volontaire a concerné cette année plus de 10 000 personnes au total, un chiffre en hausse de 58 % sur un an.

    Après les Albanais et devant les Moldaves, les Afghans sont les plus concernés par ce dispositif mis en œuvre par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII). Une situation qui s’explique : ils sont les premiers demandeurs d’asile en 2018. En outre, précise Didier Leschi, le directeur général de l’OFII, « lorsqu’ils arrivent en France, ils ont déjà déposé en moyenne près de deux demandes d’asile en Europe, principalement en Allemagne et en Suède, où elle a été rejetée ». Ils entrent donc dans la catégorie dite des « Dublinés », ne peuvent pas demander l’asile en France avant un délai de six à dix-huit mois. Dans l’intervalle, ils sont en situation irrégulière.

    L’OFII assume une politique volontariste à leur endroit : « Nous les démarchons pour leur proposer l’aide au retour, d’autant que les retours forcés sont très difficiles », reconnaît Didier Leschi. Au premier semestre, avec 23 éloignements, le taux d’exécution des obligations de quitter le territoire français prononcées à l’encontre des Afghans atteignait 4 %. En plus d’être moins onéreux qu’un éloignement forcé, les retours volontaires ont beaucoup plus de succès.

    « Trop de pression »

    Noorislam est « fatigué » de ne pas parvenir à s’extirper d’une situation précaire. D’un voyage entamé en 2006 et financé par son père et un oncle, il est arrivé « jeune et fort » sur le continent, avec l’Angleterre en ligne de mire. « C’était un rêve, reconnaît-il. J’ai essayé cinq ou six fois avant de réussir à monter dans un camion. » Outre-Manche, il est pris en charge en tant que mineur. Mais, à sa majorité, sa demande d’asile est rejetée et il devient « illégal ».

    Dans la ville de Loughborough (centre de l’Angleterre), Noorislam s’enfonce, affaibli par des soucis de santé. Le petit sac à dos qui lui fait office d’unique bagage après plus d’une décennie en Europe est « rempli de médicaments ». Le jeune homme souffre d’une dystrophie de la rétine – une maladie génétique caractérisée par un déficit visuel très important – et, depuis un an et demi, il explique avoir des problèmes d’incontinence. « Les médecins disent que c’est dans ma tête, assure-t-il, en montrant sa boîte d’antidépresseurs. Si je n’avais pas été malade, j’aurais pu m’en sortir mais, vu ma situation, je lutte pour tout. »

    « Si je n’avais pas été malade, j’aurais pu m’en sortir mais, vu ma situation, je lutte pour tout », témoigne Noorislam Oriakhail avant de monter dans l’avion

    Avec le sentiment d’avoir « perdu [son] temps », Noorislam s’est glissé dans un camion en janvier pour faire le chemin inverse de celui réussi il y a dix ans. Arrivé à Calais, après une nuit dans « le froid et la pluie », il croise des agents de l’OFII. Il est hébergé et on l’informe sur l’asile et le retour volontaire. « J’avais deux semaines pour choisir ou je devais quitter le centre », se souvient-il. Après des atermoiements, Noorislam s’oriente vers l’asile. Mais il est « dubliné », ce qui signifie qu’il risque d’être transféré vers l’Angleterre ou, à défaut, d’errer plusieurs mois avant de pouvoir déposer une demande en France. Il jette l’éponge. « C’est trop de pression », confie-t-il. Le jeune homme rentre en Afghanistan mais, en réalité, il ne doit pas s’y attarder. Sa famille s’est installée au Pakistan alors qu’il était enfant. « Mon père m’a dit qu’il m’aiderait à passer la frontière. »

    Le jour où Noorislam a embarqué, un autre Afghan devait prendre l’avion, mais il ne s’est jamais présenté. En 2018, quelque 1 500 personnes se sont ainsi désistées après avoir demandé une aide au retour. « Ce sont des gens qui peuvent être instables psychologiquement, justifie Didier Leschi. Il y a quelques semaines, un Pakistanais a fait une crise d’angoisse et a dû être débarqué avant le décollage. Depuis, il veut repartir. »

    Qu’est-ce qui motive un retour au pays ? « On ne connaît pas le parcours de ces gens », reconnaît Nadira Khemliche, adjointe au chef du service voyagiste de l’OFII, qui accompagne les candidats au départ à Roissy ou à Orly, jusqu’à leur embarquement sur des vols commerciaux. Nadira Khemliche ne distingue que des profils, les Arméniens qui voyagent en famille, les Chinois qui ont des vols tous les jours, les Ethiopiens qu’elle ne croise que deux ou trois fois l’an… « Parfois, on se demande pourquoi ils veulent rentrer en sachant qu’il y a des bombes chez eux, confie-t-elle. Mais bon, ici, ils n’ont rien. » « Quel est le choix réel de ces gens ?, s’interroge Clémence Richard, en charge des questions « expulsions » à la Cimade. Ils sont à la rue, épuisés socialement, précarisés administrativement. »

    Candidatures marginales

    Pour promouvoir le retour volontaire, l’OFII se déplace sur des campements, dans des centres d’hébergement du 115 ou des centres de demandeurs d’asile dans lesquels s’éternisent des déboutés. L’office tient même des stands dans des salons « diasporiques ». Le retour volontaire donne droit à un billet d’avion et à un « pécule » dont le montant varie. Les Afghans ont actuellement droit à 1 650 euros. Un programme européen permet aussi de financer un projet de réinsertion à hauteur de 3 500 euros.

    Sur un pan de mur de son bureau, à Calais, Laura Defachel, agent du retour volontaire et de la réinsertion de l’OFII, a accroché des photos d’hommes devant des troupeaux de bêtes, dans les montagnes afghanes. « Beaucoup ont saisi l’opportunité pour se lancer dans l’élevage, ouvrir une épicerie ou un magasin de pièces détachées, devenir taxi, assure-t-elle. C’est déterminant pour ceux qui sont partis de leur pays avec la promesse de faire mieux. » Depuis deux mois, toutefois, ce programme a été suspendu, dans l’attente d’un renouvellement. En 2016, l’année du démantèlement de la « jungle », le bureau de Calais a monté plus de 500 dossiers de départs volontaires, les trois quarts en direction de l’Afghanistan et du Pakistan.

    Les candidats au départ restent toutefois marginaux. « Ce sont surtout les personnes épuisées qui ne souhaitent pas demander l’asile en France ou des personnes qui rentrent pour des raisons familiales », analyse Laura Defachel. Elle se souvient de cet homme qui a souhaité partir après la mort de son frère, qui avait fait le voyage avec lui. Il était monté à bord d’un camion et, réalisant qu’il ne prenait pas la direction de l’Angleterre, est descendu en marche. Il s’est tué sur l’autoroute.

    Warseem Mohamad Kareem rentre dans la première catégorie. « C’est Londres ou l’Afghanistan », résume-t-il. Alors qu’il s’apprête à embarquer pour un vol retour, le jeune homme de 27 ans dit avoir dépensé 11 000 dollars (9 645 euros) pour rejoindre l’Europe. Arrivé en France il y a trois mois, il s’est retrouvé dans un cul-de-sac, à Calais et à Grande-Synthe, dans des tentes ou sous un pont. Avec des passeurs afghans ou kurdes, il a tenté vingt ou trente fois de monter dans des camions pour l’Angleterre. A chaque fois, il a été attrapé par la police.

    Le froid, la pluie, la police qui le chasse tous les matins, l’échec ont finalement eu raison de sa détermination. Lors du dernier démantèlement de Grande-Synthe, il a croisé les maraudeurs de l’OFII. « Nous avons faim de paix, pas d’argent », dit-il à l’agent qui lui remet, dans la salle d’embarquement, une enveloppe de billets. Warseem ne s’interdit pas de revenir, un jour. Il semble ignorer qu’il fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire et d’une interdiction de retour pendant un an. Une pratique que toutes les préfectures ne mettent pas en œuvre, mais que l’OFII souhaite développer pour éviter les désistements et les retours. Des méthodes « déloyales », dénonce Clémence Richard : « Cela supprime de fait le droit au désistement. En outre, ces personnes ne rentrent pas dans les catégories de la loi susceptibles de se voir prononcer une interdiction de retour, c’est illégal et ça a aussi des conséquences graves, car cela rend quasi impossible toute demande de visa ultérieure. »

    A court d’argent et d’aide

    En matière de départ volontaire, la contrainte affleure. A partir du 1er janvier 2019, dans le cadre de la loi asile et immigration votée en 2018, les agents de l’OFII iront promouvoir l’aide au retour dans les centres de rétention administrative. Partir de gré, pour ne pas risquer de partir de force. C’est peut-être le dilemme qui aurait fini par se poser à Noorullah Nori. Débouté de l’asile en Allemagne, puis en France, à court d’argent et d’aide, il a signé pour un retour en Afghanistan, après quatre ans en Europe.

    « Moi aussi l’OFII m’a proposé le retour, mais jamais je ne rentrerai », jure Karimi, un Afghan qui a accompagné Noorullah à l’aéroport, après l’avoir recueilli tandis qu’il dormait à la rue. Passé par les errances d’un « Dubliné », Karimi est désormais réfugié en France. A voix basse, il dit à propos de son compatriote : « Il a des problèmes psychologiques. Il est resté longtemps sans parler à personne, avec des pensées négatives. » Il n’est pas le seul, dans le hall de Roissy, à sembler accuser le coup. Un autre Afghan a été déposé à l’aéroport par des infirmiers hospitaliers, prenant de court les agents de l’OFII qui n’avaient pas été informés et ont dû se procurer un fauteuil roulant tandis que l’homme, apathique, laissait son regard se perdre dans le vide, immobile.

    Un Soudanais s’apprête aussi à embarquer. Son air triste intrigue deux Afghans qui veulent savoir ce qui l’accable. Salah Mohamed Yaya a 19 ans. Il dit que depuis des mois il n’a plus de traitement contre le VIH. Cela fait deux ans qu’il est en France, passé par Toulouse, Paris, Nantes, les foyers pour mineurs, la rue, l’hôpital. « Je suis devenu fou, dit-il. Je veux retourner au bled. » Salah n’a pas fait de demande d’asile, sans que l’on sache s’il a vraiment été informé qu’il pouvait le faire. La veille de son départ, il a dormi porte de Villette. Il sent encore le feu de bois.

    https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/12/31/je-suis-devenu-fou-je-veux-retourner-au-bled_5403872_3224.html

    #retour_au_pays #réfugiés_afghans #France #Afghanistan #asile #migrations #réfugiés


  • Didier Leschi : «  La France reste un grand pays d’immigration  »
    https://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2018/06/21/didier-leschi-la-france-reste-un-grand-pays-d-immigration_5318655_32

    Franchement, c’est n’importe quoi... les gens quittent leur pays parce qu’ils y sont malheureux, sans espoir, et nous devons les accueillir (ou trouver une autre mondialisation) ; ou alors parce qu’ils veulent voir le monde et apprendre, et nous avons intérêt à les accueillir.

    « Migrant », un mot fourre-tout

    Ainsi, du fait du tarissement de l’immigration ibérique, la part de la migration venant du Maghreb et du reste de l’Afrique a fortement augmenté, passant de 20 % à près de 50 % dans les années 2000. Alors qu’au début des années 1980 un immigré sur deux venait d’Europe, aujourd’hui un sur deux vient d’Afrique – il en va de même globalement en matière de demande d’asile. Et si la part des Maghrébins reste stable, représentant 30 % de cette immigration, le fait notable est l’arrivée massive de Subsahariens issus en particulier des pays francophones.

    Non seulement les nationalités en tête de la migration légale demeurent les pays du Maghreb, mais dans le même temps la demande d’asile des originaires du Maghreb comme ceux de l’Afrique francophone ne cesse d’augmenter, alors que les taux de protection de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) pour ces pays sont très faibles. Le fait est là, il y a quatre fois plus d’Africains de l’Ouest que de Syriens qui demandent l’asile en France.

    C’est un peu pour ne pas appréhender comme il se doit ces réalités nouvelles des migrations que « migrant » est maintenant utilisé comme un mot fourre-tout mélangeant sans cesse ceux qui fuient parce qu’ils sont en besoin de protection avec ceux qui viennent parce qu’ils ont un droit au séjour et ceux qui espèrent quitter la misère au risque de demeurer longtemps clandestins. Le vocable « migrant » a ainsi fait disparaître le « travailleur immigré », terme qui situait les personnes dans un espace social laïque et indiquait une place positive dans l’utilité collective – et non le seul regard compassionnel, parfois même condescendant, qui semble s’accompagner chez nos concitoyens d’une cécité devant les problèmes nouveaux d’intégration qui se posent à nous.

    Il en va ainsi de la répartition géographique des nouveaux arrivants. Un phénomène de concentration s’accentue. Les immigrés sont plus visibles dans l’habitat urbain populaire que dans les quartiers bourgeois. Une ville comme Paris illustre parfaitement le phénomène. Le pourcentage d’immigrés dans la population globale représentait 30 % au début des années 1980, il n’est plus que de 20 % aujourd’hui. L’apparition ponctuelle de campements dans la capitale cache le phénomène de longue durée : le prix du foncier éloigne les pauvres, comme les demandeurs d’asile, qui sont relégués aux portes de Paris ou en régions.

    #Migrants #France #Europe


  • L’islamophobie en campagne
    http://contre-attaques.org/magazine/article/l-islamophobie-375

    De l’élection de Trump aux primaires citoyennes, du prétoire à la démographie, tout est bon, dans les deux derniers numéros de #Marianne, pour animer l’obsession raciste de l’islam. N°1035 du 27 janvier au 2 février 2017 Page 32, Hervé Nathan chronique le livre Misère(s) de l’islam de France de Didier Leschi, « l’ancien directeur du bureau des cultes, proche de Jean-Pierre Chevénement ». On y apprend que « le nombre de mosquées (...) est important » en France. Hervé Nathan indique que « Leschi brocarde (...)

    #Magazine

    / Marianne, #carousel, #Chroniques, #Médias


  • L’islamophobie en campagne
    http://contre-attaques.org/magazine/article/marianne-l

    De l’élection de Trump aux primaires citoyennes, du prétoire à la démographie, tout est bon, dans les deux derniers numéros de #Marianne, pour animer l’obsession raciste de l’islam. N°1035 du 27 janvier au 2 février 2017 Page 32, Hervé Nathan chronique le livre Misère(s) de l’islam de France de Didier Leschi, « l’ancien directeur du bureau des cultes, proche de Jean-Pierre Chevénement ». On y apprend que « le nombre de mosquées (...) est important » en France. Hervé Nathan indique que « Leschi brocarde (...)

    #Magazine

    / Marianne, #carousel, #Chroniques, #Médias


  • #Europe pressing harder on countries to take back deported migrants

    As Europe reels from a historic rush of migrants, leaders are searching for new ways to reverse the flow by stepping up deportations.

    The quest led to a deal with Afghanistan that envisions a whole new terminal at the Kabul airport to take deportees. It sent German Chancellor Angela Merkel this week on a whistle-stop tour of African capitals, where she promised an influx of euros in exchange for willingness to take back migrants. And it resulted in an agreement with Turkey that critics say means European nations are biting their tongues about Ankara’s human rights abuses to halt refugees from flowing to Greece.

    https://www.washingtonpost.com/world/europe/europepressing-harder-on-countries-to-take-back-deported-migrants/2016/10/12/c822453a-8fb4-11e6-bc00-1a9756d4111b_story.html?tid=sm_tw
    #renvoi #expulsion #réfugiés #asile #migrations #Afghanistan #réfugiés_afghans #accords #diplomatie #externalisation


    • Abdel dit s’être enfui avec une corde qu’il avait dans son appartement depuis un incendie de l’immeuble causant un mort il y a quelques années. (...)

      « Personne n’est venu nous chercher, on est sorties par nous-mêmes, et on s’est retrouvées avec un pistolet sur la tête et conduites comme ça au commissariat. On nous a traitées comme si on était des criminelles », dit-elle. La colère est montée ces derniers jours, avec ce sentiment que « jamais les choses ne se seraient passées de cette manière à Paris. » (...)

      « Nous voulons un engagement écrit nominatif, pour chacun », réclame Widad, une habitante...(...)

      Joint par téléphone en fin de journée lundi, le préfet pour l’Egalité des chances, Didier Leschi [ex trotskiste... apprenti ministre de l’intérieur] , répond que « justement, [il est] pour la troisième fois depuis mercredi dans le gymnase à la rencontre des familles. J’ai donné ma parole publiquement : toutes ces familles seront relogées dans le parc social », passant prioritairement devant les 90 000 dossiers en attente de logement social. Il propose de loger les familles en attendant dans des hôtels, solution qu’elles ont pour l’instant collectivement refusée de peur de tomber ensuite dans l’oubli… Elles veulent une preuve écrite. « Je m’y engage, a-t-il répété, pour l’ensemble des familles, contrairement à ce que dit la mairie. » [mais de nombreux concernés ont une expertise en béton de ce qu’il en est de l’#hébergement_d'urgence, du #relogement des expulsés, ici du fait d’un assaut policier, et du #logement des précaires]

    • Après l’assaut de Saint-Denis, les habitants attendent un logement
      http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/01/16/apres-l-assaut-de-saint-denis-les-habitants-attendent-un-logement_4848450_32

      Voilà deux mois qu’ils attendent et un quart d’entre eux seulement ont retrouvé un toit durable. Les habitants évacués de la rue du Corbillon, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), ont l’impression d’être les victimes oubliées de l’assaut donné par les policiers du RAID, le 18 novembre 2015, contre l’immeuble où s’étaient réfugiés certains des terroristes du 13 novembre. Depuis deux mois, un bras de fer s’est engagé entre la municipalité et la préfecture de Seine-Saint-Denis pour savoir qui doit reloger ces 70 personnes.


  • La Courneuve : pourquoi expulser le bidonville rom ?

    16 août 2015 | Par Eric Fassin

    On s’apprête à expulser le Samaritain, un bidonville rom de 300 personnes installé à la Courneuve depuis sept ans. Pourtant, cette fois, des associations ont obtenu un engagement financier pour assainir le lieu et le viabiliser. Mais améliorer les choses, ce serait avouer qu’il existe une alternative à l’expulsion. Si l’État s’abrite derrière les élus locaux pour expulser, on aurait tort de prendre une telle municipalisation pour argent comptant : l’expulsion est la clé de cette politique décentralisée du ministère de l’Intérieur.

    ...

    En apparence, l’État s’humanise ; on le voit à la Courneuve avec la Dihal (délégation interministérielle à l’hébergement et au logement) ; mais in fine, cette bonne volonté sans effet ne sert qu’à occuper les militants. De même, c’est le préfet à l’égalité des chances, Didier Leschi, qui a justifié l’expulsion des Coquetiers, à Bobigny ; elle arrachait pourtant les enfants à leur école. Cet homme réputé de gauche avait d’abord plaidé l’incompétence : avec les Roms, « on ne sait pas faire » ; « c’est une sociologie qui nous échappe ». Puis, dans une tribune parue sur Mediapart le 20 novembre 2014, il en a tiré des leçons politiques. Il n’hésitait pas à incriminer l’ancienne municipalité communiste de Bobigny, battue pour être apparue comme « les défenseurs des Roms et du mariage des homosexuels ». Pourtant, « une autre issue était possible » : « un village d’insertion ». Mais il n’en est plus question aujourd’hui : ne vient-on pas d’en expulser un, le 24 juillet, à Saint-Ouen ? Qu’en dit-il ?

    La leçon de la Courneuve, c’est que, si l’État s’abrite derrière les élus locaux pour expulser, on aurait tort de prendre une telle municipalisation pour argent comptant : le préfet reste maître du jeu. Or l’expulsion est la clé de cette politique décentralisée du ministère de l’Intérieur. Sans doute ne résout-elle rien. Mais ce n’est pas le but recherché. Il s’agit d’une part de rendre la vie invivable aux Roms, comme aux réfugiés de Calais ou de la Chapelle, pour qu’ils finissent par partir d’eux-mêmes. D’autre part, il convient de le mettre en scène, pour afficher la fermeté du gouvernement. Telle est, contre toute raison, la rationalité de cette politique estivale.

    http://blogs.mediapart.fr/blog/eric-fassin/160815/la-courneuve-pourquoi-expulser-le-bidonville-rom