person:emmanuel venet

  • Un chat me saute sur le ventre
    Depuis le fait d’une armoire et rebondit
    Comme dans Les Cigares du Pharaon, tu vois ?

    Je donne une conférence de presse
    Avec Richard Avedon et Bart Parker
    A propos de La Nouvelle Photographie !

    Les
    Rêves
    Des fois !

    J’emporte Les Monarques
    Avec moi pour emmener Émile
    Chez le psychologue

    Au café turc où j’ai mes habitudes
    Le samedi matin, Phil repousse
    Efficacement le vacarme du café

    Bref échange avec le psychologue
    Et échange encore plus bref
    Avec Émile sur le chemin du retour

    Dans un magasin de chaussures
    Les illogismes d’Émile
    Et comment ils ne me froissent plus

    Parfois je me demande
    Si dans le traitement de l’autisme
    On n’irait pas plus vite en rééduquant les neurotypiques

    Rentré à la maison
    Je fais mon heure de guitare du soir
    Un peu avant de déjeuner, pas terrible

    Pourtant j’ai des idées
    Mais tellement peu d’aptitudes musicales
    C’est étrange de s’entêter

    Riz frit
    Enfants réjouis
    Je pars prendre le café chez Sophie

    Allant contre mon refus se sucrer
    Elle me tend la bouteille de ketchup©™®
    Sophie, quoi

    Je suis impuissant
    Face à son problème informatique
    Elle en paraît soulagée, elle me préfère auteur, je crois

    Face à sa bibliothèque
    Elle me demande une liste
    De mes dernières lectures, recommandations

    En souriant, elle me fait sourire
    Je note sur une demi-feuille
    Phil, Cadiot, Michon

    Deux fois né
    De Constantin Alexandrakis
    L’Étreinte, bien sûr

    Mais aussi
    Vincent Almendros, Un Été
    Le dernier Toussaint pour la route

    Je paye
    D’E. Adely ?
    Déjà lu ! La majeur

    Je sèche un peu
    Esprit d’escalier
    Avant de descendre son escalier

    Rentré à la maison
    Je lui envoie un mail
    Rien d’Emmanuel Venet

    Nous allons marcher
    Avec Emile et Zoé
    Tour de Fontenay par le haut

    Nous mangeons notre goûter
    En dominant le Val-de-Marne
    Depuis le parc de la Matène

    Avec Zoé
    Nous faisons une blague à Émile
    Émile à peine déconcerté

    Avec Émile
    Nous faisons une blague à Zoé
    Hilare

    Je prépare un tiramisu
    Pour demain
    En exhumant un vieux disque d’E. Weber

    Soupe
    Et
    Quenelles

    Burn after reading
    Des Frères Coen
    Il est bon de rire avec ses enfants

    Plus tard
    Sarah rentre avec Satoko
    Et Madeleine. Bref échange

    #mon_oiseau_bleu

  • J-54 : Des fois il y a des soirs de moindre forme, je descends dans le garage mais je suis vite découragé par la moindre tâche à entreprendre. Je tente de raccommoder un ou deux petits accrocs que j’ai découverts dans les enchâssements récents du Désordre , rien de bien grand, je tente de m’astreindre à une petite heure de travail, au moins une petite heure, pour pouvoir me dire plus tard, je ne sais pas pourquoi j’ai besoin d’une telle réassurance, que pas un jour où je n’aurais passé ne serait-ce qu’une petite heure à travailler au Désordre , mais des fois c’est au-dessus de mes forces vraiment et alors je monte de bonne heure, soit j’écoute un disque et ces derniers temps j’en ai de nombreux à découvrir glanés à la sortie des nombreux concerts de février, Février 17 restera longtemps dans ma mémoire, un mois musical, ou encore un livre, en ce moment donc le recueil de Charles Reznikoff, resté posé en cavalier à côté de mon lit depuis hier soir, ou encore, cela arrive aussi je reste dans le garage et je me passe un film, plus ou moins crayon en main, appareil-photo pas loin, des fois que je tombe sur une scène d’un film en version originale sous-titrée et dans lequel un personnage demande à un autre, à quoi tu penses ? — et cela fait quelques temps que je me dis que je ne devrais sans doute pas m’encombrer de ne relever que de tels passages et au contraire en amasser de nombreux autres et d’inscrire moi-même cette drôle de phrase, celle déclencheuse de mes pensées quand je passais devant la centrale nucléaire de Neuvy-sur-Loire en train, ou encore qui figure au début de Rien d’Emmanuel Venet, ce soir je me laisse tenter par My Sweet Pepper land de Hiner Saleem manqué au cinéma quand il est sorti et je suis bien content de mon choix ce soir. Quel dommage de l’avoir manqué au cinéma. Et combien je goûte, seul, dans mon garage, de regarder cette admirable satyre de la bêtise des hommes machistes et qui se font sans cesse raffutés soit par la remarquable ténacité de cet ancien résistant kurde, soit littéralement décimés par une faction de résistantes kurdes venues venger l’assassinat de l’une d’elles ce qui a pour conséquence heureuse de libérer une autre femme qui peut enfin à la fois enseigner dans l’école et aimer cet homme qui jamais ne l’a harcelée. Et comme il est remarquable dans ce film que la solution à une intrigue, qui portait peu d’espoir dans ses mécanismes, vienne effectivement d’un soulèvement collectif et d’un soulèvement de femmes contre la lâcheté de ces hommes, groupe de femmes dont l’intrigue ne faisait rien pour attirer l’attention sur elles, nous fourvoyant dans cette inattention qui nous met finalement à la place des très sales types pour lesquels ces femmes comptaient pour du beurre. Et rien n’est aussi efficace, si on y est attentif, qu’un effet de personnalisation, d’identification.

    Quelles sont toutes les circonstances dans lesquelles on a pareillement et gentiment rangé les femmes dans le camp des victimes sans défense ? Examen de conscience extrêmement urgent, il me semble. En soi ce film qui s’emploie à reprendre à son compte les codes mêmes du western, aussi bien dans la narration que dans ses objectifs de moralité, et ne fait pas que les déplacer en les implantant dans les contrées kurdes, c’est un western qui nous livre une morale admirablement féministe, la translation du genre western est donc complète.

    Quant aux sourires de Golshifteh Farahani et cette façon dont tous les traits de son si beau visage sont irradiés par ce sourire qui en devient extatique.

    #qui_ca

    • Liste, non exhaustive, des livres que j’ai lus, ou relus, ces derniers temps (deux ou trois dernières années) que je n’aurais sans doute jamais lus s’ils ne m’étaient pas tombés dans les mains via internet (s’ils ne m’avaient pas été recommandés via internet)

      La guerre du cameroun de Thomas Delthombe, Jacob Tatsitsa et Manuel Domergue
      Marcher droit tourner en rond et Rien d’Emmanuel Venet (merci @julien1)
      Biographie de Céline par Henri Godard
      La France sous Vichy de Robert Paxton
      Le vertige danois de Paul Gauguin de Bertrand Leclere
      L’imposteur de Javier Cercas (merci @fil)
      Le journal de la crise de Laurent Grisel (les deux tomes pour le moment, mais j’ai bien l’intention de lire la suite)
      Je paie d’Emmanuel Addely, certes offert par mon éditeur, j’aime bien dire mon éditeur , mais c’est quand il m’a vu prendre le livre d’une de ses étagères pendant que nous attendions l’arrivée d’un tiers et la raison pour laquelle j’ai regardé ce livre c’est aprce que j’en ai entendu parler sur internet, je me demande même si ce n’est pas sur seenthis )
      Le sentiment d’imposture de Belinda Canone (spécial dédicace @mona)
      La tyranie de la réalité , Beauté fatale , et Chez soi d’une certaine @mona
      Une île une forteresse de Hélène Gaudy, par ricochet Plein hiver de la même auteure
      Capitalisme désir et servitude de Frédéric Lordon
      L’invisible de Clément Rosset
      Face à l’insoutenable d’Yves Citton
      L’insurrection qui vient et A nos amis du Comité invisible
      Communist club anonyme
      Dynamiques de la révolte de Eric Hazan
      Les assassins de la mémoire de Pierre Vidal-Nacquet

      Pour ce qui de la littérature ce qui est le gros de mes lectures tout de même, là, j’avoue, c’est souvent en commençant les livres chez le libraire que cela se passe pour moi à quelques exception près, par exemple, le Tort du soldat d’Erri de Luca, et le lendemain, j’allais à la librairie acheter tout ce qu’ils avaient de cet auteur.

      Ensuite on peut aussi dire que c’est pas internet que j’ai été invité au festival de littérature de Solothurn, où je me suis ennuyé ferme pendant trois jours (ce qui a beaucoup diverti @mona par procuration) et où j’ai rencontré et découvert Jean Rolin (dont j’ai lu une bonne partie des livres l’été suivant) et Julien Burri (complètement inconnu en France et c’est un grand tort).

      De toute ma vie, même quand je lisais sans doute davantage que je ne lis aujourd’hui, je n’ai jamais lu 200 livres par an, je crois qu’au plus haut de ma lecture de livres, j’ai du culminer à une cinquantaine de livres entre 1993 et 1998.

      Bref tout ça pour dire que c’est quand même des grosses conneries.

  • J-107 : Je ne sais pas si la sortie, cet été, de Marcher droit, tourner en rond d’Emmanuel Venet a fait beaucoup de bruit, si elle a même été remarquée, je fais une confiance sans restriction à l’incompétence crasse de la critique pour s’être aimantée à des ouvrages très secondaires avec lesquels les grandes maisons d’édition ont voulu les aveugler dans l’espoir, sans doute, de vendre du papier et de l’encre, je leur fais cette confiance donc, pour n’avoir pas remarqué l’étrangeté de ce livre, Marcher droit, tourner en rond , sa beauté et surtout l’entrée fracassante d’un narrateur autiste (Asperger) dans la littérature vieillesse comme on dit dans la littérature jeunesse, dans laquelle l’autisme est nettement moins tabou que dans le champ de la littérature vieillesse (voir Le bizarre incident du chien pendant la nuit de Mark Haddon et la Preuve par sept de Georges Bayard, corpus auquel je ne désespère pas un jour de pouvoir y ajouter la Débroussailleuse ).

    Emmanuel Venet reprend le principe du monologue intérieur qui avait donné ce récit admirable de Rien , ou quelles sont toutes les pensées confuses qui traversent l’esprit d’une personne à laquelle on demande à quoi tu penses ? et qui répond la seule chose que l’on puisse répondre à une telle question : à rien. Et c’est un rien extrêmement profus et épais auquel nous sommes invités, livre qui avait la beauté de nous faire toucher du doigt l’admirable richesse de nos pensées quand on ne pense à rien. Ici le narrateur ne répond pas à une question, il assiste aux funérailles de sa grand-mère quasi centenaire, et il est révolté d’y entendre un éloge funèbre sans aucun rapport avec la véritable personnalité de la disparue qui était d’une admirable bassesse. C’est d’autant plus choquant à ses oreilles qu’atteint du syndrome d’Asperger, il entretient un rapport passionné avec la vérité et est entièrement imperméable à toutes les compromissions par lesquelles les neurotypiques de notre espèce parviennent à arrondir les angles d’une vie commune rendue tellement difficile par la mise en avant de nos intérêts divergents.

    La société, nous, ses semblables en prenons pour notre grade, à la fois pour nos compromissions dans les grandes largeurs et nos minuscules bassesses lesquelles s’amalgamant les unes aux autres finissent par créer de grands désordres :

    « on nous serine à plus grande échelle qu’il nous faut à la fois abattre les dictatures et vendre aux tyrans des armes pour équilibrer notre balance commerciale ; produire plus de voitures et diminuer les émissions de gaz d’échappement ; supprimer les fonctionnaire et améliorer le service public ; restreindre la pêche et manger plus de poisson, préserver les ressources en eau douce et saloper les aquifères au gaz de schiste »

    . comme on le constate Emmanuel Venet est très habile à se servir de l’autisme d’Asperger de son narrateur pour révéler, comme Voltaire le fait dans Micromegas , naïf auquel il faut expliquer les raisons de la guerre, l’explication n’étant pas vraiment destinée à un géant imaginaire mais bien au lecteur, à quel point nos logiques sont à la fois viciées et aveugles, et, finalement, mensongères, ce qui est ce qui heurte le plus la susceptibilité du narrateur.

    Il est par ailleurs admirable de voir qu’Emmanuel Venet évite avec bonheur l’écueil des bons sentiments et se garde bien de faire de son Micromegas autiste un saint ou, plus exactement, une manière d’omniscient ou encore de creuset de la vérité. La vérité n’existe pas, Emmanuel Venet en a pleinement conscience qui donne à voir aussi comment les rouages autistiques du narrateur produisent également des logiques avariées, fou amoureux de Sophie Sylvestre, camarade de classe au lycée et qu’il n’a pas revue depuis, mère d’un enfant atteint de mucoviscidose, il ne comprend pas comment cette ancienne camarade prend ombrage de son conseil pourtant bienveillant de recourir pour cet enfant à l’euthanasie, pour le narrateur autiste Asperger de Marcher droit, tourner en rond , toute situation, quelle qu’elle soit, peut se résoudre comme une énigme de scrabble , jeu qui le passionne et qui lui sert autant de boussole dans le monde que son autre intérêt aigu pour les catastrophes aérienne, mais seulement celles sur les lignes commerciales.

    Cet étonnant voyage au pays mal connu de l’autisme de haut niveau est par ailleurs écrit dans une langue parfaitement congruente, celle parfois ampoulée et pédante avec quelques incursions dans la plus frappante des franchises, l’autisme d’Asperger fait donc une entrée réussie dans le monde de la fiction littéraire avec une telle aisance que l’on finit par se demander si la littérature n’était pas faite pour de telles narrations, de tels narrateurs, ou encore que cette dernière s’était déjà montrée une forme fort accueillante d’autre narrateurs autistes, le narrateur du Bavard de Louis-René des Forêts ou encore les différents narrateurs de Thomas Bernhard, notamment celui du Naufragé qui voit dans son camarade Glen Gould un véritable exemple à suivre.

    #qui_ca

    • @reka Non, pas ce matin, ce week end. En fait les chroniques de Qui ça ? sont écrites au fil de l’eau, ensuite, et c’est ce qui prend le plus de temps, je les mets en forme et en ligne dans un endroit tenu secret pour le moment, selon un protocole très contraignant, et seulement quand j’en ai des petits paquets de trois ou quatre, je les copie colle dans seenthis pour les camarades.

      Dans un peu plus d’un mois maintenant, tu prendras conscience de la taille du truc et tu seras épaté, enfin je crois, j’espère. Ou pas du tout. Tu seras, et d’autres avec toi, terriblement déçu. Voir sentiment d’imposture évoqué avec @aude_v ( https://seenthis.net/messages/563253 )

    • Il y a au moins eu des critiques élogieuses dans le monde (par Chevillard) et mediapart, j’en ai vu sur quelques blogs. Ma libraire était aussi dithyrambique, mais son influence est sûrement plus limitée.
      Le gars sait écrire et le début du livre est assez drôle, mais ensuite ça vire à l’acharnement contre les femmes, ce qui rend la lecture pour le moins pénible.

      En fait, les travers de la société, c’est surtout ceux des femmes de sa famille, qui sont coupables de toutes les hypocrisies et mensonges, et qui mènent les hommes à la baguette, quand elles ne causent pas leur mort à petit feu. Il y en a bien une qui se fait battre par son compagnon, mais sa parole est mise en doute, c’est sûrement là aussi un coup tordu. Sa mère, qui est une des rares à le laisser tranquille, est elle coupable de s’en désintéresser complètement pour faire carrière. Et je ne parle pas de la façon dont leur apparence physique est décrite, car évidemment en plus elles sont laides. Il n’y a qu’auprès des hommes qu’il trouve du réconfort. Je conçois que je n’ai peut-être rien compris au livre et à l’autisme, mais ses qualités n’ont pas compensé le dégoût qu’il m’a inspiré.

    • @lyco Tout ce que tu dis là est absolument vrai. Mais aussi parfaitement raccord avec ce narrateur, et je pense que c’est une des grandes forces de ce livre que d’attendre de son lecteur qu’il comprenne que ce narrateur Asperger est à la fois capable de tendre un miroir à la société et ses compromissions et d’être dans le même temps dans un manque patent d’intelligence sociale au point donc de recommander l’euthanasie de ce pauvre garçon atteint de mucoviscidose à sa mère dont il est follement épris. Il y a là un équilibre assez parfait entre la carricature et, au contraire, la fulgurance.

      Par ailleurs les personnages masculins prennent assez cher aussi, mon père est gentil mais il ne me comprend pas du tout (limite il serait trop bête pour ça, voire limité), mes deux grands parents scientifiques étaient des gens merveilleux, ma grand-mère Viollette était une femme merveilleuse d’intelligence et de douceur, mon grandpère était un pochtron lâche, mes cousines se sont mariées avec des hommes de peu de valeur.

      Et quant à sa mère, il semble parfaitement comprendre et excuser qu’elle soit partie et qu’elle soit, ce qu’il respecte, une chercheuse scientifique reconnue.

      En fait en y réfléchissant c’ets plus trouble qu’il n’y parait.

    • Bon, comme j’ai jeté le livre je ne pourrai pas aller me refaire une idée... Comment comprends-tu alors cette épigraphe (je crois que c’est comme ça qu’on dit) de Freud faisant état de sa perplexité devant ce que veulent les femmes ?

    • @lyco Je me suis un peu posé la question, mais certainement pas avec l’acuité avec laquelle tu la poses et pas dans le même éclairage.

      Emmanuel Venet, de ce que j’en sais est psychiatre, donc on peut penser que Freud est son livre de chevet. Cette référence intervient, de mémoire, au milieu du livre quand une des tantes, pas la plus brillante, explique à son neveu Asperger que Freud n’a rien compris aux femmes, que ce qu’elles veulent tient en trois mots : « manger sans grossir ». A la fois la citation et cette grosse bêtise de la part d’une des tantes ne sont sans doute pas à prendre au premier degré, ce que fait précisément, du fait de son autisme d’Asperger, le narrateur.

      Donc peut-être est-ce une manière un peu capillotractée de la part d’Emmanuel Venet de prévenir ses lecteurs que le second degré sera de toutes les lignes de ce qui suit.

      Je dois dire cependant que tes remarques me font vaciller. Et je réalise in fine que peut-être mon enthousiasme à l’entrée d’un authentique Asperger dans le champ de la fiction littéraire m’a aveuglé au point que je n’ai pas remarqué que le reste du livre était problématique. Et que tout ceci ne peut sans doute pas être expliqué à la seule lumière de l’autisme très particulier du narrateur.

      Tu me pousses à une relecture très rapide dis-donc !

    • Oui, désolé de cette question au débotté, je voulais profiter de tes souvenirs de lecture sûrement plus récents que les miens. J’avais vu cette phrase comme une confirmation de mes impressions mais je ne me suis pas vraiment intéressé à l’autisme du narrateur ni n’ai soupçonné que le décalage qu’il induit entre sa vison des choses et ce qu’elles sont effectivement puisse faire l’objet d’une lecture à part entière, le considérant assez vite comme un simple masque derrière lequel se cache l’auteur. Quand tu dis que le narrateur prend cette remarque au premier degré alors qu’elle était vraisemblablement une blague, tu as certainement raison. Mais il me semble que l’auteur ne nous donne pas à voir cette sélection partiale faite par le narrateur, car il ne nous donne aucun autre élément. Il me semble que jamais il ne nous laisse supposer que le narrateur se trompe de voie ou qu’il ne marche pas si droit.

    • Si j’ai bien compris tu n’as pas pu ire le livre jusqu’au bout, heurtée que tu étais par la vision pas très progressiste des femmes du narrateur ? Et du coup je pense qu’effectivement, à moins de connaître un peu le syndrome d’Asperger, tu peux passer à côté de ce qui vient nettement plus tard dans le récit, le dévoilement par déclarations fracassantes (typiquement Asperger) de certaines énormités qui fait alors comprendre que la position de l’auteur par rapport à son narrateur est vraiment une position d’emprunt (ce qui est flagrant dans le conseil de recours à l’euthanasie qui est épouvantable et à la fois logiquement rigoureux).

      En revanche, je viens d’en relire quelques pages, certes certaines énormités s’expliquent par le syndrome Asperger du narrateur (et je maintiens que c’est de ce fait une narration passionnante et très juste, de ce seul point de vue), en revanche je pense que tu vois plutôt juste dans le fait qu’un fond de sexisme existe bel et bien chez l’auteur et que la caricature ne s’explique pas entièrement pas l’autisme du narrateur.

      Même si le narrateur s’en prend pas mal aussi à ses personnages masculins, il est manifeste que ce n’est pas avec la même acidité. Et sur ce point, tu as entièrement raison, et pour ma part, comme je le disais dans le commentaire précédent, j’ai été aveuglé par l’arrivée d’un narrateur autiste dans une œuvre littéraire, arrivée disons officielle, parce qu’une fois encore, je continue de penser que certains narrateurs fameux (et les auteurs, pas moins fameux qui se cachent derrière eux) présentaient déjà de très beaux mélanges d’acuité et de sévérité excessive envers leurs semblables...

    • @lyco Du coup, si tu l’as lu en entier, je ne comprends pas très bien ce qui t’a échappé de compréhension quant à la nature autistique d’Asperger du narrateur : quand il se fait rembarrer par Sophie Sylvestre dont il est amoureux depuis une trentaine d’années et qu’il n’a pas revue et qu’il lui suggère par mail de recourir à l’euthanasie de son fils atteint de mucoviscidose, on doit normalement comprendre (ou est-ce moi qui suis trop impliqué dans le bazar de l’autisme pour ne pas me rendre compte que ce ne sont pas des clefs aussi flagrantes que je veux bien le croire ?, et je dois dire que la lecture de ce passage a été l’occasion d’un éclat de rire pas très discret de ma part) que le narrateur a des logiques pour le moins autonomes.

    • Son autisme ne m’a pas échappé mais... à la fin, pour moi, il est surtout un prétexte pour sortir des énormités qui ne m’ont vite plus fait rire. Il m’a manqué quelque chose dans l’écriture qui m’aurait fait sentir qu’ici les codes sont chamboulés et qu’on peut y dire ces énormités. Là elles m’ont juste accablé. Elles n’ont pas suffi à créer la distance avec laquelle visiblement tu as réussi à lire le livre. Mais c’est peut-être que je manque un peu de subtilité et, comme tu le dis, que je ne suis pas du tout familier de cette logique particulière de l’Asperger.