person:encore

  • Cable ship capsizes near Singapore after tanker collision | Reuters
    https://www.reuters.com/article/us-indonesia-tanker-crash-idUSKCN1P80NS


    The Star Centurion was at anchor when it was t-boned by the tanker Antea which was traveling at around 11.5 knots.

    An undersea cable and pipe-laying ship, the Vanuatu-flagged MV Star Centurion, capsized in the Indonesian waters of the Singapore Straits after a collision with a tanker on Sunday, with no fatalities, authorities said on Monday.

    The Singapore Straits are one of the world’s busiest shipping zones with hundreds of container ships, oil and fuel tankers and dry bulk carriers daily traversing the waters that connect east Asia to Europe, India and Africa.

    The collision happened just north of Bintan, an Indonesian island in the Riau Islands province that sits opposite the city-state of Singapore.

    “°It’s already capsized,°” Samsul Nizar, the head of operations at the Indonesian coast guard base at Tanjung Uban on Bintan, told Reuters by telephone, “°but it hasn’t sunk completely.°”


  • Lille / Gilets jaunes : acte VIII
    http://philipperevelli.com/lille-gilets-jaunes-acte-viii

    Il y avait du monde, ce samedi 5 janvier, place de la République, à Lille, pour la huitième journée d’action des gilets jaunes. Pas l’impression que le mouvement s’essouffle, mais se cherche plutôt, tâtonne, ne sait comment passer à l’étape suivante, aurait plus que jamais besoin de l’expérience des organisations de gauche, des syndicats.

    Mais ils n’étaient pas là.
    Militants et représentants de la gauche (communistes, insoumis, anars, LO…) brillaient par leur absence.
    Syndicalistes, idem (CGT, Solidaires, FSU… rien).
    Alors oui, il y avait dans le cortège trop de drapeaux tricolores, trop de Marseillaise – que venaient foutre des croix de Lorraine dans cette galère ? – et oui, ça me gène, me dérange, me démange…
    Mais faut-il leur abandonner la rue ?
    Il y avait aussi ceux qui réclament le rétablissement de l’ISF, plus de justice sociale…
    Faut-il les laisser seuls ?
    Convergence des luttes… mais chacun de son côté ?
    Grève générale… mais pas avec tout le monde ?
    Encore si nous, à gauche, étions capable d’être à l’initiative, peut-être pourrions-nous faire la fine bouche, nous permettre un tri sélectif des manifestants, mais…

    via @fil


    #GiletsJaunes #photographie #Lille


  • Les deux gilets jaunes ont été incarcérés mercredi soir, avec pour peine 3 mois de prison ferme et 6 mois de sursis avec obligation de travailler, plus 150 euros d’amende chacun. Encore une fois, la comparution immédiate a entraîné une condamnation sévère et envoyé les condamné dormir en prison.
    Ce mercredi 2 janvier, le tribunal de Foix (09) faisait comparaître deux hommes de 25 et 30 ans, pour dégradation avec incendie au péage de Pamiers et « occupation non appropriée du domaine routier » dans la soirée du 31 décembre.

    Au vu du casier non vierge des deux prévenus, l’avocat de la défense Me Baby leur a conseillé d’accepter la comparution immédiate, estimant qu’il pouvait « faire appel à l’humanité du tribunal » pour leur éviter l’incarcération immédiate (mandat de dépôt).
    Les deux prévenus sont précaires, l’un travailleur pauvre sans logement et l’autre intérimaire, et le tribunal ne va pas se priver de s’appuyer lourdement sur ce qu’il appel le « profil des accusés ». Ils ont tous deux quelques condamnations à leur casier pour larcins ou conduite sans permis. Procureur comme juge insistent en chœur sur « le niveau ras-des-pâquerettes des prévenus ». Ce à quoi un des deux rétorquera en fin d’audience « nous ne sommes pas des bêtes, nous ne nous arrêtons pas de penser ».

    La trentaine de soutiens dans la salle ne se montre pas révérencieuse face au tribunal et n’hésite pas à réagir. Une femme de l’assistance se fait sortir pour avoir répondu aux dires du procureur que l’usage du flashball était également une atteinte à la sécurité des personnes.
    Le procureur demande une peine de 8 à 9 mois de prison ferme pour les deux gilets jaunes.
    La défense n’était certes pas facile, les deux hommes ayant reconnu et raconté en détail les faits en garde à vue ; pour l’un d’entre eux après s’être fait mettre la pression par la police pour ne pas faire plonger son camarade seul.

    L’avocat opte pour une défense politique avec un discours sur la casse comme « moyen pour se faire entendre », n’hésitant pas à évoquer les faucheurs d’OGM ou même la ZAD de Notre-Dame-des-Landes comme exemple. Les derniers mots de l’avocat n’auront pas convaincu le tribunal : « donnez le message ferme qui convient, mais laissez la place à l’humanité » pour « laisser les condamnés retourner chez eux » . Raté !

    Solidarité avec les prisonniers et leurs proches et renforçons nos réflexes de défense avant, pendant et après les actions !

    http://lenvolee.net/a-foix-aussi-la-justice-envoie-des-gilets-jaunes-en-prison-pour-tuer-le-mo

    Les conseils de précautions de l’envolée :
    https://larotative.info/contre-la-repression-conseils-et-1631.html
    http://1libertaire.free.fr/GAVbrochure.pdf
    https://seenthis.net/messages/721535
    #lenvolée #prison #gilets_jaunes #comparution_immédiate #incarcération_immédiate #justice_de_classe #précarité #travail_obligatoire


  • Lectures géographiques d’un journaliste français à Berlin

    http://journals.openedition.org/echogeo/16427

    Je suis très curieux de savoir ce que @klaus pense de cet entretien... C’est un journaliste du Monde (personne n’est parfait) qui raconte son expérince urbaine alors qu’il est correspondant du journal.

    Après des études à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm et à Sciences Po Paris, titulaire d’une agrégation d’histoire puis d’une thèse en histoire contemporaine, Thomas Wieder devient journaliste au Monde dans le service politique, puis son correspondant en Allemagne à partir de 2016. Son témoignage montre quelle place a la géographie dans son métier et éclaire sur une géographie citadine qui mobilise au quotidien représentations héritées de la ville, analyses statistiques, espaces repères, comparaisons avec Paris, rapport singulier aux distances.

    #berlin #urban_matter

    • L’excès de voiturisme à Berlin ...

      7 -
      ... c’est une ville où la circulation automobile demeure encore aujourd’hui beaucoup plus fluide qu’à Paris, de sorte qu’on peut envisager de la traverser pratiquement d’un bout à l’autre en mettant le temps qu’il faut aujourd’hui à Paris pour se rendre dans un arrondissement voisin.

      ... m’a fait échanger la voiture contre la moto. La description idyllique est datée, là c’est le bouchon permanent á cause d’une politique de transition chaotique de la ville automobile à la ville-où-on-ne-sait-pas-comment-se-déplacer.

      Mais il est vrai qu’à Paris c’est le vélo qui s’impose si on veut se déplacer vite et sans les inconvéniants du métro. Berlin par contre est trop grand pour les adeptes du cyclisme moins fanatiques. J’ai une connaissance qui y fait chaque jour deux fois 15 km á travers la circulation dense. Elle est bien en forme, mais elle dévéloppe un côté agressiv pas très agréable.

      Je n’ai pas encore tout lu.

    • euh ...

      Certes, les loyers restent encore bien moins chers qu’à Paris

      ... c’est encore vrai pour les quartiers en dehors du centre dont la surface correspond à celle de Paris intra muros .
      cf. https://seenthis.net/messages/747182


      Le problème : tout est déjà pris. À l’exception de ceux qui disposent d’un patrimoine assez comfortable pour être en position de pouvoir choisir entre l’achat et la location d’un appartement, les berlinois ne déménagent plus. Seule execption pour les indigènes : passer à côté de la file d’attente parce qu’on a des relations.

      Pour les nouveaux arrivants il y a deux types de solution pour se loger :

      1. Tu es plus ou moins pauvre

      a) Tu dors dans la rue. C’est le cas des européens de l’Est peu qualifiés qui prèrent vivre à la rue Berlin à la mort dans le froid de leur ville d’origine. C’est également le cas des victimes du système Dublin privés de statut officiel.

      b) Tu deviens coloc dans un appartement trop cher pour son locataire. Pour la majorité des étudiants et jeunes employés étrangers c’est la première étape pour se faire une vie à Berlin.

      c) Tu t’inscris sur les listes d’attente de bailleurs municipaux et associatons de copropriété peu chers. Tu aura un appartement quelques années plu tard.

      2. Tu es détenteur d’un patrimone

      a) Tu loues plus cher que tes revenus actuels te le permettent et tu consommes tes épargnes en espérant trouver un travail mieux payé.

      b) Tu achètes ou tu loues prèsque au prix parisien. Là c’est pour tout de suite ou prèsque.

      c) Tu es très riche. Pour toi Berlin est un bain de jouvence qui va rajeunir et toi et tes investissements.

    • C’est vrais ...

      6 -
      7 - Depuis longtemps Berlin se revendique comme ville de « mixité sociale ».

      ... mais la Berliner Mischung date d’une époque quand le propriétaire vivait au premier étage derrière la belle facade de son immeuble qui s’étandait sur parfois sur 10 cours intérieures de plus en plus insalubres où s’entassaient les prolétaires qui travaillaient dans les petites usines et manufactures du bloc.

      Cette forme de cohabiation sociale n’a plus de raison d’être économique. Elle a continué à exister à Berlin après la guerre et a survécu les années 1970 quand cette forme de vie a disparu. C’était dû au côté château de la belle au bois dormante qu’avait la ville pendant la séparation entre Est et Ouest.

      La mixité sociale d’aujourd’hui est alors un projet politique qui veut améliorer la sécurité et la qualité de vie pour les habitants mais plutôt que de s’imposer il faut un grand effort de la gauche pour la défendre et lui donner une nouvelle raison d’être.

      cf. https://de.wikipedia.org/wiki/Meyers_Hof

    • 5 - (TW). Je suis arrivé à Berlin à l’été 2016.

      Quand Thomas Wieder arrive à Berlin la ville est en pleine crise migratoire. La situation dans le centre d’acceuil pour réfugiés sur les lieux de l’ancien hôpital de Moabit resssemble à un camps au milieu du désert. La réaction des institutions municipales face aux événements est aussi confuse que celle des administrations à Berlin-Est à partir du mois de novembre 1989. D’abord on essaie de tout régler comme prévu alors qu’il n’y a plus rien de prévisible, ensuite on abandonne son poste ou essaie de trouver des solutions improvisées.

      https://de.wikipedia.org/wiki/Fl%C3%BCchtlingskrise_ab_2015_in_Deutschland

      Dans les deux années après son installation la ville change radicalement parce que les conséquences de la spéculation immobière commencent à se sentir de plus en plus et l’arrivé de nouveaux habitants du monde entier sur le marché du travail a des répercussions sur toute structure en place.

      La modification des quartiers accélère encore. Au fur et à mesure la gentrification s’étend à tous les endroits épargnés jusqu’à cette période.

    • La chute des murs de Jéricho
      http://www.interbible.org/interBible/caravane/voyage/2007/voy_070126.html
      C’est une belle histoire ...

      (Jos 6,2-5) : Josué et ses hommes devaient faire le tour de Jéricho une fois par jour pendant six jours, accompagnés de sept prêtes portant l’Arche d’alliance et sept trompettes en corne de bélier, puis effectuer sept tours de la ville le septième jour, après quoi les prêtres devaient sonner de leurs trompettes, le peuple pousser un grand cri, et alors les murs de Jéricho s’effondreraient.

      ... qui a été entièrement inventée.

      D’ailleurs si les Israélites avaient décidé de prendre la ville, ils n’auraient pas eu besoin d’en faire sept fois le tour pour s’apercevoir que Jéricho avait déjà été détruite depuis longtemps... En effet, l’archéologie montre qu’à l’époque présumée de l’épisode, Jéricho était déjà en ruines et n’était plus habitée depuis environ trois siècles.

      Ce qui est vrai en ce qui concerne Jericho l’est encore davantage pour Berlin. Il n’y a jamais eu de chute du Mur . Après des protestations le gouvernement de la RDA arrête de refuser à ses citoyens de quitter le pays comme il bien leur semble. Pendant ce processus politique assez mal géré - pour éviter des victimes - les gardes frontière acceptent le soir du 9 novembre 1989 de laisser passer tout le monde.

      L’expression chute du Mur est un terme de la guerre froide inspiré par un mythe biblique. Elle suggère l’intervention d’une force providentielle à l’origine d’événements sociaux, politiques et économiques. Cette vision idéologique des événements sert à cacher les véritables forces et mobiles afin de nous empêcher d’utiliser les leçons historiques pour « faire tomber » des régimes en place actuellement.

      9 - ... les ex-quartiers de Berlin-Est sont ceux qui ont le plus évolué en trente ans. Délaissés à la chute du Mur, certains ont rattrapé voire dépassé certains quartiers de l’Ouest en termes de gentrification, comme Prenzlauer Berg et Mitte qui ont perdu tout le caractère « alternatif » qu’ils avaient dans les années 1990 et encore au début des années 2000. Aujourd’hui, ce processus de gentrification s’étend à d’autres quartiers de l’ex Berlin-Est plus périphériques, comme Pankow (au Nord) ou Friedrichshain (à l’Est).

      Les lieux dits alternatifs à Berlin sontun peu cachés. Ce sont des îlots qui témoigent d’une époque passé. Ce constat concerne la ville entière.

      La meilleure source pour se rendre compte de quoi on parle quand on évoque le mouvement alternatif à Berlin, c’est une carte du mouvement des squats entre 1070 et aujourd’hui.
      https://seenthis.net/messages/739643

      Sous les coups des gentrificateurs il est d’autant plus important de conserver et propager les leçons apprises par l’avènement et la disparition de structures autonomes libertaires à Berlin-Ouest. Ceci est aussi important que la conservation des expériences et leçons appris à travers la tentative de réaliser un socialisme autoritare à l’Est.

      #socialisme #mouvement_alternatif

    • Là encore le journaliste raconte l’histoire de Berlin, l’ex-ville-du-mur . Cette approche est erronnée car elle met l’accent sur un bref interlude historique qui n’est aujourd’hui qu’une USP (unique selling proposition) de la part de l’office du tourisme municipal. Berlin est l’ancienne et l’actuelle capitale de la plus grande puissence politique et ećonomique en Europe centrale et continue son développement suivant ce paradigme.

      - 10 Près de trente ans après la chute du Mur, l’Est et l’Ouest continuent néanmoins de charrier des clichés qui leur sont propres. Ainsi, l’Ouest a toujours la réputation d’être plus bourgeois et résidentiel à cause de certains quartiers comme Charlottenburg ou Grünewald, mais cela ne doit pas faire oublier le fait que certains des quartiers les plus pauvres et cosmopolites du Berlin d’aujourd’hui, comme Neukölln, au sud, ou Wedding, étaient jadis à l’Ouest du Mur…

      Les deux facteurs principaux pour le développment des villes européennes sont d’ordre géographique y compris de climat et sociologique avec les facteurs économiques comme moteur de propulsion.

      Initialement Berlin est constitué de quelques maisons autour d’une île . Cette configuration structurelle ne change pas pendant des siècles jusqu’au début de l’industralisation.

      Depuis les vents de l’ouest courants et la pollution des cheminées industrielles et d’habitation font fuir la bonne société vers l’ouest. C’est ainsi qu’à Berlin et à Londres prospèrent les beaux quartiers appellées Westend . A l’est de la ville se développe une ceinture d’habitations ouvrières et d’usines exposée aux nuages noirs polluantes. Cette situation reste inchangeée jusqu’à la disparition des industries berlinoises après 1989 et le remplacement de la quasi totalité des chauffages « prussiennes » au charbon dans les années 1990. Encore au début de cette décennie on sentait l’arrivée de l’hiver par son odeur de charbon brulé et de soufre.

      Voici la raison principale pour la popularité de #Moabit, #Wedding, #Gesundbrunnen, #Prenzlauer_Berg, #Friedrichshain, #Kreuzberg et #Neukölln : Depuis l’an 2000 on peut y respirer librement pour la première fois depuis 150 ans.

      En réalité, certains quartiers qui se trouvaient de part et d’autre du Mur se sont rapprochés avec le temps. Ainsi de Kreuzberg (Ouest) et Friedrichshain (Est), qui constituent aujourd’hui un seul et même arrondissement et présentent une assez grande homogénéité sociale, culturelle et politique : aux élections régionales de 2016, les Verts y ont ainsi obtenu environ 30 % des voix, bien plus que partout ailleurs à Berlin.

      Thomas Wieder parle ici de l’arrondissement Friedrichshain-Kreuzberg, ces quartiers pas seulement séparés par le mur mais par la rivière de la Spree. J’ai de fortes doutes s’il sont vraiment aussi homogènes comme il dit. Quand on regarde de près la carte des résultats électoraux on y identifie des disparité remarquables. Je commence à douter encore plus de sa description quand je regarde aussi l’autre arrondissements unique d’aujourd’hui dont les quartiers font partie des deux Berlin jusqu’en 1989.

      On risque de se tromper sur Fredrichshain et Kreuzberg, mais à Berlin Mitte on constate une situation complètement disparate. C’est une combinaison de Gesundbrunnen (ouest), Wedding (ouest), Moabit (ouest), Tiergarten (ouest) et Mitte (est). Gesundbrunnen , Wedding et Moabit sont des quartiers ouvriers « rouges », Tiergarten est un quartier chic et bourgeois à toutes les époques, Mitte est traditionellement l’endroit avec le plus de disparités sociales imaginables. Le Kaiser y vit à quelques centaines de mètres des juifs de l’Est les plus pauves d’Allemagne. Cette disparité sociale continue à marquer le centre de Berlin au sein des quartiers comme au niveau de sa structure générale.

    • Il a parfaitement raison quand il décrit l’implémentation des quartiers #Potsdamer_Platz et #Regienrungsviertel.

      - 12
      – 13 ... c’est un espace quasi autonome, où l’on n’a aucune raison de se rendre au quotidien. Une sorte d’espace à part, beaucoup moins intégré à la vie quotidienne que ne le sont les lieux du pouvoir politique à Paris.

      Chacun des quartier est le fruit de quelques réunions au plus haut niveau du pouvoir sans la moinde concertation ou participation des berlinois.

      C’est surtout le chancelier Helmut Kohl qui y impose sa vision de la capitale allemandes. La nation, c’est à dire tout le monde y compris les gens simples, ne compte pas. Dans les momente historiques décisifs c’est ou la révolution ou la dictature. Les joyaux de la « Berliner Republik » expriment la volonté des détenteurs du pouvoir de prendre des décisions rapidement afin de ne pas être incommodé par cet animal capricieux qu’est le peuple.

    • On parle, ...

      - 18 (TW). La part des étrangers est très variable selon les quartiers de Berlin. Cela a toujours été le cas, certains quartiers comme Kreuzberg ayant accueilli de très longue date un nombre important d’immigrés, turcs en particuliers. On estime à environ 80 000 le nombre de demandeurs d’asile arrivés à Berlin entre 2015 et 2017. Même si certains quartiers en ont accueilli plus que d’autres (Neukölln, au sud-est de la ville, par exemple), leur arrivée n’a pas fondamentalement changé l’image de la ville.

      Il faudrait préciser et paler des raisons pour la présence massive des turcs et squatteurs `Kreuzberg etc.

      Mixité sociale, immigration ... au fond il ne dit rien du tout mais recrache des bribes d’infos dont on pourrait faire une critiques, mais #bof ...


  • En plein boum des arrestations preventives (#loitravail, #zad, #giletsjaunes...) la justice se prépare à l’arrivée des #algorithmes avec la #legaltech (technologie juridique) 😱
    Encore un article qui devrait être en libre accès, #Mediapart... Avec l’épée de Damocles de la #justice-predictive, c’était l’occasion de montrer du soutien à toutes les #legalteam <3

    https://www.mediapart.fr/journal/france/020119/la-justice-se-prepare-l-arrivee-des-algorithmes?onglet=full

    Cela fait plusieurs années que tout un écosystème de start-ups attend l’ouverture du marché de la justice numérique, aujourd’hui freiné par le manque de décisions en open data et de cadre juridique. Le projet de réforme de la justice en cours d’examen en pose les bases. Certains s’inquiètent de l’application d’algorithmes au monde judiciaire, promettant, à terme, de prédire l’issue des procédures.
    La numérisation de l’État était l’une des grandes promesses d’Emmanuel Macron. La « start-up nation » est censée s’accompagner d’une dématérialisation de tous les aspects des relations entre les institutions et les citoyens. Certains chantiers sont déjà bien avancés, par exemple dans le domaine fiscal avec le paiement des impôts à la source. Le projet de loi sur la justice en cours d’examen au Parlement en ouvre un nouveau : celui de la numérisation de la justice.

    Ce texte introduit quelques mesures qui marquent les premiers signes de l’adaptation de l’institution judiciaire au numérique, ainsi que de son ouverture au marché de la « legaltech » (en français, technologie juridique ou technologie au service du droit). Derrière ce terme se cache tout un écosystème d’acteurs dont le but est de promouvoir la numérisation de la justice : les procédures qui pourront se faire en ligne, les jugements qui pourront être rédigés, voire rendus, par un algorithme ou encore les décisions elles-mêmes, qui formeront ainsi une gigantesque base de données, autrement dit le « big data » dont ont besoin les algorithmes pour tourner.

    Comme pour sa cousine la « civic tech », dont le but est de numériser les institutions démocratiques, la communauté de la legaltech abrite des acteurs convaincus que l’informatique a le pouvoir de transformer la société, mais également de nombreuses entreprises impatientes de « disrupter » un nouveau marché potentiellement colossal. Benjamin Jean appartient à la première catégorie. L’association qu’il préside, Open Law, milite pour un « droit ouvert » et un rapprochement entre le monde du juridique et celui du numérique.

    « Il existe plusieurs définitions possibles de la legaltech, explique-t-il à Mediapart. Au sein d’Open Law, https://openlaw.fr , nous considérons comme acteurs de la legaltech tous ceux qui s’appuient sur des solutions et des outils numériques pour favoriser l’accès au droit et à la justice. La finalité, c’est vraiment l’accès au droit et à la justice. Et c’est l’utilisation du numérique dans cette optique qui caractérise la legaltech. »

    « C’est donc une définition très large, poursuit Benjamin Jean. Les premières formes de legaltech ont été les plateformes de marché, qui permettaient de contacter facilement un avocat. Au sein des cabinets d’avocats et des études de notaires, le numérique permet déjà de faire mieux ce qu’on faisait avant. Il existe pas mal de solutions qui permettent de mieux gérer les documents et toutes les saisies. Ensuite, il y a tout ce qui permet de favoriser la collaboration. Certains nouveaux outils permettent d’aller dans le sens de la pluridisciplinarité, de faire travailler facilement des avocats avec des notaires, avec des huissiers, de favoriser les relations entre les professions réglementées. »

    « Aujourd’hui, explique Benjamin Jean, il y a toute une diversité d’acteurs venant soit du numérique, des pure players, soit des secteurs traditionnels. Les éditeurs juridiques notamment sont tous depuis quelque temps sur le numérique. Il y a également des acteurs institutionnels comme la Dila (Direction de l’information légale et administrative) ou le Parlement. »

    https://vimeo.com/304829590


  • Prélèvement à la source : voici les pièges cachés qui vous attendent dès le mois prochain !
    https://www.crashdebug.fr/actualites-france/15427-prelevement-a-la-source-voici-les-pieges-caches-qui-vous-attendent-

    Vous aviez cru que le prélèvement à la source allait vous simplifier la vie ? Rien n’est moins sûr... Encore une fois les technocrates de Bercy décident seuls dans leur coin, et les Français(es) subissent...

    C’est une réforme majeure qui entre en vigueur fin janvier 2019. Le prélèvement à la source nous a été présentée par le gouvernement comme une source de simplification de la vie du contribuable. Pour Laurent Saillard, journaliste au Revenu, cela n’a rien d’évident. Ecorama du 21 décembre 2018, présenté par David Jacquot sur boursorama.com

    Source(s) : Boursorama.fr via Contributeur anonyme

    Informations complémentaires :

    Crashdebug.fr : IMPÔTS 2017 : ... 57% de foyers non imposables à l’IR, 21 millions sur 37, signe d’un appauvrissement accéléré

    Crashdebug.fr : Hauts (...)

    #En_vedette #Actualités_françaises



  • Au lendemain de mon procès - CRIC
    https://cric-grenoble.info/infos-globales/article/au-lendemain-de-mon-proces-898

    Le verdict de notre procès du mercredi 26 décembre où j’ai été condamné à 18 mois de prison dont 6 avec sursis plus une interdiction de manifester pendant 3 ans a été un nouveau choc, après le choc carcéral que j’ai vécu pendant les 12 jours de détention provisoire. De même pour les trois autres Gilets jaunes, Tom, Dylan et Maria qui ont également été condamnés à de la prison ferme et à une interdiction de manifester. Je reprends du poil de la bête, de nouveau porté par l’élan massif de soutien qui me parvient, lors du rassemblement pendant le procès, par le courrier, par les mails, par les réseaux, par les coups de téléphone, les SMS, ça n’arrête pas !

    Alors que je quitte la zone commerciale avec une centaine de personnes, vers 13h15, je suis confronté à une scène d’agression dont sont victimes des Gilets jaunes. Je décide, comme d’autres, d’intervenir pour leur porter assistance, les protéger et porte trois coups de pied à un des agresseurs pour le repousser. Après ces trois coups, je me rends compte, à la vue d’un pistolet qu’un autre homme sort, qu’il s’agit de policiers en civil et je décide de quitter les lieux. Durant toute cette scène, qui dure environ 22 secondes, je n’ai à aucun moment entendu les policiers s’identifier et je n’ai à aucun moment vu leur brassard, pour le moins discret et difficilement décelable.

    #répression #justice_de_classe




  • Les gilets jaunes et le mépris de classe – L’image sociale
    http://imagesociale.fr/6942

    Or, s’il est bien une notion que le mouvement des Gilets jaunes a fait apparaître sur la place publique, c’est bien celle de mépris de classe. Outil peu mobilisé en-dehors de la sociologie de gauche, ce caractère analysé en particulier par Bourdieu sous le nom de « racisme de classe » ou « classisme » décrit un mécanisme à la fois discret et tout à fait essentiel à la justification des privilèges, parce que basé sur des traits que l’analyse attribue à la construction sociale du capital culturel, mais qui passent volontiers pour des qualités innées, comme l’intelligence, le sens moral ou le bon goût.

    Incarnant le retour de la lutte des classes, voire de la guerre des classes, selon l’expression chère à Monique et Michel Pinçon-Charlot, le mouvement des Gilets jaunes a suscité une réponse dont la violence constitue un témoignage accablant de l’accroissement des inégalités et de la gentrification des élites. Par le biais des vidéos autoproduites ou par l’occupation des ronds-points, les Gilets jaunes ont d’abord imposé une présence physique manifestement ressentie comme intrusive par l’ensemble des médias et des classes aisées, qui y ont répondu par une avalanche d’insultes – beaufs, poujadistes, cocus, abrutis, extrémistes de droite – où l’on avait du mal à discerner la moindre trace d’intelligence.

    Encore souligné par les confrontations organisées des plateaux télévisés, un tel unanimisme de la condamnation a fini par se voir. En contradiction avec l’approbation du mouvement par une large majorité de la population, le mépris de classe est apparu comme un comportement de disqualification grossier et comme une défense de classe des dominants. Or, le mépris de classe ne fonctionne comme instrument de sujétion qu’à la condition de rester invisible. A partir du moment où il est désigné comme tel, il perd tout pouvoir et devient au contraire un faux pas, car le mépris est une faute morale que rien ne peut justifier. Le retournement du mépris de classe, devenu arme de dénonciation de la domination par les dominés, est un levier habile, qui fait écho à l’état récent de la recherche en cultural studies, en matière de médiatisation des conflits sociaux.

    Ce n’est pas seulement Macron que les gilets jaunes ont deshabillé de son arrogance. L’ensemble de la classe médiatique a vu sa sottise et ses préjugés de classe mis à nu.

    #Gilets_jaunes #Mépris #Classes_sociales


  • Depuis la crise des « gilets jaunes », la vie à huis clos d’Emmanuel Macron

    Insultes, huées, menaces… Quand il sort, désormais, cela tourne mal. Depuis le début de la mobilisation des « gilets jaunes », pour le président qui aimait tant les promenades, elles sont devenues rares (et discrètes). Comme les visites.

    De l’aéroport de Loudes, en Haute-Loire, jusqu’au Puy-en-Velay, il y a 10 km, un quart d’heure en voiture. Ce 4 décembre, pour rejoindre la préfecture incendiée trois jours plus tôt par les « gilets jaunes », Emmanuel Macron n’a heureusement pas besoin de passer par le rond-point de Lachamp, sur la commune de Saint-Pierre-Eynac. C’est là, sur la RN88, que des manifestants avaient cousu un pantin de taille humaine, posé sur un échafaud plus vrai que nature. Sur le billot était écrit : « Te guillotiner c’est notre projet. »

    Le président de la République file vers la préfecture. En route, il discute avec les passagers en gilet jaune d’une voiture croisée par hasard. Aucune image, aucune vidéo. Le 3 décembre, il n’a aussi passé qu’une tête dans le bureau de l’un de ses collaborateurs qui recevait un « gilet » venu de Chalon-sur-Saône à pied. Ces gens seront parmi les rares protestataires qu’Emmanuel Macron a rencontrés durant cette crise ouverte le 17 novembre, où sa capacité à réformer et sa popularité se sont abîmées, mais où il a aussi perdu une part de sa liberté.

    Sans prévenir les élus, il est venu au Puy apporter son soutien au préfet. Celui-ci montre les armoires en cendres, les vitres brisées, les bureaux noircis par la suie. Il conte au chef de l’Etat ce samedi où le « portail a été pété », les pneus entassés et enflammés, et cette bataille inégale entre les « trente » de la préfecture et les deux cents manifestants empêchant les pompiers d’accéder au bâtiment. Bilan : trente-huit blessés… « Ils criaient : “Vous allez tous griller comme des poulets ! », termine le préfet. « Vous les connaissez ? », interroge Emmanuel Macron, incrédule.

    Dès que l’avion présidentiel s’est posé à Loudes, la nouvelle de sa visite s’est ébruitée. Un message posté sur Facebook a réveillé quelques « gilets jaunes ». Une vingtaine d’hommes et de femmes attendent le chef de l’État à la sortie de la préfecture. « Ouuuuuh ! Démission ! », « Enculé ! », « Président des riches ! » Pas encore de quoi trop s’émouvoir. C’est sur la route de la caserne de gendarmerie que tout va basculer…

    « On vous hait ! »

    M. Macron commence par traverser Le Puy vitre ouverte, pour dire bonjour. Des insultes lui répondent, il doit vite la remonter. Un homme se jette ensuite devant la voiture. En sortant de la caserne, cinquante manifestants l’injurient encore : « On vous hait ! »

    L’échange promis à la presse locale est annulé. Les services de sécurité exfiltrent le président par une sortie annexe. De la séquence ne reste que l’image d’un démarrage en trombe sous les huées. Quelques jours plus tard, le chef de l’État racontera au président du MoDem François Bayrou que, de la voiture, il a entendu une femme lancer : « Salope, j’espère que tu vas crever sur la route ! »

    Emmanuel Macron aime pourtant les promenades. Dès son arrivée au ministère de l’économie, en 2014, il avait fait de ces échappées sa griffe. Elles étaient à la fois le thermomètre de sa popularité et un moyen d’asseoir sa notoriété. « Il est où, Emmanuel ? », s’agaçait François Hollande à chaque déplacement avec lui. « Emmanuel » traînait derrière. Selfies, autographes, bisous, il se régalait. Mais, depuis que les « gilets jaunes » le traquent sur Facebook, ces déambulations sont impensables. Il voyage incognito, ou alors sans caméras.

    Jeudi 20 décembre, c’est avec l’AFP et France-info, ces médias de « l’ancien monde », qu’il est allé à Soissons, dans l’Aisne, visiter sans prévenir un centre pour enfants victimes de maltraitance. Officiellement, personne n’a été exclu du voyage, mais il fallait éviter les caméras, en cas d’incident. « S’il ne prévient pas avant de partir, c’est qu’il sait déjà qu’il risque de s’en prendre plein la figure », confirme un conseiller. Sa photographe officielle, Soazig de la Moissonnière, envoie seule quelques clichés où le président, décontracté au milieu de son équipe, rit à la table d’un restaurant Courtepaille, à Mareuil-lès-Meaux (Seine-et-Marne).

    Gibets, cibles et cercueils

    Deux jours avant les injures du Puy-en-Velay, sa petite promenade à pied au milieu des vitrines fracassées de l’avenue Kléber, à Paris, avait déjà mal tourné. Il revenait alors d’Argentine, où il avait participé au G20. Sur les portables de ses collaborateurs, il a découvert de Buenos Aires les images des violences du 1er décembre et il se rend à l’Arc de triomphe saccagé avant de partir à la rencontre des commerçants. Mais des « gilets jaunes » débarquent. Copieusement sifflé, il doit s’éclipser sous la protection des policiers.

    Avant le 11-Novembre, « il était déjà revenu de son périple dans l’est de la France très conscient qu’une colère grondait », assure Philippe Grangeon, l’un de ses conseillers. Mais c’était au temps où l’Élysée pouvait encore accuser les médias de grossir le trait. « Je parle aux gens, ça se passe bien, mais les journalistes écrivent à l’avance un scénario où je me ferais sans cesse alpaguer, comme si j’étais un personnage de télé-réalité ! », se plaint Emmanuel Macron devant les ministres Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, Jean-Michel Blanquer et François de Rugy qu’il reçoit à l’Élysée au retour de sa fameuse « itinérance mémorielle » dans onze départements. Ce n’est qu’à la deuxième journée de mobilisation des « gilets jaunes », le 24 novembre, qu’il évoque des « scènes de guerre ». Une semaine plus tard, l’Arc de triomphe est pris d’assaut.

    « Je connais cette violence et cette vulgarité, ce sont les mêmes qui étaient déposées dans la boîte aux lettres de mes parents, lorsque j’ai rencontré Emmanuel », assure Brigitte Macron à ses conseillers désolés. Sauf qu’à l’époque les insultes n’étaient pas si menaçantes. Désormais, les manifestants crachent sur les vitrines et prennent à partie les employés de la chocolaterie familiale d’Amiens. « J’ai l’impression d’être un bouc émissaire, un défouloir » : le 4 décembre, Jean-Alexandre Trogneux, propriétaire du commerce, se fend d’une mise au point : la boutique n’appartient pas au président, son oncle par alliance. Un internaute de la Somme, terre des plus farouches ennemis du président – le député François Ruffin et l’écrivain Edouard Louis –, est placé en garde à vue.

    Dans les « manifs », l’effigie du président est lardée de coups de couteau, ligotée par des chaînes, ensanglantée. Gibets, cibles, cercueils trônent devant les cahutes de bord de route. Sur les sites des manifestants, on parle de lui « jeter des pierres » et même de « le pendre ». Quant aux comptes Facebook d’Eric Drouet et de Priscillia Ludosky, deux des initiateurs du mouvement, ils relaient un faux « mandat d’arrêt » contre Emmanuel Macron, coupable de « haute trahison. »

    Déplacements officiels annulés

    Il n’y a pas que les coups de menton ou de gueule sur les réseaux sociaux. Dans la nuit du 14 au 15 décembre, le député (La République en marche, LRM) de l’Eure Bruno Questel voit débouler devant chez lui « un groupe d’hommes, mais aussi de femmes, largement alcoolisés ». Des visages déjà croisés dix fois dans cette circonscription où il a été élu maire en 2002, conseiller général et enfin parlementaire.

    « Ils voulaient s’installer chez moi », raconte le député au téléphone à Emmanuel Macron et à son premier ministre, Edouard Philippe, après que la police a retrouvé six douilles de cartouches tirées devant sa maison. Même le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, pratiquement inconnu du grand public, a vu ses enfants menacés.

    A Paris, les époux Macron aimaient improviser un dîner à La Rotonde, cette brasserie de Montparnasse où les patrons leur arrangent toujours une table au fond du restaurant. Ils étaient même allés voir Le Grand Bain, le « feel good movie » de Gilles Lellouche, dans une « vraie » salle de cinéma. Trop dangereux aujourd’hui. Depuis le 1er décembre, Brigitte Macron n’a pas franchi les limites du périphérique, se contentant, sans aucune publicité, d’une visite à l’hôpital des Invalides, d’une autre à Necker, d’une troisième à l’Institut de la mémoire de la Pitié-Salpêtrière.

    Adieu les longs week-ends à la Lanterne, aux confins du parc du château de Versailles, où Brigitte Macron a l’habitude d’acheter son pain dans les boulangeries avoisinantes : depuis la mi-novembre, les séjours sont brefs et rares. Hormis sa visite surprise à Soissons, le président lui-même est peu sorti de l’Élysée. Le ministère de l’intérieur craint des bousculades, une agression, voire bien pire. Ses agendas ont été vidés, des déplacements officiels annulés : sa visite en Serbie, les 5 et 6 décembre, puis son séjour à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), le 18 décembre, afin de préparer le G7 de 2019 en compagnie de 150 ambassadeurs. L’agenda officiel est loin d’être rempli. « Il est en réunion interne », répond son service de communication.

    Aucun de ceux qui l’entourent n’a souvenir d’un tel rejet sur le terrain. Seul Bruno Le Maire, lorsqu’il était le ministre de l’agriculture de Nicolas Sarkozy, a connu les quolibets et les tas de fumier déversés sur son passage. Pour les jeunes conseillers de l’Élysée, l’expérience est inédite. « On ne va pas finir le quinquennat dans un abri antiatomique », expliquait au Monde le chargé de la communication de l’Élysée, Sylvain Fort, en prenant ses fonctions après l’« affaire » Benalla. « Débunkériser », disait-on alors au Palais. Devant l’association de la presse présidentielle, à la Maison des polytechniciens, le 17 décembre, il détaille cette fois la menace que fait peser sur le président une « défiance transformée en sécession ».

    « Il ne sort plus sans se maquiller »

    Devant les députés LRM, ou en conseil des ministres, Emmanuel Macron ne laisse échapper aucune fébrilité. Occupé à ne pas imposer ses certitudes, il laisse les autres parler. Mais ceux qui le croisent notent sa fatigue. « Il ne sort plus sans se maquiller tellement il est marqué. Il se maquille même les mains », assure un député LRM qui a l’oreille du chef de l’État. Lors de son allocution enregistrée à l’Élysée, le 10 décembre, plus de 23 millions de téléspectateurs découvrent un président mal rasé et amaigri.

    L’Élysée est devenu un huis clos où les corps étrangers sont de plus en plus rares. Le président (Les Républicains) du Sénat, Gérard Larcher, ou l’ancien chef de l’État Nicolas Sarkozy ont été reçus les 4 et 7 décembre. Le jeudi, John Chambers, l’ex-patron du groupe informatique Cisco devenu ambassadeur de la French Tech à l’international, a aussi franchi le perron du Palais avec une quarantaine de « capital-risqueurs » et d’investisseurs venus découvrir de prometteuses jeunes pousses françaises. Mais le chef de l’État a surtout consulté son premier cercle.

    Depuis que les présidents communiquent par messagerie privée, les « visiteurs du soir » sont rares, ou plus exactement leurs visites sont désormais virtuelles. Emmanuel Macron possède deux téléphones et passe de l’un à l’autre. Naguère, les conseillers ou les gardes guettaient l’heure à laquelle il quittait son bureau et éteignait les lumières. Aujourd’hui, ceux qui communiquent avec lui par Telegram notent l’heure à laquelle il cesse ses consultations : 2 heures, 3 heures du matin…

    Il échange évidemment avec son secrétaire général et son premier ministre, qui ont longtemps plaidé que des concessions aux « gilets jaunes » obéreraient la capacité de réforme du gouvernement. Mais ces dernières semaines, Philippe Grangeon, François Bayrou et Richard Ferrand (président de l’Assemblée nationale), les « sociaux », comme on les appelle, ont joué les premiers rôles dans l’entourage du chef de l’État. Avec Jean-Paul Delevoye (haut-commissaire à la réforme des retraites), ces trois-là ont participé à la vidéoconférence qu’Emmanuel Macron a organisée le 8 décembre à l’Élysée afin de réfléchir à la sortie de crise. C’est avec eux, ces représentants du vieux monde, qu’il s’est convaincu de lâcher plus de 10 milliards d’euros pour « sauver le capital des réformes ».

    Pas de trêve pour son anniversaire

    Insulté sur les réseaux sociaux, le président n’ignore pas la tentation et les références révolutionnaires d’une partie des émeutiers. « Le référendum d’initiative citoyenne n’est pas conçu par ses initiateurs – qui ne sont pas des gentils “gilets jaunes”, mais des complotistes de la pire espèce – comme un outil démocratique mais comme un outil de sédition », a encore confié Sylvain Fort, lundi 17 décembre.

    Quand une partie de l’extrême gauche s’est mise à espérer tout haut que la police rejoigne le mouvement de contestation, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, a été prié d’éteindre au plus vite la sourde fronde au sein des forces de l’ordre. Une prime de 300 euros a été attribuée à 110 000 policiers et gendarmes, ainsi qu’une hausse de salaire de 150 euros.

    Même au sein de l’armée, il a fallu menacer de sanctions une dizaine de généraux, un amiral et un colonel de la 2e section, c’est-à-dire retraités mais encore mobilisables, après qu’ils ont signé une lettre ouverte sur un site d’extrême droite.

    « Vous ne pouvez pas décider seul d’effacer nos repères civilisationnels et nous priver de notre patrie charnelle, disait le texte, en s’insurgeant de la signature par la France du pacte de Marrakech (Maroc) sur les migrations. Vous êtes comptable devant les Français de vos actions. Votre élection ne constitue pas un blanc-seing. » Des airs de putsch ? En tout cas un affront pour le président, qui est aussi le chef des armées, et déteste qu’elles le contestent.

    Vendredi 21 décembre, c’était son anniversaire. Quarante et un ans. Encore une jeunesse. Évidemment, Facebook a repéré l’événement et appelé à « pourrir la fête ». Pas de trêve, au contraire. « A bas sa majesté Macron ! », « Dégage Macron Ier ! », continuent de crier les « gilets jaunes » sur les ronds-points rasés puis reconstruits. Rond-point de la Jaunaie, à Redon, en Ille-et-Vilaine, une nouvelle guillotine vient d’être installée : « On veut juste qu’il comprenne qu’il faut qu’il s’en aille », explique une manifestante.

    Voilà le jeune président rattrapé par le fameux « dégagisme » qui l’a aidé à se hisser à la tête du pouvoir, mais aussi par ses analyses historiques et ses critiques sur la « normalisation » progressive des présidents de la Ve République. En juillet 2015, dans l’hebdomadaire Le 1, il assurait que le grand « absent » de « la politique française » était « la figure du roi », dont « fondamentalement le peuple français n’a [vait] pas voulu la mort ». A l’époque, il pensait encore qu’il manquait un roi à la France.

    Raphaëlle Bacqué, Ariane Chemin, Virginie Maling . Publié dans #LeMonde.
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/12/22/emmanuel-macron-a-huis-clos-en-son-palais_5401266_823448.html

    • C’est maintenant l’ordre qui doit régner, le calme et la concorde.

      Peut pas parler français le Méprisant de la république ?
      Il en appelle à la concorde  !
      Le seul qui ne pourra pas la ramener, en appelle à la concorde ... Pitoyable. Surtout de la part de celui qui a tout déclenché par sa Haine de nous.


  • #Violences_gynécologiques : fin de partie(s) ?

    Pensée depuis plus de vingt ans en Amérique latine, la question des violences gynécologiques commence à peine à émerger en France. Un ramdam bien mérité qui fera peut-être date dans l’histoire des luttes anti-sexistes. Voyage en #gynécologie, une discipline où soignant rime un peu trop souvent avec maltraitant.

    « Elle va patienter pour la péridurale. Elle a voulu un gosse à 16 ans, elle va comprendre » ; « Vous savez où est votre point G ? Je peux vous aider à le trouver si vous voulez » ; « La pilule ne vous convient pas ? Dans ce cas on se reverra pour une IVG ou un suivi de grossesse. » Voici un florilège de paroles de soignants, de sages-femmes et de gynécologues. Des propos heurtants, parfois suivis d’actes plus brutaux encore, preuves de l’existence d’une réalité peu reluisante : celle des violences gynécologiques.

    En France, le sujet a longtemps été éludé, jusqu’à ce qu’une poignée de femmes s’empare de la question en 2014. En 24 heures, sous l’impulsion du hashtag #Payetonuterus, pas moins de 7 000 témoignages sont recueillis. L’année suivante, la polémique enfle après la parution d’une note de la faculté de médecine de Lyon-Sud qui révèle que des touchers vaginaux ont été réalisés par des étudiants en médecine sur des patientes endormies. Il faudra attendre 2017 et des milliers de témoignages pour que l’État commence à réagir : en juillet, le gouvernement charge le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) de rédiger un rapport sur l’ampleur du phénomène. Un an plus tard [1], à la publication, le constat est sans appel : la gynécologie a tendance à faire preuve de trop de complaisance face à un modèle patriarcal pas aussi élimé qu’il n’y paraît.

    Une échelle de la #violence

    « Les violences gynécologiques, ce sont une continuité d’actes qui vont de la remarque jugeante à la blague déconsidérante, du geste intrusif ou non consenti au geste violent. Jusqu’à l’agression sexuelle. Tout ça fait partie d’une forme de domination masculine qui rend possible un contrôle social du corps de la femme », explique Nina Faure, réalisatrice du documentaire Paye (pas) ton gynéco [2]. Cette approche graduelle de la question permet de faire la lumière sur ce sujet. Pointer du doigt ces violences ne revient pas à affirmer que tous les gynécologues sont des violeurs en puissance, ni même qu’ils sont volontairement malveillants, mais c’est soutenir l’idée qu’il existe une forme de #sexisme_latent, bien ancré dans les représentations des professionnels de la gynécologie.

    Hiérarchiser ces agissements, c’est aussi permettre aux femmes de prendre conscience du fait qu’il n’y a pas que les actes qui sont violents. Les mots lâchés ou les climats instaurés font partie intégrante de ces maltraitances. C’est ce qu’explique Sophie [3], rencontrée au cours d’une projection du film de Nina Faure : « Comme beaucoup de femmes, je suis souvent sortie de chez mon gynécologue en me disant que cela ne s’était pas très bien passé, qu’il y avait quelque chose qui grinçait sans pour autant mettre la main dessus. Se dire qu’il y a eu de la violence, c’est une nouvelle étape. »
    Une affaire d’hommes

    « Pour vraiment comprendre les tenants et les aboutissants de ces violences, on ne peut pas faire l’économie de l’histoire de la médecine occidentale, explique Nina Faure. Du fait qu’elle se soit construite sur des bûchers, entre hommes, après que la plupart des femmes ayant un savoir médical sur le corps féminin et la gynécologie ont péri pendant la chasse aux sorcières entre le XIVe et le XVIIe siècle. La médecine moderne s’est construite sans elles. Et cela éclaire ce qu’il se passe aujourd’hui. »

    À partir du XVIe siècle, l’Église et l’État ont accusé les matrones d’entraver les politiques natalistes et de propager une forme d’anti cléricalisme en pratiquant des avortements et en donnant aux femmes l’accès à des techniques de contraception. D’une transmission exclusivement féminine et orale des savoirs populaires, la gynécologie a peu à peu glissé dans le domaine des sciences, essentiellement tenu par des hommes. Au XVIIe siècle, dans la droite ligne des politiques natalistes et pour faire face au taux élevé de mortalité infantile, ce ne sont pas les médecins mais « les barbiers [qui] entrèrent dans les chambres des femmes en couche. Ils étaient désignés, non pas pour leurs compétences médicales, mais parce qu’ils possédaient les outils nécessaires. [...] Les barbiers scièrent donc les bassins des mères, expulsant du corps de femmes laissées pour mortes des nouveau-nés bien vivants. » [4]
    Non, c’est non

    Depuis, la donne a changé. Les femmes demeurent sous-représentées dans les instances décisionnelles mais elles constituent tout de même la moitié des obstétriciens [5] et 94 % des praticiens en gynécologie médicale. Les violences gynécologiques seraient donc essentiellement l’œuvre de femmes. « Les violences gynécos et obstétricales sont des violences systémiques et concernent donc tout le monde dans une certaine mesure. Elles sont le fruit de la domination sexiste, mais aussi du paternalisme médical qui est indissociable de l’enseignement reçu en médecine et des pratiques de soin », explique Héloïse de Bearn, étudiante en master d’« éthique du soin et recherche » à Toulouse.

    C’est en fait une double peine qui est infligée aux femmes. À une forme de domination d’un sexe sur l’autre vient s’ajouter celle du soignant sur le soigné, l’un détenant le savoir et la technique, l’autre étant maintenu dans l’ignorance. Pour Héloïse de Bearn, « le pouvoir que les médecins se donnent repose en grande partie sur leur savoir. Ne pas expliquer aux patientes relève donc d’une stratégie de maintien de la domination. Le problème, c’est que le consentement doit être éclairé et repose donc sur une compréhension par les patientes des examens et soins proposés. »

    C’est cette question du consentement qui cristallise les tensions. Beaucoup de gynécologues maintiennent qu’obtenir l’accord d’une patiente avant tout acte n’a pas de sens, sous prétexte qu’une femme qui entre dans leur cabinet « sait ce qu’il va lui arriver ». Sauf que, dans bien des cas, les touchers vaginaux, les épisiotomies [6] et autres palpations mammaires, réalisés de façon quasi systématique, ne sont pas nécessaires. De nombreux témoignages de patientes pointent un réel défaut de prise en compte de leur avis. Comme celui de cette femme qui se souvient, avec douleur, de son accouchement : « Arrivée en salle de travail, lorsqu’on me pose une perfusion, j’accepte mais je précise que c’est le seul acte médical que je souhaite, car j’ai déjà deux accouchements par voie basse non médicalisés derrière moi et que ce troisième bébé est plus petit que les précédents. Que nenni, à peine mes jambes écartées, on me perce la poche malgré mes demandes d’attendre au moins encore quelques contractions que ça se fasse tout seul, et on me fait l’épisiotomie dans la foulée. » [7] Cette impasse sur le consentement place pourtant les médecins en faute vis-à-vis de la loi Kouchner (2002), qui insiste sur le fait qu’« aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne ».
    Un imaginaire à la peau dure

    Certains professionnels et spécialistes des violences gynécologiques soulèvent aussi l’existence d’un imaginaire collectif particulièrement sexiste. Pour Marie-Hélène Lahaye, juriste, blogueuse et auteure du livre Accouchement, les femmes méritent mieux [8], l’examen gynécologique conseillé dans l’année qui suit le premier rapport sexuel se rapprocherait peu ou prou du rite initiatique. Elle explique : « L’appropriation collective du corps des femmes est un principe de base du patriarcat qui considère qu’avant d’appartenir [au] mari, le corps des femmes appartient à d’autres personnes, en particulier à une autorité supérieure. La forme la plus extrême de ce principe est le droit de cuissage que le seigneur aurait pratiqué en déflorant lui-même les jeunes épouses de ses serfs lors de leur nuit de noces. Bien que les historiens doutent de l’existence réelle de cette pratique moyenâgeuse, le fait qu’elle ait perduré dans la mémoire collective jusqu’à nos jours montre la puissance symbolique de ce rite. L’examen gynécologique imposé par l’autorité médicale à toutes les jeunes filles aux prémices de leur vie sexuelle, voire comme condition pour accéder à une contraception, donc à la sexualité, se rapproche étonnamment de ce principe. » [9]

    Selon Clara de Bort, directrice d’hôpital et auteure du blog En jupe !, les touchers vaginaux répétés, notamment lors des accouchements, véhiculeraient par ailleurs l’idée que « lorsqu’une femme a été pénétrée une fois, elle peut l’être [sans limites] ».
    Des consultations à part

    La banalisation des violences gynécologiques serait également liée au fait que le caractère singulier de cette consultation est bien souvent nié. Face à la caméra de Nina Faure, le président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français, Israël Nisand, refuse de parler de pénétration pour un toucher vaginal. Son prédécesseur à ce poste, Bernard Hédon, estime même que ce toucher n’est pas un examen invasif.

    La réalisatrice a, quant à elle, un tout autre point de vue : « Le problème, c’est que, spontanément, on aimerait bien que le médecin puisse faire complètement abstraction du corps qu’il a en face de lui. Mais ce n’est pas parce que c’est vrai pour le médecin que c’est vrai pour nous : mon sexe ne change pas de nature quand je passe la porte d’un cabinet. Il ne devient pas un pied ou une épaule. Ce qui compte, c’est quel point de vue est reconnu comme légitime ? » Elle ajoute : « D’ailleurs, ce n’est pas vrai qu’ils l’oublient. Une étudiante en médecine me disait que face à un enseignant qui lui tenait ce discours, elle avait demandé pourquoi les étudiants ne s’exerçaient pas les uns sur les autres comme c’est le cas par exemple pour les prises de sang. Personne n’avait répondu. »
    Surveiller et punir

    Le rapport du HCE s’attarde également sur la tendance constante à réduire l’appareil génital féminin à sa fonction reproductrice. Savoir que la première représentation anatomique complète du clitoris date de 1998 et que cette même représentation a dû attendre 2017 pour être publiée dans un manuel scolaire, donne un aperçu du tabou qui règne sur la sexualité et le plaisir féminin. Pour Coline Gineste [10], la gynécologie « sert désormais à surveiller et corriger les comportements contre-productifs aux yeux de la société. Or qu’y a-t-il de plus contre-productif qu’une femme qui n’enfante pas ? Une sexualité détachée de la procréation, qui ne viserait que le plaisir, désorganiserait la société, mettrait en question la pérennité du peuple, elle doit donc être maîtrisée, normativisée, disciplinée. [...] La gynécologie, alors qu’elle devient sur le papier un champ de libération des personnes de sexe féminin, dans la pratique que l’on en fait s’avère être un organe de contrôle de la sexualité féminine. »

    Cela s’illustre assez bien lorsqu’un gynécologue refuse à une femme n’ayant pas encore d’enfant de lui poser un DIU [11] en cuivre sous prétexte qu’il exposerait la patiente à des risques infectieux pouvant mener à une stérilité, ou lorsqu’un médecin refuse de ligaturer les trompes d’une femme qui en fait pourtant la demande. « Encore une fois, il s’agit de dire : “ Ce n’est pas à vous les femmes de décider ni de ce que vous faites, ni de comment vous le faites. ” Le fait d’émettre des jugements permanents nous dépossède de notre autonomie et de notre capacité à décider par nous-mêmes. On va d’ailleurs souvent chez le gynécologue non pas pour avoir des conseils avisés mais en culpabilisant. Pourtant on n’est pas chez le médecin comme chez le curé, on n’est pas là pour confesser nos péchés », assène Nina Faure.

    Si l’injonction à la norme est souvent mal vécue, elle l’est d’autant plus pour les femmes qui se trouvent à l’intersection de plusieurs formes de stigmatisation : « Tous les rapports de domination qui traversent la société s’expriment dans un cabinet gynécologique. La violence de ces rendez-vous se décuple quand on est homo, trans, racisée, handicapée, obèse... », renchérit Nina Faure.

    D’après de multiples témoignages, quand il s’agit d’accompagner une patiente lesbienne, beaucoup de gynécologues sont encore englués dans un imaginaire complètement déconnecté des réalités et largement emprunt d’homophobie. Certains considèrent d’ailleurs que les rapports entre femmes ne constituent pas de vraies relations sexuelles. Cela se corse davantage quand la patiente est un homme trans. La plupart des gynécologues sont complètement déboussolés face à la prise en charge de cette patientèle. Les personnes handicapées ou obèses se heurtent, elles aussi, à des barrières qui rendent parfois infranchissable la porte du cabinet gynécologique. Quant aux femmes racisées et allophones, elles sont souvent démunies face à l’impossibilité de communiquer avec leur interlocuteur. D’autres sont parfois soumises à des jugements largement teintés d’ethnocentrisme.
    Une quatrième vague féministe ?

    Face à ces violences, les langues se délient peu à peu dans l’espoir d’équilibrer un peu la balance. « Cette libération de la parole, c’est une tentative collective de créer une nouvelle intégrité physique. On essaie d’exister en agrandissant l’espace de liberté autour de ce point », se réjouit #Nina_Faure. La création du site #Gyn&co (https://gynandco.wordpress.com) fait partie des initiatives qui vont dans ce sens. Cette plate-forme collaborative propose une cartographie des soignants dont la prise en charge est considérée moins paternaliste et plus inclusive. Certaines femmes font également le choix de se tourner vers l’#auto-gynécologie, aussi appelée #self-help. Elles réinvestissent leur corps en apprenant à en connaître le fonctionnement. Certaines réalisent elles-mêmes leurs frottis dont elles envoient le prélèvement à un laboratoire. D’autres deviennent expertes dans la pose de DIU. Un collectif, dont fait partie Nina Faure, s’attelle en ce moment à l’actualisation et la réédition d’un ouvrage phare des années 1970, Notre corps, nous-mêmes, dont la parution est prévue pour septembre 2019. Une quatrième vague féministe ? Force est de constater que les déferlantes se multiplient et s’abattent avec fracas sur une digue du patriarcat de plus en plus friable. Mais toujours debout.

    http://cqfd-journal.org/spip.php?page=pages_mobiles&squelette_mobile=mobile/article&id_article=2459
    #femmes #médecine #sexisme

    • Les actes sexistes durant le suivi gynécologique et obstétrical - Des remarques aux violences, la nécessité de reconnaître, prévenir et condamner le sexisme

      Depuis plusieurs années, les témoignages de femmes se multiplient dénonçant un suivi gynécologique porteur d’injonctions sexistes, des actes médicaux non nécessaires pendant l’accouchement voire des violences sexuelles dans le cadre du suivi gynécologique et obstétrical. Ces témoignages, partagés sur Twitter, des tumblrs, des blogs ou dans les médias ont notamment émergé, en France, après le lancement du hashtag #PayeTonUtérus, fin 2014, mentionné par plus de 7000 tweets en 24 heures. Les faits dénoncés par les femmes ont été regroupés sous l’appellation « violences gynécologiques et obstétricales », expression, apparue en Amérique latine aux débuts des années 2000, qui a permis de faire émerger une réflexion féministe sur la spécificité des maltraitances subies, par les femmes, dans le cadre de la relation de soins. Dans ce contexte, la Secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes a saisi en juillet 2017 le Haut conseil à l’égalité d’un rapport sur ce sujet, avec pour objectifs de « mesurer et objectiver le phénomène en identifiant précisément la nature des problématiques soulevées » et de « mettre en exergue les différents leviers à mobiliser », autant en termes de besoins de formation des professionnel.le.s concerné.e.s, que sur l’évolution des pratiques souhaitables dans le suivi gynécologique et obstétrical.

      https://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/184000411-les-actes-sexistes-durant-le-suivi-gynecologique-

      #rapport

    • C’est parce que si c’est une pénétration sans aucun intérêt lubrique de la part de la personne qui pénètre, l’autre (qui n’est après tout que le lieu de l’intervention) n’est pas censée comprendre ça autrement, ressentir des sensations pénibles en lien avec sa vie sexuelle. L’autre n’est pas censée comprendre autre chose que ce que le médecin met dans l’acte parce que c’est lui qui dit ce qui se passe. Voilà, c’est un peu l’idée, que les femmes n’ont pas de sensibilité particulière dans leurs organes génitaux, outre le désagrément que peut constituer une intervention dans des muqueuses, qu’elles ne sont qu’un corps et pas des êtres complets avec une histoire, un avenir dans lequel ces organes sexuels pourraient être investis (quelle bizarre idée !) d’une affectivité propre à l’humanité.

      #sensiblerie, vraiment.

    • Oui @aude_v tout à fait d’accord
      J’ajoute que c’est l’expression du fait que les médecins et leurs représentant·es adoptent le point de vue du violeur et non celui de la victime.
      Dans les sondages qui questionnent les violeurs, ils répondent souvent qu’ils le font pour « remettre une personne à sa place »- le but est d’humilier et briser la victime pas de prendre du plaisir pour l’agresseur. Il y a aussi des violeurs qui violent pour que ca leur porte chance, ou qui croient que ca leur soigne le VIH, tous ces mecs n’ont pas de motivation sexuelles, tout comme les médecins.
      La question du viol n’est pas de savoir si l’agresseur a bien bandé et quelle était l’intensité du plaisir sexuel qu’il a éprouvé. La question c’est le fait qu’une personne a été pénétré sans son consentement.
      C’est ce qu’essaye de faire comprendre la personne qui parle à Nisan dans le docu « Paye (pas) ton gyneco » mais le vieux violophile n’y arrive toujours pas.


  • « Face aux “#gilets_jaunes”, l’action répressive est d’une ampleur considérable », #Fabien_Jobard, docteur es police, propos recueillis par Marc-Olivier Bherer
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/12/20/face-aux-gilets-jaunes-l-action-repressive-est-d-une-ampleur-considerable_54


    Un « gilet jaune » blessé secouru par d’autres manifestants, le 15 décembre, à Nantes. JEREMIE LUSSEAU / HANS LUCAS POUR "LE MONDE"

    Le sociologue Fabien Jobard note que le bilan, en termes de blessés, de ce mouvement social est sans précédent depuis Mai 68.
    Propos recueillis par Marc-Olivier Bherer

    Fabien Jobard est directeur de recherches au CNRS, au sein du Centre de recherches sociologiques sur le #droit et les institutions pénales (Cesdip). Il est également chercheur au Centre Marc-Bloch à Berlin. Il a coécrit, avec Jérémie Gauthier, #Police : questions sensibles (PUF, 108 pages, 9,50 euros), et, avec Jacques de Maillard, #Sociologie de la police. Politiques, organisations, réformes (Armand Colin, 2015).

    Les forces de l’ordre ont réalisé un nombre record d’interpellations préventives le 8 décembre, en amont des mobilisations des « gilets jaunes ». Près de 1 500 personnes ont été arrêtées en France. Que vous inspire ce chiffre ?

    A strictement parler, ces interpellations ne sont pas préventives : elles répriment une incrimination créée sous la présidence de Nicolas Sarkozy, qui consiste à se regrouper en vue de se préparer à commettre, par exemple, des dégradations. « En vue de la préparation » permet d’interpeller un très grand nombre de personnes dans un très large périmètre et, in fine, de les empêcher de manifester. Ce n’est pas la Préfecture de police, ce ne sont pas les policiers qui empêchent de manifester, mais bel et bien notre droit ordinaire, et c’est le signe d’une évolution marquante.

    Le droit n’exige plus des éléments matériels incontestables, comme une arme par destination [un objet qui, sans être une arme, peut être employé comme tel], pour empêcher des gens de prendre part à une manifestation, mais une simple intention déduite d’éléments incertains, mais suffisants pour placer en garde à vue durant le temps de la manifestation. Beaucoup de responsables aujourd’hui souhaiteraient réserver aux manifestants le même traitement qu’aux supporteurs de football : identifier ceux qui sont potentiellement violents dans un fichier et les assigner à résidence le jour de la manifestation.

    Mais on ne peut pas, car manifester est un #droit_fondamental (à la différence d’assister à un match de foot). Alors, l’incrimination qui permet d’interpeller sur un motif très large tout petit groupe proche du lieu de la #manifestation est un mécanisme de substitution, à coûts très élevés. Il est très coûteux car il est très consommateur de forces sur place et multiplie les occasions de face-à-face en amont de la manifestation. Près de 1 500 gardes à vue en une journée, c’est un record, bien au-delà de ce que l’on a vu à l’occasion de sommets internationaux tels que, dernièrement, le G20 de Hambourg, pourtant marqué par des destructions et, plus rarement, des pillages. Articulée à cette #justice très particulière, là aussi propre à la France, qu’est la comparution immédiate, l’action répressive est d’une ampleur considérable.

    Est-ce que le dispositif du 8 décembre, avec beaucoup de policiers mobiles, plus offensifs, s’il venait à faire référence, pourrait menacer la liberté de manifester ?

    Le déploiement de groupes très mobile de policiers est principalement dû à la nature du mouvement. Le mouvement des « gilets jaunes » n’est pas un mouvement encadré et il se revendique comme tel – c’est du reste sa force. Une manifestation consiste donc plus en l’agrégation de petits groupes d’affinité, « montés » ensemble à Paris, Bordeaux, Toulouse ou ailleurs, pour rejoindre un lieu de défilé incertain, indécis, mouvant. Quelques-uns de ces groupes voient l’acte protestataire dans le fait de manifester en un lieu symbolique fort, parfois interdit, comme, à Paris, les abords de l’Elysée ou les Champs-Elysées.

    Si les pouvoirs publics décident d’empêcher toute présence sur ces lieux, ils sont contraints de déployer autant de forces mobiles qu’il y a de groupes protestataires, avec énormément de forces statiques immobilisées par ailleurs aux points d’entrée des zones interdites. Dans la journée, aux petits groupes protestataires très vite radicalisés par le cours même de l’action (l’accueil sur les lieux par les gaz lacrymogènes, par exemple) viennent se greffer des groupes qui, eux, font de la casse ou de l’affrontement avec les policiers des modes d’expression politique, puis des groupes opportunistes de pilleurs. Dans cette configuration, le maintien de l’ordre se délite en une somme confuse de courses-poursuites visant l’interpellation en flagrant délit [ben voyons, une sociologie sans terrain, sans même scruter quelques images !, on lira pas une fois le terme offensif à propos des actes de la police "étudiée", ndc] .

    Quel bilan tirez-vous de l’action de la police ?

    En #maintien_de_l’ordre, c’est le donneur d’ordres qui est en première ligne, c’est-à-dire le politique. C’est, j’insiste, la spécificité de ce métier, alors que les autres métiers policiers (sécurité publique et même police judiciaire) donnent une bien plus large marge de manœuvre aux policiers et à leur encadrement. Du reste, le #gouvernement ne s’est pas privé de faire savoir qu’il était aux commandes, à grand renfort de présence télévisuelle en salle de commandement. Une telle immixtion du politique dans la conduite des forces policières est, il faut le noter, une particularité française.

    Dans le cas d’espèce, les interventions policières ont entraîné en maintes occasions des dommages considérables : mains arrachées par les grenades, défigurations ou énucléations par des tirs de balles de défense, décès à Marseille : le bilan dépasse tout ce que l’on a pu connaître en métropole depuis Mai 68, lorsque le niveau de violence et l’armement des manifestants étaient autrement plus élevés, et le niveau de protection des policiers, au regard de ce qu’il est aujourd’hui, tout simplement ridicule.

    Encore une fois, on est en maintien de l’ordre et ce sont moins les policiers qui sont en cause ici que l’#armement dont ils disposent et les ordres qu’on leur donne. On ne trouve pas en Europe, en tout cas ni en Allemagne ni en Grande-Bretagne, d’équipements tels que les #grenades explosives et les lanceurs de balles de défense [#LBD40], qui sont des armes qui mutilent ou provoquent des #blessures_irréversibles. Engager ces armes face à des protestataires inexpérimentés, qui, pour beaucoup (on l’a vu lors des audiences de comparution immédiate), se trouvaient pour la première fois à Paris, amène une dynamique de radicalisation qui entraîne les deux camps dans une escalade très dangereuse : les uns sont convaincus qu’ils répondent à une violence excessive, donc illégitime, et les policiers, se voyant agressés, usent de tous les moyens à leur disposition.

    Seule l’arme à feu est restée inemployée, du fait de l’expérience des policiers français en matière de maintien de l’ordre. Lors du sommet de Göteborg en 2001, les policiers dépassés avaient fait usage de l’arme à feu ; et au sommet de Gênes, la même année, les policiers, chauffés à blanc, avaient pour les uns tué, pour les autres torturé.

    Que signifie à vos yeux la présence de la brigade de recherche et d’intervention (BRI) lors des manifestations des « gilets jaunes » ?

    La présence de la BRI ne doit pas être surinterprétée. Elle est liée au fait qu’absolument toutes les forces disponibles ont, à Paris, été mobilisées. Cela va des sections sportives aux policiers de la brigade d’assistance aux sans-abri, en passant par les brigades équestres ou motocyclistes. C’est la conséquence de la recherche à tout prix de l’interpellation et, de ce point de vue, le politique a fait le choix de prendre des risques élevés de dérapage, d’autant plus élevés que le #Flash-Ball relève de l’équipement individuel de la plupart de ces forces d’appoint. Le tir de balles de défense contre les personnes a ainsi été au centre du dispositif, et c’est l’un des faits majeurs de ces week-ends successifs.

    Il signale, je pense, une tolérance sociale établie à l’usage de la force par la police, quand bien même un tribunal administratif estimait en 2015 que ces armes « comportent des risques exceptionnels ». En 1986, François Rigal, étudiant, perdit un œil à la suite d’un tir de grenade lacrymogène et cet événement entraîna une émotion très forte et de longues discussions, y compris parlementaires, autour des tirs tendus.

    Depuis la fin des années 1990, les tirs de balles de caoutchouc, dont le diamètre est inférieur à ce qu’une orbite oculaire peut bloquer, ont entraîné l’#énucléation d’une trentaine de personnes [à vérifier, ndc] , mais rien ne semble aujourd’hui s’opposer à l’usage banalisé de cette arme. La doctrine dite de maintien de l’ordre cède ici du terrain face à une notion en usage dans les forces de l’ordre, celle de « #violences_urbaines  », beaucoup plus incertaine et périlleuse.

    La police a récemment été confrontée et à du terrorisme et à des manifestations massives. Qu’est-ce que cette concomitance implique pour les policiers ?

    A mes yeux, le terrorisme joue à trois niveaux dans la conduite des événements. Le premier est idéologique. Les policiers sont convaincus, et les politiques l’ont répété à l’envi, qu’ils sont en première ligne dans la guerre livrée contre le terrorisme. Les faits ne sont pas non plus de nature à les contredire : ils sont pris pour cibles dans de nombreuses attaques et l’ont parfois payé de leur vie. Dans un tel contexte anxiogène, lorsque le gouvernement centre toute sa communication sur la circulation d’armes à feu parmi les « gilets jaunes », sur la volonté de tuer, sur les risques mortels auxquels s’exposent les policiers à l’occasion des manifestations, on comprend que ces derniers en viennent à très vite puiser dans l’arsenal qu’on leur met entre les mains. Dans ces conditions, avoir évité un Gênes 2001 commence à relever du miracle.

    Le deuxième niveau est juridique. La loi d’octobre 2017 reprend, parmi les dispositions des lois successives sur l’état d’urgence, la facilitation des mesures d’#interdiction_de_manifestation. La manifestation est de plus en plus envisagée comme un problème d’ordre public plus que comme une #liberté_fondamentale, et cela marque les dispositifs mis en place – à commencer par les dispositifs judiciaires : on veut interpeller pour déferrer.

    Le troisième niveau est l’épuisement des forces de l’ordre, sursollicitées depuis 2015. Beaucoup parmi les policiers ne comprennent alors pas pourquoi, dans un contexte de guerre contre le terrorisme et avec les possibilités aujourd’hui offertes par le droit, on n’interdit tout simplement pas les manifestations en amont, plutôt que de les envoyer seuls face à la contestation sociale. Face aux manifestants, l’impatience et l’épuisement sont d’emblée à leur comble. L’épilogue était, pour une fois, écrit d’avance : à leur tour, les policiers demandent des comptes à l’Etat.

    Recensement provisoire des blessés graves des manifestations du mois de novembre-décembre 2018
    https://desarmons.net/index.php/2018/12/11/recensement-provisoire-des-blesses-graves-des-manifestations-du-mois-de-d

    #Politique_pénale #mutilations #terreur (version #extra_judiciaire)


  • Bonnes intentions et belles intuitions ne suffisent pas pour relever les défis d’une pensée décoloniale de l’art.

    Les magiciens de la géométrie
    Visite critique de l’exposition Géométries Sud. Du Mexique à la terre de feu
    Par Annabela Tournon

    http://jefklak.org/les-magiciens-de-la-geometrie

    Proposer d’aborder l’art des pays d’Amérique latine à travers le thème de la géométrie ne suffit pas pour le regarder sans préjugés. L’art est décidément politique : il charrie une histoire, il véhicule des idées. Encore faut-il lui permettre de les exprimer dans le contexte d’une exposition… Quelle peut donc être la bonne position curatoriale ? Comment penser le partage entre œuvres et objets d’art, entre art occidental et non-occidental, sans un regard surplombant, en montrant le dialogue entre les uns et les autres ? Une analyse critique de l’exposition Géométrie Sud. Du Mexique à la Terre de feu formule en partie ces questions, et tente d’y répondre. Quand les arts extra-occidentaux sont cantonnés à l’invitation au rêve d’exotisme, c’est la réflexion politique (et nécessaire) qui en pâtit.


  • « Face aux “#gilets_jaunes”, l’#action_répressive est d’une ampleur considérable »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/12/20/face-aux-gilets-jaunes-l-action-repressive-est-d-une-ampleur-considerable_54

    En maintien de l’ordre, c’est le donneur d’ordres qui est en première ligne, c’est-à-dire le politique. C’est, j’insiste, la spécificité de ce métier, alors que les autres métiers policiers (sécurité publique et même police judiciaire) donnent une bien plus large marge de manœuvre aux policiers et à leur encadrement. Du reste, le gouvernement ne s’est pas privé de faire savoir qu’il était aux commandes, à grand renfort de présence télévisuelle en salle de commandement. Une telle immixtion du politique dans la conduite des forces policières est, il faut le noter, une particularité française.

    « Mains arrachées, défigurations ou énucléations, décès à Marseille : le bilan dépasse tout ce que l’on a pu connaître en métropole depuis #Mai_68 »

    Dans le cas d’espèce, les interventions policières ont entraîné en maintes occasions des dommages considérables : mains arrachées par les grenades, défigurations ou énucléations par des tirs de balles de défense, décès à Marseille : le bilan dépasse tout ce que l’on a pu connaître en métropole depuis Mai 68, lorsque le niveau de violence et l’armement des manifestants étaient autrement plus élevés, et le niveau de protection des policiers, au regard de ce qu’il est aujourd’hui, tout simplement ridicule.

    Encore une fois, on est en #maintien_de_l_ordre et ce sont moins les policiers qui sont en cause ici que l’#armement dont ils disposent et les ordres qu’on leur donne. On ne trouve pas en Europe, en tout cas ni en Allemagne ni en Grande-Bretagne, d’équipements tels que les grenades explosives et les lanceurs de balles de défense, qui sont des armes qui mutilent ou provoquent des blessures irréversibles. Engager ces armes face à des protestataires inexpérimentés, qui, pour beaucoup (on l’a vu lors des audiences de comparution immédiate), se trouvaient pour la première fois à Paris, amène une dynamique de radicalisation qui entraîne les deux camps dans une escalade très dangereuse : les uns sont convaincus qu’ils répondent à une violence excessive, donc illégitime, et les policiers, se voyant agressés, usent de tous les moyens à leur disposition.

    Seule l’arme à feu est restée inemployée, du fait de l’expérience des policiers français en matière de maintien de l’ordre. Lors du sommet de Göteborg en 2001, les policiers dépassés avaient fait usage de l’arme à feu ; et au sommet de Gênes, la même année, les policiers, chauffés à blanc, avaient pour les uns tué, pour les autres torturé.


  • « Face aux “gilets jaunes”, l’action répressive est d’une ampleur considérable »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/12/20/face-aux-gilets-jaunes-l-action-repressive-est-d-une-ampleur-considerable_54

    A strictement parler, ces interpellations ne sont pas préventives : elles répriment une incrimination créée sous la présidence de Nicolas Sarkozy, qui consiste à se regrouper en vue de se préparer à commettre, par exemple, des dégradations. « En vue de la préparation » permet d’interpeller un très grand nombre de personnes dans un très large périmètre et, in fine, de les empêcher de manifester. Ce n’est pas la Préfecture de police, ce ne sont pas les policiers qui empêchent de manifester, mais bel et bien notre droit ordinaire, et c’est le signe d’une évolution marquante.

    Le droit n’exige plus des éléments matériels incontestables, comme une arme par destination [un objet qui, sans être une arme, peut être employé comme tel], pour empêcher des gens de prendre part à une manifestation, mais une simple intention déduite d’éléments incertains, mais suffisants pour placer en garde à vue durant le temps de la manifestation. Beaucoup de responsables aujourd’hui souhaiteraient réserver aux manifestants le même traitement qu’aux supporteurs de football : identifier ceux qui sont potentiellement violents dans un fichier et les assigner à résidence le jour de la manifestation.

    Mais on ne peut pas, car manifester est un droit fondamental (à la différence d’assister à un match de foot). Alors, l’incrimination qui permet d’interpeller sur un motif très large tout petit groupe proche du lieu de la manifestation est un mécanisme de substitution, à coûts très élevés. Il est très coûteux car il est très consommateur de forces sur place et multiplie les occasions de face-à-face en amont de la manifestation.

    Quel bilan tirez-vous de l’action de la police ?

    En maintien de l’ordre, c’est le donneur d’ordres qui est en première ligne, c’est-à-dire le politique. C’est, j’insiste, la spécificité de ce métier, alors que les autres métiers policiers (sécurité publique et même police judiciaire) donnent une bien plus large marge de manœuvre aux policiers et à leur encadrement. Du reste, le gouvernement ne s’est pas privé de faire savoir qu’il était aux commandes, à grand renfort de présence télévisuelle en salle de commandement. Une telle immixtion du politique dans la conduite des forces policières est, il faut le noter, une particularité française.

    « Mains arrachées, défigurations ou énucléations, décès à Marseille : le bilan dépasse tout ce que l’on a pu connaître en métropole depuis Mai 68 »

    Dans le cas d’espèce, les interventions policières ont entraîné en maintes occasions des dommages considérables : mains arrachées par les grenades, défigurations ou énucléations par des tirs de balles de défense, décès à Marseille : le bilan dépasse tout ce que l’on a pu connaître en métropole depuis Mai 68, lorsque le niveau de violence et l’armement des manifestants étaient autrement plus élevés, et le niveau de protection des policiers, au regard de ce qu’il est aujourd’hui, tout simplement ridicule.

    Encore une fois, on est en maintien de l’ordre et ce sont moins les policiers qui sont en cause ici que l’armement dont ils disposent et les ordres qu’on leur donne. On ne trouve pas en Europe, en tout cas ni en Allemagne ni en Grande-Bretagne, d’équipements tels que les grenades explosives et les lanceurs de balles de défense, qui sont des armes qui mutilent ou provoquent des blessures irréversibles. Engager ces armes face à des protestataires inexpérimentés, qui, pour beaucoup (on l’a vu lors des audiences de comparution immédiate), se trouvaient pour la première fois à Paris, amène une dynamique de radicalisation qui entraîne les deux camps dans une escalade très dangereuse : les uns sont convaincus qu’ils répondent à une violence excessive, donc illégitime, et les policiers, se voyant agressés, usent de tous les moyens à leur disposition.

    #Police #Repression #Politique #France


  • Mark Fisher, pop philosophe mélancolique
    https://www.liberation.fr/debats/2018/12/18/mark-fisher-pop-philosophe-melancolique_1698587

    C’est un petit livre, à peine plus épais qu’un opuscule, qui cache une forêt. Publié par Entremonde, éditeur genevois spécialisé dans les essais critiques et politiques, on aurait vite fait de laisser sa couverture noire et argent s’évanouir dans la pléthore éditoriale de l’automne. Certains, pourtant, attendent le Réalisme capitaliste, première traduction française du philosophe et critique Mark Fisher, depuis très longtemps. Ceux qui connaissaient la réputation de cette dissection habile du capitalisme tardif éditée en anglais en 2009, et louée par Slavoj Zizek et les philosophes accélérationnistes. Egalement ceux qui suivaient à la trace ses critiques musicales dans les magazines NME ou The Wire. Encore ceux qui étaient abonnés, dans les années 2000, au forum de discussion Dissensus, qu’il avait créé avec le blogueur journaliste Matt Ingram, et lisaient régulièrement son blog K-Punk pour découvrir au jour le jour les inventions théoriques qu’il y développait.

    #livres #édition #culture #musique #cinéma

    • Résultat de six ou sept années de recherches entamées à l’université et affinées sur Internet, Réalisme capitaliste n’est pas un livre sur l’art, ni sur la musique. Quelques musiciens comme Kurt Cobain y apparaissent, tout comme certains films et cinéastes (Wall-E, Blue Collar de Paul Schrader) mais c’est de loin son texte le moins référencé - il est ainsi moins ardu que le suivant, Ghosts of My Life (2014), qui développe nombre de ses idées par le prisme de la musique électronique, dont Fisher était un défenseur et un « pratiquant » fervent depuis l’ère des raves, au début des années 90. Vincent Chanson, qui travaille pour la maison d’édition Entremonde, précise : « Pour introduire Fisher aux lecteurs français, on a choisi de commencer par Réalisme capitaliste. L’entrée dans son œuvre par la musique est un peu rédhibitoire - les œuvres dont il parle sont peu connues hors des amateurs de jungle et de techno. »

      Comme son sous-titre l’indique (N’y a-t-il aucune alternative ?), le premier livre de Mark Fisher est plutôt un guide de survie dans un #capitalisme si englobant qu’il en circonscrit tous les possibles politiques. On connaît l’adage attribué à Zizek comme quoi « la fin du monde est plus facile à imaginer que la fin du capitalisme ». Le Slovène avait imaginé sa formule (ou l’avait emprunté au philosophe américain Fredric Jameson, personne n’en est bien sûr) pour expliquer la recrudescence des scènes de destruction massive dans l’#imaginaire hollywoodien. Lui-même lecteur attentif de Zizek et de Jameson et critique féru de cinéma de genre, Fisher débute son livre par un chapitre titré d’après la fameuse phrase du philosophe slovène et une analyse des Fils de l’homme d’Alfonso Cuarón (2006). Le philosophe l’estimait plus qu’aucun autre film d’anticipation pour sa manière de présenter « une dystopie qui soit spécifique au capitalisme tardif […], dans lequel l’ultra-autoritarisme et le capital ne sont nullement incompatibles : les camps d’internement y coexistent avec des coffee bars franchisés. » A travers ce film, qui se déroule au beau milieu d’une catastrophe dont les causes sont aussi impossibles à déterminer qu’une action qui viendrait l’arrêter, Fisher décrypte un temps où les sociétés auraient intégré que plus aucune rupture ne viendra mettre fin à un cycle infini de « réitération et repermutation ». Ce monde presque stérile, animé d’un « espoir messianique faible » et charriant la #dépression comme une épidémie, c’est bien sûr le nôtre, condamné depuis l’effondrement de l’URSS à survivre au sein d’un capitalisme sans alternative.

      Dans les années 2000 et 2010, d’où écrit Fisher, l’#art ne « peut plus qu’imiter des styles morts, parler avec des masques », et le capitalisme n’a plus besoin de « contenir et absorber les énergies venues du #dehors. A présent, c’est le problème contraire qui se pose à lui : n’étant que trop bien parvenu à assimiler l’extérieur, comment peut-il fonctionner sans un ailleurs qu’il peut coloniser et s’approprier ? » Le réalisme capitaliste est ainsi une tentative de description de ce qui reste quand « les croyances se sont effondrées, ramenées au niveau de l’élaboration rituelle ou symbolique ». C’est un capitalisme qu’on ne critique plus en soi mais dont on #critique les dérives de ceux qui profitent du système ; un réalisme qu’on ne peut plus contester sans se voir opposer un principe de réalité puisque l’idéologie qu’il incarne se présente comme un fait et non plus comme un argument (le fameux « il n’y a pas d’alternative » thatchérien).

      Incarnation d’un monde hanté
      Comment lutter ? Où planter les graines pour refonder un autre monde quand la gauche se partage entre les « immobilistes » et les « communistes libéraux, qui affirment que les excès immoraux du capitalisme doivent être contrebalancés par la charité », et que la croyance même à cet autre monde est présentée comme un fanatisme ? Avant de se lancer dans un sommaire préambule de réponse, Fisher, dans Réalisme capitaliste, décrit, analyse, fouille où il peut, dans les objets culturels notamment, qui sont ses biais critiques de choix. Et une grande part de son inquiétude provient des symptômes qu’il décèle dans les œuvres d’art elles-mêmes. D’une part, elles sont l’incarnation d’un monde hanté par son incapacité à se renouveler réellement, qu’il désignera plus tard par le mot-valise, emprunté à Derrida dans Spectres de Marx, d’« #hantologie ». De l’autre, elles se retrouvent emblématiques d’une incapacité à subvertir la culture capitaliste puisque cette dernière est désormais capable de les « précorporer », c’est-à-dire « formater et façonner de manière préventive les désirs, les aspirations et les espoirs » qu’ils expriment.

      #désir




  • Medieval Arabic recipes and the history of hummus | The Recipes Project
    https://recipes.hypotheses.org/10414

    Via @hasepi

    Among historians of food in the Middle East, Kanz al-fawa’id and other medieval cookbooks are often discussed in terms of how much the region’s cooking has changed since they were written – and with good reason. Charles Perry has suggested that Middle Eastern #cuisine as we know it is 500 years old, pointing out that many of today’s staple ingredients, like tomatoes and potatoes, and common techniques, like stuffing vegetables, are absent from medieval Arabic recipe collections, having been introduced to the region centuries later. And medieval cooks’ liberal use of cinnamon, caraway, and coriander is a far cry from the typical Middle Eastern palate today.

    But not all contemporary Middle Eastern foods are without precedent in these medieval works. These collections also include recipes whose flavorings and makeup have shifted over time even as their essential techniques or structures have remained the same. An excellent example is the assortment of tahini- and chickpea-based dishes that we can read as forerunners of today’s #hummus (Arabic for “chickpeas”).

    [...]

    Examples of Arab influence on medieval European recipes abound, from the introduction of durum wheat to imported medicinal ingredients to the aesthetics of medieval cooking sauces. Conversely, shifts in spice use in the Middle East followed early modern Ottoman and European trends. Who knows how many more unexplored connections lie in the wealth of medieval Arabic recipes – more accessible today than ever.

    #recette #Pois_chiche #houmous #moyen_orient


  • Bouchareb ne va pas durer longtemps – Salimsellami’s Blog
    https://salimsellami.wordpress.com/2018/12/13/bouchareb-ne-va-pas-durer-longtemps

    Avec ou sans Bouchareb, le FLN est condamné à assurer sa propre survie. Alimenté par l’ambition des uns et la nostalgie des autres arrivera-t-il à sauver son histoire ? 

    Bouchareb ne va pas durer longtemps. Il prépare déjà sa succession. L’angoisse du prochain conclave devant designer ou même plébisciter le futur patron n’atteint plus tout le corps social. Seuls les plus intéressés par les privilèges continueront à se lamenter sur le sort à faire subir à ce prestigieux étendard. Et s’ils venaient à le quitter tous, pour le laisser, à défaut de musée, entre de mains juvéniles et compétentes. L’on sait que de nouvelles énergies, jeunes et vigoureuses épaulent dans son soubassement ce vieux parti. Mais hélas le commandement semble bien leur échapper, pour cause, que le reflexe d’appropriation subsiste encore dans la moelle sèche d’os poliomyélitiques. Encore que, à la faveur des printemps arabes, des NTIC, du facebook, de l’handicap managérial des tenants et aboutissants ; ces jeunes militants auront à penser dés à présent à initier un novembre-bis la réappropriation politiquement partisane n’est-elle pas une revendication légitime ? Le parti vacillera d’une rive à l’autre lorsque la vantardise empêche le bon sens d’unir la saveur du mythe à la réalité de l’erreur. La présence structurelle du parti semble donner entre deux échéances électorales l’impression d’une simple existence d’un néant dynamique soit l’illusion de la coquille vide. Ce grand parti libérateur et rédempteur, artisan du sentiment nationaliste ne serait il plus habité par ces élans rassembleurs et unitaire de la composante patriotique ? Aurait-il subi, à l’instar d’autres corporations le syndrome de l’usure et du vieillissement méthodique et fonctionnel ? Cet anachronisme qui ne devait point sévir au sein des forces vives et centrifuges serait pourtant devenu une nature essentielle pour le fonctionnement de tout l’appareil tant central que local. 

    Si la libération du pays avait exigé dans le temps l’utilité nécessaire d’un front unique apte à pouvoir mener vers les rives de l’indépendance l’immense volonté populaire, il en serait un peu autrement après la période post-indépendance. Le parti se transformant en un appareil usuel de propagande commençait à se faire sortir de l’option politique qui devrait tendre à réunir davantage les potentialités managériales et gestionnaires. Il faisait plus dans l’inquisition que dans la persuasion politique. L’Etat se confondait dans la rigueur qu’exerçait par fonction non élective le commissaire du parti. L’administration ne trouvait issue que dans l’application de résolutions. 

    L’unicité du parti n’avait rien apporté comme élément fondateur d’une nation si ce ne fut cette discipline quoique honnie, mais qualifiée d’indispensable pour éviter toute dérive. Le moindre vent de vouloir dire ou faire des choses en dehors d’un « cadre organisé » s’assimilait de facto à un acte contre-révolutionnaire. La démocratie n’avait qu’une signification occidentale et bourgeoise au moment où, l’appropriation de l’outil de travail, la justice sociale et l’égalitarisme rimaient avec la négation des classes. L’embourgeoisement condamné à plus d’un titre sera une fois la démocratie mise sur scène, un mode apte à appâter les foules et gagner croit-on, l’estime de la populace. Les slogans d’à bas l’impérialisme et la réaction se tairont et les vociférateurs feront la chaîne devant les ambassades des pays qualifiés ainsi. Le parlement en 1976 , qui est rapport aux récents ; ne constituait qu’un regroupement de gens réunis pour la galerie tout en faisant office d’une preuve tenant lieu d’un amphithéâtre de libre expression dans le cadre d’une démocratie « responsable et organisée » 

    En fait de classes, elles n’avaient certes aucun statut juridique sauf que la réalité matérielle de certains pontes en disposait autrement. L’opulence ne signifiait pas un rang mercantile donné beaucoup plus qu’elle voulut signifier un état d’esprit. La division sociale n’était pas douée d’être perçue telle une expression justifiant l’option politique prise dans la théorie de la lutte des classes. La bourgeoisie d’alors se limitait à un affichage idéologique tacite et dissimulé parfois contraire, dit-on aux principes de la révolution populaire. 

    L’édification nationale formée de taches de grandes envergures tels que le barrage vert, la transsaharienne, le volontariat dans la campagne, devait se partager par tout un chacun sans quoi les idéaux majeurs d’une révolution jeune et ferme n’auraient point eu les mérites dignes de la grandeur d’une nation à peine sortie des affres séculaires de la dépendance colonialiste. 

    Ce fut un temps où l’engagement politique ne variait nullement de l’ardeur à pouvoir continuer la révolution autrement et sur d’autres fronts. L’école, la rue, l’usine et tout espace de la vie active ne pouvait être extrait à un militantisme qui ne cesse de déborder jusqu’aux fins de tous les rouages institutionnels. 

    Le parti se trouvait coincé entre les serres d’un système qui voulut en faire un simple mécanisme de règlement de compte historique. Tantôt il prêchait la bonne parole au profit d’un pouvoir, tantôt il faisait dans l’éloge et la déification de personnes. Il était ainsi devenu au regard des foules le réceptacle de l’échec de toute politique. Ils prescrivirent insidieusement d’en faire le parti unique. Il jouait le rôle sans avoir en finalité le mot ou l’ultime mot. Dans cette lancée le FLN ne pouvait survivre aux mites qui le rongeaient. Les figures de proue commençaient à lui causer une sérieuse hémorragie pour voir d’autres noms s’élever et s’ériger à l’avenir en des symboles incontournables dans l’échiquier politique algérien. 

    C’est ainsi que l’on s’aperçoit au fur et à mesure de l’effilement de toutes les élections que les batailles dans le parti n’ont jamais pris l’allure de courants idéologiques contradictoires. Les conflits opposaient les personnes, les clans et les familles et non les idées ou la nature de projets sociaux. Il reste édifiant encore de pouvoir constater avec lassitude que même avec la survenance, d’ailleurs salutaire d’autres associations politiques, le FLN tient à contrario du discours à imposer une caste au nom d’une légitimité, non plus historique mais militantiste. L’opportunisme est confectionné grâce à l’octroi d’une carte ou le renouvellement d’une autre. La lutte n’apparaît qu’autour de l’échéance de vote qui fera, croit-on toujours savoir, des hommes publics pour ceux qui ne sont que de quelconques noms usuels. 

    Les éventuels candidats dont les portraits lacérés et en déchets pavoisent toujours les arcades des grandes avenues et des petits douars, n’ont de cure que la magouille des coulisses, le beni-amiss politique et la hargne inégale d’occuper le confort d’un bureau qu’ils n’auraient pu avoir par diplôme ou qualification professionnelle. Même les sénatoriales de 2018 n’ont pas échappé à cette façon d’agir à contre-courant de la légalité éditée par le parti où certaines élections primaires, n’ont pas été validées par l’instance provisoire, leur préférant la désignation d’autorité. L’on parle d’une dizaine de cas. Sétif voit également le parti pris, la revanche et le retour à une mauvaise histoire personnelle récente. Dommage. 

    Le sens éveilleur de ceux qui ne vivent que par la légende, les rapports et la carte du parti, ne sera certainement pas capable d’entraîner dans un élan enthousiaste, l’électorat comme fut le cas lors des dernières législatives. Comment une population locale qui ne connaît de certains noms que l’habitude de les voir resurgir aux moments opportuns, puisse croire le discours redondant tendant à faire du renouveau et du rajeunissement un credo sacro-saint du parti nouvelle-version alors que le plateau candidatural qui lui était serait présenté n’offre que du réchauffé ? Qu’ont-ils fait ces éternels candidats, ratés à tout métier, retraités précoces en perpétuelle attente de meilleures opportunités électorales ? Ils pensent avoir sous la main les instances élues alors qu’ils n’arrivent point à faire l’unanimité dans leur quartier ! 

    Par principe, par coutume « boulitique » il échoit au simple citoyen de juger juste à la lumière du mandat électif en cours, les prouesses passives et actives des auteurs élus, qui ont causé l’érosion au crédit-confiance accordé aléatoirement au FLN. Ainsi à travers le menu offert aux électeurs, la diversité des profils présente une indigence accrue en matière de valeur politique. Le plateau électoral dévoilé lors des précédentes joutes, aurait d’un goût insipide, fade et amère tant les éléments le composant plus ou moins furent extraits des archives mouillées pour s’introniser dans les accointances clanales ou parentales. 

    Supplanté par ses arrières gardes, le FLN n’entend pas se refaire selon la norme mondiale d’un parti moderne et politique. Il ne devait ce respect quelquefois intact que par le mythe qu’il tente d’entretenir au moyen de recours itératif et sans cesse rabâché à la légitimité historique. Mais en réalité que lui reste t-il de tout cela ? Il n’est plus le représentant du mouvement national quoique s’essayant de s’inscrire dans une mouvance de démocratie et de modernisme. Développant un double discours, il tressaute tel un appareil en manque d’énergie et apporte jusqu’aux fonds du ridicule la preuve de la contradiction et de la discorde. L’on a l’impression que chez ce parti tout fonctionne comme avant avec une certitude en bout qu’il ne faut pas le dire ou l’écrire. La cajolerie exercée envers les militants ne sera pas de la même conviction qu’exigerait un lectorat vif et vivace. Les plus grincheux des militants ne pouvaient soutenir des listes imposées. 

    La tentative du moins déclarée d’opérer la décantation menant vers un assainissement progressif des rangs tenus en tête par les vieux randonneurs du FLN, n’aura certainement pas lieu. Hélas pour ce mouvement de premières heures. Patrimoine immatériel ; il ne peut demeurer une possession de quelques autoproclamés éternels détenteurs. 

    La restitution de ces trois initiales confisquées sournoisement par des potentats ou des néo-dinosaures est à réclamer par tous au nom de l’histoire, des martyrs et des profondes fibres de la nation. Il restera tout de même ce parti d’avant garde qui a su galvaniser à un certain moment le sentiment national. Il aura été contre vents et marées le catalyseur des efforts libérateurs et de l’emploi rédempteur pour le recouvrement de l’indépendance nationale. Comme il aura l’avantage du mérite de pouvoir continuer sa trajectoire non sans faire ablation de tous les microbes qui le gangrènent et faire table rase des méthodes inquisitoires qui l’abîment, des clans qui le minent et de la fourberie immorale qui gravite comme un essaim autour de son noyau dur.                                                                  
    par El Yazid Dib      

                                                                        http://www.lequotidien-oran.com/?news=5270461


  • Encore une compilation de musique politiquement engagée, un coffret de 4 CDs même, prévu pour février 2019, produit par le Smithonian Institute:

    The Social Power of Music
    https://folkways.si.edu/the-social-power-of-music

    From parties to protests to prayer, music is a powerful catalyst for celebration, for change, and for a sense of community. Through making music together, we become bigger than ourselves. Whether singing with our families and friends or with thousands of strangers in an arena, music transforms lives, engages individuals, and connects local and global communities. The Social Power of Music chronicles the vivid, impassioned, and myriad ways in which music binds, incites, memorializes, and moves groups of people. This richly illustrated 124-page book, with 80+ tracks on 4 CDs, invites listeners into musical practices, episodes, and movements throughout the U.S. and beyond. These songs of struggle, devotion, celebration, and migration remind us that music has the potential to change our world.

    Countries: Algeria; Angola; Argentina; Brazil; Chile; Congo-Brazzaville; Denmark; Dominican Republic; France; Greece; Indonesia; Italy; Korea, South; Lebanon; Mexico; Nicaragua; Poland; Puerto Rico; Republic of Kosovo; Scotland; South Africa; Thailand; Turkey; United Kingdom; United States; Vietnam

    101 We Shall Overcome The Freedom Singers 2:09
    102 This Land is Your Land Woody Guthrie 2:48
    103 De colores ([Made] of Colors) Baldemar Velásquez, Aguila Negra 3:02
    104 Union Maid Bobbie McGee 2:13
    105 If I Had a Hammer Pete Seeger 1:54
    106 Reclaim the Night Peggy Seeger 4:33
    107 Estoy aquí (I Am Here) Quetzal 5:21
    108 Deportees (Plane Wreck at Los Gatos) Sammy Walker 4:57
    109 We Are the Children Chris Kando Iijima, Joanne Nobuko Miyamoto, Charlie Chin 2:55
    110 I Woke Up This Morning Fannie Lou Hamer 2:36
    111 I Feel Like I’m Fixin’ to Die Country Joe McDonald 2:59
    112 El pobre sigue sufriendo (The Poor Keep On Suffering) Andrés Jiménez 3:26
    113 Ballad of the ERA Kristin Lems 4:11
    114 Where Have All the Flowers Gone? Pete Seeger 2:06
    115 Blowing in the Wind The New World Singers 2:32
    116 Quihubo raza (What’s Happening, People) Agustín Lira and Alma 3:50
    117 Solidarity Forever Jim Jackson 2:30
    118 Joe Hill Paul Robeson 3:00
    119 Joaquin Murrieta Rumel Fuentes 3:35
    120 Which Side Are You On? The Almanac Singers 2:10
    121 Legal/Illegal Ewan MacColl, Peggy Seeger 4:12
    122 It Isn’t Nice Barbara Dane, The Chambers Brothers 4:05

    201 Amazing Grace The Old Regular Baptists 2:44
    202 Come By Here Barbara Dane, The Chambers Brothers 5:33
    203 Will the Circle Be Unbroken The Strange Creek Singers 3:38
    204 Peace in the Valley The Paramount Singers 3:50
    205 Many Eagle Set Sun Dance Song The Pembina Chippewa Singers 2:11
    206 Zuni Rain Dance Members of Zuni Pueblo 4:41
    207 Calvary Shape-note singers at Stewart’s Chapel 1:27
    208 Northfield The Old Harp Singers of Eastern Tennessee 1:58
    209 The Call to Prayer / Adhān Ahmad Al Alawi 2:10
    210 Zikr (excerpt) Sheikh Xhemail Shehu, members of the Prizren Rifa’i tekke 2:45
    Audio Player
    211 Buddhist Chants and Prayers Tu Huyen, Hai Phat, Tam Thu, Hai Dat 4:34
    212 Kol Nidre Cantor Abraham Brun 5:05
    213 Dayeinu Raasche, Alan Mills 1:47
    214 Night Chant Sandoval Begay 2:12
    215 Hark, Hark Carolers from the Black Bull, Ecclesfield, UK 3:11
    216 Swing Low, Sweet Chariot The Princely Players 2:47
    217 The Old Rugged Cross The Paschall Brothers 5:17
    218 Madre de Dolores (Mother of Sorrows) Hermanos de la Morada de Nuestra Señora de Dolores del Alto 2:56
    219 San Miguel (Saint Michael) Francia Reyes 4:11
    220 I’ll Fly Away Rose Maddox 2:32

    301 Party Down at the Blue Angel Club Clifton Chenier and His Red Hot Louisiana Band 4:51
    302 San Antonio Rose Los Reyes de Albuquerque 2:38
    303 Jolie blonde (Pretty Blonde) Austin Pitre 2:47
    304 Shake Your Moneymaker John Littlejohn 4:19
    305 Beer-Drinking Polka Flaco Jiménez, Max Baca 2:25
    306 In Heaven There Is No Beer The Goose Island Ramblers 2:32
    307 SAM (Get Down) Sam Brothers Five 4:10
    308 Golden Slippers / The Butterfly Whirl Lester Bradley and Friends 4:31
    309 Sligo Indians / Paddy Clancy’s / Larry Redican’s / The Rambling Pitchfork Tony DeMarco 4:21
    310 La entrega de los novios (The Delivery of the Newlyweds) Lorenzo Martínez 3:46
    311 Rock Dance Song (Cree/Metis) The Pembina Chippewa Singers 2:20
    312 Pow Wow Song Chippewa Nation 2:52
    313 Mary Mack Lilly’s Chapel School, Alabama 1:58
    314 Johnny Cuckoo Janie Hunter and children at home 1:15
    315 Rooster Call John Henry Mealing and group 4:00
    316 Joy to the World Elizabeth Mitchell 3:06
    317 Oylupnuv Obrutch (The Broken Hoop Song) The Golden Gate Gypsy Orchestra 2:01
    318 Liberty Funeral March The Liberty Brass Band 4:51
    319 Junkanoos #1 Key West Junkanoo Band 3:07
    320 The Star Spangled Banner Unknown orchestra 1:16
    321 Mardi Gras Medley (excerpt) ReBirth Jazz Band 4:33

    401 Viva la Quince Brigada (Long Live the 15th Brigade) Pete Seeger 3:04
    402 Bella ciao (Goodbye Beautiful) Singers of the “Bella Ciao” production of Spoleto 1:35
    403 A desalambrar (Tear Down the Fences) Expresión Joven 5:07
    404 Muato mua N’Gola (Women of Angola) Lilly Tchiumba 2:34
    405 Un gigante que despierta (An Awakening Giant) Luis Godoy, Grupo Mancotal 4:03
    406 Hasret (Longing) Melike Demirag 3:10
    407 Prisioneros somos (We Are All Prisoners) Suni Paz 2:19
    408 Funeral do lavrador (Funeral of a Worker) Zelia Barbosa 1:59
    409 Izakunyatheli Afrika Verwoerd (Africa is Going to Trample on You, Verwoerd) South African refugees in Tanganyika 1:52
    410 The Boy with the Sunlit Smile Mikis Theodorakis 2:48
    411 Hidup di Bui (Life in Jail) Gambang Kromong Slendang Betawi, Kwi Ap 5:34
    412 Man and Buffalo (Kon Gap Kwai) Caravan 3:40
    413 Why Need We Cry? Cantor Abraham Brun 2:32
    414 El palomo (The Dove) Grupo Raíz 4:06
    415 Hvem sidder dér bag skærmen (The Roadmaker) Inger Nielsen 3:08
    416 Mon’ etu ua Kassule Musician supporters of the MPLA 5:35
    417 Le temps des cerises (Cherry Blossom Time) Yves Montand 4:37
    418 Chongsun Arirang Singer from Central Korea 4:03
    419 The Passport Marcel Khalifé 9:23
    420 Inno della Resistenza (Hymn of the Resistance) Choir of FLN fighters 1:28

    #Musique #Musique_et_politique


  • David Graeber : « Les “gilets jaunes” montrent combien le sol bouge sous nos pieds »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/12/07/les-gilets-jaunes-montrent-a-quel-point-le-sol-bouge-sous-nos-pieds_5394302_

    Le mouvement s’inscrit dans un grand renouvellement des pratiques contestataires, analyse l’anthropologue et penseur du capitalisme dans une tribune au « Monde ».

    Tribune. Si l’une des caractéristiques de tout moment véritablement révolutionnaire est l’échec total des catégories conventionnelles à décrire ce qui est en train de se passer, alors nous sommes en train de vivre des temps révolutionnaires.

    La confusion profonde, l’incrédulité même, qu’affichent les commentateurs en France et à l’étranger face à chaque nouvel « acte » des « gilets jaunes », qui s’approche à grands pas de son apogée insurrectionnel, résulte d’une incapacité quasi complète à prendre en considération les changements du pouvoir, des travailleurs et des mouvements qui se sont élevés contre le pouvoir au cours des cinquante dernières années et en particulier depuis 2008. Les intellectuels, pour la plupart, saisissent très mal ces changements. Permettez-moi d’émettre deux suggestions quant à l’origine de cette confusion :
    1. Dans une économie financiarisée, seuls ceux qui sont proches des moyens de création monétaire (essentiellement, les investisseurs et les classes managériales) sont en position d’employer le langage de l’universalisme. En conséquence, toute demande politique fondée sur des besoins et des intérêts particuliers tend à être traitée comme la manifestation d’une politique identitaire ; les demandes des « gilets jaunes », au vu de leur base sociale, ne peuvent être autrement imaginées que comme protofascistes.
    2. Depuis 2011, la façon dont le sens commun conçoit la participation d’un individu à un mouvement démocratique de masse s’est transformée à l’échelle mondiale – du moins chez ceux qui sont le plus susceptibles d’y participer. Les vieux modèles d’organisation « verticaux », avec une avant-garde, ont laissé place à une horizontalité où la pratique et l’idéologie constituent simplement les deux faces d’un même objet. L’incapacité à le saisir donne l’impression erronée que des mouvements comme celui des « gilets jaunes » sont anti-idéologiques, voire nihilistes. Permettez-moi à présent d’étayer mes propos.

    Instincts profondément antidémocratiques
    Depuis que les Etats-Unis ont renoncé à l’étalon or, en 1971, la nature du capitalisme a profondément changé. Aujourd’hui, la plupart des profits des entreprises ne dérivent plus de la production ni même de la commercialisation de quoi que ce soit, mais de la manipulation du crédit, de la dette et des « rentes réglementées ». Alors que les appareils bureaucratiques gouvernementaux et financiers sont de plus en plus intimement enchevêtrés, au point qu’il devient très difficile de les distinguer l’un de l’autre, la richesse et le pouvoir – notamment le pouvoir de créer de l’argent (autrement dit le crédit) – deviennent de fait la même ch…

    et #paywall

    • ah ben @kassem, il y a 2 jours.
      https://seenthis.net/messages/742906

      Et une autre source du texte entier en anglais
      The #YellowVests Show How Much the Ground Moves Under Our Feet – Enough is Enough !
      https://enoughisenough14.org/2018/12/09/the-yellowvests-show-how-much-the-ground-moves-under-our-feet

      We often don’t agree with David Graeber and we are not very enthousiastic about the fact that it was originally published in Le Monde, but decided to republish his piece about the Yellow Vests movement on the French territory because it is one more view about the ongoing events there.

      Origininally published by Le Monde on December 7, 2018. Translated by Infoshop. Written by David Graeber.

    • Let me provide some background for these assertions.

      Since the US jettisoning of the gold standard in 1971, we have seen a profound shift in the nature of capitalism. Most corporate profits are now no longer derived from producing or even marketing anything, but in the manipulation of credit, debt, and “regulated rents.” As government and financial bureaucracies become so intimately intertwined it’s increasingly difficult to tell one from the other, wealth and power—particularly, the power to create money (that is, credit)—also become effectively the same thing. (This was what we were drawing attention to in Occupy Wall Street when we talked about the “1%’—those with the ability to turn their wealth into political influence, and political influence back into wealth.) Despite this, politicians and media commentators systematically refuse to recognize the new realities, for instance, in public discourse one must still speak of tax policy as if it is primarily a way of government raising revenue to fund its operations, whereas in fact it is increasingly simply a way of (1) ensuring the means of credit-creation can never be democratized (as only officially approved credit is acceptable in payment of taxes), and (2) redistributing economic power from one social sector to another.

      Since 2008 governments have been pumping new money into the system, which, owing to the notorious Cantillon effect, has tended to accrue overwhelmingly to those who already hold financial assets, and their technocratic allies in the professional managerial classes. In France of course these are precisely the Macronists. Members of these classes feel that they are the embodiments of any possible universalism, their conceptions of the universal being firmly rooted in the market, or increasingly, that atrocious fusion of bureaucracy and market which is the reigning ideology of what’s called the “political center.” Working people in this new centrist reality are increasingly denied any possibility of universalism, since they literally cannot afford it. The ability to act out of concern for the planet, for instance, rather than the exigencies of sheer survival, is now a direct side-effect of forms of money creation and managerial distribution of rents; anyone who is forced to think only of their own or their family’s immediate material needs is seen as asserting a particular identity; and while certain identities might be (condescendingly) indulged, that of “the white working class” can only be a form of racism. One saw the same thing in the US, where liberal commentators managed to argue that if Appalachian coal miners voted for Bernie Sanders, a Jewish socialist, it must nonetheless somehow be an expression of racism, as with the strange insistence that the Giles Jaunes must be fascists, even if they haven’t realized it.

      These are profoundly anti-democratic instincts.

      To understand the appeal of the movement—that is, of the sudden emergence and wildfire spread of real democratic, even insurrectionary politics—I think there are two largely unnoticed factors to be taken into consideration.

      The first is that financialized capitalism involves a new alignment of class forces, above all ranging the techno-managerials (more and more them employed in pure make-work “bullshit jobs,” as part of the neoliberal redistribution system) against a working class that is now better seen as the “caring classes”—as those who nurture, tend, maintain, sustain, more than old-fashioned “producers.” One paradoxical effect of digitization is that while it has made industrial production infinitely more efficient, it has rendered health, education, and other caring sector work less so, this combined with diversion of resources to the administrative classes under neoliberalism (and attendant cuts to the welfare state) has meant that, practically everywhere, it has been teachers, nurses, nursing-home workers, paramedics, and other members of the caring classes that have been at the forefront of labor militancy. Clashes between ambulance workers and police in Paris last week might be taken as a vivid symbol of the new array of forces. Again, public discourse has not caught up with the new realities, but over time, we will start having to ask ourselves entirely new questions: not what forms of work can be automated, for instance, but which we would actually want to be, and which we would not; how long we are willing to maintain a system where the more one’s work immediately helps or benefits other human beings, the less you are likely to be paid for it.

      Second, the events of 2011, starting with the Arab Spring and passing through the Squares movements to Occupy, appear to have marked a fundamental break in political common sense. One way you know that a moment of global revolution has indeed taken place is that ideas considered madness a very short time before have suddenly become the ground assumptions of political life. The leaderless, horizontal, directly democratic structure of Occupy, for instance, was almost universally caricatured as idiotic, starry-eyed and impractical, and as soon as the movement was suppressed, pronounced the reason for its “failure.” Certainly it seemed exotic, drawing heavily not only on the anarchist tradition, but on radical feminism, and even, certain forms of indigenous spirituality. But it has now become clear that it has become the default mode for democratic organizing everywhere, from Bosnia to Chile to Hong Kong to Kurdistan. If a mass democratic movement does emerge, this is the form it can now be expected to take. In France, Nuit Debout might have been the first to embrace such horizontalist politics on a mass scale, but the fact that a movement originally of rural and small-town workers and the self-employed has spontaneously adopted a variation on this model shows just how much we are dealing with a new common sense about the very nature of democracy.

      About the only class of people who seem unable to grasp this new reality are intellectuals. Just as during Nuit Debout, many of the movement’s self-appointed “leadership” seemed unable or unwilling to accept the idea that horizontal forms of organization were in fact a form of organization (they simply couldn’t comprehend the difference between a rejection of top-down structures and total chaos), so now intellectuals of left and right insist that the Gilets Jaunes are “anti-ideological”, unable to understand that for horizontal social movements, the unity of theory and practice (which for past radical social movements tended to exist much more in theory than in practice) actually does exist in practice. These new movements do not need an intellectual vanguard to provide them with an ideology because they already have one: the rejection of intellectual vanguards and embrace of multiplicity and horizontal democracy itself.

      There is a role for intellectuals in these new movements, certainly, but it will have to involve a little less talking and a lot more listening.

      None of these new realities, whether of the relations of money and power, or the new understandings of democracy, likely to go away anytime soon, whatever happens in the next Act of the drama. The ground has shifted under our feet, and we might do well to think about where our allegiances actually lie: with the pallid universalism of financial power, or those whose daily acts of care make society possible.

    • Permettez-moi de vous donner un aperçu de ces assertions.

      Depuis que les Etats-Unis ont abandonné l’étalon-or en 1971, nous avons assisté à un profond changement dans la nature du capitalisme. La plupart des profits des entreprises ne proviennent plus ni de la production ni même de la commercialisation, mais de la manipulation du crédit, de la dette et des "loyers réglementés". À mesure que les bureaucraties gouvernementales et financières deviennent si intimement imbriquées, il est de plus en plus difficile de les distinguer. et le pouvoir - en particulier le pouvoir de créer de la monnaie (c’est-à-dire du crédit) - devient également effectivement la même chose. (C’est ce sur quoi nous avons attiré l’attention à Occupy Wall Street lorsque nous avons parlé du « 1% » - ceux qui ont la capacité de transformer leur richesse en influence politique et l’influence politique en richesse.) Desp Cela dit, les politiciens et les commentateurs des médias refusent systématiquement de reconnaître les nouvelles réalités. Par exemple, dans le discours public, il faut encore parler de politique fiscale, comme si c’était avant tout un moyen pour le gouvernement de lever des revenus pour financer ses opérations. simplement un moyen de (1) garantir que les moyens de création de crédit ne peut jamais être démocratisé (étant donné que seul le crédit officiellement approuvé est acceptable pour le paiement des impôts), et (2) redistribuer le pouvoir économique d’un secteur social à un autre.

      Depuis 2008, les gouvernements injectent de nouveaux fonds dans le système qui, en raison du tristement célèbre effet Cantillon, a eu tendance à toucher principalement ceux qui détiennent déjà des actifs financiers et leurs alliés technocratiques dans les catégories de gestionnaires professionnels. En France, bien sûr, ce sont précisément les macronistes. Les membres de ces classes estiment qu’ils sont les incarnations de tout universalisme possible, leurs conceptions de l’universel étant fermement ancrées dans le marché, ou de plus en plus, cette fusion atroce de la bureaucratie et du marché qui est l’idéologie dominante de ce qu’on appelle le « centre politique ». « Les travailleurs de cette nouvelle réalité centriste sont de plus en plus privés de toute possibilité d’universalisme, puisqu’ils ne peuvent littéralement pas se le permettre. La capacité d’agir par souci de la planète, par exemple, plutôt que par les seules exigences de la survie, est maintenant un effet secondaire direct des formes de création monétaire et de distribution des loyers par la direction ; quiconque est contraint de ne penser qu’à ses besoins matériels immédiats ou à ceux de sa famille est considéré comme l’affirmation d’une identité particulière ; et bien que certaines identités puissent être (condescendantes) gâchées, celle de « la classe ouvrière blanche » ne peut être qu’une forme de racisme. On a vu la même chose aux États-Unis, où des commentateurs libéraux ont réussi à affirmer que si les mineurs de charbon des Appalaches votaient pour Bernie Sanders, un socialiste juif, il devait néanmoins être en quelque sorte une expression du racisme, tout comme l’étrange insistance selon laquelle les Giles Jaunes fascistes, même s’ils ne l’ont pas compris.

      Ce sont des instincts profondément antidémocratiques.

      Pour comprendre l’attrait du mouvement - c’est-à-dire de l’émergence soudaine et de la propagation d’une traînée de poudre d’une véritable politique démocratique, voire insurrectionnelle -, je pense qu’il faut prendre en compte deux facteurs largement méconnus.

      La première est que le capitalisme financiarisé implique un nouvel alignement des forces de classe, en particulier des techno-gestionnaires (qui sont de plus en plus employés dans des "travaux de conneries", dans le cadre du système de redistribution néolibérale) contre une classe ouvrière qui est maintenant mieux considéré comme la « classe de soin » - comme ceux qui nourrissent, tendent, maintiennent, soutiennent plus que les « producteurs » à l’ancienne. Un effet paradoxal de la numérisation est que, même si elle a rendu la production industrielle infiniment plus efficace, elle a le secteur de la santé, de l’éducation et des autres services sociaux fonctionne moins, ce qui, combiné au détournement de ressources vers les classes administratives sous le néolibéralisme (et aux compressions correspondantes dans l’État-providence), a eu pour effet que pratiquement partout, les enseignants, les infirmières, les travailleurs à domicile, les ambulanciers, et d’autres membres de la classe des soignants qui ont été à la pointe de la militance syndicale. Les affrontements entre ambulanciers et policiers à Paris la semaine dernière pourraient être considérés comme un symbole vivant du nouvel éventail de forces. Encore une fois, le discours public n’a pas rattrapé les nouvelles réalités, mais avec le temps, nous devrons commencer à nous poser des questions entièrement nouvelles : non pas quelles formes de travail peuvent être automatisées, par exemple, mais que nous voudrions réellement être, et ce que nous ne voudrions pas ; Depuis combien de temps sommes-nous disposés à maintenir un système où plus son travail aide ou profite immédiatement à d’autres êtres humains, moins vous êtes susceptible d’être payé pour cela ?

      Deuxièmement, les événements de 2011, qui ont commencé par le printemps arabe et ont traversé les mouvements des carrés pour occuper, semblent avoir marqué une rupture fondamentale du bon sens politique. Vous savez, entre autres, qu’un moment de révolution mondiale s’est réellement produit, c’est que les idées considérées peu à peu comme de la folie sont soudainement devenues les hypothèses de base de la vie politique. Ainsi, la structure horizontale, directement démocratique et directement démocratique d’Occy, était presque universellement caricaturée comme idiote, aveugle et irréaliste, et peu pratique, et dès que le mouvement a été supprimé, a déclaré la raison de son « échec ». Certes, cela semblait exotique, s’appuyant non seulement sur la tradition anarchiste, mais également sur le féminisme radical et même sur certaines formes de spiritualité autochtone. Mais il est maintenant devenu évident qu’il est devenu le mode par défaut pour l’organisation démocratique partout, de la Bosnie au Chili en passant par Hong Kong et le Kurdistan. Si un mouvement démocratique de masse apparaît, c’est la forme qu’il peut maintenant s’attendre. En France, Nuit Debout a peut-être été le premier à adopter une telle politique horizontaliste à grande échelle, mais le fait qu’un mouvement originaire de travailleurs ruraux et de petites villes et de travailleurs indépendants ait spontanément adopté une variante de ce modèle montre à quel point Nous avons beaucoup à faire avec un nouveau sens commun sur la nature même de la démocratie.

      Les intellectuels sont à peu près la seule catégorie de personnes qui semblent incapables de saisir cette nouvelle réalité. De même que lors de Nuit Debout, beaucoup de « dirigeants » autoproclamés du mouvement semblaient incapables ou peu disposés à accepter l’idée que les formes d’organisation horizontales étaient en fait une forme d’organisation (ils ne pouvaient tout simplement pas comprendre la différence entre un rejet bas-fond et chaos total), les intellectuels de gauche et de droite insistent sur le fait que les Gilets Jaunes sont « anti-idéologiques », incapables de comprendre que, pour les mouvements sociaux horizontaux, l’unité de la théorie et de la pratique exister beaucoup plus en théorie qu’en pratique) existe réellement dans la pratique. Ces nouveaux mouvements n’ont pas besoin d’une avant-garde intellectuelle pour leur fournir une idéologie, car ils en ont déjà une : le rejet de l’avant-garde intellectuelle et l’acceptation de la multiplicité et de la démocratie horizontale elle-même.

      Les intellectuels ont un rôle à jouer dans ces nouveaux mouvements, certes, mais cela nécessitera un peu moins de conversation et beaucoup plus d’écoute.

      Aucune de ces nouvelles réalités, qu’il s’agisse des relations entre argent et pouvoir et des nouvelles conceptions de la démocratie, ne risque de disparaître de sitôt, quoi qu’il advienne dans le prochain Acte dramatique. Le sol a bougé sous nos pieds et il serait peut-être bon que nous réfléchissions à l’endroit où se trouvent nos allégeances : avec l’universalisme pâle du pouvoir financier ou avec ceux dont les gestes quotidiens rendent la société possible.


  • Un président KO debout ? – Salimsellami’s Blog
    https://salimsellami.wordpress.com/2018/12/12/un-president-ko-debout

    © Jean-Claude Pelissier Source : AFPEmmanuel Macron en juin 2017                

    Revenant sur les annonces faites par Emmanuel Macron pour tenter de répondre à la mobilisation des Gilets jaunes, Jacques Sapir juge que le président n’a pas pris la juste mesure des revendications, ni celle de l’ampleur de la crise en cours.

    L’intervention télévisée du Président Emmanuel Macron se voulait une réponse au mouvement des Gilets Jaunes. Si le président a changé de ton, a donné des signes de sympathie aux français qui souffrent, force est de constater que les réponses données sont des plus limitées. Cette intervention, venant après celle prononcée sur le Charles de Gaulle ainsi que celle, calamiteuse, qui lui avait succédé, a semblé plus conforme à ce que l’on pouvait attendre d’un président de la République. Mais, cette intervention ne réponds nullement aux revendications du mouvement. Pire encore, le président s’est livré à des embrouillaminis sur de nombreux points. Cela ne relèvera pas son image, fort abîmée aujourd’hui. 

    Rappelons ici les principales revendications des Gilets Jaunes. Parti d’un rejet des nouvelles augmentations des taxes pesant sur les carburants, augmentations qui ont été annulées par le Premier ministre le 7 décembre, une plus grande justice fiscale, une augmentation substantielle du Smic et des petites retraites, avec le retour à l’indexation sur le chiffre de l’inflation pour ces dernières, enfin des mesures politiques allant de l’introduction du vote à la proportionnelle à l’instauration d’un référendum d’initiative populaire. Ces revendications couvraient un large espace qui est celui d’un mouvement qui a commencé comme une révolte antifiscale et qui s’est étendu par la suite aux champs sociaux et politiques. Face à ces revendications, l’allocution d’Emmanuel Macron a été décevante, tant par le contenu de ses annonces que par la méthode qui laisse à penser que le président de la République n’a pas été honnête avec les français.

    Il en va ainsi de la soi-disant augmentation du Smic. En fait, Emmanuel Macron n’a pas promis une augmentation du Smic, mais une augmentation de certains revenus qui étaient au niveau du Smic. Il obtient d’ailleurs cette augmentation en combinant toute une série de mesures déjà envisagées par le gouvernement. Ces mesures comprennent les hausses déjà prévues de la prime d’activité (30 euros en avril 2019, 20 euros en octobre 2020 et 20 euros en octobre 2021). Nous sommes ici loin, très loin, d’une augmentation de 150 à 200 euros du montant net du Smic qui était demandé par le mouvement des Gilets Jaunes, une augmentation qui n’aurait fait que compenser le décrochage du Smic avec les gains de productivité depuis 1982. Les Français peuvent y voir, à juste titre, une tentative de les « embrouiller » avec cette annonce.

    Emmanuel Macron a aussi promis une défiscalisation des heures supplémentaires. Cette mesure est indiscutablement populaire. Mais, d’une part elle ne s’applique qu’aux salariés (ce qui est aussi le cas pour la précédente mesure) et d’autre part elle ne peut concerner que les salariés faisant des heures supplémentaires. C’est un peu la même chose avec la prime de fin d’année, prime qui reste au bon vouloir des entreprises.

    Emmanuel Macron n’a pas promis une augmentation du Smic, mais une augmentation de certains revenus qui étaient au niveau du Smic

    Pour les retraités, il a promis l’annulation de la hausse de la CSG pour les retraites de moins de 2 000 euros par mois. Ceci constitue un geste. Mais, il ne n’a rien dit quant à la désindexation des retraites par rapport à l’inflation. Or, ceci représentait un enjeu bien plus important pour les retraités que l’annulation de la hausse de la CSG. On sait que l’inflation en 2018 sera autour de 2% alors que la hausse des retraites ne sera que de 0,3%. Les retraités perdront donc en montant réel de leurs pensions 1,7%.

    Le contenu de la réaction des syndicats (à l’exception de la direction de la CFDT) montre bien qu’il n’a en rien répondu aux attentes.

    En ce qui concerne la justice fiscale, Emmanuel Macron a exclu tout rétablissement de l’ISF, mais il s’est engagé à faire payer les couches les plus élevées de l’impôt sur le revenu et surtout de lutter contre la fraude fiscale. Sur ce point, le bilan est très insatisfaisant pour les Gilets Jaunes. Une mesure simple, et qui aurait touché tous les petits patrons, qui sont nombreux dans le mouvement, aurait été d’annoncer que les cotisations patronales (ce que l’on appelle indûment des « charges ») ne seraient pas calculées sur la masse salariale mais sur le chiffre d’affaires de l’entreprise. Ce mécanisme, outre qu’il allégerait la contribution des petites et moyennes entreprises, aurait eu l’avantage d’établir un système de cotisation qui soit neutre par rapport à l’emploi. Avec ce système, que le patron décide d’augmenter les salaires ou d’embaucher d’autres travailleurs, il ne cotisera pas plus pour cela. De même, rien n’a été dit sur l’introduction de nouvelles tranches pour l’impôt sur le revenu ou sur les mesures fiscales qui sont aujourd’hui prises ou déjà en vigueur et qui sont très largement en faveur des « ultra-riches », comme la taxe constante (ou « flat-tax ») de 30% sur les revenus du capital.

    Sur ce point, Emmanuel Macron a été très en deçà des attentes et des revendications du mouvement. Il n’a rien concédé qui puisse altérer l’image de « président des Riches » qui lui colle désormais à la peau comme une tunique de Nessus. Or, cette image est certainement la pire des menaces pour sa capacité à terminer son quinquennat.                                             

    On peut constater qu’il en va de même avec les mesures politiques. Si Emmanuel Macron a bien évoqué la reconnaissance du « vote blanc », une mesure très attendue depuis maintenant plus de vingt ans, il n’a pas pris d’engagement sur l’introduction de la proportionnelle ni sur le référendum d’initiative populaire. Il n’a donc apporté aucune réponse concrète à la crise de représentativité qui frappe aujourd’hui les institutions. L’idée d’un Tour de France des maires relève, quant à elle, de la mesure symbolique, certes importante, mais qui n’entraînera rien. Cette consultation, dont on peut espérer qu’elle fasse toucher du doigt à Emmanuel Macron l’état de la France, ne s’accompagne d’aucun mécanisme institutionnel.

    Alors, il est clair que l’introduction de la proportionnelle est un sujet délicat. La tache d’un système électoral est à la fois d’assurer une bonne représentativité des opinions de la société ET d’assurer que des majorités puissent être dégagées. Mais, il est aussi clair que le système actuel est allé trop loin dans le sens du dégagement d’une opinion majoritaire au détriment de la représentation des diverses opinions. Le véritable problème sera plus d’assurer que des députés, élus dans un scrutin proportionnel, puissent conserver un lien avec les campagnes, les bourgs et les villes, dont ils sont issus. Une réforme modifiant le mode de scrutin devrait alors revoir les règles de cumul des mandats, et sans doute supprimer l’interdiction pour un député d’être aussi simultanément maire. On le voit, cette introduction, qui est souhaitable et pas dans des proportions homéopathiques, nécessite de faire des choix importants.

    L’introduction du référendum d’initiative populaire, si elle nécessite une modification de la Constitution, est quant à elle bien plus facile que l’introduction de la proportionnelle. Le silence sur ce point du président de la République devant cette revendication ne se justifie ni même ne se comprend. Le refus d’Emmanuel Macron d’affronter la crise de représentativité des institutions est grave. Combiné à l’absence de mesures sur la justice fiscale et aux palinodies concernant le pouvoir d’achat, ce refus est susceptible de déboucher sur une crise majeure de sa légitimité.

    Le refus d’Emmanuel Macron d’affronter la crise de représentativité des institutions est grave

    Le point le plus important qui ressort donc de l’allocution du 10 décembre est bien que l’image du président semble aujourd’hui être irrémédiablement abîmée. Elle est abîmée par l’ampleur de la répression qui a frappé le mouvement social, avec des centaines d’arrestations arbitraires lors des manifestations du 10 décembre mais aussi des violences policières qui, si elles prétendaient répondre à la violence des manifestants, ne sont pas tolérables dans un Etat de droit. Des personnes sont mortes, ou ont été estropiées. Les responsabilités doivent être établies et les coupables punis.

    Elle est aussi abîmée par les violences qui ont pu entacher ce mouvement. Et, surtout, le gouvernement a donné raison aux manifestants. En cédant sous la pression et la peur de nouvelles violences, il reconnaît que cette violence peut payer.

    Elle est abîmée, aussi, par le temps qu’il a fallu à Emmanuel Macron pour prendre la mesure de la colère populaire. Eut-il fait les mêmes annonces lors de sa longue (53 minutes) allocution du 27 novembre, que la situation ne se serait probablement pas dégradée au point où elle en est. En dépit de ses dénégations le manque d’empathie, et tout simplement de compréhension, du président pour les français qui travaillent et qui voient leur situation empirer de mois en mois restera dans les esprits. Président des riches il était devenu après les premiers mois de son mandat ; président des riches il restera.

    Elle est abîmée, enfin, sur la scène internationale. Le président jeune et réformateur s’est mué en un autocrate brutal et fermé aux revendications des français. Pour quelque peu injuste que soit cette transformation, elle est actée et elle restera. Mais, le président français a vu aussi son image considérablement abîmée au sein de l’Union européenne. Il se voulait le champion d’une réforme approfondissant les mécanismes conduisant vers le fédéralisme. Avec un déficit annoncé désormais de 3,5% pour 2019 et ce chiffre sera susceptible de monter encore plus vers les 4% en raison de la stagnation qui menace l’économie européenne, Emmanuel Macron va se retrouver sur la sellette tout comme le gouvernement italien. Ironie de l’histoire : il devra user des mêmes arguments que ceux utilisés par ces dirigeants qu’il condamnait naguère pour leur « populisme » supposé. Il n’est pas sûr qu’il apprécie. Emmanuel Macron sera dans l’incapacité d’argumenter pour les réformes auxquelles il semble tant tenir. L’effondrement de sa politique européenne, un effondrement déjà annoncé par l’intransigeance allemande, est l’une des conséquences du mouvement des Gilets Jaunes.

    Après son allocution du 10 décembre, Emmanuel Macron est toujours sur le ring. Mais il est KO debout…                                                           
    Par Jacques Sapir                                                 https://francais.rt.com/opinions/56675-president-ko-debout