person:eric hazan

  • Eric Hazan : « Paris n’est pas un acteur, mais un champ de bataille »

    https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/071218/eric-hazan-paris-n-est-pas-un-acteur-mais-un-champ-de-bataille?onglet=full

    Comment expliquez-vous ces silences ?

    Pour toute une frange des intellectuels, la violence, c’est le mal. Pour celles et ceux qui ne s’arrêtent pas là-dessus et peuvent la juger parfois légitime, le fait que l’ #extrême_droite soit présente dans cette violence en défrise pas mal. Mais moi, ça ne me gêne pas .

    Pourquoi ?

    Parce que les ennemis de mes ennemis ne sont pas vraiment des amis, mais un peu quand même .

    #rouge_brun


  • Les Temps modernes. Art, temps, politique (La Fabrique), Jacques Rancière. « Macron est le pur et simple représentant du capital » entretien avec Joseph Confavreux et Lise Wajeman, 22 juillet 2018, Mediapart

    Dans son dernier ouvrage, le philosophe Jacques Rancière repose les conditions d’une politique pour le temps présent qui puisse échapper autant à la « gestion experte du présent », à « l’optimisme officiel », au « catastrophisme ambiant » qu’au grand récit de la « nécessité historique ».

    Dans [...] Les Temps modernes. Art, temps, politique (La Fabrique), le philosophe Jacques Rancière déploie une politique du temps, définie comme « un milieu de vie. Il est une forme de partage du sensible, en deux formes de vie séparées : la forme de vie de ceux qui ont le temps et la forme de vie de ceux qui ne l’ont pas ».

    Le philosophe part dans ce livre d’un double constat. D’un côté, « l’optimisme officiel et le catastrophisme ambiant » partagent la même vision, « celle d’un temps qui avait dit adieu aux grandes espérances et aux désillusions amères de ce temps de l’Histoire orienté par une promesse de justice ».
    De l’autre, « tandis que l’on claironnait la fin du grand récit marxiste, la domination capitaliste et étatique en reprenait à son compte le noyau dur : le principe de la nécessité historique ». Ainsi, « au XIXe siècle, Marx et Engels stigmatisaient ces artisans et petits-bourgeois attachés à des formes sociales dépassées qui résistaient au développement du capitalisme et retardaient ainsi le futur socialiste dont il était porteur. À la fin du XXe siècle, le scénario a été revu pour en changer non la forme mais les personnages. La condition de la prospérité à venir, c’était la liquidation de ces héritages d’un passé dépassé qui s’appelaient codes du travail, lois de défense de l’emploi, sécurité sociale, systèmes de retraites, services publics ou autres. Ceux qui bloquaient la voie du futur étaient ces ouvriers qui se cramponnaient à ces vestiges du passé. Pour châtier ce péché contre la nouvelle justice du temps, il fallait d’abord le renommer. Les conquêtes sociales du passé furent rebaptisées “privilèges” et la guerre fut engagée contre ces privilégiés égoïstes ».

    Échapper à cette tenaille suppose de décrire à nouveau les façons dont le temps constitue une « distribution hiérarchique des formes de vie », afin d’ouvrir des brèches dans la « gestion experte du présent ». En renouant certains « fils perdus », pour reprendre le titre de son précédent livre, le philosophe poursuit le questionnement qu’il posait dans un autre livre cinglant publié il y a un an, En quel temps vivons-nous ?


    Dans cet entretien avec Éric Hazan, l’éditeur de La Fabrique, il mettait en lumière la façon dont « la morosité électorale trouve volontiers son pendant dans des mouvements revendicatifs à demi résignés et des théories révolutionnaires “radicales” qui empruntent souvent leurs arguments et leur tonalité aux théories désabusées de la catastrophe civilisationnelle ».
    Il jugeait que « la question n’est pas de savoir s’il faut être réaliste ou intransigeant », en se focalisant sur la question des buts, parce qu’on « ne travaille pas pour l’avenir, on travaille pour creuser un écart, un sillon tracé dans le présent, pour intensifier l’expérience d’une autre manière d’être ».

    Pour le philosophe, « l’émancipation, cela a toujours été une manière de créer au sein de l’ordre normal du temps autre, une manière différente d’habiter le monde sensible en commun ». Entretien.

    Vous ouvrez votre texte, Les Temps modernes, en vous en prenant à l’usage du mot « réforme » devenu un « signifiant maître » de notre époque. Plus loin, vous explicitez les leurres et les confusions existant autour du mot « crise », en rappelant que pour Marx, la crise « était la révélation concrète de la contradiction qui habitait un système et qui devait l’emporter », alors qu’elle « est tout autre chose aujourd’hui. Elle est l’état normal d’un système gouverné par les intérêts du capital financier ». Existe-t-il un vocabulaire trop dévoyé pour être politiquement inutilisable et qu’il faudrait abandonner ?

    Jacques Rancière : Je ne dis pas qu’il faut l’abandonner. La politique est fondée sur des signifiants qui, précisément, sont flottants et utilisés par les uns et les autres. J’ai toujours dit par exemple qu’il fallait garder une utilité au mot « démocratie » alors qu’un tas de gens voulaient l’abandonner, parce que c’est le mot qui désigne ce pouvoir des égaux que nos gouvernants veulent rendre invisible. La bataille sur les mots est aussi une bataille sur les choses elles-mêmes. « Crise » désigne actuellement un concept de l’ennemi. C’est une manière de décrire l’état du monde qui permet aux gouvernants de se légitimer en tant que médecins de ces maux. « Réforme » est, de même, une manière pour eux de justifier la privatisation généralisée en la présentant comme l’adaptation à une nécessité objective. Il y a toujours une bataille sur les mots, il y a des mots qu’il est utile de reprendre, et d’autres non. La politique, ce n’est pas un choix qu’on fait une fois qu’on a établi une description de la situation, c’est d’abord la bataille sur la manière de la décrire.

    Vous expliquez que « l’action politique, la science sociale ou la pratique journalistique usent de fictions, tout comme les romanciers et les cinéastes », en rappelant que « la fiction n’est pas l’invention d’êtres imaginaires », mais « la construction d’un cadre au sein duquel des sujets, des choses, des situations sont perçus comme appartenant à un monde commun, des évènements sont identifiés et liés les uns aux autres en termes de coexistence, de succession et de lien causal ». Quel est alors le processus fictionnel de l’action politique contemporaine ?

    Il existe une bataille entre fictions. Il y a une fiction dominante qui est une fiction de l’explication globale du monde : c’est une reprise d’une fiction largement partagée par la droite et la gauche, par les forces conservatrices et les forces qui se voulaient révolutionnaires, à savoir la fiction de la nécessité historique à laquelle il est vain de vouloir s’opposer. Ce qui s’oppose à cette fiction aujourd’hui, c’est la création de fictions locales qui, en tel ou tel point, à tel ou tel moment, proposent d’autres manières de décrire les situations, de définir les acteurs d’une action et les possibles d’une situation.

    À quelles conditions ces situations peuvent-elles être autre chose que des oasis ?

    La première condition est de maintenir des descriptions du monde et des capacités d’agir qui soient à l’écart, en opposition par rapport à la logique dominante. Qu’est-ce que ça va donner ? On n’en sait trop rien… Mais il s’agit de penser des temps qui développent leur propre énergie, leurs propres possibilités, plutôt que des temps déterminés par l’horizon qu’on a fixé et vers lequel on prétend savoir les étapes à franchir.

    Je me suis situé dans ce moment historique, qui commence peut-être avec les manifestations contre la réélection d’Ahmadinejad en Iran et les printemps arabes et se poursuit par le mouvement des occupations, dont Nuit debout est un des derniers avatars. Je ne cherche pas de modèles, mais à décrire une certaine trajectoire où existent ces rassemblements massifs en un lieu et en un temps. Cela renvoie à la question de savoir comment penser la lutte collective aujourd’hui. Notre-Dame-des-Landes est un combat qui a remporté son objectif immédiat. Tout l’enjeu de la bataille entre le gouvernement et le rassemblement des collectifs de NDDL est alors de savoir si on a affaire à un combat sur une revendication précise qui a été atteinte ou à un conflit de mondes qui a vocation à se poursuivre
    Il y a toujours plus ou moins un entrelacement dans le politique entre conflits de forces et conflits de monde. Ainsi le « mouvement ouvrier » n’était pas simplement le mouvement d’une classe poursuivant ses intérêts communs, mais la proposition d’un monde alternatif. Mais avec la désindustrialisation et la délocalisation qui ont affaibli la force collective ouvrière dans nos pays, la politique tend à prendre de plus l’aspect de ces conflits de monde, qui ne représentent pas une classe sociale, mais des gens qui se définissent par le monde qu’ils présentent comme alternative au monde dominant.

    Pourquoi a-t-on le sentiment que les brèches dans le temps de la « gestion experte du présent » ne parviennent guère à s’élargir, comme l’a par exemple montré la mobilisation pour la défense du service public articulée à la réforme de la SNCF ? Il s’agissait pourtant là de lutter contre Macron « et son monde », comme à Notre-Dame-des-Landes on luttait contre l’aéroport « et son monde. » Mais quelque chose ne prend pas, bien que l’idée qu’on se trouve dans des conflits de mondes soit présente. Comment l’expliquez-vous ?

    Il y a constamment des petites brèches. Il y a des batailles à chaque fois que l’ordre dominant essaye d’avancer un pion en plus. Mais il est clair qu’on paie aujourd’hui toutes les formes de confiscation de la pensée émancipatrice par la pensée dominante. On pourrait évoquer ces multiples formes de consentement « progressiste » à l’ordre dominant, par exemple en 1995, l’adhésion de toute une partie de l’intelligentsia de gauche au discours dominant, au motif qu’il fallait penser à l’avenir, ne pas rester accroché aux « privilèges » du passé. Cela rencontrait le vieux discours marxiste à l’encontre des artisans et des classes en déclin qui s’accrochent au passé.

    On est ainsi arrivé à ce paradoxe qu’à chaque fois qu’il y a un mouvement ouvrier qui se bat, et qui se bat contre le monde de la privatisation intégrale, il y a une forte opinion progressiste dominante qui pense que ces gens-là se battent pour des causes qui sont perdues et qui, étant perdues, sont forcément réactionnaires.

    Si on pense aussi à ce qu’a pu signifier l’idéologie républicaine comme retournement d’un certain type de valeurs progressistes, on saisit une conjonction de formes de captation d’idéologies qui se voulaient progressistes ou révolutionnaires par la logique dominante, la formation d’une « gauche de droite » qui a accompagné les avancées du capitalisme absolutisé.

    On a donc encore des mouvements sociaux de type classique, mais ils sont menés par des groupes qui sont devenus minoritaires sociologiquement. Et du fait qu’ils sont minoritaires sociologiquement, on pense qu’ils sont attardés historiquement.

    Nous ne sommes pas en face du capitalisme, mais dans son monde, expliquiez-vous dans En quel temps vivons-nous ? Quelle prise avons-nous, du coup, pour affronter ce que vous désignez par le capitalisme absolu ?

    Pendant très longtemps, l’ordre dit néolibéral, c’est-à-dire l’ordre du capitalisme absolu, a été géré par des gens qui pensaient représenter un camp, mais avoir à gérer un système d’équilibre entre les forces sociales et politiques. Il y avait donc des choses qu’ils jugeaient impossibles, impensables ou trop risquées. Pensons à ce qui s’est passé en 2006 avec la loi sur le contrat de première embauche (CPE). Il y a un moment où la droite a fini par craquer face à la mobilisation, par juger impossible d’imposer aux jeunes une loi déjà votée qu’ils refusaient.
    Ce qui spécifie Macron, c’est d’être débarrassé de cette préoccupation d’équilibre des forces. Il agit comme le pur et simple représentant du capital, ce que la gauche ne pouvait pas faire directement. Peut-être qu’il fallait ça en France, parce que ce qui a été fait par la droite en Angleterre ou aux États-Unis ne pouvait pas être fait par la droite française. Ce ne pouvait être fait que par un type qui ne représente, finalement et littéralement, rien en dehors de la logique du capital.

    En quoi vivons-nous un conflit entre différentes temporalités, entre différents « temps modernes » qui s’affrontent ou s’excluent les uns les autres ?

    Il y a toujours eu un conflit sur l’idée de « temps modernes » parce que l’idée dominante de modernité a été en partie inventée par des gens hostiles à cette modernité. Elle a représenté un mélange entre le récit progressiste, qui est le récit des Lumières, d’une histoire qui, petit à petit, fait triompher la raison parmi les hommes, et le récit de la contre-révolution, qui est celui d’un monde moderne, caractérisé par la dissolution des liens sociaux, de l’ordre symbolique et donc la déréliction d’un monde voué au malheur de l’individualisme et de la démocratie.

    Le récit dominant sur les temps modernes mélange donc les récits, comme on le voit encore plus aujourd’hui, où l’ordre dominant a repris le récit du progrès et de la marche nécessaire de l’histoire. Alors qu’au contraire, les récits qui se veulent alternatifs reprennent largement la vision d’un monde moderne comme décadence. Toute une part de l’opinion qui se veut de gauche, révolutionnaire, marxiste, a assez largement endossé une vision heideggérienne du monde, la vision d’une essence de la technique conduisant l’humanité à sa perte en dissolvant les liens entre les humains.

    On se trouve donc dans ce paradoxe d’avoir un discours dominant, fondé sur ce qui a été, hier, la pensée du progrès et de l’histoire en marche, et des discours alternatifs, qui sont très largement des discours de la déréliction moderne, de la démocratie comme règne de l’individualisme, à quoi viennent se mêler les discours de la catastrophe et de la planète menacée. Ces alertes sur la planète menacée relèvent évidemment de tout autre chose que du catastrophisme contre-révolutionnaire. Mais il y a une conjonction entre plusieurs interprétations du monde et un brouillage des repères qui sont peut-être plus importants que jamais.

    Ne peut-il pas y avoir de catastrophisme « éclairé » ?

    Le catastrophisme a toujours été une manière de montrer qu’on était éclairé. En général, dans l’Occident moderne, être éclairé a voulu dire : être du côté de ceux qui savent. Ceux qui savent ont longtemps été ceux qui savaient pourquoi la révolution allait advenir. Maintenant, on les trouve souvent du côté de ceux qui prétendent savoir pourquoi elle ne va pas avoir lieu.

    On peut appeler à prendre en considération toute une série de dangers et de menaces sans pour autant prendre ses repères sur un discours de la catastrophe imminente. Aujourd’hui, tout discours globalisant sur l’état du monde est un discours renvoyant à la capacité de ceux qui gèrent l’état du monde. Là où il y a des contre-discours et des contre-temporalités, c’est précisément dans un certain nombre d’actions qui disent : « On tiendra ici et maintenant sur ce qui est fait à la terre, sur ce qui est fait aux populations, à cet endroit et à ce moment précis. »
    Qui peut œuvrer aujourd’hui à l’échelle de la planète, si ce ne sont les maîtres de la planète ? Il n’y a pas d’internationale communiste, pas d’internationale ouvrière, mais il y a une internationale capitaliste. Il faut partir de cette situation-là, et donc se déplacer par rapport aux hiérarchies marxistes ou progressistes traditionnelles de la totalité et de la partie. C’est à partir de lieux, de temporalités, de moments construits spécifiquement que les combats contre l’ordre dominant se mènent.

    Pouvez-vous préciser ce que signifie le fait que le temps sépare les hommes, peut-être davantage que les conditions matérielles ?

    Je n’oppose pas le temps aux conditions matérielles, parce que la première condition matérielle est de vivre dans le temps. Avoir travaillé longtemps sur l’histoire ouvrière m’a effectivement appris que la première infériorité subie est celle de ne pas avoir le temps. J’ai relié cela à ce passage de La République où Platon explique que quand on est artisan, on n’a pas le temps de faire autre chose que son travail. C’est tout un ordre du monde qui est condensé là. Il est impossible d’opposer les souffrances dites réelles ou matérielles à celles de vivre dans le temps de l’exclusion, le temps de gens qui n’ont pas le temps. Cette hiérarchie a fonctionné depuis des millénaires entre les hommes passifs, qui travaillent toute la journée, et les hommes actifs, qui peuvent goûter le loisir, dont le temps n’est pas marqué par la nécessité, parce qu’ils ont le loisir de l’action, le loisir du loisir, le loisir de la pensée ou de la culture.
    Le temps c’est ce qu’il y a de plus matériel dans la vie des humains. Comme j’ai pu partir en guerre contre ceux qui disent que les mots et le réel sont séparés, j’ai toujours essayé de plaider pour une idée de la matérialité un peu plus large que le salaire et la nourriture du jour.

    Qu’est-ce qui à la fois se profile et se masque derrière le constat récurrent selon lequel notre époque serait celle de la « fin des grands récits » ?

    La fin des grands récits est une manière de confirmer que ce qui se passe dans la vie des humains serait le produit d’une évolution qui renvoie à l’idée d’un seul temps. Si quelque chose peut s’opposer à un « grand récit moderne », ce n’est pas l’idée que « c’est fini », parce que cette idée est toujours liée à l’idée qu’il existe une nécessité globale. Ce sont les brèches qui ouvrent d’autres formes de temporalités, parce que le temps est une réalité conflictuelle.

    La singularité de la littérature, au sens moderne du terme, est d’avoir mis fin non pas aux grands récits, mais d’avoir mis fin à des modèles narratifs fondés sur la distribution hiérarchique des temps. La littérature a décrété qu’il n’y avait pas, d’un côté, le temps des grandes actions et, de l’autre, le temps de la répétition, de la routine, mais que finalement, le temps qui vaut la peine d’être raconté, le temps qui oriente la narration est précisément ce temps dit du quotidien, qui se révèle n’être pas un temps mort, un temps vide, mais le temps d’une multitude d’évènements sensibles qui peuvent être partagés par tous.

    Quand le menuisier Louis-Gabriel Gauny, au XIXe siècle, écrit et redécrit sa journée de travail, il ne raconte pas sa journée de travail, il fait un contre-récit. Il redécrit ce temps qui est censé être uniforme, le temps où il est censé ne rien se passer, pour montrer tout ce qui s’y passe, la multitude des choses qui se produisent entre les gestes des mains, les déplacements du regard et les mouvements de pensée, tout ce qui produit ainsi l’adhésion ou la distance par rapport au temps « normal », qui est le temps de la domination.
    Il y a une tension propre aux temps modernes. Le grand récit politique n’a cessé de séparer ceux qui sont modernes et ceux qui sont arriérés. La littérature a construit un contre-modèle où il y a un même temps qui est partagé par tous.

    Quand vous dites qu’il ne faut pas attendre d’avoir de l’espoir pour agir, on a envie de vous demander : comment fait-on pour agir aujourd’hui ? Vous avez des formules, dans vos derniers livres, dénonçant « les schémas caducs de l’action programmée ». Mais comment fait-on alors pour agir sans fin ?

    Je ne me suis pas occupé de dire comment il fallait faire, mais d’essayer de voir comment les choses étaient faites par ceux qui font quelque chose, ceux qui agissent, en affirmant qu’un conflit de forces sur un point donné est en même temps une espèce de conflit global de mondes. Cela peut prendre différentes figures, comme celle de la ZAD ou de telle ou telle lutte sur une question d’environnement. Cela peut naître d’un petit truc de rien du tout, comme l’histoire du parc Gezi, à Istanbul. Quelque chose censé être local, ponctuel, se transforme en quelque chose d’universel. On construit une scène, on construit une temporalité spécifique, ce qui va définir un cadre, et la question est alors de savoir ce qu’on fait dans ce cadre.

    À partir de ce point de départ, chaque conflit possède une tension spécifique, et quand on tire sur les gens, comme à Kiev ou Istanbul, une étape est franchie, ce qui n’a pas été le cas à New York, à Madrid, à Paris.

    On peut évoquer la spécificité grecque, qui a été de penser que le problème n’était pas seulement d’occuper un lieu, de s’y installer, mais plutôt de créer un réseau de lieux alternatifs en rapport les uns avec les autres. Il y a toute une série de formes alternatives qui se sont constituées, au niveau de la production, des soins, de l’éducation, de l’information… Sans doute en a-t-il été ainsi parce que le mouvement grec avait un lien précis avec le conflit global, qu’il réagissait à l’action de cette Union européenne qui est la section européenne de l’internationale capitaliste. Il y avait là précisément une sorte d’ajustement entre conflit de forces et conflit de mondes : les forces répressives sur le terrain étaient bien les agents d’une force répressive globale.

    Au fond, la question est de savoir comment on articule la constitution d’un espace et d’un temps symbolique avec des formes d’action qui vont lier manière de lutter et manière d’être ensemble. De ce point de vue, ce qui s’est passe en Grèce ou à Notre-Dame-des-Landes n’est pas la même chose que la forme un peu abstraite de ce qui s’est déroulé place de la République, où l’on se demandait : est-ce qu’il faut faire des assemblées ou partir en manif sauvage ?

    On vous lit aussi pour s’outiller, comme avaient pu le faire les intermittents, récupérant le titre d’un de vos livre, Le Partage du sensible, comme slogan. À qui ou à quoi vos livres sont-ils destinés ?

    Je propose une redescription des situations, du champ des possibles ouverts par une situation. Je ne prétends pas apporter plus que des possibilités de figurer la marche du temps, de figurer autrement ce que les gens font, leur rapport à la domination, le sens de ce qu’ils font contre l’ordre dominant, le rapport entre un présent et une conception plus large du temps. J’ai essayé de transmettre une conscience du lien entre des actes singuliers de reconquête d’un espace, d’un temps, de possibilités de vivre, de formes de vie, et des manières de penser l’action, de penser l’avenir de l’action.
    J’ai beaucoup travaillé pour montrer que ce qu’on appelait « mouvement ouvrier », qu’on traitait comme une espèce de grosse masse globale, s’ancrait en fait dans une multitude de formes de réappropriation du temps, aussi bien au niveau individuel qu’au niveau collectif.

    La grève n’est ainsi pas seulement une bataille entre des gens qui ont des intérêts opposés, mais aussi la création d’un autre temps ; de même pour l’occupation. J’ai travaillé pour essayer de briser le partage entre le politique et l’esthétique, le partiel et le global, l’instantané et le long terme.

    On a longtemps pensé que la théorie donnait des armes. Malheureusement, la théorie ne donne pas d’armes, la théorie donne des explications. Et les explications ne donnent pas d’armes, contrairement à ce qu’on a cru pendant un bon siècle. Depuis trente ou quarante ans, on se rend même compte que les explications donnent plutôt des armes pour ne rien faire, ou des armes pour subir et consentir à ce qui est. Les redescriptions, elles, ne donnent pas des armes, mais des moyens de se sentir moins seul, moins acculé, moins pris dans des situations de défaite ou de désespoir.

    On a quand même le sentiment que le temps de l’internationale capitaliste, aujourd’hui, s’accélère, avec les Trump, Orbán ou Salvini : le temps du capitalisme absolu se double d’un temps de nationalisme de plus en plus absolu. Est-ce que vous sentez cette accélération du temps d’en face ?

    Peut-on parler d’accélération ? Ce qui est significatif, et qui a commencé au temps de Reagan, c’est précisément la dissociation interne du modèle progressiste de concordance des temps. Au moment du 11 septembre 2001, les Américains se demandaient comment il était possible que des gens calés en informatique soient en même temps des fanatiques d’Allah. Cela fait ricochet, en rappelant qu’il y a toujours un peu de Ku-Klux-Klan derrière la modernité capitaliste. Il y a toujours une passion meurtrière de l’ordre propriétaire, qui est une chose extraordinairement forte, derrière les déclarations sur la grande libération des énergies mondiales.

    On peut percevoir aujourd’hui que l’ idée selon laquelle toutes les grandes idéologies se sont noyées dans les eaux glacées du calcul égoïste est fausse. Le calcul égoïste fait son chemin à travers des idéologies nationalistes, des passions propriétaires, des passions racistes…

    C’est pourquoi le terme de néolibéralisme est tellement trompeur : on n’est pas du tout dans le monde que l’on nous décrit, à droite comme à gauche, dans un monde où l’ordre de la marchandise serait aussi celui de la libéralisation, de la permissivité absolue. C’est pour cela que la plupart des analyses de l’ordre dit néolibéral sont aussi nulles. Elles font comme s’il y avait adéquation entre l’avancée du capital, le développement d’une démocratie de masse, le règne d’une petite bourgeoisie mondiale partageant toutes les valeurs libérales ou libertaires.

    Mais ce qu’on voit avec Trump ou Salvini, c’est qu’il n’y a aucun lien entre les progrès historiques. Le fond de la domination capitaliste du monde, ce n’est pas la libération des énergies individuelles et individualistes, c’est la furie de l’ordre propriétaire, au niveau individuel comme au niveau national…

    Cette férocité, quand on a lu la littérature américaine et vu le cinéma américain, on la connaît : on sait que derrière la grande épopée du capitalisme niveleur, créateur de la petite bourgeoisie universelle, il y a une férocité absolument monstrueuse.

    On redécouvre ça de manière quelque peu ahurie. Tout se passe comme si on redécouvrait , avec Trump, à quel point Chaplin voyait juste en transformant Hitler en pitre – un pitre qui est, bien sûr, un animal féroce.

    Après la Grèce, au moment de l’Aquarius, reste-t-il, pour vous, quelque chose de l’Europe ?

    Tout dépend ce qu’on appelle Europe. Dans les constructions européennes modernes, il y a eu deux temps : le temps de la petite Europe où l’on a essayé – avec toutes les ambigüités, bien sûr – de constituer un espace démocratique européen contre les fantômes nazi et fasciste, et ensuite, le temps complètement différent de la construction européenne comme machine de pouvoir du capital. Aujourd’hui, l’Europe n’existe que comme Europe du Capital, alors qu’il y a eu un moment où l’on a pu croire ou faire croire à la conjonction entre la création d’un espace économique de libre-échange et d’un espace de démocratie. On voit bien qu’on n’en est plus là : autant l’Union européenne est capable de faire appliquer les volontés du Capital, autant elle est absolument incapable de lutter contre les Orbán et compagnie.

    Quelles relations établissez-vous entre le triptyque qui compose le sous-titre de votre livre : Art, temps et politique ? Vous citez Hegel, selon lequel, « quand l’art n’est plus la floraison d’une forme de vie collective, il devient une simple démonstration de virtuosité ».

    Je ne prends pas le diagnostic de Hegel à mon compte. Il correspond à ce moment singulier où l’art se met à exister comme sphère d’expérience spécifique, au nom d’un passé où l’art a été une forme de vie collective. Hegel est l’homme de ce moment singulier du musée où la peinture va exister en tant que telle, l’art va exister en tant que tel, dans son monde propre, et ne plus être ce qui décore les palais des puissants ou ce qui illustre les vérités de la foi.

    Dès le départ, l’art se donne comme un monde à part ; mais ce monde à part se fonde sur le fait qu’il n’y a plus aucune barrière déterminée entre ce qui est artistique et ce qui ne l’est pas. Cette contradiction entre un art devenu une réalité propre et un art pensé comme forme de vie collective est ce qui a alimenté le modernisme : il fallait que l’art redevienne une forme de vie collective.

    Au début du XXe siècle, les arts de l’action, du mouvement, le théâtre, la danse, ou les arts auparavant méprisés comme les arts décoratifs, le design, deviennent les moyens de former le décor matériel de la vie nouvelle. Ce moment où des arts secondaires, méprisés, viennent sur le devant de la scène comme signes d’un retour de l’art à la fonction de créer des formes de vie, et non plus des œuvres d’art, a accompagné les temps modernes, au moins jusqu’aux années 1930.
    Avec la répression du stalinisme, du nazisme et du fascisme, cette poussée très forte s’est trouvée réprimée sur le terrain, avant d’être réprimée théoriquement lorsque l’on a réinventé le modernisme comme l’autonomie de l’art, l’art s’occupant de son propre médium.

    Je ne pense pas qu’aujourd’hui quiconque croie que l’art soit effectivement une forme de vie, même si l’on passe son temps dans tous les festivals, toutes les biennales, à essayer de mimer ce moment historique, avec un théâtre qui serait théâtre de l’action, du mouvement, ou avec ces expositions qui remettent en scène ce passé de l’art identifié à la vie.

    Il s’agit pour moi d’un rêve perdu : après la phase moderniste, il y a eu ce moment critique, ce moment de l’art brechtien. L’art a été pensé comme une espèce de pédagogie formant les gens, leur apprenant à connaître le monde, à se comporter en face du monde : cet art critique était précisément une sorte de deuil de l’art comme forme de vie.

    Aujourd’hui, avec le deuil de l’art critique, on voit revenir comme rêve, et souvent comme caricature, l’idée de cet art vivant, cet art identifié à une espèce de manifestation politique. Dans l’art de la performance, dans les installations, dans le théâtre, on voit cette volonté de retrouver une forme d’art qui soit en même temps une forme d’action collective. Cela peut paraître très décalé par rapport à ce qui se passe à l’extérieur, comme si l’art cherchait à suppléer le vide de la politique. Mais ces formes de politisation de l’art sont souvent proches elles-mêmes des nouvelles formes de l’occupation collective des rues, comme si toutes deux touchaient au même cœur « esthétique » de la politique : la lutte concernant le partage sensible des temps et des espaces, des identités et des capacités.

    #théorie #histoire #temps #art ...


  • La Fabrique : 20 ans d’édition, et ce n’est qu’un début !
    https://la-bas.org/5146

    Vingt ans. Cela fait vingt ans qu’Éric Hazan, après une première vie comme chirurgien cardiaque puis une deuxième vie à la tête des Éditions Hazan (fondées par son père), édite une douzaine de livres par an à La Fabrique : le Comité invisible, Rancière, Bensaïd, Badiou, Lordon, Edward Saïd, Kristin Ross, Zygmunt Bauman… Une tentative modeste de « subvertir l’ordre existant ». Mais que peuvent vraiment les « petits » éditeurs face aux mastodontes en tête de gondole ? Un moustique qui pique le nez du conducteur peut faire balancer un car de CRS dans le ravin.Continuer la lecture…

    #Vidéo #Culture


  • Lettres ouvertes d’artistes soutenant le boycott culturel de l’Etat israélien :

    40 artistes en #Grande_Bretagne dont Aki Kaurismäki, Helena Kennedy, Mike Leigh, Ken Loach, Maxine Peake, Juliet Stevenson, Roger Waters :

    Israël utilise la culture pour dissimuler sa brutalité, affirment des cinéastes, journalistes et artistes
    The Guardian, le 8 mai 2018
    http://www.agencemediapalestine.fr/blog/2018/05/09/israel-utilise-la-culture-pour-dissimuler-sa-brutalite-affirmen

    80 artistes en #France, dont Simone Bitton, Alain Damasio, Annie Ernaux, Jean-Luc Godard, Eric Hazan, HK, Imhotep, Daniel Mermet, Ernest Pignon-Ernest, Nathalie Quintane, Eyal Sivan, Tardi, Serge Teyssot-Gay, Martin Winckler... :

    Contre la saison France-Israël
    Médiapart, le 4 mai 2018
    https://seenthis.net/messages/691799

    Et 500 artistes en #Amérique_Latine, dont Jesús Abad Colorado, Patricia Ariza, Daniel Devita, Doctor Krápula, Carlos Labbé, Carlos Latuff, Lina Meruane, Álvaro Rodríguez... :

    500 artistes latino-américains soutiennent le boycott culturel d’Israël
    Zoe PC, The Dawn News, le 13 avril 2018
    https://seenthis.net/messages/688262

    #Palestine #BDS #Boycott_culturel


  • Lettre ouverte qui demande aux institutions britanniques (cinéma, média, culture...) de ne pas collaborer avec des célébrations de l’Etat israélien, de ne pas utiliser la culture pour cacher la brutalité de l’Etat d’apartheid.

    Signée par une quarantaine d’artistes et journalistes, dont Aki Kaurismäki, Helena Kennedy, Mike Leigh, Ken Loach, Maxine Peake, Juliet Stevenson, Roger Waters...

    Israel using culture to mask brutality, say film-makers, journalists and artists
    The Guardian, le 8 mai 2018
    https://www.theguardian.com/world/2018/may/08/israel-using-culture-to-mask-brutality-say-film-makers-journalists-and-

    #Palestine #BDS #Boycott_culturel #Grande_Bretagne


  • Contre la saison France-Israël
    4 mai 2018 Par Les invités de Mediapart
    https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/040518/contre-la-saison-france-israel

    Dénonçant une opération où la Culture sert de « vitrine » à l’État d’Israël et à sa politique chaque jour plus dure envers les Palestiniens, 80 personnalités issues du monde des arts affirment leur refus de participer à la « Saison France-Israël » et expliquent les raisons de leur choix. Parmi eux : Alain Damasio, Annie Ernaux, Tardi, Nathalie Quintane ou Jean-Luc Godard.

    • Les signataires :
      Pierre Alferi, écrivain
      Guy Alloucherie, metteur en scène
      Valérie Belin, photographe
      Stéphane Bérard, plasticien
      Christian Benedetti, metteur en scène
      Arno Bertina, écrivain
      Julien Blaine, écrivain
      Simone Bitton, cinéaste
      Irène Bonnaud, metteure en scène et traductrice
      Catherine Boskowitz, metteure en scène
      Nicolas Bouchaud, comédien
      Alain Bublex, plasticien
      Robert Cantarella, metteur en scène
      Laurent Cauwet, écrivain
      Laurence Chable, comédienne
      Fanny de Chaillé, chorégraphe
      Patrick Condé, comédien
      Enzo Cormann, écrivain
      Stéphane Couturier, photographe
      Sylvain Creuzevault, auteur/metteur en scène
      Alain Damasio, écrivain
      Luc Delahaye, photographe
      Philippe Delaigue, metteur en scène
      Eva Doumbia, metteure en scène, auteure
      Valérie Dréville, comédienne
      Dominique Eddé, écrivaine
      Annie Ernaux, écrivaine
      Fantazio, musicien
      Sylvain George, cinéaste
      Liliane Giraudon, auteure
      Sylvie Glissant, Institut du tout monde
      Jean-Luc Godard, cinéaste
      Dominique Grange, chanteuse
      Harry Gruyaert, photographe
      Alain Guiraudie, cinéaste
      Eric Hazan, écrivain-éditeur
      Laurent Huon, comédien
      Imhotep, compositeur, groupe IAM
      Valérie Jouve, photographe
      Nicolas Klotz, cinéaste
      Leslie Kaplan, auteure
      Kadour (HK), chanteur
      La Parisienne Libérée, chanteuse
      Pierre-Yves Macé, compositeur
      Pierre Maillet, comédien et metteur en scène
      Jean-Paul Manganaro, écrivain et traducteur
      André Markowicz, écrivain, traducteur
      Myriam Marzouki, metteure en scène
      Maguy Marin, chorégraphe
      Jean-Charles Massera, artiste, écrivain
      Valérie Massadian, cinéaste
      Daniel Mermet, réalisateur
      Natacha Miche, auteure
      Alexandre Mouawad, éditeur-graphiste
      Nicolas Milhé, plasticien
      Jean-Pierre Moulin, comédien
      Gérard Mordillat, écrivain
      Bernard Noël, écrivain
      Vincent Ozanon, comédien
      Elisabeth Perceval, cinéaste
      Mathieu Pernot, photographe
      Ernest Pignon-Ernest, plasticien
      Christian Prigent, écrivain
      Amandine Pudlo, comédienne
      Nathalie Quintane, auteure
      Adelibe Rosenstein, metteuse en scène
      Mala Sandoz, metteuse en scène
      Eyal Sivan, cinéaste
      Samuel Steiner, écrivain
      Philippe Tancelin, poète
      François Tanguy, metteur en scène
      Tardi, dessinateur
      Serge Teyssot-Gay, musicien
      Mathilde Villeneuve, lab. Aubervilliers
      Martine Vandeville, comédienne
      Jean-Jacques Viton, écrivain
      Martin Winckler, écrivain (et médecin)
      Dominique Ziegler, auteur-metteur en scène

      #Palestine #BDS #Boycott_culturel



  • Est-ce que « Libé » a déraillé dans son traitement de l’affaire #Tarnac ? - Libération
    http://www.liberation.fr/checknews/2018/03/13/est-ce-que-libe-a-deraille-dans-son-traitement-de-l-affaire-tarnac_163586

    « Tout n’est toujours pas tranché, pourtant, répondait Eric Hazan, en décembre 2008, à Indymedia. Après la manchette "L’ultra-gauche déraille" de Joffrin, il y a eu une émeute à Libé, une vague de protestation des journalistes qui ne partageaient pas ce point de vue. » Une émeute peut-être pas, mais un débat c’est certain, nous rapportent plusieurs sources dans la rédaction. Certains en ont peu de souvenirs – pour d’autres, c’était une véritable algarade.

    Le journaliste David Dufresne, ancien de Libération qui a couvert l’affaire après son départ et en a tiré un livre, Tarnac, magasin général (Calmann-Lévy), se souvient : « On m’a raconté la joie [au ministère de l’Intérieur] place Beauvau à la vue de la une de Libé. Pour une raison simple : Libé, par un jeu de mot, associait l’idée d’un terrible danger, le déraillement, à des faits qui n’avaient rien à voir. » Et Dufresne de rappeler que « jamais aucun crochet n’a fait dérailler un train. Les crochets sont posés pour ralentir les trains, pas pour les saboter. »

    Cette une « renvoyait aussi à l’image d’un Libération qui a cédé du terrain sur les grandes questions dites de gauche, comme celles des libertés publiques et privées, poursuit le journaliste spécialiste du dossier. Et puis, il y a aussi un inconscient collectif. Libé a toujours été fameux pour ses unes et des manchettes. Celle-ci, jouant sur les mots, était un peu la couverture de trop. »

    Retour à ce 11 novembre 2008, la veille de l’inoubliable une. C’est un jour férié, les locaux sont dépeuplés. Contrairement à ce que dit Hazan, la manchette n’est pas celle « de Joffrin » : il est absent de la rédaction. « L’ultra-gauche déraille » ? « C’est moi qui l’ai proposé », explique aujourd’hui François Sergent, directeur adjoint à l’époque. Il affirme que lors de la réunion pour en décider, personne n’a critiqué l’idée, les débats sont venus plus tard. Tout le monde n’a pas les mêmes souvenirs : du côté de la rédaction, certains journalistes racontent aujourd’hui « une après-midi à batailler pour ne pas titrer comme ça ». Avec le recul, François Sergent concède que « le jeu de mot l’a emporté sur le fond ». Est-ce qu’il regrette cette une ? « Je ne sais pas, le regret c’est un sentiment très chrétien », sourit-il. Puis, le plus sérieusement du monde : « Si c’était à refaire, je ne le referai pas. »

    #presse #médias #journalisme #police

    • Le « désintox » comme outil d’autolégitimation : Est-ce que « Libé » a déraillé dans son traitement de l’affaire Tarnac ? - Libération
      http://www.liberation.fr/checknews/2018/03/13/est-ce-que-libe-a-deraille-dans-son-traitement-de-l-affaire-tarnac_163586

      Curieux dernier paragraphe : « Tout le monde n’a pas les mêmes souvenirs ». (Te v’là bien avancé.)

      Il affirme que lors de la réunion pour en décider, personne n’a critiqué l’idée, les débats sont venus plus tard. Tout le monde n’a pas les mêmes souvenirs : du côté de la rédaction, certains journalistes racontent aujourd’hui « une après-midi à batailler pour ne pas titrer comme ça ». Avec le recul, François Sergent concède que « le jeu de mot l’a emporté sur le fond ». Est-ce qu’il regrette cette une ? « Je ne sais pas, le regret c’est un sentiment très chrétien », sourit-il. Puis, le plus sérieusement du monde : « Si c’était à refaire, je ne le referai pas. »

      Après les décodeurs du Monde qui attribuent des notes de crédibilité à leurs concurrents, le Checknews de Libé (« Désintox Enquête sur vos questions, Démélez le vrai du faux ») qui prétend répondre à la question « Est-ce que nous-mêmes avons déraillé ? ». Trop mignon.

      Ça se confirme, les décodeurs/checkeurs etc. n’ont aucune idée de la notion de #conflit_d'intérêt

      Pour préciser : qu’un journal revienne sur ses propres erreurs et rende public ses propres débats internes, c’est très bien, mais le faire dans sa rubrique « Désintox/Démélez le vrai du faux », c’est scandaleux. Traditionnellement, ce genre de chose se traite (traitait ?) au moyen d’un « médiateur » chargé d’être le relai entre les lecteurs et le média. Pas dans la rubrique intitulée « Et voici la vérité vraie / fin de la discussion ».

      Problème similaire, il y a deux mois, quand le Checknews de Libé et le Décodex du Monde ont été les lieux de ces quotidiens pour expliquer leur collaboration (rémunérée) avec Facebook :
      https://seenthis.net/messages/658324

    • Libération : « Égoutier heureux de l’Internet ? … ou attaché de bureau au ministère de l’intérieur ? »

      C’est toujours le même étonnement, éternellement renouvelé, que d’entendre un Décodeur [#Désintoxicateur ] ou assimilé prendre la parole pour livrer sa philosophie du métier, à chaque fois la même confirmation performative du #naufrage_de_pensée en quoi consistent les idées mêmes de fake news ou de post-vérité.
      Et, coïncidence malheureuse, en venant miner la stratégie résiduelle même que déployaient les médias pour planquer la merde au chat : quand on croule sous le poids de ses propres manquements, qu’on est sous le feu de la critique, et qu’on n’a aucune intention de rien changer, il reste toujours la possibilité de reprendre l’initiative en inventant des croisades subalternes : le complotisme et les fake news.

      Ces paroles de Lordon traduisent bien l’idée de dégout que j’éprouve pour ce torchon : trop dégoutée je suis ! :D

      #autolégitimation


  • lundimatin papier #2
    https://lundi.am/lundimatin-papier-2

    « Détrompez-vous : ce qui nous arrive, à mes camarades et à moi, vous arrive aussi bien. C’est d’ailleurs, ici, la première mystification du pouvoir : neuf personnes seraient poursuivies dans le cadre d’une procédure judiciaire "d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ", et devraient se sentir particulièrement concernées par cette grave accusation. Mais il n’y a pas d’"affaire de Tarnac" pas plus que d’"affaire Coupat". Ce qu’il y a, c’est une oligarchie vacillante sous tous rapports, et qui devient féroce comme tout pouvoir devient féroce lorsqu’il se sent réellement menacé. »

    C’est ainsi qu’en mai 2009 Julien Coupat, détenu à la prison de la Santé, répond à la journaliste du Monde qui l’interroge sur ce qui lui arrive. En mars 2018, les mis en examen passent finalement en procès, au terme de rebondissements sans nombre. À cette occasion, lundimatin publie une sélection des textes, documents et interventions publiques ayant marqué ces dix ans de procédure, d’acharnement et de controverse. Dans ce recueil qui se veut de référence, on trouve aussi bien les tribunes des inculpés parues dans la presse qu’une conférence de Giorgio Agamben sur Tiqqun, des lettres de défi aux juges autant que des articles d’Eric Hazan, Serge Quadruppani ou François Gèze, un criminologue entarté autant qu’un selfie devant la résidence du patron de la DGSI, un gros singe jaune comparaissant devant un juge antiterroriste autant que des appels à soutenir les révoltés de Villiers-le-Bel ou à bloquer un convoi de déchets nucléaires. Ce qui se lit au fil du recueil, c’est aussi bien la chronique d’une affaire judiciaire que des dix dernières années de la vie en France – dix ans au cours desquels l’antiterrorisme est visiblement devenu ce qu’il est essentiellement : un mode de gouvernement. Voilà donc une lecture, et une affaire, qui éclairent le présent.



  • Le comité invisible, il en est l’éditeur, autant dire un ultra-terroriste. Éric Hazan publie « À travers les lignes », 15 ans de ses textes politiques. De quoi vous regonfler la colère en ces temps grisâtres. VIDÉO avec @MermetDaniel https://la-bas.org/la-bas-magazine/entretiens/Eric-Hazan-a-travers-les-lignes …https://www.youtube.com/watch?v=9BkEUeZ4lEI

     …
    https://twitter.com/LabasOfficiel/status/932609081793241089

    Le comité invisible, il en est l’éditeur, autant dire un ultra-terroriste. Éric Hazan publie « À travers les lignes », 15 ans de ses textes politiques. De quoi vous regonfler la colère en ces temps grisâtres. VIDÉO avec @MermetDaniel https://la-bas.org/la-bas-magazine/entretiens/Eric-Hazan-a-travers-les-ligneshttps://www.youtube.com/watch?v=9BkEUeZ4lEI


  • « Le comité invisible » c est lui l éditeur, autant dire un ultra terroriste. Eric Hazan publie « à travers les lignes » quinze ans de ses textes politiques. De quoi vous regonfler la colère en ces temps grisâtres. Entretien avec Daniel Mermet( video) http://xn--l-bas-rqa.orglà-bas.org 
    https://twitter.com/LabasOfficiel/status/932589104436523008

    « Le comité invisible » c est lui l éditeur, autant dire un ultra terroriste. Eric Hazan publie « à travers les lignes » quinze ans de ses textes politiques. De quoi vous regonfler la colère en ces temps grisâtres. Entretien avec Daniel Mermet( video) http://xn--l-bas-rqa.orglà-bas.org


    • RANCIÈRE, DÉMOCRATIES EN MARCHE, Robert Maggiori
      http://next.liberation.fr/livres/2017/05/31/ranciere-democraties-en-marche_1573646

      Attendre le Grand Soir ? Ou réorganiser ici et maintenant d’autres mondes communs et rendre visibles les capacités et les intelligences de tous ceux qui les habitent ? Tel pourrait être, selon le philosophe français, le sens novateur de l’émancipation. (...)

      Tenir la représentation pour agonisante, c’est en réalité estimer que son principe est la démocratie même. Or, précise le philosophe, « la démocratie n’est pas le choix des représentants, elle est le pouvoir de ceux qui ne sont pas qualifiés pour exercer le pouvoir ». La « doxa dominante » voit la représentation comme « mouvement qui part d’en bas », dans lequel « le peuple est là comme un corps collectif qui se choisit des représentants ». Mais il n’en va pas ainsi, selon Rancière. « Un peuple politique, ce n’est pas un donné préexistant, c’est un résultat. Ce n’est pas le peuple qui se représente mais la représentation qui produit un certain peuple ». (....)

      Les exemples sont nombreux. Le mouvement protestataire de 2013 au Gezi Park d’Istanbul, les « printemps arabes », Occupy Wall Street, les Indignados de la Puerta del Sol à Madrid, les rassemblements place Syntagma à Athènes, Nuit debout, etc., ont tous, en dépit de ce qui les distingue du point de vue culturel, idéologique et historique, révélé d’autres façons d’être ensemble, d’agir, de sentir, de comprendre, de penser la hiérarchie et la représentation, et montré comment une communauté devenait politique en prenant possession d’« un espace et d’un temps propres », en créant un « autre monde commun ». « En art comme en politique, écrit Rancière, le commun se donne aujourd’hui comme quelque chose qui est à construire avec des matériaux et des formes hétérogènes et non comme l’affirmation des ressources propres à des unités constituées, qu’il s’agisse des classes sociales, d’organisations spécialisées ou d’arts définis ».

      Gains de justice et de liberté
      Certes, aux logiques « mouvementistes », il manque une « force unitaire ». Les luttes nées de circonstances spécifiques - « une forme de domination, un type d’injustice » - et menées pour défendre « les droits des pauvres qu’on veut chasser de leur logement ou des paysans qu’on veut chasser de leur terre », s’opposer à un « projet menaçant l’équilibre écologique », accueillir « ceux qui ont dû fuir leur pays », offrir des « moyens d’expression à ceux qui n’en ont pas », permettre « à telle ou telle catégorie d’être humains infériorisés pour telle ou telle raison - de sexe, d’origine, de capacité physique, etc. - d’imposer une règle d’égalité », s’effectuent en dehors de l’« idée de fusion orientée par une vision de l’histoire et du futur ». Elles ne visent aucun « Grand Soir », mais sont comme des matins du monde, car elles permettent à chaque fois de développer les « formes de sécession par rapport aux modes de perception, de pensée, de vie et de communauté proposées par les logiques inégalitaires ». On a certes pensé autrement, jadis, la « révolution ». Mais le temps dans lequel nous vivons - où le capitalisme, « plus qu’un pouvoir », est devenu « un monde » - n’exclut en rien les gains de justice et de liberté si, suivant Jacques Rancière, on conçoit l’émancipation comme « l’invention hic et nunc de formes du commun » et comme « manière de vivre dans le monde de l’ennemi dans la position ambiguë de celui ou celle qui combat l’ordre dominant mais est aussi capable d’y construire des lieux à part où il échappe à sa loi ».

      #livre

    • « D’un côté, l’écart affirmé (par rapport au fonctionnement de ce qu’on entend par politique) est orphelin d’un monde symbolique et vécu auquel s’adosser (plus de communauté déjà-là qui garantisse la communauté à venir. Le travail ne fait plus monde). De l’autre, il a du mal à trouver les formes dans lesquelles se développer. C’est pourquoi l’idée que le système est moribond et prêt à s’effondrer reste commode. Elle comble l’intervalle entre les écarts actuels et l’avenir espéré et elle permet de s’imaginer alternativement qu’il suffit qu’on donne un petit coup d’épaule au système pour que tout s’effondre ou qu’il suffit qu’on se retire pour qu’il se dissolve."

      #comitéinvisible


  • Performances
    Eric Hazan, Lundi Matin, le 23 mai 2017
    http://lundi.am/Performances-Par-Eric-Hazan

    Ce qui ressort en tout cas de ce vote massif, c’est un sentiment d’absurdité. Absurde, un mécanisme qui amène au pouvoir suprême un homme dont on ne sait rien et qui a fondé son succès sur une capacité rare à ne rien dire (sur la quatrième de couverture de son livre, Révolution, pas une ligne de texte, juste sa photographie en pleine page). Absurde, un système qui donne une majorité écrasante à cet homme pour éviter un danger largement imaginaire. Absurde surtout, cette focalisation sur des élections dont nous sentons tous qu’elles n’ont rien à voir avec nos vies, qu’elles se déroulent sur une sorte de tapis volant au dessus de nos têtes. Les luttes à venir feront passer les 90% parisiens de Macron pour ce qu’ils sont : une diversion inespérée ou un objet transitionnel comme disent les psychanalystes en parlant des doudous des enfants. Plus dure sera la chute.

    #Emmanuel_Macron #Paris #EnMarcheVersLeFN


  • Je voudrais revenir sur ces histoires de cartes du vote du premier tour : en gros, l’essentiel de ce que j’ai vu circuler, ce sont des cartes de France avec une représentation du candidat qui est arrivé en tête. Les variations jouent sur la finesse des découpages (jusqu’aux stations de métro de Paris, assez chouette), ou jouent sur la prise en compte des densités de population.

    Mais j’ai d’autres questions…

    1. Pourquoi ne voit-on quasiment que ces « cartes géographiques », et pas d’autres représentations ? Avec le risque, comme pour les élections précédentes, de traiter une question politique (et, évidemment, avant tout le vote FN) par la géographie.

    Je veux dire qu’on comprend assez bien que ce n’est pas le climat et la courbe des températures qui déterminent le choix des électeurs, et donc l’utilisateur de ces cartes plaque forcément sa propre grille d’analyse sur ces représentations géographiques (le chômage, la ruralité…). C’est-à-dire qu’on multiplie les cartes géographiques, alors même qu’on ne représente généralement pas une question liées à la géographie.

    En gros : comme représentations graphiques du vote, je ne vois quasiment que ces cartes qui, grosso modo, ne m’apprennent rien. Et surtout : rien par elles-même.

    2. Je suis très gêné par cette façon de représenter systématiquement (uniquement) le premier arrivé dans chaque région. Je ne suis pas certain que ça dise grand chose.

    Par exemple, si je prends Marseille, j’ai Mélanchon en tête (25%). Si je prends Montpellier, j’ai encore Mélanchon en tête (31%). En gros c’est pareil. Sauf qu’à Marseille, Le Pen est seconde avec 24%, alors qu’à Montpellier elle se ramasse en 4e position avec 13%. Du coup, avec toutes ces cartes représentant le premier choix, j’ai deux situations qui me semblent très différentes avec le même code couleur.

    Or je n’ai pas vu réellement de représentations plus riches que simplement « le premier », ou plusieurs cartes « le score de machin à tel endroit ».

    3. Pour l’instant je n’ai vu qu’une seule représentation graphique qui ne soit pas une carte : une courbe liant le taux de chômage au score du FN, pour une sélection de grandes villes. Ça fonctionne (évidemment ?), mais ce n’est pas non plus totalement convainquant, parce qu’il y a dans le lot des contre-exemples assez spectaculaires (Saint-Denis notamment, où Le Pen fait juste 10% « malgré » un taux de chômage à 23%).

    4. Parfois des considérations sur le niveau d’étude, le niveau de revenu, l’âge des électeurs, et les résultats des candidats, mais je n’ai vu aucune représentation graphique de tout ça.

    5. Il me semble que le gros non-dit, c’est le rapport entre le vote Mélanchon et le vote Le Pen. Quels sont les rapports et les différences entre les électeurs des deux ? Est-ce qu’il y a des aspects « statistiques » qui feraient ressortir le fait que, malgré certaines caractéristiques qui sembleraient prédéterminer le vote, le choix passe à l’un ou à l’autre. Pourquoi, par exemple, avec une même classe d’âge ou une même condition de souffrance sociale, on vote FN ou Insoumis.

    6. Autre approche : plutôt que de chercher des déterminants au vote (telle catégorie de population vote pour Untel), est-ce qu’il y a des indicateurs qui permettraient de savoir, en creux, que telle catégorie ne vote pas pour Untel ? (Et donc : représentations graphiques qui vont bien.) C’est un peu la logique de Bourdieu sur le goût, il disait qu’il ne pouvait pas réellement prédire ce qu’aimerait telle personne à partir de son milieu socio-économique, mais qu’en revanche il pouvait assez bien prédire ce qu’elle n’aimerait pas.

    Bref, est-ce qu’il existe des représentations graphiques montrant « qui ne vote pas Untel », « dans quelle condition on n’aura pas de vote FN », « quelles catégories ne votent pas Mélanchon »… ?

    • 7. Est-ce qu’il y a des représentations des changements de vote ? Pour Trump-Clinton, le NY Times avait fait une immense carte montrant l’évolution du vote par rapport à la précédente présidentielle, ça donnait une sorte de « carte météo des vents », avec des vecteurs en fonction de l’intensité du changements.

      7b. Gros éceuil des représentations des « changements de vote » : le cas de Hamon. Tous les graphiques « comparatifs » affichent une carte de France bien remplie des votes pour Hollande en 2012, et une carte entièrement blanche pour Hamon aujourd’hui. Le gros souci dans une telle comparaison, c’est que, de l’aveu même de Ségolène (qui a tout de même la candidate du parti socialiste en 2007), « notre candidat » des socialistes n’est pas Hamon, mais Macron.

      8. Comme d’habitude, le plus gros parti de France est celui des gens qui ne votent pas. Est-ce que là encore, on a des représentations qui prennent en compte les absentions, et notamment leur évolution. Par exemple : est-ce que certains candidats mobilisent plus ou moins des gens qui ne votaient pas auparavant (soit par absention, soit parce que jeunes adultes) ?

    • 9. Pour revenir à cette représentation basée sur le « premier arrivé », est-ce qu’on ne se retrouve pas avec des représentations totalement caricaturales, parce qu’on joue sur des écarts tellement faibles entre les candidats qu’il suffit de quelques points pour avoir du « tout noir » ou « tout vide ». Par exemple :

      La carte donne vraiment l’impression d’un effondrement total de l’UMP/LR. Mais Fillon a fait, au premier tout, un score quasiment identique à Chirac en 2002 (et Chirac a été élu au deuxième tour).

      Est-ce que ce type de représentation n’accentue pas cet énorme défaut du système électoral, qui repose sur le principe « le gagnant emporte tout » (winner takes all). Et de fait, à s’habituer à ne voir que ce genre de cartes après une élection, est-ce qu’on ne rend pas légitime ce qui est pourtant l’aspect le plus problématique du système.

    • A signaler un intéressant article sur le cas de Nantes où les votes sont analysés à la fois en fonction de leur diversité géographique et sociale. Par de cartographie simpliste mais un souci de montrer au contraire les clivages qui traversent la ville : Nantes, un bastion socialiste partagé entre les votes Macron et Mélenchon par Christophe Batardy & Jean Rivière http://www.metropolitiques.eu/Nantes-un-bastion-socialiste.html


      Si je comprends bien une série d’autres monographies urbaines devraient arriver.
      Ceci s’inscrit dans un ensemble plus large d’études de géographie et de sociologie électorale de terrain dans la même revue : les territoires du vote http://www.metropolitiques.eu/Les-territoires-du-vote.html
      A surveiller aussi les travaux généralement à l’échelle nationale de l’équipe de Cécile Colange et Michel Bussi à Rouen, avec plusieurs études antérieures dans Cybergéo : https://search.openedition.org/index.php?q=colange&s=Cybergeo+%3A+revue+europ%C3%A9enne+de+g%C3

    • Même si le vote est éminemment multifactoriel, il n’en reste pas moins un fait social et peut donc être pensé comme tel.
      Aucune des variables explicatives habituelles n’est pertinente à elle seule. Tu trouves toujours des contre-exemples que ce soit avec l’âge, le sexe, l’éducation, la CSP, etc.
      Ce qui implique donc qu’il faut chercher ailleurs.

      Si tu réfléchis, par exemple, au fait que se déclarer anti système était plutôt attractif que répulsif, cela implique que les grilles de lecture doivent être changées, et cette idée commence à bien faire son chemin.

      Mon hypothèse de départ, c’est que la variable explicative est l’exposition à la concurrence et le risque de déclassement inhérent. Cela transcende à peu près tous les clivages et toutes les classifications. La différence, ensuite, se fait en fonction des causes estimées comme fabricantes des surnuméraires : si l’on pense que c’est la dynamique capitaliste, on ira chez Mélenchon et si on n’a pas la culture politique nécessaire, on ira à l’explication facile et on ira donc chez Le Pen.

      Ceux qui s’estiment à l’abri iront chez Fillon ou Macron, puisqu’ils garantissent clairement la perpétuation du système d’exclusion dans le bon sens.

      Et ceux qui estiment que c’est foutu pour eux ont autre chose à faire que de la politique ou vont aussi voter Le Pen plus pour que tout le monde en prenne plein la gueule que pour que ça pète.

      Du coup, c’est assez difficile à représenter avec une carte, même s’il existe des déterminismes sociologiques : les déclassés ou en voie de déclassement sont expulsés de plus en plus loin des centres de dynamisme économique, lesquels sont de plus en plus concentrés dans et autour des grandes métropoles régionales : suffit de suivre les axes des « pendulaires », utilisateurs de TGV et d’avions ainsi que les zones d’inflation immobilière pour trouver les électeurs de Fillon (les héritiers et rentiers, par définition bien à l’abri) ou de Macron (les jeunes cadres dynamiques dont les salaires continuent à bien exploser et pour lesquels, la mondialisation est une joyeuse cour de récréation).

      Les perdants sont dans les petites villes moyennes qui sont en train de couler, les pris en otage du rêve de la France de propriétaires qui ne peuvent suivre le travail qui s’en va à cause de la déflation immobilière de leur bled qui n’est plus attractif, dans les cambrousses où les inégalités sont criantes entre les rentiers de la PAC, les résidences secondaires des urbains intégrés et les autochtones paysans en train de crever (parce que les emplois de petit fonctionnariat qui permettaient aux familles de survivre sont en train d’être rapatriés vers les métropoles), les précaires qui sont maintenus dans leur merde pour qu’ils soient obligé de louer leur bras à la demande et à vil prix ; économie de colonie, avec le SMIC comme plafond de verre pour les trois secteurs qui tournent encore : le tourisme, l’agriculture, l’accueil des riches vieux, plus, en partie, l’accueil des surnuméraires des villes : pauvres, enfants de famille d’accueil (la famille d’accueil de gamins des villes à problèmes est devenu le revenu d’appoint n°1 de mon coin, loin devant les job administratifs des femmes d’agriculteurs).

      Voilà, voilà.

      Mais on peut ne pas voir les chose comme ça ; il y a juste que la plupart des analystes appartiennent encore à la catégorie des gagnants de métropoles, ce qui leur file une certaine myopie sociale.

    • Beaucoup d’analyses du vote dans l’entretien avec Emmanuel Todd (la première partie), les cartes ne viennent d’ailleurs qu’à la fin des considérations :
      https://www.youtube.com/?&v=TZkejys9Iz8

      Edit : @vanderling fait remarquer que la deuxième partie du débat est consacrée au choix de l’abstention ou du vote de barrage. Comme ça n’est pas le sujet du présent thread (consacré à l’analyse du premier tour), je renvois ceux qui sont intéressés par ce sujet-là au flux lancé par @sinehebdo :
      https://seenthis.net/messages/594094

    • Sur le site du Yeti, une tribune écrite par Éric Hazan, commandée puis refusée par le journal Le Monde.
      http://yetiblog.org/index.php?post/2459

      90% des Parisiens ont voté pour Emmanuel Macron
      L’année 2015 a été la plus chaude jamais enregistrée à #Paris ; en 2016, l’exposition Jeff Koons a attiré le plus grand nombre de visiteurs depuis la fondation du Centre Pompidou ; en 2017, les votes parisiens pour Emmanuel #Macron ont atteint le score de 90%. Ces deux derniers records ne sont pas sans points communs : leurs détenteurs sont par leur parcours des professionnels de la persuasion. Jeff Koons a été courtier en matières premières à Wall Street et cette expérience l’a sans doute armé pour convaincre de riches amateurs – dont Bernard Madoff, qui purge depuis une peine de 150 ans de prison pour escroquerie – que ses lapins gonflables et ses cochons en sucre représentaient la pointe même de l’avant-garde. Emmanuel Macron a affuté à la banque Rothschild des capacités de conviction qui lui ont permis, entre autres, de piloter avec succès le rachat par Nestlé des laits en poudre de Pfizer pour quelque neuf milliards d’euros. Autre point qui les rapproche : le kitsch, dont un échantillon a été offert au peuple lors de la soirée des résultats au Louvre – Jeff Koons n’aurait pas fait mieux.

      On pourrait penser que le score de Macron à Paris, très supérieur à la moyenne nationale (89, 68 contre 66, 06%) est lié à des modifications sociologiques, au poids d’une vaste couche de designers, conseillers en entreprise, programmateurs et autres créatifs qui se serait reconnue dans un jeune cadre supérieur non conformiste lançant sa présidence comme une start-up. Ce poids a sans doute été déterminant pour donner à la ville les deux municipalités socialistes – ce qui nous vaut entre autres bienfaits la canopée des Halles, le massacre de la Samaritaine et demain la tour Triangle. Mais l’explication ne tient pas pour expliquer le triomphe parisien de Macron : au premier tour, il n’est en tête que dans la moitié des arrondissements, l’autre moitié se partageant entre les circonscriptions les plus riches où c’est Fillon qui l’emporte (52% dans le 7e, 50% dans le 8e, 58% dans le 16e) et les plus populaires où la somme des voix de Mélenchon et Hamon l’emporte sur le vote Macron.

      S’il faut chercher une explication sociologique aux 90% de Macron, c’est plutôt de l’autre côté qu’il faut se tourner. Sa victoire est arithmétiquement liée à la faiblesse du camp adverse. Mme Le Pen a fait à Paris un aussi mauvais score que son père en 2002 : un bulletin sur dix (au lieu d’un sur trois à l’échelle nationale). C’est qu’en poussant les pauvres hors des vingt arrondissements, on a chassé du même coup ceux dont la colère dévoyée nourrit d’ordinaire le vote Front national. Mme Le Pen obtient ses moins mauvais résultats dans les quartiers les plus huppés, dans les 7e, 8e, 15e et 16e arrondissements, avec sans doute les voix de Sens commun et de la Manif pour tous. Mais tout près de là, dans les zones qu’on dit « périurbaines », le vote FN est deux ou trois fois supérieur à ce qu’il est à Paris.

      On peut chipoter sur les 90% de Macron, estimer qu’avec plus de 20% d’abstentions et plus de 10% de votes blancs et nuls – outre le nombre certainement élevé de ceux qui ont voté pour lui malgré leurs convictions – cette victoire n’est pas un plébiscite. Reste que ceux qui avaient choisi Mélenchon et Hamon au premier tour se sont laissés massivement convaincre d’aller voter Macron au second (plus de 90% de votes Macron dans le 19e et le 20e arrondissements où Mélenchon était en tête au premier tour). C’est le résultat d’une campagne médiatique sans précédent lancée tout au long de l’entre-deux tours – et même avant – sur deux axes : d’un côté le panégyrique d’un candidat « seul devant l’Histoire » et le récit partout répété de « son parcours époustouflant » ; de l’autre le danger que représente pour « nos valeurs » et pour « la République » une victoire de Mme Le Pen, victoire que n’importe quel bon élève de CM1 pouvait juger impossible au lendemain du premier tour – à peine plus de 20% des voix et pas d’alliance possible (l’élève ne pouvait pas prévoir le mariage avec Debout la France, quelques miettes dans la corbeille). À un tir de barrage médiatique aussi massif, de l’Obs à BFM TV, du Monde au Figaro, on peut voir plusieurs causes convergentes : les réelles capacités de séduction de Macron envers les journalistes ; la constatation que les ventes montaient en flèche quand Emmanuel et Brigitte étaient en couverture ; la convergence d’intérêts entre les propriétaires des médias et un homme de leur milieu, dont ils connaissent les idées et les projets (oui, les journalistes ont leur indépendance par rapport aux propriétaires, mais dans certains cas…).

      Ce qui ressort en tout cas de ce vote massif, c’est un sentiment d’absurdité. Absurde, un mécanisme qui amène au pouvoir suprême un homme dont on ne sait rien et qui a fondé son succès sur une capacité rare à ne rien dire (sur la quatrième de couverture de son livre, Révolution, pas une ligne de texte, juste sa photographie en pleine page). Absurde, un système qui donne une majorité écrasante à cet homme pour éviter un danger largement imaginaire. Absurde surtout, cette focalisation sur des élections dont nous sentons tous qu’elles n’ont rien à voir avec nos vies, qu’elles se déroulent sur une sorte de tapis volant au dessus de nos têtes. Les luttes à venir feront passer les 90% parisiens de Macron pour ce qu’ils sont : une diversion inespérée ou un objet transitionnel comme disent les psychanalystes en parlant des doudous des enfants. Plus dure sera la chute.

      #Éric_Hazan


    • Liste, non exhaustive, des livres que j’ai lus, ou relus, ces derniers temps (deux ou trois dernières années) que je n’aurais sans doute jamais lus s’ils ne m’étaient pas tombés dans les mains via internet (s’ils ne m’avaient pas été recommandés via internet)

      La guerre du cameroun de Thomas Delthombe, Jacob Tatsitsa et Manuel Domergue
      Marcher droit tourner en rond et Rien d’Emmanuel Venet (merci @julien1)
      Biographie de Céline par Henri Godard
      La France sous Vichy de Robert Paxton
      Le vertige danois de Paul Gauguin de Bertrand Leclere
      L’imposteur de Javier Cercas (merci @fil)
      Le journal de la crise de Laurent Grisel (les deux tomes pour le moment, mais j’ai bien l’intention de lire la suite)
      Je paie d’Emmanuel Addely, certes offert par mon éditeur, j’aime bien dire mon éditeur , mais c’est quand il m’a vu prendre le livre d’une de ses étagères pendant que nous attendions l’arrivée d’un tiers et la raison pour laquelle j’ai regardé ce livre c’est aprce que j’en ai entendu parler sur internet, je me demande même si ce n’est pas sur seenthis )
      Le sentiment d’imposture de Belinda Canone (spécial dédicace @mona)
      La tyranie de la réalité , Beauté fatale , et Chez soi d’une certaine @mona
      Une île une forteresse de Hélène Gaudy, par ricochet Plein hiver de la même auteure
      Capitalisme désir et servitude de Frédéric Lordon
      L’invisible de Clément Rosset
      Face à l’insoutenable d’Yves Citton
      L’insurrection qui vient et A nos amis du Comité invisible
      Communist club anonyme
      Dynamiques de la révolte de Eric Hazan
      Les assassins de la mémoire de Pierre Vidal-Nacquet

      Pour ce qui de la littérature ce qui est le gros de mes lectures tout de même, là, j’avoue, c’est souvent en commençant les livres chez le libraire que cela se passe pour moi à quelques exception près, par exemple, le Tort du soldat d’Erri de Luca, et le lendemain, j’allais à la librairie acheter tout ce qu’ils avaient de cet auteur.

      Ensuite on peut aussi dire que c’est pas internet que j’ai été invité au festival de littérature de Solothurn, où je me suis ennuyé ferme pendant trois jours (ce qui a beaucoup diverti @mona par procuration) et où j’ai rencontré et découvert Jean Rolin (dont j’ai lu une bonne partie des livres l’été suivant) et Julien Burri (complètement inconnu en France et c’est un grand tort).

      De toute ma vie, même quand je lisais sans doute davantage que je ne lis aujourd’hui, je n’ai jamais lu 200 livres par an, je crois qu’au plus haut de ma lecture de livres, j’ai du culminer à une cinquantaine de livres entre 1993 et 1998.

      Bref tout ça pour dire que c’est quand même des grosses conneries.


    • Sainte-Beuve, lui, était académicien, comme Alain Finkielkraut. Malgré la droitisation générale, les écrivains qui travaillent dans la ligne française traditionnelle sont assez rarement présentables et il faut bien faire avec ce qu’on a. Ce qui amène d’ailleurs à se poser une question : qui pourrait être ministre de la Culture si madame Le Pen devenait présidente de la République ? Pas Eric Zemmour ni Lorànt Deutsch, bien trop jeunes. Le meilleur candidat serait sans doute Michel Houellebecq. Ça ne manquerait pas de panache, ça ferait penser à Malraux qui tint ce rôle sous De Gaulle, même si l’on voit mal Houellebecq en orateur décoiffé par le vent. Il a pour lui d’être non seulement écrivain mais réalisateur, acteur, chanteur, photographe, comme l’on a pu s’en convaincre dans une exposition récente. Ces talents divers le feraient accepter par une communauté artistique toujours férue de transversalité et il s’inscrirait bien dans une ligne tracée depuis Sainte-Beuve (qui aurait pu être ministre de la Culture si ce poste avait existé), ligne qui compte parmi ses points d’inflexion d’illustres personnages comme François Léotard et Alain Peyrefitte. Non, décidément, il n’y a pas de souci à se faire, la continuité est assurée.


  • 50 expressions insupportables - Le blog de Bernard Gensane
    http://bernard-gensane.over-blog.com/2017/01/50-expressions-insupportables.html

    Le monde professionnel a bien des spécificités, dont celui d’être un formidable outil de création d’expressions ridicules qui ont la particularité de se répandre comme une trainée de poudre, et de se reproduire comme des Aliens.
     
    La vie pro est telle qu’elle réussit néanmoins à nous imposer l’utilisation de ce sabir grotesque, que nous finissons par parler couramment, et avec le plus grand naturel, nous rendant à notre tour passablement risible.
     
    Force est de constater que si vous n’entrez pas dans le moule en baragouinant vous aussi la prolangue « qui va bien » (hérissement de poils momentané), vous serez certainement moins prise au sérieux que votre concurrent à l’embauche.

    #novlangue

    • @philippe_de_jonckheere intéressant, j’ai pris ta liste et j’ai sélectionné des trucs que j’ai fait, parfois consciemment, parfois sans m’en rendre compte, parfois simplement « entrainé par le groupe » (genre tu le fais parce que si tu le fais pas t’es tricard).

      Essentiellement pendant ma période onusiene (en anglais donc, mais les expressions et les intentions sont les même sauf l’effet snobisme en moins puisque les expressions son anglaises) et au Diplo pour une occurence :

      – revenir vers quelqu’un
      – faire une propal
      – traiter le sujet
      – communiquer
      – être full ou être overbooked
      – Faire une prèse
      – Insérer des slides
      – Attendre un retour
      – Bypasser ou over rule
      – Forwarder un mèl 
      – Reporter directement à Untel
      – Envoyer un Scud
      – Etre multi-tâches (ou multi-cartes dans mon cas)
      – Gérer
      – Etre le point focal
      – Checker mes mèls
      – Avoir un réseau personnel
      – Prioritiser
      – Déléguer
      – Synthétiser
      – Elargir la recherche
      – Généraliser
      – Prendre Untel à part
      – être positif (au contraire d’être négatif et pourrir l’ambiance, ce que tu es et fait quand tu te permets d’avoir des « réserves » sur certaines « décisions managériales » douteuses)

      Tout cela est important pour une discussion sur #travail #emploi et plus généralement comment on met les gens dans certaines conditions au boulot.

    • Et une de mes perles préférées aura été celle d’un responsable de domaine (je crois que l’on appelle cela un manager ) déclarer : « je n’ai pas de sujet avec ce sujet ».

      Ces derniers temps j’ai travaillé à un roman qui se passe en open space et je pensais de prime abord faire l’impossible pour intégrer le plus possible cette nove langue dans le récit pour comprendre qu’il était en fait bien plus puissant, au contraire, d’écrire les choses en bon françaispour faire entendre comment c’est étrange quand les choses sont correctement exprimées, et, par déduction logique, comment elles sont abominables dans la nove langue.

    • @reka en fait ce roman sur lequel je suis en train de travailler s’intitule Elever des chèvres en Ardèche, je t’en copie colle un extrait :

      Dernièrement j’avais eu un petit différend avec mon directeur fonctionnel, comme on dit, je l’avais trouvé dans son bureau pour lui expliquer que s’agissant de sa dernière demande d’étude de faisabilité d’installation d’une application d’enregistrement des sessions de nos prestataires ― je m’excuse pour le remarquable enchâssement de génitifs, fréquent dans l’informatique et dans le langage de l’entreprise, un mouchard sur le PC des intérimaires , si vous préférez, n’hésitez pas à m’interrompre quand certains détails techniques de la conversation vous donnent de la difficulté, une question n’est jamais stupide, il vaut mieux passer pour un idiot cinq minutes que de rester un idiot toute sa vie, il n’y a pas de tabou entre nous, pas de sujets non plus ― j’avais un problème, un sujet , comme on dit, pour ne pas dire problème , que je n’avais pas hésité de qualifier de philosophique , je voulais surtout éviter le mot politique ― même sujet politique ne serait pas bien passé ―, tant je trouvais que sa demande n’était pas très respectueuse de l’intimité des personnes pour lesquelles cette application serait installée. Il a beaucoup tiqué, me demandant si j’étais sérieux, puis se rendant compte, on ne sait jamais avec moi paraît-il, que je l’étais, tout ce qu’il y a de plus sérieux, il s’est d’abord, avec une belle constance que je dois lui reconnaître, employé à m’expliquer qu’il y avait dans cette demande d’étude des enjeux financiers pour la Très Grande Entreprise, cliente de la Très Grande Entreprise qui m’employait encore au début de l’année, que de déroger à cette étude de conception risquerait surtout de m’attirer des ennuis. Il devenait contrarié quand je lui faisais remarquer qu’en fait je préférais avoir des ennuis que de devoir contribuer, d’une façon ou d’une autre, à ce que je commençais à appeler par son nom, c’est-à-dire une saloperie, une vraie saloperie ai-je dit finalement ― me retenant, in extremis , de dire ce que je pensais vraiment, une putain de saloperie . Un peu à court d’arguments mon patron m’a signifié qu’il me trouvait irréaliste, qu’il ne me prenait pas au sérieux et qu’il fallait vivre ― qu’il fallait donc réfléchir aux conditions d’installation d’un programme qui permettrait d’enregistrer de fond en comble toutes les actions, clics, copies d’écran et saisies des prestataires ― et que sinon il y avait élever des chèvres en Ardèche. Pour nous détourner de mon sujet, de mon problème philosophique, des fois j’exagère, je lui ai promis que lors de mes prochaines vacances dans les Cévennes, je ne manquerai pas de lui rapporter un pélardon de la Cezarenque. « Un quoi ? » a-t-il demandé.

    • Vous le savez sans doute, mais sachez que ce genre de logiciel existe, pour Windows, et que ce n’est pas bien cher en plus, et que ça s’installe à distance, dès qu’on a les droits sur le réseau. Et que vraiment ça enregistre tout.
      Mais que ça n’est opposable juridiquement qu’à la condition que l’enregistré en ait été prévenu, par exemple en lui faisant signer une charte informatique (de 50 pages en caractères 6pt, qu’il n’aura probablement pas lues, mais ce n’est pas important, il faut juste qu’il la signe).

    • en avance de phase
      capitaliser des savoirs, du code, etc.
      escalader
      monter en compétence
      sortir de sa zone de confort : injonction pour t’envoyer au front prendre tous les risques : « faut que tu sortes de ta zone de confort ! »
      valoriser un savoir-faire, une expérience, même pourrie, c’est la raconter de manière positive, pour pouvoir mieux la vendre

    • @intempestive Une fuite en Egypte sort le premier mars, tu penses bien que je ferai de la #shameless_autopromo ici. Elever des chèvres en Ardèche n’est pas tout à fait fini, il faut encore que j’en harmonise ses trois parties et en plus il y en quatre ou cinq (romans) qui doivent passer avant a priori.

      @reka Merci ! (fidèle lecteur), je dois tenter d’aller relever tes légendes du Bahaus demain, j’aimerais bien y parvenir pour être quitte de tant d’encouragements.

      @biggrizzly Je sais bien que ces saloperies existent, je ne le sais que trop hélas. Apparemment le projet a été abandonné il sembe qu’une certaine montée au créneau (comme on dit en nov langue ) des syndicats ait été entendue. Du toute façon j’avais finalement dit que je refusais catégoriquement de travailler là-dessus.

      En revanche sur ton commentaire à propos de la nov langue , je pense que si l’on n’a pas d’ambition on peut très bien y résister, et du coup courir sans cesse le risque de ne pas être compris (ce que j’aime bien).

      @tetue, oui je les connais bien aussi celles-là surtout la fameuse confort zone (parce que @simplicissimus a raison, pas vraiment inventée ici toutes ces saloperies)

    • On m’a offert une fois un roman pour m’aider à supporter la vie en entreprise (j’t’jure), L’Open space m’a tuer… dont je n’ai jamais réussi à finir la lecture, tant ça me rappelait des situations vécues. Comme si c’était à nous de nous adapter à ce monde de merde ! Nan mais zut quoi.

    • Dans ma région, est apparu le concept de « Loire Valley », sûrement le pendant de la « Silicon Valley » version « french tech ».

      L’autre jour à la télé sur ARTE dans 28 minutes où il était question de la fermeture de Fessenheim et de transition énergétique, j’ai entendu le mot « target » dans une phrase pour dire « cible ». Le jeune « manager » d’EDF s’est corrigé immédiatement car il devait s’être rappelé qu’il était à l’antenne pour un public et non dans une réunion de travail.

      @reka : qui dit « trop bien », je suggère « too much » mais c’est peut-être déjà un peu « has been » ...

      Désolé mais aujourd’hui, je dois prendre ma douche avant 9 heures, « deadline »

      #jargon

    • Quand je bossais encore en salarié j’ai récolté dans la collection #langage_commercial un « les enfants sont notre cœur de cible »
      @philippe_de_jonckheere merci pour l’éclat de rire, j’ai hâte également !
      Il y a un Godard où les personnages se rassemblent avec un verre à la main et insèrent dans toutes les phrases qu’ils échangent des versets publicitaires, je compte sur vous pour me dire lequel !




  • QUE VEULENT VRAIMENT LES BLACK BLOCS ?

    Entretien avec Francis Dupuis-Déri, novembre 2016

    La tactique du black bloc a donné aux manifestations contre la « loi travail » des allures insurrectionnelles au printemps dernier. Mais d’où vient-elle ? Quels sont ses objectifs et ses effets sur la mobilisation ? Le professeur de science politique Francis Dupuis-Déri, auteur du livre « Les black blocs » et de « La peur du peuple », décrypte ce phénomène.

    Cagoulés, vêtus de noir et prêts à en découdre avec la police, les black blocs ont donné aux manifestations du printemps dernier en France contre la “loi travail” des allures insurrectionnelles. Dans un livre érudit réédité dans une version augmentée (Les black blocs, la liberté et l’égalité se manifestent, Lux), le professeur de science politique à l’Université du Québec à Montréal Francis Dupuis-Déri remonte aux sources de cette tactique. A contre-courant des stéréotypes sur la figure du “casseur” apolitique et irrationnel, il éclaire la logique et la dynamique de ce phénomène.
    Dans un livre qui vient de paraître et qui prolonge cette réflexion, La peur du peuple (Lux), il interroge le mépris que suscitent les mouvements qui se revendiquent de la démocratie directe – des Indignés à Nuit debout, en passant par Occupy. La multiplication de ces expériences autogestionnaires témoigne selon lui d’une mémoire vive de la capacité du peuple à se gouverner seul. Une mémoire que certains auraient bien aimé ne plus jamais voir resurgir.

    En 2003 lors de la première édition de votre livre Les black blocs, La liberté et l’égalité se manifestent, vous étiez pessimiste sur la persistance de cette tactique. Pourquoi est-elle de nouveau investie par les acteurs des mouvements sociaux ?

    Francis Dupuis-Déri
    Mon pessimisme était lié entre autre à la répression. Le black bloc est une tactique très typée esthétiquement, et qui désigne facilement ses acteurs comme des cibles de la répression, dans le cas où la police décide de jouer cette carte-là. D’autre part, je travaille beaucoup sur la base de textes écrits par les militantes et militants eux-mêmes, et c’était le discours qu’ils avaient en 2003. Mais la réalité a infirmé mon hypothèse. La crise financière de 2008 et les ondes de choc qu’elle a provoquées ont produit des occasions pour les activistes anticapitalistes de se ressaisir de cette tactique.
    Ce fut le cas dans le mouvement altermondialiste, lors du printemps arabe, au Brésil en 2013 lors de la campagne contre la vie chère, à Toronto au Québec en 2010 lors du G20, ou encore au printemps dernier à Paris lors du mouvement contre la “loi Travail”. Le 14 juin, j’étais à Paris, et je me suis retrouvé dans le cortège de tête : j’ai été vraiment impressionné. A ma connaissance en France c’était exceptionnel. Les activistes autonomes, anarchistes et anticapitalistes français connaissaient déjà cette tactique, mais il y avait un effet d’échelle assez impressionnant.

    Avez-vous constaté une porosité entre les manifestants pacifiques et le black bloc à cette occasion, ou cette jonction est-elle fantasmée ?

    C’est effectivement ce que j’ai observé la journée où j’étais à la manifestation. Il y avait à peu près 1000 personnes devant la banderole de la CGT : 700 d’entre elles n’étaient pas des black blocs, tandis que les 300 autres étaient vraiment venues équipées, connaissaient bien le mode d’action et s’organisaient en groupe d’affinité. Quand il y a des émeutes politiques, c’est presque toujours la même chose : 10 à 20% des participants ciblent des banques, la police ou les médias selon le contexte, tandis qu’une majorité d’entre eux sont dans l’émeute sans pour autant “casser” ni affronter la police. Il peut y avoir parmi eux des curieux, mais dans le cortège de tête le 14 juin, j’ai observé qu’ils étaient plutôt là par solidarité. Cela créait un espace d’action pour le black bloc.
    Le cortège de tête est un espace de solidarité qui permet au black bloc d’agir, de se replier, de manœuvrer… Si les gens avaient voulu se désolidariser du black bloc ils seraient retournés derrière la banderole de la CGT, ce qui n’est pas arrivé. Au Québec nos grandes centrales syndicales ne seraient pas restées si près du cortège de tête. Elles auraient paniqué et se seraient éloignées.

    Qu’est-ce qu’un black bloc efficace ? Cette tactique ne finit-elle pas nécessairement par diviser et discréditer un mouvement non-violent ?

    Tout mon travail consiste à m’adresser aux sociaux-démocrates et aux radicaux non-violents, pour leur dire qu’il y a une logique du black bloc, que ce ne sont pas des vandales extérieurs au mouvement, dénués de valeurs et de principes. C’est un travail pédagogique de présentation de la logique politique, éthique et stratégique du black bloc. C’est dans ce sens que je parle d’efficacité.
    Un black bloc efficace ne lance pas nécessairement des frappes contre la police, les banques ou des lieux symboliques de l’Etat. Dans certains contextes ils savent que ce n’est pas le mieux à faire. A Gênes en 2001 lors du G8, la première grande manifestation avec un black bloc était une manifestation de sans-papiers. Le black bloc a défilé avec bannières et drapeaux, mais il n’a lancé aucune action pour ne pas mettre en péril les sans-papiers. Le black bloc met l’ambiance, et créé une convivialité dans la manifestation. Il peut lancer des frappes, l’objectif étant qu’il y ait le moins d’arrestations possibles. Mais cela reste une tactique : ils ne vont pas renverser le capitalisme. L’émeute peut être grisante, mais ce n’est pas une révolution.

    L’un des préjugés qui pèse sur les black blocs, c’est qu’ils seraient démunis de conscience politique, qu’ils ne seraient que l’expression d’une violence réparatrice. De fait, ils rejettent les catégories de droite et de gauche, voire même d’extrême gauche : quelle politique professent-ils ?

    On ne peut pas parler au nom du black bloc, par définition, car il est anonyme. Mais les qualifier de “totos” comme on l’entend parfois, d’autonomes, n’est pas faux. Ils sont anticapitalistes, écologistes radicaux, anarchistes, généralement anti-Etat, ce qui les place à l’extrême gauche de l’échiquier politique. Cependant selon les pays ils n’aiment pas ces étiquettes, car elles peuvent faire référence à des forces politiques dans lesquelles ils ne se reconnaissent pas. En principe ils sont contre les élections, se situent à l’extérieur des partis et des syndicats, et se méfient des médias de masse.

    En France les slogans les plus repris dans le cortège de tête au printemps dernier étaient : “A. Anti. Anti-Capitaliste !”, “Tout le monde déteste la police !” et “Paris, debout, soulève-toi !”. L’appel à l’insurrection était aussi omniprésent sur les graffitis qui ont orné les murs. Or l’effet d’une révolte dépend beaucoup du contexte, de ce que Lénine appelait les “circonstances objectives”, et le contexte actuel ne semble pas révolutionnaire. Dans ce cas, l’affrontement direct avec les forces de l’ordre est-il pertinent ? Ne risque-t-il pas au contraire de décourager les manifestants qui craignent la répression ?

    Pour paraphraser Eric Hazan [auteur en 2015 de La dynamique de la révolte : Sur des insurrections passées et d’autres à venir, éd. La Fabrique, ndlr], à peu près toutes les révolutions ont commencé par une émeute, même si toutes les émeutes ne mènent pas à des révolutions. De plus, si l’on prend le problème dans le sens inverse, les manifestations très tranquilles peuvent aussi donner peu envie aux gens de venir. Le 23 juin à Paris par exemple, beaucoup de personnes n’y sont pas allées car cela n’avait aucun sens, le trajet était circulaire, court et hyper contrôlé.
    Ces manifestations calmes et “bon enfant” ne sont pas toujours bien couvertes par les médias : elles peuvent passer inaperçues, se résumer à une photo avec une description de la “bonne ambiance”, le nombre de participants, et c’est tout. Les revendications ne seront peut-être même pas mentionnées.
    Les actions du black bloc attirent les médias. Lors des contre-sommets ou des mouvements qui s’étendent sur plusieurs semaines, la couverture est certes négative mais immense, démesurée par rapport à une manifestation sans turbulences. Et au bout du compte, l’attention portée par les médias aux black blocs se répercute sur les manifestants qui n’en font pas partie. De même, la présence des black blocs à Notre-Dame-des-Landes n’éclipse pas les enjeux de fond, qui sont évoqués dans les médias.

    A ces occasions où les black blocs sont sous le feu des projecteurs, ceux-ci utilisent aussi leurs propres médias pour se défendre et remettre en cause les catégories utilisées par la communication gouvernementale. C’est ce qui s’est passé par exemple le 14 juin quand le site Lundi matin a réagi aux vitres cassées de l’Hôpital Necker en publiant un témoignage qui a fait contrepoids…

    C’est en effet un très bon exemple. Ce phénomène avait été étudié après la “bataille de Seattle”, en 1999. Il y avait une extrême visibilité des black blocs dans les médias de masse, qui ont sans doute participé à leur mondialisation. Mais des sociologues des médias ont aussi observé que l’audience des sites internet comme Indymedia, indépendants et de tendance plutôt anarchiste, ont augmenté de manière exponentielle. Ils attirent ainsi l’attention non pas seulement sur leurs actions, mais aussi sur leurs idées, sur les luttes existantes, etc. Les gens qui veulent s’informer à ce sujet tombent nécessairement sur des médias alternatifs.

    Vous venez de publier un ouvrage intitulé La peur du peuple, Agoraphobie et agoraphilie politiques. La peur que les black blocs inspirent aux gouvernements est-elle caractéristique de l’agoraphobie dont vous parlez ?

    Tout à fait. L’agoraphobie politique laisse entendre que le peuple, quand il se gère lui-même en assemblée ou en manifestation, est irrationnel, facilement manipulable, se transforme en faction séditieuse, et se gausse du bien commun. C’est ce qu’on entend sur le black bloc dans tous les pays : ce serait des vandales sans conscience politique, extérieurs aux mouvements, et qui ne sont là que pour casser, et parfois même manipulés par la police. Chris Hedges a même dit que le black bloc était le “cancer” du mouvement Occupy.

    Pensez-vous que c’est cette agoraphobie ambiante qui empêche l’agitation politique, au contraire de 1968 ?

    Le contexte était beaucoup plus favorable en 1968. Il y avait une division en trois positions politiques : le capitalisme, l’URSS et les non-alignés. C’était ce qui structurait les relations internationales aussi. Dans les années 1960, Marcuse constatait qu’il y avait un lien de sympathie idéologique entre le mouvement de la jeunesse radicalisée, anti-guerre et anticapitaliste à Berkeley, à la Sorbonne, au japon ou en Allemagne, et les mouvements d’extrême gauche révolutionnaire en Amérique latine, au Vietnam, etc.
    Aujourd’hui la situation s’est effectivement dégradée pour la jeunesse. Les jeunes de 2016 ont vécu un déclassement par rapport à leurs parents, alors qu’en 68 la même cohorte vivait une ascension. Les combats contre l’aliénation – patriarcale par exemple – ont également toujours raison d’être. Mais il semble qu’il n’y a plus d’alternative. On est piégé depuis la fin de la Guerre froide. On a intégré la “fin de l’histoire” de Fukuyama.
    Cependant, paradoxalement, les gens ne sont pas enthousiastes, comme le prouve l’abstention électorale grandissante. Je pense que le régime tient par dépit, par manque d’alternative, mais que les gens sont désabusés.

    En France cette désillusion a tout de même conduit à Nuit debout…

    Oui. Le côté positif, c’est que malgré ce qu’on vient de dire, malgré le déséquilibre dans le rapport de force national et global, il y a régulièrement ce type de surgissement : Nuit debout, Occupy, le printemps arabe… Il y a un besoin, un désir, des affects communs, et une réalité concrète de débattre et d’agir dans des espaces sans chefs, démocratiques et délibératifs.
    L’expérience des assemblées peut être frustrante, car il y a un fétichisme de la prise de parole, que parfois les discussions sont longues, etc. Mais c’est la preuve que les individus dans leur ADN politique se rappellent qu’il est possible de vivre la démocratie de façon directe. Et que ces gens sentent bien que dans la délégation, dans l’aristocratie élective, il y a une aliénation, un kidnapping du pouvoir populaire.

    Beaucoup de critiques ont été adressées à Nuit debout sur sa supposée homogénéité sociologique et finalement son peu d’effets concrets. Pourtant les commissions ont mené des actions spécifiques bien réelles – de solidarité avec les réfugiés, de lutte contre la répression, etc. Y a-t-il une possibilité de dialogue entre assembléistes et insurrectionnalistes ?

    Ce que j’ai vu de loin, c’est qu’il y a des manifestations et des émeutes qui partaient de Nuit debout. Il est intéressant de penser la tension entre le démos – le peuple assemblé à l’agora – et la plèbe – les foules qui manifestent – entre l’assemblée et l’insurrection. Ce sont deux formes d’expression de la démocratie directe. Dans l’histoire occidentale, tout a été mis en place pour éviter le passage de l’une à l’autre, par peur que quand les subalternes se rassemblent, ils prennent les armes pour aller brûler la maison du maître.
    Nuit debout n’a certes pas empêché le capitalisme de fonctionner, mais il a fait réfléchir les gens. L’agoraphobie et l’agoraphilie se réactualisent dans des luttes. Nuit debout n’a pas pris le contrôle des moyens de production, n’est pas intervenu dans le champ économique, mais tout ce qui a été vécu et dit sur ces places, on peut l’imaginer dans le monde du travail.

    Il y a un terme dont vous ne parlez pas dans votre livre, c’est celui de “populisme”. En France et en Europe il est utilisé de manière péjorative. Quelle définition vous lui donnez ? Et l’utilisation péjorative qui en est faite ne témoigne-t-elle pas d’un certain mépris du peuple ?

    On peut le définir de façon minimale comme une sorte d’appel au peuple par des leaders qui disent que l’élite est déconnectée du peuple, et qu’ils vont faire le ménage. En réaction, l’élite attaquée traite ces leaders de populistes, ce qui est péjoratif par rapport au peuple, supposément manipulé par un démagogue. Mais ces leaders eux-mêmes s’incluent dans la logique du système représentatif : c’est un coup de bluff. D’autant plus que Donald Trump est un populiste multimilliardaire, et Marine Le Pen n’a pas de mal à payer ses fins de mois. Les populistes prétendent être du peuple, mais ils aspirent à le gouverner.

    Propos recueillis par Mathieu Dejean
    http://mobile.lesinrocks.com/2016/11/01/actualite/veulent-vraiment-black-blocs-entretien-francis-deri-11876108


  • Prévention des attentats : pourquoi #israël n’est certainement pas le modèle à suivre - le Plus
    http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1551438-prevention-des-attentats-pourquoi-israel-n-est-certainemen

    Depuis [les récents attentats qui se sont déroulés en Europe], l’attention s’est tournée vers Israël et ses techniques pour prévenir les attentats. Écrivains, dessinateurs, cinéastes, entre autres, signent cette tribune. Ils appellent à la vigilance face à la confusion des termes, et nous mettent en garde : "Non, Israël n’est certainement pas le ’modèle’ à suivre." — Permalink

    #terrorisme

    • Cette tribune est co-signée par :

      Julien Cendres, écrivain
      Monique Chemillier- Gendreau, professeur émérite de droit public et science politique à l’Université Paris-Diderot
      Alain Guiraudie, cinéaste et réalisateur
      Tardi, dessinateur
      Myriam Martin, porte parole d’Ensemble
      Rony Brauman, médecin et essayiste
      Verveine Angeli, Union Syndicale Solidaires
      Philippe Poutou, porte parole du NPA
      Dominique Grange, chanteuse engagée
      Eric Hazan, éditeur


  • Serge Halimi lit-il trop vite "en diagonal" ou est-il simplement de mauvaise foi ?
    À propos d’un article de @mdiplo :

    « Ahmadinejad, mon héros », par Serge Halimi (Le Monde diplomatique, août 2016)
    http://www.monde-diplomatique.fr/2016/08/HALIMI/56087

    et de la controverse portée ici même :

    A propos de votre critique (parue dans le dernier numéro du Diplo, et réservée aux abonnés) du livre de Houria Bouteldja Les blancs, les juifs et nous. Vers une politique de l’amour révolutionnaire.

    Tout d’abord, parler du « petit monde intellectuel et médiatique » au sujet de Houria Bouteldja et de son livre, paru aux éditions La Fabrique (au passage, merci à Eric Hazan pour son ouverture d’esprit) m’a juste fait sourire.

    Parce qu’à mon sens, Houria Bouteldja est loin de faire partie de ce monde-là (Eric Hazan non plus) elle y est même plutôt persona non grata. C’est vade retro satanas pour la plupart des gens, même et surtout pour ceux qui ne se sont pas donné la peine de la lire.

    En parlant du petit monde intellectuel et médiatique, peut-être évoquiez-vous, outre Pascal Bruckner, tous les autres éditocrates qui, comme la plupart des intellectuels (« de gauche » ou non) auraient pu avoir une (saine ?) réaction à ce livre que comme eux, vous n’envisagez que comme une « provocation » (vous employez d’ailleurs ce mot à plusieurs reprises) ce qui est pour le moins réducteur.

    Vous titrez votre article « Ahmadinejad, mon héros », c’est au pire une insinuation malhonnête (rejoignant en cela la plupart des critiques de ce livre, mais passons), au mieux une pure contre-vérité au sujet du contenu du livre.

    Vous m’avez habituée à autre chose, et je trouve ça dommage. Je tenais donc à vous faire part de quelques remarques.

    • Une critique polie un peu plus détaillée : UNE INDIGÈNE AU VISAGE PÂLE, Compte-rendu du livre de Houria Bouteldja : Les Blancs, les Juifs et nous. Vers une politique de l’amour révolutionnaire
      https://lundi.am/Une-indigene-au-visage-pale

      Vous remarquerez à la lecture de la provocatrice #identitaire Bouteldja les nombreuses reprises de topos FN : "détail de l’histoire", "ma famille plutôt que mon voisin", l’original à la copie", du point de vue "#indigène" (terme qui s’applique au pdt de la république iranienne, sans doute lui aussi "opprimé" par "le prolo blanc"), quand ce n’est pas directement un mot d’ordre OAS "Fusillez Sartre !" qui set de titre à la première partie d’un livre qui se conclue par « Allahou akbar ! ».
      Selon elle, « Le combat consiste à faire redescendre ceux qui commettent le sacrilège de s’élever au niveau de #Dieu. »
      Bonne descente.

    • Le problème restant le fait d’une lecture sélective d’un-e auteur-e. J’ai pas d’exemple qui me viennent à l’esprit juste là mais le monde de la critique médiatique pullule de ces malhonnêtetés. Ou quand on veut noyer son chien ... on l’instrumentalise.

    • Je me suis infligé la lecture de ce « livre ». Le narcissisme exacerbé de cette auteure qui nous tutoie et prétend que la seule égalité possible réside dans la soumission à dieu, ça pue. Le texte de Segré n’est pas une lecture médiatique à la façon de l’imbécile Halimi, il n’en dit pas assez mais mieux vaut le lire avant de le ranger dans cette catégorie.

    • Ce que dit Ivan Segré :

      L’auteure a manifestement étudié l’arabe et le Coran, dont elle maîtrise les principaux concepts ; enfin, disons qu’elle a en poche une ou deux citations du Coran. Pour le reste, c’est à prendre avec des pincettes. Je ne prétends pas être un fin lettré musulman, mais il me semble bien que dans l’islam, comme dans le judaïsme et le christianisme, la « supériorité des hommes sur les animaux et la nature » est un axiome fondamental plutôt qu’une théorie blasphématoire. Je dirai même plus : ranger « la supériorité de l’homme sur les animaux et la nature » dans la même catégorie – celle des « théories blasphématoires » - que « la supériorité des Blancs sur les non-Blancs », ou « des hommes sur les femmes », est aux yeux de tout musulman qui se respecte non seulement une ânerie, mais un blasphème. Cela dit, il se trouvera peut-être un théologien musulman pour me contredire. In cha Allah.

      Ce que dit Houria Bouteldja dans son bouquin :

      le gros reste à faire, et toutes les autres utopies de libération seront les bienvenues, d’où qu’elles viennent, spirituelles ou politiques, religieuses, agnostiques ou culturelles, tant qu’elles respectent la Nature et l’humain, qui n’en est fondamentalement qu’un élément parmi d’autres.

      La pensée d’un-e auteur-e ne se limite pas à des « petites phrases sorties de leur contexte », non ?

    • Bouteldja, ses « sœurs » et nous par Mélusine
      @sombre hermano

      https://blogs.mediapart.fr/melusine-2/blog/200616/bouteldja-ses-soeurs-et-nous

      Il faut goûter l’ironie de la mystification à laquelle se livre Bouteldja dans « Nous, les femmes indigènes ». Nous la connaissons bien, c’est celle que la gauche communiste et traditionnelle a si longtemps opposée aux féministes : la lutte contre le patriarcat n’étant qu’une diversion produite et encouragée par le capital pour diviser les forces de la classe ouvrière, les travailleuses doivent rentrer dans le rang et refuser de donner prise au véritable ennemi. Décorant cette arnaque éculée des apprêts du combat décolonial, c’est la même capitulation à laquelle Bouteldja exhorte les femmes racisées au nom de ce qu’elle appelle l’amour révolutionnaire. Elle ne nie pas l’existence de la domination masculine et la minorité à laquelle sont réduites les femmes, en particulier racisées. Elle les reconnaît – et les déplore, mais demande à ses « sœurs » un pragmatisme résigné face au « patriarcat indigène » : si les hommes racisés sont « machos », écrit-elle, c’est en réaction à la violence de l’hégémonie blanche qui veut les mettre à genoux en niant leur virilité. Ils sont d’autant plus violents avec « leurs » femmes que leur dignité d’homme – leur moustache, Bouteldja ne risque pas une image plus osée – est insultée. (...) Il nous faut refuser à la fois la simplicité de l’analyse et la conclusion politique révoltante à laquelle elle conduit : puisque ces formes patriarcales « indigènes » sont des réactions de défense et de résistance contre le racisme, les femmes racisées, même si elles en sont les premières victimes, doivent se montrer compréhensives et indulgentes. « Il faudra deviner dans la virilité testostéronée du mâle indigène, la part qui résiste à la domination blanche » écrit Bouteldja. Autrement dit : distinguer, accepter et préserver la part de cette violence masculine qui résisterait au pouvoir blanc – malgré ses victimes collatérales éventuelles, « parce que c’est moins la réalité de la domination masculine qui pose problème que sa déshumanisation ». Celles qui subissent quotidiennement cette réalité apprécieront : il n’est pas certain que la gifle ait une saveur différente selon qu’elle soit blanche ou authentiquement indigène.

      Sa conclusion : " Je crois que ce dont nous avons besoin : que nous cessions d’attendre l’adoubement de telle ou telle frange de la gauche radicale et progressiste, (...) pour enfin ouvrir le débat entre nous, les femmes racisées. Pour chercher ensemble une troisième voie, entre l’arnaque de l’allégeance communautaire et l’illusion des chevaliers blancs universalistes. La sororité ne se décrète pas au nom du sang, elle se construit politiquement. "

      https://seenthis.net/messages/501962

    • Revendiquer un monde décolonial

      Jusqu’où : ne plus s’autoriser à se marier avec un blanc ?

      http://www.vacarme.org/article2738.html

      Quelle serait la perspective décoloniale du mariage mixte ?

      La perspective décoloniale, c’est s’autoriser à se marier avec quelqu’un de sa communauté. Rompre la fascination du mariage avec quelqu’un de la communauté blanche. C’est tout sauf du métissage — une notion que je ne comprends pas d’ailleurs, je ne sais pas ce que c’est. Pour des générations de femmes et d’hommes, je parle surtout des maghrébins, le mariage avec un blanc était vu comme une ascension sociale. Pour les filles, les hommes blancs étaient vus comme moins machos que les arabes ; pour les garçons, une fille blanche, c’était une promotion. La perspective décoloniale, c’est d’abord de nous aimer nous-même, de nous accepter, de nous marier avec une musulmane ou un musulman, un noir ou une noire. Je sais que cela semble une régression, mais je vous assure que non, c’est un pas de géant.

      Y a-t-il beaucoup d’hommes indigènes qui trouvent que les femmes ici ne sont plus assez musulmanes et qui veulent se marier avec des musulmanes qui n’ont pas été transculturalisées ?

      Ça ne date pas d’aujourd’hui. Cela fait partie des pressions que les hommes indigènes font peser sur les femmes. C’est normal, puisque l’idéologie coloniale les fait passer pour des sauvages. Mais cela offre une perspective décoloniale pleine d’ambivalences. Ce que je veux dire c’est que les femmes répondent aussi à ce malaise lorsqu’elles se « réislamisent » : « Pas la peine d’aller chercher les femmes au bled puisqu’on est là. Vous dites qu’on est occidentalisées mais pas du tout ». C’est aussi une réponse au patriarcat blanc qui tente de conquérir les femmes non blanches. C’est pour ça que le premier pas, c’est d’abord de nous aimer nous-mêmes. Que les femmes indigènes reprennent confiance dans « leurs hommes », et réciproquement. Mais en réalité ce processus existe déjà depuis longtemps. À partir du moment où l’accusation de déloyauté est tombée, une réponse sociale est apparue : « Nous sommes de vraies musulmanes, nous ne trahissons pas la communauté ». Ça, c’est décolonial je trouve.

      Revenons sur la question du métissage. Vous disiez « je ne comprends pas bien ce que c’est » .

      Comme projet politique ou comme projet social, je ne le comprends pas. L’idéologie selon laquelle les couples mixtes, la rencontre entre deux cultures, c’est beau est vraiment pourrie. Si on parle dans l’absolu, il n’y pas de raison de ne pas adhérer à ça. Sauf qu’il y a des rapports de domination entre les cultures. Entre l’Algérie et la France, le contentieux historique est trop fort et le rapport de domination traverse ces couples mixtes et leurs enfants. Est-ce qu’il sera plutôt musulman ou plutôt français ? Est-ce qu’il va manger du porc ou pas ? Dans quelle culture on va les élever ? Il y a des processus de soumission de l’un à l’autre qui vont se mettre en place. Tu vas avoir ceux qui vont surinvestir le religieux ou ceux qui vont surinvestir la blanchité...

    • « Ahmadinejad, mon héros », par Serge Halimi

      http://www.monde-diplomatique.fr/2016/08/HALIMI/56087

      Seulement, Bouteldja ne s’amuse pas ; elle entend donner des leçons d’émancipation à la gauche. Laquelle est sommée de tout subordonner — la domination sociale, la domination masculine, la persécution des minorités sexuelles — au combat contre l’hégémonie « blanche ». Et de le faire adossée à une réflexion théorique ne comportant en définitive qu’une variable, « Occident » contre « Indigènes », symétriquement conçus en blocs presque toujours homogènes, solidaires, immuables.

      Entre le salarié de M. Bernard Arnault, ouvrier mais « blanc » comme son patron, donc responsable au même titre que lui du crime colonial, et l’homme « indigène » qui bat sa sœur ou sa compagne, Bouteldja a choisi. La condition de dominé du premier ne l’intéresse pas vraiment, puisqu’il est par ailleurs solidairement coupable du pire. Le second doit en revanche être, sinon encouragé, en tout cas « protégé » par ses victimes, que Bouteldja invite à « deviner dans la virilité testostéronée du mâle indigène la part qui résiste à la domination blanche » afin de canaliser sa violence vers d’autres destinataires. Mais, en dernière analyse, priorité « à ma famille, à mon clan, à mon quartier, à ma race, à l’Algérie, à l’islam ».

      Une analyse qui me parait juste.

    • LA CHRONIQUE des éditions La Fabrique (13/09/2016)
      http://www.lafabrique.fr/chronique.php

      Des vieux staliniens du Monde diplomatique aux totos de Montreuil, des bien pensants du Nouvel Observateur aux ex-gauchistes de Libération, tous sont tombés d’accord : le livre d’Houria Bouteldja, Les Blancs, les Juifs et nous, est raciste, identitaire, homophobe, ignorant de l’histoire, balayé par des torrents essentialistes et religieux et – l’adjectif qui tue – antisémite. Il est inutile de faire remarquer que toutes ces critiques sont étayées par des phrases tronquées et sorties de leur contexte, que par bêtise ou mauvaise foi l’ironie du livre est prise au premier degré, que le mot « race » est absurdement pris au sens biologique, bref que toutes ces lectures sont truquées. Inutile parce que la religion de ces gens-là est faite : Houria Bouteldja est intolérable – comme femme, comme militante d’un mouvement qui fait entendre des vérités désagréables, et comme arabe, ce qui est vraiment un comble. On s’étonne que nous ayons publié ce livre, et même on nous en fait reproche, violemment parfois. Nous considérons au contraire qu’il a bien sa place chez nous, dans un catalogue consacré aux voies diverses menant à l’émancipation des opprimés.


  • Encore des #tribunes que Hollande et Valls ne liront pas...

    Nous continuerons à manifester
    Etienne Balibar (philosophe), Jacques Bidet (philosophe), Jérôme Bourdieu (économiste), Christophe Charle (historien), Benjamin Coriat (économiste), Christine Delphy (sociologue), Eric Fassin (sociologue), Olivier Fillieule (sociologue), Bastien François (politiste), Jean-Marie Harribey (économiste), Sabina Issehnane (économiste), Esther Jeffers (économiste), Pierre Khalfa (coprésident de la Fondation Copernic), Rose-Marie Lagrave (sociologue), Frédéric Lebaron (sociologue), Philippe Légé (économiste), Dany Lang (économiste), Willy Pelletier (sociologue), Jonathan Marie (économiste), Gérard Mauger (sociologue), Christian de Montlibert (sociologue), Léonard Moulin (économiste), Gérard Mordillat (romancier), Gisele Sapiro (sociologue), Johanna Siméant (politiste), Violaine Roussel (politiste), Christian Topalov (sociologue), Libération, le 16 juin 2016
    http://www.liberation.fr/debats/2016/06/16/nous-continuerons-a-manifester_1459962

    A signer ici :
    https://www.change.org/p/je-ne-respecterai-pas-l-interdiction-de-manifester

    Ce gouvernement a peur
    Pierre Alferi (écrivain), Jean-Claude Amara (porte-parole de Droits devant !!), Nathalie Astolfi (enseignante), Ana Azaria (présidente de Femmes Egalité), Igor Babou (universitaire), Etienne Balibar (philosophe), Ludivine Bantigny (historienne), Amal Bentounsi (Urgence Notre Police Assassine), Eric Beynel (porte-parole de Solidaires), Daniel Blondet (militant anti-impérialiste), Antoine Boulangé (enseignant), Claude Calame (historien), Laurent Cauwet (éditeur), Manuel Cervera-Marzal (sociologue), Déborah Cohen (historienne), Christine Delphy (sociologue), Alain Dervin (enseignant), Paul Dirkx (sociologue), Joss Dray (photographe), Julien Dufour (doctorant en sociologie), Jules Falquet (sociologue), Eric Fassin (sociologue), Samantha Faubert (hispaniste), Sophie Fesdjian (anthropologue, enseignante), Alain Frappier (illustrateur), Désirée Frappier (scénariste), Bernard Friot (sociologue), Luc Gaffet (militant CGT), Fanny Gallot (historienne), Franck Gaudichaud (politiste), Valérie Gérard (philosophe), Céline Gondard-Lalanne (porte-parole Solidaires), Nahema Hanafi (historienne), Samuel Hayat (politiste), Eric Hazan (auteur et éditeur), Catherine Jardin (éditrice), François Jarrige (historien), Fanny Jedlicki (sociologue), Claude Kaiser (militant anti-nucléaire), Leslie Kaplan (écrivaine), Patrice Lardeux (militant CGT), Mathilde Larrère (historienne), Olivier Le Cour Grandmaison (universitaire), Pascal Maillard (universitaire et syndicaliste), Philippe Marlière (politiste), Bénédicte Monville-De Cecco (conseillère régionale IDF (EELV)), Olivier Neveux (historien d’art), Ugo Palheta (sociologue), Willy Pelletier (sociologue), Irène Pereira (sociologue), Roland Pfefferkorn (sociologue), Christian Pierrel (PCOF) ; Christine Poupin (NPA), Théo Roumier (appel des syndicalistes « On bloque tout ! »), Omar Slaouti (enseignant), Federico Tarragoni (sociologue), Jacques Testart (biologiste), Julien Théry-Astruc (historien), Michel Tort (psychanalyste), François Tronche (directeur de recherches au CNRS), Marlène Tuininga (4ACG), Béatrice Turpin (réalisatrice militante), Sophie Wauquier (linguiste), Libération, le 17 juin 2016
    http://www.liberation.fr/debats/2016/06/17/ce-gouvernement-a-peur_1460153

    #Manifestations #France #Répression #Liberté_d'expression #NuitDebout #Crise_de_2016


  • Le tribunal administratif de Toulouse a autorisé la tenue d’une réunion en faveur du BDS. Quelqu’un a t il vu passer cela dans les médias français ?
    French court overturns « illegal » ban on BDS event | The Electronic Intifada
    https://electronicintifada.net/blogs/ali-abunimah/french-court-overturns-illegal-ban-bds-event

    A court in France struck a blow for free speech when it overturned a government ban on a meeting to support individuals facing trial for their Palestine solidarity activism.

    The decision comes as governments and organizations around the world are showing increasing willingness to defend the legitimacy of the boycott, divestment and sanctions (BDS) movement in support of Palestinian rights.

    On 26 May, the mayor’s office in the southern city of Toulouse banned the gathering scheduled for Tuesday evening at a public facility, featuring Mohammed Khatib of the Samidoun Palestinian Prisoner Solidarity Network and writer Eric Hazan.

    The meeting was sponsored by the Support Committee for the BDS Accused of Toulouse, a coalition of dozens of groups backing four activists facing trial next month for handing out leaflets calling for the boycott of Israeli goods.

    But on Monday, the Toulouse administrative court overturned the mayor’s ban and ordered the city to provide a space for the meeting to take place.

    The court stated that the mayor’s ban on the meeting was “a grave and manifestly illegal infringement of the fundamental freedom of assembly,” according to BDS France and Association France Palestine Solidarité.

    #BDS