person:frédéric schiffter

  • La chronique de Frédéric Schiffter | L’écrivain engagé dans l’impasse
    https://lemediapresse.fr/idees/la-chronique-de-frederic-schiffter-lecrivain-engage-dans-limpasse

    Dans sa dernière chronique, le philosophe Frédéric Schiffter nous explique pourquoi il perçoit l’engagement littéraire comme une impasse. Le 22 octobre 1970, Alain Geismar, dirigeant de l’organisation maoïste La Gauche prolétarienne est condamné à 18 mois de prison pour « reconstitution de ligue dissoute ». Dans les jours qui suivent, devant les portes de l’usine Renault de […]

  • La chronique de Frédéric Schiffter | La superstition du progrès
    https://lemediapresse.fr/idees/la-chronique-de-frederic-schiffter-la-superstition-du-progres

    Dans sa dernière chronique, le philosophe Frédéric Schiffter questionne la notion de « progrès » et la croyance des philosophes pour un « sens de l’histoire ». Le dictionnaire indique que le mot superstition vient de deux termes latins. D’un adverbe, super, qui signifie au-dessus, et d’un verbe, sistere, qui signifie tenir ou se tenir. Dès lors, un esprit […]

    • Oh, une défense de Huntington sur Rezo…

      Je ne comprends pas bien ce texte. Il dit très clairement que la thèse de Huntington est :

      Telle est, n’en déplaise aux têtes plates, la seule interrogation du livre de Huntington, interrogation qui lui permet d’avancer la thèse selon laquelle, désormais, les nations ne s’entrechoqueront plus à cause de rivalités économiques ou territoriales mais à cause de différences culturelles — ou, inversement, les nations ne se regrouperont et ne s’allieront plus contre d’autres selon des convergences stratégiques mais par affinités de mœurs et de cultes.

      avant de donner une liste de contre-exemples à cette thèse « fantasque » :

      Quand on voit les rivalités intracontinentales des pays européens, africains, latino-américains, asiatiques, rien ne semble plus fantasque que la thèse de Huntington.

      Dans l’article initial de Huntington de 1993, dès l’introduction il explique très clairement sa thèse :

      It is my hypothesis that the fundamental source of conflict in this new world will not be primarily ideological or primarily economic. The great divisions among humankind and the dominating source of conflict will be cultural. Nation states will remain the most powerful actors in world affairs, but the principal conflicts of global politics will occur between nations and groups of different civilizations. The clash of civilizations will dominate global politics. The fault lines between civilizations will be the battle lines of the future.

      Je ne comprends pas bien ce que tente de démontrer Schiffter. Que le Clash n’est pas fondamentalement hostile à l’islam, qu’il n’apporte pas « la preuve scientifique du péril que l’islam représente pour la civilisation occidentale » ?

      L’auteur l’écrit lui-même, citant quasiment mot pour mot Huntington : « les nations […] s’entrechoqueront […] à cause de différences culturelles » (dans l’introduction de 1993 : “The great divisions among humankind and the dominating source of conflict will be cultural.”). Qu’est-ce qu’il y a là-dedans qui ne correspond pas exactement à l’idée raciste du rapport entre l’islam et l’« occident » que s’en font les « têtes plates » ?

      Dans le livre, par exemple, Huntington ne se contente pas d’évoquer les « grands blocs », mais aussi le « micro-level » et les « fault lines between civilizations » :

      The clash of civilizations thus occurs at two levels. At the micro-level, adjacent groups along the fault lines between civilizations struggle, often violently, over the control of territory and each other. At the macro-level, states from different civilizations compete for relative military and economic power, struggle over the control of international institutions and third parties, and competitively promote their particular political and religious values.

      Explicitement :

      On both sides the interaction between Islam and the West is seen as a clash of civilization. The West’s “next confrontation,” observes M. J. Akbar, an Indian Muslim author, “is definitely going to come from the Muslim world. It is in the sweep of the Islamic nations from the Maghreb to Pakistan that the struggle for a new world order will begin.” Bernard Lewis comes to a similar conclusion:

      We are facing a mood and a movement far transcending the level of issues and policies and the governments that pursue them. This is no less than a clash of civilizations—the perhaps irrational but surely historic reaction of an ancient rival against our Judeo-Christian heritage, our secular present, and the worldwide expansion of both.

      Je ne vois pas en quoi tout ceci contredirait (au contraire) l’idée raciste selon laquelle la France se trouverait sur l’une de ces « lignes de fracture » (désormais redéfinies comme essentiellement cultuelles et civilisationnelles) et que cela « menacerait » la civilisation occidentale. Ou alors, annoncer une « next confrontation » qui « viendra du monde musulman » est une notion que j’ai mal comprise…

      Et de manière particulièrement explicite, voici comment Huntington introduit le passage « Islam and The West » :

      Some Westerners, including President Bill Clinton, have argued that the West does not have problems with Islam but only with violent Islamist extremists. Fourteen hundred years of history demonstrate otherwise.

      et :

      The causes of this ongoing pattern of conflict lie not in transitory phenomena such as twelfth-century Christian passion or twentieth-century Muslim fundamentalism. They flow from the nature of the two religions and the civilizations based on them.

      et :

      So long as Islam remains Islam (which it will) and the West remains the West (which is more dubious), this fundamental conflict between two great civilizations and ways of life will continue to define their relations in the future even as it has defined them for the past fourteen centuries.

      Et Schiffter de suggérer que ceci devrait être titré : « Vers la paix entre les civilisations »…

      Il est certes facile de considérer qu’au bout de 20 ans, l’analyse de Huntington est devenue « réaliste » et bien plus « modérée » que nombre de discours d’aujourd’hui, notamment parce que la « résurgence du religieux » serait un fait explicatif central aujourd’hui. Mais il me semble bien plus crédible de considérer que, vues les évolutions géo-politiques et idéologiques depuis la fin du XXe siècle, il a bel et bien servi de boîte à outil idéologique et de propagande pour les politiques de l’Empire (et notamment le néoconservatisme), et qu’il est un des meilleurs exemples de prophétie auto-réalisatrice qui a contribué à façonner le monde dans lequel nous vivons, ainsi que (surtout ?) la perception que nous en avons.

    • Pour une analyse profane des conflits, par Georges Corm (Le Monde diplomatique, février 2013)
      http://www.monde-diplomatique.fr/2013/02/CORM/48760

      Cette nouvelle grille de lecture a acquis un crédit exceptionnel depuis que le politologue américain Samuel Huntington a popularisé, il y a plus de vingt ans, la notion de « choc des civilisations », expliquant que les différences de valeurs culturelles, religieuses et morales étaient à la source de nombreuses crises. Huntington ne faisait que redonner vie à la vieille dichotomie raciste, popularisée par Ernest Renan au XIXe siècle, entre le monde aryen, supposé civilisé et raffiné, et le monde sémite, considéré comme anarchique et violent.

    • Samuel Huntington dans l’univers stratégique américain
      https://www.cairn.info/revue-mouvements-2003-5-page-21.htm

      Il met en garde ses lecteurs contre la tentation, qu’il qualifie lui-même d’ethnocentrique, consistant à définir les valeurs occidentales comme « universelles » et à vouloir à tout prix les diffuser parmi tous les peuples de la planète. C’est précisément ce genre d’arrogance occidentale qui présente, selon Huntington, le risque le plus grave de clash intercivilisationnelle. Voilà pourquoi ses défenseurs veulent voir en lui un homme de tolérance, partisan éclairé d’un pluralisme culturel au service de la bonne entente dans un monde multipolaire. Loin de viser à dresser les peuples les uns contre les autres, n’aspire-t-il pas, au contraire, à prévenir le monde contre un danger de polarisation violente, qu’il affirme regretter ?

      Il faut bien voir, cependant, que les regrets exprimés par Huntington sont largement contrebalancés par le statut d’objectivité qu’il confère au danger que courrait actuellement, selon lui, l’« Occident » en tant qu’unité civilisationnelle. S’il donne souvent l’impression de prendre des distances critiques avec l’« Occident », son livre se lit néanmoins comme une incitation de ce même Occident à préparer d’urgence son autodéfense collective. Dans un monde de plus en plus multipolaire, l’Occident serait aujourd’hui en grave danger de perdre sa capacité à se défendre, par négligence de sa propre cohérence culturelle, par excès de timidité dans l’affirmation de son « identité » culturelle… et stratégique.

      Dès lors, la « critique » huntingtonienne de l’ethnocentrisme occidental apparaît comme une forme perverse d’ethnocentrisme, déguisée en pluralisme culturel. L’avertissement contre l’arrogance occidentale signifie surtout, en termes pratiques, qu’il faut atténuer les aspirations à promouvoir, hors de l’aire occidentale, la démocratisation politique. Certaines civilisations, proclame Huntington, sont culturellement mieux préparées à la démocratie que d’autres. Entendons par là – c’est l’un des principaux buts de la démonstration – que le monde islamique en particulier est bloqué dans sa quête démocratique d’abord et avant tout par ses propres traditions, par la confusion qu’il entretiendrait depuis toujours entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel. Nul ne s’étonnera d’apprendre que Huntington se réfère respectueusement aux travaux de Bernard Lewis, l’érudit islamologue anglophone connu depuis longtemps pour le regard dédaigneux qu’il porte sur son objet d’étude. Une commune lecture culturaliste de l’Islam permet à Lewis et à Huntington, en dépit de leurs abondantes références à l’Histoire, de décontextualiser le problème de l’autoritarisme dans le monde arabo-musulman. Ramener le problème des despotismes d’État contemporains à une sorte de complexe culturel, c’est faire abstraction des effets du système politique et économique mondial et dédouaner les puissances extérieures, les États-Unis notamment, de toute responsabilité dans le soutien aux régimes despotiques. Par le biais de ce culturalisme très politique, Huntington alimente, qu’il le veuille ou non, les courants d’intolérance qui démonisent l’Islam.

      [...] Le « pluralisme culturel » que Huntington revendique dans l’arène internationale n’est pas contradictoire, dans sa vision, avec un rejet quasi viscéral de toute affirmation de la diversité culturelle au sein des nations occidentales et tout particulièrement aux États-Unis. Les Musulmans d’Europe et les Mexicains-Américains aux États-Unis apparaissent dans son analyse comme étant enclins, presque par définition, en fonction de leurs origines, à bifurquer vers la construction d’identités séparées et donc à dévoyer les pays occidentaux de leur identité de base pour en faire des pays « déchirés » (cleft countries) – sort, selon Huntington, à éviter à tout prix. La meilleure façon de prévenir le « choc des cultures » consiste donc à laisser à chaque civilisation le soin d’affirmer son « identité » pour mieux se défendre. Ici, qu’il le veuille ou non, Huntington occupe le même terrain culturaliste que bon nombre d’idéologues d’extrême-droite.

  • De l’euphémisation et du masque

    "L’hystérie balnéaire déclenchée par l’affaire du burkini m’a beaucoup diverti. On eût dit un épisode, en plus effrayant, des Dents de la mer. Les identitaires franchouillards de droite et de gauche ont pu couiner contre le musulman. C’eût été pour moi un complet régal si j’avais pu entendre, comme au bon vieux temps des ratonnades, les qualificatifs de « bicot », « bougnoule », « melon », « crouille », etc. Mais non.

    Les identitaires franchouillards font désormais dans le sous-entendu. « Musulman ». Le mot, il est vrai, fait son petit effet. On entend moins une injure qu’une menace. Un bougnoule, on pouvait le passer à tabac et jeter son cadavre dans la Seine. Un musulman, ça vous égorge, vous mitraille, vous dynamite. Le bougnoule, on le terrorisait, tandis que le musulman, c’est lui qui terrorise.

    Si, donc, l’intérêt idéologique du mot « musulman » ne m’échappe pas, il n’en demeure pas moins que le discours de la stigmatisation a perdu de son pittoresque. Rien n’oblige les identitaires franchouillards à réutiliser les vieilles injures des pieds-noirs, mais eux si prompts à dénoncer le « politiquement correct » ou la « bien-pensance » manquent de courage et de talent dans l’expression de leur ressentiment.

    Rien de plus lâche de la part d’un journaliste, d’un intellectuel, d’un politicien, que d’invoquer la « valeur de la laïcité » pour accuser le métèque mahométan de s’attaquer à notre civilisation.

    D’aucuns qui se flattent d’écrire feraient mieux de prendre modèle sur Albert Caraco qui, s’il ne faisait pas mystère de haïr l’humanité en général, en vomissait des échantillons en particulier. « Je suis Raciste et Colonialiste, déclare-t-il dans Ma Confession, je crois en l’inégalité des hommes et je professe la nécessité de les réduire en servitude quand ils sont déplaisants, barbares, ignorants ou pauvres. »

    C’est ainsi, précise-t-il, qu’à l’égard « des Arabes et des Nègres, le meilleur argument sera toujours la trique et la meilleure philosophie le Racisme, ces gens sont des sous-hommes, pour s’en convaincre il suffit de les regarder et de les lire, ce qu’ils débitent sont des âneries sonores, ce qu’ils ont d’estimable est le produit du vol, l’Afrique est destinée à l’esclavage comme nos intestins à véhiculer nos ordures ». C’est avec plaisir que je lirai Causeur, Valeurs actuelles, Le Figaro quand ces journaux auront trouvé leur styliste de l’islamophobie. "

    Frédéric Schiffter - note du 7 septembre 2016 parue dans son blog : " le philosophe sans qualités "

    http://lephilosophesansqualits.blogspot.fr/2016/09/superiorite-de-lennui-2.html

  • Une tribune dans Libé pour défendre #Aude_Lancelin, responsable des pages Débats de #l'Obs :

    A « l’Obs », un #licenciement très politique
    Collectif, Libération, le 25 mai 2016
    http://www.liberation.fr/debats/2016/05/25/a-l-obs-un-licenciement-tres-politique_1455023

    Denis Podalydès Acteur Etienne Balibar Philosophe Claude Lanzmann Réalisateur Emmanuel Todd Démographe et historien Michela Marzano Philosophe Julia Cagé Economiste Alain Badiou Philosophe John MacArthur Directeur du magazine Harper’s La Rumeur Groupe Jérôme Prieur Auteur et réalisateur François Bégaudeau Ecrivain Christian Salmon Essayiste Jacques Rancière Philosophe Laurent Binet Ecrivain Raphaël Liogier Sociologue et philosophe Bernard Stiegler Philosophe Gérard Mordillat Ecrivain et réalisateur Stéphanie Chevrier Editrice André Orléan Economiste Christian Laval Sociologue Pierre Dardot Philosophe Hugues Jallon Editeur Michaël Fœssel Philosophe Cédric Durand Economiste Chloé Delaume Ecrivaine Geoffroy de Lagasnerie Sociologue Guy Walter Ecrivain et directeur de la Villa Gillet Chantal Jaquet Philosophe Razmig Keucheyan Sociologue Edouard Louis Ecrivain Frédéric Schiffter Philosophe Jacques de Saint-Victor Historien Caroline de Haas Militante féministe Christine Delphy Sociologue Benjamin Stora Historien Mathieu Terence Ecrivain Bernard Lahire Sociologue Roland Gori Psychanalyste Elsa Dorlin Philosophe Patrick Chamoiseau Ecrivain Anne Dufourmantelle Psychanalyste Annie Ernaux Ecrivaine Guillaume Le Blanc Philosophe Ollivier Pourriol Philosophe Hervé Le Bras Démographe François Gèze Editeur Sophie Wahnich Historienne Lydie Salvayre Ecrivaine Quentin Meillassoux Philosophe Romain Bertrand Historien François SchlosserAncien rédacteur en chef du Nouvel Observateur. Edwy Plenel Fondateur de Mediapart et Jean-Pierre Dupuy Philosophe.

  • Et si on arrêtait de vouloir tout faire tout de suite ?
    http://www.lemonde.fr/m-actu/article/2015/07/24/et-si-on-arretait-de-vouloir-tout-faire-tout-de-suite_4696512_4497186.html

    Vouloir agir sans attendre pour se libérer l’esprit, quitte, parfois, à faire n’importe quoi, porte un nom : la « précrastination ». Des psychologues américains mettent en garde contre ce travers.

    #Précrastination #Psychologie #Temps