person:françois flahault

  • La Pensée des contes – François Flahault

    http://www.francoisflahault.fr/contes.php

    texte intégral en PDF librement accessible sur le site.

    Les centaines de contes qui ont circulé depuis des siècles ou des millénaires dans toute l’Eurasie et le bassin méditerranéen constituent un immense patrimoine culturel. Dans la diversité de leurs intrigues, ils se répondent les uns aux autres. Cendrillon parle aussi bien à un Chinois ou un Japonais qu’à un Français ou un Italien. Ce sont des miroirs énigmatiques de notre commune humanité.

    En quel point de nous-mêmes nous touche tel conte ? Et celui-ci, et celui-là, avec leurs nombreuses variantes ? Quelle secrète cohérence relie entre eux les contes ? Comment, de conte en conte, les mêmes motifs reviennent-ils, avec des variations significatives ou des inversions, comment s’inscrivent-ils dans des structures singulières, elles-mêmes liées à des problématiques existentielles différentes ? Telles sont les questions qui sont à l’origine de l’enquête commencée dans ma jeunesse et longuement, indéfiniment poursuivie.

    « Une philosophie en germe », écrivait Lévi-Strauss à propos des mythes ou contes amérindiens. La formule vaut aussi pour les contes européens. Relevant d’une pensée narrative et non pas conceptuelle, ils explorent des aspects de la condition humaine que la tradition philosophique occidentale a délaissés. Comment concilier l’infini désir d’exister qui anime chacun de nous avec la nécessité d’exister à plusieurs, donc de limiter ce désir ? Comment faire notre chemin à partir de la génération dont nous sommes issus pour rejoindre celle où nous devons trouver notre place ? Comment l’attachement peut-il transmettre le viatique d’une force de vie, mais être aussi un cadeau empoisonné ?

    Les contes sont un pont vers d’autres cultures, il nous aident à aller au devant de formes de pensée non-européennes. Tâche qui aujourd’hui, en un temps de mondialisation des échanges intellectuels, est devenue indispensable. Ce n’est pas en continuant d’affirmer son universalité prétendue que la pensée occidentale dépassera les partis pris qui, à son insu, l’ont modelée. C’est en se confrontant à d’autres formes de pensée, y compris celles qui ne répondent pas à ses critères de rationalité.

    Auteur et livre cité dans la conf. de Jeanne Favret-Saada http://seenthis.net/messages/374810

    #contes #ethnologie #anthropologie

  • Procès Breivik - Evocation des auteurs cités dans le Manifeste de Breivik (2083)

    A propos de Ayn Rand, le Monde diplomatique a publié quelques articles sur cette auteure ultra-libérale :

    Ayn Rand, romancière fétiche de la droite américaine :
    Ni dieu, ni maître, ni impôts

    http://www.monde-diplomatique.fr/2008/08/FLAHAUT/16182

    par François Flahault, août 2008

    Très populaire aux Etats-Unis et vénérée par Ronald Reagan, la philosophe et romancière Ayn Rand (1905-1982) met en scène dans ses œuvres de fiction des héros solitaires en butte au conformisme borné de leurs semblables. Un tel éloge du créateur incompris permet d’accréditer la vision d’un individu existant en dehors de tout lien, ne trouvant son salut qu’en lui-même et ne devant rien à personne. Et puis, la célébration du génie prométhéen déboucha sur celle du moins d’Etat et des paradis fiscaux...

    En 2004, à la faveur d’une réunion du Fonds monétaire international (FMI), le conseiller économique de M. Vladimir Poutine, M. Andreï Illarionov, a abordé M. Alan Greenspan, alors président de la Réserve fédérale américaine (Fed), se réjouissant de pouvoir s’entretenir avec lui d’une femme que tous deux admirent et que M. Greenspan a longtemps côtoyée : Ayn Rand .

    Parabole du génie entravé par des parasites

    http://www.monde-diplomatique.fr/2010/07/FLAHAUT/19380

    par François Flahault, juillet 2010

    Ayn Rand est sans doute l’une des idéologues les plus influentes que les Etats-Unis aient connues. Glenn Beck, commentateur vedette de la chaîne Fox News, ou encore Alan Greenspan, l’ancien président de la Réserve fédérale, se réclament d’elle (1). Les récentes biographies qui lui sont consacrées — toutes deux excellentes — offrent une clé indispensable pour comprendre la droite américaine libertarienne (2).

    A la suite de la révolution russe qui a ruiné ses parents, Rand émigre en 1926 aux Etats-Unis, où elle vivra jusqu’à sa mort en 1982. En réaction à la politique sociale du président Franklin Roosevelt qu’elle assimile à un collectivisme larvé, elle s’empare des ingrédients fondamentaux du mythe américain — la liberté, l’individu, la lutte du Bien contre le Mal —, greffe sur eux sa vision du monde et déploie celle-ci dans deux romans-fleuves qui se vendront à des centaines de milliers d’exemplaires. Le Bien, c’est le surhomme nietzschéen auquel elle donne le visage de l’entrepreneur-inventeur, figure héroïque du capitalisme. Le Mal, c’est tout ce qui entrave l’élan créateur des individus d’exception : l’idéologie étatique, l’altruisme, le socialisme (le New Deal), qui défendent complaisamment « la masse des parasites ».

    « America’s Persecuted Minority : Big Business » (1961)
    Pasionaria du capital

    http://www.monde-diplomatique.fr/mav/99/RAND/18028

    par Ayn Rand, juin 2008

    « En tant qu’avocate de la raison, de l’égoïsme et du capitalisme, je cherche à atteindre les hommes d’esprit où qu’ils se trouvent », expliquait Ayn Rand (1905-1982) dans les prospectus invitant ses lecteurs à soutenir sa quête. Contrairement à ce que pourrait suggérer l’extrait ci-dessous, Ayn Rand n’était ni une illuminée ni une marginale. Emigrée d’Union soviétique, elle s’installe en 1926 aux Etats-Unis et devient scénariste à Hollywood, romancière à succès, essayiste politique, enseignante dans les universités américaines les plus prestigieuses. Son combat contre toute forme d’intervention publique bénéficiera d’une audience immense. M. Alan Greenspan, gouverneur de la Réserve fédérale américaine de 1987 à 2006, fut vivement influencé par la pensée d’Ayn Rand, dont il partagea le combat politique.

    Si un petit groupe d’hommes était systématiquement considéré comme coupable, dans n’importe quel conflit et quels que soient les problèmes en jeu ou les circonstances, appelleriez-vous cela de la persécution ? Si c’était toujours à ce groupe que l’on faisait payer les péchés, les erreurs ou les échecs de n’importe quel autre groupe, appelleriez-vous cela de la persécution ? Si ce groupe était obligé de vivre sous le règne silencieux de la terreur, de se plier à des lois spéciales, auxquelles tous les autres gens échapperaient, des lois que les accusés ne seraient pas en mesure de connaître à l’avance mais que l’accusateur pourrait interpréter comme il l’entend — appelleriez-vous cela de la persécution ? Si ce groupe était pénalisé non pas pour ses fautes mais pour ses mérites, non pas pour son incompétence mais pour son talent, non pas pour ses échecs mais pour ses réussites, et que la peine soit proportionnelle à l’accomplissement.