person:gideon levy

  • En Israël, la culture est prise entre deux feux
    Pierre Sorgue, Le Monde, le 16 novembre 2018
    https://www.lemonde.fr/m-actu/article/2018/11/16/en-israel-la-culture-est-prise-entre-deux-feux_5384505_4497186.html

    Lana Del Rey, Brian Eno, Peter Gabriel ou Arcade Fire… L’appel au boycott d’Israël pour dénoncer le sort des Palestiniens rencontre de plus en plus d’écho chez les artistes. Un dilemme pour le monde de la culture israélien.

    A trois heures du matin, The Block est à bloc. Le plus célèbre club électro de Tel-Aviv, enfoui sous le béton de la gare routière centrale, reçoit Carl Craig, ponte de la techno de Detroit (Michigan) aux Etats-Unis.

    La foule ondule, saute, tressaute au rythme des basses, dans le brouillard bleu que découpent les faisceaux de projecteurs épileptiques.

    BDS pour Boycott, désinvestissement, sanctions

    Yaron Trax, le maître des lieux, s’est glissé entre les danseurs pour s’assurer des bons réglages de sa sono analogique, réputée l’une des meilleures du monde. Le quadragénaire aux airs adolescents est aux anges parmi ces jeunes gens dont beaucoup sont venus au club comme ils étaient à la plage, en short et tee-shirt. Celui que porte Yaron ce soir-là reproduit les briques et la typographie reconnaissable entre toutes : Pink Floyd, The Wall. Lorsqu’on lui fait remarquer, il sourit comme un enfant contrit : « C’est un tee-shirt formidable et l’album l’est aussi. Quel dommage que Roger Waters soit devenu aussi décevant… »

    Car le musicien britannique, ex-membre de Pink Floyd, est le spectre qui hante la scène israélienne et dérange l’intelligentsia de gauche, celui qui empêche la bulle libérale et hédoniste qu’est Tel-Aviv de flotter innocemment à cinquante kilomètres du mouroir à ciel ouvert qu’est la bande de Gaza.

    Depuis des années, Roger Waters offre sa voix aux militants internationaux du BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions), mouvement né en 2005 de la société civile palestinienne, un an après que la Cour internationale de justice a jugé illégal le mur de séparation construit entre Israël et les territoires occupés.

    Il prône les pressions sur l’État d’Israël pour parvenir à ce que n’ont jamais obtenu des décennies de guerre, de résolutions de l’ONU et de vains processus de paix pendant lesquels le nombre des colons n’a cessé de croître (500 000 aujourd’hui) : la fin de l’occupation des territoires, la pleine égalité pour les citoyens palestiniens d’Israël, le droit au retour des réfugiés chassés de leurs terres.

    La scène musicale comme estrade politique

    Il suffit de voir les gratte-ciel bleutés qui poussent à Tel-Aviv pour s’en convaincre : le boycott économique n’a que peu d’effets. La « start-up nation » se porte bien, ses relations commerciales et diplomatiques n’ont cessé de se développer avec l’Afrique, l’Inde, la Chine, voire certains pays arabes. En ce mois d’octobre encore estival, les plages sont noires de monde, les ruelles de la vieille ville de Jérusalem, pleines de visiteurs : le pays aura accueilli plus de 4 millions de touristes à la fin de l’année, soit 46 % de plus qu’en 2016.

    Au-delà du portefeuille, le BDS s’attaque aussi aux cœurs et aux têtes. Il appelle au boycott culturel et académique, comme celui qui s’exerçait sur l’Afrique du Sud au temps de l’apartheid. Et celui-là trouve, ces derniers mois, un écho bien supérieur. Depuis longtemps, la scène musicale sert d’estrade politique. D’un côté, Roger Waters, Peter Gabriel, Brian Eno, Elvis Costello, Lauryn Hill (The Fugees), Arcade Fire et d’autres ont annoncé qu’ils ne joueront plus en Israël tant qu’ils ne pourront en accepter la politique.

    De l’autre, Nick Cave, Radiohead, Paul McCartney, Alicia Keys, parmi beaucoup, sont venus au nom du dialogue et du refus de se voir dicter leur conduite. Mais, récemment, deux chanteuses moins politisées et plus populaires parmi les adolescents ont suivi le mouvement : en décembre, Lorde, la jeune rockeuse néo-zélandaise, annulait son concert après avoir été « alertée » par une lettre ouverte signée de deux fans – l’une Juive, l’autre Palestinienne –, puis en septembre, après de nombreux appels dont celui de Roger Waters, Lana Del Rey faisait faux bond. Parce qu’elle ne pourrait pas se produire également dans les territoires palestiniens, dit-elle, elle renonçait à jouer au festival Meteor qui devait être une sorte de Coachella version kibboutznik, dans le nord d’Israël.

    Un « tsunami d’annulations »

    Après le refus, en avril, de l’actrice Natalie Portman de recevoir le Genesis Prize (considéré comme un « Nobel » israélien) pour exprimer son désaccord avec le gouvernement Nétanyahou et les violences commises à Gaza, après la défection de l’équipe d’Argentine de Lionel Messi qui, en juin, a annulé une rencontre amicale avec celle d’Israël à la suite de pressions internationales (de menaces, dit-on du côté israélien), le retrait de Lana Del Rey fut une autre secousse médiatique.

    « Une belle surprise qui aidera peut-être les jeunes à se poser des questions sur une politique insoutenable dans les territoires occupés, mais aussi en Israël, où les Palestiniens, qui représentent 20 % de la population, sont victimes d’une cinquantaine de lois discriminatoires, à commencer par le logement et la terre », explique Kobi Snitz, chercheur en neurobiologie au Weizmann Institute et cofondateur de Boycott from Within (« boycott de l’intérieur »), qui rassemble une poignée de militants suffisamment téméraires pour affronter les torrents de haine qu’ils suscitent au sein du pouvoir, des médias et sur les réseaux sociaux.

    Dans la foulée de Lana Del Rey, quatorze artistes, dont plusieurs DJ, ont décliné l’invitation du festival. Des dizaines d’autres ont exprimé leur soutien au boycott sur les réseaux sociaux. Yaron Trax commence à se faire du souci pour « la capitale du clubbing » qu’est Tel-Aviv. Idit Frenkel, qui officie souvent derrière les platines de The Block, a signé un long article dans le quotidien israélien Haaretz, pour évoquer le « tsunami d’annulations ». Le titre de la tribune était emprunté aux paroles d’une chanson de Don McLean, American Pie (1971) : « The day the music died » [« le jour où la musique est morte »].

    Le boycott la laisse amère : « On peut comprendre ceux qui veulent lutter de manière non violente contre les morts de Gaza, le développement des colonies ou la décision de Trump d’installer l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem. Mais ne pas venir, c’est punir ceux qui essaient de changer les choses, y compris dans la minuscule scène underground qu’abhorrent les nationalistes et les religieux du gouvernement. »

    Si certaines figures de l’électro, comme l’Américano-Chilien Nicolas Jaar ou les Français d’Acid Arab, viennent encore en Israël, ils ne jouent plus à Tel-Aviv mais à Haïfa, au Kabareet, tenu et animé par Jazar Crew, un collectif d’artistes palestiniens. Haïfa, la cité portuaire qui soigne sa réputation de tolérance et de coexistence entre Juifs et Arabes…

    Une forme d’apartheid ?

    Attablé dans un café du centre-ville, Ayez Fadel, 31 ans, l’un des fondateurs et DJ de Jazar Crew, connaît l’antienne par cœur : « Mais même ici, grandir en étant palestinien, c’est éprouver la discrimination. Les écoles publiques arabes moins dotées que les établissements juifs, les boîtes de nuit où l’on te demande ton “Hoger”, le livret militaire que tu n’as pas [la majorité des Arabes citoyens d’Israël n’effectuent pas leur service militaire], la langue… Une nouvelle loi fait de l’hébreu la seule langue officielle, elle dit aussi que le pays est “l’Etat-nation du peuple juif”, alors que je suis un Palestinien vivant ici par la force de l’histoire, que mes impôts servent à protéger les colonies juives et à financer une armée qui a tué 44 enfants palestiniens ces trois derniers mois… Parler d’apartheid ne me paraît pas exagéré. »

    Ayez Fadel comprend le boycott et revendique la dimension politique de Jazar Crew : « Une manière de sensibiliser les jeunes. Nous n’avons plus honte d’être palestiniens, nous sommes éduqués et confiants. Et nous ne cessons de répéter que nos positions ne sont pas contre les Juifs mais contre ce régime. » Le jeune homme se dit prêt à collaborer avec Yaron Trax, qui l’a appelé pour que The Block et Kabareet « organisent quelque chose ensemble ». Mais, précise-t-il, « à condition qu’il fasse une déclaration claire sur l’occupation des territoires et les droits des Palestiniens ».

    Les turbulences qui agitent le microcosme underground reflètent assez bien le désarroi du monde de la culture devant ces appels au boycott. « En ce moment, pas un dîner sans qu’on en parle », reconnaît la responsable d’une galerie d’art installée aux franges de Florentine, ancien quartier d’entrepôts et d’ateliers de Tel-Aviv devenu le préféré des artistes et des bobos. Comme beaucoup d’opposants à l’occupation, elle refuse d’acheter les produits des colonies – certaines se sont spécialisées dans l’agriculture et l’élevage bio – ou le vin venu du Golan. « Mais le BDS culturel, dit-elle, frappe ce qui reste de l’élite de gauche, celle que Nétanyahou et son gouvernement détestent. Si on la muselle, on n’entendra plus que les voix des plus réactionnaires… »

    C’est aussi ce que pense Avi Pitchon, écrivain, critique et commissaire d’expositions : « Le boycott culturel réduit le débat à une polarisation extrême entre les activistes et le gouvernement, il déshumanise et nourrit la paranoïa, ce “nous” contre “eux” dont joue un régime de moins en moins démocratique. Ce tout ou rien est un piège, quoi que disent les créateurs ils seront perdants. Alors, ils préfèrent laisser parler leur art… »

    C’est peut-être pour cela que chercher à les rencontrer pour évoquer la question relève de la chasse au dahu. Groupe pop connu pour ses textes radicaux, écrivain loué comme l’une des « grandes voix morales » du pays, cinéastes, producteurs de concerts, responsables de théâtre, de centre d’art contemporain… tous se disent trop occupés. D’autres se ravisent après avoir parlé et demandent à n’être plus cités.

    Pnina Blayer, la directrice artistique du Festival international du film de Haïfa qui s’est déroulé fin septembre sans les « grands noms » invités, exige les questions par courriel et adresse des réponses aussi sèches que le fleuve Jourdain surexploité : selon elle, la situation dans la bande Gaza et la guerre en Syrie sont les motifs des absences, dont aucune n’a été motivée par le BDS, qui n’aura découragé qu’un film marocain, et si Agnès Varda, à qui le festival rendait hommage, n’est pas venue, ce n’est pas pour des raisons politiques.

    Il faut comprendre sa prudence : pendant que le festival est soumis aux pressions de l’étranger, sa propre ministre de la culture, la très droitière Miri Regev, demande à celui des finances de lui couper les vivres pour avoir accueilli deux films israéliens qui « sapent les valeurs et symboles » de l’Etat (l’un d’eux raconte l’histoire d’un metteur en scène palestinien qui monte une pièce narrant un amour entre une Juive et un Arabe…).

    Le projet de loi « Loyauté dans la culture »

    La même ministre se démène pour l’adoption d’un projet de loi « Loyauté dans la culture » qui veut supprimer les fonds à toute organisation déniant « Israël comme un Etat juif et démocratique » ou qui ferait du jour de l’indépendance celui de la Nakba, la « catastrophe » que vécurent 700 000 Palestiniens expulsés en 1948.

    Le monde de la culture a manifesté le 27 octobre contre ce texte, de nombreux cinéastes israéliens, comme Amos Gitaï ou Ari Folman, sont parmi les signataires d’une tribune parue lundi 12 novembre dans Le Monde pour demander le retrait du texte. En attendant, des députés ont également proposé de punir de sept ans de prison tout appel au boycott et l’entrée du pays est déjà interdite à tout étranger qui soutient activement le BDS.

    Car, pour le gouvernement, c’est la guerre. Au vingt-neuvième étage d’une tour de Bnei Brak, dans la banlieue de Tel-Aviv, une trentaine de personnes travaillent au sein de la National Task Force for Countering Delegitimization (« force d’intervention contre la délégitimisation »), qui dépend du ministère des affaires étrangères.

    « Nous révélons les relations entre le BDS et des organisations terroristes comme le Hamas ou le Front populaire de libération de la Palestine ; comment, sous couvert de droits de l’homme, il s’attaque à la légitimité d’Israël ; comment il bombarde les artistes par des cyberattaques menées par des robots. Nous travaillons avec des centaines d’organisations pro-israéliennes en leur offrant articles, vidéos et autres outils pour affronter les arguments du BDS », résume Tzahi Gavrieli, le directeur.

    Le bureau a lancé la plate-forme 4il sur Internet, Facebook et Twitter : des images de jolies filles montrent la diversité du pays, des vidéos soulignent la réussite de certains « Arabes israéliens ». Des posts saluent la criminalisation du boycott en France (en 2015, la justice a confirmé la condamnation de militants ayant appelé au boycott des produits israéliens) ou en Allemagne (le BDS a été jugé antisémite par l’Office fédéral de la protection de la constitution de Berlin).

    Un post du 23 octobre relaie le rapport de Human Rights Watch sur la torture pratiquée par le Hamas et l’Autorité palestinienne en demandant si la communauté internationale va exercer sur eux les mêmes pressions que sur Israël… Des messages vantent le concours Eurovision de la chanson de mai prochain : avec ses 186 millions de téléspectateurs, la manifestation est une vitrine que le gouvernement ne veut pas voir entachée, malgré l’appel au boycott lancé par 140 artistes internationaux.

    L’« instrumentalisation » du monde de la culture ?

    La lutte contre le BDS est aussi l’affaire d’Adam Shay au sein du Jerusalem Center for Public Affairs, un think tank niché dans un quartier tranquille de la ville sainte. Il « scrute » les militants locaux, conseille les promoteurs de spectacles, essaie de convaincre des artistes ciblés que ce qu’on leur raconte est un tissu de mensonges et qu’ils ne regretteront pas de venir.

    « David Guetta était là la semaine dernière », se réjouit le jeune homme avant de confier qu’il cherchait à faire venir Rachid Taha, peu avant sa mort, en septembre : « Cela aurait été un gros truc » (vu les relations qui liaient le rockeur français à Brian Eno, très impliqué dans le BDS, on imagine mal une réponse positive).

    C’est cette « instrumentalisation » du monde de la culture qui, aux yeux des militants du BDS, justifie les appels au boycott de ceux dont les travaux ou les voyages sont financés par le gouvernement. Ils aident, disent-ils, le pays à soigner son image de démocratie favorable à la liberté d’expression. Les artistes se retrouvent coincés entre le marteau du gouvernement, qui tient (et serre) les cordons de la bourse, et l’enclume des pressions internationales.

    « À l’étranger, nous sommes considérés par certains comme des collaborateurs ; ici, comme des traîtres. Mais l’argent du ministère est aussi celui de mes impôts. Si la solution est de dire non, où va-t-il aller et qui va dire ce que l’on dit ? », demande Hillel Kogan, danseur et chorégraphe de la célèbre compagnie Batsheva, qui dut affronter cet été quelques militants pro-BDS à Montpellier et à Toulouse alors que, invité de la très diplomatique saison « France-Israël », il s’apprêtait, avec le Palestinien d’Israël Adi Boutros, à interpréter sa pièce We Love Arabs.

    Certains dans le pays ont regretté que l’écrivain David Grossman, considéré comme une « conscience » par le camp de la paix, se laisse « enrôler » par le pouvoir en acceptant le prix Israël de littérature 2018 des mains du ministre de l’éducation ou, en 2017, lorsqu’il accompagne à New York une pièce tirée de l’un de ses romans et adaptée par deux troupes israéliennes qui s’étaient produites dans les colonies (ce que l’auteur désapprouve). Ce, sous les yeux de la ministre de la culture qui avait fait le voyage. « Une manière de résister au BDS qui est une nouvelle forme d’antisémitisme », avait dit Miri Regev ce jour-là.

    Car c’est l’argument massue des contempteurs du BDS. Le mouvement a beau condamner racisme et antisémitisme, le public hétéroclite qu’il mobilise laisse parfois suinter des attaques haineuses, voire négationnistes. Dans le petit théâtre de Jérusalem où il travaille avec de jeunes comédiens juifs et arabes, Arik Eshet se souvient du festival de théâtre d’Édimbourg de 2014, lorsque des militants « agressifs » avaient fait annuler son spectacle : « Tu entends des gens crier qu’Israël ne devrait pas exister. C’est traumatisant… »

    La nécessaire mobilisation de la société civile

    Roger Waters est systématiquement accusé d’infamie. Du coup, Gideon Levy, le journaliste de Haaretz qui se démène inlassablement pour évoquer le sort des Palestiniens, ne cesse de défendre le chanteur. « J’ai passé de longues nuits à discuter avec lui, rien ne lui est plus étranger que les sentiments antisémites, ces accusations sont intolérables », assène-t-il dans le salon de sa maison, dont un mur est orné d’une vieille publicité ensoleillée où est inscrit : « Visit Palestine ».

    Un BDS efficace, ajoute-t-il, serait le seul moyen d’en finir avec les bains de sang : « Le changement ne viendra pas de l’intérieur d’Israël, la vie est trop bonne ici. Or les Etats-Unis soutiennent le pays et l’Europe est une plaisanterie : le seul espoir est la mobilisation de la société civile. La gauche sioniste appelle depuis des lustres à deux Etats mais n’a rien fait pour ça, nous devons en payer le prix. La criminalisation du BDS est un scandale : pourquoi serait-il légitime de boycotter l’Iran et pas Israël ? »

    En les réduisant au rang de producteurs de « biens culturels » ou d’instruments du soft power d’un Etat dont ils n’approuvent pas la politique, le BDS interroge les artistes de manière inconfortable sur leurs responsabilités de créateurs et de citoyens au cœur d’une opinion publique au mieux indifférente, au pis de plus en plus xénophobe. Et dans les conversations un nom revient souvent, comme s’ils étaient orphelins d’une figure capable d’indignation, de « courage », disent certains.

    « Il nous manque un penseur comme Leibowitz », glisse le photographe Miki Kratsman, l’un des fondateurs de l’ONG Breaking the Silence qui recueille les témoignages des soldats sur les exactions auxquelles les contraint l’occupation. C’est aussi ce que dit Zeev Tene, un vieux rockeur dont Ari Folman utilisa une chanson pour son film Valse avec Bachir et qui, depuis deux ans, part, le 6 juin, date anniversaire de la guerre des Six-Jours, le long du mur de séparation avec quelques musiciens et un camion en guise d’estrade pour jouer devant une banderole qui proclame « Make Israel small again ».

    Yeshayahu Leibowitz, mort en 1994, grand penseur et moraliste, religieux convaincu et sioniste affirmé, fut un critique féroce de l’occupation qui « détruit la moralité du conquérant ». Outré par la torture, il alla jusqu’à employer le terme de « judéo-nazis »… Or, constate l’historien « post-sioniste » Shlomo Sand, qui fait lui aussi référence à Leibowitz, « je n’ai pas vu l’Université se mettre en grève lorsqu’une succursale a été ouverte dans la colonie d’Ariel. Je n’ai entendu aucune de nos voix de la gauche sioniste prôner l’objection de conscience dans les territoires ou soutenir les refuzniks [qui refusent de servir dans l’armée]. Le BDS les met devant leurs contradictions… »

    Mais le malaise, explique-t-il, vient aussi du fait que, « en posant le droit au retour des réfugiés, le BDS questionne les conditions mêmes de la naissance d’Israël dans un pays encore hanté par la Shoah. Ce droit au retour ne peut être ignoré, mais il faut être honnête : on ne pourra pas accueillir 5 millions de réfugiés. Je soutiens le BDS à condition qu’il ne mette pas en danger l’existence d’Israël. »

    Une situation parfois absurde

    L’historien déplore aussi la « stupidité » de certains appels au boycott culturel. Les musiciens d’Apo and the Apostles, un Arménien de Jérusalem et trois Palestiniens de Bethléem, partagent sûrement son avis. Lorsque ces talentueux garçons qui mêlent leur folk-rock à des nuances orientales doivent se produire dans un festival de musique alternative arabe à Tel-Aviv, le BDS décrète que ce n’est pas acceptable parce qu’ils ne sont pas des « Palestiniens de 48 », ceux restés en Israël…

    Shady Srour aussi a quelques remarques à faire sur les censeurs du BDS : cinéaste palestinien de Nazareth, il a tourné un très joli film dans sa ville natale, Holy Air, où comment un homme essaie de s’en sortir en vendant de l’« air saint » aux touristes venus sur les traces de Jésus. C’est drôle, féministe, sexy, acide, « beckettien », plus grave lorsque les rêves sont empêchés par le seul fait de n’être pas un citoyen comme les autres.

    Mais le BDS ne rit pas : il a demandé son retrait d’un festival du film israélien à Londres, puis du Festival des cinémas arabes de l’Institut du monde arabe, à Paris, qui a congédié le réalisateur d’un bref courrier. « Je suis palestinien, mon père fut l’un de ceux chassés vers le Liban. Me boycotter, c’est m’empêcher d’affirmer mon propre récit face à celui des Israéliens. Le BDS vient chez moi pour me couper la langue… Aucun financement arabe ne m’est accordé parce que j’ai un passeport israélien, où est-ce que je trouve l’argent ? » On comprend que son film soit teinté de tristesse et d’absurde.

    #Palestine #Culture #Apartheid #BDS #Boycott_culturel


  • En cette fête du Grand Pardon, l’occupation signifie ne jamais être forcé de s’excuser
    Middle East Eye | Gideon Levy | 19 septembre 2018
    https://www.middleeasteye.net/fr/opinions/en-cette-f-te-du-grand-pardon-l-occupation-signifie-ne-jamais-tre-for

    Dans la tradition juive, Yom Kippour conclut les dix jours de pénitence.

    Le judaïsme considère que, au moment de la rédaction de cet article, Dieu examine qui vivra et qui mourra au cours de l’année à venir à la lumière de leurs actes au cours de l’année écoulé. Les juifs se repentent de leurs péchés qui transgressent leurs obligations envers Dieu et implorent Dieu de leur pardonner.

    Cependant, concernant leurs péchés contre leurs semblables, le chemin du pardon de Dieu est différent. La Mishna [Code de la loi juive dans le Talmud] dit que pour de tels péchés, Dieu ne pardonne pas à Yom Kippour, à moins que l’on ait d’abord cherché et obtenu le pardon de ceux contre qui on a péché.

    Ce sont des jours particulièrement sacrés en Israël, et l’atmosphère parmi les fidèles est imprégnée d’une sorte de crainte alors que le jugement de Dieu approche. Toutefois, presque personne en Israël ne s’arrête un instant pour demander le plus grand des pardons – pardon que leur pays aurait dû demander il y a 70 ans, le lendemain de la Nakba, la catastrophe infligée au peuple palestinien par Israël. Plus encore depuis 51 ans, jour après jour, heure par heure, pendant toute la période d’occupation après 1967.

    Israël n’a pas encore commencé le processus crucial d’ouverture d’un nouveau chapitre ; Israël n’a pas encore tourné la moindre page dans sa quête d’expiation – pas demandé le pardon des occupés envers l’occupant, des conquis envers le conquérant, des emprisonnés envers le geôlier, de la victime envers le voleur – et pourtant, sans cela, rien ne se passera. (...)


  • Here’s what I found out when I spent the day with Israel’s most controversial journalist, Gideon Levy
    Robert Fisk | The Independent | 27 septembre 2018
    https://www.independent.co.uk/voices/gideon-levy-robert-fisk-haaretz-israel-palestine-gaza-a8557691.html

    Gideon Levy is a bit of a philosopher king although, sitting in his postage stamp garden in a suburb of Tel Aviv, straw hat shading mischievous dark eyes, there’s a touch of a Graham Greene character about Haaretz’s most provocative and infamous writer. Brave, subversive, sorrowful – in a harsh, uncompromising way – he’s the kind of journalist you either worship or loathe. Philosopher kings of the Plato kind are necessary for our moral health, perhaps, but not good for our blood pressure. So Levy’s life has been threatened by his fellow Israelis for telling the truth; and that’s the best journalism award one can get.

    He loves journalism but is appalled by its decline. His English is flawless but it sometimes breaks up in fury. Here’s an angry Levy on the effect of newspaper stories: “In the year of ’86, I wrote about a Palestinian Bedouin woman who lost her baby after giving birth at a checkpoint. She tried at three different [Israeli] checkpoints, she couldn’t make it and she gave birth in the car. They [the Israelis] didn’t let her bring the baby to the hospital. She carried him by foot two kilometres to the Augusta Victoria [Hospital in east Jerusalem]. The baby died. When I published this story – I don’t want to say that Israel ‘held its breath’, but it was a huge scandal, the cabinet was dealing with it, two officers were brought to court…”

    Then Levy found ten more women who had lost babies at Israeli checkpoints. “And nobody could care less any more. Today, I can publish it and people will yawn if they read it at all. [It’s] totally normalised, totally justified. We have a justification now for everything. The dehumanisation of the Palestinians has reached a stage in which we really don’t care. I can tell you, really, without exaggeration, if an Israeli dog was killed by Palestinians, it will get more attention in the Israeli media than if 20 Palestinian youngsters would be shot dead by snipers on the fence – without doing anything – in Gaza. The life of Palestinians has become the cheapest thing. It’s a whole system of demonisation, of de-humanisation, a whole system of justification that ‘we’ are always right and we can never be wrong.” (...)


  • Thank you, Mother Russia, for imposing boundaries on Israel - For the first time in years another state is saying to Israel: Stop right there. At least in Syria, that’s the end of it. Thank you, Mother Russia.

    Gideon Levy SendSend me email alerts
    Sep 28, 2018
    https://www.haaretz.com/middle-east-news/.premium-to-russia-with-love-1.6511224

    A ray of hope is breaking through: Someone is setting limits on Israel. For the first time in years another state is making it clear to Israel that there are restrictions to its power, that it’s not okay for it to do whatever it wants, that it’s not alone in the game, that America can’t always cover for it and that there’s a limit to the harm it can do.
    Israel needed someone to set these limits like it needed oxygen. The recent years’ hubris and geopolitical reality enabled it to run rampant. It could patrol Lebanon’s skies as if they were its own; bombard in Syria’s air space as if it were Gaza’s air space; destroy Gaza periodically, put it under endless siege and continue, of course, to occupy the West Bank. Suddenly someone stood up and said: Stop right there. At least in Syria: That’s the end of it. Thank you, Mother Russia, for setting limits on a child whom no one has restrained for a long time.
    >>What Russia and Turkey really want in Syria | Explained ■ Russia’s claims on downed plane over Syria are dubious, but will usher in new reality for Israel | Analysis ■ Russia vs. Israel: The contradicting accounts of the downing of a plane over Syria

    The Israeli stupefaction at the Russian response and the paralysis that gripped it only showed how much Israel needed a responsible adult to rein it in. Does anyone dare prevent Israel’s freedom of movement in another country? Is anyone hindering it from flying in skies not its own? Is anyone keeping it from bombing as much as it pleases? For decades Israel hasn’t encountered such a strange phenomenon. Israel Hayom reported, of course, that anti-Semitism is growing in Russia. Israel is getting ready to play the next victim card, but its arrogance has suddenly gone missing.
    In April the Bloomberg News agency cited threats from retired Military Intelligence chief Amos Yadlin and other officers that if Russia gives Syria S-300 anti-aircraft missiles, Israel’s air force would bombard them. Now the voice of bluster from Zion has been muted, at least for the moment.
    Keep updated: Sign up to our newsletter
    Email* Sign up

    Every state is entitled to have weapons for defense against jet bombers, including Syria, and no state is permitted to prevent that forcibly. This basic truth already sounds bizarre to Israeli ears. The idea that other countries’ sovereignty is meaningless, that it can always be disrupted by force, and that Israeli sovereignty alone is sacred, and supreme; that Israel can mix in the affairs of the region to its heart’s content – including by military intervention, whose true extent is yet to be clarified in the war in Syria – without paying a price, in the name of its real or imagined security, which sanctifies anything and everything – all this has suddenly run into a Russian “nyet.” Oh, how we needed that nyet, to restore Israel to its real dimensions.
    It arrived with excellent timing. Just when there’s a president in the White House who runs his Middle East policy at the instructions of his sponsor in Las Vegas and mentor on Balfour Street; when Israel feels itself in seventh heaven, with an American embassy in Jerusalem and no UNRWA, soon without the Palestinians – came the flashing red light from Moscow. Perhaps it will balance out, just a bit, the intoxication with power that has overtaken Israel in recent years, maybe it will start to wise up and recover.
    Russia, without meaning to, may yet turn out to be better for Israel than all the insane, corrupting support it receives from the current American administration, and from its predecessors, too.
    Russia has outlined for the world the way to treat Israel, using the only language Israel understands. Let those who truly care for Israel’s welfare, and for justice, learn how it’s done: Only by force. Only when Israel gets punished or is forced to pay a price does it do the right thing. The air force will think twice now and perhaps many times more before its next bombardment in Syria, whose importance, if indeed it has any, is unknown.
    Had such a Russian “nyet” hovered above Gaza’s skies, too, so much futile death and destruction would have been spared. Had an international force faced the Israeli occupation, it would have ended long ago. Instead, we have Donald Trump in Washington and the European Union’s pathetic denunciations of the evictions at Khan al-Ahmar.


  • A l’instar de Gideon Levy, Emmanuel Riondé revient sur les succès récents de BDS qui, au delà des quelques victoires spectaculaires, rendent compte d’une lame de fond dont israel ne se débarrassera pas facilement :

    Le boycott d’Israël prend de l’ampleur
    Emmanuel Riondé, Regards, le 19 septembre 2018
    http://www.regards.fr/monde/article/quand-bds-prends-du-poids-strategique

    Lancée il y a treize ans, la campagne prônant des mesures de boycott désinvestissement et sanction (BDS) contre Israël n’a guère affaibli l’économie du pays. Mais elle joue aujourd’hui un rôle majeur dans la déconstruction de son image... donnant du fil à retordre à Tel-Aviv.

    Il y cite, entre autres :

    Eyal Sivan : « Israël ne veut plus convaincre, mais devenir attractif »
    Emmanuel Riondé, Regards, le 1er février 2017
    https://seenthis.net/messages/569632

    Lobby israélien, le documentaire interdit
    Alain Gresh, Le Monde Diplomatique, septembre 2018
    https://seenthis.net/messages/718011

    Boycotter Israël est-il de la « haine » ?
    Joseph Levine, The New-York Times, le 4 septembre 2018
    https://seenthis.net/messages/720220

    Itay Tiran, le comédien et metteur en scène de théâtre n°1 d’Israël : BDS est une forme légitime de résistance
    Ravit Hecht, Haaretz, le 5 septembre 2018
    https://seenthis.net/messages/720187

    Les réussites de BDS
    Gideon Levy, Haaretz, le 5 septembre
    https://seenthis.net/messages/720326

    Eurovision, ne blanchissez pas l’occupation militaire et les violations des droits humains par Israël
    The Guardian, le 7 septembre 2018
    https://seenthis.net/messages/720386

    #Palestine #BDS


  • 79 percent of right-wingers believe Jews are the chosen people. Are you for real ?
    Whereas belief in God is a private matter, the belief in a chosen people provides the outlines of policy that explains a great deal about Israel’s actions. When they say that they are the chosen people, it reveals their psychosis
    Gideon Levy - Sep 15, 2018 11:28 PM
    https://www.haaretz.com/opinion/.premium-79-percent-of-right-wingers-believe-jews-are-the-chosen-people-are

    File Photo: An Ultra-Orthodox man looks at the Western Wall in Jerusalem. Credit : RONEN ZVULUN/Reuters

    I would like to meet representatives of that absolute, decisive, arrogant and patronizing majority reflected in a recent Haaretz poll and ask them: Are you guys for real? How did you come up with that? On whose say-so? Are you, the absolute majority, so sure that we are the chosen, the very best, that we are the champions, head and shoulders above the rest?

    How did you come to this conclusion? I’d like to ask you, dear majority: On what basis are you convinced that we are the chosen people, that we know everything better than all the other nations; that we deserve more than everyone else; that what applies to them does not apply to us, because we are superior.

    This is how a majority of Israeli Jews responded in the Haaretz-Dialog poll published last week: We are a chosen people. A majority, 56 percent, are sure of this. The figure rises to 79 percent, an overwhelming majority, among self-identified right-wingers. In a country where 76 percent of people believe in God or another higher power, perhaps that is obvious. But whereas belief in God is a private matter, the belief in a chosen people provides the outlines of policy that explains a great deal about Israel’s actions.

    Credit : Haaretz

    Let’s turn from theology to pathology. The Israeli Jews who think they belong to a chosen and select people owe an accounting to themselves and to others. It’s easy to declare that God does or doesn’t exist. No one is expecting evidence, but when the majority of a nation is convinced that it is superior to all other nations, some evidence is necessary. In Israel’s case, it’s easy to prove that it’s a case of detachment from reality, a dangerous delusion. In any event, a people that is convinced that it is chosen poses a danger to itself and its surroundings.

    The Jewish people is indeed special, with a glorious and bloody history. Israeli Jews, too, have cause for pride. But when they say that they are the chosen people, it reveals their psychosis. It’s doubtful that any other nation thinks that of itself today. Israeli Jews have no grounds to think this either. In what way are we chosen? In what way are we better? And what is the Swede, the French person, the American, the Briton or the Arab supposed to think about this insufferable arrogance?

    There’s no need to elaborate on Israel’s questionable morality as an occupier. Any Israeli with even a modicum of self-awareness recognizes that an occupying nation cannot be the chosen people. Nor would a bit of humility hurt when it comes to a few other characteristics of the people of Israel, before it crowns itself a light unto the nations. I recommend, for example, reading the comprehensive, horrifying analysis in Haaretz by Dan Ben-David of the country’s education system, which did not prompt the necessary outcry. Half of Israel’s children receive a Third World education.

    A little modesty would also become the citizens of a state that ranks 87th in the 2018 World Press Freedom Index, below Togo and the Ivory Coast. Nor is No. 32 on Transparency International’s 2017 Corruption Perceptions Index something to celebrate. Health care is yet another area where Israel’s self-esteem should be curbed: The country ranks 28th in health-care spending, of the 36 Organization for Economic Cooperation and Development member states, and 30th in the number of hospital beds.

    The behavior of Israeli tourists abroad is also not always befitting a chosen people. Perhaps Israel ranks high on an index of German submarine purchases, and maybe that’s the key to understanding the sense of superiority.

    Basking in self-glorification has recently become a salient characteristic of Israel’s national character. Just regularly read the Israel Hayom daily or listen to the prime minister: How lovely we are from morning to night.

    The right spreads this lie, for its own purposes. Sycophantic populism thrives not only in Israel, but it is only here that the disparity between dream and reality is so great. A chosen people? If only it were finally like all the other nations.


  • Itay Tiran, Israel’s No. 1 theater actor-director: #BDS is a legitimate form of #resistance - Israel News - Haaretz.com
    https://www.haaretz.com/israel-news/.premium-itay-tiran-israel-s-no-1-theater-actor-director-endorses-bds-1.645

    “BDS is a perfectly legitimate form of resistance. And if we want to preach for a certain kind of political discussion that isn’t violent, we must strengthen these voices, even if it’s difficult,” said Itay Tiran, widely considered Israel’s leading theatrical actor-director, in an interview with Haaretz on the eve of his departure to Germany.

    “I think a normal political left should support BDS,” he says. “After all, it doesn’t matter what the Palestinian will do. When he commits an act of terror he is called a violent, bloodthirsty terrorist. And when he supports BDS he’s a political
    terrorist."

    “If what finally leads to a solution here will be non-violent pressure, conducted as political discourse, then why not support it? It’s a humanist approach, and it’s also practical, and I think it will prevent the next wars,” he said.

    #Palestine


  • BDS success stories - Opinion - Israel News | Haaretz.com
    https://www.haaretz.com/opinion/.premium-bds-success-stories-1.6455621

    More than the achievements of the economic, academic and cultural boycott, BDS has succeeded in undermining the greatest asset of Israeli public diplomacy: Israel’s liberal and democratic image in the world.

    Gideon Levy SendSend me email alerts
    Sep 05, 2018

    Gilad Erdan is a great success story of the boycott, divestment and sanctions movement, as is the Strategic Affairs Ministry that he heads. So is the anti-boycott law. Every human rights activist who is expelled from Israel or questioned at Ben-Gurion International Airport is a BDS success story. The European Broadcasting Union’s letter is another success of the global movement to boycott Israel.
    More than Lana Del Rey canceling her visit, more than SodaStream moving its factory from the West Bank to the Negev and more than the achievements of the economic, academic and cultural boycott, BDS has succeeded in a different area, effortlessly and perhaps unintentionally. It has undermined the greatest asset of Israeli public diplomacy: Israel’s liberal and democratic image in the world. It was the European Broadcasting Union, of all things, a nonpolitical organization, very far from BDS, that best described the extent of the damage to Israel: The organization compared Israel to Ukraine and Azerbaijan in the conditions it set for these countries to host the Eurovision Song Contest.
    To really understand Israel and the Middle East - subscribe to Haaretz
    Ukraine and Azerbaijan, which no one seriously considers to be democracies, in the same breath as Israel. This is how the Eurovision organizers see Israel.
    The song contest was held in Jerusalem twice before, and no one thought to set conditions to guarantee the civil liberties of participants. Now it is necessary to guarantee, in advance and in writing, what is self-evident in a democracy: freedom of entry and freedom of movement to everyone who comes for the competition.
    Keep updated: Sign up to our newsletter
    Email* Sign up

    In Israel, as in Ukraine and Azerbaijan, this is no longer self-evident. In the 13 years since it was founded, the BDS movement couldn’t have dreamed of a greater triumph.
    The main credit, of course, goes to the Israeli government, which in declaring war on BDS and made a great contributions to the movement. With a commander like Erdan, who is outraged over the interference with the “laws of a democratic state” and doesn’t understand how grotesque his words are, and with a ministry that is nothing but an international thought police, the government is telling the world: Israel isn’t what you thought. Did you think for years that Israel was a liberal democracy? Did you close your eyes to the goings-on in its backyard? Did you think the occupation was separate from the state, that it could be maintained in a democracy, that it was surely temporary and would be over momentarily? That at least sovereign Israel is part of the West? Well, you were wrong.


  • Boycotter Israël est-il de la « haine » ?
    6 septembre | Joseph Levine pour New York Times |Traduction CG pour l’AURDIP
    https://www.aurdip.org/boycotter-israel-est-il-de-la.html

    Le débat sur le mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (B.D.S.) contre Israël a été l’un des plus conflictuel de la culture politique américaine depuis plus d’une décennie. Et maintenant, étant donné les événements tumultueux et mortels des derniers mois, il va probablement s’enflammer encore davantage.

    Les victimes des manifestations en cours à Gaza, qui ont commencé en mars, continuent à s’accumuler ; près de 180 manifestants palestiniens, pour la plupart non armés, ont été tués par les forces israéliennes, et plus de 18000 blessés, selon les Nations Unies. Des dizaines de morts ont eu lieu à la mi-mai, lorsque les Etats-Unis ont pris la mesure provocatrice de déplacer leur ambassade à Jérusalem. Les tensions vont surement monter encore après la décision prise la semaine dernière par les Etats-Unis de mettre un terme aux subventions de plusieurs millions versées à l’agence des Nations Unies qui fournit de l’aide aux réfugiés palestiniens.

    B.D.S. a commencé en 2005 en réponse à un appel de plus de 100 organisations de la société civile palestinienne, avec à l’esprit le mouvement fructueux contre l’apartheid d’Afrique du Sud. Le raisonnement était qu’Israël, par son occupation d’un demi-siècle des territoires palestiniens, méritait autant la condamnation internationale, jusqu’à ce que change sa politique vis-à-vis des droits politiques et civils palestiniens. B.D.S. appelle à ce que sa position de protestation non violente reste en vigueur jusqu’à ce que trois conditions soient remplies : qu’Israël mette fin à son occupation et à sa colonisation dans tous les pays arabes et démantèle le mur ; qu’Israël reconnaisse les droits fondamentaux de tous les citoyens arabo-palestiniens d’Israël en pleine égalité ; et qu’Israël respecte, protège et promeuve les droits des réfugiés palestiniens à retourner dans leurs foyers et dans leurs propriétés ainsi qu’il est stipulé dans la Résolution 194 des Nations Unies.

    traduction de cet article : https://seenthis.net/messages/719821


  • Itay Tiran, le comédien et metteur en scène de théâtre n°1 d’Israël : BDS est une forme légitime de résistance
    Ravit Hecht, Haaretz, le 5 septembre 2018
    https://www.bdsfrance.org/itay-tiran-le-comedien-et-metteur-en-scene-de-theatre-n1-disrael-bds-est-

    « BDS est une forme tout à fait légitime de résistance. Et si nous voulons prôner un certain type de débat politique qui ne soit pas violent, nous devons renforcer ces voix, même si c’est difficile », dit Itay Tiran, largement considéré comme le comédien et metteur en scène de théâtre-phare d’Israël, dans une interview à Haaretz à la veille de son départ pour l’Allemagne.

    (...)

    « La Déclaration d’Indépendance et le discours sur l’égalité et les valeurs, tout ça c’était l’auto-lissage d’une fanfaronnade colonialiste d’un libéralisme éclairé. Il y a des gens qui se caractérisent encore par « centre-gauche » et qui pensent toujours que s’ils mettent le mot égalité dans la loi, tout ira bien. Ce n’est pas mon avis. Et vraiment, le contre-argument justifié par la droite était : Attendez, il y la Loi du Retour. Qu’est ce qui fait que c’est seulement la loi de l’État-nation qui vous rend fous ? » remarque-t-il.

    #Palestine #BDS #Boycott_culturel

    • Pour autant, Tiran a insisté sur le fait que la situation politique n’est pas la raison principale pour laquelle il quitte le pays, et qu’il ne se considère pas comme un « exilé politique ».

      « Si la loi de l’État-Nation est une référence à partir de laquelle vous calculez où en est la société israélienne, alors la loi est clairement raciste, inégalitaire ; c’est une nouvelle étape dans le tournant nationaliste pris ici. D’un autre côté, je dis qu’elle n’est pas seulement mauvaise. Pourquoi ? Parce qu’elle extirpe une sorte d’inconscient collectif qui a toujours existé ici » a-t-il dit.

      « La Déclaration d’Indépendance et le discours sur l’égalité et les valeurs, tout ça c’était l’auto-lissage d’une fanfaronnade colonialiste d’un libéralisme éclairé. Il y a des gens qui se caractérisent encore par « centre-gauche » et qui pensent toujours que s’ils mettent le mot égalité dans la loi, tout ira bien. Ce n’est pas mon avis. Et vraiment, le contre-argument justifié par la droite était : Attendez, il y la Loi du Retour. Qu’est ce qui fait que c’est seulement la loi de l’État-nation qui vous rend fous ? » remarque-t-il.

      Donc vous dites que le sionisme est un racisme, de toute façon ?

      Oui

      Que le sionisme est un racisme ?

      Oui, exactement, le sionisme est un racisme. Donc il nous faut à tous regarder la vérité et choisir son camp.

    • Des arrêts de bus de Londres vandalisés avec des affiches anti-Israël
      Par Times of Israel Staff 6 septembre 2018
      https://fr.timesofisrael.com/des-arrets-de-bus-de-londres-vandalises-avec-des-affiches-anti-isr

      Un groupe pro-palestinien a placardé des affiches où l’on lit qu’Israël est une entreprise raciste, pour protester contre l’adoption, par le Labour, de la définition de l’IIRHA
      Au moins six arrêts de bus londoniens ont été vandalisés avec des affiches sur lesquelles on peut lire “Israel is a racist endeavor” (Israël est une entreprise raciste) jeudi matin. Il s’agit d’une forme de protestation contre l’adoption, par le parti travailliste britannique, de la définition de l’antisémitisme internationale, qui considère cette phrase comme antisémite.
      Les affiches ont été installées par le groupe London Palestine Action, qui a publié des images de ces affiches jeudi sur ses comptes Twitter et Facebook, assorties d’explications sur l’affirmation du groupe, selon lequel Israël est profondément raciste.
      (...)
      La phrase choisie pour les posters est une citation de la définition élaborée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste, qui spécifie que déclarer qu’Israël est « une entreprise raciste » est antisémite.


  • Opinion | Is Boycotting Israel ‘Hate’? - The New York Times
    https://www.nytimes.com/2018/09/04/opinion/is-boycotting-israel-hate.html

    Opponents of the nonviolent Boycott, Divestment and Sanctions movement are involved in a dishonest branding campaign.

    By Joseph Levine
    Mr. Levine is a philosophy professor and a member of the Jewish Voice for Peace Academic Advisory Council.

    The debate over the Boycott, Divestment and Sanctions (B.D.S.) movement against Israel has been one of the most contentious in American political culture for more than a decade. Now, given the tumultuous and deadly events of the past several months, it is likely to heat up further.

    Casualties in the ongoing protests in Gaza, which began in March, continue to mount; nearly 180 mostly unarmed Palestinian protesters have been killed by Israeli forces, with more than 18,000 injured, according to the United Nations. Dozens of those deaths came in mid-May, as the United States took the provocative step of moving its embassy to Jerusalem. Tensions will surely spike again following last week’s decision by the United States to stop billions in funding to the United Nations agency that delivers aid to Palestinian refugees.

    B.D.S. began in 2005 in response to a call by more than 100 Palestinian civil society organizations, with the successful movement against apartheid South Africa in mind. The reasoning was that Israel, with its half-century occupation of Palestinian territories, would be equally deserving of the world’s condemnation until its policies changed to respect Palestinian political and civil rights. B.D.S. calls for its stance of nonviolent protest to remain in effect until three conditions are met: that Israel ends its occupation and colonization of all Arab lands and dismantles the wall; that Israel recognizes the fundamental rights of the Arab-Palestinian citizens of Israel to full equality; and that Israel respects, protects and promotes the rights of Palestinian refugees to return to their homes and properties as stipulated in United Nations Resolution 194.

    • The debate over the Boycott, Divestment and Sanctions (B.D.S.) movement against Israel has been one of the most contentious in American political culture for more than a decade. Now, given the tumultuous and deadly events of the past several months, it is likely to heat up further.

      Casualties in the ongoing protests in Gaza, which began in March, continue to mount; nearly 180 mostly unarmed Palestinian protesters have been killed by Israeli forces, with more than 18,000 injured, according to the United Nations. Dozens of those deaths came in mid-May, as the United States took the provocative step of moving its embassy to Jerusalem. Tensions will surely spike again following last week’s decision by the United States to stop billions in funding to the United Nations agency that delivers aid to Palestinian refugees.

      B.D.S. began in 2005 in response to a call by more than 100 Palestinian civil society organizations, with the successful movement against apartheid South Africa in mind. The reasoning was that Israel, with its half-century occupation of Palestinian territories, would be equally deserving of the world’s condemnation until its policies changed to respect Palestinian political and civil rights. B.D.S. calls for its stance of nonviolent protest to remain in effect until three conditions are met: that Israel ends its occupation and colonization of all Arab lands and dismantles the wall; that Israel recognizes the fundamental rights of the Arab-Palestinian citizens of Israel to full equality; and that Israel respects, protects and promotes the rights of Palestinian refugees to return to their homes and properties as stipulated in United Nations Resolution 194.

      Opposition to B.D.S. is widespread and strong. Alarmingly, in the United States, support for the movement is in the process of being outlawed. As of now, 24 states have enacted legislation that in some way allows the state to punish those who openly engage in or advocate B.D.S., and similar legislation is pending in 12 more states. At the federal level, a bill called the Israel Anti-Boycott Act would criminalize adherence to any boycott of Israel called for by an international agency (like the United Nations). The bill has garnered 57 Senate co-sponsors and 290 House co-sponsors, and may very well come up for a vote soon.

      While these bills certainly constitute threats to free speech — (a view shared by the ACLU) — I am interested in a more subtle effect of a fairly widespread anti-B.D.S. strategy: co-opting rhetoric of the anti-Trump resistance, which opposes the growing influence of racist hate groups, in order to brand B.D.S. as a hate group itself.

      In my home state of Massachusetts, for example, where a hearing for one of the many state bills aimed at punishing B.D.S. activity took place in July 2017, those who testified in favor of the bill, along with their supporters in the gallery, wore signs saying “No Hate in the Bay State.” They took every opportunity to compare B.D.S. supporters to the alt-right activists recently empowered by the election of Donald Trump. (Full disclosure: I am a strong supporter of B.D.S. and was among those testifying against the bill.)

      The aim of this activity is to relegate the B.D.S. movement, and the Palestine solidarity movement more generally, to the nether region of public discourse occupied by all the intolerant worldviews associated with the alt-right. This is an area the philosopher John Rawls would call “unreasonable.” But to my mind, it is the anti-B.D.S. movement itself that belongs there.

      There are two dimensions of reasonableness that are relevant to this particular issue: the one that allegedly applies to the B.D.S. campaign and the one I claim actually applies to the anti-B.D.S. campaign. Rawls starts his account of the reasonable from the premise of what he calls “reasonable pluralism,” an inevitable concomitant of modern-day democratic government. Large democratic societies contain a multitude of groups that differ in what Rawls calls their “comprehensive doctrines” — moral, religious or philosophical outlooks in accord with which people structure their lives. What makes a comprehensive doctrine “reasonable” is the willingness of those living in accord with it to recognize the legitimate claims of differing, often conflicting doctrines, to accord to the people that hold them full participation as citizens and to regard them as deserving of respect and equal treatment. We can label this dimension of reasonableness a matter of tolerance.

      The second dimension of reasonableness is associated with the notion of “public reason.” When arguing for one’s position as part of the process of democratic deliberation in a society characterized by reasonable pluralism, what kinds of considerations are legitimate to present? The constraint of public reason demands that the considerations in question should look reasonable to all holders of reasonable comprehensive doctrines, not merely one’s own.

      For example, when arguing over possible legal restrictions on abortion, it isn’t legitimate within a democracy to appeal to religious principles that are not shared by all legitimate parties to the dispute. So, while the personhood of the fetus is in dispute among reasonable doctrines, the status of African-Americans, women, gays and Jews is not. To reject their status as fully equal members of the society would be “unreasonable.”

      One of the essential principles of democratic government is freedom of thought and expression, and this extends to the unreasonable/intolerant as well as to the reasonable, so long as certain strict limits on incitement to violence, libel and the like are observed. Still, doctrines within the “tent of the reasonable” are accorded a different status within public institutions and civil society from those deemed outside the tent. This is reflected in the kinds of public support or reprobation representatives of the state and other civil society institutions (e.g., universities) display toward the doctrines or values in question.

      To put it simply, we expect what’s reasonable to get a fair hearing within the public sphere, even if many don’t agree with it.

      On the other hand, though we do not suppress the unreasonable, we don’t believe, in general, that it has the right to a genuinely fair hearing in that same sphere. For instance, after the white supremacist rallies in Charlottesville, Va., in August last year, students at my campus, the University of Massachusetts, Amherst, were greeted in the fall with signs plastered everywhere that said “Hate Has No Home at UMass.” This was intended to let the Richard Spencers of this world know that even if it may not be right or legal to bar them from speaking on campus, their message was not going to be given the respectful hearing that those within the tent of the reasonable receive.

      The alleged basis for claiming that B.D.S. advocates are anti-Semitic, and thus worthy only of denunciation or punishment, not argument, is that through their three goals listed in their manifesto they express their rejection of Jews’ right to self-determination in their homeland. This idea was put succinctly by Senator Chuck Schumer at the policy conference of the American Israel Public Affairs Committee (Aipac) in March, where he said, “Let us call out the B.D.S. movement for what it is. Let us delegitimize the delegitimizers by letting the world know when there is a double standard, whether they know it or not, they are actively participating in an anti-Semitic movement.”

      B.D.S. supporters are “delegitimizers,” according to Schumer, because they do not grant legitimacy to the Zionist project. Some might quibble with this claim about the B.D.S. goals, but I think it’s fair to say that rejection of the legitimacy of the Zionist project is fairly widespread within the movement. But does this constitute anti-Semitism? Does this put them outside the tent of the reasonable?

      To justify this condemnation of the B.D.S. movement requires accepting two extremely controversial claims: first, that the right to self-determination for any ethnic, religious or racial group entails the right to live in a state that confers special status on members of that group — that it is “their state” in the requisite sense; and second, that Palestine counts for these purposes as the rightful homeland of modern-day Jews, as opposed to the ancient Judeans. (I have argued explicitly against the first claim, here.)

      With regard to the second claim, it seems obvious to me, and I bet many others when they bother to think about it, that claims to land stemming from a connection to people who lived there 2,000 years ago is extremely weak when opposed by the claims of those who currently live there and whose people have been living there for perhaps a millennium or more.

      Remember, one needn’t agree with me in my rejection of these two principal claims for my point to stand. All one must acknowledge is that the right at issue isn’t obvious and is at least open to question. If a reasonable person can see that this right of the Jews to establish a state in Palestine is at least open to question, then it can’t be a sign of anti-Semitism to question it! But once you admit the B.D.S. position within the tent of the reasonable, the proper response is not, as Senator Schumer claims, “delegitimizing,” but rather disputing — engaging in argument, carried out in the public sphere according to the rules of public reason.

      But now we get to my second main point — that it’s the anti-B.D.S. camp that violates reasonableness; not because it is an expression of intolerance (though often it flirts with Islamophobia), but because it violates the constraints on public reason. Just how far the positive argument for the legitimacy of the Zionist project often veers from the rules of public reason is perfectly captured by another quote from Mr. Schumer’s speech to Aipac.

      “Now, let me tell you why — my view, why we don’t have peace. Because the fact of the matter is that too many Palestinians and too many Arabs do not want any Jewish state in the Middle East,” he said. “The view of Palestinians is simple: The Europeans treated the Jews badly, culminating in the Holocaust, and they gave them our land as compensation. Of course, we say it’s our land, the Torah says it, but they don’t believe in the Torah. So that’s the reason there is not peace. They invent other reasons, but they do not believe in a Jewish state, and that is why we, in America, must stand strong with Israel through thick and thin …”

      This quote is really quite remarkable, coming from one of the most powerful legislators in our democracy. After fairly well characterizing a perfectly reasonable attitude Palestinians have about who is responsible for the Holocaust and who should pay any reparations for it, Mr. Schumer then appeals to the Torah to justify the Jewish claim against them. But this is a totally illegitimate appeal as a form of public reason, no different from appealing to religious doctrine when opposing abortion. In fact, I claim you can’t find any genuine argument that isn’t guilty of breaching the limits of the reasonable in this way for the alleged right to establish the Jewish state in Palestine.

      This almost certainly explains why opponents of B.D.S. are now turning to the heavy hand of the state to criminalize support for it. In a “fair fight” within the domain of public reason, they would indeed find themselves “delegitimized.”

      Joseph Levine is a professor of philosophy at the University of Massachusetts, Amherst, and the author of “Quality and Content: Essays on Consciousness, Representation and Modality.” He is a member of the Jewish Voice for Peace Academic Advisory Council.

      #Palestine #USA #BDS #criminalisation_des_militants #liberté_d'expression #censure

      Et aussi à ajouter à la longue liste d’articles sur la confusion entretenue entre #Antisionisme et #Antisémitisme :

      https://seenthis.net/messages/337856
      https://seenthis.net/messages/580647
      https://seenthis.net/messages/603396
      https://seenthis.net/messages/604402
      https://seenthis.net/messages/606801
      https://seenthis.net/messages/690067
      https://seenthis.net/messages/700966
      https://seenthis.net/messages/716567
      https://seenthis.net/messages/718335
      https://seenthis.net/messages/719714


  • Just look at Ben-Gurion Airport - Opinion
    Haaretz.com | Gideon Levy | Aug 16, 2018 1:07 AM
    https://www.haaretz.com/opinion/.premium-just-look-at-ben-gurion-airport-1.6384896

    Look at Ben-Gurion Airport, and see us. Nothing reflects Israel 2018 better than that entrance gate, the place Israelis hold most sacred.

    Elaborately designed, efficient, modern, with a semblance of the epitome of freedom – here the “open sky” is the limit – while under the magnificent columns and moving walkways the injustices fester, well hidden, as usual, behind screens. The Ben-Gurion we love so much is an airport of segregation, an airdrome partially in the Shin Bet’s control, including a thought-police station. Welcome arrivals and departures: Peter Beinart is not alone.

    It begins long before the entrance. About two million residents, some of them living on the very outskirts of the airport, see it from their window but cannot go near it, not to mention use its services. Their Jewish neighbors are allowed, but they themselves are prohibited. They’re Palestinians. Have you heard of any other international airport that is closed to some of the state’s residents solely because of their origin? If this isn’t the port of apartheid, what is?

    As the permitted ones drive up to the checkpoint at the entrance, the ceremony of opening the window and greeting the security guard, armed with a machine gun – the most racist procedure there is – takes place. Everyone cooperates with this sickening act, intended to hear the passengers’ accent and ascertain whether they are Jews or Arabs.

    The security guards know what they’re doing. They also know what they’re doing at the security examinations in the airport. Invasive, intrusive questions that have no place in a free country, that have nothing to do with flight security. Not everyone is subjected to this, of course. Profiling is the name of the game, intended to make it easy for us, the privileged Israeli Jews, and deprive and degrade all the rest. Security, hush-hush, don’t ask questions.

    And then the numbers with the different endings on the sticker attached to your passport, separating one traveler from another, on the basis of his origin, or the extent of suspicion he raises. There are numbers whose digital endings mean complete nudity in front of the male or female examiner. This does not apply to the Jewish Israelis.

    Most of the suspicions in Ben-Gurion Airport arise because of origin or ideological affiliation. An American of Palestinian origin – suspicious. A Jew is not, of course, unless he’s a leftist. There are no suspicions of right-wingers. There’s no chance that an racist evangelist from Alabama, an “Israel lover” and believer in Armageddon, could endanger anything. Only the Norwegian tourist who took part, bad girl, in a tour of Breaking the Silence, is jeopardizing the flight’s safety or the public’s security. Only the activist of the Ecumenical Accompaniment Programme in Palestine and Israel is a potential plane hijacker, or a possible terrorist.

    No rightist supporter of the settlers, Jewish or Christian, has ever been held up at Ben-Gurion Airport and interrogated about his activity on behalf of the settlements, which are far more criminal than any demonstration, protest or act of solidarity with the Palestinians. Such a person, it seems, has yet to be born. In Israel, the fascist, even anti-Semitic, right is patriotic, and so it is in Ben-Gurion Airport too, the mirror of our homeland’s landscape.

    It will end only on the day Israelis are humiliated like that at the gateways to other countries. Until then the security excuse will be upheld and used for everything. And we haven’t yet said a word about the Palestinian citizens of Israel. Try once to think of the one standing in front of you or behind you in line, an Israeli Arab, director of a hospital ward or a construction worker. He has the same passport, the same citizenship as yours, in the nation-state of equality for all. Try to imagine the feeling of exclusion, the affront of deprivation. What does he say to the child who asks why we are here and they are there, how does he overcome the suspicious looks.

    On top of all this came the ridiculous, outrageous war on BDS, which turned Ben-Gurion border officials into duty officers of the thought-police. Beinart was its victim, but he’s a Jew and quite famous, so his interrogation was declared an “administrative error.” But this is no error: This is Ben-Gurion Airport. This is Israel. And now, to the duty-free shops.

    #BenGourion #expulsions #frontières


  • Imaginez les réactions si le Hamas avait tué une Israélienne enceinte et son nourrisson. Mais Inas et Bayan n’étaient que des Palestiniennes de Dir al-Balah… –
    Gideon Levy traduction : Pour la Palestine - Publié le 12 août 2018
    http://www.pourlapalestine.be/imaginez-les-reactions-si-le-hamas-avait-tue-une-israelienne-enceint

    Alors que la soif de sang a submergé les médias sociaux [israéliens] ; tandis que le commentateur Shimon Riklin a tweeté : « Nous voulons que vous tuiez des terroristes, et autant que possible, jusqu’à ce que les cris de leurs familles couvrent leurs appétits criminels » ; tandis que le ministre Yoav Galant 1, un homme aux mains couvertes du sang de Gaza, déclarait avec un lyrisme biblique : « je poursuivrai mes ennemis et les attraperai, je ne reviendrai pas avant d’avoir fini » ; alors que Yair Lapid 2 écrivait, « Les FDI doivent les frapper de toutes leurs forces, sans hésiter, sans réfléchir » – alors que tout cela se passait, Inas et Bayan Khammash ont été tués. (...)

    traduction de l’article signalé ici : https://seenthis.net/messages/714487


  • The late Inas and Bayan Khammash
    Haaretz.com - Gideon Levy - Aug 12, 2018 2:50 AM
    Imagine the reaction if Hamas had killed a pregnant Israeli woman and her baby daughter. But Inas and Bayan were Palestinians from Dir al-Balah

    https://www.haaretz.com/opinion/.premium-the-late-inas-and-bayan-khammash-1.6365468

    For Uri Avnery

    While the thirst for blood overtook social media; while commentator Shimon Riklin tweeted, “We want you to kill terrorists, and as many as possible, until the cries of their families overcome their sick murderousness”; while Minister Yoav Galant, a man whose hands are stained with a great deal of Gazan blood, declared with Biblical lyricism, “I’ll pursue my enemies and catch them, I won’t come back until they’re finished”; while Yair Lapid was writing, “The IDF must hit them with all its force, without hesitating, without thinking” – while all this was happening, Inas and Bayan Khammash were killed.

    They were mother and daughter. Inas was 23, in her ninth month of pregnancy; Bayan was an 18-month-old baby. They were killed when a missile hit their home, a rented apartment in a one-story building in Dir al-Balah in the Gaza Strip. The father of the family, Mohammed, was seriously wounded.

    Their killing didn’t slake the thirst for blood on social media in the slightest. It barely earned a mention in the mainstream Israeli media, which were far more concerned by the cancellation of a wedding in Sderot. That’s always Israel’s order of priorities.

    It’s not that the suffering of residents of Israeli communities near Gaza shouldn’t be given abundant coverage, but the complete disregard for the victims on the other side, even the killing of a pregnant mother and her daughter, is an act of collaboration with wartime propaganda. The complete public indifference to every killing, coupled with the thirst for blood that has become politically correct, is also evidence of an unparalleled nadir.

    It’s not hard to imagine what would have happened, both in Israel and abroad, if Hamas had killed a pregnant Israeli woman and her baby daughter. But Inas and Bayan were Palestinians from Dir al-Balah.

    Are there still any Israelis who glanced for a moment at their own loved ones and imagined the atrocity of killing a pregnant mother with her baby in her arms? Does the thought still pass through anyone’s mind here that Inas and Bayan were a pregnant mother and her baby daughter, like the neighbors across the way? Like your daughter and granddaughter. Like your wife and daughter.

    Can thoughts like these still arise even for a moment, given the onslaught of dehumanization, propaganda and brainwashing, which justifies any killing and blames the entire world, with the sole exception of those who committed it? Given the media, most of which just wants to see more and more blood being spilled in Gaza, and even does everything in its power so that blood will actually be spilled? Given the usual excuses that the Israel Defense Forces never intend to hit a pregnant woman and her daughter, they merely happen to do so, again and again and again and again?

    Given all this, is there still any chance that the killing of a mother and daughter will shock anyone here? That it will touch anyone?

    For almost 12 years, Gaza has been closed to Israeli journalists on Israel’s orders, and Israel’s fighting media accepts this submissively, even gladly. How badly I wish I could go to Inas and Bayan’s house right now, to tell their story and, above all, to remind the reader that they were human beings, people – a very difficult thing to do in the atmosphere of today’s Israel.

    On one of our last trips to Gaza, in September 2006, photographer Miki Kratsman and I went to the Hammad family’s house in the Brazil refugee camp in Rafah. A huge crater had opened up a few hundred meters from the miserable tin shack we entered. In the dim room, we saw nothing but a crushed wheelchair and a crippled woman lying on the sofa.

    A few nights earlier, the family heard airplanes overhead. Basma, then 42 and completely paralyzed, was lying in her iron bed. She quickly told her only daughter, 14-year-old Dam al-Iz, to rush to her so she could protect the girl with her own body. A concrete roof crashed down on them and killed Dam, her only daughter, who was lying curled up in her mother’s arms.

    Ever since Inas and Bayan were killed, I’ve been thinking about Dam al-Iz and her mother again.


  • Now Israel has a revolution of the pampered, in stages

    Like the LGBT community, the Druze are fighting an erosion of their favored status – and just might help the country achieve a state based on justice

    Gideon Levy - Aug 05, 2018 12:34 AM

    https://www.haaretz.com/opinion/.premium-now-it-s-a-revolution-of-the-pampered-in-stages-1.6341321

    Israel is making progress. It’s ashamed and is even beginning to protest. Only part of it, probably a minority, remains in its comfort zone; a new light seems to be breaking through the darkness.

    All of a sudden they’re saying apartheid. They dare ask questions about Zionism. Now the term “Jewish-democratic” doesn’t seem so natural anymore. Something creaks when you utter these words. There’s some hesitation when you say “the only democracy.” The protest of the pampered marches on.

    The rally Saturday night in Rabin Square was still within the confines of relative comfort and indulgence, but much less so than previous such events. It was two weeks after the LGBT community demonstrated in the same spot for equal surrogacy rights – under the sponsorship of Meitav Dash Investments. Then came the Druze community, the most privileged of Arabs but Arabs nevertheless, demonstrating for more meaningful equality, this time under the auspices of former heads of the Shin Bet security service, the Mossad and the army.

    This is a hopeful development. It’s true that a demonstration for freedom, equality and fraternity under the helm of former defense chiefs is problematic, almost grotesque.

    When a former Shin Bet head like Yuval Diskin, a person responsible for despicable actions toward millions of people who have no rights, writes a pompous manifesto extolling “the value of equality,” “democratic protest” and “mutual respect,” reminding everyone that he’s the son of Holocaust survivors while talking about racism, it turns your stomach. The fact that most speakers at the rally were generals, both Jews and Druze, who during their service often brutally oppressed another nation, is also problematic.

    It’s true that most of the Druze participants were demonstrating for their own interests, for the equality they believe is their due in return for their military service, without trying to serve as a bridgehead for a campaign championing equality for all, including Palestinians.

    But we can’t ignore their contribution to the growing protest. Largely due to them the nation-state law has become possibly the most exciting civics lesson in Israel in recent years. Questions that were never asked are being raised, maybe only for a short time – yet this is really a shake-up. Maybe in response to the most ultra-nationalist government, a little opposition will finally make an appearance.

    The elephant still stands silently in the middle of the room, with only a few daring to mention him, but some are throwing furtive glances at him. An establishment commentator on defense matters, Channel 10’s Alon Ben-David, has written that underlying the nation-state law is a strategic objective: “It paves the way for the annexation of millions of Palestinians and the loss of a Jewish majority. Will the law mark the beginning of the laying to rest of the Zionist dream?”

    So we may be at the brink of an earthquake, more severe than the earthquake expected in Tiberias. The first signs on the seismograph have been noted. The road is still long, the agents of denial and propaganda are still well in control, but hope has been ignited.

    Israel needs this shake-up so badly. We’ve had so many years mired in the muck amid the brainwashing, the lack of critical thinking and the civic indifference. We’ve had years of intoxication with power, moral arrogance, smugness and confidence that what was will continue, that everything is being done as it should be done and will continue forever. There has been a certainty that we’re right and the whole world is wrong. But maybe the time of doubts has arrived. There can be no better news.

    Seventy years after the establishment of the state, the time has come for questions, for a real lesson in civics and democracy. Did we really deserve all this? Only we deserved it? Is it only ours? Is it only for Jews? By what right? Did all the non-Jewish people deeply connected to this land and who deserve the same rights, deserve everything we’ve done to them? Above all, hasn’t the time come to repair things?

    This repair is still a long way off, but maybe it’s becoming clear that if it doesn’t arrive there won’t be a state here based on justice. Who knows, maybe Brig. Gen. Amal Assad, an occupation officer in Jenin and Lebanon and a Likud member, will herald the message: It’s apartheid or democracy.
    Gideon Levy

    Haaretz Correspondent


  • Tiens bon, Ahed Tamimi !
    Gideon Levy
    http://www.chroniquepalestine.com/tiens-bon-ahed-tamimi

    – A la veille de sa libération, après huit mois de prison, voici ce qu’il faut dire à Ahed Tamimi : « Cela en valait la peine. Continue à résister à l’occupation israélienne. »

    Le dimanche, tu es censée sortir de prison, enfin, en même temps que ta mère. Mais peut-être vaut-il mieux ne pas faire de pronostic : le Shin Bet pourrait très bien émettre une ordonnance d’arrestation administrative contre toi. Après tout, il y a quelques semaines seulement, le Shin Bet a estimé que tu étais toujours « potentiellement dangereuse » – mais nous pouvons espérer que dans trois jours, toi et ta mère serez à nouveau libres et chez vous.

    Nous pouvons aussi espérer que le danger potentiel que tu as présenté n’a pas diminué pendant tes mois de prison, depuis cet hiver, que tu es toujours dangereuse pour l’occupation, que tu n’arrêteras pas de résister à ta manière. Pour autant que je connaisse ta famille, que la propagande israélienne appelle une « famille de terroristes » et une « famille d’assassins », je sais qu’il n’y a aucune chance que cela se produise. Ton esprit ne faiblira pas. Ton « danger » ne se dissipera pas.

    Toi et ta mère êtes restées en prison pendant huit mois, même si tu n’avais rien fait de mal sauf manifester une résistance naturelle et justifiée à l’occupation, qui avait envahi ta cour devant ta maison. Tu as frappé un soldat armé et disposant d’un gilet pare-balles à mains nues, tout comme une jeune fille de 16 ans peut frapper un soldat armé et protégé, et ta mère l’a filmé. C’était ton crime. Dans l’occupation, seuls les soldats sont autorisés à frapper. Tu as fait ce que toute personne courageuse vivant sous une occupation ferait – tu l’as giflé. Et l’occupation n’a encore rien vu.

    Cela s’est passé après que des soldats aient tiré sur ton cousin, Mohammed Tamimi âgé de 15 ans, dans la tête, dans la rue devant ta maison, le laissant avec seulement un demi-crâne. Tu dois savoir qu’ils l’ont arrêté à nouveau depuis lors, malgré son handicap, puis l’ont relâché. Ton frère a également été arrêté depuis et libéré.

    Nabi Saleh attend ses filles. Bassem attend Nariman et Ahed. Il y a aussi des Israéliens qui attendent leur libération. La semaine dernière, un autre cas de résistance aux forces d’occupation a été révélé : des jeunes gens ont lancé des pierres sur la police des frontières et blessé une femme policière qui a été hospitalisée.

    Une pierre peut tuer et il y a une nouvelle politique encore plus dure contre les lanceurs de pierres. Trois jeunes hommes ont été arrêtés, mais ils ont été libérés dans la seconde. C’étaient des colons d’Yitzhar. Tandis qu’Ahed qui n’a blessé personne a passé huit mois en prison. Non, il n’y a pas d’apartheid dans les territoires… (...)

    traduction en français de cet article :
    https://seenthis.net/messages/710770
    Keep it up, Ahed Tamimi
    Now it must be said to her, days before her scheduled release after eight months in prison: It was worth it. Keep up the resistance to the Israeli occupation
    Gideon Levy - Jul 25, 2018 10:19 PM
    https://www.haaretz.com/opinion/.premium-keep-it-up-ahed-tamim


  • We should be saluting the Gaza Strip
    The spirit of Gaza is unbroken by any siege and breathing life into the desperate and lost cause of the Palestinian struggle
    Gideon Levy | Jul 15, 2018 2:28 AM Haaretz.com
    https://www.haaretz.com/opinion/.premium-we-should-be-saluting-the-gaza-strip-1.6270636

    Were it not for the Gaza Strip, the occupation would have been long forgotten. Were it not for the Gaza Strip, Israel would have erased the Palestinian problem from its agenda and continued on blithely with its crimes and annexations, with its routine, as if 4 million people were not living under its heel. Were it not for the Gaza Strip, the world would also have forgotten. Most of it already has. This is why we must now salute the Gaza Strip — mainly the spirit of the Gaza Strip, the only one that is still breathing life into the desperate and lost cause of the Palestinian struggle for liberty.

    The resolute struggle of the Gaza Strip should also spark admiration in Israel. The handful of people with a conscience who still remain here should give thanks to the unbroken spirit of the Gaza Strip. The spirit of the West Bank crumpled after the failure of the second intifada, as did the spirit of the Israeli peace camp — most of which shattered long ago. Only the spirit of the Gaza Strip stands steadfast in its struggle.

    And so, anyone who does not want to forever live in an evil country must respect the embers that the young people of the Gaza Strip are still trying to stoke. Were it not for the kites, the fires, the Qassam rockets, the Palestinians would have entirely exited the awareness of everyone in Israel. Only the World Cup and the Eurovision Song Contest would hold any interest. Were it not for the blackened fields in the south, there would be a huge white flag fluttering not only over the Gaza Strip but over the entire Palestinian people. Seekers of justice, including in Israel, cannot wish for this kind of submission.

    It’s difficult, even insolent, to write these words from tranquil and secure Tel Aviv, following one more sleepless and nightmarish night in the south, but all days and nights in the Gaza Strip are much more difficult due to Israel’s inhumane policy, supported by most of its citizens, including people who live in the south. They don’t deserve to shoulder the burden but every struggle exacts a price from innocent victims, who we wish do not become casualties. One should remember that only Palestinians are being killed. On Saturday, the 139th victim of Israeli fire along the border died. He was 20. On Friday a 15-year-old boy was killed. The Gaza Strip is paying the full price in blood. This doesn’t cause it to desist. That is its spirit. One cannot but admire it.

    The spirit of the Gaza Strip is unbroken by any siege. The evil ones in Jerusalem shut down the Kerem Shalom border crossing, and Gaza shoots. The malicious ones in the Kirya government complex in Tel Aviv prevent young people from receiving medical treatment in the West Bank in order to save their legs from being amputated.

    For years they have been preventing cancer patients, including women and children, from receiving lifesaving treatment. Only 54 percent of requests to leave the Gaza Strip for medical reasons were approved last year, compared to 93 percent in 2012. That is wicked. One should read the letter written in June by 31 Israeli oncologists who called for a cessation of the abuse of Gaza women with cancer whose applications for exit permits take months to process, sealing their fates.

    The 31 rockets fired into Israel from the Gaza Strip Friday night are a restrained response to this malice. They are no more than a muted reminder of the fate of the Gaza Strip, addressed to those who think that 2 million people can be treated like this for over 10 years while continuing as if nothing was happening.

    The Gaza Strip has no choice. Nor does Hamas. Any attempt to pin the blame on the organization — which I only wish was more secular, more feminist and more democratic — is an evasion of responsibility. It wasn’t not Hamas that closed the Gaza Strip. Nor did the Gaza Strip’s inhabitants close themselves off. Israel (and Egypt) did it. Every hesitant attempt by Hamas to make some progress with Israel is immediately answered by automatic Israeli refusal. Nor is the world willing to talk with them, who knows why.

    All that’s left are the kites, which might lead to another round of merciless bombing and shelling by Israel, that Israel of course does not want. But what choice does the Gaza Strip have? A white flag of surrender over its fences, like the one the Palestinians in the West bank raised? A dream of a green island off the coast of the Mediterranean, which Israeli Transportation Minister Yisrael Katz will build for them? The struggle is the only path remaining, a path that should be respected, even if you are an Israeli who might be its victim.

    #GAZA


  • A law that tells the truth about Israel
    The nation-state law makes it plain. Israel is for Jews only, on the books. It’s easier this way for everyone
    Gideon Levy Jul 12, 2018 5:01 AM - Haaretz.com
    https://www.haaretz.com/opinion/.premium-a-law-that-tells-the-truth-about-israel-1.6267705

    The Knesset is about to legislate one of its most important laws ever, and the one most in keeping with reality. The nation-state law will put an end to Israel’s vague nationalism and present Zionism as it is. The law will also put an end to the farce about Israel being “Jewish and democratic,” a combination that never existed and could never exist because of the inherent contradiction between the two values that cannot be reconciled, except by deception.

    If the state is Jewish, it cannot be democratic, because of the lack of equality; if it’s democratic, it cannot be Jewish, because a democracy does not bestow privilege based on ethnicity. So now the Knesset has decided: Israel is Jewish. Israel is declaring that it is the nation-state of the Jewish people, not a state of its citizens, not a state of the two peoples that live within it, and has therefore ceased to be an egalitarian democracy, not just in practice but also in theory. That’s why this law is so important. It is a truthful law.

    The uproar over the bill was intended mainly as an effort to continue the policy of national ambiguity. The president and the attorney general, the ostensible guardians of decency, protested and received compliments from the liberal camp. The president shouted that the law would be “a weapon in the hands of Israel’s enemies,” and the attorney general warned about the “international ramifications.”

    The prospect of Israel’s veil being removed before the world prompted them to act. Reuven Rivlin, it must be said, cried out with great vigor and courage against the clause allowing community-acceptance committees to screen residents and its implications for the regime, but most liberals were simply horrified to read the reality when it was worded as a law.

    Mordechai Kremnitzer, in Tuesday’s Haaretz, also cried out in vain when he said the bill would “foment a revolution, no less. It will spell the end of Israel as a Jewish and democratic state ...” He added that the bill would make Israel “a leader among nationalist countries like Poland and Hungary,” as if it isn’t already and hasn’t been for a long time. In Poland and Hungary there is no tyranny over another people lacking rights, which has become a permanent reality and an inseparable part of how this state and its regime operate, with no end in sight.

    All those years of hypocrisy were pleasant. It was nice to say that apartheid was only in South Africa, because there everything was rooted in racial laws, and we had no such laws. To say that Hebron is not apartheid, the Jordan Valley is not apartheid, and that the occupation really isn’t part of the regime. To say that we were the only democracy in the region, even with the occupation.

    It was nice to claim that since Israeli Arabs can vote, we are an egalitarian democracy. To point out that there’s an Arab party, even if it’s excluded from any influence. To point out that Arabs can be admitted to the Jews’ hospitals; that they can study in the Jews’ universities and live anywhere they choose. (You bet.)

    How enlightened we are; our Supreme Court ruled in the Kaadan case that an Arab family could buy a home in Katzir, after years of litigation and endless evasion. How tolerant we are that the Arabs are permitted to speak Arabic, an official language. The latter was certainly a fiction; Arabic never was remotely treated as an official language, the way Swedish is in Finland, where the minority is far smaller than the Arab minority here.

    It was comfortable to ignore that the lands owned by the Jewish National Fund, which include most of the state’s lands, were for Jews only – with the progressive Supreme Court backing that stance – and claim we’re a democracy. It was much more pleasant to think of ourselves as egalitarian.

    Now there will be a law that tells the truth. Israel is for Jews only, on the books. The nation-state of the Jewish people, not of its residents. Its Arabs are second-class citizens and its Palestinian subjects are hollow, nonexistent. Their fate is determined in Jerusalem, but they aren’t part of the state. It’s easier this way for everyone.

    There remains a small problem with the rest of the world, and with Israel’s image, which this law will tarnish somewhat. It’s no big deal. Israel’s new friends will be proud of this law. For them it will be a light unto the nations. And people of conscience all over the world already know the truth and have long been struggling against it. A weapon for the BDS movement? Certainly. Israel has earned it, and will now legislate it.


  • Holocaust survivor and Palestinians’ rights lawyer Felicia Langer dies in exile at 87
    Felicia Langer fought, first in Israel and then from Germany, for the enforcement of international law from which Israel excepted itself
    Haaretz.com - Gideon Levy - Jun 24, 2018 2:42 AM
    https://www.haaretz.com/opinion/.premium-the-death-of-an-exiled-conscience-1.6200232

    I never met her, only called her two or three times in her place of exile, but I well remember what she was for me and most of my generation in our brainwashed youth: a symbol of hatred for Israel, a public enemy, a reviled, outcast traitor. That’s how we were taught to regard her and a few other early dissidents, and we neither questioned nor cared why.

    Now, at 87, she has died in exile; her image glows brightly in my eyes through the distance of time and space. Felicia Langer, who died in Germany Thursday, was a hero, a pioneer and a woman of conscience. She and a few of her allies never got the recognition here that they deserved; it’s not clear they ever will.

    In a place where “alumni” of a murderous Jewish terror organization are welcomed — one a newspaper editor, another an expert on religious law — and where self-declared racists are accepted as legitimate participants in the arena of public debate as they are nowhere else, there is no room for courageous justice warriors who paid a high personal price for trying to lead a camp that never followed.

    Langer was a Holocaust survivor from Poland who studied law at the Hebrew University of Jerusalem. After the occupation, was the first to open a law office dedicated to defending its Palestinian victims. In this, she followed an illustrious tradition of Jews who fought injustice in South Africa, Latin America, Europe and the United States.

    Here, her sense of justice brought her into conflict with her state. Occasionally she even succeeded: In 1979, in the wake of her petition, the High Court of Justice blocked an expulsion order against Nablus Mayor Bassam Shakaa. A year later, the Jewish underground attached a bomb to his car that destroyed his legs, and Israeli justice came to light.

    Langer was a pioneer among Israeli lawyers of conscience who came out for the defense of the rights of the occupied population, but she was also the first to throw in the towel, closing her law office in 1990 and going into exile. In a 2012 interview with documentary filmmaker Eran Torbiner, she explained: “I left Israel because I could no longer help the Palestinian victims with the existing legal system and the disregard for international law that was supposed to protect the people whom I was defending. I couldn’t act. I was facing a hopeless situation.” She told The Washington Post she “couldn’t be a fig leaf for this system anymore.”

    She said she didn’t switch battlefronts, only her place on the front, but the front is currently at its lowest point. The occupation is entrenched as never before and nearly all of its crimes have been legitimized.

    Langer came to the conclusion that things were hopeless. Apparently she was right. The fight in the military courts was doomed to failure. It has no prospect of success because the military courts are only subject to the laws of the occupation and not to the laws of justice. The proceedings involve nothing more than hollow and false legal ritual.

    Even the civil legal system, headed by the vaunted High Court of Justice, has never come down on the side of the victims and against the crimes of the occupation. Here and there restraining orders have been issued, here and there actions have been delayed. But in the annals of the occupation, Israel’s Supreme Court will be remembered as the primary legitimizer of the occupation and as an abject collaborator with the military. In such a state of affairs, perhaps there really was nothing for Langer to do here. That is a singularly depressing conclusion.

    What did this brave and courageous woman fight against? Against torture by the Shin Bet security service at a time when we didn’t believe that such torture existed, yet it was at the peak of its cruelty. She fought against the expulsion of political activists, against false arrests, against home demolitions. Above all, she fought for the enforcement of international law from which Israel decided to except itself on unbelievable grounds. That’s what she fought and that is why she was considered a public enemy.

    In her old age, her grandson told her that ultimately the Palestinians will win and will get a state of their own. “You won’t see it, but I will,” he promised his grandmother. In the end, the grandson will be disappointed, just as his distinguished grandmother was.

    • Felicia Langer
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Felicia_Langer

      (...) Elle adhère au Parti communiste d’Israël, elle sera membre de son Comité Central, et, quand elle obtient une licence de droit en 1965, elle se rend compte qu’elle est sur une liste noire et que personne ne l’embauche après enquête.

      Elle devient l’avocate des Arabes palestiniens, dénonçant dans plusieurs ouvrages l’usage de la torture par l’État d’Israël. Elle déclare en 1978 : « Je peux dire que j’ai ici dans mon bureau toute une encyclopédie sur les violations des droits de l’Homme : j’ai dans mes dossiers de quoi écrire de nombreux livres » (...)

    • Langer came to the conclusion that things were hopeless.

      […]

      Here, her sense of justice brought her into conflict with her state. Occasionally she even succeeded: In 1979, in the wake of her petition, the High Court of Justice blocked an expulsion order against Nablus Mayor Bassam Shakaa. A year later, the Jewish underground attached a bomb to his car that destroyed his legs, and Israeli justice came to light.

      Bassam Shakaa - Wikipedia
      https://en.wikipedia.org/wiki/Bassam_Shakaa

      On June 2, 1980 he became the victim of a bomb placed in his car by members of the Jewish Underground. They also planted bombs in the cars of Ibrahim Tawil, the mayor of El-Bireh, and Karim Khalaf, the mayor of Ramallah. Khalaf lost one leg, while Shakaa had to have both legs amputated. Moshe Zer, one of the first Israeli settlers in the northern West Bank, was the person who led the Jewish underground “hit team” that tried to assassinate Shakaa. Zer was convicted for causing serious injury and belonging to a terror group, but was sentenced to only four months in prison, the time he was in jail waiting for his trial, because of the state of his health and the fact that he was badly injured in an attempt of a Palestinian to murder him.

      (pas de version française, apparemment)

    • Un extrait de son site www.felicia-langer.de

      Felicia Langer
      http://www.felicia-langer.de/person.html

      Richtigstellung zu dem Wikipedia-Eintrag „Felicia Langer“

      Auf Wikipedia wird die Behauptung aufgestellt, dass ich die Rede des iranischen Präsidenten zur Antirassismuskonferenz der UNO am 21. April 2009 als „Wahrheit“ bezeichnet haben soll. Diesen Vorwurf lehne ich entschieden ab: Ich habe niemals und nirgendwo den iranischen Präsidenten gerechtfertigt oder seine Reden als gut befunden. Dies ist eine Erfindung, um mich zu diskreditieren und zu diffamieren. Der Quellenverweis für diese Anschuldigung erscheint mir jedenfalls sehr zweifelhaft. Eine weitere Richtigstellung: Ich nahm im Jahr 2008 und nicht 2009 die deutsche Staatsangehörigkeit an.

      Laut Wikipedia hat das israelische Verteidigungsministerium mir 1977 die Lizenz zum Verteidigen vor Militärgerichten in Israel entzogen, so dass ich die Palästinenser nur noch in deren Gebieten vertreten konnte. Dies ist nicht richtig. Mir wurde die Lizenz im Falle von Kriegsdienstverweigerern oder in besonderen Fällen ( „aus Sicherheitsgründen“) entzogen. Aber nicht in Militärgerichten, wo man die Palästinenser (auch in Israel) gerichtet hat. Ich konnte und hatte weiterhin sehr viele Palästinenser in allen Gerichten vertreten. In meinem Buch „Zorn und Hoffnung“, das auch in Israel verlegt wurde, schildere ich Gerichtsverfahren, wo Fälle von Palästinensern behandelt werden (s. Seite 371, Jahr 1981, Mohammad al Arda, oder siehe S. 390, Auad Hamdan.) Außerdem bin ich zu Anträgen beim höchsten Gerichtshof in Israel (High Court of Justice) in Jerusalem aufgetreten und war für diese Auftritte in Israel bekannt.

      Zudem habe ich die israelische Palästinenserpolitik nie mit dem Holocaust verglichen, sonder als Apartheitspolitik bezeichnet.

      Felicia Langer
      05.04.2011 (Ergänzt am 04.06.2012)

    • In memory of Felicia Langer, the first lawyer to bring the occupation to court
      https://972mag.com/in-memory-of-felicia-langer-the-first-lawyer-to-bring-the-occupation-to-court/136393

      Felicia Langer was a Holocaust survivor, a communist, and one of the first Israeli lawyers to defend Palestinian residents of the occupied territories in the Israeli Supreme Court. She died in Germany last week.

      By Michael Sfard

      “““““““““““““““““““““““““
      traduction en français
      À la mémoire de Felicia Langer, premier avocat à amener l’occupation devant les tribunaux
      30 06 2018
      http://www.agencemediapalestine.fr/blog/2018/06/30/a-la-memoire-de-felicia-langer-premier-avocat-a-amener-loccupat

    • C’était la première avocate juive à défendre les Palestiniens, mais pas la seule, puisque elle a aussi travaillé avec #Lea_Tsemel qui a continué après le départ de Felicia Langer, qui continue encore et qui est plus indépendante puisqu’elle n’est pas liée au Parti Communiste.

      En revanche Lea n’a pas de page wikipedia en français, juste en anglais :
      https://en.wikipedia.org/wiki/Leah_Tsemel

      Voir aussi :
      https://seenthis.net/messages/171835
      https://seenthis.net/messages/344801
      https://seenthis.net/messages/676993
      https://seenthis.net/messages/678658


  • In a democracy, Palestinian lawmaker Khalida Jarrar would be free - Haaretz.com | Gideon Levy | Jun 21, 2018 1:13 AM

    https://www.haaretz.com/opinion/.premium-in-a-democracy-palestinian-lawmaker-khalida-jarrar-would-be-free-1

    The continued detention of Palestinian parliament member Khalida Jarrar can no longer be presented as a worrisome exception on Israel’s democratic landscape. Nor can the incredible public apathy and almost total absence of media coverage of her plight be dismissed any longer as a general lack of interest in what Israel does to the Palestinians. The usual repression and denial cannot explain it either.

    Jarrar’s detention doesn’t only define what is happening in Israel’s dark backyard, it is part of its glittering display window. Jarrar defines democracy and the rule of law in Israel. Her imprisonment is an inseparable part of the Israeli regime and it is the face of Israeli democracy, no less than its free elections (for some of its subjects) or the pride parades that wind through its streets.

    Jarrar is the Israeli regime no less than the Basic Law on Human Dignity and Liberty. Jarrar is Israeli democracy without makeup and adornments. The lack of interest in her fate is also characteristic of the regime. A legislator in prison through no fault of her own is a political prisoner in every way, and political prisoners defined by the regime. There can be no political prisoners in a democracy, nor detention without trial in a state of law. Thus Jarrar’s imprisonment is not only a black stain on the Israeli regime; it’s an inseparable part of it.

    A Palestinian legislator has been imprisoned for nothing for months and years, and no one in Israel cares about her fate; only a very few protest. None of her Israeli counterparts in the Knesset say anything, not even those from the hypocritical Zionist left; no jurist groups or even the enlightened High Court of Justice are working to get her freed.

    There’s no point in reporting on the trivialities that the Shin Bet security service attributes to her, or to explain that she is innocent until proven guilty. There is no point in writing again and again about parliamentary immunity, lest this be considered delusional – how can a Palestinian have immunity? – nor is there any point in wasting words to describe her courage, though she is perhaps the bravest woman living today under Israeli control.

    All these things fall on deaf ears. There are no charges and no guilt, just a freedom fighter in jail. The Shin Bet is the investigator, the prosecutor and the judge, three positions in one in the land of unlimited possibilities, in which a state can define itself as a democracy, even the only one in the Middle East, and most Israelis are convinced that this is the case, while the world accepts it.

    Jarrar could end up spending the rest of her life in prison; there is no legal impediment to this since all the pathetic arguments used to justify her continued detention could be deemed valid indefinitely. If she’s dangerous today, she’s dangerous forever. Political prisoners, detention without trial and unlimited imprisonment define tyranny.

    Of course, Jarrar is not an exceptional case; she isn’t even the only Palestinian MP in an Israeli prison. So the pretentious talk about Israeli democracy must be halted, given her imprisonment. Israel with Jarrar in prison is at most a half-democracy.

    Therefore, the resistance should no longer be directed solely against the occupation. The resistance is to the regime in place in Israel. Her imprisonment is the regime and she opposes the regime under whose boots she lives. Many of the Palestinian resistance organizations, which are always defined as “terror organizations,” solely because of their means, rather than their goals, are opponents of the regime under which they were forced to live. Their goals are similar to those of others who resisted tyranny, from the Soviet Union to South Africa to Argentina. Just like the handful of Israelis who want to support Jarrar. They are not expressing only human solidarity or opposition to the occupation; they are opponents of the regime.

    All those who support her continued detention, anyone who is silent while she remains in jail, and all those who make her detention possible are saying: Forget democracy. That’s not what we are. Get used to it.

    #Khalida_Jarrar


  • La droite israélienne tente d’interdire les témoignages vidéos de l’occupation
    LE MONDE | 21.06.2018 | Par Piotr Smolar (Jérusalem, correspondant)
    https://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/06/21/la-droite-israelienne-tente-d-interdire-les-temoignages-videos-de-l-occupati

    Le texte est encore loin d’avoir force de loi. Mais ses intentions témoignent d’une ambiance délétère dans les rapports entre la droite israélienne et les organisations non gouvernementales, critiques de l’occupation en Cisjordanie. Le 17 juin, le comité ministériel pour la législation a validé un projet de loi souhaitant rendre illégale la diffusion d’images ou d’enregistrements audio qui mettraient en cause l’action de soldats en mission, en portant atteinte à leur « moral ». Une telle diffusion serait passible de cinq ans de prison, voire dix si la sécurité nationale était atteinte, prévoit le texte, adopté en lecture préliminaire à la Knesset le 20 juin. Sa validation définitive par les députés reste problématique, mais le passage de ce premier obstacle constitue en soi un message alarmant pour la société civile.(...)

    http://www.aurdip.fr/la-droite-israelienne-tente-d.html

    • Nous n’arrêterons pas de filmer, nous n’arrêterons pas d’écrire
      Par Gideon Levy, 17 juin 2018
      http://www.agencemediapalestine.fr/blog/2018/06/20/nous-narreterons-pas-de-filmer-nous-narreterons-pas-decrire

      La Knesset pourrait agir non seulement contre la presse, mais aussi contre les groupes pour les droits humains et contre les Palestiniens, les derniers témoins dans les poursuites contre l’occupation.

      Nous violerons cette loi fièrement. Nous avons l’obligation de violer cette loi, comme toute loi sur laquelle flotte un drapeau noir. Nous n’arrêterons pas de documenter. Nous n’arrêterons pas de photographier. Nous n’arrêterons pas d’écrire – de toutes nos forces.

      Les organisations des droits humains feront la même chose et, comme elles, nous l’espérons, les témoins palestiniens, qui seront bien sûr punis plus que tout autre. Selon le projet de loi entériné dimanche par le Comité ministériel pour la législation [mais avec quelques demandes de changements dans la formulation], les individus documentant les actions des soldats des Forces de défense israéliennes en Cisjordanie peuvent être envoyés jusqu’à cinq ans en prison, dans certaines circonstances.

      Une jolie initiative, M. le député à la Knesset Robert Ilatov, démocrate du célèbre parti de la liberté Yisrael Beiteinu. Votre projet de loi prouve justement à quel point les Forces de défense israéliennes ont quelque chose à cacher, ce dont elles doivent être gênées, ce qu’il y a à couvrir, au point que la caméra et le stylo mêmes sont devenues leurs ennemies. Ilatov contre le terrorisme des caméras et Israël contre la vérité. (...)


  • Killing a child is ’not right’, but not wrong enough for an indictment -

    Israeli prosecutors concluded that the two soldiers acted properly when they shot and killed an unarmed teenager 10 meters away as he ran away from them

    Gideon LevySendSend me email alerts
    Jun 14, 2018

    https://www.haaretz.com/opinion/.premium-killing-a-child-is-not-right-but-not-wrong-enough-for-an-indictmen

    A.G. and A.D. presumably celebrated. Maybe they raised a toast with their lawyers at some fashionable pub, or perhaps they just basked in the good news with their families. It was the relief of their lives. The poor souls’ nightmare is over. How they harassed them when the teenager was killed, but all’s well that ends well: The central district prosecution decided last week to withdraw the indictment against them, two-and-a-half years after it was filed.
    True, it was sickeningly ridiculous that they were charged with “an act of haste and negligence” for shooting an unarmed, already wounded teenager in the back as he was running or his life. Still, it was an indictment, which itself was only filed after the deceased’s family and B’Tselem petitioned the High Court of Justice.
    For a moment it seemed as if the two would be given a suspended sentence of maybe a day, or even a one-penny fine for killing a boy who had not yet turned 16, even though he didn’t pose any danger or threat to them. But even this faint hope for a remnant of delayed and symbolic justice – for even the faintest likeness of justice – was dashed, and what could be more predictable than that?
    The indictment was withdrawn. A.G. and A.D. acted properly when they shot an unarmed teenager from a range of 10 meters as he ran from them. They violated nothing. Their act of killing wasn’t even hasty or negligent. They are good soldiers, excellent ones, even though the day after the killing a senior officer said, “Something that wasn’t right happened there.” Not right, but apparently not wrong enough. So go ahead, dear soldiers; continue to kill Palestinian teenagers who don’t endanger you. You can even kill them as they run away, because no harm will come to you.
    A.G. and A.D. were a platoon commander and a soldier from the 71st Battalion of the Armored Corps. They shot from behind and killed Samir Awad, who tried to cross the fence that constricts his village, as he ran from an ambush the soldiers had set up in the prickly-pear bushes. They shot him in the back and will never be punished for their act. They shot him in the leg first, and after he fell wounded and got back on his feet they managed to grab him by the arm, but he got away from them. Then they shot him twice from behind, a bullet to the back of his neck and a bullet in his back, killing him. So now they can calmly fly off to India or Costa Rica for their post-army trip – perhaps they’ve already done so – and forget everything. But the home of the boy they killed in Budrus will never be the same again.


  • After killing Razan al-Najjar, IDF assassinates her character Haaretz.com - Gideon Levy | Jun. 10, 2018 | 12:47 AM
    https://www.haaretz.com/opinion/.premium-the-israeli-army-doesn-t-believe-in-its-own-cause-1.6158727

    A few short words – “Razan al-Najjar isn’t an angel of mercy” – sum up the depths of Israeli propaganda. Avichay Edraee, the Israeli army’s Arabic-language spokesman, who also speaks in my name, is a representative of an army of mercy that has also now appointed itself the judge of the measure of mercy in a medic treating Palestinian wounded on Gaza’s border with Israel, and who Israeli army soldiers mercilessly killed. After killing her, it was also necessary to assassinate her character.

    Propaganda is a tool that serves many countries. The less just their policies are, the more they expand their propaganda efforts. Sweden doesn’t need propaganda. North Korea does. In Israel, it’s called hasbara – public diplomacy – because why would it need propaganda? Recently its propaganda has sunk to such despicable lows that nothing can better prove that its justifications have run out, its excuses gone, that truth is the enemy and that all that’s left are lies and slander.

    It is directed mostly for domestic consumption. Around the world, few gaza people would buy it in any event. But as part of the desperate effort to persist in the psychological repression and denial, in the failure to tell ourselves the truth and the evasion of any responsibility – everything is acceptable when it comes to these efforts.

    A medic in a nursing uniform has been shot to death by Israeli army snipers – as have journalists with press vests and an amputee in a wheelchair. If we rely on Israeli army snipers to know what they are doing, counting on them to be the most accurate in the world, then these people have been shot deliberately. Surely if the army had believed in the justice of the military campaign that it is waging in Gaza, it would have taken responsibility for these killings, apologizing, expressing regret and offering compensation.

    But when the earth is burning under our feet, when we know the truth and understand that shooting at demonstrators and killing more than 120 of them and rendering hundreds of others disabled is more akin to a massacre, one cannot apologize or express regret. And then the army spokesman’s aggressive, clumsy, embarrassing and shameful propaganda machine springs into action – a thunderous voice from the Defense Ministry that only compounds what has been done.

    Maj. Edraee released a video on Thursday in which a nurse, perhaps Najjar, is seen from the back, flinging away a smoke grenade that soldiers had thrown at her. Edraee would have done the same himself, but when it comes to desperate propaganda, it’s a smoking gun: Najjar is a terrorist. She had also said that she was a human shield. Certainly a medic is a human defender.

    An Israeli army investigation, based only on the testimony of the soldiers of course, showed that she had not been deliberately shot. Clearly. The propaganda machine went further and hinted that she may have been killed by Palestinian weapons fire, which has rarely been used over the past two months.

    Maybe she shot herself? Anything is possible. And do we remember any Israeli army investigation showing otherwise? Israel’s ambassador in London, Mark Regev, who is another top, polished propagandist, was quick to tweet about the “medical volunteer” in quotation marks, as if a Palestinian could be a medical volunteer. Instead, he wrote, her death is “yet another reminder of Hamas’ brutality.”

    The Israeli army kills a medic in a white uniform, in an outrageous violation of international law, which provides protection for medical personnel in combat zones. And that’s despite the fact that the Gaza border does not constitute a combat zone. But it’s Hamas that is the brutal one.

    Kill me, Mr. Ambassador, but who could possibly follow this twisted, sick logic? And who would buy such cheap propaganda other than some of the members of the Board of Deputies of British Jews — the largest representative organization of U.K. Jewry – along with Merav Ben Ari, the Knesset member who was quick to take advantage of the opportunity and state: “It turns out that the medic, yes that one, wasn’t just a medic, as you see.” Yes, that one. As you see.

    Israel should have been shocked by the killing of the medic. Najjar’s innocent face should have touched every Israeli’s heart. Medical organizations should have spoken out. Israelis should have hidden their faces in embarrassment. But that only could have happened if Israel had believed in the justice of its cause. When fairness is gone, all that is left is propaganda. And from that standpoint, maybe this new low is a herald of good news.


  • Israël hanté par la Nakba
    Thomas Vescovi, Monde diplomatique, mai 2018
    https://www.monde-diplomatique.fr/2018/05/VESCOVI/58636

    « La marche du grand retour » : c’est ainsi que les organisations politiques palestiniennes nomment les actions menées chaque année depuis 2009 entre le 30 mars et le 15 mai. Pour l’État d’Israël, le 14 mai marque le souvenir de ce jour de 1948 où David Ben Gourion déclara l’indépendance. La société palestinienne, elle, commémore le lendemain la Nakba (« catastrophe », en arabe) : l’expulsion des 805 000 Palestiniens dont les descendants attendent encore l’application de la résolution 194, votée le 11 décembre 1948 par l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU). Ce texte fonde leur « droit au retour » : c’est-à-dire de pouvoir rentrer dans leurs foyers ou de recevoir une compensation. Enfin, c’est à cette date que l’administration de M. Donald Trump entend inaugurer la nouvelle ambassade des États-Unis à Jérusalem.

    Au terme de la première guerre israélo-arabe, des centaines de milliers de Palestiniens se retrouvent éparpillés aux quatre coins de la région. Des historiens enregistrent les événements, conscients que la version du vainqueur risque de s’imposer. Les écrits de Walid Khalidi ou Sami Hadawi sont sans ambiguïté : qu’il ait préféré fuir de lui-même pour se protéger ou qu’il y ait été forcé, le peuple palestinien a été chassé de sa terre (1). Mais, pour que cette version des événements de 1948 se diffuse au-delà du monde arabe, il a fallu attendre 1987 et la publication des premiers ouvrages des « nouveaux historiens » israéliens, parmi lesquels Benny Morris, Tom Segev, Ilan Pappé et Avi Shlaïm (2). En s’appuyant sur les archives de leur État, ces chercheurs ébranlèrent un à un les piliers de l’historiographie officielle.

    La temporalité de ces publications n’est pas anodine. Le premier ouvrage paraît lorsque se déclenche la première Intifada, près d’une décennie après l’arrivée au pouvoir de la droite et le début du mouvement refuznik, qui voit des objecteurs de conscience refuser de servir dans les territoires occupés tandis que des militaires israéliens s’interrogent à propos des pratiques de leur armée. Les pacifistes entrent dans une phase d’ouverture et d’interrogation sur leur société, leur État et leur rapport à l’autre. L’accession d’Itzhak Rabin au poste de premier ministre en 1992 et le début des négociations avec l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), qui conduisent à la signature des accords d’Oslo en septembre 1993, s’inscrivent dans ce cadre. C’est l’époque où la guerre froide se termine et où le soutien de nombreux pays arabes à la coalition anti-irakienne durant la guerre du Golfe de 1991 sonne le glas d’un panarabisme longtemps opposé à toute négociation avec Israël.

    Au cours de la première moitié des années 1990, les travaux des « nouveaux historiens » suscitent un réel intérêt au sein d’une partie de la société israélienne. Conférences, séminaires, débats dans les médias : sans être acceptées par tous, les thèses avancées dans ces ouvrages sont du moins discutées. Des projets d’écriture d’une histoire israélo-palestinienne surgissent, de même que des commissions visant à revoir les programmes d’histoire dans les écoles. Cependant, les discussions restent cantonnées aux milieux intellectuels. L’assassinat de Rabin par un extrémiste juif en 1995, puis l’arrivée au pouvoir de M. Benyamin Netanyahou en 1996 et le début des attentats-suicides sur le sol israélien mettent à mal ce processus d’ouverture, mais ne l’interrompent pas.

    Le déclenchement de la seconde Intifada, fin septembre 2000, referme néanmoins les derniers espaces d’échange et de dialogue entre Israéliens et Palestiniens au sujet de leurs récits historiques. Principaux promoteurs de ces relations, les mouvements pacifistes s’effondrent à la suite de l’échec, en juillet 2000, du sommet de Camp David ; un échec dont le premier ministre travailliste Ehoud Barak, par un tour de passe-passe masquant sa propre intransigeance (il reconnaîtra plus tard n’avoir rien proposé au dirigeant palestinien), impute la responsabilité au seul Yasser Arafat. Sans représenter l’avant-garde du mouvement, les militants de la gauche sioniste parvenaient à rassembler de larges secteurs de la société israélienne. Avec les déclarations de M. Barak et le déclenchement d’un second soulèvement palestinien bien plus meurtrier et militarisé que le premier, la majeure partie d’entre eux cessent toute activité pacifiste ; leurs organisations s’essoufflent.

    Pour la société juive, il n’y aurait alors « plus de partenaire » avec qui faire la paix. Les Israéliens perçoivent la seconde Intifada comme une attaque sans sommation des Palestiniens, qui plus est marquée par la mobilisation du Hamas, nouvelle force politique à tendance islamiste, ce qui fait écho à une actualité mondiale anxiogène. En 2001, Ariel Sharon, chef de file de la droite, remporte les élections en proposant une autre issue : puisque la cohabitation est impossible, la séparation amènera la paix. Conformément à cette logique unilatérale, un mur est construit en Cisjordanie entre Palestiniens et colons israéliens et l’armée se retire de la bande de Gaza.

    La mémoire de la Nakba est à nouveau profondément enfouie au profit de la vieille propagande : les Palestiniens auraient quitté leur terre pour ne pas vivre avec des Juifs ; Israël a droit à cette terre que Dieu aurait donnée à Abraham. Dès sa prise de fonctions, Sharon fait retirer des écoles le manuel d’histoire d’Eyal Naveh, qui introduisait une vision hétérodoxe de 1948. À l’université, les travaux des « nouveaux historiens » sont combattus avec virulence. Aujourd’hui, cette bataille est au cœur des actions d’Im Tirtzu, une organisation estudiantine proche du dirigeant d’extrême droite et actuel ministre de l’éducation Naftali Bennett, dont les militants ont mené ces dernières années une campagne baptisée « La Nakba est un mensonge » (3). Les Israéliens refusent de se considérer comme partie prenante de l’histoire palestinienne, et les institutions leur martèlent qu’ils sont les héritiers d’idées émancipatrices et progressistes.

    La création d’Israël a lieu au lendemain de la guerre la plus meurtrière de l’histoire, à l’issue de laquelle les idéaux de liberté ont triomphé du fascisme. Les Juifs incarnent les principales victimes de la terreur nazie, et la fondation d’un État-refuge au Proche-Orient doit venir réparer cette tragédie pourtant européenne. Dès lors, la défense d’Israël devient un enjeu à la fois politique et civilisationnel. La mémoire de la Nakba risque de ternir la totale innocence qu’affiche l’appareil d’État israélien. Accepter qu’à la création du pays ses combattants n’aient pas été des victimes, mais des bourreaux, ruinerait la « pureté des armes » dont se targue l’armée dite « de défense » d’Israël.

    La logique de séparation a entraîné dans la société juive israélienne un profond désintérêt pour la question palestinienne. Lors des élections législatives de mars 2015, seuls 9 % considéraient l’obtention d’un accord de paix avec les Palestiniens comme une priorité pour le prochain gouvernement (4). Ce sujet devenant invisible à leurs yeux, une forte proportion d’Israéliens se rallient aux idées les plus nationalistes. En 2001, lorsque la violence de la seconde Intifada était à son paroxysme, 35 % d’entre eux se disaient favorables à un « transfert » de la population arabe hors d’Israël vers la Cisjordanie ou la Jordanie (5). En 2015, 58 % soutiennent cette proposition, et 59 % la mise en place d’un régime d’apartheid privilégiant les Juifs en cas d’annexion de la Cisjordanie.

    Sur les ruines du grand mouvement pour la paix ont toutefois émergé de petites organisations agissant sur des questions plus ciblées. Ainsi Zochrot, fondée en 2001, se donne pour objectif d’enseigner la Nakba à la société israélienne. Elle a pris l’initiative de la première conférence sur le droit au retour des réfugiés palestiniens en Israël et organise depuis 2013 un festival annuel de films intitulé « De la Nakba au retour ». Elle propose également des visites de sites palestiniens « abandonnés » en 1948. La résidence d’un cheikh devenue cafétéria de l’université de Tel-Aviv, des maisons palestiniennes transformées en centre psychiatrique à Kfar Shaul : autant d’éléments du paysage israélien qui rappellent l’arabité de la terre. Pour les fondateurs du centre de recherche alternatif De-Colonizer (décoloniser), Éléonore Merza et Eitan Bronstein, la Nakba reste un tabou en Israël. En pratique, « la discussion se limite généralement à la question de savoir s’il est souhaitable ou même permis d’en discuter ». Cependant, ils notent que la situation a évolué, puisque le mot bénéficie d’un écho suffisant pour inquiéter les responsables politiques.

    Le 23 mars 2011, la Knesset, le Parlement israélien, adopte un amendement au budget prévoyant qu’aucune organisation commémorant le jour de la fête nationale comme un deuil ne reçoive plus de subventions. Naturellement, ces associations n’en bénéficiaient pas auparavant, mais il s’agit de les stigmatiser et de diffuser le sentiment que prendre part à ce type de manifestations vous place en dehors de la société. Par ailleurs, l’amendement dénie à la population arabe d’Israël, soit un habitant sur cinq, le droit d’honorer son histoire. D’ailleurs, depuis 2009, les écoles arabes n’ont officiellement plus le droit d’utiliser le terme « Nakba » dans leurs programmes.

    Pour la sociologue Ronit Lentin, il existe en Israël trois manières de considérer la Nakba (6). Une minorité ressasse la vision fantasmée de la Palestine comme « terre sans peuple pour un peuple sans terre ». D’autres reconnaissent partiellement la tragédie vécue par les Palestiniens, mais refusent d’admettre une quelconque responsabilité juive, voire répètent les arguments éculés sur les liens entre les Arabes et les nazis (7). Enfin, certains reconnaissent explicitement l’expulsion, mais refusent l’idée de présenter des excuses, ou regrettent même que le transfert n’ait pas été total — comme le « nouvel historien » repenti Benny Morris, qui a fini par affirmer : « Un État juif n’aurait pas pu être créé sans déraciner les Palestiniens (8). »

    Le Likoud, quant à lui, s’en tient à la version officielle niant toute expulsion, et par conséquent tout droit des Palestiniens sur la terre. La gauche sioniste reconnaît des massacres et des expulsions, mais en attribue la responsabilité aux milices nationalistes du Parti révisionniste, l’Irgoun et le Lehi.

    Pour certains militants anti-occupation, la découverte de la réalité de 1948 a marqué le début d’une remise en question plus générale de l’État d’Israël. D’où la réticence de beaucoup de leurs concitoyens à s’interroger sur cette période. Accepter de voir s’effondrer le récit inculqué depuis l’école les condamnerait à une marginalisation, voire à une stigmatisation ; on les accuserait d’accepter le discours de l’adversaire. Ainsi, certains parviennent à enfouir ces vérités au plus profond d’eux-mêmes afin de poursuivre normalement leur vie.

    Conformément à la théorie freudienne (9), Israël agit avec la Nakba comme un esprit traumatisé qui tente de refouler ce qui le hante. Une sorte d’« inquiétante étrangeté », à la source d’un sentiment de honte ressenti à l’égard d’actes passés, provoque un malaise qui pousse à vouloir les faire disparaître. Ce passé dérangeant revient, selon Freud, lorsque s’effacent les limites entre l’imagination et la réalité. La mémoire de la Nakba remonte à la surface par l’intermédiaire de divers acteurs qui détruisent les créations imaginaires pour montrer la réalité, et de Palestiniens qui saisissent toutes les occasions de resurgir dans l’espace public.

    La marche du 30 mars et celles qui ont suivi, avec leur lourd bilan humain, sont un cauchemar pour l’État d’Israël ; un rappel du fait que cinq millions de Palestiniens, les réfugiés et leurs descendants qui vivent à Gaza, en Cisjordanie ou dans d’autres pays de la région continuent de s’accrocher à leur droit au retour, ou à une indemnité à titre de compensation pour avoir été chassés de leur terre et de leurs demeures. Ils incarnent une injustice dont les Israéliens restent comptables.

    Thomas Vescovi Chercheur indépendant en histoire contemporaine, auteur de La Mémoire de la Nakba en Israël, L’Harmattan, coll. « Comprendre le Moyen-Orient », Paris, 2015.

    (1) Walid Khalidi, Nakba, 1947-1948, Sindbad - Actes sud - Institut des études palestiniennes, Arles, 2012.
    (2) Lire Dominique Vidal, « L’expulsion des Palestiniens revisitée par des historiens israéliens », Le Monde diplomatique, décembre 1997.
    (3) Lire Charles Enderlin, « Israël à l’heure de l’Inquisition », Le Monde diplomatique, mars 2016.
    (4) The Times of Israel, Jérusalem, 25 janvier 2015.
    (5) Gideon Levy, « Survey : Most Israeli Jews wouldn’t give Palestinians vote if West Bank was annexed », Haaretz, Tel-Aviv, 23 octobre 2012.
    (6) Ronit Lentin, Co-memory and Melancholia. Israelis memorialising the Palestinian Nakba, Manchester University Press, 2010.
    (7) Lire Gilbert Achcar, « Inusable grand mufti de Jérusalem », Le Monde diplomatique, mai 2010.
    (8) Haaretz, 9 janvier 2004.
    (9) Sigmund Freud, L’Inquiétante Étrangeté et autres essais, Gallimard, coll. « Folio essais », Paris, 1985 (1re éd. : 1919).

    #Palestine #Nakba #Histoire


  • The Genesis prize ceremony, held annually in israel will be cancelled this year, because the recipient, israeli born Natalie Portman turned the prize down in protest of israel’s killing of Palestinian protesters in Gaza. #BDS