person:gilles lucas


  • La grève et le goupillon par Gilles Lucas
    http://cqfd-journal.org/La-greve-et-le-goupillon

    Les critères de rentabilité dans les activités de soins, mis en place par la loi Bachelot continuent à produire leurs effets : réductions de personnels et aggravations des tensions. Propriété d’un ordre religieux, un établissement d’accueil de sans-domicile craque de toute part. Loin du ciel et les pieds sur terre, la majorité des salariés a cessé le travail, pendant quelques jours.


  • Déluge sur la zone humide
    Par Gilles Lucas
    http://cqfd-journal.org/Deluge-sur-la-zone-humide

    Loin de la boue, des sous-bois et des tirs de grenades, les officines préfectorales tapies dans l’ombre ont, en l’espace de quelques semaines, déversé sur les habitants de la Zone à défendre une véritable pluie d’arrêtés destinées à multiplier contrôles et interdictions.

    Appuyant la violence policière et la « communication » de l’État et des industriels, pas moins de vingt et une mesures exceptionnelles d’interdiction ont été publiées, entre le 26 novembre 2012 et le 21 janvier 2013, par les préfectures de Loire-Atlantique et de la région
    Bretagne.


  • Sionisme : « pas en notre nom »
    Propos recueillis par Gilles Lucas
    http://cqfd-journal.org/Les-fantomes-du-Shtetl

    Pierre Stambul, militant libertaire et antisioniste, vient de publier Israël/Palestine, Du refus d’être complice à l’engagement [1] . Il raconte ici ses racines juives et athées et, en opposition au colonialisme israélien, évoque un judaïsme multiethnique et sans frontières, ainsi que le souvenir du Yiddishland de ses ancêtres, vecteur d’une culture, d’un état d’esprit et de courants d’idées prônant une émancipation universelle.

    #cqfd


  • « Le bruit de votre monde qui s’écroule »
    propos recueillis par Gilles Lucas
    http://cqfd-journal.org/Le-bruit-de-votre-monde-qui-s

    À l’aube du 21 décembre 2012, alors que les médias du monde entier s’amusaient à se faire peur avec la prophétie maya de « la fin du monde », plus de 40 000 indiens zapatistes envahissaient silencieusement cinq chefs-lieux du Chiapas. Deux témoins nous racontent.

    CQFD : Vous étiez à San Cristóbal de Las Casas, le 21 décembre, le jour où plus de 20 000 zapatistes, le visage dissimulé par des passe-montagnes et des bandanas, ont défilé dans la ville. Cela a-t-il été une véritable surprise ?

    El Chaparro : Une alerte avait été publiée sur « Enlace zapatista », le site internet de l’EZLN, au sujet d’un prochain communiqué. Mais très peu de gens savaient que les zapatistes allaient réoccuper de façon symbolique les cinq villes qu’ils avaient prises les armes à la main le 1er janvier 1994, lors de leur première apparition publique. En mai 2011, il y avait déjà eu une grande manifestation mais d’une moindre ampleur. Elle était destinée à soutenir le « Mouvement pour la paix avec justice et dignité ». Cette fois-ci, ce sont plus de 40 000 zapatistes – des femmes, des hommes, des enfants et des personnes âgées, qui ont manifesté dans cinq villes différentes.

    Thomas : La veille, ils s’étaient rassemblés dans les caracoles, sortes de centres politico-culturels du mouvement, où siègent notamment les assemblées de « bon gouvernement » zapatistes. Certains ont dû faire jusqu’à dix heures de route pour rejoindre ces lieux de regroupements. C’est sûr que ça a dû demander de sacrés efforts ! Pour le transport, la nourriture, et puis au niveau des communautés et des familles, pour remplacer ceux qui étaient partis manifester…

    El Chaparro : À San Cristóbal, ils sont arrivés à l’entrée de la ville à l’aube avec leurs redillas – ces énormes pick-up dans lesquels on voyage debout. Ils se sont alors rassemblés, puis ont marché en direction du centre. Afin de faciliter leur organisation, chacun portait un numéro se rapportant aux caracoles et aux municipios dont ils font partie. Ils marchaient en silence dans les rues, sans rien dire, sous une pluie permanente. Leur formation semblait très militaire. Dans chaque ville, ils ont fait le tour de la place centrale. Un pick-up avait amené une estrade sur laquelle chaque personne est passée en levant le poing. Aucun commandant zapatiste ne s’est manifesté. Personne n’a pris la parole. Ce n’est que le soir qu’a circulé ce communiqué du Comité clandestin révolutionnaire indigène qui disait : « Vous avez entendu ? C’est le bruit de votre monde qui s’écroule. C’est celui du nôtre qui resurgit. Le jour où le jour fut, c’était la nuit. Et ce sera la nuit le jour où ce fera le jour. Démocratie ! Liberté ! Justice ! »

    Thomas : En 2003, 20 000 zapatistes s’étaient déjà rassemblés toute une nuit à San Cristóbal, torche à la main, pour annoncer la création des caracoles. En mai 2011, ils étaient près de 25 000. Mais ce 21 décembre, il s’agit du plus gros rassemblement public organisé jusqu’à présent par l’EZLN.


  • Quartiers nord en résistance par Gilles Lucas
    http://cqfd-journal.org/Quartiers-nord-en-resistance

    Quand les opérations de concertation menées par les pouvoirs publics ne débouchent sur rien d’autre que des relogements forcés, certains habitants de ces cités, partiellement dégradées mais totalement vivantes, au nord de la ville de Marseille, se rebiffent. Leurs exigences ? Vivre dignement là où ils ont construit leurs existences. Ni plus ni moins.

    « Dans le cadre de la rénovation du quartier de la Savine, la communauté urbaine, où je suis élue, prévoyait la préservation des collines. Or, j’ai pu constater sur le plan local d’urbanisme qu’une partie de la zone jouxtant le haut du quartier rénové pourrait être destinée à devenir une carrière », explique, calmement et au milieu du brouhaha, Joëlle Boulay, adjointe à l’urbanisme à la mairie des 15e et 16e arrondissements de Marseille. Le silence se fait d’un coup dans cette salle du groupe scolaire de la Savine. La petite cinquantaine de personnes ayant fait le déplacement ce 15 novembre était conviée à un de ces « ateliers de concertation » organisés par l’Agence nationale de la rénovation urbaine (ANRU), prétendant faire le lien entre, d’une part, les décideurs rassemblant des bailleurs sociaux, un représentant du préfet et le chef de projet urbain, et, d’autre part, des habitants et commerçants de la cité. Car, ce quartier, accroché aux pentes occidentales du massif de l’Étoile, est inscrit dans le vaste programme de l’ANRU, qui, sur la ville de Marseille, a pour objectif de réhabiliter, rénover, ou reconstruire, selon les cas, quatorze cités composées principalement de logements sociaux.

    L’ensemble de bâtiments de la Savine, construit telle une forteresse en 1973 et accessible par une seule route, comptait initialement trente cinq immeubles. En 1993, six d’entre eux sont détruits. Cinq nouvelles démolitions sont réalisées en 2003 au moment même où le plan global Rénovation urbaine de Jean-Louis Borloo, alors ministre du Travail, de la Cohésion sociale et du Logement, est annoncé. En 2009, la découverte d’amiante dans les cloisons des appartements contraint à l’arrêt des travaux entrepris. Dès lors, il n’est plus question de réhabilitation des habitats existants, mais d’une démolition de la cité suivie d’une reconstruction selon de nouveaux plans destinés à « désenclaver le quartier et à y favoriser la mixité sociale », selon les dires des décideurs.


  • Roms, vils éternels ? par Gilles Lucas
    https://www.cqfd-journal.org/Roms-vils-eternels

    Citoyens européens depuis l’intégration de la Roumanie et de la Bulgarie en janvier 2007, les Roms sont soumis à d’infinies contraintes destinées à freiner leurs déplacements sur ce territoire « communautaire » où il vaut mieux être une marchandise pour circuler librement.

    Le 15 octobre, dans les travées du Sénat, seule une vingtaine de parlementaires – sur 348 – avaient trouvé une fenêtre dans leur agenda pour assister au débat suscité par Aline Archimbaud, sénatrice écologiste de Seine-Saint-Denis, à propos de « la proposition de résolution relative à la levée immédiate des dispositions transitoires pour les ressortissants de nationalité roumaine et bulgare ». Proposition rejetée par 173 sénateurs qui auront voté par procuration. Rejet favorisé par l’abstention des parlementaires du Rassemblement démocratique et social européen (RDSE), qui détient une des clés de la majorité dans cette haute assemblée.

    Mutualisant morgue politique, fantasmes racistes à peine modérés et classiques mensonges déguisés en humanisme, Jacques Mézard, membre du Parti radical de gauche et président du RDSE, a justifié ainsi la position de son groupe : « Ce qui s’est passé à Marseille le 28 septembre devrait faire réfléchir ceux qui considèrent l’angélisme comme la solution et une politique d’immigration sans aucun filtre comme le meilleur chemin vers un monde en paix. […] Cela se reproduira s’il n’est pas mis fin à ces occupations illicites de terrains, dans des conditions inacceptables pour les riverains et, la plupart du temps, pour les occupants eux-mêmes, marginalisés, au contact d’une délinquance contagieuse constituant la seule école de vie pour les enfants, sans parler des conditions de santé déplorables, de l’absence d’école, de formation, d’intégration dans la république quasi impossible… »


  • La mosaïque éclatée par Gilles Lucas
    http://cqfd-journal.org/La-mosaique-eclatee

    Les événements déchirant la Syrie depuis dix-huit mois voient s’affronter diverses confusions – ordinaires ou criminelles – qui font tourner le monde actuel, mais également un réel refus de la servitude quelles qu’en soient les conséquences. CQFD a rencontré quatre Syriens de Marseille.


  • Une zone à défendre | Gilles Lucas (CQFD)
    http://www.cqfd-journal.org/Une-zone-a-defendre

    Évoquée du bout des lèvres par les journaux télévisés, la résistance au projet d’aéroport sur les terres agricoles de Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique, n’est pas prête d’être effacée malgré les assauts policiers. En témoignent les colonnes de tracteurs paralysant Nantes il y a quelques mois, l’inventivité des occupants réfractaires et leur pugnacité face aux actuelles manœuvres militaro-policières prétendant imposer la loi de Vinci. La parole est aux résistants. Source : CQFD


  • Avoir le cancer, plutôt crever ! par Gilles Lucas
    http://cqfd-journal.org/Avoir-le-cancer-plutot-crever

    « Notre Comité spontané et sans parti a choisi ce nom parce que nous croyons que, maintenant plus que jamais, il est nécessaire de dépasser le conflit environnement/travail, qui jusqu’à ce jour a vu les travailleurs s’opposer aux citoyens. […] Le Comité réunit des ouvriers de Ilva, des travailleurs, des chômeurs, des intérimaires, des étudiants et des citoyens qui, à partir de maintenant et pour la première fois ensemble, ont l’intention d’être au centre de toutes les décisions politiques sur l’avenir de la ville de Tarente. Nous, hommes et femmes, sommes fatigués d’avoir à choisir entre le travail et la santé. Nous accusons toute la classe politique d’être les complices de la catastrophe environnementale et sociale qui, depuis cinquante ans contraint la ville de Tarente à vendre ses droits en échange d’un salaire. Nous sommes fatigués de nous faire représenter par des syndicalistes qui au lieu de défendre les droits des travailleurs, défendent les bénéfices de l’entreprise. […] Nous ne serons pas dans les rues pour contester la décision de la justice, ni pour défendre les intérêts de la propriété et les positions des syndicats, mais pour réclamer le respect des droits fondamentaux bafoués jusqu’à aujourd’hui. Nous invitons tous ceux qui considèrent comme une honte le chantage au chômage que nous avons subi jusqu’à présent… ».


  • Le poids des rots, le choc des civilisations par Gilles Lucas
    http://cqfd-journal.org/Le-poids-des-rots-le-choc-des

    Touchant, ce Charb, directeur de Charlie-Hebdo, venu à Marseille pour causer liberté de la presse dans la bibliothèque de l’Alcazar, installée au cœur d’un quartier qu’on nommait encore, il n’y a pas si longtemps, le quartier arabe. En première ligne du public clairsemé, ses amis les sbires du Service de protection des hautes personnalités, censés le protéger depuis la publication dans son journal de caricatures sur l’Islam, sont sur le qui-vive. Charb le dit, le gémit : il est une victime. Et répète à l’envi que la satire, c’est cool, c’est la liberté d’expression… Amen ! Qu’un fielleux consensus anti-arabe se répande en France et dans les pays occidentaux, ce n’est pas son problème. Qu’au boulot ou dans la rue, ses caricatures fournissent de nouvelles invectives pour stigmatiser une population déjà humiliée, ce n’est pas à cause de lui, se défausse ce crétin moderne qui a fait du cynisme généralisé son intouchable évangile. C’est cette race-là, sa race aveugle et étroite, qu’il défend. Car l’imbécile semble ne pas savoir qu’en dehors de ses apéros de rédac, il y a une différence entre islamistes et musulmans, et que dans le fond, ses insultes ne touchent pas tant la religion, mais une culture maltraitée. Aussi, le lamentable néo-con, après avoir éructé ses blagues coloniales, n’aura même pas tenté de distribuer le support papier de sa misère intellectuelle sur le cours Belsunce, entre le snack égyptien et la pâtisserie orientale. Il aurait pu, histoire d’approcher ces « cons qui aiment le prophète », si radicalement étrangers aux esprits éclairés qui, par dizaines de milliers, ont rempli les caisses de ce Beauf-Hebdo en croyant faire acte de courage laïc.


  • Des moments de révolution par Gilles Lucas
    http://cqfd-journal.org/Des-moments-de-revolution

    « Quand on voit ce qu’il se passe aujourd’hui, on peut se dire que ce n’était pas la peine de virer les dictateurs », arrive-t-il d’entendre un an et demi après le début des « Printemps » arabes. N’en déplaise aux zélateurs mystiques du grand soir dont le mot d’ordre serait « tout sinon rien », deux chercheurs en sciences sociales reviennent pour CQFD sur les « moments révolutionnaires » qu’ont connus la Tunisie et la Libye. Amin Allal, chercheur à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, a observé les mouvements protestataires de 2008 à Gafsa (Tunisie) et, en janvier 2011, a suivi des insurgés dans la banlieue populaire de Tunis. Arthur Quesnay, chercheur en science politique, était en Libye depuis deux mois quand les combats se sont étendus à tout le pays à la fin de l’hiver dernier. Il s’est alors immergé au sein d’une unité combattante de Misrata. Entretien.


  • Copwatch ordinaire par Gilles Lucas
    http://cqfd-journal.org/Copwatch-ordinaire

    S’il arrive que des policiers filment des quidams, il n’est pas rare qu’ils ne supportent pas la réciprocité. L’argument fallacieux du « droit à l’image » peut se transformer, sous divers prétextes imaginaires, en garde à vue. À moins qu’à l’occasion d’un procès, les choses ne soient, d’une manière éphémère, remise à l’endroit…

    « C’est quoi, ton origine ? », hurle un des policiers dans les oreilles d’un jeune qu’il vient de plaquer contre le mur. Ils sont une dizaine de flics, en ce 17 mars 2012, à proximité de la gare Saint-Charles, autour de ces deux jeunes hommes qui se font palper sans ménagement.

    Parmi les passants observant à distance la situation, Michel Dantois, venu à Marseille pour participer au Forum alternatif de l’eau, sort son appareil photo et commence à déclencher. Réaction immédiate des fonctionnaires : « Arrêtez tout de suite ! » Mais le photographe de continuer. « Je savais que j’avais le droit de filmer l’action de policiers dans l’espace public », explique-t-il, sans être en mesure, sur le moment, d’énoncer précisément la saisine 2005-29 de la feue Commission nationale de déontologie de la sécurité qui rappelait « aux forces d’intervention […] qu’elles doivent considérer comme normale l’attention que des citoyens ou des groupes de citoyens peuvent porter à leur mode d’action ».


  • Retour de confiance par Gilles Lucas
    http://cqfd-journal.org/Retour-de-confiance

    Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne (BCE), aura fait le buzz le 30 août en déclarant que, sauf le respect dû aux dirigeants allemands : « Nous ne renoncerons pas à la mutualisation des dettes publiques . » Le 6 septembre, il réitérait en affirmant que « l’euro est irréversible » et que la BCE rachètera sans limites les dettes publiques des pays en mauvais état, histoire d’égaliser les taux d’intérêts. Aussitôt les marchés montaient à New York, grimpaient à Madrid et bondissaient à Francfort ! Un enthousiasme étonnant quand on sait comment toute volonté de « mutualisation » des dettes était jusqu’alors regardée comme un caprice d’extrémistes partageux ! L’explication tient peut-être à la carrure de Draghi et à sa cote dans les milieux dirigeants. Ex-vice-président, entre 2002 et 2005, de la banque Goldman Sachs dont les comptes truqués ont largement contribué à ruiner la Grèce, il est aujourd’hui le patron de cette BCE qui fabrique physiquement l’euro et le revend aux pays européens. Les perspectives de sortie de crise commençant à se faire rares, se tourner vers des solutions jusqu’alors regardées avec mépris semble faire partie des ultimes hypothèses pour espérer pérenniser le système. Pour quelques temps encore ?


  • Expulser les délogés par Gilles Lucas
    http://cqfd-journal.org/Expulser-les-deloges

    Le mardi 28 août, le Centre social autogéré de Toulouse, plus connu sous le nom de Crea (Collectif pour la réquisition, l’entraide et l’autogestion), a été expulsé par la police. CQFD, dans le reportage qu’il lui avait consacré dans son numéro de mars dernier, évoquait déjà cette sinistre éventualité. Rencontre à chaud avec cinq participants de cette défunte expérimentation sociale qui n’a pas tardé à renaître ailleurs. Le 7 septembre, un nouveau bâtiment a été ouvert…


  • Les véritables causes de l’intervention américaine en Irak

    par Gilles Lucas
    http://cqfd-journal.org/Les-veritables-causes-de-l

    Idéal en vacances sous le cagnard, une bonne histoire dans l’ombre des services de renseignements. Revenons donc sur les tribulations de Rafid Ahmed Alwan al-Janabi qui se retrouve en fort mauvaise posture en cette fin d’année 1998.

    Responsable au sein de l’unité de maintenance de la société irakienne de cinéma et de télévision Babel TV, sise à Bagdad, il sait qu’un mandat d’arrêt a été délivré contre lui. Le motif ? Il aurait détourné 1,5 million de dollars des caisses de l’entreprise dans laquelle il travaille. Il parvient à fuir et arrive, après de multiples pérégrinations, à Nuremberg (Allemagne) à l’hiver 1999. Enfermée dans ce lieu à l’aspect pénitentiaire réservé aux demandeurs d’asile, il sollicite l’autorisation d’aller visiter la ville toute proche. Cette demande écrite suscite l’attention des services de renseignements teutons (BND), friands de ressortissants étrangers venus des pays arabes, et surtout d’Irakiens pouvant éventuellement fournir des bribes d’informations sur les proches de Saddam Hussein, sur l’armée irakienne, voire sur les armes de destruction massive (ADM) dont la presse et les dirigeants occidentaux ne cessent à l’époque de parler. Le demandeur d’asile raconte prestement qu’il a travaillé dans la Commission de l’industrie militaire destinée à la recherche de nouvelles armes. Et le nouvel arrivant sur le sol germanique se fait prolixe. Au bout de plusieurs réunions, il appert qu’il détient un grand nombre d’informations inédites et précises. Ce que confirme un professeur de biologie, lui-même appointé par les services, venu assister ses collègues lors des interrogatoires. Il explique que si les inspecteurs internationaux à la recherche d’ADM n’ont rien trouvé, c’est parce que l’armée irakienne utilise des laboratoires montés sur des camions. Il précise qu’au moment de son départ, une de ces unités était déjà en fonction et que le régime prévoyait alors d’en fabriquer six autres. Pour preuve de la dangerosité de l’affaire, il affirme qu’un accident causant la mort de douze personnes a eu lieu sur l’un des sites.

    L’information remonte la chaîne hiérarchique de l’État allemand jusqu’à finalement aboutir sur un bureau de la Maison Blanche à Washington. Les dénégations d’un neveu de Saddam Hussein, lui-même en exil depuis 1995, n’y font rien. Les services français, anglais, israéliens et étasuniens croient dur comme fer cet Irakien capable de dessiner dans le détail les plans des sites ainsi que les camions incriminés. Les Américains envoient un satellite dont les images infirment les propos de Rafid : la hauteur du passage d’entrée de l’usine empêche toute circulation de véhicules de grandes tailles. Qu’importe. Même si quelques-uns de ces interlocuteurs commencent à le suspecter de mythomanie, le transfuge irakien est placé sous protection des services allemands, naturalisé, pourvu d’un bel appartement et d’un revenu conséquent. L’heure n’est plus aux tergiversations après l’attentat du 11 septembre 2001. Les faucons américains veulent attaquer l’Irak sans évidemment dévoiler les raisons plus obscures qui les animent, depuis le bizness du lobby-militaro industriel jusqu’à la mégalomanie la plus tordue de ses dirigeants. Leurs missions officielles : exporter la démocratie et liquider un criminel. Sans avoir jamais rencontré Rafid Ahmed Alwan al-Janabi, la CIA bricole maquettes, photos aériennes qu’elle va fournir au secrétaire d’État Colin Powell qui devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le 5 février 2003, agitera une éprouvette remplie de supposées souches d’anthrax « similaires à celles dont dispose Saddam Hussein » pour justifier l’assaut militaire contre l’Irak.

    Las ! Les troupes américaines vont revenir bredouilles de leur chasse tous azimuts aux ADM. En territoire irakien, sur le site même décrit par Rafid, il est confirmé qu’effectivement aucun camion ne pouvait ni entrer ni sortir. Quant aux poids lourds suspects, ils étaient destinés à transporter de l’hélium pour des ballons-sondes météorologiques… Plusieurs centaines de morts irakiens et la démission de quelques hauts responsables de la CIA plus tard, Rafid Ahmed Alwan al-Janabi vit toujours en Allemagne sous protection du BND… La révélation totale et définitive de ses mensonges n’aura bien évidemment rien changé ni aux fondements des principes dirigeant la société occidentale, ni même à la carrière et au prestige de ses décideurs.


  • Faut pas prendre les Hellènes pour des poires
    par Gilles Lucas & Vassilis Papageorgiou
    http://cqfd-journal.org/Faut-pas-prendre-les-Hellenes-pour

    Alors que les foudres de l’Union européenne et des institutions financières mondiales continuent de s’abattre sur le pays de Socrate, de plus en plus de Grecs semblent décidés à reprendre les affaires de la cité en main. Exemples de ces héroïques expérimentations sociales…


  • Faut pas prendre les Hellènes pour des poires | Gilles Lucas et Vassilis Papageorgiou (CQFD)
    http://www.cqfd-journal.org/Faut-pas-prendre-les-Hellenes-pour

    Alors que les foudres de l’Union européenne et des institutions financières mondiales continuent de s’abattre sur le pays de Socrate, de plus en plus de Grecs semblent décidés à reprendre les affaires de la cité en main. Exemples de ces héroïques expérimentations sociales… Source : CQFD



  • Bouge c’est gratuit par Gilles Lucas
    http://cqfd-journal.org/Bouge-c-est-gratuit

    Depuis quatre ans, dans l’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Étoile (Bouches-du-Rhône), les transports en commun sont gratuits. Une folie anti-économique ? Non, un choix politique et social hétérodoxe qui semble satisfaire les usagers, les employés et même le patronat local ! Enquête.

    « Les transports gratuits ? C’est super ! se réjouit ce retraité assis sur un banc de la gare routière d’Aubagne. Ça vaut vraiment le coup. On va où on veut sans avoir à compter, on peut se promener. Ma voiture, elle est au garage, je ne la prends plus que pour sortir de la ville. » Hé oui, dans cette petite ville des Bouches-du-Rhône, l’on peut entrer dans un bus sans sortir un euro. L’ancien poursuit : « C’est normal que les transports en commun soient gratuits ! Surtout en ce moment, que tout est si difficile. »

    • Et évidement, lorsqu’il s’agit de #gratuité, les banques mènent la guerre à la ville d’Aubagne :

      Des municipalités livrent bataille contre les banques et les marchés financiers
      http://www.bastamag.net/article2342.html

      Le chantier d’un futur #tramway menacé par les marchés financiers. Une politique municipale de #transports_publics contestée par les banques. C’est ce qui a failli arriver à la ville d’Aubagne, dans les #Bouches-du-Rhône. La municipalité #communiste a décidé, en mai 2009, d’instaurer la gratuité totale des #transports_en_commun. La ville et sa communauté d’agglomération (Pays d’Aubagne et de l’Étoile) entendent bien étendre ce principe au futur tramway, dont la mise en service est prévue en 2014.

      [...]

      Pour son budget 2012, Aubagne affiche 18 millions d’euros d’investissement [1]. À l’inverse des préconisations de l’agence de notation #Fitch_Ratings, qui a dégradé en octobre 2010 la note de la commune à BBB- (« qualité moyenne inférieure »). En cause à l’époque : des dépenses augmentant plus vite que des recettes, et une multiplication des emprunts à court terme auprès des banques [2]. Pour améliorer sa note, #Aubagne aurait donc dû tailler dans son budget, en réduisant ses investissements et en se concentrant sur le remboursement de ses dettes. « Nous en avons assez de nous retrouver dans cette situation honteuse où, après avoir fait tomber des États, les agences veulent peser sur les collectivités, explique #Magali_Giovannangeli. Oui, nos collectivités locales doivent présenter un budget en équilibre, mais nous voulons faire nos propres choix politiques. » Fin 2011, Aubagne et sa communauté d’agglomération décident de rompre unilatéralement leur contrat avec l’agence de notation Fitch Ratings.

      [...]

      Aubagne et sa communauté d’agglomération n’ont pas seulement misé sur la gratuité des transports en commun, ils se sont aussi tournés vers la #gestion_publique_de_l’eau. « Nous y travaillons avec d’autres collectivités qui se sont déjà lancées, explique la présidente de la communauté d’agglomération. Nous sommes plusieurs collectivités à avoir la volonté de coopérer pour sortir des critères financiers et inventer des alternatives. Je suis convaincue qu’à partir du moment où l’on résiste on crée quelque chose de neuf. »


  • Les mineurs espagnols pas encore enterrés par Gilles Lucas
    http://cqfd-journal.org/Les-mineurs-espagnols-pas-encore

    Cinq jours avant que le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, ne supplie l’Europe de sauver les banques ibériques, dix mille mineurs ont envahi les rues de Madrid afin de protester contre la réduction de deux tiers des financements publics alloués à l’industrie minière. C’est à coups de matraque, de gaz et de balles en caoutchouc qu’ils ont été reçus à proximité du ministère de l’Industrie. Du Léon à l’Andalousie, la Manche, les Asturies et l’Aragon, les gueules noires sont en grève depuis plusieurs semaines, multipliant les barrages sur les routes et autoroutes et s’affrontant aux forces de police venues les déloger. À Palencia, au nord de Valladolid, une centrale thermique a été bloquée, pendant qu’à Teruel les manifestants scandent que la « ville ne mourra pas ». « Il s’agit d’un mode de vie », déclare le 9 juin sur Telesur un gréviste asturien. Côté aide, les mineurs savent pour l’heure où la trouver : entre eux, au sein des dernières communautés ouvrières qu’ils ne veulent pas voir disparaître et où l’isolement moderne, facteur d’accablement, n’a pas encore totalement conquis les esprits. Et ceci au grand dam des syndicats qui ne cessent d’appeler au calme. Quant aux négociations du comité de suivi du Plan Charbon, qui se tiennent au ministère de l’Industrie, leur résultat est évidemment suspendu aux décisions des instances européennes et de leurs banques… C’est dire combien le suspense est à couper le souffle !


  • L’action sociale, c’est nous ! par Gilles Lucas
    http://cqfd-journal.org/L-action-sociale-c-est-nous

    Ils sont une petite dizaine à occuper deux mille mètres carrés habitables, avec un grand jardin, à quelques encablures du centre-ville de Marseille. Que demande le peuple ! De ne pas se faire expulser par le centre communal d’action sociale. Car, justement, ils en font, du social.


  • Des villes en jeu par Gilles Lucas
    http://cqfd-journal.org/Des-villes-en-jeu

    Courir, sauter, franchir des murs, utiliser les reliefs, les immeubles, les obstacles, le mobilier urbain, à l’instar des héros du film Yamakasi, cela s’appelle faire du parkour. Ceux qui pratiquent ce genre d’activité s’autodéfinissent comme des traceurs. CQFD a donné la parole à l’un d’entre eux.


  • Mal vivre tue par Gilles Lucas
    http://cqfd-journal.org/Mal-vivre-tue

    Fin mars, en Italie, deux maçons criblés de dettes se sont immolés par le feu, l’un à Bologne, l’autre à Vérone. En Grèce, dans ce pays qui en deux ans a vu doubler le nombre de suicides alors que le taux y était jusqu’alors le plus bas d’Europe, une pratique se répand : celle de s’enfermer dans sa voiture et de se précipiter dans un bassin portuaire. Le 5 avril au matin, sur la place Syngtama d’Athènes, un homme s’est tiré une balle dans la tête.

    En France, dernièrement, plusieurs salariés de France Télécom et de la Poste ont mis volontairement fin à leurs jours. Un cadre d’une entreprise bordelaise de transport s’est pendu le 5 mars après avoir laissé une lettre dénonçant le harcèlement qu’il subissait du fait de la « gestion automatisée de son travail et de l’installation de système de géo-localisation sur son véhicule ». Deux inspecteurs du travail ont pris la même décision, l’un en mai 2011 et l’autre le 18 janvier dernier. Le 1er mars, un employé de la Caisse primaire d’assurance maladie s’est flingué dans son bureau. Un éducateur travaillant dans une association dunkerquoise a sauté d’un pont en novembre 2011. À Dieppe, le 26 mars, un chômeur s’est aspergé d’essence dans les locaux d’une agence de Pôle emploi.

    Les tentatives désespérées se multiplient. Prises massives de psychotropes, dépressions, arrêts maladie, la liste des drames et troubles graves provoqués par la réorganisation violente de la discipline sociale que les bonimenteurs appellent « crise » ne fait que s’allonger. « Le travail est de plus en plus maltraitant, de plus en plus subi. […] On peut observer l’apparition de suicides quasiment militants », affirme Jean-Claude Delgènes, directeur d’un cabinet chargé d’enquêter sur France Télécom. Non sans prévenir que, à terme, « l’on va vers des homicides en entreprise ». C’est vrai, pourquoi toujours se faire du mal ?


  • Le boulot en débat par Gilles Lucas
    http://cqfd-journal.org/Le-boulot-en-debat

    Le journaliste François Ruffin défend les ouvriers d’une usine chimique dont la production cancérigène est fermement condamnée par le groupe anti-industriel Pièces et main-d’œuvre. Alors, forcément, y a débat. CQFD a enfilé son bleu pour participer…

    Les 4 et 5 avril, sur France-Inter, le camarade journaliste François Ruffin donnait la parole à des salariés d’Arkema en lutte contre le rachat du « Pôle vinylique » de leur boîte de Saint-Fons (Rhône) par un financier américain. D’autres camarades, ceux du « groupe » grenoblois Pièces et main-d’œuvre (PMO), ont protesté énergiquement contre ce reportage complaisant vis-à-vis d’une entreprise fabriquant du PVC, un produit hautement cancérigène. Les ouvriers doivent arrêter de produire ce poison, avancent les amis grenoblois. La question exige une réponse stratégique, réplique François Ruffin. Leur duel épistolaire amène à s’interroger : qu’est-ce qui peut pousser un individu à produire de la merde ? L’amour de la merde bien faite ? Ou de bêtes contingences matérielles ?