person:jean rivière

  • « France périphérique », le succès d’une illusion

    Le mouvement des #gilets_jaunes semble consacrer le succès d’une représentation fortement enracinée dans les champs médiatique et politique, au point d’être devenue le prêt-à-penser des discours sur la France contemporaine : celle d’un pays coupé en deux entre #métropoles dynamiques et territoires « périphériques » en difficulté. Selon la plupart des commentateurs – y compris les éditorialistes de grands quotidiens comme Le Monde ou Libération – la contestation en cours serait l’expression d’une colère, voire d’une revanche des seconds à l’égard des premières.

    https://www.alternatives-economiques.fr/france-peripherique-succes-dune-illusion/00087254
    #périphérie #France #géographie_rurale

    • Eux et nous

      La #France_périphérique a valu à son auteur des reproches unanimes. Son sous-titre précise le propos : il s’agit de dénoncer les élites qui ont précipité la France dans la mondialisation et n’ont pas pris garde aux conséquences négatives qu’elle a sur les classes populaires.
      Christophe Guilly
      La France périphérique. Comment on a sacrifié les classes populaires.
      (Flammarion)

      Géographe, Christophe Guilluy lit ce divorce dans la dualité spatiale de la France d’aujourd’hui : aux métropoles dynamiques s’opposent les mornes espaces périurbains, les campagnes désespérées, les petites villes marquées par le chômage et la récession économique. La France périphérique : une variante géographique sur le motif poujadiste du eux et nous ?

      https://www.nouvelle-quinzaine-litteraire.fr/mode-lecture/eux-et-nous-1137
      #paywall

    • Les CHERCHEURS d’ESO et « LA FRANCE PERIPHERIQUE »

      Pierre Bergel, Jean Rivière, Éléments sur la genèse de La France périphérique. Introduction

      Aliette Roux, Christophe Guilluy géographe ? Cinq rappels de méthodologie scientifique

      Régis Keerle, A propos de la carte « La France périphérique qui gronde » : analyse critique et proposition d’enrichissement de la méthode cartographique standard par la mappographie

      Catherine Laidin, Le rural, cet espace périphérique ?

      Xavier Michel, Dépasser le contraste métropoles/périphéries pour analyser les mobilités

      http://eso.cnrs.fr/fr/publications/eso-travaux-et-documents/n-41-octobre-2016.html


  • Préparer l’agrégation interne d’histoire et de géographie : GÉOGRAPHIE DE LA FRANCE (suivre le hashtag #AgregInterneHG)

    DES ATLAS THÉMATIQUES POUR PRÉPARER LA QUESTION
    Après une présentation (succincte et subjective) d’atlas régionaux (voir : https://seenthis.net/messages/616104), voici une quelques propositions de lecture concernant des atlas thématiques.

    LA FRANCE ET SES HABITANTS
    Des atlas qui permettent de trouver des documents à s’approprier pour faire des productions graphiques sur la question de l’habiter, celle de l’identité, celle de la population, etc.
    – Collectif, 2014, Atlas de la France et des Français, Le Monde/La Vie, hors-série.

    – DUBOYS FRESNEY, Laurence, 2013, Atlas des Français. Pratiques, passions, idées, préjugés, Autrement, collection Atlas/Monde, Paris.
    https://www.autrement.com/ouvrage/atlas-des-francais-laurence-duboys-fresney-francois-de-singly

    – AMSELLEM-MAINGUY, Gaëlle et Joachim TIMOTÉO, 2012, Atlas des jeunes en France. Les 15-30 ans, une génération en marche, Autrement, collection Atlas/Monde, Paris.
    https://www.autrement.com/ouvrage/atlas-des-jeunes-en-france-yaelle-amsellem-mainguy-joachim-timoteo-cecile

    LA FRANCE DES MARGES
    Sur cette question, il est nécessaire de connaître les enjeux du débat. Non seulement savoir pourquoi on est passé de la dichotomie centre/périphéries à celle centralités/marges en géographie, mais aussi savoir situer les auteurs, et surtout... les controverses qui existent parfois autour d’eux et de leurs travaux - bien que les atlas ne soient souvent pas les travaux mis en cause dans les débats.

    Ici, cela vaut particulièrement pour Hervé Le Bras pour ses analyses sur la géographie électorale et Christophe Guilluy pour ses travaux postérieurs, mais aussi pour son emploi du terme de fractures.
    –> voir par exemple le texte de Martin Vanier : https://www.urbanisme.fr/une-nouvelle-geographie-de-l-exclusion/debats-391/98#article121 le débat dans le n°399 de la revue Urbanisme : https://www.urbanisme.fr/vraies-et-fausses-fractures/dossier-399
    –> pour un point plus général sur le débat autour de Christophe Guilluy, voir le texte d’Éric Charmes synthétisant les différents points de vue (défenseurs vs. contradicteurs) : http://www.laviedesidees.fr/Une-France-contre-l-autre.html ; ainsi que la lecture du texte/bande dessinée proposé par Enzo (au dessin) et Xavier Molénat sur Alternatives économiques : https://www.alternatives-economiques.fr/france-periurbaine-a-t-ete-abandonnee/00003009).

    – BLANCHARD, Pascal, Hadrien DUBUCS et Yvan GASTAUT, 2016, Atlas des immigrations en France, Autrement, collection Atlas/Monde, Paris.
    https://www.autrement.com/ouvrage/atlas-des-immigrations-en-france-pascal-blanchard-hadrien-dubucs-yvan-gas

    – LE BRAS, Hervé, 2014, Atlas des inégalités. Les Français face à la crise, Autrement, collection Atlas/Monde, Paris.
    https://www.autrement.com/ouvrage/atlas-des-inegalites-herve-le-bras

    – GUILLUY, Christophe et Christophe NOYÉ, 2006, Atlas des nouvelles fractures sociales. Les classes moyennes oubliées et précisées, Autrement, collection Atlas/Monde, Paris.

    GÉOGRAPHIE POLITIQUE ET GÉOGRAPHIE ÉLECTORALE EN FRANCE :
    La géographie électorale a « le vent en poupe » ces dernières années, et les publications se multiplient. Attention tout de même, les analyses se contredisent parfois, ou tout de moins sont en débat. Il convient donc de prendre du recul par rapport à ces ressources, c’est-à-dire de connaître les points des débats en cours sur ces questions, afin de ne pas apporter d’analyses trop tranchées, voire caricaturales. La lecture de comptes rendus de lecture et de recensions des ouvrages peut être utile afin de les situer dans le débat (voir par exemple une recension de ressources proposée par les Cafés géographiques : http://cafe-geo.net/geographie-electorale-geographie-du-vote-geographie-des-elections).

    – un atlas en ligne : Cartelec. Cartographie des grandes villes françaises à l’échelle des bureaux de vote, en ligne : http://www.cartelec.net
    => Ces cartes peuvent être consultées pour préparer des croquis intermédiaires sur les grandes villes françaises. Elles peuvent habilement apporter des éléments dans des croquis aux données plus « classiques », notamment pour des sujets portant sur l’habiter, les inégalités, les conflits, les marges, etc.

    => à compléter avec les travaux du politisée Joël Gombin (par exemple : http://www.monde-diplomatique.fr/2015/12/GOMBIN/54357), et des géographes Michel Bussi, ou encore Jean Rivière (voir des ressources dans le journal de curation consacré à la question de la géographie électorale : http://www.scoop.it/t/geographie-des-elections).

    – LÉVY, Jacques (dir.), 2017, Atlas politique de la France. Les révolutions silencieuses de la société française, Autrement, collection Atlas/Monde, Paris.
    https://www.autrement.com/ouvrage/atlas-politique-de-la-france-jacques-levy-jean-nicolas-fauchille-ogier-ma
    => Il vient de paraître, mais les comptes rendus/recensions commencent déjà à être publiées, et peuvent permettre de savoir rapidement les utilisations (ou non) de cet atlas, qui semble (d’après ce que j’en ai lu, pour l’heure), reposer sur la carte par anamorphose, peut-être plus difficile à adapter en productions graphiques rapidement dans une optique concours. À suivre.

    GÉOGRAPHIE DES RISQUES EN FRANCE :
    VEYRET, Yvette et Richard LAGANIER (dir.), 2013, Atlas des risques en France. Prévenir les catastrophes naturelles et technologiques, Autrement, collection Atlas/Monde, Paris.
    https://www.autrement.com/ouvrage/atlas-des-risques-en-france-yvette-veyret-richard-laganier-aurelie-boissi
    => La question des risques croise, évidemment, de nombreuses thématiques, telles que la géographie de la population, les espaces productifs, etc.

    LES ESPACES PRODUCTIFS EN FRANCE
    – Collectif, 2004, Atlas rural et agricole de l’Île-de-France, IAURIF, Paris, disponible au téléchargement : https://www.iau-idf.fr/savoir-faire/nos-travaux/edition/atlas-rural-et-agricole-de-lile-de-france.html

    POTIER, Françoise et Christophe TERRIER, 2006, Atlas des mobilités touristiques en France métropolitaine, Autrement, collection Atlas/Monde, Paris.
    => Cet atlas intéressera aussi les candidats aux concours externes pour la question « Les espaces de tourisme et de loisirs ».

    QUELQUES LECTURES COMPLÉMENTAIRES :
    La consultation des Atlas de France sous la direction de Roger BRUNET, Franck AURIAC et Thérèse SAINT-JULIEN. Si les données sont datées, la consultation de ces atlas permet de confronter des documents récents à des documents plus anciens et de personnaliser ses croquis/schémas en introduisant une approche en termes de permanences et mutations, très intéressante pour comprendre les évolutions des territoires. De plus, ils apportent un panorama complet de la société française, de la géographie de la santé à la géographie urbaine, en passant par les énergies, les transports, l’espace rural, le tourisme et les loisirs, les milieux et les ressources, les emplois et les entreprises, etc.
    http://www.mgm.fr/PUB/ATFpre.html

    #Atlas #Agrégation #Agrégation_Interne #Agreg #AgregInterne #Agreg_Interne #Histoire #Géographie #Histoire_Géographie #Histoire_et_Géographie #Géographie_de_la_France #Agrégation_Interne_d_Histoire_et_de_Géographie #AgregInterneHG #Agreg_Interne_HG #Agreg_Interne_Histoire_Géographie #Bibliographie #Croquis #Les_Espaces_du_Tourisme_et_des_Loisirs #Capes #Agrégation #Agreg #Agrégation_Géographie #Agreg_Géographie #CapesHG #Capes_HG #Capes_Histoire_Géographie


  • Un paysan tué par les gendarmes : la pression des contrôles sanitaires en question
    https://www.bastamag.net/Un-paysan-tue-par-les-gendarmes-la-pression-des-controles-sanitaires-en

    Un agriculteur a été tué par des gendarmes le 20 mai à Sailly, en Saône-et-Loire, alors qu’il tentait de prendre la fuite. Jérôme Laronze, éleveur de bovins âgé de 37 ans, faisait l’objet d’actives recherches depuis le 11 mai. Ce jour-là, des inspecteurs des services vétérinaires de la Direction départementale de la protection de la population (DDPP) se rendent dans sa ferme, accompagnés de forces de l’ordre. Selon les premiers éléments de l’enquête, Jérôme Laronze « fonce » alors avec son tracteur sur les (...)

    En bref

    / #Agriculture, #Conditions_de_travail

    • Perso, je relativisme la violence que « subissent » les agriculteurs par rapport à celle qu’ils sont habitués à infliger aux autres, avec la parfaite conscience de leur impunité.
      Comme je le rapportais récemment, on a régulièrement des groupes d’agriculteurs qui vandalisent délibérément des biens publics ou communs, qui menacent avec leurs fusils ceux qui ne leur plaisent pas et qui ne reçoivent aucune sanction en retour.
      Leur laisser un sentiment d’impunité aussi fort est une très mauvaise chose : la preuve, le gars s’est senti légitime à tenter d’écraser non seulement d’autres personnes, mais carrément des représentants de la loi.

      Et quand tu vois comment certains se permettent de bosser, heureusement qu’il y a des contrôles sanitaires !

    • Oui bien d’accord avec toi @monolecte l’article fini par rappeler quant même ce que tu dit ;

      Ce drame qui touche le monde paysan et illustre un terrible défaut d’accompagnement, ne doit pas faire l’impasse sur les conditions de travail des contrôleurs. Le 2 septembre 2004, un contrôleur du travail et un agent du service de contrôle de la Mutualité sociale agricole, Sylvie Trémouille et Daniel Buffière, ont été assassinés par un agriculteur lors d’une inspection dans une exploitation agricole, à Saussignac en Dordogne. Plus récemment, le 17 février 2016, une jeune conseillère agricole a été tuée par un éleveur à Mayran, dans l’Aveyron, lors d’une visite sanitaire dans l’exploitation laitière.

    • Ah mince, c’est étrange cette « relativisation ». On parle d’un travailleur tué par la police, en fuite pour s’être interposé à des contrôles de la bureaucratie du ministère de l’Agriculture.

      Dirait-on qu’on relativise la violence subie par les agents EDF parce que certains font mal leur boulot, voire imposent des compteurs Linky ? Et il y aurait d’autres comparaisons à faire avec les violences policières...

      Le contrôles sanitaires ne sont pas un obstacle aux saloperies de l’agro-industrie, ils visent en premier lieu à faire entrer les petits et moyens dans le système décidé pour les gros, ou à les faire disparaître.

      La violence rendue d’une personne isolée qui se sent opprimée par une instance de contrôle policiaro-bureaucratique est difficile à retourner à l’encontre de cette personne en disant, ah mais on bouffe de la merde, heureusement qu’il y a des contrôles.

      Je renvoie pour cela aux travaux de la revue Z, et à ceux du collectif Faut pas pucer, qui sont tout de même assez convaincants sur l’endroit où s’exerce la violence, et d’où elle vient. Faire porter le poids des horreurs du système agro-industriel sur un paysan qui vient de se faire abattre comme un chien par l’Etat en armes, c’est vraiment vraiment fort de café.

      Mais peut-être @monolecte & @mad_meg sommes-nous en train de mal nous comprendre ;-)

      "Mes brebis comme des machines"
      Entretien avec des bergers

      https://infokiosques.net/lire.php?id_article=730

      Paul  : C’est une dépossession. Et le contrôle débarque de nulle part. Le problème est qu’il y a toujours plus d’injonctions d’un ailleurs, de plus en plus de parties de ton activité qui sont gérées par un ailleurs, normalisées. Il ne te reste plus que les actes machinaux. C’est comme les normes ISO où les procédures sont strictement définies. [L’ISO/CEI donne la définition suivante  : «  Procédure par laquelle une tierce partie donne une assurance écrite qu’un produit, un processus ou un service est conforme aux exigences spécifiées dans un référentiel  », ndlr]

      Des «  actes machinaux  »  ?

      Paul  : Prenons l’exemple d’une procédure ISO, où c’est plus schématisé. Un «  qualiticien  » définit le cheminement d’une pièce et morcelle les actes à accomplir pour la produire. Par exemple, une palette en bois [pour le transport de marchandises, ndlr]. Le bois doit être débité de telle façon. Il y a ensuite un premier assemblage qui va être divisé en une ou deux phases. Puis un deuxième assemblage. Chaque phase est définie par un cahier, une normalisation, un cheminement, et plus du tout par l’ouvrier ou par l’organisation des ouvriers. Il y a une «  fossilisation  » des procédures. à la fin de chaque phase, il doit y avoir un contrôle. Et cela jusqu’au cloutage, au rangement et à l’expédition de la palette. Tout est régi par cette procédure. Ne sont laissés au jugement de l’ouvrier que les gestes machinaux, qui sont eux-mêmes précisément définis par la procédure. Il n’y a plus d’espace de liberté. C’est à ce prix-là que les palettes auront la norme ISO qui sera garante de leur qualité. Le fait de fossiliser, de définir toutes les procédures, ça signifie que l’on fait toujours le même produit, à qualité constante. Ce qui lui donne le label ISO.

      Matthieu  : Et le point faible dans tout ça, c’est l’humain, et les bêtes. Donc tu es suspect à chaque contrôle.

      Paul  : Oui, le point faible c’est l’humain. Et quand la PAC vient contrôler chez toi, tout comme pour un contrôle du chômage, bref, quand tu es en face d’un agent bureaucratique, c’est forcément toi qui es suspect, puisque tout le reste est modélisé. Tout est fossilisé, arrêté, contrôlé, et la seule déviance, c’est le côté humain. Tu es forcément fautif. En plus, on te donne des subventions, puisque c’est lié aux aides, donc il n’y a pas intérêt à déconner. Et ça accentue la suspicion. D’ailleurs, il y a très très peu de contrôles, quels qu’ils soient, qui ne se finissent pas par un petit redressement, même symbolique. Tu as forcément fait une erreur. C’est pareil pour le chômage, les Assedic, le RMI. C’est la même politique. Le RMIste est un sujet, il doit se coucher devant l’assistante sociale. Vous avez donc déjà été contrôlés. Comment cela s’est-il passé  ? Paul  : Oui, je l’ai déjà été. Chez moi. C’était un contrôle sur le nombre de bêtes. L’agent a contrôlé, il y avait plus de bêtes que le nombre marqué sur le papier, et voilà.

      Vous n’aviez pas déclaré toutes vos bêtes  ?

      Paul  : Non, mais c’est toujours comme ça. Au cas où il y en a une qui meurt, par exemple. Par contre, tu ne fais jamais le contraire  ! En plus, comme nous faisons de la bio, nous sommes par ailleurs contrôlés chaque année, par ce que j’appelle la «  Gestabio  ». Il faut choisir une boîte privée pour ce contrôle. Tu lui donnes accès à ta pharmacie vétérinaire, à tes stocks. Elle prend des échantillons, regarde ta comptabilité... Tu dois avoir rempli tout un tas de cahiers d’autocontrôle. C’est toi qui fais les contrôles et c’est elle qui est payée. Normal.

      http://contrelepucage.free.fr/spip.php?article37

    • Ah mince, c’est étrange cette « relativisation ». On parle d’un travailleur tué par la police, en fuite pour s’être interposé à des contrôles de la bureaucratie du ministère de l’Agriculture.

      L’article de Basta mag précise que

      Selon les premiers éléments de l’enquête, Jérôme Laronze « fonce » alors avec son tracteur sur les gendarmes, avant de prendre la fuite.

      certes « foncer » sur des gendarmes avec un tracteur c’est une manière de s’interposer contre des contrôles de la bureaucratie du ministère de l’Agriculture. Pour que les bureaucrates aient eu besoin de faire venir la gendarmerie c’est deja qu’il y avait un problème serieux, les gendarment se bougent généralement pas trop le cul sans qu’il y ai un lourd arriéré. Et tirer sur un mec en fuite c’est effectivement critiquable mais ce problème du droit de tirer sur un mec en fuite n’est pas du tout spécifique aux agriculteurs.

      Ces contrôles bureaucratiques étaient là suite à une précédente condamnation pour

      défaut de soin sur ses bêtes

      et il y a quant même pas mal d’indices qui font pensé à un homme violent avec les bêtes comme avec les personnes, du genre de ceux dont @monolecte parle.

      Je pense qu’il faut « relativisé » cette histoire, parce qu’on a pas assez d’éléments pour être affirmatif dans un sens comme dans l’autre. C’est possible que ca soit un petit agriculteur victime d’acharnement burocratique injuste mais c’est tout aussi possible que ça soit un grand malade du #male_entitlement qui entend faire régner sa loi par la violence sur tout ce qui respire.

      edit @alain1 :

      Faudrait peut-être relativiser. 3 cas de violences, ou assassinats ne font pas l’impunité d’une population, d’autant que la justice jugera ces auteurs.

      Pour le cas des trois assassinats que tu cite. L’assassin de Sylvie Trémouille et Daniel Buffière à été condamné à 30 ans de réclusion ce qui ne me semble pas être de l’impunité et le second n’as pas encore eu de procès et je ne sais pas si il y en aura un car il semble atteint de grave troubles mentaux.

      Je ne suis pas à la campagne, mais il me semble que vous ne parlez pas des mêmes personnes et il me semble que on ne peu pas dire que tous les agriculteurs sont des choupinous éclos innoffensifs qui veulent du bien aux gens, aux bêtes et à la nature ou bien qu’ils sont tous des couillards pollueurs alcooliques assoiffés du sang de tout ce qui se balade à porté de leurs pétoires de chasseurs électeurs du FN. Mais quant même pour aller dans le sens de @monolecte il y a beaucoup de vote FN a la campagne et beaucoup d’armes, de racisme et d’intolérance. Même si les deux cas existent on ne peu pas faire comme si les contrôles étaient injustifiés. Ou se servir de cette histoire pour remettre en cause les contrôles sanitaires dans les élevages.

      Par contre par rapport au droit des gendarmes et maintenant de la police à tirer sur une personne en fuite ca me semble grave et ca ne relève pas de la « bavure » mais bien de la violence d’Etat. Pour le moment c’est là dessus qu’il y a des choses à dire pas sur la raison fondée ou pas des contrôles puisque ca on en sais rien.

    • Recherché par les gendarmes, l’homme s’était confié le 18 mai au Journal de Saône-et-Loire. Il évoque la « colère du juste » pour justifier son coup de sang lors du contrôle qui avait dégénéré. Dénonçant la « solitude » de l’agriculteur « face aux contrôleurs », le trentenaire avait pourtant affirmé n’avoir « absolument pas l’intention de (se) suicider »

      Faut-il attendre d’être suicidaire pour dessouder des chtars ?

    • Depuis un moment, les contrôles sanitaires étaient une profonde source de tensions pour cet agriculteur. Comme celui survenu lors du 6 juin 2016. Ce jour-là, des fonctionnaires de la Direction Départementale de la Protection des Populations (DDPP) procèdent à l’identification de ses bovins dans ses pâtures, contrôle effectué en présence d’une dizaine de gendarmes alors qu’il n’avait jamais menacé les contrôleurs, ni fait obstacle aux précédents contrôles . Mais les bêtes paniquent devant cette présence policière intervenue armes au poing, et selon le récit de l’agriculteur une vingtaine d’entre elles se précipitent dans le ruisseau. Plusieurs d’entre elles ne survivront pas. Cet épisode, relaté en détail dans une lettre adressée à la presse, a profondément choqué l’agriculteur. « Plus tard on m’a demandé de ne rien dire concernant ces bêtes pour que mon dossier soit régularisé » affirme-t-il dans le journal local.

      faut vraiment être con comme un flic pour braquer une vache avec un flingue !
      Mort aux vaches !

    • la suite de l’histoire...pour arrêter enfin sur les pitreries à propos de la bienséance des contrôles sanitaires ou des agriculteurs-facho-violents-qui-traitent-mal-les-animaux

      https://rebellyon.info/Un-agriculteur-de-la-Conf-abattu-par-des-17903

      (Quant au vote FN en milieu rural, il y a eu assez de papiers dans la presse indé voire mainstream pour expliquer le phénomène...)

      Merci pour les suites de l’histoire @kongo et aussi pour ta manière si mâle de clore le sujet du vote FN rural. Si tu connais assez de papiers dans la presse indé voire mainstream pour expliquer le phénomène, ca serait mieux de les partagés plutot que te décrété que tout à été dit là dessus.

    • @mad_meg

      https://www.bastamag.net/Entre-declassement-reel-et-prejuges-fantasmes-cette-France-rurale-qui-se

      http://www.metropolitiques.eu/Le-FN-en-campagne-Les-ressorts.html

      http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/05/05/pourquoi-le-vote-fn-progresse-en-milieu-rural_1693733_1471069.html

      Il y a eu un gros débat en 2012, quand le Monde a publié en 2012 un article reprennent une thèse sur le « gradient d’urbanité » (grosso modo, plus on s’éloigne des centre urbains, plus on vote FN : http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/02/28/dans-la-france-peri-urbaine-le-survote-pour-le-fn-exprime-une-colere-sourde_) puis quand le géographe Christophe Guilluy a sorti son livre sur « la France périphérique ».

      Les travaux de jeunes sociologues et géographes comme Violaine Girard, Jean Rivière et Sébastien Vignon (qui a bossé en Picardie) ont battu en brèche cette simplification géographique du vote FN, de même que Joël Gombin dans le Monde Diplo (https://www.monde-diplomatique.fr/2015/12/GOMBIN/54357)


  • Je voudrais revenir sur ces histoires de cartes du vote du premier tour : en gros, l’essentiel de ce que j’ai vu circuler, ce sont des cartes de France avec une représentation du candidat qui est arrivé en tête. Les variations jouent sur la finesse des découpages (jusqu’aux stations de métro de Paris, assez chouette), ou jouent sur la prise en compte des densités de population.

    Mais j’ai d’autres questions…

    1. Pourquoi ne voit-on quasiment que ces « cartes géographiques », et pas d’autres représentations ? Avec le risque, comme pour les élections précédentes, de traiter une question politique (et, évidemment, avant tout le vote FN) par la géographie.

    Je veux dire qu’on comprend assez bien que ce n’est pas le climat et la courbe des températures qui déterminent le choix des électeurs, et donc l’utilisateur de ces cartes plaque forcément sa propre grille d’analyse sur ces représentations géographiques (le chômage, la ruralité…). C’est-à-dire qu’on multiplie les cartes géographiques, alors même qu’on ne représente généralement pas une question liées à la géographie.

    En gros : comme représentations graphiques du vote, je ne vois quasiment que ces cartes qui, grosso modo, ne m’apprennent rien. Et surtout : rien par elles-même.

    2. Je suis très gêné par cette façon de représenter systématiquement (uniquement) le premier arrivé dans chaque région. Je ne suis pas certain que ça dise grand chose.

    Par exemple, si je prends Marseille, j’ai Mélanchon en tête (25%). Si je prends Montpellier, j’ai encore Mélanchon en tête (31%). En gros c’est pareil. Sauf qu’à Marseille, Le Pen est seconde avec 24%, alors qu’à Montpellier elle se ramasse en 4e position avec 13%. Du coup, avec toutes ces cartes représentant le premier choix, j’ai deux situations qui me semblent très différentes avec le même code couleur.

    Or je n’ai pas vu réellement de représentations plus riches que simplement « le premier », ou plusieurs cartes « le score de machin à tel endroit ».

    3. Pour l’instant je n’ai vu qu’une seule représentation graphique qui ne soit pas une carte : une courbe liant le taux de chômage au score du FN, pour une sélection de grandes villes. Ça fonctionne (évidemment ?), mais ce n’est pas non plus totalement convainquant, parce qu’il y a dans le lot des contre-exemples assez spectaculaires (Saint-Denis notamment, où Le Pen fait juste 10% « malgré » un taux de chômage à 23%).

    4. Parfois des considérations sur le niveau d’étude, le niveau de revenu, l’âge des électeurs, et les résultats des candidats, mais je n’ai vu aucune représentation graphique de tout ça.

    5. Il me semble que le gros non-dit, c’est le rapport entre le vote Mélanchon et le vote Le Pen. Quels sont les rapports et les différences entre les électeurs des deux ? Est-ce qu’il y a des aspects « statistiques » qui feraient ressortir le fait que, malgré certaines caractéristiques qui sembleraient prédéterminer le vote, le choix passe à l’un ou à l’autre. Pourquoi, par exemple, avec une même classe d’âge ou une même condition de souffrance sociale, on vote FN ou Insoumis.

    6. Autre approche : plutôt que de chercher des déterminants au vote (telle catégorie de population vote pour Untel), est-ce qu’il y a des indicateurs qui permettraient de savoir, en creux, que telle catégorie ne vote pas pour Untel ? (Et donc : représentations graphiques qui vont bien.) C’est un peu la logique de Bourdieu sur le goût, il disait qu’il ne pouvait pas réellement prédire ce qu’aimerait telle personne à partir de son milieu socio-économique, mais qu’en revanche il pouvait assez bien prédire ce qu’elle n’aimerait pas.

    Bref, est-ce qu’il existe des représentations graphiques montrant « qui ne vote pas Untel », « dans quelle condition on n’aura pas de vote FN », « quelles catégories ne votent pas Mélanchon »… ?

    • 7. Est-ce qu’il y a des représentations des changements de vote ? Pour Trump-Clinton, le NY Times avait fait une immense carte montrant l’évolution du vote par rapport à la précédente présidentielle, ça donnait une sorte de « carte météo des vents », avec des vecteurs en fonction de l’intensité du changements.

      7b. Gros éceuil des représentations des « changements de vote » : le cas de Hamon. Tous les graphiques « comparatifs » affichent une carte de France bien remplie des votes pour Hollande en 2012, et une carte entièrement blanche pour Hamon aujourd’hui. Le gros souci dans une telle comparaison, c’est que, de l’aveu même de Ségolène (qui a tout de même la candidate du parti socialiste en 2007), « notre candidat » des socialistes n’est pas Hamon, mais Macron.

      8. Comme d’habitude, le plus gros parti de France est celui des gens qui ne votent pas. Est-ce que là encore, on a des représentations qui prennent en compte les absentions, et notamment leur évolution. Par exemple : est-ce que certains candidats mobilisent plus ou moins des gens qui ne votaient pas auparavant (soit par absention, soit parce que jeunes adultes) ?

    • 9. Pour revenir à cette représentation basée sur le « premier arrivé », est-ce qu’on ne se retrouve pas avec des représentations totalement caricaturales, parce qu’on joue sur des écarts tellement faibles entre les candidats qu’il suffit de quelques points pour avoir du « tout noir » ou « tout vide ». Par exemple :

      La carte donne vraiment l’impression d’un effondrement total de l’UMP/LR. Mais Fillon a fait, au premier tout, un score quasiment identique à Chirac en 2002 (et Chirac a été élu au deuxième tour).

      Est-ce que ce type de représentation n’accentue pas cet énorme défaut du système électoral, qui repose sur le principe « le gagnant emporte tout » (winner takes all). Et de fait, à s’habituer à ne voir que ce genre de cartes après une élection, est-ce qu’on ne rend pas légitime ce qui est pourtant l’aspect le plus problématique du système.

    • A signaler un intéressant article sur le cas de Nantes où les votes sont analysés à la fois en fonction de leur diversité géographique et sociale. Par de cartographie simpliste mais un souci de montrer au contraire les clivages qui traversent la ville : Nantes, un bastion socialiste partagé entre les votes Macron et Mélenchon par Christophe Batardy & Jean Rivière http://www.metropolitiques.eu/Nantes-un-bastion-socialiste.html


      Si je comprends bien une série d’autres monographies urbaines devraient arriver.
      Ceci s’inscrit dans un ensemble plus large d’études de géographie et de sociologie électorale de terrain dans la même revue : les territoires du vote http://www.metropolitiques.eu/Les-territoires-du-vote.html
      A surveiller aussi les travaux généralement à l’échelle nationale de l’équipe de Cécile Colange et Michel Bussi à Rouen, avec plusieurs études antérieures dans Cybergéo : https://search.openedition.org/index.php?q=colange&s=Cybergeo+%3A+revue+europ%C3%A9enne+de+g%C3

    • Même si le vote est éminemment multifactoriel, il n’en reste pas moins un fait social et peut donc être pensé comme tel.
      Aucune des variables explicatives habituelles n’est pertinente à elle seule. Tu trouves toujours des contre-exemples que ce soit avec l’âge, le sexe, l’éducation, la CSP, etc.
      Ce qui implique donc qu’il faut chercher ailleurs.

      Si tu réfléchis, par exemple, au fait que se déclarer anti système était plutôt attractif que répulsif, cela implique que les grilles de lecture doivent être changées, et cette idée commence à bien faire son chemin.

      Mon hypothèse de départ, c’est que la variable explicative est l’exposition à la concurrence et le risque de déclassement inhérent. Cela transcende à peu près tous les clivages et toutes les classifications. La différence, ensuite, se fait en fonction des causes estimées comme fabricantes des surnuméraires : si l’on pense que c’est la dynamique capitaliste, on ira chez Mélenchon et si on n’a pas la culture politique nécessaire, on ira à l’explication facile et on ira donc chez Le Pen.

      Ceux qui s’estiment à l’abri iront chez Fillon ou Macron, puisqu’ils garantissent clairement la perpétuation du système d’exclusion dans le bon sens.

      Et ceux qui estiment que c’est foutu pour eux ont autre chose à faire que de la politique ou vont aussi voter Le Pen plus pour que tout le monde en prenne plein la gueule que pour que ça pète.

      Du coup, c’est assez difficile à représenter avec une carte, même s’il existe des déterminismes sociologiques : les déclassés ou en voie de déclassement sont expulsés de plus en plus loin des centres de dynamisme économique, lesquels sont de plus en plus concentrés dans et autour des grandes métropoles régionales : suffit de suivre les axes des « pendulaires », utilisateurs de TGV et d’avions ainsi que les zones d’inflation immobilière pour trouver les électeurs de Fillon (les héritiers et rentiers, par définition bien à l’abri) ou de Macron (les jeunes cadres dynamiques dont les salaires continuent à bien exploser et pour lesquels, la mondialisation est une joyeuse cour de récréation).

      Les perdants sont dans les petites villes moyennes qui sont en train de couler, les pris en otage du rêve de la France de propriétaires qui ne peuvent suivre le travail qui s’en va à cause de la déflation immobilière de leur bled qui n’est plus attractif, dans les cambrousses où les inégalités sont criantes entre les rentiers de la PAC, les résidences secondaires des urbains intégrés et les autochtones paysans en train de crever (parce que les emplois de petit fonctionnariat qui permettaient aux familles de survivre sont en train d’être rapatriés vers les métropoles), les précaires qui sont maintenus dans leur merde pour qu’ils soient obligé de louer leur bras à la demande et à vil prix ; économie de colonie, avec le SMIC comme plafond de verre pour les trois secteurs qui tournent encore : le tourisme, l’agriculture, l’accueil des riches vieux, plus, en partie, l’accueil des surnuméraires des villes : pauvres, enfants de famille d’accueil (la famille d’accueil de gamins des villes à problèmes est devenu le revenu d’appoint n°1 de mon coin, loin devant les job administratifs des femmes d’agriculteurs).

      Voilà, voilà.

      Mais on peut ne pas voir les chose comme ça ; il y a juste que la plupart des analystes appartiennent encore à la catégorie des gagnants de métropoles, ce qui leur file une certaine myopie sociale.

    • Beaucoup d’analyses du vote dans l’entretien avec Emmanuel Todd (la première partie), les cartes ne viennent d’ailleurs qu’à la fin des considérations :
      https://www.youtube.com/?&v=TZkejys9Iz8

      Edit : @vanderling fait remarquer que la deuxième partie du débat est consacrée au choix de l’abstention ou du vote de barrage. Comme ça n’est pas le sujet du présent thread (consacré à l’analyse du premier tour), je renvois ceux qui sont intéressés par ce sujet-là au flux lancé par @sinehebdo :
      https://seenthis.net/messages/594094

    • Sur le site du Yeti, une tribune écrite par Éric Hazan, commandée puis refusée par le journal Le Monde.
      http://yetiblog.org/index.php?post/2459

      90% des Parisiens ont voté pour Emmanuel Macron
      L’année 2015 a été la plus chaude jamais enregistrée à #Paris ; en 2016, l’exposition Jeff Koons a attiré le plus grand nombre de visiteurs depuis la fondation du Centre Pompidou ; en 2017, les votes parisiens pour Emmanuel #Macron ont atteint le score de 90%. Ces deux derniers records ne sont pas sans points communs : leurs détenteurs sont par leur parcours des professionnels de la persuasion. Jeff Koons a été courtier en matières premières à Wall Street et cette expérience l’a sans doute armé pour convaincre de riches amateurs – dont Bernard Madoff, qui purge depuis une peine de 150 ans de prison pour escroquerie – que ses lapins gonflables et ses cochons en sucre représentaient la pointe même de l’avant-garde. Emmanuel Macron a affuté à la banque Rothschild des capacités de conviction qui lui ont permis, entre autres, de piloter avec succès le rachat par Nestlé des laits en poudre de Pfizer pour quelque neuf milliards d’euros. Autre point qui les rapproche : le kitsch, dont un échantillon a été offert au peuple lors de la soirée des résultats au Louvre – Jeff Koons n’aurait pas fait mieux.

      On pourrait penser que le score de Macron à Paris, très supérieur à la moyenne nationale (89, 68 contre 66, 06%) est lié à des modifications sociologiques, au poids d’une vaste couche de designers, conseillers en entreprise, programmateurs et autres créatifs qui se serait reconnue dans un jeune cadre supérieur non conformiste lançant sa présidence comme une start-up. Ce poids a sans doute été déterminant pour donner à la ville les deux municipalités socialistes – ce qui nous vaut entre autres bienfaits la canopée des Halles, le massacre de la Samaritaine et demain la tour Triangle. Mais l’explication ne tient pas pour expliquer le triomphe parisien de Macron : au premier tour, il n’est en tête que dans la moitié des arrondissements, l’autre moitié se partageant entre les circonscriptions les plus riches où c’est Fillon qui l’emporte (52% dans le 7e, 50% dans le 8e, 58% dans le 16e) et les plus populaires où la somme des voix de Mélenchon et Hamon l’emporte sur le vote Macron.

      S’il faut chercher une explication sociologique aux 90% de Macron, c’est plutôt de l’autre côté qu’il faut se tourner. Sa victoire est arithmétiquement liée à la faiblesse du camp adverse. Mme Le Pen a fait à Paris un aussi mauvais score que son père en 2002 : un bulletin sur dix (au lieu d’un sur trois à l’échelle nationale). C’est qu’en poussant les pauvres hors des vingt arrondissements, on a chassé du même coup ceux dont la colère dévoyée nourrit d’ordinaire le vote Front national. Mme Le Pen obtient ses moins mauvais résultats dans les quartiers les plus huppés, dans les 7e, 8e, 15e et 16e arrondissements, avec sans doute les voix de Sens commun et de la Manif pour tous. Mais tout près de là, dans les zones qu’on dit « périurbaines », le vote FN est deux ou trois fois supérieur à ce qu’il est à Paris.

      On peut chipoter sur les 90% de Macron, estimer qu’avec plus de 20% d’abstentions et plus de 10% de votes blancs et nuls – outre le nombre certainement élevé de ceux qui ont voté pour lui malgré leurs convictions – cette victoire n’est pas un plébiscite. Reste que ceux qui avaient choisi Mélenchon et Hamon au premier tour se sont laissés massivement convaincre d’aller voter Macron au second (plus de 90% de votes Macron dans le 19e et le 20e arrondissements où Mélenchon était en tête au premier tour). C’est le résultat d’une campagne médiatique sans précédent lancée tout au long de l’entre-deux tours – et même avant – sur deux axes : d’un côté le panégyrique d’un candidat « seul devant l’Histoire » et le récit partout répété de « son parcours époustouflant » ; de l’autre le danger que représente pour « nos valeurs » et pour « la République » une victoire de Mme Le Pen, victoire que n’importe quel bon élève de CM1 pouvait juger impossible au lendemain du premier tour – à peine plus de 20% des voix et pas d’alliance possible (l’élève ne pouvait pas prévoir le mariage avec Debout la France, quelques miettes dans la corbeille). À un tir de barrage médiatique aussi massif, de l’Obs à BFM TV, du Monde au Figaro, on peut voir plusieurs causes convergentes : les réelles capacités de séduction de Macron envers les journalistes ; la constatation que les ventes montaient en flèche quand Emmanuel et Brigitte étaient en couverture ; la convergence d’intérêts entre les propriétaires des médias et un homme de leur milieu, dont ils connaissent les idées et les projets (oui, les journalistes ont leur indépendance par rapport aux propriétaires, mais dans certains cas…).

      Ce qui ressort en tout cas de ce vote massif, c’est un sentiment d’absurdité. Absurde, un mécanisme qui amène au pouvoir suprême un homme dont on ne sait rien et qui a fondé son succès sur une capacité rare à ne rien dire (sur la quatrième de couverture de son livre, Révolution, pas une ligne de texte, juste sa photographie en pleine page). Absurde, un système qui donne une majorité écrasante à cet homme pour éviter un danger largement imaginaire. Absurde surtout, cette focalisation sur des élections dont nous sentons tous qu’elles n’ont rien à voir avec nos vies, qu’elles se déroulent sur une sorte de tapis volant au dessus de nos têtes. Les luttes à venir feront passer les 90% parisiens de Macron pour ce qu’ils sont : une diversion inespérée ou un objet transitionnel comme disent les psychanalystes en parlant des doudous des enfants. Plus dure sera la chute.

      #Éric_Hazan


  • Seenthis, toi qui t’y connais en cartographie… le NY Times vient de faire un article de carto sur l’élection, avec en vedette une grande carte de France prétendant prétendant figurer « où chaque candidat a dominé dans le pays » (et évidemment ça commence à buzzer) :
    https://www.nytimes.com/interactive/2017/04/23/world/europe/french-election-results-maps.html

    Il me semblait que ce n’était généralement pas une bonne idée de faire ce genre de cartes qui représente à égalité des régions avec moins de 5 habitants au km2 et des villes avec plus de 15.000 habitants au km2. Peux-tu me dire si c’est une bonne idée ici, ou pas ?

    Par ailleurs, est-ce que c’est vraiment intéressant de faire une carte qui agrège 4 candidats géographiquement en n’en représentant qu’un seul pour chaque endroit, sans qu’on sache l’« intensité » de son score ?

    Et enfin, si le titre de l’article prétend représenter « comment l’élection a divisé la France », n’y a-t-il pas des représentations plus parlantes pour représenter cette éventuelle division qu’une grande carte de France ?


  • La construction médiatique des banlieues | Jean Rivière et Sylvie Tissot (Les mots sont importants)
    http://lmsi.net/La-construction-mediatique-des

    Alors que les « musulmans » semblent, durant cette campagne, incarner la figure de l’"autre" menaçant, nous publions ici un article revenant sur le scrutin présidentiel de 2007 et les territoires sur lesquels se sont alors focalisés les médias. Il montre comment la grille sécuritaire a structuré, à quelques rares exceptions près, la vision des journalistes, prompts à montrer les banlieues comme les territoires de l’émeute, de violence, et, pour rester optimistes, d’un possible salut par le vote. Cet article a été initialement publié dans la revue Métropolitiques. Source : Les mots sont importants