person:louis vuitton

  • La Tribune, toujours aussi gauchiste (au moins dans les pages Idées)
    Pourquoi le luxe vole au secours de Notre-Dame ?
    https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/pourquoi-le-luxe-vole-au-secours-de-notre-dame-814845.html

    Pourquoi le luxe s’est-il porté aux avant postes de la volonté de refuser le destin annoncé et des forces de la reconstruction de Notre-Dame ? Éliminons d’emblée les thèses qui voudront ne voir là que stratégie de communication ou fiscale. C’est mal connaître les créateurs de ces groupes. En réalité, les causes sont d’une autre nature, liée à la fonction profonde du luxe et à la spécificité du luxe à la française.

    Le luxe, une origine religieuse
    Le luxe est l’industrie de l’excellence, mais elle a commencé comme une activité sacrée.
    […]
    Le luxe, une origine religieuse
    Le luxe est l’industrie de l’excellence, mais elle a commencé comme une activité sacrée.
    […]
    Or, le luxe se nourrit justement des inégalités, car il faut que certains aient plus d’argent pour que l’on puisse payer les objets à la hauteur de leur préciosité. Partout dans le monde, les classes sociales montantes veulent jouir de leurs efforts et se voir reconnues. D’où la croissance remarquable de l’industrie du luxe.
    […]
    Cultures du lieu, du temps, du sacré
    […]
    En réalité, l’industrie du luxe se veut elle aussi sacrée : ses marques parlent de leurs « icônes », elles bâtissent des « cathédrales » dans les capitales du monde entier, dédiées à la magnificence de la marque, au développement de la communauté des croyants, qui adhèrent émotionnellement. Aucune autre industrie ne valorise autant la notion de patrimoine, comme fondement de son unicité : les marques de luxe se projettent d’autant plus dans le futur qu’elles ont l’assurance de leur passé qui les distingue, comme il confère distinction aux adeptes de la marque.

    On comprend alors l’affinité profonde entre ce secteur et Notre-Dame, patrimoine de la culture française, de son histoire, là où se concentre le sacré national depuis huit siècles.
    […]
    Les familles, pas les marques
    Il n’aura échappé à personne que les maisons de luxe sont les nouveaux mécènes de l’art aujourd’hui. Hier les familles patriciennes de Florence ou de Venise encourageaient les arts, tout comme nos Rois de France avant que l’État ne se porte garant de la culture et de sa diffusion à tous en développant musées, écoles d’art, académies, etc. Mais l’État-providence ne peut pas tout. En outre, l’art est devenu un marché très spéculatif où les prix des tableaux ou sculptures s’envolent, car ces pièces sont uniques, donc objets de rivalité pour leur possession par les musées du monde entier, dont ceux, désormais, des pays émergents.

    L’État étant limité dans ses dépenses, le luxe est devenu mécène incontournable de l’art. Il en a les moyens et le savoir-faire. Cela s’inscrit également dans une démarche à long terme dite d’artification visant à transformer le non-art en art. Le luxe se veut le produit dérivé de l’art. D’où la multiplication des collaborations avec les artistes contemporains de tous pays, le sponsorship d’expositions grandioses hymne aux créateurs de mode, ou encore la création de musées comme la Fondation Louis Vuitton.
    […]
    On notera enfin que les offres de dons furent portées au nom des familles elles-mêmes, Pinault, Arnault, Bettencourt... certes à travers leurs fondations dont c’est la fonction, mais pas à travers leurs marques notoires. Car la portée symbolique eût été toute autre. La mise en avant des marques, c’est « faire du commerce », c’est réintroduire les marchands du temple au moment où l’édifice lui-même avait un pied à terre, et où toute idée d’intérêt à court terme est bannie. C’eût été surtout déroger au sacré...

  • Quand des motards se transforment en #voltigeurs...

    Au sujet de « LA VIDÉO » du flic visant la foule des Gilets Jaunes avec son flingue hier, 22 décembre 2018 à Paris, et de l’absence, quasi partout, du contexte initial quand les policiers balancent des grenades offensives sur des manifestant-e-s ne présentant pas de danger pour eux à ce moment là : il y a en fait plusieurs vidéastes et plusieurs vidéos différentes (et une heure d’écart entre l’heure indiquée par le serveur de Twitter et la France...)

    Ci-dessous, les différentes vidéos, et pour bien voir, le timing exact où on voit le flingue (afin de distinguer les différences d’angles entre les vidéos)

    Première(s) vidéo(s) consécutive(s) à l’action, sans doute dans un quasi direct :

    premier angle 22/12 à 16h29 donc 17h29 via Clément Lanot / @ClementLanot

    URGENT - PARIS #22decembre - Les motards de la police attaqués par un groupe d’individus. Une moto a du être abandonnée pour exfiltrer les forces. Un policier a sorti son arme de service. #GiletsJaunes
    https://twitter.com/ClementLanot/status/1076515134699462656

    Il est très proche des policiers et cette vidéo commence immédiatement sur le flingue pointé, il n’y a donc pas le contexte initial... Soit il a eut le temps de visionner / couper son film et il en transmet un extrait à l’aide de son smartphone, soit il filme à l’aide de son smartphone à l’arrache ( ̶m̶o̶i̶n̶s̶ ̶v̶r̶a̶i̶s̶e̶m̶b̶l̶a̶b̶l̶e̶ confirmé depuis dans une interview) quand il prend conscience de l’importance de ce à quoi il assiste, le tout en plus d’une autre probable autre caméra (gopro sur casque ?) ; en tout cas il y a un effet de zoom sur cette vidéo qu’on ne retrouve pas dans sa seconde vidéo plus bas...

    Exactement au même moment (ce qui m’incite à croire à un direct ou presque) :

    deuxième angle 22/12 à 16h29 donc 17h29 via Stéphanie Roy / @Steph_Roy_

    #Paris Scène extrêmement violente sur les champs Élysées. Des policiers pris à parti, l’un d’eux sort son arme. #GiletsJaunes #ActeVI #Acte6 #ChampsElysees #22Decembre2018 #22Decembre
    https://twitter.com/Steph_Roy_/status/1076515047147487233

    Elle est un peu plus proche du groupe des Gilets Jaunes, sous un autre angle, le flingue apparait à la 9ème seconde.
    Sur le montage final de Line Press pour qui elle couvre la manifestation, le flingue apparait à 48’39" (vidéo calée dessus) C’est en fait ce montage qu’utilise la syndicaliste plus bas, et ça montre les limites de l’image non-commentée / non contextualisée : https://youtu.be/kj9ENdWRfbY?t=2919

    /// Edit : Troisième angle, autre vidéo, cette fois-ci de Remy Buisine pour Brut en live sur facebook : à regarder à partir de 2h12 pour contextualiser & 2h17 pour l’action en elle même : https://www.facebook.com/brutofficiel/videos/676292252793549
    Une fois encore on constate clairement la faute commise par les motards qui, se croyant en danger suite au retrait-panique des camions de police en sous-effectif sur le boulevard, et alors que la foule ne se dirige pas vers eux, ils « couvrent » leur départ avec l’envoi de plusieurs grenades de désencerclement contre elle. Remy Buisine étant au milieu de cette foule (très éparse), on sent bien le moment d’incompréhension et de flottement et comment les déflagrations ont attirée celle-ci vers les motards... A moins que ordre leur ait été donné de faire diversion ?

    //// Edit quatrième angle signalé par Alexis Kraland. Vidéo de Street Politics, où on voit encore plus clairement l’absence totale d’attroupement, et donc de danger immédiat, autour des motards qui aurait soit-disant justifié l’emploi de grenades offensives de désencerclement ; calage de la vidéo au timing de la première grenade de la salve ayant tout déclenché :
    https://youtu.be/fMZPdZl6ulQ?t=561

    Plus tard dans la soirée, Clément Lanot publie une nouvelle vidéo plus longue avec le contexte initial :
    22/12 à 20h28 soit 21h28

    VIDÉO - Un policier sort son arme à feu alors que des motards de la police sont attaqués sur les #ChampsElysées : nouvelles images de la scène. #GiletsJaunes #ActesVI
    https://twitter.com/ClementLanot/status/1076575276438556672

    L’arme apparait cette fois-ci à 0’55’’
    Tout m’incite à penser que ces images sont issues d’une caméra embarquée, type sur casque, comme le font énormément de journalistes désormais. Pour diffuser les images, ils doivent disposer du matériel pour décharger les cartes, et, généralement, ils prennent le temps de visionner pour faire un montage des meilleurs passages.

    #BFM tv publie très rapidement des images et pour cause, des journalistes de sa rédaction seraient sur les lieux et disent avoir assisté à la scène. Le reportage est daté 22/12/2018 à 19h26 Mis à jour le 22/12/2018 à 19h30 : Gilets jaunes : pris à partie sur les Champs-Elysées, un policier sort son arme
    https://web.archive.org/web/20181222225753/https://www.bfmtv.com/societe/gilets-jaunes-pris-a-partie-sur-les-champs-elysees-un-policier-sort-son
    Là, le flingue sort à 0’35’’ ... Problème : on reconnait la seconde vidéo de Clément Lanot, mais une version intermédiaire, sans l’effet de zoom de la première, et sans l’intro contextualisante de la seconde. Et Clément Lanot n’est pas crédité. De plus l’intro montre d’autres images d’un autre moment avant, coupées. Il explique sur twitter qu’il a commencé à filmer à ce moment là et ne dispose pas d’autres images.

    // EDIT ! En fait BFM a mis en ligne la vidéo dès 18h06 pour le serveur de twitter, soit à 19h06 en france, sans plus sourcer Clément Lanot :

    Champs-Élysées : Pris à partie, un policier sort son arme
    https://twitter.com/BFMTV/status/1076539439235641344

    Dans les deux cas, les noms des journalistes de BFM sans le nom de Clément Lanot portent à confusion.
    Les journalistes de BFM évoquent le sujet dès 16h39 (twitter) soit 17h39 en accompagnement d’une autre vidéo d’ambiance globale :

    La situation se tend sur les Champs-Elysées
    https://twitter.com/BFMTV/status/1076517494683324416

    Edit // Stephanie Leroy a mis une vidéo plus complète en ligne qui semble provenir de la même caméra que sont extrait plus haut, et où on voit les différents vidéastes :
    23/12 à 12h56, soit 13h56

    La scène dans sa totalité. #ActeVI #GiletsJaunes
    https://web.archive.org/web/20181223175026/https:/twitter.com/Steph_Roy_/status/1076823956760477696

    //// Edit encore : un témoignage sonore du photographe Alexis Kraland
    https://soundcloud.com/nicolasgregoire/interview-alexis-kraland

    Est-ce que #BFMtv et autre mainstream ont volontairement coupé l’intro lors du JT du 20h comme c’est affirmé un peu partout ? Aucun moyen de l’affirmer sans savoir ce que Clément Lanot leur a envoyé. Pour autant, c’est la publication de la seconde vidéo de Clément Lanot à 21h30 sur twitter qui a contrecarré, mais trop tard, le récit qui circulait partout. Et, clairement, depuis cette publication, la question des choix éditoriaux se pose.
    Est-ce que tous les mainstream ont re-contextualisée l’information qui était tronquée dès que c’était possible ? Est-ce qu’ils le feront à temps et avec suffisamment de puissance pour ré-équilibrer ce qui a été diffusé et manipulé depuis par les syndicats policiers en faisant croire à un simple lynchage « gratuit » ? Je n’ai évidemment pas de preuves mais l’expérience m’inciterait à penser que, comme d’habitude...
    NON
    Ça ne sera pas fait, sauf si un buzz plus gros que celui des policiers en danger réussi à inverser la tendance-marketing. Et ensuite, comme ça va se diffuser en « automedia de misère » (facebook) entre les gilets jaunes, on se plaindra encore que les gens ne font plus confiance aux médias, qu’ils manquent de discernement et qu’ils foncent dans les #fakenews tête baisée... Quelle surprise !

    Effet à moyen terme : Le récit est déjà totalement biaisé, sauf que des arrestations vont surement avoir lieu suite à ces vidéos. Pour ce que j’en vois depuis des années, rarement les photos et vidéos servent à disculper, bien plus souvent à inculper, quand bien même elles contiennent des preuves à décharge. Ça a été le cas encore récemment à Nantes et ce sera surement encore le cas avec cette histoire-ci. Il n’y a quasiment jamais de vrais experts en décryptage d’images, et de toute façon la justice part du principe que la police fait office d’expertise...
    De quoi bien dégouter de l’image en manifestation, et d’une corporation qui préfère globalement la sécurité de l’emploi à l’enquête de fond. J’aimerai plaindre les journalistes face à leur hiérarchie mais trop peu utilisent les outils à leur disposition pour faire basculer les choses.

    /// edit encore : Effectivement et sans surprise, y’a enquête, sur la base d’une agression contre les flics, et non d’une agression des flics contre la foule ayant entrainé la suite... : Policiers attaqués sur les Champs-Élysées : ouverture d’une enquête en flagrance" ; on y voit aussi la vidéo de l’émission en plateau, que je préfère ne pas commenter pour ne pas être trop désobligeante...
    https://web.archive.org/web/20181223173934/https://www.bfmtv.com/police-justice/policiers-attaques-sur-les-champs-elysees-ouverture-d-une-enquete-en-fl

    Le parquet de Paris a annoncé ce dimanche l’ouverture d’une enquête pour violences volontaires avec arme en réunion sur personnes dépositaires de l’autorité publique et dégradations de biens publics. La 1ère DPJ (Direction régionale de la police judiciaire de la préfecture de police de Paris) a été chargée de cette enquête en flagrance.

    //// edit : Si, comme le laisse craindre le montage vidéo qui accompagne un thread d’une Déléguée Nationale UNITE SGP POLICE, c’est le récit du lynchage policier qui l’emporte sur la faute ou l’erreur de discernement, ou l’ordre de disperser sans vision claire de la situation, ce sera, avec toujours plus de témoins de la tromperie, un pas supplémentaire dans la légitime colère populaire contre les désormais #forces_du_désordre...
    https://twitter.com/LindaKebbab/status/1077315892357332994

    ///// edit : On tient peut-être le champion de la honte professionnelle sur le sujet avec le Huffington qui reprend l’intégralité du thread de la policière déléguée syndicale qui regrettait que le flic n’ait pas tiré, et son montage vidéo bidonné sans le souligner ni chercher les sources, bref, un copié-collé sans aucune vérification des faits... Gravissime.
    https://www.huffingtonpost.fr/2018/12/24/policiers-agresses-sur-les-champs-elysees-une-syndicaliste-explique-l

    POLICE - « Les extrêmes se sont rejoints et nous font la guerre. » Voici comment Linda Kebbab conclut ses explications, ce lundi 24 décembre. Alors que l’agression de motards de la police nationale par des manifestants en marge de l’acte VI de la mobilisation des gilets jaunes fait les gros titres depuis deux jours, la déléguée nationale du syndicat Unité SGP Police FO a tenu a livrer ses éclaircissements sur les agissements de ses collègues.
    Sur Twitter, la représentante syndicale a publié une version longue et montée de l’altercation survenue à proximité des Champs-Élysées, samedi 22 décembre. Elle commente les images, justifiant la décision des fonctionnaires de sortir une arme et d’abandonner, dans un premier temps, l’une de leurs motos.

  • Les grandes entreprises pratiquent l’optimisation fiscale à grande échelle grâce au mécénat culturel
    https://www.bastamag.net/Les-grandes-entreprises-pratiquent-l-optimisation-fiscale-a-grande-echelle

    La Cour des comptes vient de publier un rapport à charge sur les exonérations fiscales liées au mécénat en France. Un dispositif si avantageux pour les grandes entreprises qu’elles se sont ruées dessus, sans contrôle de l’État. Particulièrement visée : la Fondation Louis Vuitton voulue par le PDG de LVMH, Bernard Arnault, qui a permis au groupe d’économiser 518 millions d’euros d’impôts dans des conditions contestées. En 2003, la loi Aillagon, du nom du ministre de la Culture du gouvernement Raffarin, a (...)

    #Décrypter

    / #Capitalisme, #Multinationales

  • La Fondation Louis Vuitton visée par une plainte pour escroquerie et fraude fiscale 30 Novembre 2018 - La voix du Nord
    http://www.lavoixdunord.fr/498377/article/2018-11-30/la-fondation-louis-vuitton-visee-par-une-plainte-pour-escroquerie-et-fr

    Le Front républicain d’intervention contre la corruption (Fricc) a déposé le 15 novembre auprès du tribunal de grande instance de Paris cette plainte contre X pour escroquerie, recel d’escroquerie, fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale.

    Cette plainte « a manifestement été rédigée dans le seul but de nuire à la réputation de la Fondation Louis Vuitton et du groupe LMVH », a réagi ce dernier, ajoutant qu’il compte « poursuivre en justice » le Fricc « pour dénonciation calomnieuse » et « réclamer des dommages et intérêts correspondants au préjudice médiatique subi ».

    Observant que le coût final de construction du bâtiment de la Fondation Louis Vuitton avait atteint près de 790 millions d’euros contre 100 millions d’euros annoncés au début du projet en 2006, le Fricc dénonce notamment le fait que LVMH ait pu bénéficier d’un dispositif fiscal lui permettant de déduire sur l’impôt sur les sociétés 60% du montant des sommes dépensées.

    Le groupe aurait par ailleurs effectué une demande de remboursement de TVA. Selon la plainte, « la somme totale de décharge obtenue par le groupe LVMH et la Fondation Louis Vuitton » a atteint près de 603 millions d’euros.

    Mercredi, dans un rapport sur le mécénat, la Cour des comptes a relevé que la réduction d’impôts des entreprises du groupe LVMH pour les sommes versées à la Fondation Louis Vuitton représentait « environ 8,1% de la dépense fiscale totale pour l’État au titre du mécénat des entreprises sur la période ».

    Selon la Cour, de 2007 à 2014, la construction du bâtiment dans le bois de Boulogne à Paris « a constitué la principale activité de la Fondation ».

    « Pour mémoire, le rapport de la Cour des Comptes sur le mécénat des entreprises a précisé, après une enquête longue et détaillée, que la Fondation Louis Vuitton n’appelle aucune observation quant à sa régularité ou sa légalité », met en avant le groupe de Bernard Arnault.

    De son côté, l’association Fricc observe par ailleurs que « bien que les services de presse de la Fondation Louis Vuitton parlent d’un défi technologique incroyable, la somme reste exorbitante surtout comparée à celles des autres constructions du même genre ».

    Elle remarque notamment que le chantier de transformation du grand magasin parisien La Samaritaine, autre projet de LVMH, a été estimé à hauteur de 500 millions d’euros, pour une superficie nettement supérieure à celle du bâtiment de la Fondation Louis Vuitton.

    Dans ce contexte, le Fricc se demande en particulier « si le montant total de décharge » obtenu sur la construction de la Fondation, n’aurait pas « permis au groupe LVMH de financer, à moindre coût, les travaux futurs du groupe ».

    « J’espère que l’autorité publique se saisira des problématiques soulevées par la plainte pour effectuer un contrôle réel de la niche fiscale du mécénat », a déclaré à l’AFP Joseph Breham, avocat du Fricc.

    #Louis_Vuitton #mécénat #réduction_d_impôts #Fricc #vases_communicants entre #sociétés #magouilles

  • Fondation Louis Vuitton : Bernard Arnault ou l’art d’emballer le mécénat...
    https://www.crashdebug.fr/actualites-france/15207-fondation-louis-vuitton-bernard-arnault-ou-l-art-d-emballer-le-mece

    La plupart des médias ont salué avec enthousiaste la réalisation d’un de leurs principaux annonceurs. En évitant soigneusement de pointer les ambiguïtés d’une opération d’abord mise au service d’une entreprise, de son "mécène" et de sa feuille d’impôts.

    Elles ont beau être petites, on ne voit qu’elles. Dans le hall d’accueil aux murs immaculés, les valises Louis Vuitton se détachent davantage que l’œuvre – une rose effilée aux teintes claires et passées, disposée à l’entrée des salles d’exposition.

    Depuis son inauguration, fin octobre, la presse largement financée par les publicités du groupe LVMH ne tarit pas d’éloges sur la fondation, nichée à l’orée du bois de Boulogne, qui porte le nom de la célèbre marque. « Musée extraordinaire » pour les uns, « Palais de verre » pour les autres. « On ne pouvait (...)

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/10/27/fondation-louis-vuitton-le-mecenat-d-entreprise-sans-la-generosite_4513157_3
    http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/201014/lart-nest-il-quun-produit-de-luxe

  • La crise turque, une aubaine pour les touristes étrangers
    http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/08/14/20002-20180814ARTFIG00160-la-crise-turque-une-aubaine-pour-les-touristes-et

    Synonyme de chute de pouvoir d’achat pour les Turcs, la chute de la livre turque, qui a perdu plus de 40% de sa valeur depuis le début de l’année, profite en revanche aux touristes étrangers.

    « Tout devient de moins en moins cher. Ce qui valait 1000 dollars hier me coûte 600 dollars aujourd’hui », s’exclame Nassir Elnabir, un adolescent saoudien venu passer quelques jours à Istanbul avec sa famille. Depuis vendredi dernier, jour où la monnaie turque s’est effondrée de 16%, les boutiques de luxe comme Louis Vuitton ou Chanel dans les quartiers huppés d’Istanbul, ne désemplissent pas.

    Ce sont principalement des touristes, venus d’Asie et des pays du Golfe, qui font la queue, en quête de bonnes affaires avant l’ajustement des prix en fonction de la chute de la livre. « C’est comme s’il y avait eu des soldes de 30% », se réjouit Nassir. Xenos Lemis, un touriste venu de Chypre, suit la débâcle de la livre turque en temps réel depuis plusieurs jours. « On regarde le taux de la livre toutes les deux heures. À chaque fois, ça change beaucoup. Pour un touriste qui fait des achats, c’est du pain bénit. » En effet, avec la dépréciation de la devise de plus de 22 % en une semaine, « si vous êtes en vacances en Turquie, le coût a subitement baissé », confirme Stéphane Déo, stratégiste à La Banque postale AM, auprès du Figaro .
    Tous les touristes n’ont pas la même chance

    La chute de la livre a de quoi séduire également les visiteurs munis d’euros. Selon Firuz Baglikaya, le patron de la puissante Association des agences de voyages turques (Türsab), le nombre de touristes se rendant en Turquie est en augmentation de 30% cette année. « Nous tablons sur l’entrée de 32 milliards de dollars en devises étrangères », déclare-t-il à l’agence de presse étatique Anadolu.

    En revanche pour les Turcs, l’effet est exactement l’inverse. Tout comme pour les touristes qui ont changé leurs devises étrangères avant l’écroulement de la livre en fin de semaine dernière, qui eux aussi se trouvent également pénalisés. « Je suis très surpris parce que j’ai retiré une somme importante en livre turque à la banque et quand je me suis réveillé, le lendemain matin, j’ai découvert que j’avais perdu au change », soupire Kobe Wu Kejia, un touriste chinois. « C’est vraiment effrayant. »
    Les touristes étrangers reviennent en Turquie

    Toujours est-il que les tourments économiques que connaît le pays ne devraient pas pénaliser le secteur du tourisme, qui connaît un véritable regain depuis le début de l’année. Après avoir été très durement frappée par l’instabilité sécuritaire, l’industrie du tourisme en Turquie semble avoir repris du poil de la bête depuis un an. Après une vague d’attentats et un putsch manqué en 2016, le secteur avait vu ses revenus baisser de près de 30% au cours de l’année 2016 et enregistré une baisse de la fréquentation de visiteurs étrangers de près de 25% en 2016 par rapport à l’année précédente.

    Les efforts des autorités pour soutenir ce secteur vital pour le pays (le tourisme emploie environ 10 % de la population active) commencent à porter leurs fruits. « Depuis 2017, notre objectif était d’attirer 40 millions de touristes par an. Sauf développement négatif, cet objectif sera atteint » cette année, prédit le patron de l’Association des agences de voyages turques. Le secteur du tourisme a en effet réussi à diversifier son offre pour attirer des touristes venus d’Arabie saoudite ou d’Iran, tandis que les Européens reviennent en Turquie après avoir boudé le pays, privilégiant des destinations comme le Portugal, l’Espagne ou la Grèce.

    Dans le même esprit que ceci ; https://seenthis.net/messages/714098
    #tourisme #charognage

  • Poste de documentation pour mon prochain patriarche - Le Marchand. Qui sera sur le marché de l’art.

    Podcat avec quelques généralités sur le sujet.

    Le marché de l’art expliqué simplement | Le Collectionneur Moderne
    https://lecollectionneurmoderne.com/guide/le-marche-de-lart-explique-simplement/#1/7

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    Le marché de l’art contemporain 2017
    https://fr.artprice.com/artprice-reports/le-marche-de-lart-contemporain-2017/vers-la-parite-du-marche-de-lart

    La valeur d’une signature serait-elle une histoire de sexe ? Avec 14% de femmes dans le Top 500, le marché contemporain reste dominé par les hommes. La proportion atteint cependant 31% pour la génération des artistes nés après 1980. Si la féminisation du marché de l’art est en cours, le déséquilibre est toujours prégnant.

    –----
    Thierry Ehrmann
    https://www.challenges.fr/finance-et-marche/marche-de-l-art-contemporain-le-constat-accablant-de-thierry-ehrmann-pour

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    Conférence Patron de Sothby’s et Fabrice Hybert -
    #know_your_ennemy
    https://www.franceculture.fr/conferences/audencia-nantes/conference-disegoria-marche-de-lart-mutations-mondiales-et-enjeux-pour

    L’enregistrement est pourris. Inaudible
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    Fiac : art du marché ou marché de l’art ? ( ca commence à 1h09)
    https://www.franceculture.fr/emissions/les-matins/fiac-art-du-marche-ou-marche-de-lart
    Un des intervenants (tous masculins) dit qu’il est à la Fiac car : « il voulait se confronté à des confrères qui étaient plus fort que lui ». Je relève pour la coté mâle-alphiste ; force et confrontation. Les consœurs sont hors concours.

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    Artistes à l’oeuvre (3/4) LSD
    Au marché de l’art vivant !
    https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/artistes-a-loeuvre-34-au-marche-de-lart-vivant
    Il est question de « Jim Crow » de Basquiat


    • L’Art est en danger, éd. Allia, 2012, 9€
      http://www.editions-allia.com/fr/livre/573/l-art-est-en-danger

      Voilà donc quelque septante-cinq pages de liberté d’esprit, de révolte politique, d’exigence éthique et esthétique. Un antidote en façon d’antidoxe. A 87 ans de distance, ces artistes qui habitaient l’Histoire exhortent encore à refuser de tenir pour sain l’air intellectuel du temps, vicié, pollué, immonde. Ils exhortent à refuser cette résignation qui, comme un trottoir roulant vers l’abattoir, emmène des peuples anesthésiés vers le pire – ce à quoi conspirent aussi les imbécillités qui s’entassent en nombre dans les musées et galeries. Car, avançaient alors les auteurs, il s’agit d’« exercer une influence essentielle sur les événements ainsi que l’avaient fait en leur temps les encyclopédistes ». Face à l’urgence de l’Histoire, ils nous enseignent enfin qu’il y a plus important que ce narcissique culte romantique dans quoi est vautré l’art depuis maintenant bien trop longtemps : « Le culte de l’individualité et de la personnalité qu’on entretient autour des peintres et des poètes et qu’eux-mêmes, chacun selon ses dispositions , amplifient à la manière des charlatans, est l’affaire du marché de l’art ».
      A l’aune des fascinantes et terribles années 20, ces essais invitent bien malgré eux à prendre le pouls de l’époque présente. Et à choisir son camp.

      http://toutelaculture.com/livres/reedition-pamphlets-grosz-avant-gardes

      #Günther_Anders #George_Grosz #John_Heartfield
      #Wieland_Herzfelde #pamphlets #marché_de_l'art

    • Agora des Savoirs - Nathalie Heinich - L’art contemporain : une révolution artistique ?
      https://www.youtube.com/watch?v=xhclwyYYbtY


      Celle là est tres interessante. Elle donne une vision assez globale et synthétique du problème.
      Je relève à la fin lors des questions une division très genrée des prises de paroles. Les hommes pour la plus part (2 sur 3) s’autocongratulent et ne posent pas de question mais exposent leurs conception sans aucune recherche de dialogue.

      Sinon pour la conf. Elle distingue 3 paradigmes dans l’art actuel
      – Art classique (celleux qui sont des artisan·nes, ont un savoir faire. Une posture défendu souvent sur @seenthis. Art plutot narratif - travail d’atelier avec transmission d’un savoir faire type Artemisa, Viglé-Lebrun)
      – Art moderne ( les mouvements d’avant-garde, l’artiste comme singularité romantique type Camille Claudel, Frida Khalo - représenter le monde hors de l’académie - caractérisé par des pièces uniques)
      – Art contemporain ( orienté sur le marché et le discours - minimalisme, conceptuel. pièces multiples propices à la spéculation - axé sur les questions de ce qui fait l’oeuvre et sa valeur - type Sophie Calle, Cindy Sherman - on retrouve des ateliers mais sans que l’artiste intervienne et sans transmission de savoir faire)

      Elle parle d’un déplacement des pôles dans les 4 cercles de reconnaissances de l’art.
      Pour l’art moderne =
      1 - reconnaissance des autres artistes
      2 - reconnaissance critique
      3 - reconnaissance du marché
      4 - reconnaissance du grand public (en général plus long, environ 50 à 100 ans de retard sur les artistes et critiques comme c’est le cas pour les impressionnistes, cubistes... )

      Dans l’art contemporain la reconnaissance du marché est passé devant celle des critiques.
      1 - reconnaissance des autres artistes
      2 - reconnaissance du marché
      3 - reconnaissance critique
      4 - reconnaissance du grand public

      L’art contemporain à du succès avec les enfants et le grand public car le manque de culture est propice a son appréciation. L’art classique demande au contraire beaucoup de culture et il est d’ailleurs souvent rébarbatif pour les enfants et l’art moderne est entre les deux.

    • Quel sera le Lascaux, le Chauvet émergeant de notre temps ? Quelle sera même la trace que laissera notre civilisation dans quelques millénaires ? Rien, nada, que dalle…

      S’il est vrai que la plus grande preuve de civilisation réside dans les monuments qu’une société produit et dans leur pérennité, nos descendants n’auront pas grande opinion de nous. Nous ressemblons à des gens qui ont perdu tout désir d’inspirer les autres parce que nous n’avons rien d’inspirant.

      Lors de l’effondrement du viaduc Morandi à Gènes, les étranges lucarnes se sont fait l’écho de cette triste réalité en montrant en parallèle au pont effondré notre Pont du Gard, conçu lui aussi par les Italiens de l’époque mais qui, vingt siècles plus tard étonne et enchante toujours tous ceux qui le voient. Les réalisations de béton correspondent à notre siècle du « jetable ». Cette matière, si elle permet la réalisation de bâtiments gigantesques et parfois esthétiques, comme le viaduc de Millau, se dégrade très vite et sa pérennité n’atteint pas le siècle. Il ne restera donc rien de nos réalisations. Rien, nada, que dalle…

      Nos Praxitèle et Michel-Ange d’aujourd’hui s’appellent Christo, « l’artiste » qui emballe les monuments ou Jeff Koons, « l’artiste » qui réalise d’énormes estrons qu’il prétend vendre à la mairie de Paris (entre autres pigeons) à des prix astronomiques… Les « artistes » contemporains ont renoncé à toute ambition vers le beau, vers le vrai, vers le sublime pour se contenter de dire à leur public : « Vous voyez, je patauge dans la même merde que vous… ». Que restera-t-il de « l’art contemporain » dans deux millénaires, que dis-je, dans un siècle ? Rien, nada, que dalle…

      Le XXe siècle témoigna assurément d’une évolution des ambitions artistiques et des attentes du public. Cela se vit à la façon dont le rapport à l’art changea, le spectateur passant de l’admiration (« J’aimerais pouvoir en faire autant ! ») au dédain assumé (« Un enfant en ferait autant ! ») voire au mépris (« J’en voudrais pas, même dans mes chiottes »). L’ambition technique diminua de manière significative, puis finit par complètement disparaître. L’ambition morale suivit la même trajectoire. On pourrait en rendre Marcel Duchamp et sa sculpture Fontaine (un pissoir) responsables. Mais le fait que la sphère artistique européenne l’ait en grande partie suivi laisse penser que Duchamp, en réalité, n’avait fait qu’ouvrir une voie que d’aucuns souhaitaient depuis longtemps emprunter. Finalement, on n’a que l’Art que l’on mérite.

      Mais cet « Art » merdique du parasitisme et de la roublardise, s’il ne produit aucune richesse artistique, génère par contre beaucoup de valeur financière ! N’est-ce pas Pinault ? N’est-ce pas Arnault ?

      François Pinault, ce marchand de bois breton a fait fortune de manière pas toujours claire. Ainsi il a eu affaire à la justice pour avoir triché sur les dimensions des planches qu’il vendait ! Il connaît aussi les affres des redressements fiscaux et les douceurs des paradis fiscaux. Puis il se spécialise, comme Tapie, dans le « sauvetage »-pillage des entreprises en difficultés. On l’appelle le « dépouilleur d’épaves ». Puis il grenouille en politique d’abord dans le sillage de Giscard mais aussi Le Chevalier qui sera maire Front national de Toulon. Il continue autour de Chirac, Madelin, Aillagon. Puis Sarko et même Hollande. C’est bon pour les affaires tout çà ! Surtout avec des milliards d’argent public… (lien)

      Dès lors plus rien ne lui résiste. Il rachète Le Printemps, La Redoute, la FNAC, le magazine Le Point, etc. Puis il se lance dans le luxe. Avec talent et succès il faut bien le reconnaître. Il possède avec Kering – un nom bien de chez nous - les marques Gucci, Yves Saint-Laurent, Boucheron, Bottega Veneta, Alexander McQueen.

      On ne s’enrichit pas ainsi sans démêlés fiscaux. Il profite de l’achat du Point pour ne pas payer l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) grâce à un artifice comptable. Il a aussi utilisé des sociétés écrans situées dans un paradis fiscal des Antilles néerlandaises pour cacher un quart de sa fortune pendant une vingtaine d’années, évitant ainsi d’être assujetti à l’impôt sur le revenu jusqu’en 1997 !

      Le marchand de bois s’intéresse aussi à l’art ! Pourquoi pas. C’est un riche collectionneur d’art contemporain qui possède une collection estimée à 1,4 milliard de dollars. Il a pris goût à "l’art" moderne et contemporain à la fin des années 1980. Il constitue dans les années 1990 une importante collection privée d’art contemporain en France. En 1998, il réalise l’acquisition de la maison britannique de ventes aux enchères Christie’s pour 1,2 milliard d’euros (lien).

      Dès lors, Pinault fait ou défait les « artistes ». Si le proprio de Christie’s achète une « œuvre » d’un de ces charlots, sa côte monte, enrichissant d’autant celui qui a eu le nez de l’acheter. Pinault est ainsi en position de manipuler le marché de « l’art » contemporain. Et de s’en mettre plein les fouilles. Le marché se fout de la qualité d’une œuvre, ce qui compte c’est sa côte et le bénéfice qu’on peut en attendre. C’est la loi de l’offre et de la demande. Ainsi des merdes entourées de papier doré se vendent des fortunes, ont une valeur, mais reste cependant, au niveau de la richesse artistique des merdes !

      Parvenu à ce niveau, il lui faut évidemment une Fondation ! C’est bon ça Coco les fondations. Ça soutient les maisons mais ça permet aussi et surtout de planquer du pognon à l’abri du fisc (merci Fabius !). Et de se donner des airs de mécène généreux, de protecteur éclairé des arts, de bienfaiteur de la culture, de soutien des artistes. D’autant plus que le pognon mis par les pleins de thunes comme Pinault ou Arnault, c’est à 60 % le nôtre puisque les fondations sont exonérées d’impôts dans cette proportion. Ça vous intéresse ? Des officines s’occupent de tout pour vous (lien). Ainsi quand un « mécène » crée un bâtiment à sa gloire (François Pinault investira la Bourse du Commerce à Paris en 2019) près des deux-tiers de la dépense viennent de l’exonération d’impôts… que l’État doit bien aller chercher ailleurs, c’est-à-dire dans nos poches ! C’est le cas de la Fondation Louis Vuitton – du compère ennemi Bernard Arnault – au bois de Boulogne. C’est le cas de toutes les fondations. Les pleins de thunes lancent des « artistes » bidons, spéculent sur des « œuvres » nullissimes et travaillent ainsi pour leur « gloire » avec notre fric.

      Ça pourrait s’appeler de l’escroquerie, non ?

      https://blogs.mediapart.fr/victorayoli/blog/030918/l-art-contemporain-une-escroquerie-qui-nous-coute-cher

    • Un marchand grandeur nature (140x220) merci @mad_meg pour ce grand tableau que j’aimerai bien admirer grandeur nature. Pour l’instant ton site et l’effet loupe pallie à ma frustration. J’ai découvert ici-même avec un billet de @arno les dessins de Nina Bunjevac.
      https://seenthis.net/messages/773075
      Elle utilise la même technique que la tienne (hachures, pointillé, noir/blanc, lumière...) superbe aussi. Du coup, j’ai acheté Bezimena les yeux fermés pour les écarquiller devant tant de beauté.
      Encore #merci.


      http://ninabunjevac.com
      http://www.icimeme-editions.com/categorie-produit/nina-bunjevac

    • j’étais un peu dérouté par son histoire aussi. Quelques réponses dans l’épilogue :

      Nina Bunjevac dédie ce livre à toutes les victimes oubliées
      et anonymes qui ont subi des abus sexuels.
      Puissiez-vous trouver la paix, puissiez-vous trouver la lumière, et dissiper les ténèbres qui vous enveloppent.

      un livre à la beauté vénéneuse.

    • L’épilogue est à mon avis le pire du bouquin. Ayant subit des violences sexuelles et non des ABUS, sa dédicace je la prend pas. C’est pas un livre à la beauté vénéneuse, c’est un étalage de culture du viol, avec inversion des responsabilités agresseur-victimes, point de vue sexualisé de l’agresseur sur les viols et les meurtres de petites filles et tout ca en plus très stéréotypé, convenu, prévisible avec une dose de mysticisme abscons que j’aime pas non plus. C’est très bien dessiné, il y a beaucoup de travail, mais voire toute cette délicatesse au service des fantasmes des violeurs pédocriminels je suis pas fana. En faisant des recherches sur ce livre après l’avoir lu et passé 2 ou 3 nuits de remontées traumatiques, j’ai vu que la BD était la plus part du temps vendu aux rayons érotique des librairies...

    • Je n’ai pas vraiment acheté ce livre les yeux fermés @mad_meg Disons que d’un œil, avant, j’ai regardé sur son site pour voir de quoi ça retournait. Il n’était pas dans les rayons de la librairie où je le cherchais, nulle part, pas même au rayon érotique. Tout juste si le vendeur connaissait les éditions ici-même et encore moins Nina Bunjevac . Il a fini par me le commander et quand je suis retourné le chercher, il était encore sous cellophane. Sans ça, peut-être que je me serai contenté de le lire directement dans la librairie.
      J’ai commencé à le feuilleter à une terrasse de bistrot, surpris par le graphisme de Nina Bunjevac et la mise en page d’ici-même. J’ai lu l’épilogue avant de lire complètement ce conte noir pour adultes. Pour ce qui est du côté mystique, abscons où pas, je n’ai pas les yeux fermés mais carrément des œillères. Sans l’épilogue, la narration de son histoire est plutôt solide, son livre ne serait qu’un conte illustré de plus. Un conte très noir et lourd de sens pour son auteure qui dit aussi :

      Rétrospectivement, je me dis que mon départ au Canada m’offrit une évasion commode. Si j’avais parlé de cet épisode à d’autres camarades, si je n’avais pas si facilement abandonné l’idée de dénoncer Kristijan et Snezana dès le début, il n’y aurait pas eu autant de victimes. Pour cela, je ne me pardonnerai jamais, et je vivrai avec ce poids pour le restant de mes jours.

      En lien, cet article d’Emilien Bernard publié dans CQFD en2017
      http://cqfd-journal.org/Visegrad-La-ville-qui-a-coupe-le#nh4

      Maintenant que j’ai acheté Bezimena je pourrai le relire, le prêter ou l’offrir. Par contre je n’ai vu qu’une seule fois le film de Jasmila Žbanić - Femmes de Višegrad ou certains vivent encore très bien
      du sang de tous leur crimes.

      Assez d’horreur pour aujourd’hui et je ne vais pas trop m’attarder sur seenthis ou il y a beaucoup d’actualité tout aussi horrifiques les unes que les autres.

  • LVMH, Kering, Hermès, Chanel : pas de « #ruissellement » pour les profits record du #luxe français - Observatoire des multinationales
    https://multinationales.org/LVMH-Kering-Hermes-Chanel-pas-de-ruissellement-pour-les-profits-rec

    Ces #rémunérations reflètent-ils les politiques salariales de la maison ? « Dans les ateliers de maroquinerie, un salarié avec dix ans d’ancienneté touche 1700 euros bruts par mois, et celui qui a 30 ans d’ancienneté perçoit 2400 euros bruts », indiquait l’an dernier un délégué syndical de LVMH. Soit 2000 euros nets, après 30 ans à fabriquer sacs et objets de luxe à très forte valeur ajoutée dans l’un des douze ateliers de la marque Louis Vuitton en France. Bernard Arnault augmentait, lui, sa propre rémunération de 1,5 million d’euros en quatre ans [6]. « Au moment de négocier nos salaires, si on demande plus, on s’entend souvent répondre qu’on a déjà le 13e mois, l’intéressement, ou encore des chèques vacances… ainsi que des possibilités reclassement. Et que "C’est déjà beaucoup" », nous explique une employée d’une des marques de LVMH. Selon les rares données sociales dévoilées par le groupe, 41% de ses 29 500 salariés français perçoivent moins de 3000 euros bruts.

  • Les mamies de l’art font de la résistance
    http://www.lemonde.fr/argent/article/2018/02/16/les-mamies-de-l-art-font-de-la-resistance_5257780_1657007.html

    Un article au titre d’un sexisme impressionnant qui est dans la rubrique « Argent & Placements »

    Longtemps injustement ignorées, certaines artistes telles que l’autrichienne Valie Export ou l’américaine Sheila Hicks parviennent à une reconnaissance tardive et commencent à trouver leur place sur le marché.

    La galerie Thaddaeus ­Ropac présente jusqu’au 24 février l’artiste autrichienne Valie Export. Le 11 février, le Centre Pompidou a mis à l’honneur l’Américaine Sheila Hicks. Leur point commun ? Elles sont femmes. Et d’un certain âge. La première a 77 ans, la seconde 83 ans. Et toutes deux ont mis beaucoup de temps à être reconnues.
    Voilà encore dix ans, il ne fleurait pas bon être femme et artiste. Les choses étaient encore plus compliquées pour celles qui avaient dépassé la barre des 70 ans. Le marché leur préférait les jeunes pousses dont les œuvres étaient achetées pour 10 000 dollars et revendues en un temps record avec un zéro de plus. Mais, depuis peu, la donne s’est inversée. Les coqueluches d’hier sont tombées en défaveur : trop spéculatives, trop risquées. Refroidis par quelques méventes, les acheteurs se sont rabattus sur les artistes qui avaient de la bouteille. Après avoir exhumé les vieux routiers oubliés, les galeries braquent le projecteur sur leur pendant féminin, ces vieilles dames pas toujours ­ « indignes » qui ont su résister à une société corsetée, au machisme ambiant et aux diktats du goût.

    Pionnière de l’art minimaliste, l’Américano-Cubaine Carmen Herrera, qui a aujourd’hui 102 ans, a vendu sa première œuvre à… 89 ans. Bien que proche du philosophe Emmanuel Levinas et d’autres intellectuels parisiens, Colette Brunschwig, née en 1927, était méconnue jusqu’à il y a peu. Ce beau travail est resté si confidentiel que ses dessins et peintures spectraux se négocient aujourd’hui entre 1 500 euros et 25 000 euros chez Jocelyn Wolff.

    Toutes ces femmes ont cultivé leur singularité. « Elles n’avaient aucune contrainte de marché, de regard stéréotypé, d’attente de collectionneur », explique Camille ­Morineau, directrice artistique de la Monnaie de Paris et fondatrice de l’association Aware, qui promeut les artistes femmes.
    « Elles n’ont pas été pieds et poings liés par l’appartenance à des mouvements, à des codes préétablis de ces tendances », Camille Morineau, de l’association Aware.

    « Elles n’ont pas été pieds et poings liés par l’appartenance à des mouvements, à des codes préétablis de ces tendances (art minimal, conceptuel, pop, politique). Elles ont créé des œuvres qu’on lit aujourd’hui comme “périphériques” ou “transversales”, faute de mot adéquat, et parce qu’on a besoin d’adjectifs », constate-t-elle.

    Ces œuvres expérimentales ont tardé à trouver une place sur le marché. Sheila Hicks, qui a reçu beaucoup de commandes du monde de l’architecture, a longtemps été cantonnée à la sphère des « arts décoratifs ». Son tort ? Utiliser le textile comme langage. Quant à Valie Export, Thaddaeus Ropac l’admet : montrer son travail est un défi, malgré son importance dans le champ de la performance. « Elle est reconnue par une partie du monde de l’art, mais les collectionneurs la connaissent moins », confie le galeriste. Aussi ses prix, de l’ordre de 25 000 à 110 000 euros, restent-ils inférieurs à ceux de ses confrères actionnistes viennois.

    Le féminisme ne paye pas

    C’est que le féminisme ne paye pas. La Suissesse septuagénaire ­Miriam Cahn, dont les œuvres valent entre 10 000 et 30 000 euros à la Galerie Jocelyn Wolff, à Paris, a longtemps été auréolée d’une réputation sulfureuse. « Elle regardait d’un mauvais œil les invitations dont elle faisait l’objet comme “alibi” pour des expositions trop centrées sur les créateurs masculins. Elle ne se voyait pas légitimer un dessein sexiste », explique ­Jocelyn Wolff. Et d’ajouter : « La peinture en particulier est une chose très macho, avec une relation au pinceau assez virile, si l’on peut dire. » Miriam Cahn a connu une double peine quand la peinture est tombée en défaveur dans les années 1990.

    Certaines de ces femmes ont toutefois vu leur cote décoller de manière surprenante , sur le tard. En 2014, Sheila Hicks fut adoubée par le monde de l’art en participant à la Biennale du Whitney, manifestation qui montre habituellement les jeunes artistes américains en pointe. Représentée en France par la Galerie Frank Elbaz, ses œuvres ­valent aujourd’hui entre 30 000 et 300 000 euros et ont rejoint de grandes collections comme la Fondation Louis Vuitton.

    Réévaluations posthumes

    D’autres créatrices n’ont eu droit qu’à des réévaluations posthumes. C’est le cas de l’Italienne Carol Rama, dont les dessins qui sentent le sexe et le soufre frisent les 200 000 dollars. Si elle est désormais représentée par la puissante galerie Dominique Lévy, elle est morte isolée en 2015. L’Américaine Alice Neel est décédée en 1984 à l’âge de 84 ans, après une vie marquée par les rebuffades des galeries comme des musées. Longtemps après sa mort, ses prix aux enchères tournaient autour de 50 000 dollars. Jusqu’au record d’un demi-million de dollars enregistré par Christie’s en 2007. Deux ans plus tard, le musée de Cleveland a acheté une toile pour 1,5 million de dollars chez Sotheby’s.

    Cette vague actuelle de redécouvertes n’est toutefois pas encore une lame de fond. Pour Caroline Bourgeois, conseillère du collectionneur François Pinault et commissaire de l’exposition « Valie Export » à la Galerie Ropac, « la France reste encore à la traîne ».

    #sexisme #discrimination #femmes #art

  • Sous le soleil de la place Vendôme
    http://www.lemonde.fr/m-mode/article/2017/11/18/sous-le-soleil-de-la-place-vendome_5216985_4497335.html

    ...arrivée en grande pompe de Louis Vuitton sur la mythique place des joailliers : la griffe de LVMH, qui n’y avait jusqu’alors qu’une boutique modeste uniquement consacrée aux bijoux, s’offre un mégastore où l’on trouve l’ensemble de son offre (vêtements, accessoires, bagages…). Mais le soleil souligne aussi l’influence des groupes de luxe sur la capitale, capables d’acheter et de rénover le patrimoine architectural le plus coté, et d’obtenir l’autorisation de décorer sa façade historique d’une œuvre monumentale.

    Sur la carte du luxe français, il n’y a pas de zone plus prestigieuse que la place Vendôme. Edifiée à la fin du règne de Louis XIV, elle est une des premières opérations d’urbanisme planifiée. « Avec sa forme octogonale extrêmement harmonieuse et ses façades corinthiennes identiques élevées par Mansart, elle semble avoir été conçue dans la volonté d’affirmer un collectivisme tranquille, celui de nobles et bourgeois établis », estime la sociologue Monique Pinçon-Charlot. Les familles fortunées liées à la finance s’y sont installées au XVIIIe siècle, puis les commerces de luxe. La couture y apparaît comme une activité spécifique au milieu du XIXe siècle avant de partir vers le rond-point des Champs-Elysées puis l’avenue Montaigne. Aujourd’hui, elle rassemble la haute joaillerie. (...)

    Le PDG de Vuitton estime par ailleurs que son entreprise a « un rôle à jouer dans la ville. Il faut des investisseurs privés pour que des projets comme la Samaritaine revivent ».
    Le grand magasin parisien, fermé depuis 2005, racheté par LVMH qui en finance les travaux (estimés à 500 millions d’euros), doit être transformé en un espace mixte comprenant un hôtel de luxe signé LVMH, des commerces, des bureaux, une centaine de logements sociaux et une crèche. Non loin, toujours dans le centre de la capitale, François Pinault, fondateur de Kering, aujourd’hui présidé par son fils, va ouvrir sa fondation d’art contemporain à la Bourse du commerce avec la bénédiction de la mairie. Rive gauche, Kering a installé son siège dans l’ancien hôpital Laennec (bâti au XVIIe siècle) qu’il a en partie restauré, et rénove actuellement l’ancienne abbaye de Penthémont (datant du XVIIIe siècle, revendue par l’Etat en 2014) pour y placer le siège de Saint Laurent. A la lisière du bois de Boulogne, près de la fondation LVMH inaugurée en 2014, le groupe de Bernard Arnault transforme l’ancien Musée des arts et traditions populaires en centre culturel autour des métiers d’artisanat d’art – ouverture prévue pour 2020.

    #Ville_de_Paris #LVMH

  • Le MoMA et le Cercle démocratique
    https://cfeditions.com/cercleDemocratique

    Bonjour,

    Vient de s’ouvrir à Paris une grande exposition à la Fondation Louis Vuitton avec des oeuvres majeures extraites des collections du Museum of Modern Art (MoMA) de New York. Une magnifique collection d’œuvres du XXe siècle provenant d’un des musée majeur de la planète.

    Dans son ouvrage « Le Cercle démocratique », publié par C&F éditions en français, Fred Turner consacre une large part de son analyse au rôle démocratique joué par les musées et particulièrement par le MoMA.

    Herbert Bayer, membre éminent du Bauhaus a inventé pour le MoMA des espaces immersifs, des encerclements de textes, d’images, d’objets qui devaient permettre aux visiteurs de se questionner eux-mêmes à partir du « champ étendu de la vision ». Durant la Seconde Guerre mondiale, le MoMA a servir de repaire au Comitee for democratic morale, un groupe d’intellectuels qui voulaient mobiliser les américains contre le nazisme sans recourir aux méthodes de la « propagande » dont on avait mesuré les dégâts en Allemagne.

    L’exposition de 1941 « Road to victory » est ainsi conçue comme un multimédia, avec textes, images et films encerclant les visiteurs. Le livre montre à la fois l’impact et les théories derrière ces conceptions, mais également les usages détournés qui vont suivre. Car ce modèle immersif va, durant la guerre froide, servir la propagande américaine dans le monde. Les expositions universelles et la grande expo-photo « The family of man » sont ainsi de outils pour défendre the american way of life ... qui est surtout une défense et illustration de la société de consommation.

    Ce qui est passionnant dans ce plongeon dans l’histoire du multimédia avant le numérique, c’est de voir comment les techniques, les projets et les usages inventés alors se retrouvent dans le multimédia global d’aujourd’hui. Comment l’idée de permettre à chacun de décider en connaissance de cause se renverse en bulles de filtres et réseaux d’influence. Le multimédia numérique a commencé principalement avec des outils pédagogiques, de l’hypertexte organisant des connaissances... avant de devenir le support d’un « individualisme autoritaire » et la boîte à malice se situant « au delà de la vérité » qui existe aujourd’hui... et qui n’enlève pourtant rien à nos désirs d’utiliser le multimédia pour construire un monde plus démocratique.

    Jamais univoque et directif, le livre de Fred Turner permet de reconsidérer les événements du passés comme les tendances récentes. Ce livre a obtenu une bourse de soutien du College of American Art et de la Terra Foundation for American Art .

    Il fait un complément idéal pour tous les visiteurs de l’exposition des œuvres du MoMA de Paris qui dure jusqu’au mois de mars. Et pour tous, il pose des questions d’une brûlante actualité tout en replongeant dans l’histoire et le rôle de l’art, des intellectuels et des artistes

    Bonne lecture

    Hervé Le Crosnier

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    Le Cercle démocratique : Le design multimédia de la Seconde Guerre mondiale aux années psychédéliques
    par Fred Turner, traduction par Anne Lemoine.
    390 p., 29 €

    https://cfeditions.com/cercleDemocratique

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    [Extraits de la première parties concernant le MoMA (il y a de nombreux endroits où l’on retrouve le MoMA dans ce livre)
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    Au cours de ses dix premières années d’existence, le Museum of Modern Art permet aux Américains de découvrir l’impressionnisme, le futurisme et le cubisme, mais aussi l’architecture moderne, la photographie et la typographie. En 1939, après l’invasion de la Pologne par Hitler, son directeur Alfred Barr et sa femme décident de porter immédiatement secours aux artistes avant-gardistes. Grâce au prestige du musée et du nom de la famille Rockefeller qui les soutient, ils réussissent à faire venir plusieurs artistes réputés aux États-Unis, parmi lesquels Marc Chagall, Max Ernst et Jacques Lipschitz. Avant même l’attaque de Pearl Harbor, Barr et les Rockefeller commencent à transformer le musée en une machine de production idéologique qui appuiera les efforts de propagande des États-Unis au cours de la guerre froide.
    Le champ étendu de la vision développé par Herbert Bayer jouera un rôle important dans ce processus.
    [...]
    Pour les critiques d’art américains, le point le plus surprenant de l’exposition n’est pas tant son contenu que la disposition de celui-ci. Puisque le nouveau bâtiment qui doit héberger le Museum of Modern Art est en cours de construction dans la 53e rue Ouest à Manhattan, Bayer installe l’exposition dans l’espace temporaire du musée, alors situé dans le hall du Rockefeller Center. Gropius et Bayer divisent l’exposition en six sections, chacune possédant sa propre galerie : « Le travail sur le cours élémentaire », « Les ateliers », « Typographie », « Architecture », « Peinture » et « Travaux d’écoles influencées par le Bauhaus ». Sous l’impulsion de Bayer, ces zones deviennent ensuite des variations des environnements visuels élargis qu’il a créés à Paris en 1930 et à Berlin en 1935.
    [...]
    Au gré de leurs déplacements de salle en salle, les visiteurs découvrent des empreintes sur le sol et des représentations graphiques de mains sur les murs qui les orientent vers de nouvelles parties de l’exposition. Un œuf géant est accroché à un mur ; il représente l’enseignement de la forme dans le programme de première année. Des photographies orientées vers le bas sont placées au-dessus des têtes des visiteurs ; des cercles chromatiques pendent du plafond. Dans une salle, un œil gigantesque dessiné sur un mur, juste en dessous d’une fente, observe le visiteur.
    [...]
    Selon l’idéologie du premier Bauhaus, la scénographie de Bayer transforme l’exposition en Gesamtkunstwerk (œuvre d’art totale). Conformément à ses théories de vision étendue, elle encercle les visiteurs, les pousse doucement dans l’une ou l’autre direction, les encourage à suivre le mouvement figuré sur les murs et le sol. Comme dans la psychologie gestaltiste qui sous-tend les théories de Bayer, les visiteurs doivent faire la synthèse des éléments qui leur sont présentés pour se les approprier en construisant des images internes cohérentes. L’exposition même peut suggérer, présenter, abriter ou encadrer mais, au final, il revient aux visiteurs d’agencer leurs propres images du Bauhaus pour qu’elles forment un tout.
    [...]
    Quelques années plus tard, le Museum of Modern Art devient une plate-forme de renforcement du moral américain. Associées à un mode environnemental de direction des mouvements des visiteurs, la flexibilité et l’indépendance offertes par Bayer à ses visiteurs deviendront alors aux yeux des critiques un mode de propagande typiquement pro-américain. La vision étendue de Bayer résout le problème posé par la propagande fasciste et les médias de masse. En effet, il accorde au visiteur un degré important d’agentivité par rapport aux éléments visuels qui l’entourent mais, dans le même temps, il contrôle la forme du champ dans lequel le visiteur est susceptible de rencontrer ces éléments. Grâce à cela, la vision étendue peut amener le visiteur américain à rétablir son propre moral dans des termes fixés par le champ qui l’entoure. Cela signifie qu’il peut exercer cette forme d’agentivité psychologique individuelle dont dépend la société démocratique, et qu’il peut ainsi éviter de devenir l’homme apathique de la masse qui caractérise l’Allemagne nazie. Néanmoins, cette agentivité lui est offerte dans des termes définis par les besoins de l’État américain, et articulés selon la diction visuelle du Bauhaus.
    [...]
    Malgré l’échec de For Us the Living, on ne saurait surestimer les liens étroits qui unissent le Museum of Modern Art au gouvernement américain, pas plus que l’intensité de ses efforts de propagande à la veille de la Seconde Guerre mondiale et au cours de celle-ci. Le musée ne se contente pas de préparer des expositions : il sert également de plate-forme intellectuelle et interinstitutionnelle. En son sein, les artistes rencontrent des diplomates, les anthropologues développent des supports de formation culturelle et les soldats viennent panser les blessures psychologiques que la guerre leur a infligées.
    [...]
    De tous les projets menés à bien, une exposition surtout fait la fierté des responsables du musée : le grand succès propagandiste de 1942, Road to Victory. L’exposition « n’est pas seulement un chef- d’œuvre d’art photographique, mais elle est une des expositions les plus émouvantes et les plus fascinantes jamais organisées au musée ».
    [...]
    En septembre 1941, alors que Margaret Mead et le Committee for National Morale s’efforcent de monter leur exposition sur la démocratie au Museum of Modern Art, l’administrateur David McAlpin se met en contact avec le photographe Edward Steichen. Le musée a commencé à accueillir de petites expositions consacrées à la guerre en Europe et aux idéaux américains au sein du pays, et McAlpin espère que Steichen pourrait en monter une autre dans la même veine.
    [...]
    L’exposition qui en résulte fusionne le photoréalisme familier du magazine Life avec les tactiques gestaltistes de la vision étendue développées par Bayer – et les idéaux utopiques du Bauhaus avec les impératifs propagandistes des États-Unis en guerre.
    Bayer conçoit l’exposition comme une route qui serpente à travers tout le premier étage du Museum of Modern Art en passant devant des images et des textes de tailles variables.

    On pourrais citer ainsi des pages entières du livre... mais je vous laisse les découvrir dans le flux même du texte de Fred Turner, avec des détails d’historiens et une visions globale sur l’importance des musées et des expositions dans la conception « multimédia » et son enjeu propagandiste. Et du rôle tout particulier que joue le MoMA et les artistes-théoriciens du Bauhaus dans ce projet.

    #C&Féditions #Fred_Turner #Cercle_démocratique #Bauhaus #MoMA #Propagande

  • De quoi le mécénat culturel est-il le symptôme ? | La plume d’un enfant du siècle
    https://marwen-belkaid.com/2017/08/02/de-quoi-le-mecenat-culturel-est-il-le-symptome

    Je crois, en effet, au contraire que le mécénat pratiqué par certaines des grandes fortunes de notre pays ou grandes entreprises est tout sauf gratuit. Dans son Essai sur le don, Marcel Mauss définit le don comme un fait social, qui est la plupart du temps effectué dans l’espoir d’un retour constitué par un contre don. Je crois que cette définition du don sied parfaitement au mécénat culturel pratiqué dans notre pays par les acteurs cités plus haut. Ledit mécénat s’inscrit, en effet, la plupart du temps dans une démarche marketing pure et dure. De la même manière qu’il existe le greenwashing, on pourrait dire qu’il existe une forme de culture washing. La grande majorité des industriels fortunés qui pratiquent le mécénat le font effectivement notamment pour promouvoir le luxe et l’art à la française bien plus que de manière totalement gratuite. Les fondations Cartier ou Louis Vuitton sont là pour appuyer les marques et non pas l’inverse. Il est d’ailleurs assez drôle de constater que dans tous les musées ou presque, d’immenses plaques rendant hommage aux mécènes sont présentes. Pour le don désintéressé on repassera.

    • Leur mécénat est payé par les contribuables à 60%, parfois plus. Autrement dit ça leur permet d’imposer leur politique culturelle, de faire grimper la côte des artistes sur lesquels ils spéculent . . . .
      http://bofip.impots.gouv.fr/bofip/6495-PGP.html
      - si les dépenses effectuées au titre du seul article 238 bis du CGI dépassent le plafond de 5 ‰ du chiffre d’affaires, la réduction d’impôt prévue à l’article 238 bis du CGI est égale à 60 % du plafond et les dépenses excédentaires pourront donner lieu à réduction d’impôt au titre des cinq exercices suivants après prise en compte des versements effectués au titre de chacun de ces exercices.

  • LES PRÉDATEURS MÈNENT UNE GUERRE CONTRE LES PEUPLES

    Le Comptoir : Dans votre dernier livre, Les prédateurs au pouvoir, vous attaquez la « pensée unique », expression peu claire car elle est utilisée par tout le monde d’Acrimed au FN. Comment définiriez-vous cette « pensée unique » ?

    Monique Pinçon-Charlot : Aujourd’hui, selon la perception de l’oligarchie, les partis sont morts et il n’y a plus de gauche ni de droite. Quand on emploie l’expression « pensée unique », on vise bien le fait que la pensée néo-libérale est devenue une seconde nature. Elle est devenue le réel, quelque chose qu’on ne peut pas remettre en question. Le néolibéralisme peut être amélioré, amendé pour être encore plus violent, mais il ne peut pas être critiqué. On est bien dans un totalitarisme oligarchique et qui me fait toujours penser au roman 1984 d’Orwell, avec Big Brother à la tête d’un parti unique.

    Lors de l’entre-deux-tours des présidentielles 2017, n’a t-on pas assisté à la démonstration de l’existence de cette pensée unique, avec l’injonction à voter Macron pour faire barrage au FN ? Sommes-nous dans ce que Emmanuel Todd appelait un « flash totalitaire » après les attentats de Charlie Hebdo ?

    Je suis assez d’accord avec la formule. J’y adhère d’autant plus que le Front national est un parti qui, après sa création, a été renforcé et mis en scène par les socialistes : c’est le cas depuis 1983, au moment où la pensée unique a commencé à se constituer dans le sillage du renoncement du Parti socialiste, avec le tournant de la rigueur. À partir de ce moment-là, Mitterrand a fait des démarches personnelles auprès des grands médias pour que Jean-Marie Le Pen ait son rond de serviette sur les plateaux télévisés. Il y a ensuite eu l’introduction de la proportionnelle intégrale aux législatives de 1986, qui a permis l’entrée de 36 députés FN à l’Assemblée nationale. Ces manœuvres politiques n’ont cessé de se poursuivre, avec pour objectif une instrumentalisation du Front national pour permettre au néo-libéralisme de rebondir. En 2002 s’est constitué un front républicain pour le second tour des élections présidentielles, front qui s’est aujourd’hui transfiguré en la personne d’Emmanuel Macron. Macron est l’emblème de l’oligarchie : il n’y a plus ni droite ni gauche, ni privé ni public, ni rive droite, ni rive gauche. Dès sa qualification pour le second tour, il est parti fêter sa victoire à la Rotonde et a été très peu adroit. Gauche libérale et droite se sont unies, et l’extrême-droite leur est bien utile.

    L’oligarchie dont vous parlez n’est-elle pas menacée par le retour en force dans les urnes d’une gauche plus radicale réunie autour de Jean-Luc Mélenchon ?

    Ce qui s’est passé lors de ce premier tour est très important. J’ai été très contente de ce résultat auquel j’ai personnellement contribué, avec toutefois des bémols. Michel et moi nous avons fait de multiples rencontres qui nous poussent à penser que le rapport de force de la gauche radicale est actuellement énorme. Si Mélenchon avait joué le jeu de la dynamique du Front de gauche et accepté qu’on l’ouvre à d’autres forces, des associations ou des individus, au lieu de créer La France insoumise, faisant cavalier seul, nous aurions été présents au second tour. Je regrette beaucoup ce qui s’est passé et j’appréhende les législatives. Je dis ça en tant que citoyenne en colère et en tant que sociologue malheureuse. J’ai peur que la classe dominante ait un coup d’avance sur nous. Malgré ses contradictions, et alors qu’elle représente très peu de monde, elle la jouera collectif aux législatives, avec le traditionnel jeu pervers des fausses contradictions et des oppositions mises en scène. Le Front national sera son allié, car il risque maintenant de capter la critique sociale et de se l’approprier. En haut, on a donc le collectivisme et la solidarité de classe, très clairement. Quand Marine Le Pen, qui est présidente de groupe au Parlement européen, s’oppose à la création d’une commission d’enquête sur la fraude fiscale, elle démontre une solidarité de classe avec ses proches mouillés dans l’affaire des Panama Papers. Quand il s’agit de voter le secret des affaires, c’est l’ensemble des eurodéputés du FN qui mettent comme un seul homme un bulletin “pour” dans l’urne. Ce sont des indicateurs de cette solidarité oligarchique. Ce ne sont que deux exemples, mais il y en a beaucoup d’autres. Et en face ? On assiste à la guerre des petits chefs, et c’est catastrophique. Tous ensemble, nous aurions été au second tour.

    Vous dites que le rapport de force est favorable à la gauche radicale en France. Cela veut-il dire que les Français n’aiment pas les riches ?

    Ce n’est pas une question d’aimer ou pas. La psychologisation du social n’entre pas en ligne de compte ici. C’est plutôt qu’on est dans une guerre, avec des prédateurs, très peu nombreux, mais très puissants. C’est la raison pour laquelle Michel et moi avons écrit notre dernier petit livre. On nous donne chaque jour en pâture des phénomènes de corruption, mais c’est encore bien trop gentil de parler de corruption. On masque derrière ce mot quelque chose qui relève de la prédation, du vol, d’une guerre contre les peuples, quelque chose qui fait système. Et face à cela, le peuple doit se défendre.

    Vous dépeignez donc la grande bourgeoisie et les réseaux qui sont à son service comme des « prédateurs ». Cela veut-il dire que plus on est riche, plus on est misanthrope ? Les grands bourgeois se rêvent-ils encore comme la “race des meilleurs”, comme une aristocratie ?

    Il existe dans notre pays une tradition qui remonte à la construction sociale de la noblesse. Ce qui est intéressant, c’est ce mythe du sang bleu. Les nobles l’étaient par le roi et leur peau devait être suffisamment blanche pour que leurs veines bleues soient visibles. Quelque part, on retrouve ici cette idée que l’excellence sociale doit passer par la race, par quelque chose qui a à voir avec une excellence corporelle, selon des critères précis. Après la Révolution, cette noblesse s’est transformée en bourgeoisie et en noblesse d’État. À son tour, cette bourgeoisie a constitué des dynasties familiales afin que les richesses et les privilèges demeurent toujours au sein des mêmes groupes de génération en génération. L’ordre de classes est ainsi reproduit.

    Vous faites donc remonter la pensée d’extrême droite à l’Ancien Régime ?

    Tout à fait. Dans notre petit livre Sociologie de la bourgeoisie, nous avions d’ailleurs consacré une page au Front national, dans laquelle nous relevions que de nombreux descendants de la noblesse d’Ancien Régime occupaient des postes de responsabilité du Front National.

    Dans Les prédateurs au pouvoir, vous citez le pape François. Pensez-vous que le souverain pontife mérite le surnom de “pape décroissant” ?

    Je ne sais pas si c’est une bonne façon de le nommer mais, à son arrivée, j’ai été saisie par sa façon de parler qui m’a semblé très en phase avec notre travail. J’ai été très surprise car je suis totalement athée. J’ai lu ses encycliques, et je trouve que c’est une personnalité tout à fait intéressante. En outre, son poste lui donne une place tellement importante au regard de l’humanité que je salue son travail et son courage.

    Vous mettez en garde contre les théories du complot. Que répondriez-vous à une personne qui vous reprocherait de vouloir construire une théorie du complot basée sur l’idée que les riches veulent détruire leurs semblables ?

    Aujourd’hui, les oligarques que sont Macron, Fillon, Valls et les autres ont mis au point des mots-écrans qui empêchent de penser, comme “populisme”, “système” ou “théorie du complot”. On n’analyse plus la société en termes de rapports de classe, avec des actionnaires qui s’en mettent plein les poches et qui traitent les salariés et les chômeurs comme une variable d’ajustement. On va toujours vers le moins-disant social, on tape systématiquement sur les petits, qu’on considère comme des moins que rien qui ne méritent aucun égard. Si ça continue, bientôt, ça sera même zéro salaire ! Le peuple est clairement esclavagisé, déshumanisé à son insu. Bien entendu, on fait tout pour le lui cacher. Le Front national détient le discours ad hoc pour capter les voix des mécontents. Nous n’avons pas besoin de théorie du complot, puisque nos travaux sociologiques démontrent que nous sommes face à une classe puissante, mobilisée en tous lieux et à tout instant pour défendre ses intérêts. Cette classe sociale – au sens marxiste du terme – n’a même pas besoin de chef d’orchestre puisque chacun de ses membres défend les intérêts de sa classe.

    Vous voulez dire que cela tient à l’éducation de la grande bourgeoisie ?

    Exactement. Ce sont les rallyes pour les jeunes, les cercles pour les adultes, des instances informelles comme Bilderberg, des instances de coordination institutionnelle comme Davos… Nous sommes face à une classe sociale mobilisée qui ne complote pas mais qui défend ses intérêts. Il n’existe pas de trou noir ou de zone opaque. Tout ça est disponible sur Internet, dans les beaux quartiers. Il revient au peuple, aux intellectuels, aux journalistes et aux enseignants de faire le boulot ! En creusant, on se rend bien compte que tout cela est public, visible, mais tout le monde ne se lance pas dans cette “vigilance oligarchique”, comme on aime l’appeler. Au sein des classes populaires, on constate même une forme de timidité sociale extrême à s’en prendre aux puissants, une peur.

    En 2016, vous avez donné une interview à L’Humanité dans laquelle vous racontiez qu’au moment de la sortie de votre livre Le président des riches, qui correspondait avec l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, vous avez été éjectés des réseaux grands-bourgeois qui vous avaient ouvert leurs portes. Que s’est-il passé à ce moment là ?

    Quand nous sommes partis à la retraite en 2007, nous n’avions plus de devoir de réserve puisque nous n’étions plus au CNRS. Nous avons alors ouvert notre travail d’investigation sociologique aux champs politiques et économiques. Avant, nous travaillions plutôt sur les mœurs et le patrimoine, avec des travaux sur les modes de vie, la chasse à courre, la transmission. Ce furent des sujets très importants à traiter, car c’est en passant par ce type de questionnement moins critique et clivant que nous avons pu comprendre petit à petit le fonctionnement de cette classe. Nous avons donc publié Le président des riches à la retraite, et ça a eu un effet impressionnant. Sous Sarkozy, nous étions dans la transversalité totale de l’oligarchie. On a vu comment s’écrivaient les lois, comment les choix économiques s’inscrivaient unilatéralement en direction des intérêts des plus riches. À partir de ce moment là, les portes des beaux quartiers se sont fermées et on a même eu un contrôle fiscal. Aujourd’hui, on travaille autrement, avec l’aide de salariés sous anonymat ou de lanceurs d’alerte.

    Vous parlez des mœurs de la grande bourgeoisie. Ces derniers ne sont-ils pas en train d’être réhabilités par Emmanuel Macron, avec son projet de relancer les chasses présidentielles et de donner un rôle politique plus important à la première dame de France ?

    Après Sarkozy, c’est un cran de plus qui va être franchi, assurément. Macron s’est présenté à une élection présidentielle sans jamais avoir été élu, quasiment en vertu du droit divin. Il gouvernera grâce aux ordonnances, au cynisme et aidé par la technocratie et la bureaucratie européennes. L’Union européenne s’est en effet construite à coup de normes, de directives, en ostracisant autant que faire se peut les référendums. Un président qui se dit ni de droite, ni de gauche et qui brouille les cartes entre privé et public, dans ce cadre là, ne peut qu’effectuer la synthèse des intérêts de l’oligarchie. Le fait qu’il soit arrivé en tête du premier tour et se montre maladroit et indécent sans s’excuser témoigne de son absence totale de culpabilité. Dans la tête de Macron, tout est parfaitement normal : arrivé au-dessus de tout, il a même le culot de déclarer que la suppression de l’ISF est une mesure de gauche !

    « Le déficit est construit comme une arme pour asservir les peuples : il n’a pas pour vocation à être remboursé. »

    C’est un fait incontestable : les riches n’aiment pas l’impôt. Par contre, ils adorent jouer les philanthropes, s’illustrer par des dons, se bâtir une légende dorée, comme Bernard Arnault le fait avec ses musées. Selon vous, ont-ils pour projet de remplacer les services publics dans leur mission culturelle ?

    Ce n’est pas que les riches n’aiment pas l’impôt, ça va plus loin : ils le refusent. Ils refusent de contribuer aux solidarités nationales. En ne payant pas leurs impôts, ils provoquent un déficit de 80 milliards d’euros dans les caisses de Bercy. Si les riches payaient à la hauteur de leur fortune, il n’y aurait plus de déficit public. Il faut réaffirmer que le déficit n’est pas quelque chose de naturel qui aurait vocation à être remboursé par les peuples. Le déficit est construit comme une arme pour asservir les peuples : il n’a pas pour vocation à être remboursé.
    Les riches ne sont pas solidaires, mais ils ont besoin, de temps en temps, de légitimer leur violence de classe avec des œuvres dites caritatives ou philanthropiques, du mécénat. Ce que de nombreux représentants du peuple ignorent, c’est qu’il s’agit encore une fois d’une arme supplémentaire qui permet de piocher dans les caisses de l’État, puisque le mécénat est défiscalisé à 66 %. La fondation Louis Vuitton, par exemple, a été payée en partie par l’argent du peuple français. Son propriétaire Bernard Arnault a de surcroît bénéficié de complicités de la mairie de Paris qui lui a permis d’installer sa fondation dans le bois de Boulogne, qui est un domaine public.

    Les riches possèdent tout, on pourrait ainsi imaginer qu’ils sont heureux. Pour autant, ne peut-on pas les imaginer malheureux, à l’instar des personnages du roman Les visages pâles de Solange Bied-Charreton ? Les malheurs de la grande bourgeoisie, est-ce une piste d’étude que vous avez déjà arpentée ?

    Les riches n’échappent pas aux drames et aux catastrophes humaines. Ils sont sujets aux accidents, aux maladies, ou encore au suicide. Cependant, notre approche de sociologues nous oblige à dire que la plupart des membres de ce groupe social sont parfaitement heureux. C’est très vite expliqué par le fait qu’ils naissent dans les beaux quartiers, jouissent d’une éducation spécifique, demeurent entre eux, avec le miroir de leurs semblables, sans jamais être confrontés à l’autre dissemblable, sauf éventuellement dans la situation du personnel domestique, qui renforce le sentiment de supériorité. Chaque individu de cette classe sociale vit dans un sentiment d’immunité psychologique : la culpabilité, la mauvaise conscience n’existent pas. En tant que classe, ils se sentent impunis : on l’a encore très bien vu avec François Fillon qui a maintenu sa candidature aux présidentielles malgré ses casseroles.

    Leur vie est faite d’entre-soi, les riches rencontrent les conditions de la pratique pour épanouir leur habitus, leur condition de dominants. Ils ne connaissent pas la frustration, ni le travail de deuil. Disons que le système de dispositions qui leur est donné à la naissance les amène plutôt à s’épanouir, à pouvoir faire ce pour quoi ils ont été constitués. Sociologiquement parlant, ce sont des gens sans problèmes. D’ailleurs, jusqu’à notre livre Le président des riches, les retours sur notre travail de la part de la grande bourgeoisie étaient positifs. Ces personnes se rendaient compte que Pierre Bourdieu, qu’ils prenaient pour un affreux gauchiste, avait développé une théorie qui fonctionnait parfaitement sur leur classe. Ils ont apprécié nos premiers travaux en nous disant qu’ils correspondaient à la réalité. Ils ont reconnu que le système théorique de Pierre Bourdieu avait permis de théoriser leur sens pratique. Dans notre premier livre sorti en 1989, nous avions garanti l’anonymat à un certain nombre de personnes que nous avions côtoyé dans les beaux quartiers : nous avions remplacé leurs noms par des titres de noblesse de branches éteintes. Nous avons été appelé par un membre du Jockey Club qui nous a dit que notre livre était formidable mais nous a reproché de les avoir affublé, lui et ses amis, d’affreux patronymes. Ils validaient tout, jusqu’à la question de la ségrégation spatiale, mais ils voulaient voir apparaître dans le livre leurs patronymes familiaux, capital symbolique auquel ils tiennent !

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    https://comptoir.org/2017/05/12/monique-pincon-charlot-nous-sommes-face-a-une-classe-sociale-puissante-et-

    • Les Candidats Du Système. Sociologie Du Conflit D’intérêts En Politique par Nicolas Framont

      La défiance envers la classe politique monte et ses liens multiples avec les puissances de l’argent posent problème à nombre de citoyens. Pourtant, le débat public n’en parle guère : Les commentateurs s’attardent plus souvent sur le caractère et les ambitions de tel ou tel politicien, sur les petites rivalités qui l’opposent à d’autres plutôt que sur son appartenance de classe. La description des liens d’intérêts et de connivence entre élite politique et élite économique est quant à elle largement oubliée.
      Or, l’absence d’analyse des causes de la défiance permet sa récupération opportuniste par nombre de politiques : tous accusent leurs adversaires d’incarner cette élite tant détestée, tandis que certains mettent à profit ce discrédit pour justifier un projet identitaire ou ultralibéral. En l’absence de description rigoureuse du phénomène, n’importe qui finit par pouvoir se dire «  anti-système  ».
      Pour redonner un sens à ces mots trop souvent dévoyés, ce livre fait état des liens d’intérêts et d’affinités entre la classe politique – y compris les plus «  anti-système  » de ses membres– et les puissances de l’argent. Il se base sur les travaux sociologiques et journalistiques qui ont mis au jour une réalité glaçante : la plupart des représentants du peuple sont dans un conflit d’intérêts permanent vis-à-vis de l’élite économique. Liens familiaux et d’amitié, «  pantouflage  » et mode de vie similaire contribuent à faire de nos dirigeants politiques les représentants de la classe supérieure avant d’être ceux de l’ensemble de la société.
      L’auteur réalise une synthèse des nombreux faits qui attestent de l’existence de ce conflit d’intérêts pour forger des outils d’analyse du monde politique accessibles et critiques. Il insiste sur la nécessité démocratique de mettre fin à cette monopolisation de la chose publique – La République – par une oligarchie.

      Nicolas Framont enseigne la sociologie à l’Université Paris-Sorbonne et co-dirige le trimestriel de réflexion politique Frustration. Ses recherches portent sur la sociologie des élites et la crise de la démocratie représentative. Il est le co-auteur de Les Français ont de bonnes raisons de ne pas voter (Le Bord de L’eau , 2015 ).

  • Grève. Premier débrayage depuis 15 ans dans les ateliers Vuitton

    Mercredi matin une partie des « petites mains » des ateliers de #maroquinerie Louis Vuitton (groupe LVMH) a cessé de travailler durant une heure pour réclamer une « hausse des #salaires digne ». Le groupe a pourtant enregistré des records de ventes en 2016.

    Ce n’était pas arrivé depuis plus d’une décennie. L’ensemble des #syndicats (FO, CFDT, CFTC et CGT) ont appelé les salariés à se rassembler ce matin, de 7 h 30 à 8 h 30 devant les unités de production françaises, à la veille d’une dernière séance de négociation annuelle sur les salaires.

    http://www.ouest-france.fr/economie/commerce/luxe/greve-premier-debrayage-depuis-15-ans-dans-les-ateliers-vuitton-4908215

    L’industrie du luxe « made in France » se réjouit de l’élection et du programme économique de Trump. A lire en complément, cet article de janvier 2017 :

    Pour le secteur du luxe, le début 2016 a été compliqué à cause du ralentissement chinois, de la morosité du marché américain et de la baisse des flux touristiques en Europe à la suite des attentats. Mais nombre d’analystes voient la demande s’accélérer en 2017 à la faveur de l’amélioration du moral des consommateurs en Chine, du programme de baisses d’impôts massives de Donald Trump aux États-Unis, du rebond des dépenses en Russie et au Moyen-Orient grâce au redressement des cours du pétrole.

    Après avoir rencontré le nouveau président des États-Unis, début janvier, le PDG de #LVMH Bernard #Arnault a estimé que la politique économique qu’entend mener Donald #Trump comportait « beaucoup plus d’éléments positifs que d’éléments négatifs ». « Un certain nombre de mesures qui sont prises, (comme) la baisse des impôts, la baisse des réglementations, l’augmentation des grands travaux, c’est quand même extrêmement porteur . » Et d’ajouter : « En plus, la plupart des gens qui ont été nommés au plan économique sont de grands professionnels, donc des bons banquiers dans ces positions-là, ça devrait marcher, voilà mon avis. » Les #États-Unis sont le premier marché mondial de LVMH, représentant 27 % de ses ventes 2016. Lors de cette rencontre, Bernard Arnault avait évoqué la possibilité d’ouvrir de nouvelles #usines « en Caroline et au Texas ».

    http://www.ouest-france.fr/economie/commerce/luxe/lvmh-des-resultats-records-en-2016-expliques-en-cinq-mots-4763090

    #luxe #Louis_Vuitton #travail #grève

  • AMBITION INTIME (M6) : CONTROVERSE HAMON / LE MARCHAND - RipouxBlique des CumulardsVentrusGrosQ
    http://slisel.over-blog.com/2016/10/ambition-intime-m6-controverse-hamon/le-marchand.html

    AMBITION INTIME (M6) : CONTROVERSE HAMON / LE MARCHAND
    25 Octobre 2016, 02:54am | Publié par S. Sellami
    L’équipe de l’émission Une ambition intime (M6) est remontée contre Benoît Hamon : alors que ce dernier a affirmé sur Facebook avoir refusé de participer à cette émission par "convictions profondes", l’équipe explique que le problème serait plutôt d’ordre privé. Hamon ne souhaiterait pas évoquer sa femme, qui occupe un poste élevé dans le groupe LVMH (Louis Vuitton Moët Hennessy). Réplique de l’ancien ministre de l’éducation à son tour énervé : l’animatrice Karine Le Marchand, vexée, chercherait à se venger de son refus.
    "C’est une honte de vouloir se faire une virginité sur le dos de Karine Le Marchand" : l’équipe de production d’Une ambition intime est énervée contre Benoît Hamon. Ce dernier a expliqué sur Facebook le 17 octobre sa décision de ne pas participer à l’émission animée par Le Marchand. Dans ce message, il affichait un désaccord entre l’émission et "[s]a vision de la politique" et rejetait l’idée de participer à "ce qui s’apparente à un casting de l’homme providentiel".

    UN SOUCI LIÉ À LA SITUATION DE SA FEMME SELON L’ÉQUIPE DE PRODUCTION
    Interrogé par Le Parisien, un membre (anonyme) de la production affirme pour sa part qu’une réunion d’une heure s’est tenue le 10 octobre entre l’équipe de l’émission et Hamon. Selon cette source, lors de cette réunion, Hamon "était à fond dans le truc". Mais quand la production a abordé sa situation familiale, "on a vu qu’il y avait un petit souci".
    La vraie raison, selon la source du Parisien : sa femme occupe un poste à responsabilité au sein de la direction de LVMH. "On a bien compris que ça lui posait problème en tant que candidat de la gauche du PS", indique le membre de l’équipe cité par Le Parisien. Hamon a admis au Parisien avoir voulu participer à l’émission pour combler "un retard de notoriété, notamment auprès des femmes". Il avait expliqué début octobre dans la revue Charles ne pas souhaiter que la vie de sa femme "soit impactée par la [s]ienne". Il précisait : "Le jour où elle est présentée comme Mme Hamon, sa vie n’est plus la même".
    Mais la version de cette source anonyme citée par Le Parisien n’a pas du tout plu à l’ancien ministre qui, par la voix de son conseiller média Franck Chaumont, l’a fait savoir au Point. Selon Chaumont, "Le Marchand est simplement blessée dans son ego. Quand j’ai annoncé à son assistant que nous ne participerions pas à son émission, il m’a répondu : « On ne met pas un vent à la présentatrice préférée des Français ».Tout est dit." Visiblement pas tout puisque Chaumont raconte en longueur sa propre version de la rencontre entre Le Marchand et Hamon qui s’est tenue le 10 octobre dans un café parisien. Et, très agacé, le conseiller se lâche : "On a compris depuis que notre conversation a été enregistrée par Karine Le Marchand à notre insu par les téléphones posés sur la table. C’est une méthode à la Patrick Buisson !"
      Par la rédaction le 23/10/2016 - 13h03                                                    Source ://http://www.arretsurimages.net

  • « Sans le collectionneur Chtchoukine, il n’y aurait ni Matisse ni Picasso » | Actualités russes

    http://fr.rbth.com/art/culture/2016/10/14/sans-le-collectionneur-chtchoukine-il-ny-aurait-ni-matisse-ni-picasso_63897

    « Sans le collectionneur Chtchoukine, il n’y aurait ni Matisse ni Picasso »
    14 octobre 2016 Oleg Krasnov
    La directrice du Musée des Beaux-Arts Pouchkine de Moscou Marina Lochak évoque la collection légendaire d’impressionnistes et de modernistes de Sergueï Chtchoukine qui sera, pour la première fois, réunie pour une exposition à la Fondation Louis Vuitton à Paris.

    Le marchand et industriel russe Sergueï Chtchoukine commença à collectionner Monet et Gauguin, Van Gogh et Cézanne, Matisse, Picasso et d’autres grands noms de la fin du 19e – début du 20e siècles dès les années 1890. Il était l’ami de marchands d’art français (Ambroise Vollard et Paul Durand-Ruel) et connaissait tous les collectionneurs français d’art moderne.

    #art #peinture #russie #musées

  • Dessiner la poésie, écrire le dessin... | Esperluette
    http://www.jetfm.asso.fr/site/Esperluette-lundi-03-octobre-a-17h.html

    Dans le cadre de RADIO #4, projet d’Anne-James Chaton produit à la Fondation Louis Vuitton les 1er et 2 octobre, j’ai eu le plaisir de construire une pièce radiophonique autour des liens à envisager entre dessin, bande dessinée et poésie. Voici pour cette émission la version XL de la pièce ou, plus exactement, les entretiens qui servirent de matière à la création ici diffusés dans leur quasi intégralité. Envisager le dessin, la bande dessinée de manière poétique. Questionner le dessin par la poésie, questionner la poésie par le dessin. Durée : 2h05. Source : Jet FM

    http://www.jetfm.asso.fr/site/stockage/esperluette/esperluette%20-%20161003%20-%20dessiner%20la%20po%C3%A9sie.mp3

  • Brésil : Eduardo Cunha inéligible jusqu’en 2027
    http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2016/09/13/bresil-eduardo-cunha-ineligible-jusqu-en-2027_4996632_3222.html

    Membre du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, centre) auquel appartient aussi le nouveau président, Michel Temer, ce natif de Rio de Janeiro était considéré comme un personnage politique de seconde zone jusqu’en février 2015 et sa nomination en tant que président de la chambre des députés. Proche des milieux évangéliques, cet ultraconservateur, anti-avortement et défenseur de l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans, prend alors la tête de l’opposition parlementaire envers le gouvernement de Dilma Rousseff, du Parti des travailleurs (PT, gauche).

    Ennemi juré de la présidente, le quinquagénaire a lancé, en décembre 2015, la procédure de destitution contre la successeure de Luiz Inacio Lula da Silva. « Il n’a jamais eu de projet alternatif pour le pays, mais il a su écouter les députés qu’on dit du “bas clergé” », analyse M. Maringoni, proche du Parti socialisme et liberté (PSOL, gauche).

    Homme de l’ombre, docteur ès manigances politiques, Eduardo Cunha a été interrogé dès mars 2015 au sujet de comptes en Suisse abritant des millions de dollars dont lui et sa seconde épouse Claudia Cruz se sont révélés être les bénéficiaires. Les sommes logées, aux origines douteuses, auraient permis à Mme Cruz, ancienne journaliste, de « dévaliser » les boutiques Chanel, Louis Vuitton, Balanciaga… et à la famille de s’offrir restaurants et hôtels de luxe pendant que le pays traversait l’une des pires récessions de son histoire.

    Les enquêteurs chargés de l’opération « Lava Jato » (« lavage express ») soupçonnent qu’Eduardo Cunha, sa femme et l’une de ses filles, Danielle Dytz – toutes deux ont été inquiétées par la justice – ont ainsi été destinataires de pots-de-vin issus du schéma de corruption lié au groupe pétrolier Petrobras.

    En dépit de preuves de plus en plus accablantes, l’homme a nié devant une commission parlementaire être propriétaire de ces comptes. C’est pour ce mensonge qu’il est aujourd’hui banni. « Comme si tout le monde ne disait que la vérité », s’est-il étonné dans un entretien au quotidien Folha de Sao Paulo, lundi 12 septembre.

    #Fora_Cunha !

  • Une « publi-exposition » Vuitton dénoncée dans une tribune du « Monde »... - Arrêt sur images
    http://www.arretsurimages.net/articles/2016-01-20/Une-publi-exposition-Vuitton-denoncee-dans-une-tribune-du-Monde-id84

    Faites ce que je dis, faites pas ce que je fais ? Une tribune publiée hier dans Le Monde dénonce une « exposition publicitaire qui ne dit pas son nom » sur Louis Vuitton au Grand Palais. Exposition qui présente une histoire de la marque de luxe expurgée de ses aspects les plus génants, comme sa proximité avec le régime de Vichy. Mais Le Monde oublie de préciser que le mois dernier, @si découvrait qu’un supplément du journal avait été commandé et payé par Louis Vuitton... sans que ce ne soit précisé.

    Après le publi-rédactionnel, la publi-exposition. Actuellement au Grand Palais deux affiches géantes indiquent les expositions du moment : « Picasso.mania » et « Volez, Voguez, Voyagez – Louis Vuitton », notait hier le fondateur du site « d’info citoyenne sur les musées », Louvre pour tous, Bernard Hasquenoph dans une tribune publiée par Le Monde. Aucune différence à part le thème, a priori, puisque la promotion, ou la mise en scène des expos sont à peu près similaires. Mais la première est payante (14€), alors que la seconde est gratuite. Et pour cause : « Un fossé invisible les sépare. La première [Picasso] est organisée par l’établissement public gestionnaire des lieux, la Réunion des musées nationaux-Grand Palais, la seconde par une entreprise privée, la marque Louis Vuitton, propriété du groupe LVMH. Pour cette dernière, il s’agit en fait d’une location d’espaces, ce que le public ignore. »

    Et pour Hasquenoph ça change tout, puisque "sous couvert de raconter « l’aventure de la Maison Louis Vuitton, de 1854 à aujourd’hui », [l’expo] masque une opération de communication à visée commerciale". Ainsi, le « conte de fée » raconté par le Grand Palais gomme tous les aspects les plus gênants de l’histoire du groupe de luxe. « L’exposition s’offre comme une ode à la famille Vuitton sur plusieurs générations, ce qui ne manque pas de sel quand l’on sait comment Bernard Arnault, en génial stratège, s’est emparé en 1989 de l’empire LVMH que celle-ci avait créé, évinçant sans pitié ses héritiers pour ne conserver dans ses murs qu’un descendant savamment mis en avant dans les médias. »

    Pire, l’expo fait aussi l’impasse sur les liens troubles entre la marque… et le régime de Vichy. « Gaston-Louis Vuitton, largement évoqué dans l’exposition, dirigeait alors la société et était acquis aux idées de la Révolution nationale. Il n’hésita pas à mettre à disposition du régime de Vichy une usine pour fabriquer des objets à la gloire du Maréchal Pétain dont ses bustes officiels. En retour, une seule boutique était autorisée à rester ouverte au rez-de-chaussée de l’hôtel du Parc où siégeait le gouvernement : Vuitton. » D’ailleurs la marque avait déjà eu recours à ce procédé, puisque le site Louvre pour tous a compté en tout cinq publi-expos de Louis Vuitton, à Paris, Pékin ou Moscou, depuis 2010.

    Les prétentions culturelles du complexe mode-beauté
    http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=149#chap03

    #culture #mode #publicité #médias

  • L’imaginaire monumental des milliardaires, par Johan Popelard (Le Monde diplomatique, avril 2015)
    http://www.monde-diplomatique.fr/2015/04/POPELARD/52869

    Inaugurée à Paris en octobre 2014, en bordure du Jardin d’acclimatation, la Fondation Louis Vuitton a pu tourner la page du long feuilleton juridico-politique qu’avait suscité, de 2007 à 2012, le permis de construire accordé par M. Bertrand Delanoë, alors maire de la capitale — dont le chargé de la culture, M. Christophe Girard, était également employé par le groupe Moët Hennessy-Louis Vuitton (LVMH)—,et qui ne dut d’être validé que par la grâce d’une astuce législative. Tout est oublié, place à un déluge d’éloges médiatiques. Rien de très surprenant étant donné la puissance financière du maître d’œuvre Bernard Arnault, le rayonnement de la marque et la renommée de l’architecte. Consacrée à l’art contemporain et créée par un groupe présent dans l’industrie du luxe et les médias (1), la fondation se joue des frontières : elle a pu, dans les journaux, accaparer les pages de mode comme les rubriques culturelles et people, faire l’objet d’analyses politiques aussi bien qu’économiques. Mais c’est d’abord et surtout le bâtiment signé par Frank Gehry — un « faiseur de rêves », selon le site de la fondation — qui s’est trouvé immédiatement enveloppé de métaphores : immense voilier, grand oiseau sur le point de s’envoler, nuage étincelant... Le président de la République n’a pas été en reste. Il a rendu, lors de l’inauguration, un hommage vibrant au « mécène » qui offre « l’art contemporain au regard de tous » —même si le premier mécène, en l’occurrence, est le contribuable, puisque 66 % des sommes investies dans une fondation sont déduites des impôts. Et il s’émerveilla « C’est un palais, un palais de cristal pour la culture. »

    Tout le monde n’a pas cet enthousiasme, et il n’est plus tout à fait singulier de souligner que, derrière l’emballage philanthropique, cette fondation, comme bien d’autres, vise à enrichir l’image des marques LVMH, même s’il s’agit moins de gains économiques que de « retombées émotionnelles », pour citer M. Jean-Paul Claverie, conseiller de M.Arnault (The New York Times, 10 mai 2014). Mais en quoi peut bien consister cet enrichissement-là ?

    A visiter le bâtiment, on constate qu’il y a en réalité deux Fondations Louis Vuitton, qui ne coïncident qu’imparfaitement. On peine en effet à reconnaître dans l’édifice le corps glorieux fabriqué par la photographie et les métaphores. Tel est sans doute le destin de l’architecture entrée dans la logique du star-système : elle ne se réalise et ne se consomme pleinement que dans la photographie. Comme l’écrivait le théoricien marxiste Fredric Jameson, l’intérêt pour l’architecture postmoderne exprime un « appétit de photographie » ; « c’est la valeur du matériel photographique que vous consommez d’abord et avant tout, et non celle de l’objet (2) ».

    Cette déception est renouvelée quand on compare le produit final aux dizaines de maquettes préalables produites par l’agence d’architecture. Lumineuses et cristallines, elles manifestent une vitalité fragile que n’atteint jamais le bâtiment : agrandie, l’architecture est saisie par ce que Friedrich Nietzsche appelait « l’éloquence de la puissance (3) ». L’examen de cette « éloquence » permet d’observer que la Fondation Louis Vuitton n’est pas seulement l’alibi culturel de logiques économiques, mais aussi la mise en signes du capitalisme financiarisé, la démonstration publique de sa force.

    La Fondation Guggenheim, à Bilbao, se veut à l’image des vagues du fleuve ; la Fondation Louis Vuitton évoque un nuage ou un voilier ; la future Fondation Luma, créée à Arles par Mme Maja Hoffmann, héritière d’un groupe pharmaceutique, prétend s’inspirer de la touche de Vincent Van Gogh : les architectures de Gehry déploient un imaginaire de la fluidité. Ses structures élastiques et ses armatures aériennes, qui se revendiquent du souvenir des serres et des pavillons, sont aux antipodes de certaines architectures impérieuses du capitalisme du XXe siècle ; loin, par exemple, de la massivité du Rockefeller Center. « A l’image d’un monde qui change en permanence, nous voulions un bâtiment qui évolue en fonction de l’heure et de la lumière, afin de créer une impression d’éphémère et de changement », affirme Gehry sur le site de la Fondation Louis Vuitton. Ou encore : « Cette architecture doit être comme un rêve (4). » Fluidité, élan aérien... en correspondance avec l’actuel maître-mot du capitalisme, la mobilité, et son appel pressant à la réinvention permanente contre la « rigidité » des structures.

    Même l’intérieur témoigne de cette aspiration : une fois passé le hall monumental vitré, le visiteur accède par une série de rampes, d’escaliers et de couloirs, à la logique indéchiffrable, aux vastes salles encore vides ou presque, aux angles souvent déroutants — le commanditaire a quand même exigé que les murs soient droits pour accueillir les œuvres de sa collection, quand elles arriveront. Des terrasses étagées permettent d’examiner, près d’un palmier en pot, l’extérieur des cubes tordus qui abritent les salles. Le bois de Boulogne ou la tour Eiffel apparaissent dans l’interstice des voiles, tandis que sous l’édifice s’épand le bassin féerique du Grotto... Plus que les collections, c’est l’édifice dans sa totalité, reflets, labyrinthe, qui est l’œuvre : le registre ancien de la stabilité, la solidité de l’ordre classique des XIXe et XXe siècles, quand Bourse, banques, musées copiaient à travers le monde le Parthénon, sont « dépassés ».

    Volutes, plis et torsions, la théâtralité baroque de Gehry correspond avec élégance au « nouvel esprit du capitalisme (5) » : il ne s’agit plus d’incarner la sécurité et la dignité, mais le mouvement perpétuel et l’audace. L’engouement des puissants pour ses créations tient précisément en partie à leur capacité à « performer » « les rituels d’une culture de la circulation », comme l’écrit par exemple l’historienne de l’architecture Joan Ockman (6), où « la vitesse, l’étendue et l’intensité des transformations économiques globales ont renversé les logiques antérieures de la représentation ».

    A travers cette esthétique, ce n’est donc pas seulement « la marque qui parle », mais, plus profondément, ce fantasme de la « liquidité (7) » propre au capitalisme tardif, chantre de la circulation ininterrompue des capitaux et du « désir qui s’engage en sachant pouvoir se désengager, selon l’économiste Frédéric Lordon, qui investit sous la garantie de pouvoir désinvestir, ou qui embauche avec l’idée de pouvoir débaucher (8) ».

    Rowan Moore, critique d’architecture à The Observer, l’un des rares à formuler des réserves, déplore que les grandes voiles vitrées qui enveloppent le bâtiment en brouillent la lecture et brisent l’accord entre structure et façade. Sans elles, selon lui, la fondation « aurait pu être la version adulte, magnifiée, du théâtre de Guignol d’un parc pour enfants (9) ». Le critique anglais aurait voulu voir le bâtiment s’en tenir à la logique rationnelle d’un projet utile. Or l’architecture de Gehry devait nécessairement excéder ces limites. Inutiles, coûteuses et peut-être nuisibles sur un plan architectonique, les voiles n’en remplissent pas moins un rôle indispensable sur le plan sémantique. Elles sont l’« emblème » voulu par le mécène. L’œuvre offre ainsi la figure d’un monde où l’ordre des choses pourrait sans cesse être recomposé. Comme l’écrit Jameson, les éléments « flottent à une certaine distance les uns des autres en une stase, une suspension miraculeuse, qui, comme les constellations, va immanquablement se désunir la minute suivante (10) ». La fondation se donne à voir par une série de profils successifs, de fragments, qui se dérobent les uns après les autres, sans jamais se rejoindre. « Je pense cela comme un chaos contrôlé que je relie à l’idée de démocratie pluraliste, envisagée comme lieu d’une collision des idées (11) », écrit l’architecte. Autrefois, Victor Gruen, l’inventeur du shopping mall, chez qui le jeune Gehry fit ses premières armes dans les années 1950, voulait faire du centre commercial une « agora moderne (12) »...

    Mais cette architecture subjugue plus qu’elle ne libère. Le spectateur n’est jamais maître de ce jeu de recomposition incessante. Comme dans un conte fantastique où les parois se meuvent en permanence, interdisant au personnage toute certitude spatiale, il est le jouet, plus ou moins admiratif, de la machine à effets construite par l’architecte, et se tient dans le rêve d’un autre. Comme le souligne l’historien de l’art américain Hal Foster, la liberté créatrice de l’architecte n’a certainement pas pour résultat la liberté parallèle du visiteur (13).

    Si le bâtiment de la Fondation Louis Vuitton est bien, comme l’indique l’accueil qui lui a été fait, un monument emblématique, il l’est de la puissance du commanditaire plutôt que de sa générosité, de la consommation spectaculaire plutôt que de l’idée démocratique, d’une fastueuse mise en forme des valeurs du libéralisme financier plutôt que d’un art pour tous... Arrivés à ce point de déploiement des utopies liquides et des architectures de rêve, on ne peut alors qu’aspirer à la récupération de l’autonomie des institutions publiques de la culture, à une organisation des artistes sur le mode des coopératives de production ou à la démocratisation de la commande contre le monopole des mécènes (14). Afin que s’ouvrent d’autres voies pour l’art que celle qui mène au jardin d’acclimatation du capitalisme.

  • Chine : un responsable trahi par sa ceinture Louis Vuitton / Mis à jour le 27-12-2014
    http://french.china.org.cn/china/txt/2014-12/27/content_34423968.htm

    Une enquête judiciaire a été ouverte à l’encontre d’un responsable de la province du Hunan (centre), après qu’une photo sur laquelle on le voit arborer une ceinture Louis Vuitton est devenue virale sur les médias sociaux, ont annoncé samedi les autorités locales.

    Les utilisateurs de Weibo, équivalent chinois de Twitter, ont fustigé le directeur général de l’entreprise d’Etat chargée de la distribution d’eau et d’électricité dans le district de Rucheng, Li Jianguo, s’interrogeant comment celui-ci pouvait se permettre d’acheter un accessoire si coûteux.

    https://twitter.com/chinafrance/status/549282439671984128

  • Fondation Louis Vuitton : le mécénat d’entreprise sans la générosité
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/10/27/fondation-louis-vuitton-le-mecenat-d-entreprise-sans-la-generosite_4513157_3

    L’entreprise se situe dans une perspective d’optimisation fiscale et fait payer par l’ensemble des Français plus de la moitié du coût de la fondation, qui dépasse très largement les 100 millions d’euros annoncés. Dans une période de disette budgétaire, le coût pour le trésor public est loin d’être négligeable.

    via :
    LVMH : LeMonde.fr dépublie puis republie une tribune critique
    http://www.arretsurimages.net/breves/2014-10-28/LVMH-LeMondefr-depublie-puis-republie-une-tribune-critique-id18134

  • Bernard Arnault, saint patron des arts

    « Les capitalistes ne sont pas émus que par les dividendes – par la culture aussi », écrivait Frédéric Lordon en 2006 :
    http://www.monde-diplomatique.fr/2006/04/LORDON/13372

    Nouvel exemple ces jours-ci à Paris avec l’ouverture de la Fondation Louis Vuitton, que la capitale devra à l’admirable générosité de Bernard Arnault, grand amateur d’art et de beauté, en même temps que première fortune de France.

    Loués soient nos mécènes
    http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2014-10-23-fondation-vuitton

    • Fondation Vuitton : le bal des courtisans
      http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/231014/fondation-vuitton-le-bal-des-courtisans?onglet=full (#paywall)

      Mais pas un mot, ni ici ni ailleurs, même si le déluge d’articles a pu me faire manquer certains paragraphes, sur l’histoire coloniale de ce jardin d’acclimatation, qui fut le haut lieu de la sinistre et effarante histoire des zoos humains, ces exhibitions de « sauvages » qui se tinrent du XIXe siècle jusqu’en 1931..

      Gommer ce récit, c’est non seulement mutiler l’histoire de ce lieu, mais enterrer la possibilité que, sous la fondation Vuitton ou à proximité, se trouvent certains restes humains de ces expositions coloniales. Dans l’exposition Exhibitions, l’invention du sauvage, qui s’est tenue en 2011 au musée du Quai Branly, un cartel était ainsi rédigé : « Il reste à écrire l’histoire de tous ceux qui sont morts "en exhibition", dont les corps sont encore présents sur différents lieux d’exhibition ou les restes conservés dans nos musées ou collections privées. »

      Dans le Canard :

      – du 15 octobre 2014, sous le titre “L’art de la pub se travestit au bois de Boulogne” :

      Dans la presse française, aucun questionnement, aucune mise en perspective. Aucun rappel de la guerre du luxe entre Bernard Arnault et François Pinault. Aucun rappel de ses velléités d’exil fiscal en Belgique, aucune analyse de la stratégie industrielle de LVMH, qui cherche à se racheter une conduite depuis sa condamnation par l’AMF pour ses raids manqués sur Hermès.

      – du 26 février 2013 : Un astucieux montage permet à Bernard Arnault, la plus grosse fortune de France, d’éviter 6 milliards de droits de succession
      https://app.box.com/s/1mzzvqlgcxgrxxkbb3zg

      – du 27 avril 2011 : Bernard Arnault, le roi du quadrillage (arrosage) de la politique et de la presse
      https://app.box.com/shared/yvuao8lfem

  • Petite histoire d’un mensonge à la mode | Toxiques - L’actualité de Greenpeace France
    http://blog.greenpeace.fr/toxiques/petite-histoire-dun-mensonge-a-la-mode

    À la veille de l’ouverture des portes de la Fashion Week de Milan, Greenpeace International publie un nouveau rapport révélant la présence de produits chimiques dangereux dans les vêtements pour enfants de certaines des plus grandes marques internationales de haute-couture. Versac, Louis Vuitton, Dior, Hermes ou encore Dolce&Gabbana sont notamment dans la ligne de mire.

    #vêtements #toxicité