person:lucas ariel dumont

    • Un krach boursier, défini comme une baisse des cours d’au moins 30% « coûte » l’équivalent de 4% de croissance en deux ans. Un krach immobilier, défini comme une diminution des prix d’au moins 14%, produit des dégâts deux fois plus importants : 8 points de croissance perdus ! Il est également beaucoup plus long (quatre ans au lieu de dix-huit mois pour une crise boursière)

      (FMI via Lazuly)

    • Un bâtiment étant un bien d’usage très stable dans le temps, la hausse du coût du bâtiment selon moi révèle une situation d’inflation : la monnaie a moins de valeur puisqu’il en faut toujours plus pour accéder à la même richesse physique.
      Quand le cours de l’immobilier chute, c’est que la monnaie a au contraire plus de valeur, c’est la déflation. Cela me rappelle donc ce sujet
      http://seenthis.net/messages/132026

      Y a-t-il de moins en moins d’argent en circulation ? On ne produit pas assez de richesse pour compenser la péremption de la monnaie ? Que de mystères pour moi...

    • « La déflation est le gain du pouvoir d’achat de la monnaie qui se traduit par une diminution générale et durable des prix ; c’est une inflation négative ». En période d’inflation, l’argent va s’investir (sur les actions, l’or, l’immobilier, partout où il y a une promesse de rentabilité) ; en période de déflation, l’argent déserte tout puisqu’il n’y a plus que la monnaie qui ne perde pas de valeur. Donc tu vends ton or, tes immeubles, tes actions, pour revenir en obligations américaines ou allemandes, qui ne rapportent rien mais ne perdent pas.

    • @lazuly : merci pour l’explication, mais le mystère demeure sur ce qui ferait que la déflation serait une spirale dangereuse : je n’arrive pas à voir comment la déflation peut mécaniquement durer.
      Y a un moment où le papier monnaie ne se mange pas. De plus il est facile de faire tourner la planche à billets pour dévaluer la monnaie et casser le principe de spéculation à la baisse qui paralyse tous les échanges, non ?

      Peut-être est-ce lié au fait que les régulateurs monétaires excluent toute ouverture de vannes pour « offrir » des liquidités aux consommateurs, et qu’ils ne conçoivent qu’une telle ouverture en direction des investisseurs (via les banques). Les banques ne trouvant pas d’investisseurs pour investir de l’argent frais dans la vraie vie, faute de rentabilité (même à taux zéro, le taux d’intérêt réel serait négatif) , faire tourner la planche à billet ne servirait à rien, faute de débouchés en période de déflation ?

      Ce qui reviendrait peu ou prou à considérer que le blocage serait idéologique : dans le cas d’une économie congestionnée, où la perte de confiance est telle que plus rien ne s’échange et où les capitalistes planquent leurs billets sous son matelas, vouloir redistribuer des liquidités à la population pour forcer le redémarrage de l’activité serait impensable, car cela équivaudrait à une dilution de la richesse relative des capitalistes ?

      http://www.banque-france.fr/fileadmin/user_upload/banque_de_france/publications/Documents_Economiques/focus3-deflation-ou-desinflation.pdf

    • Les cours, immobilier ou pas, ne naissent pas dans les roses : ils sont la conséquences des actions d’achat ou de vente des riches, ceux qui ont assez de monnaie pour vendre ou acheter.

      Et force est de constater que ces derniers spéculent : au sens où ils intègrent dans le prix d’achat une hypothèse de prix de revente.

      La valeur d’usage d’une résidence semble peu varier de prime abord, mais c’est inexact : lorsqu’on anticipe croissance et donc emploi dans une zone, la valeur d’usage d’une résidence y monte. C’est ce qui a longtemps porté Paris.

      Les prix de l’immobilier à Paris ont longtemps résisté à la crise. Mais cela craque nettement depuis le printemps. A Londres, en dépit de prix structurellement élevés, la demande excède l’offre et le renchérissement se poursuit. A l’inverse, Madrid ne se relève toujours pas...

      Les normes écologiques jouent également dans la construction de la valeur d’une résidence : en dessous d’un certain niveau allant toujours croissant de confort thermique, acoustique, d’isolement et d’accessibilité pour personnes à mobilité réduite, la valeur d’usage décote rapidement, donc la valeur de revente avec elle, donc, son cours aux yeux des spéculateurs.

      La bonne nouvelle serait que les investisseurs, notamment en France, voient de meilleures perspectives de profit que dans l’immobilier, dont les plus-values sont pour l’essentiel défiscalisées, ce qui explique sans doute pour l’essentiel un niveau de hausse des prix déconnecté du reste de l’Europe.

    • je n’arrive pas à voir comment la déflation peut mécaniquement durer.

      Ici comme ailleurs les cours se calculent à partir de transactions réelles. C’est pour cela que les prix des biens que seuls les riches peuvent acheter (immobilier, par exemple) montent, alors que les prix de ce que seuls les pauvres vendent (leur force de travail, donc, les salaires) stagnent.

      L’escroquerie intellectuelle consiste à faire croire que les prix des pommes de terre et celui des automobiles évoluent de concert.

      La déflation ne peut pas durer ? Regardez l’évolution de votre fiche de paie comparée à celle de l’immobilier pour en juger... Tant qu’il y a un excès d’offre, par exemple, du fait d’améliorations de la productivité, la déflation peut durer

    • La déflation ne peut pas durer ? Regardez l’évolution de votre fiche de paie comparée à celle de l’immobilier pour en juger... Tant qu’il y a un excès d’offre, par exemple, du fait d’améliorations de la productivité, la déflation peut durer

      Justement en théorie, la déflation est un phénomène monétaire, indépendant des fluctuations des cours sectoriels. Cf
      http://www.banque-france.fr/fileadmin/user_upload/banque_de_france/publications/Documents_Economiques/focus3-deflation-ou-desinflation.pdf

      Symétriquement, la déflation est un processus permanent et général de baisse des prix. Il n’y a pas déflation si seulement
      certains prix baissent. Par exemple les prix des ordinateurs portables ou produits électroniques de haute fidélité peuvent
      baisser sous l’effet du progrès technique. Mais ce n’est pas une déflation.

      En fait effectivement, le monde apparaît plus que jamais coupé en deux. Dans le modèle où les salaires sont directement indexés sur l’inflation/déflation, les salariés ne sont pas concernés par ces phénomènes. Au mieux c’est neutre pour eux. Au pire c’est la récession consécutive à la chute de la demande et des investissements, donc le chômage, et donc la perte relative de pouvoir d’achat même pour ceux qui conservent un emploi...
      Les turbulences ne concernent que les capitalistes (et donc les salariés-capitalistes, ceux qui arrivent à emprunter ou épargner). Les plus forts peuvent profiter de ces turbulences pour rebondir, les autres subissent..

    • @myeurop je ne comprends pas la question ni le lien avec facebook ; pour le citer, il suffisait d’écrire « Comme le fait remarquer Pierre Lazuly…… » ; c’est un détail.

    • @petit_ecran_de_fumee Rien à redire. Je remarque juste que si les économistes ayant encore quelque prétention d’honnêteté intellectuelles se refusent à parler de déflation, c’est précisément parce que l’on observe pas d’évolution généralisée des prix.

      De mon point de vue tout personnel et pour ce qu’il peut valoir, les théories prédisant l’existence de fluctuations générales des prix me semblent supposer des évolutions lentes des (différentes) masses monétaires. D’une certaine manière, la logique interne aux traités de Maastrich, Acte Unique, etc. est justement de donner à l’économie une structure dans laquelle les théories économiques puissent s’appliquer de sorte à permettre une planification de la croissance globale à long terme faute de meilleure théorie. Force est de constater que ce jouet-là est cassée.

      C’est donc en théorie par un changement de représentations que le problème peut s’aborder. Vous le savez, j’aime aborder les choses sous l’angle d’un conflit entre possédants et exploités, ne serait-ce que parce que cette explication simple suffit à se représenter l’essentiel de nos sociétés. Mais même en renonçant à cette explication pratique, il peut être aisé de constater qu’un désordre monétaire est toujours la conséquence d’un problème de répartition de la masse monétaire : ceux qui ont la monnaie sont ceux qui n’en ont pas besoin et inversement .

      S’il ne s’agissait que de restaurer la confiance en l’économie, au moins deux stratégies simples seraient concevables :

      La libérale : distribuer la monnaie nécessaire, créée à partir de rien, à ceux qui en manquent, quitte à exiger d’eux de contribuer socialement par leur activité.

      La conservatrice : créer des services publics suffisants pour garantir le minimum vital (logement, nourriture, santé, éducation) à chacun tout en réservant le confort aux contributeurs nets.

      Vous remarquerez qu’aucune de ces deux stratégies n’est jugée crédible par qui que ce soit se prétendant sérieux. La question est de savoir pourquoi. Mon hypothèse est tout simplement que les institutions qui fondent le nations se croient encore devoir poursuivre un conflit pour la suprématie économique et exigent de leurs habitants de leur en fournir les moyens par le productivisme, quitte à faire organiser ce productivisme par une classe bourgeoise dite « moyenne ». Mais à vrai dire, on s’en moque. Ce qu’on constate, c’est que même la classe moyenne ne croit plus en les chances de survie de la société, nationale, qui l’a faite émerger et ne sait que trop bien l’existence de labeur qui l’attend lorsqu’elle se verra marginalisée par les classes bourgeoises, plus efficaces, des pays émergents.

      Et tous les mouvements erratiques des cours du capital s’expliquent par la panique des classes bourgeoises des nations en cours de disqualification de la compétition économique : tous cherchent à planquer leurs sous à l’abri de la chute programmée de la nation sans laquelle ils ne sauraient vivre. Ceci compris, tout dépend à quelle échéance temporelle on se place.

      Et pour les véritables productifs qui n’ont pas la chance de pouvoir hériter de leurs parents spéculateurs, l’émigration est à envisager sérieusement

    • @bp314 : j’ai un voisin qui était cadre dans une usine de production de papier (essuie-tout, mouchoirs, pq..). Les clients : la grande distribution. Le marché, en progression. Les ventes : en progression. Les résultats : déficitaires depuis quelques années, car les prix de vente ne cessent d’être revus à la baisse. La faute au marché mondial sans doute.
      Il a été poussé vers la sortie car il coûte trop cher à la boite. S’il veut retrouver du boulot, il devra accepter une baisse de salaire de 30% minimum...
      Le réajustement est violent, mais oui, ceux qui nous faisaient croire que les niveaux de vie des pays en voie de développement allaient être tirés vers le haut grâce à la mondialisation sans que ça nous impacte blaguaient. La convergence implique que nous descendions drastiquement au niveau des pays dits « montants », et comme il y a inertie, il faut accepter que les trajectoires se croisent. Si mon voisin doit revendre en plus sa maison pour aller bosser ailleurs, il est évident qu’il va devoir la brader, et contribuer à cette chute des cours de l’immobilier...

    • @petit_ecran_de_fumee De notoriété publique, les marges des entreprises françaises sont parmi les plus faibles d’europe. Elles sont aussi parmi les plus fragiles : il n’est pas rare de voir des redressements fiscaux reconnaissant la bonne foi du contrôlé et sortant des recouvrements équivalents à 4 ans de marge. Puisqu’il n’existe aucun moyen de négocier avec les créanciers institutionnels (caisses sociales, état) ou de les associer à l’entreprise, le moindre incident vous mènera direct à la liquidation ou au « rachat à la française » cher à Montebourg, qui se traduira de toute façon au final par un dépeçage des actifs valorisables, puisque, comme expliqué ci-dessus, on ne peut pas investir à long terme et espérer rester en activité sur une période suffisamment longue pour être au final rentable en France.

      Je vous avoue cependant que ce n’est pas moi qui pleurerait face à ce constat. A titre personnel, il me réjouit davantage qu’il ne me chagrine, puisque la réduction de l’offre est une condition sine qua none à une modification de la distribution de la richesse entre possédants et exploités du monde entier.