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  • Les « gilets jaunes », une spécificité française ?
    15 DÉCEMBRE 2018
    PAR LUDOVIC LAMANT ET AMÉLIE POINSSOT

    Des mouvements protestataires ont éclos en Europe depuis dix ans, en dehors des appareils politiques traditionnels. La révolte des « gilets jaunes » a-t-elle des points communs avec celle des Italiens, des Grecs ou des partisans du Brexit au Royaume-Uni ?

    La colère des « gilets jaunes » a débordé au-delà des frontières françaises. Plusieurs manifestations ont déjà eu lieu à Bruxelles, accompagnées de blocages de dépôts de carburants, tandis que des indépendantistes catalans issus des Comités de défense de la République (CDR, à gauche), vêtus de jaune, appellent au blocage de leur région le 21 décembre. Des gilets jaunes ont aussi fait leur apparition dans des manifestations en Pologne, en Serbie et au Monténégro. En Allemagne, c’est l’extrême droite qui a appelé à défiler en gilet jaune.

    Ici et là sur le continent, de nombreuses colères ont éclaté ces dernières années. Des Indignés espagnols aux Grecs frappés par l’austérité, des partisans du Brexit en 2016 aux membres du Mouvement Cinq Étoiles (M5S) en Italie, ces colères ont-elles des points communs avec la révolte populaire qui secoue la France depuis novembre ?

    Sans figer la réalité d’un mouvement français aux contours encore en évolution, et donc difficiles à cerner, deux phénomènes semblent jouer à plein : le rejet du monde politique traditionnel et des élites en place et, en même temps, une forte volonté d’être associé aux décisions politiques de son pays. Tentative de comparaison.

    2009, Italie : le M5S, un mouvement emmené par un nouveau leader
    Comme les gilets jaunes, les Cinq Étoiles se forment sur un rejet du système de représentation traditionnel. C’est même un prérequis pour rejoindre le mouvement italien quand il se crée formellement, à partir de 2009 : il faut n’avoir milité dans aucune organisation auparavant. « Les gilets jaunes et les Cinq Étoiles des débuts sont tous les deux contre la médiation politique ordinaire, explique le chercheur en sciences politiques spécialiste de l’Italie Christophe Bouillaud. Ils traduisent la faillite complète de la représentation politique et de la représentation syndicale telles qu’elles existaient. »

    À l’origine du M5S, on trouve également, comme chez les gilets jaunes, des groupes locaux ancrés dans un territoire. En Italie, ces résistances sont d’abord tournées contre des projets imposés par le pouvoir, potentiellement destructeurs pour l’environnement (ligne ferroviaire Lyon-Turin en val de Suse ; terminal gazier dans les Pouilles par exemple) ; elles trouvent leur débouché dans les Cinq Étoiles.

    Autre similitude : « Dans les deux pays, ces mouvements sont la conséquence de 30 ans de politique économique qui ne fonctionne pas, relève Christophe Bouillaud. Les classes moyennes s’en sortent de moins en moins bien. Et cette politique économique a été défendue par les médias dominants. » De fait, des deux côtés, on observe une méfiance vis-à-vis des médias traditionnels.

    « Il y a deux moteurs communs, renchérit Jérémy Dousson, auteur de l’ouvrage Un populisme à l’italienne ? Comprendre le Mouvement 5 Étoiles (éditions Les Petits Matins). L’idée qu’on n’est pas représenté et qu’il faut reprendre la main : les politiques ne font pas ce qu’ils ont promis parce qu’ils sont soit incompétents soit corrompus. Et l’idée que le travail ne paie pas. C’est pourquoi ce ne sont pas, à mon sens, des mouvements apolitiques mais des mouvements hyperpolitiques. » Les deux s’auto-organisent à travers une utilisation importante d’Internet et des réseaux sociaux. Dans le cas des gilets jaunes, cela se fait entre pairs, tandis que chez les Cinq Étoiles, cela se fait suivant la direction donnée par un leadership que tous reconnaissent.

    Les deux mouvements font ainsi apparaître des personnes qui n’ont jamais occupé l’espace public auparavant : des gens qui n’ont pas de vécu militant, mais aussi des femmes, dans une proportion beaucoup plus importante que dans les formes habituelles de protestation. Si le M5S aujourd’hui au pouvoir est un parti dirigé par des hommes, il a fait de cette question de la représentation des femmes un objectif politique et il s’est efforcé de présenter aux élections des listes presque paritaires, dans un pays où l’accès aux fonctions politiques est resté profondément inégalitaire. À la Chambre des députés aujourd’hui, 94 des 220 parlementaires du M5S sont des femmes. C’est le taux de représentation féminine le plus élevé de tous les groupes parlementaires italiens.

    La temporalité introduit toutefois une différence de taille entre le mouvement français et son parallèle transalpin : difficile de mettre sur un même plan d’analyse un mouvement né il y a plus de dix ans, qui s’est structuré depuis en parti politique et codirige aujourd’hui l’exécutif italien, et un mouvement qui n’a pas plus de quatre semaines d’existence. Surtout, le M5S a été, dès le départ, emmené par le comique Beppe Grillo. C’est ce qui lui a permis de se structurer, d’élaborer la transition, de résoudre les conflits. Les gilets jaunes en sont loin. « Pour l’heure, le mouvement français est complètement éclaté entre différents groupes locaux, observe Christophe Bouillaud. Sans leader, il est très peu probable qu’il parvienne à se structurer. »

    Enfin, d’un côté et de l’autre des Alpes, les mots d’ordre ne sont pas les mêmes. Au départ des Cinq Étoiles, les principales revendications portent sur la corruption du personnel politique et la préservation de l’environnement. Ce n’est que dans un deuxième temps, à partir de 2013, que le mouvement s’intéresse au pouvoir d’achat des Italiens – un positionnement qui lui ouvre la voie du succès électoral en Italie du Sud. Parallèlement, il se détourne des questions environnementales et aujourd’hui, à la tête d’un gouvernement de coalition avec l’extrême droite, le M5S a complètement abandonné ce volet.

    2011, Grèce : le mouvement des places, de la mobilisation à la solidarité
    Grèce, printemps 2011. Au pic de la crise, alors qu’un deuxième mémorandum d’austérité se prépare, la place Syntagma (place du Parlement) d’Athènes, ainsi que de nombreuses places dans différents quartiers de la métropole, est occupée. Nuit et jour, pendant plusieurs semaines, la population manifeste et se réunit en assemblées générales, à l’image des Indignés espagnols, sur un mode autogestionnaire et se revendiquant de la démocratie directe.

    Pour le professeur de philosophie politique Stathis Kouvélakis qui, à l’époque, a observé de près la mobilisation en Grèce et a pu suivre les récentes manifestations des gilets jaunes à Paris, il y a des similarités évidentes. Tout d’abord, ce sont deux mouvements sociaux qui éclatent en réaction à des politiques néolibérales destructrices : d’un côté, les mémorandums d’austérité et de l’autre, le « Blitzkrieg des réformes Macron ».

    Ils ont aussi un caractère fortement « national », avec l’omniprésence, dans les deux cas, de drapeaux nationaux. Et de la même manière, ils sont dans le rejet du système politique existant et font apparaître de nouvelles personnes dans l’espace public – des femmes, des non-syndiqués, des gens a priori peu politisés, une population d’origine sociale modeste –, jusqu’alors sous-représentées.

    Ceci dit, sociologiquement, les mouvements restent différents. « La catégorie des précaires diplômés du supérieur n’est pas trop représentée chez les gilets jaunes, relève Stathis Kouvélakis. Or elle était très présente à Syntagma. De manière générale, la participation au mouvement était beaucoup plus massive en Grèce, où la politique économique avait touché tout le monde, alors que la base sociale des gilets jaunes est plus restreinte, plus populaire, même si elle bénéficie d’un large soutien de l’opinion publique. » En Grèce, en 2011, la population faisait bloc contre les mémorandums d’austérité et l’ingérence de la Troïka, mais aussi contre une classe politique corrompue et un système clientéliste à bout de souffle.

    Autre différence : « En Grèce, l’épicentre du mouvement était dans la capitale. Il était inexistant hors des grands centres urbains, alors qu’en France, on a affaire essentiellement à un mouvement de la périphérie, Paris étant “pris” par des manifestants qui viennent d’ailleurs », note Kouvélakis.

    Le mouvement des places a-t-il eu un débouché politique en Grèce ? Sur Syntagma, le mouvement a rapidement reflué. Mais dans les quartiers, ces assemblées populaires se sont transformées en cercles locaux d’entraide, tandis que le désastre économique se poursuivait. Soupes populaires, soutien scolaire, dispensaires de soins gratuits… : de nombreux collectifs se sont montés, dont beaucoup sont toujours en activité aujourd’hui. Alors parti d’opposition de gauche radicale, Syriza a contribué au financement du réseau Solidarité pour tous, qui rassemblait nombre de ces initiatives. Mais ces assemblées de quartier ont fonctionné de manière autonome, a fortiori après l’arrivée au pouvoir de Syriza, en 2015. Cette mobilisation dans les quartiers a par ailleurs insufflé une solidarité non négligeable dans une société longtemps marquée par l’individualisme et le consumérisme.

    « Il est trop tôt pour dire ce que peuvent donner politiquement les gilets jaunes, estime Stathis Kouvélakis. Mais il est certain qu’un mouvement profond comme cela va provoquer des déplacements électoraux. De la même manière que les Grecs mobilisés en 2011, les membres des gilets jaunes se positionnent électoralement sur un axe qui va de l’extrême gauche à l’extrême droite. À Syntagma, c’était même visible dans l’espace : le haut de la place était occupé par des gens au discours nationaliste, voire d’extrême droite, tandis que le bas de la place était dominé par un discours de gauche. »

    Différentes organisations de la gauche grecque assurent alors une présence discrète, réalisant un important travail de terrain pour empêcher l’infiltration du mouvement par la droite radicale et les néonazis d’Aube dorée. « Mais à l’époque, en Grèce, tout le monde avait conscience du fait qu’un séisme s’était produit dans le système politique bipartisan et que plus rien ne serait pareil. La gauche radicale était confiante, elle sentait déjà que le vent tournait de son côté. Rien de tel ici : le paysage politique est beaucoup plus éclaté et le poids de l’extrême droite en France bien plus important. La situation est encore très fluide. »

    2016, Royaume-Uni : le Brexit révèle la colère des « left behinds »
    À première vue, les situations sont très distinctes : le mouvement des gilets français a surgi du terrain, quand la mobilisation des opposants au Brexit répond d’abord à la stratégie de partis traditionnels. Si les gilets jaunes dévoilent la crise structurelle des partis français, les Brexiters ont d’abord consacré la victoire du UKIP, la formation lancée par Nigel Farage, et des plateformes pour le Leave emmenées par des politiques professionnels.

    « Le Brexit ne s’est pas joué dans la rue, une colère s’est exprimée, qui n’a pas débouché sur un mouvement social », relève Geoffrey Pleyers, sociologue des mouvements sociaux à l’université de Louvain, en Belgique. Mais il relève, des Brexiters et du M5S italien jusqu’aux gilets jaunes, « une même remise en cause de la division droite-gauche, par des acteurs qui décident de former des coalitions stratégiques différentes ». « Ces gens font de la politique ensemble, mais ne parlent pas entre eux de politique traditionnelle, de tel ou tel parti », poursuit-il.

    La structure d’âge est assez comparable : si l’on s’appuie sur les premiers résultats d’une enquête de chercheurs relayée par Le Monde, les gilets jaunes ont en moyenne 45 ans, au-dessus de l’âge moyen de la population française, tandis que les plus jeunes, au Royaume-Uni, avaient voté massivement, à 75 %, pour le maintien dans l’Union europénne. Les gilets jaunes paraissent former un mouvement plutôt mixte, avec des femmes issues de milieux populaires aux avant-postes. En 2016, 53 % des Brexiters de 25 à 49 ans étaient des femmes (la proportion s’inversait pour les plus de 50 ans, avec plus de 60 % d’hommes).

    « Le vote pour le Brexit a été le plus fort dans les anciennes terres industrielles du nord et de l’est de l’Angleterre. De la même façon, le Mouvement Cinq Étoiles en Italie est davantage ancré dans le Sud, qui est plus pauvre. Il y a bien une tendance de fond, liée à la politique économique menée en Europe, à un âge de croissance faible et de poussée des inégalités », avance Chris Bickerton, un politologue de Cambridge, qui fut l’un des porte-voix en 2016 d’un Brexit de gauche (un Lexit, contraction de left et de Brexit).

    Les deux soulèvements semblent dessiner une géographie comparable, avec un fossé net entre des centres-ville aisés et des espaces davantage délaissés (banlieues, périurbains, ruraux). L’Angleterre a voté pour le Leave, à l’exception de Londres ou de grandes villes comme Leeds. Le Pays de Galles s’est aussi prononcé pour le divorce, à rebrousse-poil de sa capitale, Cardiff, favorable au maintien. Quant aux gilets jaunes, c’est une mobilisation des oubliés, loin des centres urbains, avec des pôles multiples sur le territoire français.

    « Ce point commun aurait à voir avec un sentiment de ras-le-bol, de désenchantement, de la part de ceux qu’on a appelés, au Royaume-Uni, des left behinds [« laissés-pour-compte » – ndlr]. Il y a donc clairement une dimension économique partagée », poursuit-il, avant de nuancer : « Mais il me semble que la crise des gilets jaunes nous dit aussi beaucoup sur la présidence Macron et, en ce sens, reste très spécifique à la France. »

    2011, Espagne : la corruption politique, source de l’indignation Le mouvement des Indignés a surgi sur des centaines de places d’Espagne le 15 mai 2011, d’où son nom de code, le « 15-M ». Dans ses rangs, des étudiants du collectif Jeunesse sans avenir côtoyaient des militants du Droit au logement ou des activistes opposés à un équivalent espagnol de la loi Hadopi. Ce mouvement, qui refusait d’être étiqueté de droite ou de gauche, plaidait pour la fin des politiques d’austérité en Espagne, dénonçait la corruption de la vie politique et critiquait le mécanisme de représentation en politique, lui préférant la démocratie directe.

    Le 15-M a connu d’innombrables mues. Après l’occupation des places, jusqu’à septembre 2011, il s’est transformé en une série de mouvements sectoriels contre les coupes budgétaires (santé, éducation, etc.) ou les expulsions immobilières. À partir de 2014, certains ont basculé, optant pour la politique institutionnelle : c’est le lancement de Podemos, mais aussi des confluences citoyennes, qui ont remporté des mairies, dont Barcelone et Madrid. Aujourd’hui, l’esprit du 15-M se retrouve encore dans les mobilisations massives pour les droits des femmes et contre les violences sexistes (le mouvement du « 8-M »).

    L’indignation du 15-M a-t-elle à voir avec la colère des gilets jaunes ? Les deux mouvements s’inscrivent dans une logique d’occupation de l’espace public : la place en Espagne, le rond-point en France. Tous deux ont révélé au grand jour la crise des organisations politiques traditionnelles, des partis aux syndicats, qui se trouvent dépassés. Ils ont pointé du doigt les limites de la démocratie représentative (« Vous ne nous représentez pas », était l’un des slogans du 15-M à l’adresse des députés). Autre point commun : jusqu’à la création de Podemos, en janvier 2014, aucun leader charismatique n’a surgi du mouvement espagnol, qui revendiquait une organisation horizontale et une multitude de porte-parole, quitte à dérouter les médias du pays.

    Le mouvement espagnol s’est également vite trouvé critiqué par des responsables politiques traditionnels, en raison du flou de ses revendications, souvent hétéroclites, d’une place à l’autre du pays. Là encore, c’est un point commun avec les gilets français, dont la nature semble évoluer selon son implantation géographique (avec une présence plus forte, semble-t-il, de militants du Rassemblement national dans le Nord et le Sud-Est, par exemple). Enfin, des deux côtés des Pyrénées, ils ont fait l’objet d’une répression policière musclée.
    La comparaison s’arrête là. Le 15-M s’est construit autour d’un discours très marqué contre la corruption en politique, que l’on ne retrouve pas dans le cas français. Inclusif, il n’a cessé de s’élargir à d’autres pans de la société frappés par la crise, au cours des premières semaines, jusqu’à l’été, quand les gilets jaunes, à ce stade, semblent davantage porter les revendications de milieux populaires malmenés par la politique économique du gouvernement français.

    https://www.mediapart.fr/journal/international/151218/les-gilets-jaunes-une-specificite-francaise?onglet=full

    #giletsjaunes #gilets_jaunes #places #mouvement_des_places #brexit #italie #espagne
    #m5s#représentation#classes_moyennes#indignés#démocratie_directe#kouvélakis#macron#précaires#ukip#mouvements#giletsjaunes#gilets_jaunes#places#mouvement_des_places#brexit#italie#espagne

  • Attaques contre #Jeremy_Corbyn (et accusations d’antisémitisme) :

    Dans le #Guardian :
    https://seenthis.net/messages/606127

    I’m ashamed at the way my party is offending Jews, says Labour MP
    Peter Walker, The Guardian, le 29 juillet 2018
    https://seenthis.net/messages/711737

    Remarks about Zionists draw official complaint against Jeremy Corbyn
    Michael Savage, The Guardian, le 26 août 2018
    https://seenthis.net/messages/717315

    Israël se cache-t-il derrière les attaques contre Jeremy Corbyn ?
    Jonathan Cook, Middle East Eye, le 30 août 2018
    https://seenthis.net/messages/716567

    Dans #Le_Monde :

    Antisémitisme : le leader travailliste britannique Jeremy Corbyn à nouveau dans la tourmente
    Eric Albert, Le Monde, le 14 août 2018
    https://seenthis.net/messages/715022

    Dans #Médiapart :

    Au Royaume-Uni, la décomposition du paysage politique se poursuit
    Ludovic Lamant, Médiapart, le 21 août 2018
    https://seenthis.net/messages/716567
    –--------------------------------------------------------
    Comment un diplomate israélien a travaillé au cœur du Parti travailliste pour mettre à mal Corbyn
    Alex MacDonald et Simon Hooper, Middle East Eye, le 9 janvier 2017
    https://seenthis.net/messages/715022

    Jeremy Corbyn appelle à une révision de la question des ventes d’armes du Royaume Uni à Israël après les morts sur la frontière de Gaza
    Jeremy Corbyn, le 10 avril 2018
    https://www.aurdip.org/jeremy-corbyn-appelle-a-une.html

    Antisémitisme. Offensive orchestrée contre Jeremy Corbyn au Royaume-Uni
    Jonathan Cook, Orient XXI, le 8 mai 2018
    https://seenthis.net/messages/692587

    The Jewish establishment’s ‘War Against Corbyn’ risks bringing real antisemitism to Britain
    Robert A. H. Cohen, Patheos, le 28 juillet 2018
    https://seenthis.net/messages/711737

    Who’s guilty of antisemitism ? Questioning Labour’s Definition Bind
    Peter Hallward, Verso, le 6 août 2018
    https://seenthis.net/messages/714306

    How Israel lobby attacked an Auschwitz survivor to smear Corbyn
    Adri Nieuwhof, Electronic Intifada, le 7 août 2018
    https://seenthis.net/messages/713760

    Jeremy Corbyn, le futur premier ministre du Royaume-Uni ?
    Gidéon Lévy, Haaretz, le 9 août 2018
    https://seenthis.net/messages/716567

    Israel Is The Real Problem
    Media Lens, le 9 août 2018
    https://seenthis.net/messages/715022

    La vérité sur la relation spéciale du Royaume-Uni avec Israël
    Mark Curtis, Middle East Eye, le 10 août 2018
    https://seenthis.net/messages/715335

    No, this Netanyahu row won’t destroy Corbyn – it will only make him stronger
    Richard Seymour, The Independent, le 14 août 2018
    https://seenthis.net/messages/715078

    Grande-Bretagne : le leader travailliste Jeremy Corbyn attaqué par Benyamin Netanyahou
    Middle East Eye, le 14 août 2018
    https://seenthis.net/messages/715022

    Anti-Semitism and Labour : Jeremy Corbyn must stop apologising and start fighting back
    Ghada Karmi, Middle East Eye, le 14 août 2018
    https://seenthis.net/messages/715022

    Netanyahu Falsely Attacks Corbyn for Laying Wreath on Palestinian Terrorist’s Grave
    Richard Silverstein, le 15 août 2018
    https://seenthis.net/messages/715022

    Jeremy Corbyn, les Palestiniens et l’antisémitisme
    Alain Gresh, Orient XXI, le 16 août 2018
    https://seenthis.net/messages/715399

    Israël se cache-t-il derrière les attaques contre Jeremy Corbyn ?
    Jonathan Cook, Middle East Eye, le 30 août 2018
    https://seenthis.net/messages/716567

    It’s time to stand up and be counted - what defending Corbyn really means
    Chris Nineham, Counterfire, le 30 août 2018
    https://seenthis.net/messages/719141

    Ken Loach appelle les Travaillistes à ne pas ‘trahir la Palestine’ en cédant aux ennemis de Corbyn
    Ben Chacko, The Morning Star, le 3 septembre 2018
    https://seenthis.net/messages/719511

    Grande-Bretagne : le Labour adopte la définition complète de l’antisémitisme
    Sonia Delesalle-Stolper, Libération, le 4 septembre 2018
    https://seenthis.net/messages/719685

    #Royaume-Uni #Grande-Bretagne #UK #Labour #Parti_Travailliste #antisémitisme #antisionisme #Palestine #censure #IHRA #recension

  • Islande : cap sur une nouvelle constitution | Mediapart

    https://www.mediapart.fr/journal/international/300911/islande-cap-sur-une-nouvelle-constitution

    Islande : cap sur une nouvelle constitution
    30 septembre 2011 Par Ludovic Lamant

    Alors que la crise oblige l’Union européenne à repenser ses institutions, les Islandais ont un coup d’avance. Après quatre mois de travaux passionnés, 25 citoyens élus ont mis un point final à un projet de constitution. Un référendum pourrait être organisé à l’automne. Nous décortiquons le texte.

    La « révolution islandaise » poursuit sa route. Après un démarrage difficile, les 25 citoyens élus en novembre 2010 pour écrire une nouvelle constitution de leur pays, ont finalement rendu leur copie dans l’été. Les 114 articles du texte, dévoilés fin juillet, et qui viennent d’être traduits en anglais (télécharger le document ici), pourraient être soumis à référendum à l’automne. « Nous, peuple d’Islande, voulons former une société juste, où tout le monde peut s’asseoir à la même table », lit-on en préambule du projet. « Nos origines diverses nous enrichissent, et nous sommes responsables, ensemble, de l’héritage des générations passées, la terre et l’histoire, la nature, la langue et la culture. »

    Cette assemblée constituante fut l’un des symboles du réveil de l’Islande, victime d’un krach en octobre 2008, lorsque les trois principales banques de l’île firent faillite la même semaine. L’Islande est passée, du jour au lendemain, du statut d’un des pays les plus riches de la planète, à celui d’un Etat en faillite, sous perfusion du Fonds monétaire international (FMI). Des manifestations d’habitants en colère ont rythmé les fins de semaine sur l’île, de novembre à janvier 2009, jusqu’à la chute du gouvernement du conservateur Geir Haarde (qui fait, depuis, l’objet d’un procès).

    L’actuelle constitution de l’Islande est un copié-collé d’une ancienne loi fondamentale du Danemark, en vigueur depuis 1944, lorsque les Islandais gagnèrent leur indépendance et cessèrent de reconnaître l’autorité du roi danois. Anachronique et vague, ce texte aurait favorisé, selon les observateurs les plus critiques, l’émergence de conflits d’intérêts entre les milieux politiques et financiers de Reykjavik, qui expliqueraient en partie l’affaissement de l’Islande en 2008. Il est vite devenu l’une des cibles des « révolutionnaires » de l’hiver 2008-2009.

    Le nouveau projet de constitution, beaucoup plus radical, a été adopté à l’unanimité des 25 membres du panel. Il est le fruit de quatre mois de travaux, menés d’avril à juillet 2011. Avec une audace : le comité a travaillé dans la transparence (sessions ouvertes au public) et proposé aux internautes, via les réseaux sociaux, d’enrichir directement le texte (du « crowdsourcing »). Le Conseil constitutionnel islandais (« Stjórnlagaráð ») a ainsi ouvert sa page Facebook (plus de 4700 « like », dans un pays de 320.000 habitants, où l’on dit que les deux tiers des habitants ont une page Facebook), mais aussi des comptes Twitter, Flickr et Youtube. Une cinquantaine d’entretiens vidéo avec des membres de l’équipe ont été mis en ligne au fil de l’avancée du texte. Les réunions du conseil, retransmises en direct sur le site, ont été suivies par 150 à 450 internautes en même temps.

    Au total, 323 propositions d’amendements du texte ont été laissées sur le site, et certaines ont été retenues. « L’intérêt que notre projet porte pour tous les types de référendums est dû, en partie, à des avis d’internautes que nous avons intégrés », raconte Thorvaldur Gylfason, un professeur d’économie à l’université d’Islande, membre du conseil constitutionnel.
    Plus de contrôle des élus

    Que dit le texte ? Il établit une démocratie parlementaire (article 1) ainsi qu’une école gratuite et obligatoire (24), garantit le droit des citoyens à l’information (15) et la protection des sources (16), interdit la destruction d’archives de l’Histoire islandaise (32) et toute destitution de la nationalité islandaise (4). Il réduit le nombre d’élus au Parlement (39), et oblige les députés à rendre publics leurs liens éventuels avec des groupes privés (50). Un vote de l’assemblée ne peut être valide que si la moitié au moins des députés est présente dans l’hémicycle (59).

    Surtout, le projet revoit de fond en comble les équilibres et contrôles qui régissent les trois pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire, ceux-là mêmes qui n’ont pas fonctionné correctement au cours des années 2000. L’assemblée peut ainsi lancer des comités d’enquête de manière plus réactive (64). Elle élit également un « auditeur général », indépendant, qui examine les finances de l’Etat (74). Conformément à ce texte, une pétition regroupant au moins 10% de l’électorat islandais suffit à organiser un référendum sur une question donnée, à l’exception des affaires budgétaires (65). Quant au président, il peut être destitué en cours de mandat : il suffit que les trois quarts des députés consentent à l’organisation d’un référendum sur la question, et que ce vote de la population se révèle positif (84).

    Les passages les plus spectaculaires concernent sans doute les mécanismes très précis de nomination des hauts fonctionnaires par le gouvernement. Il faut par exemple, lorsqu’un directeur de cabinet nomme un juge, que ce juge soit confirmé, non seulement par le président de la République, mais aussi par les deux tiers de l’assemblée. « Nous voulons en finir avec la corruption et le secret, et avons multiplié les mécanismes de contrôle entre les pouvoirs », estime Thorvaldur Gylfason.

    Autre point saillant du texte : aucune des terres et ressources naturelles qui ne sont pas, aujourd’hui, propriété privée, ne peuvent être vendues de manière définitive (article 34). Mais le gouvernement peut accorder des permis d’exploitation, pour une « durée raisonnable ». Le sujet est extrêmement sensible en Islande. En 2009 et 2010, la chanteuse Björk s’était lancée, en vain, dans une croisade contre le rachat par le canadien Magma d’une partie des capacités thermiques de l’île. Ces jours-ci, c’est le projet d’achat, par un homme d’affaires chinois, d’un terrain de 300 kilomètres carrés dans le nord-est sauvage de l’archipel, qui fait polémique. Ce projet de constitution, s’il était adopté, pourrait compliquer la transaction, chiffrée à 69 millions d’euros.

    Reste à savoir ce que décidera de faire de ce texte ambitieux l’Althingh, le Parlement islandais, dont les travaux ont repris vendredi 1er octobre. Va-t-il accepter de soumettre le projet en l’état par référendum ? Les élus vont-ils, au préalable, vouloir modifier les passages les plus gênants du texte à leurs yeux, quitte à l’affadir ? C’est tout l’enjeu des jours à venir. A minima, le texte devrait faire l’objet d’un débat au parlement, lors d’une séance d’octobre, dont on ignore encore la date.

    Il existe un scénario catastrophe, et pas totalement exclu, vu les pressions politiques qui ont pesé sur la constituante depuis sa formation – que le Parlement enterre ce texte après cette simple journée de discussions.

    #islande

  • « En Islande, les mobilisations se font aussi sur des enjeux éthiques » | Mediapart

    https://www.mediapart.fr/journal/international/081016/en-islande-les-mobilisations-se-font-aussi-sur-des-enjeux-ethiques?onglet=

    « En Islande, les mobilisations se font aussi sur des enjeux éthiques »
    8 octobre 2016 Par Ludovic Lamant

    L’avocate Katrín Oddsdóttir a participé en 2011 à l’écriture d’une nouvelle constitution pour l’Islande. Dans un entretien à Mediapart, elle revient sur les enjeux des législatives du 29 octobre sur l’île, après la crise ouverte par la publication des Panama papers

    La publication en avril 2016 des Panama papers, et la démission du premier ministre conservateur qui s’est ensuivie, ont rouvert en Islande une fenêtre d’opportunité : le projet de constitution que 25 citoyens de l’île avaient rédigé en 2011, longtemps bloqué par la droite, pourrait bien finir par être ratifié.
    Katrín Oddsdóttir © DE. Katrín Oddsdóttir © DE.
    C’est en tout cas ce que veut croire Katrín Oddsdóttir, une avocate islandaise de 39 ans qui fut l’un des membres de cette expérience inédite, devenue un modèle de démocratie participative aux yeux du monde entier (lire notre reportage à Reykjavík en 2011 ici et le décryptage du texte final là).

    À l’approche des élections législatives anticipées du 29 octobre sur l’île, l’activiste revient, dans un entretien à Mediapart, sur l’héritage de la « révolution des casseroles » de 2008, l’ascension du parti pirate emmené par la poétesse Birgitta Jónsdóttir, mais aussi sur la pertinence des batailles constitutionnelles, de la Catalogne à l’Écosse, pour sortir l’Europe du marasme.

    La constitution que vous avez corédigée en 2011 a-t-elle encore une chance d’être adoptée ?
    Elle a bien plus qu’une chance. Je suis sûre à 99 % qu’elle va finir par être adoptée. Je n’ai pas toujours été aussi optimiste, mais là, avec la réaction citoyenne déclenchée par la publication des Panama papers, et l’exigence d’une démocratie plus forte en Islande qui s’est exprimée, j’ai repris espoir.

    La grande nouveauté, à l’approche des législatives, c’est que les partis d’opposition actuels, qui avaient un peu abandonné le combat constitutionnel, reprennent de la force. Et ils sont unis sur le sujet de la constitution. Ils disent désormais : quel que soit le parti au pouvoir après les législatives, nous nous engageons à finir le boulot au sein du parlement [c’est-à-dire une ratification parlementaire – ndlr]. La leçon, c’est qu’on ne peut pas bloquer indéfiniment la démocratie.

    Faites-vous un lien entre la « révolution des casseroles » après le krach de 2008, les mobilisations autour du processus d’adhésion de l’Islande à l’UE ces dernières années et, enfin, les manifestations d’avril 2016, en réaction à la publication des Panama papers ?
    Oui, tout cela est relié. C’est l’histoire d’un réveil. Comme lorsque vous êtes longtemps resté endormi, et que vous vous réveillez progressivement. Quand vous comprenez, en tant que nation, que vous pouvez obtenir des choses – par exemple des élections anticipées – lorsque vous vous mobilisez, on ne peut plus vous le retirer. La nation islandaise a changé à jamais, il y a un avant et un après le krach [de 2008 – ndlr]. Nous avons pris l’habitude de nous retrouver sur la place [face au parlement – ndlr] pour exiger des changements immédiats.

    Les mobilisations après les Panama papers ont rassemblé 26 000 personnes en 24 heures [sur une population de 320 000 habitants – ndlr]. Pour certains observateurs, cela en fait la protestation la plus massive à l’échelle du monde entier, si on la rapporte à la population totale. Quoi qu’il en soit, cette mobilisation s’est faite sur des enjeux éthiques, et c’était nouveau.

    Ces mobilisations ont-elles été déclenchées parce que le premier ministre Sigmundur Davíð Gunnlaugsson ne payait pas l’intégralité de ses impôts en Islande ou parce qu’il a menti à la télévision sur la réalité de ses avoirs à l’étranger ?
    Les deux. Mais dans les deux cas, ce sont des questions éthiques. Auparavant, les gens se mobilisaient parce qu’ils avaient faim, ou alors parce qu’ils voulaient des logements sociaux pour les étudiants, pour défendre leurs propres intérêts. Bref, quelque chose de concret, en réaction à une injustice flagrante. Cette fois, l’injustice est toujours présente, mais les choses se posent de manière plus complexe. Les manifestants, en avril dernier, disaient : on ne veut plus de ces comportements, même s’ils ne sont pas en soi illégaux.

    Manifestation pour la démission du premier ministre islandais le 5 avril 2016 à Reykjavik © Stigtryggur Johannsson / Reuters. Manifestation pour la démission du premier ministre islandais le 5 avril 2016 à Reykjavik © Stigtryggur Johannsson / Reuters.
    Quels sont les partis d’opposition dont vous avez parlé, qui sont favorables à la nouvelle constitution ?
    Le parti pirate, mais aussi l’Alliance sociale-démocrate, la Gauche verte et Avenir radieux [un parti créé en 2011, que les sondages annoncent aujourd’hui très bas – ndlr]. Mais les Pirates sont les seuls à avoir dit qu’ils feraient tout pour adopter cette constitution immédiatement après les élections : c’est pour cela que je les soutiens.

    Les autres partis soutiennent le principe, mais n’en font pas une priorité ?
    Oui. Les Pirates sont les plus grands défenseurs d’un changement constitutionnel. Et c’est pour cela, en partie, qu’ils sont devenus si populaires. Ils ont grimpé jusqu’à 33 % d’intentions de vote cette année, même s’ils ne sont plus aussi hauts aujourd’hui. Du coup, les autres formations se sont adaptées, elles ont compris que les citoyens voulaient du neuf, et surtout d’autres manières de faire de la politique. Je ne suis pas certaine que les citoyens vont oser, une fois dans l’isoloir, faire le grand saut et voter pour le parti pirate.

    De vifs débats sur la stratégie du parti pirate ont opposé deux députés, Birgitta Jónsdóttir et Helgi Hrafn Gunnarsson. Pouvez-vous nous en dire plus ?
    Après les dernières législatives, le parlement a formé un comité sur les questions constitutionnelles. Il s’est réuni une cinquantaine de fois, pour proposer en tout et pour tout les modifications de trois articles de notre projet constitutionnel. Chaque fois, cela tirait le projet vers le bas, par exemple pour la défense des biens naturels. Face à cela, le parti pirate était divisé. Pour Birgitta, il fallait appliquer l’ensemble de la constitution originelle, tandis que Helgi Hrafn Gunnarsson s’est montré plus pragmatique, sur le mode : c’est toujours mieux que rien, analysons tout de même le texte. Ils ont fini par voter en interne, et rejeter le texte révisé.

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    Il existe aussi un débat sur la durée du mandat, en cas de victoire des Pirates aux législatives. Birgitta Jónsdóttir plaide pour une législature brève, visant à changer le cadre institutionnel, avant de provoquer de nouvelles élections anticipées. Tandis que Helgi Hrafn Gunnarsson défend une approche plus « gouvernementale », sur la durée, des Pirates au pouvoir…
    Oui, mais ce débat a baissé en intensité ces derniers temps. Ils défendent désormais tous ensemble cinq priorités : l’adoption de la nouvelle constitution, une redistribution des richesses tirées de l’exploitation des ressources naturelles, le retour à un système de soins gratuits pour tous, la lutte contre la corruption, et davantage de transparence dans la vie publique [ils plaident aussi pour un revenu universel garanti – ndlr]. Et tout cela, ils ne pourront pas le faire en un an.

    Quel regard portez-vous sur les crises de l’Union européenne ? Les batailles constitutionnelles sont-elles l’une des clés, comme en Islande, du renouveau des mouvements sociaux sur le continent ?
    La question constitutionnelle a toujours été un levier pertinent pour les mouvements sociaux. À ce sujet, je suis de près ce qu’il se passe en Écosse et en Catalogne, où des citoyens cherchent à reformuler le contrat social qui les lie à l’État. On peut revenir à Rousseau : chacun d’entre nous à l’origine est libre, mais nous acceptons de céder un peu de cette liberté dans le cadre du pacte social, pour vivre ensemble, et surtout être protégés. À partir du moment où cette protection se transforme en quelque chose d’autre, et que notre richesse collective est exploitée au profit du « 1 % » le plus riche de la population, alors que d’autres galèrent, ou vivent dans la rue, tout cela ne marche plus.

    Il faut repenser la relation entre citoyens et État. Il faut donc avoir le droit d’écrire un nouveau contrat. Dans le cas de l’Islande, la difficulté, c’est que nous devons écrire ce nouveau contrat par la voie légale, c’est-à-dire conformément à l’ancien contrat [qui prévoit un parcours de ratification très complexe – ndlr]. Résultat, cette constitution est très difficile à faire adopter. Mais d’autres nations, ailleurs en Europe, pourraient le faire de manière plus simple.

    Sur un plan plus personnel, quelle leçon avez-vous tirée de votre participation à l’écriture de cette constitution, qui est désormais présentée comme un modèle de démocratie participative partout dans le monde ?
    J’ai retenu deux leçons. D’abord, la plupart des gens qui se disent démocrates, et qui vantent les vertus de la démocratie à longueur de journée, ne le pensent pas forcément au fond d’eux. Deuxièmement, j’ai découvert une nouvelle méthode politique, pour parvenir à des consensus. En général, dans une démocratie, je pense A, tu penses B, on s’oppose l’un à l’autre, et à la fin, je gagne ou c’est toi qui gagnes. C’est déprimant de s’y prendre de la sorte, mais c’est comme cela que la démocratie fonctionne presque partout dans le monde : la majorité écrase les minorités. On est quasiment dans un état de guerre, à cet égard.

    Or, il est possible de s’y prendre autrement. Je te dis vers où je veux aller, tu me dis vers où tu veux aller, on se parle, encore et encore, jusqu’à atteindre un point C, qui sera meilleur que les points A et B. C’est ce que l’on a fait pour écrire cette nouvelle constitution. De ce point de vue, le Brexit est vraiment une manière stupide de pratiquer la démocratie directe, en exigeant de répondre « oui » ou « non » à une question si complexe, sans s’assurer, en amont, que les citoyens aient pu s’informer à égalité du contexte.

    #islande

  • Occuper les institutions. Expériences espagnoles, par Ludovic Lamant (automne 2017)
    http://www.vacarme.org/article3063.html

    De l’assemblée de quartier à la gestion de grandes villes régionales. Six ans après le mouvement du 15‑M, les « mairies du changement » espagnoles ne renoncent pas à l’ancrage local, qu’elles cultivent par culture politique ou fidélité à leurs idéaux « indignés ». Elles mêlent les échelles (locale, nationale, européenne, internationale) et donnent de la voix là où on ne les attend pas : sur la dette publique, les questions migratoires, l’idéologie de la peur. En alternative vivante, et bruyante.

    #Mouvement_des_indignés #15-M #Localisme

  • Squatter le pouvoir. Les mairies rebelles d’#Espagne

    Et si c’était dans les #villes que l’Europe sociale voyait le jour ? Si c’étaient les maires qui faisaient advenir le projet de communauté défiguré par les banques, la troïka et de médiocres économistes ? Voilà l’un des espoirs que nous donne l’Espagne d’aujourd’hui. Loin du marasme austéritaire et cravaté, des mairies indignées et rebelles ont surgi dans des dizaines de villes, dont #Barcelone et #Madrid. Malgré les promesses de #Podemos, la politique nationale espagnole bégaie. Mais à l’échelle municipale, des figures fortes et charismatiques, comme l’ancienne squatteuse #Ada_Colau et la juge antifranquiste #Manuela_Carmena, explorent de nouvelles façons de faire de la politique.

    Ludovic Lamant a rencontré des dizaines de femmes et hommes des marées citoyennes qui ont déferlé sur la péninsule ibérique. Alternant témoignages, reportage et analyse politique, il remonte aux origines politiques, historiques et sociales du phénomène et en propose un premier bilan. Portrait de plateformes citoyennes inédites en Europe, ce récit d’un soulèvement qui perdure se révèle être aussi une boîte à idées pour les mouvements de défense des communs ailleurs dans le monde.


    https://www.luxediteur.com/catalogue/squatter-le-pouvoir

    #livre #résistance #rébellion #urban_matter

    Une recension du livre est proposé dans le dernier numéro de @lacite

  • Aujourd’hui en librairie : Squatter le pouvoir de Ludovic Lamant

    Et si c’était dans les villes que l’Europe sociale voyait le jour ? Si c’étaient les maires qui faisaient advenir le projet de communauté défiguré par les banques, la troïka et de médiocres économistes ? Voilà l’un des espoirs que nous donne l’Espagne d’aujourd’hui. Loin du marasme austéritaire et cravaté, des mairies indignées et rebelles ont surgi dans des dizaines de villes, dont Barcelone et Madrid. Malgré les promesses de Podemos, la politique nationale espagnole bégaie. Mais à l’échelle municipale, des figures fortes et charismatiques, comme l’ancienne squatteuse Ada Colau et la juge antifranquiste Manuela Carmena, explorent de nouvelles façons de faire de la politique.

    Ludovic Lamant a rencontré des dizaines de femmes et hommes des marées citoyennes qui ont déferlé sur la péninsule ibérique. Alternant témoignages, reportage et analyse politique, il remonte aux origines politiques, historiques et sociales du phénomène et en propose un premier bilan. Portrait de plateformes citoyennes inédites en Europe, ce récit d’un soulèvement qui perdure se révèle être aussi une boîte à idées pour les mouvements de défense des communs ailleurs dans le monde.

    https://www.luxediteur.com/catalogue/squatter-le-pouvoir

    #Espagne #Ada_Colau #Podemos #Ludovic_Lamant #municipalisme #15-M #indignés

  • Rappel des faits :
    –Islande, 2008, crise financière, grosses manifestations
    –Parmi les diverses initiatives militantes, la demande d’une nouvelle constitution, écrite par les citoyens
    –Après un moment d’hésitation, le Parlement accepte qu’un processus soit lancé :
    1) 1000 personnes sont choisies au hasard
    2) ces personnes définissent les valeurs de la nouvelle constitution
    3) 25 personnes sont élues pour faire un premier jet de constitution respectant ces valeurs
    4) pendant 4 mois, ces personnes rédigent une constitution, tout en consultant et en demandant conseil au reste de l’Islande et au reste du monde (via facebook !)
    –Ensuite, en 2012, le parlement fait voter ce texte qui est approuvé aux deux tiers !

    Et depuis ? Rien ! Cette constitution n’a toujours pas été adoptée...

    Existe-t-il une exception démocratique islandaise ?
    https://seenthis.net/messages/485325

    En 2016, nouveau scandale financier : le premier ministre est mêlé à l’affaire des Panama Papers et démissionne.

    « En #Islande, les mobilisations se font aussi sur des enjeux éthiques »
    https://seenthis.net/messages/531590

    De nouvelles élections legislatives sont prévues et un nouveau mouvement, entièrement indépendant des politiciens et des partis politiques, fait pression pour que les candidats qui se présentent s’engagent à faire ratifier la nouvelle constitution.
    Leur nouveau mot d’ordre : Can You Hear Us ?

    https://www.youtube.com/watch?v=JC0mZnJFhUg


    https://canyouhearus.is

    #Islande #Constitution #Démocratie #CanYouHearUs
    #recension

  • Le pari manqué de #Podemos
    https://www.mediapart.fr/journal/international/260616/le-pari-manque-de-podemos

    Vidéo accessible dans l’article. Les #élections_législatives de dimanche en #Espagne ont débouché sur un résultat assez proche de celui du scrutin de décembre dernier : le Parti populaire (PP, droite) est arrivé une nouvelle fois en tête, mais reste loin de la majorité absolue, tandis que le Parti socialiste (PSOE) conserve sa deuxième position que l’alliance anti-austérité Unidos Podemos espérait lui ravir. Avec Edwy Plenel, Ludovic Lamant, envoyé spécial à Madrid et Amélie Poinssot (Mediapart).

    #International

  • En #Belgique, « Médor » promet du journalisme indépendant « pétri à la main »
    https://www.mediapart.fr/journal/audio/en-belgique-medor-promet-du-journalisme-independant-petri-la-main

    Aujourd’hui, Arnaud Romain lit l’article de Ludovic Lamant : En Belgique, « Médor » promet du journalisme indépendant « pétri à la main »,

    #Enquête #laboratoire_pharmaceutique #Liberté_d'expression #media #médias #Médor #presse

  • Pour un salaire minimum en Europe
    Mediapart 18 AOÛT 2014 | PAR LUDOVIC LAMANT
    http://www.mediapart.fr/journal/international/180814/pour-un-salaire-minimum-en-europe?onglet=full

    Il s’y est engagé le 15 juillet, devant les parlementaires réunis à Strasbourg : « Nous mettrons en place un salaire minimum social (pour) tous les pays de l’#Union_européenne. » Ce jour-là, le candidat Jean-Claude Juncker obtenait la confiance d’une majorité des eurodéputés pour devenir le prochain président de la commission européenne, en ayant pris soin de donner quelques gages aux sociaux-démocrates présents dans l’hémicycle.

    Le conservateur luxembourgeois, successeur de José Manuel Barroso à partir de novembre, tiendra-t-il parole ? L’Europe se risquerait-elle, enfin, à investir haut et fort un terrain social qu’elle semble avoir déserté depuis longtemps – et d’autant plus depuis l’éclatement de la crise en 2008 ? Un #salaire_minimum européen pourrait freiner le « dumping social » dévastateur à travers le continent. Et obligerait aussi à relever les salaires les plus bas, au sein de certains des pays les plus dynamiques de l’UE, à commencer par l’Allemagne, avec des effets vertueux pour l’ensemble de la région...

    Sur le papier, l’opération a de quoi séduire. Mais elle est loin d’être gagnée. Si l’on s’en tient aux traités, et à l’article 153 en particulier, l’Union n’a rien à dire sur le niveau de rémunération des travailleurs : c’est une compétence exclusive des États membres.

    À peine l’Europe peut-elle « soutenir et compléter » l’action des capitales en matière de #sécurité au travail, de sécurité sociale ou de protection des travailleurs (c’est en partie ce qu’elle a tenté, avec la révision de la directive sur les travailleurs détachés, qui a abouti l’an dernier). Mais mettre en chantier une directive qui instaurerait un #salaire_minimum européen serait tout simplement contraire aux traités.

    #travail #austérité

  • Accord transatlantique : l’aveu US (TTIP, TAFTA, GMT) = le résumé vérité
    http://www.brujitafr.fr/article-accord-transatlantique-l-aveu-us-ttip-tafta-gmt-le-resume-verite-1

    Les parlements nationaux ne seront pas consultés sur la ratification du traité transatlantique Quelles réjouissances nous réserve le traité transatlantique ? Ludovic Lamant expose l’enjeu des prochaines élections européennes : Le piège caché de l’accord de libre-échange #EUROPE Etats-Unis. Newt Gringrich, homme politique républicain conservateur US très important, révèle l’importance des élections européennes dans une interview à Euronews : “Je ne pense pas qu’il y ait un nouvel ordre mondial, a répondu Newt Gingrich. Il y a une technologie mondiale qui émerge et il y a une économie mondiale, mais je pense que les hommes politiques et les gouvernements sont complètement dépassés. Vous verrez davantage de (...)

  • Crise de la dette : La troïka au bord de l’implosion | Presseurop.eu : actualités Europe, cartoons et revues de presse
    http://www.presseurop.eu/fr/content/article/4240631-la-troika-au-bord-de-l-implosion

    http://www.presseurop.eu/files/images/article/papavassileou-troikq.gif?1381940652

    Les désaccords entre la Commission européenne et le FMI sur la manière d’en finir avec la crise de la dette en Europe ne cessent de s’amplifier. Au point qu’à Bruxelles, on commence à envisger doucement son démantèlement.

    Ludovic Lamant
    Les “hommes en noir” de la Troïka sont en instance de divorce. Trois ans après sa création, hors de tout cadre juridique prévu par les traités européens, cet organe à trois têtes, censé piloter les programmes de réforme des pays menacés de faillite au sein de la zone euro, est parcouru de vives tensions. A tel point qu’à Bruxelles, le débat sur l’après-Troïka est lancé.

    Mise sur pied à l’occasion du “sauvetage” de la Grèce en mai 2010, l’impopulaire Troïka travaille aujourd’hui avec les gouvernements de trois autres États membres de la zone euro : le Portugal, l’Irlande et Chypre. C’est elle qui établit la liste des économies, réformes structurelles et autres privatisations qu’un pays doit s’engager à réaliser, s’il veut obtenir, en l’échange, un mégaprêt pour lui éviter le défaut. Le FMI fournit également des conseils aux Européens sur la réforme du secteur bancaire espagnol.

    En trois ans, cette structure au fonctionnement opaque est devenue le symbole d’une gestion autoritaire de la crise, où des capitales de la zone euro se trouvent mises au pied du mur, contraintes pour éviter la faillite à réaliser des réformes rejetées par bon nombre de citoyens.

    En toute logique, cette Troïka se dissoudra quand les plans d’aide (les bail-out) seront arrivés à terme. Par exemple à l’horizon 2016 pour Chypre, si l’on en croit les échéances officielles. Problème : sur le terrain, l’embellie semble encore fragile (Irlande), voire carrément inexistante (Grèce). D’autres mégaprêts pourraient donc être nécessaires et faire durer le supplice. Les Européens et le FMI devraient discuter, cette fin de semaine à Washington, d’une nouvelle enveloppe d’aide à la Grèce.

    #troïka
    #dette
    #FMI