person:matthieu amiech

  • Tribune de #Matthieu_Amiech dans le journal Le Monde

    Matthieu Amiech : « Ce discours ne veut souvent plus entendre parler de la question sociale »

    http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2016/10/01/matthieu-amiech-ce-discours-ne-veut-souvent-plus-entendre-parler-de-

    Dans la version papier, parue sous le titre :

    Contre l’islamisme, ni "Causeur" ni "crieur"

    Attentat après attentat, polémique après rixe, provocation islamiste après mesure politicienne jetant de l’huile sur le feu, la société française encaisse et digère tant bien que mal. La paix civile plie mais ne rompt pas, ou plutôt, elle est régulièrement rompue mais pas submergée de toutes parts. Difficile de savoir quels sentiments et quels partis pris dominent dans les populations, mais l’accablement et l’aveuglement y ont visiblement une part importante.

    Un des aspects les plus frappants et problématiques de la situation est la polarisation idéologique qu’elle entraîne : il est, ou il semble, de plus en plus difficile de prendre acte que des forces organisées ont déclaré la guerre à la société française (et au-delà, européenne), tout en critiquant l’état d’urgence indéfiniment prorogé.
    Il est, ou il semble, de plus en plus rare de trouver des positions qui condamnent le colonialisme et ses prolongements contemporains dans le capitalisme prédateur, tout en rejetant la réislamisation récente des sociétés arabes et africaines comme une régression qui n’était nullement inscrite par avance dans leur destin politique et culturel. Il devient, ou il semble devenir, incompatible de se préoccuper de la situation des Maghrébins en France du fait des regards soupçonneux qui pèsent sur eux (et elles), et de s’inquiéter (pour les Maghrébins et pour tous les autres) de l’emprise croissante des normes religieuses sur certains milieux.
    Il suffit d’énoncer ces supposées oppositions pour constater qu’elles n’en sont pas, et il est d’ailleurs possible que bien des gens de différents milieux sociaux articulent assez « naturellement » ces opinions. Mais dans le débat politique et intellectuel, elles sont le plus souvent mises en tension, voire en contradiction frontale.
    Les deux discours les plus présents et saillants dans le débat d’opinion jouent un rôle important dans cette opposition artificielle et stérilisante : celui des « républicains fervents et martiaux » qui rejouent ad nauseam la patrie en danger (Valmy, 1792) et l’appel du général de Gaulle (Londres, 1940), autour entre autres du magazine d’Elisabeth Lévy où Alain Finkielkraut tient une chronique, Causeur ; et celui des « amis des musulmans » qui font de la lutte contre l’islamophobie le refuge de l’esprit frondeur et le point de ralliement pour la critique du capitalisme (cf. les livres des éditions La Fabrique, ou La Revue du Crieur publiée par La Découverte et Mediapart, dirigé par Edwy Plenel). Ces deux positions sont aussi incomplètes et de mauvaise foi l’une que l’autre.
    D’un côté, une partie de la gauche et des milieux anticapitalistes refuse de considérer ce qu’il y a de neuf dans la séquence historique où nous sommes entrés en janvier 2015 (ouverte en réalité, sans que ce soit clair sur le moment, par les meurtres de Mohamed Merah en mars 2012).
    Elle continue de penser qu’elle défend les Français d’origine arabe ou africaine en légitimant les surenchères identitaires à caractère religieux, et en disqualifiant comme xénophobes les appels à confiner l’expression de la foi musulmane dans la sphère privée. Elle s’arc-boute sur l’idée surréaliste que le terrorisme djihadiste n’aurait rien à voir avec la religion.
    Après avoir insisté sur les racines socio-économiques et géopolitiques de ces actes de guerre (et Dieu sait qu’il y en a), elle est tentée d’interpréter la multiplication d’attaques plus ou moins meurtrières en Europe, cet été, comme de simples expressions de malaises psychiques extrêmes.
    Ce type de discours vise, contre toute évidence, à relativiser la réalité d’un mouvement d’extrême droite religieuse en plein essor à l’échelle du monde, à euphémiser ses crimes et à nier qu’il a une stratégie, alors même que celle-ci est intelligente et fonctionne assez bien. La dimension de conquête des esprits et des territoires, centrale dans la démarche du « califat » d’Al-Baghdadi, échappe en grande partie à la grille de lecture « gauchiste » pour laquelle il est quasi inconcevable de s’inquiéter d’autre chose que des manœuvres des grandes puissances et des classes dominantes occidentales.
    Dans cette perspective, dénoncer (à juste titre) la violence policière ordinaire et raciste dont sont victimes les « jeunes de banlieue » depuis des décennies ne laisse pas de place pour dénoncer aussi l’adhésion d’une frange de cette jeunesse à un projet de type fasciste ces dernières années.
    De l’autre côté, un pôle d’opinion républicain-patriote s’est formé, regroupant des personnes venant de tout l’échiquier politique mais plutôt ancré à droite. De ce pôle émane un discours relativement lucide sur le péril islamiste, la volonté de sécession d’une fraction des musulmans et la nécessité d’un front le plus large possible pour faire barrage aux revendications identitaires risquant d’aboutir à la dislocation de la société.
    Les accents robespierristes ou churchilliens de certaines harangues, dans Marianne ou Causeur, peuvent paraître à la hauteur d’une situation gravissime, mais ils traduisent aussi (avant tout ?) l’envie de simplifier la situation – si seulement cela pouvait ressembler à une bonne vieille guerre, qu’on gagne ou qu’on perd ! Alors que la crise et le conflit que nous vivons se caractérisent précisément par l’impossibilité de définir et identifier clairement les ennemis de la concorde civile, et la difficulté de savoir comment les isoler, comment leur répondre fermement et intelligemment.
    Jamais ne figure l’idée de restreindre l’usage d’Internet
    Ce discours républicain-patriote ne veut pas entendre parler du problème grave que pose une police accusée plusieurs fois par an de tuer des personnes issues de l’immigration récente pendant son service ordinaire (Voir le livre Permis de tuer, publié par le collectif Angles morts aux éditions Syllepse en 2014), et qui cogne avec peu de retenue sur les participants aux mouvements sociaux (manifestations contre la loi travail, ZAD, opposition au nucléaire).
    Ce discours ne veut souvent pas plus entendre parler de la question sociale – quand il n’affirme pas carrément la volonté de profiter de la guerre en cours pour éradiquer la critique du capitalisme et de l’Etat (Cf. l’interview de Pascal Bruckner dans Le Figaro du 15 juillet, « Mener la guerre à l’intérieur de façon préventive »).
    Or, comment peut-on penser la situation internationale et intérieure où nous nous trouvons sans prendre en compte la place du pétrole dans notre civilisation industrielle, le creusement vertigineux des inégalités sociales en Occident depuis trente-cinq ans, la perte de liens et de sens engendrée par le consumérisme et la marchandisation de tous les pans de la vie sociale ? Comment peut-on imaginer sortir de l’impasse actuelle sans un projet de réfection complète de la société, qui implique en premier lieu d’arrêter sa destruction méthodique par les lois de type « Macron » ou « travail », les traités de type Tafta et autres pactes de stabilité, qui précarisent et marchandisent toujours plus ?
    Une société dont les institutions et les entreprises encouragent la mise en concurrence féroce de tous et l’abêtissement général par l’entertainment est une société qui n’est pas en mesure de se défendre contre la barbarie « smart » de Daech [acronyme arabe de l’organisation Etat islamique].
    Les néochurchilliens se piquent en général de ne répondre à cette barbarie que par des mesures répressives. Mais il est amusant de constater que jamais ne figure dans leur catalogue de propositions, plus ou moins réalistes et constitutionnelles, l’idée de restreindre l’usage d’Internet.
    La propagation du point de vue et des mots d’ordre de Daech en Occident signe pourtant l’échec fracassant de la fameuse société de l’information, sur laquelle faucons de droite et colombes de gauche tablaient il y a quinze ans – les uns pour asseoir solidement leur ordre mondial injuste et prédateur, les autres pour relier les opprimés du monde entier, élever le niveau d’intelligence collective et fomenter la révolte contre l’empire capitaliste.
    L’emprise d’Internet sur la vie sociale produit en fait un désastre humain et politique, dont l’essor de l’islamisme est un des aspects les plus brutaux – et le succès du jeu Pokemon Go la dernière illustration risible en date. Mais qui songe à couper le robinet par lequel circulent la propagande djihadiste, les vidéos sanguinaires et les appels quotidiens à tuer des mécréants ?
    Paradoxes coutumiers de notre société industrielle avancée
    Quel crédit accorder à des politiciens et des intellectuels qui se disent sans cesse « prêts à tout pour gagner cette guerre », alors qu’ils n’envisagent pas un instant d’empêcher la logorrhée de Daech de se déverser dans les foyers et les téléphones de ses followers ?
    Que cela pose quelques difficultés techniques est bien probable, mais peut-être est-ce un des endroits où il y aurait sens à faire preuve de volontarisme, plutôt que sur les plages. Sans doute est-ce difficile, d’abord parce que cela perturberait le cours normal des affaires ainsi que les petites habitudes de vie de tout le monde. On retrouve là les paradoxes coutumiers de notre société industrielle avancée, parfaitement renseignée sur les périls qui la minent, mais profondément réticente à mettre en cause les commodités qui donnent à ses habitants des gages (temporaires) de confort, l’apparence de la toute-puissance et l’illusion de la liberté.

    Matthieu Amiech est l’un des auteurs du groupe Marcuse, qui a publié en 2013 « La Liberté dans le coma. Essai sur l’identification électronique et les motifs de s’y opposer » (La Lenteur).

    #critique_techno, #extrême_droite

  • COP21 : les écrans d’ordinateurs sont aussi de grands responsables du réchauffement climatique

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/12/10/cop21-les-ecrans-d-ordinateurs-sont-aussi-de-grands-responsables-du-rechauff

    Par Matthieu Amiech, Aurélien Berlan, Célia Izoard.

    Groupe Mouvement Autonome de Résistance Critique à l’Usage des Survivants de l’Économie (MARCUSE).

    Ainsi, la réflexion sur l’énergie qu’est censée susciter la conférence de Paris élude le problème fondamental de la croissance incessante des quantités d’énergie dépensées dans notre société de surproduction, entre autres du fait des TIC depuis 15 ans. Dans les années 1970, lors du premier choc pétrolier, on avait entendu jusque dans la bouche de hauts responsables politiques des appels à modérer les besoins, individuels et collectifs, en énergie. Mais depuis le début de la deuxième alarme écologique, dans les années 2000, cette nécessité de bon sens n’est jamais évoquée, fût-ce pour le quinquennat Hollande aura sans surprise été marqué par la poursuite de cette fuite en avant technoproductiviste. Il aura surtout été marqué par une hausse du niveau de violence contre les groupes qui s’opposent concrètement à cette fuite.

  • Santé au travail : On achève bien les prolos
    Par Matthieu Amiech
    http://cqfd-journal.org/Sante-au-travail-On-acheve-bien

    En refermant ce livre terrible, on a l’étrange impression que la classe ouvrière n’a pas seulement été vaincue politiquement et effacée symboliquement, comme nous l’expliquent habituellement la critique sociale et la sociologie « engagée ». Elle a aussi, dans une certaine mesure, été éliminée physiquement. Assassinée, quoi.

  • Matthieu Amiech, Sauver la recherche, ou la subvertir ?
    https://sniadecki.wordpress.com/2015/07/05/amiech-subvertir

    Deux petits articles récents d’Amiech sur le mouvement Sauvons la recherche et sa suite Sciences en marche publiés dans @cqfd et compilés là chez @tranbert.

    C’est à l’aune de cette cohérence et de cette audace qu’on peut mesurer le caractère scélérat du mouvement pro-capitaliste Sauvons la Recherche, en France au début des années 2000, comme de son hoquet récent, « Sciences en marche ».

    On les trouve aussi ici sur le site d’@cqfd :
    http://cqfd-journal.org/Sauver-la-recherche-ou-la
    et
    http://cqfd-journal.org/Ils-savent-y-faire-ces-savants

    #Matthieu_Amiech #Sauvons_la_recherche #Sciences_en_marche #critique_techno #science #recherche #capitalisme #Marcuse #histoire #années_60

  • Qui veut la peau des ZAD ?

    Célia Izoard et Matthieu Amiech

    http://lavoiedujaguar.net/Qui-veut-la-peau-des-ZAD

    Était-ce de l’ironie ? Le 6 mars, jour même où la zone à défendre (ZAD) de la forêt de Sivens a été une nouvelle fois évacuée par la police, Manuel Valls s’est inquiété du « silence de la société et des intellectuels » devant la montée de l’extrême droite (cf. Le Monde du 7 mars). Vue du Tarn, où les opposants à la construction du barrage de Sivens ont été pendant tout le mois de février confrontés à des pratiques d’inspiration fasciste, la déclaration du premier ministre apparaît comme une insolente provocation. Car c’est bien sur une frange de l’extrême droite que son gouvernement s’est appuyé pour affaiblir la lutte contre le projet de barrage et faciliter l’évacuation de la ZAD du Testet. Pour rendre intelligible cette affirmation, un bref retour sur des faits peu médiatisés est nécessaire.

    À partir du week-end du 31 janvier 2015, de petits groupes d’hommes commencent à bloquer l’accès de la ZAD à tous ceux qui veulent s’y rendre. Pour couper le contact entre les zadistes et leurs nombreux soutiens dans la région, ces groupes n’y vont pas de mainmorte (...)

    #ZAD #Testet #FNSEA #FN

  • Qui veut la peau des ZAD ?

    par Célia Izoard et Matthieu Amiech

    Était-ce de l’ironie ? Le 6 mars, jour même où la Zone A Défendre (ZAD) de la forêt de Sivens a été une nouvelle fois évacuée par la police, Manuel Valls s’est inquiété du « silence de la société et des intellectuels » devant la montée de l’extrême-droite (cf. Le Monde du 7 mars). Vue du Tarn, où les opposants à la construction du barrage de Sivens ont été pendant tout le mois de février confrontés à des pratiques d’inspiration fasciste, la déclaration du Premier ministre apparaît comme une insolente provocation. Car c’est bien sur une frange de l’extrême-droite que son gouvernement s’est appuyé pour affaiblir la lutte contre le projet de barrage et faciliter l’évacuation de la ZAD du Testet. Pour rendre intelligible cette affirmation, un bref retour sur des faits peu médiatisés est nécessaire.

    A partir du weekend du 31 janvier dernier, de petits groupes d’hommes commencent à bloquer l’accès de la ZAD à tous ceux qui veulent s’y rendre. Pour couper le contact entre les zadistes et leurs nombreux soutiens dans la région, ces groupes n’y vont pas de mainmorte : ceux qui apportent des vivres aux défenseurs de la forêt sont dévalisés de leur chargement ; d’autres se retrouvent les pneus crevés, la voiture dans le fossé ou même renversée sur le toit, faute d’avoir fait profil suffisamment bas ; tous sont ouvertement menacés, et parfois suivis quand ils s’éloignent des barrages de ces « pro-barrages ».

    http://blogs.mediapart.fr/blog/helene-duffau/150315/qui-veut-la-peau-des-zad

    Matthieu Amiech est un des éditeurs du recueil Sivens sans retenue (La Lenteur, 2015) et Célia Izoard est traductrice et journaliste. Tous deux habitent le Tarn et sont opposés au projet de barrage sur le Tescou.

    #rémi_fraisse, #barrage_de_sivens, #la_lenteur, #zad

  • La banalité du fichage
    http://cqfd-journal.org/La-banalite-du-fichage

    Quelques mois avant que n’éclate l’affaire Snowden, le 6 juin 2013, le groupe Marcuse publiait La Liberté dans le coma (éditions La Lenteur, 2013). Un manifeste qui dénonce la numérisation de nos vies dans ses aspects aussi bien policiers que nourriciers : tout en créant une situation de fichage généralisé, elle nous rend surtout de plus en plus perméables aux logiques marchandes et bureaucratiques, dixit Matthieu Amiech, l’un des auteurs. Source : CQFD

  • Coordination Nationale de Répression du Scientisme, États généraux de la servitude, 2004.
    http://cettesemaine.free.fr/etatsgenerauxdelaservitude.pdf

    Brochure contre le mouvement des chercheurs, dix ans déjà !

    Matthieu Amiech me l’avait gentillement envoyé par la poste avec Los amigos de Ludd, en 2005, après l’avoir rencontré à Baiona.

    C’est cet appel, dix ans après les états généraux de la recherche, qui m’y refait penser :
    http://seenthis.net/messages/266153

    cc @tranbert :)

    #critique_techno #recherche #science #CNRS #anti-industriel

  • Le « Cauchemar de Don Quichotte », une discussion symptomatique de la régression historique

    https://collectiflieuxcommuns.fr/spip/spip.php?article177

    Le livre intitulé « Le cauchemar de Don Quichotte » n’étonne pas par les thèmes qu’il aborde, ceux-ci étant largement connus, même si ce n’est que de milieux très restreints en France. C’est l’identité de ses auteurs qui surprend quelque peu : leur relative jeunesse aurait dû les tenir à distance des nombreuses références qu’ils s’efforcent de revisiter, occultées comme elles le sont dans le flux de l’intoxication médiatique généralisée.

    Leur insatisfaction devant les diverses vulgates « critiques » à la mode aujourd’hui constitue le fil conducteur de l’ouvrage. Le lecteur retient surtout leur dissidence vis-à-vis des thématiques « antimondialistes », ou « altermondialistes » comme leurs partisans préfèrent les baptiser , bien que le souci de critique œcuménique habite encore Matthieu Amiech et Julien Mattern.

    Ceux-ci pressentent, sans le présenter de cette façon, que derrière les poses frondeuses de cette mouvance si difficile à qualifier et à définir , se profilent les vieux schémas qui ont détruit le mouvement ouvrier. Mais leur propos n’étant pas de faire œuvre historienne, il ne s’agit pas d’un livre de bilan. Ils ne tentent pas non plus de présenter la moindre découverte « théorique » : on chercherait en vain le nouveau système explicatif prétendant résumer l’histoire ou le monde. Leur objectif, plutôt modeste et, partant, d’un réalisme inattendu en ces temps de mégalomanies dérisoires, vise à « savoir plus précisément contre quoi on se bat » (p. 7).

    • @kamo, le fait est que, malgré l’intérêt d’une partie des travaux du dernier Castoriadis (bien après S ou B, je dirais presque 3e période, mais suis pas assez versé dans la question), lorsqu’il retourne à la philosophie (et à la Grèce antique) et s’adjoint pour ses textes une certaine psychanalyse, il exprime un tout autre point de vue de classe, celui d’un conseiller de l’OCDE, résidant dans le XVIe et disposant à demeure d’un majordome (jusqu’où peut conduire la nécessité de diminuer le travail nécessaire et l’amour du travail bien fait ?), prétend stupidement à une défense de l’occident face à la menace soviétique (Devant la guerre), prônant une notion d’autonomie tout autre que celle autrefois antée sur une centralité du #conflit dans la société. Des distinctions qu’il pose alors, non seulement depuis la Grèce mais depuis la révolution (la plus fameuse sans doute, l’instituant et l’institué) restent à mon sens éclairantes. Mais la question de l’émancipation est désormais pour lui principalement référée à un dynamisme autonome de « la technique » (je dis ça rapido, sans avoir lu ou relu un texte de Casto depuis des années). On aurait à nouveau une #autonomie contre une autre, et pour ma part je n’embraye pas du tout sur ce schéma. Il n’est pas besoin d’être un progressiste béat

      L’émerveillement pour la puissance de l’imaginaire s’accompagne d’un abandon de toute attention aux pratiques réelles. On a une théorie de l’aliénation de plus, avec un prétendant au dévoilement. Fin de course.

      Sur la technique, je préfère nettement le filon opéraïste, qui lui ne ramène pas les problème à ce « depuis la plus haute antiquité » qui devrait toujours inquiéter, voir par exemple http://multitudes.samizdat.net/-Tronti-Ouvriers-et-Capital-

      #technocentrisme #morale

      Bon, trop pressé par des bricoles pour argumenter sérieusement, on y reviendra j’imagine.

    • Deux exemples du « jargon » des critique de ce livre

      Le Cauchemar de Don Quichotte est très parcimonieux en faits précis concernant des problèmes particuliers, et singulièrement en faits précis se rapportant aux problèmes particuliers posés par la lutte qui lui donna son impulsion  : la lutte de 2003 contre la loi Fillon. Il est vrai qu’Amiech et Mattern n’ont aucune raison d’utiliser l’arme que Roy tient pour la plus efficace dans la lutte, puisqu’ils ne s’inscrivent plus dans cette lutte  : ils adoptent au contraire une posture de juges, extérieurs et supérieurs à elle et à ses acteurs et actrices, en posant non pas la question de comment la poursuivre minoritairement alors qu’elle est en reflux, mais celle des raisons de son échec présumé définitif. Pour eux, d’ailleurs, les problèmes ne sont pas posés par la lutte, mais à l’occasion de la lutte  ; on ne saurait s’étonner alors que celle-ci soit présentée comme la rencontre par une subjectivité encline aux vastes questions existentielles d’un événement qui la porte à réactiver l’interrogation socratique sur la valeur des différents genres de vie  : « Pour tous ceux qui (…) n’entendent pas se résoudre à une soumission complète, ce conflit était à nouveau l’occasion de poser un certain nombre de problèmes fondamentaux, au premier rang desquels celui de savoir quelle sorte de vie nous voulons mener  » (p.14).

      Dans le cas de l’école anarchiste, sa manière particulière de concevoir est que nul n’est mieux en situation de définir ses «  devoirs  » que le peuple insurgé lui-même. Ce n’est donc un programme qu’au sens où c’est ce pour quoi les anarchistes agiront, ce qu’ils soutiendront dans les «  clubs  improvisés discutant des affaires publiques ». Ce ne l’est pas au sens où ce serait ce pour quoi ils intrigueraient dans les instances substitutives du pouvoir déchu. Mais d’autres écoles pourraient écrire d’autres livres dans le même esprit  : je n’ai pris qu’un exemple. Roy est d’une autre école, elle écrit cependant dans un esprit semblable  : poser des questions et diffuser un savoir qui ont été produits _par un mouveme nt_ . La Conquête du pain est bien autre chose que le programme d’action qu’une élite éclairée définit selon sa philosophie du «  devoir de la révolution  ». Elle est l’un des produits actuels d’un mouvement – en l’occurrence  : le mouvement ouvrier – au sein d’une certaine école qui en fait partie. Elle est avant tout l’un des moyens par lesquels cette école met en circulation le savoir et l’intelligence du mouvement qui sont les siens. Savoir et intelligence du mouvement  : au sens où ce sont une intelligence et un savoir que le mouvement produit, chez Roy comme chez Kropotkine, mais aussi, chez ce dernier, au sens où ils ont ce même mouvement comme objet. Cela en prévision des questions qu’il se posera. Ces questions, l’école anarchiste suppose qu’elles seront – dans une certaine conjoncture prévisible justement grâce à l’expérience et à l’intelligence des luttes antérieures – des questions relatives à la conquête du pain  : d’où la nécessité pour elle d’écrire La Conquête du pain.

      http://rougemecanique.noblogs.org/post/2013/01/11/a-quoi-ce-cauchemar-pourrait-il-bien-servir

  • Homo Numericus
    http://terrainsdeluttes.ouvaton.org/?p=2297

    L’un des thèmes les plus à la mode de la vulgate idéologique actuelle, c’est celui de la mutation psychique que l’irruption massive des techniques informatiques et numériques dans la vie quotidienne aurait d’ores et déjà entraînée sur le plan des structures de l’entendement et de la sensibilité. La « culture de …

    #Blogs #La_chronique_d'Alain_Accardo #internet #numérique #technologie

    • J’avoue ne pas trop voir la raison de traiter tout rétif à Internet du nom de cet infâme personnage qu’est « Finkielkraut », ou de réactionnaire. C’est un nouveau point Godwin ?

      En l’occurrence, la critique d’Accardo (un coup de gueule, effectivement) fait toujours du bien dans le ron-ron que les thuriféraires de la technique se confectionnent sur le net en claironnant que c’est l’espace de discussion le plus ouvert qu’il ait jamais existé.

      Cette question sur le sujet est tout à fait entendable d’un point de vue émancipateur (je suis pas d’accord d’ailleurs), et même centrale pour celles et ceux dont l’horizon révolutionnaire – qui rêvent d’un monde un peu meilleur – ne s’arrête pas à leur(s) écran(s), au dernier gadget numérique ou robotique.

      Pourquoi serais-je un, quand je peux être innombrable, pourquoi resterais-je coincé en un lieu, en une classe, en un camp, en un serment, puisque grâce au virtuel je peux être partout, vivre et penser une chose et puis son contraire, ici et ailleurs, sans me soucier de logique, sans me préoccuper de synthèse, de constance ni de fidélité ?

      Questions qui recoupent par exemple celles publiées, il y a quelques années, dans un excellent journal (papier) autonome lyonnais, reproduites ici :
      http://rebellyon.info/Le-web-2-0-ou-l-ere-du-vide.html

      Une ques­tion plane au dessus de n’importe quel post sur twit­ter : « what are you doing now ? », « mais putain, qu’est ce que je suis en train de faire là ? ». C’est quoi JE, quelle FACE à JE, ça serait quoi MON ESPACE. On sent monter une pointe d’angoisse. Ce que racontent bien les faux débats où on peut à peu près tout raconter, les embrouilles bizar­res sur les forums, les ren­contres ambi­guës depuis Meetic, c’est qu’Internet a pro­duit cette curieuse pos­si­bi­lité d’une com­mu­ni­ca­tion sans la pré­sence. Le web : Utopie démo­cra­ti­que, mais également Utopie du Capital. Comme si cette grosse machine à briser les liens (…) avait finit par secré­ter un monde à son tour, mais un monde vir­tuel : où les liens n’enga­gent pas vrai­ment, où les corps sont absents, où les désirs tour­nent tris­te­ment à vide sur l’écran.

      Peut-il y avoir une critique du net sur le net ? Peut-être que non, de la même manière qu’il n’y a jamais pu y avoir de critique de la télévision à la télévision.

    • @Ari Sur la référence à Finkielkraut. Il y a pourtant bien des points communs. Pas uniquement le fait de critiquer l’Internet. La frime, tout d’abord, avec les citations répétées de vieux mâles blancs européens. Le refus du pluralisme (non, dit l’auteur, il n’y a pas plusieurs points de vue valables, juste le Vrai). La référence au monde occidental comme seul capable de pensée rationnelle. L’absence de perspective, enfin. Il y a des différences avec Finkielkraut ? Oui, la mention du capitalisme comme étant méchant. C’est mince.

      Sur le « Peut-on critiquer l’Internet sur l’Internet ? » Je pense qu’on peut puisque c’est souvent fait. Mais je différencie la critique, qui essaie d’analyser, de comprendre et, éventuellement, de réformer, voire de combattre, de la récrimination qui confond tout (l’Internet avec le Web, le Web avec Facebook, les GAFA avec Wikipédia et SeenThis), et ne se soucie pas d’analyser et encore moins de convaincre, juste d’aligner des grands mots prétentieux. On voit bien ce que l’auteur attaque, pas ce qu’il défend. Comparons avec l’agriculture : il est évidemment souhaitable de critiquer la façon dont elle se fait, productionniste et dangereuse pour la planète. Des tas de gens font ça. Mais ils proposent tous quelque chose (typiquement, une agriculture bio, plus respectueuse de la nature). Si quelqu’un partait des défauts (bien réels) de l’agriculture pour prôner le retour à la chasse et à la cueillette, je crois que cela ne serait pas exagéré de le qualifier de réactionnaire !

    • @bortzmeyer : mince les discussions se croisent. cf. http://seenthis.net/messages/211209 En ce qui concerne les camarades qui critiquent le net comme outil d’émancipation, ils proposent réellement d’autres modes de relation, d’expression et d’organisation. Je ne crois pas qu’on puisse reprocher à ces personnes de faire une critique généralisante, c’est plus à celles et ceux qu’Internet intéresse de produire une pensée plus précise et mesurée qui prenne en compte ces critiques. Merci de l’échange en tout cas.

    • A propos de l’idéologie #anti-tech et de son voisinage avec le #moralisme de Finkelkraut, on pourra lire :
      Les mauvais rêves des antitech. Lecture critique du livre Le Cauchemar de Don Quichotte, sur l’impuissance de la jeunesse d’aujourd’hui de Matthieu #Amiech et Julien Mattern, Editions Climats.
      http://rougemecanique.noblogs.org/post/2013/01/12/les-mauvais-reves-des-antitech

      C’est leur appartenance sociale à la classe des travailleurs pauvres qui leur interdit quelque chose – ou du moins, mais c’est manifestement une litote, elle ne les aide pas  : elle les empêche de sortir d’un rapport de dominés avec leurs professeurs et avec le savoir. Leur apathie s’explique par cette domination. Pourquoi être contraint au travail salarié fait-il de son rapport avec le savoir un «  rapport de dominé à dominant  »  ? Pourquoi être dans un rapport de dominé avec le savoir entraîne-t-il l’apathie  ? Est-ce parce que tout rapport de dominé à dominant entraîne nécessairement l’apathie  ? Amiech et Mattern s’attendent curieusement à ce que nous comprenions sans avoir besoin d’explications supplémentaires, puisqu’ils n’en donnent pas. L’explication s’arrête là. Nous sommes censés admettre comme allant de soi que si nous maîtrisons le savoir universitaire, nous avons de trop bonnes raisons de nous complaire dans l’#apathie pour, sauf héroïsme moral rare, ne pas y céder  ; et que si nous ne le maîtrisons pas, nous sommes ipso facto plongés dans une apathie dont, encore une fois, seule une grâce exceptionnelle pourrait nous faire sortir. Il faut remarquer que les deux branches de la tenaille dans laquelle nous coince ce raisonnement n’exercent pas une contrainte de même nature  : pour s’en dégager, dans le premier cas il suffirait de décider de ne pas céder à des raison s  ; mais dans le second nous n’avons aucune raison d’être apathiques  : nous le sommes au moins autant, mais nous le sommes pour des causes . Bref  : aux bourgeois le libre arbitre, aux prolétaires le déterminisme social. Amiech et Mattern se proclament dans leur avant-propos «  plus ‘‘sociologues’’  » que le «  sociologue [sans guillemets, cette fois] bourdieusien engagé  » Alain Accardo (pp. 9 et 8), mais ils ne nous offrent qu’un superbe exemple de ce que Bourdieu – excusez la référence – appelait une sociologie qui néglige la sociologie de sa sociologie. Ils s’annoncent aussi (dans la même phrase) «  plus ‘‘matérialistes’’  »  ; on aimerait leur demander dans quel passage. Ils affirment que « pour ceux-là [les étudiants travailleurs précaires] – et plus généralement pour la majorité des étudiants, préoccupés avant tout par les échéances scolaires et l’obtention des diplômes –, la focalisation sur les considérations matérielles rejette [NB  : ce ne sont pas les étudiants, c’est la focalisation qui rejette] le plus souvent les questions politiques du côté des préoccupations ‘‘intellectuelles’’ et du ‘‘militantisme’’, qui sont dénigrés  » (p. 78 toujours  : cette phrase suit immédiatement celle sur les étudiants travailleurs dominés par les profs et le savoir). Leur matérialisme consiste-t-il à poser en axiome qu’un sujet qui a de préoccupantes «  considérations matérielles  » va nécessairement «  dénigrer  » tout ce qui est intellectuel  ? Et que s’il dénigre l’intellectuel il est nécessairement soumis  ? Aux bourgeois l’idéalisme tempéré par la carrière, aux prolos le matérialisme vulgaire intempérant  : est-ce là le slogan de leur matérialisme subtil  ? On les asticotait gentiment sur leur mépris d’une classe d’âge, dont nous nous contrefoutons  ; mais sur le mépris de classe social, nous sommes tentés de passer à l’insulte. La suite (p.79) ne pouvant nous apaiser – «  On atteint sans doute le comble de l’absurdité avec ces individus si désireux de paraître ‘‘dans le coup’’ qu’ils en viennent à se restreindre considérablement dans certains domaines vitaux (nourriture, logement, santé) pour pouvoir suivre le rythme insensé de la surenchère consommatrice, et que l’on retrouve régulièrement habillés à la dernière mode, équipés des toutes dernières trouvailles technologiques  » –, donnons la parole à quelqu’un qui sait garder son calme, Jacques Rancière : «  Il n’y a pas à s’étonner que les représentants de la passion consommatrice qui excitent la plus grande fureur de nos #idéologues soient en général ceux dont la capacité de consommer est la plus limitée  » (8) : il n’y a pas à s’en étonner, car les idéologues dont il parle (Finkielkraut et autres) sont des conservateurs de droite. Mais on peut s’étonner que des conservateurs révolutionnaires de gauche ne s’en distinguent pas sur ce point.

    • Huhu @aude_v, je pense que je dois beaucoup à Amiech en références à lire, aussi bien par sa lecture, que par sa rencontre à Bayonne il y a quelques années, invité par #Txetx (ouais, j’ai inauguré ce lien l’autre jour, pour les locaux :D). Il m’avait gentillement envoyé un numéro traduit de Los amigos de Ludd.

      Je pense que j’aurais du mal à le critiquer (enfin en tout cas à le critiquer méchamment, comme le fond les méchants rouge mécanique — qui question jargonneux font largement mieux qu’Accardo !). :)