person:michele rabbia

  • http://ledossierm.fr/dossier-m-piece-n20

    Bon je ne peux pas garder ce genre de choses pour moi, me dis-je. Il y a quelques temps, j’avais signalé ici ( https://seenthis.net/messages/718723 ) Le Dossier M. de Grégoire Bouillier. J’ai fini le premier tome de 900 pages à l’hôpital, on pourra dire qu’il m’aura bien tenu la main. Je suis dans le deuxième tome qui cumule d’avoir l’allant du premier tome mais avec des bouts en plus. Dans le premier tome j’avais déjà eu le sentiment que je n’étais peut-être pas seul dans ma tête tant certaines pages du livre m’apparaissaient familières, notamment dans les manières de raisonner et les souvenirs d’enfance du narrateur. Dans le deuxième tome, c’est un peu cela mais amplifié par une faculté curieuse du livre de décollement d’avec ma vie de tous les jours.

    Ainsi, pour tenter de tromper la douleur amoureuse, l’absence de M., le narrateur se lance des défis improbables, comme, par exemple, de retrouver, toutes affaires cessantes, un enregistrement pirate du fameux concert de Miles Davis à Paris en 1983 quand les plombs ont sauté et que Miles a joué Jean-Pierre en acoustique avant que l’électricien du Châtelet retrouve les bons fusibles et relance la machine lourdement électrique de Miles à l’époque. Ce sont quelques pages assez belles dans lesquelles le narrateur tourne autour d’une figure de l’absence pour se détourner de celle tellement douloureuse de M.

    Et plus encore que dans le premier tome, quand Grégoire Bouillier sent que les limites et le cadre de son livre explosent, il met ce qu’il y a en trop (façon il y a un peu plus, je vous le mets quand même ?) sur un site dédié ( http://ledossierm.fr ). Et donc joie ! Le narrateur a fini par retrouver l’enregistrement en question (tout en précisant bien qu’une telle quête d’un document sonore qui date d’avant l’arrivée du numérique et de son corollaire, internet, était, par définition, une mission impossible), et du coup, et bien il met l’enregistrement fétiche en ligne.

    A la différence d’autres concerts dont il est question dans le livre et dont pour certains je sais que j’y étais aussi, le concert de Zappa en 82 par exemple, je n’étais pas à ce concert de Miles Davis, mais qui n’a pas entendu parler de cette fameuse panne d’électricité ?

    D’ailleurs aparté, pendant que vous êtes toutes et tous rués sur l’enregistrement en question (n’est-ce pas @reicw, @odilon, @reka et peut-être même @vanderling…), je me souviens que lors de la création de Formes d’une guerre ( http://www.desordre.net/formes_d_une_guerre_poitiers/ursula ) quand je voyais les ramifications de câbles électriques et combien nous en étions dépendants pour les soirs de représentations, je m’en étais ému auprès de @dominique, qui m’avais répondu que je ne devais pas m’inquiéter, qu’en pareil cas, c’était solo de batterie. Etant donné le set de percussions du merveilleux Michele Rabbia, je ne trouvais pas la chose très rassurante.

    http://www.desordre.net/photographie/numerique/divers/videos/20181127_sylvain_lemetre.mp4

    Et donc hier soir, je suis allé écouter l’admirable Sylvain Lemêtre à l’atelier du plateau, pour son solo Sonore boréale au milieu duquel Sylvain mime la panne en plein concert. Non seulement le ressort comique de cette affaire est à pisser de rire, mais en plus la manière très subtile avec laquelle il remet le son est absolument magnifique de manipulations de l’intellect du public. Et le matin même je lisais le récit de la panne d’électricité au concert de Miles.

    Et tout est un peu comme ça dans ce livre.


  • Comme s’en est interrogée @aude_v, ce n’est pas tant que je travaille à de nouvelles galeries du Désordre, en revanche j’y remets un peu d’ordre, c’est mal dire, je tente surtout de faire en sorte que tout reste bien lisible, notamment en expurgeant toutes ces saloperies en flash qui rendent nombres de supports vidéo et audio parfaitement interprétables par la plupart des navigateurs et des systèmes (suivant en cela d’une part les encouragements d’@intempestive et les conseils techniques de @jsene). Vous allez voir qu’un jour Désordre sera présentable. Et ce sera plus sûrement du fait de ses visiteuses et visiteurs que de mon fait.

    Et donc pendant que j’y suis je donne la dernière main à des projets restés dans des états intermédiaires de brouillon, parmi lesquels celui sans doute qui me tenait le plus à coeur, à savoir Apnées ma collaboration avec Dominique Pifarély (@dominique) et Michele Rabbia et dont la seule trace que l’on pouvait trouver en ligne était une page de travail, laquelle était plutôt réussie trouvais-je, mais ne rendait pas justice à ce que nous sommes parfois parvenus à rendre sur scène.

    Du coup je me suis pris par la main cet été et j’ai fabriqué un montage qui donne une petite idée des enjeux formels et narratifs de ce spectacle. On peut le regarder en streaming depuis cette page ( http://www.desordre.net/apnees/index.htm ), ou télécharger le fichier vidéo en pleine définition (ce qui permet de bénéficier d’une vraie qualité sonore surtout, ce qui n’est pas un luxe (étant le travail tellement subtil de Dominique et Michele), à cette adresse http://desordre.net/spectacles/apnees/telechargement/apnees.mp4 (attention clic-droit, ctrl + clic et « enregistrer sous » et vous en prenez tout de même pour 2,5 giga, la qualité est à ce prix j’en ai peur) (vous pouvez aussi vérifier en streaming que cela vous plaît et télécharger le gros fichier ensuite, je dis ça je ne dis rien, « alors ne dis rien ! », comme disent mes filles).

    Rien.

    #apnees

    • ça m’intéresse (non que le reste ne m’intéresse pas), Phil, si vous avez des tuyaux pour diffuser son ou video avec des petites applis autre que flash, des trucs un peu souples et paramétrables pour le Terrier, reconnues par tous les navigateurs ; j’imagine que ça en intéresse plus d’un (sur la plupart de mes machines, les intégrations flash sont bloquées par les navigateurs)

    • @l_l_de_mars Ben en fait c’est tellement simple qu’on pourrait en rougir, la balise d’inclusion est la suivante (offerte par @jsene) :

      ``<video width="640" height="420" controls><source src=« chemin_du_fichier/nom_du_fichier.mp4" type="video/mp4"></video>``

      On met les dimensions qu’on veut.

      Pour ce qui est de l’encodage du fichier, j’utilise un format h264 et ensuite je fais varier les paramètres de début pour (tenter) de faire baisser le poids du fichier.

      Par la suite il faut penser une campagne de restauration dans le site en faisant de grands coups de recherche de ce genre de bouillie de code

      ``<object class="playerpreview" type="application/x-shockwave-flash" data="../accessoires/player/lecteur.swf" height="20" width="300" />``

      Et les remplacer

      Pour les fichiers sons c’est tout aussi simple, la bonne balise est la suivante :

      ``<audio src="chemin_du_fichier/nom_du_fichier.mp3 » controls></audio>``

      Je ne suis pas encore tombé sur une machine ou un navigateur sur lesquels ces inclusions ne fonctionnaient pas, mais je suis sûr qu’on peut en trouver. Mais le fait que cela semble fonctionner chez vous est une indication du caractère un peu universel de la balise en question.

      Evidemment étant donné la taille de sites internet comme le Terrier et Désordre, il faut s’en occuper. C’est ce que je tente de faire.

    • Juste un petit complément à ce que vient de dire @philippe_de_jonckheere : les balises <audio> et <video> ont été introduites par HTML5. Aujourd’hui je pense qu’il ne doit plus rester beaucoup de navigateurs qui ne les reconnaissent pas. Pour connaître les versions minimales de différents navigateurs supportant ces balises voir :
      – pour <audio> : https://www.w3schools.com/html/html5_audio.asp
      – pour <video> : https://www.w3schools.com/html/html5_video.asp

      Et sinon, c’est juste chez moi ou la fin du dernier commentaire de @philippe_de_jonckheere génère un bug d’affichage qui fait que toute la suite (mon commentaire, le bouton « écrire un commentaire » et les billets suivants) est complètement chamboulée ?)

    • @seenthis Je crois que je viens de réparer une heure plus tard les petits dégâts causés par mon inclusion complètement anarchique d’extraits de code. Je ne sais pas où je me suis cru, dans le Désordre sans doute. Est-ce qu’une personne compétente (et gentille) pourrait me dire comment on fait pour copier coller des extraits de code sans semer un net désordre dans fils et commentaires. En attendant je vais envoyer mon message à @l_l_de_mars par mail ce serai aussi simple. Mille pardons

    • une recette à base de backticks

      hello("world")
      backtick = `

      il faut en mettre trois sur une ligne (et rien d’autre), puis ton code, puis de nouveau les trois trucs

    • merci à tous ; @fil pour peertube, je vais me pencher sur la question et sans doute créer un compte - même si j’ai du mal à bien voir quelle instance rejoindre qui soit adéquate au Terrier et à ses publications - , mais pour l’instant, tout ce que je voulais trouver, c’était un moyen de streamer les videos déjà présentes dans le Terrier (il y en a quand même pas mal) en n’utilisant plus flash.
      La solution apportée par les balises video et audio me semble pas mal, même si elle exclue plein de vieux navigateurs sur de vieux systèmes et que ça m’embête ; j’ai moi-même tourné jusqu’à il y a un mois à peine avec un très vieux firefox sur un XP3 qui me convenait parfaitement et j’aime l’idée que quiconque puisse, avec un matériel vieillot jouir de tous les contenus du Terrier. Mais elles ne m’ont guère l’air paramétrables, ces balises (couleur et taille du lecteur, forme des outils etc.) ou bien, comme je ne suis pas vraiment anglophone, je n’ai rien bité aux explications du site www.w3schools.com ...
      Je vais chercher en ligne des explications en français sur l’utilisation de ces balises.

    • Oui, @l_l_de_mars, c’est embêtant que ces balises, parce qu’elles ne passent par un lecteur, restent inaccessibles pour les configurations anciennes et comme vous, ou grâce à vous, j’ai une tendresse particulière pour les visites qui viennent de l’autre bout du monde sur des machines antédiluviennes, au travers de modem qui font encore de drôles de bruits sur des écrans en 800 par 600 pixels. Mais alors avec nos petits lecteurs flash qui deviennent de moins en moins interprétables, parce que Adobe a perdu cette bataille contre Apple, crois-je, nous finissons par pénaliser un nombre croissant de visiteuses et visiteurs.

      Par ailleurs je continue, de mon côté, bêtement, de refuser de confier mes contenus à des plateformes, quand je peux les héberger moi-même dans le Désordre. Donc désormais en faisant de la sorte j’ai le sentiment, imparfait certes, de la cohérence.

      Mais cela reste une cote mal taillée.

    • Il y a donc moyen de faire les choses proprement.

      @l_l_de_mars m’a refilé la petite astuce intéressante d’insérer le paramètre poster="url_de_l_image" à l’intérieur de la balise d’insertion de la vidéo, ce qui permet d’avoir une belle image de son choix (on peut même mettre une image qui n’est pas dans la vidéo) affichée dans le lecteur vidéo avant que ce dernier ne soit pas actionné

      Du coup la balise devient ceci :

      `<video width="640" height="420" poster="url_image_attente" controls><source src=« chemin_du_fichier/nom_du_fichier.mp4" type="video/mp4"></video>`

      Ce qui donne ceci : http://www.desordre.net/apnees/test.htm

      Et donc http://www.desordre.net/apnees/index.htm , ça a quand même une autre gueule.

      Des fois je regrette que nous ne puissiez pas toutes et tous être dans mon garage, avec seenthis on s’en rapproche !


  • http://www.desordre.net/spectacles/apnees/w/index.htm

    A la fois page de travail et de collecte du spectacles Apnées , avec @dominique Pifarély, violon et traitement numérique du son, Michele Rabbia, percussions et traitement numérique du son et votre serviteur aux images.

    #retour_au_desordre



  • J – 25 : Daniel,

    Admettons, pour commencer, que quand je dis Désordre , avec un D majuscule et en italique, je parle de mon travail, que quand j’écris « désordre » sans italique et sans majuscule, je parle d’une situation désordonnée et que quand j’écris « desordre » (sans accent et tout en minuscules), généralement à l’intérieur d’une graphie de ce genre http://www.desordre.net , je donne le chemin de quelques vérifications possibles en ligne. Le Désordre est curieusement affaire d’appeler les choses par leur nom, d’appeler un chat un chat.html.

    Daniel, tu me demandes un texte de quelques pages à propos du Désordre . Cela arrive de temps en temps que l’on me demande un telle chose, la dernière fois c’était pour le Festival de littérature de Solothurn en Suisse, d’où j’avais rapporté un très mauvais livre à propos de Proust, quelques secondes de films d’animation réalisées avec de la pâte à modeler dans le cadre luxueux de ma chambre d’hôtel dans laquelle je me suis ennuyé ferme pendant deux jours, et dans laquelle j’ai hérité d’une colonie de punaises de lit qui auront empoisonné mon existence pendant presque six mois. La Suisse. La semaine dernière j’ai reçu deux textes d’un jeune universitaire qui a décidé, il y a deux ans, d’étudier le Désordre , je pourrais être sans vergogne et tout pomper sur de telles études sérieuses, mais voilà elles sont exprimées dans une langue que ni toi ni moi ne parlons. Et puis ce serait ignorer que la générosité est le sentiment qui a le plus cours entre nous deux. Le Désordre est un flux, il se modifie sans cesse, il s’augmente sans cesse.

    Je pourrais, j’en suis sûr, écrire une fiction à propos de ce site, une sorte de nouvelle à tiroirs et il y en a quelques-uns, des tiroirs, dans ce site et dans son histoire périphérique, celle de mon existence finalement, quelques rebondissements ont connu leurs premières secousses à l’intérieur même du site, en les agençant un peu différemment de la façon dont ils se sont produits, je parviendrais bien à quelque chose, mais j’ai compris que ce n’était pas ce que tu attendais. Pourtant le Désordre est une fiction. La mienne.

    Je pourrais, je finirais par en trouver le moyen, créer une manière de site dans le site qui permettrait de canaliser, fixer, un parcours dans le site et qui serait, de ce fait, une sorte de fiction aussi, mais alors j’aurais le sentiment de trahir quelques-unes de mes intentions premières dès le début de la construction du site, à savoir rendre le parcours aussi chaotique, désordonné et aléatoire que possible, au point que, désormais, plus personne ne peut vraiment faire le même parcours dans ce fichu site et lorsque des personnes échangent à son propos, je ris sous cape qu’ils ne savent pas qu’ils ne peuvent pas parler de la même chose, qu’ils n’ont pas vu la même chose et pourtant ils semblent s’entendre. Ce sont les visiteurs du Désordre qui font le Désordre .

    Je pourrais à l’inverse, j’en ai les moyens, en programmation, rien de plus facile, ajouter du désordre au Désordre , donner à l’aléatoire une plus grande part encore, mais alors cela pourrait très bien être en vain, le nombre de possibilités existantes est déjà très grand, on parle de nombre gogol et de nombre gogolplex qui sont des nombres qui tutoient l’infini (un gogol est égale à 10 puissance 100, et un gogolplex est égale à 10 puissance gogol), en fait pour tout te dire, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, le nombre de combinaisons possibles dans l’agencement des presque 300.000 fichiers du Désordre est pour ainsi dire aussi grand que le nombre d’atomes que l’on pourrait serrer dans l’univers connu. Personne ne s’apercevrait de cette aggravation du Désordre . C’est si grave que cela. Le Désordre est au-delà du vaste, il n’est pas infini, bien sûr, mais il est asymptotique à l’infini. Chuck Norris a compté jusqu’à l’infini. Deux fois.

    Je pourrais aussi, avec force copies d’écran te décrire le Désordre vu de l’intérieur et te montrer comment pour atteindre une telle dimension de Désordre , en donner le sentiment, il convient, pour moi, pour m’y retrouver, d’ordonner les choses avec un soin maniaque quand ce n’est pas totalitaire, il y a là un paradoxe très étonnant, bien que facile à comprendre, je pense que tu en as eu un aperçu quand nous avons travaillé ensemble dans le garage pour ton recueil du poèmes visuels dans le Désordre , sans doute l’une des plus belles réalisations du Désordre et quel plaisir c’était, pour moi, de t’offrir de telles possibilités, dans une confiance désormais acquise et mutuelle, même si de haute lutte par le passé. J’ai fait du chemin depuis Barjavel, non ? http://www.desordre.net est parfaitement rangé et ordonné, pour mieux donner une impression de désordre, laquelle est grandement obtenue par des effets de programmation. Le désordre est un programme en soi. Et il est paradoxal.

    Je pourrais, je vais le faire, c’est désormais un peu de cette manière que je procède en toutes chose, inclure ce texte, que tu me demandes, à l’intérieur même d’un projet en cours, qui est lui-même un projet qui surplombe le Désordre , Qui ça ? sorte de chronique de la catastrophe en cours et pour laquelle je refuse désormais d’avoir le moindre regard, elle est inévitable, avant qu’elle ne se produise, agissons et prenons l’habitude désormais d’agir selon notre guise, tout comme je le dédicace à cet ami poète, Laurent Grisel, nos agissements sont tellement plus précieux que les actes misérables qui nous gouvernent, et alors ce serait un tel plaisir de tisser depuis ce texte que je suis en train d’écrire le faisceau abondant des liens hypertextes qu’il suscite, et tu serais bien embêté plus tard pour tâcher de trouver le moyen d’accueillir tout cela dans la cadre restreint d’une revue papier, NUIRe. Plus j’y pense et plus je me dis que c’est ce que je devrais faire, rien que pour te mettre un peu dans l’embarras, pour t’embêter gentiment. Le Désordre n’est pas plat, il compte des épaisseurs, une profondeur qui doivent concourir au sentiment de désordre. Le Désordre est une mise en abyme. http://www.desordre.net/bloc/ursula/2017/index_186.htm

    Je pourrais, je dois le faire, rappeler utilement que je ne suis pas le seul contributeur du Désordre , par exemple il est important de savoir que j’ai commencé à travailler au Désordre en 1999, mais qu’à partir de 2003 j’ai reçu de temps en temps, à ma demande, l’aide précieuse de mon ami Julien Kirch - @archiloque - qui a su fabriquer pour moi des outils remarquables pour mieux semer le désordre. Que tout au long de la construction j’ai reçu les avis éclairés et avisés d’autres personnes, notamment L.L. de Mars, que j’ai fait partie de collectifs qui ont nourri mon travail, le Terrier , remue.net, Le Portillon , seenthis.net et que le Désordre m’a permis aussi de travailler (et de les rencontrer) avec des musiciens d’exception, Dominique Pifarély et Michele Rabbia, que le Désordre a connu un développement inattendu dans le numéro 109 de Manière de voir et quel plaisir cela a été de rencontrer et de travailler avec @fil, @mona et Alice, que d’une façon plus ou moins directe il m’a permis de trouver un éditeur, grâce soit rendue à Sarah Cillaire, Hélène Gaudy et Mathieu Larnaudie, les parrain et marraines d’ Une Fuite en Egypte et enfin, et surtout, que le Désordre accueille aussi en son sein les travaux remarquables d’amis, parmi lesquels, Jacky Chriqui, Hanno Baumfelder, L.L. de Mars, Martin Bruneau, Isa Bordat, Karen Sarvage, Ray Martin, Barbara Crane et Robert Heinecken, Thomas Deschamps (qui a composé l’une des plus belles pages du Désordre), Eric Loillieux, Vincent Matyn, Pierre Masseau, Jean-Luc Guionnet, Stéphane Rives, Lotus Edde Khouri et, donc, toi, Daniel, Daniel Van de Velde, devande. Le Désordre c’est aussi une histoire de mes amitiés et de ce qu’elles m’ont apporté d’immenses richesses et de communes préoccupations, regarde, en tête de ce texte, qui passait par l’infini, je n’ai pas hésité longtemps pour ce qui est du choix d’une image, pouvait-il y avoir de plus remarquable illustration, le mot est mal choisi, qu’une photographie de l’une de tes merveilleuses sculptures au travers desquelles on jurerait voir l’infini.

    Je pourrais rappeler que l’une des dimensions supérieures du Désordre c’est une manière de sauvegarde des joies et des beautés du quotidien. Tu as dit à propos de ce texte, que tu me demandes, que tu pourrais m’aider à y contribuer, je pense que sur le sujet de ce quotidien, de son ressassement heureux, enchanté par moments, et d’un certain arbre du bois de Vincennes, tu sauras dire quelques très belles choses, je laisse donc quelques lignes blanches pour toi.



















    Je pourrais faire la liste des erreurs et des ratages du Désordre , il y en a eu quelques-unes, et même quelques errements, et des obstinations de ma part qui ont parfois fait courir de grands périls à l’ensemble, des fois je suis allé trop loin, d’ailleurs rien ne m’assure que cela ne soit pas déjà le cas. En fait chaque fois que je travaille au Désordre je cours le risque de tout faire échouer ou encore d’ajouter des éléments faibles qui ne rendent pas justice aux autres réalisations, plus réussies, du Désordre et cela fait presque dix-huit ans maintenant que le Désordre menace presque tous les jours de s’effondrer. Le Désordre est fragile. Et il aura une fin. Elle ne sera pas nécessairement heureuse, ni réussie.

    Je pourrais écrire n’importe quoi, dire du Désordre des choses qui ne seraient pas vraies, qui ne seraient pas entièrement fausses non plus, en quelque sorte des choses qui ne me concerneraient pas. Et cela permettrait, nul doute, de faire diversion, d’attirer le regard vers des directions opposées à celles qui sont en fait au cœur du site, notamment le combat, le combat pour la vie, pour la survie, le combat pour Nathan, le combat pour les enfants, le combat pour faire accepter certaines manières de faire les choses, de voir le monde, d’y participer, le combat politique en somme, le combat ce n’est pas la partie la plus visible du Désordre et pourtant elle est là, jamais très loin, et jamais en grattant beaucoup, on y voit mon corps et mon cœur fatigués tous les deux par le combat, mais mon corps et mon cœur heureux, cela oui aussi. Le Désordre est un combat perdu d’avance, mais qu’on ne peut pas refuser. C’est mon côté Don Quichotte du Val-de-Marne.

    En tout cas c’est un combat qui me laisse désormais sans force. Un jour que des lycéens, dans le cadre de je ne sais plus quelle expérience de leur cursus - guidés en cela par leur excellent professeur de philosophie, mon ami Alain Poirson, qui a été, aussi, pour moi, un professeur de philosophie, et quel ! -, m’avaient soumis au questionnaire de Proust, à la question comment est-ce que j’aimerais mourir, j’avais répondu sans hésiter : épuisé. Ça finira par arriver un jour, c’est sûr.

    Im freundschaft, mein lieber Daniel, im Freundschaft.

    #qui_ca


  • J – 47 : Ce dimanche j’ai décidé une mauvaise fois pour toutes de venir à bout d’un certain nombre de pensums dont il deviendrait dangereux de les remettre plus longtemps à une date ultérieure. Conscient qu’un dimanche matin je risque surtout de me laisser aller à mes instincts premiers, descendre dans le garage avec un café dès que je suis levé pour aller augmenter le Désordre , qui n’en a sans doute pas tant besoin que cela, mais n’est-ce pas là justement une activité qui justement se satisfait très bien d’un travail, voire d’un acharnement, qui n’a pas d’urgence et qui, de ce fait, attise, le désir, j’imaginais bien que de temps à autre il devient impératif qu’un toit et des murs garantissent le lieu même du désir et que ces derniers réclament un entretien que l’on en peut sans cesse reporter à des périodes de moindre désir, aussi pour barrer le chemin du désir et canaliser celui de la raison, j’ai échafaudé un plan, une liste des items dont je devais absolument m’acquitter lors de cette belle journée de dimanche, une dizaine de pensums en regard de laquelle j’ai construit une petit pile de disques, dix disques aussi, m’enjoignant de faire correspondre à chaque disque une des tâches en retard.

    La liste des disques en question. Tous écoutés.
    Spiral inputs , Sophie Agnel, Andrea Nauman et Bertrand Gauguet
    The clearing et Three Days In Fucking Paradise de Fred Frith
    Duke Ellington, Piano In The Foreground , trio avec Sam Woodward et Aaron Bell
    Canopée de Dans les arbres.
    Le château de Barbe bleue de Béla Bartók
    In Nomine de Ciro Longobardi, Michele Rabbia et Daniele Roccato
    The last train de Otomo Yoshihide et Roger Turner
    Sheik yerbouti de Frank Zappa
    Les partitas pour violon de Jean-Sébastien Bach

    La liste des tâches dont je me suis effectivement acquitté
    Réparation du tiroir de la cuisine (Sophie Agnel et consorts)
    Plier et ranger le linge (Duke Ellington et Dans les arbres)
    Faire le ménage (Otomo Yoshihide et Roger Turner)

    Ben oui, il en manque, je voudrais vous y voir à ma place.

    #qui_ca


  • http://www.desordre.net…/bloc/ursula/2017/sons/in_nomine.mp3

    Le tre figure , album In nomine de Ciro Longobardi, Daniele Roccato et Michele Rabbia

    J-82 : Michele me l’a remis hier, ce CD magnifique, Michele en trio avec Ciro Longobardi (piano et samples ) et Daniele Roccato (contrebasse), In Nomine, disque hommage à l’immense compositeur italien qu’était Giacinto Scelsi.

    Je ne sais pas quelle est la part d’amitié qui est à l’œuvre dans cette écoute éblouie de ce disque et ce n’est pas une question d’objectivité ou quoi que ce soit de ce tabac, non, simplement une connaissance désormais intime des manières de Michele, cette percussion à la fois étendue et à la fois des moindres gestes, et, dans ce disque donc, la manière extrêmement subtile par laquelle elle s’allie au jeu également riche et subtil de Ciro Longobardi et Daniele Roccato au point, en bien des endroits, de n’être qu’une seule voix.

    S’attaquant à un tel monstre de la musique classique contemporaine, ces trois musiciens risquaient de rencontrer de nombreux écueils parmi lesquels des citations trop longues et trop fidèles, une admiration trop benoîte, une fidélité contraignante, si ce n’est paralysante et bien d’autres défauts. Il n’en est rien. Ces trois musiciens partent à l’assaut de cet Everest personnel pour chacun d’eux avec la ferme intention d’en découdre, de faire l’inventaire de ce qu’ils doivent chacun à Giacinto Scelsi, de remonter aux sources mêmes de ce qui les a probablement amenés à la musique et à jouer comme ils jouent désormais musiciens accomplis, cultivés et curieux.

    Sans compter qu’ils ont la bonne idée de se rencontrer vraiment, de faire de Giacinto Scelsi le théâtre même de leur rencontre, de s’appuyer beaucoup sur les apprentissages qu’ils ont nécessairement faits à l’écoute des quatuors à cordes fameux de leur maître, mais aussi sur des œuvres moins saillantes, moins envoutantes en somme, c’est un peu comme si Ciro Longobardi, Daniele Roccato et Michele Rabbia picoraient librement dans les partitions de Scelsi, je crois que l’on dit sampler aujourd’hui, et ce faisant ils remontent un peu aux sources d’eux-mêmes ce qui concoure grandement à l’épaisseur hors du commun de ce disque.

    Le disque recèle de morceaux de bravoure : des envolées très denses de contrebasse, des explorations très sonores du piano, il y a le travail minutieux de Michele dans les timbres, il y a cet enregistrement très musical d’une voix de vieille femme italienne qui prend par surprise, qui paraît même prendre les musiciens par surprise, les assemblages patients des instruments deux à deux avant d’accueillir le troisième en fin de morceau.

    De la musique belle, intelligente et cultivée. La marche du monde ne peut que s’en trouver mieux. Même si. Et même si peu.

    #qui_ca




  • Jeudi Apnées , 7 février 2017, 20H, médiathèque de Suresnes. Tout est un peu dit sur l’affichette, mais voilà autant souligner la chose.

    Apnées , spectacle de Dominique Pifarély (France, violon, traitement numérique du son, @dominique ), Michele Rabbia (Italie, percussions, traitement numérique du son), et Philippe De Jonckheere (France, images, traitement en direct de ces dernières), le 7 janvier 2017 à 20h à la médiathèque de Suresnes, 5 rue Ledru-Rollin à Suresnes (Transilien : Lignes L et U, arrêt Suresnes-Mont-Valérien, Tramway : T2, arrêt Belvédère ou Suresnes-Longchamp, Bus : lignes 144 (arrêt Pagès), 244, 241 (Suresnes-Longchamp), 175 (Nieuport), Tel. : 01 41 18 16 69), le spectacle est gratuit, en plus d’être très beau, vous n’avez aucune excuse pour ne pas aller le voir.

    La page de nos échanges pour la construction du spectacle se trouve ici ( http://www.desordre.net/spectacles/apnees/w/index.htm ), elle vous donne une idée de la narration, des images.

    Sur scène la rencontre toujours fructueuse, toujours surprenante, jamais sage et jamais écrite d’avance, de Dominique Pifarély et Michele Rabbia, l’un joue du violon comme personne et personne qui essaierait, et retraite numériquement en direct les sons qu’il en tire en orfèvre du truc, l’autre fait la même chose avec un set de percussions qui comprend un tom basse, des cymbales déchiquetées, et une multitude de petits objets trouvés en chemin, qu’il effleure, qu’il caresse, qu’il déchire, et pareillement retraite tout cela numériquement en direct, les deux musiciens se rejoignant dans un espace tiers dans lequel bien malin serait celui qui pourrait dire qui produit tel son et qui le modifie, à certaines de leurs expressions de surprise en concert, on comprend qu’eux-mêmes n’en sont pas toujours très sûrs, mais toujours réjouis, derrière eux un écran sur lequel sont projetées des images vidéos essentiellement produites par photographies, sorte de caméra du pauvre, animation, stop motion , time lapse , ellipses flagrantes, d’autres moins mais tout aussi coupables, mouvements de caméras énervés sur images fixes et placides, superpositions d’images à tout va, le tout mélangé et cuisiné sur place devant vous, sous vos yeux ébahis, pendant qu’on vous divertit les oreilles.

    Apnées est la mise en commun irrespirable de nos rêves et de nos actes manqués, images silencieuses qui crient, et musiciens qui jouent dans le noir. On retient le souffle des spectateurs et on leur fait faire rêves paradoxaux et cauchemars doux, une expérience unique dont on ne ressort pas pareil que quand on est entré, sinon à quoi cela servirait d’aller au spectacle, de sortir de « chez soi ».

    Et sinon en horizontal, l’affichette, elle donne ça :


  • http://desordre.net/bloc/ursula/2017/videos/047.htm

    J – 109 : Concert au Triton du trio Da da da , Emile Parisien, saxophone, Roberto Negro, piano, et Michele Rabbia, percussions, découverte des deux premiers, jeunes gens très talentueux et inventifs, Roberto Negro puise dans un demie queue ouvert toutes sortes de sonorités pas toutes probables de la part d’un piano, et surtout met admirablement en lumière le jeu envoutant de son saxophoniste, Emile Parisien véritable pile électrique, qui combine l’art du saxophone avec celui d’une danse de Saint-Guy très impressionnante, son jeu de jambes étant le soulignement gracieux des mélopées de son saxophone.

    Et je ne vous présente plus Michele Rabbia, très en forme ce soir-là, dans un entre deux de ce qu’il est capable de faire en jouant avec Dominique Pifarély c’est-à-dire un jeu surtout sur la couleur, et ce qu’il joue, plus percussif, plus batteur, plus énergique, plus en force avec le quartet de Régis Huby. Son set s’est augmenté de quelques instruments très métalliques dont il tire des sonorités tellement subtiles, même dans les passages très free et très énergiques de ce concert, y laissant une énergie qui ferait presque peur quant à sa santé tant il se démultiplie dans le jeu. Était-ce, en revanche l’inspiration d’un soir de faire ainsi, une déficience technique, telles qu’elles se produisent parfois à l’insu du public, heureusement, mais il m’a semblé que Michele ce soir-là était en deçà de ce qu’il produit habituellement en termes de retraitement numérique de ses sons.

    À la réflexion ce n’est pas tous les soirs que l’on écoute un jazz aussi inventif, aussi aventurier, et, oui, adventice, un jazz qui remet sur le tapis ses fondamentaux mêmes, ses bases, celles rythmiques et celles formelles, un jazz qui ne fait pas que s’appuyer sur la déconstruction free pour se renouveler, un jazz qui littéralement pose des bases pour des possibles, un jazz qui louche du côté de la musique sérielle, un peu, mais aussi du côté des grands compositeurs de la fin du XXème, Ligeti notamment. Donc pas le petit concert, un soir au club pour plagier le titre d’un roman de Christian Gailly.

    Et du coup je m’interroge sur cette capacité invraisemblable qu’a Michele se de démultiplier, de s’inventer de nouvelles formes de soi dans toutes ses aventures musicales, en fin d’année, il jouait, un seul soir, ce dont il était très fier, et il peut, le peu que j’en ai entendu, cela avait l’air de sérieusement casser la baraque, avec Roscoe Mitchell, solo, il joue sur d’infimes subtilités de couleurs notamment, ce qu’il fait également avec Dominique, en d’autres occasions, on lui demande presque de faire le batteur de hard rock , peut-être pas, de jazz rock de la fin des années septante oui, contre-emploi dans lequel il tire malgré tout son épingle du jeu, et à chaque fois il apporte sa couleur, son génie, son talent, sa générosité à ces collectifs qui reçoivent en retour de lui des trésors vraiment. Et cette trace est magique, il faut tendre l’oreille pour la déceler dans un enregistrement et pourtant elle est là, bien là, c’est même elle qui fait fonctionner l’ensemble, modestement. Et sans parler de la gentillesse.

    Vivement le 7 février (à 20 Heures pétantes, c’est mal dit) à Suresnes, à la médiathèque, avec Dominique. Franchement vous auriez quoi de mieux à faire que de venir écouter (gratuitement) Dominique Pifarély et Michele Rabbia donner une musique tellement belle à mes images silencieuses ? Présence obligatoire, moi je dis.

    #qui_ca


  • J – 129 : Ce matin en entrant dans l’ascenseur qui me conduit tous les matins au travail, je me suis fait la réflexion que c’était pour moi le dernier jour de l’année que je venais au travail, la semaine prochaine, la dernière de l’année, je suis en congé.

    Je suis généralement le premier arrivé à mon étage, aussi quand je sors de l’ascenseur je débouche sur un open space à la fois désert et plongé dans l’obscurité seulement trouée, par intermittence, par les écrans de veille des collègues analystes qui ont lancé avant de partir, la veille au soir, de ces requêtes de bases de données qui ont besoin d’une bonne partie de la nuit pour rendre à leur sondeur le fruit de telles recherches. Profitant d’un long apprentissage du temps de la photographie argentique, j’aime mettre au défi mon regard nyctalope et je m’installe à mon poste dans le noir.

    D’abord aveuglé par mon écran d’ordinateur, puis peu à peu, je plonge dans les premières tâches, je ne sais pas pourquoi mais cette obscurité alentour, sans parler du désert, sont pour moi extrêmement propices et c’est souvent que je parviens en une petite heure de travail, parfois un peu plus, mais souvent un peu moins aussi, à déblayer le terrain pour la journée. Ce matin rien de tel, je n’ai rien à faire qui soit urgent et la plupart de mes interlocuteurs habituels en plus de ne pas être encore arrivés, n’arriveront de toute manière pas, ils anticipent, apparemment c’est tout un travail, le réveillon du lendemain. Du coup je me fais un café, noir, dans le noir, que je bois en regardant le jour se lever sur le parc des Guilands sur les hauteurs de Montreuil et de Bagnolet partagées, en fait je regarde en direction du point où ont été tournés les premiers plans de l’Effet aquatique de Solveig Ansprach et dans cette abondance d’habituations, je peux plus ou moins deviner trois maisons amies. J’y vois comme un signe.

    En fait ce signe je me demande si je ne suis pas en train de le distinguer depuis le premier avril, depuis que je suis arrivé dans ce nouvel open space de la Très Grande Entreprise, à quelques encablures seulement de la Croix de Chavaux. Depuis le premier avril en effet, il n’est pas rare que je croise dans la rue, en chemin pour le café ou la pause méridienne, tel ou telle amis, telle connaissance lointaine, et cela fait plaisir de se voir, ou pas, et du coup de prendre un café, ou pas, depuis septembre j’ai eu l’occasion de déjeuner quelques fois avec Guillaume, discuter de la Petite fille qui sautait sur les Genoux de Céline ou encore de faire l’école buissonnière un vendredi midi pour regarder son film, dans une de ses ultimes versions de montage. Depuis l’automne c’est régulièrement que je donne des rendez-vous à quelques amis soit pour la pause méridienne soit à la sortie du travail et alors j’ai le sentiment de sortir de mon bureau pour me mettre vraiment au travail avec ces amis qui comme moi sont impliqués dans toutes sortes de projets. Alors comment ne serait-il pas tentant d’y voir comme un signe, que je suis comme ces prisonniers du film de Guillaume dans une prison devenue toute relative. Encore que.

    Au printemps j’ai même reçu des signes, que j’ai d’abord jugés inquiétants, de la part de la Très Grande entreprise, il était question de se débarrasser d’une partie du personnel et il était question que je fasse partie de cette partie du personnel, c’est étonnant le coup de fouet que cela m’a donné. D’ailleurs en plus de me faire entrevoir la possibilité d’une libération anticipée, cela m’a inspiré un récit, Élever des chèvres en Ardèche (et autres logiques de tableur) , dans lequel, par l’extrapolation de la fiction, j’ai tenté d’approcher cette idée d’une libération. Je ne sais pas d’ailleurs si j’y suis bien parvenu, je veux dire à me donner des pistes de réflexion, non, la fiction est sans doute venue brouiller davantage les pistes qui n’étaient déjà pas très clairement dessinées.

    Je ne suis pas doué pour les réveillons, d’ailleurs c’est tellement connu auprès de mes amis et de mes proches que nul ne songerait à m’inviter à une telle fête assuré que je viendrais tout gâcher, alors pensez, avec un tel manque d’entraînement, si j’ai la moindre chance de m’améliorer. Longtemps je travaillais en de telles occasions qui par ailleurs jour férié oblige étaient payées triple, surtout si c’était de nuit. Et j’étais souvent volontaire, d’autant plus que cela rendait parfois d’insignes services à des collègues qui auraient été de la baise, comme on dit à l’armée pour les tours de garde et pendant longtemps j’ai trouvé que mon travail de surveillance de forêts de serveurs et de processeurs était comme l’extension logique du service militaire. En général, mon réveillon à moi, tout du moins celui de la Saint-Sylvestre, commence vers 16 heures 30 et est tout à fait fini vers 17 heures, c’est dans cet intervalle de temps que je sors pour aller regarder les dernières lumières de l’année. Une fois la nuit tombée, je me moque pas mal du reste de la soirée. Il est même fréquent que je sois en fait couché avant minuit ce soir-là. Quand je me lève, j’ai un certain plaisir à parcourir les rues désertes du quartier, c’est un peu le même plaisir que de me déplacer dans un open space enténébré en étant le premier arrivé le matin, ou le travailleur de nuit - il n’en faut sans doute pas plus comme explication à mon goût ultime pour les images de Homo Sapiens de Nikolaus Geyrhalter.

    Et je ne dévoile rien de très étonnant si je dis que par ailleurs à la fois ma conception du réveillon, les dernières lumières du jour, cette première marche de l’année, sont en général pour moi l’occasion de réflexions amusées et pleines d’anticipation de ce que sera faite cette année qui commence tout juste, et de tenter des effets de miroir avec l’année qui vient tout juste de se clore. Par exemple la fin de l’année 2015 aura été l’occasion d’un curieux équilibre entre ce qui avait été plaisant dans cet année, pas grand-chose, si ce n’est le plaisir pendant une bonne partie de l’année de travailler à Février , l’émotion due à la naissance de la petite Sara, fille de Clémence et de Marco, mais aussi, comme pour beaucoup, celle, terrible, conséquemment aux attentats du 13 novembre 2015, et dans mon cas cette pensées préoccupante de devoir ma survie, et celle de mon amie Laurence, à un très fameux coup de chance, aidé en cela par une maladie de vieux, l’arthrose, d’où le récit éponyme. D’autres tracasseries, comme de devoir rencontrer et bavarder avec un cinquième Juge aux Affaires Familiales, l’agression dont j’avais été victime au travail (et qui me vaut ce changement d’ open space depuis le premier avril, pour être séparé de mes agresseurs - que je te les aurais foutus à la porte moi, mais, c’est heureux, personne ne m’écoute jamais moi - finalement cet incident, si minime soit-il, avait bien davantage de répercussions que je ne les aurais anticipées), la fin de ma relation amoureuse avec B., tout cela cumulé, c’est le mot, faisait que j’étais tout de même chargé d’espoir pour ce qui était de l’année, à venir, celle finissante désormais, 2016.

    Et je comprends bien comme je suis expéditif en souhaitant déclarer le plus tôt possible la fin de cette dernière année, c’est qu’il s’y est passé quelque chose de très heureux, mon roman Une fuite en Egypte a trouvé un éditeur, et tel un enfant qui piaffe en attendant qui, la fin de la semaine, qui, l’arrivé éminente des grandes vacances, je voudrais déjà être au premier mars, date de la sortie du livre.

    Il n’empêche seul dans l’ open space qu’un jour gris et timide commence à éclairer sans violence, ni couleurs excessives, réalisant que c’est le dernier jour de l’année que je passe dans ce dernier, j’anticipe un peu cette fin d’année et me pose la question de savoir si à cette époque-là de l’année 2017 je serais encore assis sur ce siège à cinq roulettes - ce dernier doit souhaiter que non, il a la vie nettement plus dure que son collègue qui ne supporte que ma nouvelle collègue, d’ailleurs est-ce que je ne devrais pas profiter de l’ open space désert pour permuter nos deux sièges, voilà qui est fait, le tour est joué - y serai-je donc encore assis ?

    I would prefer not to.

    Exercice #59 de Henry Carroll : Prenez une photographie qui ne peut être prise qu’aujourd’hui, pas hier ni demain.

    Réponse : il n’y a pas d’autres photographies que celles qui ne peuvent être prises qu’ajourd’hui, pas hier ni demain, sinon quel intérêt de prendre une photographie ? On dira que ce théorème, un peu personnel j’en conviens, et pas nécessairement destiné à la postérité, est ma théorie à moi de l’instant décisif, à ne pas confondre avec celle, dite de l’instant décisif également, d’un obscur photographe français tout gris.

    #qui_ca

    • @aude_v Comme toujours je lis ton article avec attention, cela me demande parfois une attention accrue, parce que ne sachant pas grand chose précisément des contextes que tu évoques, je suis tenu à une certaine forme d’extrapolation, tout en restant prudent pour me tenir éloigné des éventuels contresens. Chaque fois, il y a une partie de ce que tu écris qui emporte mon adhésion sans grand effort de ma part pour faire chemin vers ce que tu penses et écris. Et puis il y a toujours, une partie pour laquelle je suis parfois contraint de lutter contre des habitudes de penser qui sont les miennes, à ce titre je dois même te remercier tant il est souvent arrivé que je finisse par comprendre à la faveur de la lecture de tels passages des choses qui vraiment, je peux même en concevoir de la honte rétrospective, résistaient beaucoup à ma compréhension, voire mon acceptation.

      Mais ce denier article, ouille-ouille, j’ai beau le relire, je ne trouve pas son point d’entrée dans ce qui pourrait devenir une compréhension commune entre nous.

      Ce que tu décris des bienfaits du travail, et s’ils sont avérés te concernant, je m’en réjouis sans réserve, ces bienfaits me sont entièrement étrangers. Pour ma part si je parvenais à vivre avec beaucoup moins sans travailler, mon sang ne ferait qu’un tour, je ne travaillerais pas. Mais ici il faut que je précise, que le travail dont je parle pour le moment est celui rémunéré par un tiers, parce que cette possibilité de m’absenter d’un tel travail, ce serait, on le comprend j’espère entre les lignes, ce serait pour mieux me consacrer à un travail qui, lui, à défaut de me nourrir, me nourrit, comprendre, de faire en sorte que la pitance, la mienne et celle de mes enfants, soit assurée, versus me nourrir intellectuellement, tout du moins de me donner des gratifications, parce qu’il arrive, en de rares occasions que ces gratifications personnelles viennent en récompense d’un travail non intellectuel, manuel disons pour simplifier.

      Or, sur ce point, je vois bien comment toi et moi différons sur un point fondamental, au delà du fait que chômeuse, quand tu l’étais, tu ne désirais rien tant que ce dont j’aimerais m’extraire à tout prix, l’ open space et le bruit de Windows qui démarre dans les odeurs du café en gobelet désormais en carton, open space, Windows et gobelet, que je ne peux plus du tout supporter, même si j’ai bien compris que tu forçais le trait pour bien faire comprendre à quel point l’absence de travail c’est la mort au point que l’on puisse désirer le bruit du démarrage de Windows . Pour toi, est solidement chevillée au travail rémunéré la possibilité d’accomplissements collectifs, quand ils ne sont pas communs, et alors là je suis subjugué que ce soit dans le travail rémunéré que tu espères de tels accomplissements et il me faudrait alors des dizaines et des dizaines de pages d’exemples pour te montrer à quel point le travail pour moi c’est ce que tu décris très bien en une seule ligne :

      Il semble normal de se faire relancer pendant trois mois ou plus pour une tâche qui prendra deux heures et qui en attendant bloque tout un chantier.

      Et c’est d’autant moins compréhensible, cette attente de ta part, pour moi, que je suis l’employé d’une société qui compte presque un demi million d’employés de par le monde et qui vend mes services à une entreprise du CAC40, autant dire qu’étant payé un SMIC et demi, je suis rarement ému quand mon employeur se vante de ses accomplissements ou encore quand son client pareillement manifeste son contentement dominateur en parts de marché. Dans de telles conditions, ce que je remarque aussi pour ce qui est du fonctionnement collectif c’est que la nocivité managériale s’appuie beaucoup sur la propension collective des uns et des autres à ne pas raisonner de façon très collective, au point qu’après des années et des années pendant lesquelles le management s’est réjoui d’un comportement aussi peu louable, il est désormais ennuyé que cela grippe un peu ses mécanismes de la productivité et c’est limite si on ne ferait pas entrer des entraîneurs de rugby pour réapprendre les règles les plus élémentaires de la poussée collective dans la même direction, et le même sens. Et je dois avoir l’esprit bien retors pour me réjouir que cela ne fonctionne pas bien quand même, en dépit de l’entraîneur de rugby.

      Forcément en respirant tous les jours un air aussi vicié, tu penses si je suis heureux tous les soirs de retrouver la paix relative de mon home, tout du moins son aimable désordre, sa chaleur humaine, la turbulence enfantine et le soir, plus tard, la solitude de mon garage pour tenter d’œuvrer à de moins sinistres besognes. Et à vrai dire, puisque @reka se posait la question de savoir quel genre de produits je prenais pour avoir une telle production écrite, je dois faire l’aveu qu’il m’arrive quand même de temps en temps de profiter que les rouages de la Très Grande Entreprise soient grippés (tu n’imagines pas à quel point cette notion de chantier bloqué pendant trois mois par une tâche dont l’exécution ne demanderait pas plus de deux heures à la personne à laquelle elle est demandée, à quel point cette description m’est familière) pour jeter quelques notes écrites dans un fichier texte, et si je ne faisais pas cela, ce qui est désormais possible dans l’ open space dans lequel je respire les miasmes collectifs de l’air conditionné, ce qui ne l’était pas les trois dernières années, et alors je peux témoigner que le bore-out ce b’était pas une vue de l’esprit : il est incroyablement fatigant de s’ennuyer.

      Bref tout ce que tu décrtis d’un certain bonheur à retrouver le bruit de Windows à l’heure du café du matin en open space, je suis capable de m’en réjouir pour toi que j’apprécie, mais j’ai du mal à le comprendre au point de me demander, de te demander, tu es sûre ?

      Et puis arrive un léger vacillement de ma part dans mes certitudes anti travail rémunéré, et au contraire ma véritable appétence pour un travail fort solitaire, je remarque quand même que mes moments de plus grande réalisation ont eu lieu dans des projets collectifs, travailler avec Alice, @fil et @mona, et un peu @reka aussi, sur le fameux numéro 109 de Manière de voir , ou encore le spectacle Formes d’une Guerre et désormais sur son petit frère, Apnées en trio avec Dominique Pifarély et Michele Rabbia, ou encore ce que je perçois en ce moment de travail collectif en amont de la sortie d’ Une Fuite en Egypte me laisse penser que oui, il peut y avoir des bonheurs supérieurs, je me désole cependant qu’ils soient si rares, l’exception en somme, et dans ton cas, accompagnés du bruit de Windows .

      Alors, bon courage l’amie ! Vivement.

    • En général, mon réveillon à moi, tout du moins celui de la Saint-Sylvestre, commence vers 16 heures 30 et est tout à fait fini vers 17 heures, c’est dans cet intervalle de temps que je sors pour aller regarder les dernières lumières de l’année. Une fois la nuit tombée, je me moque pas mal du reste de la soirée.

      C’est marrant ça me fait penser à la façon dont je vis cette période. Mon réveillon à moi c’est le matin du solstice d’hiver, si possible dans un lieu dégagé et silencieux, et puis une fois baigné un moment dans ces premières lumières nouvelles, les jours suivants m’importent assez peu en tant que tels.

    • @koldobika Et dans un genre assez voisin, quand on passe d’une période à une autre, d’une saison à une autre, je me demande souvent, de façon un peu inquiète, si, en été si j’ai suffisamment profité des fruits rouges, en automne si j’ai suffisamment pris de photographies des canopées, en hiver si j’ai suffisamment hiberné et au printemps, si j’ai suffisamment aéré ma chambre de cet air tellement libre d’avril. Et ces questions sont bien plus mes rythmes que quoi que ce soit d’autres finalement, tout du moins mes repères. Quand les enfants seront plus grands, voleront de leurs propres ailes, je pense que je serai assez heureux de pouvoir abandonner tous les autres repères que je trouve factices finalement.

    • @aude_v et @koldobika Je reprends de nombreux des textes de la rubrique #qui_ca dans un projet de texte plus vaste (dont je ne connais pas encore la ou les destinées finales), je me demandais, en dehors des considérations de copyleft , si l’une et l’autre vous accepteriez que je reprenne vos contributions dans ce signalement de seenthis (en précisant clairement que vous en êtes les auteurs ? Dites-moi. Et c’est possible d’en discuter par mail (pdj arotruc desordre.net)

    • En apprenant les sciences cognitives, je trouvais l’éloignement aux psychologies thérapeutiques très réconfortante. Pouvoir expliquer des comportements non pas à partir des inférences et des ressentis, mais à partir de l’anatomie fonctionnelle.
      En tout cas, concernant le #boreout et le #burnout, voici une approche neurologique légère mais convaincante :
      https://youtu.be/TQ0sL1ZGnQ4


      C’est marrant, mais les sciences cognitives avancent à grand pas et trouvent souvent ce qui était pressenti mais pas démontré il y a 15 ans. Grâce à l’évolution des techniques.


  • C’est à Autun. A la Folie. Chez Martin Et Isa (http://www.desordre.net/invites/martin_isa/001.htm). le 17 septembre 2016 à 19H45, un spectacle de Dominique Pifarély (http://www.pifarely.net) (@dominique) , Michele Rabbia (http://www.michelerabbia.com/index.php/en) et Philippe De Jonckheere, évenement culinaire d’Isa Bordat (http://www.isabordat.net).

    La Folie c’est 10 route de Chateau-Chinon, sur les bords de l’Arroux dans les faubourgs d’Autun. Dans l’ombre, presque, du temps de Janus.



  • fracture d’âmes, work in progress avec Philippe de Jonckheere | Tracé provisoire
    http://pifarely.net/wordpress/?p=11476
    Projections, performances, installations : simplement des catégories vagues qui ne rendent pas bien compte des idées de dialogue que nous agitons, Philippe de Jonckheere et moi, depuis le spectacle « Formes d’une guerre » en compagnie de François Bon et Michele Rabbia.

    A la fois étape intermédiaire dont nous avons besoin pour un plus vaste projet, mais aussi dictionnaire bilingue (tentative de), « work in progress », et volonté de dialogue entre nos pratiques, nous présentons, « Fractures d’âmes » qui est donc un peu tout cela à la fois, et qui est amené à être développé dans des formes que nous ne connaissons pas encore mais que nous appelons de tous nos vœux.

    Fractures d’âme, une tentative de dialogue en 13 épisodes de Philippe de Jonckheere (images, création numérique) / Dominique Pifarély (violon, traitement numérique en temps réel).


  • http://www.uclouvain.be/404686.html (informations pratiques, accès etc... : http://www.fermedubiereau.be)

    Belges amis, à Louvain-La-Neuve, à la Ferme du Biéreau, le jeudi premier mars 2012 à 20H30, @dominique Pifarély, François Bon et moi-même — mais hélas, pas cette fois, pas avec Michele Rabbia — allons jouer Formes d’une guerre .

    #shameless_autopromo