person:miguel abensour

  • Les utopies réelles ou la fabrique d’un monde postcapitaliste

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/11/30/utopies-reelles-un-autre-monde-se-fabrique_5222764_3232.html

    Les « hackerspaces » californiens, les coopératives du Pays basque, ­l’encyclopédie Wikipédia… Enquête sur les bases théoriques d’un ­mouvement ­qui cherche à éroder le capitalisme par l’action concrète.

    Après une longue éclipse, l’utopie est de retour – au moins dans les librairies. Inscrit en grandes lettres rouges sur le best-seller de l’essayiste néerlandais Rutger Bregman, le mot figure également dans le titre de l’ouvrage sur le postcapitalisme du sociologue américain Erik Olin Wright. Mais plus que ce mot, né au XVIe siècle sous la plume de Thomas More, ce sont les adjectifs qui l’accompagnent dans ces deux titres qui intriguent : Rutger Bregman plaide pour des utopies « réalistes », Erik Olin Wright pour des utopies « réelles ».

    Dans les milieux alternatifs, ce sont les utopies « concrètes » qui sont en vogue. En septembre, la ville de Paris a ainsi accueilli le quatrième festival de ces expériences « qui préparent l’avenir ». Actions « zéro déchets », coopératives d’énergies renouvelables, villes sans voitures, emplois d’utilité sociale : « Pendant que certains politiques délirent sur les Gaulois ou les dynasties royales », raille le magazine Basta !, les citoyens inventent des « utopies concrètes » destinées à résister aux « secousses économiques, sociales et environnementales ».

    L’expression d’utopie concrète n’est pas réservée aux militants : dans L’Age du faire (Seuil, 2015), le sociologue Michel Lallement l’utilise pour qualifier les espaces où les hackeurs imaginent des formes de travail qui bousculent les règles de l’économie de marché. Elle a été inventée par le philosophe allemand Ernst Bloch (1885-1977) : dans son livre Le Principe espérance (Gallimard, 1976), publié en République démocratique allemande dans les années 1950, il affirme que les utopies concrètes permettent de déceler, dans le réel, « l’anticipation réaliste de ce qui est bien ».

    Utopies réelles, utopies réalistes, utopies concrètes ? Ces expressions ont un petit air de paradoxe, voire d’oxymore : a priori, l’utopie ne fait pas bon ménage avec le réel. « Elle est, par définition, incompatible avec l’ordre existant, insiste l’historienne Michèle Riot-Sarcey. Il y a bien sûr, dans le monde, des expériences qui ont un potentiel subversif, mais ce ne sont que des prémisses ou des apprentissages, pas des utopies pérennes. » L’utopie, rappelle-t-elle en citant le philosophe Miguel Abensour (1939-2017), ne s’inscrit pas dans la réalité : elle recherche « sans fin l’ordre politique juste et bon ».

    Dans la tradition marxiste

    C’est d’ailleurs parce que l’utopie ne dessine pas un « modèle qui signifierait la fin de l’histoire », selon le mot de Miguel Abensour, qu’elle a été considérée avec un doigt de condescendance par Karl Marx : il critiquait les « vaines spéculations de l’imagination » qui émanaient des socialistes utopiques du XIXe siècle. « Le marxisme est fâché avec les utopies, constate Michel Lallement. Il y voit une forme d’enfance de la pensée. » Un siècle plus tard, le philosophe Emil Cioran, dans les années 1950, se moquait volontiers des utopistes, qu’il jugeait « plats, simplistes et ridicules ».

    Assis à la table d’un café du 20e arrondissement de Paris lors d’une soirée d’échanges avec ses lecteurs, Erik Olin Wright, qui s’inscrit dans la tradition marxiste, revendique pourtant les termes « utopies réelles ». Lorsqu’il présente son ouvrage sur le dépassement du capitalisme, le professeur de sociologie de l’université du Wisconsin à Madison rappelle malicieusement qu’il a passé six mois à Paris en 1967, alors qu’il était assistant de recherche de l’attaché culturel de l’ambassade américaine. « L’année suivante, en 1968, un slogan a fleuri sur les murs de la capitale, sourit-il : “Soyez réalistes, demandez l’impossible !” »

    Son travail consiste, explique-t-il, comme le proclame ce slogan joyeusement surréaliste, à « embrasser cette tension » entre l’utopie et le réel. Erik Olin Wright ne veut pas renouer avec les grands desseins politiques qui ont conduit aux tragédies du XXe siècle ; il cherche plutôt à « cristalliser » l’inévitable tension entre les rêves et les pratiques. Il faut, selon lui, conserver l’apport inestimable de l’utopie – la plasticité du monde, la puissance de l’espoir, le bouleversement des évidences – tout en ancrant la transformation sociale dans une réflexion nourrie sur le monde d’aujourd’hui.

    Un petit air de paradoxe

    Pour penser la transition vers un horizon « postcapitaliste », le sociologue américain ne se contente donc pas de dessiner une perspective lointaine : il s’appuie sur le « déjà là » que constituent les utopies réelles « d’ici et de maintenant ». « Au lieu de domestiquer le capitalisme en imposant une réforme par le haut ou de briser le capitalisme par le biais d’une rupture révolutionnaire, l’idée centrale consiste à éroder le capitalisme en construisant des alternatives émancipatrices dans les espaces et les fissures des économies capitalistes, et en luttant pour défendre et étendre de tels espaces. »

    Ces utopies réelles « préfigurent un monde idéal et nous aident à atteindre un objectif postcapitaliste », affirme Erik Olin Wright. Cette idée fait écho aux écrits du philosophe Ernst Bloch, avec qui le sociologue américain admet une parenté. « Il y a clairement un écho entre mon concept d’utopies réelles et la distinction que fait Bloch entre les “utopies abstraites” et les “utopies concrètes”, explique-t-il en 2013 dans la revue Tracés. (…) Nous cherchons tous deux des préfigurations utopiques dans le présent et nous plaçons la démocratie au cœur de la construction pratique des utopies, réelles ou concrètes. »


    Extrait de la série « D’après moi, le déluge ». Les pommes.

    Pour le politiste Laurent Jeanpierre, qui est aussi l’éditeur d’Erik Olin Wright, c’est cette attention au monde d’aujourd’hui qui fait l’intérêt du livre. « Dans l’expression “utopie réelle”, ce n’est pas le mot qui m’intéresse, c’est l’adjectif. Erik Olin Wright n’est pas un idéaliste qui se contente de rêver d’un autre monde : sa réflexion sur le postcapitalisme est articulée à une analyse des rapports de force et des conditions de possibilité de ce nouveau monde. Sa pensée et ses espoirs s’accompagnent donc de propositions rigoureuses et rationnelles qui sont issues d’expériences : il étudie avec précision leur impact mais aussi leurs limites. »

    Alternatives émancipatrices

    Où ces utopies réelles sont-elles nichées dans le monde qui nous entoure ? A titre d’exemples, le sociologue américain met en avant quatre « alternatives émancipatrices aux organisations sociales dominantes » : le budget participatif municipal inspiré de l’expérience menée à la fin des années 1980 à Porto Alegre (Brésil) ; les coopératives autogérées de Mondragon, au Pays basque espagnol, qui regroupent 40 000 travailleurs-propriétaires ; le revenu de base inconditionnel dont Benoît Hamon s’était fait le défenseur pendant la campagne présidentielle ; et… Wikipédia.

    Brésil : le budget participatif de Porto Alegre

    A partir de 1989, le Parti des travailleurs a expérimenté à Porto Alegre, mégalopole brésilienne relativement pauvre de plus de 1,5 million d’habitants, une nouvelle forme de démocratie directe : le budget participatif. Une fois l’an, des assemblées populaires composées de membres de l’exécutif local, d’administrateurs, d’associations de quartier, de clubs sportifs ou de simples citoyens désignent des délégués chargés de mener un travail « participatif » dans les quartiers. Trois mois durant, ils inventent, avec les résidents et les représentants associatifs, des projets qui sont soumis ensuite au vote de l’assemblée : réfection des rues, traitement des eaux usées, entretien de l’habitat public, création de centres de soin. Pour Erik Olin Wright, le bilan est positif : grâce à ce processus délibératif, des transferts massifs de dépenses ont été effectués vers les quartiers les plus pauvres, beaucoup de citoyens (8 %), y compris dans les milieux défavorisés, se sont investis dans le processus et la corruption a reculé grâce à la transparence et à la codification des procédures.

    Espagne : les « travailleurs propriétaires » de Mondragon

    Mondragon est un conglomérat de coopératives autogérées situées au Pays basque espagnol. Née en 1956, sous le général Franco, la première coopérative, regroupant 24 ouvriers, produisait des chaudières à pétrole et des cuisinières à gaz. Soixante ans plus tard, Mondragon est devenu le septième plus grand groupe d’affaires espagnol : il est composé de 250 entreprises autonomes réunissant plus de 40 000 « travailleurs-propriétaires ». Organisées sur le modèle coopératif, ces entreprises qui appartiennent à leurs employés produisent des machines à laver ou des pièces de voiture, fournissent des services bancaires ou des assurances, constituent de simples épiceries. La direction générale est élue par les travailleurs et les grandes décisions sont prises soit par un conseil d’administration représentant tous les membres, soit par l’assemblée générale des travailleurs. Pour Erik Olin Wright, cette infrastructure sociale développe « la propriété coopérativiste, qui protège partiellement les entreprises des pressions concurrentielles des marchés capitalistes ».

    Wikipédia ? Dans le café où Erik Olin Wright dialogue avec ses lecteurs, beaucoup tiquent à l’idée de faire de l’encyclopédie en ligne une « alternative post-capitaliste émancipatrice ». « Qui, pourtant, aurait imaginé au début des années 2000 qu’un groupe de 200 000 contributeurs rédigerait bénévolement et horizontalement une encyclopédie gratuite, traduite en une centaine de langues ?, argumente le sociologue. Que cette encyclopédie serait régie par un principe égalitaire ? Et qu’elle détruirait les encyclopédies payantes, une industrie capitaliste vieille de plus de 300 ans ? Wikipédia incarne une logique de partage de la connaissance, non seulement non capitaliste, mais anticapitaliste. »

    Dans la salle, beaucoup s’interrogent à haute voix sur le chemin qui mène à ce monde post-capitaliste. Une révolution ? La victoire électorale d’un parti politique ? Un foisonnement d’utopies réelles suffisamment dense pour « éroder » le capitalisme ? « Dans ce combat pour l’épanouissement humain et l’émancipation, il n’y a pas de carte, il n’y a pas de routes dessinées à l’avance, répond Erik Olin Wright. Il y a en revanche une boussole : l’égalité, la justice, la liberté, la démocratie, la communauté, la solidarité. On sait si on marche dans la bonne direction, mais on ne connaît pas le chemin à l’avance. C’est un voyage. »

    Crise des possibles

    Dans ce long périple, le sociologue américain ne renie pas la longue histoire de la gauche. « Elle compte trois traditions différentes, rappelle Razmig Keucheyan, professeur de sociologie à l’université de Bordeaux. La stratégie de la rupture, qui est défendue par les révolutionnaires, notamment ceux de la IIIe Internationale ; la stratégie réformiste, qui est mise en œuvre par les partis sociaux-démocrates ; et une stratégie qui s’en remet à la créativité de la société civile, que l’on trouve dans certains courants libertaires, mais aussi dans la deuxième gauche. Erik Olin Wright synthétise ces trois courants : pour cheminer vers une société postcapitaliste, il imagine à la fois des moments de rupture, des politiques gouvernementales et des innovations de la société civile. »

    Si la démarche d’Erik Olin Wright est intéressante, c’est parce que, depuis une quarantaine d’années, les deux premières stratégies s’essoufflent, poursuit Razmig Keucheyan. « Depuis les années 1980 et 1990, nous avons assisté à la crise d’un double logiciel, celui de la révolution et celui du réformisme. Erik Olin Wright prend donc acte de cette crise des possibles et propose d’accorder une importance nouvelle à la créativité de la société civile. Il ne récuse pas pour autant les élections – il n’est pas anarchiste – et ne renie pas le rôle de l’Etat, qui consiste justement à protéger et faire prospérer les utopies réelles inventées par les citoyens. »

    Pour développer ces utopies réelles, le sociologue américain plaide pour le « renforcement du pouvoir d’agir social au sein de l’économie » : dans le mot socialisme, affirme-t-il, il « prend le social au sérieux ». Un parti-pris salué par l’économiste Thomas Coutrot, ancien coprésident d’Attac et membre des Economistes atterrés. « Les stratégies classiques de la gauche mettent l’Etat au centre de leurs préoccupations alors que, dans ce livre, c’est au contraire la société civile qui doit établir son hégémonie sur le politique – l’Etat – et sur l’économique – le capital. C’est une idée sacrément forte : elle devrait bousculer la gauche française, qui a tendance à reproduire des schémas étatistes. »

    La métaphore de l’étang

    Pour démontrer l’utilité et la puissance de la société civile, Erik Olin Wright utilise volontiers la métaphore de l’étang. Les systèmes sociaux sont des écosystèmes qui comptent de nombreuses sortes de poissons, d’insectes et de plantes, explique-t-il. Il suffit parfois d’introduire une nouvelle espèce pour qu’elle se développe harmonieusement – et qu’elle modifie en profondeur l’écosystème. « Les utopies réelles sont une espèce étrangère dans l’étang où domine le capitalisme. La question est de savoir si l’on peut créer dans l’étang les conditions nécessaires à l’épanouissement des espèces relevant des utopies réelles. »

    Le sociologue Michel Lallement apprécie cette insistance sur les vertus du « faire » – et croit, lui aussi, à la métaphore de l’étang. Sans partager les convictions marxistes d’Erik Olin Wright, il estime que le temps des utopies réelles est venu : les hackerspaces qu’il a étudiés sont, à ses yeux, une illustration paradigmatique de ces « poches alternatives où, déjà, fermente le nouveau monde ». Ces innovations, « tapies dans les plis de notre présent », ne sont pas « des îlots d’illusion dans un océan de réalisme », affirme le sociologue : elles ­ « savent secouer les mondes qui les entourent et qui les traversent ».

    Razmig Keucheyan croit, lui aussi, à la créativité de la société civile, mais il se demande si elle est toujours dotée d’une véritable conscience politique. « C’est Erik Olin Wright qui réunit dans un même mouvement les utopies réelles que sont Wikipédia, le revenu universel et les entreprises autogérées par les salariés. Mais la question politique reste entière : comment faire en sorte que ce monde, même s’il est inventif, se donne des instruments qui lui permettent de réussir la transformation sociale ? Comment construire ce que l’on appelle, dans les milieux militants, la “convergence des luttes” ? »

    Quel que soit le chemin, les militants du postcapitalisme devront se montrer patients : pour Laurent Jeanpierre, la pensée des possibles d’Erik Olin Wright est une affaire de décennies, voire de siècles. « Les utopies réelles, tout en changeant le monde, peuvent nourrir l’imaginaire et entretenir l’espérance, mais ces processus de changements historiques dépassent largement une génération. Le capitalisme a mis des siècles à se construire, il mettra beaucoup de temps à s’éroder – s’il doit s’éroder. » Le livre est destiné à tous ceux qui rêvent, à long terme, d’un dépassement du capitalisme, pas à ceux qui cherchent une baguette magique pour transformer le monde du jour au lendemain.


  • Miguel Abensour, l’émancipation par l’utopie
    http://www.laviedesidees.fr/Miguel-Abensour-l-emancipation-par-l-utopie.html

    Miguel Abensour a profondément renouvelé la réflexion sur la #démocratie : attentive au désir d’émancipation, sa philosophie politique s’est organisée à partir d’une conception originale de l’utopie qui entend rompre avec la mythologie de la « cité idéale » ou de la « bonne société ».

    Essais & débats

    / démocratie, #utopie, #émancipation, #Etat

    #Essais_&_débats


  • Miguel Abensour (1939-2017), philosophe subversif | Le Club de Mediapart
    https://blogs.mediapart.fr/michael-lowy/blog/240417/miguel-abensour-1939-2017-philosophe-subversif

    Un article passionnant sur l’utopie, le marxisme et l’auto-émancipation.

    Miguel Abensour nous a quittés, une très grande perte pour la raison utopique. Il fut sans doute un des penseurs les plus importants, les plus novateurs et les plus percutants de la France contemporaine ; son œuvre est incomparablement plus riche et plus intéressante que celle des philosophes conformistes qui occupent les plateaux télévisés et les rayons des supermarchés du livre. Il représente, dans le spectre de la philosophie politique moderne, la radicalité utopique libertaire dans toute sa force subversive.

    Dans ce petit hommage à un très grand philosophe, nous allons passer en revue, brièvement, deux livres de Miguel Abensour sur l’utopie, et un ouvrage récent, dédié à sa pensée.

    L’ouvrage L’Utopie, de Thomas More à Walter Benjamin (Paris, Sens & Tonka, 2000, 211 pages) est composé de deux essais denses et profonds, portant sur deux moments forts de l’histoire de l’utopie moderne : l’invention, par Thomas More, d’un nouveau dispositif littéraire, philosophique et politique, et la reformulation du projet utopique, face au péril extrême, dans les derniers écrits (1935-40) de Walter Benjamin.

    L’auteur n’hésite pas à prendre le contrepied de la doxa dominante, figée dans sa haine de l’utopie - cette passion triste, ce « symptôme répétitif qui, de génération en génération, affecte les défenseurs de l’ordre existant en proie à la peur de l’altérité ». Ce n’est pas l’utopie qui est génératrice de totalitarisme, c’est une société sans utopie qui est très exactement une société totalitaire, prise dans la dangereuse illusion de l’accomplissement.

    #Utopie #Philosophie_politique


  • Entretien avec Miguel Abensour
    Persistance de l’utopie

    http://lavoiedujaguar.net/Entretien-avec-Miguel-Abensour

    Disparu le 22 avril 2017, Miguel Abensour répondait, en 2010, aux questions de Sophie Wahnich pour la revue Vacarme.

    « Ernst Bloch engage à penser la mort à partir du temps et non plus, comme chez Heidegger, le temps à partir de la mort. Penser la mort à partir du temps, à partir de l’avenir utopique, n’abolit pas le scandale de la mort, mais lui enlève jusqu’à un certain point son dard, en ce qu’un nouveau regard peut être jeté sur elle. Loin d’être l’exclusive signification du temps, la voie vers l’authenticité, la mort est abordée autrement. « L’extase première est ici l’utopie et non plus la mort » écrit Levinas. La mort est détrônée de sa position de maître absolu, étant incluse dans le temps, comprise en fonction du temps de l’utopie, d’un temps à venir où la relation à l’autre est déterminante. Si, du côté de Heidegger, le temps pensé à partir de la mort incline vers la finitude, il n’en va pas de même du temps pensé à partir de l’utopie, de son mouvement qui ouvre sur l’infini de l’utopie, l’infini du temps assigné à l’utopie. »

    #Miguel_Abensour #entretien #utopie #totalitarisme #émancipation #Ernst_Bloch


  • Disparition de #Miguel_Abensour : l’utopie est plus que jamais une « dédicace à l’avenir »
    https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/240417/disparition-de-miguel-abensour-lutopie-est-plus-que-jamais-une-dedicace-la

    Philosophe, fin connaisseur de l’École de Francfort et des théories de l’utopie, Miguel Abensour est mort samedi 22 avril, à Paris, à l’âge de 78 ans. Nous l’avions rencontré au mois de juin 2010. Voici l’entretien filmé, et retranscrit, que nous avions eu avec lui square Léo-Ferré, sous les fenêtres de Mediapart.

    #Culture-Idées #philosophie_politique #Utopie


  • « La peur du peuple » de Francis Dupuis-Déri lu de près par Pierre Sauvêtre dans Contretemps :

    Enfin, et surtout, en mettant en avant, à travers leur résurgence dans les mouvements contemporains, les pratiques, les formes et les institutions de la démocratie directe (assemblées mixtes et non-mixtes, assemblées de quartier, groupes d’affinité, consensus, mandat impératif, fédéralisme, dêmos et plèbe, autogestion, conseillisme et communalisme, etc.), Francis Dupuis-Déri tranche avec un imaginaire maintenant convenu, qu’on trouve sous des formes diverses chez Jacques Rancière, Miguel Abensour ou Martin Breaugh, de la démocratie radicale comme « brèche » – moment insurgeant d’affirmation égalitaire introduisant une discontinuité et une suspension de l’ordre inégalitaire mais dont la vocation est le reflux inéluctable des énergies créatrices – pour lui préférer la conception d’un combat de long haleine pour remplacer le régime représentatif par l’institution et la permanence de la démocratie directe, dont d’autres signes marquent l’actualité : le renouveau du municipalisme dans les « villes rebelles » en Espagne, la relecture de Cornelius Castoriadis, la timide sortie de l’ignorance de Murray Bookchin en France, ou encore la réinterprétation de la révolution comme processus instituant. A l’imaginaire de la trouée succède celui de la substitution, à celui de la brèche celui de l’institution permanente de la norme de réciprocité et d’égalité.

    #démocratie_directe #Francis_Dupuis-Déri #anarchie

    http://www.contretemps.eu/sauvetre-avenir-democratie-directe


  • Les guerres d’Abensour

    Freddy Gomez

    http://lavoiedujaguar.net/Les-guerres-d-Abensour

    Miguel Abensour
    La Communauté politique des « tous uns »
    Entretien avec Michel Enaudeau

    « Le temps de l’histoire n’est pas, pour Abensour, un matériau homogène et vide, il porte à tout jamais inscrit en lui, en dépit de l’oubli, les blessures du passé, les traces ineffaçables de la césure ». Son histoire propre, celle qui le conduira à devenir philosophe, débute en 1939. Son enfance sera celle de beaucoup d’enfants juifs de sa génération. Il vivra caché à la campagne, dans les Pyrénées-Atlantiques. Il en parle peu, mais assez pour comprendre en quoi cette expérience des origines fut fondatrice. Il raconte aussi qu’à une étudiante d’origine algérienne qui lui demanda un jour pourquoi il était « toujours aussi critique, et parfois presque en guerre », Abensour ne sut quoi répondre quand, ajoute-t-il dans un même mouvement, il lui aurait suffi d’« invoquer [cette] enfance », ce temps de la « division entre “amis” et “ennemis” ». (...)

    #Théorie_critique #Socialisme_ou_Barbarie #Pierre_Clastres #La_Boétie #William_Morris #Hannah_Arendt #utopie


  • Miguel Abensour : repenser l’utopie
    http://www.laviedesidees.fr/Miguel-Abensour-repenser-l-utopie.html

    Dans un livre d’entretien, Miguel Abensour donne à comprendre son cheminement intellectuel vers une « philosophie politique critique ». Cette réflexion, guidée par la question de l’émancipation, rend cette dernière indissociable des mouvements populaires qui ont, contre l’État, inventé des formes de communauté politique anti-autoritaire et pluraliste tendant à la démocratie directe.

    Livres & études

    / #émancipation, liberté, communauté, #utopie, #totalitarisme

    #Livres_&_études #liberté #communauté


  • Miguel Abensour : repenser l’utopie
    http://www.laviedesidees.fr/L-emancipation-revue-et-corrigee.html

    Dans un livre d’entretien, Miguel Abensour donne à comprendre son cheminement intellectuel vers une « philosophie politique critique ». Cette réflexion, guidée par la question de l’émancipation, rend cette dernière indissociable des mouvements populaires qui ont, contre l’État, inventé des formes de communauté politique anti-autoritaire et pluraliste tendant à la démocratie directe.

    Livres & études

    / #émancipation, liberté, communauté, #utopie, #totalitarisme

    #Livres_&_études #liberté #communauté


  • Penser le conflit avec, ou sans, Karl Marx ? Une querelle de famille entre Mouffe, Lefort, Castoriadis et Abensour

    http://www.journaldumauss.net/spip.php?article955

    Peut-être n’y a-t-il pas de plus grand défi, à la fois intellectuel, éthique et politique aujourd’hui, que de savoir comment sortir du marxisme et ce que cela signifie : tout oublier de Marx ? En garder l’essentiel mais reconfiguré ? etc. Dans le sillage de son article publié dans le dernier n° du Mauss (« Miguel Abensour, Cornélius Castoriadis. Un conseillisme français ? », Revue du MAUSS semestrielle n°40), Manuel Cervera-Marzal apporte une contribution éclairante à ce débat en comparant les réponses qu’y apportent quatre auteurs français (ou francophones) postmarxistes importants.


  • A nous de dépasser les « horizons indépassables » !
    http://cqfd-journal.org/A-nous-de-depasser-les-horizons

    Merci par ailleurs au puits de science séditieux Miguel Abensour et aux indestructibles éditions rebelles Sens & Tonka de moucher la chandelle des crabes pour qui l’utopie serait « l’antichambre du goulag, voire des camps et ne nous laisserait rien espérer de l’avenir ». Les très roboratifs Le Procès des maîtres rêveurs et L’Homme est un animal utopique, qui viennent de reparaître dans de nouvelles versions, démontrent avec aplomb que l’utopie est « inséparable d’une pensée de l’émancipation » s’expérimentant en actes. « Pour les tenants de l’ordre existant, il importe de la rejeter du côté de l’impossibilité pour mieux liquider son impulsion à l’altérité. » L’utopie, c’est la recherche de nouveaux modes d’associations harmonieux et libérateurs. C’est donc aussi bien la Commune, la Makhnovitchina, Libertalia, Fiume 1919, les Asturies anarchistes ou les Diggers de 1968 que le TAG, les Black Blocs, Oaxaca, la Zomia ou les « nouvelles constellations subversives » par affinités évoquées par le génial Premières mesures révolutionnaires (La Fabrique). Les deux livres d’Abensour font un bien fou car c’est très scientifiquement, et très poétiquement aussi, qu’ils entendent prouver qu’on peut arriver à « dépasser ce qui se pose comme horizon indépassable ». Car, précise fort bien le cinglant préfacier Louis Janover, « il n’existe d’horizon indépassable que pour ceux dont le regard s’accommode de ce qui se déroule sous leurs yeux et leur soumission à cet état de fait est grosse de tyrannies à venir ». Notons aussi qu’Abensour insiste savoureusement sur la nécessité de réinventer le monde de façon ludique, rappelant à quel point Marx, grand lecteur de Fourier pourtant, a toujours « privilégié le travail au détriment du jeu ».

    #livres #édition


  • A propos de la monumentale étude sur la formation de la classe ouvrière anglaise(collection Points Histoire) de l’historien #Edward_P_Thompson

    Entretien avec #Miguel_Abensour à qui l’on doit l’édition française et l’historien #François_Jarrige qui a rédigé la préface pour l’édition en poche.
    http://www.lemonde.fr/livres/article/2012/04/05/miguel-abensour-philosophe-et-francois-jarrige-historien-une-biographie-de-l

    Quelle a été l’influence de ce livre d’E. P. Thompson ? Pourquoi est-il si méconnu en France ?

    M. A. : Le livre a été traduit trop tard en français, en 1988, date qui explique que sa réception n’a pas été réussie. S’il avait été traduit en 1968, ou juste après, la situation aurait été différente. Est-ce qu’aujourd’hui les conditions sont réunies pour une meilleure réception ? L’école de François Furet (1927-1997), qui s’était repliée sur une lecture politique, au sens étroit du terme, paraît aujourd’hui dépassée, ce qui rend le contexte plus favorable.

    F. J. : Il faut bien voir que ce livre a infusé absolument partout, dans toute l’historiographie mondiale. En cela, la #France ressemble à un îlot épargné. En histoire, si on sort du cas hexagonal, les innovations les plus importantes des années 1980-1990, comme les Subaltern Studies en Inde, se sont totalement imprégnées d’Edward P. Thompson, car il s’agit d’écrire une histoire « par en bas », des dominés, de ceux qui ont été marginalisés par l’historiographie nationaliste ou marxiste. Et même en France, à mesure qu’on s’est détachés de l’historiographie marxiste, qui s’intéresse essentiellement aux organisations, aux syndicats ou aux leaders, on a vu monter un intérêt pour Thompson.

    Conférence à la #Sorbonne de François Jarrige et Xavier Vigna Maîtres de conférence en Histoire contemporaine à l’Université de Bourgogne autour du livre d’Edward P. Thompson.
    http://vimeo.com/62285302

    Biographie de l’auteur :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Edward_Palmer_Thompson

    E. P. Thompson est né en 1924 à Oxford d’un père missionnaire presbytérien au Bengale, Edward John Thompson (1896-1946). Il abandonne ses études en 1941, à 17 ans, pour s’engager dans l’armée britannique : il combat notamment dans une unité blindée lors de la campagne d’Italie ; il participe notamment à la bataille de Monte Cassino4, puis à la prise de Pérouse, sur laquelle il reviendra lors d’une rencontre du mouvement pour la paix en Italie en 1984 5. Il adhère dans le même temps au Parti communiste de Grande-Bretagne.
    À l’issue de la guerre, alors qu’il dirige des cours du soir (extramural studies) de littérature dans le Yorkshire, il crée en 1946 le Communist Party Historians Group, avec notamment Christopher Hill, #Eric_Hobsbawm, Rodney Hilton et Dona Torr ; avec eux, il lance en 1952 une revue destinée à avoir une grande influence, Past & Present. De fait, « E. P. Thompson est un outsider académique, qui reste toute sa vie extérieur au monde d’Oxbridge, et un franc-tireur idéologique »3 : il quitte en 1956 le #parti #communiste pour protester contre l’#intervention #soviétique en Hongrie et contribue à la recomposition de la #gauche #marxiste #britannique, la Nouvelle #gauche (« New Left ») dans les années 1960. Il joue ainsi un rôle important, avec Perry Anderson ou Eric Hobsbawm, dans la création de la New Left Review en 1960, avant de prendre en 1965 la tête du Centre for Study of Social History (université de Warwick). Idéologiquement marqué par le socialisme anti-industriel du sujet de ses premières recherches, William Morris, E. P. Thompson « prône un #humanisme marxiste teinté de radicalisme plébéien »3.
    Il meurt à Worcester en 1993, à l’âge de 69 ans.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Edward_P._Thompson

    #Histoire #historiographie #Archives #Ouvriers #Luttes #Révolution_industrielle #Politique #Sociologie #Usine #Luddisme #Livre

    • L’oeuvre de Thompson a été et demeure au purgatoire comme celle-ci : Age of Extremes (L’Âge des extrêmes) , ouvrage d’Eric Hobsbawm. Les historiens aussi s’unissent en groupes de pression... Les universitaires en ont même fait leur spécialité.

    • De cet ouvrage, il ne faut pas seulement dire que c’est sans doute un des plus beaux livres d’histoire qui ait été écrit ; car c’est aussi l’une des recherches les plus fondamentales pour comprendre le nouage entre la méthode historique et le problème de la constitution d’un #sujet_politique. L’ensemble de l’ouvrage présente une approche immanente à la constitution d’une conscience de classe : la première partie (« L’arbre de la liberté ») explore la manière dont se développe en Angleterre une conscience révolutionnaire jacobine, sous l’impulsion de la Révolution Française ; la deuxième partie (« La malédiction d’Adam ») met au jour l’opération de démantèlement de cette conscience par l’offensive capitaliste articulée à la « révolution industrielle » ; la troisième partie (« Présence de la classe ouvrière ») montre comment la conscience de classe ouvrière émerge peu à peu, à partir de la recomposition d’éléments de la conscience révolutionnaire jacobine dans un monde transformé. Mais qu’entend-on, exactement, par « conscience » ? Et surtout : le terme est-il adéquat pour saisir la réalité subjective dont il tente de rendre compte ?

      Thompson et le problème de la conscience, par Bernard Aspe
      http://multitudes.samizdat.net/Thompson-et-le-probleme-de-la

      #subjectivité

    • Pour le plaisir de voir et d’entendre Edward P. Thompson.
      Il n’y a malheureusement pas de sous-titres en français
      http://www.youtube.com/watch?v=RJl3_ulTmoQ

      Abstract: This is a film of a seminar on ’Models of Change’ over two days on 20th and 21st March 1976. The participants in the four sessions, lasting eight hours in all, were: Peter Burke, Sally Humphreys, Ernest Gellner, Raphael Samuel, Joel Kahn, Maurice Bloch, Jack Goody, Maurice Godelier, Arnaldo Momiliagno, Edward Thompson, Keith Hopkins, Tom Bottomore, Edmund Leach. The seminar was convened by Alan Macfarlane and held in King’s College, Cambridge.

      Description: This is one of four seminars in the series. The films of one other seminar will be made available on the web. The films were made and edited by the Audio Visual Aids Unit at Cambridge, directed by Martin Gienke and with the assistance of Sarah Harrison. The films were saved from deteriorating quarter inch tape by the British Film Institute, London.


    • « Rien n’est délicat et fugitif, par nature, comme un commencement. Aussi longtemps qu’un groupe zoologique est jeune, ses caractères demeurent indécis (...) Irritante mais essentielle fragilité des origines, dont le sentiment devrait pénétrer tout ceux qui s’occupent d’histoire ! »
      Teilhard de Chardin, Le Phénomène Humain.



  • Non à l’asservissement aux maris et aux prêtres ! par Noël Godin
    http://cqfd-journal.org/Non-a-l-asservissement-aux-maris

    Le dossier copieux Pierre Clastres (Sens&Tonka), concocté par le sujet du livre lui-même, avec tout plein de textes rares ou inédits, et par quelques historiens dérangeants, Miguel Abensour, Marc Richir, Anne Kupiec…, souligne à quel point l’anti-ethnologue Clastres a foutu le souk dans l’anthropologie politique. Comment ? En démontrant avec force que « l’absence d’État dans les sociétés dites primitives ne provient pas de leur bas niveau de développement ou de leur incomplétude supposée mais d’une attitude active de refus de l’État en tant que pouvoir coercitif coupé de la société ». « Contre l’État » donc plus que « sans État ». D’où les rapports relevés dans l’ouvrage entre la pensée dynamiteuse de Clastres et celle d’autres têtes brûlées renommées pour qui « l’homme est un être-pour-la-liberté ». Ainsi de La Boétie et de sa guérilla contre la servitude volontaire et contre les nécessités factices auxquelles les zigues qui les ont créées se soumettent (la religion, le pouvoir hiérarchisé, les lois). Ainsi du géographe anar Élisée Reclus : « Je pourrais citer diverses peuplades, dites sauvages, qui même de nos jours vivent en parfaite harmonie sociale sans avoir besoin de chefs, ni de lois, ni d’enclos, ni de force publique. »


  • Une biographie de la classe ouvrière – A propos de « La Formation de la classe ouvrière anglaise d’Edward P. Thompson » « Espace contre ciment
    http://raumgegenzement.blogsport.de/2012/05/23/une-biographie-de-la-classe-ouvriere-a-propos-de-la-format

    « Une biographie de la classe ouvrière » (Entretien avec Miguel Abensour et François Jarrige)

    Dans les années 1980, le Britannique Edward Palmer Thompson (1924-1993) est l’un des historiens les plus cités dans le monde. Son grand livre, La Formation de la classe ouvrière anglaise, est paru en 1963 en Grande-Bretagne et traduit en France en 1988, grâce à la force de conviction du philosophe Miguel Abensour. Pour sa sortie en poche, l’historien François Jarrige en a rédigé la préface. Dialogue autour d’un intellectuel qui n’a jamais renié l’apport de Marx.


  • Persistance de l’utopie -entretien avec Miguel Abensour | Sophie Wahnich (Vacarme)
    http://www.vacarme.org/article1955.html

    Avant d’être orientée vers le futur, l’utopie était échappée mentale dans un hors-lieu. En faire un rêve vers l’avant oblige à penser le devenir historique en accordant une place centrale à l’imaginaire politique. L’utopie devient la poésie de l’avenir, nécessaire pour faire advenir un monde tout autre. (...) Source : Vacarme

    • Quant à l’autre paradigme, je le trouve chez Walter Benjamin dans Paris Capitale du XIXe siècle. L’originalité de Benjamin tient à ce qu’il considère qu’on ne peut penser, interpréter l’histoire sans prendre en compte les dimensions oniriques d’une époque, ses rêves, ses projections, son imaginaire. De là, l’importance accordée à l’utopie, qu’il définit comme le précipité des rêves du collectif, lui conférant ainsi une épaisseur historique particulière.

      #Walter_Benjamin