person:nancy huston

  • « Vous en connaissez, vous, des ’Raymond couche-toi-là’ ? » : ce livre dénonce le machisme dans notre vocabulaire -
    https://www.lci.fr/vie-de-couple/vous-en-connaissez-vous-des-raymond-ou-des-marcel-couche-toi-la-quand-un-livre-d

    C’est un combat mené depuis longtemps par certaines militantes féministes, qui ont été revigorées après l’affaire Weinstein : « Dénoncer le sexisme de notre langue » et « la masculinisation de notre grammaire ». Avec en ligne de mire la fameuse écriture inclusive qui, à elle seule, pourrait, selon elles, tout éradiquer. Un choix qui ne satisfait pas l’auteur Jean-Loup Chifflet, persuadé que « ce n’est pas comme ça qu’on va défendre la cause des femmes ». « D’autant que l’écriture inclusive ne fonctionne qu’à l’écrit », insiste-t-il.

    Lui a beaucoup mieux comme arme de persuasion massive (!!!!) : s’attaquer à notre vocabulaire, gorgé à souhait de mots « ouvertement ou sournoisement machistes ». Avec la lexicographe Marie Deveaux, il a décidé de les débusquer, de les recenser et de les analyser dans un livre mordant #Balancetonmot, publié ce jeudi 14 mars aux Editions Plon. « Au final, l’idée est d’éliminer petit à petit ces mots qui n’ont d’autre utilité que d’insulter, mépriser, rabaisser les femmes, déclare-t-il à LCI. Alors que le ’politiquement correct’ a imposé la technicienne de surface et autres hôtesses de caisse, attaquons-nous désormais au ’sexuellement correct’ ! », clame-t-il.Les deux auteurs, partis à la chasse aux mots machistes, les ont classés en plusieurs catégories. Parmi elles, les vocables qui n’ont pas de masculin, ceux qui deviennent péjoratifs au féminin, sans oublier les divers noms d’oiseaux ou autres animaux qui servent à qualifier les femmes. « Je n’avais pas réalisé à quel point le vocabulaire animal était réservé à la gent féminine. Les plus courants étant poule, bécasse, dinde, morue, et j’en passe... c’est quand même terrible. Quand on dit : ’tu as vu, elle a l’air d’une poule’, ce n’est quand même pas très reluisant », note Jean-Loup Chifflet.

    Parmi les mots qui ne s’appliquent qu’aux femmes, Jean-Loup Chiflet et Marie Deveaux pointent du doigt les termes « garçon manqué ». « Pourquoi cette fille qui prend des allures de garçon est-elle ’manquée’ plutôt que garçonnière ? Lui manquerait-il quelque chose ? », interrogent-ils. « Et que penser de ’gendarmette’ ? Pourquoi ajoute-t-on ce suffixe qui sert aussi à désigner une forme plus petite - maison, maisonnette -, alors que l’on peut dire une femme gendarme ? Une gendarmette est donc une petite gendarme ! ».

    Mais pour Jean-Loup Chifflet, le terme le plus représentatif du machisme de notre langue est sans nul doute le mal nommé « Marie-couche-toi-là ». « Vous en connaissez, vous, des Raymond ou des Marcel-couche-toi-là ?, demande-t-il. Personne n’a en effet l’idée de traiter de la sorte un homme qui accepterait facilement d’avoir des relations sexuelles. Et pourtant ils sont nombreux. » Quant au fameux « mal-baisée », réservée manifestement qu’aux femmes, là encore, Jean-Loup Chifflet s’emporte : « Une femme qui n’est pas comblée sexuellement serait forcément responsable, puisqu’il n’y a pas de ’mal-baiseur’, quelle drôle d’idée ! ».
    Des mots péjoratifs au féminin

    Il y a également une foule de mots qui, en passant du masculin au féminin, prennent une connotation péjorative. Ainsi, les hommes peuvent être des courtisans, des entraîneurs, être bons ou encore faciles. Mais mettez ces mots au féminin et leur sens changent radicalement, avec dans la plupart des cas, une connotation sexuelle pour le moins peu ragoûtante. « Si le courtisan a plutôt une image d’homme charmant, la courtisane, elle, est une prostituée », interpelle Jean-Loup Chifflet. « Quant à l’entraîneur, il coache un sportif, là où l’entraîneuse est suspectée de faire profession de ses charmes. Et que dire d’une femme facile ? C’est une femme qui couche facilement. Aucune connotation sexuelle en revanche pour l’homme ’facile’, qui se contente d’être gentil et de bonne composition ».

    Autre hérésie, les mots qui n’ont tout simplement pas de féminin : « On dit ’je suis gourmand, elle est gourmande, mais pas je suis gourmet, elle est gourmette ! A croire que quand le goût devient raffiné, il n’est réservé qu’aux hommes », insistent les auteurs. "Un gentleman n’a pas de gentlewoman. Même chose pour notre gentilhomme français, aucune ’gentilfemme’ à l’horizon.
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    Des expressions peu élégantes à l’égard des femmes

    Enfin, les auteurs recensent quelques expressions peu élégantes à l’égard des femmes. On notera pèle-mêle : « Faire la jeune fille de la maison ». « Une expression que l’on peut encore entendre dans certaines familles. Il s’agit en général de demander à la benjamine de faire le service quand il y a des invités. Mais pourquoi ne demande-t-on pas de ’faire le jeune garçon de la maison ? », questionne Jean-Loup Chifflet. Ou encore : « Cherchez la femme ! » "Voilà une expression sans ambiguïté qui nous fait savoir qu’à chaque fois qu’il se produit quelque chose de désagréable, c’est forcément une femme qui en est la cause", explique-t-il.

    Plus graveleux : « Nique ta mère ». « Voilà bien une expression réservée aux jeunes mâles. Jusqu’à preuve du contraire ’nique ton père’ n’existe pas, avance Jean-Loup Chifflet. Et que dire de l’usage immodéré du mot ’couilles’ dans nos expressions familières, à l’image du fameux ’s’en battre les couilles’. Je n’ai jamais entendu : ’Je m’en bats la poitrine’. Toutefois les mentalités sont en train de changer. Comme me l’a rapporté une amie professeure dans un quartier difficile, il paraît que les filles disent maintenant : ’Je m’en bats le clito’. Elle n’a pu que s’en féliciter, et moi aussi par la même occasion ! ».

    #mansplanning #langage #misogynie

  • Ce n’est pas un sacre, c’est un massacre Nancy Huston - 22 Aout 2018 - Le Devoir
    https://www.ledevoir.com/opinion/idees/534990/ce-n-est-pas-un-sacre-c-est-un-massacre

    Cher François,

    Ces jours-ci, le monde tangue sous le choc d’un nouveau scandale de pédophilie qui, en Pennsylvanie cette fois, vient « éclabousser » l’Église catholique : sur une période de 70 ans, 1000 enfants abusés ou violés par des prêtres, et, compte tenu de la célérité des intéressés à escamoter les preuves et de la honte des victimes à témoigner, l’on peut être certain que ce chiffre est encore inférieur à la vérité. Certain aussi que, pour nombreux qu’ils soient, les cas connus ne forment que la pointe de l’iceberg.


    Comme moi, comme d’autres, vous avez dû être frappé par la ressemblance entre cette salve de révélations « scandaleuses » et une autre, qui défraie l’actualité depuis bientôt un an : celle des témoignages #MeToo sur le harcèlement sexuel. Ici et là, même propension des hommes à profiter de leur pouvoir pour satisfaire leurs besoins sexuels. Si l’on mettait à la disposition des enfants du monde entier un site Internet où ils pourraient déposer leur plainte en toute sécurité, ce « #balancetonpretre » provoquerait un tsunami mondial qui, par sa violence et son volume, dépasserait à coup sûr celui de « #balancetonporc ». Seraient encore reléguées au silence, il est vrai, les nombreuses victimes qui, en raison de leur jeune âge (18 mois, exemple entendu ce matin) ou de leur misère (enfants du Tiers-Monde, illettrés et/ou non connectés), n’auraient pas accès au site.

    Ce nouveau scandale vous a poussé à publier une longue « lettre au peuple de Dieu ». Mais, François, jamais la honte, la prière, le jeûne et la repentance ne mettront fin à ce fléau. À moins de changer les données qui engendrent ces gestes intempestifs, ils continueront à se produire. Pour les harceleurs de tout poil, il serait de la toute première importance de chercher les causes de leur acting-out machiste. Pour les prêtres catholiques, en revanche, point n’est besoin de chercher. La raison est là, évidente, flagrante comme le nez au milieu du visage.

    Ils ont peur
    Pourquoi s’en prennent-ils de façon si prépondérante aux enfants et aux adolescents ? Non parce qu’ils sont pédophiles — la proportion de vrais pédophiles parmi les prêtres est sûrement aussi minuscule que dans la population générale — mais parce qu’ ils ont peur , et que les plus jeunes sont les plus faibles, les plus vulnérables, les plus faciles à intimider, les moins aptes donc à les dénoncer. S’ils abordaient avec leur sexe tumescent — ce pauvre sexe nié, perpétuellement réprimé — des adultes de leur paroisse, ou s’ils allaient rendre visite aux travailleur(euse)s du sexe, ils seraient « pris » tout de suite. Avec les jeunes, ça peut durer des années… des décennies. On prend les nouveaux enfants de choeur… les fillettes qui viennent de faire leur première communion… cette toute jeune femme, dans le secret du confessionnal… ce tout jeune homme, pendant les vacances en colonie… On a sur elle, sur lui, sur eux, une ascendance, un pouvoir plus qu’humain, quasi divin… Et l’année d’après on recommence, avec les mêmes ou d’autres… François, ce n’est pas un sacre, c’est un massacre.

    À moins de se dire que seuls les pédophiles et les pervers sont intéressés par le sacerdoce chrétien, le problème n’est ni la pédophilie ni la perversion. Il faut abandonner ces clichés une fois pour toutes. Le problème, c’est que l’on demande à des individus normaux une chose anormale. C’est l’Église qui est « perverse » dans son refus de reconnaître l’importance de la sexualité et les conséquences désastreuses de son refoulement.

    Ces dernières décennies, nous autres, pays chrétiens — ou États laïques issus du christianisme —, avons pris l’habitude de dénoncer les coutumes d’autres cultures que nous considérons comme barbares ou injustes : je pense notamment à l’#excision ou au port de la #burqa. À ceux qui les pratiquent, nous aimons à faire remarquer que nulle part dans le Coran (par exemple) il n’est stipulé que l’on doive couper leur clitoris aux petites filles ou couvrir le visage des femmes, que ces pratiques ont commencé pour des raisons précises, à un moment précis de l’Histoire, afin d’aider les sociétés à mieux organiser les mariages et gérer la distribution des richesses. Les jugeant foncièrement incompatibles avec les valeurs universelles (liberté, égalité, fraternité) et les droits de l’individu — notamment le droit à l’intégrité corporelle —, nous nous estimons en droit de les interdire sous nos latitudes.

    Or ceux qui les pratiquent les considèrent comme irréfragables, constitutives de leur identité… de la même manière exactement que l’Église considère le #dogme du célibat des prêtres ! N’entrons pas, ici, dans le débat byzantin des raisons plus ou moins avouables pour lesquelles, après la scission des deux Églises, orientale et latine, celle-ci a tenu à se distinguer de celle-là en rendant obligatoire le célibat de ses officiants. Il est bien connu que Jésus n’a rien dit à ce sujet. Si lui-même n’a pas pris femme, il y avait parmi ses apôtres des hommes mariés, et, à d’autres époques et sous d’autres formes, le christianisme a autorisé et autorise encore ses prêtres à se marier. Le dogme catholique du célibat ne remonte qu’au Moyen Âge, un grand millier d’années après la mort du Christ.

    Les dégâts d’un dogme
    Ce qu’il s’agit de souligner, c’est que ce dogme, qui fait largement autant de dégâts que l’excision ou que la burqa, est lui aussi le résultat d’une certaine évolution historique. Cela veut dire qu’elle peut être annulée par une autre décision historique, décision que vous seul, cher François, êtes en mesure de prendre. Oui, vous seul avez la possibilité de lever l’injonction au célibat sous toutes les latitudes, protégeant ainsi d’innombrables enfants, adolescents, hommes et femmes à travers le monde.

    La preuve a été refaite et refaite. Le célibat obligatoire des prêtres ne marche pas. La plupart des prêtres ne sont pas chastes. Ils n’arrivent pas à l’être. Il faut en prendre acte et enterrer une fois pour toutes ce dogme inique. Il est criminel de tergiverser alors que, partout où il sévit, le massacre continue. Vous le savez, François ; nous le savons tous. Le rôle de l’Église est de protéger non les forts mais les faibles, non les coupables, mais les #innocents. « Et Jésus dit : Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi ; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent » (Matthieu 19 : 14). Depuis mille ans, combien de millions d’enfants ont été détournés de l’Église, dégoûtés de l’Église, empêchés de venir à Jésus, en raison de ce traumatisme ?

    Alors, dites STOP, François. En tant qu’autorité suprême de l’Église catholique, ce serait de loin l’acte le plus important, le plus courageux et le plus chrétien de tout votre mandat. Vous ne le feriez pas pour votre gloire personnelle… et pourtant, cela ne fait pas de doute, cette décision vous apporterait une gloire immense. Pendant des siècles, les prêtres et leurs ouailles vous remercieraient de votre prescience, de votre humanité, de votre sagesse.
    Ayez ce courage, je vous en conjure. Le moment est venu. L’Église doit cesser de cautionner (et donc de perpétuer, c’est-à-dire de perpétrer ) des crimes qui, à travers le monde et les âges, ont bousillé des vies sans nombre. Dites BASTA, François.
    Et si vous ne le faites pas, de grâce… expliquez-nous au moins pour quelles raisons vous ne voulez pas le faire.

    #enfants #femmes #garçons #filles #pape #prêtres #viols #machisme #pédophilie #massacre #catholicisme #sexe #perversité

  • « La maternité est comme un tabou, même dans les mouvements féministes »

    Post-porno, grossesse et plaisirs : entretien avec Maria Llopis

    Par Laura Aznar

    Traduit du catalan par Angelina Sevestre
    Texte original : « Maria Llopis: “La maternitat és un tabú dins els mateixos moviments feministes” » El Crític , 2 mai 2017
    Illustrations : Judy Chicago.

    http://jefklak.org/maternite-restait-marge-tabou-sein-mouvements-feministes

    Maria Llopis est une activiste féministe connue pour son travail dans le post-porno, mouvement artistique qui cherche à réinventer les formes de la pornographie à l’aune des lectures féministes, queer et transsexuelles pour y remettre du politique. Avec son corps, Llopis explore les domaines de la performance, de la photographie et de la vidéo, dans le but d’élargir les possibilités de la sexualité et du désir. La post-pornographie et la maternité sont, pour cette artiste, deux luttes indissociables qu’elle aborde dans son dernier ouvrage, Maternidades subversivas ( Maternités subversives , Txalaparta, 2015). Entretien autour du féminisme, des sociétés matriarcales et de l’éducation : notre émancipation passe aussi par un combat pour une maternité heureuse.

    • Dans mon livre, j’ai recueilli une histoire que je raconte parfois. Elle parle d’un missionnaire canadien qui reprochait aux Indiens de baiser allègrement avec tout le monde. Un jour, il leur dit : « Ne vous rendez-vous pas compte, vos enfant pourraient ne pas être vos enfants ? » Ce à quoi un Indien lui répond : « Tu dis n’importe quoi, tous les enfants de notre tribu sont nos enfants. » C’est une très belle leçon de paternité. Qu’est-ce que ça peut faire que mon enfant vienne de mon sperme ou de celui d’un autre ? C’est d’autant plus sensible que ce sujet comporte d’autres enjeux de taille, comme celui du contrôle de la sexualité des femmes.

      Qu’est-ce que tu veux dire ?

      Pour qu’un homme puisse savoir qui est son enfant biologique, la femme lui doit fidélité. Aussi oblige-t-on cette dernière à un seul type de pratiques sexuelles, très limité, pour pouvoir assurer « l’honneur » de l’homme. Ce qui en découle, dans notre société, c’est que si l’enfant n’est pas son enfant « biologique », l’homme peut dire « ce n’est pas à moi, donc je ne vais pas m’en occuper, c’est un bâtard ». Dans une société telle que chez les Moso, les enfants sont élevés dans la maison de celles qui les ont engendrés, avec leurs frères et sœurs ou leurs grand-mères. Les figures paternelles de l’enfant sont ses frères. À bien y réfléchir, mon frère est le seul homme à n’avoir aucun doute que mon enfant soit de son sang, si c’est vraiment important, alors que mon compagnon doit me faire confiance ou faire un test ADN. À ce propos, le journaliste argentin Ricardo Coler a entendu cette phrase d’un homme moso : « Soyez assurés que j’aime mes enfants comme si c’était mes neveux. » Tu saisis la logique ?

    • Ce matin dans libé Sabine Prokhoris, philosophe et psychanalyste reproche aux féministes de réduire les femmes à leur condition de mère.
      http://www.liberation.fr/debats/2018/02/15/eternel-feminin-sempiternelle-fatalite_1629992

      Les féministes en question sont Nancy Huston, Natacha Polony (elle est féministe ?) Eliette Abécassis (jamais entendu ce nom), Badinter, Schiappa...

      Marlène Schiappa confie ceci : « C’est à partir du moment où j’ai eu mes filles que j’ai ressenti un élan de solidarité avec les autres femmes. Le fait de partager l’expérience de la grossesse et, du coup, de nous sentir unies par une communauté de destin. C’est presque mystique. »

      Comme quoi il y a des féministes qui ne trouvent pas la maternité tabou et qui au contraire réduisent les femmes à ça. Pour la pornographie c’est pareil, le féminisme « pro-sexe » ca m’étonnerait qu’il y en ai pas en Espagne.

  • « Con », « hystérique », « vertu »… Ces mots français à l’étymologie sexiste
    http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/11/24/con-hysterique-vertu-ces-mots-francais-a-l-etymologie-sexiste_5219962_435577

    Le débat sur l’écriture inclusive rappelle que la grammaire du français préfère les hommes. Mais même son lexique montre, par son histoire, le peu de cas que la langue fait des femmes.

    « Clitoris »

    Si l’histoire est écrite par les vainqueurs, le corps des femmes est baptisé par les hommes. C’est au XVIe siècle, relate la professeure de littérature Michèle Clément, qu’à la manière d’explorateurs-géographes, plusieurs anatomistes masculins se sont disputés la découverte du clitoris et le droit de le nommer. Jusqu’alors, il était appelé dans la langue vulgaire langue, landie, ou encore affiche, voire tentigo dans les traités latins, mais sans avoir été réellement étudié. Gabriel Fallope se vante en 1561 d’être « le premier (…) qui l’ait mis au jour », et la baptise d’un « verbe [grec] jugé obscène », Κλειτορίζειν, kleitorizein, « masturber [le clitoris] ». Il passe dès lors dans la langue française sous la forme clitoris, entérinant l’influence de Fallope, qui a par ailleurs donné son nom aux trompes homonymes.

    « Con »

    La plus commune des insultes du lexique français vient du latin cunnus, qui désigne dans le langage familier le sexe de la femme (on le retrouve presque tel quel dans cunniluningus). Sous ses multiples formes (connaut, connin, connasse), ce fut d’ailleurs longtemps son unique emploi, jusqu’à ce qu’à partir du XVIIIe siècle con ne prenne la valeur d’« imbécile ». La raison est obscure. Le Robert historique de la langue française avance une possible confusion avec le terme vieilli cornard (celui qui a des cornes, qui est cocu), qui a lui-même évolué en connard.

    Et dans les autres langues ? En anglais également, cunt sert à la fois à désigner de manière familière le sexe de la femme et d’injure, tout comme пизда, pizda, en russe. Il en va de même en allemand, avec Fotze, mais l’insulte ne s’emploie que pour les femmes.

    « Femmelette »

    Quand il apparaît au XIIe siècle et se substitue progressivement à femmette, ce terme décrit seulement une femme de constitution fragile. Il prend peu à peu le sens de « femme craintive », avant de muer au XVIIe siècle en qualificatif péjoratif… masculin. Pour l’anecdote, le mot jupe a suivi l’exacte trajectoire contraire : il définit aujourd’hui un vêtement associé à la féminité, au point d’avoir donné naissance à l’expression coureur de jupons, alors que jubba désigne en arabe une robe masculine, relate Alain Rey dans Le Voyage des mots. De l’Orient arabe et persan vers la langue française.

    « Hystérique »

    Difficile de faire plus sexiste que cet adjectif. Il s’agit historiquement d’un terme médical désignant un trouble psychique strictement féminin et que les médecins attribuaient à un trouble des organes génitaux maternels (du grec ὑστέρα, hustéra, « matrice »). En 1611, une affection hystérique désigne, littéralement, une maladie utérine (le latin uterus dérive de la même racine grecque). Ce n’est qu’à partir du XIXe siècle que la psychiatrie étendra l’emploi d’hystérique aux hommes.

    « On »

    Ce pronom personnel indéfini est issu du vieux français hom ou le hom, également attesté sous les formes om et hum, et cousin du mot… homme. Si ce pronom est neutre et non pas masculin, c’est qu’il descend du terme latin homo qui, à l’origine, désigne les humains sans distinction de sexe (au contraire de mas et vir, spécifiquement masculins). Un sens générique que l’on retrouve dans homo erectus, terme désignant nos premiers ancêtres à s’être dressés sur leurs jambes. En français, ce sens générique s’est notamment conservé dans les « droits de l’homme », qui proclament officiellement l’égalité des sexes, mais est de plus en plus contesté par les tenants de l’écriture inclusive.

    Et dans les autres langues ? L’anglais possède avec man le même problème que le français avec homme. C’est un terme historiquement neutre (en vieil anglais, man est l’équivalent de notre on, il désigne « le peuple » ou « les gens » en général, souligne Etymonline), mais dont le second sens, celui de la personne de sexe masculin, a pris de plus en plus importance, suscitant confusion et sentiment de sexisme. Ainsi de l’un des termes désignant le genre humain, mankind, qui peut sembler le réduire au genre masculin. Les adeptes de l’écriture inclusive lui préfèrent humanity (l’« humanité ») ou human beings (les « êtres humains »), plus neutres. De même, à manpower (la « main-d’œuvre ») et à chairman (le « président » d’assemblée) sont préférés workforce et chairperson.

    « Patrie »

    Comme ses sonorités le laissent deviner, la patrie désigne littéralement le pays du père (du latin patria, dérivé de pater, « père ») : étymologiquement, c’est la filiation masculine qui crée l’appartenance à un pays. Cet héritage est aujourd’hui désamorcé dans la paradoxale expression mère patrie. Une expression qui n’a rien d’inclusive : son sens premier est colonialiste. Attestée dès 1978, elle désigne le pays d’origine des colons expatriés, et par extension la puissance dont dépend un territoire colonisé. Par analogie, l’Algérie a pu être qualifiée au début du XIXe siècle de « fille de France ». En somme, un terme à la fois sexiste et paternaliste.

    « Patrimoine »

    On y retrouve à la fois pater, « père », et munio, « munir, bâtir, enceindre ». L’étymologie du mot exprime l’idée, présente dès le latin patrimonium, que les biens de la famille sont les biens du patriarche (littéralement, le « père chef »). Par extension, le terme désigne tout leg ou tout héritage, matériel comme spirituel. Il s’emploie également dans le vocabulaire des sciences, à l’image de l’étonnant concept de patrimoine biologique, qui fait bien peu de cas de l’apport génétique de la mère.

    « Vertu »

    Le mot a beau être féminin, historiquement, la vertu est une affaire d’hommes. C’est ce que nous dit le latin virtus, dérivé de vir, « mâle », que l’on retrouve dans viril. Dans l’antiquité latine, la vertu désigne les qualités considérées comme proprement masculines, le courage, la force et la droiture morale. Lorsque son usage s’étend aux femmes au XVIIe siècle, ce n’est plus pour louer leur bravoure, leur force ou leur intégrité, mais ce qui est considéré comme la qualité féminine la plus valorisée, la chasteté. De là provient l’expression femme de petite vertu, qui s’est maintenue jusqu’à aujourd’hui. Vertueux et virtuose appartiennent à la même famille.

    Et dans les autres langues ? En chinois et en japonais, certains composés graphiques encapsulent de manière notable la répartition sociale des tâches. Ainsi de l’idéogramme signifiant « gentil » ou « aimable », 好, (hǎo en mandarin, suki en japonais), qui se compose du symbole de la femme et de l’enfant. 数, shù/kazu, « chiffre », est, lui, composé des clés de la femme, du riz et de l’énonciation : traditionnellement, c’est la femme qui comptait les grains de riz récoltés dans les rizières, rôle de gestion des comptes domestiques qui leur reste souvent dévolu encore aujourd’hui en Chine et au Japon. 嫁, jià/yome, « épouse, se marier », associe, lui, les idéogrammes de « femme » et de « foyer ».

    #vocabulaire #misogynie #sexisme #langage

    • Pour l’hystérie illes ont été soft sur la définition. Le concept d’hystérie c’est que les femmes à la puberté deviennent des etres déficients. Si une femmes est pas enceinte ou en train de se faire pilonner le col de l’utérus par une verge, elle court un grave danger. Son utérus risque de se décrocher, puis de se promèner un peu n’importe où et finir par leur monter à la tête et les rendre folle.
      Freud à adoré le concept et on l’utilise encore.

    • Boh, tu sais, Le Monde …

      Avant qu’elle ne vire essentialiste, Nancy Huston avait commis un excellent livre
      1980 : Dire et interdire : éléments de jurologie, Payot & Rivages

      dans lequel, (il me semble me rappeler) elle indique que CON vient de LAPIN
      voir à ce propos
      http://etimologias.dechile.net/?conejo

      Con respecto al vulgarismo <i>conejo</i> para referirse al órgano sexual femenino y su relación tan discutida con <a href="/?con.o"><i>coño</i></a>, parece evidente que es producto de una broma algo soez formada sobre el diminutivo en <i>-ejo</i> que partiendo de *<i>coñejo</i> ha hecho una metáfora habitual con animales de piel velluda que se da en casi todos los idiomas haciendo referencia a la mata de pelo de la vulva.

      Pour les discussions sur l’étymologie de coño cette page est assez intéressante http://etimologias.dechile.net/?con.o

    • Con c’est le trou, et par extension le terrier et le vagin. Le lapin, s’appelait conin parcequ’il habite un terrier. Pour éviter les jeux de mots sous la ceinture, ca à été remplacé par lapin/lapine ce qui évité pas les jeux de mots.

  • « Le marché a démocratisé le droit de cuissage »

    « Oui, partons du « je », car on ne peut qu’être bouleversé de voir, par la grâce des médias nouveaux, déferler et converger soudain des millions de voix de femmes de tous milieux, continents, âges, disant #moiaussi, partons donc du « je » et disons oui certes #moiaussi j’ai été tripotée par divers profs, psys et patrons au long des années, sifflée et insultée dans la jungle de toutes les métropoles où j’ai vécu, me rappellerai toute ma vie ce jour d’été où, lestée de mes deux enfants et de plusieurs sacs de courses, je gravissais les marches du métro Sully-Morland à Paris quand un jeune homme, glissant une main sous ma robe, m’a palpé tranquillement le sexe avant de me dépasser et de s’éclipser – donc, d’abord, dénonciation de l’insupportable, oui, c’est positif, nécessaire.

    Si, ensuite, surmontant notre blessure personnelle, on s’élève un peu, on peut contempler notre pauvre espèce cheminant à travers les âges, inventant, imposant et rafistolant d’innombrables solutions au problème que pose le fait que la bandaison de papa ça ne se commande pas. A la vue d’une partenaire sexuelle potentielle, les jeunes mâles de notre espèce comme de toutes les espèces mammifères ont une érection involontaire. Mais voici le hic : étant une espèce fabulatrice programmée pour tout interpréter, nous percevons chaque événement comme l’effet d’une volonté. Un garçon qui bande en voyant une jolie fille estime que c’est la faute de celle-ci ; qu’« elle l’a bien cherché » en se donnant cette apparence-là. De son côté, la fille – qui, elle, n’a jamais fait l’expérience d’une érection – pense que si le garçon donne libre cours à son désir, il en est à cent pour cent responsable, donc blâmable. Le malentendu serait comique s’il ne causait tant de souffrances.

    L’érection est le principal problème de l’humanité depuis la nuit des temps. Toutes les religions ont su qu’il était indispensable de la gérer. Chez les monothéistes, la plupart des commandements ne concernent au fond que les garçons : attention, les avertissent-ils, ne suivez pas votre queue. Les sociétés laïques, soucieuses de liberté, d’égalité et de fraternité, ont négligé de réfléchir là-dessus. Tout en se félicitant des progrès des sciences, elles ont préféré ne pas tenir compte de leurs résultats.

    En France aujourd’hui, à force d’ignorer l’animalité (tout en accablant le porc innocent de nos… travers à nous) et de réfléchir exclusivement en termes de pouvoir, de domination, de construction et de mythe, ceux qui analysent le harcèlement sexuel finissent par le rendre incompréhensible. Obnubilé par notre étoile polaire le libre arbitre, certains de pouvoir tout choisir et décider de façon individuelle, on oublie que la sexualité est liée à la survie. Imagine-t-on analyser les pratiques humaines en matière de nourriture sans tenir compte du fait qu’on a besoin de manger pour rester en vie ?

    Repenser l’éducation des enfants

    Le harcèlement soulève en somme le dilemme central de l’humanité : concilier l’état animal et l’aspiration aux droits et aux libertés individuels. Beaucoup l’ont dit : il est essentiel de repenser l’éducation des enfants – dès tout-petits, oui, dès avant la cour de récré – mais surtout à l’approche de la puberté. Et on peut déplorer le fait qu’après avoir inspiré à toutes les sociétés traditionnelles des rites de passage de la plus grande importance, l’âge nubile soit passé sous silence par nos sociétés laïques. C’est que, soucieux de promouvoir l’égalité entre les sexes, nous rechignons à reconnaître ce qui les distingue. Or, que cela nous arrange ou non, à la puberté affleurent des différences palpables ; le problème est là. Si on préfère se pincer le nez et regarder ailleurs, on le laisse entier.
    Dans un troisième temps, on peut s’interroger sur les raisons de ce qui semble être une vraie épidémie de harcèlement sexuel sévissant en ce moment (surtout ?) dans nos sociétés avancées civilisées libertaires. J’avoue avoir été déroutée par la candeur – ou la dissociation ? – d’une jeune femme qui a trouvé normal de s’asseoir sur un canapé avec un producteur de cinéma riche et puissant pour lui montrer des photos de ses seins nus. Mais, même si le harcèlement sexuel sous une forme ou une autre est sans doute universel, il se peut que ce soit justement cette dissociation qui nous caractérise.

    En effet, tout en parlant liberté, nous avons instauré le double bind comme norme souriante. D’une main, on encourage les femmes à être sujets ; de l’autre, on les pousse de mille manières à se transformer en objets (et elles obtempèrent, hélas, dans les deux sens). D’un côté, on incite les hommes à bander en affichant partout de sublimes jeunes femmes super sexy en petite tenue ; de l’autre, on leur intime l’ordre de ne pas donner suite à leur émoi.

    Notre société est « allumeuse »

    Oui, notre société est « allumeuse » à un point sans précédent dans l’Histoire… et le plus drôle, c’est qu’on ne s’en aperçoit même pas ! Les industries du cinéma, de la publicité, des jeux vidéo, des armes à feu, de la beauté, de la pornographie, du régime, etc., manipulent nos désirs et besoins innés (celui des filles d’être belles et celui des garçons d’être forts) et les transforment en addictions. Elles renforcent et reconduisent des clichés qui nous touchent aux tripes pour la bonne raison qu’ils viennent du fond des âges, du fond de la jungle, et que deux petits siècles de « concepts » généreux ne suffisent pas pour défaire des dizaines de millénaires d’évolution.
    Elles déclarent aux habitants de toutes les villes du monde : « Regardez, hein ? Ça fait envie, n’est-ce pas ? Pourquoi ce ne se serait pas pour vous aussi ? » Et ça marche, excitant un désir diffus : indéfiniment frustré, donc renouvelable : Ah ! on peut être un mec comme ça ! Une fille comme ça ! Il suffit de… Et quand les hommes ont un geste déplacé (que n’auraient pas eu leur père ou leur grand-père, « inhibés » par les commandements religieux et le regard des proches), on leur tombe dessus : « Mais enfin ! de quel droit… ? »

    « Il n’est probablement pas très utile de repenser l’éducation sans repenser en même temps la société de consommation »

    En clair, en ôtant les freins posés au désir masculin par les structures religieuses « surannées » pour les remplacer par le laisser-faire économique, on n’a pas fait grand-chose d’autre que de démocratiser le droit de cuissage.

    Ainsi, même si nous aimons nous pavaner devant le reste du monde en nous vantant de notre liberté et en leur reprochant leurs mœurs répressives, nous ne sommes pas libres : ni les filles ni les garçons ; il faut le savoir. La seule chose libre là-dedans, c’est le marché. Il n’est probablement pas très utile de repenser l’éducation sans repenser en même temps la société de consommation, sans critiquer l’instrumentalisation du corps (masculin ou féminin) dans le but de vendre des produits, sans mettre des limites sévères à la tendance qu’ont les mâles alpha à s’arroger éhontément, non seulement les fesses des femelles, mais les ressources de la planète. »

    Nancy Huston

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/10/29/nancy-huston-le-marche-a-democratise-le-droit-de-cuissage_5207415_3232.html

  • « La guerre est une force qui nous octroie du sens », de Chris Hedges (Actes sud) — Par Sébastien Lapaque
    http://www.monde-diplomatique.fr/2016/12/LAPAQUE/56945

    Il y a ceux qui prétendent faire la guerre sans l’aimer… et ceux qui ne l’aiment plus après l’avoir faite. Engagé sur le théâtre des opérations au Salvador, au Koweït, dans l’ancienne Yougoslavie, en Algérie et en Afghanistan, l’écrivain et reporter américain Chris Hedges ne portait pas d’armes. Cela ne l’a pas empêché de voir la mort de près et de revenir de ces campagnes avec une conviction énoncée dans ce livre publié aux États-Unis en 2002 et traduit aujourd’hui par Nancy Huston : « Pour servir la cause de la guerre, on démantèle notre univers moral. Et, une fois démantelé, il est presque impossible de le reconstituer. » Son plaidoyer pour la paix ne rejette pas la raison — et notamment l’ultima ratio regum dont parlaient les Anciens — ni ne met en question la nécessité de défendre ses amis contre ses ennemis. Cela ne l’empêche pas d’observer avec effroi que la guerre, aujourd’hui comme hier, peut faire office de stimulant destiné à « divertir une société au bord de la faillite ». Courageux et surprenant.

    Chris Hedges : «  La démocratie américaine n’est plus qu’une façade  »
    http://lemonde.fr/international/article/2017/01/03/chris-hedges-la-democratie-americaine-n-est-plus-qu-une-facade_5056866_3210.

    Par rapport à la guerre du Vietnam, comment la société américaine vit-elle la guerre en cours ?

    Le conflit au Vietnam était contenu là-bas, alors que celui qui est en cours se traduit par des actes de terrorisme sur le sol américain ou européen. L’autre différence, c’est qu’il n’y a plus de service militaire ni de conscription. La guerre actuelle est menée par les pauvres. Seule une assez petite partie de la population est touchée, contrairement à l’époque du Vietnam. Les gens n’ont pas vu leurs enfants partir ou leurs impôts augmenter. Il n’y a pas d’effet majeur, les Américains peuvent faire comme si la guerre n’existait pas. La preuve, c’est que la presse ne la couvre presque plus, et pas seulement pour des raisons économiques.

    (…)

    Trump va-t-il inaugurer une ère de repli sur soi et d’isolationnisme ?

    C’est ce qu’il dit, mais on verra. C’est le problème des empires : ils s’étendent au-delà de leurs capacités et finissent par s’écrouler de l’intérieur. Traversez les Etats-Unis : c’est une épave, une ruine. Allez à Cleveland, quittez le centre-ville, c’est le tiers-monde ! Pour survivre, l’empire doit alors rapatrier sur le territoire national ses forces répressives : notre police se militarise, s’équipe de drones, use de la force létale sans discernement. Nous déclinons, comme Rome, qui ne parvenait plus à mobiliser ses citoyens pour se défendre et a dû, à la fin de la république, faire appel à des mercenaires qui ont fini par désigner un empereur. Nous avons la même élite gouvernante corrompue et dévoyée. Notre démocratie n’est plus qu’une façade.

    via @opironet #conflit #guerre #États-Unis

  • 80% DES GENS NORMAUX SONT DES MALADES MENTAUX

    Dans un article publié en dernière page du journal Le Monde du 30 mai 2010, (http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/05/29/tous-des-bourreaux-mon-cher-par-nancy-huston_1364973_3232.html) l’écrivaine canadienne Nancy Huston rappelle que des scientifiques français ont renouvelé la célèbre expérience de Stanley Milgram de 1960, consistant à inciter des gens normaux, avec la caution d’une autorité scientifique, « à infliger à un inconnu des décharges électriques de plus en plus élevées ». Les résultats ne sont guère encourageants, puisque « le pourcentage d’obéissants augmente encore : sont prêts à torturer à mort un innocent, non plus les deux tiers, mais les quatre cinquièmes de nos semblables ».

    On peut envisager cette expérience comme un test, destiné à mesurer l’intensité de cette déficience mentale notoire qu’on appelle « obéissance ». Car c’est bien de cela qu’il s’agit. L’être humain est humain dans la mesure où il reconnaît les autres comme ses semblables, et ne leur fait jamais ce qu’il ne voudrait pas qu’on lui fasse. Montrer qu’on est capable du contraire apporte la preuve qu’on est un malade mental. Comme ce n’est pas à cause de l’hérédité (il n’y a pas de « race » méchante), c’est forcément une dégénérescence acquise. Et comme cela touche une très large majorité de gens, force est de conclure qu’il s’agit d’un fléau social.

    Faire obéir autrui, c’est toujours nier son humanité. On fait obéir les animaux et les machines. Tandis qu’on explique aux autres humains ce qu’on voudrait qu’ils fassent. Car l’humain parle, et c’est sa raison qui le différencie des animaux. Agir comme si l’humain ne comprenait pas la parole, c’est le ramener au stade d’une poupée de son. On peut alors lui piquer des aiguilles dans le corps, sans ressentir aucune compassion.

    Les imbéciles qui pensent que le Mal est intrinsèque à l’homme et s’évertuent de le combattre par la contrainte utilisent un remède pire que la maladie qu’ils prétendent guérir. Car c’est la contrainte qui rend méchant et l’obéissance qui fabrique les bourreaux. Autant dire que les gens dits « normaux », c’est-à-dire respectant des normes, en général sans en remettre jamais en question le bien fondé, sont de parfaits produits d’une pédagogie de la contrainte : plus ils seront « sages » et obéissants, plus ils seront susceptibles d’appuyer sur le bouton si une autorité « reconnue » leur dit de le faire.
    Mais comment peuvent-ils être insensibles aux cris de douleur qu’il entendent ? Car l’expérience inclut un feed-back émotionnel dont on pourrait penser qu’il devrait inciter les sujets de l’expérience à refuser de poursuivre. Certes, ils se posent des questions, mais ils les adressent à l’autorité qui les chapeaute, comme de gentils élèves l’ont appris. Et la réponse rassurante des responsables leur suffit pour commettre des actes criminels. Ils sont des assassins parce qu’ils sont « normaux ».

    On leur a dit : « qui aime bien châtie bien ». Alors que le simple bon sens suffit pour affirmer sans ambiguïté que : celui qui aime ne châtie pas. Ils ont entendu des phrases comme « si je te fais mal, c’est pour ton bien », ou bien « tu me remercieras plus tard ». La souffrance fait alors partie partie de leur conception du bien. Comme le dominicain masochiste qui inflige aux autres les pires supplices par amour de la souffrance qu’il s’inflige à lui-même en portant un cilice sous sa bure d’inquisiteur, ils ne saisissent plus la frontière entre le bien et le mal qu’on fait à autrui. Au contraire, ils sont adeptes de principes moraux définissant le Bien et le Mal comme de vastes catégories définies par des lois, sans relation avec les sentiments qu’on éprouve à agir de telle ou telle façon. La justice de l’État, les yeux cachés par un bandeau, s’exerce sans égard pour la personne humaine qu’elle acquitte ou condamne. Et ceux qui parlent en son nom sont des élèves bien obéissants, de bon et zélés serviteurs de raisons qui ne sont ni les leurs, ni celles des gens dont ils s’occupent. Ils sont d’ailleurs très fiers, en général, de cette absence d’humanité qu’ils travestissent sous une apparence de neutralité de la justice. Que feraient alors des gens normaux, si un juge leur donnait l’ordre d’appuyer sur le bouton des décharges électriques ? Combien oseraient refuser ?

    Comme on le voit, l’obéissance, cette déficience mentale, ne va pas sans l’autorité. Car on obéit toujours à quelqu’un. Si on le fait, c’est qu’on appris à lui reconnaître le droit de nous contraindre. Évidemment, si la contrainte est physique, comme un revolver dont le canon est appuyé sur la tempe, il est difficile de ne pas obéir. Mais ce n’est pas le cas dans la majeure partie des actes par lesquels les gens « normaux » reconnaissent à l’autorité le droit de leur faire faire quelque chose. Car chaque fois qu’une personne obéit, elle accorde à une autre le droit d’exercer son autorité. Ce n’est pas tant parce que l’adjudant leur ordonne de faire demi-tour que les soldats le font, c’est au contraire parce qu’ils le font que l’adjudant prouve qu’il a de l’autorité. Les soldats qui n’obéissent pas sapent l’autorité de celui qui les commande. Autant dire qu’un général qui n’est pas obéi n’est rien de plus, malgré ses galons, qu’un pantin qui gesticule. D’ailleurs, les tenants de l’autorité ont généralement la prudence de ne jamais donner des ordres dont ils savent qu’ils ne seront pas suivis. Car, même s’ils punissent les mutins, leur résistance a miné l’autorité.

    L’apprentissage de l’obéissance est la principale raison de ce qu’on appelle en général l’éducation. Les circulaires de l’Éducation Nationale (autrefois plus justement appelée Instruction Publique) sont souvent très claires à cet égard. Puisqu’il faut une dizaine d’années de conditionnement répétitif pour arriver à fabriquer à partir d’enfants des adultes satisfaits d’être disciplinés, c’est évidemment que cette attitude n’est pas fondamentale à l’être humain. Ayant alors intériorisé, sous forme de « doubles messages » du genre « je te fais du mal pour te faire du bien », la souffrance individuelle comme bien public, il n’est pas étonnant que le bon élève soit virtuellement le pire des bourreaux. On sait que les prisons sont la meilleure école pour fabriquer des bandits, ainsi que des malades mentaux. Mais l’école, l’armée, les grands corps de l’État, le clergé, fonctionnent tous sur le même modèle où chacun est récompensé selon son obéissance à l’autorité. Il en va de même des bandes de malfrats, genre Mafia ou Services Secrets. Le sport, notamment d’équipe, est une autre école de cette violence exercée contre la liberté d’agir et de penser. Pas étonnant que l’école ou le foot soient des terrains où les pires violences se manifestent volontiers. Pas étonnant non plus à ce qu’un système fondé sur l’obéissance à l’autorité ait fait du foot et de l’école les lieux privilégiés du conditionnement social. Il faut ajouter à cela le rôle rempli par les médias, notamment les séries télévisées, dans le renforcement des mécanismes qui construisent cette maladie mentale : on y voit en effet très souvent des représentants de l’ordre justifier des actes de torture, physique ou mentale, pour obtenir des résultats en vue du « bien public » (par exemple, cette ignoble série intitulée 24 heures chrono, où un agent de l’État présenté comme sympathique justifie en permanence les pires des pressions sur des individus bien sûr présentés comme d’avance coupables).

    Car le test présenté plus haut comporte une lacune : il y est dit que les individus auxquels les sujets de l’expérience sont appelés à infliger des décharges électriques étaient « innocents ». On n’ose imaginer avec quelle joie carnassière et quelle férocité jubilatoire les mêmes « gens normaux » auraient appuyé sur leur bouton si on leur avait présenté l’opération comme une vraie séance d’aveu, face à quelqu’un supposé être un « ennemi de la société ».

    La maladie mentale qui atteint la majorité des gens dits normaux n’est pas une fatalité. Elle ne vient pas d’une cause extérieure, genre contagion. Elle tient au contraire au fonctionnement même de leur « normalité ». Tant que l’autorité et l’obéissance resteront des vertus sociales, l’humanité ne cessera de ressembler à une écurie. Avec ses animaux bien dressés, ses mangeoires, ses palefreniers et ses propriétaires terriens.

    Mais il n’est pas de maladie mentale dont on ne peut guérir. Certes, il est difficile de se remettre d’une longue exposition à la soumission, surtout agrémentée de croyances qui la sanctifient. Cependant, comme on l’a remarqué lors de l’expérience : « mieux le sujet était était intégré à la société, plus il était susceptible d’obéir à l’ordre de torturer ». Voilà qui devrait combler d’aise les grade-chiourmes : on peut faire torturer la moitié des honnêtes gens par l’autre moitié. Ça laisse de la marge au terrorisme d’État pour trouver de la main-d’oeuvre. Car rien n’incite plus les moutons à se faire tondre qu’entendre les bêlements de terreur de leurs congénères. Pourtant, si 80% des gens acceptent les ordres inhumains, il en reste encore un cinquième : « les insoumis, c’était plutôt les marginaux, des individus mal intégrés ». On s’en serait douté. Cela fait du monde, quand même. Tout n’est pas perdu. Il reste encore assez d’êtres humains pour redonner de l’élan à la liberté, à l’égalité et à la fraternité. Sans contrainte, ni ordre. Sans autorité, ni discipline. Comme des êtres sains d’esprit. Absolument.

    Paul, 2010
    _

    ‪LE JEU DE LA MORT‬
    La Zone Xtrême

    https://www.youtube.com/watch?v=KNV3b5MYVAE

  • Quand les virilités partent en vrille, Nancy Huston
    http://www.liberation.fr/debats/2016/08/18/quand-les-virilites-partent-en-vrille_1473260

    Et si les jeunes hommes qui se tournent vers Daech ne toléraient pas leurs propres faiblesses ? Et transformaient leur terreur intime en une terreur politique ? Face au fanatisme, il faut prendre conscience de l’importance du corps et des pulsions.

    #fragilité

    • Ratés, esseulés, sans père ni autre modèle viril valorisant, humiliés, sans avenir crédible, sans la moindre perspective de séduire une femme en incarnant un des modèles acceptables de virilité contemporaine (sinon superstar de la politique ou du sport, au moins détenteur d’un emploi valable), les jeunes Français et Belges qui, aujourd’hui, se tournent vers Daech ne se supportent pas. Et comme il est insupportable de ne pas se supporter, ils transforment leur terreur intime en terreur politique. A l’époque de leur fécondité maximale, ils adhèrent à une idéologie virulente et se fondent religieusement dans une masse masculine, comme l’ont fait les robespierristes, les bolcheviques, les SS, les guévaristes, les Khmers rouges… La liste est longue. Plutôt que de plaquer sur ces comportements l’épithète facile et creux de barbares, on ferait mieux de se rappeler que ceux qui tiennent à se prouver une force impitoyable, ont été petits. Qu’ils se sentent ou se savent encore faibles et poreux. « Je me suis toujours interdit toute compassion, déclare Hitler dans la Chute (2004) d’Oliver Hirschbiegel. J’ai toujours combattu mes sentiments intimes de la même façon que les races inférieures, avec une vigueur brutale. Impossible de faire autrement. » Avant la définition folle et paranoïaque de l’ennemi extérieur (juif, femme, homosexuel, etc.), on s’acharne contre l’ennemi en soi : sa fragilité.

    • « Faire de la masturbation un péché et de l’adultère un crime était certes répressif, mais avait au moins le mérite de reconnaître le penchant inné des hommes pour ces comportements. » Alors que les femmes, elles, n’ont pas de « penchant inné pour ces comportements », c’est bien connu...Misère de la pensée.

    • Virilité et genre : se défaire des vérités « rustiques » et des robustes préjugés
      http://www.liberation.fr/debats/2016/08/29/virilite-et-genre-se-defaire-des-verites-rustiques-et-des-robustes-prejug

      En réponse à la tribune de Nancy Huston intitulée « Quand les virilités partent en vrille », Cyril Barde propose d’élargir le débat en parlant plutôt des masculinités qui englobent les questions sociale, politique et culturelle.

      Virilité et genre : se défaire des vérités « rustiques » et des robustes préjugés
      Il paraît que Nancy Huston fut féministe. Aujourd’hui, ses articles sont salués par Christine Boutin, dont on connaît l’engagement résolu en faveur de l’émancipation des femmes et des corps. Le texte qui emporte l’enthousiasme de la pasionaria anti-mariage pour tous est une tribune publiée sur le site de Libération le 18 août, intitulée « Quand les virilités partent en vrille ». On admire le pluriel poétique, coquetterie de style plus qu’une réflexion sur la multiplicité des formes de masculinité.

      De masculinité d’ailleurs, il n’est pas question sous la plume de Huston. En choisissant d’aborder son sujet sous l’angle de la virilité et non des masculinités (1), l’auteure préfère une notion monolithique, presque toujours employée au singulier, renvoyant à une masculinité dominante, conquérante, voire agressive. La chercheuse Anne-Charlotte Husson résume les enjeux de ce choix sémantique à propos de la virilité : « Il s’agit d’une façon unique d’être un homme, s’exprimant à travers des attributs physiques et des dispositions morales ; un homme correspondra alors plus ou moins à cet idéal normatif, mais ce dernier est présenté comme étant sans alternative. Les attributs associés à la virilité sont le fruit d’un effort et source de fierté […]. Des théoriciens des masculinity studies parlent de "masculinités" parce que le concept se veut pluriel et non normatif ...

  • En Alberta, « l’avènement d’une humanité... inhumaine »
    http://reporterre.net/En-Alberta-l-avenement-d-une-humanite-inhumaine


    http://reporterre.net/IMG/mp3/1.qu_avez-vous_decouvert_en_alberta__.mp3

    Nancy Huston, célèbre romancière et essayiste, est originaire de l’Alberta. Dans le nord de cette province canadienne, d’immenses chantiers à ciel ouvert entourent une « ville champignon » : Fort McMurray. Les compagnies pétrolières, en exploitant les immenses réserves de sables bitumineux, rasent les forêts, polluent les sols, détruisent la faune et la flore. C’est un territoire gouverné par le #pétrole et l’#argent au #mépris de la nature, des peuples. Au mépris de l’#humanité.

    C’est ce que dénonce le recueil Brut, la ruée vers l’or noir , chez Lux Éditeur. Les textes de Melina Laboucan-Massimo, David Dufresne, Nancy Huston, Naomi Klein et Rudy Wiebe se croisent et se complètent. Ils nous montrent l’ampleur de la catastrophe écologique du point de vue de chaque auteur. Reporterre s’est entretenu avec Nancy Huston. Une Interview à lire… ou à écouter.

    #FortMcMoney @davduf #feu #incendie

    Fort McMurray est constituée essentiellement de centres
    commerciaux entourés de banlieues résidentielles extrêmement chères. Tout est cher : les restaurants sont chers, les centres commerciaux alignent des magasins de toutes sortes, mais tout est étrangement déprimant, étrangement désinvesti. Il n’y a de centre que pour le shopping. Il n’y a aucun centre d’aucune ville. La mairie elle-même est une sorte de bâtisse disgracieuse en brique marron. On peut aller de pubs en bars, parce que moi j’aime bien aller voir où les gens boivent. Et là où les gens boivent et en principe se rencontrent pour discuter, il est impossible de discuter parce qu’il y a des écrans partout qui diffusent des émissions très bruyantes de musique et de sport.

    C’est marrant, cet usage du #bruit pour empêcher toute communication me fait penser à l’usage des sonos dans les manifs…

    • Quelque part, cet autre article raconte la même chose, en tout cas, le même monde : http://www.liberation.fr/debats/2016/05/06/place-de-la-franchise_1450999

      Des riverains qui vivent place de la République mais ne veulent pas entendre parler de la République. D’ailleurs, ils n’ont pas complètement tort. Elle ne s’appelle plus République depuis longtemps, elle porte tant d’autres noms.

      Si on la prend par la côte Est, elle s’appelle d’abord Quick. Quick veut dire rapide : quand on mange vite un plat fait rapidement, on meurt plus vite. Elle s’appelle KFC, une enseigne qui a ôté de son sigle la lettre « U », car baiser le client à ce point est un tour de force alimentaire.

  • L’impuissance comme idéal de beauté des femmes – l’infantilisation et la sexualisation – Sexisme et Sciences humaines
    http://antisexisme.net/2016/02/06/impuissance-04

    C’est un fait bien connu : une femme est belle si elle est jeune. Il existe une différence moyenne d’âge au sein des couples hétérosexuels, la femme étant généralement plus jeune que son conjoint. Cette différence est presque universelle, puisqu’une étude a montré que, dans les années 1990 et 2000, l’homme était en moyenne plus âgé que sa conjointe dans 201 pays sur 2021. En France, en 1999, les hommes en couple avec une femme avaient en moyenne 2,6 ans de plus que leur conjointe2. Dans 70% des cas, l’homme était né au moins l’année avant sa compagne, alors que la situation inverse n’existait que dans 20% des cas ; dans 10% des couples hétérosexuels, les deux partenaires étaient né∙e∙s la même année. Dans environ 6% des couples, l’homme avait au moins 10 ans d’écart avec sa compagne (la situation inverse représentait moins de 1% des couples). Notons néanmoins que la différence moyenne d’âge entre partenaires hétérosexuels s’est réduite entre les années 1950 et 1990 (mais les écarts d’âge importants ont été en progression)2.

    #beauté #sexisme

    • Mais zuteux, tu arrives toujours avant moi pour étoiler ces articles !

      Les représentations des #femmes âgées dans les médias sont révélatrices du fait qu’elles sont désexualisées. Ayant perdu de leur principal intérêt (le fait qu’elles soient de beaux objets sexuels), elles sont systématiquement sous-représentées, que ce soit à la télévision, dans les publicités, les films, les magazines, ou la littérature pour enfants6. Une étude américaine7 sur les publicités à la télévision indique que parmi les femmes représentées, seulement 7.3% ont 50 ans ou plus, contre 16.1% pour les hommes. Par ailleurs, les hommes de plus de 50 ans ont deux fois plus de chance d’être représentés comme personnage principal de la publicité. De plus, 22.5% des hommes de plus de 50 ans sont représentés donnant des ordres, contre seulement 4.7% des femmes de 50 ans ou plus. Enfin, si les femmes jeunes sont assez fréquemment sexualisées (par exemple, 7% des femmes âgées de 20 à 39 ans portent des vêtements « provocants » dans ces publicités), ce n’est plus le cas des femmes de plus de 50 ans (aucune ne porte de vêtements provocants).

      #agisme

    • Des fois, j’ai l’impression qu’on a des centres d’intérêt en commun… bizarre, non ?

      Tiens, là, je suis en train de lire Classer, dominer - Qui sont les « Autres » ? de Christine Delphy. Ben, elle est tellement d’accord avec moi, que j’arrête de surligner avant d’y avoir passé tout le bouquin.
      Bizarre, quand même…

  • « Madame la ministre, l’Éducation Nationale est sexiste et, de façon encore plus insidieuse, homophobe », par Leslie Préel | Yagg
    http://yagg.com/2015/12/29/madame-la-ministre-leducation-nationale-est-sexiste-et-de-facon-encore-plus-in

    En tant qu’enseignante de lettres, mon premier point portera sur la grammaire. Depuis que j’enseigne, invariablement, lorsqu’il est question d’accords grammaticaux, mes élèves répètent en chœur le dicton si célèbre selon lequel « le masculin l’emporte ». Depuis le XVIIe siècle, la grammaire française tend à faire du masculin une norme. La langue est un produit culturel qui entretient des liens très étroits avec la société. Or, la grammaire française invisibilise le féminin. Grammaticalement, le féminin disparaît derrière le masculin, perçu comme neutre. Le problème n’est pas nouveau : en 1899, Hubertine Auclert appelait déjà de ses vœux la création d’une assemblée qui aurait pour mission de féminiser la langue car écrivait-elle « l’omission du féminin dans le dictionnaire contribue, plus qu’on le croit, à l’omission du féminin dans le code (côté des droits) ».

    Il faut mettre un terme à l’invisibilité du féminin dans la langue. L’Éducation Nationale a ici un rôle à jouer. Si l’on a pu proposer une réforme de l’orthographe en 1990, pourquoi cela ne serait-il pas possible aujourd’hui ?

    La recherche universitaire en matière de linguistique avance, des solutions simples sont proposées par nombre d’universitaires reconnu.e.s. Ne pourrions-nous pas faire en sorte que l’école enseigne une grammaire paritaire, que ces éléments soient présents dans les manuels scolaires comme ils commencent à l’être dans la presse ? Je pense ici au travail des journalistes de la revue Well Well Well qui ont prouvé que la tâche n’était finalement pas infaisable.

    De la même façon, je suis toujours particulièrement frappée de constater le petit nombre d’auteures que nous faisons découvrir à nos élèves chaque année. Dans le manuel de première que mes collègues et moi utilisons, les seules femmes à être citées sont Louise Labé, Marceline Desbordes-Valmore, Nancy Huston, Marguerite Yourcenar, Mary Shelley, Mme de La Fayette, Mme de Sévigné, Marguerite Duras, Nathalie Sarraute, Amélie Nothomb, Virginia Woolf, Sapphire et Simone de Beauvoir. Treize femmes seulement pour près de deux cents auteurs. Vous comprendrez alors que je me sois autorisée à les nommer toutes.

    Le sujet a été évoqué lors de la dernière session du baccalauréat, mais combien de textes écrits par des femmes ont-ils été proposés aux épreuves anticipées de français ? Combien au brevet des collèges ? Il est frappant de constater que les rares textes écrits par des femmes proposés à l’étude lors des épreuves écrites du baccalauréat en français le sont dans les sujets des centres étrangers, d’Amérique du Nord, d’Asie ou encore de Pondichéry. En 2015, un extrait de La Belle et la bête de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont était le sujet de commentaire composé en Asie tandis qu’un extrait de Pour un oui et pour un non de Nathalie Sarraute était à étudier dans le sujet des filières S et ES à Pondichéry. Pour trouver des auteures dans les épreuves anticipées, il faut remonter au sujet de la série littéraire de 2007. Loin de moi l’idée que ces sujets valent moins que les autres mais force est de constater qu’ils sont bien moins commentés que les sujets de juin en France métropolitaine. Les auteures françaises se retrouvent, encore une fois, marginalisées. On me répondra que durant des siècles, les femmes n’ont pas pu écrire ni publier et que c’est là la raison de leur faible représentation dans nos programmes et dans nos épreuves plus académiques. Peut-être pourrions-nous justement faire une place plus grande aux femmes écrivaines et reconnaître le talent et parfois le génie de nombre de nos romancières plus récentes et contemporaines ?

    Pire encore, les modèles que véhiculent la plupart des textes que nous donnons à lire à nos élèves proposent une bien triste image des femmes : elle est tantôt prostituée tantôt criminelle chez Zola, infanticide dans la Médée de Corneille, Phèdre est coupable et entièrement soumise à ses passions, Mathilde de la Mole est infidèle chez Stendhal. Les modèles positifs que nous proposons à nos élèves sont rares. Là encore, il sera aisé de m’objecter que c’est aux enseignant.e.s d’amener les élèves à interroger ces représentations en les replaçant dans le contexte historique et littéraire qui les a produites. Toutefois, peut-être pourrions-nous sans craindre l’ire des parents, des directions, de l’inspection offrir une autre vision des choses ? Peut-être serait-il possible de mettre en place un système de ressources accessibles aux enseignant.e.s rassemblant des supports pédagogiques et des textes qui parleraient du monde tel qu’il est et non tel qu’il a été rêvé ou imaginé par quelques grands auteurs mâles, dont je ne saurais toutefois remettre en cause le talent ici. L’histoire culturelle de notre pays a été écrite par des hommes, mais il est de notre devoir de montrer que cet état de fait n’est pas une fatalité. D’autres couples existent. D’autres amours existent et elles méritent d’être représentées au même titre que l’idylle de Tristan et Iseult ou celle de Roméo et Juliette pour ne citer que ces célèbres amants.

    L’absence totale de représentation de l’homosexualité dans les œuvres que nous proposons à l’étude contribue grandement à sa marginalisation dans l’esprit collectif. Évidemment, ces ressources sont rares. Mais cela devrait être une des missions d’un grand ministère comme celui que vous administrez de travailler à l’évolution des mentalités afin de lutter efficacement contre les discriminations.

    Madame la ministre, l’homophobie est un mal insidieux. Il est aisé de remarquer que les insultes préférées de nos élèves n’en sont d’ailleurs pas exemptes. Mais dans notre institution, elle avance masquée : remarques déplacées, injonctions à « trouver un mari » pour obtenir une mutation plus avantageuse, moqueries et blagues entendues en salle des professeur.e.s. Le climat dans lequel nous, personnel homosexuel de l’Éducation Nationale, évoluons est un climat délétère peu propice à l’épanouissement dans le cadre professionnel.

    Et je me permettrais de conclure par une dernière remarque peut-être plus personnelle, mais je vis pleinement mon homosexualité dans tous les domaines de ma vie : au sein de ma famille, parmi mes ami.e.s, dans mon club de sport, partout. Mon orientation sexuelle n’est pas taboue. Il n’est qu’un endroit où elle m’isole, m’enferme et me pèse et c’est sur mon lieu de travail, à tel point d’ailleurs, que je choisis de signer ce courrier de mon nom de plume.

    Certes, je pourrais utiliser la loi pour faire valoir mes droits à l’égalité dans le cas où je serais victime d’homophobie. Bien entendu, la loi punit les discriminations.

    Pour autant, le climat nocif dans lequel nous évoluons, craignant sans cesse le jugement d’un.e collègue, de notre direction, de notre hiérarchie et des parents d’élèves, nous pousse à rester dans un placard dont nous avons eu souvent bien du mal à sortir par ailleurs. Qu’en est-il alors de nos élèves homosexuel.le.s ? Peuvent-ils en tout état de cause assumer et vivre pleinement une sexualité naissante dont tout leur dit qu’elle est marginale sinon anormale ? Cette ouverture d’ailleurs serait bénéfique à tou.te.s dans le processus d’appréhension de leur identité et orientation sexuelle.

    L’Éducation Nationale est un vecteur puissant d’égalité et de liberté si elle assume pleinement son rôle et sa mission, et je ne doute pas, Madame, que vous prendrez la mesure de l’urgence de faire évoluer les choses afin que l’école puisse permettre à toutes et tous de s’épanouir véritablement.

    #education #sexisme #féminisme #homophobie #invisibilisation #ecole

  • Et si les sorcières renaissaient de leurs cendres ? - Idées - Télérama.fr
    http://www.telerama.fr/idees/et-si-les-sorcieres-renaissaient-de-leurs-cendres,124987.php

    Longtemps persécutée, moquée ou salie, la sorcière revient aujourd’hui sous un éclairage positif. Féministes, écologistes, anticapitalistes : tous pourraient la revendiquer.

    « Tremate, tremate, le streghe son tornate » (« tremblez, tremblez, les sorcières sont de retour »)… Au cœur des années 70, les féministes italiennes s’étaient emparées de la sorcière pour en faire le symbole subversif de la révolte féminine. Leurs consœurs françaises avaient suivi, et une revue littéraire féministe arbora le titre de Sorcières (sous-titre Les femmes vivent…), sous la houlette de Xavière Gauthier, Marguerite Duras ou Nancy Huston.

    Et puis, chassées par le rouleau compresseur des années 80, qui referma brutalement les pistes ­lancées par la contre-culture, les sorcières se sont éclipsées. Ne laissant dans leur sillage que les vieilles et laides créatures des contes pour enfants et, à la faveur d’une énième rediffusion télé, l’adorable mais inoffensive Samantha, Ma sorcière bien-aimée…

  • Que les hommes et les femmes soient belles ! - Petitions24.net
    http://www.petitions24.net/regleproximite

    335 ans après la réforme sexiste de la langue

    Nous appelons chacun-e à révolutionner les écrits, les correcteurs d’orthographe et nos habitudes en appliquant la règle de proximité !

    Nous demandons à l’Académie française de considérer comme correcte cette règle qui dé-hiérarchise le masculin et le féminin et permet à la langue une plus grande de liberté créatrice.

    j’ai signé (via @mona)

  • Brut, la ruée vers l’or noir
    http://www.davduf.net/brut-la-ruee-vers-l-or-noir

    Suite et fin de l’aventure « #Fort_McMoney » avec cet opus qui réunit Naomi Klein, Nancy Huston, Melina Laboucan-Massimo, Rudy Wiebe et moi même, dans une sorte de descente aux enfers. Sortie chez Lux Editeur : 9 avril 2015. Le mot de l’éditeur : « Fort McMurray n’est qu’une version hypertrophiée de notre culture » — Naomi Klein Fort McMurray, dans le nord de l’Alberta, est une ville-champignon au milieu d’un enfer écologique, où des travailleurs affluent de partout, attirés par les promesses de boom (...)

    Fort McMoney

    / Une, #Sables_Bitumineux, #Essai, #Alberta, #Livres

  • "J’ai une femme exceptionnelle". #Carrières des hommes hauts fonctionnaires et arrangements conjugaux

    Très bon boulot qui est à développer au-delà du champs d’étude premier, à savoir sur l’ensemble de la population active.
    J’ai noté le même genre de biais dans les trajectoires professionnels lors de mes études en sciences sociales, donc, dans la population des universitaires.

    Mon directeur de recherche me reprochait de ne pas investir assez de temps dans mon travail. Je lui faisais remarquer que j’avais des contraintes externes indépassables, comme m’occuper des factures, des approvisionnements et de l’entretien de mes affaires et que c’était donc un temps que je ne pouvais consacrer à mon travail, par définition.

    C’est là que mon directeur de recherche a fini par me parler de la femme extraordinaire (eh oui, les mots sont importants !) qu’il avait. Chercheuse de haut niveau, tout comme lui, elle avait laissé tomber sa carrière universitaire pour s’occuper des contingences domestiques. Ainsi, il avait pu avoir une famille nombreuse et une belle carrière... sur le dos de sa femme. Mais ce n’est pas tout. En plus de prendre en charge 100% des petites contraintes physiologiques, d’éloigner les enfants pour qu’ils ne le dérangent pas dans son travail, d’inviter les meilleurs universitaires à leur table (ce qui est un bon booster de carrière, le dîner formalisé à la maison, avec apparat discret et mise en scène de la stabilité familiale), elle trouvait le temps de relire et corriger intégralement les travaux de monsieur le professeur...

    Il a fini par m’avouer que sans elle, il était perdu... mais je ne sais pas s’il a pris conscience de la réalité de ce qu’il lui avait fait... surtout que, comme dans les cas cités dans l’étude, cette femme brillante avait « choisi » de laisser tomber sa carrière pour se mettre à 100% au service de celle de monsieur.

    Plus tard, dans les entreprises privées, j’ai retrouvé systématiquement la même configuration dans les postes de haute direction DG, PDG, DO : des hommes 100% assistés dans le cadre de couples très stables et totalement inégalitaires. Parfois la femme n’avait pas un bagage culturel ou éducatif suffisant pour avoir eu un meilleur choix que la « domesticité », mais la plupart du temps, les hommes à haut poste de responsabilité se retrouvent avec des femmes brillantes et totalement à leur service.

    Et souvent, ils mettent en avant leur vie familiale comme démonstration même de leur réussite, quand bien même, ils n’y interviennent concrètement que de manière financière.

    En gros, cette enquête mérite d’être développée avec des moyens importants !
    http://www.cee-recherche.fr/publications/connaissance-de-lemploi/jai-une-femme-exceptionnelle-carrieres-des-hommes-hauts-fonctionnaires

    Majoritaires au sein de de la Fonction publique d’État (54 %), les #femmes n’étaient en 2011 que 26,5 % des cadres à y occuper des fonctions d’encadrement et de direction. Une inégalité professionnelle qui persiste en dépit du développement de politiques d’égalité. C’est pour mieux en comprendre les mécanismes que la Direction générale de l’administration et de la fonction publique a commandité une recherche qualitative auprès d’agent.e.s de la haute administration.
    Cette enquête montre à quel point, même (ou a fortiori) dans la Haute Fonction publique, la conciliation entre sphères professionnelle et privée reste un problème essentiellement féminin. En effet, l’organisation du #travail y est telle que seuls peuvent se plier aux exigences de leurs postes les cadres dont la conjointe, bien que tout aussi diplômée, assume l’exclusivité des charges familiales et désinvestit la vie professionnelle, devenant « une femme exceptionnelle » au service de la carrière de son conjoint. Ces cadres ne modifient leurs arrangements conjugaux que lorsque leur couple est en danger ou qu’ils éprouvent des déconvenues dans leur carrière. Des constats qui font mesurer le chemin restant à parcourir sur la voie de l’égalité professionnelle.

  • Pièces et Main d’Oeuvre ou quand le déni de leurs propres privilèges engendre des monstres.

    La dernière et pachydermique bouffée délirante de PMO, plaisamment intitulée « ceci n’est pas une femme », repose d’un bout à l’autre sur ce seul point : que l’hégémonie hétérosexiste n’existe pas, qu’il n’y a pas de rapports sociaux de domination de genre.
    Qu’il n’y a jamais à l’oeuvre, en fait de luttes de dominé-e-s, femmes, lesbiennes, homosexuelles, trans... que technolâtrie et haine de la nature, au service de la société industrielle. C’est le présupposé méprisant exposé il y a treize ans par Kacsinsky dans La Nef de Fous, poussé à son extrême.
    Kaczinsky, en effet, se contentait de hiérarchiser aliénations et dominations.
    PMO, plus conséquent, les nie purement et simplement.

    PMO donne ainsi naïvement à contempler à quoi ressemble le monde que l’on peut voir, une fois qu"on le regarde au travers du prisme négationniste des dominants.
    Il faut reconnaître que ça fait peur ! On dirait vraiment du Bruckner. Les comportements de lutte et revendication des infériorisé-e-s divers-e-s y deviennent immanquablement des monstruosités rivalisant de déraison.
    Chez PMO, les luttes des infériorisé-e-s ne peuvent jamais exister que sous cette seule forme.

    Mais aussi, il faudrait que ces mêmes dominé-e-s acceptent de débattre avec eux - sans doute pour discuter démocratiquement des termes avec lesquels PMO envisage de falsifier plus avant leurs luttes.

    Je ne résiste pas à vous proposer tout de suite, illustrant les conséquences de cette peur, de ce sanglot de l’homme blanc, quelques morceaux choisis :

    – de la pensée tellement non-essentialiste et non-homophobe estampillée PMO :

    Devenir homme ou femme est donc un fait socioculturel, un apprentissage suivant les règles du comportementalisme et peut faire l’objet d’un choix personnel. Ainsi devient-on homme ou femme (y compris dans les couples homosexuels), à force de « faire l’homme » ou de « faire la femme ». « Priez, la foi viendra. » « C’est en forgeant qu’on devient forgeron. » etc.

    – de citation par PMO, à l’appui de leurs thèses, ne témoignant d’aucun déni méprisant des violences masculines envers les femmes, d’aucune non-comprenance complaisante, d’aucun essentialisme crasse :

    Cependant Nancy Huston contredit Simone de Beauvoir. « Dans Le Deuxième Sexe (1949), Beauvoir réussit ce tour de passe-passe impressionnant : affirmer qu’on ne naît pas femme mais qu’on le devient, qu’au fond la femme n’existe pas mais a été construite par l’homme en tant que son autre radical… tout en prouvant le contraire à longueur de page, montrant chapitre après chapitre, que l’oppression des femmes est due à leur corps (donc à quelque chose avec quoi elles sont nées) : règles, hormones, grossesses, maternités… Si les femmes n’ont vraiment rien de particulier, le moins qu’on puisse dire est que cette bonne nouvelle devrait être plus largement propagée – auprès, notamment, des publics suivants : les guerriers sadiques et autres éventreurs qui les violent, les proxénètes qui les vendent, les clients qui les achètent, les conjoints et compagnons qui les battent… Pourquoi s’acharnent-ils sur les seules détentrices d’utérus ? C’est incompréhensible ! Il faudrait patiemment leur expliquer : un homme ferait tout aussi bien l’affaire !

    – de capacité à ne pas verser dans la mecsplication : à PMO quant on t’explique Simone de Beauvoir, qu’on a mieux compris que toutes les femmes qui l’ont lue, ce n’est pas du mépris ni de l’arrogance, c’est tout le contraire : c’est du service à la clientèle :

    La formule de Simone de Beauvoir relève également de l’art.
    Il s’agit d’une figure de style appelée hyperbole qui force le trait afin de mieux se faire entendre.
    Simone de Beauvoir n’a jamais dit ni pensé que les humains naissaient asexués biologiquement. Elle a signifié dans le contexte de l’après-guerre qu’il n’existait nul destin fondé en nature vouant les femmes au foyer, ni à être subordonnées aux hommes dans quelque domaine que ce soit. Rien de plus et c’est la moindre des choses. La banalité du propos éclate si l’on rappelle que les humains, ces animaux politiques, ne naissent jamais humains : ils le deviennent. C’est-à-dire qu’ils sont d’abord des corps

    Quel professionnalisme ! En un tour de main, PMO vide avec soin de sens le propos de Beauvoir, et ne te cache pas longtemps ses raisons de le faire. La phrase suivante te rappelle à l’ordre avec une économie de mots où l’on sent bien le métier : « regarde ton corps, on voit bien que tu es une gonzesse ».

    – de résistance héroïque à ne pas céder à la facilité de la falsification et d’amalgame, résistance héroïque qui demeure la recette favorite de PMO

    [...] imposer le délire en nouvelle norme sociale, ou à se débarrasser du corps, ce qui est l’objectif ultime des transhumanistes et des cyberféministes, héritiers contemporains du dualisme manichéen

    - admirez combien sont arc-boutées les deux virgules qui encadrent « ou à se débarrasser du corps », avec quel savoir-faire ils ont été parfaitement ajustés !

    Vous avez bien lu.

    Critiquer le caractère socialisé de l’appréhension du monde par la pensée, de l’appréhension du corps par le corps, pour PMO, c’est « imposer le délire en norme sociale », c’est « se débarrasser du corps », et cela range irrémédiablement qui ose le faire parmi les transhumanistes. De même, tenir des propos féministes sur internet, c’est.... argh... du cyber féminisme ! : on voit bien que les féministes sont des alliées des machines !
    Ce sont du moins les version auxquelles semble parvenir à accéder la compréhension du ou des bas de plafond volontaire-s qui signe-nt « Pièces et main d’oeuvres », c’est aussi la version à laquelle PMO souhaiterait que nous nous en tenions.

    Je passe sur le désopilant long développement où ils essaient, sans rire, de sauver leur essentialisme en expliquant que « le matérialisme est fondé en nature », dans un irrésistible sommet d’idéalisme non-comprenant.

    Et avec ça, il voudraient qu’on ne se paie pas leur tête ?

    Ils voudraient que leur ridicule ne soit pas nommé ?

    Ils voudraient qu’on ne leur mette pas sous le nez la navrante similitude de l’essentialisme à la sauce PMO avec l’essentialisme façon Manif Pour Tous, que l’on ne mette pas en rapport l’agressif virilisme de leurs propos avec d’autres qui ont fait leurs preuves ?

    Mais nous n’avons pas encore tous des google glass sur le nez. Nous avons encore des yeux pour voir, et pour lire PMO. Même quand nous sommes d’affreux cyber-je-ne-sais-quoi qui accèdons au texte sous format pdf.

    Le problème de PMO, c’est qu’il existe des luttes féministes, lesbiennes, homosexuelles, trans, des luttes décoloniales autonomes. Des luttes qui élaborent leur discours depuis des points de vue particuliers assumés. Des luttes qui renvoient l’homme blanc hétéro à l’arrogance et au mépris que contient le discours dominant, qui est encore le sien, même lorsqu’il autorise le mariage aux couples de même sexe.

    PMO a choisi de se poser en PME, en prestataire de service sur le marché de l’émancipation.
    Si l’émancipation doit être l’oeuvre des opprimé-e-s elleux mêmes, il est à craindre que, quoi qu’elle produise, cette petite entreprise (qui semble vendre désormais des cartes postales pour la manif pour tous : quelle provoc désopilante !) n’ait jamais aucune pièce et main d’oeuvre à facturer à personne.

    Si vous en voulez plus :

    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=539

    #homophobie
    #hétérosexisme
    #privilège_masculin
    #Ceci_n'est_pas_une_femme
    #PiècesetmaindOeuvre
    #PMO
    #mecsplication
    #déni
    #positiondominante
    #patriarcat
    #rapports_sociaux_de_domination
    #non-comprenants
    #cyberféminisme
    #essentialisme
    #naturalisme
    #masculinisme
    #Nancy_Huston
    #Simone_de_Beauvoir
    #féminisme
    #manif_pour_tous
    #sanglot_de_l_homme_blanc

    • merci pour ce travail argumenté.
      C’est intéressant et riche, même si de mon côté je me sens plutôt en phase avec le féminisme de Nancy Huston en général (je considère que la culture accentue les stéréotypes issus de la nature, que la réalité n’est ni 100% culturelle, ni 100% essentialiste, mais entre les deux).
      Dans le cas présent, si comme PMO je pense parfois que certains queers « ne supportent pas plus que les Catholiques du XIXe siècle, l’idée d’avoir eu des singes pour ancêtres, simplement ils mettent la Société à la place de Dieu ou de l’évolution. », je trouve le ton de PMO abject, homophobe, condescendant et réac.
      Je ne me reconnais pas du tout dans leur démarche qui une fois encore veut pourfendre le féminisme à cause de sa prétendue rivalité avec la lutte des classes...
      Voilà pour ma position générale.

      Je réagis spécifiquement à ce passage ici :

      de capacité à ne pas verser dans la mecsplication : à PMO quant on t’explique Simone de Beauvoir, qu’on a mieux compris que toutes les femmes qui l’ont lue

      ,
      Autant je suis d’accord pour être vigilant sur les phénomène de mecsplication en général, je peux moi-même m’y adonner parfois et je suis content qu’on me le signale, mais là il me semble que l’argument est infondé : si en tant que commentateur masculin on ne peut plus aborder et critiquer les thèses de Simone de Beauvoir cela me met vraiment mal à l’aise (je parle de la forme du débat, sur le fond je ne suis pas trop d’accord avec PMO). J’ai l’impression qu’on tombe là dans une forme d’effacement sexiste, de « galanterie » condescendante /infantilisante pour les femmes, un peu comme quand je demande à mon ainé de se taire pour laisser parler mon plus jeune fils afin que ce dernier comble son retard en communication.
      Je ne dis pas ça par esprit de polémique, mais vraiment parce que ça me semble important pour maintenir un débat de qualité.
      C’est ma perception, je peux me tromper.

    • Le problème n’est pas de pouvoir, ou non, critiquer Simone de Beauvoir, mais bien de voir ce que contient ladite critique.

      A moi aussi, il m’arrive de mecspliquer. Mais quand on me le dit, je la ferme, et j’écoute.

      Chez PMO, c’est depuis longtemps une autre histoire.

    • Extraits de cet humoristique pamphlet

      Notre destin sexuel est tranché dès la fécondation.

      Le besoin de se rassurer à ce point sur la nature biologique de son sexe, et surtout sur son destin, est risible, je préfère croire à une bonne névrose qu’à une position philosophique, voire politique, c’est indigeste de prétention et d’erreurs. La peur de la castration, cette terreur psychotique au commande du schéma social traditionaliste occulte toute capacité à modifier leur vision figé du monde. Ils en arrivent à affirmer vraiment n’importe quoi. Il n’y a pas si longtemps, Sarkozy sortait le même type d’inepties en affirmant que l’homosexualité était innée, mais bon, lui au moins on savait que c’était un crétin.

      Il est normal que « la mode », aux mains de l’élite gay et lesbienne promeuve les morphologies qui flattent ses désirs, et auxquelles la masse des clients et suiveurs hétérosexuels s’empressent de se conformer. Il est non moins normal que ses objectifs fusionnent avec ceux de la chirurgie esthétique, des biotechnologies et de « l’augmentation » technologique qui permettent la fabrication et la vente de ces « morphologies idéales ».

      Quant à X, le chromosome femelle, il n’a cessé au contraire de se renforcer grâce aux doubles X des « individus femelles », qui « ont conservé la possibilité de se recombiner entre eux – et de s’autoréparer. » Il « comporte de nombreux gènes essentiels à la spermatogenèse : un rôle qu’on n’attendait pas forcément de ce chromosome. (...) Ainsi le X humain compte 340 gènes uniquement actifs dans le testicule. » Et la généticienne Jenny Graves d’en conclure « que le Y n’est plus indispensable pour assurer ces fonctions « mâles ». » Bon débarras, tiens !... Et prends ça dans les couilles, vieux chromosome patriarcal hétéronormé !

      #complexe_de_castration #masculinisme

      @aude_v revient vite ! J’arrête là ma lecture parce que c’est vraiment trop lamentable, poubelle hop.

    • @Mona

      merci pour ce rappel.
      Il est bien cruel pour PMO de se voir cité, ou de voir ainsi précisé sur quel genre de sources ses ébouriffantes « enquêtes » à charge reposent.

      Je me suis donc plongé un peu plus dans la version PMO de « Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus ».

      Il est impressionnant, et navra,nt aussi, de voir ce qui fut quand même une entreprise de production de critique anti-industrielle, basculer cul par dessus tête dans le plus arrogant délire masculiniste.

      Il y avait Zemmour, Soral, Finklielkraut, Bruckner, la manif pour tous...

      Ils ne sont plus seuls à affronter courageusement la conspiration de la théorie du gender ourdie par le lobby Queer, la cinquième colonne des cyberféministes et des gays et lesbiennes, la haine de la nature, de la normalité et des hommes blancs hétérosexuels, et l’abolition des différences au service de la domination et du merchandising industriel, etc.

      Ils ont maintenant ouvertement le soutien « libertaire » de PMO.

      #Les_hommes_viennent_de_Mars_les_femmes_viennent_de_Vénus

    • Oui @mona, ça fait très mal de voir Nancy Huston sombrer ainsi dans le vieil archaïsme de vénus et mars. Il faut dire que pour « sexes et races » son co-écrivain est capable de nous expliquer le #gène_du_hlm !

      00:04:00:00

      Les enfants de personnes qui vivent en HLM en général ils vont vivre en HLM, les enfants de personne qui vivent dans des chateaux en général ils vivent dans des chateaux. Donc le type d’habitation est aussi héritable.

      On pourrait éventuellement l’entendre si il parlait du poids du déterminisme social, mais non, pas du tout, c’est dans une conférence qui se targue d’expliquer « La sélection naturelle » !

      http://pedago.ac-clermont.fr/video/2009_svt/svt_09_8_raymond.html

    • @aude_v Mon point de vue et qu’il vaut mieux s’encourager à dénoncer ce genre de discours plutôt que rester seul·e à se désespérer de la bêtise. À propos de PMO, ils ont perdu leur crédit depuis déjà plusieurs années à force de se croire unique et géniaux et à chier sur leurs soutiens, ça n’empêche pas de considérer le pavé de questions qu’ils ont lancé contre la techno et les nanos comme plus que nécessaire, mais apparemment ils ne sont pas bons sur tous les sujets …

    • J’ai lu aussi ce texte de PMO (enfin, une partie parce que c’est atrocement long). La première chose qui m’a marquée, c’est que c’est pratiquement incompréhensible. A force de faire de l’ironie systématique, on finit par perdre totalement son intelligibilité. En tout cas, je passais tout mon temps à essayer de départager ironie et sérieux sans y arriver. C’est d’ailleurs ce qui m’a fait arrêter de lire.

      Mais je pense aussi qu’ils feraient mieux de s’en tenir à la lutte contre les nanotechnologies, les puces RFID et le nucléaire. Quand ils commencent à s’attaquer au genre et aux questions qui gravitent autour, ils sont consternants.

      J’ai écrit pour PMO il y a quelques années (j’en suis d’ailleurs assez fière) donc je les connais un peu « en vrai ». Je ne les reconnais pas dans ce texte ; à mes yeux c’est incompréhensible.

    • @Philomenne

      j’ai eu l’occasion de côtoyer quelques futurs PMO avant qu’ils ne fassent PMO, autour de questions anti-industrielles.
      Bien qu’ils n’aient tenu que ces toutes dernières années à surenchérir dans l’inacceptable parmi leurs publications, je dois dire que j’y ai alors retrouvé, certes en bien pire, un virilisme et une forme de suffisance autoritaire qu’il m’avait déjà été pénible d’y rencontrer il y a plus de dix ans, et qui avaient déjà suffi à faire tourner court toute perspective d’action commune.

      A croire que depuis 2012, la mise en scène politicienne autour du mariage pour tous a pu provoquer chez certains le brusque mûrissement d’un vieil abcès masculiniste.

      J’ai essayé il y a un mois de proposer quelques pistes pour comprendre cela, et pour en retirer quelque chose aussi :
      http://seenthis.net/messages/299787

      Le sujet me semble amplement mériter d’être discuté.

      Je ne pense pas que la moindre espèce de complaisance naturaliste - de celle où se répand PMO sitôt que la question du genre est abordée - puisse fournir une quelconque assise à la plus modeste ambition de critique de la « société industrielle ».
      (mais je ne cache pas que je suis plus que réservé sur la possible pertinence d’un concept aussi inséparable d’un affligeant fond de naturalisme que celui d’ « artifice » et d’ « artificiel » - qui suppose qu’une part de nos actes, produits, comportements et réalisations seraient ou pourraient être qualifiés de"naturels")

    • Sans vouloir troller la discussion, permettez moi de compléter la boutade de @touti sur Raymond.

      Oui compte tenu de notre contexte de civilisation, parler de la couleur de peau des humains pour enseigner la génétique est au pire provocateur au mieux maladroit. Dans l’absolu la teneur biologique en mélamine ne devrait pas conduire notre cerveau à y associer le spectre terrifiant de la hiérarchisation des « races », mais comme beaucoup j’ai ce réflexe.

      Pour avoir déjà lu attentivement sa tribune dans le Monde avec N.Huston et re-mentionné par @Mona, je comprends sa position, je le pense de bonne foi, et je partage son point de vue philosophique (cf discussions seenthis antérieures), que je résume en disant qu’il est préférable de ne pas instrumentaliser la science au profit d’une cause philosophique et réciproquement, aussi bien pour construire des discours que pour imposer des tabous.

      Je comprends qu’un généticien regrette qu’on lui interdise de manipuler le concept de « race » pour les humains, à cause des catastrophes sociales qui y sont liées, tout comme on pourrait interdire au physicien de nommer les atomes des métaux lourds radioactifs au motif que ça a conduit à Hiroshima.

      Pour ce qui est de sa conférence mise en lien, à part cette illustration peu inspirée sur la mélamine, je ne vois pas pour le reste ce qui est choquant ou risible.
      Il ne parle bien sûr pas du gène du hlm.
      Il évoque cette image simpliste du logement pour expliquer les mécanismes d’évolution. Il n’est pas là pour causer de sociologie, il parle juste de
      « un caractère culturel héritable »
      pour expliquer que « les caractères culturels peuvent aussi évoluer »

      Ensuite dans la suite de la conférence, il évoque d’autres sujets qui peuvent intéresser les lecteurs de seenthis
      – la résistance des moustiques aux insecticides sur la cote languedocienne
      – la résistance des bactéries aux antibiotiques
      – la tolérance au lactose chez les humains

      Je tenais donc à donner un autre son de cloche que celui de Touti parce que je n’ai pas du tout la même interprétation et je trouve injuste qu’il soit discrédité de cette façon. Pas facile de rester jusqu’au bout de la conférence tant son élocution est laborieuse et sa toux désagréable, mais sauf erreur de compréhension de ma part, son travail est respectable.

    • @petit-écran_de_fumée

      Il me semble qu’il ne s’agit pas « d’interdire » l’usage du mot race à cause des catastrophes passées",

      Mais de comprendre comment l’idée de race, qui est, comme toute idée un produit de consciences humaines, et non une donnée immédiate qui nous aurait précédé dans le monde, attendant que nous l’y découvrions, participe pleinement d’un système de rapports sociaux de domination « de races ». Un système institutionnel, dans lequel nous sommes tous pris, et qui fournit une structure « spontanée » de pensée à tous.
      Ce qui est navrant, c’est de lire des imbécilités, assénées avec l’aplomb qui va avec les imbécilités, comme dans l’article de N. Huston : « Sexes et races, deux réalités ». Ce sont la les propos de personnes qui, à un moment ou un autre, ne se posent pas de questions à propos des mots avec lesquels elles pensent, ne s’interrogent pas sur la provenance de la matière même de leur propre pensée.
      Il y a là une forme de superficialité, de fumisterie intellectuelle ; au mieux, une forme de candeur innocente qui pourrait être touchante, si ces personnes ne se trouvaient pas investies de prestige et d’autorité, et si les mots en question ne se trouvaient pas au coeur de rapports sociaux de domination bien présents.
      Le problème du mot race n’est pas qu’il pourrait être employé par « un raciste », qu’il constituerait un danger potentiel : un tel concept, un tel mot est à la fois le produit et le promoteur, la justification en nature, l’essentialisation de rapports sociaux de domination existants, réèls, actuels.
      Si les rapports de domination de race ou de sexe n’ont rien d’hypothétique, il n’ont rien de naturel non plus.

      Sinon, on peut aller lire sur ce sujet des gens passionnants, patients et pédagogues

      comme Odile Fillod, et son blog Allodoxia
      http://allodoxia.blog.lemonde.fr/tag/sexe-genre

      ou le blog « Uneheurede peine » :
      http://uneheuredepeine.blogspot.fr/2013/05/la-volonte-de-parler-tout-prix-de-race.html

      Quand les adversaires d’un ensemble de travaux scientifiques portent leur polémique en dehors du monde scientifique, il y a toujours de quoi s’inquiéter. Pas d’exception pour les travaux sur le genre, avec un nouvel exemple avec une tribune de Nancy Huston et Michel Raymond dans le Monde visant à affirmer la pertinence des races et des sexes. Sans surprise, il apparaît clairement que les auteurs ont d’autres choses en tête que le simple questionnement scientifique qu’ils prétendent affirmer. Pourquoi ? Parce que sur le plan strictement logique, leur argumentation ne tient pas : si « sexes » et « races » désignent des classes logiques, ce n’est pas ce qu’ils montrent ici.

      Tenez, PMO aurait mieux fait d’aller lire un peu ces deux excellents auteurs :

      Qu’on le veuille ou non, s’il y a des femmes avec des pénis et des hommes avec des vagins, ce n’est pas parce qu’ils « refusent » la réalité biologique, c’est parce que nous tous n’utilisons pas cette « réalité biologique » comme la réalité pertinente pour savoir ce qu’est un homme ou une femme. Et nous avons bien raison : nous ne sommes pas tous des médecins en train de soigner des utérus, et nous avons bien d’autres problèmes à régler. Et c’est pour cela que, dans nos interactions quotidiennes, nous utilisons le genre et non le sexe... Les scientifiques n’ont fait que poser le mot « genre » sur quelque chose que les individus utilisent depuis toujours lorsqu’ils sont pris conscience que cette chose était bien différente des chromosomes des personnes ;

      Mais faut-il en comprendre que Huston et Raymond suggèrent que c’est la même chose pour les « races » ? Que les différences biologiques entre des sous-groupes qu’ils se gardent bien de désigner expliquent les différences de positions sociales ? C’est finalement peut-être cela qui est en jeu. C’est peut-être ce qui se cache derrière leurs formules creuses comme « Il est temps de passer outre ces réponses simplistes à des questions infiniment difficiles, car si nous continuons à ignorer et à maltraiter le monde, nous risquons de compromettre nos chances de survie »... C’est peut-être ce qui se cache derrière des imbécilités comme l’assimilation des travaux sur le genre (idéologiquement renommés « théorie du genre ») à la formule « on décide de notre propre sort », remarque aberrante pour des travaux qui s’intéressent à la question de la domination... C’est peut-être ce qui se cache derrière cette volonté de parler à tout prix de « race ».

      ça leur aurait pris moins de temps, et ça leur aurait épargné l’embarras durable d’avoir signé de leur nom les imbécilités navrantes, délirantes, agressives et hostiles aux femmes, lesbiennes, trans et homos, publiées sous le titre « Ceci n’est pas une femme »

      #Odile_Fillod
      #Allodoxia
      #Uneheuredepeine

    • Sexe, race et réalité : réponse à Nancy Huston et Michel Raymond
      Christine DETREZ sociologue, maître de conférences à l’Ecole normale supérieure de Lyon et Régis MEYRAN anthropologue, chercheur associé au Lirces (Nice-Sophia antipolis)
      http://www.liberation.fr/culture/2013/05/27/sexe-race-et-realite-reponse-a-nancy-huston-et-michel-raymond_906078

      Enfin, dans les colloques scientifiques qui ont jalonné le XXe siècle, personne n’est jamais arrivé à un quelconque consensus sur la notion de race, laquelle a été régulièrement remise en question par les esprits les plus éminents, de Paul Topinard (1891) à Henri Neuville (1936) en passant par Franz Boas (1911).

      Stephen Jay Gould affirmait dès 1977 : « Quelle preuve directe avons-nous que le comportement social humain est sous le contrôle des gènes ? Pour le moment, la réponse est : aucune. »

    • A force de faire de l’ironie systématique, on finit par perdre totalement son intelligibilité.

      @philomenne Carrément ! Tu mets là un doigt sur un truc que j’ai ressenti aussi et que je n’arrivais pas à mettre à jour. Un livre entier ou une brochure entière avec presque que de l’ironie, des sortes de « private jokes » entrecoupées de citations, c’est incompréhensible. C’est pas de l’argumentation, c’est pas de la rhétorique, ça ne percute plus du tout comme du boulot « journalistique » qu’ils ont pu faire sur d’autres sujets, quand bien même il y avait des piques insérées dedans.

    • Ce qui est le plus désolant dans cette histoire, c’est que quand j’ai croisé PMO à Lyon, lui expliquait qu’illes bossaient à deux et pas dans un collectif plus large pour pouvoir aller à leur rythme, vite et fort. Personne « sur la banquette arrière ». Ben maintenant la signature au (masculin) singulier profite de la réputation due à un impeccable travail de doc et d’écriture à deux ou plus pour diffuser cette merde.

      @ Aude V : Tu confirmes donc ce que je pensais. Quand je les ai rencontrés à Quimper, ils étaient deux. J’ai demandé combien il y avait de membres chez PMO et ils ont refusé de répondre. J’ai illico soupçonné qu’ils n’étaient en réalité que deux (Monsieur et Madame, en couple, en fait). Je me demande si le problème ne serait pas tout simplement qu’il y a eu rupture entre les deux et que Monsieur aurait eu la garde de la signature PMO ou quelque chose comme ça. Je peux me tromper mais intuitivement, c’est l’impression que ça me donne.

      Je suis d’accord pour dire que ça ne mérite même pas une lecture exhaustive et encore moins une réponse.

      @ RastaPopoulos et Koldobika : Oui, ils écrivent pour eux, c’est aussi ma sensation. Pour eux ou pour un « entre soi », c’est-à-dire des gens qui penseraient déjà comme eux. D’où cette accumulation de sous-entendus, d’allusions et l’ironie systématique. Mais ça n’a plus rien à voir avec l’exercice de journaliste critique qu’ils pratiquaient avant. (Ce qui étaye l’intuition dont je parlais précédemment, puisque des deux, c’est Madame qui était journaliste.)

      Pour moi, à moins qu’ils ne se ressaisissent très vite, PMO signe sa fin. Et ça me rend triste parce qu’il n’y a pas beaucoup de gens pour faire le travail qu’ils faisaient. Si j’ai souvent tiqué sur le style, j’ai beaucoup apprécié le fond. Ma déception est à la hauteur de l’estime que j’avais pour eux avant.

    • Haha @philomenne, pour l’histoire de couple j’ai pensé mot pour mot à la même chose, mais je me suis dit que ça ne se faisait pas d’insinuer des trucs comme ça… :)

      Je me rappelle que c’est un point qu’a évoqué Michéa dans plusieurs de ses livres et interviews, le fait qu’un certain nombre de militant⋅e ont des positions extrêmes influencées par leurs névroses personnelles. Mais bon, on ne peut pas trop expliquer là sans savoir…

      Sinon oui : « Ma déception est à la hauteur de l’estime que j’avais pour eux avant. »

    • Je ne comprends toujours pas comment on peut « estimer » (ou avoir estimé) PMO... (et pas non plus en quoi le #réac Michéa peut aider)

      – Responsabilité et autonomie dans le catéchisme antitechnologie
      http://rougemecanique.noblogs.org/post/2013/01/11/responsabilite-et-autonomie-dans-le-catechisme-antitechnolog

      Faire la morale au nom de « la nature », c’est bien de ça qu’il est question non ?

      La Nature humaine : une illusion occidentale, Marshall Sahlins
      Réflexions sur l’histoire des concepts de hiérarchie et d’égalité, sur la sublimation de l’anarchie en Occident, et essais de comparaison avec d’autres conceptions de la condition humaine
      http://www.lyber-eclat.net/lyber/sahlins/nature1.html

    • Retour sur le passage d’Alexis Escudero à Paris et son livre « la reproduction artificielle de l’humain »

      http://paris-luttes.info/alexis-escudero-masculiniste-et#nh3

      Mardi 28 octobre, Alexis Escudero, proche du groupe Pièce et Main d’Oeuvre (PMO), était de passage à Paris, à la librairie le Monte-en-l’air pour présenter son livre La reproduction artificielle de l’humain. Sur un mur attenant à la librairie, un tag était fraîchement écrit : « PMO homophobe dégage » .

    • Par contre à la fin :

      revendiquent aujourd’hui l’accès à la PMA (qui rappelons le est un don de sperme)

      Ben non, carrément pas. C’est pas juste ça « la PMA » (LES en vérité). Et c’est bien pour ça qu’il y a effectivement des critiques à faire de certaines PMA (une bonne partie en fait, car seulement une petite partie pourrait être « autonomisé »).

      Ça me dérange que certains tracts ou articles sur internet qui critiquent le livre, font eux aussi des amalgames, des mauvaises citations. Enfin, ça me dérange quand ce sont des gens avec qui je pourrais être d’accord (càd pas les libérales, libéraux, mais celleux qui ont aussi en parallèle une approche de critique techno).

  • Le dieu pétrole dévore le Canada, par Nancy Huston
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/06/14/le-dieu-petrole-devore-le-canada-par-nancy-huston_4438049_3232.html

    L’omniprésence de mots positifs souligne cette absence grave de communauté. Be Unique (« soyez unique ») ! hurlent des panneaux d’affichage. Moineaux ! Aurores boréales ! Les mots bucoliques compensent la destruction massive de la nature. Sommet ! Quête ! Eden pur ! Les noms de marque exaltants démentent la bassesse irréparable de ce qui se passe ici, un viol de la terre qui empoisonne l’eau et l’air de manière irréversible. La nourriture est grasse et sucrée, indigérable… et coûteuse. Atmosphère ! Feeling ! La malbaise est à l’image de la malbouffe, ce que reflète le taux record de syphilis à Fort McMurray. Comme partout où les hommes se trouvent en surnombre et seuls, les femmes économiquement désavantagées viennent à la rescousse : l’annuaire propose dix pages de services d’escorte ; un site Internet contient deux mille petites annonces d’hommes, précisant brutalement les prestations sexuelles recherchées ; les couloirs de l’université sont vides, les librairies aussi ; en revanche, la boîte de nuit où les « girls » se succèdent comme strip-teaseuses, avant de s’éclipser avec les clients pour une brève étreinte tarifée, est le seul lieu où, chaque soir, il y a foule.

  • Nancy Huston, grande écrivaine et essayiste, même si elle a récemment écrit des conneries sur le féminisme et le racisme dans les journaux, sort un nouveau livre (Bad Girl) et elle est donc interviewée sur France Inter ici :
    http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=991922

    Je vous l’envoie surtout pour les 6 première minutes de l’interview où elle est vraiment très claire sur le Canada, son colonialisme, les minières (elle mentionne le livre Noir Canada), l’engagement du Canada dans toutes les guerres récentes, Stephen Harper, les sables bitumineux et, pour finir, les derniers attentats qu’elle refuse de qualifier de terroristes et qu’elle replace dans un contexte de violence générale dans le monde, à laquelle le Canada participe et dont elle paye aussi le prix... Bravo !

    NB : Le dieu pétrole dévore le Canada
    Nancy Huston, Le Monde, le 14 juin 2014
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/06/14/le-dieu-petrole-devore-le-canada-par-nancy-huston_4438049_3232.html

    #Nancy_Huston #Canada

  • « Le genre crée le sexe »... Vraiment ?
    http://cdarmangeat.blogspot.fr/2014/09/le-genre-cree-le-sexe-vraiment.html#more

    En suivant la logique de P. Touraille, ce serait aussi un acte de croyance que de parler de feuillus et d’épineux, puisqu’il n’existerait, en réalité, que des arbres munis de feuilles et d’autres d’épines. Ce serait un acte de croyance de parler de vertébrés et d’invertébrés puisque dans la réalité, il n’existe que des êtres vivants pourvus ou dépourvus de vertèbres. En matière sociale, c’est la même chose : on ne saurait sans faire acte d’idéologie parler de plombiers et d’universitaires, puisque dans la réalité, il n’existe que des individus dont certains ont comme activité de réparer les fuites et d’autres d’expliquer la réalité (ou de l’obscurcir, selon les cas). Quant au premier chapitre du Manifeste communiste, intitulé « bourgeois et prolétaires », il accomplit incontestablement un acte de croyance, puisque comme on le sait, il n’existe en réalité nuls bourgeois et prolétaires, mais simplement des êtres humains dont certains qui se font exploiter et d’autres qui vivent de cette exploitation.

    #genre #féminisme

    • Oui belle définition ici

      Le programme féministe consiste à militer pour la fin de cette assignation ; ce qu’on désigne habituellement par la formule consacrée, mais impropre, d’égalité des sexes et qu’il serait plus exact d’appeler disparition des genres.

      @rastapopoulos : je me sens sur la même ligne que l’auteur (cf nos débats sur la controversée Nancy Huston) et je crois qu’il explique parfaitement mon point de vue ici, car je suis mal à l’aise avec ce que j’observe dans bcp de travaux de féministes radicales, à savoir ce qui me semble être une réécriture de l’histoire de l’humanité et une négation de notre héritage « biologique » :

      Arrive alors une certaine critique féministe dite radicale, qui explique que cette manière de voir les choses fait encore beaucoup trop de concessions à l’idéologie dominante, en admettant comme naturel ce qui ne l’est pas. Loin d’être une donnée de la biologie, le sexe lui-même serait socialement construit. C’est parce que la société hiérarchise les genres qu’elle classifierait les individus en sexes, une classification qui n’aurait donc aucune réalité propre, indépendante de l’esprit humain – et, plus précisément, des valeurs sociales.

      Ensuite dans ce texte, moi ce qui me gêne c’est justement le fait d’invoquer le « bon sens » à tout bout de champs (cf http://seenthis.net/messages/289812)... Même si je me sens en phase avec son angle d’approche, le recours au concept de bon sens est un raccourci idéologique, un sophisme, qu’un débat rigoureux devrait proscrire..

    • Le mec qui s’autorise à définir LE féminisme ou LE programme féministe comme la disparition des genres, et qui appuie ses élucubrations sur le bon sens, en fait il ne sait juste pas lire et ce n’est pas moi qui vais perdre mon temps à lui apprendre.

    • On sait aussi que chez un même individu, tous les marquages du sexe peuvent ne pas être cohérents ; cela complexifie, mais n’abolit en rien, l’existence de deux types fondamentaux d’organes reproducteurs

      Pour que telle ou telle espèce (un grand nombre dont homo sapiens) se reproduise (sans manipulation bizarre dans des laboratoires), il faut obligatoirement un organe sexuel (donc un individu) produisant des gamètes mâles et un autre organe (d’un autre individu) produisant des gamètes femelles. Le fait qu’il y ait de rares exceptions ne change pas ce principe de base.

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Gam%C3%A8te

      Chez de nombreuses espèces, en revanche, il existe deux types de gamètes qui sont différenciables par la taille et éventuellement par l’apparence : la fécondation est alors dite anisogame. Les petits gamètes, ou microgamètes, définissent l’individu qui les produit comme étant de sexe mâle, les gros gamètes, ou macrogamètes, de sexe femelle.

      C’est la définition biologique du sexe (= c’est la définition du sexe tout court, puisque ce qui est non-biologique c’est justement le genre et non pas le sexe).

      Enfin pour moi, c’est comme ça que j’avais compris en quoi consistait le genre par rapport au sexe. Mais du coup ça ne serait pas ça ?

      Ok, mais dans ce cas @touti, je veux bien quand même des pistes pour comprendre pourquoi ce que je pensais être le genre par rapport au sexe, n’est finalement pas ça. Perso je suis réellement embrouillé par rapport à ce que je pensais avoir compris. :(

    • @monolecte : justement je ne suis pas d’accord avec l’idée que tout ce qui est biologique est indépassable. Au contraire, l’humain a toujours cherché a s’opposer à la nature, et parfois c’est tant mieux car je ne crois pas que la nature nous ait « programmés » pour être bons et vivre heureux, mais juste pour survivre, parfois aux dépens de nos congénères.

      Et puis la biologie ne peut pas inviter à penser binaire, bien au contraire, c’est un formidable domaine pour comprendre et accepter la diversité.
      (cf http://seenthis.net/messages/149689)

      Je n’ai jamais vu en quoi la biologie pouvait de manière incontestable servir à justifier une quelconque hiérarchisation entre êtres humains. Je me bats contre l’idée qu’un argument « biologique » serait supérieur à un argument moral. C’est aux humains à définir comment ils veulent exister et coexister socialement, la morale sert à cela, aucun alibi biologique ne peut servir à autoriser à faire des uns des prédateurs et d’autres des proies..

    • @rastapopoulos Je n’ai pas les compétences pour ce que tu me demandes.
      Je pense seulement qu’il est fondamental de bousculer nos concepts et la culture de la domination masculine et non de faire un cours de biologie sexuelle.

    • Deux emissions de radio sur le livre de Anne Fausto-Sterling, Biologiste américaine, Historienne des sciences et militiante féministe, Professeure de Biologie et d’études de genre à l’Université Brown (Providence - Rhode Island), intervient à propos de son dernier essai :
      - « Corps en tous genres : la dualité des sexes à l’épreuve de la science » (La découverte, octobre 2012) -

      http://www.franceculture.fr/emission-la-grande-table-1ere-partie-la-science-du-corps-en-question-2

      http://www.franceculture.fr/emission-la-suite-dans-les-idees-sexe-et-genre-une-dualite-avec-anne-f

    • Souvent, la nette impression domine que prenant systématiquement le genre comme cible, ses détracteurs se cantonnent au plus bas niveau, se promettant les délices d’une apocalypse humaine « Ça va être l’abolition des sexes, sûr qu’on va se faire castrer, d’Adam ou de Eve, comment reconnaitra-t-on la salope qui a foutu le bordel ?, pas touche à mes préjugés, les filles en roses et vive les ignares… » Pourquoi ce besoin à devenir si cons pour tenter de rabaisser cette recherche (au milieu d’autres recherches féministes) à leur petite inquiétude morale de reproduction alors qu’on commence à peine à percevoir le système de construction des individus, de leur sexe, les liaisons et les fondements des dominances, source d’un début de déconstruction de celles-ci, de l’acceptation de l’autre et du refus des inégalités. Quel intérêt véhicule ce discours emprunt de mépris

      Si vraiment c’est le genre qui crée le sexe, cela veut dire au moins 1) que l’abolition des genres entraînera aussi celle des sexes 2) que dans le monde animal, les sexes n’existent pas

      avec le reste du même avenant alors qu’heureusement un autre discours se forge.

      Merci @mad_meg de tes liens, ça permet de rappeler que le genre n’existe pas, qu’il est seulement un concept qui permet d’appréhender les influences culturelles, sociales qui façonnent une personne, mais aussi son sexe.

      http://www.franceculture.fr/emission-la-grande-table-1ere-partie-la-science-du-corps-en-question-2

      La biologiste qui nous parle ici du partage entre nature et culture met en évidence leur imbrication, sans que l’un prédomine sur l’autre : la société construit non seulement les discours sur le corps, mais aussi le corps lui-même.

      (…)

      Il y a un double mouvement : on peut lire le genre dans le corps, et en même temps le corps ne dit pas la vérité. Elle -Anne Fausto-Sterling - passe du sexe au genre sans cesse pour avancer, tout en repérant le rapport entre le savant et le politique.

    • Ben oui @odilon, c’est justement la définition qu’en donne l’auteur de l’article cité, et celle que j’avais en tête.

      @touti, l’auteur dont on parle ici n’est pas du tout un détracteur du genre, au contraire, il en donne une définition qui correspond bien aux études féministes faite à ce sujet (il s’agit de tout ce qui est construit socialement) et il est d’accord avec ça d’après ce que j’ai lu. Là il « pinaille » sur la logique de la phrase « c’est le genre qui crée le sexe ». Phrase que j’avoue ne pas encore saisir, même si je ne doute pas qu’il doit bien y avoir une explication logique (que je tente de comprendre, en ce qui me concerne).

      @aude_v, ta citation qui suit « il y a une réponse assez claire », là je crois que j’arrive à comprendre un peu (par contre je n’ai pas pigé d’où vient cette citation).
      Quant au lien que tu mets sur l’article réglementariste publié dans la revue Période, j’ai un doute en lisant ton commentaire : as-tu bien vu que c’était un texte de Morgane Merteuil (pas d’un universitaire mâle donc) ? Il semblerait que ça réponde ou fasse écho aux articles du Diplo du même mois.

  • « Le désir des hommes livré à l’industrie du prêt-à-jouir », par Nancy Huston
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/11/10/le-desir-des-hommes-livre-a-l-industrie-du-pret-a-jouir-par-nancy-houston_35

    "Tous deux s’accrochaient à un fantasme plutôt que l’un à l’autre, cherchaient non à s’offrir les secrets de leur corps mais à sucer du plaisir des fissures de leur esprit. Où qu’ils se tournaient, ils se trouvaient empêtrés dans les vrilles de la honte ; tous les gros mots de leur vocabulaire se moquaient de ce qu’ils faisaient. » Personne, peut-être, ce dernier siècle, n’a réfléchi à la sexualité avec plus d’acuité que l’auteur américain James Baldwin (1924-1987). Pas sur la sexualité des Noirs ou celle des gays (bien qu’il fût lui-même, selon ses propres termes, « un nègre et un pédé »), non, sur la sexualité en général qui, comme à peu près tout dans le monde contemporain, tend à devenir une industrie capitaliste dominée par des hommes blancs.

    • Toujours cette approche dérangeante, mais lucide je crois : accepter notre part d’animalité pour mieux la dompter, au lieu de l’occulter et de compter les pots cassés en maudissant la culture patriarcale d’être ce qu’elle est.
      Détruire la culture du viol ne suffira pas à faire disparaître le viol, il est temps de construire la culture qui déconstruira la possibilité du viol dans l’esprit masculin.
      Et ne pas laisser le commerce des corps compenser cette bestialité non-assumée, mais omniprésente..

      Que faire des passions et peurs que suscite la sexualité masculine naissante, souvent totalement obsédante ?

      Eh bien, répondent avec un bel ensemble les parents, enseignants et écrivains français : rien, puisqu’il n’y a pas de différence. Ce qui – la curiosité étant intense et les hormones puissantes – laisse le champ libre au prêt-à-jouir, la jungle envahissante de ce qui va vite et se vend bien, oui, l’équivalent rigoureux du fast-food : le fast-sex de la pornographie.

      Liberté sexuelle ? Tout juste le contraire. L’Eglise stigmatisait la sexualité, parlait de parties honteuses ; la pornographie massivement consommée jour après jour est liée aux mêmes opprobres, hontes et interdits. Elle est un monde de pure contrainte. Liberté d’expression ? Loin de là. Qui s’exprime et qu’est-ce qui s’exprime là-dedans ? La seule chose libre dans la pornographie, comme dans les McDo, ou les poulaillers sans fenêtres, ou les maïs transgéniques, c’est le marché.

  • Demander leur avis aux prostituées, oui, mais lesquelles ?
    http://www.gqmagazine.fr/sexactu/articles/demander-leur-avis-aux-prostituees-oui-mais-lesquelles/21075

    Alors pourquoi n’entend-on pas les autres prostituées ?

    Parce qu’elles ont la trouille. Parce qu’elles ne parlent pas le français, ou mal. Parce qu’elles se planquent. Parce qu’elles ont déjà assez honte, elles ne vont pas en plus devenir porte-paroles d’une situation dans laquelle, euphémisme, elles ne se reconnaissent pas. Parce que ce n’est pas joli de montrer une fille à la télé qui a des marques de griffures sur le visage (anecdote personnelle vécue). Parce qu’elles fuient devant les journalistes. Parce que le temps que tu passes à parler tu ne le passes pas à ramener de l’argent. Et si tu n’en ramènes pas, ça va mal se passer.

    Donc on ne risque pas de les entendre, non.

    Et c’est justement ce silence qui en dit le plus long. Elles ne PEUVENT pas parler. C’est ça, l’#esclavage : quand ton corps, ta voix, ne t’appartiennent pas.

    #prostitution

    • Oui c’est ce que j’ai régulièrement dit ici, celles qui se disent porte-paroles de prostituées ne représentent à mon avis qu’une infime minorité d’entre elles. Et donc ne peuvent parler que pour le demi-pourcent qui est dans une situation de choix. Sauf que la quantité de paroles publiques qu’on entend venant de ce groupe est disproportionnée par rapport à la représentation. Et donc ensuite, quand on écoute ça de loin, on croit que c’est ça la réalité la plus courante.

    • Certes, mais ce qui pose encore plus problème, à mon sens, c’est de délégitimer la parole des quelques #femmes qui arrivent à la prendre et à s’organiser. C’est cela que je trouve souvent abusé dans la critique du Strass venant de « la gauche » : des travailleuses/eurs du sexe ont constitué un syndicat, autogéré qui plus est, mais on lui renvoie sans cesse cette non-représentativité, voire la suspiscion de n’être qu’un faux-nez de proxénètes masqués.

      On ne songerait même pas à brandir ces arguments face à d’autres syndicats radicaux : vous êtes des travailleuses/eurs syndiqué-e-s mais peu importe parce que vous êtes minoritaires, ou bien prouvez-nous que vous n’êtes pas la courroie de transmission du patronat qui agit en coulisses.

      Le Strass ne revendique d’ailleurs pas de représenter tou-te-s les prostitué-e-s. En revanche il milite pour une amélioration des conditions de tou-te-s et contre la précarisation voire la mise en danger de tou-te-s par des lois censées les « protéger ». Sa prise de position dans la fumisterie des « salauds » est on ne peut plus claire
      http://seenthis.net/messages/190547#message190666

    • Dézinguer la #domination masculine et soutenir celles (et ceux) qui s’organisent pour y résister et survivre dans l’état actuel des choses, ça va de paire pour moi. Comme pour toutes les luttes intermédiaires : contre les prisons, et en attendant pour les droits des détenu-e-s ; contre le capitalisme, et en attendant pour les droits des ouvrières/ers ou des précaires. J’espère qu’un jour on fera autre chose que négocier des pouillèmes d’augmentation de salaire, un parloir de plus ou la suppression du délit de racolage. Mais en attendant, la parole est à celles et ceux qui sont là dedans, et qui luttent pour leurs droits de diverses manières.

      (Et c’est marrant que tu en parles : portrait d’une journalière agricole - et surtout une sacrée nana - dans la prochaine Intempestive)

    • Voilà, c’est exactement ça, like like like. :D

      Non mais pour dire que oui, ce que je disais, ce n’est pas contre le fait que des femmes arrivent à s’organiser entre elles pour aller mieux (Strass ou autre). Mais contre le principe même de la prostitution.

      C’est pas être abolitionniste des prostituées, c’est être abolitionniste de la prostitution. Je n’ai pas de solution miracle et je ne suis pas particulièrement pour interdire physiquement de vendre son corps (que ce soit en pénalisant côté pute ou côté client), mais c’est le but à atteindre, qu’il n’y ait plus de prostitution.

      Et quand j’entends les discours du Strass, ça ne va clairement pas dans ce sens, et c’est sur ce point-là que je m’y oppose. Car au-delà des opinions et propositions qui vont effectivement dans le sens d’aider les personnes prostituées (plus de droits, de protections, de préventions, etc), il y a dans le même temps un discours construit, conscient, de banalisation-légitimation de l’acte, décrit comme une action sociale ou psycho. Uniquement pour les hommes évidemment. Et qui a ensuite des conséquences sur l’ensemble des femmes.

      Au delà de tout ça, il y a un sous-débat qui me taraude, c’est qu’il y a certains groupes politiques, parfois eux-mêmes représentant de minorités (comme ici pour le Strass je pense), mais parfois pas, qui fondent quasiment entièrement leur argumentation sur les exceptions.

      Qu’on les aborde, ok, mais dans à peu près toute chose il y a des exceptions. Je ne vois pas comment on peut fonder sur la base d’exceptions des argumentations qui vont avoir des conséquences sur la vie de vraiment tou⋅te⋅s.
      Quand on parle de la prostitution on s’entend alors répondre :
      – oui mais il y en a pour qui c’est un choix => exception
      – oui mais il y a aussi des hommes qui se prostituent alors la liaison avec la condition des femmes hein => exception
      – oui mais il y a aussi des femmes qui achètent => exception

      Jveux dire, on sait que l’immense majorité des putes sont des femmes, qu’elles n’ont pas fait ça par choix, et que ce sont des hommes qui utilisent leur corps contre de l’argent. Et que tout ça a une conséquence bien réelle sur la vie de toutes les autres femmes.

      Alors après ça devient des choix philosophiques du coup (on en revient au libéralisme, Michéa, etc) : est-ce que parce qu’une minorité fait effectivement ça par choix, on doit de fait l’accepter légalement pour l’ensemble de la société, comme si ce n’était qu’un choix personnel, individuel, qui n’influait pas sur la vie sociale globale ? Ou est-ce qu’on doit se dire et décider communautairement que ce n’est pas un acte correct, qu’en faisant la balance, ça apporte trop de mauvaises choses à trop de gens à la fois, et qu’on doit donc trouver des moyens (les moins violents possibles) pour que ça n’apparaisse plus (ou, plus modestement, moins) ?

      Évidemment un libéral choisira de ne surtout pas faire de « choix philosophique » qui vaudrait pour l’ensemble d’un groupe : c’est ce qu’il dit, mais c’en est un ! Ha !

    • Oui, c’est exactement ça, @aude_v. Une exploitation uniquement au service des hommes avec assez de fric pour se le payer. Parce que les frustrations des chômeurs ou des SDF, tout le monde s’en tamponne. Et plus encore que tout le reste, les frustrations des femmes.

      Dans les justifications à la con, il y a aussi les hommes trop moches ou trop handicapés ou trop vieux... Il y a aussi des femmes moches, vieilles ou handicapées. Il y a même plein de femmes plus ou moins seules qui seraient tout à fait disposées à partager du sexe gratos. Pourquoi n’en parle-t-on jamais ?

      Parce que le principe c’est de pouvoir se payer quelqu’un qu’on n’aurait pas autrement. Des femmes très jeunes, limite presque pas femmes, par exemple. Des femmes avec lesquelles on ne discute pas, on ne négocie pas, on impose. Des femmes qu’on ne séduit pas.

      Je pense que pour avoir recours aux putes, quelque part, il faut avoir une bien piètre opinion de soi-même. Il y a tellement de gens pas spécialement beaux, pas spécialement intelligents, drôles, charmants, etc qui arrivent parfaitement à trouver des partenaires, voire à se reproduire. Donc... le problème n’est absolument pas la misère sexuelle, le problème est bien la domination, la possession.

    • @Rastapopoulos : « C’est pas être abolitionniste des prostituées, c’est être abolitionniste de la prostitution. »

      Et tu fait comment concrètement pour abolir la prostitution sans abolir les prostitué-e-s ?

      C’est comme les gens qui disent « on tape pas sur les prostitué-e-s on tape sur les clients »

      Sauf que concrètement un-e prostitué-e qui n’a plus de client, n’a plus de source de revenues, et plus rien a bouffer...

      Voici donc un argument qui vaut pour la majorité des prostituées (celleux que je croise régulièrement en action pour une association) : si une personne n’as pas d’autres
      choix que de se prostituer, lui retirer son client ne l’aidera pas à trouver une autre source de revenus.

    • [NB : nos réponses se sont croisées, @aude_v, je réponds ici aux billets précédents, pas encore eu le temps de lire le tien]

      On ne peut pas dire aux putes : vous avez raison de défendre vos droits si vous le pouvez, mais mettez-la en sourdine parce que ça opprime les autres femmes si vous obtenez satisfaction. C’est comme si on reprochait à un ouvrier de vouloir améliorer ses conditions de travail en lui opposant qu’il ne fait qu’entériner l’existence d’une classe dominée. Il n’y a pas à les minoriser (elles seraient acceptables uniquement comme victimes qu’on viendrait sauver), ni à les diaboliser (elles m’oppriment, parce que j’en ai marre d’être considérée comme une pute potentielle par n’importe quel mâle qui passe, et qu’elles défendent les droits des putes).

      Je ne me sens pas davantage la cible de la domination masculine parce que des putes ont obtenu de bosser dans des conditions un peu moins merdiques. C’est précisément le contraire : des nanas quelque part luttent pour leurs droits depuis la situation où elles sont, choisie ou non, et en cela elles luttent pour les droits des femmes en général.

      Qu’on vienne ensuite disqualifier cette lutte parce qu’elle concerne le travail du sexe, c’est à mes yeux une position moraliste : qu’une nana préfère se prostituer plutôt que de bosser chez McDo, ça me paraît extrêmement compréhensible. En l’occurrence, puisqu’en l’état actuel des choses elle ne peut pas sortir du système de domination, elle choisit celle qu’elle subit. Une autre qui préfère nettoyer les toilettes des beaux quartiers plutôt que d’être pute, je la comprends parfaitement aussi. La première n’est pas responsable du fait que les hommes considèrent les femmes comme des objets sexuels, la seconde pas responsable du fait qu’ils les considèrent comme des bonniches. Quand l’une et l’autre arrivent à défendre leurs droits, ça n’entérine pas mon statut de pute potentielle ou de bonniche potentielle : ça fait que quelque part une femme qui se prostitue et une femme qui fait des ménages ont obligé leur patron, client ou tout autre dominant, à les considèrer comme autre chose qu’une pute ou une bonniche, comme une personne qui a des droits. Et l’une et l’autre ont contribué à grignoter la domination, jusqu’à ce que tombent (rêvons) les notions mêmes d’objet sexuel et de domestique.

      Je suis tombée ce matin sur ce texte de @tanxxx, de juillet dernier : « de l’anarchisme et des travailleurs indépendants » (une réponse à un article d’Alternative libertaire), avec lequel je suis on ne peut plus d’accord (c’est moi qui grasse)
      http://soupe-a-l-herbe.blogspot.fr/2013/07/la-fin-les-moyens-et-tout-le-bordel.html

      En tant qu’anar je ne reconnais ni l’état, ni la loi, mais je suis anar dans un monde capitaliste, et sauf à vivre sur un île déserte ou à dégueuler de pognon, je suis obligée de me défendre dans mon métier d’illustratrice, et me défendre ça passe par la loi, je n’ai pas le choix, c’est ça ou la rue. Je ne prétends pas être libre, mais la défense de mes droits me donne un peu plus de liberté, et cette liberté se traduit très concrètement, même si elle est incomplète : elle me permet au moins d’avoir le temps d’écrire, de lire, et de réfléchir à comment participer du mieux possible à l’émancipation totale, de tous : choses impossibles quand on a la tête dans le guidon.

      Je suis une travailleuse, je suis prolote, et je refuse qu’on m’écarte de la lutte des classes sous des prétextes fallacieux.

      Exactement comme l’ouvrier se sert du code du Travail pour ne pas se faire complètement bouffer par le patronat et espérer ne pas crever à peine arrivé à la retraite, je lutte avec ce que j’ai contre mes propres exploiteurs, et j’ai encore jamais entendu un anar accuser un ouvrier de faire le jeu du capitalisme parce qu’il manifeste pour des droits.

      (...) Il y a la fin, et il y a les moyens : la fin, c’est une société enfin libérée de toutes les oppressions, les moyens c’est la défense des opprimés, le syndicalisme entre autres, tendre vers un maximum d’émancipation, sans que celle ci ne sombre dans le libertarianisme le plus dégueulasse : déréguler sauvagement le travail en choyant le capitalisme.

      (...) C’est AL qui décide ce qui doit être considéré comme un travail, et donc comme une exploitation digne de ce nom :

      "La sexualité humaine se spécifie par le fait qu’elle puisse être tournée exclusivement vers la recherche du plaisir – y compris pour les femmes – et il ne nous semble pas judicieux de lutter pour la faire reconnaître comme un travail."

      Remplacer « sexualité » par « dessin » et vous avez le parfait résumé de ce que je peux entendre tous les jours depuis plus de 10 ans : batailler avec des connards qui ne pigent pas que tant que mon loyer ne sera pas gratuit, mon dessin ne le sera pas, et que défendre mes droits, ce n’est pas être capitaliste.

      Pas plus que d’être patriarcal-e.

    • Le travail à la chaîne non plus n’est pas décent, et le fait de lutter pour en atténuer la pénibilité, obtenir des rotations plus brèves ou une pause repas plus longue n’en constitue pas une légitimation. Ce n’est pas non plus le fait de lutter qui renforce la concurrence avec des ouvrières/ers qui n’auraient pas encore obtenu les mêmes droits : c’est le patronat (ou le patriarcat) qui instaure la concurrence et en tire parti en toutes circonstances. L’objectif de la lutte est que ces droits d’abord obtenus par une minorité le soient ensuite par tou-te-s, et in fine qu’on en finisse avec l’exploitation et le travail à la chaîne.

    • C’est là où on diverge : la prostitution est à mes yeux une forme d’exploitation comparable à toute autre, qu’elle soit liée au genre ou pas. Partant, le rôle du féminisme est de lutter d’abord pour les droits des femmes, quelle que soit leur situation, y compris prostituée ; et ce faisant, contre la domination masculine. Comme dit bien @tanxxx dans son texte : d’abord les droits des opprimé-e-s, ensuite la fin de l’oppression.

    • Pourquoi suis-je devenue abo plutôt que légaliste comme je l’étais au début ?

      Au début, pour moi, une pute, c’est une femme concrètement exploitée jusqu’à l’os et qui vit sous une double contrainte dégueulasse dont la plus forte est sa marginalisation dans la société. Dans un de mes papiers, je demande pourquoi tout le monde fait comme si les putes n’étaient pas des personnes comme les autres, comme si elles n’avaient pas les mêmes besoins humains que les autres : http://blog.monolecte.fr/post/2006/03/08/184-les-putains.

      Donc, mêmes les proputes, on ne les entend pas des masses sur les questions essentielles de l’inclusion sociale des femmes : retraite, santé, enfants, droits, vie sentimentale, maritale, familiale. On va me dire : si on légalise, elles auront enfin accès à des droits sociaux. Certes. Et à être bien intégrées dans le tissu social, aussi ? J’ai de gros doutes sur toute la ligne. On devrait améliorer l’existence des quelques pour cent de putes « volontaires », mais pour toutes celles qui sont clandées, dans des réseaux, exploitées par des types et tout, j’ai comme des gros doutes quant à la volonté de leur exploiteur de remplir les liasses URSSAF ou de cocher les cases Sécu. Par contre, ils pourront continuer leur sale job d’esclavagistes en toute quiétude, même si on maintient la pénalisation du proxénétisme : je suis convaincue que même les putes analphabètes auront rempli des déclarations sur l’honneur qu’elles sont volontaires et sans mac.

      En admettant qu’on légalise totalement la prostitution, qu’on rentre les proxos dans le droit du travail (déjà qu’on a du mal avec les patrons d’activités légales, mais admettons, hein !), la prostitution devient une affaire totalement légale et normalisée, même qu’on l’appelle assistance sexuelle et qu’il y a des statuts spéciaux et une convention collective qui va bien. Oui ce serait un immense progrès pour la vie des putes... même si je pense que la grosse majorité étant liée aux trafics d’humain n’en verrait pas la couleur.

      Mais il y aurait un corolaire qu’on fait semblant de ne pas voir, tant on a bien intériorisé que les putes, c’est les autres : il devrait y avoir des filières de formation et des offres d’emploi de putes... et donc, très logiquement, on devrait pouvoir proposer à TA fille qui est un peu paresseuse à l’école, mais avec un beau capital fessier une orientation qui serait plus dans ses compétences... Et encore plus logiquement, pute devient une offre d’emploi acceptable pour Pôle Emploi, une voie royale d’insertion, surtout pour toutes ces jeunes femmes qui peinent tant à trouver un premier boulot... Et par un effet de non-discrimination, les offres de pute devraient être ouvertes à toutes les candidatures, que ce soit les hommes, les vieilles, les moches...

      Bon, allez, soyons clairs, vous sentez bien qu’il y a une couille dans le potage de la légalisation, non ? Parce que, précisément, pute n’est pas du tout un métier, c’est un acte de violence pure... mais on va y revenir.

      En dehors du fait que j’ai déjà réfléchi aux conséquences concrètes de la légalisation de la prostitution, à moment donné, je me suis posé la question du client en ces termes plutôt froids :
      Pourquoi payer pour avoir ce que l’on peut tout à fait obtenir gratuitement ?

      Quelle est la motivation du client ?

      Je connais le discours habituel - et j’en ai parlé plus haut - sur les motivations des clients, de pauvres petites choses incomprises, seules et malheureuses dans un monde de brutes. Sauf que si on veut s’en donner un tout petit peu (mais vraiment un tout petit peu...) la peine, on peut toujours trouver une femme disposée à partager un peu de sexe ou même quelques verres, ou même une oreille compatissante. J’ai plein de copines célibataires qui ne cherchent pas du tout le prince charmant et qui ont l’esprit très large...

      La réalité du terrain semble assez éloignée du clichton pour mauvais roman bourgeois, avec des putes qui, surtout, sont en butte à la violence de leurs clients (en plus celle de la société).

      Pourquoi acheter l’accès au sexe d’une femme ? Pour pouvoir la dominer et non pas partager, pour pouvoir l’utiliser et la contraindre, ce que l’on ne peut pas faire dans un échange vraiment consentant (si un partenaire consent à la domination, où est le plaisir de la coercition, je vous le demande ?).
      C’est donc bien une relation de type esclavagiste exercée quasi uniquement par des hommes.

      À la question du sexe des putes (oui, il y a des hommes putes), on rappelle que les hommes putes sont aussi à l’usage quasi exclusif des hommes et qu’ils sont généralement considérés comme des gonzesses.

      La prostitution est extrêmement genrée parce qu’elle consiste pratiquement uniquement en la domination des hommes. Pour s’en convaincre, il suffit d’inverser la proposition du sexe acheteur et tout de suite, on se rend compte que ça ne marche pas du tout : http://blog.monolecte.fr/post/2010/04/22/Des-putains-et-des-hommes

    • Une bien bonne participation de @klaus au débat http://seenthis.net/messages/191593

      Cela dit, l’exploitation des femmes, que ce soit sous la forme de putes ou d’épouses est largement antérieure au capitalisme. De là à penser que l’essence du #capitalisme, c’est la #domination et l’#exploitation des femmes, en tant qu’outils de re-production... Hum, hum, voilà qui change la perspective du #féminisme !

    • Si je peux me permettre d’intervenir, je trouve que vous mélangez tous et toutes pleins de choses et que ça rend le débat totalement confus.

      Prostitution et féminisme :

      A partir du moment où l’on admet/reconnait/constate que la prostitution ne concerne pas seulement des femmes prostituées, mais aussi des hommes prostitués, ça rend à mon avis le discours généralisateur sur LA prostitution comme expression de la domination masculine sur les femmes un tantinet... décalé.
      Bien sûr, ces hommes prostitués, c’est - le plus souvent - une histoire de pédés entre eux, c’est minoritaire, c’est marginal, etc. Pas besoin d’en tenir compte. Evacuons !

      Prostitution et contrainte :

      A partir du moment où l’on admet/reconnait/constate que la prostitution ne concerne pas seulement des femmes contraintes, soumises à des réseaux mafieux, mais aussi des femmes qui s’estiment libres de le faire (et aussi quelques hommes, mais on a déjà évacué cette question !), ça rend à mon avis le discours généralisateur sur LA prostitution comme pure aliénation un tantinet... excessif.
      Bien sûr, ces femmes et hommes prostitués libres, c’est minoritaire, c’est marginal, etc. Pas besoin d’en tenir compte. Evacuons !

      Une fois le terrain bien déblayé après ce double coup de karcher, on peut reprendre tranquillement son discours sur LA prostitution, et proposer toutes sortes de mesures plus coercitives les unes que les autres, en toute bonne conscience de participer à la grande et juste cause du rétablissement de l’Ordre moral.

      On évitera de considérer toutefois que toutes ces mesures proposées pour « protéger » les prostituées (fermeture des maisons closes, répression du racolage passif, et maintenant répression des clients), se sont toujours traduites dans les faits, invariablement, par une dégradation accrue de la situation concrète des prostituées les plus vulnérables...

    • Les clients sont à 99% (voire même plus) des hommes : tu ne peux pas évacuer la dimension extrêmement genrée.
      Quant à la prostitution « volontaire », je la mets toujours entre guillemets, parce qu’en dehors du fait qu’elle est extrêmement minoritaire (mais tout de même significative), je suis assez circonspecte sur ce que l’on met derrière le vocable de « volontaire ». Un peu comme les salariés « volontaires » pour bosser le dimanche, tu vois ce que je veux dire ?

      Après, l’ordre moral, pour moi, il commence avec cette merde de monogamie maritale qui emmerde si peut de monde mais qui me sort par les trous de nez, tant il s’agit de s’assurer une sorte de lien de propriété sur le corps de la femme, sur ce qui en sort et sur une domesticité à prix défiant toute concurrence !

    • Moi, je voudrais seulement qu’on évacue personne, justement. Notamment les minoritaires, et les minoritaires parmi les minoritaires...

      Réintégrer dans le débat sur la prostitution en général la question de la prostitution masculine conduit, à mon avis, à revoir la question de la possibilité d’une prostitution féminine volontaire (même si elle est minoritaire).

      Ça permet, à mon avis, d’éviter de jeter le bébé avec l’eau du bain. Et le bébé en question, c’est la question de la liberté des minoritaires, quand elle ne cadre pas avec la vision majoritaire.

      Mais bon, les minoritaires sont assez bien habitués à se voir évacuer de cette manière...

    • @narvic : le débat semble être « comment éviter la traite humaine ». S’il te semble convenable de tolérer la traite des humains (noir, blanc, vert, jaune, homme, femme, martien) au prétexte que certains parmi ces humains y trouvent un intérêt philosophique... leur liberté d’utiliser leur corps pour... pour un intérêt financier, car c’est bien parce que c’est financier qu’on en parle, là, maintenant... bref, si la liberté de quelques uns doit justifier l’exploitation de tous, est-ce bien raisonnable, est-ce vraiment une façon pertinente de « taper dans la fourmilière » de ce débat... pas si complexe ?
      De plus, je crois qu’on cause de ce sujet parce qu’il y a une volonté de pénaliser les clients... et non les travailleurs/ses, qui actuellement sont les seul(e)s à être... précarisé(e)s... et maintenu(e)s, donc, du fait de la situation légale actuelle dans la misère et l’insécurité.

    • @narvic Mais ça veut peu dire grand chose « évacuer personne », dans le contexte dans lequel tu le dis, puisqu’au au final tu évacues encore plus de gens car tu fais passer les besoins d’une minorité ("moi j’ai choisis en toute connaissance de cause de vendre mon sexe") sur les conséquences que ça induit pour toutes les autres femmes : en premier lieu les prostituées forcées, qui sont la majorité, mais aussi toutes les autres femmes de la société. Ce qui fait quand même vraiment beaucoup de monde évacué pour quelqu’un qui ne veut évacuer personne.

      J’ai déjà évoqué les deux exceptions que tu évoques dans ton message précédent, donc non je n’ai rien mélangé, j’ai bien dit que ça existait. Mais qu’ensuite c’est justement un choix philosophique de baser ou pas son argumentation sur cela.
      => OUI cela existe (des putes hommes et des putes par choix) MAIS rendre l’acte acceptable pour tou⋅te⋅s induit des conséquences néfastes pour vraiment trop de monde, et donc ce n’est pas bien d’aller dans ce sens. Car ce n’est PAS uniquement une question de petit choix égoïste dans son coin, chacun son idée, chacun sa manière de vivre personnelle. Ça a des conséquences globales.
      (Et ceci sans même parler du fait que les putes par choix sont quasiment exclusivement des femmes pour vendre un service à des hommes, oh comme par hasard. Et que comme déjà dit plus haut, les putes hommes vendent à peu près toujours leur cul et leur bouche à des hommes encore une fois, oh comme par hasard. Mais bien sûr ce n’est pas du tout une histoire d’exploitation genrée hein…)

      Par ailleurs, c’est toi qui mélange tout, car aussi bien @aude_v que @monolecte ou moi, absolument aucun⋅e n’a dit qu’on était absolument pour la criminalisation ou la pénalisation des prostituées ou des clients. Seulement il semblerait bien que l’on différencie la défense des droits, de la vie décente, avec la défense de l’acte de prostitution. Ce n’est pas pareil, et pas forcément lié.

      Et pour @intempestive qui dit :

      On ne peut pas dire aux putes : vous avez raison de défendre vos droits si vous le pouvez, mais mettez-la en sourdine parce que ça opprime les autres femmes si vous obtenez satisfaction.

      J’ai pourtant bien fait la distinction entre le fait de se battre pour des droits, pour une vie plus décente, et le fait de rendre légitime l’acte prostitutionnel lui-même.

      J’ai bien dit que dans les discours du Strass que j’ai lu pour l’instant, il y a les deux. Mais que c’est différent. Et que donc on peut très bien imaginer l’un sans l’autre : il y a des gens qui peuvent se battre pour que les putes aient plus de droits mais sans légitimer la prostitution ; et inversement, il est possible (et c’est ce que font les salauds !) de légitimer la prostitution sans vouloir aider la vie des prostituées. Et il peut y avoir les deux à la fois : c’est ce que fait le Strass apparemment. C’est sur ce point que je ne suis pas d’accord.

      d’abord les droits des opprimé-e-s, ensuite la fin de l’oppression

      Je pense que cela dépend des sujets. Pour certaines choses, il y a parfois des choix philosophique globaux à définir pour la société entière. Quand on a finalement décidé que l’esclavage n’était pas acceptable, on a pas dit qu’on allait « juste » donner plus de d’avantages aux esclaves en attendant plus tard. À un moment il y a une rupture où on dit « non l’esclavage n’est pas acceptable, jamais, et personne ne doit et ne peut vendre une autre personne ». Ça ne fait pas disparaître l’esclavage d’un coup (ça existe toujours), mais au niveau légal le concept est aboli. Et ce n’est pas un droit donné à une catégorie de personnes, mais un choix plus général.

      Je ne donne pas cet exemple pour comparer les deux actes entre eux, mais uniquement pour montrer qu’il y a certains choix qui valent pour la société entière et qui sont plus généraux que donner des droits à certaines personnes.

      Ceci étant dit, je n’ai pas la solution magique, et je ne crois pas que ce soit l’interdiction physique de faire ci ou ça qui va aider (je l’ai déjà dit plus haut, je me répète). Mais là où je suis (pour l’instant) sûr de moi, c’est dans le fait de ne pas rendre normal le geste de se prostituer.

    • En fait le point de clivage est là : je ne crois pas à la prohibition (par l’Etat donc) comme moyen d’émancipation - mais à l’affirmation collective qui place l’Etat (ou toute autorité) devant la nécessité de reconnaître de nouveaux droits.

      L’esclavage est un bon exemple : il ne s’est pas aboli du jour au lendemain, il a fallu de nombreuses révoltes, des revendications, des mutineries, des ripostes depuis ce statut d’esclave pour pouvoir en finir avec le statut même.

    • BigGrizzly et Rastapopoulos, vous pourriez essayer de ne pas me prêter des positions que je n’ai écrites nulle part, SVP ?

      Alors, je précise : oui, l’argument selon lequel on peut s’autoriser à sacrifier - un peu - une minorité, pour sauver - beaucoup - une majorité est à mes yeux, dans son principe même, moralement immonde. Il suffit de s’essayer un peu à appliquer ce même principe à quelques autres situations comme celle des juifs ou des homosexuels vis à vis de la majorité, pour prendre toute la mesure du problème.

      Précision deux : prétendre qu’on va aider les prostituées aliénées par des mesures telles que la fermeture des maisons closes, la répression du racolage passif et la répression des clients, est d’une odieuse hypocrisie, car la simple observations des faits prouve que ces mesures aggravent profondément leur situation, même si ça soulage la bonne conscience des bien pensants.

      Alors, qu’est-ce que je propose ? Il serait temps que j’en parle même si BigGrizzly et Rastapopoulos semblent déjà convaincu de savoir ce que je prône...

      Alors, pour moi le problème n’est pas la prostitution, mais uniquement la prostitution qui s’exerce sous le régime du proxénétisme. Toute mesure qui ne s’attaque pas directement au proxénète lui-même (et ses complices : banquiers, hôteliers, trafiquants, hommes de mains, etc., bref le « système du proxénétisme ») renforce ce dernier au détriment des prostituées contraintes.

      Hors de ça, la relation qui s’établit directement entre deux adultes consentants ne me regarde pas, et je ne la juge pas avec mes propres repères moraux qui me conduisent pourtant, en ce qui me concerne, à ne m’être jamais prostitué et n’avoir jamais fait appel à une ou un prostitué(e).

    • Et hop, une argumentation #légaliste de Daria Marx :

      Je crois que les femmes ont le droit de se prostituer. Qu’elles ont aussi le droit de le faire en étant protégées par le droit du travail. Qu’elles devraient avoir le droit à une sécurité sociale, à une retraite, à une protection juridique, qu’elles devraient avoir le devoir de cotiser, de payer des impôts, de déclarer leur activité comme on le fait pour n’importe quel métier. Je ne crois pas aux maisons de passes, aux visites médicales imposées, aux velléités hygiénistes de certains légalistes. Je crois que les putes sont des femmes et des hommes comme les autres, responsables de leur santé et de leur bien être. Je ne les pense pas plus sales, plus à risque, moins informées, au contraire. Je crois au droit des putes à être amoureux(ses), à vivre avec leurs partenaires sans que ce(tte) dernier(ère) soit accusé(e) de proxénétisme. Je crois aussi qu’on ne tombe pas dans la prostitution comme on tombe en amour, qu’on puisse choisir dès l’enfance d’être travailleur du sexe, comme on ne rêve pas d’être tourneur-fraiseur ou caissier chez Bricomarché. Je crois que nous sommes contraints à des choix professionnels qui correspondent souvent peu à nos espoirs d’étudiants, à nos soupirs d’enfants. Mais que nous faisons du mieux que nous pouvons pour nous sortir de la précarité et de la pauvreté. Et que la prostitution n’est pas un métier indigne, et qu’il mérite les mêmes égards et les mêmes règles qu’un autre.

      http://dariamarx.com/2013/11/04/penalisation-des-clients-prostitution-en-vrac

      Elle fait un peu l’impasse sur la motivation des clients et de ce qui en découle en terme de comportement. Elle limite l’apport de la violence aux réseaux mafieux. Elle exclut totalement le client de sa réflexion et je pense que c’est là que le bas blesse souvent dans le débat.

    • J’entends absolument tous les argumentaires, mais je reste dans l’expectative sur la direction à prendre.

      Le parallèle de l’esclavage est intéressant (et je ne dis pas cela parce que je relis la série « Les passagers du vent », dernière page du tome 2, Le Ponton) en ce que le processus de « progrès » n’a pas été instantané, et qu’il ne pouvait semble-t-il pas l’être... (enjeux de civilisation ?)
      Et que donc, il semble totalement légitime de rendre la vie de ces travailleurs plus normale que ce qu’elle est actuellement, entre condamnations légale et morale.

      Et c’est vrai... Comment permettre à ces gens de travailler si on décide que les clients doivent être pénalisés ? Et si c’étaient les clients qui étaient soumis à des visites médicales et à des questionnaires de santé (physique et morale) ? Avec obligation de tenir un registre des clients et tout et tout :-D

      Bon, je pars en roue libre là... Je voulais juste exprimer que j’ai la sensation de ne pas encore avoir lu de réflexion sur l’Alternative.

    • @aude_v La situation juridique en Allemagne est simple : En tant que prostitué/e tu peux déclarer tes revenus et accéder au statut d’entrepreneur indépendant. Actuellement chacun, qu’il travaille ou non, est obligé de prendre une assurance maladie, chacun peut cotiser pour la retraite. L’avantage du statut d’entrepreneur fait que tu as la droit de cotiser pour l’assurance chômage. Tout le monde y paye le même tarif, mais l’allocation que tu touches au cas où dépend de ton niveau de formation. Alors il vaut mieux être pute avec doctorat que spécialiste réseau sans diplôme officiel.

      L’intention qui a poussé le Bundestag à accorder un statut légal aux prostituée consistait dans une amélioration de leur situation : avant cette décision un client pouvait simplement ne pas payer parce l’acte de se prostituer était sittenwidrig (contre les bonnes mœurs) d’où l’impossibilité de conclure un contrat légal. Bien sûr la discrimination de principe et dans la réalité était visée aussi.

      Actuellement la discussion tourne autour de la question si la « légalisation » a amélioré le sort des prostituées.

      – La position conservatrice dit que la prostitution forcée et le proxénétisme existent toujours, alors la loi n’aurait pas eu le résultat souhaité.

      – La position plus moderne, qui est partagée par beaucoup de policiers qui travaillent « sur le terrain », dit qu’il n’y pa pas de rapport, mais que ce seraient d’autres lois qui permettraient au criminels de continuer à contrôler une partie du marché de la prostitution. Il serait par exemple nécessaire de changer le statut d’un bordel privé en entreprise gastronomique ou hôtelière pour autoriser la police et les douaniers à contrôler les locaux. Actuellement ils ne peuvent intervenir dans les appartements privés transformés en bordel.

      Pour être clair : Par les choses que j’ai vu je suis arrivé á considérer la prostitution comme un sale métier avec des tarifs systématiquement en dessous du niveau nécessaire pour justifier l’effort fourni par les prostituées. Il y a pourtant quelques rares exceptions à cette règle.

      C’est une occupation qui use toute la personnalité d’une « fille qui n’a rien que sa jeunesse », au point de pousser beaucoup d’entre elles vers des comportements auto-destructifs. Il faudrait abolir la prostitution, mais c’est impossible dans le contexte actuel, alors il faut protéger ces hommes et femmes contre toute agression extérieure si déjà il n’est pas possible de les protéger contre la force destructrice de l’argent et du dédain allant avec cette occupation professionnelle.

    • Pour te répondre, @monolecte, si je ne me reconnais ni dans la position abolitionniste ni dans la légaliste, c’est précisément en raison de leur rapport à l’Etat, qui est dans les deux cas considéré comme l’arbitre suprême dont on attend la solution, mi-répressive mi-protectrice, main droite main gauche, comme disait Bourdieu. Je crois que pour qu’une évolution sociale réelle ait lieu, en évitant les chausse-trappes, les arrières pensées et autres effets à rebours, elle doit s’appuyer sur une prise de parole des premières/ers concerné-e-s et sur les moyens d’émancipation qu’elles/ils se choisissent. Bottom up, comme disent les angliches. Rapport de force, autogestion, pourrait-on préciser. Ensuite l’ « autorité » ne peut qu’entériner l’état de fait qui a été posé.

      Parmi les prostitué-e-s volontaires, je suppose que peu font ce choix parce que c’est fun : c’est un choix contraint, réfléchi, du moins pire (ou du mieux, pour ne pas retomber dans le moralisme) dans une situation donnée. Le moins pire ou le mieux étant sans doute là où chacun-e, en fonction de sa propre histoire et du contexte social, se sent la/le plus fort-e- pour résister à l’humiliation, pour maîtriser son existence. Pour certain-e-s, récurrer les toilettes des autres sera perçu comme une perte totale de soi, un avilissement - pour d’autres, ce sera une solution digne, infiniment préférable à la prostitution. Les deux positions se comprennent.

      C’est en ce sens qu’à mes yeux les prostitué-e-s volontaires, celles/ceux qui ont pu avoir accès à la parole donc, ne sont pas dans une légitimation de « leur » prostitution, mais bien plutôt dans l’affirmation de la dignité de l’ensemble des prostitué-e-s, notamment des plus précaires, et dans leur autodéfense (au sens de survie).

      @biggrizzly : difficile, oui, de synthétiser toute cette discussion pour en tirer « une direction ». Mais je ne vise pas si haut, en ce qui me concerne : simplement de mettre au clair quelques idées et d’avoir du matériau à digérer pour continuer la réflexion.

      Et merci @klaus pour ce fort intéressant état des lieux en Allemagne.

    • Moi si je dois résumer la problématique, déjà je mettrais juste les prostituteurs face à leur responsabilités, de façon à ce qu’ils se positionnent publiquement et assument socialement leurs comportements. Pour cela, je retiens la proposition de Nancy Huston : le service prostitutionnel obligatoire pour les femmes, incluant (surtout) les mères et les soeurs des prostituteurs.
      http://seenthis.net/messages/171960
      Pour les mal-comprenants (je parle des mâles clients-rois pour qui l’argent est la solution à tout), rien ne vaut une bonne démonstration par l’absurde. Cela ne peut pas laisser indifférent je crois.

      Et si le référendum de ces mecs confirme qu’ils restent malgré tout favorable à la prostitution dans ces conditions, alors je serais pour que les « transactions » sexuelles puissent apparaître sur un registre public, accessible à tous, et réglementé (une accréditation de prostitueur responsable ?) puisqu’on serait sur un domaine d’activité commerciale sur un sujet socialement sensible, un peu comme on réglemente le commerce des armes à feux..

    • @aude_v, bien évidemment que toutes les femmes ont leur mot à dire sur la prostitution, et j’avais effectivement pensé, en lisant tes billets précédents, à la comparaison avec les ouvriers qui utilisent l’écoeurant chantage à la pollution (ou avec ceux qui déversent pour les brûler des tonnes de nourriture)

      là où cette comparaison ne tient pas, c’est qu’à mes yeux il s’agit de multiplier les moyens d’#autodéfense des prostitué-e-s et de les soutenir lorsqu’elles/ils se dotent d’outils pour lutter contre les #violences (des personnes acquièrent de nouveaux droits, ce qui ne peut que renforcer mes propres droits), et non pas de considérer la prostitution comme moyen d’émancipation (auquel cas je considèrerais la comparaison comme tout à fait valable)

      ceci pour répondre aussi à ce papier relevé par @monolecte
      http://seenthis.net/messages/192515

      la prostitution est subie dans une majorité de cas, et dans une majorité de cas aussi le choix de se prostituer me semble, encore une fois, être économiquement et socialement contraint (le moins pire ou le mieux) - dans une situation comme dans l’autre, il faut des moyens de se défendre, en attendant qu’on en finisse avec le statut lui-même

    • Oui, mais le souci c’est que dans l’ambigüité actuelle, s’il y a effectivement des enquêtes policières pour lutter contre les trafics, il y a aussi des #violences_policières contre les prostitué-e-s et une précarisation accrue qui va des amendes abusives à une mise en danger des prostitué-e-s (ce sur quoi on est d’accord je pense). Plus de répression (via une prohibition pure et simple) n’aboutirait qu’à plus de précarisation. D’où l’importance, je crois, qu’il y ait d’abord des moyens d’autodéfense forts et une prise de parole, fut-elle encore incomplète, pour éviter ces effets à rebours - sinon, l’Etat joue sur les deux tableaux pour asseoir son autorité et non pour « protéger » les prostitué-e-s.

  • De l’exticntion des espèces
    http://sexes.blogs.liberation.fr/agnes_giard/2013/10/beaucoup-de-français-pensent-que-les-mâles-sont-naturellement

    Si les rhinocéros noirs ont disparu de notre planète, ce n’est pas uniquement parce qu’ils étaient chassés pour leur corne, dit-il. C’est aussi parce que les femelles étaient à ce point indifférentes que lorsqu’au bout de plusieurs jours d’une parade épuisante le mâle pouvait enfin les monter il n’avait plus d’érection suffisante. Ces femelles aux refus répétés, qui n’acceptaient la monte que tous les trois-quatre ans, ont donc précipité l’espèce dans le néant.

    • Cette « explication » n’est pas tellement commune… (le problème des blogs de sexe, c’est qu’ils ne s’intéressent à une question que dans la mesure où elle parle de sexe, quitte à dire n’importe quoi) ; le WWF cite comme causes principales de la disparition de certaines espèces de Rhinocéros noir : la chasse, le braconnage, et (à un degré inférieur) la destruction de leur habitat.

      (Par ailleurs, petit rappel de darwinisme élémentaire : si le Rhino noir existe comme espèce c’est bien qu’il a réussi à se reproduire.)

    • Vous êtes durs, pour une fois qu’un évolutionniste ne tente pas d’expliquer tous les comportements sexuels par des motifs téléguidés ou génétiques, ce n’est pas inintéressant.

    • (edit : j’ai écrit cela sans lire le comm de Baroug, désolé pour la répétition, répétition relative car angle de vue différent)

      Vous avez un peu la dent dure avec ce texte : l’humour et notre attrait pour les choses légères sont aussi une bonne façon de nous faire réfléchir et de nous ouvrir les yeux. En l’occurrence, le but de la démarche était de réfléchir à l’existence ou non de nos comportements « génétiquement » programmés et d’une loi naturelle absolue.

      Mais je suis d’accord avec vous sur le fond, le manque de rigueur sur ces sujets génère un effet boomerang garanti. Et en l’occurrence, l’exemple du rhinocéros confirme plus la théorie néo-darwiniste qu’elle ne l’infirme. C’est parce que l’environnement a changé (prédation humaine) et que le rhinocéros n’est pas capable de s’adapter (en augmentant sa fréquence de reproduction) qu’il va disparaître. Et si la femelle « épuise » le mâle, ça peut être lu comme une façon de sélectionner les gènes des mâles résistants, donc donne de l’eau au moulin de ce qui invoquent nos instincts naturels pour justifier le sexisme.

      Pour ma part je reste sur la ligne de la très controversée Nancy Huston. L’humain est un « animal pas comme les autres » qui doit assumer le fardeau de ses origines animales pour le dépasser, au lieu de l’occulter en décrétant que ce fardeau n’existe pas. Que la nature nous ait programmés ou pas pour nous tromper, consommer, violer ou je ne sais quoi, peu importe, on n’est pas des animaux comme les autres, on ne veut pas de prédation sexiste dans la communauté humaine, notre culture doit donc nous façonner pour en sortir.
      Et dans cette optique, je crois que chercher à impliquer la nature pour en faire notre alliée dans le débat moral est une erreur stratégique. On doit assumer d’être « contre-nature ». Laissons aux gens de droite le soin de penser que la nature est une autorité morale à laquelle on doit se soumettre.