person:nicolas arraitz

  • L’imposture zapatiste au Chiapas
    http://zones-subversives.over-blog.com/2014/03/l-imposture-zapatiste-au-chiapas.html

    Les organisations gauchistes et maoïstes du Mexique décident de s’implanter dans les zones rurales durant les années 1970. Ses bureaucrates masquent leur autoritarisme derrière une mascarade de démocratie participative. « Le projet classique d’encadrement des populations par une organisation d’avant-garde autoritaire était masqué par un discours démagogique de démocratie de base », observent Sylvie Deneuve et Charles Reeve. Marcos et l’EZLN apparaissent comme les héritiers de cette implantation maoïste en milieu rural. Ils adoptent les mêmes pratiques, avec des assemblées qui permettent de protéger le pouvoir des chefs. Pour s’implanter, l’organisation néo-zapatiste s’appuie sur le communautarisme indigène. Mais cette implantation dans les zones rurales du Chiapas débouche vers une marginalisation par rapport au reste de la population mexicaine.

    #Mexique #Chiapas

    • Article totalement farfelu basé intégralement sur un commentaire de Sylvie Deneuve et Charles Reeve datant de… 1996 !

      Et donc ne prenant aucunement en compte tous les changements qui se sont opérés dans les années 2000, puis 2010. Avec en plus une rêverie sur la prolétarisation qui serait la seule manière de déclencher des changements émancipateurs.

      Il ne s’inscrit pas dans la perspective d’une rupture avec le capitalisme.

      Z’ont dû oublié tous les écrits théoriques + les mises en place réelles, qui ont été tentés depuis 18 ans. Normal s’ils se sont arrêtés en 1996.

      Le développement de la condition de prolétaire permet au contraire de faire éclater les communautés pour déclencher des révoltes véritablement émancipatrices.

      Sans commentaire.

      Les organisations avant-gardistes ne remettent pas en cause cet attachement à la petite propriété et privilégient un combat réformiste.

      Comme bien résumé dans l’article récent de @cqfd, ils ont tenté un réformisme au tout début, dans les années 90. Puis se sont pris une claque. Et ont complètement changé de tactique et de manière de faire pour modifier leur vie quotidienne « ici et maintenant », sans attendre de changement de l’état. Encore une fois, ce ne sont que commentaires datés ne reflétant pas toutes les évolutions des 20 (ou au moins des 15) dernières années.

      Marcos et l’EZLN apparaissent comme les héritiers de cette implantation maoïste en milieu rural. Ils adoptent les mêmes pratiques, avec des assemblées qui permettent de protéger le pouvoir des chefs.

      Z’ont encore raté l’apparition (post-96 huhu) des conseils de bons gouvernements, et de toutes les assemblées autonomes qui maillent le territoire. Et le fait que tou⋅te⋅s les représentant⋅e⋅s élu⋅e⋅s sont révocables à tout moment.

      L’EZLN demeure une organisation bureaucratique, avec la seule parole du chef Marcos qui peut s’exprimer.

      Aucun rapport avec la réalité théorique et pratique qu’on a tou⋅te⋅s pu lire ou voir toutes ces dernières années. Ça fait même longtemps que Marcos n’est plus préposé qu’à écrire des histoires marrantes sur internet. Ce n’est pas lui qui décide, qui a un pouvoir coercitif, ou qui gère la vie des gens.

      Le discours de l’EZLN repose sur la séparation maoïste entre l’armée de libération et les masses populaires.

      Au début peut-être. Ce n’est plus le cas depuis longtemps.

      L’organisation du travail reste la même et les militants à la tête des occupations se comportent comme des employeurs. Les circuits de commercialisation restent les mêmes.

      Ça aurait été bien de s’inscrire à la Petite École en 2013/2014 pour pouvoir affirmer un truc comme ça basé sur l’état actuel du fonctionnement des communautés.

      Sans compter que dans le dernier chapitre ils écrivent (plusieurs fois) « Marc George » au lieu de « Marc Geoffroy » ! Haha Marc George quoi ! Ça m’a limite fait flipper.

      Non mais sérieux, ce sont des lycéens qui tiennent ce site ?

      cc @la_voie_du :)

    • Excellente réponse de RastaPopoulos, que “la voie du jaguar” salue ici. Il est possible d’ajouter que déjà en 1996 Reeve, Geoffroy et Deneuve n’étaient pas allés voir dans les communautés zapatistes et dictaient leur condamnation du haut de leur prétention théorique et de comptes à régler en France ou en Allemagne. Les zapatistes – dont ils n’avaient rien à battre – n’étaient qu’un prétexte. Leur brochure n’a pas été rééditée par la suite et le trio, dont les accusations ont été démenties par l’histoire, s’est bien gardé de revenir sur cette question. Leur mince brochure, retrouvée et résumée aujourd’hui par ce blog autoproclamé subversif, a cependant joué un rôle diffamatoire non négligeable dans les années 1997 à 1999, alors que l’EZLN et les communautés zapatistes subissaient des attaques militaires et paramilitaires menées par l’État mexicain sous l’appellation de “guerre de basse intensité”. Cette guerre s’accompagnait d’un pendant médiatique, œuvre de journalistes comme Bertrand de la Grange et Maite Rico. Tout ce petit monde a rejoint les vide-ordures de l’histoire, l’EZLN continue son chemin.

    • Désolé pour cette réponse un peu tardive, je n’avais pas trop le temps de réagir tout de suite.
      En ce qui nous concerne, on n’a pas vraiment de position claire et unanime sur ce qui se passe au Chiapas. Et évidemment, on n’y est pas allés non plus (les vols, ça coûte cher...). Il me semble pourtant que c’est un argument un peu faible pour critiquer le texte, puisqu’il n’y a par exemple bas besoin d’aller en Corée du Nord pour pouvoir dire que ce n’est pas ça, le communisme. Il ne s’agit évidemment pas de comparer l’EZLN au régime nord-coréen, mais pour dire vendre du café bio et équitable, ça a beau être sympa, ça n’a rien de communiste, le café bio étant tout autant une marchandise que les bananes de Chiquita.
      L’aspect intéressant du texte posté est à mon avis justement son analyse de classe. Il me semble tout à fait pertinent de dire que ce mouvement est un mouvement de paysans qui refusent leur prolétarisation. Étant donné que même un bon nombre de prolétaires ne veulent pas l’être, on peut tout à fait comprendre qu’ils ne veuillent pas le devenir. Je suis aussi d’accord que le supposé « caractère émancipateur garanti » des luttes prolétariennes relève de la mythologie marxiste.
      Je trouve toutefois que le texte met le doigt sur quelques problèmes bien réels du discours zapatiste. Les critiques de la glorification des sociétés indigènes, de cette sorte de « nationalisme d’en-bas » et de l’absence de toute analyse de classe me semblent tout à fait pertinentes. En ce qui concerne les mécanismes de prises de décision dans les zones autonomes, j’avoue en revanche que je ne sais pas du tout comment ça se passe sur le terrain et que je manque définitivement de sources fiables (et les communiqués de l’EZLN n’en sont pas une à mon avis) pour avancer un jugement là-dessus.

    • Il se trouve que Reeve a pas mal voyagé, y compris au Mexique (Exotisme s’abstenir : récits d’un voyage en Amérique latine, 1983-1984 ou Voyageurs au bord d’une Amérique en crise : notes sur l’Amérique d’aujourd’hui par deux libertaires, 1992), et il considérait sans doute en savoir assez sur la question sans avoir besoin d’y retourner. De fait, ce qui se passait réellement au Chiapas dans les années 1980 a totalement échappé à sa sagacité. Il a donc jugé de haut à travers la grille de la manipulation par de vilains marxistes-léninistes, ne pouvant imaginer un processus d’auto-organisation des communautés. Le fait de n’être pas retourné là-bas montre juste que ce mouvement ne l’intéressait que pour montrer qu’il n’était pas dupe et qu’il n’y avait rien de nouveau. Cependant, une première mouture de cette brochure a été légèrement modifiée après la parution de Tendre venin, correspondance de voyage au Chiapas et au Guerrero en 1995, de Nicolas Arraitz (voir cette chronique de Michèle Bernstein : http://www.liberation.fr/livres/1995/12/21/la-chronique-de-michele-bernstein-le-retour-de-znicolas-arraitz-tendre-ve).

      Quoi qu’il en soit, le commentaire qui précède, assez surprenant venant d’un éditeur (même pauvre et ne pouvant se payer des voyages, il reste la possibilité de lire), ne répond en rien à ce qu’écrit RastaPopoulos. Ressortir dix-huit ans plus tard un résumé succinct d’une mince brochure polémique écrite sans réelle information et indisponible aujourd’hui, alors qu’il s’est passé une longue et turbulente histoire, que le mouvement zapatiste ne cesse d’évoluer et d’approfondir sa voie vers l’autogouvernement, révèle simplement des intentions polémiques et l’habituel petit jeu du « plus radical », du « plus subversif », etc. Tout cela est marécageux et nauséabond, pour en sortir penchez-vous sur les Adieux au capitalisme (La Découverte, « L’horizon des possibles », 2014), de Jérôme Baschet – qui vit depuis quinze ans la moitié de l’année au Chiapas.

    • c’est impressionnant de voir la source de ce machin qui a encore trainé l’année dernière avec une émission entièrement basée là dessus. je revenais juste de 6 mois au Mexique, la plupart du temps au Chiapas, et ça m’avait donné envie de hurler tant c’est caricatural et mensonger par omission. Il y a critique, nécessaire et même féconde, et il y a ... ignorance, qui rend toute critique inaudible.



  • Culture : Rien à voir
    Par Nicolas Arraitz
    http://cqfd-journal.org/Culture-Rien-a-voir

    « Un pétard mouillé », a avoué Jean-François Chougnet, quelques jours après l’inauguration de l’année capitale.

    Le directeur de MP2013 avait pourtant placé la barre très haut en annonçant que de l’écho de la Grande clameur – gage de la participation du petit peuple au super show – dépendrait le bon déroulement du reste de l’année. Seul succès indéniable de ce 12 janvier, l’affluence populaire. 400 000 badauds auraient déambulé sur le périmètre prévu. « Il n’y avait pas grand-chose, c’est surtout la foule qui faisait le spectacle, raconte José, descendu de l’Estaque « pour voir ». Ces milliers de Marseillais qui se réappropriaient la rue, ça faisait chaud au cœur. » Ironie : l’équipe municipale ne fait pas mystère de son désir de se débarrasser de la moitié de cette foule-là pour attirer « des gens qui payent des impôts ». « À Marseille, il y a un extraordinaire monument, mais qui n’est pas à visiter, écrivait Henri Bosco en 1970. C’est sa population avec sa mise en scène véhémente et infatigable. » Sur le cours d’Estienne-d’Orves, là où les anges de Studio de Cirque arrosaient la place de plumes blanches, un mauvais esprit râlait au nom de tous : « Hé, jetez-nous plutôt des billets de cinq ! Cent millions d’euros pour une cagade pareille, ils se foutent de nous ! »


  • Les dépossédés par Nicolas Arraitz
    http://cqfd-journal.org/Les-depossedes

    Carmen et Paco ont eu moins de vingt-quatre heures pour tenter de mettre leur vie à l’abri. Vingt-quatre heures après réception de l’avis d’expulsion, un huissier a frappé à leur porte, accompagné d’un serrurier, de deux gardes civils et d’un greffier. Leur mobilier a fini sur le trottoir, et les autorités locales ayant refusé de mettre un garde-meuble à disposition, tout fut perdu. « Sept mois auparavant, à cause de la crise, j’avais été licencié du bar où je travaillais comme serveur depuis quinze ans, explique Paco, un quadragénaire à l’air décidé. Depuis, je fais des gâches à droite à gauche, maçonnerie, plomberie, mais sans fiches de paye, impossible de signer un bail. En plus, les proprios te demandent deux garants et deux mois d’avance. Voilà pourquoi nous avons décidé de nous joindre à cette occupation. » Après l’expulsion, Carmen et son fils se sont réfugiés chez sa belle-mère, sa fille chez une amie et lui chez son frère. Une assistante sociale les a inscrits sur une liste d’attente pour obtenir une HLM, mais il leur faudra patienter au moins cinq ans. « On ne demande pas la charité, mais le droit à un logement digne », clarifie Carmen, petit bout de femme aux traits tirés.


  • Spanish bombs par Nicolas Arraitz
    http://www.cqfd-journal.org/Spanish-bombs

    Un maçon au chômage s’est immolé par le feu devant un hôpital de Malaga. Licencié avec des dizaines d’autres territoriaux, un employé municipal de Camas a foncé dans la vitrine de l’hôtel de ville au volant de sa voiture. Les chauffeurs de bus de Jerez ont fait grève pendant douze semaines pour toucher plusieurs mois d’arriérés sur leurs primes et salaires. À Jerez encore, la mairie ayant réduit de 20 % le budget voirie, l’entreprise Urbaser menace de licencier 125 éboueurs, provoquant une grève illimitée. UGT et CCOO, les deux syndicats majoritaires, virent leurs permanents grâce à la nouvelle loi facilitant les licenciements – loi contre laquelle ils ont d’abord fait mine de se mobiliser. Prof de collège, Béa a vu son salaire amputé de 400 euros ; passée sous la barre des mille euros, elle arrondit ses fins de mois en vendant sur un marché. En ville, pour ne pas perdre trop de clients, les bars ont baissé le prix du demi à 80 centimes ; dans les troquets villageois, on le brade à 45 centimes. À Séville, assistantes sociales et éducateurs sont remerciés pendant que les députés de droite au parlement andalou cèdent leur prime de Noël à Caritas. Lors de ses vœux de fin d’année, le roi d’Espagne s’est inquiété : « Le mépris grandissant des citoyens pour la politique est un danger pour la démocratie. » Salva, patron d’un petit restau, est plus philosophe : « Je suis né avant l’État providence. Je les ai vus l’inventer et aujourd’hui je les vois le démonter. Je n’y ai jamais cru. J’ouvre du lundi au jeudi, de quoi payer mon loyer et mes joints. À soixante ans, j’ai pas envie de me tuer au travail. »

    #cqfd


  • Contre vents et marées par Nicolas Arraitz
    http://cqfd-journal.org/Contre-vents-et-marees

    Réputées propres, certaines énergies renouvelables ne craignent pas de se salir les mains quand il s’agit d’écarter les obstacles humains et environnementaux gênant leur avancée triomphale. Dans l’isthme de Tehuantepec, au sud du Mexique, là où le continent cambre sa taille de guêpe entre mer Caraïbe et Pacifique, les élites rêvent d’un couloir industriel jalonné de voies ferrées, d’autoroutes, d’hypermarchés et… de parcs éoliens.

    Mardi 30 octobre, on a vécu un « face-à-face de six heures avec tout ce que le Mexique compte de forces répressives, policía municipal, policía estatal, policía judicial, policía federal, et enfin l’armée, avec ses mitrailleuses lourdes, au cas où l’on ait l’idée de leur tirer des caillasses…, raconte Alèssi, présent sur place. On a bloqué les routes entre Unión Hidalgo et La Venta pour saluer la visite du futur ex-Président de la république, Felipe Calderón, qui venait inaugurer un autre parc éolien – ça manquait, dans l’Isthme, les parcs éoliens… » Dès 1994, à La Venta, la CFE implantait un parc pilote de six aérogénérateurs produisant 1,5 mégawatts. Ce n’était que le bout du museau du Plan Puebla Panama, depuis rebaptisé Plan Mesoamérica, dans une région où persiste toute une mosaïque de cultures préhispaniques. Le parc suivant sera doté de 98 ventilateurs géants. La région en compte aujourd’hui près de 700, le plus grand parc éolien d’Amérique latine, qui pourrait à terme étendre son ombre sur 50 000 hectares de terres indigènes et produire 10 000 mégawatts, a annoncé Gabino Cué, nouveau gouverneur – de gauche – de l’état d’Oaxaca.

    Depuis 2007, les villages affectés se sont unis dans une Assemblée des peuples indigènes de l’Isthme en défense de la terre et du territoire, afin de faire face à un cartel de grandes compagnies qui, avec la complicité des pouvoirs publics, font main basse sur les terres communales pour y planter leurs futuristes et donquichottesques moulins à vent.

    #cqfd


  • L’Andalousie se rebelle et se réinvente | Nicolas Arraitz (CQFD)
    http://www.cqfd-journal.org/L-Andalousie-se-rebelle-et-se

    Alors que les nationalistes catalans menacent de faire sécession pour « ne plus devoir payer les chômeurs du Sud », l’Andalousie, qui, elle, depuis des siècles, ne connaît que la crise, résiste. Côté rat des villes : la Corrala Utopía, immeuble neuf occupé par 36 familles à Séville. Côté rat des champs : Somonte, une ferme de 400 hectares occupée par des sans-terre sans travail. Le pont qui les relie : l’expropriation de supermarchés par des chômeurs… Source : CQFD


  • L’Andalousie se rebelle et se réinvente par Nicolas Arraitz
    http://cqfd-journal.org/L-Andalousie-se-rebelle-et-se

    L’Espagne s’enfonce dans une récession qui a tout l’air d’un vol à main armée. « Ce n’est pas une crise, c’est une arnaque », affirmait le mouvement du 15-M – baptisé par la presse « mouvement des Indignés ». Comme partout ailleurs, après avoir renfloué les banques, l’État a constaté – ô surprise ! – que les caisses étaient vides. Conclusion : il faut é-co-no-mi-ser ! Comment ? En tapant sur les dépenses publiques, bien sûr. Éducation, santé, retraites, indemnisations de licenciement et de chômage… Et la bulle immobilière ayant fait flop, les chiffres du chômage explosent – on prévoit 6 millions de demandeurs d’emploi d’ici à la fin 2012, 25 % de la population active, 50 % des jeunes – et les expulsions pour loyer ou crédit impayés se multiplient. 12 % des foyers espagnols ont tous leurs membres sans travail, 336 000 familles ne comptent sur aucun revenu. Plus de dix millions de personnes pourraient passer sous le seuil de pauvreté d’ici 2013. À Madrid, les manifestations sont quotidiennes et l’opération « Encerclons le Parlement » du 25 septembre, où la police a démontré son aptitude à se déchaîner sur le premier passant venu, a connu un succès massif, et s’est répétée plusieurs jours de suite. Alors que les nationalistes catalans menacent de faire sécession pour « ne plus devoir payer les chômeurs du Sud », l’Andalousie, qui, elle, depuis des siècles, ne connaît que la crise, résiste. Côté rat des villes : la Corrala Utopía, immeuble neuf occupé par 36 familles à Séville. Côté rat des champs : Somonte, une ferme de 400 hectares occupée par des sans-terre sans travail. Le pont qui les relie : l’expropriation de supermarchés par des chômeurs…


  • La culture nous prend pour des truffes par Nicolas Arraitz
    http://cqfd-journal.org/La-culture-nous-prend-pour-des

    La mairie de Marseille recrute mille bénévoles pour encadrer les festivités de 2013, « année capitale ». Comme à Lille en 2004, ces gentils blaireaux se convertiront en « ambassadeurs » d’une vaste couillonnade touristico-ludique censée civiliser une cité aux mœurs trop barbares. Depuis Paris, le Premier ministre a d’ailleurs évoqué 2013 comme une « opportunité formidable » pour « mobiliser les énergies » et, qui sait, mettre les kalachnikovs en sourdine…


  • On va faire des trucs fou ! par Nicolas Arraitz
    http://cqfd-journal.org/On-va-faire-des-trucs-fous

    Le 19 juin, la Chambre de commerce présentait les perspectives de Marseille Provence 2013 (MP 2013) aux entrepreneurs du cru. Déguisé en start-up, CQFD était là et, l’espace d’un battement de paupières, s’est laissé griser par un méga-puissant Powerpoint conçu pour taper dans l’œil des potentiels mécènes. À six mois de son lancement, l’année Capitale a toujours un faux air de réalité virtuelle.


  • La colonisation a commencé ici par Nicolas Arraitz
    http://cqfd-journal.org/La-colonisation-a-commence-ici

    Dans Portrait du colonialiste (La Découverte, 2011), Jérémie Piolat démontre que les non-Occidentaux ne sont pas les seules victimes de la violence et des destructions du colonialisme. Bien au contraire : pour que le capitalisme conquérant puisse triompher partout, il aura fallu que la spoliation fasse ses armes ici, contre les cultures populaires d’Europe de l’Ouest. Et les conséquences de ce ravage se font encore douloureusement sentir, ici et aujourd’hui. Entretien avec l’auteur.

    CQFD : Dans ton livre, tu dis que la dépossession subie par les peuples colonisés s’est appuyée sur une dépossession préalable des peuples occidentaux. Qu’en est-il ?

    Jérémie Piolat : Je pose en fait cette question : n’est-ce pas le colonialisme qui est la matrice ? Il faut qu’ait été fondée la colonisation sous sa forme moderne pour qu’aie pu se développer le capitalisme. Le XVIe siècle, avec la suppression des terres paysannes communes et la chasse aux sorcières a, selon moi, fondé l’acte colonial moderne.

    Il peut se résumer en cinq étapes : 1) spoliation des terres communales ; 2) soumission de la terre aux demandes du marché ; 3) destruction du lien des peuples européens avec la terre ; 4) destruction des cultures populaires, thérapeutiques, artistiques, qui permettent de maintenir le lien entre les membres des communautés et le lien avec le monde vivant ; 5) instauration de la haine de soi, de sa culture, de son mode de vie.

    Sans cette série de ravages, le développement capitaliste n’aurait pas été concevable. Il fallait apprendre aux peuples à mépriser tout ce que le capitalisme a besoin de ravager pour se développer. La colonisation, sous sa forme moderne, a été fondée ici avant de s’exporter avec les violences et les horreurs que l’on sait.

    La destruction des sols et des êtres qui étaient forcés à les travailler, aux Caraïbes, par exemple, n’aurait pu se produire sans le principe selon lequel la terre, le vivant, végétal, animal ou humain, doivent être soumis aux demandes du marché. Le marché demande du sucre ? Soit. Les Békés utiliseront les terres caribéennes pour produire exclusivement de la canne à sucre et importeront pour cela autant d’esclaves qu’il le faut.

    Pour mettre à disposition le vivant, il faut d’abord le mettre à distance. Cette mise à distance a commencé ici. Et ses conséquences sur nos vies actuelles sont terribles et terriblement ignorées, impensées.


  • 2013. Le FRIC trop puissant par Aristide Bostan & Nicolas Arraitz
    http://cqfd-journal.org/Le-Fric-trop-puissant

    À Marseille, les autorités sont sur les dents. Un mystérieux groupuscule d’encagoulés est sur le point de frapper un grand coup. Certains experts ont cru déceler la marque d’Al-Qaïda, d’autres la main de mafias corse ou serbo-croate… CQFD est entré en contact avec la cellule de propagande du Front des réfractaires à l’intoxication par la culture (Fric). Romanquête.

    « Rendez-vous demain à 14h, à Château Gombert, derrière le cimetière. Pas de blagues, on vous a à l’œil. » Après plus de dix jours à courir après le Fric, ce message sur la boîte vocale du journal nous charge en adrénaline. Nous fonçons au rendez-vous, en binôme. Après une courte attente au milieu des murs de pierre sèche, un break fatigué freine devant nous. Trois cagoulés nous embarquent après nous avoir bandé les yeux.

    Dix minutes et vingt virages plus tard, nous pénétrons dans un cabanon éclairé par une ampoule nue. Cinq gaillards masqués nous font face en silence. À nous de jouer. Vaillant, Nicolas attaque : « Alors, les gars, le soleil, la mer, ça vous suffit pas ? » Une voix hésitante hasarde : « On craint le soleil, et puis on aurait l’air con sur la plage avec nos cagoules... » Celui qui vient de parler jette un coup d’œil à ses collègues, comme pour obtenir leur assentiment. Aristide en profite pour enchaîner : « Mais d’où vient le Fric ? » La question les met en joie. « Le Fric vient de toutes les communautés qui ont mis – et mettent encore ! – le oaï à Marseille. » Murmure d’approbation. « Certains d’entre nous sont originaires du Boulistan, d’autres du Casanistan… » Moment idéal pour évoquer les antécédents du Fric et ses éventuels maîtres à penser. Les cinq lancent des idées en vrac, que nous attrapons au vol. « Les supporters de l’OM qui mettent le feu à la Zarafa de Mennucci... Les métallos du port qui boycottent le Festival de Marseille parce que “l’on ne dansera pas sur un cimetière”... Ou les éboueurs en grève qui ont fait fuir les organisateurs de la Coupe de l’America... Le carnaval sauvage de la Plaine contre le carnaval niçois officiel.. » Nos stylos grattent frénétiquement, alors que les activistes prennent de l’assurance : « Le kaki bien mûr qui nique la carotte bio... Les quartiers bordéliques contre les éco-quartiers... Le marché du Soleil contre les Terrasses du Port… Les voleurs d’œuvres d’art de l’îlot des Feuillants… La coulée de jaune contre les coulées vertes... » La sauce prend, on s’enhardit. « Vos projets immédiats ? » Notre premier interlocuteur, laconiquement : « Faut qu’on se tricote des cagoules d’été, commence à faire chaud. »

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    Deux nouveaux communiqués du FRIC sur Marseille en guerre : http://marseille-en-guerre.org


  • Le Fric trop puissant | Aristide Bostan et Nicolas Arraitz (CQFD)
    http://www.cqfd-journal.org/Le-Fric-trop-puissant

    À Marseille, les autorités sont sur les dents. Un mystérieux groupuscule d’encagoulés est sur le point de frapper un grand coup. Certains experts ont cru déceler la marque d’Al-Qaïda, d’autres la main de mafias corse ou serbo-croate… CQFD est entré en contact avec la cellule de propagande du Front des réfractaires à l’intoxication par la culture (Fric). Romanquête. Source : CQFD


  • Théâtre de l’ombre par Nicolas Arraitz
    http://cqfd-journal.org/Theatre-de-l-ombre

    À Naples, pendant dix ans, la compagnie Liberanti, formée par des taulards et des ex-taulards, a porté son théâtre jusqu’au-dehors des prisons. Une évasion par la culture ? Non, quelque chose de beaucoup plus enthousiasmant, sanglant et amer. Alessandra, qui fut à l’origine du projet, a raconté l’intense expérience à CQFD.

    Sacrée ambiance dans la petite salle du Teatro Nuovo, le jour de la clôture du festival Chi racconta la città, organisé par le journal indépendant Napoli Monitor. On y a vu quatre courts-métrages : le premier sur une glaçante prison psychiatrique en voie de fermeture, le deuxième sur une troupe de transsexuels du Quartieri Spagnoli (présents dans la salle), le troisième d’Alessandra Cutolo sur trois femmes du quartier chaud de Forcella (présentes aussi) et le dernier était un documentaire de l’ex-taulard Gaetano Di Vaio sur trois familles de ferrailleurs de la périphérie napolitaine. Entre chaque projection, Antonella Monetti, accordéon sur le ventre, poussait la chansonnette. Au répertoire, les vieux succès de Sergio Bruni, le cabaret de Raffaele Viviani…


  • En marge et au pilori par Nicolas Arraitz
    http://www.cqfd-journal.org/En-marge-et-au-pilori

    La neige est aux portes de la ville, les Roms aussi. Et l’imaginaire local les confond avec les loups. « Depuis qu’on est arrivés, on n’a vu personne du quartier, seulement la police », constate Sandou le patriarche. Les riverains ne s’approchent plus de la pinède où ils avaient l’habitude de promener le chien. Ils se contentent de menacer les bénévoles des associations qui apportent vivres, médicaments et couvertures à ces familles démunies, victimes d’expulsions à répétition.

    C’est dans ce bosquet coincé entre une école d’ingénieurs et une résidence fermée que le campement de fortune s’est installé. Cabanes, caravanes, tentes faites de bâches de plastique… « Nous, on est tziganes, mais on parle surtout le roumain. » Mariana, jeune mère de trois enfants dont le mari a disparu depuis plus de deux ans, nous reçoit dans la solide cabane que son père, Sandou, a construite en une journée. L’intérieur est accueillant. Des pièces de moquette assurent l’étanchéité entre vieux volets et planches récupérées. Un poêle à bois et l’hospitalité réchauffent l’ambiance. On offre le café, ainsi que des cigarettes. Depuis cinq ans qu’elle est arrivée à Marseille, la famille a d’abord connu le squat, cité Félix-Pyat, puis la galère des campements : à proximité de la gare de Saint-Louis, sous la passerelle de Bougainville, puis dans un entrepôt désaffecté de La Capelette.


  • Vitrine brisée, par Nicolas Arraitz
    http://cqfd-journal.org/Vitrine-brisee

    Tel le sommeil de la raison que dépeignait Goya, la fiction municipale de Gaudin enfante des monstres. Les hold-ups financiers sur l’Hôtel-Dieu, la rue de la République ou le quartier des Crottes ne se font pas Kalachnikov au poing, mais c’est quand même un peu le Far West.


  • Mille « zieux » au beurre noir , par Nicolas Arraitz
    http://cqfd-journal.org/Mille-zieux-au-beurre-noir

    Le plan 1000 caméras, censé combler le déplorable retard de Marseille en termes de vidéosurveillance, a été activé cet hiver sans qu’aucun indice ne permette de supputer une quelconque visée électoraliste de la part de ses promoteurs. Cinquante mâts métalliques ont été fichés en terre aux angles des rues les plus passantes du centre-ville. Il s’agit visiblement d’en imposer. À présent, les terrasses des bars les plus populaires du quartier de La Plaine sont surplombées par un œil à fibre optique qui épiera les apéros et le moindre échange de papier à rouler. Cette intrusion est jugée au minimum exagérée, mais le fatalisme risque de vite reprendre le dessus. Quelques faits isolés, pourtant, témoignent d’un mécontentement certain. Une nuit, un tractopelle a pris feu. Une autre nuit, quatre ou cinq mâts ont été déboulonnés. Une chorale sardonique a fait le tour du quartier en réclamant « des caméras jusque dans nos chiottes ». Des pamphlets circulent. Samedi 17 décembre, un charivari masqué a déambulé, armé de caméras en carton. Sur son passage, un mât s’est veulement couché, là, en plein jour. Un autre pylône s’est vu affublé d’un gros œil en carton-pâte par une équipe de joyeux voltigeurs. Une effigie en papier mâché de la déesse Vidéoprotection a été brûlée au milieu du marché. Ce qui n’empêchera pas l’édification, boulevard Salengro, d’un centre de gestion de toutes ces images, où trente agents analyseront vingt-quatre heures sur vingt-quatre leur valeur ethnographique.

    #Marseille


  • Une ville dans le viseur | Nicolas Arraitz (CQFD)
    http://www.cqfd-journal.org/Une-ville-dans-le-viseur

    À Marseille, la série noire des règlements de comptes entre dealers de cités – prétexte initial à l’envoi de renforts policiers – continue de plus belle. Mais l’esprit du flic est ailleurs. Il est le bras armé de la reconquête urbaine, avec comme horizon immédiat une hypothétique réélection de Sarkozy en mai 2012, puis Marseille 2013 qui grimera la ville en capitale européenne de la culture. L’agenda est décidément bien chargé ! Source : CQFD