person:odile jacob

  • Les Cafés Géo » Les nouvelles routes de l’entre-soi(e)
    http://cafe-geo.net/les-nouvelles-routes-de-lentre-soie

    ophie Boisseau du Rocher, chercheur associé au Centre Asie de l’IFRI et d’Emmanuel Dubois de Prisque, chercheur associé à l’Institut Thomas More et corédacteur en chef de la revue Monde chinois-nouvelle Asie sont les auteurs du passionnant « La Chine e(s)t le monde. Essai sur la sino-mondialisation », publié en janvier 2019 aux éditions Odile Jacob.

    Dans le chapitre 3, les auteurs se livrent à une réflexion sur les Routes de la soie, cette proposition chinoise d’une nouvelle organisation de l’espace mondial. Il s’agit de créer de nouvelles connectivités entre la Chine et le monde pour un budget annoncé de 1 000 milliards de dollars.

    Ce projet répond d’abord à une urgence économique. A son arrivée au pouvoir en 2013, Xi Jinping cherche à maintenir un taux de croissance jugé nécessaire à la paix sociale et à la stabilité politique. La Chine qui dispose d’une capacité financière considérable doit résorber ses surcapacités industrielles. Elle va chercher à l’extérieur les points de croissance indispensables à sa stabilité et à la légitimité du Parti. Le projet Routes de la soie permet aussi de réduire les déséquilibres territoriaux persistants (désenclavement et contrôle du Grand Ouest chinois).

    #chine #routes_de_la_soie #mondiaisation


  • Homme inutile | Éditions Odile Jacob

    https://www.odilejacob.fr/catalogue/sciences-humaines/economie-et-finance/homme-inutile_9782738143051.php

    Est-ce que quelqu’unes·uns ici ont lu ce livre ? ou en ont entendu parler ?

    Les « damnés de la terre », aujourd’hui, ce sont les hommes inutiles : chômeurs, travailleurs précaires, paysans sans terre, réduits à survivre de l’assistance publique ou familiale. L’inutilité est la pire forme des inégalités, car elle enferme dans des trappes dont il est impossible de sortir.
    Dans la première édition de ce livre, Pierre-Noël Giraud nous avait prévenus : nos sociétés ne peuvent plus se dérober à cette question de l’inutilité, désormais centrale avec celle de l’environnement. La montée des populismes en Europe et aux États-Unis confirme son diagnostic : les populismes se nourrissent de l’accroissement des inégalités et de l’inutilité, et il faut les combattre sur ce terrain.
    Comment rompre avec la spirale de l’inutilité ? Les risques sociaux et politiques de celle-ci sont énormes – guerres civiles, migrations, populismes. C’est pourquoi Pierre-Noël Giraud préconise dans cette nouvelle édition de mesurer l’efficacité des politiques publiques à l’aune de cet objectif : faire en sorte qu’il n’y ait plus d’inutiles.


  • « #Ligue_du_LOL » : les mécanismes de l’effet de meute
    https://www.franceculture.fr/sociologie/ligue-du-lol-les-mecanismes-de-leffet-de-meute

    Depuis jeudi 8 février, un article de la rubrique Checknews, chez Libération, a dévoilé l’existence de la « Ligue du LOL », un groupe Facebook très actif entre 2009 et 2012 regroupant une trentaine d’utilisateurs populaires sur les réseaux sociaux. De nombreux témoignages ont mis à jour des campagnes de cyber-harcèlement envers des femmes et des minorités (origine ethnique, orientation sexuelle…) menées à l’époque par des membres de ce groupe, et auxquelles auraient participé plusieurs journalistes ayant évolué depuis au sein des rédactions parisiennes. Parmi eux, Alexandre Hervaud et Vincent Glad (fondateur du groupe), aujourd’hui mis à pied par Libération, David Doucet, des Inrocks, Guilhem Malissen, avec qui Nouvelles Ecoutes a suspendu sa collaboration, ou encore Stephen des Aulnois, rédacteur en chef et fondateur du Tag parfait, qui a annoncé quitter son poste… pour ne citer qu’eux.

    Après des années sans compte Twitter, je sors du silence pour un thread sur la #liguedulol dont j’ai aussi été victime. Explications.
    — capucine piot (@capucinepiot2) February 8, 2019

    Alors que le hashtag #LigueduLol remontait en tendance ce week-end, les « excuses » des anciens membres de ce groupe ont posé la question de leur responsabilité. L’un d’eux, Baptiste Fluzin, directeur de création ayant admis avoir harcelé de nombreuses personnes dans un billet d’excuses publié sur Linkedin, précisait que « rien ne justifiait [ce] comportement de meute ». Décryptage de ces mécanismes de groupe toxiques avec le professeur de psychologie sociale Laurent Bègue, auteur de Psychologie du bien et du mal (Odile Jacob, 2011) :


  • On nous l’a dit et répété : l’amour dure trois ans. En réalité, la pérennité d’une relation ne dépend que du niveau d’engagement des partenaires et des efforts qu’ils sont prêts à faire. Sans garantie de résultats...

    Le Dr Bernard Geberowicz est psychiatre et psychothérapeute de couple. Il a notamment publié Les 7 vertus du couple (Ed. Odile Jacob) et J’arrête d’être jaloux(se) ! (Ed. Eyrolles)

    Chez les trentenaires notamment, j’observe un besoin d’intensité permanente et la crainte que, lorsque le niveau de celle-ci baisse, le sentiment amoureux diminue lui aussi. D’un côté, ces jeunes adultes sont très sensibles et rétifs à l’habitude (ils zappent sur leurs écrans, surfent d’un site à l’autre…), devenant quasiment intolérants à la frustration. De l’autre, ils ont entendu dire que l’amour, dans sa version passionnelle, est une sorte de pathologie qui ne durera que trois ans, alors ils se disent : « autant passer tout de suite à une autre aventure »…

    En réalité, le sentiment amoureux des débuts est un socle essentiel pour s’engager en conscience avec un partenaire. Ce qu’il faut comprendre de cette relative brièveté émotionnelle, c’est qu’elle invite à passer à une autre dimension. L’intensité permanente, ça n’est pas possible. Il faut qu’alternent entre les partenaires des temps de détente, voire de retrait, et des temps d’intensité fusionnelle. L’harmonie dans la vie à deux passe par des rythmes différents, mais coordonnés.

    Vous dites que vous vous intéressez dans votre métier de psychothérapeute à ce qui fait marcher un couple. À quoi pensez-vous ?

    Souvent, lors de la première séance, les couples arrivent avec une longue liste toute prête de ce qui ne va pas. Et je les laisse longuement exprimer cela parce que les partenaires en ont besoin. Mais à un moment, je leur demande : « Qu’est-ce qui va bien entre vous ? Qu’est-ce qui fait que vous tenez à l’autre ? Que vous restez ensemble et que vous veniez consulter à deux ? » C’est une manière de leur signifier que je les tiens pour coresponsables et co-créateurs de leur couple. Voilà une première donnée. Puis, la curiosité qu’ils ont l’un pour l’autre est essentielle. Et celle-ci demande à être cultivée, entretenue régulièrement afin que les routines d’éloignement, inévitables, ne s’installent pas.

    Vous pensez au fameux week-end en amoureux auquel beaucoup ont recours pour pouvoir se retrouver, communiquer ?

    Le terme de communication est un mot-valise. Je lui préfère celui d’une conversation qui ne ressemble pas à ce qu’on se dit au quotidien. Ce type d’échanges peut d’ailleurs tout à fait se vivre dans son environnement familier, du moment qu’on y consacre du temps. Il repose sur la capacité à parler de soi à la première personne, à oser demander, à s’intéresser à là où en est l’autre… Je constate que, dans de nombreux couples, chacun est persuadé que l’autre « n’a plus envie » - et la dimension sexuelle prend énormément de place -, le manque de confiance en soi s’installe chez les deux partenaires… Alors qu’il suffit bien souvent d’oser exprimer ses demandes et d’entendre celles de l’autre. Chaque jour, je constate les méfaits de ces malentendus qui usent la relation ! Et ainsi, le quiproquo du type : « Il est évident que l’autre, s’il m’aime, doit comprendre cela sans que j’aie à le lui demander ! » Lorsqu’on y réfléchit, on voit bien qu’il ne peut donner lieu qu’à des impasses relationnelles.

    Mais quel est le réel engagement, dans un monde où deux couples sur trois divorcent ?

    En effet, lorsque nous abordons cette question, beaucoup me rappellent que, en matière d’amour, rien n’est garanti pour une période longue… L’engagement réel, c’est justement celui qui implique une nécessité de moyens (ces fameux efforts dont nous parlions)… Sans garantie de résultats ! J’affirme au contraire que les efforts valent le coup en eux-mêmes. Mais trop souvent les personnes confondent le fait d’être engagé avec l’impression « d’être embarqué »… Dans de nombreux couples en difficulté, j’observe qu’il y a souvent un partenaire davantage engagé à œuvrer pour le « nous », alors que l’autre a « suivi » et s’est trouvé embringué dans une vie à deux qu’il ne désirait pas vraiment faire perdurer.

    Comment expliquez-vous cela ?

    Il me semble qu’un des nouveaux soucis, c’est l’incapacité de certains à accepter les changements nécessairement imposés par la vie commune. Il est vrai qu’aujourd’hui les partenaires se rencontrent souvent plus tard, ils ont donc plus de mal à évoluer. C’est, par exemple, le quadra qui travaille beaucoup ; il n’a pas envie de modifier ses loisirs, quand sa compagne souhaite passer du temps dans l’intimité avec lui. Alors que faire un choix impose nécessairement de renoncer à certaines dimensions pour en gagner d’autres, j’ai l’impression que beaucoup ont tendance à penser que le couple va s’ajouter, comme une donnée de plus, dans leur vie, mais sans en modifier quoi que ce soit.


  • Que reste-t-il du cas Dolto ? - Libération
    http://www.liberation.fr/debats/2018/08/24/que-reste-t-il-du-cas-dolto_1674381

    Trente ans après sa mort, la célèbre psychanalyste pour enfants est toujours objet de polémiques et de déformations, voire d’oubli. Entre suprématie des neurosciences et tendances réactionnaires, l’histoire de son héritage clinique et intellectuel est encore à écrire.

    Mais qui veut (encore) la peau de Françoise Dolto ? Trente ans après sa mort, la psychanalyste pour enfants a ce génie d’être toujours polémique. Cette semaine dans le Point, le pédiatre Aldo Naouri et le psychologue Didier Pleux critiquent de nouveau celle qu’ils tiennent pour responsable de l’avènement de l’enfant-roi. Dans son essai qui vient de paraître chez Flammarion (1), la psychanalyste Caroline Eliacheff accuse justement les détracteurs de la thérapeute disparue le 25 août 1988 à l’âge de 79 ans « d’assassinat idéologique ». Celle qui a transmis son savoir au grand public via l’émission de radio culte Lorsque l’enfant paraît ou à travers son livre le plus populaire le Cas Dominique serait-elle passée de mode ? « Françoise Dolto n’a pas du tout la place qu’elle devrait avoir, estime la psychanalyste Claude Halmos (2). Son enseignement serait pourtant d’un grand secours pour les parents et enfants d’aujourd’hui. »Claude Halmos vise ici les préceptes de l’#éducation bienveillante qui, selon elle, culpabilise les parents et coupe les enfants de la vie réelle. Alors que le but de l’éducation, c’est justement de pouvoir vivre dans le monde tel qu’il est avec ses exigences et ses violences…

    Personnage clé de l’histoire de la psychanalyse française, Françoise Dolto s’est retrouvée emportée ces dernières années par les critiques et le désamour portés à la discipline. Et de ce fait, détrônée aujourd’hui par les neurosciences, voie privilégiée pour mieux comprendre l’enfant. Le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer a délaissé l’inconscient freudien pour une autre approche de l’enfance, celle de la « science de la conscience » défendue par Stanislas Dehaene, neuroscientifique à succès qui sort le 5 septembre pour la rentrée scolaire un nouveau livre chez Odile Jacob : Apprendre ! Les Talents du cerveau, le défi des machines. Pour le psychologue cognitif, professeur au Collège de France et président du Conseil scientifique de l’éducation nationale, le nouveau siège de la réussite scolaire se situe dans le cerveau. Françoise Dolto, sa « poupée fleur », objet thérapeutique qu’elle avait inventé, et les dessins d’enfant qu’elle excellait à analyser auraient-ils été rangés trop rapidement aux rayons d’une histoire jugée trop ancienne ? Pour l’historienne Manon Pignot, « elle n’est pas tant oubliée, que dévoyée. La grande vulgarisation dont elle fait l’objet au faîte de sa gloire dans les années 70 a entraîné une simplification de ses théories, une forme de caricature ».

    L’autorité sans autoritarisme

    Avec ses jupes aux genoux, son gilet en laine immanquablement boutonné sur un chemisier à grand col, rang de perles ou collier fantaisie, on a voulu faire d’elle une Mamie Nova de la psychanalyse, adepte d’un laxisme éducatif reflet de l’esprit libertaire de l’après-68, quitte à en oublier la moitié de son message. « Toute sa vie, elle a été incroyablement critiquée, analyse Caroline Eliacheff, qui a travaillé ave elle. Mais lui reprocher exactement ce qu’elle n’a pas dit relève du symptôme ! » Car si Dolto énonce, fait révolutionnaire dans les années 50-60 que l’enfant est une personne, elle n’en a jamais fait un petit roi. Pourquoi alors une telle distorsion ? « Qu’ils l’aient écoutée ou non, analyse Caroline Eliacheff dans son livre, les parents ont perçu que l’enfant était un sujet digne de respect et apte à la communication dès son plus jeune âge, mais ils ont oublié que l’humanité passait par les castrations symboligènes, autrement dit par les interdits. » Pour la psychanalyse, si l’enseignement de Dolto a été tant discuté et disputé, c’est qu’elle pose la question même de l’autorité. « Comment concevoir l’autorité si on supprime l’humiliation et la peur ? Pas si simple. » Qu’est ce que l’autorité sans l’autoritarisme ? Le questionnement n’est pas seulement éducatif, il traverse la société à l’orée des années 2000 : la « perte de l’autorité » devient une angoisse collective, Françoise Dolto en porterait le chapeau. A la fin des années 90, le pédiatre Aldo Naouri défend la place et l’autorité du père dans une société menacée par la surpuissance des mères, quand au début des années 2000, le psychologue Didier Pleux, coauteur du Livre noir de la #psychanalyse (les Arènes, 2005) accuse Dolto d’une « psychanalysation » de l’éducation. Trente ans plus tard, les deux même reprennent le combat dans le Point de cette semaine. Pour Naouri, les « enfants-tyrans », c’est bien son œuvre. Pour Didier Pleux, elle est à l’origine de la disparation des interdits réels et des contraintes. « Un retour en force des théories réactionnaires concernant l’enfant et plus largement un retour en force de la pensée réactionnaire, incarnée notamment par le philosophe Alain Finkielkraut, stigmatise encore plus l’apport fondamental de Dolto », analyse l’historienne Manon Pignot.

    Pour comprendre cet avant-après Dolto, il faut le replacer dans la France des années 50 où l’éducation se fait encore au martinet, où l’enfant est encore considéré comme un être inabouti, souvent mis de côté. « Je préconise, écrit-elle, l’abandon de la médecine que j’appelle « vétérinaire », telle que je la vois pratiquer quand il s’agit d’enfants. Je préconise l’abandon du dressage au cours du premier âge en lui substituant le respect dû à un être humain réceptif du langage » (3). Pour elle comme pour Lacan, la loi de l’homme est la loi du langage à laquelle parents et enfants sont soumis. « Etre de communication, l’enfant a droit au respect comme à la vérité de son histoire, aussi douloureuse soit-elle », rappelle Caroline Eliacheff. Peu à peu, une révolution s’opère dans les têtes. « Elle a aidé le XXe siècle à mieux élever les enfants », juge l’essayiste dans son livre.

    « Idées suspectes de communisme »

    On comprend le pouvoir polémique et dérangeant des théories de Dolto sur un sujet aussi sensible que l’avenir du petit de l’homme. Libre et sûre d’elle, novatrice, elle prend des libertés par rapport à sa discipline et déploie des méthodes qui sont fortement critiquées par l’institution psychanalytique. En 1963, Françoise Dolto est exclue de tout enseignement par l’Association psychanalytique internationale (API) - le célèbre pédiatre et psychanalyste anglais Donald Winnicott n’y est pas étranger, souligne Caroline Eliacheff dans son livre. Les reproches sont édifiants. Trop « intuitive », elle provoque un « transfert sauvage » sur sa personne en s’adressant au public. Pire, elle a des « idées sociales derrière [sa] recherche de prévention qui nous paraissent suspectes de communisme. […] Ne formez plus de jeunes ! » lui enjoint l’API.

    « Génération Dolto »

    Car Françoise Dolto est une « psychanalyste dans la cité », selon les mots de Caroline Eliacheff. « Elle s’est inscrite dans le social comme peu de ses confrères l’ont fait, s’adressant avec constance au plus grand nombre, à ceux qui sont aux prises avec la vie réelle, qu’ils soient professionnels ou parents. » Ce sera la fameuse émission, devenue culte, Lorsque l’enfant paraît à laquelle elle participe sur France Inter de 1976 à 1978, animée par le jeune Jacques Pradel ! Un succès fulgurant. « Ces émissions sont arrivées au moment où, dans l’après-68, les parents voulaient élever différemment leurs enfants. Elle a modifié radicalement leur vision, ils étaient prêts à l’entendre », explique Caroline Eliacheff. Sa voix, tranquille et déterminée, décrivant des cas concrets de difficultés éducatives, bouleverse un ordre établi depuis des générations. « Chaque après-midi, souligne Claude Halmos, elle met à mal la hiérarchie communément admise entre un enfant posé comme psychologiquement sous-développé ("tu comprendras plus tard", "tu parleras quand tu seras grand") et un adulte qui lui serait par essence supérieur. » D’une certaine façon, tous ceux nés depuis les années 70 sont des enfants Dolto. Sans vraiment s’en rendre compte ? « Les trentenaires ne savent pas ce qu’ils lui doivent, remarque Caroline Eliacheff, alors que leurs parents sont de la "génération Dolto" qui l’a écoutée à la radio et a essayé tant bien que mal de "faire du Dolto". »

    « A la limite de la prémonition »

    Contrairement aux idées reçues, il n’y a pas de méthode doltoienne. Elle ne donnait pas de conseils, elle ne voulait pas être un gourou, les parents devaient trouver la solution eux-mêmes. A la fin des années 70, la psychanalyste aux immenses lunettes qui lui mangent le visage devient une institution. Au faîte de sa notoriété, sa fille Catherine l’appelle le « grand Bouddha vivant ». Elle fascine, trop sûrement. L’animateur Jacques Pradel, qui présente son émission sur France Inter, se souvient d’une « fulgurance à la limite de la prémonition » (Télérama, 2008). Cette qualité lui vient d’une particularité tout à fait étonnante : en grandissant, l’humain perd généralement son rapport à l’enfance, elle non. Son écoute exceptionnelle devient, chez les professionnels, légendaire. « Elle avait cette capacité - unique - d’écouter les enfants comme si elle était elle-même encore une enfant, explique Claude Halmos, qui a travaillé avec elle. Cette faculté d’entendre l’importance et le sens du moindre de leurs gestes et de leurs phonèmes. Ce talent singulier lui a permis de reconstituer avec précision ce que chaque étape de leur développement leur faisait éprouver dans leur corps et leur tête. Ce qu’à chaque moment de leur vie ils pouvaient, à l’insu des adultes, sentir, penser, imaginer. » Pour la psychanalyste, la grande œuvre de Dolto est d’avoir constitué, telle une ethnologue, « une encyclopédie de la clinique de l’enfant » tout à fait inédite. « Je m’y réfère encore aujourd’hui, ces observations sont toujours aussi justes, estime la spécialiste. Grâce à cet apport considérable sur le bébé et son évolution, elle a posé une théorie de la construction de l’enfant. Et chaque étape, comme le sevrage du sein ou du biberon, se passe seulement au prix d’un manque, d’une perte à la fois pour l’enfant et pour le parent ; voilà pourquoi c’est si difficile. »

    Paradoxalement, s’adressant au plus grand nombre, elle « est peu reconnue comme théoricienne », souligne Caroline Eliacheff. Si on salue le génie clinique de la femme, on souligne souvent sa faiblesse théorique. « Elle a constitué une théorie au ras de son expérience, explique Claude Halmos. Mais elle n’a pas réellement conceptualisé et généralisé ce savoir. Son travail s’est surtout diffusé par sa parole, sur sa personnalité et cela s’efface. » Via la supervision, elle a formé des légions de psychanalystes et son séminaire sur le dessin d’enfant était une institution où se rendaient également des juges, des assistantes sociales… Psychanalyste dans la cité, elle crée le concept des Maisons vertes, sas inédit entre la famille et la société, avant l’entrée à l’école maternelle. Elle est celle qui donne « un statut social » à l’enfant, estime Claude Halmos.

    Pionnière et innovante, elle s’est faite, comme souvent pour ces femmes exceptionnelles, hors des circuits académiques. Médecin de formation, elle n’a pas suivi de carrière hospitalo-universitaire, qui est le temple de la transmission du savoir et la renommée. Sur les bancs de la fac aujourd’hui, elle est moins enseignée qu’un Lacan qui a davantage intellectualisé son savoir. Pourtant, Lacan et Dolto « vont ensemble » : ils participent de la même aventure intellectuelle, rappelle l’historienne de la psychanalyse Elisabeth Roudinesco (4). « Françoise Dolto est la deuxième grande figure du freudisme français. Elle a réinventé l’approche psychanalytique des enfants, après Melanie Klein et Anna Freud. Amie de #Lacan avec lequel elle a fondé l’Ecole freudienne de Paris (1964), elle formait avec lui un couple flamboyant. Elle était à l’écoute de tout ce qu’il y avait d’infantile en lui mais elle s’inspirait de son génie théorique. Beaucoup de psychanalystes de ma génération ont été analysés ou supervisés par l’un et par l’autre. Autant Lacan est un maître à penser dont l’œuvre est traduite et commentée dans le monde entier, autant Dolto, qui était en France bien plus populaire que lui, est restée plus "terroir". » Manque aussi un travail biographique de référence qui la ferait exister historiquement et internationalement. « Dans le monde anglophone, elle a peu d’audience, précise Elisabeth Roudinesco. Son œuvre est très peu traduite et le fait qu’il n’existe aucune biographie est un vrai handicap. Il faudra qu’un jour un historien se mette au travail, sinon elle n’aura guère d’héritiers. »

    Loin des polémiques idéologiques, l’enjeu aujourd’hui est de « mettre en histoire » une femme qui a été médecin, analyste, auteure, investie dans la société. Chargé d’études documentaires aux Archives nationales, Yann Potin a convaincu l’institution et les ayants droit - dont sa fille Catherine Dolto - d’accueillir les archives de la thérapeute. « Le fonds est en cours de classement, explique l’historien. Il existe très peu d’archives de psychanalystes et plus encore de praticiens, il s’agit là d’un fonds scientifique d’une œuvre multiple et singulière. Il y a aussi bien les lettres reçues dans le cadre de l’émission Lorsque l’enfant paraît que les dossiers de suivi des enfants qu’elle recevait à sa consultation gratuite à Trousseau. Le but fondamental de la création de ce fonds aux Archives nationales est qu’il soit partageable et étudiable dans les années à venir. »

    Une personnalité complexe

    Si Catherine Dolto et les éditions Gallimard ont déjà publié une partie importante de ses archives, comme sa correspondance, notamment avec Lacan, une nouvelle génération de chercheurs devrait renouveler l’approche historique de la psychanalyste. « Depuis quelque temps, on s’intéresse autrement à elle, rappelle Yann Potin. On la redécouvre : née en 1908, elle n’a que peu de choses à voir avec 1968. Plus généralement travailler sur Dolto, c’est recourir à l’histoire de l’enfance, de l’éducation et de la médecine. Pas seulement de la psychanalyse. » Le livre que sortiront l’archiviste et l’historienne Manon Pignot chez Gallimard le 24 octobre participe de ce renouveau historiographique : à travers les lettres que la petite Françoise envoie à son parrain, jeune officier de la guerre de 14 et mort au front en 1916, ils retracent cette expérience inédite d’être, malgré son jeune âge, « marraine de guerre ». Un travail d’enquête sur l’enfance face à la guerre et sa violence, une expérience qui marquera à jamais la psychanalyste. Mais ces archives sont aussi plus heureuses. Elles comptent par exemple les dessins des trois enfants de Françoise Dolto, soigneusement classés et annotés. Ainsi y retrouve-t-on les œuvres du petit Jean-Chrysostome, devenu Carlos, chanteur à succès des années 70 avec son énorme Big bisous…

    Issue d’une famille catholique de droite, Françoise Dolto est cette femme complexe qui allie réflexes traditionnels liés à son milieu bourgeois et à son époque, élans libertaires, foi chrétienne et défense des écoles alternatives. Dans quelques années, une biographie rappellera sûrement la façon dont un jour, lors d’un premier entretien avec un enfant de 3 ans, elle s’était présentée : « Je suis madame Dolto. Je suis psychanalyste et je dis la vérité de la vie aux enfants. »

    (1) Françoise Dolto : une journée particulière, Flammarion, 2018.
    (2) Auteure de Dessine-moi un enfant, Livre de poche. Elle publie dans Psychologies magazine de septembre un article titré : « Françoise, reviens ! Ils sont devenus fous… »
    (3) Citation tirée de Françoise #Dolto : une journée particulière, Flammarion, 2018.
    (4) Auteure du Dictionnaire amoureux de la psychanalyse, Plon, 2017.
    Cécile Daumas

    Lien déjà mis par ailleurs mais je mets la totalité de l’article en question pour ceux qui ne peuvent aller le lire directement.
    #enfants


  • Insouciances du cerveau - Emmanuel Fournier par-delà la matière grise, Par Jean-Paul Thomas (Collaborateur du « Monde des livres »)
    http://www.lemonde.fr/livres/article/2018/04/26/emmanuel-fournier-par-dela-la-matiere-grise_5290859_3260.html

    Dans « Insouciances du cerveau », le philosophe conteste aux neurosciences le pouvoir de tout dire du moi et de la pensée.

    Insouciances du cerveau, précédé de Lettre aux écervelés, d’Emmanuel Fournier, L’Eclat, « Philosophie imaginaire », 176 p., 18 €.

    Le prestige des neurosciences et des sciences cognitives porte au conformisme. Il est téméraire de se montrer irrévérencieux à leur égard, tant la moindre réserve est tenue pour de l’insolence et fait courir le risque d’une marginalisation. Aussi est-ce sur les doigts d’une main que se comptent les impertinents qui entendent ne pas céder à l’intimidation. Emmanuel ­Fournier est l’un d’eux. Précédé d’une Lettre aux écervelés, Insouciances du cerveau présente un duel : l’auteur affronte les neurosciences et l’imagerie cérébrale en un combat à fleurets mouchetés.

    Il est vrai que l’ambition théorique – et pratique – des neurosciences est immense. Leur projet fondateur est de comprendre comment le cerveau fonctionne, d’examiner les processus qui sont à la source de nos connaissances. En somme, penser la pensée, avoir la connaissance de la connaissance, en posant qu’elle s’explique par l’organisation d’un système matériel, notre cerveau. Physiologiste et philosophe, Emmanuel Fournier est informé des recherches en cours, mais juge leur prétention exorbitante, et leur sérieux pesant. Sa préférence va à la pensée capricieuse, légère, attentive aux rencontres. A Roscoff, à Ouessant – le livre fait état de ces séjours –, les pensées lui viennent en marchant. Il les note sur un carnet, tenu de juin à décembre 2015. Comme un peintre qui reprend ses croquis à l’atelier, il élucide ensuite ses intuitions et ses questions.

    Comment me comprendre ? Que faire de mon cerveau, cet organe de contrôle que les appareils d’imagerie exhibent ? Un dialogue familier se noue entre lui-même et son double, ce cerveau qui, selon les neurosciences, « décide de tout pour moi » et fait de moi « cet écervelé qui dit “je” sans savoir de quoi il retourne ». A mille lieues de l’ordinaire jargon neuro­scientifique, ce dialogue met en scène une distance instaurée entre le « je » et son double, le cerveau, dans lequel les neurosciences nous enjoignent de trouver notre identité. Par elle cette identité se diffracte et se trouble, puisque le « je » affiche qu’il l’excède.

    Ne pas céder au vertige techniciste

    Plaisant, car talentueusement mis en œuvre, ce dispositif atteindrait vite ses limites s’il n’était relayé par l’analyse des cadres normatifs que proposent les neurosciences. En décrivant ce que nous sommes, elles nous prescrivent ce que nous devons être : « Le risque, c’est que je sois définitivement étiqueté selon mes caractéristiques cérébrales, stigmatisé d’après elles, jugé selon cette nouvelle norme et que je ne puisse plus y échapper. » Crainte injustifiée, répond un « éminent spécialiste des neurosciences », car le cerveau est malléable, ses performances seront améliorées par l’implantation d’essaims de neurones et le recours à des annexes cérébrales. L’homme augmenté est à l’ordre du jour. Il sera plus compétitif. Ceux qui rateront le coche seront exclus à juste titre de l’émouvante aventure technologique qui se profile…

    Sans chercher à préserver l’illusoire pouvoir du « je », Emmanuel Fournier refuse de céder au vertige techniciste comme d’admettre que le cerveau, condition physiologique d’une activité mentale, nous dicte nos pensées. Ce « neuroscepticisme » n’écarte pas les neurosciences, mais conteste le choix – qu’elles favorisent – d’orienter la pédagogie, l’économie et l’éthique en prenant en compte leurs seuls enseignements, dans la pure méconnaissance de la construction sociale de nos pensées et de nos conduites. Tel est le pendant politique de notre modernité intellectuelle.

    Overdose de neurosciences cognitives et comportementales, Elisabeth Roudinesco
    Dans « La Mécanique des passions », Alain Ehrenberg corrèle l’engouement pour la mythologie cérébrale à l’individualisme contemporain, sans parvenir à étayer sa thèse.

    La Mécanique des passions. Cerveau, comportement, société, d’Alain Ehrenberg, Odile Jacob, 336 p., 23,90 €.

    Sociologue, directeur de recherches au CNRS, Alain Ehrenberg étudie dans ce nouveau livre les raisons pour lesquelles les neurosciences cognitives et comportementales (NSCC) suscitent un tel engouement qu’elles ont supplanté la psychanalyse et la psychiatrie dans l’approche des maladies de l’âme et des comportements humains normaux, depuis l’observation des enfants scolarisés jusqu’à celle des adultes en bonne santé.
    L’affirmation d’une efficacité thérapeutique quantifiée par des évaluations ne suffit pas, selon lui, à expliquer cette fascination qui a conduit de nombreux chercheurs à ajouter le préfixe « neuro » à leur discipline : neuro-économie, neuro-histoire, neuro-psychologie, neuro-ceci ou cela. Tout se passe comme si l’on ne pouvait plus penser la condition humaine sans une référence obligée à une plasticité cérébrale censée expliquer à elle seule nos manières de vivre, de boire, de manger, de faire l’amour, de réussir ou d’échouer. Plus besoin de parler, il suffirait de regarder des flux synaptiques pour connaître le « potentiel caché » de chaque individu. Tel serait, selon l’auteur, le programme de cette « tribu » NSCC : étendre son pouvoir bien au-delà du domaine de la science et du traitement des pathologies.
    Lame de fond
    A travers une enquête menée avec les instruments d’une sociologie non encore neuronale, Alain Ehrenberg relate les modalités d’implantation de ce nouveau récit, né dans les universités de la Côte ouest des Etats-Unis et qui a envahi nos sociétés depuis une trentaine d’années. Cette lame de fond, qu’il considère comme le principal « baromètre » de l’individualisme contemporain, serait liée à la transformation de la subjectivité, paradigme des angoisses infantiles et généalogiques.

    Plus besoin de savoir qui l’on est ni d’où l’on vient, il suffirait, pour vivre bien, d’obéir à des exercices visant à évacuer de soi les souffrances, les désirs, les souvenirs, afin d’accéder à une sagesse cérébralement correcte, centrée sur la compétence et la performance. Mais pour cela, note curieusement Alain Ehrenberg, de même que les cas choisis par Freud ont pu, parce qu’ils confirmaient ses hypothèses, assurer la domination de la psychanalyse, les NSCC doivent encore découvrir les patients dont les « cerveaux pourraient incarner [leurs] ambitions ». Mais comment trouver un sujet dont l’histoire se résumerait à celle de ses neurones ? Difficile…
    Catéchisme neuronal
    En achevant La Mécanique des passions, on est pris de vertige. On imagine qu’un jour on parlera de neuro-management, neuro-politique ou neuro-journalisme, et qu’on installera partout des scanners afin de mesurer en direct la mécanique passionnelle de tous les cerveaux humains. Cependant, on continue de se demander pourquoi l’auteur suppose que ce catéchisme neuronal, dont il souligne qu’il est en passe de réduire à néant les composantes sociales, psychiques et historiques de la subjectivité humaine, serait le reflet de l’individualisme contemporain.
    Ehrenberg ne parvient jamais à le démontrer, parce que, chose étrange pour un sociologue, son enquête ne s’intéresse pas aux pratiques réelles des individus. L’engouement pour cette mythologie cérébrale est incontestable dans le champ des savoirs, où les résultats objectifs des sciences du cerveau suffisent à expliquer leur position prépondérante. Mais ce n’est pas une croyance aussi universellement partagée qu’il semble le penser. En témoigne le fait que les individus contemporains – des milliers de patients – ne se tournent pas, pour assurer leur bien-être, vers les NSCC, mais vers les médecines ou les thérapies alternatives (homéopathie, kinésiologie, etc.), répondant ainsi, spontanément, aux excès du scientisme par le recours à l’obscurantisme.

    Gérard Pommier : « Les neurosciences sont utilisées par certains en contradiction avec leurs résultats les plus assurés »
    Dans une tribune au « Monde », le psychanalyste juge que les difficultés dans l’acquisition des savoirs sont bien davantage liées à des questions sociales et familiales que neurobiologiques.

    [Le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a porté en début d’année sur les fonts baptismaux un nouvel organisme : le conseil scientifique de l’éducation nationale, dont il a confié la présidence à Stanislas Dehaene, professeur de psychologie cognitive au Collège de France. Objectif de ce scientifique : « Tenter de dégager des facteurs qui ont prouvé leur effet bénéfique sur l’apprentissage des enfants. » Même si les chercheurs en sciences cognitives n’occupent que six des vingt et un sièges dudit conseil, cette nouvelle orientation du ministère de l’éducation nationale suscite de vives polémiques. Tant les syndicats que des chercheurs renommés craignent que les sciences cognitives prennent le pas sur les sciences de l’éducation. Pour eux, enseigner est un art et non une science. De plus, les sciences cognitives sous-estimeraient l’influence de l’environnement social de l’élève dans ses performances. Au contraire, les partisans des neurosciences affirment que leurs thèses sont trop souvent caricaturées et qu’ils sont tout à fait conscients de cette influence.]

    Tribune. Le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, vient donc d’installer un conseil scientifique dominé par des neuroscientifiques. Dans une récente interview, il a déclaré que « l’école est la petite-fille des Lumières »… et qu’il fallait donc se conformer aux résultats les plus avancés de la science. Quelle bonne idée ! Qu’il le fasse surtout ! Ce serait si bien s’il se conformait aux travaux des plus grands neuroscientifiques !
    Jean-Pierre Changeux, dans son livre phare, L’Homme neuronal (Fayard, 2012), a donné les résultats d’une expérimentation majeure : les neurones de l’aire du langage ne se développent que s’ils sont stimulés par les sons de la voix maternelle. Les neurones qui ne correspondent pas meurent. Ces expériences corroborent la fameuse tentative de Louis II, roi de Sicile (1377-1417) : celui-ci fit isoler dix enfants avec interdiction de leur parler, pour savoir en quelle langue ils parleraient spontanément, en hébreu, en latin ou en grec. Ils moururent tous. L’organisme ne grandirait pas sans la boussole de ses parents et de la culture dans laquelle il est né. Les observations des neuroscientifiques ne font qu’enregistrer des conséquences, qui ne sont pas des preuves.
    En 2010, j’ai eu l’occasion d’exposer au cours d’un congrès qui s’est tenu à Berlin mes propres travaux sur la reconstitution de zones du cerveau lésées après un accident. Si le cerveau fonctionnait seulement en circuit fermé, appuyé sur sa mémoire et sur ses gènes, cette reconstitution serait incompréhensible. La renaissance d’une zone lésée ne s’effectue que grâce à une rééducation relationnelle et la présence des proches : ce sont les souvenirs emmagasinés dans d’autres zones qui reconstituent la lésion. Le centre du cerveau n’est pas dans le cerveau – mais depuis la naissance – dans la parole qui est, elle aussi, une réalité matérielle.
    Aucune preuve génétique des difficultés d’apprentissage
    A Toulouse et à Ivry, j’ai participé à des débats publics avec le neurophysiologiste Jean-Didier Vincent. A chaque fois, ses considérations ont glissé vers des arguments franchement psychologiques. Lors d’un colloque qui s’est tenu à Paris en octobre 2017 sur l’autisme, les neuroscientifiques Richard Delorme et Bertrand Jordan ont d’abord dit qu’il n’existait aucune preuve génétique de l’autisme, pour ensuite raisonner comme si c’était prouvé. Est-ce bien scientifique ? En septembre 2018 viendra à Paris le professeur Eric Kandel, Prix Nobel de médecine en 2000 et auteur du livre A la recherche de la mémoire, une nouvelle théorie de l’esprit (Sciences, 2017). Il répond à l’invitation de psychanalystes, car le débat doit se poursuivre.
    Lire aussi : Ecole : l’utilisation des neurosciences interroge des enseignants

    Il faut le dire : il n’existe à ce jour aucune preuve génétique, neurodéveloppementale ou héréditaire de la souffrance psychique et des difficultés d’apprentissage. En revanche, il existe des preuves surabondantes des déterminations familiales et socioculturelles comme facteurs majeurs des difficultés scolaires. C’est aux sociologues, aux spécialistes de la souffrance psychique… et surtout aux enseignants qu’un « conseil de l’éducation nationale » devrait donner priorité ! Ils en sont largement absents.
    A cette sorte de position en porte-à-faux s’en ajoute une seconde : les neurosciences sont utilisées par certains neuroscientifiques en contradiction avec leurs résultats les plus assurés. On peut trouver sur le site de l’éducation nationale un document qui recommande aux enseignants comment faire le diagnostic TDA/H (trouble déficit de l’attention/hyperactivité) qui est annoncé comme une « maladie neurodéveloppementale ». Il n’en existe aucune preuve, et ce diagnostic n’est même pas reconnu dans les nomenclatures françaises.
    Les laboratoires pharmaceutiques à l’affûtique
    Ce diagnostic inventé a comme conséquence la plus fréquente l’administration de Ritaline [un psycho-stimulant], qui est une drogue provoquant une accoutumance. L’association Hypersupers TDA/H France, qui se veut « une interface entre les patients, les familles et les différentes institutions médicales et scolaires », est subventionnée par quatre laboratoires pharmaceutiques. Une de ses récentes manifestations a été parrainée par Emmanuel Macron et Mme Buzyn, ministre de la santé, au mépris de l’extrême réserve sur ce diagnostic d’experts internationaux reconnus.
    Lire aussi : Stanislas Dehaene, des neurosciences aux sciences de l’éducation

    Ce serait une facilité de dire que ce dévoiement des neurosciences bénéficiera aux laboratoires pharmaceutiques (six millions d’enfants sont sous Ritaline aux USA). Car le passage en force du 10 janvier, date de la première réunion du conseil scientifique, répond à un devenir plus subtil de notre société.
    Si vous avez des enfants d’âge scolaire, et si leurs enseignants répondent déjà aux directives qui leur sont recommandées, vous comprendrez quelles souffrances supplémentaires cela leur inflige. Des méthodes éducatives pénibles ont presque toujours été infligées aux enfants, au nom de la morale ou de la religion. Mais c’est la première fois que cela se fait au nom d’une « science » – de plus dévoyée. Ce révélateur d’une volonté ségrégative est encore plus brutal que dans le passé, puisqu’il s’appliquera au nom de neurones, de gènes, d’hormones, qui n’en feraient qu’à leur tête. C’est une dépersonnalisation jamais vue.
    Ce choix est politique : il sélectionne à l’avance son marché de l’emploi. Il n’est pas fait pour aider, mais pour cautionner. Et plus profondément, il semble bien révéler l’esprit d’une époque qui a perdu espoir en son humanité.

    #neurosciences #cerveau #cognitivisme #école


  • Un curieux dialogue
    https://collectiflieuxcommuns.fr/896-un-curieux-dialogue

    Extrait du chapitre 4, « Islam, Europe et Laïcité. Éléments de réalité » du livre de D. Sibony « Islam, phobie, culpabilité », Odile Jacob 2013, pp. 123-128. On lira ici une recension du livre. Dialogue entre un auteur musulman, notamment de programmes télé, et un érudit non musulman, lors d’une soirée-débat, non médiatisée, mais avec un large auditoire. La scène pourrait bien s’intituler : « Lisez la suite. » L’auteur musulman : Il n’y a aucune contradiction entre islam et laïcité. D’ailleurs, ce terme est (...)

    Le relativisme

    / Sibony D. , Psychiatrie , Islam , Livre , Guerre , Religion , Totalitarisme , (...)

    #Le_relativisme
    #Sibony_D.
    #Psychiatrie
    #Islam
    #Livre
    #Guerre
    #Religion
    #Totalitarisme
    #Relativisme


  • Contre le recensement La police, ce n’est pas ce que vous croyez
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/contre_le_recensement.pdf

    L’agent recenseur a laissé une fiche à remplir. Nombre de personnes du foyer, profession, revenus, surface du domicile, etc. Par habitude, par lassitude, par devoir, vous êtes anonymement rentré dans les statistiques.
Dans ce texte, vous croiserez Charlemagne et le neveu de Napoléon ; vous verrez passer le nuage de Tchernobyl et le #pass_Navigo, des militaires et des anarchistes, des avocats et des harkis ; l’informatique fera des progrès fulgurants et on cherchera un instant une chèvre.

    En France, l’identification rationnelle des individus et des populations débute au XVIe siècle. Si l’objet de la police (du latin policia, « l’organisation rationnelle de l’ordre public ») est la surveillance des individus et le contrôle de leur identité, l’objet de la statistique (originellement : « la science de l’État », de status ) est la surveillance des populations et le contrôle de leurs conditions de vie. Deux manières complémentaires d’assurer l’ordre public. On traitera ici de la statistique et du recensement, nos griefs envers les papiers d’identité et les fichiers ayant été exposés dans un texte précédent*.

    1. Le recensement sert d’abord à faire la guerre
    Avant 1539, l’imprécision du savoir étatique sur la population nuit à la levée de l’impôt et à la solde de l’armée royale. Dépendant de ses vassaux pour réunir ses troupes, le Roi cherche à améliorer la perception de l’impôt. Pour cela, il lui faut connaître ses sujets, en commençant par les compter. Mais la possibilité même de dénombrer tête par tête tous les individus du royaume reste alors à démontrer. Charlemagne ou Saint-Louis se sont bien livrés à des « inventaires des sujets du royaume », mais on y comptait plus les feux, ou foyers fiscaux, que les individus. L’édit de Villers-Cotterêt, en 1539, marque un tournant, quand François 1er oblige chaque paroisse à tenir des registres d’état civil. Ces registres sont complétés par les dénombrements de population à l’époque où Vauban publie, en 1686, sa Méthode générale et facile pour faire des dénombrements des peuples. Pourquoi compter les individus, si l’impôt est assuré en comptant les feux ? C’est que pour faire la guerre, il faut certes de l’argent, mais aussi des soldats et une bonne connaissance du territoire et de ses ressources.

    Trois siècles s’écoulent, pendant lesquels nous oublions les racines militaires du recensement. L’exemple algérien va nous rafraichir la mémoire. En 1955, un an après le début de la guerre, le gouverneur général Jacques Soustelle créé les sections administratives spécialisées (SAS), majoritairement composées de musulmans pour être « au contact de la population ». Main gauche, les SAS mènent de nombreuses actions sociales, économiques, sanitaires, éducatives, et acquièrent bientôt une vraie légitimité auprès de la population. Main droite, elles couplent fichage, délivrance de cartes d’identité, numérotation des maisons, quadrillage militaire de la ville et recensement (hommes, bétail, lieux de stockage). Ou est passé votre fils ? Et votre troisième chèvre ? L’identification des maquisards et de leurs réseaux va bon train.

    Main gauche comme main droite, le recensement est au coeur de l’action étatique. Lors des guerres coloniales comme dans les États de droits en temps de paix. Par exemple en Inde, en avril 2010. L’objectif est une « radioscopie géante de la population » : compter le milliard d’habitants du pays. « Nom, date de naissance, empreintes digitales, photographie : chaque Indien agé de plus de 15 ans recevra ensuite une carte à puce électronique contenant ces informations, ainsi qu’un numéro d’identité unique » (Le Monde, 3 avril 2010). Trois techniques (recenser, enregistrer, mettre en carte), dans un but : faire l’inventaire des sujets de l’État. Le recensement sert à faire la guerre mais aussi à faire la police, précisément à administrer les sujets.

    2. L’inventaire des sujets de l’Etat
    On ne traitera pas ici des dénombrements de population menés à partir du VIème siècle avant notre ère dans l’Empire romain, ni de ceux d’Egypte, de Chine ou de Sumer. Imparfaits et grossiers, ces recensements ne répondent pas à l’exigence systématique et rationnelle qui se met en place en France à partir du XVIème siècle. Là, sous l’influence des administrateurs (Colbert ou Vauban), on comprend que le dénombrement des individus, des biens industriels et des biens de consommation est indispensable à l’État moderne, celui qui gouverne activement au lieu de régner passivement. L’« économie politique » a le vent en poupe ; le terme de « statistique » apparaît en 1771 pour désigner la mesure des forces de l’État, « la science de l’État », avant de prendre son sens actuel. Necker créé en 1784 le premier bureau de statistique français. Lucien Bonaparte et Jean-Antoine Chaptal organisent en 1801 le premier recensement fiable de la population du pays. Les efforts de rationalisation de Colbert et Vauban ont porté.
    
Savoir, c’est pouvoir. Gouverner c’est prévoir, donc dénombrer, mesurer, quantifier, répertorier, planifier. C’est à cette entreprise de connaissance rationnalisée et donc de pouvoir, que se livre depuis l’administration. Entreprise illimitée, puisque la quantité de données du recensement ainsi que leur traitement s’améliorent constamment : par cartons perforées en 1896, par bande magnétique en 1962, par ordinateur dans les années 1970. Dès lors, cette connaissance étant illimitée, pourquoi le pouvoir qu’elle engendre serait, lui, limité ?

    3. La statistique est une technologie
    Au sens actuel, la statistique c’est « l’ensemble des méthodes mathématiques qui, à partir du recueil et de l’analyse de données réelles, permettent l’élaboration de modèles probabilistes autorisant les prévisions ». Cette technologie a plusieurs applications : optimiser le nombre de crèches comme identifier et éliminer les maquisards en distribuant des cartes d’identité. La technologie n’est pas séparable de ses applications. Et ce ne sont pas ses applications mais la technologie statistique qui contient ce rapport d’instrumentation au monde, ce rapport technico-rationnel, ce traitement des individus comme des numéros, comme du bétail, comme des objets de l’État. Ce n’est pas l’exploitation des données qui serait bonne ou mauvaise, mais la collecte de données qui induit par elle-même la gestion des populations et la réification des individus.

    La liaison entre social et répression est exemplaire dans le cas des SAS algériens, qui se devaient de bien connaître la population en vue de la conduite de la guerre. Une guerre entre l’État français et le FLN, avec comme champ de bataille la population (dont il fallait « gagner les coeurs et les esprits »). L’objet de la technologie statistique est le maintien de l’ordre par la pacification. On pourrait alors se réjouir de ses usages positifs (comme on pouvait se réjouir des SAS entraînant les gamins à jouer au football), et déplorer ses usages négatifs (comme on condamnait la répression des maquisards algériens par les mêmes SAS). Mais ces deux applications sont inséparables. Elles partagent les mêmes techniques (identification des personnes et des populations, papiers d’identité, registres d’état civil et recensement) et participent d’une même logique de dépossession, de sujetion des individus à l’État. Sans identification pas de statistiques, et pas plus d’État social, que d’État pénal. S’il se trouve chez les statisticiens des personnes sincères (qui veulent améliorer la vie des gens) ou naïves (votre agent recenseur n’est pas à priori un nazi en puissance), qu’elles sachent que leurs idées généreuses ne valent guère, quand elles sont au service de la cynique raison d’État.

    4. La technologie est un instrument politique
    Mais Colbert et Vauban ont vu juste : leur technologie gestionnaire correspondait aux besoins des prémisses de la Révolution industrielle, à l’imposition de la discipline de fabrique. Trois siècles de développement capitaliste plus tard, en Occident l’administration est partout, en partie suite aux luttes sociales qui ont imposé l’État- Providence et l’accès de tous au confort technique. La population, de plus en plus urbaine, dépend largement du système technicien pour sa nourriture comme pour son énergie ou ses communications. Mondialisation oblige, l’interdépendance entre territoires est telle que les prévisions - démographiques, économiques, policières, militaires - se doivent d’être optimales pour éviter désagréments, accidents et catastrophes. Le système industriel imposant de gérer les humains comme du bétail, l’État semble être la seule manière de faire société. Aussi le recensement est-il obligatoire sous peine d’amende : c’est un filet politique qui nous saisit tous. Comme pour le nuage de Tchernobyl, il ne suffit pas d’aller « vivre en Ardèche » pour y échapper.

    S’insoumettre à cette chosification n’est pas compatible avec une amélioration des outils du système technicien. Il est absurde de réclamer la prise en compte statistique de « l’appartenance ethnique » au titre de la lutte contre les discriminations, ou « l’anonymisation des données » au nom des libertés individuelles (recensement de l’Insee ou pass Navigo de la Ratp). Cela revient à dire « oui » au cheptel humain, à la condition que les bêtes soient anonymisées et non discriminées. À ceux qui portent ces revendications, comme aux auto-gestionnaires prônant une planification des besoins et des demandes dans une société post-capitaliste, il faut rappeler que le problème n’est pas dans la constitution de fichiers nominatifs, dans leur contrôle ou leur amélioration, mais dans la collecte même de données sur la vie des populations, dans ce rapport politique de gestion. Il y a problème lorsque l’administration nous traite en objet collectif et non pas seulement lorsqu’elle nous fiche individuellement.

    Quand l’État gère le cheptel humain et les flux de marchandises (avec des données anonymisées), quand l’ordinateur de l’administration optimise notre consommation nucléaire et la production de marchandises (sans constitution de fichiers nominatifs), quand notre ration de nourriture et de bonheur est administrée par le délégué (mandaté par l’Assemblée Générale), que reste-t-il à la liberté humaine ?

    5. Saboter le recensement
    Contre cette logique de gestion et de chosification, il faut boycotter l’identification individuelle et collective. Quand des syndicalistes refusent le fichage génétique de la police, ils refusent d’être considérés comme des coupables en puissance. Et si vous refusez d’être traités comme du bétail, il vous faut boycotter le recensement. Refuser de répondre, enlever les affichettes de propagande, faire connaître votre refus de cette opération de police. Le recensement est obligatoire, selon la loi n° 51-711 du 7 juin 1951. Ne pas y répondre nous expose à une amende de 38 € (Code pénal, art. 131-13, 1°). Mais il est possible d’affirmer n’avoir pas reçu le papier ou l’avoir renvoyé directement à l’Insee. L’agent recenseur peut toujours renseigner, en se renseignant auprès du voisinage, une « fiche de logement non enquêté » indiquant le nombre de personnes occupant le logement. Mentir est plus risqué : jusqu’à 150 € d’amende. On préférera donc s’abstenir.

    Il ne s’agit pas simplement d’actes individuels, pour la beauté du geste. S’insoumettre au recensement, c’est saper la base matérielle de l’emprise étatique sur nos vies. Peut-être est-ce la hantise de nos dirigeants, le recensement ne relevant pas d’un désir particulier des citoyens. Le ministère de l’intérieur indiquait ainsi en 2006 : « Les campagnes de communication accompagnant les collectes visent à convaincre chaque citoyen du caractère indispensable de sa participation au recensement, contribuant ainsi à la faiblesse du taux de refus » (Journal Officiel du 21/02/2006). Sans propagande, quid de la participation au recensement ? Et sans recensement, quid de l’emprise étatique ?

    Mais sommes-nous bien sûrs de vouloir détruire la quiétude de l’ordre étatique ? Sa police comme ses allocations logement, ses militaires comme ses assistantes sociales ? Ne serait-ce pas assez, ne serait-ce pas plus sûr, plus juste, plus raisonnable, de s’en tenir au combat des excès, fichages abusifs et mauvaise gestion, sans attaquer son principe pastoral ?

    Quand les moutons refusent d’être traités comme tels, tout peut arriver.

    Les statistiques, n’y entrez pas. Boycott du recensement. Abolition des collectes de données.
    Mouvement pour l’abolition de la carte d’identité (MACI), mars 2012

    Bibliographie :
    Christèle Noulet, « ’’Entre le pire et le mieux’’ : les fiches du recensement (Algérie, 1959-1960) », dans Collectif Fichés ? Photographie et identification 1850-1960, Perrin, Archives Nationales, 2011.
Noara Omouri, ’’Les sections administratives spécialisées et les sciences sociales’’ dans Collectif, Militaires et guérilla dans la guerre d’Algérie, Complexes, 2001.
    Sections administratives spécialisées : enseignements pour aujourd’hui, sur Indymédia Paris, 2011. Histoire du recensement de la population en France, sur Wikipédia.
    Georges Bernanos, La France contre les robots, Plon, [1944] 1999.
Vincent Denis, Une histoire de l’identité, France 1715-1815, Champ Vallon, 2008.
*MACI, Pour l’abolition de la carte d’identité, [2007, sur piecesetmaindoeuvre.com], Le monde à l’envers, 2011. Pierre Piazza, Histoire de la carte nationale d’identité, Odile Jacob, 2004.
Pierre Piazza et Ilsen About, Histoire de l’identification des personnes, 2010.
Pièces & Main d’Oeuvre, Terreur et possession, L’Échappée, 2008.
Pièces & Main d’Oeuvre, Le téléphone portable, gadget de destruction massive, L’Échappée, 2008.
Pièces & Main d’Oeuvre et Frédéric Gaillard, L’industrie de la contrainte, L’Échappée, 2011.
Mathieu Rigouste, L’ennemi intérieur, La Découverte, 2009.
John Torpey, L’invention du passeport, Belin, 2005.

    #cheptel_humain #recensement #Histoire #France #Algérie #Inde #ressources #police #état_civil #propagande #ordre_étatique #raison_d_État #chosification #moutons


  • M. Picq fait de la prospective
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=967

    Parution du Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme, début septembre 2017. Voir ici

    Au cas, toujours possible, où vous auriez eu envie de lire le dernier livre de Pascal Picq (Qui va prendre le pouvoir ? Les grands singes, les hommes politiques ou les robots. Odile Jacob, 2017), laissez tomber, on l’a fait pour vous, et franchement, ce qu’on a fait là, aucune bête ne l’aurait fait. Mais bien sûr, vous n’êtes pas obligé de vous fier à notre recension et vous pouvez juger par vous-mêmes (330 p et 22€90, tout de même. On vous aura prévenus). Ethologue et paléoanthropologue, maître de conférences au Collège de France, Pascal Picq fait partie de ces vieux mâles plastronnant dans leur territoire académique, tel Michel Serre, Axel Kahn & Jean-Didier Vincent, que leur expertise réelle ou (...)

    #Nécrotechnologies
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/m._picq_fait_de_la_prospective.pdf


  • Sur une possible escalade géopolitique
    https://collectiflieuxcommuns.fr/897-sur-une-possible-escalade-geopolitique

    Texte extrait du livre de Samuel Huntington « Le choc des civilisations », 1996, (Odile Jacob 2000), pp. 471-478. Le titre est de nous. Il y a une vingtaine d’années paraissaient les thèses de Samuel Huntington sur « le choc des civilisations » . Les réactions indignées et hystériques qui avaient alors déferlées formèrent rapidement un véritable bouclier idéologique qui cachait une réalité bien peu reluisante : l’écrasante majorité des détracteurs de S. Huntington ne l’avaient tout simplement pas lu, comme (...)

    Dynamiques Géopolitiques

    / Huntington S. , Géopolitique , Prospective , Livre , Anéantissement / Génocide , (...)

    #Dynamiques_Géopolitiques
    #Huntington_S.
    #Géopolitique
    #Prospective
    #Livre
    #Anéantissement_/_Génocide
    #Guerre


  • Jean-Michel Blanquer. Une politique scolaire et de droite et de droite
    https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article260

    Toute une partie du discours de Blanquer vise à caresser dans le sens du poil les tenants de l’approche conservatrice. Par exemple la distribution aux élèves des Fables de La Fontaine (auteur injustement instrumentalisé par les tenants du retour en arrière en matière éducative) est saluée à droite. Alain Finkielkraut (inlassable contempteur de la pédagogie) apporte son soutien au ministre et à son directeur de cabinet qui veut « restaurer les grands textes patrimoniaux dès le plus jeune âge » (L’Obs du 24/08/2017). Au demeurant, il faut rappeler qu’après la publication, en 2016, de son livre « L’école de demain » (Odile Jacob), Blanquer était présenté par les médias comme le probable ministre de l’Eduction Nationale de François Fillon. A la veille de sa désignation au ministère, Blanquer accorde un entretien au très conservateur site SOS-Education, proche notamment de la manif pour tous. L’article sera précipitamment retiré du site par l’association éditrice qui ne veut pas « causer du tort au ministre » mais se réjouit bruyamment de sa nomination. Le Figaro, pour sa part, rappelle, en s’en réjouissant, que lorsqu’il était recteur de l’académie de Créteil, Blanquer faisait chanter la Marseillaise aux écoliers et organisait des stages de « tenue de classe » pour les professeurs (Le Figaro, 17/05/2017). Et Blanquer vient de relancer le projet d’apprendre la Marseillaise à tous les écoliers. Il veut aussi développer à nouveau les internats d’excellence et favoriser un recours plus large au redoublement. Après sa prise de fonction, le ministre donne une interview au Monde (un journal plus convenable que SOS éducation) dans laquelle il dénonce le clivage gauche-droite « qui a fait plus de mal que de bien à l’éducation ». Plus de clivage donc, du « pragmatisme ». Parmi les éléments de langage qui réjouissent les conservateurs, il y a la dénonciation par Blanquer de l’égalitarisme. Le titre de son entretien à l’Obs (24/08/2017) est d’ailleurs le suivant : « Le discours égalitariste est destructeur ». Bref Blanquer c’est « la droite complexée » (ou qui avance masquée).


  • L’oubli, mécanisme clé de la mémoire

    http://www.lemonde.fr/sciences/article/2017/08/21/l-oubli-mecanisme-cle-de-la-memoire_5174858_1650684.html

    C’est parce que les détails de nos souvenirs s’effacent que nous pouvons agir, nous adapter au quotidien, acquérir de nouvelles connaissances. Immersion dans les mécanismes de l’oubli qui, lorsqu’il se fait massif, peut être le symptôme d’une maladie ou d’une lésion cérébrale.

    « Dans sa chute, il avait perdu ­connaissance ; quand il était ­revenu à lui, le présent ainsi que les souvenirs les plus anciens et les plus banaux étaient devenus intolérables à force de richesse et de netteté. Il s’aperçut peu après qu’il était infirme. (…) Sa perception et sa mémoire étaient maintenant infaillibles. »

    Cette fiction de Jorge Luis Borges (1899-1986), Funes ou la ­mémoire (1942), est inspirée d’une histoire vraie : celle d’un patient, « S. », suivi par le psychologue russe Alexandre Luria (1902-1977). Funes ou l’impossible oubli. Peut-être ­enviez-vous ce jeune homme pour sa capacité quasi illimitée de stockage et de rappel de ses souvenirs ? Eh bien, vous avez tort. Le cadeau était empoisonné.

    Nous devrions bénir nos facultés d’oubli. Car une « bonne mémoire » doit certes nous permettre de retenir durablement l’essentiel de nos savoirs et de nos expériences. Mais elle doit aussi, et c’est primordial, parvenir à effacer ­l’accessoire, le superflu. Les Grecs anciens, déjà, l’avaient pressenti. Mnémosyne, déesse de la mémoire, n’a-t-elle pas enfanté les Muses, « qui procurent l’oubli des maux et la fin des douleurs », selon Hésiode dans La Théogonie ?

    « En dehors du contexte très particulier des maladies de la mémoire, les deux termes “mémoire”et “oubli” sont loin de représenter deux fonctions ­antagonistes. Ils répondent aux mêmes objectifs, car l’oubli est indispensable au bon fonctionnement de la mémoire », résume Francis Eustache, neuropsychologue, directeur d’une unité Inserm (université de Caen-Normandie) et directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études (EPHE), dans Mémoire et oubli (Le Pommier, 2014).

    « La condition même de l’action »

    Cet oubli « positif » rend notre mémoire performante, nous permet de forger des ­concepts et d’adapter nos comportements aux situations nouvelles. Bref, il nous rend plus intelligents !

    A première vue, c’est paradoxal. Pourtant, plusieurs philosophes et psychologues en ont eu l’intuition. « L’oubli, sauf dans certains cas, n’est pas une maladie de la mémoire, mais une condition de sa santé et de sa vie », écrivait Théodule Ribot, un des pères de la psychologie, dans Les Maladies de la mémoire (1882).

    « Pour Henri ­Bergson, l’oubli est la condition même de l’action. Son filtre ne laisse passer que les souvenirs utiles à l’action présente », notent le neurologue Antoine Lejeune et le psychiatre Michel Delage dans La Mémoire sans souvenir (Odile Jacob, 336 p., 25,90 euros).

    Publié dans Neuron le 21 juin, un article en ­offre une éclatante démonstration : il récapitule les données accumulées depuis près de cent cinquante ans. « Il est capital que le cerveau oublie les détails sans importance pour se focaliser sur ce qui compte vraiment dans nos prises de décision quotidiennes », résument Blake Richards et Paul Frankland, coauteurs, de l’université de ­Toronto (Canada).

    Ces chercheurs rendent d’abord hommage aux patients souffrant de divers troubles de la ­ mémoire, qui ont inspiré nombre de découvertes. Il y a, d’abord, ceux qui n’oublient pas. Dont le fameux « S. » : Solomon Cherechevski de son vrai nom.

    « C’était probablement un synesthète [un individu capable d’associer différents sens, par exemple un son à une couleur] et il utilisait spontanément la méthode des lieux [qui apparie les connaissances à retenir à des lieux bien ­connus] », précise le professeur Robert Jaffard, du Centre national de la recherche scientifique, à l’université de Bordeaux.

    Les ravages d’une mémoire insatiable

    Destin funeste, en vérité, que celui de ce Funes, alias « S. ». Voici ce qu’en dit Borges : « Non seulement il lui était difficile de comprendre que le symbole générique chien embrassât tant d’individus dissemblables et de formes diverses ; cela le gênait que le chien de trois heures quatorze (vu de profil) eût le même nom que le chien de trois ­heures un quart (vu de face). (…) Il avait appris sans effort l’anglais, le français, le portugais, le ­latin. Je soupçonne cependant qu’il n’était pas très capable de penser. Penser, c’est oublier des différences, c’est généraliser, abstraire. »

    La nouvelle illustre bien les ravages d’une mémoire ­insatiable, absorbant et retenant tout – monstrueuse et paralysante. « Les cas d’hypermnésie sont rarissimes et très ­intrigants. Ce sont sans doute des troubles neuro-développementaux. Personnellement, je n’en ai ­jamais rencontré », ­témoigne Francis Eustache.

    En 2006, le neurologue James McGauch, de l’université de Californie, a décrit le cas d’une jeune femme, Jill Price, qui considérait sa ­mémoire autobiographique exceptionnelle comme « un fardeau ». Une dizaine de cas similaires ont été rapportés.

    Paradoxalement, ces as de la mémoire autobiographique ont des performances médiocres dans des tests de mémoire. Ils se distinguent des champions de la mémoire, ces « mnémonistes » capables de retenir, à la suite d’un entraînement ­intense, une masse d’informations impersonnelles : par exemple, des dizaines de milliers de décimales de Pi. Certains, comme Raymond dans Rain Man, sont des « savants autistes ». Sur le plan neurobiologique, ces hypermnésies sont des mystères.

    Retombées pédagogiques

    Bien plus nombreux sont les patients qui oublient trop. Ainsi K. C., décédé en 2014, était ­ devenu amnésique à la suite d’un accident de vélomoteur à l’âge de 30 ans. Il pouvait évoquer des connaissances antérieures, y compris sur sa propre vie [« mémoire sémantique »], mais pas accéder à ses souvenirs personnels [« mémoire épisodique »]. « Ce patient a permis de faire la distinction entre ces deux formes de mémoire », note Francis Eustache. Plus étonnant encore : alors qu’il ne formait plus aucun souvenir personnel, K. C. pouvait apprendre de nouveaux concepts.

    Ce type d’études a des retombées pédagogiques. Les rééducateurs le savent : les amnésiques doivent éviter de faire des erreurs lors de l’apprentissage d’une procédure. « Si un amnésique fait une erreur, il va généralement la mémoriser et la reproduire », relève Francis Eustache.

    Autres cas étonnants : les enfants qui naissent avec des lésions de l’hippocampe. Alors qu’ils forment très peu de souvenirs, ils acquièrent le langage et engrangent des connaissances, comme n’importe quel autre enfant. Mais, de ­retour de l’école, ils sont incapables de raconter des anecdotes de leur journée. Cela conforte « l’hypothèse que des connaissances peuvent être formées sans accéder au statut de souvenir », une idée à contre-courant des dogmes passés.

    Les tours et détours du duo « mémoire-oubli » sont ainsi innombrables. « De récentes recherches ont montré que les mécanismes neuronaux à l’origine de l’effacement des souvenirs sont distincts de ceux qui en assurent le stockage », écrit Paul Frankland dans Neuron.

    Prenons d’abord le stockage. Comment se forme un souvenir dans le cerveau ? « C’est grâce à la mise en réseaux des neurones qui ont été activés, ensemble, par les données à mémoriser ou par un apprentissage, explique Robert ­Jaffard. Mais le premier encodage du souvenir est instable. Pour laisser une trace mnésique, ces ­réseaux doivent être consolidés. »

    Mécanismes d’effacement

    Cette consolidation peut résulter de la relecture d’une leçon, par exemple. Elle est liée au renforcement durable des ­connexions, ou « synapses », entre les neurones de ces réseaux. Une partie d’entre eux se trouve dans l’hippocampe, zone impliquée dans la formation de la mémoire.

    Quant aux mécanismes d’effacement, ils sont de deux types. Le premier est logique : il tient en l’affaiblissement des synapses, dans les réseaux de neurones qui matérialisent les traces mnésiques. Le processus est connu : c’est la « dépression synaptique à long terme (LTD) ». Quand un neurone A ne parvient pas à exciter un neurone B, alors la connexion – la synapse – entre A et B perd de son efficacité. D’où un déclin passif, quand le souvenir n’est pas consolidé.

    Le second mécanisme est contre-intuitif : il vient de la ­formation de nouveaux neurones, à partir de cellules souches du cerveau. Une découverte réalisée par Paul Frankland en 2013. En fait, précise Robert Jaffard, la formation de nouveaux neurones entraîne des effets opposés selon le moment où elle se produit. « Lors de l’encodage d’un souvenir, elle facilite grandement sa mémorisation. » Mais après, c’est le contraire : « Après un apprentissage, quand on provoque artificiellement la formation de nouveaux neurones, on entraîne son oubli. »

    Un troublant parallèle

    Pourquoi ? Parce que ces nouveaux neurones s’intègrent dans le circuit de l’hippocampe où la trace mnésique est stockée. Ils créent alors des interférences, polluant et affaiblissant ce ­ circuit. « Ce processus expliquerait pourquoi les enfants, qui forment beaucoup de nouveaux neurones, oublient si facilement », soulignent les auteurs dans Neuron.

    On peut s’étonner que le cerveau consacre tant d’énergie à créer des neurones aux seules fins d’affaiblir des souvenirs. C’est que l’enjeu est ­vital. Le texte publié dans Neuron le confirme par l’étude des réseaux de neurones artificiels.

    Troublant parallèle, en vérité : en intelligence ­artificielle aussi, l’oubli peut être une vertu ! Ainsi, dans « l’apprentissage machine », des algorithmes apprennent à des ordinateurs à effectuer une ­tâche – un classement, par exemple – à partir d’une série d’expériences, puis à améliorer leurs performances sur de nouvelles expériences.

    « L’objectif de l’apprentissage machine n’est pas de stocker toutes les données – ce qui se révèle impossible dans le cas des big data – pour s’en “souvenir”, mais d’en retenir quelque chose d’essentiel réutilisable dans des contextes différents de ceux qu’on a ­appris »,écrit Jean-Gabriel Ganascia, professeur à l’université Pierre-et-Marie-Curie (UPMC, Paris), dans Mémoire et oubli. Lorsque l’ordinateur ­apprend trop de détails, ce « sur-apprentissage » est contre-productif.

    De l’importance du sommeil

    Revenons à l’humain. « Une fois le souvenir ­encodé, sa trace mnésique va migrer de l’hippocampe vers le cortex, dit Robert Jaffard. Cette ­migration s’accompagne d’une forme d’oubli : les informations stockées dans le cortex sont moins précises, plus schématiques », indépendantes du contexte. C’est le processus de « sémantisation ». L’oubli nous aide ainsi à généraliser, à conceptualiser.

    Ainsi une bonne mémoire est une mémoire qui hiérarchise et sélectionne. « Le sommeil lent joue un rôle-clé dans cette sélection. Il permet le tri entre ce qui sera archivé et ce qui sera effacé », rappelle Robert Jaffard. Mais il est aussi propice à la consolidation des savoirs acquis durant la journée.

    « Pendant le sommeil lent et paradoxal, le cerveau rejoue les activités neuronales correspondant au souvenir, ce qui le renforce. Cela a été montré chez le rongeur avec les “cellules de lieux”, ces neurones qui codent la carte de l’environnement spatial. Quand l’animal dort, ces cellules ­rejouent le trajet qu’il a suivi durant la journée », ­explique Serge Laroche, du CNRS (Institut des neurosciences Paris-Saclay).

    Une étude française, publiée le 8 août dans ­Nature Communications, révèle que le sommeil fait mieux : nous pouvons aussi apprendre de nouvelles choses en dormant.

    En exposant des volontaires humains à des stimuli sonores répétés, des chercheurs du CNRS à Paris (ENS/EHESS), avec le Centre du sommeil de l’Hôtel-Dieu (AP-HP), montrent que le cerveau parvient à ­apprendre des sons pendant le sommeil paradoxal et le sommeil lent léger. Au réveil, les sujets testés reconnaissent les bruits qu’ils ont entendus durant ces deux phases. « On peut donc utiliser les siestes courtes du début de l’après-midi, riches en sommeil lent léger, pour favoriser l’apprentissage », noteThomas Andrillon, coauteur. Mais l’étude montre aussi que ces mêmes sons peuvent être oubliés durant le sommeil lent profond.

    Jaillit alors le souvenir

    L’oubli dépend de trois filtres, qui opèrent ­durant l’encodage, la consolidation ou le rappel du souvenir. « On peut penser qu’on oublie bien moins qu’on ne le croit. Une partie de l’oubli serait un déficit du rappel des détails, dont la trace pourrait rester présente dans le cerveau. Il faut alors trouver les éléments contextuels permettant de les réactiver », précise Serge Laroche.

    C’est là qu’entre en jeu une autre mémoire, plus souterraine, qui opère à notre insu. « Face à une mémoire explicite [consciente] toujours fragile, laborieuse, coûteuse en énergie, la mémoire implicite [inconsciente], solide, robuste, s’impose souvent », expliquent Antoine Lejeune et Michel ­Delage dans La Mémoire sans souvenir.

    Très liée aux émotions et aux perceptions, cette mémoire implicite peut bloquer ou au contraire ouvrir l’accès à certains éléments de notre passé. Elle est « d’abord la mémoire oubliée des premières ­empreintes de la vie. »

    « Une information du monde intérieur [le vécu, l’humeur, le plaisir ou la souffrance] rencontre une information du monde extérieur [l’autre, le paysage, une chanson…]. » Jaillit alors le souvenir, rassemblant les fragments épars des éléments du passé. « Le contrôle est un tout petit élément de la mémoire ! », souligne Francis Eustache.

    « Il existe de nombreux “faux oublis” : les souvenirs que l’on croit oubliés ressurgissent, à notre insu, dans le présent », notent Antoine Lejeune et Michel Delage. C’est Proust, bien sûr, et sa madeleine qui ressuscite le souvenir des dimanches de Combray…

    Distorsions

    Tout souvenir, cependant, est une ­reconstruction. Lors de sa consolidation, la mémoire est malléable, plus labile et fragile. Elle peut alors mêler, amalgamer des éléments nouveaux. Et ces « interférences » brouillent le souvenir originel. D’où les distorsions de notre mémoire.

    Prenons par exemple les enfants d’une même fratrie. Adultes, « ils confrontent leurs souvenirs et s’aperçoivent rapidement, avec inquiétude, humour ou agressivité, que le même événement familial fait l’objet de descriptions différentes », poursuivent nos deux auteurs.

    C’est que chacun ayant vécu le même événement, en stocke et en remodèle le souvenir selon ses humeurs du ­moment, ses connaissances nouvelles, son évolution, son système de valeurs… Au fil du temps, « le soi n’a plus les mêmes centres d’intérêt ni les mêmes projets ».

    D’où un aperçu vertigineux sur ce qui fait notre identité : « D’un certain côté, notre identité est ­extrêmement stable tout au long de notre vie : c’est la notion de “mêmeté” chère au philosophe Paul Ricœur [1913-2005]. Et ce, même chez des personnes atteintes de maladie d’Alzheimer. Dans le même temps, toute une partie de notre identité est beaucoup plus changeante – c’est la notion d’“ipséité”. Etonnamment encore, même de grands amnésiques conservent cette capacité à changer »,analyse Francis Eustache.

    La révolution de l’optogénétique

    Mais une question nous taraude tous, à mesure que nous vieillissons : comment distinguer « l’oubli positif », vertueux, de l’oubli pathologique ? C’est le travail des neuropsychologues, dès qu’un patient franchit leur porte. Sa plainte mnésique est-elle bénigne ? Due à une dépression ? Un trouble de l’attention ? Un Alzheimer débutant ? Des tests cognitifs, complétés si besoin par une imagerie cérébrale, conduiront au diagnostic.

    Si notre mémoire est une reconstruction, une synthèse changeante sur le monde et nous-mêmes, elle peut aussi être manipulée. Chez l’homme, on peut induire de faux souvenirs. Mais c’est surtout chez le rongeur qu’une retentissante série d’expériences, depuis 2012, a montré à quel point on peut renforcer ou supprimer des souvenirs, voire en créer de faux.

    Ces expériences font appel à l’optogénétique, cette alliance révolutionnaire de génie génétique et d’optique. La technique permet d’activer ou d’inhiber à volonté des catégories bien identifiées de neurones.

    Dans ces manipulations, le principe est toujours le même. On repère d’abord les neurones activés par un apprentissage. Puis on fait ­fabriquer à ces seuls neurones, par manipulation génétique, des canaux ioniques sensibles à une lumière bleue ou jaune. Ensuite, en appliquant cette lumière bleue ou jaune sur le cerveau des rongeurs, on active ou inhibe, selon les cas, ces cellules chez l’animal vivant. C’est ainsi que le prix Nobel (1987) Susumu Tonegawa, à l’Institut Riken ­(Tokyo) et au MIT (Cambridge), est parvenu à ­modifier, par optogénétique, des souvenirs stockés dans l’hippocampe de rongeurs.

    Un espoir balbutiant contre la maladie d’Alzheimer

    Dans un premier temps, son équipe a placé des souris dans un « contexte A ». Puis, les chercheurs ont mis ces rongeurs dans un ­« contexte B », en leur administrant systématiquement un petit choc électrique. En même temps, ils repéraient les neurones activés dans ce « contexte B ». Lorsqu’ils réactivaient ensuite, par optogénétique, ces mêmes neurones dans un autre contexte, la souris se comportait comme si elle était dans le « contexte B » : elle avait peur.

    Ensuite, les chercheurs ont apparié ce « contexte B » à un troisième « contexte C ». ­Résultat : ils sont parvenus à faire croire au rongeur que le « contexte C » était à redouter, alors que la souris n’avait jamais eu peur dans cette ­situation. Un vrai faux souvenir, donc.

    Poursuivant leur irrésistible avancée, ils se sont intéressés à des souris modèles d’Alzheimer. Résultat, publié en 2016 dans Nature : chez ces souris amnésiques, ils ont ressuscité un souvenir qui semblait perdu. Comment ? En réactivant, par optogénétique, le réseau de neurones qui avait été activé pendant un apprentissage – mais que l’on croyait non mémorisé. « C’est donc que malgré un hippocampe déficitaire, cette souris Alzheimer a pu former une trace mnésique », s’enthousiasme Robert Jaffard. Comment ? Probablement par des mécanismes cérébraux de compensation. Ce qui ouvre un espoir – balbutiant – face à cette maladie, même si l’optogénétique n’est pas un traitement envisageable.

    De nombreux labos s’intéressent maintenant à une autre forme d’oubli : le syndrome de stress post-traumatique (PTSD). Ce trouble associe à une hypermnésie des aspects émotionnels et sensoriels d’un traumatisme vécu, une amnésie de son contexte. Les sujets atteints sont envahis d’idées et d’images intrusives très handicapantes.

    Une équipe de l’université de Californie est parvenue à effacer, chez la souris, une mémoire de peur liée à un conditionnement – modèle imparfait de PTSD. Comment ? En affaiblissant, par ­optogénétique, les seules synapses du réseau de neurones qui permettent l’association entre un son et un choc électrique. Ces synapses se trouvent dans l’amygdale, une aire du cerveau très impliquée dans les émotions. Le résultat a été ­publié dans Neuron le 17 août.

    Les différentes formes de mémoire

    Episodique : c’est la « mémoire des souvenirs », la mémoire à long terme des événements que nous avons personnellement vécus, situés dans un contexte spatial et temporel précis. Elle n’apparaît que vers l’âge de 3 à 5 ans. Grâce à elle, nous prenons conscience de notre propre identité, avec un sentiment de continuité temporelle. Particulièrement fragile, elle dépend d’un réseau de neurones très distribué dans le cerveau. Elle s’appuie aussi sur la mémoire sémantique.

    Sémantique : c’est la « mémoire des connaissances », une mémoire à long terme des concepts, des mots, des savoirs généraux sur le monde et sur nous-mêmes. La plupart de nos souvenirs autobiographiques se transforment progressivement en connaissances générales : ils rejoignent la mémoire sémantique.

    Autobiographique : elle mêle notre mémoire épisodique à des éléments de notre mémoire sémantique [ceux qui concernent la connaissance sur nous-mêmes].

    Déclarative (explicite) : elle concerne le stockage et la récupération des données que nous pouvons faire émerger consciemment, puis exprimer par le langage.

    Procédurale : c’est la mémoire des savoir-faire et des habiletés motrices, verbales, cognitives, quand elles sont devenues automatiques [faire de la bicyclette sans y penser, par exemple]. Ce type de mémoire est relativement épargné dans les « maladies de la mémoire », comme Alzheimer.

    Implicite : c’est une mémoire inconsciente, très émotionnelle. Elle peut contrôler, à notre insu, le rappel de certains souvenirs : par exemple, en établissant un lien entre les affects du présent et ceux de la période d’acquisition du souvenir.

    Perceptive : elle s’appuie sur diverses modalités sensorielles (vue, ouïe…) pour, par exemple, reconnaître un parcours familier sans y prêter vraiment attention.

    De travail : c’est une mémoire à court terme. Elle nous offre un « espace de travail mental » qui nous permet de stocker et de manipuler des informations pendant une période de plusieurs secondes. Et, donc, de réaliser une tâche, raisonner, comprendre ce que nous lisons, suivre le fil d’un discours… Dans nos activités quotidiennes, elle est constamment sollicitée.


  • Les adultes surdoués – | Une sociologue chez le coiffeur
    https://systemececilia.wordpress.com/2013/11/02/les-adultes-surdoues-comparaison-des-ouvrages-sur-le-sujet

    Partie 1 : présentation des ouvrages et considérations scientifiques et sémantiques
    https://systemececilia.wordpress.com/2013/11/02/les-adultes-surdoues-comparaison-des-ouvrages-sur-le-sujet

    Partie 2 : caractéristiques des surdoué-e-s
    https://systemececilia.wordpress.com/2013/11/17/les-adultes-surdoues-comparaison-des-ouvrages-sur-le-sujet

    Partie 3 : quel ouvrage choisir ?
    https://systemececilia.wordpress.com/2013/11/17/les-adultes-surdoues-comparaison-des-ouvrages-sur-le-sujet

    Entre 2008 et 2012 sont parus au moins quatre ouvrages vulgarisateurs sur les « adultes surdoués »[1]. C’est un sujet qui m’intéresse, je me suis donc précipitée dessus lors de leur parution en librairie. Mais en bonne perfectionniste, j’étais ennuyée : comment en lire un sans les lire tous, de peur de manquer un élément important ? D’un autre côté, est-ce vraiment utile de lire ces quatre ouvrages pour comprendre ce dont il est question ? Pour éviter à quelqu’un d’autre cet effroyable dilemme, j’ai décidé d’établir une petite comparaison de ces quatre ouvrages, afin d’y voir plus clair :
    – Siaud-Facchin Jeanne, Trop intelligent pour être heureux ? – l’adulte surdoué, Odile Jacob, 2008 (1)
    – de Kermadec Monique, L’adulte surdoué – apprendre à faire simple quand on est compliqué, Albin Michel, 2011 (2)
    – Petitcollin Christel, Je pense trop – comment canaliser ce mental envahissant, Guy Trédaniel Editeur, 2012 (3)
    – Bost Cécile, Différence & souffrance de l’adulte surdoué, Vuibert pratique, 2011 (4)


  • Indigenous People of Siberia Photographed for ’The World in Faces’
    http://mymodernmet.com/alexander-khimunshin-indigenous-people-siberia

    For the past 9 years, photographer Alexander Khimushin has been traveling the world, visiting 84 different countries. Three years ago, inspired by the idea of documenting remote cultures that are slowly disappearing due to globalization, he began his The World in Faces project. Seeking out small, ethnic minority groups around the world, Khimushin shoots incredible portraits that both honor and immortalize their culture.

    #peuples_premiers

    • À propos des Sakha (Iakoutes) et leur expansion au détriment des Toungouses, Youkagirs, … je viens de lire ceci

      Vainqueurs ou vaincus ? | Éditions Odile Jacob
      https://www.odilejacob.fr/catalogue/sciences-humaines/anthropologie-ethnologie/vainqueurs-ou-vaincus-_9782738137913.php

      Pourquoi certaines sociétés s’effondrent-elles, alors que d’autres traversent les siècles ? Tel est le cas de la Iakoutie. Ce territoire de Sibérie orientale, entre le lac Baïkal et le détroit de Béring, est l’une des régions les plus hostiles de la planète, les températures pouvant descendre jusqu’à – 70 °C en hiver. Et pourtant, la population iakoute a résisté à tout : à la rudesse du climat, à l’arrivée du voisin russe, à la mondialisation et aux épidémies.

      Pour tenter de résoudre cette énigme, Éric Crubézy et Dariya Nikolaeva s’appuient à la fois sur l’archéologie, la génétique des populations et sur l’histoire. Ce livre montre que ce ne sont pas les peuples les plus adaptés à l’environnement qui finissent par s’imposer, que ce ne sont pas les sociétés les plus puissantes, en l’occurrence l’ex-URSS, qui l’emportent.

      Les vainqueurs ne sont pas toujours ceux qu’on imagine : rien n’est donc inéluctable, les sociétés ont le pouvoir d’écrire leur avenir.

      Éric Crubézy est professeur d’anthropologie biologique et de paléogénétique, directeur d’un laboratoire du CNRS, spécialiste d’archéologie funéraire. Il dirige les missions archéologiques françaises en Sibérie orientale.

      Dariya Nikolaieva est historienne, docteur en histoire de l’université de Versailles-Saint-Quentin, spécialiste de l’histoire et de la culture iakoutes.

    • Et le programme des Missions Archéologiques en Sibérie Orientale dont le premier auteur, Éric Crubézy, est responsable.

      Archéologie des tombes gelées et peuplement de la Iakoutie | Inrap
      http://www.inrap.fr/archeologie-des-tombes-gelees-et-peuplement-de-la-iakoutie-10489


      Tombe de Kyys, la jeune fille chamane, datée de 1728 par dendrochronologie

      La mission franco-russe a pour but de comprendre l’histoire du peuplement iakoute, celui d’une population semi-nomade de Sibérie orientale, et de ses adaptations à l’une des régions les plus froides de la planète, via l’étude de tombes gelées datant du 15e au 19e siècle. L’accent est mis sur les relations biologie/culture via l’étude de l’ADN ancien.


  • Citation de la biographie de Shimon PERES par Michel Bar-Zohar
    Shimon Peres et l’histoire secrète d’Israël , édition Odile Jacob, page 109 :
    Avril 1956
    "Peres rencontra aussi Bourgès-Maunoury. Il confia ensuite à son entourage : « Le ministre de la Défense français est le meilleur ambassadeur d’Israël, meilleur que n’importe lequel de nos diplomates. » Et il ajouta, non sans cynisme : « Nos liens avec la France se poursuivront aussi longtemps que seront tués des Français en Algérie et des Égyptiens sur les frontières d’Israël. »


  • Violences sexuelles : au Sénat, les hommes ne se sentent pas tellement concernés - Libération
    http://www.liberation.fr/france/2017/02/02/violences-sexuelles-au-senat-les-hommes-ne-se-sentent-pas-tellement-conce

    Ils étaient une petite trentaine, ce jeudi matin, sur les bancs du Sénat, pour assister et participer à un débat sur les violences sexuelles, à l’initiative de la sénatrice Europe Écologie-les Verts du Val-de-Marne Esther Benbassa. Dans l’hémicycle, à peine sept hommes en fin de séance. A la tribune, uniquement des femmes, parmi lesquelles la ministre Laurence Rossignol, venues parler de l’importance de libérer la parole des victimes. Le déséquilibre femmes-hommes saute aux yeux, alors que le Palais du Luxembourg est pourtant loin d’être très féminisé : seulement un sénateur sur quatre est une sénatrice. Les sénateurs avaient-ils oublié de régler leur réveil ? Ce désintérêt a en tout cas été relevé par plusieurs élues, et déploré par Esther Benbassa : « Les violences sexuelles ne sont nullement une affaire de femmes », a-t-elle insisté, devant les élus et la presse (quasi exclusivement féminine, elle aussi), rappelant que 62 000 femmes et 2 700 hommes sont chaque année en France victimes d’au moins un viol ou une tentative de viol, selon une enquête de l’Ined (dont Libération vous parlait ici).

    #violences_sexuelles #violence_masculine #fraternité #domination_masculine #viol

    • Une proximité qui empêche beaucoup de victimes de parler : si la médiatisation de certaines affaires a participé à la libération de la parole ces derniers mois, l’omerta est encore la règle, et la parole, « le premier tabou », selon le Collectif féministe contre le viol (CFCV). Dans son ouvrage Mourir de dire : la honte (Odile Jacob, 2010), le psychiatre Boris Cyrulnik explique ainsi comment on l’a « forcé à [s]e taire » : « Si je vous dis ce qui m’est arrivé, vous n’allez pas me croire, vous allez rire, vous allez prendre le parti de mon agresseur, vous allez me poser des questions obscènes ou pire, vous aurez pitié de moi. »

      Ce Boris Cyrulnik n’est pas membre de CFCV et son discours est sexiste, misogyne ( http://allodoxia.blog.lemonde.fr/?s=Boris+Cyrulnik+%3A+stop+ou+encore+%3F ) et libé ne trouve que ce mec à cité sur le sujet. Mec qui ose en plus tourner le sujet pour se faire passer pour une victime. Comme si il n’y avait pas des personnes à CFCV digne d’etre citées. Et pas de femmes spécialistes du sujet pour qu’on aille chercher ce patriarche et le laisser enfiler des banalités androcentrées.
      #invisibilisation_des_femmes #sexisme

      Le titre est aussi un bel euphémisme, c’est pas que « les hommes ne se sentent pas tellement concernés » c’est que les hommes sont clairement pour le viol, pour le harcèlement sexuel des femmes, pour l’humiliation des femmes dans la sexualité et ils sont solidaires entre eux pour bloquer tout changement à ce sujet.


  • Débat autour de la Grève des Ovalistes
    avec Annik Houel et Claire Auzias à la librairie La Gryffe

    https://vimeo.com/199544136

    Débat le 14 janvier 2017 à la librairie La Gryffe, à Lyon, autour du livre « La grève des ovalistes (Lyon, juin-juillet 1869) » avec les auteures,Calire Auzias et Annik Houel.
    atelierdecreationlibertaire.com/La-greve-des-ovalistes-Lyon-juin.html

    Cette grève des ovalistes, réputée première grande grève de femmes ouvrières en France, est exemplaire des enjeux qui traversent l’histoire des femmes et l’histoire de la classe ouvrière, deux histoires rarement menées sur la même ligne de front, et dont la confiscation de la parole des femmes est le symbole.

    Juin 1869 : 1 800 femmes sortent de leurs ateliers lyonnais et se mettent spontanément en grève. Elles sortent aussi leurs malles puisque leur lieu de travail est aussi leur lieu de vie, et si c’est cette spectaculaire occupation de la rue qui est mise en avant par la presse, ce n’est pourtant pas ce que les militants ouvriers qui vont s’intéresser (enfin) à elles vont retenir.

    Après plusieurs semaines de grève, possible grâce à la caisse de solidarité de l’AIT (Association internationale des travailleurs) leur adhésion, demandée en retour à cette AIT va être l’enjeu des rivalités toutes masculines en son sein entre courants marxiste et anarchiste. C’est le courant anarchiste bien implanté à Lyon autour de la figure de Bakounine qui va l’emporter : il va être le représentant au crucial Congrès de Bâle, en septembre 1869, des 8 000 ouvrières qui ont adhéré.

    Claire Auzias a fait des études de sociologie et d’histoire à l’université Lyon 2. Elle a consacré ses travaux à l’histoire de l’anarchisme, des femmes et du féminisme, et des Roms. Chacune de ces thématiques a donné lieu à des publications. Elle a dirigé les éditions Egrégores et actuellement termine une histoire sociale de Mai 68 à Lyon à paraître en 2017.

    Annik Houel a été professeure de psychologie sociale à Lyon 2. Elle est membre d’un centre d’enseignements et de recherches féministes, le CLEF, rebaptisé Centre Louise Labé, ainsi que du CA de l’ANEF, qui milite pour la reconnaissance des études féministes dans la recherche et à l’université. Elle a publié divers ouvrages dont le dernier, Rivalités féminines au travail, L’influence de la relation mère-fille, a été édité en 2014 chez Odile Jacob.


  • Entretien
    « La tentation du Bien est beaucoup plus dangereuse que celle du Mal »

    Par Nicolas Truong

    Boris Cyrulnik et Tzvetan Todorov, deux intellectuels, deux observateurs engagés de nos sociétés, dialoguent sur la capacité des individus à basculer dans la « barbarie » ou bien à y résister.

    Boris Cyrulnik est neuropsychiatre et directeur d’enseignement à l’université de Toulon. Tzvetan Todorov est historien et directeur de recherche honoraire au CNRS. Tous deux ont traversé l’époque de manière singulière. Tous deux sont devenus des penseurs plébiscités et des observateurs engagés de nos sociétés.

    Le premier, né en 1937 dans une famille d’immigrés juifs d’Europe centrale et orientale, fut l’un des rares rescapés de la rafle du 10 janvier 1944 à Bordeaux et popularisa, bien des années plus tard, le concept de « résilience », cette capacité psychique à se reconstruire après un traumatisme. Le second, né en 1939 à Sofia (Bulgarie) et théoricien de la littérature, rejoint Paris en 1963 et s’attache depuis les années 1980 aux questions mémorielles et au rapport à l’autre.

    Boris Cyrulnik a publié Ivres paradis, bonheurs héroïques (Odile Jacob, 2016), ouvrage sur le besoin et la nécessité de héros pour vivre et survivre. Tzvetan Todorov a écrit Insoumis (Robert Laffont/Versilio, 2015), portrait de ces contemporains qui, tels Etty Hillesum ou Germaine Tillion, Malcolm X ou Edward Snowden, ont su dire « non » et fait preuve de résistance à l’oppression.

    Tous deux dialoguent sur la capacité des individus à basculer dans la « barbarie » ou bien d’y résister au moment où une Europe meurtrie et apeurée par les attentats s’interroge sur son devenir.

    Quels héros vous ont aidé à vous structurer ?
    Tzvetan Todorov (T. T.) : J’ai grandi dans un régime totalitaire communiste où les modèles pour les enfants étaient des personnages tels que Pavlik Morozov, un garçon qui avait dénoncé son père comme koulak et que sa famille avait tué pour cette raison. Ou alors des personnages qui avaient lutté contre le « joug turc » au XIXe siècle. Tout cela ne suscitait pas beaucoup d’échos en moi. Mais j’aimais et admirais beaucoup mes parents et mes amis.

    Arrivé en France à l’âge de 24 ans, j’avais contracté une méfiance généralisée envers tout ce que l’Etat défend et tout ce qui relevait de la sphère publique. Mais, progressivement, j’intériorisais ma nouvelle situation de citoyen d’une démocratie – en particulier une sorte de petit mur est tombé dans mon esprit en même temps que le mur de Berlin, ce qui m’a permis d’accéder aussi à cette sphère publique. Je ne me sentais plus conditionné par cette enfance et cette adolescence vécues dans un monde totalitaire. Néanmoins, je restais indifférent aux grands personnages héroïques, glorifiés dans le cadre communiste, et attaché à des individus tout à fait ordinaires qui ne cherchaient pas à sacrifier leur vie, mais témoignaient plutôt d’un souci quotidien pour les autres.

    Deux personnages m’ont marqué particulièrement par leur parcours de vie et par leurs écrits. Dans Vie et Destin, ce roman épique sur la seconde guerre de l’écrivain russe Vassili Grossman [1905-1964], il y a une idée forte qui ne cesse de m’accompagner : la tentation du Bien est dangereuse. Comme le dit un personnage de ce livre, « là où se lève l’aube du Bien, les enfants et les vieillards périssent, le sang coule », c’est pourquoi on doit préférer au Bien la simple bonté, qui va d’une personne à une autre.

    La deuxième figure qui m’a beaucoup marqué, Germaine Tillion [1907-2008], ethnologue et historienne, résistante et déportée, je l’ai rencontrée quand elle avait 90 ans mais se portait comme un charme. Elle m’a ébloui non seulement par sa vitalité, mais par son cheminement : pendant la guerre d’Algérie, elle avait consacré toutes ses forces à sauver des vies humaines, de toutes origines, refusant d’admettre qu’une cause juste rende légitime l’acte de tuer. Vous voyez, mes héros ne sont pas des personnages héroïques. Mais plutôt des résistants.

    Boris Cyrulnik (B. C.) : Tzvetan Todorov a été élevé dans un régime certes totalitaire, mais aussi dans une famille et au sein d’institutions sociales, bien sûr très écrasantes, mais structurantes. Alors que ma famille a éclaté pendant le second conflit mondial. J’ai retrouvé après la guerre une tante qui m’a recueilli et un oncle qui s’était engagé dans la résistance à l’âge de 17 ans. Mais, pendant la guerre, je pensais que toute ma famille était morte.

    Seul, sans structure, sans famille, j’avais bien compris que j’étais condamné à mort. Arrêté à l’âge de 6 ans et demi par les nazis, j’avais clairement compris que c’était pour me tuer. Il n’y avait pas de doute. J’avais besoin de héros puisque j’étais seul. Je n’avais pas d’image identificatoire ni repoussoir. S’opposer, c’est se poser. Moi, je n’avais personne, juste le vide, je ne savais même pas que j’étais juif, je l’ai appris le jour de mon arrestation, et j’ai appris que ce nom condamnait à mort. Donc j’ai eu une ontogenèse très différente de celle de Tzvetan Todorov.

    Mon bourreau ne nous considérait pas comme des êtres humains. Et, dans mon esprit d’enfant, je me disais : il faut que je devienne physiquement fort comme Tarzan et, quand je serai fort comme Tarzan, j’irai le tuer. Tarzan me servait d’image identificatoire. J’étais petit, j’étais rachitique – j’ai retrouvé des photos de moi après guerre, j’étais d’une maigreur incroyable –, donc je me disais : il faut que je devienne grand, il faut que je devienne fort et musclé pour que je puisse le tuer. Donc Tarzan m’a sauvé.

    Qu’est-ce qui fait qu’un individu s’attache plutôt à des héros bénéfiques ou bien à des héros maléfiques ? La tentation du Mal est-elle aussi puissante que la tentation du Bien ?
    T. T. : Pour moi, la tentation du Mal n’existe presque pas, elle est très marginale à mes yeux. Il existe sans doute quelques marginaux ici et là qui veulent conclure un pacte avec le diable et faire régner le Mal sur la Terre, mais de ce point de vue je reste plutôt disciple de Grossman, pour qui le Mal vient essentiellement de ceux qui veulent imposer le Bien aux autres. La tentation du Bien me semble donc beaucoup plus dangereuse que la tentation du Mal.

    Je dirais, au risque d’être mal compris, que tous les grands criminels de l’histoire ont été animés par le désir de répandre le Bien. Même Hitler, notre mal exemplaire, qui souhaitait effectivement le Mal pour toutes sortes de populations, en même temps espérait le Bien pour la race élue germanique aryenne à laquelle il prétendait appartenir.

    C’est encore plus évident pour le communisme, qui est une utopie universaliste, même si, pour réaliser cette universalité, il aurait fallu éliminer plusieurs segments sociaux de cette même humanité, qui ne méritaient pas d’exister : la bourgeoisie, les koulaks, etc. Les djihadistes d’aujourd’hui ne me paraissent pas animés par le désir de faire le Mal, mais de faire le Bien, par des moyens que nous jugeons absolument abominables.

    Pour cette raison, je préfère ne pas parler de « nouveaux barbares ». Parce que la barbarie, qu’est-ce que c’est ? La barbarie n’est pas l’état primitif de l’humanité : depuis les premières traces de vie humaine, on trouve aussi des preuves de générosité, d’entraide. De nos jours, les anthropologues et les paléontologues affirment que l’espèce humaine a su survivre et s’imposer, alors qu’elle n’était pas la plus forte physiquement, grâce à l’intensité de la coopération entre ses membres, lui permettant de se défendre contre les menaces qui la guettaient.

    La barbarie, c’est plutôt le refus de la pleine humanité de l’autre. Or bombarder de façon systématique une ville au Moyen-Orient n’est pas moins barbare que d’égorger un individu dans une église française. Cela détruit même beaucoup plus de personnes. Lors des attentats dont Paris a été victime dernièrement, on a sous-estimé l’élément de ressentiment, de vengeance, de représailles, qui était immédiatement mis en avant quand on a pu interroger ces individus ou dans leurs déclarations au moment de leurs actes. Ils n’agissaient pas de façon irrationnelle, puisqu’ils pensaient atteindre les objectifs qui étaient les leurs en tuant indifféremment des personnes qui se trouvaient sur leur chemin : ils voulaient répondre à la guerre par la guerre, ce qui est une logique hélas répandue dans l’histoire de l’humanité.

    Qu’est-ce qui fait qu’on bascule du côté de la tuerie au nom d’une idéologie ?
    B. C. : La bascule se fait lorsqu’on se soumet à la théorie du Un, comme le dit le linguiste allemand Victor Klemperer. Si l’on en vient à penser qu’il n’y a qu’un seul vrai dieu, alors les autres sont des faux dieux, ceux qui y croient sont des mécréants, des « mal-croyants » dont la mise à mort devient quasiment morale. Si on se soumet à la théorie du Un, on peut basculer.

    Le mot « barbare », en effet, ne convient pas. C’est dans la belle culture germanique de Goethe et de Kant que s’est déroulée l’une des tragédies les plus honteuses du XXe siècle. Le psychiatre américain Leon M. Goldensohn [1911-1961], qui, lors du procès de Nuremberg, expertisa la santé mentale des vingt et un accusés nazis, interrogea Rudolf Höss, le directeur du camp d’Auschwitz, qui lui répondit en substance : « J’ai passé à Auschwitz les plus belles années de ma vie. » Comment est-ce pensable ? Rudolf Höss poursuit : « Je m’entendais bien avec ma femme, j’avais quatre enfants que j’aimais beaucoup. »

    Dans Les entretiens de Nuremberg, où figurent ces discussions, il y a même la photo de la maisonnette et du « bonheur » domestique du directeur du camp d’Auschwitz. « En même temps, poursuit-il, j’avais un métier bien difficile, vous savez, il fallait que je fasse disparaître, que je brûle 10 000 corps par jour, et ça, c’était difficile, vous savez. »

    Donc l’expression que je propose pour comprendre ce phénomène paradoxal est celle de « morale perverse ». Un individu peut être parfaitement éthique avec ses proches, qu’il cherche à défendre et à comprendre – ma femme, mes enfants, etc. – mais les juifs, ce n’est pas les autres, les Tziganes ce n’est pas les autres, les Nègres sont des humains, mais ils sont inférieurs, donc on en fera de l’élevage. Il est moral d’éliminer les juifs comme il est moral de combattre la souillure d’une société pour que notre belle race blonde et aux yeux bleus aryens puisse se développer sainement.

    C’est au nom de la morale, c’est au nom de l’humanité qu’ont été commis les pires crimes contre l’humanité. C’est au nom de la morale qu’ont été commis les pires crimes immoraux. Morale perverse, donc : on est moraux avec ceux qui partagent notre monde de représentation et on est pervers avec les autres parce que la définition de la perversion, c’est pour moi celle de Deleuze et de Lacan : est pervers celui qui vit dans un monde sans autre.

    T. T. : Le jugement moral se constitue à plusieurs niveaux successifs. Au départ, la distinction même du Bien et du Mal peut être absente, faute d’avoir entouré le petit être humain par des soins et de l’avoir protégé par des attachements. Le résultat de ce manque est le nihilisme radical. Le deuxième pas dans l’acquisition du sens moral consiste à dissocier l’opposition du Bien et du Mal de celle entre Je et Autrui ou entre Nous et les Autres ; l’adversaire ici est l’égoïsme ou, sur le plan collectif, l’ethnocentrisme. Enfin le troisième degré consiste à renoncer à toute répartition systématique du Bien et du Mal, à ne pas situer ces termes dans une quelconque partie de l’humanité, mais à admettre que ces jugements peuvent s’appliquer aussi bien à nous qu’aux autres. Donc, à combattre le manichéisme du jugement.

    A chacun de ces stades peut s’installer la perversité dont on parle. Il n’existe pas deux espèces d’êtres humains, les uns qui risquent de fauter et les autres, dont nous ferions partie, à qui ça n’arrivera jamais. D’un autre côté, si on s’ouvrait à une compassion universelle, on ne pourrait plus vivre, on devrait aider tous les sans-abri, tous les mendiants qu’on rencontre dans la rue et partager avec eux ce qu’on a, or on ne le fait pas et on ne peut le faire – sauf si on est un saint. Il y a une sorte d’équilibre qui doit s’établir entre la protection de soi et le mouvement vers autrui. Mais ignorer l’existence des autres, c’est cesser d’être pleinement humain.

    B. C. : J’étais emprisonné dans la synagogue de Bordeaux, ville où 1 700 juifs ont été raflés le 10 janvier 1944 par Maurice Papon. Il n’y eut que deux survivants, dont votre serviteur. Et j’ai retrouvé le fils et les petits-enfants de Mme Blanché, la dame mourante sous laquelle je me suis caché afin d’échapper à la rafle, avec lesquels j’entretiens aujourd’hui des relations amicales. Oui, la vie est folle, c’est un roman.

    Quand j’étais emprisonné, il y avait un soldat allemand en uniforme noir qui est venu s’asseoir à côté de moi un soir. Il me parlait en allemand et me montrait des photos d’un petit garçon. Et j’ai compris – sans comprendre sa langue – que je ressemblais à son fils. Cet homme avait besoin de parler de sa famille et de son enfant qu’il ne voyait pas, ça lui faisait du bien. On peut dire que j’ai commencé ma carrière de psychothérapeute ce soir-là !

    Pourquoi est-il venu me parler ? Je l’ai compris en lisant Germaine Tillion, qui raconte que, lorsque les nouvelles recrues de femmes SS arrivaient à Ravensbrück, elles étaient atterrées par l’atrocité du lieu. Mais, dès le quatrième jour, elles devenaient aussi cruelles que les autres. Et, quand Germaine Tillion donnait des « conférences » le soir à Geneviève de Gaulle et à Anise Postel-Vinay, elle les faisait souvent sur l’humanisation des gardiens du camp.

    Elle disait : ce qui nous faisait du bien, quand on voyait un gardien courtiser une femme SS, c’est que c’était donc un être humain. Elle ne voulait pas diaboliser ceux qui la condamnaient à mort, elle voulait chercher à découvrir leur univers mental. Et c’est en lisant Germaine Tillion que je me suis dit : voilà, j’avais à faire à des hommes, et non pas à des monstres. Parce que comprendre, c’est non pas excuser, mais maîtriser la situation. Arrêté à l’âge de 6 ans et demi, j’étais considéré comme « ein Stück », une chose qu’on pouvait brûler sans remords, qu’on pouvait tuer sans culpabilité puisque je n’étais pas un être humain, mais « ein Stück ».

    Donc, contrairement à ce que l’on dit souvent, notamment à propos du djihadisme, il faut chercher à le comprendre, et non pas refuser, par principe, l’explication ?
    B. C. : Evidemment. La compréhension permet de lutter et d’agir. Par exemple, sur le plan psychosocial, le mot « humiliation » est presque toujours utilisé par ceux qui passent à l’acte. L’humiliation du traité de Versailles a été momentanément réelle, parce que pendant quelques années les Allemands ne pouvaient pas reconstruire une société, tout ce qu’ils gagnaient partant en dommages de guerre pour la France.

    Mais les Allemands oubliaient de dire que dans les années 1920 – lorsque les politiques ont compris que ça empêchait l’Allemagne de se reconstruire – il y eut un véritable plan Marshall pour aider leur pays à se reconstruire. Donc le mot humiliation servit d’arme idéologique pour légitimer la violence des nazis – comme celle des djihadistes, d’ailleurs. Tous les totalitarismes se déclarent en état de légitime défense. Il leur paraît normal et même moral de tuer sans honte ni culpabilité.

    Aujourd’hui, sur environ 8 400 fichés « S », rappelle une enquête du CNRS, on dénombre près de 100 psychopathes. La psychopathie, ce n’est pas une maladie mentale, mais une carence éducative et culturelle grave. Ce sont des enfants qui n’ont pas été structurés par leur famille, ni par la culture ni par leur milieu. Quand il n’y a pas de structure autour d’un enfant, il devient anomique, et l’on voit réapparaître très rapidement des processus archaïques de socialisation, c’est-à-dire la loi du plus fort.

    Michelet le disait : quand l’Etat est défaillant, les sorcières apparaissent. Cent psychopathes sur 8 400 cas, c’est la preuve d’une défaillance culturelle. C’est une minorité dans les chiffres, mais c’est une majorité dans les récits et l’imaginaire parce que le Bataclan, le Stade de France, Nice ou le 13-Novembre font des récits atroces et spectaculaires qui fédèrent une partie de ces meurtriers.

    T. T. : Très souvent, ces jeunes qui s’égarent dans le djihad cherchent un sens à donner à leur vie, car ils ont l’impression que la vie autour d’eux n’a pas de finalité. S’ajoute à leurs échecs scolaires et professionnels le manque de cadre institutionnel et spirituel. Quand je suis venu en France en 1963, il existait un encadrement idéologique très puissant des jeunesses communistes et des jeunesses catholiques. Tout cela a disparu de notre horizon et le seul épanouissement, le seul aboutissement des efforts individuels, c’est de devenir riche, de pouvoir s’offrir tel ou tel signe extérieur de réussite sociale.

    De façon morbide, le djihad est le signe de cette quête globale de sens. Il est la marque de cette volonté de s’engager dans un projet collectif qui frappe souvent des personnes qui jusque-là étaient en prison pour des petits vols et des menus crimes, mais qui cessent de trafiquer, de boire ou de fumer du haschisch pour être au service d’une doctrine vraie, de ce « Un » dont vous parliez tout à l’heure. Ils sont d’abord prêts à sacrifier la vie d’autrui, mais ensuite la leur aussi.

    Y a-t-il des héros ou des contre-récits qui pourraient permettre de structurer davantage leur univers mental ?
    T. T. : Oui, je crois beaucoup à cette force du récit, qui est bien plus grande que celle des doctrines abstraites et qui peut nous marquer en profondeur sans que nous en soyons conscients. Ces récits peuvent prendre la forme d’images idéelles, comme Tarzan et Zorro pour Boris Cyrulnik. Mais il y en a beaucoup d’autres encore. Dans mes livres, j’essaie de raconter moi-même des histoires, que ce soit la conquête de l’Amérique ou la seconde guerre mondiale. Mais c’est un travail qui doit se répercuter dans notre culture politique et dans notre éducation.

    Dans une classe d’une école parisienne aujourd’hui, on trouve des enfants de quinze origines différentes. Comment, sans rire, leur parler de nos ancêtres les Gaulois ? Je ne pense pas pour autant qu’il faudrait leur enseigner l’histoire ou la mémoire des quinze nationalités qui se retrouvent dans cette classe. On doit leur apprendre une histoire de la culture dominante, celle du pays où l’on se trouve, mais de manière critique, c’est-à-dire où l’on n’identifie aucune nation avec le Bien ou le Mal. L’histoire peut permettre de comprendre comment une nation ou une culture peut glisser et basculer dans le Mal, mais aussi s’élever au-dessus de ses intérêts mesquins du moment et contribuer ainsi à une meilleure vie commune. Bref, sortir du manichéisme qui revient en force aujourd’hui.

    Comment expliquez-vous ce qui apparaît comme une déprime collective française ?
    B. C. : Les conditions réelles d’existence d’un individu ont rarement à voir avec le sentiment de dépression. On peut avoir tous les signes du bien être – emploi et famille stables – et déprimer. Et, à l’inverse, on peut vivre dans des conditions matérielles très difficiles et ne pas déprimer. Il n’y a pas de causalité directe de l’un à l’autre. On peut avoir un sentiment de tristesse et de dépression provoqué par une représentation coupée du réel. Dans ces moments-là, ce qui provoque la dépression ou l’exaltation, ce sont les fabricants de mots. Je voyage beaucoup à l’étranger et je vous assure que les gens sont étonnés par notre déprime, ils n’en reviennent pas. Ils disent : « Mais nous, on prend tout de suite la condition de vie des Français, on la prend tout de suite ! »

    T. T. : Pour quelqu’un qui a sillonné plusieurs pays, il y a en France un pessimisme, une déprime, une complaisance excessive à observer le déclin, que je m’explique par le fait qu’au XXe siècle la France est passée d’un statut de puissance mondiale à un statut de puissance de deuxième ordre. Cela conditionne en partie cette mauvaise humeur, constitutive aujourd’hui de l’esprit français.

    Pourtant, les attentats et le retour du tragique de l’Histoire sur notre sol ont bel et bien miné le quotidien de chacun… La France serait-elle une nation résiliente ?
    T. T. : Je vois paradoxalement quelque chose de positif dans cette situation. Bien sûr, on ne peut se réjouir de l’existence de ces victimes en France. Mais il est salutaire de prendre conscience de la dimension tragique de l’Histoire, de ce que la violence n’est pas éliminée de la condition humaine juste parce qu’en Europe les Etats ne sont plus en guerre les uns contre les autres.

    B. C. : La réaction aux attentats a été magnifique à Paris et honteuse à Nice. Les Parisiens et les Français se sont solidarisés pour signifier : « Nous ne nous soumettrons pas, mais nous ne nous vengerons pas. Ne nous laissons pas entraîner dans la spirale de la violence. » J’étais à Munich, le soir du Bataclan. Le lendemain, dans les rues, j’ai vu des manifestants de Pegida qui n’attendaient qu’un incident pour déclencher une ratonnade.

    A Nice, quand les familles musulmanes ont voulu se rendre sur les lieux du massacre pour se recueillir, on leur a craché dessus en criant : « Rentrez chez vous, sales Arabes. » Or ils sont chez eux puisqu’ils sont Français.

    Par ailleurs, je ne comprends pas le mouvement de lutte contre l’islamophobie, qui fait des procès à ceux qui ont peur de l’islam et n’en fait pas aux assassins qui provoquent la peur de l’islam. Pour éviter les réactions racistes et s’opposer aux terroristes, il faut se rencontrer et parler. Plus on se rencontre, moins il y a de préjugés.


  • Le poil en Islam et dans le monde chrétien
    https://www.franceculture.fr/conferences/musee-du-quai-branly-jacques-chirac/le-poil-en-islam-et-dans-le-monde-chretien

    Avec Marie-France Auzépy et Anne-Marie Moulin

    Professeur émérite à l’Université Paris VIII, Marie-France Auzépy s’est intéressée tout particulièrement à l’histoire de l’iconoclasme. Elle a dirigé et publié de nombreux ouvrages dont une Histoire du poil (Belin, 2011), mais aussi différents travaux autour de son thème principal de recherche, comme L’iconoclasme (Puf, Que sais-je ?, 2006).

    Agrégée de philosophie, Anne-Marie Moulin est aussi médecin, spécialisée en médecine tropicale et parasitologie. Elle a dirigé le Département Santé/Sociétés de l’Institut de Recherche pour le développement pendant plusieurs années et travaillé au CEDEJ, au Caire, de 2003 à 2008. Elle a notamment publié L’Islam au péril des femmes (Maspero 1981, rééd. 2001), Histoire de la médecine arabe, dialogues du passé avec le présent (Confluent, 1996), L’aventure de la vaccination (Fayard, 1996), et Le Médecin du Prince, Voyage à travers les cultures (Odile Jacob, 2010).

    #poil #histoire #radio #conférence #islam #christianisme #tonsure #voile #cheveux #barbe #moustache #perruque #épilation #roux #rousses #rousseur #coiffure #phanères


  • Le cerveau des enfants, au risque de la pollution chimique

    http://www.lemonde.fr/pollution/article/2016/07/13/le-cerveau-des-enfants-au-risque-de-la-pollution-chimique_4968612_1652666.ht

    L’appel est sans précédent. Dans une « déclaration de consensus » publiée dans la revue Environmental Health Perspectives et présentée mardi 12 juillet, une cinquantaine de chercheurs et de cliniciens américains, spécialistes du développement cérébral tirent un lien entre polluants environnementaux et l’augmentation des troubles neuro-comportementaux constatée chez les enfants. Les auteurs, appuyés par neuf sociétés savantes représentant plusieurs dizaines de milliers de scientifiques et de soignants, demandent une révision profonde de la régulation des substances chimiques.

    « Aux Etats-Unis, les enfants ont aujourd’hui un risque inacceptablement élevé de développer des troubles neurodéveloppementaux comme l’autisme, le déficit d’attention et l’hyperactivité, des déficiences intellectuelles et d’autres troubles de l’apprentissage ou du comportement », écrivent les auteurs. Les statistiques officielles américaines sont éloquentes. Outre-Atlantique, un enfant sur dix est considéré comme hyperactif ou frappé de déficit d’attention, et un enfant sur soixante-huit est porteur d’un trouble du spectre autistique (autisme, syndromes de Rett ou d’Asperger, etc.) – dans les années 1970, cette proportion était de l’ordre d’un enfant sur… 3000.

    Au total, un enfant sur six est aujourd’hui touché par un trouble du développement, un taux en augmentation de 17 % au cours de la dernière décennie. « Ce sont des troubles complexes aux causes multiples, génétiques, sociales, environnementales, écrivent les auteurs. Mais la contribution des substances toxiques est réelle et peut être évitée. » Celles-ci, dont certaines peuvent « interférer avec le cerveau en développement à des niveaux d’exposition extrêmement bas », agissent surtout au cours de certaines périodes : période intra-utérine, petite enfance, adolescence.

    Or, notent les chercheurs, « l’exposition à ces substances est généralisée ». Aux Etats-Unis, les substances les plus problématiques listées par les auteurs sont les pesticides organophosphorés, les retardateurs de flamme (des substances utilisées pour ignifuger les meubles rembourrés), la pollution atmosphérique (particules fines, oxydes d’azote, etc.), le plomb, le mercure (présent dans certains produits de la mer) et les PCB – des huiles initialement utilisées dans les transformateurs électriques, interdites, mais désormais omniprésentes dans l’environnement et l’alimentation.

    Large consensus

    « Globalement, les niveaux d’exposition de la population sont mieux connus aux Etats-Unis qu’en Europe, mais il y a de grandes chances que les situations soient comparables, dit Rémy Slama, épidémiologiste environnemental (Inserm). L’exposition aux retardateurs de flammes polybromés est vraisemblablement plus élevée aux Etats-Unis, la pollution atmosphérique est plus importante en Europe… » Pour la biologiste Barbara Demeneix (CNRS/Muséum national d’histoire naturelle) auteure d’un ouvrage récent sur la question (Le Cerveau endommagé, Odile Jacob, 2016), « c’est la première fois qu’une déclaration de consensus sur le sujet rassemble un soutien aussi large. »

    Malgré le caractère consensuel du texte, les mots sont forts. « Sur les polluants environnementaux, notre système d’évaluation des preuves scientifiques et de prise de décision est fondamentalement cassé », écrivent les auteurs, appelant à une refonte de la réglementation américaine. A l’heure actuelle, la majorité des substances de synthèse mises en circulation aux Etats-Unis ne sont, en effet, pas testées pour leurs effets sur le développement du cerveau, et les plus problématiques ne sont retirées du marché qu’après de longues années, le temps d’avoir commis des dégâts. Et encore, souvent sont-elles remplacées, déplorent les scientifiques, par d’autres tout aussi problématiques…

    Surtout destiné aux régulateurs américains, l’appel des chercheurs pourrait peser sur la réglementation européenne, actuellement en évolution. La Commission européenne a en effet proposé, en juin, des critères d’identification des perturbateurs endocriniens (capables d’influer sur le système hormonal) qui permettront de bannir ceux-ci des biocides et des pesticides. Or, parmi les substances qui nuisent au cerveau en développement, on trouve de nombreuses substances appartenant à cette catégorie.

    L’Europe plus stricte que les Etats-Unis

    « Cette déclaration montre qu’il est nécessaire d’agir par précaution, dès lors que des effets de perturbation endocrinienne ont été détectés in vitro ou sur des animaux, estime Jean-Louis Roumégas, député (EELV) de l’Hérault. Or la Commission européenne va à l’inverse de cette logique : selon les critères qu’elle propose, il faudrait attendre que les effets nocifs soient avérés sur l’homme avant de prendre des mesures. » Mardi 12 juillet, l’Assemblée nationale a voté une résolution contre la proposition de Bruxelles.

    Cependant, l’Union européenne demeure globalement plus stricte que les Etats-Unis. « Cette publication confirme que le système européen reste beaucoup plus protecteur de la santé et de l’environnement en appliquant une approche basée sur la précaution, contrairement aux Etats-Unis, dit David Azoulay, directeur du programme santé environnementale au Centre de droit international de l’environnement (CIEL). C’est la raison pour laquelle nous sommes très inquiets des effets que le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement [TTIP] pourrait avoir sur la protection des Européens, si les négociations continuent sur les bases actuelles. »


  • Le cerveau assiégé

    http://www.lemonde.fr/pollution/article/2016/06/20/le-cerveau-assiege_4953797_1652666.html

    En 2015, Edward Dutton (université d’Oulu, Finlande) et Richard Lynn (université d’Ulster, Royaume-Uni) publiaient, dans la revue Intelligence, une étude, passée inaperçue, mais dont les journaux auraient, peut-être, pu faire quelques manchettes. L’affaire est en effet d’une importance cardinale : les deux chercheurs documentaient, pour la première fois, une chute du quotient intellectuel (QI) moyen en France. Selon leurs estimations, ce dernier aurait perdu près de quatre points entre 1999 et 2009. A l’échelle d’une population, c’est énorme.

    Ce genre de travaux essuie généralement un haussement d’épaule ou un revers de main. D’autant plus qu’en l’occurrence, les auteurs ont fondé leurs calculs sur un petit échantillon de 80 personnes. Mais, à bien y regarder, l’étude des deux chercheurs britanniques mérite au contraire toute notre attention.

    Plusieurs raisons à cela. La première est que, s’il est reproduit et confirmé par d’autres études, ce résultat signale la première inversion, en France, de la tendance séculaire qui voit augmenter régulièrement l’indice d’intelligence individuelle – c’est-à-dire, pour éviter de parler d’« intelligence », de l’amélioration des compétences cérébrales, au sens quasi-mécanique du terme. La deuxième raison de prendre au sérieux les résultats de MM. Dutton et Lynn est que cette inversion de la tendance à l’augmentation du QI est également constatée en Norvège, au Danemark, en Grande Bretagne, aux Pays-Bas, en Australie, en Suède…

    Fonctions cognitives en régression

    Dans de nombreux pays où les données permettent suffisamment de recul historique, une légère érosion des facultés cognitives est mesurée, environ depuis le milieu des années 1990. Il y a toujours, bien évidemment, des biais possibles, des erreurs, des effets d’échantillonnage… Mais même en Finlande, où la conscription donne lieu à des tests de QI standardisés, pratiqués sur toute une génération ou presque (25 000 jeunes par an sont testés depuis 1988), une étude des deux mêmes auteurs, publiée en 2013, montre une chute de deux points de QI entre 1997 et 2009, mesurée avec une grande précision. Les trois fonctions cognitives testées (représentation des formes, arithmétique, raisonnement verbal) sont toutes en régression.

    Que viennent faire ces informations dans cette chronique ? Descartes nous a appris à nous placer si haut en surplomb du monde naturel, que nous avons bien du mal à imaginer que notre cerveau, siège du cogito, puisse être également modelé par notre environnement. Nous acceptons volontiers que notre foie puisse être intoxiqué, que notre prostate, nos glandes mammaires, notre pancréas puissent s’abîmer au contact des polluants de l’environnement. Mais que l’organe de notre intelligence soit affecté de la même façon, et que ces dégâts puissent altérer notre esprit, notre humeur, notre propension à la joie ou à l’insouciance, nous est intolérable. Le cerveau, pense-t-on, c’est de l’éducation greffée sur de la génétique. Un point c’est tout.

    Lien entre perturbateurs endocriniens et troubles neuro-comportementaux

    C’est pourtant faux. On peut, pour s’en convaincre, lire un livre savant paru fin mai en France, et dont il avait été question dans ces colonnes à sa publication par Oxford University Press (Le Monde du 3 décembre 2014). Dans Le Cerveau endommagé (Odile Jacob, 416 p., 39,90 euros), la biologiste Barbara Demeneix (CNRS/Muséum national d’histoire naturelle) montre comment la perturbation du système hormonal par une multitude de substances présentes dans notre environnement domestique (solvants, plastiques, etc.) ou dans la chaîne alimentaire (pesticides, additifs, etc.), peut altérer la construction de certaines structures cérébrales, notamment au cours de la période intra-utérine.

    La chercheuse, dont les travaux sur le système thyroïdien sont mondialement reconnus, travaille depuis plus de dix ans sur la question. Elle a ratissé toute la connaissance, de l’épidémiologie à l’épigénétique en passant par l’endocrinologie et la biologie du développement ; elle conclut à un lien fort entre l’exposition généralisée de la population aux perturbateurs endocriniens — ces substances capables d’interférer avec le système hormonal — et l’augmentation d’une variété de troubles neuro-comportementaux (troubles de l’attention, hyperactivité, autismes, etc.).

    Faillite réglementaire

    Depuis longtemps, elle s’attend à ce que ses idées soient confortées par un début de baisse, dans la population générale, des capacités cognitives. Désormais, nous y sommes, même si d’autres causes que les contaminants chimiques ne sont pas à exclure…
    S’il faut évoquer, aujourd’hui, les travaux de Barbara Demeneix, ce n’est pas seulement à l’occasion de la parution française de son livre. C’est aussi et surtout que la semaine passée a marqué le dernier épisode en date, et l’acmé, d’une interminable faillite réglementaire.

    Mercredi 15 juin, avec, au compteur, deux ans et demi de retard et une condamnation de la Cour de justice de l’Union européenne, Bruxelles a proposé des critères d’identification des perturbateurs endocriniens — critères qui permettront de les retirer du marché. Hélas, la proposition de Bruxelles exige des niveaux de preuve presque impossibles à atteindre pour déclarer une substance « perturbateur endocrinien ». Les sociétés savantes, les ONG et certains Etats-membres sont vent debout.

    Bruxelles n’a pas compris qu’il ne s’agit plus de prendre des mesures de précaution, mais des mesures d’urgence. Nous ne le voyons plus seulement par les hausses d’incidence des maladies hormonales « classiques » (cancers hormono-dépendants, diabète, infertilité, etc.) : nos cerveaux et ceux des générations futures, condition sine qua non de notre intelligence collective, sont en première ligne.


  • Sisyphe - Masculin/Féminin - Quand la science naturalise l’ordre social
    http://sisyphe.org/spip.php?article4296

    « Dans le langage scientifique comme dans le langage trivial, prévalent comme des fondements non questionnables, des catégories sexuées dualistes où géométrique est supérieur à sensible, abstrait à concret, rapide à lent comme masculin l’est à féminin (...) La grille de lecture avec laquelle nous fonctionnons est toujours celle immuable et archaïque, des catégories hiérarchisées ... » (Françoise Héritier, « Masculin/Féminin II : dissoudre la hiérarchie », 2002, éditions Odile Jacob)

    Objectif/subjectif ou la science comme point de vue masculin

    Masculin, féminin, sont, chez Homo sapiens sapiens, des qualificatifs servant à préciser le genre. Genre qui, en l’occurrence, n’est pas l’ensemble des êtres vivants situés entre la famille et l’espèce que les classifications phylogénétiques ont pour habitude de regrouper, réunissant ainsi, par exemple, le chien, le loup et le coyote dans le genre canis, mais genre qui représente l’une des deux formes que revêt le vivant humain : l’homme, la femme, êtres sociaux tout autant l’un que l’autre. Le genre est ainsi une sorte de vrai-faux cache-sexe, une « construction sociale naturalisée » (1), un des principes de division fondamentaux (2) de la vision anthropique du monde.

    Dans le langage, cependant, comme dans le mythe d’Aristophane (3), il y a trois genres qui, par tradition, bousculent l’ordre alphabétique : masculin, féminin, neutre. Le langage véhicule les représentations sociales d’une culture, il n’est, par conséquent, jamais réellement neutre, la preuve en est que le masculin l’emporte toujours sur le féminin. Il est aussi remarquable que les hommes occupent à la fois l’espace indéfini c’est-à-dire neutre et l’espace masculin. Le masculin et le neutre sont coextensifs au niveau du langage, donc de la pensée. L’espace des femmes est celui et le seul réellement marqué du point de vue du genre, de l’éternel féminin. Si le masculin a une posture neutre, objective, une posture de sujet, une posture de moi, a contrario, le féminin a celle de l’autre à ce sujet, celle de l’objet et de l’objet d’étude.

    Or, la posture neutre supposée garantir l’objectivité, c’est-à-dire la relation non située et distanciée au monde, est la posture de la science. Pratique dont la méthode, depuis Descartes, consiste à transformer les êtres en machines, c’est-à-dire en objets. La science exprime, de la sorte, le point de vue masculin sur le monde, ce point de vue singulier qui a prétention à l’universel et a le pouvoir de réifier l’univers pour mieux l’objectiver, le connaître et le maîtriser.

    #patriarcat #sciences #objectivité #genre #révisionnisme #male_gaze #androcentrisme


  • Le mouvement social actuel, le point sur la CGT et le Syndicalisme français, les nuits debout, , , , Stéphane Sirot, analyse

    Stéphane Sirot, historien spécialiste du syndicalisme et du mouvement ouvrier fait le point sur la situation actuelle, Syndicats, CGT, Conflits syndicaux, Nuit debout . . . .
    Sur wikipédia :
    Stéphane Sirot est un historien français. Il est spécialiste de l’histoire et de la sociologie des grèves, du syndicalisme et des relations sociales. Il enseigne l’histoire politique et sociale du XXe siècle à l’Université de Cergy-Pontoise et l’histoire et la sociologie du syndicalisme et des relations sociales à l’Institut d’administration des entreprises de l’Université de Nantes.
    • 1884. Des syndicats pour la République, Lormont, Le Bord de l’eau, coll. « 3e culture », 2014, 114 p., ISBN 9782356873040
    • Le syndicalisme, la politique et la grève. France et Europe : XIXe-XXIe siècles, Nancy, Arbre bleu éditions, coll. « Le corps social », 2011, 360 p., ISBN 979-10-90129-00-9
    • Les syndicats sont-ils conservateurs ?, Paris, Éditions Larousse, coll. « À dire vrai », 2008, 126 p., ISBN 978-2035839718
    • La grève en France. Une histoire sociale, XIXe-XXe siècle, Paris, Éditions Odile Jacob, coll. « Histoire », 2002, 306 p., ISBN 978-2738111722
    • Maurice Thorez, Paris, Presses de Sciences Po, coll. « Facettes », 2000, 301 p., ISBN 978-2724607963
    • Histoire sociale de l’Europe : industrialisation et société en Europe occidentale, 1880-1970 (codirection avec François Guedj), Paris, Éditions Seli Arslan, coll. « Histoire, cultures et sociétés », 1998, 411 p., ISBN 978-2842760144

    C’est un extrait de l’émission : C’est l’heure de l’mettre *, sur Radio Campus Lille.

    Le lien vers l’intégrale de l’émission : http://www.campuslille.com/index.php/entry/utopie-capitaliste
    Stéphane prend la parole à la 11 iéme minute.

    #audio #radio #Radios_libres #Radio_Campus_Lille #CGT #CFDT #Nuit_debout #Syndicalisme #Histoire #Code_du_travail #Stéphane_Sirot


  • L’enthousiasme dans la soumission
    Notre culture n’accueille plus les adolescents

    Il m’a surpris et j’écoute malgré moi.

    Avons-nous besoin de héros ?
    http://www.franceculture.fr/emissions/l-invite-des-matins/avons-nous-besoin-de-heros

    Le psychanalyste Boris Cyrulnik publie le 21 avril « Ivres paradis, bonheurs héroïques » chez Odile Jacob. Dans ce nouvel ouvrage, il théorise la nécessité d’avoir des héros et aussi le risque qu’il existe à les laisser être pervertis. Mais pourquoi avons-nous besoin de héros ?

    #FranceCulture #héros #citoyenneté


  • Pourquoi les intellectuels n’aiment pas le libéralisme, par Raymond Boudon - Institut Coppet
    http://www.institutcoppet.org/2013/01/25/pourquoi-les-intellectuels-naiment-pas-le-liberalisme-boudon

    À l’invitation du Parti libéral suisse, Raymond Boudon a prononcé cette conférence à Morges, dans le canton de Vaud, en septembre 2003. Une version développée de ce texte est proposée dans un ouvrage publié aux éditions Odile Jacob.

    #sociologie #épistémologie #libéralisme
    Au final, il ne démontre pas vraiment son propos...

    • C’est amusant, il ne semble pas vraiment comprendre pourquoi il y a des intellectuels qui ont une autre vision que le libéralisme, car il ne semble pas comprendre tout ce qui ne rentre pas dans la matrice libérale :
      la sociologie, le marxisme, tout ce qui permet de modéliser les phénomènes sociaux et dont l’influence sur l’individu est énorme...
      Oui, le social agit à notre insu. La culture qui nous façonne, nous oriente, nous polarise, nous pilote, ce n’est pas le fruit de la seule construction individuelle. Bien sûr qu’on se veut rationnel, mais la complexité est telle, l’influence inconsciente est telle, que l’individu n’a pas les capacités de rationaliser tout ce qui l’anime.
      C’est dingue de voir les libéraux s’agripper à cette croyance simpliste de l’individu indépendant et rationnel. Que ce modèle ait été utile pour franchir un palier durant le siècle des lumières, très bien, mais c’est la vertu du progrès que d’affiner les modèles et de les dépasser pour améliorer notre compréhension du réel... Il est vraiment temps de passer à autre chose

      Le paragraphe qui en dit long :

      Le libéralisme conçoit l’homme comme rationnel. Il le voit comme soumis à des passions et à des intérêts et comme cherchant à satisfaire ses passions et ses intérêts en utilisant les moyens qui lui semblent les meilleurs ; plus généralement, comme ayant des raisons de faire ce qu’il fait ou de croire ce qu’il croit. Il le voit comme mû par des passions et des raisons compréhensibles plutôt que par des causes qui agiraient à son insu. La psychologie mise en œuvre dans les théories libérales coïncide en un mot avec la psychologie ordinaire : celle d’Aristote et des moralistes du XVIIe siècle ; celle qu’on a pratiquée de toute éternité et qu’on met en œuvre tous les jours. Faute d’un meilleur terme, on qualifie cette psychologie de « rationnelle ». C’est celle qu’utilisent tous les auteurs libéraux : Adam Smith, Tocqueville, Max Weber.

    • Pour celleux qui souffrent du syndrome de Trop Long, Pas Lu, voila un résumé : Le marxisme est la cause de toutes les discriminations de la planète et le libéralisme c’est bien.

      (Mais à la fin du texte on ne sait toujours pas pourquoi.)