person:olivier ertzscheid

  • #BienvenueEnFrance : aujourd’hui c’est le 6ème jour de GREVE DE LA FAIM pour les 5 etudiant-e-s de #Nantes qui s’opposent à l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiant-e-s étranger-e-s, ceci dans une indifférence quasi générale. Pas trop honte Frédérique Vidal ?!
    https://www.flickr.com/photos/valkphotos/47028876182

    Flickr

    ValK. a posté une photo :

    #13février, Blocus de la Fac (dès 6h/6h30) puis Manif (10h) contre l’augmentation drastique des frais d’inscription pour les étudiant-e-s étranger-e-s.

     #BienvenueEnFrance : aujourd’hui c’est le 6ème jour de GREVE DE LA FAIM pour les 5 etudiant-e-s de #Nantes qui s’opposent à l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiant-e-s étranger-e-s, ceci dans une indifférence quasi générale. Pas trop honte Frederique Vidal ?
    #13février, Blocus de la Fac (dès 6h/6h30) puis Manif (10h) contre l’augmentation drastique des frais d’inscription pour les étudiant-e-s étranger-e-s.
    Communiqué de Université de Nantes en Lutte : https://nantes.indymedia.org/articles/44531

    Bilan santé par les Street Medics : https://nantes.indymedia.org/articles/44527

    Plus d’infos sur : https://twitter.com/UnivNantesLutte et https://www.facebook.com/Universit%c3%a9-de-Nantes-en-lutte-1691556827783529 et plus de photos sur : http://frama.link/valk 

    Articles sur le sujet :

    Les pré-inscriptions d’étudiants étrangers à l’université française sont-elles stables, comme l’affirme le gouvernement ?
    #Factchecking de Libération - https://www.liberation.fr/amphtml/checknews/2019/02/11/les-pre-inscriptions-d-etudiants-etrangers-a-l-universite-francaise-sont-

    Analyse du dispositif #BienvenueEnFrance par Olivier Ertzscheid sur : https://www.affordance.info/mon_weblog/2018/11/bienvenueenfrance.html
    Puis dénonciation de Frédérique Vidal : Ministre du mensonge, du racisme d’état et de l’apartheid décomplexé. https://www.affordance.info/mon_weblog/2019/02/frederique-vidal-ministre-racisme-mensonge-discrimination-apartheid.htm


  • Facebook a 15 ans déjà et veut encore grandir - RFI
    http://www.rfi.fr/emission/20190209-facebook-zuckerberg-reseaux-sociaux-whatsapp-messenger-instagram-intern

    Facebook a fêté, cette semaine, ses 15 ans. Oui, 15 ans, déjà, que le réseau social a été lancé depuis les dortoirs de Harvard.
    L’entreprise de Mark Zuckerberg est maintenant un mastodonte du Web, avec une galaxie d’applications dans son portefeuille, telles Messenger, WhatsApp ou encore Instagram.
    Nous revenons sur ces 15 ans avec Olivier Ertzscheid, maître de conférence en Sciences de l’information et de la communication, auteur du blog Affordance.info.
    On s’interroge aussi sur le futur du réseau social aux plus de 2 milliards d’utilisateurs actifs mensuels.

    #Facebook #Olivier_Ertzscheid


  • #bruno_amable
    (1) Les #gilets_jaunes sont avant tout en #mouvement - Libération
    https://www.liberation.fr/debats/2019/02/04/les-gilets-jaunes-sont-avant-tout-en-mouvement_1707375

    Le mouvement des gilets jaunes est difficile à cerner en raison de son mode de coordination, plus que « d’organisation », particulier : pas de leaders reconnus ou même autoproclamés, décentralisation, horizontalité etc.

    Y parvenir est un enjeu de #sciences_sociales mais aussi une question politique : quelles conséquences peut-on attendre d’une contestation sociale de cette ampleur ?

    La #composition_sociologique semble relativement simple à établir si on ne cherche pas une trop grande précision : classes populaires et moyennes, personnes actives, revenus plutôt modestes, situations de précarité…

    On apprend dans l’une d’elles (1) que 60 % des sondés qui soutiennent les gilets jaunes pensent que le #capitalisme devrait être réformé en profondeur alors que ce n’est le cas que de 35 % des personnes opposées à ce mouvement.

    85 % des personnes soutenant les gilets jaunes estiment que « l’#économie actuelle profite aux patrons aux dépens de ceux qui travaillent » ; 50 % tout de même des opposants aux gilets jaunes ont exactement la même opinion. Mais les deux groupes n’en tirent pas nécessairement les mêmes conclusions. 51 % des personnes soutenant « tout à fait » les gilets jaunes pensent qu’il faut prendre aux riches pour donner aux pauvres ; seulement 7 % de ceux qui ne les soutiennent « pas du tout » les suivent dans cette voie.

    Quant au « libéralisme culturel », les résultats de l’enquête sont conformes à la sociologie des soutiens des gilets jaunes. L’attitude vis-à-vis de l’immigration est à peine moins favorable que la moyenne des Français.

    chiffres :

    Le baromètre de la confiance politique, Cevipof, vague 10, janvier 2019 et « Les gilets jaunes ou le retour de la lutte des classes », Luc Rouban.


  • Gilets jaunes : peut-on analyser l’histoire en cours ?

    https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/gilets-jaunes-peut-analyser-lhistoire-en-cours

    L’un des mérites que l’on pourra indéniablement reconnaître aux #GiletsJaunes est bien celui d’avoir donné du pain sur la planche aux sciences sociales. Avant même d’en connaître l’issue, certains ouvrages se proposent déjà d’analyser le mouvement.

    Au lendemain de l’acte XII des Gilets jaunes, de ce nouveau samedi de mobilisation axé sur la dénonciation des violences policières, notamment à Paris, à la marche dite « des blessés » (dont la figure du mouvement est Jérôme Rodrigues), et alors qu’un appel à la grève générale a été lancé pour le 5 février 2019, retour sur l’étude d’un mouvement dit inédit par les sciences humaines et sociales…

    [Les Gilets jaunes], une sorte de défi, ou d’incitation, pour les sciences sociales à aller y voir de plus près.
    (Jean-Claude Monod)

    Car « Si les événements extraordinaires échappent aux explications ordinaires », ce n’est pas une raison pour baisser les bras.


  • Choquée par la "lettre" de Luc Le Vaillant parue le 28 dans Libé, j’ai lu avec intéret cet article de Romain Pigenel : Pourquoi il faut défendre « l’anonymat » sur Internet
    https://medium.com/@romain_pigenel/pourquoi-il-faut-d%C3%A9fendre-lanonymat-sur-internet-3d79de93b1d0

    L’article commence par une liste des diverses énormités qui sont proférées sur le sujet ces derniers temps, le papier de Luc Le Vaillant étant une sorte de sur-glaçage écœurant sur un gâteau déjà recouvert de cerises confites.

    « Pour une hygiène démocratique du statut de l’information […] je crois qu’on doit aller vers une levée progressive de toute forme d’#anonymat » (le président de la République, Emmanuel Macron). « Dans une société démocratique où on peut dire ce qu’on veut, il me parait bon de lever l’anonymat sur #Internet […] j’en ai assez de gens qui sont derrière les pseudos, et qui insultent à longueur de temps, qui mettent de l’huile sur le feu à longueur de temps » (le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger). « Quand vous avez un compte sur Twitter, sur Facebook, pourquoi vous ne l’assumez pas ? » (Yannick Jadot, avant de se rétracter). « Il suffit de créer des réseaux sociaux payant 1€/mois avec une charte éthique et un nom par profil. Sans pub. Sans utilisation des infos… et sortir des réseaux anonymes. » (Mathieu Kassovitz). « Je propose un projet de loi d’initiative citoyenne : que tous les comptes des réseaux sociaux soient nominatifs. Que tout puisse être dit mais que chacun assume ses paroles » (le dessinateur du Monde, Xavier Gorce). « Tout changerait si l’anonymat était interdit sur internet. Et si les Gilets Jaunes radicaux -les seuls qui restent aujourd’hui dans la rue- disaient chacun d’où ils viennent. » (Dominique de Montvalon, ancien rédacteur en chef du Parisien et du JDD) …

    Pour celleux qui ne l’ont pas lue, la lettre de Le Vaillant est par là : Pour qu’Internet tombe le masque : https://www.liberation.fr/chroniques/2019/01/28/pour-qu-internet-tombe-le-masque_1705956 avec un passage particulièrement odieux d’amalgames haineux :

    Et c’est pourquoi, cher anonyme, je veux la peau de ta pleutrerie et de ta défausse. Je n’aime pas la cagoule que tu mets à ta hargne tweeteuse, la burqa qui voile ton but ultime, ni ta blanche face à moustache d’Anonymous qui se la raconte coursé par Big Brother.

    Mais pour en revenir à l’article de Luc Le Vaillant, bien plus intéressant, il démonte pas mal d’idées reçues sur le pseudonymat, et vaut le détour à ce titre

    La pratique de Facebook, réseau où dominent les comptes identifiés, démontre chaque jour combien les sujets polémiques suffisent à faire sortir tout un chacun de ses gonds, même sans la protection d’un pseudonyme : c’est l’écrit qui désinhibe, au moins autant que « l’anonymat ». En outre, et par-delà l’intuition qu’on peut avoir de la question, les données fiables manquent ; une étude de l’université de Zurich, datée de 2016, remet même clairement en cause le lien entre anonymat et agressivité en ligne.

    (lien direct vers l’étude en question : https://qz.com/741933/internet-trolls-are-even-more-hostile-when-theyre-using-their-real-names-a-study

    Il permet non seulement de bien comprendre qu’il y a une confusion générale avec le #pseudonymat, mais aussi de très bien comprendre le danger que représenterai le traçage d’identité par toutes les plateformes comme le fait #Facebook

    ce serait un magnifique cadeau pour les partis ou leaders autoritaires/extrémistes, pour qui l’on préparerait tranquillement un filet garni permettant, dans l’hypothèse d’une accession au pouvoir, de tout savoir de l’activité en ligne (1H30 par jour, en moyenne, pour chaque Français) de tout individu. Même de ceux qui n’enfreignent ni les lois, ni les mœurs. Au contraire, on peut compter sur les internautes qui ont de « bonnes » mauvaises raisons de chercher l’anonymat — criminels en tête — pour trouver et maîtriser les contre-mesures nécessaires à ce type de surveillance généralisée. Un comble.

    J’aurai cependant aimé qu’il développe plus la nécessité de protéger l’anonymat, en faisant référence aux lanceurs d’alertes ou aux opposant-e-s politiques, particulièrement quand des condamnations pleuvent actuellement sur des #giletsjaunes n’ayant pas tenu leur langue sur facebook... et que l’office central de la lutte contre la criminalité informatique
    montre des signes de plus en plus dangereux de censure : https://seenthis.net/messages/755412 et https://seenthis.net/messages/756074

    • Tres bon article aussi de Olivier Ertzscheid qui se base, avec un opportunisme assumé, sur la médiatisation du harcèlement contre Bilal Hassani (source de sa chanson pour l’Eurovision) et démontre de manière implacable la responsabilité des plateformes marchandes (plateformes auxquelles il doit sin succès, les haters participant à la notoriété pour les algorithmes...)
      https://www.affordance.info/mon_weblog/2019/01/cher-bilal-hassani.html

    • Je rajoute un extrait du billet d’affordance :

      La question, la seule, à poser en toute priorité aux plateformes lorsque vous les rencontrerez, car vous verrez Bilal, elles voudront bientôt j’en suis convaincu vous rencontrer, la seule question à leur poser est celle-ci :

      Etes-vous prêt à réellement lutter contre les discours de haine, contre l’homophobie, en ajoutant dans vos CGU que chaque insulte raciste ou homophobe occasionnera la fermeture définitive du compte qui les a proférées ? Etes-vous prêt à perdre ces « clients » là qui ne sont pas, pour vous, anonymes, et qui ne l’ont jamais été ?

      Posez leur cette question là Bilal. Et dites-leur aussi ceci :

      Si vous étiez les gérants d’un magasin et que certains de vos clients revenaient tous les jours et traitaient de « sale PD » ou de « sale fiotte » d’autres de vos clients, quelle serait votre réaction ? Les accepteriez-vous dans votre magasin ? Ce que vous tolérez est ce que vous êtes vraiment. Dites-leur simplement cela Bilal. « Ce que vous tolérez est ce que vous êtes vraiment ».

      Et si ni Jack Dorsey, ni Mark Zuckerberg, ni Larry Page, ni Serguei Brin ni aucun autre ne regarde le concours de l’Eurovision ni ne vous invite pour parler avec vous de ce que vous traversez, alors j’espère qu’un(e) de nos représentant(e)s politiques, un jour prochain, leur posera très exactement cette simple et seule question là. Etes-vous prêts à perdre ces clients-là ou ne sont-ils pour vous que des clients comme les autres ?

      Ce que nous tolérons est ce que vous nous sommes vraiment. Bon courage pour l’Eurovision cher Bilal.

    • Rappelons simplement, pour finir, quelques évidences. Que le pseudonymat, c’est la liberté d’exprimer son avis sans craindre son voisin, son patron (pour mémoire, les fonctionnaires, par exemple, ont un devoir de réserve en ligne) ou le qu’en-dira-t-on. Que c’est la possibilité d’affirmer sa différence, sans craindre de se faire juger, ses convictions, ou son identité sexuelle, quand c’est dangereux de le faire là où on vit. De parler de ses problèmes de santé, ou personnels, sans avoir honte (merci les forums), de choses difficilement avouables, qui pourraient générer du harcèlement si on le faisait sous son vrai nom. De dénoncer des faits graves (déjà entendu parler des lanceurs d’alerte ?).


  • affordance.info : Bienvenue dans le World Wide Fake
    https://www.affordance.info/mon_weblog/2019/01/bienvenue-dans-le-world-wide-fake.html

    par Olivier Ertzscheid

    Nous sommes aujourd’hui à l’étape d’après.

    Celle du World Wide Fake. Un environnement, un écosystème dont l’essentiel des interactions sont artificiellement fabriquées sur la base d’une spéculation qui n’a d’autre but que de s’entretenir elle-même. Issue d’une forme de capitalisme linguistique se déclinant en un capitalisme de surveillance, cette spéculation avait initialement pour but de nous maintenir le plus attentionnellement captifs possible, nous rappelant sans cesse qu’il fallait interagir, notamment par le biais de ces contremaîtres cognitifs que sont les notifications.

    Mais aujourd’hui le « faux » se déploie au sein des architectures techniques toxiques de plateformes prédatrices qui ont presque totalement phagocyté tout ce qui fut l’espace public du web, et contraint nos usages à prendre place dans ces espaces privés et privatifs. Et cela change tout.

    Car il n’y a pas que les nouvelles qui sont fausses. Aujourd’hui « de faux internautes avec de faux cookies et de faux comptes sur des réseaux sociaux, effectuent de faux mouvements de souris, activent de faux clics vers de faux sites web (....), créant un simulacre d’internet dans lequel la seule chose encore réelle ce sont les publicités » écrit Max Read dans un papier pour le New York Magazine. Ces mêmes publicités qui font que « nous créons une dystopie juste pour pousse les gens à cliquer dessus » comme l’expliquait déjà l’année dernière la chercheuse Zeynep Tufekci.

    Hannah Arendt est morte en 1975 et n’a donc jamais connu internet. Dans un entretien de 1974 sur la question du totalitarisme elle écrivait ceci :

    « Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges, mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire un opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple vous pouvez faire ce qu’il vous plaît. »

    C’est très exactement cela, le risque et la promesse du World Wide Fake si nous n’y faisons rien : la conjugaison d’un emballement spéculatif autour d’une industrie publicitaire de la falsification et de l’altération et l’annonce d’un effondrement de notre capacité collective à faire société dans un espace public commun. Et à la fin, « avec un tel peuple, vous pouvez faire ce qu’il vous plaît. »

    #Fake_news #Web #Médias_sociaux


  • Deux mois après le début du mouvement des Gilets Jaunes, j’ai terminé une revue de presse sur la question (dans le but d’écrire un article à l’attention de mes ami.e.s anglophones du Canada, mais je ne sais pas si ça arrivera un jour). Je sais que d’autres se sont déjà essayés à une telle revue de presse, mais tant pis, voici la mienne qui n’essaye pas du tout d’être exhaustive :

    (1) Prémices :

    Cette guerre de basse intensité contre toute forme de révolte
    Gaspard d’Allens, Reporterre, le 13 novembre 2018
    https://seenthis.net/messages/735614

    (2) Effets sur le commerce :
    https://seenthis.net/messages/737657
    https://seenthis.net/messages/737900
    https://seenthis.net/messages/739837
    https://seenthis.net/messages/743897
    https://seenthis.net/messages/757890
    https://seenthis.net/messages/760177
    https://youtube.com/watch?v=Jy7dWH_lpEo

    (3) Répression policière et judiciaire :
    https://seenthis.net/messages/740633
    https://seenthis.net/messages/741161
    https://seenthis.net/messages/742416
    https://seenthis.net/messages/744081
    https://seenthis.net/messages/744104
    https://seenthis.net/messages/745931
    https://seenthis.net/messages/745953
    https://seenthis.net/messages/747535
    https://seenthis.net/messages/748646
    https://seenthis.net/messages/748751
    https://seenthis.net/messages/749045
    https://seenthis.net/messages/749187
    https://seenthis.net/messages/749847
    https://seenthis.net/messages/750174
    https://seenthis.net/messages/750538
    https://seenthis.net/messages/751050
    https://seenthis.net/messages/753445
    https://seenthis.net/messages/754296
    https://seenthis.net/messages/754760
    https://seenthis.net/messages/755068
    https://seenthis.net/messages/757535
    https://seenthis.net/messages/757893
    https://seenthis.net/messages/760228

    (4) Soutien et répression des lycéen.ne.s et étudiant.e.s :
    https://seenthis.net/messages/737434
    https://seenthis.net/messages/741687
    https://seenthis.net/messages/741773
    https://seenthis.net/messages/741813
    https://seenthis.net/messages/741924
    https://seenthis.net/messages/741959
    https://seenthis.net/messages/744912
    https://seenthis.net/messages/746449

    (5) Évolution du traitement syndical et médiatique :

    Gilets jaunes : ça bouge chez les syndicats
    Arthur Brault-Moreau, Regards, le 30 novembre 2018
    https://seenthis.net/messages/740147

    Les directions syndicales répondent à l’appel de Macron pour maintenir l’ordre contre les gilets jaunes
    Damien Bernard, Révolution Permanente, le 6 décembre 2018
    https://seenthis.net/messages/741895

    Le traitement médiatique des Gilets Jaunes : un mois de propagande pro-Macron
    Marion Beauvalet, Le Vent se Lève, le 29 décembre 2018
    https://seenthis.net/messages/748043

    (6) Tentatives d’enquêtes sociologiques :

    « Gilets jaunes » : une enquête pionnière sur la « révolte des revenus modestes »
    Collectif, Le Monde, le 11 décembre 2018
    https://seenthis.net/messages/743069

    Enquête. Les gilets jaunes ont-ils une couleur politique  ?
    Collectif "Quantité critique", L’Humanité, le 19 décembre 2018
    https://seenthis.net/messages/746021

    « Le mouvement des “gilets jaunes” n’est pas un rassemblement aux revendications hétéroclites »
    Jean-Yves Dormagen et Geoffrey Pion, Le Monde, le 27 décembre 2018
    https://seenthis.net/messages/747411

    Qui sont vraiment les « gilets jaunes » ? Les résultats d’une étude sociologique
    Tristan Guerra, Frédéric Gonthier, Chloé Alexandre, Florent Gougou et Simon Persico, Le Monde, le 26 janvier 2019
    https://seenthis.net/messages/755484

    Voir aussi :
    http://www.enquetegiletsjaunes.fr

    Après dix semaines de mobilisation, comment la police analyse le mouvement des « gilets jaunes »
    Elise Vincent et Nicolas Chapuis, Le Monde, le 26 janvier 2019
    https://seenthis.net/messages/755960

    Le fond de l’air est jaune : comprendre une révolte inédite
    Jean-Claude Monod, Etienne Balibar, Ludivine Bantigny, Louis Chauvel, Isabelle Coutant, Aurélien Delpirou, Olivier Ertzscheid, Michaël Foessel, David Graeber, Samuel Hayat, Thomas Piketty, Pierre Rosanvallon, Alexis Spire, Sophie Wahnich et Michelle Zancarini-Fournel
    Seuil, 2019
    https://seenthis.net/messages/757816

    Gilets jaunes : hypothèses sur un mouvement
    La Découverte, 2019
    https://seenthis.net/messages/757816

    Les gilets jaunes ou le retour de la lutte des classes
    Luc ROUBAN, Sciences Po CEVIPOF, janvier 2019
    https://seenthis.net/messages/757831

    (7) Analyses (pas le plus intéressant, mais c’est pour savoir ce que pensent les "intellectuel.le.s") :

    La couleur des gilets jaunes
    Aurélien Delpirou, La vie des idées, le 23 novembre 2018
    https://seenthis.net/messages/738152

    Qui sont et que veulent les « gilets jaunes » ?
    Benoît Coquard, Contretemps, le 23 novembre 2018
    https://seenthis.net/messages/738152

    De quelle couleur sont les gilets jaunes ?
    Rafik Chekkat, Etat d’exception, le 24 novembre 2018
    https://seenthis.net/messages/738152

    Omar Slaouti : « Nous organiser »
    Ballast, le 28 novembre 2018
    https://seenthis.net/messages/739537

    Deux ou trois choses dont je suis presque certain à propos des « gilets jaunes »
    Laurent Mucchielli, The Conversation, le 4 décembre 2018
    https://seenthis.net/messages/741173

    QUELQUES REFLEXIONS SUR LE MOUVEMENT DES GILETS JAUNES, SUR SON IMPORTANCE, ET SUR LE MÉPRIS ET L’EXTRÊME VIOLENCE À LAQUELLE ON ASSISTE AUJOURD’HUI A L’ÉGARD DES CLASSES POPULAIRES
    Edouard Louis, Facebook, le 4 décembre 2018
    https://seenthis.net/messages/741160

    Les Gilets Jaunes, l’économie morale et le pouvoir
    Samuel Hayat, le 5 décembre 2018
    https://seenthis.net/messages/741622

    Au sujet des « gilets jaunes », je ne sais sur quel pied danser
    Titiou Lecoq, Slate, le 7 décembre 2018
    https://seenthis.net/messages/741978

    Gilets jaunes : le sens du face à face
    Etienne Balibar, Médiapart, le 13 décembre 2018
    https://seenthis.net/messages/743887

    Les Gilets jaunes et la question démocratique
    Samuel Hayat, le 24 décembre 2018
    https://seenthis.net/messages/746854

    « Les “gilets jaunes” veulent rompre avec le sentiment de dépossession »
    Ivan Bruneau et Julian Mischi, Le Monde, le 2 janvier 2019
    https://seenthis.net/messages/748665

    Des « gilets jaunes » composites et des gauches embrumées
    Philippe Corcuff, Médiapart, le 3 janvier 2019
    https://seenthis.net/messages/752160

    Les vertus de l’inexplicable – à propos des « gilets jaunes »
    Jacques Rancière, AOC, le 8 janvier 2019
    https://seenthis.net/messages/749921

    Eric Fassin : « Quand on rejette l’opposition gauche/droite et la représentation politique, ça finit rarement à gauche »
    Pierre JacquemainRegard, le 14 janvier 2019
    https://seenthis.net/messages/752279

    Gilets Jaunes, l’urgence de l’acte
    Stathis Kouvélakis, Contretemps, le 21 janvier 2019
    https://seenthis.net/messages/756848

    Toni Negri : « Les gilets jaunes sont à la mesure de l’écroulement de la politique »
    Amélie Poinssot, Médiapart, le 29 janvier 2019
    https://seenthis.net/messages/756272

    (8) En anglais :

    The mass protests in France : A new stage in the international class struggle
    Le Comité de rédaction du World Socialist Web Site, le 3 décembre 2018
    https://seenthis.net/messages/740828

    The undead centre meets the shitstorm
    Richard Seymour, Patreon, le 7 décembre 2018
    https://seenthis.net/messages/741895

    To Understand France’s Crisis, You Must First Understand Its Cheese
    Karl Sharro, BuzzFeed, le 20 décembre 2018
    https://seenthis.net/messages/746836

    Popular Uprising in Paris and Left’s Fear of Populism (et compilation d’articles en #anglais)
    Ranabir Samaddar, Alternatives international, le 14 décembre 2018
    https://seenthis.net/messages/752711

    Use of Force in France’s ‘Yellow Vest’ Protests Fuels Anger
    Elian Peltier, The New-York Times, le 28 janvier 2018
    https://seenthis.net/messages/756085

    10 reasons the Gilets Jaunes are the real deal
    David Studdert, Off Guardian, le 10 février 2019
    https://seenthis.net/messages/759573

    (9) Audio-visuel :

    ELO#351 - Gilets Jaunes et Musique
    Dror, Entre Les Oreilles, le 12 décembre 2018
    https://seenthis.net/messages/743558

    Des images du Siné Mensuel de décembre 2018
    https://seenthis.net/messages/741364

    #Gilets_Jaunes #France #Violence_policière #Violences_policières #brutalité_policière #répression #universités #lycées #syndicats #média #sociologues #intellectuels #enquêtes #analyses #droite #gauche #recension


  • affordance.info : Lettre à Jack Dorsey : et si vous appliquiez juste vos propres règles ?
    https://www.affordance.info/mon_weblog/2019/01/jack-dorsey-appliquez-vos-propres-regles.html
    https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef022ad3862c11200c-600wi

    par Olivier Ertzscheid

    Vous Jack Dorsey, vous le PDG de Twitter, vous qui allez vous ressourcer et faire un peu de tourisme méditatif du côté de Myanmar, sur les cendres encore chaudes du génocide des Rohingyas et qui trouvez ça cool, vous également Mark Zuckerberg, PDG de Facebook dont la responsabilité est également engagée dans la surexposition des discours de haine ayant attisé les violences contre le peuple Rohingyas, je vais vous dire exactement quoi faire.

    Appliquez vos propres règles. Utilisez le moteur de recherche de vos plateformes sociales et recherchez l’expression « sale crouille ». Ou « sale bougnoule ». Vous trouverez une foule de statuts, de tweets, de posts derrière lesquels des utilisateurs qui sont tout sauf anonymes. Vous connaissez ces utilisateurs. Même s’ils s’expriment sous pseudo, vous avez leur vrais noms, leur vraie adresse mail et le plus souvent aussi leur vrai numéro de téléphone puisqu’il est devenu très compliqué dans vos plateformes d’éviter des processus de double ou de triple identification lorsque l’on crée un compte ou que l’on veut en changer.

    Alors vous, Jack Dorsey et Mark Zuckerberg qui mettez régulièrement à jour les « guidelines » et les règles supposées interdire et bannir les discours de haine et les « conduites haineuses », puisque vous connaissez ces gens et pouvez, dans le cadre du service privé que vous mettez à leur disposition gratuitement, les empêcher simplement et définitivement de déverser leur haine et de contaminer ainsi l’espace public qui fait écho à ces hurlements privés, puisque vous en avez non seulement le droit mais également le devoir, pourquoi n’appliquez-vous pas simplement les règles que vous nous obligez à signer ?

    A vrai dire il n’existe qu’une seule réponse à cette question. Vous ne le faites pas parce qu’un raciste, un antisémite ou un homophobe notoire sont avant tout des clients comme les autres. Et que la nature même de ces discours de haine entretient le modèle économique toxique qui est le vôtre car ces discours de haine génèrent de l’interaction, de l’engagement, du buzz, du retour sur investissement.

    Alors montrez-vous dignes de la place que vous prétendez occuper dans nos sociétés avec vos plateformes. Montrez-vous dignes du « projet politique » et de la vision d’une société inclusive et respectueuse que vous dites vouloir porter et défendre, et au service duquel vous prétendez mettre vos plateformes. Et pour cela commencez juste par appliquer réellement vos propres règles. Il est clairement trop tard pour éteindre l’incendie de la haine et ce n’est d’ailleurs pas de votre responsabilité que de le faire car vous ne l’avez pas allumé. Cet embrasement haineux est politique et sociétal, il existait bien avant les grandes plateformes sociales et il est probable qu’il leur survivra. Mais à l’échelle qui est la vôtre, pour vos 326 millions d’utilisateurs ou vos 2,6 milliards de profils, votre responsabilité directe est plus que jamais engagée dans le refus d’en éteindre chaque nouvelle étincelle, chaque nouvelle braise.

    #Twitter #Facebook #PLateformes #Architecture_toxique



  • Facebook-Gilets jaunes : l’heure de la remise en question des médias a-t-elle sonné ?
    https://www.franceculture.fr/emissions/la-fabrique-mediatique/facebook-sonne-t-il-le-glas-des-medias-traditionnels

    Avec David Dufresne, journaliste indépendant, documentariste, observateur des médias et d’Internet depuis vingt ans <> Olivier Ertzscheid, maître de conférence en Sciences de l’information et de la communication.

    #Médias #Médias_sociaux #Facebook


  • affordance.info : Après avoir Liké, les gilets jaunes vont-ils voter ?
    https://www.affordance.info/mon_weblog/2018/12/les-gilets-jaunes-vont-ils-voter.html
    https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef022ad3a51481200d-600wi

    par Olivier Ertzscheid

    Chacun d’entre nous est en relation avec ce que l’on appelle des liens « forts » et des liens « faibles ». Les liens « forts » ce sont nos « vrais » amis / famille, les gens avec qui l’on interagit le plus souvent. Et les liens « faibles » sont « les amis de nos amis », c’est à dire les cercles relationnels plus distants, mais dont la force et la capacité de prescription est également très efficace en cela qu’ils permettent d’avoir accès à d’autres cercles, d’autres réseaux. C’est la théorie de la force des liens faibles développée par Mark Granovetter en 1971 et dont Facebook est l’incarnation absolument parfaite.

    Facebook dispose du graphe complet des liens forts et des liens faibles de chacun des 2,2 milliards de nos profils. C’est déjà fascinant (et angoissant) mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg.

    A un autre niveau du graphe on trouve les différentes « interactions » dont le célèbre « Like ». Et là encore, pour chacun d’entre nous, et au prisme de chacun de nos liens faibles ou forts, Facebook dispose de l’ensemble des « Like » que nous avons déposés et qui renseignent là encore assez admirablement sur nos opinions politiques, religieuses, sur notre situation sociale, sur nos intentions d’achats, sur nos goûts et nos dégoûts culturels, etc. Là encore les chiffres sont dantesques : 4,5 milliards de Likes distribués chaque jour, presque 5 milliards de contenus partagés chaque jour et plus de 10 milliards de message chaque jour. Bref « une version post-moderne de la Stasi » comme disait Julian Assange.

    Et puis au milieu de tous ces graphes déjà tous reliés entre eux, il existe aussi, dans la structure du réseau lui-même, des points qui jouent le rôle « d’attracteurs ». Ces points peuvent être des profils individuels, par exemple les gens qui ont statistiquement beaucoup plus de liens forts ou de liens faibles que les autres, et qui sont donc, pour le dire très vite, plus « influents » ou qui sont des « aiguilleurs de viralité » beaucoup plus efficaces ; et puis il y a, donc, les pages et les groupes. Dont le Compteur officiel de gilets jaunes (« Combien sommes-nous de gilets jaunes ? »).

    Le deuxième truc important c’est qu’il s’agisse d’un groupe (il faut s’y inscrire) et non d’une page (à laquelle on peut s’abonner ou que l’on peut "liker"). Un groupe, on y "entre". Et une fois qu’on y est entré, l’algorithme de Facebook va faire le reste. Et comme le rappelait l’excellent Vincent Glad :

    "Le mouvement a été sans conteste aidé par le nouvel algorithme Facebook qui survalorise les contenus de groupes au détriment des contenus postés par des pages (et donc par les médias). Après quelques likes sur un groupe, on se retrouve submergé du contenu de ce groupe dans son fil d’actualités. Le nouvel algo a précipité les gilets jaunes dans une « bulle de filtre » où ils ne voient presque plus que du contenu jaune."

    Pour Facebook il est donc très facile de très précisément savoir, à l’échelle de chaque profil individuel, qui a liké, commenté, approuvé ou désapprouvé tout ou partie des revendications, et de le faire revendication par revendication, profil par profil, avec un niveau de granularité très fin. Non seulement c’est très facile mais en plus c’est la base de son modèle économique, de son architecture technique, et de ses récents et récurrents ennuis ...

    Ces informations, Facebook est en capacité de les « vendre », à tel ou tel parti politique dans le cadre de n’importe quelle élection. Pour être précis - c’est important - il ne « vendra » pas « le nom de Untel qui a liké telle proposition » mais il permettra à tel annonceur agissant pour tel parti politique ou tel lobby, d’afficher la bonne publicité ou le bon argument au bon moment sur le bon profil pour le convaincre que son candidat soutient cette idée. Bref très exactement ce qui s’est produit dans le cadre du scandale Cambridge Analytica (avec toute les histoires de « dark posts » et autres « shadow profiles ») et qui, sachons-le, va continuer de se produire puisque la seule décision de la plateforme après ledit scandale fut de promettre davantage de transparence.

    #OhWait.

    On a donc, une nouvelle fois un assez gros problème qui se profile à l’horizon pour autant que l’on soit attaché à une version républicaine de la démocratie. Parce que quelle que soit l’issue du mouvement des Gilets Jaunes et indépendamment de sa temporalité propre, il est absolument évident que les prochaines élections en France vont se jouer sur la cinquantaine de thèmes qui sont présentés ici. En commençant par ceux liés au pouvoir d’achat.

    Quelle que soit l’issue du mouvement, la base de donnée « opinion » qui restera aux mains de Facebook est une bombe démocratique à retardement ... Et nous n’avons à ce jour absolument aucune garantie qu’elle ne soit pas vendue à la découpe au(x) plus offrant(s).

    Il n’est pas impossible que cette émancipation leur soit également volée parce qu’une nouvelle fois, il faut le dire, le répéter et le comprendre, Facebook facilite autant les révolutions sociales qu’il en compromet la victoire. Et qu’une plateforme commerciale privée se substituant à un espace de débat public a d’abord vocation à instrumentaliser toute forme d’expression singulière ou groupale au service de ses seuls intérêts économiques.

    Ajoutez à cela le fait que voilà des décennies que l’action politique a privé et amputé les classes populaires et intermédiaires d’un peu de leur pouvoir d’achat et de beaucoup de leur dignité. Considérez également toutes ces années où la parole et la voix de ces mêmes classes populaires et intermédiaires, pour autant qu’on leur ait permis de l’exprimer, a été niée dans son expression même, notamment au moment du référendum européen de 2005. Et puis tant que vous y serez, n’oubliez pas d’ajouter aussi toutes ces années à refuser la proportionnelle et à déconnecter toujours davantage la votation de la représentation pour s’étonner ensuite de la montée des abstentions.

    Ce que les Gilets Jaunes sont en train de tenter de rebâtir dans une errance politique qui n’est mesurable qu’à l’aune de leur désespérance idéologique c’est, simplement, fondamentalement et essentiellement, un espace réel de revendications. Rien d’autre. Autour de ronds-points qui sont leurs assemblées. Un espace réel de revendications toutes légitimes. Oui. Toutes légitimes car toutes relevant d’un sentiment d’urgence. Et cette urgence est moins celle des fins de mois difficiles que celle d’une dignité à reconstruire.

    Que la rationalité politique classique et les alcôves classiques du compromis (la fameuse « table des négociations ») paraissent tout à fait inatteignables n’est une surprise que pour ceux qui ont laissé ce fiasco s’organiser tant qu’il leur permettait de préserver leurs intérêts. Chaque plateau télé, chaque débat radiophonique confrontant les moins radicaux des Gilets Jaunes aux plus modérés des représentants politiques l’affirme avec l’évidence d’une formidable claque dans la gueule.

    #Facebook #Gilets_jaunes #Démocratie


  • affordance.info : L’algorithme de la marque jaune.
    https://www.affordance.info/mon_weblog/2018/12/algorithme-marque-jaune.html
    https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef022ad37fa10e200c-600wi

    par Olivier Ertzscheid

    Ce qui sera visible sur votre mur sera donc (en plus des critères précédents) choisi en fonction de votre « intérêt » et de votre proximité avec la personne qui a posté un contenu ; en fonction de la « performance » du contenu en lui-même (sa viralité en gros) ; en fonction de la capacité de la personne qui a posté un contenu à poster des contenus en général très performants (ce qui explique la « prime » de visibilité et d’audience ainsi donnée à certains comptes dans le mouvement des Gilets Jaunes) ; en fonction du « type » de contenu (un post avec uniquement du texte sera moins partagé qu’un post avec des liens, qui lui-même sera moins viral qu’une bonne image qui elle-même l’est souvent moins qu’une très courte vidéo) ; et enfin en fonction de « l’actualité » du contenu, le fait qu’il soit récent et/ou qu’il renvoie à des événements récents (et donc toujours capables de mobiliser facilement notre attention).

    Si on regarde, par exemple, le fonctionnement de Google et de son algorithme Pagerank, le problème y semble assez évident et il peut être formulé comme suit :

    Dans une grande très quantité de pages indexées, comment trouver celles répondant le mieux à une requête donnée ? Réponse : les plus « pertinentes » seront les plus « populaires », et cette popularité sera déterminée par le nombre de liens hypertextes pointant vers elles.

    Simple. Basique.
    Et Facebook donc, quel problème cherche-t-il à résoudre ?

    Facebook cherche-t-il à trouver des contenus répondant le mieux à une requête ? Non puisque nous ne posons (presque) jamais de question à Facebook.

    Facebook cherche-t-il à déterminer la popularité et la pertinence d’un contenu ? Non plus. En tout cas pas fondamentalement.

    Fondamentalement, Facebook cherche à nous contraindre à interagir avec des contenus de la plateforme pour disposer de profils « qualifiés » (= décrits et caractérisés aussi finement que possible). Facebook appelle cela « l’engagement ». L’algorithme de Facebook cherche donc à résoudre le problème de l’engagement. Problème qui peut être décrit de la manière suivante :

    Comment inciter des gens à interagir avec des contenus qui ne les concernent pas et qu’ils ne recherchent pas ?

    Je répète : le problème de l’algorithme de Facebook est de savoir comment inciter des gens à interagir avec des contenus qui ne les concernent pas et qu’ils ne recherchent pas.

    Et comme il a mis en place plein d’outils pour y parvenir (souvenez-vous que ses ingénieurs ont suivi des cours de persuasion technologique), pour peu que des contenus nous concernent, même un peu, même de loin, ou que nous les recherchions, même secondairement, même anecdotiquement, le volume d’interaction monte en flèche. Et le chiffre d’affaire de Facebook avec.

    Je le répète donc une troisième (et dernière) fois, le problème de l’algorithme de Facebook est de savoir comment inciter des gens à interagir avec des contenus qui ne les concernent pas et qu’ils ne recherchent pas.

    C’est cela, le problème de Facebook. Juste cela. Et c’est parce que c’est cela le problème de Facebook que nous avons collectivement un problème avec Facebook et que Facebook a également tout un tas de nouveaux problèmes dont il faudra bien qu’il finisse par répondre devant la justice et peut-être pas uniquement devant la justice fiscale. Et si l’algorithme de Facebook cherche à résoudre ce problème particulier c’est à la fois pour entretenir son propre modèle économique et pour pallier son incapacité à produire une forme de désir de questionnement

    Et dans le cadre de ce problème, la question de la “vérité” ou même de la “véracité” est entièrement escamotée au seul profit de l’engagement :

    « Facebook est une machine à produire de l’engagement. Google est une machine à produire de la popularité. Ce qui veut dire que le régime de vérité de Google est celui de la popularité. Est “vrai” dans l’écosystème Google, au regard des critères de l’algorithme de Google, ce qui est populaire. (...) Est “vrai” dans l’écosystème Facebook ce qui permet de produire de l’engagement, d’être “atteint” (le fameux “reach”) et, par effet de bord, de “porter atteinte”. Peu importe que cela soit “vérifiable”, peu importe que cela soit “populaire” (effet de l’illusion de la majorité), il suffit, dans le régime de vérité de Facebook, que cela produise de l’engagement. »

    Cette vidéo et ces images sont bien sûr tout à fait authentiques. Et cette scène et ce qui a suivi c’est ... Bref. « Ces images terribles sont la preuve à charge d’un dérapage, qui tutoie les procédés de vengeance vidéo, ou revenge porn, plus proches de la loi du talion que du maintien de l’ordre », écrit André Gunthert. Mais là n’est pas mon sujet.

    Dès que cette vidéo est « sortie » (c’était en fin de matinée hier), je l’ai vue rediffusée (« partagée ») par un très grand nombre de mes « amis » ou « amis d’amis » Facebook sans qu’ils aient matériellement ou intellectuellement pu prendre le temps d’en vérifier l’authenticité. Sur le coup beaucoup de titres de presse ont bien sûr immédiatement fait des « papiers » pour générer de l’audience mais l’essentiel de ces « papiers » ne comportaient aucun élément factuel sur l’authenticité, de la vidéo, sur sa date de tournage, sur son auteur, etc. Rien. A ce moment là, et « à ce moment là » est le point important de cette phrase, à ce moment là rien ne permettait d’indiquer que cette vidéo et ces images n’étaient pas fausses ou décontextualisées ou montées ou filmées dans d’autres manifestations dans d’autres contextes.

    Et pourtant des gens qui n’ont sociologiquement rien de « Gilets Jaunes », des gens qui sont par ailleurs à peu près parfaitement éduqués à l’image et à son analyse, des gens qui ne se méfient pas « des médias » ou qui n’y voient pas un ennemi, des gens parmi mes amis et mes « amis d’amis » ont instantanément partagé cette vidéo sans jamais se poser la question de son authenticité au moment où ils lui servaient de caisse de résonance. Exactement de la même manière que chez « les Gilets Jaunes », plein de gens rediffusent et partagent exactement de la même manière des vidéos et des images sans jamais se poser la question de leur authenticité au moment où ils les partagent.

    Ma démonstration s’arrête là puisqu’elle n’avait pour objet que d’essayer de vous convaincre que la question des Fake News n’est pas simplement une question « d’éducation aux médias », qu’elle n’est pas non plus une question « de classe » (sociale), mais qu’elle n’est qu’une question de biais cognitif et d’architecture technique toxique. Comme je l’avais déjà analysé ici.

    L’AFP Factuel et d’autres comptes de médias ont ensuite plus tard dans l’après-midi attesté que la vidéo était authentique et ont produit tous les éléments de contexte nécessaires. Mais même si ce temps de Fact-Checking fut très rapide (bravo d’ailleurs aux différents médias), il fut une éternité à l’échelle de la temporalité « virale ».

    #Facebook #Viralité #Culture_numérique #Algorithmes


  • Les 20 ans de Google
    https://www.franceinter.fr/emissions/la-tete-au-carre/la-tete-au-carre-13-novembre-2018

    Comment le moteur de recherche Google sélectionne, hiérarchise-t il les pages pour déterminer sa pertinence ?

    Et quels sont les critères algorithmiques permettant d’évaluer la pertinence d’un site ? Et ces critères algorithmiques sont-ils connus, transparents ?
    Avec nous, pour en parler :

    Olivier Ertzscheid, maître de conférence en sciences de l’information de la communication à l’université de Nantes. Auteur du blog affordance.info : observation des évolutions du web, il est l’auteur de L’Appétit des géants aux éditions C&F.
    Et Guillaume Sire, maître de conférence en sciences de l’information et de la communication à l’université Toulouse-I-Capitole. Il est l’auteur du livre Les Moteurs de recherche aux éditions La Découverte.

    #google #EMI


  • affordance.info : Pricey Birthday : Facebook a (encore) tué les anniversaires.
    https://www.affordance.info/mon_weblog/2018/11/facebook-a-encore-tue-les-anniversaires.html

    par Olivier Ertzscheid

    Depuis que je suis sur Facebook, c’est à dire quasiment depuis la création de la plateforme, je l’ai vu faire évoluer notre perception (et notre célébration) des anniversaires.
    Birthday killing.

    J’ai vu Facebook tuer les anniversaires et ce dès 2010, six ans à peine après sa création.

    « But now everyone knows it’s your birthday. I used to be right up there with cake, but Facebook has commoditized my one and only social skill. I’ve been replaced by the computer. And it’s not just Facebook. I was the second person to wish my son a happy fourth birthday. The first was his dentist’s customer relations management software. »

    Tout comme vous j’ai, dans le même temps, vu également apparaître ces formes à peine dissimulées de hameçonnage attentionnel consistant à nous inviter, par notifications le plus souvent aussi intempestives que bullshitesques, à féliciter nos « relations » pour célébrer leurs « anniversaires de travail » sur LinkedIn.

    J’ai vu donc la petite mort d’un rituel social en même temps que sur les mêmes plateformes assassines naissaient d’autres rituels de célébration : ainsi les adolescents et jeunes adultes se mirent à l’occasion de chacun des anniversaires de leurs camarades à publier sur Facebook différents « dossiers » de photos les représentant dans des postures assez peu valorisantes et assez drôles (j’en sais quelque chose puisque je suis encore ami avec mes étudiant(e)s).

    J’ai vu aussi ce dernier rituel se tarir à mesure que lesdits jeunes adultes et adolescents délaissaient la plateforme pour migrer vers d’autres espaces de socialisation en ligne comme WhatsApp, Snapchat ou Instagram, laissant Facebook à leurs (vieux) parents.

    Et j’ai vu. Et j’ai vu, récemment, apparaître sur Facebook un nouveau rituel d’anniversaire. Consistant à collecter directement de l’argent pour financer telle ou telle cause / association (il est également possible de lancer une collecte de fonds pour soi-même). J’ai ainsi vu naître le « Mercy Market », le marché de la pitié.

    Avec le Charity Birthday façon Facebook, c’est toute la relation « donateur-donataire » qui est reconfigurée, tant sur le plan monétaire que sur le plan symbolique. Celui qui reçoit (le donataire) n’est plus qu’un intermédiaire entre le donateur et le donataire réel (l’association caritative) et cet intermédiaire a pour fonction de solliciter directement le donateur sur le plan social en le désignant nommément et, comme je l’indiquais plus haut, en lui faisant porter la charge symbolique d’un éventuel refus. Une charge symbolique d’autant plus importante et signifiante qu’elle mobilise des problématiques en lien avec le domaine caritatif.

    Dans ces Charity Birthday, Facebook efface également le lien entre "personnalisation du cadeau" et "niveau de proximité et d’intimité" avec l’impétrant(e). Comme il avait effacé le marqueur affectif consistant à mémoriser uniquement les dates d’anniversaires de ses amis les plus importants en systématisant la procédure de rappel calendaire.
    C’est peut-être l’anniversaire du don caritatif mais c’est toujours pas la fête des politiques publiques de lutte contre la misère et les inégalités.

    Les logiques de dons caritatifs via des plateformes généralistes (comme Facebook) ou dédiées (l’ensemble des solutions de crowdfunding) occupent une place chaque jour plus importante et déterminante à l’échelle de ce que les acteurs économiques identifient désormais clairement comme un "Mercy Market" qui est le nouvel avatar du "Charity Business".

    #Anniversaire #Facebook #Charity_business #Rituels_numériques


  • affordance.info : « Le » numérique, la maman et la putain.
    http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2018/09/les-jeunes-les-ecrans-youtube-les-ordinateurs-en-cours-toussa.ht
    http://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef022ad3b41ce7200b-600wi

    par Olivier Ertzscheid

    La question centrale qui nous taraude à des niveaux divers en tant qu’enseignants, particulièrement à l’université, c’est celle de la meilleure articulation possible entre ces deux injonctions a priori contradictoires et ces deux postures disposant chacune d’arguments imparables sur la/les meilleure(s) manière(s) de réguler l’attention et sur celle(s) de la capter : comment peut-on justifier le fait de vouloir à la fois interdire l’usage d’internet dans les amphis et en même temps reconnaître l’importance de ce média dans les processus d’apprentissage et lui laisser une place de choix comme « ressource » dans les mêmes processus d’apprentissage ? Injonction contradictoire qui fonctionne aussi si vous remplacez « internet » par « ordinateurs » dans la phrase précédente.

    #Economie_attention #Education


  • Aucun algorithme, jamais, ne pourra défendre la démocratie par Olivier Ertzscheid
    https://www.liberation.fr/debats/2018/09/17/aucun-algorithme-jamais-ne-pourra-defendre-la-democratie_1679311

    Aujourd’hui, « les algorithmes » dont nous parlons interagissent en permanence avec d’autres algorithmes, d’autres jeux de données et d’autres architectures techniques toxiques ; et ils le font à des échelles toujours plus vastes et dans des environnements toujours plus contraints qui augmentent encore le niveau de risque et d’incertitude.


    Voilà pourquoi, pour l’ensemble de ces raisons, il est absolument impossible de garantir qu’ils soient transparents à l’inspection, prévisibles pour ceux qu’ils gouvernent et qu’ils soient, surtout, robustes contre toute manipulation.

    Il ne s’agit pas simplement de fake news et de libre arbitre. Il ne s’agit pas simplement de la liberté de l’information ou de la liberté de la presse. Il ne s’agit pas simplement d’algorithmes, de plateformes, d’Etats et de nations. Il ne s’agit pas simplement d’intelligences humaines et d’autres « artificielles ». Il s’agit de la liberté des peuples. Il s’agit de la liberté tout court.


  • affordance.info
    http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2018/08/fiabilite-facebook.html
    http://up6.typepad.com/6a00d8341c622e53ef00e54ff2c10e8833-220si

    par Olivier Ertzscheid

    Nous sommes en Août 2018 et le Washington Post nous apprend que Facebook vient de mettre en place un système de notation de la « fiabilité » de ses utilisateurs.
    Pourquoi un indice de fiabilité est une fable.

    En plus d’être déjà « classés » et indexés en fonction de nos activités, de nos géo-localisations ou de nos centres d’intérêts, nous allons désormais l’être aussi en fonction d’un score de crédibilité ou plus exactement d’un score de « fiabilité » (« Trustworthiness ») étalonné entre 0 et 1 et dont seule la plateforme disposera.

    Facebook en réalité se moque de savoir si nous sommes « crédibles », c’est à dire de savoir si ce que nous écrivons ou relayons renvoie à une forme de vérité objectivable ; ce dont Facebook se soucie et ce qu’il veut donc désormais mesurer c’est bien notre « fiabilité », et la nuance est d’importance. La « fiabilité » est une métrique qui est raccord avec le moteur de la plateforme qui est la notion « d’engagement ». Ainsi un utilisateur néo-nazi qui relaie une info annonçant que les migrants mangent leurs enfants et qu’il va aller les jeter au bout de la terre qui est plate, ce néo-nazi est un utilisateur qui n’est pas une seconde crédible mais qui est en revanche totalement fiable dans la constance - par ailleurs navrante - de ses convictions. C’est cette fiabilité que Facebook cherche à quantifier pour - c’est en tout cas ce qu’ils prétendent - permettre de mieux repérer les faux-comptes ou ceux qui relaient le plus souvent de fausses informations.

    Sur le fond, on peut d’ailleurs se réjouir que Facebook préfère évaluer notre « fiabilité » plutôt que notre « crédibilité », l’inverse indiquerait en effet que la plateforme adopte une position morale pour définir ce qui est vrai / crédible et ce qui ne l’est pas. Et à l’échelle de 2,5 milliards d’utilisateurs ce serait excessivement dangereux. Et dans le même temps, l’exemple de l’utilisateur néo-nazi que j’ai choisi montre bien à quel point cette « fiabilité » ne permettra aucunement de résoudre le problème des logiques de désinformation ou de « fake news », qui, comme j’ai souvent essayé de l’expliquer, n’ont rien à voir avec l’information mais sont liées aux architectures techniques toxiques qui favorisent et entretiennent certains modes de circulation et de diffusion garants d’un modèle économique.

    Pour Facebook comme pour d’autres, le seul et unique moyen de revenir à des interactions saines à l’échelle collective est d’abandonner le modèle économique qui est le sien et qui continuera inexorablement de susciter diverses formes spéculatives du discours haineux. Ce qu’il ne fera jamais. Ce modèle économique définissant son rapport à la vérité au travers de l’unique vecteur de « l’engagement » (apparaît comme « vrai » ce qui suscite le plus d’engagement et donc d’interactions), et Facebook ne pouvant ni ne voulant abolir ce modèle, la plateforme s’attaque alors « logiquement » au rapport à la crédibilité de ses propres utilisateurs au travers de cette notion de « fiabilité ». C’est à dire qu’une fois de plus et conformément à une forme diluée de libertarianisme qui nourrit l’idéologie de la plateforme, celle-ci considère que la meilleure réponse ne se trouve pas à l’échelle collective mais à l’échelle individuelle. On en avait déjà eu la démonstration lors de la lettre de Zuckerberg à la nation Facebook en Mars 2017, dans laquelle pour résoudre les problèmes liés à la représentation de la violence ou de la nudité il avait renvoyé chacun à ses propres critères de tolérance ou d’acceptabilité.

    Et c’est enfin car derrière ce score de « fiabilité » ne cherche même plus à se cacher l’idée aussi folle qu’inquiétante d’une rationalisation automatisée ou automatisable d’un rapport individuel à l’information absout de tout rapport collectif à une quelconque forme de vérité(s) objectivable(s). Le solutionnisme technologique est intrinsèquement lié à une forme de relativisme moral individualiste.

    Même si, en première intention, on peut se rassurer en se disant, comme le rappelle Numérama qu’il s’agit juste pour la plateforme de « déterminer le degré de confiance que le site peut raisonnablement avoir face aux actions de chaque inscrit », même si ce « scoring » n’est qu’un « indice comportemental parmi des milliers d’autres », il est aussi et surtout une manière tout à fait perverse et biaisée de fabriquer des représentations sociales individuelles et collectives tout en se défendant de le faire, des représentations qui ne reposent le plus souvent que sur la dimension pulsionnelle du rapport à l’information.

    Libertarianisme (économico-politique), solutionnisme (technologique) et relativisme (moral) : la sainte trinité de l’évangile des plateformes.

    #Facebook #Calculabilité #Fiabilité


  • Un billet d’Olivier Ertzscheid tout plein de testostérone, d’humour et de vérité :

    Qu’ils aillent Uberiser des bites en enfer ou disrupter leurs mamans
    mais qu’ils foutent la paix aux autres et à la démocratie.

    http://www.affordance.info/mon_weblog/2018/05/code-loi-start-up-nation-business-model-burnes.html
    #gouvernement #Mounir #numérique #loi #liberté #sécurité #disruption #startup #BMB

    • Il y a longtemps que Stiegler explique brillamment pourquoi la « disruption » est avant tout une stratégie de tétanisation de l’adversaire et ce qui fait « que vous arrivez toujours trop tard ». La disruption explique encore Stiegler, ce sont « des stratégies pour prendre de vitesse ses compétiteurs et ses régulateurs ». Et voilà très exactement de quoi relève le projet politique porté par Macron avec Mounir l’aventurier en première ligne et Collomb en back-office. Prendre de vitesse les régulateurs. Parce que la régulation n’est jamais bonne pour le Business Model.

      Il ne faut jamais sous-estimer un adversaire. A fortiori lorsqu’il a fait de la disruption son système de pensée unique et qu’il cherche en permanence à prendre de vitesse les régulateurs.


  • Le jeune président de la Start-up Nation était en fait un vieux con comme les autres (Olivier Ertzscheid, affordance.info)
    http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2018/05/jeune-president-vieux-con.html

    La logique du truc m’est apparue.

    J’ai compris que le projet politique de notre jeune président était de semer une graine : celle de l’humiliation quotidienne, celle de l’intranquillité permanente qui fait grandir la résignation qui, à son tour, façonnera le corps et l’âme de la chair à Managers dont a besoin le patronat. Et puis bien sûr, la graine de la concurrence. Toujours mettre les gens en concurrence.

    #éducation #université #sélection #éducation_supérieure #lycée #secondaire #humiliation #jeunesse #concurrence

    Pour en savoir plus sur #Parcoursup : https://seenthis.net/messages/696583


  • Parcoursup : « Sept refus et trois "en attente", j’ai encore rien dit à mes parents » - Libération
    http://www.liberation.fr/france/2018/05/23/parcoursup-sept-refus-et-trois-en-attente-j-ai-encore-rien-dit-a-mes-pare

    Élèves, profs, enseignants-chercheurs… Tous sont en première ligne face à la réforme de l’accès à l’enseignement supérieur, qui se met en place à toute vitesse. « Libération » leur donne la parole pour qu’ils racontent les bouleversements en cours. Aujourd’hui, Salem, 17 ans.

    Aujourd’hui, Salem, 17 ans, en terminale ES au lycée Jean Dautet, à La Rochelle

    « Sur dix vœux, j’ai sept refus et on m’a mis sur liste d’attente pour les trois autres vœux dans des universités. J’avais demandé des DUT d’informatique et de techniques de commercialisation. Et l’université, en droit et en informatique. Être sur liste d’attente pour des facs, c’est quand même affolant.

    Je ne suis pas un élève très mauvais, ni très bon, je suis un élève moyen qui donne de lui-même, ma moyenne générale tourne autour de 10-12. J’ai de bonnes notes en maths et mes appréciations sont bonnes. J’ai juste raté un trimestre sur deux ans.

    Je n’appréhendais pas vraiment l’arrivée des réponses, d’ailleurs je ne me suis pas précipité à 18 heures pour voir ce qu’il en était, puisque je m’étais dit que j’allais être accepté au moins dans une université sans difficulté. J’espérais même avoir une chance d’être sur liste d’attente pour les DUT, même si je ne suis pas prioritaire pour ces formations. Là, c’est un « non » catégorique. J’aurais aimé avoir un entretien au moins pour montrer ma motivation et qu’ils se basent sur autre chose que des notes et des appréciations.

    Je n’ai pas encore annoncé la nouvelle à mes parents. Ils vont percevoir ça comme un échec scolaire et j’ai peur qu’ils soient déçus. On se projette dans le futur et quand on n’a rien, le retour à la réalité est plutôt désagréable. Je garde l’espoir de remonter dans la liste d’attente et d’être accepté dans une des universités. Beaucoup ont demandé des facs en roue de secours, donc des places vont se libérer, mais ça m’énerve de savoir que même si je suis accepté, c’est par défaut.

    J’ai vu qu’on pouvait voir sa place sur les listes d’attente. Pour la fac de droit, je suis 598e sur 1040 (pour 300 places), pour celle d’informatique 355e sur 532 (pour 140 places disponibles) et la troisième en informatique à Pau 236e sur 251 (pour 30 places disponibles). Cela donne une idée, mais finalement ça m’inquiète encore plus. Le système est d’autant plus pervers que les réponses arrivent avant le bac. J’ai déjà un ami qui m’a dit que ça le décourageait. Ceux qui ont été acceptés, ça les motive bien sûr à décrocher le diplôme, mais quand on essuie des refus, qu’on est en attente, c’est plutôt l’inverse.

    Ça perturbe également nos révisions. Je trouve ça complètement ridicule de regarder sans cesse sur Parcoursup pour voir si on a gagné des places ou non. Certains ont envie de réviser, de se débarrasser de ça et d’avoir l’esprit tranquille. En plus, c’est contraignant, si on est accepté, mais qu’on n’a pas validé notre choix [dans les 7 jours, ndlr], on peut se retrouver sans rien. Du coup, on va être obligé de regarder tous les jours.

    Le plus angoissant est de se dire : "Si je n’ai rien à la fin de la semaine, qu’est-ce que je fais l’an prochain ?" Je sais qu’on peut avoir des réponses jusqu’en septembre, mais c’est angoissant. J’aimerais passer un été tranquille. »
    Marlène Thomas

    Tout ça veut donc dire, contrairement aux annonces officielles (mais on a l’habitude de leurs mensonges érigés en technique de communication), qu’un postulant peut tout à fait se retrouver sans aucune solution et n’être accepté nulle part même quand il met des vœux pour des formations à l’université.
    #parcoursup #enseignement_supérieur #sélection #discrimination #éducation

    • « Être sur liste d’attente pour des facs, c’est quand même affolant »...
      étant enseignant-chercheur a l’université, j’évite de lire ce que les lycéens disent de l’université (ou « la fac »), sinon j’ai vraiment l’impression de travailler dans la benne a ordures de l’enseignement supérieur...

    • « Benne à ordures » c’est fort mais de fait, comme tout le système post bac a été organisé jusqu’à présent pour qu’il n’y ait pas de sélection à l’université et qu’en plus le budget par étudiant est très bas comparé à ceux de toutes les autres filières, ben forcément ça n’incite pas à la valorisation de l’enseignement dans la tête des étudiants. Mais ce n’est pas en faisant une sélection inique que ça rendra l’université plus attractive. En plus, à partir du 2ème cycle, là ça s’inverse comme si un système qui ne sélectionne pas n’était pas valorisant, idée que je trouve profondément réactionnaire.


  • Olivier Ertzscheid : Pourquoi je ne quitte pas (encore) Facebook - Libération
    http://www.liberation.fr/debats/2018/04/24/pourquoi-je-ne-quitte-pas-encore-facebook_1645574

    par Olivier Ertzscheid

    Au delà de savoir s’il est techniquement possible de quitter le réseau social qui a fini par coloniser Internet, il faut qu’il reste des infiltrés pour lutter.

    Pourquoi je ne quitte pas (encore) Facebook

    Le titre de cet article devrait en fait être : « Pourquoi je n’ai pas encore quitté Facebook alors que j’aurais dû être parmi les premiers à le faire ? » Donc oui, malgré les scandales à répétition, malgré les dernières entourloupes de Zuckerberg continuant d’extorquer un consentement en faux-semblant et privant tout le reste du monde hors de l’Europe des avancées permises par le RGPD, malgré tout cela je reste encore sur Facebook et n’ai pas supprimé mon compte.
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    inRead invented by Teads
    #DeleteFacebook ?

    Je reste sur Facebook pour plusieurs raisons. Permettez que je vous les explique, car, comme nous le verrons un peu plus tard, il se pourrait que certaines d’entre elles vous concernent également.

    Observation participante. Je suis chercheur. Et Facebook est l’un de mes « terrains ». J’y observe les logiques interactionnelles, la circulation complexe des contenus, les logiques de viralisation et de monétisation. J’y suis donc, et j’y reste pour mon travail de recherche.

    Estrade professorale. Je suis enseignant. Il y a huit ans, j’expliquais sur mon blog pourquoi j’étais ami avec tou(te)s mes étudiant(e)s. Même s’ils ont avec ce réseau une relation plus distendue et moins « holistique » au profit d’autres plateformes sociales (Snapchat et Instagram notamment), mes étudiant(e)s y sont presque tous inscrits et en ont un usage constant et régulier. De fait, les arguments que je soulignais il y a huit ans me semblent tous toujours d’actualité. Facebook est plus qu’un simple « outil », c’est un « milieu ». Et si l’on veut en transmettre les codes et en avertir des dangers, il n’est pas possible de le faire sans s’y immerger, avec ceux que l’on prétend accompagner ou éduquer. Donc j’y reste aussi comme enseignant.

    Pour faire des bulles. De filtre et d’autres choses aussi. Je reste sur Facebook parce qu’au regard de la circulation de l’information et au regard de mes propres pratiques informationnelles, je suis devenu dépendant (mais je me soigne) de cette plateforme. Une dépendance double dont je porte au moins pour moitié la responsabilité. J’en porte la responsabilité car j’ai depuis longtemps délaissé mon agrégateur RSS et que comme le rappelle très justement Anil Dash, je participe, ce faisant, à exacerber le constat suivant : « La différence entre des individus choisissant les contenus qu’ils lisent et des entreprises choisissant ces contenus à la place des individus affecte toutes les formes de médias. » Mais la responsabilité de cette dépendance est aussi collective et elle est une aliénation : de plus en plus de médias, d’individus et d’entreprises ou d’associations n’ont plus d’autre existence discursive et donc sociale, que celle qui s’exprime via leur compte Facebook. Ils n’ont plus d’autre espace de parole que celui de leur compte Facebook, là où la promesse initiale du web était d’offrir à chacun une page et une adresse.
    #DeleteLaTélé

    Une étudiante avec qui je discutais récemment me demandait si l’on pouvait établir un lien entre les gens qui indiquent quitter - ou vouloir quitter - Facebook et ceux qui refusent toute forme de connexion (Digital Detox) ou qui, il y a quelques années, avaient décidé de ne plus avoir la télé. Le débat est en fait celui du ratio entre le bénéfice et le risque, à l’échelle individuelle et collective. Je m’explique.

    En choisissant de ne plus avoir la télé (je m’en suis moi-même passé pendant plus de douze ans), on considère, d’une part, que le ratio entre les programmes intellectuellement aliénants et les programmes intellectuellement émancipateurs est devenu trop important, et que, d’autre part, notre faiblesse nous portera à céder à la tentation des premiers au détriment des seconds. On préfère donc « couper » la source de la tentation. Ce faisant on ne se prive en fait pas de grand chose car on dispose d’autres sources médiatiques d’information (radio et presse papier ou en ligne) et on peut toujours acheter des DVD ou aller au cinéma. Il y a douze ans de cela, Internet permettait déjà de « regarder la télé sans l’avoir », si vraiment un agenda médiatique se faisait particulièrement pressant ou nécessitait d’enfreindre exceptionnellement la règle (même quand je n’avais pas la télé je n’ai jamais raté aucun événement majeur du monde de l’ovalie).

    Mais même si nous avons avec Facebook un rapport de consommation télévisuel dans la posture, un mode « affalé », où l’essentiel de nos interactions se résume à envoyer quelques « Likes » comme on appuie mollement sur une télécommande pour changer de chaîne, même si donc notre consommation de Facebook ressemble beaucoup à notre consommation télévisuelle, Facebook n’est pas la télé : parce qu’il n’y a pas de « média » équivalent en termes de variété de contenus ou d’audience. Pas de média équivalent qui permette de réellement quitter Facebook sans devoir se priver de quelque chose qu’il nous semble difficile de retrouver ailleurs à cette échelle et avec cette facilité.

    Ce quelque chose c’est pour l’essentiel l’expérience kakonomique, cette « étrange mais très largement partagée préférence pour des échanges médiocres tant que personne ne trouve à s’en plaindre » (Gloria Origgi, philosophe italienne). Cette expérience est aussi inédite qu’addictive parce qu’à une échelle tout aussi inédite et plurielle.
    Le départ (presque) impossible

    Alors il existe, bien sûr, une manière de quitter définitivement Facebook : fermer son compte. Si la procédure était extrêmement complexe il y a encore quelques années, prenons acte qu’elle est aujourd’hui « simplifiée ». Tout comme la possibilité de récupérer une bonne partie de ses données avant son départ. Mais la réalité est tout autre.

    Il demeure en effet impossible de quitter vraiment Facebook. D’abord pour l’aveu de Mark Zuckerberg : lui-même ne sait pas pendant combien de temps les données restent stockées sur les serveurs de Facebook après que quelqu’un a fermé son compte. C’est ce qu’il a avoué lors de son audition devant le Congrès américain, le 10 avril dernier. Et, en tout état de cause, sans vouloir sombrer dans la paranoïa, personne d’extérieur à Facebook n’est en capacité de vérifier que les données sont réellement effacées. De fait, hors les données strictement déclaratives et les documents que nous mettons en ligne (photos notamment) et qu’il dit effacer, Facebook continue de garder indéfiniment un ensemble de métadonnées comportementales et navigationnelles qui en disent souvent davantage sur nous que les premières.

    Mais même en laissant cela de côté, le principal problème est qu’il est quasi-impossible de quitter Facebook sans quitter… le web. Et c’est un problème majeur. On dit souvent que Facebook a changé le visage du web et on a raison. Mais il l’a fait, outre sa création en 2004, lors de deux étapes cruciales de son développement. La première étape fût le déploiement du « News Feed » en 2006 : « Le news feed marque le passage de l’Internet de la visite à celui de la notification. On ne « visite » plus la page de ses amis, elle s’impose à nous, son contenu nous est notifié. Le web passe alors du modèle de la bibliothèque universelle — celui de Google et Wikipédia — à un nouveau modèle, celui du flux, qui va la faire se rapprocher de plus en plus de la télévision. Le web devient un média aussi actif que passif. »

    La seconde étape date de 2010 avec le lancement du « Like », une stratégie permettant, au sens premier et littéral, d’annexer toutes les extériorités de la plateforme, de faire en sorte que tout ce qui n’est pas dans Facebook soit quand même traçable, observable et capitalisable par Facebook. En 2010, j’avais proposé un article à Libération intitulé « Le web social comme nouvelle arme de distraction massive », m’alarmant du fait que « le Like allait tuer le lien », et réussissant, avec d’autres, à les convaincre de refuser d’installer ce bouton « Like » sur leur site. A l’époque Libération publiait l’article « Pourquoi nous n’aimons pas les ’j’aime’ ».

    Aujourd’hui donc, la colonisation du « Like » s’est étendue à l’ensemble (quasiment) des contenus discursifs produits sur le web : texte, sons, images, vidéos, pages personnelles, sites institutionnels, médias plus ou moins indépendants, tout est « Likable ». Facebook est à l’image du Dieu de Pascal, « une sphère dont le centre est partout et la circonférence nulle part. » Plus exactement, il est une plateforme propriétaire dont le « Like » permet de centraliser les usages, y compris en dehors des murs de la plateforme. Et avec lui nos navigations sont devenues carcérales.
    « Question délicate »

    Facebook est créé en 2004. Le « News Feed » de 2006 est une révolution des usages, une révolution de la consultation dans laquelle la passivité et les interactions de bas niveau deviennent la norme. Et l’Anschluss du « Like » en 2010 est une révolution structurelle qui contamine, phagocyte et aliène l’ensemble des espaces documentaires existants. Depuis Pascal et le nez de Cléopâtre, on le sait, les petites causes peuvent produire de grands effets. A l’aide de deux évolutions d’apparence « simplement » techniques, Facebook a, en à peine 4 ans, totalement et définitivement changé le visage et, surtout, l’expérience du web.

    Dès lors, même en clôturant son compte Facebook, et même si nous renoncions également à l’utilisation de WhatsApp, d’Instagram, de Messenger ou de toutes ces applications et sites qui nécessitent - et nous imposent parfois - de posséder un compte Facebook pour profiter de leurs services, même avec tout cela nous restons encore sous le radar de Facebook par l’entremise de l’indénombrable galaxie de sites tiers sur lesquels le bouton « Like » est implanté.

    Alors, contrairement, à ce qu’avance l’article publié le 16 avril 2018 dans la Newsroom de Facebook, la « question délicate » n’est pas de savoir quelles sont les données que Facebook collecte sur nous quand nous ne l’utilisons pas, ni de savoir pourquoi il le fait. La question délicate, la vraie, est de savoir si cela est révocable collectivement. Si nous pouvons au moins l’éviter individuellement sans avoir à acquérir les compétences techniques d’un hacker. Et comme la réponse est clairement « non », alors oui, nous avons collectivement un assez gros problème. Une architecture technologique qui se rend inévitable, non par le service qu’elle propose, mais simplement parce qu’elle rend tout effet d’évitement impossible ou bien plus complexe que la nécessité de s’y soumettre, est une architecture technologique par nature hautement toxique.
    Partir ? Rester ? « It’s complicated »

    Toutes proportions gardées, et tout point Godwin également, je reste convaincu qu’il ne peut pas y avoir de résistance sans infiltrés. Pour un temps encore, je vais essayer d’être de ceux-là. Puisque Facebook refusera toujours de livrer le coeur de ses données à des protocoles de recherche réellement indépendants, il ne nous reste que les données de l’expérience. De l’expérience utilisateur. Une expérience qui, elle, reste heureusement transmissible. Alors je reste. Je reste dans Facebook. Encore un peu. Je vous donnerai de mes nouvelles.

    Mais en continuant de défendre ce qui me semble être notre seule planche de salut : lutter contre les architectures techniques toxiques. Et cela ne peut se faire que par l’éducation et en développant des alternatives communes et libres dont celle d’un index indépendant du web. Et en continuant plus que jamais de soutenir, d’applaudir, de faire connaître et reconnaître les actions des associations comme Framasoft (Dégooglisons Internet), les CHATONS, ou La Quadrature du Net (recours collectif contre les GAFA), actions et associations plus que jamais d’utilité publique.

    A titre personnel et pour encore quelque temps, Facebook restera aussi cet empilement de colères, d’indignations et de postures, ce labyrinthe kakonomique d’une socialisation à coût cognitif nul. Et cette formidable et inédite construction orwellienne. Cette « version postmoderne de la Stasi », selon le lanceur d’alerte Julian Assange. Cet obscur objet du désir et du défilement des pulsions. Ce bovarysme calculatoire.

    Olivier Ertszcheid est l’auteur de l’Appétit des géants (2017, C&F éditions)


  • affordance.info : Fifty Shades of Fake. Le jour des fous et des mensonges. Et les 364 autres.
    http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2018/04/fifty-shades-of-fake.html
    http://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0224e033b5f3200d-600wi

    par Olivier Ertzscheid

    De mon point de vue, trois raisons suffisent à expliquer et à circonscrire l’ampleur actuelle du phénomène des Fake News et à constater qu’à rebours du poisson qui n’est pas que d’Avril, l’affaire, elle, est quasi-insoluble :

    une architecture technique toxique au service du faux,
    nos biais cognitifs (dont notre appétence pour le faux),
    les régimes de vérité propres à chaque plateforme.

    Au demeurant la différence entre ces régimes de vérité explique le récent (22 mars 2018) « clash » entre Google et Facebook sur le sujet des Fake News. Facebook défend un positionnement « hybride » qui l’amènerait à accréditer certaines sources et certains journalistes alors que Google s’y refuse en y voyant un risque pour la liberté d’expression. De fait, la popularité - le régime de vérité de Google - est une externalité, alors que celui de Facebook - l’engagement - suppose un contrôle total des internalités. De son côté, Twitter ayant toujours autant de mal à trouver un modèle économique qu’un régime de vérité, préfère officiellement se reposer sur un postulat d’auto-organisation en feignant d’oublier les effets de la tyrannie des agissants qu’entretient là encore sa propre architecture de la viralité.

    Il serait naïf de croire que les changements de règle annoncés (comme par exemple le fait de « purger » des pages ou des sites de presse qui masqueraient délibérément leur pays d’origine) seront pérennes. Chacun des GAFAM nous a habitué à des évolutions de leurs CGU aussi floues que brutales et ne correspondant à aucune autre logique que celle d’éteindre un incendie médiatique entamant leur image ou de permettre d’augmenter leurs marges et leurs revenus. La seule règle que les plateformes appliquent avec constance est celle de la dérégulation.

    Il est illusoire de croire que les actionnaires des plateformes renonceront à une partie de leurs dividendes au prix d’une lutte contre la désinformation. Ils l’ont explicitement indiqué, la garantie de leurs marges ne se négocie pas. Un écho aux fabriquants de Fake News qui assument à titre individuel des motivations au moins autant financières qu’idéologiques (lire également le reportage saisissant de Wired sur les jeunes rédacteurs de Fake News en Macédoine).

    Il n’y a rien à attendre de la rémunération des éditeurs et des sites de presse par des plateformes, plateformes dont l’architecture technique est la condition d’existence du problème qu’elles prétendent vouloir régler. Facebook rémunérant des Fact-Checkers c’est aussi pertinent que l’industrie du tabac rémunérant des pneumologues.

    Sinon on peut aussi laisser le même Facebook financer un programme de recherche sur la désinformation, ou faire confiance au Figaro pour enquêter sur Serge Dassault.

    De son côté Facebook avait annoncé en Août 2017 qu’il allait priver de publicité (= de la possibilité de lui acheter de la publicité) les pages diffusant des Fake News. Mais que la mesure était temporaire et que si les pages se remettaient à publier de vraies informations elles pourraient de nouveau acheter de la publicité, et que bien sûr les pages (détectées on ne sait pas trop sur quelle base ni avec quel systématisme ou quelle régularité) ne seraient pas supprimées. Notez bien que dès Novembre 2016, au lendemain de l’élection de Trump, Google et Facebook annonçaient déjà leur intention de restreindre et de limiter l’accès à leurs régies publicitaire pour les sites « douteux ». Il faut croire que ces mesures n’ont pas été suivies d’effet probants. A moins bien sûr qu’elles n’aient que très mollement été mises en oeuvre ...

    Internet a bouleversé, durablement et radicalement, les régimes de construction des opinions. C’est un fait et non un faux. Et il faut l’accepter et le comprendre comme tel.

    Internet a - entre autres - inauguré une société des avis. Tout est noté et notable. Avisé et avisable. Des avis déposés sur tout et sur n’importe quoi, des objets, des compétences, des gens, des lieux, et des avis autorisés seulement par l’entremise des mêmes infrastructures et architectures techniques qui les nécessitent pour entretenir un modèle d’affaire qui devient toxique pour toute forme de diversité dès qu’il passe à l’échelle industrielle.

    A ce stade du raisonnement, du constat et des propositions ci-dessus, n’oublions pas que le principal problème de nos sociétés, démocratiques autant que connectées, n’est pas celui des Fake News mais celui de phénomènes spéculatifs qui relèvent d’une triple forme de capitalisme : capitalisme cognitif (à l’échelle macro), capitalisme de la surveillance (à l’échelle structurelle) et sémio-capitalisme à l’échelle conjoncturelle

    Plus globalement ce qui est en cause ici c’est l’explosion circonstancielle ou délibérée de nos cadres collectifs d’énonciation, d’éducation et d’entendement. Et des repères mémoriels qu’ils contribuent à construire, à préserver et à expliciter. Et à ce titre lutter contre les architectures techniques toxiques doit être une priorité. Une priorité absolue. En profiter pour lutter pied à pied contre chaque nouvelle avancée du capitalisme de la surveillance doit en être une autre. Et plus que tout, par-dessus et au-delà de tout, il nous faut investir massivement dans l’éducation. La mémoire collective construite par l’éducation comme rempart aux contre-vérités individuelles instruites par des logiques marchandes se déployant au sein d’architectures techniques toxiques. Le combat est celui-là. Et aucun autre.

    #Fake_news #Médias_sociaux #Vérité #Olivier_Ertzscheid


  • Petit point d’étape sur #ParcoursSup, la sélection à la fac.

    « À l’université de Nantes, devant le refus de trier les dossiers, la présidence riposte » (en fait, la présidence dissout les commissions réfractaires pour ne conserver que des commissions obéissantes)
    http://www.letudiant.fr/educpros/actualite/parcoursup-a-l-universite-de-nantes-la-presidence-riposte-au-refus-de-trie

    Devant le refus de plusieurs formations de classer les candidatures sur Parcoursup, l’université de Nantes a décidé de nommer de nouvelles commissions d’examen des vœux dans ces filières. Une décision qui suscite l’incompréhension des équipes pédagogiques.

    Plus que l’incompréhension, c’est la consternation - voir par exemple la réaction d’Olivier Ertzscheid
    https://twitter.com/affordanceinfo/status/985978450996596737

    OK donc c’est apparemment confirmé. Olivier Laboux président de @UnivNantes a pris la décision de DISSOUDRE toutes les commissions pédagogiques deTOUS les UFR de l’Université s’étant positionnéesCONTRE l’application de la réforme ORE #ParcoursSup C’est dingue. Totalement dingue

    Et ça ne va pas s’arranger, si l’on en croit @Ipochocho
    https://twitter.com/Ipochocho/status/986282551965872133

    Thread étendu qui explique pourquoi l’algorithme #Parcoursup est beaucoup moins efficace que #APB et pourquoi nous devons nous attendre à un #Parcoursupocalypse le 22 mai, jours des résultats.

    Sélection :

    Il est fort probable qu’un candidat en tête d’un classement réalisé par une institution d’enseignement supérieure le soit également dans les classements de toutes les autres institutions dans lesquelles il aura déposé des voeux.

    –-

    Le jour ou les candidats recevront leurs réponses, une petite élite scolaire « trustera » donc la quasi totalité des places dans toutes les filières.

    –-

    En première approximation, il est raisonnable de se placer dans le cadre de la loi de Pareto, 20% des candidats monopoliseront alors 80% des places disponibles. Winners take all.

    –-

    7 millions de voeux ont été déposés sur la plateforme En faisant de l’abatage, imaginons qu’on peut classer un candidat en 3 minutes. 21 millions de minutes seront nécésaires pour réaliser ce travail

    –-

    350 000 heures de travail seront nécéssaires pour réaliser ce travail. Nos héros stakanovistes peuvent fournir 7 heure de travail par jour. 50 000 jours de travail seront nécessaires pour réaliser ce travail.

    –-

    Un candidat moyen venant d’un lycée moyen risque d’attendre pas mal de temps pour avoir ne serait ce qu’un de ses vœux (qui ne sera sans doute pas son vœux le plus désiré) et soit contraint de donner une réponse par défaut.

    –-

    Rendez vous le 22 mai, le jour du crash test pour voir si cette prévision se réalise.

    Et pour conclure :
    https://twitter.com/Epithumia/status/983327268176089089

    /soupir #Parcoursup

    #université


  • Facebook, Twitter, Snapchat, Instagram... Enquête sur une méfiance généralisée - Le Parisien
    http://www.leparisien.fr/high-tech/facebook-twitter-snapchat-instagram-enquete-sur-une-mefiance-generalisee-

    La promesse des réseaux sociaux est pourtant séduisante. Ils nous permettent de communiquer facilement avec nos amis, notre famille, d’être connectés à eux en permanence. Même plus besoin d’un ordinateur : les smartphones rendent ces services accessibles de partout. Tous nos proches dans la poche, à portée de main et gratuitement !

    Lancé en 2004, Facebook a conquis la planète et compte aujourd’hui 2,13 milliards d’utilisateurs actifs dans le monde. En 2013, son patron, Mark Zuckerberg, comparait sa création à l’électricité : les deux, assurait-il, sont indispensables à notre quotidien... Sauf que les tuiles s’enchaînent pour la société de Menlo Park, dans la Silicon Valley.

    « Ceux qui connaissent Internet savent très bien que leurs données sont récoltées, commente Michaël Stora, psychologue, spécialiste du numérique, coauteur d’Hyperconnexion (Larousse). Mais on ne savait pas qu’elles allaient être utilisées pour nous influencer. » La légèreté avec laquelle elles sont traitées explique la défiance croissante à l’égard des géants du Net.

    Dans notre sondage, parmi les Français qui se méfient des réseaux sociaux, 65 % des personnes interrogées mettent en avant cette raison (42 % d’entre eux la citent en premier). « Les gens prennent conscience que le problème n’est pas tant l’outil, qui nous permet de rester en contact les uns avec les autres, mais le modèle économique derrière, estime Olivier Ertzscheid, enseignant-chercheur en sciences de l’information et des nouvelles technologies à l’université de Nantes. Par sa nature, Facebook est contraint de nous inciter à lui confier toujours plus de données, quitte à franchir la ligne rouge. »

    Comment ? En jouant sur nos bas instincts : notre curiosité vis-à-vis des autres, notre besoin d’amour. On quémande les « J’aime » que nous décernent les internautes dans une quête insatiable de reconnaissance. Justin Rosenstein, l’un des créateurs de ce bouton « J’aime », a lui-même critiqué le « pseudo-plaisir » provoqué par son invention, qui nous incite à rester connecté, même si on a mieux à faire.

    #Facebook#Médias_sociaux #Confiance


  • Zuckerberg au Congrès : des excuses, des promesses mais pas de révolution | Euronews
    http://fr.euronews.com/2018/04/11/zuckerberg-au-congres-des-excuses-des-promesses-mais-pas-de-revolution

    “Frankenstein et Peter Pan” –

    “Ces auditions sont une étape importante pour l’avenir des réseaux sociaux. C’est une première étape vers l‘écriture d’une réglementation indispensable”, estime Jennifer Grygiel, spécialiste du sujet à l’université américaine de Syracuse. Mais pour l’association de consommateurs Consumer Watchdog, l’exercice n‘était guère motivé que par un problème de “relations publiques”.

    Pendant les deux auditions, Mark Zuckerberg a expliqué inlassablement comment fonctionnait le réseau social et affirmé que Facebook “ne vend pas de données” aux annonceurs publicitaires. Il a aussi défendu bec et ongles le modèle économique de son réseau social, qu’il juge “sûr” et qui ne constitue en rien un “monopole” malgré ses plus de deux milliards d’utilisateurs.

    Au point parfois de refuser de répondre directement aux questions, comme le lui ont reproché plusieurs élus. A une représentante qui lui demandait s’il était prêt à changer le modèle économique de Facebook, actuellement gratuit car financé par la publicité, “dans l’intérêt de la protection de la vie privée”, il a répondu : “je ne suis pas sûr de ce que cela veut dire”.

    Il a aussi laissé des questions sans réponse claire, notamment sur le fait de savoir pourquoi il n’avait pas alerté dès 2015 sur Cambridge Analytica. “Nous aurions dû le faire, c‘était une erreur”, a-t-il dit.

    De fait, l‘échange entre les parlementaires et le jeune dirigeant a parfois tourné au dialogue de sourds, tant certains élus, en particulier au Sénat mardi, semblaient mal maîtriser les enjeux technologiques et économiques du débat.

    “Personne ne pourra réglementer efficacement Facebook tant que les législateurs n’auront pas une connaissance juste de comment il fonctionne”, a commenté Danna Young, enseignante en communication à l’université du Delaware.

    Quant à M. Zuckerberg, “il est atteint à la fois des syndromes Frankenstein et Peter Pan. Il est dépassé par sa création et fait dans le même temps preuve d’une naïveté, vraie ou fausse qui interroge”, résume Olivier Ertzscheid, chercheur en sciences de l’information à l’université française de Nantes.

    M. Zuckerberg a aussi pris soin de ménager la Commission européenne en qualifiant “d‘étapes positives” le Règlement général sur la protection des données (RGPD), qui entre en vigueur le 25 mai. Ce qui lui a valu les remerciements ironiques de Vera Jourova, la commissaire européenne à la Justice et à la Protection des consommateurs : “Je cherchais comment faire campagne pour notre règlement sur la protection des données. Voilà, c’est fait”.

    En revanche, la prestation de M. Zuckerberg a semblé satisfaire les investisseurs : l’action Facebook a repris des couleurs mardi et mercredi en Bourse après avoir beaucoup dégringolé depuis la mi-mars.

    #Facebook #Zuckerberg