person:pierre clastres

  • Zomia ou l’art de ne pas être gouverné
    https://www.philomag.com/les-livres/lessai-du-mois/zomia-ou-lart-de-ne-pas-etre-gouverne-6995

    Observez sur une carte cette grande zone montagneuse frontalière s’étirant des hautes vallées du Vietnam aux régions du nord-est de l’Inde, traversant le Cambodge, le Laos, la Thaïlande et la Birmanie et se prolongeant vers le Nord sur quatre provinces chinoises. Le territoire n’a d’unité ni administrative, ni ethnique, ni linguistique. Pourtant, cette étendue de 2,5 millions de kilomètres carrés a été identifiée en 2002 par l’historien Willem Van Schendel  : c’est Zomia, une zone difficilement accessible, restée insoumise durant des siècles à toute forme d’autorité gouvernementale. Aux yeux de plusieurs anthropologues, Zomia incarne une ultime résistance à l’ordre géopolitique contemporain et permet de relancer le débat sur les normes qui régissent les collectivités humaines.

    Pour James C. Scott, qui travaille depuis les années 1980 sur les formes de résistance à la domination – notamment dans The Weapons of the Weak (Yale University Press, 1985, non traduit) qui prend pour sujet d’étude les paysans vietnamiens –, Zomia constitue un objet de pensée incontournable. Ayant abrité jusqu’à 100 millions de personnes issues de minorités ethniques et linguistiques variées, elle ne peut être appréhendée à partir des concepts de « frontières » ou de « zones de souveraineté ». Politiquement acéphale, elle semble avoir déjoué, depuis l’invention de l’État moderne et jusqu’à la première moitié du XXe siècle, toutes les logiques d’annexion et d’« enclosure » qui ont eu prise sur les populations de la plaine. On y pratique une agriculture nomade sur abattis-brûlis, on y cultive les avantages de l’oralité, en tenant toujours à distance un certain modèle de civilisation sédentaire ancré dans l’écriture et l’assujettissement à une autorité supérieure. Mais cette indiscipline a un prix  : les populations zomianes sont considérées comme « parias », non encore civilisées. Pourtant, et c’est la thèse de James C. Scott, les Zomians sont moins des barbares que des fugitifs de la civilisation qui, « dans la longue durée, incarnent un rejet délibéré de l’État dans un monde d’États auquel ils sont adaptés tout en se tenant hors de leur atteinte ».

    Compilant une vaste documentation historique sur l’Asie du Sud-Est précoloniale et coloniale, Scott cite et prolonge les thèses de Pierre Clastres dans La Société contre l’État (Minuit, 1974) qui mettaient en évidence le refus de l’État des peuples autochtones dans l’Amérique du Sud d’après la Conquête. L’enjeu anthropologique est de taille, puisqu’il s’agit d’asseoir l’idée selon laquelle « vivre en l’absence de normes étatiques a été la norme de la condition humaine »  : une norme à laquelle elle eût d’ailleurs pu se tenir, avec profit. Car le mode de vie des populations zomianes est au fond, affirme Scott de façon provocatrice, particulièrement adapté aux « post-sujets », « post-sédentaires », que nous sommes. Le drame étant que les jours de Zomia sont comptés, maintenant que les réseaux de communication et de télécommunications ont décuplé le pouvoir d’intrusion de l’État dans les zones autrefois inatteignables. Ces hautes terres abritaient peut-être une « humanité du futur »… mais elle s’est progressivement éteinte à partir de 1945. Et aujourd’hui, elle a en réalité disparu. Les détracteurs de Scott ont alors beau jeu de qualifier sa tentative d’« histoire postmoderne du nulle-part », on peut plutôt y lire les bases anthropologiques d’une utopie postétatique qui continue, depuis les années 1970, d’inspirer ses défenseurs.
    Agnès Gayraud

    #autonomie #communs #commune #communisme #société_contre_l'Etat #Zomia


  • Les Jeux Olympiques de Paris sombreront-ils dans la folie de la propriété intellectuelle ? – – S.I.Lex –
    https://scinfolex.com/2017/10/09/les-jeux-olympiques-de-paris-sombreront-ils-dans-la-folie-de-la-propriete

    Alors que le Parlement français vient à peine de faire passer l’essentiel de l’état d’urgence dans le droit commun, c’est donc un autre régime d’exception qui sera certainement instauré en 2024, avec des conséquences inquiétantes à la clé. Cette loi aura en effet pour but d’organiser un certain nombre de transferts d’autorité de l’Etat français vers le CIO. Le réseau de transport devra notamment être réagencé de manière à mettre en place une « Voie Olympique » permettant aux athlètes de circuler entre les différents sites des épreuves. Cela revient donc à dire que certaines voies publiques de circulation vont être « privatisées » durant la période des Jeux, ce qui arrivera aussi dans les nombreuses « fanzones » dont la capitale va sans doute se couvrir. Des dérogations au Code du travail pourraient également (encore…) être apportées afin de faciliter l’emploi de travailleurs jetables pour la construction des édifices olympiques ou pour assurer la logistique des Jeux.

    […]

    En 2012, l’historien Pierre Clastres, spécialisé dans l’histoire des Jeux, avait livré une interview glaçante dans les colonnes de Libération, dans laquelle il revenait sur les aspects les plus inquiétants de la loi olympique pour conclure :

    Le CIO a besoin d’une #dictature ou d’un pays #ultralibéral pour imposer ses règles.

    Cela tombe bien : la France ressemble de plus en plus à la combinaison des deux et on n’ose imaginer ce que donnera la superposition du #régime d’#exception voulu par le #CIO et de l’#état d’#urgence perpétuel auquel nous sommes à présent soumis…


  • Pierre Clastres : « L’État c’est la division de la société entre ceux qui commandent et ceux qui obéissent
    https://comptoir.org/2017/05/18/pierre-clastres-letat-cest-la-division-de-la-societe-entre-ceux-qui-comman

    <i>Au Comptoir cette semaine, nous nous intéressons à Pierre Clastres, ethnologue français né il y a 83 ans cette semaine et mort il y a 40 ans cette</i> …


  • Canal Sud---Aujourd’hui sur Terre !
    http://www.canalsud.net/?Aujourd-hui-sur-Terre

    après …..c’est trop tard !……. Elle n’en peut plus, notre Planète, et nous pas davantage…. Après Pierre Clastres et la sagesse indienne, écoutons Naomi Klein et courons voir le dernier film de Marie-Monique Robin, « Qu’est-ce qu’on attend ? », et tant qu’on y est, faisons l’inventaire de tout ce (...)


  • d^jfs

    Nota bene
    Le Discours de la servitude volontaire ou le Contr’un est un ou-
    vrage rédigé en 1549 par Étienne de La Boétie à l’âge de
    18 ans. Sa première publication date exactement de 1574.
    Ce texte consiste en un court réquisitoire contre l’autorité à l’age de
    l’absolutisme, qui étonne par son érudition et par sa profondeur, alors
    qu’il a été rédigé par un jeune homme de 18 ans. Ce texte pose la
    question de la légitimité de toute autorité sur une population et es-
    saye d’analyser les raisons de la soumission de celle-ci (rapport « do-
    mination-servitude »). On pourra le lire en plusieurs langues sur le
    site Base de Données Anarchistes à cette adresse : www.non-fides.fr
    Contr’Un - Considérations sur les assemblées
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    « D’avoir plusieurs seigneurs aucun bien je n’y voi :
    Qu’un, sans plus, soit le maître et qu’un seul soit le roi. »
    C’est avec ces vers d’Homère que commence l’un des classiques les plus connus
    de la pensée antiautoritaire, le Discours de la servitude volontaire, de La Boétie, une
    étude pionnière sur les raisons qui amènent l’être humain à la renonciation à sa
    propre liberté pour se soumettre à des décisions prises par autrui. Le titre original
    de l’œuvre est moins connu : le Contr’Un. Le fait d’avoir été écrit vers la moitié
    du XVIe siècle a permis à de nombreux interprètes de limiter la portée historique
    de cette analyse et de sa signification, tout en en désamorçant sa charge explosive.
    Pour les spécialistes de la culture, c’est-à-dire pour les professionnels d’un savoir
    séparé, ainsi que pour les militants de la politique, c’est-à-dire les spécialistes d’un
    agir séparé, le Contr’Un est seulement une vigoureuse critique de la monarchie et
    un appel à la démocratie. L’Un contre lequel on combat est le Roi, les Plusieurs ne
    peuvent être que ses sujets, le Peuple. Cela revient à dire que le bon endroit pour
    La Boétie est dans les étagères poussiéreuses d’une bibliothèque ou dans celles,
    peut-être plus propres, d’une école pour cadres. Comme si la question qu’il pose –
    pourquoi obéir au pouvoir ? – ne traversait pas toute l’histoire jusqu’à notre époque.
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    Ce refoulement, n’y ont bien sûr pas pris parti ceux qui ne rêvent pas de prendre
    des Palais d’Hiver et qui sont épris de liberté. Par exemple l’anthropologue li-
    bertaire Pierre Clastres, qui a dédié un essai à La Boétie, voyait dans le concept
    même d’Etat cet Un exigeant de commander, diriger et régler la vie des Plusieurs.
    Un Etat qui, dans son essence même – quel que soit le système politique adopté,
    le modèle économique suivi, et le niveau technologique atteint – est synonyme
    d’exploitation et de massacre. En définissant en tant que tyran le Un qui impose sa
    propre volonté à ceux qui acceptent de s’y soumettre, La Boétie ne fait rien d’autre
    que de se lancer contre la réduction du Multiple, contre sa dissolution dans l’uni-
    forme sériel, identique à soi-même.
    Le problème suivant se pose : y a-t-il du sens à limiter ce processus de constitution
    de l’Un, avec la destruction de la différence qui s’en suit, au seul contexte institu-
    tionnel ? Quand Clastres dit que « l’Etat se veut et se proclame ostensiblement en
    tant que centre de la société ; en une représentation anthropomorphique toujours
    réaffirmée, cerveau qui contrôle toutes les parties du corps social, le tout où les
    parties peuvent se réunir, le lieu des décisions ultimes, sur lesquelles tout le monde
    doit s’aligner », il n’est certes pas difficile d’être d’accord avec lui : face à l’Etat « 
    on est toujours face à une volonté de réduction progressive, et enfin d’effacement
    du multiple, en transformant les diversités des différences en une identité, […]
    pratique du goût de l’identique : culte de l’Unité ». Mais si nous appliquions au
    « parti » le même raisonnement qu’à l’Etat ? Probablement, seuls les staliniens
    les plus acharnés pourraient porter objection à cela. Et si, en continuant notre
    réflexion, on l’appliquait à l’ « assemblée » ? On se trouverait alors face à une op-
    position générale : il y a une forte difficulté à abandonner l’idée consolatrice que
    l’Un porterait toujours et seulement un uniforme sanglant. Comment faire face
    aux perspectives ouvertes par une critique bouleversante qui met en discussion le
    fondement même du lien social et le destin de la soi-disant « cohabitation civile » ?
    Néanmoins, à vrai dire, même dans l’assemblée on trouve la réduction de la dif-
    férence à une même identité, indépendamment de la forme décisionnelle. Si on
    n’aperçoit pas cela, c’est parce que la consistance quantitative de la réalité est plus
    immédiate que la qualitative. L’Etat, avec son exécutif, et souvent aussi le Parti avec
    son comité central, peuvent être facilement vus et reconnus comme simples parties
    qui prétendent représenter le tout. Par contre, l’Assemblée, qui est (ou devrait être)
    l’espace commun ouvert à tout le monde, est considéré comme la forme par ex-
    cellence de la confrontation directe et horizontale, garante de la liberté de chacun.
    Mais en est-il vraiment ainsi ou ne s’agit-il que d’une des nombreuses ruses de
    la raison ?
    Contr’Un - Considérations sur les assemblées
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    Commençons par remarquer que la différence – le Multiple – n’exprime point une
    quantité, mais plutôt une qualité. Un grand nombre de personnes qui pensent de
    la même façon, qui se reconnaissent dans les mêmes valeurs, qui partagent une
    même vision de la vie, qui ont dans la bouche le même slogan, expriment bien
    mieux l’Un que le Multiple. Le fait qu’il puissent se trouver périodiquement pour
    confirmer leur homogénéité, au pire en prenant acte de temps à autre de quelque
    petite dissonance, n’apporte pas de modifications. La donnée numérique est ce-
    pendant ce qui frappe à l’œil, en alimentant un équivoque parfois intentionnel. La
    Multitude évoquée sans cesse par quelques conseillers en manque de Prince en
    est un exemple parfait. A quoi bon s’en prendre à un Peuple qui n’est que le reflet
    collectif de l’institution étatique, pour ensuite le remplacer par le reflet collectif
    de l’intelligentsia de gauche ? En quoi consiste le respect de la diversité si ensuite
    celui qui ne se conforme pas à la collectivité est dénigré et désigné par certains
    aspects comme un « agent provocateur » ?
    En réalité la Multiplicité trouve sa meilleure expression précisément en ce qui,
    apparemment, la contredit : l’unicité de l’individu. Ancrés comme nous sommes
    dans de fausses dichotomies, qui pourrait considérer Stirner comme un philo-
    sophe de la Multiplicité ? Pourtant c’est précisément la singularité de l’être hu-
    main, son impossibilité à être répété, qui constitue et garantit la Multiplicité. Plus
    les êtres humains sont différents entre eux, plus ils refusent les identités collectives
    données par les conventions sociales et politiques (celles dont Leopardi dit qu’« à
    partir de plusieurs, toutes tristes et miséreuses qu’elles soient, elles constituent un
    peuple gai et heureux » ) pour aller à la découverte et à la création de soi-même,
    et plus ils créent de nouveaux désirs, de nouvelles sensibilités, de nouvelles idées,
    de nouveaux mondes. C’est la raison pour laquelle il faudrait défendre les diffé-
    rences individuelles, au lieu de les ternir dans l’accord commun. Le gouvernement
    qui appelle à un pays uni, le comité central qui appelle à un parti uni, l’assemblée
    qui appelle à un mouvement serré, essayent de faire accepter une uniformité (de
    méthodes et perspectives) qui n’existe pas dans la réalité. Ils invoquent des intérêts
    supérieurs et embrigadent. Ils supportent mal les critiques et sont toujours prêts à
    prendre des mesures contre ceux qui ne s’adaptent pas (le gouvernement à travers
    les inspections, le parti à travers l’expulsion, l’assemblée à travers l’ostracisme). Il
    montrent clairement ainsi leur intention politique, qui se rapproche plus de l’art
    de gouverner que de celui de vivre. Cet aspect est considéré comme normal dans
    un gouvernement, présent dans un parti, mais seulement possible dans une as-
    semblée. Cette bienveillance est compréhensible, mais pas méritée par le mythe
    de l’assemblée.
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    Dans l’assemblée, ce qui fascine et la différencie des autres organes décisionnels,
    est le fait qu’elle n’impose pas à partir du haut, mais qu’elle convainque à partir du
    bas. Chaque ordre est imposé, donc nécessairement désagréable. Rien à voir avec le
    choix pris librement à la suite d’une discussion. L’origine historique de l’assemblée
    remonte à la Grèce ancienne et est inséparable de la naissance de la démocratie. Il
    existait alors un espace social où tous les individus occupaient une position « sy-
    métrique », « le centre d’un espace public et commun. Tous ceux qui y pénètrent se
    définissent pourtant comme des égaux… avec leur présence dans cet espace poli-
    tique, ils entrent dans des rapports de réciprocité parfaite les uns avec les autres »
    (J.P.Vernant). La démocratie grecque était donc le régime de la persuasion, où le
    rôle principal était celui de l’élément le plus permanent et fondamental : la parole.
    Sa prédominance permettait « à l’orateur qui arrivait à amener avec les mots cette
    foule ardente et capricieuse, toujours si éprise par l’art, qui voulait voir un spectacle
    d’éloquence et un combat même dans les débats les plus orageux, le gouvernement
    de l’Etat et l’empire de la Grèce appartenait à ce discoureur habile » (C. Benoît).
    L’institution de la parole en tant que moyen de persuasion, de la parole en tant que
    fondement de l’action et modalité de la décision, de la parole comme lien social,
    est concomitant avec la séparation entre le monde des vivants et le monde des
    morts. Avant l’oracle manifestant le savoir des dieux – donc obscur et énigmatique
    – la parole devient expression de la volonté des hommes, toujours plus claire et
    persuasive. De la sagesse on passe à la philosophie, de la dialectique à la rhétorique.
    Giorgio Colli, dans son essai sur la naissance de la philosophie, montre comment
    la dialectique grecque, dès son arrivée dans le « domaine public » est devenue « al-
    térée ». Cela parce que « ceux qui écoutent n’ont pas été choisis, ne se connaissent
    pas entre eux, et la parole s’adresse à des profanes qui ne discutent pas, mais se
    limitent à écouter ». La dialectique précédente, même si elle limitait le nombre de
    participants, en garantissait la réciprocité. C’est le contraire pour la rhétorique, « la
    vulgarisation du langage dialectique primitif », qui s’est développée en se greffant
    sur la dialectique, bien qu’elle soit née indépendamment de celle-ci. Colli écrit
    que : « la rhétorique est, elle aussi, un phénomène essentiellement oral, où, pour-
    tant, il n’y a plus de collectivité qui discute, mais une seule personne qui se met en
    avant pour parler, tandis que les autres se limitent à écouter… dans la discussion,
    celui qui interroge lutte pour assujettir celui qui répond, pour le prendre dans les
    filets de ses arguments, alors que dans le discours rhétorique l’orateur lutte pour
    assujettir la masse de ses auditeurs. Avec la dialectique on luttait pour le savoir ;
    avec la rhétorique on lutte pour un savoir adressé au pouvoir » ce qui signifie que
    Contr’Un - Considérations sur les assemblées
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    la pensée, laissant de côté l’abstrait, « retourne, avec la rhétorique, dans la sphère
    individuelle, corporelle, des passions humaines, des intérêts politiques ».
    Le début de la démocratie, en Grèce, remonte à une période de l’histoire caracté-
    risée par beaucoup de transformations sociales : la naissance de la polis, l’écriture
    de la loi, l’introduction de la monnaie, la fondation des colonies. Toutes ces nou-
    veautés vont de pair avec l’avènement de la société mercantile, où le contrôle de ses
    propres passions, la prudence, l’utilisation de la raison et la violence sournoise des
    normes de comportement prennent le dessus sur l’expression ouverte de ses dé-
    sirs, sur l’émotion violente, sur le conflit, qui caractérisaient l’ancienne société des
    guerriers. La figure du philosophe naît en même temps que celle du commerçant.
    Les deux fondent leur habilité sur l’utilisation de la parole, sur sa force d’attrac-
    tion et de démonstration. Les deux doivent réussir à convaincre le public qui les
    écoute. Ce n’est certes pas un hasard si le lieu où ils opèrent est le même : l’agora,
    qui signifie en même temps place et marché. Ceci parce que le centre de la polis
    était réservé aux bavardages de ceux qui devaient vendre la marchandise, de ceux qui
    argumentaient afin de convaincre. La démonstration est une conviction violente
    par le langage, c’est la persuasion que l’on peut s’auto-convaincre de la véracité d’un
    sujet. Démontrer c’est convaincre que le comportement que l’on vise à obtenir est
    avantageux pour la partie adverse. Le philosophe, ainsi que le commerçant, doit
    tromper, tromper avec la persuasion.
    La tant vantée symétrie propre aux participants des assemblées, leur réciprocité,
    est un mensonge. Un subterfuge pour mieux les amener à acheter ce qui leur est
    présenté, à approuver ce qui est avancé. Périclès, qui arrive encore, avec son bien cé-
    lèbre discours aux Athéniens, à faire pleurer quelques admirateurs contemporains
    de la démocratie directe, pouvait bien assurer que même ceux qui appartenaient
    aux classes les moins aisées pouvait « opérer un office utile à l’Etat », puisqu’à
    Athènes il y avait une « équité absolue des droits fondée dans la considération que
    chacun sait susciter autour de lui, donc, en excellant en un certain champ, il peut
    obtenir une charge publique, en vertu de ses réelles capacités plus qu’en vertu de
    l’appartenance à telle ou telle autre faction politique ». Pourtant, même en lais-
    sant de côté l’exclusion des esclaves et des femmes de la vie publique athénienne,
    on peut douter du fait que, dans la polis grecque, un citoyen pauvre possédait
    les mêmes « capacités réelles » qu’un aristocrate. En démocratie certes tous sont
    égaux, mais il y en a toujours qui sont plus égaux que les autres.
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    Dans les assemblées on ne discute pas tous ensemble, on écoute les interventions
    de ceux qui sont plus habiles à exposer leur positions en les faisant ainsi passer
    pour la Raison collective. Celui qui parle mieux, c’est-à-dire qui possède la parole
    plus persuasive, contrôle l’assemblée et la plupart du temps c’est aussi celui qui
    l’organise). Tous ceux qui ont fréquenté des assemblées en voient clairement le
    fonctionnement. Quand la composition en est plus homogène, on voit le ricochet
    de deux ou trois voix qui se dirigent docilement vers une décision souvent déjà
    prise ailleurs. Les spectateurs, en silence, prennent des notes mentales de ce qu’ils
    peuvent dire au cas où quelqu’un les interroge sur leurs idées. Qui a des doutes
    ou des perplexités, se retiendra de les exposer, par crainte d’être contredit par une
    réponse brillante. Si les assemblées sont plus élargies, alors c’est une lutte entre
    différentes factions afin d’obtenir l’hégémonie. Amplifiés par les groupes respec-
    tifs de supporters, les discoureurs les plus habiles se livrent bataille. Ici, le nombre
    peut faire la différence, car il n’est point sûr que la parole la plus habile soit aussi
    la dernière. Il faut tenir compte aussi des ambitions personnelles et des rapports
    affectifs, tout l’enchevêtrement de sympathies, antipathies, préjugés, calculs straté-
    giques, rancunes, vanité et ainsi de triste suite.
    Une assemblée, pour être réellement un lieu de rencontre entre égaux, devrait voir
    la participation d’individus ayant tous les mêmes connaissances et les mêmes capa-
    cités d’expression. Sinon, ce n’est qu’une mystification, un moyen pour faire qu’une
    décision semble être prise en commun alors qu’elle ne l’est pas vraiment. Pour cette
    raison, l’assemblée est le lieu de prédilection de la classe politique du mouvement,
    cette micro-bureaucratie toujours en quête d’une masse à coordonner et organiser.
    Un théâtre de guignols où se rencontrent stars, aides et figurants, pour réciter le
    spectacle du dialogue et de la confrontation, fiction fade qui transforme des idées
    opposées en opinions divergentes, afin de consentir au jeu de la réconciliation.
    Tant pis, on dira que bergers et moutons se donnent entre eux des rendez-vous
    rituels pour s’échanger aspirations et résignations, c’est quand-même leur affaire.
    Ceux qui n’aiment pas la puanteur du troupeau n’ont qu’à s’en éloigner. Tout à fait.
    Il y a encore, pourtant, deux questions irrésolues. La première est que malheu-
    reusement l’assemblée n’a pas la nature privée d’un club sado-masochiste, dont
    les membres savent que leur passion est affaire intime. Au contraire, l’assemblée
    prétend manifester une raison universelle à laquelle tout le monde devrait s’adap-
    ter. Et c’est ce qui la rend insupportable. Comme cela a été remarqué plusieurs
    fois (et plusieurs fois laissé dans l’oubli), le mot assemblée vient du grec ekklesia.
    Les fidèles vont à la messe pour y trouver Dieu, les démocrates vont à l’assemblée
    Contr’Un - Considérations sur les assemblées
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    pour y trouver la Raison. Nous sommes tous frères, car nous sommes tous fils de
    Dieu, nous sommes tous camarades, car tous fils de la Raison (la Raison révolu-
    tionnaire, bien entendu !). Pour les uns ainsi comme pour les autres, hors l’Eglise,
    point de salut. Dans la Grèce ancienne, le langage philosophique tournait autour
    de la notion d’une loi universelle et stable, dominatrice de la vie humaine : le logos.
    Le logos est la pensée rationnelle, la pensée normative et abstraite, immanent non
    pas à la nature, mais aux hommes. Mais la raison n’est pas ce qui apparaît, c’est au
    contraire un principe éternel caché et difficilement accessible : seule la philosophie
    peut amener à sa découverte. Le logos est la loi universelle qui réduit le multiple
    à l’unité, il est la norme générale qui réduit le devenir à l’être. « Si ne c’est pas moi
    que vous écoutez, mais le logos, il est sage de reconnaître que tout est Un », main-
    tenait Héraclite, qui après avoir pris acte à contrecœur que le conflit est le principe
    à la base du devenir, avait été obligé d’utiliser un principe normatif, tout en pre-
    nant comme exemple les lois de la cité : « Celui qui veut parler avec du sens, doit
    compter sur ce qui est commun à tout le monde, comme une cité compte sur la loi
    et même bien plus, puisque toutes les loi humaines se nourrissent d’une seule loi,
    la loi divine… Il faudrait donc suivre ce qui est commun. Mais, même si le logos
    est commun, ils vivent à beaucoup comme s’ils avaient une pensée individuelle ».
    S’il faut suivre ce qui est commun à tout le monde, si l’assemblée est le lieu où
    cette essence commune est dévoilée, grâce à la parole, la participation à l’assemblée
    devient du coup une obligation, et sa transgression doit être sanctionnée. Celui qui
    est absent doit de quelque façon répondre de son propre manquement et présen-
    ter une justification plausible. Au cas où un participant commence à donner des
    signes d’impatience et à avancer des critiques, il est préférable de l’éloigner (c’est
    l’ostracisme, qui dans la Grèce ancienne durait dix ans), afin de sauver l’intégrité
    de l’institution. De plus, s’il y en a qui osent ne pas y mettre les pieds, et ceci de
    façon explicite, peut-être en se moquant de ces moments sacrés collectifs, il faudra
    punir cette outrecuidance avec les mesures les pires que chacun des participants
    pourra adopter. Tout vaut contre, les « je-m’en-foutistes », les « arrogants », les
    « provocateurs », ceux qui « s’isolent », ceux qui « ne veulent rien faire » (puisque
    c’est l’assemblée qui décrète tout ce qu’on peut faire). Ainsi, petit à petit, sans avoir
    besoin d’une autorité reconnue, le Multiple est réduit aux dimensions de l’Un. Le
    second problème est que les moments de rencontre sont pourtant indispensables,
    car ils permettent de découvrir de nouveaux complices, d’autres individus qui ar-
    dent du même feu. En réalité, la plupart de ceux qui vont à une assemblée ne le
    font pas avec le but de « se faire tondre », car ils n’ont pas grand intérêt pour l’ordre
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    du jour ni pour ce qui y sera dit et décidé. De façon plus ou moins secrète, on est
    attiré surtout par ce qui se passe en dehors de l’assemblée. Voilà donc pourquoi
    celle-ci devient inutile sinon nuisible, un poids mort que l’on traîne avec ennui. Et
    il ne suffit plus d’enlever à l’assemblée la tâche de décider. Ce qui voulait être une
    tentative d’en dépasser certaines limites est devenu une de ces bonnes intentions à
    exhiber, mais qui servent seulement de cache-misère pour dissimuler les hontes
    des petits compromis et des grandes alliances. Ce serait mieux de penser à d’autres
    prétextes pour trouver des moments où il serait possible de se trouver, se découvrir,
    se prendre ou se laisser, sans alimenter les ambitions de ceux qui voudraient être
    « le maître et le roi ».
    En considérant que l’anarchisme a toujours été caractérisé par une cohérence entre
    les moyens et les fins, par sa ferme conviction qu’on ne peut pas arriver à la liberté à
    travers l’autorité, on peut trouver bizarre cette vénération, de la part des anarchistes,
    du moyen de l’assemblée. Comme si l’Un pouvait accoucher du Multiple. Au fond,
    l’origine du mouvement anarchiste est déjà un défi au principe centralisateur, dans
    la théorie comme dans la pratique. Nombreux sont ceux qui ont imaginé l’anarchie
    comme une fédération de petites communes auto-suffisantes qui, même en se
    fédérant entre elles pour faire face à certaines nécessités ou enrichir leur propre
    existence, auraient gardé dans tous les cas de figure, leur indépendance et leurs
    caractéristiques. Les individus seraient libres de vivre dans la commune la plus
    conforme à leur nature ou d’en créer de nouvelles. Libres aussi de vivre en solitude,
    en dehors, en s’appuyant sur l’une ou l’autre ici et là, s’ils le veulent. Cela parce que
    la liberté a besoin d’espace, elle a besoin d’un ailleurs où puisse se réfugier celui qui
    n’est pas satisfait de l’existant. « Une société communiste n’est pas possible si elle ne
    surgit pas spontanément du libre accord, si elle n’est pas variée et variable comme
    le veulent et le déterminent les circonstances extérieures et les désirs, les volontés
    de chacun », exhortait Malatesta. Sinon, la liberté étouffe par manque d’air et sa
    déclamation perd de sa substance pour se réduire à un slogan hypocrite. Cela étant
    la fin, les moyens ne pouvaient qu’être conséquents. Il suffit de penser à celui qui
    est considéré comme le premier anarchiste italien, Carlo Cafiero. Une fois aban-
    donnée la pensée autoritaire marxiste, Cafiero plaidait la constitution de « cercles
    indépendants les uns des autres » puisqu’« à l’Etat centralisateur, disciplinaire, au-
    toritaire et despotique nous devons opposer une force décentrée, antiautoritaire et
    libre. Faut-il lister les avantages du nouveau système ? Mis à part la plus grande
    force d’attaque et de résistance, l’action est fort plus facile et rapide, chacun sacrifie
    plus volontiers propriété et vie pour une œuvre de sa propre initiative, les trahisons
    Contr’Un - Considérations sur les assemblées
    11
    sont difficiles et provoquent des dommages limités, les défaites sont partielles,
    toutes attitudes et toutes initiatives trouvent leur plein développement… Plus de
    centres, donc, plus de bureau de correspondance ou de statistique, plus de plans
    généraux préparés à l’avance, que chacun essaye de former dans son propre lieu un
    groupe autour de lui, de construire un petit groupe qui prenne tout de suite part à
    l’action. Dix hommes, six hommes, peuvent accomplir dans une ville des faits qui
    trouveront leur écho dans le monde entier... Chaque petit groupe se trouvera par
    lui-même un centre d’action, avec un plan à lui ; et à partir de nombreuses et dif-
    férentes initiatives le concept de toute la guerre sera un et harmonieux : la destruc-
    tion des oppresseurs et des exploiteurs ». Au delà des considérations sur les avan-
    tages pratiques d’une telle perspective d’action, ici est réaffirmée la nécessité de
    développer chaque tension, de refuser l’illusion quantitative, de défendre sa propre
    autonomie – la négation de l’assemblée, qui tend plutôt à synthétiser les tensions,
    à chercher le nombre de personnes supposées donner la force, à troquer l’autono-
    mie singulière contre l’efficacité collective (qui reste d’ailleurs à démontrer). Le
    temps de Cafiero et de ses bandes, pourtant, ne dura pas longtemps. Décimé par la
    répression, le mouvement se divisa entre Andrea Costa, avec son organisation en
    Parti, et Errico Malatesta et son parti de l’Organisation. La politique, avec tous ses
    calculs productifs, prenait la place de la vie, avec ses excès dispersifs. Donner pleine
    licence à l’individu est dangereux, cela pourrait réveiller le démon qui se cache en
    nous. La forêt sombre doit être abattue et transformée en société civile, les sau-
    vages doivent être éduqués et transformés en citoyens. La démocratie, sous toutes
    ses formes, exprime le besoin de poser une limite au désordre des passions à travers
    l’ordre du discours. Les bonnes manières, tout d’abord, pour exorciser ce chaos qui,
    étant non présentable, est irreprésentable. Dès lors, l’obsession de limiter avec la
    raison l’exploration des possibilités humaines n’a plus abandonné l’être humain,
    effrayé d’aller se cogner contre les murs de l’absurde.
    Texte traduit de l’italien. Publié pour la première fois dans le journal
    anarchiste apériodique Machete n°6, en septembre 2010.
    www.macheteaa.org
    D’autres publications de Ravage Editions sont disponible sur le site
    http://ravageeditions.noblogs.org
    ravage@riseup.net

    pok^p


    • Toutes nos pratiques culturelles sont imprégnées et ce, depuis des siècles, par l’idée que les violences sexuelles sont érotiques, séduisantes, excitantes et que le non-consentement féminin, en plus de n’avoir pas grande importance est excitant. Bien sûr il faudrait nuancer cette assertion ; cela dépend qui prend la femme qui ne consent pas. Pendant des siècles, le viol n’existait pas comme nous l’entendons aujourd’hui. Le viol conjugal n’existait pas et il était souvent fréquent que le viol par un inconnu soit considéré comme grave parce que le violeur avait pris le bien d’un autre, pas parce qu’il avait violé une femme.

    • Le viol est consubstantiel à la configuration physique mammifère en général, mais plus particulièrement humaine.
      Que ce soit par la technique ou la différence de force physique.
      La société en a rajouté une couche.
      Mais un homme est un violeur en substance.
      Et il faut de la société - du respect de l’autre en temps qu’égal - pour qu’il ne le soit plus... momentanément.

    • @perline je pense pas qu’on puisse parler de viol chez les non-humains. A par dans le cadre de la zoophilie, quant un humain viol un non-humain. J’ai déjà vu ces théories défendu chez les « psycho-evolutionnistes » à la Peggy Sastre.
      http://allodoxia.blog.lemonde.fr/tag/peggy-sastre

      Par rapport au texte de Crêpe Georgette, je dirait que le viol est en effet partie de la sexualité en régime patriarcale mais qu’en fait c’est de la torture et de la domination et qu’il faut impérativement extraire la torture et la domination de nos sexualités. Alors je fait partie des féministes qui disent que le viol ne fait pas partie de la sexualité.

    • @iraultza ca serait bien que tu fasse un poste pour cet article. Car il mérite qu’on en parle spécifiquement et pas au milieu d’autres commentaires. Et il risque de détourné l’attention de celui dont on parle ici et qui est très important et dit des choses assez fondamentales sur l’hétérosexualité.

      Puisque tu parlait de ton inquiétude de père, sache qu’il y a beaucoup de ressources sur le #viol la #culture_du_viol le #male_entitlement et pas mal de sujets autour du #féminisme qui aborde le #consentement voire aussi le tag #lolita. Tout ceci pourrait t’être profitable. #male_gaze peut aussi te donner quelques ressources utiles.

    • Je rejoins @Perline sur le fait que la nature nous montre des scènes de reproductions parfois violentes. Pas uniquement chez les mammifères : les femelles crapauds communs pourtant deux fois plus grosses que les mâles, meurent souvent noyées par les mâles qui se ruent sur elles. Une fois j’ai même sauvée une salamandre qui était en train de mourir car étouffée par un crapaud qui la prenait pour une femelle.
      Viol ou pas viol, il y a en tous cas violence meurtrière.

      Je crois qu’au delà du non-consentement, on érotise la « virilité » brutale, comme si cette idée bestiale de la reproduction violente était le signe d’une désirable et irrésistible toute-puissance, comme si paradoxalement cette violence effrayante était un truc « rassurant »...

      Comme si notre culture voulait exacerber les clichés, où d’un côté les femmes doivent être épilées, fardées, et gommer toutes traces de nos origines animales, et en même temps on accepterait les pulsions viriles des hommes comme un symbole de puissance. On fait mine d’en jouer, mais ça ne faiblit pas.. D’ailleurs la « domination » est bien une catégorie « érotique » en vogue (voir le succès de 50 nuances de Grey).

      Enfin dans ma vie sociale, je constate que mon refus d’adopter des comportements de dominants me vaut parfois de ne pas susciter l’adhésion, voire être antipathique, car non-rassurant. On attend de mon identité masculine que je « rassure » mes interlocuteurs en me montrant sûr de moi et dominateur, ce que je refuse de faire, préférant essayer d’être attentif, humble et digne de confiance.

    • @aude_v Je crois que c’est ce que j’ai dit, en indiquant que la société en avait rajouté une couche, c’est évidemment intéressant les discussions sur la société incitatrice de viol.
      Mais la base étant que l’homme est un violeur, il serait (également, plus ?) intéressant de considérer que c’est contre cette base-là qu’il faut lutter.
      Au lieu de dire que la société pousse au viol, il est plus proche de la réalité de travailler sur le fait que le viol est masculin par nature (le viol féminin, lui, est sociétal).
      La société devrait déconstruire cette nature violeuse, et non pas la promouvoir. C’est mon angle de vue.

    • Pierre Clastres dans La société contre l’Etat , fait part de son étude des tribus d’Amérique du sud, et il me semble qu’il souligne que le groupe a obligation de se diviser lorsqu’il devient trop important, créant ainsi un maillage territorial plus large. Les femmes ne sont donc pas importées dans le groupe mais le quittent pour fonder un autre village, il est vrai qu’il parle de matriarcat.

      Question cinéma et sur l’excitant non consentement féminin, je remarque qu’il y a beaucoup de scénario téléfilm ou cinéma (surement écrit par des hommes) qui renforce cette assertion en l’inversant.
      Oui, j’avoue que je regarde une grosse merde débile dont nous détaillons régulièrement les incohérences et horreurs véhiculées en nous esclaffant et qui s’appelle plus belle la vie. C’est un téléfilm qui doit, pour faire de l’audience, tenter de remplacer le journal de 20h en faisant de l’actualité ludique, il traite donc des sujets de société ou des évènements par la fiction avec quelques jours de retard sur l’actualité.
      Ainsi, il peut faire croire que les histoires qui arrivent à ses personnages seraient la réalité et colleraient à un portrait de la société.
      Or, dernièrement, parmi toutes les inepties scénaristiques et les incohérences psychologiques des personnages, il y en a quelques unes qui tiennent bien de cette inversion violeur/violé et qui voudraient en faire assumer la responsabilité aux femmes.
      Ainsi deux femmes, d’origine étrangère (mais de toute façon toutes les femmes deviennent dans ce téléfilm à un moment ou un autre des salopes manipulatrices) font prendre du GHB aux hommes avec lesquelles elles veulent coucher ! l’une a 60 ans et va violer un homme de 30, l’autre veut se marier et viole donc son futur mari qui ne lui résistera pas par la suite. Le plus intéressant n’est pas de voir autant de bêtises mais de s’imaginer un instant dans la tête des scénaristes et comprendre ce que cette mise en scène signifie socialement.

      Je vais démonter le tour de passe passe extraordinaire dans lequel les téléspectateurs sont poussés à adopter un point de vue masculiniste qui entérine l’idée que le viol est fun.

      Le scénario malheureusement le plus vraisemblable est un fait social réel prédominant où les hommes frappent et violent des femmes (je ne vais pas vous ressortir les chiffres).
      Donc, contrairement à ces faits, c’est pourtant l’inverse qui est mis en scène, parce que c’est nettement plus confortable pour tout le monde, d’autant que le téléspectateur est ainsi amené à
      – prendre plaisir ou s’amuser d’un viol puisque seul le viol d’une femme est moralement répréhensible. Si il s’était agit d’un viol de femmes, le scénario se devait de mener les hommes jusqu’à la case prison. Ici, rien de tel.
      – minimiser la notion de viol, car une femme donne du plaisir et l’homme ne peut en être victime
      – faire croire qu’une femme a les mêmes désirs de viol qu’un homme
      – plaindre les hommes qui ont été manipulés
      – équilibrer la perception des rapports de violences sociales H/F

      Pour poursuivre le décorticage, aucun des hommes violés ne va aller se plaindre d’avoir été victime d’un viol, ni à leurs proches, ni à la police. C’est inutile, ils ne sont pas affectés psychologiquement et la seule gêne qu’ils éprouvent est d’avoir été manipulés. Alors de quoi se plaignent les femmes qui sont violées ? avec une telle mise en scène, une personne violée n’est pas une victime et le consentement n’est pas une nécessité.

    • Et d’ailleurs, ça véhicule aussi des idées fausses quant à la réalisation d’envies féminines : à 60 ans il est extrêmement facile de coucher avec un homme (et pas un « garçon » @Touti ! On va pas parler de pédophilie à 30 ans !) de 30 ans.
      C’est une envie très répandue de la part des hommes, parfois attribuée (par les intéressés) à la réalisation de fantasmes adolescents jamais réalisés, ou l’image de la mère que cela véhicule.
      Mais aussi pour des raisons de goût ou, simplement, des raisons pratiques (expérience plus avancée, pas de risque de grossesse, pas envie de mariage, etc.).
      #cougarquelmotatroce #femmede60ans

    • @mad_meg : où a-t-on écrit cela ???
      Pour ma part j’ai la conviction, comme semble-t-il @perline que le débat entre l’essence et la culture n’est pas binaire.
      Je ne vois pas les être vivants comme des êtres innocents que seules des cultures humaines patriarcales auraient pervertis.
      La barbarie est aussi dans la nature.
      Je crois que la nature nous lègue des ornières comportementales, on n’est pas dans le déterminisme absolu, mais dans la statistique (tous les mâles ne sont pas des violeurs, mais la probabilité est plus forte que les violeurs soient masculins)
      Soit la culture, basée sur une idée collective bienveillante et égalitaire, vient activement (et fermement) gommer ces ornières, soit on est dans une culture paresseuse qui accepte et légitime la domination et la prédation des uns sur les autres, et qui va accentuer ces ornières.
      Je milite pour la première, c’est une construction longue et difficile.
      Je crois qu’il ne suffit pas de se débarrasser d’une culture maligne (le patriarcat) pour qu’on retrouve un hypothétique paradis sur terre qui à mon avis n’a existé que dans le mythe d’Adam et Eve. Je crois que cette culture vraiment égalitariste est à inventer et concrétiser, qu’elle n’est pas « innée » si on peut dire.
      Bien sûr je précise que je ne cherche pas à dédouaner les individus masculins malveillants de leurs responsabilités, je ne cherche pas à leur trouver des circonstances atténuantes, et encore moins les absoudre de leurs méfaits. Je rappelle cette excellente précision détaillée ici : expliquer n’est pas excuser http://seenthis.net/messages/435075#message435090
      Voilà je sais qu’il y a débat sur ce genre de convictions, j’espère ne heurter personne que le débat restera courtois :-)

    • « cultures sans viol »...ça rappelle la vision idyllique des chasseurs-cueilleurs de la préhistoire, êtres sans violence... Même wishfull thinking

    • @mad_meg Je ne sais pas si tu es de mauvaise foi ou juste si tu as envie de polémiquer.
      Et d’abord, je n’ai jamais dit que c’était bien d’être amoureuse d’un homme mais d’être amoureuse tout court.
      Un peu hétérocentré comme interprétation.
      Ensuite, j’ai aussi écrit que la société devait éduquer contre le fait que les hommes sont des violeurs par essence.
      Il faut lire, il faut lire... Mais parfois c’est, aussi, beaucoup demander, tant il est plus facile de fustiger et de sortir le bazooka des lettres, que de réfléchir et d’argumenter.

    • @paulo as usual tu dis des inepties, il se trouve justement que les hommes de la préhistoire n’auraient pas survécu sans bienveillance et solidarité, des valeurs antinomiques avec la phallocratie. Le mythe de la construction de la violence aux temps préhistoriques à la peau dur …

    • merci @touti, je vois que tu restes ferme sur tes convictions, quitte à rêver sur « la construction de la violence » lors d’une époque de l’histoire de l’humanité, (probablement capitaliste, pré-capitaliste ? Bref, peu importe, ça ne fait pas de mal, les bons sentiments, enfin pas tout le temps. Bonne continuation.

    • voire aussi :
      « Dans les premiers temps de l’humanité, les hommes et les femmes étaient égaux (les inégalités sont une invention tardive) »
      http://seenthis.net/messages/372186
      On peu voire d’ailleurs que @paulo tennait le même discours
      et @sinehebdo avait fournis une belle liste de liens seenthis sur le sujet.

      Voir aussi :
      http://seenthis.net/messages/160207
      http://seenthis.net/messages/160319
      http://seenthis.net/messages/221329
      http://seenthis.net/messages/233683
      http://seenthis.net/messages/241377
      http://seenthis.net/messages/285362
      http://seenthis.net/messages/343999
      http://seenthis.net/messages/371071

      De l’homme - et de la femme - préhistoriques (2000) :
      http://www.canalu.mobi/video/universite_de_tous_les_savoirs/de_l_homme_et_de_la_femme_prehistoriques.890

      Mon squelette a-t-il un sexe ?
      Agnès Giard, Libération, le 15 février 2015
      http://sexes.blogs.liberation.fr/2015/02/15/le-squelette-t-il-un-sexe

      Pourquoi les femmes sont-elles plus petites que les hommes (2015) :
      http://www.tv-replay.fr/redirection/15-05-15/pourquoi-les-femmes-sont-elles-plus-petites-que-les-hommes-arte-11069289.h

    • Pourtant l’opposé, le « plus-que-consentement », c’est à dire le « besoin urgent sexuel » (féminin, entre autres) est (aussi) très excitant et pourrait avantageusement être exploité par des artistes, des cinéastes, des romancier.e.s...

      Il l’a été d’ailleurs, mais moins, alors qu’il n’empêcherait pas le ressort dramatique de nombreux scénarios, tout en faisant la promotion du sexe consenti...

    • @Dror@sinehebdo c’est intéressant ce mot créé « plus que consentement » !
      C’est juste de l’envie pressante, pourquoi intégrer une notion de consentement, et pire encore « plus que », chez les femmes exclusivement, et pas du tout chez les hommes, pour une simple envie très forte et très urgente ?
      Je note que tu emploies le mot « besoin », qui est en général une justification pour le viol, la prostitution, etc ;
      On dit qu’on a des « besoins » (comme manger, respirer) donc qu’on ne peut leur refuser.
      Les hommes n’ont pas « envie », ils ont « besoin » de sexe.
      Ouhlala....
      Les envies des hommes et de femmes ne sont pas considérées comme équivalentes, une fois de plus. Et une fois de plus, évidemment, celles des femmes sont considérées comme moindres donc étonnantes quand elles dépassent ce qu’on leur a appris comme étant leur normal.
      Par ailleurs, bien sûr que si cette envie pressante est utilisée, et beaucoup.
      Maintenant analysons comment elle est présentée (voir ci-dessus) et utilisée dans les ressorts culturels : toujours avec un sous-entendu négatif pour les femmes.

    • Désolé, j’ai fait court avec le risque d’être mal interprété, juste pour défendre une autre façon peut-être moins sexiste d’écrire des scénarios ou de peindre des peintures, mais bien entendu « envie pressante » correspond aussi à ce que je voulais dire, et bien entendu elle pourrait émaner d’un homme comme d’une femme, dans une relation hétéro ou homo (tu noteras d’ailleurs que j’ai bien utilisé le mot « besoin » pour une femme, pour justement renverser cette idée que le besoin n’est toujours que masculin). Si je prenais le cas d’une femme c’était pour répondre en symétrique aux tableaux de Fragonard qui auraient pu dépeindre une « envie pressante » plutôt qu’un « non consentement »...

      Après, j’avais le sentiment que ces envies pressantes féminines n’étaient pas si « utilisées » que ça, mais je me trompe peut-être. D’autre part tu dis qu’elles sont utilisées avec des sous-entendus négatifs pour les femmes. Tu as sans doute des exemples en tête : à quoi penses-tu ?

    • @dror@sinehedo En fait je ne t’accuse pas personnellement, et je ne demande pas d’explication. Je profite de ce que tu écris pour mettre le point sur ce qui est généralement acquis et pensé.
      Quand tu dis que as fait court avec le risque d’être mal interprété, en réalité tu utilises les mots et les concepts courants, comme tout le monde, qui ne font que refléter la pensée et les affirmations ambiantes. Ce n’est pas toi qui es visé mais à travers toi toute la société.
      Les mots ont de l’importance :)
      Je n’ai pas d’exemple en tête (parce que j’ai toujours un mal fou à me rappeler des titres des films, des acteurs et tout ça, gros handicap) mais, en tout cas dans les relations hétéro, je sais que quand je vois ce genre de situation, en général je me sens mal à l’aise sur les sous-entendus véhiculés et je ne me reconnais pas du tout, pas comme étant respectée en symétrie d’une situation inverse (l’homme a très envie).
      Exception récente à la règle (qui va donc dans ton sens) : Crazy Amy. Mais écrit par Amy elle-même, une femme par ailleurs, alors...

    • Il y en a pas mal des films et des séries, à commencer par Laers Von Trier et ceux qui ont suivi son dogme, qui passe par le cathociné ou les fmmes qui ont du désir sont soient violées soient punies. je t’assure que ce n’est pas si simple de s edépetrer de ces représentations, entre la maman et la putain, peu de choix pour un désir qui ne soit pas celui de LA femme vu par les hommes, ou plutot de LA femme vu par le prisme patriarcal (qu’adoptent aussi les femmes). Vu distraitement la semaine dernière une merde de film à la télé avec Morgan Freeman et son acolyte (qui a les cheveux teints parce qu’il doit bien avoir 50 balais, on s’en foutrait si il ne jouait pas les jeunes) qui viole une femme qui a très envie de lui au début et l’allume. Ce == à je disais plus haut c’est que c’est ainsi très déculpabilisant de représenter (parce qu’on parle de représentation) le désir féminin comme « aussi irrépressible que » celui d’un homme pour justifier la prédation. Je retrouverai des titres tiens, en général ça ne manque pas mais j’y vais de moins en moins surtout à cause de ces schémas récurrents qui m’ennuient .

    • OK, j’émettais une hypothèse, ou une piste pour pouvoir représenter l’excitation sans tomber dans ces pièges. Je me suis trompé. Merci. Je retiens au moins que dans ce cas (l’exception à la règle citée par @perline), c’est « possible », alors que dans le cas du non-consentement c’est juste impossible...


  • Structure des groupes humains : vers une axiomatique | aggiornamento hist-geo
    http://aggiornamento.hypotheses.org/2380

    Je présente ci-dessous les éléments d’une théorie générale des formes de vie collective.

     La double nature du social a été largement reconnue par maints auteurs en termes de « grand partage » et en fonction d’un certain nombre de dichotomies (primitif/civilisé, traditionnel/moderne, etc.). Sans devoir remonter à Rousseau, quelques sociologues comme Ferdinand Tönnies (Gemeinshaft et Gesellshaft), des philosophes comme Martin Buber (société et politique), ou des ethnologues comme Pierre Clastres (sociétés contre l’Etat et sociétés avec l’Etat) Victor Turner, ou Stanley Diamond, ont bien deviné la présence de principes antithétiques et compris qu’il existait deux manifestations radicalement différentes de la vie collective. Plus récemment encore des sociologues ont mis à jour deux structures, et deux seulement, caractérisant tous les groupes humains : la hiérarchie et la coopération (Karl van Meter). Ces efforts peuvent-ils aboutir à fonder une théorie de la société ? Je pense que oui, mais à deux conditions. La première est de prendre en considération certains groupes humains observés par les ethnologues, la seconde est d’adopter une perspective évolutionnaire. Ces deux conditions permettent de situer le schéma dans une problématique anthropologique large et amènent à redéfinir les concepts fondateurs. J’utiliserai ainsi, dans un sens précis et particulier, celui de régime « socio-hiérarchique » et je lui opposerai celui de régime « anarcho-grégaire » ou « anarcho-égalitaire ». J’opposerai de la même façon la réciprocité au partage, les liens faibles aux liens forts dans un rapport homothétique au couple égalité/hiérarchie.

    #vie_collective #égalité #hiérarchie #sociologie #anthropologie

    À mon avis un peu simpliste comme thèse générale, avec toutefois quelques points saillants qui éclaire nos « démocraties ».


  • Comment les mondes de jeux virtuels sont révélateurs de la nature des hiérarchies humaines - Technology Review
    http://www.technologyreview.com/view/525696/how-virtual-gaming-worlds-are-revealing-the-nature-of-human-hierar

    La façon dont les joueurs forment des groupes dans les jeux en ligne révèle que les hiérarchies sont un produit inévitable de la condition humaine, estiment les spécialistes des sciences de la complexité. Pour les chercheurs, l’organisation hiérarchique de la société humaine est profondément imbriquée dans la psychologie humaine, puisqu’ils se reforment dans d’autres environnements... Reste à savoir si l’environnement d’un #jeu multijoueur n’est pas également un environnement propice à la formation de telles structures hiérarchiques complexes. Tags : internetactu internetactu2net jeu #hierarchie #chef #autorite (...)

    #autoorganisation

    • article de recherche lié : http://arxiv.org/abs/1403.3228

      Humans are fundamentally social. They have progressively dominated their environment by the strength and creativity provided by and within their grouping. It is well recognised that human groups are highly structured, and the anthropological literature has loosely classified them according to their size and function, such as support cliques, sympathy groups, bands, cognitive groups, tribes, linguistic groups and so on. Recently, combining data on human grouping patterns in a comprehensive and systematic study, Zhou et al. identified a quantitative discrete hierarchy of group sizes with a preferred scaling ratio close to 3, which was later confirmed for hunter-gatherer groups and for other mammalian societies. Using high precision large scale Internet-based social network data, we extend these early findings on a very large data set. We analyse the organisational structure of a complete, multi-relational, large social multiplex network of a human society consisting of about 400,000 odd players of a massive multiplayer online game for which we know all about the group memberships of every player. Remarkably, the online players exhibit the same type of structured hierarchical layers as the societies studied by anthropologists, where each of these layers is three to four times the size of the lower layer. Our findings suggest that the hierarchical organisation of human society is deeply nested in human psychology.

    • Roo tu me met la pression @fil
      Mon anglais est vraiment pourris alors j’espère ne pas faire de contre-sens

      déjà la hiérarchie chez les mammifères ca se discute comme idée, il doit bien y avoir des mammifères sans hiérarchie, vu qu’il y a des mammifères solitaires et aussi qu’on observe les mammifères avec nos yeux d’animaux hiérarchiques. Par exemple entre une mère et son petit, on ne peu pas vraiment dire qui commande. Par exemple pour les Orang-outang, en captivité comme on les fourre a plusieurs dans une cage il y a une hiérarchie (patriarcale, le dimorphisme sexuel chez les outangs est très marqué et les mâles sont vraiment beaucoup plus gros et forts) mais en liberté c’est moins évident, les outangs ne se rencontrent presque jamais, alors la vie sociale c’est pas grand chose dans la vie outane.

      Cet article me rappel 2004 quant je jouais à #EVE_Online au moment ou c’était « la conquière de l’ouest » et que les grandes corporations se sont forgés. Il y avais pas mal de vocations à expérimentation politique dans ce jeu. Certains joueurs voulaient essayé différents systèmes, avec ou sans hiérarchie. Les groupes qui ont prospéré étaient hiérarchiques et en plus bien capitalistes. Les anarchistes partaient dans la piraterie et les communistes ont vite disparu car dans ces corps les plus investis se sont sentis lésé par les autres et se sont décourragés. En discutant de ca avec les amis avec qui je jouais, on s’était dit que le jeu très axé sur le commerce et la fermeture des territoires une fois conquis, se prêtais dans sa conception à des structures hiérarchiques et capitalistes. Et pour les pirates, soit c’était des électrons libres atomisé et qui avaient de faibles ressources car le jeu favorise les groupes structurés, soit c’etait des dictatures. Par rapport à l’idée des niveaux de hiérarchie (l’article dit qu’il y en aurais 7) c’est vrai qu’a force de m’investir dans eve_online comme une no-life j’ai pu en voire certains, de petite noobs dans mon groupe de 2 ou 3 potes, à responsable R&D, membre de la direction de la corp de 100 joueurs actifs, puis la corp est devenu représentante de la communauté francophone sur EVE donc ambassadrice un peu de plusieurs milliers de joeurs et j’ai participé a des négociation et session diplomatique avec de grosses corps US, GB et Allemande. Bon avec mon anglais c’était quant même pas terrible ^^ bref pour l’aspect hiérarchie dans les #JV mon expérience n’est pas en contradiction avec ce que dit l’article. J’ai l’impression que ce qui m’a permis de monter dans la hiérarchie c’est le choix de mes compétences, des compétences rares et qui me retenaient en station et faisait que j’avais du temps pour socialisé et étendre mon réseau de connaissances.

      Bon après le coté, les humains sont naturellement hiérarchiques, ça me semble un peu cavalier d’affirmer un truc pareil, ou on peu imaginer des hiérarchies fluctuantes selon les compétences et l’expertise de chacun·e selon les domaines. Les modes d’organisation sociales qu’on imagine on les imagine à partir de nos habitudes et les programmes de simulations sont conçus par des esprits qui pensent par hiérarchie (comme #CCP pour EVE_online).
      Aussi il y a ce qu’on pense être les signes et attributs de pouvoir, par exemple pour les chimpanzé commun on pense que le chef c’est celui qui as toutes les femelles, mais en fait les éthologues se sont rendu compte que ce sont les mâles du milieu de la « hiérarchie » qui se reproduisent le plus. Le mâle dit Alpha en fait c’est juste un gros idiot qui roule des mécaniques et finalement à force de se croire le chef et de défendre sa place de chef il n’est pas si bien loti niveau femelles vu qu’il ne se reproduit pas autant que les mâles. Est-ce que la hierarchie c’est pas juste une ruse pour que les gros idiots musclé vous foutent la paix ?

      Aussi même si naturellement les humains sont des bêtes hiérarchiques, ca veut pas dire qu’on ne doit pas travailler a changer notre nature. Ou s’organiser pour que la hiérarchie ne soit pas figée et oppressive ou aussi s’efforcer de dé-hiérarchiser notre espèce ou imbriquer les hiérarchies pour les annulés au lieu d’en faire de couches à 7 niveaux. Il me semble que c’est une des vocation de l’anarchisme et qu’il y a beaucoup de monde ici plus qualifié que moi pour en parlé car je suis pas très calé sur le sujet, même si philosophiquement ca me semble plus beau comme objectif que la chefferie.
      Aussi je pense au système de réflexion en dodécaèdre dont tu m’avais parlé il y a quelques années et qui me trotte souvent dans la tête. Ca me semble un bel exemple de model d’organisation sociale non hiérarchique et possible plus facilement maintenant qu’on a des outils tel que l’informatique pour chercher de nouvelles façon de vivre ensemble.
      Si d’ailleurs tu retrouve des sources sur ce model en dodécaèdre ca peu être cool de les mettre ici.
      En fait si on ne fait rien pour qu’il n’y ai pas de hiérarchie, la hiérarchie s’installe car l’égalité n’est pas dans la nature, il fraudais pensé des systèmes nouveaux et des programmes informatiques nouveaux qui favorisent de nouvelles organisation. C’était pas à mon avis la vocation de CCP quant ils ont fait EVE ni de ces scientifiques quant ils ont fait Pardus.
      Et dans un autre domaine, je me demande pour @seenthis si on peu réfléchir a ces questions de hiérarchie mais pas maintenant car j’ai déjà pondu un gros pavé avec hiérarchie écrit partout et ca suffit pour maintenant.

    • Est-ce que la hierarchie c’est pas juste une ruse pour que les gros idiots musclé vous foutent la paix ?

      Parfaite question, fort pertinente, et à laquelle certains ont déjà tenté de répondre : d’après #Pierre-Clastres, c’est assez proche de ça ! :)
      http://www.rebellium.info/2013/04/la-societe-contre-letat-la-pensee-de.html

      Et notamment grâce à la distinction entre « pouvoir coercitif » et « pouvoir non coercitif » (ou « symbolique » ou « de prestige »).

      Autrement dit, dans plusieurs sociétés non-occidentales, sans État, on a remarqué que les chefs n’avaient en réalité pas le pouvoir de contraindre les autres de faire des choses (sauf en tant de guerre, généralement). C’est souvent ceux qui parlent le mieux ou le plus et qui ont été de bons guerriers ou chasseurs, mais en fait au niveau des choix quotidiens, ils se contentent finalement de discuter avec tou⋅te⋅s pendant la journée, et le soir ils retranscrivent ce qu’ils ont entendu en disant « demain on fera ceci cela ».

      Bref, parler de « hiérarchie » en général, sans préciser vraiment en détail de quel type de pouvoir il s’agit (coercitif ou juste symbolique, donc), ça ne veut pas dire grand chose. :)

    • très interessant ce Pierre Clastres, merci @rastapopoulos pour la découverte. Quant il pointe le fait que les société à hiérarchie non-coercitives ne connaissent pas l’écriture, ca me fait pensé à ce passage de Triste tropiques de #Levi-Strauss qui valide l’association écriture et domination
      http://www.site-magister.com/levistrauss.htm

      Si l’écriture n’a pas suffi à consolider les connaissances, elle était peut-être indispensable pour affermir les dominations. Regardons plus près de nous : l’action systématique des États européens en faveur de l’instruction obligatoire, qui se développe au cours du XIXe siècle, va de pair avec l’extension du service militaire et la prolétarisation. La lutte contre l’analphabétisme se confond ainsi avec le renforcement du contrôle des citoyens par le Pouvoir. Car il faut que tous sachent lire pour que ce dernier puisse dire : nul n’est censé ignorer la loi.

      Du plan national, l’entreprise est passée sur le plan international, grâce à cette complicité qui s’est nouée, entre de jeunes États - confrontés à des problèmes qui furent les nôtres il y a un ou deux siècles - et une société internationale de nantis, inquiète de la menace que représentent pour sa stabilité les réactions de peuples mal entraînés par la parole écrite à penser en formules modifiables à volonté, et à donner prise aux efforts d’édification. En accédant au savoir entassé dans les bibliothèques, ces peuples se rendent vulnérables aux mensonges que les documents imprimés propagent en proportion encore plus grande.

      Read more : http://www.site-magister.com/levistrauss.htm#ixzz2xFFv1700

      #écriture #domination

      par contre je ne suis pas d’accord avec ce passage

      Ensuite, étudiant d’abord le paradigme éthologique, Clastres énonce que dans la nature, la loi du plus fort, la relation de domination est permanente, et la logique de commandement-obéissance est omniprésente dans le règne animal.

      Il existe des relations symbiotiques ou d’échange réciproque dans lesquels il n’y a pas de domination. Je pense aussi par exemple aux insectes sociaux, type fourmis, termites ou abeilles. Il y a ce qu’on appel une reine a cause de nos catégories humaines, mais elle ne domine rien du tout, elle a sa spécialité qui est la ponte mais on ne peu pas parlé de pouvoir même non-coercitif. Ca me semble des catégories trop anthropomorphiques.

    • après verification pour la symbiose, c’est plutot pour les plantes, champi, algues, bacteries, lychen pas trop les animaux. Pour les animaux il existe par contre le #commensalisme qui n’est pas une relation réciproque mais je ne pense pas qu’on puisse parlé de relation hiérarchique dans ce cas.

      Le commensalisme semble parfois être une variante du parasitisme ; si l’hôte fournit une partie de sa propre nourriture au commensal, il n’obtient en revanche aucune contrepartie évidente de ce dernier (la relation est à bénéfice non-réciproque). Le commensalisme est une association non-destructrice pour l’hôte (ce qui le différencie du parasitisme) ; ce dernier peut tout à fait continuer à vivre et évoluer en présence du commensal et, le plus souvent, « ignore » tout de la relation. Les survies des deux organismes sont indépendantes.

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Commensalisme

      Il y a aussi les animaux anthropophiles ou Synanthropiques
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Synanthropie
      tel que les rats ou les cafards vis a vis des humains, là aussi je ne pense pas qu’on peu parlé d’une relation hiérarchique, même si non-coercitive.

    • Compliqué de savoir de quoi on parle exactement, entre hiérarchie, domination, pouvoir, etc ...

      De ce que j’en sais, l’humanité dans la majorité de son histoire avait une organisation sociale type bandes tribales égalitaires, sans hiérarchie, et avec plein de mécanismes coercitifs pour empêcher la mise en place d’une hiérarchie (cf http://seenthis.net/messages/240890).

      Une étape, après l’agriculture, a été les bigmen, qui étaient une figure centrale mais symbolique. Ils devaient leur prestige à leur générosité, et donc ils travaillaient souvent plus (enfin, leurs multiples femmes surtout...) et étaient plus fauchés que les autres. Ils avaient un rôle d’allocateurs de ressources. Mais en gros tout le monde faisait le même travail, et un bigmen pouvait être destitué s’il n’était pas assez généreux.

      Le tournant, toujours selon « An Edible History of Humanity » semble être les grands travaux d’irrigation, qui fixent plus les gens sur un territoire, et qui donne un pouvoir certain sur celui qui détient les clefs du système d’irrigation, et qui peut avoir une milice privée grâce aux surplus de l’agriculture irriguée, pour protéger les infrastructures, et lui-même par la même occasion. Donc dans ce cas le maître du système d’irrigation n’est plus agriculteur, il doit sa position à son monopole, ne peut plus être destitué et contrôle la violence institutionnelle. Fin de la liberté.
      Ça me ramène au lien entre agriculture, désert, et patriarcat évoqué ici : http://seenthis.net/messages/241377

    • Sans compter que dans le couple « hiérarchie et pouvoir » les blocages ne viennent pas que d’en haut, mais aussi éventuellement de ceux qui sont « en dessous » ou « à côté » et qui peuvent toujours subtilement « over-rule » un pourvoir ou un responsable. C4est un jeu de relations "multi-paramétrique. C’est ce qui fait de cette question fonfamentale un sujet très difficile à aborder sous tous ses angles possibles.


  • Le symptôme de la mise sous tutelle des Etats par le pouvoir financier : les élus, anciens intermittents du pouvoir, nouveaux intermittents du spectacle.
    Disparition du représentant « politique » pour peu qu’il en ait beaucoup existé, remplacé par le dirigeant, c’est à dire une sorte de pdg, de « manager » du peuple, chargée de faire appliquer une politique non plus décidée par le peuple, mais par les créanciers « actionnaires » financiers de l’Etat..

    http://www.lesinrocks.com/2013/04/28/actualite/christian-salmon-lhomme-politique-est-peut-etre-en-train-de-disparaitre-

    Plus l’Etat est “insouverain”, plus les communicants prennent de l’importance et cannibalisent le politique. Dans son livre sur les sociétés sans Etat, Pierre Clastres définissait le rôle du chef comme une autorité sans pouvoir, une parole sans pouvoir de commandement. Il le définissait comme un mannequin du pouvoir. L’Etat ayant perdu beaucoup de ses prérogatives, le chef d’Etat est de plus en plus un homme qui parle, raconte des histoires. Ses missions régaliennes ? Rassurer, redonner confiance, conjurer la spirale de l’incrédulité. Avant, un ministre était entouré de conseillers techniques ; aujourd’hui, il vit et travaille surtout avec son chargé de communication ; plus de 50 % de son temps est consacré à occuper une place dans les médias. Une logique de “réapparition” spectrale, de persistance et de survie médiatique. La puissance de la communication est l’envers de l’impuissance politique.


  • Christian Salmon : « L’homme politique est peut-être en train de disparaître »
    http://www.lesinrocks.com/2013/04/28/actualite/christian-salmon-lhomme-politique-est-peut-etre-en-train-de-disparaitre-

    Plus l’Etat est “insouverain”, plus les communicants prennent de l’importance et cannibalisent le politique. Dans son livre sur les sociétés sans Etat, Pierre Clastres définissait le rôle du chef comme une autorité sans pouvoir, une parole sans pouvoir de commandement. Il le définissait comme un mannequin du pouvoir. L’Etat ayant perdu beaucoup de ses prérogatives, le chef d’Etat est de plus en plus un homme qui parle, raconte des histoires. Ses missions régaliennes ? Rassurer, redonner confiance, (...)

    • Euh son évocation de Clastres est un peu pourrie là, vu que ce dernier montrait justement qu’il pouvait y avoir une autorité symbolique mais sans qu’elle soit liée à un vrai pouvoir coercitif, et que finalement c’était pas si mal foutu. Là on a l’impression qu’il dit ça comme si Clastres disait que c’était mal car il en parle dans un passage où lui dit que c’est pas bien.

    • Mmmmh, je sais pas, je comprends peut-être de traviole mais :
      – son discours un peu tout du long est une critique de communicants ;
      – il commence le passage en disant "Plus l’Etat est “insouverain”, plus les communicants prennent de l’importance et cannibalisent le politique." sous entendu donc que pour lui ce n’est pas bien ;
      – juste après il cite Clastres qui a analysé les sociétés sans État, où le chef avait seulement un pouvoir symbolique, dans la parole, mais non coercitif (or je le rappelle, Clastres pensait que ces sociétés faisait volontairement ça pour ne pas avoir d’État, et que c’était plutôt "bien")
      – sa citation vient comme un appui à sa critique des communicants et de l’État qui n’aurait plus de pouvoir, alors que Clastres a un propos à priori inverse

      C’est comme ça que j’avais compris ce passage, pour l’instant. :)


  • La montagne contre l’État

    Pierre Pellicer

    http://www.lavoiedujaguar.net/La-montagne-contre-l-Etat

    Ce carnet de pérégrinations, publié en juin 2012 sur l’excellent site Article11, trouve place ici pour donner tout son sens à la lecture de Zomia ou l’art de ne pas être gouverné, essai de James C. Scott qui vient d’être traduit en français.

    Zomia : espace périphérique de refuge et d’insoumission. Vaste zone de contreforts montagneux et de jungles, hors empires et civilisations. Ensemble hétérogène de peuples des hauteurs, fugitifs, autonomes : le négatif de l’État tel qu’il s’impose dans le Sud-Est asiatique.

    Le concept de Zomia a été développé dans The Art of Not Being Governed, brillante contre-histoire de la région s’inscrivant dans le sillage de travaux anthropologiques sur les rapports sociétés/État, tels ceux de Pierre Clastres.

    Pour son auteur, James C. Scott, les centaines de communautés qui peuplent les montagnes de Zomia ont depuis deux mille ans organisé leurs sociétés avec un souci constant, celui d’échapper aux nuisances de l’État : à ses décideurs, ses hiérarchies et institutions ; à sa logique : esclavage, religion, conscription, impôts ; aux famines et épidémies périodiques liées à la vie en plaine et à la monoculture du riz. (...)


  • Qu’est-ce que c’est que ces chefs sans pouvoir ?
    http://www.youtube.com/watch?v=cgkg7VpyKoE

    ACR - Atelier de Création Radiophonique - 18/02/1975
    – Qu’est-ce que c’est que ces chefs sans pouvoir ?
    Par #Jean-Jacques_Lebel , assisté de Anne Marie Abou, Jeannine Antoine,Viviane Vaudenbrock.

    Collaboration technique : Michel Creis, Daniel Bizien .

    Avec François Bott, Félix Guattari, Marcel Gauchet, #Pierre_Clastres, Roger Blin, Dominique Lacarrière, Pierre Santini .



  • Non à l’asservissement aux maris et aux prêtres ! par Noël Godin
    http://cqfd-journal.org/Non-a-l-asservissement-aux-maris

    Le dossier copieux Pierre Clastres (Sens&Tonka), concocté par le sujet du livre lui-même, avec tout plein de textes rares ou inédits, et par quelques historiens dérangeants, Miguel Abensour, Marc Richir, Anne Kupiec…, souligne à quel point l’anti-ethnologue Clastres a foutu le souk dans l’anthropologie politique. Comment ? En démontrant avec force que « l’absence d’État dans les sociétés dites primitives ne provient pas de leur bas niveau de développement ou de leur incomplétude supposée mais d’une attitude active de refus de l’État en tant que pouvoir coercitif coupé de la société ». « Contre l’État » donc plus que « sans État ». D’où les rapports relevés dans l’ouvrage entre la pensée dynamiteuse de Clastres et celle d’autres têtes brûlées renommées pour qui « l’homme est un être-pour-la-liberté ». Ainsi de La Boétie et de sa guérilla contre la servitude volontaire et contre les nécessités factices auxquelles les zigues qui les ont créées se soumettent (la religion, le pouvoir hiérarchisé, les lois). Ainsi du géographe anar Élisée Reclus : « Je pourrais citer diverses peuplades, dites sauvages, qui même de nos jours vivent en parfaite harmonie sociale sans avoir besoin de chefs, ni de lois, ni d’enclos, ni de force publique. »


  • La critique des experts et la critique de la critique des experts. « Pierre Bourdieu, d’où parlez vous ? » Les « descendants » de Bourdieu (Serge Halimi, Pierre Clastres, Gilles Balbastre, usw...) ne pratiquent plus la méthode quantitative objectiviste de leur maitre mais celle - ô combien plus fragile, pénible et laborieuse - du « faisceau d’indices ». Voir les nouveaux chiens de garde. Faut-il repenser la critique médiatique à partir d’une méthodologie judiciaire et qualitative plutôt que positiviste et quantitative ?
    http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=108#chapitre3

    L’un des penseurs qui ont contribué à la légitimation de la contre-expertise est Pierre Bourdieu. Même si lui-même ne se considérait pas comme un « expert », sa conception de la sociologie le rapproche de cette modalité d’intervention. Bourdieu fonde en 1997, dans la foulée de son soutien aux grévistes en décembre 1995, l’association et la collection « Raisons d’agir ». Celle-ci est l’un des centres de contre-expertise en France, proche dans son fonctionnement de la Fondation Copernic ou du conseil scientifique d’Attac. La sociologie de Bourdieu a ceci d’intéressant qu’elle repose sur une stricte distinction entre la doxa et l’épistémê, c’est-à-dire entre les opinions de sens commun et la connaissance scientifique. Le sociologue est en conséquence le seul à même d’atteindre l’objectivité du monde social, parce qu’il dispose des outils – notamment statistiques – qui lui permettent de s’arracher à la servitude des opinions courantes. Dès lors, son travail consiste à parvenir à cette objectivité, puis à la mettre à la disposition des acteurs sociaux. La position de « surplomb » que cette conception du savoir sociologique confère à celui qui l’exerce n’est pas éloignée de celle dont se prévalent les « experts ».

    #rupture_épistémologique #critique_média #socologie_bourdieu #nouveaux_chiens_de_garde #expert