person:pierre dardot

  • Chroniques de la couleur

    Une grosse recension de textes (et autres médias) sur les Gilets Jaunes.

    Les liens cliquables sont par là :
    http://inter-zones.org/chroniques-de-la-couleur

    –—

    Sophie Wahnich : Les gilets jaunes et 1789 : Résurgences révolutionnaires, 18 Décembre 2018

    Achille Mbembe : Pourquoi il n’y aura pas de gilets jaunes en Afrique, 18 décembre 2018

    Michalis Lianos : Une politique expérientielle – Les gilets jaunes en tant que peuple, 17 décembre 2018

    Fanny Gallot : Les femmes dans le mouvement des gilets jaunes : révolte de classe, transgression de genre, 17 décembre 2018

    Stéphane Zagdanski : Réflexions sur la question jaune, 17 décembre 2018

    Yves Pagès : Bloqueurs de tous les ronds-points, rions jaune… et ne cédons rien, 17 décembre 2018

    Alessandro Stella : Gilets jaunes et Ciompi à l’assaut des beaux quartiers, 16 décembre 2018

    Juan Chingo : Gilets jaunes : Le retour du spectre de la révolution, 16 décembre 2018

    Pierre-Yves Bulteau : À Saint-Nazaire : Je ne suis pas en lutte, je suis une lutte, 15 décembre 2018

    Florence Aubenas : Gilets jaunes : La révolte des ronds-points, 15 décembre 2018

    Sarah Kilani et Thomas Moreau : Gilets jaunes : Pour la gauche, l’antifascisme ne doit pas être une option, 15 décembre 2018

    Anonyme : Danse imbécile ! Danse ! Notes sur le mouvement en cours, 14 décembre 2018

    Jean-Baptiste Vidalou : L’écologie du mensonge à terre, 14 décembre 2018

    Toni Negri : Chroniques françaises, 14 Décembre 2018

    David Graeber : Les gilets jaunes font partie d’un mouvement révolutionnaire plus large, 14 décembre 2018

    Jérôme Ferrari : On fera de vous une classe bien sage, 13 décembre 2018

    Etienne Balibar : Gilets jaunes : Le sens du face à face, 13 décembre 2018

    Jérôme Baschet : Pour une nouvelle nuit du 4 août (ou plus), 13 décembre 2018

    Andreas Malm : Ce que le mouvement des gilets jaunes nous dit du combat pour la justice climatique, 13 décembre 2018

    Collectif : Communiqué de la coordination de Saint-Lazare, 12 décembre 2018

    Michèle Riot-Sarcey : Les gilets jaunes ou l’enjeu démocratique, 12 décembre 2018

    Mathieu Rigouste : Violences policières : Il y a derrière chaque blessure une industrie qui tire des profits, 12 décembre 2018

    Leslie Kaplan : Un monde soudain devenu injustifiable aux yeux de tous, 12 décembre 2018

    Pierre Dardot et Christian Laval : Avec les gilets jaunes : Contre la représentation, pour la démocratie, 12 décembre 2018

    Jacques Rancière : Quelle égalité de la parole en démocratie ? 12 décembre 2018

    Collectif : Gilets jaunes : Une enquête pionnière sur la révolte des revenus modestes, 11 décembre 2018

    Cédric Durand et Razmig Keucheyan : Avec les gilets jaunes, pour une nouvelle hégémonie, 11 décembre 2018

    Cédric Durand : Le fond de l’air est jaune, 11 décembre 2018

    Joshua Clover : Les émeutes des ronds-points, 11 décembre 2018

    Joao Gabriell : À propos du discours de Macron du 10 décembre, 11 décembre 2018

    Femmes en lutte 93 : Acte V Gilets jaunes : La place des femmes et LGBT est dans la lutte, 10 décembre 2018

    Michelle Zancarini-Fournel : Le mouvement des gilets jaunes favorise la cohésion intergénérationnelle des milieux populaires, 10 décembre 2018

    Syllepse : Gilets jaunes : Des clefs pour comprendre, 10 décembre 2018

    Annie Ernaux : Il n’y a pas de nouveau monde, ça n’existe pas, 9 décembre 2018

    Alain Bertho : Il ne s’agit pas d’un simple mouvement social, 8 décembre 2018

    Jérôme Baschet : Lettre à celles et ceux qui ne sont rien, depuis le Chiapas rebelle, 8 décembre 2018

    Raoul Vaneigem : Les raisons de la colère, 8 décembre 2018

    Laurent Mucchielli : Deux ou trois choses dont je suis presque certain à propos des gilets jaunes, 8 décembre 2018

    Les Gilets Jaunes de St Nazaire et leur Maison du Peuple, 7 décembre 2018

    Appel des gilets jaunes de Commercy à la formation d’assemblées populaires, 7 décembre 2018

    Lundimatin : Ici La Réunion ! 7 décembre 2018

    Pierre Bance : L’heure de la commune des communes a sonné ! En soutien à l’appel de Commercy, 7 décembre 2018

    Alèssi Dell’Umbria : Marseille, Debout, Soulève-toi ! 7 décembre 2018

    Eric Hazan : Paris n’est pas un acteur, mais un champ de bataille, 7 décembre 2018

    Rafik Chekkat : À Mantes-la-Jolie, domination policière et humiliation de la jeunesse, 7 décembre 2018

    Etienne Penissat et Thomas Amossé : Gilets jaunes : des automobilistes aux travailleurs subalternes, 6 décembre 2018

    Plateforme d’Enquêtes Militantes : Une situation excellente ? 6 Décembre 2018

    Alain Bertho : Gilets jaunes : Crépuscule du parlementarisme, 6 décembre 2018

    Frédéric Gros : On voudrait une colère, mais polie, bien élevée, 6 décembre 2018

    Danielle Tartakowsky : Les gilets jaunes n’ont rien de commun avec Mai 68, 6 décembre 2018

    Ballast : Gilets jaunes : Carnet d’un soulèvement, 5 décembre 2018

    Frédéric Lordon : Fin de monde ?5 décembre 2018

    Eric Toussaint : Gilets jaunes : Apprendre de l’histoire et agir dans le présent - Des propositions à ceux et celles qui luttent, 5 décembre 2018

    Grozeille, Que leur nom soit Légion : À propos des gilets jaunes, 5 décembre 2018

    Samuel Hayat : Les Gilets Jaunes, l’économie morale et le pouvoir, 5 décembre 2018

    Sophie Wahnich : La structure des mobilisations actuelles correspond à celle des sans-culottes, 4 décembre 2018

    Stefano Palombarini : Les gilets jaunes constituent une coalition sociale assez inédite, 4 Décembre 2018

    Édouard Louis : Chaque personne qui insultait un gilet jaune insultait mon père, 4 décembre 2018

    Chantal Mouffe : Gilets jaunes : Une réaction à l’explosion des inégalités entre les super riches et les classes moyennes, 3 décembre 2018

    Yves Pagès : La façade du triomphalisme macronien ravalée à l’aérosol par quelques bons-à-rien, 3 décembre 2018

    Yannis Youlountas : Cours, gilet jaune, le vieux monde est derrière toi ! 3 décembre 2018

    Les Lettres jaunes, Bulletin de lecture quotidien des Gilets Jaunes, pour aller plus loin ! 3 décembre 2018

    Alain Bihr : Les gilets jaunes : pourquoi et comment en être ? 2 décembre 2018

    Gérard Noiriel : Pour Macron, les classes populaires n’existent pas, 2 décembre 2018

    Temps critiques : Sur le mouvement des Gilets jaunes, 1 décembre 2018

    Zadibao : Climat jaune et changement de gilet, 30 novembre 2018

    Plateforme d’Enquêtes Militantes : Sur une ligne de crête : Notes sur le mouvement des gilets jaunes, 30 novembre 2018

    Lundimatin : Le mouvement des Gilets Jaunes à la Réunion, 29 novembre 2018

    Sophie Wahnich : Postérité et civisme révolutionnaire, 28 novembre 2018

    Le comité Adama rejoint les gilets jaunes : Ce n’est pas une alliance au prix d’un renoncement politique, 27 novembre 2018

    Comité Adama : Si nous voulons changer notre destin, nous devons lutter dans la rue, 26 novembre 26

    Bruno Amable : Vers un bloc antibourgeois ? 26 novembre 2018

    Benoît Coquard : Qui sont et que veulent les gilets jaunes ? 23 novembre 2018

    Félix Boggio Éwanjé-Épée : Le gilet jaune comme signifiant flottant, 22 novembre 2018

    Anshel K. et Amos L. : Les amours jaunes, 21 novembre 2018

    Les Chroniques de La Meute, 18 novembre 2018

    Aurélien Barrau : À propos de la manif du 17 novembre, 15 novembre 2018

  • "Aujourd’hui, internet est assailli par des entreprises et des États”
    https://www.actualitte.com/article/interviews/aujourd-hui-internet-est-assailli-par-des-entreprises-et-des-etats/90554

    À ce titre, comment prévenir la dérive de l’ultra-surveillance, quand personne ne semble pouvoir freiner l’évolution des Intelligences Artificielles ni des géants du web ?

    Philippe de Grosbois : L’essentiel est d’aborder la question de la protection de la vie privée comme un enjeu collectif, même si intuitivement, on le voit comme un enjeu personnel et intime. Ce n’est pas seulement en configurant mieux son téléphone ou en encryptant ses mails qu’on protègera notre vie privée, c’est en intervenant de manière globale sur la collecte effrénée de données. Il faut donc aller à la source et stopper cette accumulation d’informations sur nous. Les données peuvent être utiles, mais il est nécessaire de revoir radicalement les conditions dans lesquelles elles sont produites, accumulées, traitées et utilisées.

    Vous envisagez « nos espaces numériques de communication » comme des communs. Quelles responsabilités et devoirs cela implique-t-il selon vous, pour les différents usagers et acteurs du net ?

    Philippe de Grosbois : Les licences Creative Commons et celles protégeant le logiciel libre mettent en lumière une responsabilité importante pour préserver le caractère commun d’une création ou d’un espace : les règles de ces licences cherchent à interdire leur appropriation privée. C’est ce à quoi font référence Pierre Dardot et Christian Laval lorsqu’ils insistent sur le fait que les luttes vers le commun doivent chercher à « instituer l’inappropriable ». Ces espaces doivent être développés et entretenus par et pour la population.

    [Extrait] Les batailles d’internet de Philippe De Grosbois

    Par ailleurs, la construction d’espaces démocratiques par lesquels il est possible pour un très grand nombre de gens de diffuser massivement des idées pose des défis d’un autre ordre. Comment devrait-on les construire pour décourager la démagogie, le harcèlement, la désinformation et la mise à l’écart de voix déjà marginalisées ?

    Comment stimuler la pensée critique, une parole multiple, le dialogue horizontal et la construction d’alliances ? Il s’agit de questions qui impliquent non seulement les informaticiens, mais aussi des militants plus « classiques » : féministes, anti-racistes, syndicalistes, écologistes... Seul un tel travail concerté nous permettra de construire les agoras dont nous avons besoin.

    Philippe de Grosbois – Les batailles d’Internet Assauts et résistances à l’ère du capitalisme numérique – Editions Ecosociété – 9782897193652 – 18 €

    #Internet #Surveillance #Capitalisme_numérique

  • Éloge des communs
    http://www.francoisdebeaulieu.fr/eloge-des-communs

    Il faut souligner à quel point la « paresse » et « l’esprit routinier » des paysans bretons ont pu être stigmatisés par les brillants esprits ne comprenant rien au subtil agrosystème des landes et aux valeurs profondes de la communauté paysanne. La sociologue Martine Ségalen a avancé à ce sujet la très intéressante hypothèse « d’une société à finalité non productiviste où l’économie et le social sont mêlés ».

    En fait, le refus de partager et de défricher les landes aurait eu au moins autant de profondes raisons socioculturelles que technico-économiques. Dans son livre Stone Age Economics (1972), traduit en français sous le titre Âge de pierre, âge d’abondance, l’anthropologue Marshall Sahlins (né en 1930) a souligné que les économies primitives avaient constitué de véritables sociétés d’abondance où le travail contraint était réduit à sa plus simple expression.

    Pour seul exemple résumant l’état d’esprit des sociétés de chasseurs-cueilleurs, cette réponse d’un nomade à qui l’on proposait de se sédentariser en lui offrant graines, terre et outils : « Pourquoi consacrer plus de temps à la production de nourriture alors qu’il y a tant de noix mongo-mongo de par le monde ». Un aliment abondant dans la nature offre les moyens de la résilience nécessaire. De même, le système économique qui s’est épanoui au XVe siècle avec l’introduction du blé noir garantissant la base de l’alimentation dans un système d’élevage fondé sur le pâturage extensif, laisse deviner une forme d’équilibre propice aux productions culturelles. Les cultures d’exportation, blé et toiles de lin et de chanvre, venant en complément et assurant les productions de prestige (enclos paroissiaux) sans déstabiliser les bases profondes de la société. Il faut peut-être se rendre à l’évidence : les paysans bretons étaient parfaitement conscients du fait que le défrichement des landes leur imposait de changer de vie alors qu’ils n’en avaient aucun désir.

    Mais la question du partage des terres ouvre sur bien d’autres perspectives que nous ne pourrons traiter ici. Nous avions relevé la déclaration du premier préfet d’Ille-et-Vilaine, Nicolas-Yves Borie, qui écrivait en 1801 que « l’état de communauté entraîne la destruction ». C’est à peu de choses près la thèse qu’a défendu en 1968 le biologiste Garrett Hardin (1915-2003) dans la revue Science sous le titre « La tragédie des communs » (The Tragedy of the Commons). L’idée de Garrett Hardin est que « les communs » (qui pour lui intègrent les zones de pâturage mais aussi les parcs publics, les réserves naturelles, la sécurité sociale et même l’air que l’on respire) font l’objet d’une surexploitation par chaque individu aux dépends des autres afin de maximiser son profit. Seul le régime de la propriété privée est aux yeux de l’écologue américain en mesure de préserver la durabilité des ressources. La polémique ouverte par ce texte qui apportait de l’eau au moulin néolibéral en construction est au cœur d’un débat toujours actuel. Il a, en effet, contribué à relancer la réflexion concernant les communs voire, depuis quelques années, « le commun », incluant aussi, par analogie, le champ d’Internet. De très nombreux auteurs appuient leur réflexion sur le mouvement des enclosures en Grande-Bretagne qui a marqué la pensée économique, sociale et politique depuis le XVIIIe siècle. Même un ouvrage récent comme Commun, essai sur la révolution au XXIe siècle écrit par le philosophe Pierre Dardot et le sociologue Christian Laval, ne cite aucun exemple français.

    On aura compris, espérons-le, qu’il y a dans l’histoire des landes de Bretagne la matière pour mieux appréhender le fonctionnement d’autres modèles sociaux que ceux qui font la part belle à un État tout-puissant ou à un marché totalement libéré. C’est ce que suggère Grégory Quenet dans son ouvrage Qu’est-ce que l’histoire environnementale ? quand il affirme que « la gestion collective offre de nombreux exemples historiques d’une gestion soutenable plus efficace que la propriété privée ». Souvenons-nous, par exemple, du procès concernant les landes de Lanveur à Languidic ; il illustre parfaitement le fait que l’usage des communs relève essentiellement d’un droit non-écrit et se fonde sur sur un savoir-vivre populaire qui est le meilleur gardien de la durabilité du patrimoine commun. Les « pauvres de la paroisse » ne sont pas d’égoïstes rapaces qui raclent jusqu’à la roche les maigres landes dont ils peuvent disposer alors que leur besoin en mottes pour faire du fumier ou du feu est sans aucun doute important. Ils sont en fait les gardiens du système menacé par un individu qui, précisément, fonde son pillage irréversible en invoquant le droit du propriétaire du sol. Le commun, c’est d’abord une volonté de vivre ensemble, d’avoir un avenir et de renforcer périodiquement les liens des hommes entre eux. L’écobuage et la fête qui s’y déploie sont précisément, comme nous l’avons dit, l’occasion de renforcer les liens autour d’un moment très particulier d’appropriation privative temporaire. Le groupe social contrôle et autorise.

    Francois de Beaulieu

    #communs #développement_durable #sortir_de_l'économie

  • De l’Antiquité à la ZAD, des idées en commun
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/05/27/de-l-antiquite-a-la-zad-des-idees-en-commun_5305272_3232.html

    Par Claire Judde de Larivière (Historienne)

    L’air que nous respirons appartient à tout le monde. Le savoir scientifique sur lequel se fondent la médecine ou l’exploration spatiale tout autant. Matérielles ou immatérielles, les ressources naturelles comme les connaissances forment un bien commun que l’humanité a en partage et qu’elle se doit de protéger. C’est l’idée qui porte aujourd’hui de nombreux projets collectifs dans des espaces sociaux très variés.

    Une idée sans étiquette

    La ZAD de Notre-Dame-des-Landes en est un bon exemple, où la défense du commun sert de justification à une occupation des lieux et à leur mise en valeur collective. Les habitats partagés qui se multiplient promeuvent quant à eux la nécessaire articulation entre des espaces privés et des espaces de vie commune. Et l’encyclopédie en ligne collaborative Wikipédia, créée en 2001, trouve son origine dans ce désir de faire de la connaissance une ressource libre de droit (les commons).

    Utopique ou alternatif, porté par une colère révolutionnaire ou une aspiration familiale au confort collectif, par des zadistes ou des ingénieurs de la Silicon Valley, le commun est aujourd’hui une idée sans étiquette, qui permet des formes d’engagement d’une immense variété, dans leurs objectifs comme dans leurs modalités. Cela explique sans doute le succès sans limite d’une telle notion. Les sciences sociales ne s’y sont pas trompées et s’en sont emparées pour tenter d’en dénouer les strates sémantiques comme les innombrables champs d’application (Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle, de Pierre Dardot et Christian Laval, La Découverte, 2014).

    L’histoire n’est pas en reste, car si le commun irrigue aujourd’hui de multiples projets politiques, il ne faut pas oublier sa dimension historique. L’idée de bien commun fonde la culture européenne, de l’invention du politique dans la Grèce ancienne (ta politika, au temps de Périclès, désigne les affaires communes dont les citoyens peuvent et doivent se soucier) à l’émergence des communismes au XIXe siècle. Dans la longue durée, on retrouve, mutatis mutandis, cette aspiration à protéger ou atteindre des biens, des valeurs, des principes, relevant du commun.

    Espaces politiques autonomes

    Dans les villes et les campagnes médiévales, on voit ainsi se déployer des actions et des discours, par les princes comme par les gens ordinaires, qui affirment leur souhait de construire ensemble et de préserver le bien commun. A partir du XIe siècle, c’est par exemple le cas des célèbres « communes », ces villes au statut nouveau qui négocient avec les seigneurs locaux des libertés et des privilèges pour créer des espaces politiques autonomes. Le destin de cités comme Florence ou Venise suffit à rappeler le succès de telles initiatives. Dans les îles Britanniques, à la même époque, se mettent en place des structures qui fondent encore aujourd’hui le droit et l’organisation institutionnelle, la Common Law et la House of Commons.

    Dans les campagnes de toute l’Europe, les communautés rurales défendent l’usage coutumier des biens communaux : ces forêts, prés et landes où faire paître les bêtes et récupérer du bois sont l’objet de luttes entre paysans et seigneurs, ces derniers cherchant constamment à en limiter l’accès et à les privatiser. Enfin, dans une chronologie étirée de Thomas d’Aquin aux Lumières, la pensée politique est irriguée par le « bien commun », un idéal que le pouvoir doit viser et garantir. La notion constitue donc un socle essentiel des idées politiques, qui articule dès l’origine deux dimensions : le commun, un modèle théorique qui garantit le vivre-ensemble ; les communs, des biens et des ressources qui appartiennent à tous et dont la conservation oblige à travailler de concert.

    Encore aujourd’hui, ces deux niveaux inspirent des actions de nature fort différente. On retrouve finalement ce qui faisait déjà la force du concept au Moyen Age. Le commun est un motif de politisation revendiqué par des acteurs si variés que leurs aspirations en apparaissent presque contradictoires. Il en est de même des formes et moyens d’action, qui semblent parfois irréconciliables. C’est sans doute en cela que le commun demeure si fascinant, lui qui appartient à tous : aux détenteurs du pouvoir, qui continuent d’en faire un horizon d’attente rhétorique, comme aux zadistes ou aux chercheurs en sciences sociales.

    #zad #nddl #Notre_Dame_des_Landes #communs #commune

  • L’ombre d’Octobre
    La Révolution russe et le spectre des soviets

    Christian Laval, Pierre Dardot

    http://www.luxediteur.com/catalogue/lombre-doctobre

    Le mythe bolchevik est épuisé. Seuls de sinistres régimes et quelques sectes, accrochés aux emblèmes, rituels et formules desséchées, continuent aujourd’hui d’en faire une référence identitaire. À quoi bon alors en parler encore ?

    Le refoulement de cette histoire risquerait de nous aveugler sur la persistance de pratiques directement héritées du bolchevisme : verticalisme ouvert ou occulte au profit d’un leader, culte de l’État-nation, obsession de la prise du pouvoir par l’insurrection, refus de la démocratie et de l’autonomie des formes d’auto-organisation, autant d’éléments qui forment ce qu’il faut appeler « l’ombre d’Octobre ».

    La prise du pouvoir par les bolcheviks a été une catastrophe pour le mouvement ouvrier et pour l’histoire même de l’émancipation. Elle doit être mieux comprise dans sa logique profonde. Du Parti souverain à l’État national, il y a en effet continuité : le bolchevisme a été la culmination fanatique et délirante de la doctrine occidentale de la souveraineté de l’État.

    Tournant le dos à ce communisme d’État, une politique du commun s’invente aujourd’hui qui renoue avec d’autres expériences révolutionnaires et met en œuvre le principe démocratique de l’autogouvernement.

  • Pourquoi la loi Travail et les interdictions de manifester révèlent une radicalisation de l’oligarchie néolibérale
    http://www.bastamag.net/Loi-Travail-un-texte-qui-revele-l-ampleur-de-la-radicalisation-du

    Pour la première fois depuis un demi-siècle, une manifestation syndicale est frappée d’interdiction à Paris. L’attitude du gouvernement vis-à-vis des opposants à la loi Travail et, surtout, le contenu de cette loi, montrent un durcissement en cours : pas celui de la CGT ou de « l’extrême gauche » mais « de l’offensive oligarchique dirigée contre les droits sociaux et économiques des citoyens ». Car derrière la loi de Myriam El Khomri, c’est un nouvel ordre social qui pointe. Un ordre où les plus fragiles (...)

    #Décrypter

    / #Inégalités, #Conditions_de_travail, #Oligarchies, L’Europe sous la coupe de l’austérité, #Transformer_le_travail, #Syndicalisme, #Luttes_sociales, Démocratie !, #Politique, A la (...)

    #L'Europe_sous_la_coupe_de_l'austérité #Démocratie_ !

    • Une #radicalisation du #néolibéralisme
      Les différentes séquences du cheminement du projet de loi depuis la remise en septembre 2015 du rapport Combrexelle, jusqu’à la menace d’interdire les manifestations d’opposants à la loi illustrent cette radicalisation. Celle-ci prend deux formes, estiment le philosophe Pierre Dardot et le sociologue Christian Lava : « D’une part, la puissance renouvelée de l’offensive oligarchique dirigée contre les droits sociaux et économiques des citoyens. D’autre part, la multiplication des dispositifs sécuritaires dirigés contre les droits civils et politiques de ces mêmes citoyens. »

    • Une erreur de diagnostic présente le néolibéralisme comme une idéologie prônant la disparition de l’#État dans une logique de pur laisser-faire des entreprises et des marchés. Or loin de disparaître, l’État néolibéral s’inscrit dans une logique qui transforme la puissance publique en véritable partenaire des intérêts privés. Dans quels domaines les chantres du « laisser-faire » lui laissent les coudées franches ? Dans le cadre réglementaire, en érodant le droit public au profit des normes privées. Ainsi que par sa mission régalienne de maintien de l’ordre et de répression, voire de criminalisation, de toute action considérée comme un obstacle à la liberté des grandes entreprises et à la valorisation du capital. « La liberté de la concurrence, la compétition acharnée et débridée entre les acteurs appellent le renforcement de la « sécurité » comme la condition indispensable [du] déploiement [du néolibéralisme]. »

    • Au nom de la Réforme - cette chose indiscutable et inquestionable par nature - on nous explique tout de même aujourd’hui que les principes de droit « de faveur », et de « hiérarchie des normes », sont des obstacles à la bonne marche de nos sociétés. Rien de moins. Le chômage, la misère, la guerre en Syrie, Daech, le changement climatique, c’est tout de la faute à la hiérarchie des normes.

      Par ailleurs, au nom de l’amitié entre les peuples, on veut conclure des traités ambitieux (et secrets), et donner le pouvoir aux tribunaux d’arbitrages de poursuivre les états qui voteraient des lois nuisant aux intérêts des multinationales.

      Il y a une vraie convergence dans ces projets : c’est la loi, le droit, qui sont au fond les obstacles à abattre. En tout cas, parmi les gens « qui ont le micro », il n’y a pas grand monde pour dire le contraire. :-/

  • De l’autonomie au commun. Sur Cornelius Castoriadis - entretien avec Pierre Dardot et Christian Laval
    http://www.vacarme.org/article2899.html

    Ces dernières années, Christian Laval et Pierre Dardot ont écrit et publié ensemble deux livres importants pour qui veut penser et agir sur la transformation sociale. La nouvelle raison du monde, essai sur la société néolibérale (La Découverte, 2012) reconstruit l’histoire du néolibéralisme et de l’Etat, non en tant que doctrine ou politique économique mais comme forme particulière d’organisation du monde et de la vie qui fait de la compétition une norme universelle des comportements. Commun, essai sur la révolution au XXIe siècle (La Découverte, 2014) se veut une alternative au #néolibéralisme.

    Pour les auteurs, dans les mouvements sociaux récents (e.g. les « mouvements des places ») est déjà à l’œuvre un nouveau principe #politique pouvant aider à une réorganisation de la société tout entière : c’est « le #commun », un principe qui combine la démocratie radicale (au-dessus du principe de la représentation) et le droit d’usage (au-dessus du principe de propriété). L’un des penseurs les plus cités dans Commun est #Cornelius_Castoriadis, et l’ouvrage est une puissante réactualisation de sa pensée politique. Loin d’un commentaire ou d’une interprétation, il s’agit d’une lecture vivante des travaux de Castoriadis à la lumière du passage de la bureaucratie au néolibéralisme et de l’autonomie au commun. Une relecture apte à faire revivre la pensée politique de Castoriadis dans le contexte des défis actuels de la transformation sociale. C’est dans cette optique que cet entretien a été mené.

  • « Une société doit décider de ce qu’elle met en commun »
    http://www.reporterre.net/Une-societe-doit-decider-de-ce-qu-elle-met-en-commun

    L’émergence du commun comme principe s’explique d’abord sur fond de résistance historique à la généralisation de la logique propriétaire qui s’est manifestée un peu partout sous des formes différentes mais convergentes : les #terres, les #semences, les #gènes, le #littoral, l’#éducation, les #connaissances, etc. Les #privatisations des biens publics depuis trente ans en sont l’un des aspects importants. Cette réponse est d’abord apparue sous la forme d’un « retour aux communs ». Par communs, on entend moins des biens à proprement parler que des institutions qui visent à produire, sauvegarder, entretenir une ressource destinée à une communauté d’usagers, restreinte ou large.
    L’essentiel est justement que les #communs ne sont pas « produits » mais « institués » : c’est la raison pour laquelle nous sommes très réticents à l’égard de la notion de « biens communs ». Car tous les « biens » ainsi considérés partagent cette qualité d’être « produits ». Il nous semble qu’on doit renverser le raisonnement : tout commun institué (ressource naturelle, connaissances, lieu culturel, etc.) est un bien, mais aucun bien n’est par lui-même commun. Une fois institué, un commun n’est pas aliénable ni appropriable, il n’est pas une « chose ». Au sens où nous l’entendons, un commun est le lien vivant entre, d’une part, une chose, un objet ou un lieu et, d’autre part, l’activité du collectif qui le prend en charge, l’entretient et le garde.

    De quelle façon les mouvements sociaux et écologistes actuels s’appuient-ils sur les communs ?

    Parler de communs, dans le mouvement altermondialiste et écologiste, c’est refuser les « nouvelles enclosures », c’est-à-dire la manière dont la propriété absolutiste et exclusiviste limite les accès à ces ressources et à ces productions qui doivent être communes. Les enclosures sur les ressources naturelles conduisent à leur gâchis et à des effets externes de plus en plus nuisibles, comme la pollution de l’environnement. Dans le cas de la production de ressources nouvelles (les connaissances, par exemple), la logique propriétaire conduit à leur sous-production et à leur sous-utilisation, comme on s’en aperçoit avec les brevets qui freinent la circulation des résultats de la recherche. Mais ces conséquences négatives des enclosures ne peuvent pas être séparées d’un effet global de désintégration sociale et de crise de la démocratie due aux inégalités croissantes et aux pouvoirs accrus du capital. Propriété et démocratie s’opposent désormais de manière directe. C’est pourquoi le commun est d’abord une rationalité anti-« propriétariste » et donc radicalement anticapitaliste.

    Essai sur la révolution au XXIe siècle de Pierre Dardot et Christian Laval

    http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/13954-23.02.2015-ITEMA_20726501-0.mp3

  • Une semaine sur les #communs
    Les Nouvelles vagues, par Marie Richeux

    Toute cette semaine, nous parlons du commun.

    Aujourd’hui, nous sommes avec le philosophe #Pierre_Dardot, auteur avec Christian Laval de Commun, Essai sur la révolution au XXIème siècle (La Découverte, 2014) . Dans cet essai, les deux auteurs tentent de refonder le concept de commun pour en faire un principe réel d’action permettant de « sortir du capitalisme ».

    http://rf.proxycast.org/997994207819866112/13954-23.02.2015-ITEMA_20726501-0.mp3

    http://www.franceculture.fr/emission-les-nouvelles-vagues-le-commun-15-le-commun-comme-principe-re

    #biens_communs #biens_privés #biens_publics
    @hlc @romaine

  • Pierre Dardot : la construction du commun | Association pour l’Autogestion
    http://www.autogestion.asso.fr/?p=2970

    Face à cela, la mobilisation des citoyens pousse à la formation de commun. C’est le cas des semences et de l’eau. A cet égard, Pierre Dardot compare les remunicipalisations de l’eau entre Naples et Paris. Dans le premier cas, celle-ci s’inscrit dans un contexte de luttes alors que la remunicipalisation de l’eau à Paris s’est faite par le haut. L’une a produit du commun, l’autre pas, ce qui a une incidence notable sur les structures de décision.

  • DOCTOR MARX & MISTER KARL A propos de Pierre Dardot et Christian Laval, Marx, Prénom : Karl (Gallimard, Paris, 2012)
    http://isabelle.garo.free.fr/chantier/Dardot-Laval.html

    Pour préciser cette remarque, il faut noter que les « présuppositions réelles » sur lesquelles insistent Laval et Dardot et qui, selon eux, bouclent le capitalisme sur lui-même, sont pour Marx des conditions historiques contradictoires, dont les contradictions essentielles traversent autant la base économique et sociale que les individus. Sous mode capitaliste, ces conditions historiques aboutissent à la négation déterminée de la personnalité du travailleur, à l’écrasement des facultés esquissées, promises et confisquées : si ces conditions contribuent à la reproduction des rapports de domination, il ne faut pas oublier qu’elles contribuent tout autant à leur remise en cause, propageant un esprit de révolte qui n’est pas une simple disposition subjective, finalement incompréhensible. En effet, la discipline d’usine, qui bride l’individuation et mutile l’individu fait tout autant surgir l’aspiration à la reconquête de soi.

    Mais c’est aussi après la défaite de 1848 que Marx tempère l’optimisme qui était celui du Manifeste, loin de la téléologie naïve que lui prêtent les commentateurs : la difficulté pour le prolétariat à se constituer en classe consciente a pour cause des obstacles inhérents au fonctionnement même du capitalisme. Contre-tendance puissante opposée à la montée des revendications sociales et politiques de la classe ouvrière, elle explique pourquoi « cette organisation des prolétaires en classe et par suite en parti politique, est à tout moment de nouveau détruite par la concurrence que se font les ouvriers entre eux » 20. Dans le Livre I du Capital, il précise l’analyse sur le terrain du salariat moderne : « le champ d’action plus vaste que le salaire aux pièces offre au jeu de l’individualité tend à développer d’une part l’individualité, et par là le sentiment de liberté, l’autonomie et le contrôle de soi chez l’ouvrier, et, d’autre part, la concurrence des ouvriers les uns avec les autres et les uns contre les autres » 21. Ainsi, loin de s’opposer, les textes historiques et les textes économiques explorent-ils conjointement le rapport complexe et mouvant qui associe une situation économique à des formes diverses de mobilisation sociale et politique et aux processus de subjectivation qui en sont indissociables.

    #capitalisme #dardotlaval #garot