person:pierre rosanvallon

  • Le politologue Loïc Blondiaux : “Le Grand Débat national prend parfois des allures de monologue” - Idées - Télérama.fr
    https://www.telerama.fr/idees/le-politologue-loic-blondiaux-le-grand-debat-national-prend-parfois-des-all

    Voulez-vous dire que le moment politique que nous vivons peut déboucher sur la fin de la démocratie ?
    Le slogan « Vous ne nous représentez pas » est une des figures classiques de la contestation du gouvernement représentatif. Depuis la Révolution française, les représentants ont toujours été accusés de ne pas représenter les citoyens avec assez de fidélité, de ne pas être assez à l’écoute. Mais aujourd’hui, le passage au « Nous ne voulons pas être représentés » apparaît comme un tournant dans l’histoire de nos systèmes politiques. Cette critique qui émerge et s’exprime dans le cadre du mouvement des Gilets jaunes est d’une radicalité nouvelle. Elle dénonce la trahison des représentants. Elle refuse le recours à la représentation pour l’organisation même du mouvement. Et elle prône des solutions politiques telles que le référendum d’initiative citoyenne ou le tirage au sort, qui renvoient à une tout autre forme d’expression de la souveraineté populaire que la représentation.

    Cette critique radicale de toute médiation, celle des élus, des partis, des syndicats, marque une aspiration à la démocratie directe, dont les possibilités de matérialisation ne sont pas infinies. Soit on envisage une forme de « démocratie immédiate », pour reprendre l’expression de Pierre Rosanvallon, outillée par le référendum, les réseaux sociaux et les plateformes numériques, laissant espérer une forme d’autogouvernement du peuple à l’échelle nationale. On peut essayer de l’expérimenter, mais on n’a jamais vu qu’une telle forme de démocratie sans intermédiaires puisse s’inscrire durablement dans la réalité.

    Soit on bascule dans un régime autoritaire, celui que proposent les « populistes » d’extrême droite, dans lequel un « peuple » prétendument homogène, défini par sa supposée « pureté » morale, a vocation à s’incarner dans la volonté d’un leader. Le risque, on le voit, est élevé.
    “Il devient impératif de prendre enfin au sérieux le recours aux instruments d’interpellation ou d’initiative citoyen­nes tels que le référendum.”

    Comment répondre alors à la crise de la démocratie ?
    Si l’on considère qu’il est possible d’échapper à une dérive autoritaire, on peut faire le pari de certains théoriciens : inventer une alternative, celle par exemple du municipalisme libertaire de Murray Bookchin, penseur américain de l’écologie et de l’organisation politique. Elle consiste à faire reposer la démocratie sur des formes d’auto-organisation citoyenne à l’échelle municipale et sur un principe de fédération d’inspiration proudhonienne, où chaque entité locale envoie des représentants à l’échelle supérieure dans une logique confédérative. C’est un saut dans l’inconnu et les défenseurs de ce modèle n’ont pas encore eu la possibilité de l’expérimenter. Mais pourquoi pas ?

    _ Tout se joue à l’école. La pédagogie, les savoirs, les expériences valorisés par notre système scolaire ne sont pas compatibles avec l’exercice futur de la démocratie. On apprend à se comporter en individu compétiteur égoïste ; on ne développe pas l’esprit de coopération, le travail de groupe. On n’insiste pas suffisamment sur l’expression orale, qui prépare à l’exercice de la parole politique. Seul l’écrit est valorisé. On culpabilise ceux qui échouent.

    A l’inverse, on survalorise ceux qui réussissent et se conforment à des modèles d’imitation de ce qui existe déjà. On ne favorise pas les capacités d’invention. Et on crée beaucoup de frustration, de sentiment d’illégitimité, de défiance à l’égard de soi-même et des autres en poursuivant cette pédagogie ultra compétitive, ultra individualiste, qui insiste sur les performances et les savoirs abstraits au détriment des savoirs d’expérience. _

    Malheureusement, les réformes en cours, Parcoursup par exemple, accentuent encore ces caractères antidémocratiques de notre système scolaire. Tout cela contribue largement à maintenir la distance que l’on voit aujourd’hui entre l’arrogance des élites sur-sélectionnées et sûres d’elles-mêmes et la souffrance en miroir de ceux qui ont échoué dans leur scolarité.


    #Démocratie #Education #Gilets_jaunes

    • Globalement, je n’aime pas le terme « paywall ». Il faut bien que les médias, les éditeurs, les auteurs,... vivent. Je suis éditeur, et je suis content que les livres se vendent, car cela permet d’en éditer d’autres. Si on refuse toute vente numérique, alors il n’y aura plus que les « mécènes » et autres « publicitaires » pour s’exprimer... déjà qu’ils sont majoritaires, ne leur laissons pas l’exclusivité.

      Sur l’interview, effectivement il date de quelques mois. Mais je crois qu’il ne faut pas se limiter à l’urgence. Les choses de fond ne changent pas si vite.

      Et puis j’aime beaucoup l’extrait que j’ai mis en gras... qui recouvre pleinement un livre que nous venons de publier : « A l’école du partage : les communs dans l’enseignement ».


  • Rencontres aux ronds-points. La mobilisation des #gilets_jaunes dans un bourg rural de #Lorraine

    À partir de l’observation locale menée par le sociologue R. Challier, le mouvement des gilets jaunes révèle son pouvoir transformateur de la #conscience_de_classe.


    https://laviedesidees.fr/Rencontres-aux-ronds-points.html
    #classes_sociales #Raphaël_Challier


  • #bruno_amable
    (1) Les #gilets_jaunes sont avant tout en #mouvement - Libération
    https://www.liberation.fr/debats/2019/02/04/les-gilets-jaunes-sont-avant-tout-en-mouvement_1707375

    Le mouvement des gilets jaunes est difficile à cerner en raison de son mode de coordination, plus que « d’organisation », particulier : pas de leaders reconnus ou même autoproclamés, décentralisation, horizontalité etc.

    Y parvenir est un enjeu de #sciences_sociales mais aussi une question politique : quelles conséquences peut-on attendre d’une contestation sociale de cette ampleur ?

    La #composition_sociologique semble relativement simple à établir si on ne cherche pas une trop grande précision : classes populaires et moyennes, personnes actives, revenus plutôt modestes, situations de précarité…

    On apprend dans l’une d’elles (1) que 60 % des sondés qui soutiennent les gilets jaunes pensent que le #capitalisme devrait être réformé en profondeur alors que ce n’est le cas que de 35 % des personnes opposées à ce mouvement.

    85 % des personnes soutenant les gilets jaunes estiment que « l’#économie actuelle profite aux patrons aux dépens de ceux qui travaillent » ; 50 % tout de même des opposants aux gilets jaunes ont exactement la même opinion. Mais les deux groupes n’en tirent pas nécessairement les mêmes conclusions. 51 % des personnes soutenant « tout à fait » les gilets jaunes pensent qu’il faut prendre aux riches pour donner aux pauvres ; seulement 7 % de ceux qui ne les soutiennent « pas du tout » les suivent dans cette voie.

    Quant au « libéralisme culturel », les résultats de l’enquête sont conformes à la sociologie des soutiens des gilets jaunes. L’attitude vis-à-vis de l’immigration est à peine moins favorable que la moyenne des Français.

    chiffres :

    Le baromètre de la confiance politique, Cevipof, vague 10, janvier 2019 et « Les gilets jaunes ou le retour de la lutte des classes », Luc Rouban.


  • Gilets jaunes : peut-on analyser l’histoire en cours ?

    https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/gilets-jaunes-peut-analyser-lhistoire-en-cours

    L’un des mérites que l’on pourra indéniablement reconnaître aux #GiletsJaunes est bien celui d’avoir donné du pain sur la planche aux sciences sociales. Avant même d’en connaître l’issue, certains ouvrages se proposent déjà d’analyser le mouvement.

    Au lendemain de l’acte XII des Gilets jaunes, de ce nouveau samedi de mobilisation axé sur la dénonciation des violences policières, notamment à Paris, à la marche dite « des blessés » (dont la figure du mouvement est Jérôme Rodrigues), et alors qu’un appel à la grève générale a été lancé pour le 5 février 2019, retour sur l’étude d’un mouvement dit inédit par les sciences humaines et sociales…

    [Les Gilets jaunes], une sorte de défi, ou d’incitation, pour les sciences sociales à aller y voir de plus près.
    (Jean-Claude Monod)

    Car « Si les événements extraordinaires échappent aux explications ordinaires », ce n’est pas une raison pour baisser les bras.


  • Leçon n°6 : Pourquoi le libéralisme ... - Les Clionautes
    https://www.clionautes.org/lecon-no6-pourquoi-le-liberalisme.html

    Pierre Rosanvallon poursuit son exploration du grand laboratoire d’idées des années 1968-2018. Il mêle, comme c’est la règle dans ce cours, le regard critique de l’historien et le récit personnel en tant qu’acteur et témoin de la période. L’historien du politique s’inscrit encore dans la volonté d’analyser l’idéal d’autonomie et dans la problématique plus large d’une histoire de l’émancipation.


    #libéralisme #Rosanvallon #histoire #politique


  • Disparition de Daniel Lindenberg, l’historien qui avait prédit « la droitisation des esprits »
    http://www.lesinrocks.com/2018/01/13/idees/lhistorien-des-idees-daniel-lindenberg-est-mort-111032946

    Auteur d’un livre-clé en 2002, Le rappel à l’ordre, l’historien des idées Daniel Lindenberg fut le premier à théoriser la droitisation des esprits dans le débat public.
    Souvent perdue dans les limbes obscures de l’histoire des idées, les carrières d’universitaires échappent parfois à l’oubli par la grâce d’un texte, d’un manifeste, d’un argument, dont l’audace laisse des traces durables. Celle de Daniel Lindenberg, qui vient de disparaître à l’âge de 77 ans, restera à jamais associée à un livre, paru en 2002, peu de temps après la défaite de Lionel Jospin et de l’accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle : Le rappel à l’ordre, enquête sur les nouveaux réactionnaires.

    Sans évidemment inventer la figure du réactionnaire, ancrée dans l’histoire politique française depuis le XIXe siècle, Lindenberg fut le premier à théoriser en ce début du XXIe siècle le processus de réactivation de cette tradition politique. Quinze ans après la parution du livre, l’évolution du débat idéologique lui a en grande partie donné raison : la “droitisation des esprits“, observée par un autre historien des idées, François Cusset, a largement contaminé le débat intellectuel, en dépit du foisonnement d’idées qui s’y opposent.

    Édité par Pierre Rosanvallon au Seuil dans sa nouvelle collection “La République des idées“, l’essai suscita alors des débats vifs au sein du monde intellectuel, et irrita surtout au plus haut point tous ceux qui se sentaient visés par le diagnostic de l’historien, c’est à dire tous ces penseurs, dont certains issus de la gauche, partagent une même “humeur chagrine face à la modernité“. Cette parole réactionnaire, observait Lindenberg, se libérait alors en France, sans scrupules, sans gêne, et touchait des citoyens jusque-là extérieurs à cette tradition de pensée. Rejet de l’idéologie libertaire née avec mai 68, critique du métissage et de la liberté des mœurs, défense de la Nation, valorisation de l’autorité, de l’école d’avant, critique des droits de l’homme et de l’antiracisme, défense de la France d’en bas, rejet de l’islam… : tous les motifs politiques dominants des vingt dernières années se retrouvent dans ce corpus théorisé par Lindenberg. C’est en quoi le livre fut, sinon prophétique, du moins lucide sur un air du temps politique dominé par le désir d’un ordre ancien.

    #Daniel_Lindenberg #réformiste #intellectuels_réactionnaires #droitisation


  • Au fait, que défend Frédéric Lordon ? - Rue89 - L’Obs
    http://rue89.nouvelobs.com/rue89-culture/2016/04/21/fait-defend-frederic-lordon-263817

    Pourtant, Lordon n’est pas avare de sa parole. C’est juste qu’il la réserve à certains lieux : les conférences, les réseaux militants, les médias alternatifs. Ainsi, c’est sur le site du Monde diplomatique qu’il tient son blog « La Pompe à Phynance », où il commente la politique européenne, la Grèce et dégomme au passage d’autres intellectuels de gauche, tels Pierre Rosanvallon (qu’il dépeint en ambitieux de la « gauche pleurnicheuse » inoffensive ) ou Thomas Piketty (dont le « Capital au XXIe siècle » est « désespérément vide de tout affrontement concret »).


  • Réforme constitutionnelle en "démocratie d’autorisation"

    « J’attends évidemment avec confiance le vote sur l’ensemble de la révision constitutionnelle demain, et avec encore plus de confiance la révision constitutionnelle. Je l’espère au Congrès à Versailles » a confié Valls
    Ne doutons pas que les élus godillots de nos deux assemblées croupions répondront à son attente et sauront être "à la hauteur des exigences des Français".

    Vivement la prochaine réforme constitutionnelle Billet politique de Benoît Bouscarel.
    Les députés ont voté, hier, l’article 2 du projet de loi de réforme constitutionnelle
    http://www.franceculture.fr/emissions/le-billet-politique-de-benoit-bouscarel/vivement-la-prochaine-reforme-constitutionnelle

    Et si les députés avaient mal voté ? C’est visiblement ce qu’a pensé très fort Manuel Valls, le Premier Ministre qui hier soir, une fois l’article 2 du projet de loi de réforme constitutionnelle adopté, a voulu revenir sur le vote de... l’article 1, pourtant examiné, et adopté avant-hier soir, certes dans un hémicycle clairsemé.

    Ce que Manuel Valls a voulu modifier, notamment, au coeur de la nuit, c’est l’amendement Denaja qui proposait d’interdire la dissolution de l’Assemblée Nationale pendant la durée de l’état d’urgence. Cette interdiction, expliquait Denaja, qui depuis a curieusement changé d’avis, permettait d’éviter qu’un gouvernement à la dérive se retrouve un jour, en période de crise, sans contrôle parlementaire. Ce à quoi Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI ajoutait qu’il était quand même extrêmement difficile d’imaginer la tenue d’une campagne électorale sereine, pour élire de nouveaux députés, avec perquisitions nocturnes, assignations à résidence et interdiction de rassemblements à tout bout de champ.

    Cette précaution, qui avait le malheur de n’avoir pas les faveurs de la droite, a donc été annulée hier, par un autre amendement, voté à la demande de Manuel Valls, qui sait très bien que chaque voix LR va compter, sur ce texte.

    Tout ça pose le problème de l’équilibre des pouvoirs. C’est encore une preuve, en tout cas, du déséquilibre de nos institutions actuelles, au profit de l’exécutif, au détriment du législatif. C’est notamment ce que décrit Pierre Rosanvallon, dans son dernier ouvrage, paru l’an dernier : "Le bon gouvernement", quand il parle du pouvoir législatif “subordonné à la fonction gouvernante”.

    Notez, d’ailleurs, qu’hier soir, plusieurs députés, dont la socialiste Sandrine Mazetier, sont allés jusqu’à proposé de composer, de faire du donnant-donnant : “on interdit au gouvernement de dissoudre, et en échange, on est prêt à renoncer au vote de censure”. Ça n’a pas marché, force est restée à l’exécutif, et Manuel Valls a eu gain de cause. En jouant, exactement comme l’explique Rosanvallon, sur les notions de volonté, d’efficacité, ou de respect des décisions prises…

    Un député frondeur nous confiait hier soir que ce genre d’attitude, “so 5ème République”, “tellement typique de notre régime”, réduisait effectivement le parlement à la soumission. Et ils sont probablement nombreux ce matin, comme lui, à attendre impatiemment la prochaine réforme constitutionnelle.

    >>>> Le bon gouvernement, Pierre Rosanvallon. Extraits
    http://www.seuil.com/extraits/9782021224221.pdf

    À l’âge de la prédominance du pouvoir exécutif, la clef de la démocratie réside dans les conditions du contrôle de ce dernier par la société. C’est donc le rapport gouvernés-gouvernants qui devient l’enjeu majeur. L’objectif ne peut être celui d’un impossible autogouvernement (alors que l’idéal du peuple-législateur fait sens), tant la notion de gouvernement présuppose une distinction fonctionnelle entre gouvernés et gouvernants. Mais il est de maintenir cette relation dans son strict caractère fonctionnel, en définissant les conditions d’une action gouvernementale qui la rendent appropriable par les citoyens et n’en font pas une instance de domination, expression d’un pouvoir oligarchique coupé de la société. Le problème est que la seule réponse qui ait actuellement été apportée à cet impératif s’est limitée à l’élection de la tête de cet exécutif. Mais c’est seulement une démocratie d’autorisation qui est mise en place de la sorte, un permis de gouverner qui est accordé. Ni plus ni moins. Ce qui ne saurait suffire, tant nous voyons dans le monde de présidents élus qui
    sont bien loin de se comporter en démocrates.

    Introduction p 20 , Le rapport gouvernés-gouvernants

    >>>> Pierre Rosanvallon : “Qu’est-ce qu’un bon gouvernant ?” Les Inrocks - 2015.
    http://www.lesinrocks.com/2015/08/25/actualite/politique/pierre-rosanvallon-quest-ce-quun-bon-gouvernant-11769237

    #Benoît_bouscarel #réforme_constitutionnelle #déchéance_de_nationalité #gouvernement_hollance #5ème_République #démocratie_d'autorisation #gouvernés_gouvernants #séparation_des_pouvoirs #Pierre_Rosanvallon.


    • Bizarre, je me rend compte que je suis pas le seul finalement à trouver que sa réflexion et sa manière de l’exposer laisse toujours planer un doute sur la question de savoir s’il défend l’institution en place ou non. Comme le dit Alain Badiou, il ne tranche pas son discours en omettant de déclarer que premièrement nous sommes en oligarchie, mot qu’il n’emploie jamais lorsqu’on l’écoute.

      Je retiens l’idée qu’il resouligne tout à la fin de l’interview, en disant que la démocratie n’est pas une théorie ou un produit qu’on peut vendre ou exporter clé en main, comme le font les pays riches occidentaux, mais une #expérimentation (au sens de l’arnarchisme, si j’ai compris).

      Dans l’expérimentation en question, j’aurais aimé qu’il insiste davantage sur les formes égalitaires et autogestionnaires d’expérimentation. Qu’il parle concrètement des possibilités de mettre en oeuvre cette égalité politique, qui à mon avis est la ligne de rupture entre faux_démocrates (les professionnels de la politiques, les appareils politiques, les intellectuels au service du pouvoir, etc) et vrais_démocrates (ceux qui dénoncent cette oligarchie).

      PS : expérimentation —> expérience

    • Ce « réformisme » là n’est que l’autre nom de la contre révolution. Ce type est l’un innombrables dirigeants CFDT sur lesquels a pu compter le socialisme français dès son arrivée au pouvoir en 1981 pour mater la société.

      Enquête sur la Fondation Saint-Simon
      Les architectes du social-libéralisme, par Vincent Laurent, septembre 1998, aperçu car #paywall
      https://www.monde-diplomatique.fr/1998/09/LAURENT/4054

      « Menaces de dépression. » Pour la première fois, le « Financial Times » a reconnu les risques qui pèsent désormais sur la planète. Les plans de sauvetage massifs du FMI sont incapables de colmater les brèches (lire « La crise menace les digues de l’économie mondiale »). Les marchés européens et nord-américains pourraient être frappés à leur tour, ce qui menacerait la #croissance qui s’amorce. Pour les dirigeants de la gauche française, qui tablent sur cette dernière, les lendemains risquent d’être difficiles. Sont-ils prêts pour une nouvelle donne ? Il leur faudra d’abord se dégager des dogmes qui fondent l’action des gouvernants. Ces évidences ont été nourries par des « boîtes à idées » publiques et privées, comme la Fondation Saint-Simon, servant de pont entre droite et gauche. Des gouvernements #socialistes peuvent, par exemple, #privatiser avec autant d’entrain que des équipes conservatrices. Lorsque les responsables reprennent les idées développées par ces fondations, ils expliquent qu’elles ont pour auteurs des « #experts ». Combien de temps ces « vérités » résisteront-elles à la pression de la réalité sociale ?

      Dans le sixième arrondissement de Paris, la Fondation Saint-Simon occupe un espace d’une centaine de mètres carrés au rez-de- chaussée d’un immeuble cossu situé au 91 bis de la rue du Cherche-Midi. Cette association loi 1901 (en dépit de ce que peut laisser penser son nom) a vu le jour en décembre 1982 dans l’un des salons de l’hôtel Lutétia, sous l’impulsion de François Furet et de MM. Pierre Rosanvallon, Alain Minc, Emmanuel Le Roy-Ladurie, Pierre Nora, Simon Nora et Roger Fauroux. Ce dernier raconte : « Nous avons pensé qu’il fallait que le monde de l’#entreprise et celui de l’Université se rencontrent. (...) Nous sommes rapidement arrivés à la conclusion que ces rencontres ne pouvaient être fécondes et durables que si nous avions des actions concrètes à mener, ce qui exigeait un cadre juridique et de l’argent. Alors nous avons cherché des adhérents, d’où un aspect club. Chacun a rassemblé ses amis. François Furet et Pierre Rosanvallon dans l’Université, Alain Minc et moi dans le monde de l’entreprise. »

      Ces confrontations auraient eu pour objet de surmonter « l’indifférence, l’incompréhension et même la défiance » entre ces deux planètes (Université, entreprise) et de favoriser « une fertilisation croisée », assise sur des « besoins » réciproques. Président de Saint-Gobain, M. Roger Fauroux avait, avant d’implanter une usine de verre en Iran, vérifié les ressources du pays en hydrocarbures, mais omis de prendre en compte l’influence chiite à la veille de la révolution islamique. Tirant les leçons d’une telle expérience, il souligne le « besoin de sciences sociales » que ressentiraient des chefsd’entreprise.

      Or, de leur côté, des intellectuels souhaitaient eux aussi, selon lui, ne pas se cantonner à la sphère spéculative et sortir de « leur tour d’ivoire, où n’arrivaient de l’#économie que les échos des catastrophes sociales ». Traduction immédiate : François Furet et Pierre Rosanvallon participèrent aux conseils d’administration de filiales de Saint-Gobain...

      La Fondation Saint-Simon
      http://www.fondation-copernic.org/spip.php?article106

      La Fondation Saint-Simon a été fondée en décembre 1982, sous l’impulsion de François Furet et Roger Fauroux (co-présidents), Pierre Rosanvallon (secrétaire général), Alain Minc (trésorier), Emmanuel Le Roy-Ladurie, Pierre Nora, Simon Nora, bientôt suivis par Jean-Claude Casanova, Jean Peyrelevade et Yves Sabouret (administrateurs). Il s’agissait de « développer l’analyse du monde contemporain », comme le Club Jean Moulin l’avait fait en son temps. Roger Fauroux se souvient de ces débuts dans Le Débat (1986, n°40) : « Nous avons pensé qu’il fallait que le monde de l’entreprise et celui de l’Université se rencontrent. [...] Nous sommes rapidement arrivés à la conclusion que ces rencontres ne pouvaient être fécondes et durables que si nous avions des actions concrètes à mener, ce qui exigeait un cadre juridique et de l’argent. Alors nous avons cherché des adhérents, d’où un aspect club. Chacun a rassemblé ses amis. François Furet et Pierre Rosanvallon dans l’Université, Alain Minc et moi dans le monde de l’entreprise . » Alain Minc, reformulant la rhétorique aronienne, parle d’une alliance entre « la gauche intelligente et la droite intelligente » (Les Echos, 4-5 avril 1997).

      Pendant 17 ans, la Fondation va rassembler l’élite dirigeante française. Aux côtés de François Furet, on trouve donc Roger Fauroux (énarque et inspecteur des finances, successivement président de Saint Gobain, directeur de l’ENA, ministre de l’industrie dans le gouvernement de Michel Rocard de 1988 à 1991), Pierre Rosanvallon (ancien conseiller d’Edmond Maire, devenu directeur de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, directeur du Centre de recherches politiques Raymond Aron, professeur au Collège de France), Alain Minc (passé par Saint-Gobain et l’italien Benedetti, conseiller économique d’Edouard Balladur, par qui il est nommé au conseil d’administration d’Air France, avant de se rallier à Lionel Jospin, administrateur d’Yves Saint Laurent, consultant auprès de plusieurs grands chefs d’entreprises, dont François Pinault, président du conseil de surveillance du Monde et président de la société des lecteurs), Simon Nora (grand commis de l’Etat, l’un des fondateurs de L’Express puis du Point, alors directeur de l’ENA, qui rejoindra la banque d’investissement américaine Shearson Lehman Brothers en 1986). Les saint-simoniens sont des philosophes (Alain Finkielkraut, Edgar Morin, Luc Ferry), des éditeurs (Pierre Nora des éditions Gallimard, Yves Sabouret d’Hachette), mais surtout des journalistes (Françoise Giroud de L’Express, Jean Daniel, Jacques Julliard et Laurent Joffrin du Nouvel observateur, Franz-Olivier Giesbert du Figaro, Serge July de Libération, Jean-Marie Colombani du Monde, Albert du Roy de L’Evénement du Jeudi, Jean Boissonat de L’Expansion, Alain Duhamel), des journalistes de télévision (Anne Sinclair, Christine Ockrent, Jean-Pierre Elkabbach, Michèle Cotta), des patrons de presse (Jacques Rigaud, président de la CLT (RTL), membre du conseil de surveillance de Bayard-Presse (La Croix), Marc Ladreit de Lacharrière, président de Fimalac, vice-président de L’Oréal, qui contrôle la SOFRES et diverses publications (Le Spectacle du Monde, Valeurs actuelles...), également vice-président de la Fondation Agir Contre l’Exclusion de Martine Aubry), des hauts fonctionnaires (Pierre-Yves Cossé, commissaire général au Plan), des patrons d’entreprise (Jean-Luc Lagardère, président du groupe Matra-Hachette, Antoine Riboud, président de Danone, Jean-Louis Beffa, président de Saint-Gobain, ancien vice-président de la Compagnie Générale des Eaux, Maurice Lévy, PDG de Publicis), des banquiers (Jean-Claude Trichet, gouverneur de la banque de France, Michel Albert, membre du conseil de la politique monétaire de la Banque de France, Jean Peyrelevade président du Crédit Lyonnais, René Thomas, président de la BNP), et des politiques (Martine Aubry, Robert Badinter, Jean-Paul Huchon, Bernard Kouchner), dont certains venus de l’entreprise (Francis Mer, directeur général d’Usinor-Sacilor, Christian Blanc, président d’Air France) ou allés à elle (Philippe Pontet, conseiller ministériel auprès de Valéry Giscard d’’Estaing).
      Au nombre des contributeurs de la Fondation, on compte la Caisse des dépôts, Suez, Publicis, la Sema, le Crédit local de France, la banque Worms, Saint-Gobain, BSN Gervais-Danone, MK2 Productions, Cap Gemini Sogeti, Saint- Gobain... La Fondation Olin verse à elle seule quelque 470 000 dollars à François Furet, enseignant à l’université de Chicago depuis 1985, au titre de son programme d’étude des révolutions américaine et française, à l’époque de leur bicentenaire . Environ 100 membres cooptés participent à des rencontres régulières à huis clos. C’est rue du Cherche-Midi que se tient le déjeuner-débat mensuel organisé autour de l’exposé d’un des membres ou d’un invité. Helmut Schmidt et Raymond Barre, Mgr Lustiger, Robert Badinter, Jacques Chirac, Edmond Maire, Michel Rocard, Laurent Fabius, Valéry Giscard d’Estaing... se sont succédé au siège de la Fondation. La quasi-totalité des premiers ministres français y ont commenté leur politique. Un cercle plus large de 500 personnes participe sur demande à des séminaires interdisciplinaires, tandis qu’un public plus vaste reçoit une note de synthèse mensuelle. L’activité principale de la Fondation regarde la réunion de groupes de réflexion traitant des questions économiques, sociales ou internationales. Les travaux sont édités sous forme d’ouvrages ou de notes. Ces travaux s’adressent surtout à des hommes politiques, chefs d’entreprise, cadres supérieurs, hauts fonctionnaires, ainsi qu’à quelques intellectuels et à un nombre croissant de journalistes, économiques notamment. Certains de ces textes sont parfois publiés à l’extérieur, dans Le Nouvel Observateur, Esprit, Le Débat, Politique internationale, etc. La Fondation diffuse aussi des livres : elle dirige la collection « Liberté de l’esprit », aux éditions Calmann-Lévy.
      La Fondation Saint-Simon s’est dissoute en 1999. Selon Pierre Rosanvallon, elle avait « accompli sa mission ». Le bilan de la Fondation Saint-Simon a été salué de tous côtés : « Elle a œuvré à une véritable mutation du débat socio-politique en France », déclarait Denis Segrestin, professeur de sociologie et directeur du Cristo.
      La canonisation libérale de Tocqueville (Encadré 17, Chapitre 3), Claire Le Strat et Willy Pelletier, Syllepse, 2006.

      Parenthèse d’actu, si souvent oubliée : Aubry en a « ralbol de Macron » lit on dans le journal. Elle fut pour sa part non pas banquière mais pédégére dune des plus grosses boites française, ex bras droit de Jean Gandois, ex président du CNPF (ancêtre du Medef) à la direction de Péchiney.

    • Une recherche sur Wikipédia sur Pierre Nora, cofondateur avec Pierre Rosanvallon de la Fondation Saint Simon, et notamment ayant un certain pouvoir et un certain rôle dans le monde de l’édition :

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Nora#Critiques_et_controverses

      Le pouvoir certain de Pierre Nora dans le monde de l’édition française l’a exposé à des critiques. Ainsi, il refuse en 1997 de faire traduire l’ouvrage d’Eric Hobsbawm The Age of Extremes (1994), en raison de l’« attachement à la cause révolutionnaire » de son auteur.

    • you’re welcome. une chose étrange est le peu de consistance de ce que dit Badiou face à ce gars (Rosanvallon est depuis longtemps membre du #Siècle), comme si il voulait croire que les derniers entrechats de Rosanvallon sur la scène intellectuelle (démocratie bla bla bla) constituait une amorce de retour critique... c’est pourquoi j’ai posé de maigres références pour situer rapido la #fondation_Saint_Simon, dont le rôle dans la glorification socialiste de l’entreprise « seule productrice de richesse » (comme il fut dit autrefois du travail...) et « coeur de la société », dès les années 80, préparait la « #refondation_sociale_patronale » qui donna lieu à la création du Medef à la fin des années 90.

      Dès l’orée des années 80, le P.S est l’ardent promoteur colberto-saint simonien des intérêts de la grand industrie (précarisation de l’emploi ++ et licenciements massifs), tout en faisant l’apologie de l’entrepreneur « individuel » (Tapie nommé ministre...) comme forme de vie exemplaire, à reproduire par chaque un.

      #domination ; succès de la #lutte_de_classe (la leur)

    • Finalement, est-il possible de prendre partie pour la démocratie au sens ethymologique et grecque du terme, lorsqu’on appartient à des clubs privés qui maintiennent en place l’#oligarchie ? En effet le nombres de publications et de conférences sur le thème de l’#égalité (« La société des égaux » par exemple) de Pierre Rosanvallon pousse à penser qu’il est défenseur et promoteur de la démocratie, et que ses recherches vont dans ce sens. Mais avec un doute qui peut émerger en arrière fond.

      Lorsqu’on le présente dans les médias, ce qui est drôle c’est qu’on ne restitue pas son parcours académique, le fait qu’il fait partie des universitaires qui se sont rapprochés de l’oligarchie ou de la #synarchie.

      cc @colporteur

      PS : mais la question à se poser est « à qui ses recherches s’adressent véritablement ; quel sont les destinataires du message ? », et la réponse est certainement l’élite et l’oligarchie.

    • Un complément d’info qui répond à sa façon à la question à qui s’adresse cet « expert » (et bien d’autres), à nous tous pour nous coloniser le temps de cerveau disponible et corrompre la réflexion.
      Pierre Rosanvallon, un évangéliste du marché omniprésent dans les médias, Acrimed
      http://www.acrimed.org/Pierre-Rosanvallon-un-evangeliste-du-marche-omnipresent-dans-les-medias

      État, experts, média, telle est la multitudinaire sainte trinité du dieu économie, ou si on préfère, de la #politique_du_capital.



  • Les sociétés du CAC 40 restent au chaud dans les paradis fiscaux - regards.fr
    http://www.regards.fr/web/les-societes-du-cac-40-toujours-au,7493

    Une récente étude de Projet, éminente revue d’études sociales des Jésuites, et un nouveau manifeste sur l’Europe par un collectif d’économistes et de politologues français dont Thomas Piketty, Pierre Rosanvallon ou Xavier Timbeau relancent utilement les propositions d’action contre les paradis fiscaux.
    Toujours pas de transparence

    Les conclusions de l’étude de la revue Projet sur la présence des entreprises du CAC 40 dans les paradis fiscaux, réalisée en coopération avec le collectif d’ONG « Plateforme paradis fiscaux et judiciaires », sont sans appel. Les multinationales françaises pratiquent toujours très mal la transparence sur leur présence dans les paradis fiscaux. Vingt-trois d’entre elles ne publient pas la liste complète des entités qu’elles consolident dans leurs comptes, y compris des groupes dans lesquels l’État possède une participation. Les données disponibles permettent cependant d’établir que la présence dans les paradis fiscaux n’a pas diminué depuis la première étude publiée par la revue Alternatives Economiques, en 2009. Au moins 1.548 filiales, soit un quart des filiales de ces groupes y sont installés.....

    Si les sociétés françaises du CAC40 déclarent un peu moins de filiales dans les paradis fiscaux que leurs homologues européennes, en particulier les allemandes et les britanniques, il n’y a pas de recul par rapport à 2009, date à laquelle les principaux États dont la France ont prétendument « déclaré la guerre » contre l’évasion et la fraude fiscale des multinationales. Pour la France, cela ne bouge pratiquement pas, avec en tête les mêmes champions de la banque (BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale) et du luxe (LVMH, Kering – exPPR).

    Les entreprises du CAC40 privilégient la proximité plutôt que l’exotisme du grand large : les Pays-Bas, la Belgique, la Suisse et le Luxembourg. Faut-il y déceler un moindre recours à des filiales vides de toute substance, interroge Projet ? « Si tel est le cas, répond la revue, les françaises devraient être les premières à publier, délibérément, leur nombre de salariés, leur chiffre d’affaires et leur bénéfice dans chaque pays d’implantation ! » Les données sont en fait éloquentes sur les intentions : le CAC40 détient au Luxembourg, à Singapour et en Suisse davantage de filiales (413) qu’en Inde, au Brésil et au Mexique (402) alors que ces pays comptent, à eux trois, cent fois moins d’habitants et pèsent six fois moins au plan économique....

    #finance
    #économie
    #CAC-40
    #paradis-fiscaux


  • Les évitements visibles du « Parlement des invisibles », par Frédéric Lordon
    Les blogs du Diplo, 7 février 2014
    http://blog.mondediplo.net/2014-02-07-Les-evitements-visibles-du-Parlement-des

    Comment pourrait-on trouver à objecter à un projet si profondément humaniste et bien-intentionné que le « Parlement des invisibles » de Pierre Rosanvallon, sinon sous l’effet de cette négativité pathologique, peut-être même compliquée d’une méchanceté fondamentale, qui trouve à redire par principe et indépendamment des circonstances. Rendre visibles les invisibles, leur offrir un « parlement », voilà bien une démonstration d’empathie sociale et d’irénisme politique qui garantit à son auteur une unanimité reconnaissante, en plus des bénéfices de « celui qui fait », forcément à son avantage dans la comparaison avec « ceux-là qui disent ».


  • Pierre Rosanvallon : “La démocratie est fragile et la violence ­sociale est toujours plus proche qu’on ne le pense” - Idées - Télérama.fr
    http://www.telerama.fr/idees/pierre-rosanvallon-la-democratie-est-fragile-et-la-violence-sociale-est-tou

    Les Français ne font plus société. Ils ne se font même plus d’illusion sur leur capacité à vivre ensemble, d’après un sondage CSA publié en novembre. Le populisme a trouvé sur ce terreau de quoi nourrir un sentiment d’insécurité et de ­morosité qui pourrait décider du résultat des prochaines élections, municipales et européennes. Il faut réagir.

    #démocratie #populisme #vivre-ensemble


  • Que nous faut-il pour “Refaire société” ? | Hubert Guillaud
    http://www.internetactu.net/2011/11/14/que-nous-faut-il-pour-refaire-societe

    “C’est l’état actuel de notre société, “fragilisée, écartelée…” qui nous amène à nous poser la question de comment “refaire société“, explique l’historien Pierre Rosanvallon en introduction des trois jours de conférences initiées par le collectif la République des idées qui avaient lieu à la Maison des jeunes et de la culture de Grenoble du 11 au 13 novembre 2011. Nous…


  • Penser le populisme - La Vie des idées
    http://www.laviedesidees.fr/Penser-le-populisme.html

    Il faut partir de là, et non pas de définitions a priori, pour penser le populisme. On peut dire en première approximation de lui ce que Marx disait : il est à la fois le symptôme d’une détresse réelle et l’expression d’une illusion. Il naît sur le terrain d’une crise. Il ne fait pas qu’exprimer un mal intrinsèque. Il est le point de rencontre entre un désenchantement politique, tenant à la mal-représentation, aux dysfonctionnements du régime démocratique, ainsi qu’au point de jonction de ce désenchantement avec un désarroi social, liée à la non-résolution de la question sociale aujourd’hui, avec le double sentiment d’impuissance, d’absence d’alternatives et d’opacité du monde qui en découle.

    Ce texte est tiré de la leçon inaugurale prononcée lors des 26èmes Rencontres de Pétrarque 2011 par Pierre Rosanvallon

    #démocratie #peuple #populisme

    • Héhé :)

      Merci @thibnton pour ce texte très intéressant et intelligent. C’est là qu’on voit que c’est quand même vachement bien, seenthis.

      Quelques extraits, à chaud, du texte ci dessus (la suite de la citation de thibnton, en fait) :

      Si nous voulons mieux comprendre la démocratie, il nous faut donc aussi mieux saisir ce qu’est le populisme. Car l’intelligence de la démocratie est inséparable d’une intelligence de ses perversions. Approfondir la question du populisme conduit à mieux comprendre la démocratie avec ses risques de détournement, de confiscation, ses ambiguïtés, son inachèvement aussi. S’il y a parfois de l’indignation ou de l’inquiétude en Europe devant le développement du populisme, il s’agit aussi d’avoir l’intelligence de son inquiétude, la science de son indignation et rejeter aussi bien le moralisme flou que le mépris hautain. Ne pas se limiter à une condamnation pavlovienne pour faire du mot « populisme » un épouvantail qui ne serait pas théorisé, qui ne serait pas pensé. La question du populisme est en effet interne à celle de la démocratie. Ce n’est pas un parasitage extérieur, sa présence oblige à penser la démocratie pour mieux l’accomplir.
      [...]
      Aujourd’hui, un mot triomphe partout, celui de justice. Dans le sentiment populaire général, mais également en philosophie politique, avec toutes les théories de la justice. Mais nous avons aussi besoin de reparler un véritable langage de l’égalité. [....] l’égalité au sens d’une société dans laquelle il y a
      véritablement une production du commun. C’est cette tâche qui, me semble-t-il, est devant nous aujourd’hui.

      Si nous reconstruisons ce commun, si nous essayons de mieux approfondir l’idée démocratique, alors la question du populisme pourra trouver une forme de réponse qui ne sera pas simplement celle d’un rejet pavlovien mais celle d’une vie démocratique élargie et approfondie.

    • Tiens, ce passage aussi :

      Tout d’abord, partir du principe qu’au lieu de simplifier la démocratie, il faut la compliquer pour l’accomplir. Parce que nul ne peut prétendre posséder le peuple, nul ne peut prétendre être son unique haut-parleur. Car le peuple n’existe que sous des espèces et des manifestations partielles. Il existe d’abord un peuple arithmétique : le peuple électoral. [...] La démocratie repose à cet égard sur une forme de fiction, la fiction que la majorité représenterait toute la société. Ce qui n’est pas le cas. C’est pour cela qu’il faut faire appel à d’autres figures du peuple. Lesquelles ? D’abord ce que l’on pourrait appeler le peuple social , qui existe à travers des revendications liées à des conflits, à travers la formation de communautés d’épreuves, à partir de morceaux d’histoire vécus en commun. Cela peut être aussi celui de se référer à cette opinion indistincte et confuse qui existe à travers Internet (car Internet n’est pas un média, mais une forme sociale, sorte de matérialité directe et mouvante d’une opinion publique qui n’existait autrefois que représentée par des institutions, des médias, des techniques de sondage) .

    • J’avais failli citer le petit paragraphe sur Internet aussi. J’ai trouvé la formule très juste.

      Après il ne faut pas oublier ceux :
      – ceux qui n’ont pas accès au réseau
      – ceux qui ne peuvent pas exprimer leurs idées (illettrisme, « illettrisme numérique »).

      Bref, avis aux lecteurs : lisez ce texte, ou on finira par le citer entièrement dans le fil de discussion ! :p


  • Pour un bilan du workfare - La vie des idées
    http://www.laviedesidees.fr/Pour-un-bilan-du-workfare-et-de-l.html

    En 1988, le RMI est voté à l’Assemblée nationale à l’unanimité. En 1992, il est reconduit. En 1995, un débat est lancé en France à propos du workfare. Le mot américain se répand dans l’analyse sociologique et économique. Il a été introduit dans le débat français par Pierre Rosanvallon dans La Nouvelle Question sociale (1995). À y regarder de près, on s’aperçoit que le mot est employé de façon si diverse qu’on ne sait plus trop de quoi on parle en France et à l’étranger. Pourtant, des réformes qui se ressemblent sont engagées, depuis la fin des années 1980, dans certains pays, depuis le milieu des années 1990 dans d’autres. Il n’est donc pas incohérent de les comparer entre elles. Le mot d’activation a souvent été utilisé pour les décrire, les louer ou les critiquer. Il faut donc empiriquement s’enquérir de savoir si l’activation affichée par les politiques et les réformes est la même partout, ce qui suppose la définition rigoureuse des notions de workfare et d’activation. En 2008, il y

    #rsa #social #salaire #travail