person:renaud camus

  • http://www.multitudes.net/category/l-edition-papier-en-ligne/70-multitudes-70-printemps-2018

    Derrière ce #bloody_paywall se cache un excellent article de Yann Moulier Boutang que je copie-colle ici sans vergogne excessive, grâcieusement offert par quelque dysfonctionnement inopiné d’un agrégateur de flux rss.

    C’est assez clinique comme analyse et au delà de s’élever contre les futurs lois contre l’immigration, ça a le mérite supérieur de démontrer que cette politique est juste stupide, démonstration qui n’est finalement pas inutile.

    Je ne mets pas en citation pour éviter le rapetissement d’un texte inaccessible autrement

    Misère du monde ou misère des politiques migratoires  ?

    Pour repousser une régularisation massive (de quelques dizaines de milliers de sans-papiers), Michel Rocard, loin d’être le plus bête ou le plus pusillanime des hommes politiques de la gauche française, avait lâché la célèbre bourde  : «  Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde.  » Pourquoi une bourde  ? Parce que la misère du monde n’a pas la force physique et mentale de quitter son pays d’origine. Seuls ceux qui en veulent affrontent l’exil. Gérard Collomb, avec son projet de loi sur l’asile et l’immigration, vient de cumuler à peu près toutes les erreurs qu’on peut commettre en matière de migrations internationales  : les termes dans lesquels il a posé les débats, les catégories (donc les différenciations qu’il entend introduire), les solutions prônées, les résultats, le ton, la méthode, les propositions, tout est bon à jeter au cabinet, comme on dit chez Molière. La Présidence Hollande s’était enlisée dans le grotesque projet de déchéance de nationalité. Visiblement la leçon n’a pas été tirée.

    Gérard Collomb peut se consoler sur un point  : il est aussi nul que ses prédécesseurs de gauche et de droite passés, que les Insoumis, centristes, marinistes et autres philippotistes futurs . Au royaume des aveugles, les borgnes sont les rois. Les associations qui connaissent le terrain depuis plus d’un demi-siècle, quelques intellectuels pourtant conseillers ou soutiens d’Emmanuel Macron, comme Jean Pisan-Ferry, ont émis un timide «  Non possumus  ». Le Défenseur des droits, Jacques Toubon ; a mis les pieds dans le plat courageusement. Yann Moix a remis l’ancien maire de Lyon à sa place. Pour le reste, les critiques ou propositions de l’opposition interne ou externe au gouvernement ont été d’une rare insanité, y compris celles qui se réclament d’un «  peu plus de tendresse dans un monde de brutes  », confondant migrations et chocolat (Lindt)  !

    Demandez à n’importe quel expert réel en matière de migrations internationales en France et ailleurs1 (pas ces jeunes conseillers de l’administration aux dents acérées mais aux idées courtes). Tous ont souligné le niveau lamentable du débat. Il y a de quoi enrager  : répétez dix fois, vingt fois que s’abriter derrière la distinction entre réfugiés politiques, qu’on pourrait admettre, et migrants économiques, qu’il faudrait châtier et renvoyer séance tenante «  chez eux  », est une ânerie  ; quand le problème à traiter est celui des réfugiés économiques, vous verrez réapparaître ce distinguo éculé, qui est réaffirmé avec un mélange insupportable de naïveté et de morgue.

    Tuez-vous à rabâcher méthodiquement depuis cinquante ans, que le durcissement des conditions d’accès au permis de séjour est à la fois injuste et parfaitement inefficace. Mieux, démontrez que le système lui-même de permis de travail est une forme de travail forcé et d’esclavage temporaire moderne (y compris par une thèse de 500 pages De l’esclavage au salariat, 1998, PUF), vous aurez toujours l’inertie des gratte-papier et des officiers de police administrative qui opposent aux droits fondamentaux de la personne, l’application de la énième circulaire ou pire, la haïssable pratique de l’état de fait  : couper l’eau aux migrants puis la rétablir quand on a été désavoué par le Conseil d’État, à hauteur d’auges à cochons, gazer les couvertures de sans-abri, laisser mourir de froid des adolescents qui se lancent dans la traversée des cols des Alpes. On peut comprendre la rage qui saisit toute personne qui a vaguement une âme. Mais la rage contre des abrutis ou des canailles de petite volée n’est rien à côté de celle, métaphysique et purement intellectuelle, qui saisit le chercheur quand il voit un gouvernement s’asseoir sur tout élément de savoir rationnel.

    Prenons le grand argument de l’équilibre (à la française sans doute  ?) de la loi en gestation

    Le couple humanisme-générosité pour l’asile versus réalisme-fermeté à l’égard des migrants économiques a été invoqué pour donner un fondement et un peu de hauteur à cette suite de bassesses indignes. Nous avons dit plus haut que cette dichotomie passait tout à fait à côté de la réalité. L’immense majorité des réfugiés politiques ne sont pas seulement des belles âmes à haute conscience politique et sans motivation économique. Croit-on que des familles d’Alep ou de la plaine de la Ghouta syrienne, qui croulent sous les bombes et prennent le chemin de l’exil vers la Turquie ou Lesbos, ne sont pas des réfugiés économiques  ; c’est parce qu’elles n’ont plus de toit, plus d’argent, plus de quoi manger, et également plus d’hommes armés pour les protéger qu’elles partent. Et quand bien même elles ne seraient pas politisées, juchées sur des barricades ou inscrites dans un parti d’opposition officielle, ne supportant plus une situation intenable sur tous les plans, à commencer par celui de savoir si elles vont manger le soir, ou si leurs enfants vivront demain, en seraient-elles pour autant des bandes de délinquants pour ne pas entrer dans la catégorie de sacro-saintes circulaires qui ajoutent à l’outrage de ne pas leur offrir l’asile, l’insulte de les culpabiliser  ?

    Les Tartuffes français de l’asile après avoir temporisé tout ce qu’ils pouvaient pendant 6 ans annoncent, avec un sérieux passablement comique, être prêts post festum à accueillir 150 000 réfugiés estampillés «  pur jus  », alors que l’Allemagne en a déjà reçu plus d’un million. Certes, la France peut trouver encore plus pingre qu’elle, du côté des Magyars, des Polonais et des pauvres Tchèques, dont on aurait pu penser que leur histoire ne les conduirait pas à une telle déchéance morale. Mais alors, que le coq gaulois étatique ne se dresse par sur ses ergots ni ne bombe le torse de la leçon. Seuls les humanitaires des associations nous sauvent de la honte nationale et européenne.

    Au passage puisque quelques esprits paraît-il littéraires (les Renaud Camus, les Houellbecq) parlent d’invasion, de soumission, il faudrait redresser leur sens des proportions, sens aviné autant perverti et avili  : 550 millions d’Européens dans l’UE (je compte les Britanniques encore dans l’Union, car ils sont touchés eux aussi par le même syndrome) recevant 5 millions de réfugiés en un an, cela ne ferait que 0,9 % ou 9 pour 1 000. Pas grand-chose. L’UE pourrait recevoir sans problème 0,5 % de nouveaux arrivants soit 3 millions de personnes par an. Au terme de 10 ans d’entrées (en supposant qu’il n’y ait aucun retour ce qui est très irréaliste), ces trente millions d’entrants ne constitueraient que 5,4 % de la population totale actuelle. Dont au reste la natalité européenne a déjà bien besoin dans la plupart de ses États membres. La Hongrie est particulièrement touchée par ce syndrome paranoïaque, car la rançon de son refus depuis 1990 de toute immigration est que sa population diminue de 15 000 personnes par an. Son refus d’accueillir un sang neuf la condamne au suicide démographique. Avis à l’Autriche, à la République Tchèque  ? Quant à la Pologne, la dégringolade de son taux de fertilité conduit ses hiérarques, obsédés par un nationalisme du XVIIIe siècle, à vouloir revenir sur le peu d’espace concédé à l’avortement.

    Mais il faut ajouter au manque risible de pertinence, la parfaite idiotie de ramer à contre-courant et à contretemps. La croissance économique repart dans toute l’Union Européenne. Chacun sait que pour le marché du travail banal et peu payé, ces centaines de milliers de migrants prêts à travailler n’importe où constituent une aubaine prodigieuse, ce que l’Allemagne a compris trois bonnes années avant la France. En revanche, les réfugiés politiques plus qualifiés, mieux dotés en argent, sont susceptibles d’entrer en concurrence avec les couches plus élevées de la main-d’œuvre. L’extrême droite, comme dans les années 1930, rejointe par ce qui reste des Républicains, pourrait ne pas tarder à réclamer des quotas pour protéger l’emploi «  qualifié-de-souche  ».

    Le réalisme censé équilibrer «  en même temps  » la générosité de l’asile n’est pas plus réaliste que l’asile concédé à dose homéopathique n’est humaniste et généreux.

    Demeure une question  : ce n’est pas faute d’avoir été avertis que les gouvernements répètent à satiété les mêmes erreurs. Sont-ils purement et simplement bêtes et incompétents  ? Ce serait trop simple. Nous avons suffisamment approché des hauts fonctionnaires de l’administration de la «  chose migratoire  » pour pouvoir avancer une autre explication. Les migrations internationales constituent pour eux un double défi culturel, à la fois pour le concept de souveraineté dont ils sont les produits défraîchis et pour la notion même de politique.

    Quiconque se frotte à la réalité des migrations internes ou transnationales s’aperçoit qu’elles ont une autonomie forte par rapport à leur inscription dans un espace institutionnel, aussi bien dans le pays de départ que dans celui d’arrivée. Adam Smith disait que de toutes les marchandises, la plus difficile à transporter, c’était l’homme  ; à la fois parce qu’il refuse de bouger où l’on voudrait qu’il aille, mais aussi et surtout, parce qu’il bouge quand on veut le fixer. On ne règle pas le volume des entrées et des sorties comme on le ferait d’un débit d’eau au robinet. Quant au migrant, il n’est pas un pur produit de la réglementation, alors que la réglementation en revanche réagit aux mouvements des migrants et cherche à l’assujettir à des impératifs économiques ou bien à s’en servir symboliquement pour des motifs purement électoraux. Casser du migrant (clandestin, sans papiers, terroristes), ça paie toujours.

    L’administration d’État se trouve donc confrontée au fait migratoire et au système migratoire, produit de l’interaction des mouvements humains, des réglementations mais aussi de toutes les variables instables qui rentrent dans l’équation (les catastrophes politiques, climatiques, le regroupement familial, les pressions économiques, les organisations communautaires). La mondialisation troue la souveraineté  : l’économique en est l’exemple toujours cité, mais les migrations humaines minent encore plus l’espace dévolu à la politique et à l’administration car, contrairement au marché, elles mettent en jeu des valeurs inconditionnelles que n’aime pas la loi «  nationale  » et encore moins la circulaire administrative.

    Pourtant, il est rigoureusement impossible de mélanger les ordres. La vie, le respect des personnes, la priorité des enfants et des femmes, sont des valeurs inconditionnelles. Aucune raison d’État ne peut avoir raison contre ces valeurs. Elles sont d’un autre ordre, dirait Pascal et approuverait Ricœur. La désobéissance civique est un impératif catégorique. Le respect de cette loi-là pose des problèmes mais pas ceux qu’on croit  : pas celui de l’assujettissement provisoire, dans une «  morale de provision  », de ces valeurs à la raison d’État, encore moins à la raison raisonnable appuyée sur les sophismes comme le passage à la limite  : mais si tout le monde désobéit... En fait, c’est à la politique de s’ajuster au corset de cette inconditionnalité. Le politique ne devrait s’aventurer sur ce terrain miné qu’avec une grande prudence et une humilité extrême. Et c’est ce bât-là qui blesse la haute fonction publique.

    Comme le «  gros animal  » de l’État n’a pas l’habitude de cet état de prudence, d’humilité, de modestie vis-à-vis de quelque chose qui le dépasse (quoi de plus étranger à l’État souverain qui régit un territoire que cette prétention des hommes sur la planète de traverser les pays, de changer de «  souverain  »  ?), il faut que d’autres organes se chargent de le lui rappeler (Cour Constitutionnelle, le Conseil d’État) et à défaut les associations.

    Ce serait évidemment à l’Union Européenne de rappeler à l’ordre les États membres, mais on voit que cela supposerait qu’elle en finisse avec le concept de souveraineté illimitée.

    Alors souhaitons à Emmanuel Macron de l’audace, encore de l’audace, fédéraliste pour l’Union  ; ce n’est pas avec la loi Collomb que le groupe de Visegrad va être mis au pas.

    Le projet de loi Collomb

    – Pénalisation croissante  : les migrants obligés de laisser leurs empreintes dans les «  hotspots  » des pays d’entrée (Grèce, Italie, Espagne) seront mis en centre de rétention dès leur arrivée en France  ; la durée de rétention administrative passera de 45 jours à 135 jours  ; le franchissement non autorisé des frontières extérieures de l’espace Schengen sera puni d’un an de prison  ; les déboutés de l’asile ne pourront plus demander d’autre titre de séjour.

    – Accélération des procédures  : 90 jours pour déposer une demande au lieu de 120 jours aujourd’hui  ; 15 jours pour déposer un recours au lieu de 30 jours aujourd’hui  ; la décision pourra être prise par ordonnance, sans entretien avec le migrant  ; le recours ne sera plus suspensif dans les cas de «  procédure accélérée  »  ; les personnes pourront alors être expulsées du territoire sans délai.

    Cf. www.lacimade.org/decryptage-projet-de-loi-asile-immigration

    1 Pensons à Catherine Withold de Wenden, Patrick Weil, Jean-Pierre Garson, Roxane Silberman, Patrick Simon ou François Héran par exemple.

    • #misère #asile #migrations #réfugiés #loi_asile #France #valeurs #souveraineté #Etat-nation

      Je mets en relief ici un passage sur la #catégorisation #catégories :

      Le couple humanisme-générosité pour l’asile versus réalisme-fermeté à l’égard des migrants économiques a été invoqué pour donner un fondement et un peu de hauteur à cette suite de bassesses indignes. Nous avons dit plus haut que cette dichotomie passait tout à fait à côté de la réalité. L’immense majorité des réfugiés politiques ne sont pas seulement des belles âmes à haute conscience politique et sans motivation économique. Croit-on que des familles d’Alep ou de la plaine de la Ghouta syrienne, qui croulent sous les bombes et prennent le chemin de l’exil vers la Turquie ou Lesbos, ne sont pas des réfugiés économiques  ; c’est parce qu’elles n’ont plus de toit, plus d’argent, plus de quoi manger, et également plus d’hommes armés pour les protéger qu’elles partent. Et quand bien même elles ne seraient pas politisées, juchées sur des barricades ou inscrites dans un parti d’opposition officielle, ne supportant plus une situation intenable sur tous les plans, à commencer par celui de savoir si elles vont manger le soir, ou si leurs enfants vivront demain, en seraient-elles pour autant des bandes de délinquants pour ne pas entrer dans la catégorie de sacro-saintes circulaires qui ajoutent à l’outrage de ne pas leur offrir l’asile, l’insulte de les culpabiliser  ?

      Et la question liée aux #préjugés sur l’ #afflux et l’#invasion :

      Au passage puisque quelques esprits paraît-il littéraires (les Renaud Camus, les Houellbecq) parlent d’invasion, de soumission, il faudrait redresser leur sens des proportions, sens aviné autant perverti et avili  : 550 millions d’Européens dans l’UE (je compte les Britanniques encore dans l’Union, car ils sont touchés eux aussi par le même syndrome) recevant 5 millions de réfugiés en un an, cela ne ferait que 0,9 % ou 9 pour 1 000. Pas grand-chose. L’UE pourrait recevoir sans problème 0,5 % de nouveaux arrivants soit 3 millions de personnes par an. Au terme de 10 ans d’entrées (en supposant qu’il n’y ait aucun retour ce qui est très irréaliste), ces trente millions d’entrants ne constitueraient que 5,4 % de la population totale actuelle. Dont au reste la natalité européenne a déjà bien besoin dans la plupart de ses États membres. La Hongrie est particulièrement touchée par ce syndrome paranoïaque, car la rançon de son refus depuis 1990 de toute immigration est que sa population diminue de 15 000 personnes par an.

      #idées-reçues

      Et pourquoi, même les #murs et #barrières_frontalières ne marchent pas ?

      Quiconque se frotte à la réalité des migrations internes ou transnationales s’aperçoit qu’elles ont une autonomie forte par rapport à leur inscription dans un espace institutionnel, aussi bien dans le pays de départ que dans celui d’arrivée. Adam Smith disait que de toutes les marchandises, la plus difficile à transporter, c’était l’homme  ; à la fois parce qu’il refuse de bouger où l’on voudrait qu’il aille, mais aussi et surtout, parce qu’il bouge quand on veut le fixer. On ne règle pas le volume des entrées et des sorties comme on le ferait d’un débit d’eau au robinet.

      et #merci à @philippe_de_jonckheere


  • The French Origins of “You Will Not Replace Us”
    The European thinkers behind the white-nationalist rallying cry.

    https://www.newyorker.com/magazine/2017/12/04/the-french-origins-of-you-will-not-replace-us

    he Château de Plieux, a fortified castle on a hilltop in the Gascony region of southwestern France, overlooks rolling fields speckled with copses and farmhouses. A tricolor flag snaps above the worn beige stone. The northwest tower, which was built in the fourteenth century, offers an ideal position from which to survey invading hordes. Inside the château’s cavernous second-story study, at a desk heavy with books, the seventy-one-year-old owner of the property, Renaud Camus, sits at an iMac and tweets dire warnings about Europe’s demographic doom.
    On the sweltering June afternoon that I visited the castle, Camus—no relation to Albert—wore a tan summer suit and a tie. Several painted self-portraits hung in the study, multiplying his blue-eyed gaze. Camus has spent most of his career as a critic, novelist, diarist, and travel essayist. The only one of his hundred or so books to be translated into English, “Tricks” (1979), announces itself as “a sexual odyssey—man-to-man,” and includes a foreword by Roland Barthes. The book describes polyglot assignations from Milan to the Bronx. Allen Ginsberg said of it, “Camus’s world is completely that of a new urban homosexual; at ease in half a dozen countries.”
    In recent years, though, Camus’s name has been associated less with erotica than with a single poignant phrase, le grand remplacement. In 2012, he made this the title of an alarmist book. Native “white” Europeans, he argues, are being reverse-colonized by black and brown immigrants, who are flooding the Continent in what amounts to an extinction-level event. “The great replacement is very simple,” he has said. “You have one people, and in the space of a generation you have a different people.” The specific identity of the replacement population, he suggests, is of less importance than the act of replacement itself. “Individuals, yes, can join a people, integrate with it, assimilate to it,” he writes in the book. “But peoples, civilizations, religions—and especially when these religions are themselves civilizations, types of society, almost States—cannot and cannot even want to . . . blend into other peoples, other civilizations.”


  • Racisme, complotisme, paranoïa, refus de la science : Renaud Camus chez France Culture
    http://www.bondyblog.fr/201707040807/racisme-complotisme-paranoia-refus-de-la-science-renaud-camus-chez-france-

    "Fantasme d’un pseudo “grand remplacement”, apologie d’une “vérité par l’expérience“, refus de la science, paranoïa et complotisme, racisme sans complexe : voici le résumé de l’émission du 24 juin d’Alain Finkielkraut avec pour invité Renaud Camus. Retour sur une horreur radiophonique.
    Le générique de l’émission “Répliques” d’Alain Finkielkraut sur France Culture, un joli morceau de piano, va très vite se transformer en horreur radiographique. Mais avant le basculement et toujours après ces quelques notes de piano ambiance 16ème siècle, voici que le présentateur de l’émission mais aussi immortel et philosophe, justifier et se justifier sur l’ouverture de ses micros à Renaud Camus. Dès les premières minutes, Alain Finkielkraut qualifie les propos de Renaud Camus de “radicaux”. Alain Finkielkraut ou l’art d’atténuer le racisme. Mais avançons car il y a plus insidiueux. Il faut écouter la suite pour voir comment Finkielkraut tente de se dédouaner de toute complaisance avec la thèse de Renaud Camus. Dans son long discours pour s’expliquer, il affirme que la théorie du “grand remplacement” étant évoquée partout, il est anormal que celui qui l’a théorisée soit invisible des médias. Il est donc légitime d’inviter Renaud Camus. Comme si la thèse du grand remplacement était évoquée en toute heure et en tout lieu, comme si elle était devenue un objet de débat public. En réalité, elle n’est discutée et fantasmée que dans les milieux d’extrême droite, et lorsqu’elle est évoquée ailleurs c’est par dérision, jamais d’une façon sérieuse. Mais le coup est bien joué par l’extrême-droite qui voulant que ses délires s’invitent dans le débat public affirme haut et fort que ces préoccupations existent déjà chez les Français pour ensuite l’imposer aux médias. Alain Finkielkraut ou l’art d’user des mécanismes de l’extrême droite tout en se dédouanant de toute complaisance avec celle-ci."

    • Le générique de l’émission “Répliques” d’Alain Finkielkraut sur France Culture, un joli morceau de piano,

      Oui, je crois même que le joli morceau de piano en question, ce sont les variations Goldberg de Bach interprétrées par Glenn Gould, pas franchement 16ème le piano, sinon, oui, recevoir Renaud Camus sur France Culture c’est mal mais en plus parler de théorie à propos de son racisme, pur et dur, cela se pose-là quand même, faut oser.

      Mais les cons cela ose tout, c’est même à cela qu’on les reconnaît. (M. Audiard)


  • Un documentaire fait ressurgir les vieux démons du Front national | Droite(s) extrême(s)
    http://droites-extremes.blog.lemonde.fr/2017/03/15/un-documentaire-fait-ressurgir-les-vieux-demons-du-fro

    On voit Benoît Loeuillet, conseiller régional FN de PACA et responsable du parti à Nice, identitaire local bien connu, dans sa librairie du Paillon, vendre des ouvrages d’Adolf Hitler et de l’historien négationniste Robert Faurisson. Il reconnaît s’interroger sur les thèses de ce dernier, et assure à propos de la Shoah qu’« il n’y a pas eu de morts de masse comme ça a été dit ». « Il n’y a pas eu 6 millions [de morts] », lâche-t-il.

    L’intéressé a été suspendu dès mercredi matin du FN. Il a aussi été exclu du groupe FN au conseil régional de PACA, présidé par Marion Maréchal-Le Pen. Les « idées » de Benoît Loueillet « n’ont pas leur place au Front national », a assuré Nicolas Bay, le secrétaire général du FN, dans un communiqué. « Les caméléons qui se cachent dans nos rangs et profitent de la réussite du FN en ayant des idées parfaitement détestables doivent dégager », a ajouté le vice-président du FN Louis Aliot dans un tweet lourd de sous-entendus.

    Dans le documentaire, on observe aussi Philippe Vardon, fondateur du Bloc identitaire, devenu conseiller régional FN de PACA puis homme clé de l’équipe de campagne présidentielle de Marine Le Pen, tracter dans la rue, et lâcher à un de ses camarades : « ça va devenir inquiétant, tous les mecs qui me serrent la main, ils sont noirs ». Avant de poursuivre par une considération sur les chauffeurs de taxis : « ici les taxis c’est très blanc, très niçois, etc. », alors qu’à Paris ou à Lyon, « la moitié, ils ont les barbes comme ça ».

    On voit Bryan Masson utiliser, sur ordre de sa hiérarchie, le prétexte de liens avec un frontiste banni pour exclure manu militari des militantes expérimentées, le tout dans des éclats de voix : « Allez, allez, ça dégage ! » Ou encore reconnaître utiliser un faux compte Twitter – une pratique très répandue au FN, y compris parmi ses plus hauts dirigeants – avec lequel il relaye des messages du romancier Renaud Camus, théoricien du grand remplacement, qui estime par exemple que la CAF (Caisse d’allocation familiale) est devenu le « troisième lieu saint de l’islam ».

    #PhoneStories #Linfiltré #FN


  • Eric Dupin : “Au bout du raisonnement des #identitaires, il y a la #guerre civile” - Livres - Télérama.fr
    http://www.telerama.fr/livre/eric-dupin-au-bout-du-raisonnement-des-identitaires-il-y-a-la-guerre-civile

    Plongée libre dans les profondeurs de la France identitaire : pendant plusieurs mois, le journaliste et essayiste Eric Dupin est allé à la rencontre de militants et de responsables des mouvements identitaires, s’est entretenu avec les principales figures intellectuelles qui inspirent et relaient ces nouveaux croisés de la France blanche traditionnelle. Qui sont-ils ? Combien de divisions ? Archi minoritaires, ils ont pourtant réussi à mettre le « problème » identitaire au centre du débat #politique. Aujourd’hui, tous les partis sont traversés et divisés par cette question. Et si la gauche, s’interroge Eric Dupin, avait intérêt à regarder en face les difficultés que soulève la mutation en cours de la population française et la crise du « vivre ensemble » ?

    • Groupusculaire et ouvertement raciste, la frange identitaire de l’extrême-droite française a réussi à imposer ses idées au cœur du débat politique. Le journaliste Eric Dupin a enquêté sur ses origines, ses réseaux et ses perspectives.

      Plongée libre dans les profondeurs de la France identitaire : pendant plusieurs mois, le journaliste et essayiste Eric Dupin est allé à la rencontre de militants et de responsables des mouvements identitaires, s’est entretenu avec les principales figures intellectuelles qui inspirent et relaient ces nouveaux croisés de la France blanche traditionnelle. Qui sont-ils ? Combien de divisions ? Archi minoritaires, ils ont pourtant réussi à mettre le « problème » identitaire au centre du débat politique. Aujourd’hui, tous les partis sont traversés et divisés par cette question. Et si la gauche, s’interroge Eric Dupin, avait intérêt à regarder en face les difficultés que soulève la mutation en cours de la population française et la crise du « vivre ensemble » ?

      Comment définir les « identitaires » ?
      En France, cette étiquette est revendiquée par des groupes militants dont l’importance numérique est heureusement faible. C’est d’abord le Bloc identitaire, créé en 2003, transformé en parti politique en 2009, pour redevenir, en juillet 2016, un mouvement associatif dénommé « Les Identitaires ». C’est aussi Génération identitaire, qui a succédé, en 2012, aux Jeunesses identitaires. Evidemment situés à l’extrême droite, racialistes, pour ne pas dire racistes, ces groupes ont préempté l’inquiétude de certaines franges de la population bousculées par la crise et les mutations de notre société, et qui deviennent obsédées par la question de l’identité. Très minoritaires, les identitaires trouvent ainsi un écho qui dépasse largement leurs effectifs militants.

      Quels sont ces effectifs ?
      Quelques milliers, pas plus. Quand ils organisent des manifestations, ils ont l’art de les filmer pour donner l’impression qu’ils sont très nombreux. En réalité, ils sont à peine 200, venus d’un peu partout en France. On est loin d’un mouvement de masse. Mais les militants identitaires sont très déterminés, souvent bien formés politiquement, et leur influence est grandissante au sein du Front national. Mais surtout ils bénéficient de relais dans certains milieux culturels et intellectuels. Chez les journalistes, Eric Zemmour en est l’illustration la plus caricaturale, son absence de scrupules et son côté provocateur lui assurent de vrais succès de librairie. Chez les intellectuels, l’écrivain Renaud Camus, ancienne figure de la scène culturelle des années 1970, bénéficie également d’un certain écho. Il est devenu, dans son château du Gers, une sorte de croisé de la France blanche qui lui semble menacée par ce qu’il nomme « le grand remplacement » : la substitution supposée du peuple français par les populations d’origine immigrée. On pourrait également citer Jean-Yves Le Gallou, une autre figure majeure de la mouvance identitaire. Fondateur du Club de l’Horloge, ancien dirigeant du Front national, il a théorisé la fameuse « préférence nationale », un concept devenu central dans la propagande du parti d’extrême droite, désormais rebaptisé « priorité nationale ». Alain Finkielkraut, d’une toute autre manière et qu’on ne saurait mettre dans le même sac, exprime une inquiétude identitaire teintée de nostalgie. Le philosophe, qui finit par consacrer aujourd’hui plus d’énergie à lutter contre les excès de l’antiracisme que contre le racisme lui-même, peint de manière effrayante les mutations en cours. Beaucoup de ses mise en garde sont hélas parfaitement fondées mais il en tire, à mon sens, des conclusions alarmistes.
      “Il est impératif de se demander pourquoi ces gens dangereux et minoritaires ont un tel écho.”

      A la lecture de votre livre, il semble que les identitaires soient surtout des hommes, obsédés par l’idée de décadence...
      C’est vrai que tous les militants et responsables de Génération identitaire que j’ai rencontrés étaient des hommes. Même si dans leurs vidéos ils s’attachent à mettre en avant des filles, sans doute pour donner à leurs manifestations un visage plus avenant. Plus sérieusement, vous pointez un trait commun à tous ceux qui sont hantés par les questions identitaires : la crainte d’une décadence, d’une perte de valeurs traditionnelles, de références, de repères, de hiérarchies, que la modernité aurait abîmés. J’ai d’ailleurs sous titré mon livre « Enquête sur la réaction qui vient » pour cette raison. Selon la terminologie politique, les réactionnaires sont ceux qui veulent revenir à un passé révolu, à l’instar de ceux qui refusaient la Révolution et rêvaient d’une restauration de la royauté. Cela dit, il faut admettre que les sociétés comme les individus ont besoin de repères, d’appartenances collectives. Il est important, quand on analyse ces phénomènes identitaires, de ne pas s’en tenir à leur dénonciation, de ne pas se contenter de dire « ce n’est pas bien », « c’est l’extrême droite », « ce sont des gens dangereux ». Tout cela est exact. Mais il est impératif aussi de se demander pourquoi ces gens dangereux et minoritaires ont un tel écho. N’est-ce pas en effet parce que nos appartenances collectives, qu’il s’agisse de la famille ou de la nation, sont en crise ?

      Comment la question identitaire a-t-elle peu à peu envahi le débat politique ?
      Cette question percute l’ensemble de l’échiquier politique. Elle fait l’objet de débats internes très vifs au sein du Front national. L’égérie du courant identitaire, Marion Maréchal-Le Pen, assume la vision, très classique à l’extrême droite, d’une identité charnelle : le peuple, les ancêtres, la terre, quand sa tante hésite et se contredit sur l’assimilation ou la référence au « grand remplacement ». A droite, la campagne pour la primaire a mis en évidence un gouffre entre Alain Juppé, parfois surnommé Ali Juppé en raison de sa position favorable à des accommodements raisonnables avec l’islam, et Nicolas Sarkozy, qui n’hésitait pas à reprendre un discours identitaire parfois plus violent encore que celui de Marine Le Pen. Quant à François Fillon, qui a finalement tiré les marrons du feu de cette primaire, il est sans aucun doute plus proche sur le fond de cette question de Nicolas Sarkozy que d’Alain Juppé, même si son discours est au diapason de son tempérament, porté par une expression plus retenue et mesurée. La gauche enfin, est également très divisée. Manuel Valls, qui avait été en pointe dans le débat sur l’interdiction du « burkini », a tenté, durant la primaire, de réactiver ses préoccupations identitaires en mettant en avant la République et la laïcité. Alors que Vincent Peillon et Benoît Hamon se sont montrés beaucoup plus proches de la gauche « multiculturaliste ». L’ennui, c’est que le débat à gauche est souvent caricatural. D’un côté ceux qui craignent de tomber dans un piège en évoquant ces questions et choisissent de les éviter en ne les posant qu’en termes moraux. Ils les balaient d’un revers de la main au nom de l’antiracisme. Et de l’autre côté ceux qui les exagèrent en disant que l’islam pose un problème considérable et brandissent la laïcité de façon excessivement agressive. A mon sens, la gauche aurait tout à gagner à ne pas se voiler la face mais à regarder calmement les choses.

      C’est-à-dire ?
      La négation des problèmes et l’euphémisation des difficultés offrent un boulevard aux extrêmistes. La France vit un changement majeur de la composition ethnique de sa population. Et c’est un phénomène nouveau. Contrairement à ce qu’on dit souvent, notre pays n’a pas toujours été une terre d’immigration. Celle-ci n’est devenue un phénomène massif qu’à partir du XIX° siècle et l’immigration d’origine extra-européenne est encore plus récente puisqu’elle date du milieu du XX° siècle. L’immigration de masse, en France et en quelques décennies, de populations culturellement plus éloignées de la majorité de ses habitants que ne l’étaient les précédentes est un phénomène nouveau. Est-ce un drame ? Bien sûr que non. La question ne se pose pas en termes raciaux, comme le font les tenants du « grand remplacement » qui présupposent que les populations extra-européennes, d’une autre culture, d’une autre religion, ne pourront jamais s’intégrer. En revanche on ne peut se contenter d’un postulat, certes optimiste, mais quelque peu naïf, selon lequel cette intégration finira bien par se faire toute seule, naturellement. Car aujourd’hui, les vagues d’immigration les plus récentes ont d’autant plus de mal à s’intégrer dans la société française, qu’elles se constituent souvent en diasporas dans des espaces où elles vivent entre elles.

      N’y sont elles pas souvent contraintes ?
      Bien sûr. Les « ghettos » que l’on fait mine de déplorer sont des lieux où se concentrent les derniers arrivés en France et ceux qui cumulent le plus grand nombre de handicaps sociaux. Ceux qui s’en sortent s’en vont. Il faut absolument en tirer les conséquences en termes de politiques publiques. Les questions identitaires doivent être traitées dans leurs dimensions économiques et sociales. Pour cela il est nécessaire de disposer d’informations objectives sur la réalité démographique de notre pays, développer les études sociologiques et sans doute cesser d’interdire les fameuses statistiques ethniques. Je m’inquiète en effet d’une situation où, du fait des discriminations et des handicaps, les positions sociales finissent par être indexées sur les appartenances ethniques. Où les emplois les moins qualifiés sont en grande majorité effectués par des gens d’origine étrangère, alors qu’à l’inverse plus on monte dans la hiérarchie, plus ça se blanchit. Cela donne une connotation néo-coloniale lourde de dangers, car lorsque vous avez une superposition entre hiérachies sociales et raciales, comme c’est le cas aux Etats-Unis, l’exercice de la solidarité est beaucoup plus difficile. Tout simplement parce que les pauvres n’ont plus la même couleur que les riches.
      “L’horreur d’une guerre civile n’est pas la seule perspective dramatique.”

      Face à ces diasporas, vous insistez aussi sur le risque « d’enfermements communautaires » et la nécessité d’un « socle commun » de valeurs...
      La société française est aujourd’hui, incontestablement, multiculturelle et nous appartenons tous plus ou moins à des communautés différentes. Celles-ci ne sont pas mauvaises en soi, elles sont des médiations entre l’individu et la nation. Le problème surgit quand elles deviennent au contraire des écrans entre les deux, quand elles affirment des différences culturelles qui prétendent s’imposer à la société. Cette conception du multiculturalisme se heurte alors de plein fouet à la tradition républicaine française qui veille à la cohésion d’un Etat-nation cimenté par des valeurs communes. Je pense à la liberté d’expression, par exemple. En France, on a le droit au blasphème, on peut se moquer des dieux. Je pense à l’égalité hommes/femmes. Je pense à la laïcité pour laquelle les républicains ont dû se battre au XIXe siècle, contre une puissante Eglise catholique. La fermeté sur ce socle de valeurs me semble la condition du vivre ensemble et de l’acceptation de la diversité culturelle et religieuse qui est désormais celle de la société française.

      Comment peut s’exercer cette fermeté ?
      Par des interdits, comme la fameuse loi sur le voile intégral. Mais l’essentiel n’est pas là. Le principal est le combat culturel, en particulier au sein de la communauté musulmane. On parle toujours des musulmans les plus vindicatifs, de ceux qui brandissent leur religion comme un étendard identitaire. Il en existe, mais l’immense majorité des musulmans souhaitent simplement pratiquer leur religion en restant partie prenante de la communauté française. Il faut les y aider en n’hésitant pas à combattre la minorité des ultra conservateurs qui se sentent en rupture avec les valeurs de notre société.
      Votre livre insiste sur l’urgence d’agir...
      Quand j’ai rencontré ces militants et intellectuels identitaires, j’ai constaté qu’au bout de leur raisonnement il y avait la guerre civile. Ils prétendent bien sûr sonner l’alerte pour éviter cette issue, mais n’envisagent comme solution que ce qu’ils nomment la « remigration », c’est-à-dire le retour de millions de personnes dans leur pays d’origine, quitté parfois depuis plusieurs générations. C’est évidemment une hypothèse absurde, fantasmagorique. Sans le dire, les identitaires se préparent ainsi à l’affrontement. Mais l’horreur d’une guerre civile n’est pas la seule perspective dramatique. Si on prolonge les tendances à l’oeuvre aujourd’hui, c’est aussi l’avènement d’une société française de plus en plus fracturée, chacun restant replié dans ses zones ou ses quartiers. Des France parallèles en quelque sorte, où les immigrés seraient, à l’exception d’une petite bourgeoisie, relégués au second plan. A ce moment là, les grands discours républicains deviendraient totalement abstraits.

      A lire
      La France identitaire. Enquête sur la réaction qui vient , d’Eric Dupin, éd. La Découverte, 206 p., 17 €.


  • Le grand remplacement à travers les âges
    http://www.dedefensa.org/article/le-grand-remplacement-a-travers-les-ages

    Le grand remplacement à travers les âges

    On va en fâcher quelques-uns. Mais cela ne fera pas de mal de distinguer le bon grain de l’ivraie et de cesser de fantasmer inutilement, à coups de Français de souche, de beaufs du dimanche ou de Séraphin Lampion ; car la réalité ordinaire du Français est celle-là.

    On va expliquer pourquoi maintenant ce culte du Français de souche nous gave, avec quelques auteurs un peu plus sûrs que Renaud Camus et les geignards de Fdesouche.com .

    Sur la question de l’immigration, Benjamin Stora a certainement plus raison que tous les experts fascisants réunis. On savait tous au lycée, bien avant la propagande socialiste et mondialiste, qu’un tiers des Français avait déjà des origines métèques dans les années 70, avant la nouvelle vague migratoire.

    Nous sommes (...)


    • La nuit debout c’est, nous dit-on une agora, une agora où la discussion règne. En réalité, c’est le même qui fraye avec le même. L’autre c’est l’ennemi. C’est intéressant, malgré tout, je ne veux pas donner trop d’importance à ce qui m’est arrivé. Il s’agit pour Nuit Debout en quelque sorte de manifester le besoin d’un monde postérieur à la bourgeoisie et au capital, où pourrait s’épanouir une véritable communauté humaine et on commence par purger, comme s’il n’y avait pas eu de XXe siècle, comme s’il n’y avait pas eu d’expériences totalitaires, on commence par purger cette communauté de toute présence divergente, dissidente, étrangère. Je pense qu’il y avait des gens à Nuit Debout qui étaient désolés de ce qui m’était arrivé, mais ils étaient apparemment très minoritaires.

      Alain Finkielkraut

      Ce que j’ai pu constater en traversant la rue, c’est que ça ne prend pas. C’était samedi soir, les gens allaient au théâtre, en sortaient (...) ils ne prêtaient aucune attention à ce qui se passait à quelques mètres d’eux. C’est comme une petite bulle révolutionnaire, au milieu d’une ville complétement indifférente. Je m’interroge sur l’extraordinaire publicité donnée à ce mouvement par les médias. On lui a fait le lancement de Star Wars alors que c’est une petite kermesse sous cloche.

      #Alain_Finkielkraut
      #France_culture : les matins http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/13983-18.04.2016-ITEMA_20964073-2.mp3

    • Je signal qu’il y a une erreur, non minime (même si tout le reste est bien) :

      Peu après, il lance : « Des coups de latte, hein, qu’il me faut ? Des coups de latte, hein ? » « N’en rajoutez pas non plus… », réplique un participant. « Mais ça va ! Je me fais insulter : je peux répondre », rétorque M. Finkielkraut.

      à 1m42s il est clair que c’est bien la situation inverse, c’est à dire Finkielkraut et sa femme qui menacent la manifestante de coups de lattes et elle qui s’en offusque :

      Sylvie Topaloff, femme de Finkielkraut (on la voit avancer sa tête) :
      « C’est des coups de lattes qui seront indiqués. »

      Finkielkraut :
      « Des coups de lattes hein qu’il te faut ! C’est des coups de lattes hein qu’il te faut ! »

      La manifestante :
      « Des coups de lattes ?! Des coups de lattes !! Qu’il me faut ?!!! »

      Et la seconde d’après Finkielkraut justifie brillamment ses menaces :

      Oh mais ça va je me fait insulter je peux répondre aussi !

      On notera que les manifestant n’ont pas menacer de coups de lattes Alain Finkielkraut, ils n’ont fait que le qualifier de facho et lui demander de partir.

      Peut-être qu’à la prochaine manif en marchant contre la loi travail Marine Le Pen viendra et si elle se fait virer elle accusera les manifestants de fascisme et de privatisation de l’espace public ?

      https://www.youtube.com/watch?v=0XWuQbRCo18

    • En fait, après moult écoutes du passage, on s’aperçoit que Finkielkraut et sa femme fantasment « une attaque à coups de lattes » par les manifestants et, situation étonnante, leur expression craintive de cette attaque se formalise par une menace envers la manifestante de coups de lattes - en tout cas c’est comme ça qu’elle le comprend puisque l’idée qu’elle même porte des coups de lattes à Finkie et Topaloff ne lui traverse même pas l’esprit.

      Au final on a là une illustration parfaite de la pensée de Finkielkraut marquée par une paranoïa permanente qui, en inventant des ennemis imaginaires, agresse réellement des personnes réelles qui n’ont rien demandées ni fait - ce qui les pousses à se défendre, ce que Finkielkraut interprète comme une confirmation de l’existence des attaques qu’il croit subir.

      Bref Finkielkraut est un grand malade paranoïaque.

    • Sa Suffisance Finkielkraut et les « fascistes »
      La #place_de_la_République est devenue le lieu d’un immense forum et d’innombrables rencontres et discussions. De cette heureuse situation, déjà saluée ici, certains ont cru pouvoir déduire qu’il s’agit de l’endroit où il importe de se montrer devant micros et caméras (en nombre, il est vrai).

      #Finkielkraut, #crétin_de_service_public, ratiocineur de la déploration moisie, ami et caution du fasciste antisémite Renaud Camus, un type qui petit déjeune au #Medef comme vous et moi au bistrot du coin, bref l’une des incarnations les plus infectes de la nouvelle réaction s’est cru autorisé hier soir samedi à parader en bordure des assemblées et groupes divers.

      S’étant refusé à quitter les lieux, comme cela lui a d’abord été gentiment recommandé, M. Finkielkraut s’est donc fait proprement virer de la place sous les quolibets. Démontrant à la fois son humiliation d’avoir mal évalué les effets de sa notoriété, et sa légendaire finesse d’analyse politique, l’histrion de France-culture a répliqué en traitant ses raccompagnateurs/trices de « fascistes ».

      Dans certaines bouches, tous les mots sont doux à entendre.
      http://lignesdeforce.wordpress.com/2016/04/17/sa-suffisance-finkielkraut-et-les-fascistes


      http://twitter.com/histgeoblog/status/722526687750176769/photo/1?ref_src=twsrc%5Etfw


  • L’identité malheureuse d’Alain Finkelkraut - Contre-attaque(s)
    Par Raphaël Liogier
    http://contre-attaques.org/magazine/article/l-identite

    Le Complexe de Suez. Le vrai déclin français (et du continent européen) est le titre du nouveau livre de Raphaël Liogier que publient l’éditeur Le Bord de l’eau. Avec l’autorisation de l’auteur nous publions des pages de l’ouvrage consacrées à l’omniprésent Alain Finkelkraut.

    Ces trois fronts (le multiculturalisme, l’islam et la globalisation) sont plus ou moins équivalents, ou contigus, dans le best-seller du philosophe Alain Finkelkraut, L’identité malheureuse (Stock, 2013), qui fut présenté comme un événement intel¬lectuel et qui se lit comme la longue plainte d’un Européen souffrant au milieu des tumultes d’une guerre de civilisa¬tion presque perdue. Le sentiment de la défaite, à laquelle ne saurait se résoudre l’auteur de l’ouvrage (le propre du héros tragique étant de se battre même s’il semble savoir que son combat est perdu d’avance), est partout présent. La solution proposée, implicitement mais clairement, parce que c’est la guerre et qu’en temps de guerre on ne peut se permettre de tergiverser, c’est le différencialisme non plus seulement passif et ségrégatif, mais actif et intrusif. Parce que, déjà, nous ne serions plus chez nous, expropriés, et même colonisés par les autres (ceux que nous avions jadis nous-mêmes colonisés). Les vrais français, qui résisteraient encore à la colonisation des quartiers périurbain seront ainsi appelés des autochtones, des exilés dans leur propre patrie : « Les autochtones ont perdu le statut de référent culturel qui était le leur… » « Quand le cybercafé s’appelle « Bled.com » et que la boucherie ou le fast-food ou les deux sont halal, ces sédentaires font l’expérience déroutante de l’exil. Quand ils voient se multiplier les conversions à l’islam, ils se demandent où ils habitent. Ils n’ont pas bougé, mais tout a changé », plus loin « … ils se sentent devenir étrangers sur leur propre sol », et plus loin encore, reprenant les analyses de Christophe Guilly (Fractures françaises, Flammarion, 2013) : « Les voici minoritaires dans un espace dont ils ont perdu la maîtrise. » (p. 123) Il est étonnant – ou pas si étonnant plutôt, puisqu’il s’agit de pureté culturelle et non de religiosité en réalité – que seules les conversions à l’islam, en fait très faibles, soient inquiétantes. Alors que les conversions aux mouvements néo-évangéliques sont, elles, réellement massives, et touchent aussi ces espaces périurbains dont les « autochtones » auraient « perdu la maîtrise ».

    • INTERVIEW : Raphaël Liogier dénonce « la laïcité au service de l’hygiénisme identitaire »
      http://www.middleeasteye.net/fr/reportages/interview-rapha-l-liogier-d-nonce-la-la-cit-au-service-de-l-hygi-nism

      Finkielkraut affirme, par exemple, que parce qu’il se sent solidaire d’Israël en tant que juif, il sait ce que c’est que d’être menacé par le monde musulman. Pour lui, c’est comme si les musulmans français étaient automatiquement des Palestiniens de l’intérieur alliés de l’islam mondial ayant pour objectif de s’emparer de la culture européenne. Détruire Israël serait une première étape. Israël serait comme une avant-garde européenne au milieu du monde musulman, une citadelle sur le point de tomber, préfigurant l’effondrement de l’Europe elle-même.

      Il y aurait ainsi une culture européenne au sens de culture de domination. En réalité, les vrais enjeux sont ailleurs. Le dollar a retrouvé sa suprématie mais les Européens, incarnés par Finkelkraut et consorts, se concentrent sur les enjeux identitaires. Le vrai déclin, ce sont eux.

    • Alain Finkielkraut ou la défaite d’une pensée, Aude Lancelin
      http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20151008.OBS7315/alain-finkielkraut-la-defaite-d-une-pensee.html

      Le plus emblématique des essayistes néoréactionnaires français, qui entre à l’#Académie_française ce 28 janvier 2016, a récemment publié “la Seule Exactitude”, recueil de ses chroniques sur RCJ et dans “#Causeur ” (dont l’actionnaire majoritaire n’est autre que l’ex-patron de « Minute », ancien torchon de référence de l’extrême droite.). Un “livre événement” dans un pays en perte de repères intellectuels.

      (...) il ne cesse d’installer toujours plus profondément au coeur du débat français ordinaire le sinistre mensonge du « grand remplacement » usiné par son ami Renaud Camus.

      (...) nouvelle idée fixe (...) : le passé est un mauvais maître, il nous aveugle, nous empêche de saisir l’irréductibilité absolue du moment historique que nous vivons, un moment inédit, fait de burqas sans gêne et d’« on n’est plus chez nous ». En ligne de mire bien sûr : la référence aux années 1930, qu’il détecte autant chez un Pierre Rosanvallon que dans toute la gauche radicale, et qui fait littéralement trépigner d’indignation Finkielkraut.

      Rien à voir donc à ses yeux entre ce qu’un Zemmour ou lui-même écrivent aujourd’hui des enfants d’immigrés et le portrait qu’un écrivain comme Giraudoux infligeait aux ashkénazes en 1939 dans « Pleins Pouvoirs ». Pour repousser cette idée sans nul doute effrayante, un crime tel que toute l’eau de la mer ne pourrait il est vrai le laver, l’auteur en vient à se retourner contre le « devoir de mémoire » lui-même.

      A ce dernier il consacre en effet ici un texte très étrange, « l’Ornière morale d’Auschwitz » (p. 237), d’où il ressort qu’à ses yeux le « Plus jamais ça » est devenu la meilleure arme de ceux qui haïssent sourdement les juifs. Le rayon paralysant préféré de la gauche morale.

      (...) les allusions historiques les plus hallucinées fourmillent, Vincent Peillon, inoffensif exministre socialiste de l’Education nationale, se voyant dès les premières pages comparé à Mao Tsé-toung.

      (...) Que reproche en tout et pour tout Finkielkraut au parti de [MLP] ? Trois choses, et l’on notera que la #xénophobie n’y est pas. La première, c’est d’être démagogique. La deuxième, c’est de « méconnaître les règles de l’économie ». La dernière, c’est d’en pincer pour les hommes forts comme Poutine. C’est tout, et c’est trop peu, même si cela suffit semble-t-il amplement à certains pour répondre de l’innocuité entière de sa pensée.


  • Le grand remplacement. Le mythe de l’invasion arabe-musulmane
    http://contre-attaques.org/ressources/article/le-grand

    L’Union syndicale Solidaires publie une série de fiches pour lutter contre l’extrême droite. Deux d’entre d’elles sont consacrée au « grand remplacement », ce mythe créé par l’écrivain Renaud Camus. Bien qu’écrites avant la crise migratoire actuelle, elles demeurent très utiles. Extrait Le fantasme du « Grand Remplacement » se fait vite démonter quand on regarde les chiffres de plus près. En 2012, l’insee dans son rapport Immigrés et descendants d’immigrés en France, pointe le fait que la France compte 5,3 (...)

    #Ressources

    / #Liens_utiles, #Racisme, #carousel

    « http://www.solidaires.org/article51447.html »


  • France : La condamnation de Renaud Camus pour « provocation à la haine/la violence des musulmans » confirmée - AFP/20 Minutes

    La cour d’appel de Paris a confirmé jeudi la condamnation de l’écrivain Renaud Camus à 4.000 euros d’amende pour provocation à la haine ou à la violence pour des propos tenus en décembre 2010 lors des « Assises internationales sur l’islamisation » à Paris. Le cour a confirmé le jugement rendu le 10 avril 2014, dont Renaud Camus avait fait appel.
    Théoricien du « grand remplacement » (par l’immigration) qui menacerait selon lui la civilisation française , Renaud Camus a en outre été condamné à verser 500 euros de dommages et intérêts au Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples).
    « Une très violente stigmatisation des musulmans »
    En première instance , la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris avait estimé que les propos litigieux « constituent une très violente stigmatisation des musulmans, présentés comme des voyous, des soldats, le bras armé de la conquête », ou encore des « colonisateurs cherchant à rendre la vie impossible aux indigènes, à les forcer à fuir, à évacuer le terrain », « ou bien, pis encore, à se soumettre sur place ».
    Le tribunal soulignait que les propos de l’écrivain dans « une stigmatisation d’une rare outrance » présentent, « sans mesure ni réserve autre que de pure forme », les musulmans « comme des guerriers envahisseurs dont le seul objectif est la destruction et le remplacement du peuple français et de sa civilisation par l’islam ».
    Renaud Camus prônait une « action politique »
    Devant le tribunal, Renaud Camus s’était défendu de tout appel à la violence, prônant une « action politique », mais « sans aucunement expliciter et développer le contenu et les modalités d’une telle action », relevaient les juges.
    Ils concluaient ainsi que l’auteur a incité « d’une manière aussi évidente qu’irresponsable l’auditoire à résister à l’envahisseur qui veut le soumettre et à assurer lui-même et par ses propres moyens sa survie, dans l’urgence et sans attendre l’hypothétique action politique vaguement annoncée par Renaud Camus ». Les motivations de la cour d’appel n’ont pu être consultées dans l’immédiat.
    Présent au délibéré, Me Pierre Mairat, co-président du Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples) s’est félicité de cette décision, soulignant que les propos de Renaud Camus relèvent de l’« exhortation à la haine ».


  • Littérature et politique, le cas de Houellebecq

    « A 22 heures les deux candidats n’étaient toujours pas départagés, les derniers chiffres donnaient des estimations absolument identiques - cette incertitude évitant au candidat socialiste de faire une déclaration qu’on devinait difficile. Les deux partis qui structuraient la vie politique française depuis les débuts de la Vème République allaient-ils être balayés ? L’hypothèse était tellement renversante qu’on sentait que les commentateurs qui se succédaient à toute allure sur le plateau - et jusqu’à David Pujadas, pourtant peu suspect de complaisance envers l’islam, et réputé proche de Manuel Valls - en avaient secrètement envie. Passant d’une chaîne à l’autre avec une telle célérité qu’il paraissait jouir du don d’ubiquité, réussissant jusqu’à une heure avancée de la nuit d’éblouissants mouvements d’écharpe, Christophe Barbier fut sans conteste un des rois de cette soirée électorale, éclipsant aisément Renaud Dély, terne et morose devant un résultat que son journal n’avait pas prévu, et même Yves Thréard, d’ordinaire plus pugnace.

    Ce n’est qu’un peu après minuit, à l’heure où je terminais ma seconde bouteille de Rully, que tombèrent les résutats définitifs : Mohamed Ben Abbes, le candidat de la Fédération musulmane, arrivait en deuxième position avec 22,3 % des suffrages. Avec 21,9 %, le candidat socialiste était éliminé. Manuel Valls prononça une brève allocution, très sobre, où il saluait les deux candidats arrivés en tête, et ajournait toute décision jusqu’à la réunion du comité directeur du Parti socialiste. ...]

    [... » Les négociations entre le Parti socialiste et la Fraternité musulmane sont beaucoup plus difficiles que prévu. Pourtant, les musulmans sont prêts à donner plus de la moitié des ministères à la gauche - y compris des ministères clés comme les Finances et l’Intérieur. Ils n’ont aucune divergence sur l’économie, ni sur la politique fiscale ; pas davantage sur la sécurité - ils ont de surcroît, contrairement à leurs partenaires socialistes, les moyens de faire régner l’ordre dans les cités. Il y a bien quelques désaccords en politique étrangère, ils souhaiteraient de la France une condamnation un peu plus ferme d’Israël, mais ça la gauche leur accordera sans problème. La vraie difficulté, le point d’achoppement des négociations, c’est l’Education nationnale. L’intérêt pour l’éducation est une vieille tradition socialiste, et le milieu enseignant est le seul qui n’ait jamais abandonné le Parti socialiste, qui ait continué à le soutenir jusqu’au bord du gouffre ; seulement là ils ont affaire à un interlocuteur encore plus motivé qu’eux, et qui ne cédera sous aucun prétexte. La Fraternité musulmane est un parti spécial, vous savez : beaucoup des enjeux politiques habituels les laissent à peu près indifférents ; et, surtout, ils ne placent pas l’économie au centre de tout. Pour eux l’essentiel c’est la démographie, et l’éducation ; la sous-population qui dispose du meilleur taux de reproduction, et qui parvient à transmettre ses valeurs, triomphe ; à leurs yeux c’est aussi simple que ça, l’économie, la géopolitique même ne sont que de la poudre aux yeux : celui qui contrôle les enfants contrôle le futur, point final. Alors le seul point capital, le seul point sur lequel ils veulent absolument avoir satisfaction, c’est l’éducation des enfants.

    –- Et qu’est-ce qu’ils veulent ?
    –- Eh bien, pour la Fraternité musulmane, chaque enfant français doit avoir la possibilité de bénéficier, du début à la fin de sa scolarité, d’un enseignement islamique. Et l’enseignement islamique est, à tous points de vue, très différent de l’enseignement laïc. D’abord, il ne peut en aucun cas être mixte ; et seules certaines filières seront ouvertes aux femmes. Ce qu’ils souhaiteraient au fond c’est que la plupart des femmes, après l’école primaire, soient orientées vers des écoles d’éducation ménagère, et qu’elles se marient aussi vite que possible - une petite minorité poursuivant avant de se marier des études littéraires ou artistiques ; ce serait leur modèle de société idéal. Pär ailleurs, tous les enseignants, sans exception, devront être musulmans. Les règles concernant le régime alimentaire des cantines, le temps dévolu aux cinq prières quotidiennes devront être respectés ; mais, surtout, le programme scolaire en lui-même devra être adapté aux enseignements du Coran.

    –- Vous pensez que leurs pourparlers peuvent aboutir ?
    –- Ils n’ont pas le choix. S’ils échouent à conclure un accord, le Front national est certain de remporter les élections. Y compris s’ils y parviennent, d’ailleurs, il conserve toutes ses chances, vous avez vu les sondages comme moi. Même si Copé vient de déclarer qu’à titre personnel il s’abstiendrait, 85 % des électeurs UMP se reporteront sur le Front national. Ça va être serré, extrêmement serré : du 50-50, vraiment. « –- » Non, la seule solution qui leur reste, poursuivit-il, c’est de procéder à un dédoublement systématique des enseignements scolaires. Pour la polygamie d’ailleurs ils sont déjà parvenus à un accord, qui pourrait leur servir de modèle. Le mariage républicain restera inchangé, une union entre deux personnes, hommes ou femmes. Le mariage musulman, éventuellement polygame, n’aura aucune conséquence en termes d’état civil, mais il sera reconnu comme valide, et ouvrira des droits, par les centres de sécurité sociale et les services fiscaux.

    –- Vous êtes sûr ? Ça me paraît énorme...
    –- Absolument, c’est déjà acté dans les négociations ; c’est d’ailleurs parfaitement conforme à la théorie de la charia de minorité, qui est soutenue depuis longtemps par la mouvance des Frères musulmans. Eh bien, pour l’éducation, ça pourrait être un peu la même chose. L’école républicaine demeurerait telle quelle, ouverte à tous - mais avec beaucoup moins d’argent, le budget de l’Education nationale sera au moins divisé par trois, et cette fois les profs ne pourront rien sauver, dans le contexte économique actuel toute réduction budgétaire sera certaine de rallier un large consensus. Et puis, parallèlement, se mettrait en place un système d’écoles musulmanes privées, qui bénéficieraient de l’équivalence des diplômes - et qui pourraient, elles, recueillir des subventions privées. Evidemment, très vite, l’école publique deviendra une école au rabais, et tous les parents un peu soucieux de l’avenir de leurs enfants les inscriront dans l’enseignement musulman.

    –- Et pour l’université ce sera pareil « intervint son épouse. » La Sorbonne, en particulier, les fait fantasmer à un point incroyable - l’Arabie saoudite est prête à offrir une dotation presque illimitée ; nous allons devenir une des universités les plus riches du monde. ...]

    [... Replet et enjoué, fréquemment malicieux dans ses réponses aux journalistes, le candidat musulman faisait parfaitement oublier qu’il avait été un des plus jeunes polytechniciens de France avant d’intégrer l’ENA, dans la promotion Nelson Mandela - la même que Laurent Wauquiez. Il évoquait plutôt un bon vieil épicier tunisien de quartier - ce que son père avait été d’ailleurs, même si son épicerie était située à Neuilly-sur-Seine, et pas dans le 18ème arrondissement, encore moins à Bezons ou à Argenteuil.

    Plus que tout autre, rappela-t-il cette fois-ci, il avait bénéficié de la méritocratie républicaine ; moins que tout autre, il souhaitait porter atteinte à un système auquel il devait tout, et jusqu’à cet honneur suprême de se présenter au suffrage du peuple français. Il évoqua le petit appartement au-dessus de l’épicerie, où il faisait ses devoirs ; il ressucita brièvement la figure de son père, avec juste ce qu’il fallait d’émotion ; je le trouvais absolument excellent.

    Mais les temps, il fallait en convenir, poursuivit-il, avaient changé. De plus en plus souvent, les familles - qu’elles soient juives, chrétiennes ou musulmanes - souhaitaient pour leurs enfants une éducation qui ne se limite pas à la transmission des connaissances, mais intègre une formation spirituelle correspondant à leur tradition. Ce retour du religieux était une tendance profonde, qui traversait nos sociétés, et l’Education nationale ne pouvait pas ne pas en tenir compte. Il s’agissait en somme d’élargir le cadre de l’école républicaine, de la rendre capable de coexister harmonieusement avec les grandes traditions spirituelles - musulmanes, chrétiennes ou juives - de notre pays.

    Suave et ronronnant, son discours se poursuivit pendant une dizaine de minutes avant qu’on ne passe aux questions de la presse. J’avais remarqué depuis longtemps que les journalistes les plus teigneux, les plus agressifs étaient comme hypnotisés, ramollis en présence de Mohammed Ben Abbes. Il y avait pourtant, me semblait-il, des questions embarrassantes qu’on aurait pu lui poser : la suppression de la mixité, par exemple : ou le fait que les enseignants devraient embrasser la foi musulmane. Mais après tout n’était-ce pas le cas, déjà, chez les catholiques ? Fallait-il être baptisé pour enseigner dans une école chrétienne ? En y réfléchissant je me rendais compte que je n’en savais rien, et au moment où s’achevait la conférence de presse je compris que j’en étais arrivé exactement là où le candidat musulman voulait me mener : une sorte de doute généralisé, la sensation qu’il n’y avait rien là de quoi s’alarmer, ni de véritablement nouveau.

    Marine Le Pen contre-attaqua à midi trente. Vive et brushée de frais, filmée en légère contre-plongée devant l’Hôtel de Ville, elle était presque belle - ce qui contrastait nettement avec ses apparitions précédentes : depuis le tournant de 2017, la candidate nationale s’était persuadée que, pour accéder à la magistrature suprême, une femme devait nécessairement ressembler à Angela Merkel, et elle s’appliquait à égaler la respectabilité rébarbative de la chancelière allemande, allant jusqu’à copier la coupe de ses tailleurs. Mais, en ce matin de mai, elle semblait avoir retrouvé une flamboyance, un élan révolutionnaire qui rappelaient les origines du mouvement. Le bruit courait depuis quelque temps que certains de ses discours étaient écrits par Renaud Camus - sous la surveillance de Florian Philippot. Je ne sais pas si ce bruit était fondé, mais elle avait en tout cas fait des progrès considérables. D’emblée, je fus frappé par le caractère républicain, et même franchement anticlérical, de son intervention. Dépassant la référence banale à Jules Ferry, elle remontait jusqu’à Condorcet, dont elle citait le mémorable discours de 1792 devant l’Assemblée législative, où il évoque ces Egyptiens, ces Indiens « chez qui l’esprit humain fit tant de progrès, et qui retombèrent dans l’abrutissement de la plus honteuse ignorance, au moment que la puissance religieuse s’empara du droit d’instruire les hommes ».

    « Je croyais qu’elle était catho... me fit remarquer Myriam.
    –- Je ne sais pas, mais son électorat ne l’est pas, jamais le Front national n’a réussi à percer chez les catholiques, ils sont trop solidaires et tiers-mondistes. Alors, elle s’adapte. »..."

    #Houellebecq


  • Le leader du mouvement islamophobe Pegida pose en Hitler. Renaud Camus, connu pour sa thèse sur « le grand remplacement » et condamné pour « provocation à la haine contre les musulmans et à la violence », lance le mouvement en France - Metronews/Rue 89

    http://www.metronews.fr/info/pegida-lutz-bachmann-le-leader-du-mouvement-islamophobe-pose-en-hitler/moau!eeY6GKq5i8HM

    http://rue89.nouvelobs.com/2015/01/19/renaud-camus-lance-pegida-france-recupere-lislamophobie-allemande-2


  • Renaud Camus lance Pegida en France et récupère l’islamophobie allemande - Rue89 - L’Obs
    http://rue89.nouvelobs.com/2015/01/19/renaud-camus-lance-pegida-france-recupere-lislamophobie-allemande-2

    Interdit par la préfecture de police, le rassemblement islamophobe n’a pas pu se tenir dimanche dernier place de la Bourse, à Paris (IIe). A la place, les organisateurs ont tenu une discrète conférence de presse, au cours de laquelle l’idéologue de cette mouvance d’extrême droite, Renaud Camus, a annoncé le lancement d’une section française de Pegida, mouvement allemand anti-islam.


  • Je ne suis pas à jour d’encyclique anti-libérale : Michéa a sorti un livre d’échanges épistolaires avec Jacques Julliard le mois dernier : La Gauche et le peuple. Apparemment on en a pas parlé sur Seenthis.

    Je mets donc ici plusieurs liens en rapport ce livre, que je n’ai pas forcément déjà lus ni écoutés.

    Un hommage de Michéa à Simon Leys, juste avant la sortie du livre, cet été :
    http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20140830.OBS7682/simon-leys-le-fleau-des-ideologues.html

    Sur l’Obs, toujours par Aude Lancelin :
    http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20140930.OBS0697/la-gauche-a-t-elle-trahi-le-peuple.html

    Recension du livre de Julliard sorti précédemment : Le choc Simone Weil (cc @koldobika)
    http://encyclopedie.homovivens.org/documents/le_choc_simone_weil

    Sur France Culture, les émissions en rapport avec le livre :
    http://www.franceculture.fr/oeuvre-la-gauche-et-le-peuple-de-jacques-julliard

    Et notamment par Finky (qui veut à tout pris caser l’identité, la crise de civilisation et même Renaud Camus, mais qui se fait rembarrer 3 fois de suite) :
    http://www.franceculture.fr/emission-repliques-qu-est-ce-que-la-gauche-2014-10-11
    http://rf.proxycast.org/947748997349515264/13397-11.10.2014-ITEMA_20678827-0.mp3

    Et sur Les Matins :
    http://www.franceculture.fr/emission-les-matins-la-gauche-a-t-elle-encore-un-avenir-2014-10-01
    http://rf.proxycast.org/946728724747788288/10075-01.10.2014-ITEMA_20675255-0.mp3


    http://www.dailymotion.com/video/x26zzuv_les-matins-la-gauche-a-t-elle-encore-un-avenir_news

    cc @aude_v pour la question du libéralisme
    #Michéa #Julliard #libéralisme #gauche #peuple #Progrès #dialogue #débat

    • Ah ben ils sont pas d’accord sur plein de sujets, ça c’est sûr (notamment sur l’obligation d’avoir des dirigeants, apparemment bourgeois d’après ce que je comprends de Julliard).

      Moi ça me fout les boules tous ces débats intéressants qu’il pourrait y avoir, même si on est pas d’accord sur plein de trucs (sur le genre je suppose notamment), toutes ces non-rencontres…

    • Hem. Etes vous vraiment sûrs qu’un « débat » pourrait être envisagé entre des simples mortels et des éditocrates ou des professionnels de la ponte annuelle de philosophie radicale (plus ou moins une ponte par an, pour le ponte Michéa - un peu en dessous de la production d’Onfray, certes) ?
      Corollaire : êtes vous vraiment sûr d’avoir du temps à perdre à écouter ces derniers s’écouter parler ensemble ?

      La simple idée de Julliard se faisant mousser sur quelqu’un comme Simone Weil m’écoeure.
      Julliard rime avec charognard, comme avec répugnant aussi.
      Michéa récupérant Simon Leys. Charognards.

      Ces mecs méritent des tartes à la crèmes. Mais avec quelques cactus dedans, histoire de dégonfler un moment leurs baudruches.

      Pis causer de « gauche » et de « peuple »... bref.
      Causer, tant que vous voulez. mais entre gens d’en bas. Entre précaires. Entre faibles de l’Ordre - celleux sur qui les Forces du même Ordre frappent si courageusement, celleux qu’on gère, qu’on gouverne, qu’on méprise à des degrés divers - histoire de pas oublier trop, de pas s’éloigner de tout ce que d’autres viennent fourrer et dissimuler sous ces mots.

      Histoire de voir ce qu’on devient lorsqu’on accepte d’endosser ce genre de paletot, et où et à quoi ça mène. Et de commencer de refuser de faire pour personne le valet-de-pied, le mannequin ou le portemanteau.

      (mais j’aime bien comme au fil des liens proposés on glisse de Michéa à Finkie et Camus. La pente médiatique et démocrate est glissante, et l’esprit de parti est un des noms que l’on donne communément à la perte de tout esprit.
      Simone et Simon ne méritent pas pareille compagnie.)

      #je_dis_ça_je_dis_rien

    • Bof, Simone et Simon ont échangé et ont eu pour compagnie des penseurs de droite/réac/cathos/ou autre, eux-mêmes. Donc on peut vouer n’importe qui au pilori comme ça.

      Quand Finky invoque Camus (R.), Michéa de son côté propose Vaneigem. On ne peut pas dire que ce soit vraiment la même culture.

      On peut critiquer des choses (et il y a plein de points sur lesquels je ne suis pas d’accord, et de questions que je pourrais lui poser aussi), sans pour autant tout amalgamer.

      Si on ne discutais QUE entre « gens d’en bas », on se priverait quand même du dialogue avec bon nombre de philosophies et de philosophes (y compris dans les études féministes, dont un bon nombre sont issues de gens ayant un très haut niveau universitaire et qui sont payé⋅e⋅s par l’État, et qui, on ne peut pas le nier, ont pu écrire dans de nombreux journaux mainstream aussi).

    • Comment dire. je n’ai pas le sentiment d’être privé d’accès à la pensée des philosophes et universitaires, encore moins de ne pas avoir connaissance du genre de bouillie confusionniste que servent à l’envi les plus médiatiques d’entre eux.

      Ellil est d’ailleurs des universitaires dont je tiens la pensée en très haute estime, et qui sont pour moi une véritable nourriture intellectuelle, je ne prétendrais pas le contraire. Mais ce ne sont pas les plus médiatiques, loin de là. Et entre se trouver de temps à autre exposé dans les médias mainstream - et faire preuve d’une véritable complaisance à leur endroit, voir plus - il me semble qu’il y a un gouffre.

      Aucun des vivants cités ici ne me semble proposer quoi que ce soit de digeste et de suffisamment exigeant envers soi-même pour mériter qu’on s’y attarde. Et il me semble bien peu opportun de souhaiter leur redonner encore la parole dans un « débat », quand ils sont édités et squattent déjà les médias : y compris beaucoup de presse militante, en panne de production originale.

      Il ne s’agit pas d’amalgamer. La rigueur comme la vigueur de la pensée d’un Vaneigem se sont tout de même sacrément émoussées depuis le bon vieux temps du Traité (je n’étais pas né alors), et le contenu le plus incisif de sa pensée du temps qu’il était situ, comme de celle des meilleurs de ses comparses, mérite sérieusement d’être réévaluée et critiquée.

      Des questions comme « La gauche a-t-elle trahi le peuple ? », par exemple, me paraissent d’un inintérêt vertigineux, tant les termes en lesquels elles sont formulées sont creux et ne touchent pas terre. (je pense pour ma part que « le peuple » est une catégorie de la pensée tellement fourre-tout, qui recouvre tant de disparités et de vécus, qu’elle voue ceux qui y ont recours à être trahis ou à se trahir eux-mêmes, par exemple ; tout comme est voué à la même déception l’électeur. Et que la « gauche politique » recouvre trouve justement les hommes et femmes d’Etat et autres agents du Pouvoir qui se trouvent en charge desdites « trahisons ».
      Que si l’on a l’ambition de faire avancer le schmilblick ne serait-ce que d’un angström, il faut partir du constat de ce que le terme « trahison » n’est en pareil domaine depuis longtemps plus approprié : ou qu’il est ici complètement dévoyé, son sens perverti lorsqu’on persiste à prétendre l’employer pour désigner quelque chose d’aussi prévisible et attendu que la déception des représentés. Si l’on veut exprimer réellement, honnêtement ce dont on prétend rendre compte, alors il faut recourir à d’autres termes.
      Qu’inversement, si l’on tient à continuer à penser et poser les questions en termes de gauche, de peuple et de trahison, alors l’on signifie assez clairement que l’on se refuse à hisser sa pensée politique ne serait-ce qu’au seul ras des pâquerettes. Ce qui caractérise assez sûrement tout ceux qui plastronnent dans les médias et qui font profession d’alimenter régulièrement la production littéraire

      Pis Simone Weil, je l’ai connu d’abord par la lecture d’un gars comme Boris Souvarine et des témoignages anarchistes sur la guerre d’Espagne. J’ai étoffé avec d’autres mauvais esprits assez peu mainstream, y compris un Bernanos, qui était un foutu catho, mais qui n’était pas tendre avec son propre camp. C’est un parcours qui en vaut d’autres, assurément, une telle personnalité pouvant s’aborder par bien des faces. Mais le problème est surtout de la compagnie dans laquelle on se trouve en le faisant. Il me semble que cela influence profondément la lecture que l’on va faire d’une oeuvre. Le « mode d’emploi » avec lequel on l’aborde n’est pas le même, pour dire les choses très grossièrement. On peut bien sur s’en affranchir, mais cela va demander ensuite beaucoup de temps.
      Tenez, c’est le même problème avec un type aussi sympathique et épatant que le curé Meslier, que tant découvrent depuis quelques années sous la plume du triste hédoniste Onfray.
      C’est l’époque et le reflux des luttes qui veulent ça, je ne jette la pierre à personne.
      Mais cela n’est pas sans incidence.

      Il ne s’agit pas tant de droite et de gauche que de compromission et de confusion dans leur pensée, de ce que l’on peut soi-même espérer en faire. Je causerais pas une seconde ni de Simone Weil ou de Vaneigem, ni même de la couleur de mes chaussettes ou de la froidure de la pluie avec des personnages aussi résolument antipathiques et complaisants avec ce que ce monde nous inflige que le sont des Michéa ou Julliard (bien qu’il y ait assurément matière à distinguer l’un de l’autre).
      Et je ne recommanderais à personne de le faire !

    • et à propos de Michéa qui me semble parfois forcer le trait en donnant une tonalité « vieux-jeu » à ses propos, qui ne dénonce pas la récupération de son discours par certains réacs, et qui laisse planer le flou quand il parle de common decency :
      http://seenthis.net/messages/156736#message225785
      http://seenthis.net/messages/221090#message222665
      http://seenthis.net/messages/225913#message225930
      http://seenthis.net/messages/263980#message264287

    • Je vais me répéter...

      Des questions comme « La gauche a-t-elle trahi le peuple ? », par exemple, me paraissent d’un inintérêt vertigineux, tant les termes en lesquels elles sont formulées sont creux et ne touchent pas terre. (je pense pour ma part que « le peuple » est une catégorie de la pensée tellement fourre-tout, qui recouvre tant de disparités et de vécus, qu’elle voue ceux qui y ont recours à être trahis ou à se trahir eux-mêmes, par exemple ; tout comme est voué à la même déception l’électeur. Et que la « gauche politique » recouvre trouve justement les hommes et femmes d’Etat et autres agents du Pouvoir qui se trouvent en charge desdites « trahisons ».
      Que si l’on a l’ambition de faire avancer le schmilblick ne serait-ce que d’un angström, il faut partir du constat de ce que le terme « trahison » n’est en pareil domaine depuis longtemps plus approprié : ou qu’il est ici complètement dévoyé, son sens perverti lorsqu’on persiste à prétendre l’employer pour désigner quelque chose d’aussi prévisible et attendu que la déception des représentés. Si l’on veut exprimer réellement, honnêtement ce dont on prétend rendre compte, alors il faut recourir à d’autres termes.
      Qu’inversement, si l’on tient à continuer à penser et poser les questions en termes de gauche, de peuple et de trahison, alors l’on signifie assez clairement que l’on se refuse à hisser sa pensée politique ne serait-ce qu’au seul ras des pâquerettes. Ce qui caractérise assez sûrement tout ceux qui plastronnent dans les médias et qui font profession d’alimenter régulièrement la production littéraire.


  • Et Zemmour devint Zemmour

    Catherine Barma a préparé des fiches. La grande prêtresse des samedis soir de France 2 a couché à la main des réponses aux questions qu’on ne manquera pas de lui poser sur Eric Zemmour. Eric Zemmour, ce journaliste du Figaro Magazine qu’elle a imposé, il y a huit ans, dans « On n’est pas couché », le grand show hebdomadaire de Laurent Ruquier. Eric Zemmour, l’auteur d’un Suicide français, best-seller qui a déjà dépassé les 100 000 exemplaires et talonne le Prix Nobel 2014, Patrick Modiano. Un chroniqueur de RTL et de i-Télé, qui peut écrire dans une grande maison d’édition et répéter partout que Jean-Marie Le Pen est « avant tout coupable d’anachronisme » en déclarant que les chambres à gaz étaient un« point de détail de l’histoire » (page 305), que les juifs français sont devenus « une caste d’intouchables » (page 263) et qui salue au passage la« talentueuse truculence désacralisatrice » du « comique » Dieudonné (page 383). Zemmour, cette nouvelle querelle nationale.

    « Eric, pour moi, c’est un intellectuel, lit consciencieusement Catherine Barma. Je ne suis pas d’accord avec lui sur tout, mais c’est un homme intelligent, qui a de l’humour. Un conservateur, pas un réac, non, un polémiste de droite, quelqu’un qui dit ce qu’il pense. Un nostalgique, que voulez-vous. Parfois je lui dis : “Mais Eric, tu veux vivre à l’époque des carrioles ?” Comme il a réponse à tout, il me répond : “Au moins, les carrioles, ça polluait pas.” » Et quand il adopte le vieux système de défense vichyste « du bouclier », pourtant balayé par l’histoire contemporaine, le rhabillant à sa sauce pour expliquer que « oui, Pétain a sauvé des juifs français », Catherine Barma baisse les yeux sur ses fiches : « Je n’ai pas lu Robert Paxton. D’une manière générale, dans un conflit, je suis toujours du côté des opprimés. »

    Bon personnage

    Pour diagnostiquer le phénomène Zemmour, il faut ausculter les élites françaises. Redoutable business woman, Catherine Barma est de celles-là. Son pouvoir est immense : un seul passage dans « On est pas couché » permet de lancer un film ou un livre. Fille du réalisateur vedette de l’ORTF Claude Barma, ex-fêtarde qui n’aimait pas l’école, elle préside aux notoriétés de l’époque et compose ses plateaux de télé comme le comptoir d’un bistrot. Elle sait combien le XXIe siècle aime les « gros clashs » qui font« le buzz » sur YouTube et ceux qui soupire qu’on-ne-peut-plus-rien-dire. Eric Naulleau, autre polémiste qui a mis son nom en bas d’un contrat d’édition en 2013 avec Alain Soral, un militant d’extrême droite aux obsessions antisémites, c’est sa trouvaille. Un samedi, devant « Salut les terriens » − une émission de Thierry Ardisson, un autre poulain –, elle devine aussi que le frêle garçon au grand front et au rire désarmant, venu parler de son ras-le-bol du pouvoir féminin, est un bon personnage.

    C’était en 2006. Zemmour avait déjà croqué Edouard Balladur (Immobile à grands pas) et Jacques Chirac (L’homme qui ne s’aimait pas), mais compris, finaud, qu’il lui fallait sortir de la simple biographie politique et mettre un peu de ses tripes sur les plateaux. L’auteur de Premier Sexe pleure la fin de l’homme, le vrai – une de ses obsessions avec l’immigration. Face à lui, Clémentine Autain, élue verte et féministe, hésite entre le rire et les larmes. « Aujourd’hui, c’est la réaction qui est subversive », assène Zemmour. Dans la tête de Catherine Barma, qui a abandonné le communisme familial, la phrase du journaliste du Fig Mag résonne comme un pitch et un « format » : Zemmour, c’est « M’sieur Eric qui-dit-la-vérité-et-vous-emmerde tous ». « Je ne suis pas Le Figaro, je suis Eric Zemmour, point », lâche aussi le journaliste ce même jour.

    « Juif berbère ».

    « Eric Zemmour, point » a alors 48 ans et beaucoup de souvenirs. Tous français. Ses parents, Roger et Lucette, vivent en « métropole » depuis six ans déjà lorsqu’il voit le jour à l’été 1958. Flair politique et hasards de la vie, ils ont quitté l’Algérie avec la première vague de rapatriés, passeport français en poche – le décret Crémieux, abrogé par Pétain et rétabli à la Libération, a redonné la nationalité française aux juifs d’Algérie. Une communauté « hyperpatriote », rappelle Zemmour. A Montreuil, comme à Drancy, puis enfin dans le 18e arrondissement de Paris, Mme Zemmour cuisine pour les fêtes des crêpes Suzette et s’essaie à la sauce hollandaise. Quand ses deux fils quittent la synagogue, elle chuchote : « Rangez vos calottes dans vos poches ! » Elle disait « qu’on était israëlites, sa manière à elle d’expliquer : français, de confession juive », raconte Zemmour.

    Pendant qu’Eric découpe Le Monde et classe les articles dans des pochettes, le père lit L’Aurore, le journal des pieds-noirs d’Algérie. L’Algérie… « La mauvaise conscience » de la France, comme « une plaie jamais cicatrisée », a écrit Eric Zemmour. Son refoulé à lui, aussi. Tant pis s’il déteste ces « psychanalyses de bazar » dont la presse – « de plus en plus féminine » – raffole. Comment renoncer à explorer complexes et schizophrénies de jeunesse quand elles conduisent tout droit à des névroses politiques ? Eric Zemmour est un juif arabe – lui préfère dire « juif berbère », une expression « qui permet de se distinguer de l’arabité mal vue », sourit Benjamin Stora, auteur de Trois exils. Juifs d’Algérie (Stock, 2006). Ses parents se sont mariés à Sétif, « petite ville du Constantinois où la population baignait dans une francité relativement paisible, contrairement à Oran. Zemmour veut dire olivier et se portait aussi bien dans les communautés juive et musulmane », raconte Stora.

    « On ne peut pas être algérien et français à la fois. Il faut choisir », répétait pourtant Eric, à l’été 2014, quand des drapeaux rouge, blanc et vert fleurissaient dans l’Hexagone autour de la Coupe de monde de football. « On ne peut pas avoir deux mères dans la vie », ajoutait-il, tenant peu ou prou le discours de cette petite fraction des juifs d’Algérie qui rejoignit l’OAS en 1962. Pour ses fils, Ginette Zemmour avait choisi des prénoms classiques, français-de-souche, diraient certains aujourd’hui. « A la synagogue, je suis Moïse, mais à l’état civil, je m’appelle Eric, Justin, Léon », dit Zemmour, qui n’a pas eu de mots assez durs pour Rachida Dati lorsque la ministre de Nicolas Sarkozy a nommé sa fille Zohra. « Le trajet des parents est essentiel chez Eric », raconte Philippe Martel, le directeur du cabinet de Marine Le Pen et l’un des intimes du journaliste. « Ses parents ont laissé leurs racines, abandonné leur mode de vie, décidé de s’assimiler », poursuit le cadre du FN – qui a relu, « pour le plaisir », Le Suicide français (Albin Michel, 544 p., 22,90 €) avant publication. « Lui estime que c’est ce que devraient faire les étrangers en France. » Qu’importent les contradictions du discours, qu’importe si le mot « pied-noir » n’apparaît qu’en 1962, pour désigner les exilés de la fin de la guerre : le 16 octobre, en meeting à Béziers, c’est cette étiquette que Zemmour choisit pour les désigner, lui et cet autre journaliste élu à la tête de la ville avec les soutiens frontistes, Robert Ménard.

    Le plus fragile

    La vérité, c’est que le père d’Eric Zemmour, un préparateur en pharmacie qui décide de racheter une compagnie d’ambulances, continue à parler arabe dans les bars de la rue Myrha. Qu’il ne tape pas seulement le carton à la Goutte-d’Or, mais court les casinos, où il se met à perdre beaucoup d’argent, au désespoir de son épouse diabétique. On imagine la suite. « La ceinture de mon père était toujours posée sur la table, confie Zemmour, mais c’est quand on affronte son père qu’on devient un homme. Aujourd’hui, les jeunes n’ont plus de père à tuer. » Sa mère encaisse, le protège, son Eric est le meilleur, le plus beau, même si les filles l’ignorent. Le plus fragile aussi, avec cette arthrite au genou qui… le dispense de service militaire après ses « trois jours ». « Elle l’adulait comme la mère d’Albert Camus son fils, raconte un de ses proches. Elle faisait le silence pour qu’Eric puisse réviser son bac, puis Sciences Po, dans la cuisine de la rue Doudeauville. »

    33 bis, rue Doudeauville. La nostalgie d’Eric Zemmour a une adresse, qui est aussi l’épicentre de son effroi. L’exacte place qu’occupe la rue Jean-Pierre Timbaud, qui court le 11e arrondissement de Paris, dans la géographie sentimentale d’Alain Finkielkraut. L’artère qui abritait l’atelier de maroquinerie du père du philosophe a fait place à des vitrines pleines de« burkas » et « des librairies islamistes », si bien que « Finkie » ne reconnait plus la rue où il a naguère grandi. « Pour éviter la polémique inutile », Finkielkraut avait préféré, dans un livre et dans un film, en rester à ce constat : « Effrayant. » Zemmour n’a pas ces prudences. « J’y suis retourné il n’y a pas longtemps. J’avais l’impression d’avoir changé de continent. Les trafics, les tissus, les coiffeurs afro, il n’y a plus un Blanc rue Doudeauville. Là, tu le vois, le “grand remplacement” ! », s’écrie-t-il, l’œil brillant, en citant sans complexe cette théorie identitaire de l’écrivain Renaud Camus – la disparition programmée du peuple blanc catholique au profit des musulmans – que même Marine Le Pen ne reprend pas à son compte. « Un grand Noir m’a reconnu et m’a dit : “Zemmour, t’es pas chez toi ici, va-t’en !” »

    « J’adore revenir »

    Il n’a pas attendu ce conseil. Zemmour a quitté Barbès bien avant d’épouser, à 32 ans, Mylène Chichportich, une juriste devenue avocate. Un mariage à la synagogue des Tournelles. Trois enfants. La famille est installée dans un vieil immeuble XIXe, à l’ombre de l’église Saint-Augustin dans le 8e, ce phare du catholicisme pour temps obscurs. Qui pourrait croire que cet homme, qui pratique mollement le shabbat, « pour les valeurs et la tradition », raconte Philippe Martel, partage son attachée de presse avec l’Opus Dei ? L’appartement d’Eric Zemmour est empli de livres, mais aussi de toiles de gentilhommes en pied et de tapisseries d’un autre âge. Un dédale de pièces dessiné « en 1840 », qu’il vante devant ses hôtes, comme si l’âge de cet immeuble préhaussmanien l’ancrait encore davantage dans ce Paris balzacien, capitale éternelle d’une France qu’il rêve barricadée, amidonnée et corsetée.
    Il ne s’en évade pas, d’ailleurs, ou si peu ! « Je l’ai croisé un jour dans un avion pour la Tunisie », raconte Jean-Philippe Moinet, son ancien collègue du Figaro passé par le Haut Conseil à l’intégration, qui le raille régulièrement dans La Revue civique, dont il est directeur. « Je lui ai dit : “J’adore partir !” Il m’a répondu : “J’adore revenir.”. » Du monde, Zemmour ne connaît que les hôtels de Washington et des capitales européennes qu’il fréquentait, il y a très longtemps, un passe autour du cou, avec ses collègues embedded. Les étés d’Eric Zemmour se déroulent toujours en France, dans le même hôtel de Provence, ses hivers au Club Med aux Antilles, un peu comme dans la chanson de Renaud. A cause de l’anglais qu’il parle mal, Zemmour fut d’ailleurs recalé à l’ENA. « Sa manière autiste, son côté célinien – la France en chaussons », s’amuse Franz-Olivier Giesbert, qui le repère dès ses premiers pas au Quotidien de Paris, chez l’ami Philippe Tesson.
    Après un détour par la pub, antichambre alimentaire des enfants de son siècle, comme les écrivains Frédéric Beigbeder ou Grégoire Delacourt, Zemmour a en effet choisi la presse écrite, où il veut travailler à l’ancienne : du style, des idées, avant l’information. Au Quotidien, Tesson se souvient d’un garçon cultivé mais « incroyablement individualiste et personnel ». Le titre sombre, hélas, alors que s’ouvre la campagne Balladur-Chirac, « la plus belle de la Ve », que Zemmour piaffe de chroniquer. InfoMatin lui ouvre ses portes. « Rousselet cherchait quelqu’un pour faire des éditos bien troussés et anti-balladuriens bien troussés, raconte Bruno Patino, alors directeur délégué du titre. Zemmour était un contempteur absolu de la bourgeoisie libérale. » Un solitaire qui sèche les AG et oublie les conf de rédaction et manque la photo de groupe du dernier numéro du quotidien, le 8 janvier 1996. FOG l’accueille aussitôt au Figaro, où Zemmour étoffe son carnet d’adresses : à ses déjeuners avec les caciques socialistes et gaullistes, durant lesquels il parle plus que ses convives, s’ajoutent les rendez-vous chez Jean-Marie Le Pen. Récompensant l’assiduité de son hôte, le chef du Front national lui offre le scoop de ses rencontres secrètes avec Jacques Chirac, lors de la présidentielle de 1988.
    Aux équipes des rédactions, Zemmour préfère les déjeuners de travail en tête-à-tête, rue de Lille ou dans les bistrots proches de l’Assemblée nationale. Le monde politique est devenu le sien. Il le tutoie, l’embrasse, applaudit bruyamment chaque bon mot de Philippe Séguin – son « grand homme » – devant ses confrères stupéfaits. Bien avant que ne s’annonce le nouveau traité constitutionnel européen, il navigue à son aise entre Charles Pasqua et Jean-Pierre Chevènement, tirant des bords entre les « républicains des deux rives » : au milieu des années 1990, il flirtait avec la Fondation Marc-Bloch, où quelques journalistes, comme Elisabeth Lévy, dénonçaient la « pensée unique » de l’intelligentsia française. Une petite bande souverainiste dont la trajectoire laisse rêveur. En 2002 (Zemmour vote pour Chevènement), ces « nationaux-républicains » commencent par dénoncer le front anti-Le Pen et l’antifascisme de salon qui fait descendre la jeunesse dans la rue. Puis décontaminent patiemment les idées du FN, quand ils ne rejoignent pas directement la formation d’extrême droite, comme l’ex-plume du « Che » Paul-Marie Coûteaux, et investissent les médias. « Je ne l’ai pas forcément théorisé au début, savoure Zemmour, mais oui, je fais de l’entrisme à la télé. J’y fais passer mes idées. »

    Voilà pourquoi la success story d’Eric Zemmour, ce nostalgique d’un monde d’avant Pathé et Marconi, s’écrit toujours sur petit écran. Un an avant que Catherine Barma ne le repère, le journaliste est invité sur un plateau avec Christine Boutin pour défendre le « non » au référendum européen de 2005. Face à lui, pour le « oui », François Hollande. Hollande, son ancien prof d’économie à Sciences Po : ce député drôle et bavard avec lequel il a partagé tant de pains au chocolat, le matin, au café de Flore. « Il avait déjà son scooter et ce même cynisme jovial que j’ai vu chez Chirac », raconte Zemmour. Cette fois, pourtant, le patron du PS fuit son regard et se dérobe durant tout le débat. « Pourquoi tu m’as évité comme ça ? », demande le journaliste après l’émission. « Parce que tu ne respectes pas les codes », répond Hollande. « On fait mine de s’en apercevoir maintenant, confie aujourd’hui le chef de l’Etat, mais ça fait bien longtemps que Zemmour n’est plus journaliste, ne suit plus une réunion, plus un déplacement. »Idéologue, acteur politique, qui sillonne désormais la France et l’Europe à son compte : « Avec mon livre, j’ai l’impression de faire plus de politique que la plupart des hommes politiques », avoue-t-il le 4 novembre aux sympathisants UMP exilés à Londres. Un pied dans le système, l’autre dehors.

    Revanche.

    Entrisme, encore ? Schizophrénie ? Pendant que le polémiste dénonce le conformisme et la bien-pensance des « technos », Eric Zemmour, le recalé de l’ENA 1980, est choisi pour faire passer le « grand O » à la promo 2006. Belle revanche ! Deux ans plus tard, il fête en grande pompe ses 50 ans avec le tout-Paris politique. Ce fan de l’Empire a loué pour l’occasion la Petite Malmaison. C’est entre des grenadiers en costume qu’il reçoit ses invités : Catherine Barma, évidemment, ses copains du Fig Mag, Henri Guaino, compagnon du « non » devenu conseiller de Nicolas Sarkozy, sa grande amie Isabelle Balkany, mais aussi les bons vieux copains de gauche, Jean-Luc Mélenchon et Jean-Christophe Cambadélis. « Eric s’était payé le château de Joséphine de Beauharnais !, raconte Paul-Marie Coûteaux. J’étais stupéfait. Le monde tournait autour de lui : ce soir-là, il a changé de visage à mes yeux. » La nuit tombée, on avait tiré le canon avant d’aller danser sur des vieux standards des Stones, la bande-son folklo d’une jeunesse évanouie. Mais pas seulement.
    Tubes, blockbusters, best-sellers, rien de ce qui appartient à la culture de masse n’est indifférent à Eric Zemmour : lorsque, dans son dernier livre, il revisite la Ve République, c’est à partir des charts et du box-office, cette mémoire populaire qui manque souvent aux élites. A l’instar des vieux routiers trotskistes lambertistes accourus à la Malmaison, il estime que la guerre se gagne sur le terrain des idées. « Gramsci est mon modèle »,clame le journaliste en citant le théoricien italien. « Comme Louis Pauwels au Fig Mag, comme Patrick Buisson sous le dernier quinquennat, Zemmour juge que le combat est d’abord culturel », analyse Alexis Corbière, secrétaire national du Parti de gauche. Pari gagné ? « Il y a une“zemmourisation” de la société française », a expliqué dans les micros Cambadélis, après avoir décortiqué, rue de Solférino, devant le bureau national du PS, le succès du Suicide français. « Je suis flatté », a choisi de répondre Zemmour par SMS.

    « Prendre les femmes sans les comprendre ».

    Son nom est devenu plus qu’une marque : un argument de vente. Fig Mag ou Valeurs actuelles, chaque couverture consacrée au polémiste maison, un protégé du nouveau patron du Figaro, Alexis Brézet (catholique traditionnel et chantre de l’union des droites), fait merveille. Qu’il est loin, le temps où les saillies de Zemmour lui faisaient craindre la porte, comme en 2010 ! A la télé, chez Ardisson, il venait de lâcher sa fameuse phrase : « Les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes. C’est un fait. » Et au montage, pour doper l’audience, la production choisit d’incruster deux mots en bas de l’écran : « Zemmour dérape. » Etienne Mougeotte, le prédécesseur de Brézet, convoque le chroniqueur pour « un entretien préalable à licenciement », avant de simplement réclamer copie de la lettre d’excuses que Zemmour a adressée à la Licra. En coulisses, Isabelle Balkany s’est agitée pour qu’on ménage son protégé. Des balcons de son immeuble, sur les Grands Boulevards, la rédaction a surtout découvert un spectacle hallucinant : sur le trottoir, devant le journal, des cris et des banderoles, « Touche pas à mon Zemmour » ou « Licra = Pravda », et des manifestants bien mis qui marquent une minute de silence « pour la liberté d’expression ». Cette fois, Zemmour a bel et bien échappé au Figaro.

    Plus rien ne l’arrête. Le 6 mars 2010, il affirme sur France Ô que les employeurs « ont le droit de refuser des Arabes ou des Noirs ». Il est à nouveau condamné un an plus tard. En mai 2014, le journaliste accuse sur RTL « des bandes de Tchétchènes, de Roms, de Kosovars, de Maghrébins, d’Africains » de « dévaliser, violenter ou dépouiller » la France. Le CSA le met « fermement en garde » ainsi que sa radio, RTL. Il continue pourtant à creuser le sillon de ses obsessions. Dans Le Figaro, il chronique Les Petits Blancs, d’Aymeric Patricot, un livre qui décrit « la misère sexuelle de [ces]jeunes prolétaires qui ne peuvent rivaliser avec la virilité ostentatoire de leurs concurrents noirs ou arabes ». Les étrangers qui nous prennent nos femmes ! Pour Patricot, c’est « la revanche symbolique de la colonisation ». Pour Zemmour, bien davantage encore : le signe de« l’antique attrait des femmes pour le mâle vainqueur, à l’instar de ces Françaises qui couchèrent pendant la seconde guerre mondiale avec des soldats allemands puis américains ». La version mainstream, en somme, des Années érotiques 1940-1945, de Patrick Buisson (Albin Michel, 2008), une histoire de la « collaboration horizontale », où les femmes n’ont pas souvent le beau rôle – comme dans les « essais » de Soral et de Zemmour.

    Il est de ceux (son dernier livre) qui « préfèrent prendre les femmes sans les comprendre plutôt que de les comprendre sans les prendre ». Eloge du machisme et exégèse de « l’ambiguïté du viol » chez Soral (son complice Dieudonné a choisi pour totem une quenelle), complexe de l’homme blanc chez Zemmour… Le sexe, en tout cas, obsède le trio – Soral, il y a quelques jours, se plaignait d’ailleurs sur son site de voir Zemmour s’intéresser « sept ou huit ans » après lui à ses sujets de prédilection – comme les femmes. En version soft, chez le journaliste du Fig Mag, ça donne : « Les hommes sont sommés de devenir des femmes comme les autres. Ils n’ont plus le droit de désirer. (…) Ils ne doivent plus qu’aimer. » En version hard, cela devient :« Seule la salope peut réveiller le désir fragile du mâle. » Zemmour a signé,en 2013, « Touche pas à ma pute ! », le manifeste des 343 « salauds » lancé par le mensuel Causeur d’Elisabeth Lévy.

    Promis, pas de psychologie. Zemmour a 56 ans. Malgré les longueurs de bassin et son jogging quotidien, il vieillit. Ne croit plus en rien, sauf en la médecine, pense que tout est foutu, sauf si advenait une guerre. Déjà, en 2010, il avait voulu appeler sa Mélancolie française « Le Chagrin français », mais son ami Bruno Larebière, ex-patron de Minute et ancien pilier du Bloc identitaire, lui avait fait changer son titre : « Ça fait pas trop Le Chagrin et la pitié ? » Son dernier ouvrage, Zemmour voulait le nommer « Cette France qu’on abat », mais Natacha Polony, autre chevènementiste révélée par la télé, autre déclinophile, lui a piqué l’idée. Et Renaud Camus déjà préempté le Suicide d’une nation.

    Ariane Chemin

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/11/08/et-zemmour-devint-zemmour_4520705_823448.html

    • C’est clairement un des facteurs qui a contribué à son succès (inviter un provocateur qui surfe sur le racisme ordinaire et l’aigreur ambiante pour faire de l’audience).
      Mais je vois aussi chez ce type un patriotisme déraciné, qui recherche son objet dans l’Etat plutôt que dans les #biens_communs, oubliés de longue date http://seenthis.net/messages/167677
      ce même État inhumain, brutal, bureaucratique, policier, légué par Richelieu à Louis XIV, par Louis XIV à la Convention, par la Convention à l’Empire, par l’Empire à la IIIe République. Et qu’on voit à l’oeuvre aujourd’hui dans la #surveillance généralisée et la #militarisation de la police http://seenthis.net/messages/285552

      L’État est une chose froide qui ne peut pas être aimée mais il tue et abolit tout ce qui pourrait l’être ; ainsi on est forcé de l’aimer, parce qu’il n’y a que lui. Tel est le supplice moral de nos contemporains.

      C’est peut-être la vraie cause de ce phénomène du chef qui a surgi partout et surprend tant de gens. Actuellement, dans tous les pays, dans toutes les causes, il y a un homme vers qui vont les fidélités à titre personnel. La nécessité d’embrasser le froid métallique de l’État a rendu les gens, par contraste, affamés d’aimer quelque chose qui soit fait de chair et de sang. Ce phénomène n’est pas près de prendre fin, et, si désastreuses qu’en aient été jusqu’ici les conséquences, il peut nous réserver encore des surprises très pénibles ; car l’art, bien connu à Hollywood, de fabriquer des vedettes avec n’importe quel matériel humain permet à n’importe qui de s’offrir à l’adoration des masses. à Hollywood comme à la trash TV moderne...


  • France : Robert Ménard aurait confié à Renaud Camus, condamné pour « provocation à la haine et à la violence contre les musulmans » et défenseur de la théorie du « grand remplacement » la rédaction d’un livre sur Béziers, dont il est maire - Le Monde

    http://www.lemonde.fr/politique/breve/2014/10/17/robert-menard-confie-a-renaud-camus-la-redaction-d-un-livre-sur-beziers_4508

    Camus, comme Ménard (ex-RSF) - et Eric Zemmour reçu par la municipalité hier -, est proche de l’extrême-droite
    http://www.lexpress.fr/actualite/societe/renaud-camus-condamne-pour-provocation-a-la-haine-contre-les-musulmans_1507


  • Alain Ruscio sur l’essayiste réactionnaire élu à l’Académie française et grand admirateur, entre autres, du nauséabond Renaud Camus.

    « Contribution à l’édition future des œuvres complètes d’Alain Finkielkraut » - Par Alain Ruscio

    http://www.regards.fr/web/contribution-a-l-edition-future,7658

    L’historien Alain Ruscio revient sur la carrière très médiatique du philosophe présumé, irréconciliable avec la France d’aujourd’hui. Une carrière jalonnée d’éclats qui font de lui le digne héritier de certains de ses devanciers de l’Académie française.

    Texte repris en partie de Alain Ruscio, Y a bon les Colonies ? La France sarkozyste face à l’histoire coloniale, à l’identité nationale et à l’immigration, Éd. Le Temps des Cerises, 2011.

    Je ne croyais pas que cela fût possible (toujours commencer par un imparfait du subjonctif, quand il s’agit de l’Académie française). J’étais naïf : cette France rance, ce pays qui marine dans l’affront national, est désormais capable de tout. Alain Finkielkraut va donc venir s’asseoir dans un des fauteuils qui recueillit les postérieurs du monarchiste Charles Maurras, condamné à la libération à la dégradation nationale, de Philippe Pétain, de Louis Bertrand, qui naguère voulait « former un seul bloc » des Européens d’Algérie et « les lancer contre l’ennemi commun, le musulman qu’on a eu la sottise de laisser vivre, alors qu’il fallait l’exterminer sans pitié » [1], du maréchal Juin, ennemi intransigeant de l’indépendance du Maroc, de Michel Debré, qui resta "Algérie française" au-delà du raisonnable (gaulliste)… Tiens, en lisant la liste des "ex", on apprend que Finkielkraut va occuper le fauteuil 21, détenu naguère par le duc d’Aumale, qui s’illustra par la prise de la smala d’Abd el Kader, où il y avait d’ailleurs plus de femmes et d’enfants que de farouches guerriers. La boucle (coloniale) est bouclée.

    #Finkilekraut #idées #racisme #colonialisme #culture #France


    • It is not just Mr. M’Bala M’Bala who has flourished in this atmosphere; other comedians trot out the most hackneyed racial clichés.

      The phenomenon cuts across social class. Take Alain Finkielkraut, a professor of philosophy at the elite École Polytechnique: He recently published “L’identité malheureuse,” a book bemoaning the dilution of an eternal France about to be defiled by swarthy barbarians threatening to plunge “European civilization” into a multicultural bouillabaisse. Among the objects of his disgust: “Halal butcher shops and fast food.”

      Mr. Finkielkraut’s sentiments echo those of Renaud Camus, a writer (not related to Albert Camus) who has denounced the “great replacement” of populations, which imposes on “the true rooted French” those who are not. Mr. Camus makes no secret of his admiration for Marine Le Pen, daughter of Jean-Marie and current leader of the National Front. Such ideas have even found resonance in the media, thanks to commentators like the political journalist Éric Zemmour, who laments the fate of the “white proletariat,” helpless before the “ostentatious virility of their black and Arab competitors seducing numerous young white women.”

      The worst came last fall with a campaign against France’s Roma people. The previous president, Nicolas Sarkozy, had already singled out this vulnerable population of 20,000 as a dangerous nuisance — despite the fact that the Roma constitute just 0.03 percent of the population. The interior minister, Mr. #Valls, has now called for their expulsion. Well might we wonder about the integrity of a politician who defends Jews from Dieudonné’s quenelle while deporting Gypsies.




  • La télé identitaire, la drôle d’agence de presse et le « soft power » russe | Droite(s) extrême(s)
    http://droites-extremes.blog.lemonde.fr/2013/01/29/la-tele-identitaire-la-drole-dagence-de-presse-et-le-s

    Une agence de presse au profil particulier

    Les personnalités d’extrême droite qui se sont associées depuis à ce projet sont, entre autres, Jean Yves Le Gallou (Club de l’Horloge, président de Polémia), les écrivains Jean Raspail et Renaud Camus, Robert Ménard (qui dirige aujourd’hui Boulevard Voltaire), Gérard Marin (ancien rédacteur en chef du Figaro), Roger Holeindre (ancien du FN), Paul-Marie Couteaux (1), Pierre Descaves (ex-OAS, ex FN), Michel Marmin (GRECE), Yvan BLOT (cofondateur du Club de l’Horloge).

    « Notre antenne » se targue d’avoir déjà une grille de programmes. Et un organigramme. Philippe Milliau jouera le directeur financier, Gilles Arnaud, le directeur d’antenne.


  • Le mariage « normal » a-t-il évité les infanticides et les incestes ?

    Hormis cet argument, et encore ce que je prédis a-t-il peut-être déjà eu lieu, il me semble que pas une seule des raisons avancées contre le mariage homosexuel ne tient debout. On dit : « Le mariage, c’est depuis toujours l’union d’un homme et d’une femme ; faisons une union civile avec les mêmes droits, mais ne l’appelons pas mariage. » C’est un peu comme si on disait : une maison, c’est un rez-de-chaussée avec deux étages. Faisons des habitations à trois étages, mais ne les appelons pas maison. Il faudrait demander aux linguistes ou aux académiciens ce qu’ils en pensent (en l’occurrence, Giscard a donné son avis), mais je crois que la définition des mots peut changer sans que le quai de Conti s’effondre sur lui-même.

    On brandit : « Le mariage en tant qu’union d’un homme et d’une femme tient la cité en équilibre depuis des siècles, cette loi va déstructurer la société, elle va déstabiliser les enfants ! » Comme si, parmi ces siècles, grâce à la vénérable institution, on avait évité les infanticides, les parricides, les incestes, les viols, les coups. Comme si la famille traditionnelle, justement, n’était pas le creuset des pires fantasmes, des huis clos les plus obscurs, comme si elle ne portait pas en elle, intrinsèquement, ainsi que l’écrit Renaud Camus, la « tristesse fondamentale d’exister ». Aujourd’hui, pédopsychiatres et dealers font fortune. Je crois qu’au point où en est la société et compte tenu de ce que nos enfants s’envoient dans le cornet dès l’âge de 13 ans, on ne tombera pas plus bas.

    http://www.lepoint.fr/invites-du-point/charles-consigny/pourquoi-j-ai-change-d-avis-sur-le-mariage-gay-11-01-2013-1612364_1449.php

    #mariage



  • Renaud Camus tombe le masque | La république des livres
    http://passouline.blog.lemonde.fr/2012/03/29/renaud-camus-tombe-le-masque/#xtor=RSS-32280322

    Le cas Camus n’a d’intérêt que parce qu’il montre comment la montée en puissance de Marine Le Pen a désinhibé un écrivain. Le plus accablant serait que, dans l’absence des intellectuels d’une campagne électorale où le débat d’idées est des plus médiocres, cela devienne l’affaire Camus.

    Bonus track : petit extrait de leur communiqué qui pue le caca moisi :

    Le parti de l’In-nocence déplore une fois de plus que soit à peine posée en cette échéance la question capitale pour la France du changement de peuple, ce qu’il appelle le Grand Remplacement, phénomène qu’il est convenu de n’aborder que du bout des lèvres, et en le réduisant au seul problème de l’immigration. Il juge qu’il lui est impossible, en ce moment décisif pour la patrie, de s’abstenir alors qu’il en va de la survie même de notre pays et de notre civilisation et que la situation est bien proche, même, de l’irréversible. Conscient de ses responsabilités politiques, et afin de contrer si c’est encore possible l’évolution mortifère en cours, il estime que son attitude doit être dictée par une seule considération, la volonté de résistance, telle que la désirent nombre de nos concitoyens, privés qu’ils sont de toute possibilité de dire ce qu’ils vivent, d’exprimer ce qu’il voient, de faire part de ce qu’ils subissent.

    La suite est là, pour ceux qui auraient le courage d’aller au bout : http://www.in-nocence.org/index.php?comrss=1151&retour=accueil