person:roland barthes

  • Les Poétiques du Refuge : déjouer la frontière 15 DÉC. 2018
    PAR DÉNÈTEM BLOG : LE BLOG DE DÉNÈTEM

    A l’occasion de la « Journée internationale des migrants » (fixée le 18 décembre par l’ONU), la Cimade et Montagne Accueil Solidarité vous invitent aux « Poétiques du refuge », une manifestation qui se déroulera les 18 et 19 décembre à Eymoutiers, sur le Plateau des mille vaches.

    « Vu l’importance du flux migratoire, de nombreux morts sont à déplorer dans les eaux de Mayotte » (plus de 15 000 morts depuis 1995, dans le bras de mer qui sépare l’île d’Anjouan du « Département français d’Outre-Mer » Mayotte), explique un présentateur TV. Mais un « flux migratoire » n’a pas de visage, il ne meurt pas, alors pourquoi devrais-je m’émouvoir ? Par l’abstraction de l’humain qu’il opère, l’emploi de ce type d’expression constitue le meilleur moyen de censurer nos émotions envers nos prochains. Les frontières ne se réduisent pas à des checkpoints, à des murs et barbelés, elles sont aussi instituées dans les esprits par un certain usage de la langue, par une « novlang » qui fait de l’exilé.e une simple donnée statistique, un envahisseur barbare, un raz de marée ou une vague d’épidémies. La violence s’exerce d’abord dans un certain ordre de la langue, dans des mots d’ordre. D’où la boutade de Roland Barthes qualifiant la langue de « fasciste ; car le fascisme, ce n’est pas d’empêcher de dire, c’est d’obliger à dire ». La poésie (l’action poétique en général) est justement le meilleur antidote contre la sclérose, la corruption, l’instrumentalisation du langage par l’ordre dominant : qualifier d’emblée des chercheurs d’asile de « clandestins » ce n’est pas seulement les criminaliser d’avance, c’est les maintenir dans l’ombre de nos vies pour mieux les assujettir (des secteurs entiers des économies contemporaines comme les services à la personnes, le BTP, les cultures maraîchères reposent sur leur exploitation voire leur esclavage). Face à la banalité du mal (des enfants en centre de rétention séparés de leurs parents, des réfugiés torturés voire tués après avoir été renvoyés dans leur pays, etc.) - la plus terrible des censures - il s’agit de retrouver la capacité poétique de s’étonner, il s’agit de retrouver le sens de l’intolérable. « Le malheur des hommes, nous dit Foucault, ne doit jamais être un reste muet de la politique. »[1] Témoigner de l’innommable, tel est le premier acte d’une résistance poétique.

    https://blogs.mediapart.fr/denetem/blog/151218/les-poetiques-du-refuge-dejouer-la-frontiere

    #migrants #refuge #abstraction #émotions #checkpoints #barbelés #langue #novlang #exilé.e.s #violence #instrumentalisation #langage #asile #clandestins #rétention #réfugiés #résistance #poétique


  • about:blankl’Algérie : Insoutenable !
    novembre 5, 2018, publié dans uncategorized
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    Le déplacement du président Bouteflika à El Alia jeudi dernier ( Capture d’écran)

    Emmitouflé dans un manteau noir, coiffé d’une toque d’astrakan, poussé sur un fauteuil roulant auquel il est attaché par une ceinture de sécurité, le président Bouteflika a fait le déplacement jeudi dernier à El Alia sous un ciel gris, pour se recueillir à la mémoire des chouhada, au Carré des martyrs.

    Le visage livide, les traits fatigués, les yeux hagards, comme en état d’hébétude, le chef de l’Etat paraissait extrêmement affaibli. Il semblait encore plus diminué que lors de ses dernières apparitions publiques.

    Une nouvelle fois, les images font peine à voir. Quand on regarde l’état du Président, tout rabougri, écrasé par l’immense gerbe de fleurs exposée devant lui, quand on voit sa difficulté à prononcer la Fatiha, à saluer la Garde républicaine, à serrer la main à la cohorte de personnages officiels alignés au bord du tapis rouge ou encore à embrasser l’emblème national déployé face à lui, on se dit : quel spectacle affligeant !

    Comme cela a dû être pénible pour lui, cette sortie officielle forcée juste pour faire croire qu’il conserve encore toutes ses forces, toutes ses chances de rempiler. Mais la vérité est là. Nue. Crue. Cruelle. Comme ces images. On voit bien qu’il est au bout du rouleau. Et il nous vient à l’esprit le mot « acharnement », celui de son entourage ou de ses démons qui lui infligent (et à nous aussi) pareille mascarade.

    Un massacre, une torture visuelle, ces images. Et on se demande pour la énième fois : mais qu’est-ce qui a pris son clan, ses proches, de lui faire subir un protocole aussi indigne ! N’aurait-il donc personne pour le conseiller, pour veiller sur lui ? Aurait-il réellement la main sur le sérail au point de prendre la route de Zéralda à Bab Ezzouar contre l’avis de ses médecins et de sa fratrie ?

    Car le résultat est juste cauchemardesque. Ici, nul besoin de sémiologie de l’image, nul besoin d’être Roland Barthes ou Jacques Séguéla pour conclure à un désastre en termes de com’. Un suicide visuel. Tout le contraire de cette tentative d’icône nationale que cultive désespérément le Président narcissique qui s’est longtemps rêvé en Mandela avant de terminer en Bourguiba en fin de règne, peu avant le coup d’Etat médical qui le renversa. On se dit que la dernière chose dont cette personne a besoin est de s’exhiber ainsi pour donner l’impression qu’il peut encore tenir les rênes de cet immense pays, quand la raison eût recommandé des soins intensifs en gériatrie et un accompagnement autrement plus humain, loin de la violence du mot « pouvoir ».

    On se prend presque de pitié pour ce vieux renard de la politique qui a sillonné 20 fois le monde, et qui se trouve aujourd’hui relégué au rang de vieux potentat fatigué, usé par les intrigues et vidé jusqu’à la dernière goutte par les luttes de pouvoir. Le pouvoir. Le vampire suprême. Nosferatu rongé par la maladie.

    Et nous vient le mot « insoutenable », auquel succède le mot « injuste », comme l’affront qui nous est fait par la voix de Ould Abbès qui prête à cet homme, à cet éctoplasme, l’intention de prolonger encore la torture de cinq ans. De nous accabler de cinq autres longues années de fiction présidentielle qui ne fait plus rire personne, qui ne passionne personne et ne sert même plus à entretenir l’illusion que c’est cela, ce fantôme, qui préserve l’Algérie du chaos et qui nous met à l’abri du scénario libyen. Oui, quel affront !

    Quelle insulte pour les chouhada ! Et quelle honte pour l’Algérie de Ben M’hidi ! Oser nous faire ça un 1er Novembre. Décidément, les démiurges qui tiennent le script de ce mauvais feuilleton n’ont aucun scrupule. Ils ne manquent pas seulement d’imagination, ils manquent surtout d’humanité. De dignité. C’est pénible. Pénible…

    Cela vient s’ajouter à tout le triste album du 4e mandat et ses milliers de clichés insupportables. Sans compter les détournements féroces, les moqueries du « Petit Journal » de Canal+ et maintenant « Quotidien » (du même Yann Barthès) sur TF1…Mais la palme revient à l’unanimité à ces mises en scène risibles, rivalisant de servilité et de ridicule, où l’on voit de hauts commis de l’Etat, des walis, des ministres, des notables se prosterner et multiplier courbettes et gestes d’allégeance devant un simple portrait à l’effigie du Président.

    On aura tout vu. Abdelaziz Bouteflika n’aura fait que nous infliger humiliation sur humiliation. Si par extraordinaire, il lira ce papier, si un bout de sa conscience fonctionne encore, nous lui adressons solennellement ce message : Monsieur le Président, si vous n’avez cure de votre propre image, de votre dignité, au moins faites-le pour l’Algérie.

    Briguez 100 mandats si vous voulez, restez sur le trône 1000 ans encore si cela peut contenter votre ego, mais de grâce, au moins épargnez-nous ce sinistre spectacle. Restez chez vous, ne sortez plus. Epargnez-nous la comédie d’une régence capable de remplir son rôle, quand tout concourt à donner de votre fonction l’image la plus dégradante et la plus vile. MUSTAPHA BENFODIL

    05 NOVEMBRE 2018 . https://www.elwatan.com/edition/actualite/les-images-de-bouteflika-et-limage-de-lalgerie-insoutenable-05-11-2018


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    Le déplacement du président Bouteflika à El Alia jeudi dernier ( Capture d’écran)

    Emmitouflé dans un manteau noir, coiffé d’une toque d’astrakan, poussé sur un fauteuil roulant auquel il est attaché par une ceinture de sécurité, le président Bouteflika a fait le déplacement jeudi dernier à El Alia sous un ciel gris, pour se recueillir à la mémoire des chouhada, au Carré des martyrs.

    Le visage livide, les traits fatigués, les yeux hagards, comme en état d’hébétude, le chef de l’Etat paraissait extrêmement affaibli. Il semblait encore plus diminué que lors de ses dernières apparitions publiques.

    Une nouvelle fois, les images font peine à voir. Quand on regarde l’état du Président, tout rabougri, écrasé par l’immense gerbe de fleurs exposée devant lui, quand on voit sa difficulté à prononcer la Fatiha, à saluer la Garde républicaine, à serrer la main à la cohorte de personnages officiels alignés au bord du tapis rouge ou encore à embrasser l’emblème national déployé face à lui, on se dit : quel spectacle affligeant !

    Comme cela a dû être pénible pour lui, cette sortie officielle forcée juste pour faire croire qu’il conserve encore toutes ses forces, toutes ses chances de rempiler. Mais la vérité est là. Nue. Crue. Cruelle. Comme ces images. On voit bien qu’il est au bout du rouleau. Et il nous vient à l’esprit le mot « acharnement », celui de son entourage ou de ses démons qui lui infligent (et à nous aussi) pareille mascarade.

    Un massacre, une torture visuelle, ces images. Et on se demande pour la énième fois : mais qu’est-ce qui a pris son clan, ses proches, de lui faire subir un protocole aussi indigne ! N’aurait-il donc personne pour le conseiller, pour veiller sur lui ? Aurait-il réellement la main sur le sérail au point de prendre la route de Zéralda à Bab Ezzouar contre l’avis de ses médecins et de sa fratrie ?

    Car le résultat est juste cauchemardesque. Ici, nul besoin de sémiologie de l’image, nul besoin d’être Roland Barthes ou Jacques Séguéla pour conclure à un désastre en termes de com’. Un suicide visuel. Tout le contraire de cette tentative d’icône nationale que cultive désespérément le Président narcissique qui s’est longtemps rêvé en Mandela avant de terminer en Bourguiba en fin de règne, peu avant le coup d’Etat médical qui le renversa. On se dit que la dernière chose dont cette personne a besoin est de s’exhiber ainsi pour donner l’impression qu’il peut encore tenir les rênes de cet immense pays, quand la raison eût recommandé des soins intensifs en gériatrie et un accompagnement autrement plus humain, loin de la violence du mot « pouvoir ».

    On se prend presque de pitié pour ce vieux renard de la politique qui a sillonné 20 fois le monde, et qui se trouve aujourd’hui relégué au rang de vieux potentat fatigué, usé par les intrigues et vidé jusqu’à la dernière goutte par les luttes de pouvoir. Le pouvoir. Le vampire suprême. Nosferatu rongé par la maladie.

    Et nous vient le mot « insoutenable », auquel succède le mot « injuste », comme l’affront qui nous est fait par la voix de Ould Abbès qui prête à cet homme, à cet éctoplasme, l’intention de prolonger encore la torture de cinq ans. De nous accabler de cinq autres longues années de fiction présidentielle qui ne fait plus rire personne, qui ne passionne personne et ne sert même plus à entretenir l’illusion que c’est cela, ce fantôme, qui préserve l’Algérie du chaos et qui nous met à l’abri du scénario libyen. Oui, quel affront !

    Quelle insulte pour les chouhada ! Et quelle honte pour l’Algérie de Ben M’hidi ! Oser nous faire ça un 1er Novembre. Décidément, les démiurges qui tiennent le script de ce mauvais feuilleton n’ont aucun scrupule. Ils ne manquent pas seulement d’imagination, ils manquent surtout d’humanité. De dignité. C’est pénible. Pénible…

    Cela vient s’ajouter à tout le triste album du 4e mandat et ses milliers de clichés insupportables. Sans compter les détournements féroces, les moqueries du « Petit Journal » de Canal+ et maintenant « Quotidien » (du même Yann Barthès) sur TF1…Mais la palme revient à l’unanimité à ces mises en scène risibles, rivalisant de servilité et de ridicule, où l’on voit de hauts commis de l’Etat, des walis, des ministres, des notables se prosterner et multiplier courbettes et gestes d’allégeance devant un simple portrait à l’effigie du Président.

    On aura tout vu. Abdelaziz Bouteflika n’aura fait que nous infliger humiliation sur humiliation. Si par extraordinaire, il lira ce papier, si un bout de sa conscience fonctionne encore, nous lui adressons solennellement ce message : Monsieur le Président, si vous n’avez cure de votre propre image, de votre dignité, au moins faites-le pour l’Algérie.

    Briguez 100 mandats si vous voulez, restez sur le trône 1000 ans encore si cela peut contenter votre ego, mais de grâce, au moins épargnez-nous ce sinistre spectacle. Restez chez vous, ne sortez plus. Epargnez-nous la comédie d’une régence capable de remplir son rôle, quand tout concourt à donner de votre fonction l’image la plus dégradante et la plus vile. MUSTAPHA BENFODIL

    05 NOVEMBRE 2018 . https://www.elwatan.com/edition/actualite/les-images-de-bouteflika-et-limage-de-lalgerie-insoutenable-05-11-2018


  • Roland Barthes et la profonde altérité russe (en 1956)
    http://www.dedefensa.org/article/roland-barthes-et-la-profonde-alterite-russe-en-1956

    Roland Barthes et la profonde altérité russe (en 1956)

    Les délires occidentaux en matière russe n’ont hélas rien de neuf. Relisons le début du journal de Dostoïevski :

    « Quand il s’agit de la Russie, une imbécillité enfantine s’empare de ces mêmes hommes qui ont inventé la poudre et su compter tant d’étoiles dans le ciel qu’ils croient vraiment pouvoir les toucher. »

    Dostoïevski ajoute que ces russes extra-terrestres « tiennent à la fois de l’Européen et du Barbare. On sait que notre peuple est assez ingénieux, mais qu’il manque de génie propre ; qu’il est très beau ; qu’il vit dans des cabanes de bois nommées isbas, mais que son développement intellectuel est retardé par les paralysantes gelées hivernales. »

    Le russe est resté l’être inférieur et l’automate qu’il était chez Custine (lisez mon texte sur (...)


  • La Convivialité (Théâtre/Conférence)
    https://www.laconvivialite.com

    Page d’accueil du site de la conf.

    L’#orthographe de la plupart des livres français est ridicule. (...) l’habitude seule peut en supporter l’incongruité. L’écriture est la peinture de la voix : plus elle est ressemblante, meilleure elle est.
     
    Voltaire, Dictionnaire Philosophique, 1771


    L’orthographe est plus qu’une mauvaise habitude, c’est une vanité
     
    Raymond Queneau, Batons, chiffres et lettres, 1950


    L’orthographe, divinité des sots.
     
    Stendhal, Lettres à Pauline, 1804


    Orthographe : Y croire comme aux mathématiques. N’est pas nécessaire quand on a du style.
     
    Gustave Flaubert, Dictionnaire des idées reçues, 1913


    Je crains bien que nous ne nous débarrassions jamais de Dieu, puisque nous croyons encore à la grammaire
     
    F. Nietzsche., Crépuscule des idoles, 1888
     

    Pour un historien de la langue, les accidents de l’orthographe française sont explicables : chacun a sa raison, analogique, étymologique ou fonctionnelle ; mais l’ensemble de ces raisons est déraisonnable, et, lorsque cette déraison est imposée, par voie d’éducation, à tout un peuple, elle devient coupable. Ce n’est pas le caractère arbitraire de notre orthographe qui est choquant, c’est que cet arbitraire soit légal.
     
    Roland Barthes, Le Monde de l’Education, 1976.

    #la_convivialité


  • Zola et le conditionnement des dames
    http://www.dedefensa.org/article/zola-et-le-conditionnement-des-dames

    Zola et le conditionnement des dames

    C’est Philippe Muray qui nous mettait en garde contre la pleurnicherie humanitaire. Car elle déclenche des guerres partout.

    L’expert en contrôle mental Lucien Cerise a consacré une maigre remarque sur le conditionnement des femmes par la presse féminine, la plus monstrueuse de toutes (une page migrante-humanitaire-pleurnicharde à droite, un sac Vuitton ou parfum Chanel à droite). Roland Barthes avait débouté déjà Marie-Claire et tous les torchons féminins dans ses célèbres Mythologies.

    Donc rien de nouveau sous le sommeil ; mais avec des monstresses humanitaires et guerrières comme May ou Merkel (guerre contre la Russie et invasion par le sud) au pouvoir il serait temps de se réveiller.

    J’ai déjà rappelé la fantastique phrase de Chesterton : dans le monde (...)


  • Je n’irai pas chez Enthoven | Le Club de Mediapart
    1 juin 2018 Par Jeanne Guien Blog : Le blog de Jeanne Guien

    Lettre ouverte à M. Raphaël Enthoven, suite à mon invitation à son émission Philosophie(s).
    https://blogs.mediapart.fr/jeanne-guien/blog/010618/je-nirai-pas-chez-enthoven

    Monsieur Enthoven,

    je vous écris pour annuler ma venue à votre émission Philosophie(s) sur Arte, dont le tournage devait avoir lieu ce jour.

    Invitée par votre équipe en mars dernier à y discuter de mon sujet de recherche, la réduction de la durée de vie des objets, j’avais accepté dans l’espoir d’y trouver un espace de dialogue philosophique authentique, de production rigoureuse et collaborative d’un savoir critique utile. La lecture et l’écoute de vos diverses productions m’ont cependant convaincue que cet espoir était vain.

    Ne connaissant pas, il y a trois mois, votre travail, j’ai en effet découvert depuis qu’il était malheureusement semblable à celui des quelques rares autres « philosophes » représentés dans les médias dominants : un déploiement précieux et allusif de culture légitime, mis au service de la reproduction à l’identique des préjugés sociaux et politiques les plus caricaturaux. Immaturité du mouvement étudiant, mysandrie des féministes, paresse des abstentionnistes, communautarisme des anti-racistes ou encore antisémitisme des antisionistes : il n’est pas un seul des partis pris les plus réducteurs et abêtissants de la droite décomplexée auquel vous ne vous empressiez d’apporter votre soutien, à grand renfort de raccourcis historiques, de coupes et pseudo-concessions à l’adversaire, de citations à l’emporte-pièce et d’invocations toutes faites à la démocratie et la liberté de pensée - qu’il est peu étonnant de voir conduire, infailliblement, au moralisme le plus vide. (...)


  • France, Where Age of Consent Is Up for Debate - The Atlantic
    https://www.theatlantic.com/international/archive/2018/03/frances-existential-crisis-over-sexual-harassment-laws/550700

    On April 24, 2017, a 28-year-old-man met an 11-year-old girl in a park in Montmagny, just north of Paris, after which, he took her home where he had oral and vaginal sex with her. When it was over, the girl called her mother and described what had happened, and her mother called the police. “She thought … that she didn’t have the right to protest, that it wouldn’t make any difference,” the mother told Mediapart, a French investigative site which first reported on the allegations of the case. The accusations were of an adult raping a child—a crime that, in France, can lead to a 20-year prison sentence for the perpetrator when the victim is 15 or younger.

    But it initially wasn’t charged that way. When the case first went to court in September, the man faced only charges of “sexual infraction,” a crime punishable with a maximum of five years in jail and a €75,000 fine. Under French law, a charge of rape requires “violence, coercion, threat, or surprise,” even if the victims are as young as the girl in the Montmagny case. When the case, initially postponed, went back to court in February, the man’s attorneys did not deny the sexual encounter but argued that the girl had been capable of consenting. “She was 11 years and 10 months old, so nearly 12 years old,” defense lawyer Marc Goudarzian said. Sandrine Parise-Heideiger, his fellow defense lawyer, added: “We are not dealing with a sexual predator on a poor little faultless goose.”

    Such a defense flies in the face of legal and cultural consensus in most Western nations, and much of the world. “With children there is inevitably coercion,” Ernestine Ronai, co-president of the gender-based violence commission at the government’s High Council for Equality between Women and Men, told me. “It is indefensible that a girl of 11 could be considered consenting with a 28-year-old man. This is shocking,” she added.

    Indeed, the judge did ultimately order that rape charges be filed, in what Carine Durrieu-Diebolt, the attorney for the girl and her family, called a “victory for victims.” The case has been postponed to allow for a more thorough investigation into the allegations. But in the meantime, it has also provoked an unprecedented backlash that has resulted in France considering a change to a longstanding, anomalous feature of its laws: Up to now, there has been no legal age of consent for sex.

    Under French law, “rape” is defined as “any act of sexual penetration, of whatever nature, committed on the person of another by violence, coercion, threat or surprise.” Yet unlike elsewhere, there is no presumption of coercion if a sexual minor is involved. Most other countries in Europe, including Spain, Belgium, Britain, Switzerland, Denmark and Austria, have a legal age of consent. Most of the age minimums range between 14 and 16 years of age. Fixing a specific age of consent means that children and adolescents below that age cannot, regardless of circumstances, be considered consenting to sex; their very age renders them incapable. As a result, an adult in most European nations who has sex with someone under this age would be charged with rape, even if violent force is not used.

    • Most other countries in Europe, including Spain, Belgium, Britain, Switzerland, Denmark and Austria, have a legal age of consent. Most of the age minimums range between 14 and 16 years of age. Fixing a specific age of consent means that children and adolescents below that age cannot, regardless of circumstances, be considered consenting to sex; their very age renders them incapable. As a result, an adult in most European nations who has sex with someone under this age would be charged with rape, even if violent force is not used.

    • After May 1968, French intellectuals would challenge the state’s authority to protect minors from sexual abuse. In one prominent example, on January 26, 1977, Le Monde, a French newspaper, published a petition signed by the era’s most prominent intellectuals—including Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Gilles Deleuze, Roland Barthes, Philippe Sollers, André Glucksmann and Louis Aragon—in defense of three men on trial for engaging in sexual acts with minors. “French law recognizes in 13- and 14-year-olds a capacity for discernment that it can judge and punish,” the petition stated, “But it rejects such a capacity when the child’s emotional and sexual life is concerned.” Furthermore, the signatories argued, children and adolescents have the right to a sexual life: “If a 13-year-old girl has the right to take the pill, what is it for?” It’s unclear what impact, if any, the petition had. The defendants were sentenced to five years in prison, but did not serve their full sentences.

      In 1979, Liberation published another petition, this time in support of Gérard R., a man on trial for having sex with girls between the ages of six and 12. It was signed by 63 people, many of them well-known intellectuals like Christiane Rochefort and Pascal Bruckner. It argued that the girls in question were “happy” with the situation. “The love of children is also the love of their bodies,” they wrote. “Desire and sexual games have their place in the relationship between children and adults. This is what Gérard R. thought and experienced with [the] girls … whose fulfillment proved to everyone, including their parents, the happiness they found with him.”

      What the endorsements from prominent French intellectuals suggested was that young children possessed a right to govern their own sexuality. Under this interpretation of liberté, young children were empowered to find happiness in sexual relationships; their ability to consent was a foregone conclusion. Any effort to suggest otherwise would be a condescension, a disrespect to them as fully realized human beings. In a radio interview in 1978, Michel Foucault said of sex with minors that assuming “that a child is incapable of explaining what happened and was incapable of giving his consent are two abuses that are intolerable, quite unacceptable.”

      “People have a hard time admitting they were colonized by the discourse of pedocriminals,” Salmona told me. France in the 1970s and 1980s, she said, was an “atrocious” era for children, an active time for a very unapologetic “pedocriminal lobby.”

      Yet it’s hard to know exactly how widespread the so-called pedocriminal lobby’s influence reached. On the one hand, as sociologist and criminologist Patrice Corriveau wrote in 2011, the number of sexual abuse cases involving children in France had been on the rise since 1972. By 1982, he found, sexual offenses against minors had increased by nearly 22 percent—meaning, it seemed as though the stigma against child sex abuse was encouraging victims to come forward. At the same time, while the number of reported cases was on the rise, convictions for homosexual acts with minors were decreasing. As Corriveau explained: “In France … sexual behaviors, homoerotic or not, dropped in importance on the level of judicial intervention as the sexual revolution took hold. In fact, morals offense represented only 0.54 percent of overall criminality in France in 1982.”

      #pedocriminalité #pedosexualité #pedophilie #viol #culture_du_viol #enfance #domination_adulte #domination_masculine #deni #cocorico #liberation_sexuelle #mai68


  • La plastification du monde serait irréversible

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/04/21/la-plastification-du-monde-serait-irreversible_5288716_3232.html

    Rapport d’étonnement. La matière artificielle qui enthousiasmait les années pop nous a entraînés dans une spirale de destruction naturelle. Dès 2050, les océans pourraient contenir plus de plastique que de poissons. Est-il encore temps de réagir ?

    La passion d’une époque peut devenir le drame de la suivante. Dans les années 1950, les industriels produisent en série de nouveaux objets légers et résistants, fabriqués avec une substance chimique facilement modelable : le plastique. Dans ses Mythologies (1957), Roland Barthes décrit l’enthousiasme pour cette « substance alchimique » bon marché, qui nous offre des meubles multicolores et des téléphones en bakélite, des cuisines en formica et des sacs souples imprimés. « Pour la première fois, écrit le philosophe, l’artifice vise au commun, non au rare (…). Le monde entier peut-être plastifié. »

    Données alarmantes

    Le monde artificiel que prédisait Barthes s’est réalisé : une étude américaine publiée dans Science Advances en juillet 2017 estime qu’entre 1950 et 2015, 8,3 milliards de tonnes de plastique ont été produites. Conséquence, les mers et les océans, grandes poubelles du monde, ont commencé à se plastifier. Le clip de la campagne « Plastic Ocean », lancée le 10 avril par l’ONG Sea ­Shepherd, nous le rappelle. Réalisé par l’agence de communication FF New York, le film montre des raies, des tortues, des dauphins et des requins étouffant dans des vagues de plastique scintillant : il est sur YouTube et il fait peur.

    Un panel de données alarmantes accompagne ces images. D’après le site Planétoscope, qui compile statistiques et données sur l’environnement, 6,5 à 8 millions de tonnes de déchets en plastique sont rejetées chaque année en mer. L’ONG Expéditions Méditerranée en danger, qui lutte contre cette pollution, estimait en 2010 que 250 milliards de microfragments flottaient au large des côtes françaises, italiennes et espagnoles. Le résultat est fatal : d’après Sea Shepherd, 36 % des espèces d’oiseaux de mer et 43 % des mammifères marins sont affectées par ces déchets – et pour longtemps : les polymères mettent mille ans à se dégrader entièrement.

    C’est au printemps 1997, quand son bateau a été pris au cœur d’un gigantesque vortex de débris de plastique dérivant dans le pacifique Nord, que l’océanographe Charles J. Moore a découvert « the great Pacific garbage patch », la grande plaque d’ordures du Pacifique. On estime que sa taille dépasse aujourd’hui de six fois celle de la France, elle est appelée « le septième continent ». Cinq de ces immenses gyres de détritus ont été identifiés dans les grands bassins océaniques terrestres.

    « Espèce invasive »

    A entendre le capitaine Alex Cornelissen, un des dirigeants de Sea Shepherd, nous connaissons aujourd’hui une évolution que n’avait pas prévue Charles Darwin : le plastique est devenu une nouvelle « espèce invasive », « en passe d’anéantir la faune océanique et de s’emparer de son habitat ». D’après un rapport publié en 2016 par la fondation de la navigatrice britannique ­Ellen MacArthur, si rien ne change, les océans pourraient contenir plus de plastique que de poissons dès 2050 : le ratio était de 1 tonne de plastique pour 5 tonnes de poisson en 2014, il sera de 1 pour 3 en 2025. Alors, la ­ « plastisphère » l’aura emporté sur la biosphère marine.

    Le plus dramatique est que, à ce jour, aucune initiative crédible n’émerge pour débarrasser les océans de ces vortex de plastique. D’après les responsables de l’ONG californienne Kaisei Project, qui s’est donné pour mission de les nettoyer et de restaurer l’écosystème océanique, « aucune solution n’est proposée actuellement pour résoudre le problème de l’enlèvement des débris marins flottants ». Le coût serait astronomique et il faudrait monter une coordination internationale, alors qu’aucun pays n’est prêt à s’engager.

    En attendant désespérément cette mobilisation, beaucoup d’écologistes pressent les industriels de passer au recyclage massif et au bio­plastique. Hélas, constate le Kaisei Project, « moins de 5 % des plastiques du monde sont recyclés ». Quant à produire des bioplastiques à partir de maïs ou de pommes de terre, cela soulève d’énormes difficultés. Il faut réquisitionner des terres pour la monoculture, utiliser de grandes quantités d’eau. Où les trouver ? Aujourd’hui, les bioplastiques représentent à peine 1 % des 235 millions de tonnes de plastique produites chaque année.

    L’effrayant clip de Sea Shepherd nous prévient : la matière artificielle qui enthousiasmait les années pop nous a entraînés dans une spirale de destruction naturelle irréversible – un des concepts majeurs au cœur du « principe de précaution » défini par la conférence de Rio sur la biodiversité de 1992 : « En cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures visant à prévenir la dégradation de l’environnement. » Aujourd’hui, hélas, les certitudes sur la plasti­sphère s’accumulent.


  • (13) L’auteur est mort, vive le collectif - Libération
    http://www.liberation.fr/debats/2017/11/29/l-auteur-est-mort-vive-le-collectif_1613416

    Jusqu’à quand faut-il remonter pour trouver l’origine de l’écriture collective ? Comme toujours à la nuit des temps. La Bible ? Combien d’auteurs ? Mystère. Homère est-il un compilateur de talent ? Un pseudo collectif ? Ou un géant de la pensée ? Mystère encore. On dira que l’Encyclopédie dirigée par Diderot comptait plus de 200 collaborateurs et que l’on n’a rien inventé. Soit, mais les 127 000 contributeurs de Wikipédia France recensés en novembre posent la question de la disparition de l’auteur né avec Beaumarchais quand on découvrait la propriété intellectuelle, et remise en cause par Mallarmé qui évoquait en 1893 une « exquise crise » de la littérature voulant faire passer l’auteur derrière ses mots.

    En 1967, Roland Barthes allait plus loin en proclamant « la mort de l’auteur ». Deux ans plus tard, Michel Foucault trouvait les mots justes dans un texte présenté en février 1969 devant la Société française de philosophie : « Qu’est-ce qu’un auteur ? ». Il y promettait l’avènement d’une culture dans laquelle « tous les discours se dérouleraient dans l’anonymat du murmure ». Nous y sommes. Même quand un nom occupe la couverture, il cache bien souvent une armée de contributeurs aussi anonymes que réels. L’éditeur a besoin d’une tête d’affiche, Patrick Boucheron pour Histoire mondiale de la France ou l’économiste Thomas Piketty, qui ne manque pas une occasion de rappeler que le Capital au XXIe siècle n’a rien d’une aventure solitaire. Le collectif mène-t-il à l’extinction du travail solitaire ?

    #SHS #Ecriture_collaborative #Edition


  • The French Origins of “You Will Not Replace Us”
    The European thinkers behind the white-nationalist rallying cry.

    https://www.newyorker.com/magazine/2017/12/04/the-french-origins-of-you-will-not-replace-us

    he Château de Plieux, a fortified castle on a hilltop in the Gascony region of southwestern France, overlooks rolling fields speckled with copses and farmhouses. A tricolor flag snaps above the worn beige stone. The northwest tower, which was built in the fourteenth century, offers an ideal position from which to survey invading hordes. Inside the château’s cavernous second-story study, at a desk heavy with books, the seventy-one-year-old owner of the property, Renaud Camus, sits at an iMac and tweets dire warnings about Europe’s demographic doom.
    On the sweltering June afternoon that I visited the castle, Camus—no relation to Albert—wore a tan summer suit and a tie. Several painted self-portraits hung in the study, multiplying his blue-eyed gaze. Camus has spent most of his career as a critic, novelist, diarist, and travel essayist. The only one of his hundred or so books to be translated into English, “Tricks” (1979), announces itself as “a sexual odyssey—man-to-man,” and includes a foreword by Roland Barthes. The book describes polyglot assignations from Milan to the Bronx. Allen Ginsberg said of it, “Camus’s world is completely that of a new urban homosexual; at ease in half a dozen countries.”
    In recent years, though, Camus’s name has been associated less with erotica than with a single poignant phrase, le grand remplacement. In 2012, he made this the title of an alarmist book. Native “white” Europeans, he argues, are being reverse-colonized by black and brown immigrants, who are flooding the Continent in what amounts to an extinction-level event. “The great replacement is very simple,” he has said. “You have one people, and in the space of a generation you have a different people.” The specific identity of the replacement population, he suggests, is of less importance than the act of replacement itself. “Individuals, yes, can join a people, integrate with it, assimilate to it,” he writes in the book. “But peoples, civilizations, religions—and especially when these religions are themselves civilizations, types of society, almost States—cannot and cannot even want to . . . blend into other peoples, other civilizations.”


  • Colonial Postcards and Women as Props for War-Making | The New Yorker

    https://www.newyorker.com/books/second-read/colonial-postcards-and-women-as-props-for-war-making?mbid=social_twitter

    When French colonial armies arrived in Algeria in the early twentieth century, they were accompanied by photographers. France had occupied Algeria since 1830—the occupation would last until 1962—and these photographers wanted to take pictures of Algerian women as they’d imagined them: lounging in harems, smoking hookahs, trapped in the prison of their own homes, topless, sexually available. But when they reached the country, they encountered women whose bodies could not be seen. Veiled from head to toe, with only their eyes visible, Algerian women were inaccessible to the photographers’ gaze.
    The photographers were undeterred. They hired models, often from the margins of society, and paid them to pose and to wear costumes. In their studios, the photographers used props and backdrops to create bedroom interiors, decorated spaces with hookahs and coffee pots and rugs to look like harems, and placed bars on windows to produce a sense of imprisonment. If Algerian women would not take off their veils voluntarily, the photographers would pay them to do so.
    These staged photographs, which became picture postcards, are the subject of “The Colonial Harem,” by Malek Alloula, an Algerian poet and literary critic who died, in 2015, as an exile in Paris. The book, which is dedicated to Roland Barthes, was first published, in French, in 1981; it was translated into English by Myrna and Wlad Godzich five years later. Though the photographs that Alloula examines in the book were staged, they were captioned as if they documented life in Algeria. For example, a photograph of two women viewed through a barred window is labelled “Moorish women at home.” Three separate images of a single woman, in the same outfit, are captioned as if she were three different women, from three different places: “Young Bedouin Woman,” “Young Woman from the South,” “Young Kabyl Woman.” A woman shown in a jewelled and tasselled headpiece, her elaborate dress opened to show her breasts, is captioned “Moorish Woman in Housedress.” The images reveal not Algerian women but the colonial photographer’s fantasies about them. They are an illusion.

    #Algérie #colonisation #femmes


  • Tous ces livres
    Dont je retiens
    Si peu

    Le matin, je regarde la lune finissante
    Et je pense à mes amis musulmans
    Je leur dis : tenez-bon, courage !

    Au moins 126 personnes
    Disparaissent
    Au large de la Libye

    Tes enfants
    Sont

    Tu laisses
    Filer
    Tes rêves

    Rage de dent
    Contre
    Rage d’elle

    Pendant la première heure
    L’ open space est désert
    Le paradis sur terre existe

    Tout en haut
    De la liste des choses à faire :
    Faire une liste des choses à faire

    Le petit rire nerveux
    De Pacôme Thiellement
    Après sa propre blague sexiste

    Des quinquagénaires (et des septuagénaires)
    Restent scotchés aux longs solos de gratte
    De Zappa sur France Culture : quelle misère !

    Dans ta besace
    A côté des préservatifs
    Le livre de Jean-Luc Nancy

    Hier soir, épuisé
    Tu as à peine lu deux pages
    De Barthes sur Twombly

    Cy Twombly
    Les magnifiques lettres de titraille
    Sur la couverture du catalogue

    Jean-Luc Nancy
    Cy Twombly
    Beauté de la lettre y

    Tant d’enchantement !
    Et huit heures
    De placardisation par jour

    Tant d’enchantement !
    Tant de beauté !
    Et une rage de dent

    Tu t’absentes (tu es placardisé)
    Tu vas écrire au café
    Tu croises Hélène Gaudy !

    Avec Hélène
    Tout de suite de plain-pied
    Avec ce qui compte

    Nouvel article laudatif
    On ne peut donc pas déprimer
    Tranquillement, sans cesse dérangé

    Dans le métropolitain
    Un très bel homme en tongues
    Transporte deux berimbaus

    Hey Roland (Kirk),
    On ne peut pas jouer
    De deux berimbaus à la fois

    Un acte manqué réussi ?
    Ton psychanalyste a omis
    D’annuler ton rendez-vous

    Tu téléphones à ton psy devant sa porte
    Tu l’imagines de l’autre côté de cette porte
    Qui ne s’ouvre pas, il est en province, il s’excuse

    Tu arrives chez ton psychanalyste
    Ton rendez-vous est annulé
    Que faire de toutes ces paroles prêtes ?

    Suite au rendez-vous annulé chez ton psy
    Tu te fais l’effet d’un amant éconduit
    Tu peines à mentalement débander

    Retour dans l’ open space
    À l’heure où tu devrais
    Être en analyse

    Créez des œuvres d’arts
    Grâce aux brosses d’Edvard Munch
    Disponibles gratuitement


    Le soir en faisant mon lit
    Je retrouve dans les bras
    Cy Twombly de Roland Barthes

    J’ai donc passé la nuit
    Avec deux hommes exceptionnels
    Roland Barthes et Cy Twombly

    On ne dort pas
    Si bien que cela
    En compagnie de deux morts

    Nina Hoss, dans Retour à Montauk
    Une actrice merveilleuse,
    Egarée dans un film médiocre

    Tes poèmes
    Sont-ils secs
    Quand tu les mets en ligne ?

    Acte manqué du psychanalyste ?
    Rage de dent
    Bientôt la fin du ramadan

    #mon_oiseau_bleu



  • The CIA Reads French Theory: On the Intellectual Labor of Dismantling the Cultural Left
    http://thephilosophicalsalon.com/the-cia-reads-french-theory-on-the-intellectual-labor-of-dism

    For in an intriguing research paper written in 1985, and recently released with minor redactions through the Freedom of Information Act, the CIA reveals that its operatives have been studying the complex, international trend-setting French theory affiliated with the names of Michel Foucault, Jacques Lacan and Roland Barthes.

    The image of American spies gathering in Parisian cafés to assiduously study and compare notes on the high priests of the French intelligentsia might shock those who presume this group of intellectuals to be luminaries whose otherworldly sophistication could never be caught in such a vulgar dragnet, or who assume them to be, on the contrary, charlatan peddlers of incomprehensible rhetoric with little or no impact on the real world. However, it should come as no surprise to those familiar with the CIA’s longstanding and ongoing investment in a global cultural war, including support for its most avant-garde forms, which has been well documented by researchers like Frances Stonor Saunders, Giles Scott-Smith, Hugh Wilford (and I have made my own contribution in Radical History & the Politics of Art).

    Le document de la CIA en question:
    https://www.cia.gov/library/readingroom/docs/CIA-RDP86S00588R000300380001-5.PDF


  • http://www.desordre.net/invites/daniel_van_de_velde/mots-sculptures/sculptures/images/avalanche.htm

    http://www.desordre.net/invites/daniel_van_de_velde/panoptique.htm

    J – 78 : Après une belle journée au cours de laquelle nous sommes allés visiter l’exposition de Cy Twombly, non sans un crochet par l’exposition des sculptures de Jean-Luc Moulène et quel plaisir d’échanger avec Daniel à propos de l’extraordinaire complexité de cette oeuvre et de ses questionnements, et aussi une visite de l’atelier de Constantin Brancusi, le plaisir tremblant de Daniel à cette visite, nous sommes revenus à la maison et lestés par tout ceci, toute cette richesse, lestés aussi, pense sans doute Daniel, par une soupe chinoise abondante, nous sommes decendus dans le garage pour tenter de donner quelques formes numériques aux poèmes visuels de Daniel. Plaisir de dédramatiser l’absence de complexité de telles pratiques pour lui, plaisir de le voir comprendre quelques-unes des logiques de canalisation du hasard et plaisir à son étonnement au lancement de certains scripts, ou encore à sa compréhension intuitive du plaisir que je peux trouver à produire une manière de receuil des recueils.

    Comme je lui dis dans le garage, tu ne seras pas venu pour rien.

    De fait, Daniel repart lesté de quelques livres, le catalogue de l’exposition de Carl André que j’ai tant de plaisir à lui offrir, mais aussi le petit livre de Roland Barthes à propos de Cy Twombly qu’il a découvert sur ma table de chevet et puis aussi, le lendemain après-midi, remis à la gare avant qu’il ne reparte, un roman de gare comme je le lui dis, un des premiers exemplaires d’Une Fuite en Egypte (et que de fait il va dévorer dans le train, le connaissant il n’en fera qu’une bouchée, ce qui m’est confirmé par un mèl envoyé à 4H06, lecture faite donc).

    Ces prochains temps, je pense que je vais essayer d’explorer quelques nouvelles formes numériques de poésie visuelle, quel grand plaisir que de se mettre pareillement au service d’un si grand poète et d’un si grand ami. D’ailleurs le lendemain soir même, je vois bien comment cette session de travail dans le garage un dimanche soir a de nombreuses répercussions dans mon esprit au point que cela me permet de sortir des ornières qui étaient les miennes ces denriers temps dans mon travail de construction du site de Sarah. Et ne serait-ce que pour bâtir une sorte d’arrière plan mouvant pour une de ses pages, je compose ce début de poème visuel avec l’aide toujours précieuse du Catalogue de la Manufacture d’armes et de Cylces de Saint-Etienne (catalogue de vente par correspondance sans lequel en matière de graphisme je ne saurais pas faire grande chose sans doute).

    http://www.desordre.net/invites/sarah_cillaire/accessoires/manuf/avalanche.htm

    #qui_ca


  • http://www.desordre.net/bloc/ursula/2017/sons/agnel_minton.mp3

    J – 90 : C’est souvent que je pense et repense au livre de Peter Handke, Essai sur la journée réussie , qui pour moi aura longtemps été une manière de modus vivendi, peut-être pas autant que Mon Année dans la baie de personne , mais malgré tout une référence. J’aime, par-dessus tout, cette idée qu’il faut réussir sa journée. Que c’est une manière d’œuvre. Qu’il faut pour cela déployer les mêmes moyens que ceux que l’on met en branle qui pour un texte réussi, qui pour une sculpture réussie, qui pour une image réussie, qui pour une musique réussie et dans cette forme très singulière de la réussite que l’on soit son seul juge impartial. J’ai même essayé il y a un an, quand j’avais réarrangé ma chambre après le funeste été 2015 et son invasion de punaises de lit, de laisser le livre un peu en évidence, comme je le fais d’autres livres dont j’aime bien soit la couverture en elle-même, c’est par exemple le cas de la Perte de l’image de Peter Handke avec sa photographie d’Arnaud Class, effet de décoration un peu stupide dans mon cas puisque je dispose de l’originale, je sais c’est idiot, ou encore Breakdows d’Art Spiegelman, Les Américains de Robert Frank, Mon Année dans la baie de personne de Peter Handke, naturellement le Temps retrouvé de Marcel Proust, on ne se refait pas, mais aussi Les Saisons de Maurice Pons, La Chambre claire de Roland Barthes et en fait toutes sortes d’objets aussi, parmi lesquels, en plus des œuvres au mur, une immense tête de lièvre en céramique de Martin, et des ailerons de requins dont quelques-uns en céramique, les autres en pâte à modeler et j’espérais que la simple vue du titre de ce livre en me levant agirait chaque fois comme une admonestation à une telle réussite et tout ce que cela demandais finalement d’effort.

    Mais comme l’explique si clairement Peter Handke, c’est souvent le hasard qui réussit la journée pour nous, et ce n’est pas juste une manière d’enchainements heureux, de dispositions des petits astres de notre journée selon des alignements prometteurs qui est la traduction du hasard, je pense qu’au contraire il s’agit d’une disposition d’esprit, quelque chose qui aurait à voir avec notre capacité d’accueil de la nouveauté. Là c’est moi qui extrapole, Handke est plus engagé dans des enjeux littéraires notamment des ingrédients de la journée réussie.

    Par exemple, cela fait quelques temps que j’ai décidé de me moquer éperdument du jour de la semaine, non pas l’ignorer mais décider une mauvaise fois pour toutes qu’il n’y avait pas de journées noires parce qu’elles étaient mangées par le travail en open space ou encore qu’il pouvait se produire que je ne fasse pas grand-chose d’un samedi ou d’un dimanche au cours desquels j’étais seul et sans enfants à la maison et que si cela me chantait d’écouter de la musique ou de bouquiner tout du long du week-end en buvant des hectolitres de café, be it. Il importait en revanche que je sois accueillant de ce qui viendrait qu’un lundi matin en arrivant au travail, au lieu d’être morose de me réjouir d’une joie simple d’être parvenu à me garer dans la dernière place du parking, dans le troisième sous-sol tout au fond, sans manœuvre et en roue libre tout du long. Que cela en soi était une réussite exemplaire, de noter que j’y étais parvenu en écoutant les Variations Golberg de Bach, et du coup de me connecter un peu plus vaillant que d’autres fois à mon poste de travail, après tout pourquoi pas ? en soi ce n’était pas plus idiot comme désir d’une émancipation minuscule que cet autre chantier que je conduisais par ailleurs, à savoir tout ignorer de la campagne électorale en cours, désormais certain que ce qui serait présenté comme des faits immenses seraient en fait des taupinières et qu’au contraire rien de ce qui importe ne serait abordé, juste par acquis de conscience, rassurez-moi, est-ce que le moindre des candidats à cette mascarade aborde quotidiennement le sujet des réfugiés ou encore celui de la politique carcérale ou encore de l’évasion fiscale ou bien encore de la part de la dette odieuse qui écrase els fiances publiques ? non sans doute pas. Je fais donc bien de continuer à ignorer toutes ces gesticulations et à poursuivre mes petites expériences d’émancipation minuscule.

    Et à défaut de réussir toute la journée aujourd’hui, je pense que j’aurais au moins réussi ma pause méridienne, j’ai aimé, comme chaque midi arriver dans les tout premiers et bénéficier de ce fait d »un réfectoire encore calme et non saturé par la brouhaha de discussions qui toutes ne me font pas plaisir pour le peu que j’en capte, j’ai aimé mon filet de poisson et ses carottes bicolores, j’ai aimé la salade de cœurs d’artichaut et la part d’ananas, j’ai aimé ressortir de la cantine au moment même où cette dernière allait bientôt être saturée par le vacarme collectif, j’ai aimé le tour du pâté de maison que j’ai fait, en prenant quelques photographies à l’aide du téléphone de poche offert par Clémence pour mon anniversaire, j’ai aimé m’arrêter au Bistro du Marché pour prendre un café au comptoir, j’ai aimé tomber par hasard — c’est à cet endroit précis que le hasard a frappé avec grâce — lire cet article du journal Libération qui trainait sur le comptoir et que je n’ai pas eu à ouvrir puisque l’article que j’ai lu était le portrait en dernière page de Cédric Herrou, je n’ai pas aimé la photographie mise en scène de ce portrait, l’article lui était plus neutre et meilleur, mais j’ai aimé cette petite lecture le temps d’avaler mon café, j’ai aimé boucler le tour du pâté de maison en photographiant mes premières affiches détournées de cette campagne électorale, c’est idiot mais je ne demande pas de plus grande récréation visuelle que celle de quelques affiches arrachées t les formes qu’elles produisent par hasard à la manière des travaux de Raymond Hains et Jacques Villeglé. J’ai aimé échanger quelques messages textuels avec Madeleine qui m’informe qu’elle n’a pas trop mal réussi son épreuve de bac blanc d’histoire géo, non sans redouter un hors sujet, j’ai ironisé avec elle sur le faut que l’on ne pouvait pas être hors sujet en histoire que l’histoire n’avait ni de début ni de fin, cela nous a bien fait rire.

    Et je suis remonté au travail, prendre note de tout cela. J’ai un peu réfléchi à la question du repas de ce soir, je pense que je vais faire une quiche et je me suis fait toute une joie d’aller au concert ce soir aux Instants écouter Phil Minton, qui plus est en duo avec Sophie Agnel.

    Après tout ce n’était peut-être pas que la pause méridienne qui était réussie.

    #qui_ca


  • J – 99 : Chouette dimanche avec les enfants, nous déjeunons chez Julien et M., j’avais prévenu les enfants qu’on mangeait toujours très bien chez eux que ce soit M. ou Julien qui cuisinaient, nous sommes gâtés M. a fait une merveilleuse soupe de Hash , soupe traditionnelle iranienne, et Julien un somptueux plat de poissons au four souligné de basilic, de fine tranches de cheddar et d’un hachis d’ail et d’olives noires, accompagné de pommes de terre au fous mêlées avec du de fenouil, et des tomates. Nathan et moi donnons une nouvelle vie à l’échiquier de la mère de Julien, qui, de fait, avait un peu pris la poussière, nous faisons deux très belles parties, comme d’habitude si je résiste aux coups de boutoir de Nathan en ouverture, je passe mieux le milieu de partie et obtient parfois de belles combinaisons, mais je remarque que Nathan a gagné en sang-froid et peut laisser sa reine en prise pendant qu’il joue des coups forçant contre mon roi. Ma toute première tarte tatin est un succès, je juge que la pâte est un peu sèche, mais l’alliage sucré entre les poires et le caramel est une réussite.

    En fin d’après-midi nous rendons une visite surprise à mes parents qui reviennent tout juste du Nord où ils ont enterré Mon Oncle Jean — le soir même sur internet je serai surpris de trouver mention de ce décès dans la Voix du Nord — les filles sautent sur ma mère pour un faire une partie de Monopoly avec le jeu de Lille, on est parfois obligés de corriger leur prononciation fautive de certains noms de rue, Wazemmes pas Vazemmes, pendant ce temps-là mon père et moi nous nous relayons pour soutenir les assauts de Nathan sur l’échiquier de mon Grand-Père Oscar, qui lui n’aura jamais vraiment connu la poussière. Le réfrigérateur de mes parents partis en hâte dans le nord est vide aussi ma mère propose d’aller chercher des pizza, ce qui est très bien accueilli par les enfants.

    Nous rentrons le soir, traversons le bois de Boulogne, je laisse Madeleine prendre le pouvoir sur l’autoradio, elle est assez gentille pour se concentrer sur le rap américain dans son répertoire de lecteur de fichier audio compressés, je crois que l’on appelle cela des mp3, que je tolère nettement mieux que leurs contreparties françaises pour lesquelles je manque cruellement de patience.

    Nous sommes tous assez fatigués finalement, douches et son se couche. Je reprends la lecture du Cy Twombly de Roland Barthes — lu une première fois il y a très longtemps, je venais de rentrer aux Arts Déco, je découvrais à la fois Cy Twombly, avec passion, et Roland Barthes dont je venais de lire La chambre claire. Ce soir je suis ébloui par la puissance de cette réflexion. Et je souris à l’idée que cet après-midi j’ai vu ce petit livre sur le bureau de Julien qui doit le lire en ce moment même.

    #qui_ca


  • Comment l’empire US plagie l’empire romain
    http://www.dedefensa.org/article/comment-lempire-us-plagie-lempire-romain

    Comment l’empire US plagie l’empire romain

    L’empire américain procède et progresse par la pratique du signe : dollar, films, fastfood, musique, mode, constructions, supermarchés, télé, feuilletons, ce qu’on voudra. Pour reprendre l’expression de Roland Barthes l’Amérique est un empire des signes. Les Mythologies de Barthes avaient d’ailleurs comme par hasard une cible américaine, du chewing-gum à la conquête spatiale en passant par l’anticommunisme ou la sempiternelle et hypomaniaque rage antirusse.

    Les mêmes signes qui ont servi ici à anéantir les nationalités qui venaient d’Europe composer cet empire servent à anéantir les nationalités outremer, à mettre fin à l’histoire et sa diversité, et ce où que ce soit, à coups d’experts et de banquiers, d’humanitaires ou de tueurs-saboteurs.

    L’empire américain se (...)


  • J’ai bien l’intention d’en faire une chronique, mais contrairement à ce que pense @reka, cela ne me vient pas aussi facilement que cela et peut-être que, dans cet intervalle de temps, avant que la chronique n’arrive sur seenthis , certaines personnes parmi vous pourraient avoir l’occasion de la voir et puis ensuite plus, mais voilà l’exposition de Cy Twombly à Beaubourg en ce moment est un absolu enchantement. Et ce n’est pas @touti qui va vous dire le contraire.

    Petit bémol pour ce qui est de la sculpture, ou même de la photographie, qui sont toutes les deux sous représentées, en dépit de la très grande richesse de l’oeuvre de cet artiste dans ces deux domaines, mais pour ce qui est de l’oeuvre peinte, c’est à peine croyable cette exposition.

    Courrez-y. Vite. Si vous pouvez.

    • Edwin Parker Twombly Jr., dit Cy Twombly (1928 – 2011), est un peintre, un dessinateur, un sculpteur et un photographe américain, que l’on peut difficilement rattacher à un mouvement quel qu’il soit.

      Franchement, je ne vois pas très bien la difficulté à inclure Twombly à l’expressionisme abstrait américain, à hauteur égale presque de Jackson Pollock.

      Il séjourne en 1952-1953 au Black Mountain College, haut-lieu d’échanges et de rencontres intellectuelles de l’avant-garde new-yorkaise en Caroline du Nord, où il se lie avec De Kooning, Franz Kline, et Robert Motherwell. Il fait avec eux l’expérience de l’Action Painting, et découvre un automatisme qui lui convient assez, mais il y rencontre aussi Ben Shahn, le poète Charles Olson, le musicien John Cage, ainsi que le danseur et chorégraphe Merce Cunningham.

      Sacrée promotion ! Je me demande même s’il s’est déjà produit une fois dans l’histoire de l’art, une telle réunion de talents en devenir. Je n’arrive même pas à imaginer un équivalent pour une autre époque, même l’atelier de Frédéric Bazille (http://www.desordre.net/accessoires/peinture/bazille/atelier_bazille.htm ), c’est rien à côté, Charbier n’étant pas l’équivalent de Cage, loin s’en faut.

      Sur ses dernières années, des fleurs apparurent dans certaines de ses œuvres. Cy Twombly a aussi réalisé tardivement 148 sculptures dont seules quelques-unes furent tirées en bronze.

      Pas sûr que le tirage en bronze était la destinée de ce travail de sculpture qui justement s’exprime par la pauvreté des matériaux et la peinture et ces quelques traces de couleur qui disparaitraient entièrement dans le bronze. il n’est pas impossible d’ailleurs que le travail de sculpteur de Twombly découvert tardivement, et celui de photographe, encore plus tarridvement n’aient eu à empatir, l’un et l’autre, d’une certain déconsidération du fait de la pauvreté des matériaux, ce qui en dit long sur la compétence d’une certaine critique.

      Le musée du Louvre lui a passé commande d’un plafond de 400m2 qui orne, depuis 2010, la salle des bronzes grecs. D’un bleu Giotto, il porte en sept cartouches le nom des plus célèbres sculpteurs de l’Antiquité grecque : Céphisodote, Lysippe, Myron, Phidias, Polyclète, Praxitèle, Scopas.

      Mais pourquoi on ne me dit jamais rien à moi ? Tiens je sens que je vais aller au Louvre samedi après-midi, avant mon traditionnel sandwich au jambon, avec des cornichons puisque c’est Noël, du 24 au soir.

      donc pédagogique, dans sa chronologie comme dans son respect des séries auxquelles Cy Twombly était particulièrement attaché.

      C’est la tès grande force de cet accrochage à Beaubourg, il donne merveilleusement à lire l’évolution de l’oeuvre, sa progression, sa liberté invraisemable, dès les premières années de jeunesse, et ensuite, la recherche, toujours la recherche jusqu’à des formes admirables de dépouillement.

      Il ne rencontra pas toujours le succès auprès de ses contemporains... Twombly se heurtera même à l’incompréhension et au rejet brutal du public, notamment pour ses 9 tableaux réalisés en référence à l’empereur romain Commode. Leurs empâtements venaient sous le règne du minimalisme.

      C’est extrêmement relatif, Twombly n’aurait jamais pu se plaindre du manque de reconnaissance, et cela dès le tout début de sa carrière. Il a até très tôt collectionné de par le Monde et n’a jamais eu de difficultés à vivre de sa peinture à laquelle il était entièrement dévolu.

      Et sinon quel drôle d’article qui, pas une fois, ne mentionne la notion de geste du peintre qui est absolument centrale dans l’oeuvre de Twombly (c’est d’ailleurs une chose incroyablement émouvante devant de nombreuses de ses peintures, d’être en mesure de le voir faire presque, ses avancées, ses remords, ses retours en arrière, puis ses fulgurances parmi lesquelles, parfois un seul signe, une seule tâche, un seul geste qui font tenir l’ensemble), ni même les dimensions des oeuvres dans ce qu’elles engagent du coprs du peintre, bref c’est à croire que l’auteur de cet article n’a jamais entendu parler d’expressionisme abstrait américain et n’a jamais lu une ligne de clement Greenberg.

      @reka, il te sortirait son tag de #journalisme, en moins de deux à la lecture d’un tel article.

    • @odilon Oui, je sais, mes colères sont souvent prévisibles, je devrais y réfléchir.

      En revanche c’est toujours étonnant pour moi de lire des articles de ce genre, c’est tellement scolaire, un peu à la mesure des sorties du même nom au cours desquelles j’antends parfois dans les musées des explications professorales dans lesquelles les rappels biographiques ou contextuels mangent toute l’explication aux scolaires, passant entièrement à côté de ce qui fait la beauté d’une oeuvre et qui ne s’atteint, à mon sens, qu’au travers d’une certaine contemplativité, un état d’esprit, une mise en condition.

      Réfléchissant aux termes de ma future chronique de cette exposition, je m’aperçois par exemple que je ne dispose de presque aucun reprère biographique à propos de Cy Twombly et que je ne suis pas sûr de connaître ne serait-ce qu’un seul titre d’oeuvre. Et pourtant il me semble qu’à certains endroits, c’est du moins le sentiment que j’ai eue lors de ma première visite de l’exposition, que j’ai une connaissance intime de certains tableaux, de certaines sculptures ou même de certaines photographies, en grande partie parce que je me suis planté devant certains tableaux pendant assez de temps pour que cela advienne.

      Ce type d’articles, je me demande quelle en est la fonction finalement, quel genre de rapports à l’oeuvre cela, peut créer pour un lecteur qui deveindrait un visiteur sur la seule foi de cet article ?

      Je commence à entrevoir ce que @reka recouvre sous son tag, une manière d’ironie libératrice un peu à la manière du tag #socialistes de @fil.

    • Ah mais c’est précisément pour cette raison que j’ai mis le lien vers l’article alors qu’au départ, après un rapide survol, je ne voulais mettre que les dates de l’expo. Mais finalement, je l’ai mis pour te titiller. C’est en effet toujours avec une approche scolaire voire administrative que sont présentées les expos alors qu’on devrait parler d’émotions, de beautés, de ressentis, d’engagement, que sais-je encore. Mais je ne m’attarde pas, j’ai un billet sur le feu que je veux terminer cette semaine et l’accouchement est difficile.


  • http://www.desordre.net/bloc/ursula/2017/sons/coltrane_blue_train.mp3

    J-148 : Je me demande si je n’ai pas fini par obtenir la preuve ultime de la malhonnêteté des maisons de disques qui pendant des années nous ont vendu leurs galettes au prix de l’or ou du platine, non pas d’ailleurs que j’avais besoin d’une telle preuve pour savoir cette profession unanimement voleuse.

    http://www.desordre.net/bloc/ursula/2017/sons/coltrane_good_bait.mp3

    Good bait avec Red Garland

    Le vendredi soir, en sortant du travail, c’est souvent que je vais à la librairie, je m’y achète un livre ou deux, de quoi étancher ma soif de lectures pour le week-end, et bien souvent également, je m’achète un vieux vinyle pour ce plaisir de le faire tourner tout le week-end, en général ce sont des rééditions, de très bonne qualité, de Blue note , des grands classiques de la fin des années 50, début des années 60, parfois ce sont des disques que j’ai enregistrés sur cassette au siècle dernier et que je retrouve avec plaisir, d’autres fois ce sont des disques que je ne connais pas encore, du Wayne Shorter d’avant la rencontre avec Miles et bien avant Weather Report , du Dexter Gordon, tel disque de Herbie Hancock avec un thème à tout casser - Watermelon man - en premier morceau de la première face, et naturellement c’est mon plaisir du samedi matin, je remets un peu d’ordre dans la maison, j’enchaîne les cafés, je bouquine pendant que la galette tourne et retourne.

    http://www.desordre.net/bloc/ursula/2017/sons/coltrane_countdown.mp3

    Countdown de John Coltrane avec un Cedar Walton un peu dépassé par son soliste

    Depuis quelques temps mon libraire se désespère de ne plus pouvoir me procurer ces galettes, apparemment le catalogue de Harmonia Mundi est indisponible pour des questions judiciaires auxquelles je n’ai pas compris grand-chose, cela fait plusieurs mois que le libraire me dit que cela va revenir, force est de constater que les galettes ne reviennent pas, le bac est vide, littéralement.

    http://www.desordre.net/bloc/ursula/2017/sons/coltrane_oleo.mp3

    Oleo , John Coltrane au ténor, Ray Draper au tuba qui dépote

    Du coup j’ai jeté un œil nonchalant, et pas très motivé, sur les CD, sauf que les CD, j’ai fait serment de n’en plus acheter qu’à la sortie des concerts notamment aux Instants Chavirés , parce que c’est un excellent moyen de découvrir de nouvelles choses, d’extrapoler dans des directions que l’on a appréciées en concert, sans compter que c’est presque comme de les acheter directement aux musiciens, d’ailleurs c’est que j’ai fait récemment en échangeant avec Axel Dörner et lui achetant deux de ces disques - et c’est littéralement dans les mains de ce trompettiste de génie que j’ai remis les vingt euros pour les deux disques, là on se dit qu’il n’y a pas tromperie, c’est direct du petit producteur au consommateur, si vous me passez l’expression -, un de ces deux disques d’Axel Dörner est une merveille, parmi les plus beaux de ma discothèque.

    http://www.desordre.net/bloc/ursula/2017/sons/coltrane_wabash.mp3

    Wabash , Julian Cannonball Adderley et John Coltrane, Wabash, du nom d’une rue de Chicago où se trouvait un magasin de produits photo ( Central camera ), où j’ai acheté des kilomètres carrés de papier photo le vendeur était un sosie de Cannonball et cela le faisait rire que moi, blanc, je le sache.

    Des CD j’en ai acheté beaucoup, il y a une vingtaine d’années. En mai 1995, à la suite d’un pari idiot, mais à l’enjeu diabolique, avec mon père — mon père s’appelle Guy — j’ai arrêté de fumer. A l’époque je fumais un peu plus d’un paquet par jour. Cela a été une libération. J’avais fini par accepter de jouer et de parier avec mon père un dimanche soir où j’avais perdu deux heures, peut-être même plus, en écumant les rues de Paris pour trouver des cigarettes, j’avais trouvé la chose humiliante, rabaissant, j’avais soif d’émancipation, même si je ne savais pas très bien ce que cela voulait dire, j’ai décidé de jouer, d’accepter de perdre et aussi d’arrêter de fumer. Les débuts ont été pénibles. De cela je me souviens très bien - un ami tromboniste pourrait témoigner d’un séjour cévenol au cours duquel j’étais particulièrement à cran. Ce dont je me souviens aussi, c’est de m’être rendu compte, à l’époque chaque franc comptait, que ne fumant plus, je faisais chaque mois de très substantielles économies, il semble me souvenir qu’alors je gagnais 6500 francs mensuels nets et qu’une moitié de cette somme était mangée par le loyer et qu’à ce compte-là j’avais bien du mal à acheter du papier et des produits photographiques, je fabriquais moi-même les produits, mais films — en rouleau de trente mlètres qu’il fallait emmbobiner soit même, là aussi pour faire des économies — et papier, surtout le baryté, coûtaient une blinde. À l’époque j’empruntais compulsivement livres et CD à la médiathèque, j’ai dû lire la moitié de ce que la médiathèque comptait de livres du nouveau roman et emprunter et enregistrer, sur cassettes, un bon quart de leurs CD de jazz, nettement moins de classique, le classique c’est venu plus tard. Telle était mon économie, on ne plus tendue, à l’époque.

    http://www.desordre.net/bloc/ursula/2017/sons/coltrane_billies_bounce.mp3

    Billie’s bounce , Red Garland avec John Coltrane.

    Par curiosité j’ai calculé que j’étais en train d’économiser 500 francs, presque, tous les mois, en ne fumant plus, ce qui équivalait, à l’époque - Chirac venait d’être élu après trente ans de gesticulations et simagrées pour être khalife à la place du khalife -, peu ou prou, au prix de cinq CD : j’ai décidé que désormais, puisque toutes ces années j’étais parvenu à trouver 500 francs par mois pour les brûler et m’intoxiquer de la fumée, chaque jour de paye, une fois par mois donc, j’irai chez le disquaire où je m’achèterais cinq disques, je sortais du magasin chaque fois en m’exclamant, pour moi-même, ils ne m’ont rien coûté. De cette manière j’ai constitué une bonne moitié de ma discothèque, l’autre moitié est venue à partir du moment, paradoxalement, où j’ai prêté serment de ne plus jamais acheter de disques puisque les majors avaient, semble-t-il, gagné leur patient et dégoûtant travail de lobbying et obtenu dans un premier temps la LEN, la loi sur l’économie numérique, et dans une deuxième temps la loi HADOPI, peigne-culs, cela n’a pas freiné mon appétence au téléchargement, au contraire, bien au contraire.

    http://www.desordre.net/bloc/ursula/2017/sons/coltrane_things_aint_what_they_used_to_be.mp3

    Things ain’t what they used to be , John Coltrane et Paul Quinichette aux ténors, Frank Wess à la flute, et quelle ! et Cadar Walton qui a repris son souffle depuis Giant Steps and Countdown

    Par curiosité je regarde les bacs de CDS et j’avise un petit coffret d’une quinzaine de disques, des débuts de John Coltrane quand il était encore, essentiellement, un sideman de musiciens désormais moins connus que lui, mais qui, à l’époque, fin des années, étaient, par rapport au jeune Coltrane, des étoiles, Paul Quinichette, Tadd Dameron, Red Garland, Cannonball Adderley, dans les quinze disques que renferme ce petit coffret, je dois en avoir quatre ou cinq de ces disques, notamment celui avec Adderley, une merveille, et là où je m’attendais que ce petit coffret soit vendu, au bas mot, à une centaine d’euros, ce que j’aurais trouvé naturellement dégoutant, pas du tout, dix-neuf euros. Soit un euro vingt-six cents le disque.

    http://www.desordre.net/bloc/ursula/2017/sons/coltrane_cattin.mp3

    Cattin’ , John Coltrane et Paul Quinichette aux ténors

    A ce prix-là, le jazz afficionado que je suis ne fait pas la fine bouche, et donc les quinze disques de Coltrane ont chaleureusement accompagné mon week-end, parmi lesquels j’ai eu le bonheur de retrouver Blue Train , une merveille, la chair de poule, dès le début, cette exposition du thème ampoulée mais magistrale, en pensée, j’ai revu mon appartement de l’avenue Daumesnil les soirées avec mon ami Pascal à se passer du Coltrane jusqu’au bout de la nuit en buvant du whisky - on commençait menu menu avec Blue Train , puis la période avec Miles, Kind of blue et ensuite Giant Steps , la période Atlantic et enfin la face nord avec la période Impulse ! de A Love Supreme à Ascension -, le disque avec Adderley donc, toujours émouvant - Adderley devait être un type bien, un type sympa, il devait exactement savoir que le jeune Coltrane allait bientôt tirer dans une toute autre catégorie que la sienne, du coup, c’est souvent qu’il laisse le premier solo au ténor, ce n’est évidemment pas Miles qui aurait fait cela -, mais aussi des trucs plus improbables, une collection de morceaux avec du tuba dedans et donc son association avec le ténor du jeune Coltrane, oui, je sais je suis en train de vous parler de mon train électrique dans le grenier, bref des morceaux que je connais et d’autres, l’essentiel de ces quinze disques, que je n’ai jamais entendus Dave !

    http://www.desordre.net/bloc/ursula/2017/sons/coltrane_mating_call.mp3

    Mating call , John Coltrane et Tadd Dameron

    N’empêche, à la fin de cet excellent week-end de musique et de cafés, sans compter un brin de lecture, notamment Littoral de Bertrand Belin, Je Paye d’Emmanuel Addely que j’ai enfin fini et le début de la Guerre du Cameroun (voir si, des fois, je en parviendrais pas à ressusciter la Petite fille qui sautait sur les genoux de Celine ), je me pose cette question : combien d’étagères aurais-je dû construire dans ma maison si les CDs avaient été à ce prix très raisonnable de 1,26 euros, lequel prix doit encore permettre à ces putains de maisons de disques de faire un peu de bénéfice, sinon, pensez s’il vous vendrez de tels petits coffrets ?

    http://www.desordre.net/bloc/ursula/2017/sons/coltrane_eclypso.mp3

    Eclypso , John Coltrane et toutes sortes de chats

    Ces gens-là nous ont volés, pendant des années, des lustres, des décennies. Ils ont continué de nous vendre des CD au prix des vinyles qui eux, apparemment, coûtaient nettement plus cher à fabriquer. Et ce sont les mêmes, vingt ans plus tard, qui ont ensuite œuvré dans les salons de l’Assemblée pour nous empêcher de partager ce que nous aimions tellement écouter ensemble jusqu’au bout de la nuit, en buvant un peu de whisky. Peigne-culs.

    http://www.desordre.net/bloc/ursula/2017/sons/coltrane_tenor_conclave.mp3

    Tenor Conclave , John Coltrane avec Hank Mobley et Zoot Sims aux ténors, ça envoie un pue du bois quand même

    Et loué soit Coltrane ! Pa pa pa pam, Pom pom pom, Pa pa pa pam, Pom pom pom.

    http://www.desordre.net/bloc/ursula/2017/sons/coltrane_polka_dots_and_moonbeans.mp3

    Polka dots and Moonbeans , John Coltrane, Donald Byrd, Hank Mobley, Elmo Hope, Paul Chambers et Papa Jones derrière les fûts.

    Exercice #47 de Henry Carroll : Liste de livres sur la photographie que vous aimeriez lire.

    Sur le sujet j’ai lu pas mal de choses au point que je ne sais pas si j’ai encore de l’appétit pour de telles lectures. Cela fait des années que je me dis que je devrais lire le livre d’André Rouillé sur la photographie contemporaine, il est même, ce qui est surprenant, dans la bibliothèque du Comité d’Entreprise de la Très Grande Entreprise qui m’emploie, mais sinon la question serait plutôt de savoir quels seraient les livres que j’aimerais relire sur le sujet de la photographie et alors la réponse est simple

    La chambre claire de Roland Barthes
    De la photographie de Susan Sontag
    L’ombre et son instant de Jean-Christophe Bailly.

    #qui_ca


  • J-218 : C’est finalement sur un coin de table, dans mon petit jardin que l’on ne peut pas appeler un jardin, une cour tout au plus ― en dépit de mes efforts d’y faire pousser quelques plantes, des sébums, des bambous, un lilas, des anémones du Japon, de la sauge, deux lauriers, quelques petits plantes grasses dont je ne sais plus le nom, un vieux rosier vieillissant, triste presque, et un jeune rosier que je ne parviens pas du tout à faire grimper, famélique et donc triste lui aussi, de la glycine que je domestique sévèrement au sécateur, une grande corbeille d’argent, de la lavande cévenole, donc dure à cuire, et même, même, depuis cette année, des plans de tomates dont j’espère qu’elles resteront vertes pour en faire de la confiture, certaines, malgré tout, on l’affront de mûrir, les traitres, de la ciboulette, de la menthe, du thym et du romarin ― que je me fais expliquer par un Guillaume Massart, désolé de décrire ce qui ressemble fort à un parcours du combattant, les arcanes et les conduites étroites par lesquelles un film devient un film, pensant me décourager, au contraire, il aiguise ma volonté pour ce qui est de donner une vie à la Petite fille qui sautait sur les genoux de Céline .

    J’explique à Guillaume ce sentiment ambigu qui est le mien désormais, ce-lui d’avoir été désigné pour cette déposition, comme par un immense doigt sortant d’une nuée et qui ordonnerait que ce soit moi qui prenne en charge ce projet, je tente de me débattre, d’expliquer que je ne sais pas comment il faut faire, que cela ne devrait pas être moi, mais la voix tombe de la nuée sentencieuse, c’est bien à moi de le faire, à nul autre, et le chœur est à l’unisson, toute personne à qui je parle de ce projet et dont je sais les liens, plus ou moins lâches, avec le cinéma, me répond que oui, c’est à moi de le faire, et inutile, à ses autres voix, de leur objecter mes doutes ou que sais-je, tu dois le faire, tu dois faire ce film me répond-t-on.

    Pour le moment je découvre surtout que tout est affaire de procédures à suivre et de documents écrits à produire, et du coup je me prends à me demander si malgré tout je ne vais pas savoir le faire. Je dois avoir pris des produits. Etre dopé. Ne plus me sentir. Je m’en sens capable. Prêt à en découdre avec la machine à coudre. Je ne suis plus moi-même.

    Le jardin était baigné d’obscurité, et c’est donc dans ces ténèbres relatives que nous avons, finalement, fait du cinéma.

    Exercice #3 de Henry Carroll : raconter une blague en une seule photo.

    Voilà assez typiquement le genre d’exercice sur lequel je risque de sécher. Je dois avoir été conditionné, de très bonne heure, avec ma lecture de la Chambre claire de Roland Barthes pour partager avec lui le soupçon qu’une photographie ne peut pas être humoristique. À aucun moment. Lorsque l’on travaille avec la photographie cela ressemble souvent à une manière de pacte, sur le long terme, avec la mort elle-même et, très franchement, qui aurait envie de partager une blague avec la mort, déjà une partie d’échecs, la chose est scrabreuse, alors, imaginez, une blague.

    Une blague en une seule photographie, je ne sais pas si je peux. En une seule image, si cette dernière est animée, c’est déjà nettement plus dans mes cordes, une blague sinistre en tout cas, de celles que l’on pourrait, à la rigueur, échanger avec la mort. Pour le coup c’est un peu le thème de la fin du spectacle Apnées . Va pour la blague de mon ensevelissement, pas sûr que ce soit très drôle, de toute manière, je ne suis pas un type drôle, je suis photographe, c’est dire.

    #qui_ca


  • J-220 : une jeune femme commande, dans la librairie où j’ai mes habitudes, la Chambre claire de Roland Barthes. Je l’envie. J’envie sa jeunesse. J’envie qu’elle va découvrir ce livre magnifique, dès mardi soir, date de réception de sa commande, elle ne le sait pas encore mais c’est comme de lire, pour la première fois, un Tintin qu’on n’a pas encore lu, ou d’écouter un disque des Beatles qu’on n’a pas encore dans ses galettes, j’envie qu’elle s’engage dans l’apprentissage de la photographie, elle a dans les mains quelques exemplaires de la collection des photo-poches . Je me retiens in extremis de lui conseiller celui de Robert Frank, je ne voudrais pas faire mon vieux con.

    Sur la table des nouveautés du rayon photo, je jette un rapide coup d’œil sur une nouvelle monographie de Diane Arbus, apparemment les années qui précédent les portraits au 6X6, très beau volume pour ce que je peux en juger rapidement, certaines images on dirait du Robert Frank, même grain, même sauvagerie, en plus sauvage encore, les freaks déjà, mais la rue, encore un peu, le prix de ce très beau livre m’indique que cela devra être mon cadeau de Noël ― à cinquante-deux ans je continue de donner des suggestions de ce genre à mes vieux parents !, il y a une vingtaine d’années cela avait valu beaucoup d’amusement à mon père dans un supermarché de produits culturels, ancienne fédération d’achats pour cadres : « la personne qui cherchait le livre de photographies de prostituées de la Nouvelle Orléans est attendue au rayon photo », j’y repense chaque fois que je vois la tranche du livre de Bellocq dans ma bibliothèque― et puis mon regard, vaguement amusé tombe sur un cahier intitulé Le Cahier qu’il vous faut pour réussir vos photos d’un certain Henry Carroll, dont je dois dire que je n’ai jamais entendu parler. Et de fait je suis assez diverti de feuilleter ce livre d’exercices plutôt bien pensés, cela ne vaut pas le questionnaire de Joyce Neimanas à ses jeunes étudiants de première année ― qu’est-ce que j’aimerais retrouver ce questionnaire dans lequel on lisait des questions du genre quel genre de drogues vous pensez devoir prendre pour suivre ce cours, quelle est la chose la plus dangereuse que vous ayez déjà faite et celle que vous aimeriez faire etc… ―, mais c’est déjà très bien.

    C’est sans doute d’avoir envié la jeunesse de cette jeune femme qui allait bientôt lire la Chambre claire de Roland Barthes, je me décide à acheter ce livre en me donnant deux contraintes, répondre à chaque exercice avec des images déjà faites et en faire une manière de feuilleton en images de Qui ça ?

    Mon père au téléphone, tu ne voudrais pas t’inscrire sur les listes des pri-maires de la droite, comme cela tu peux contribuer à faire barrage à Sarkozy à la source, cela ne coûte que deux euros, je les prends en charge, ah et aussi il faudra que tu signes un papier à ton nom pour dire que tu te reconnais dans les valeurs de la droite, ma mère explose de colère derrière lui, Guy ― mon père s’appelle Guy ― c’est de la provocation, tu ne viendras pas te plaindre après. Eclats de rire de part et d’autre de la ligne téléphonique.

    Premier exercice de Henry Carroll : photographiez votre premier souvenir.

    Mon tout premier souvenir est celui d’une voiture bleue azur au bord d’une piscine à Abidjan en 1967. Et c’est à ce souvenir, tellement imprécis, que j’ai repensé en voyant les vieilles trabans en République Tchèque, en 2005.

    #qui_ca


  • J-229 : Cela faisait longtemps qu’une telle chose ne s’était pas produite, le travail dans le garage, sur un nouvel espace du Désordre, plusieurs heures durant, et pas le moindre signe de découragement, même quand Guy ― mon ordinateur s’appelle Guy ― a planté en me hachant quelques pages que j’ai refaites dans la foulée, sans broncher, sans pester ― n’empêche Guy file un mauvais coton ― : j’ai donc décidé de créer un nouvel espace, un nouveau site dans le site, pour le travail entrepris avec Qui ça ? J’ai mis un bon moment avant de trouver le bon équilibre entre les différentes masses de la page principale, et encore je ne suis pas entièrement satisfait de la façon dont s’insère le titre, il me semble que je dois pouvoir utiliser cet espace de 500 par 420 pixels à quelque chose de plus interactif, mais je ne sais pas encore quoi. Je pourrais essayer de faire une sorte de tout petit site internet, une vignette, un site de 500 par 420 pixels. Une radio. De minuscules jeux de memory. Ou de tangram. Des recettes de cuisine simples ― la recette des coquillettes au beurre par exemple. Une rubrique d’objets trouvés. Une toute petite fenêtre sur des images immenses. Des images animées. Des haïkus. Des rubriques déjà existantes dans le Désordre, mais réduites en taille, la Vie, par exemple. C’est une idée. Des idées. À creuser.

    Ce serait un pendant au grand bain dans lequel j’envoie tous les liens hypertextes présents dans les textes ― et c’est presque un plaisir à nouveau de tisser des liens hypertextes, sans les garnir de scripts d’ouverture de fenêtres avec des paramétrages au pixel près, non là, j’envoie tout dans le grand bain, avec des ascenseurs sur les côtés et vogue la galère ! Un pédiluve en quelque sorte. J’aime bien le mot pédiluve. J’ai bien le mot tout en détestant absolument passer par celui des piscines. Un pédiluve en html. target="pediluve". Du coup, je suis en train de me demander si je ne devrais pas réfléchir à un assemblage de ces différents espaces, celui des textes, le grand bain, le pédiluve, la vidéo, selon le nombre d’or. Des années plus tard, lorsque des étudiants feront des recherches sur le nombre d’or, lorsqu’ils entreront « nombre d’or » dans leur moteur de recherche, ce dernier leur suggérera « nombre d’or en html » au même titre que « nombre d’or en peinture », « nombre d’or en musique » et « nombre d’or en architecture ». Je perds un peu les pédales et je pousse du col. Toute ma tête. Raison garder.

    N’empêche la représentation habituelle du nombre d’or, cet escargot, n’est-elle pas la forme idéale pour cette sorte de repli sur moi-même, de repli dans le garage, auquel j’aspire désormais ? À creuser.

    Et c’était quand la dernière fois que tu as utilisé la fonction d’ image-map ? ― fonction qui consiste à délimiter des zones dans une image qui deviennent cli-quables, avec tout le paramétrage possible en javascript ou une simple ouverture de lien hypertexte. Cela faisait effectivement des années que je n’avais plus joué avec cette option pourtant plaisante, mais que je n’utilise plus guère tant il est manifeste que plus personne ne peut attendre d’un visiteur de site internet aujourd’hui, dans les années 10, qu’il promène, plein de curiosité, son mulot dans les différentes parties d’une image, et c’est bien dommage d’ailleurs que l’on ne puisse plus proposer de telles explorations, parce qu’il me semble qu’elles recélaient toute une forme de recherche et de découverte possibles, comme pouvaient l’être, par exemple, le plan paradoxal du site Désordre ou le garage. Et est-ce que de faire une page qui repose sur l’image mapping en 2016 ce n’est pas comme de réfléchir en latin en 1979, tel Roland Barthes dans la Chambre claire ? ― Mon Dieu, je me demande si pendant que Roland Barthes écrivait la Chambre claire , je n’étais pas, moi, occupé à écouter Tokyo Tapes de Scorpions ? C’est comme si je n’étais pas contemporain de Roland Barthes finalement. Ce qui m’étonne en revanche, c’est de l’avoir lu, si j’en juge par la date inscrite dans la page de garde, et qui corrobore mon souvenir, en 1985, comment ai-je pu passer si rapidement de Fly To The Rainbow à la Chambre claire ?, cela reste un mystère pour moi.

    Quant au pédiluve, puisqu’il est question de latin, je me demande si je ne vais pas en faire une sorte de bibliothèque dans laquelle il sera possible de lire les livres lus ces derniers temps et souvent photographiés en situation, qui dans le jar-din du psychanalyste de Nathan, qui au bord de la Cèze ou qui encore dans le train entre Paris et Clermont-Ferrand.

    Plaisir à nouveau d’écrire en anticipant les liens hypertextes que je vais pouvoir tisser. Plaisir d’écrire directement dans le logiciel de composition des pages html. Plaisir à nouveau de construire, presque, un nouveau site internet. Pensez, basé sur le nombre d’or, rien que cela.

    Dans mes recherches d’images à propos du nombre d’or, je suis tombé sur cette image désopilante de Donald Trump qui aurait donc une coiffure parfaite, c’est le cas de le dire, et qui résume assez bien ma pensée à propos du nombre d’or, laquelle tient en deux phrases : utiliser consciemment le nombre d’or pour composer une image, n’est-ce pas déjà la recette du naufrage visuel ? Et. Je ne remarque jamais les tableaux dans lesquels on peut retrouver l’escargot mythique.

    Ou encore. Et si toutes les images n’étaient pas composées en forme d’escargot ? Prenez n’importe quelle image, et superposez lui l’escargot, cela fonc-tionne à tous les coups. Tenez, ma toute première photographie par exemple.

    C’est bon de se sentir vivant. Dans le garage.

    Pendant ce temps-là, ils peuvent bien se disputer autant qu’ils veulent à vouloir être calife à la place du calife.

    #qui_ca

    • @reka Merci, cela me conforte, j’ai hésité avant de mettre ce billet sur seenthis, certes il fait partie de Qui ça ?, mais je trouvais cela moins ouvert sur le monde que le reste.

      Du coup en prime, Fly to the rainbow de Scorpions (qui vaut son pesant de moutarde) et le merveilleux extrait de Barthes dans la Chambre claire (qui lui vaut son pesant de diamants)

      http://www.desordre.net/bloc/ursula/2017/sons/scorpions.mp3

      Dans cet espace très habituellement unaire, parfois (mais, hélas, rarement) un “ détail ” m’attire. Je sens que sa seule présence change ma lecture que c est une nouvelle photo que je regarde, marquée à mes yeux d’une valeur supérieure. Ce “détail ” est le punctum (ce qui me point).

      Il n’est pas possible de poser une règle de liaison entre le studium et le punctum (quand il se trouve là). Il s’agit d’une co-presence, c’est tout ce qu’on peut dire … (…) … mais de mon point de vue de Spectator, le détail est donné par chance et pour rien ; le tableau n’est en rien “ composé ” selon une logique créative ; la photo sans doute est duelle, mais cette dualité n’est le moteur d’aucun “ développement ”, comme il se passe dans le discours classique. Pour percevoir le punctum, aucune analyse ne me serait donc utile (mais peut-être, on le verra, parfois, le souvenir) : il suffit que l’image soit suffisamment grande, que je n’aie pas à la scruter (cela ne servirait à rien), que, donnée en pleine page, je la reçoive en plein visage.

      Très souvent, le punctum est un “ détail ”, c’est-à-dire un objet partiel. Aussi, donner des exemples de punctum, c’est, d’une certaine façon, me livrer.


  • Aimons-nous, bordel !
    CQFD, le 1er juillet 2016
    http://cqfd-journal.org/Au-sommaire-du-no145-special

    C’était le 18 mai dernier. Condés de France et de Navarre manifestaient leur colère face à une « haine anti-flic » grandissante. Entre état d’urgence et fureur urticante contre la loi Travaille !, « la police est fatiguée », diagnostiquait don Falcone, directeur général de la Police nationale. Et si tout ce merdier social n’était en fait que la résultante d’un cruel manque d’amour ? N’est-ce pas ainsi qu’il fallait entendre l’édito de Patrick Cohen, le 17 juin sur France Inter ? Si l’humeur est sombre, c’est bien que l’heure est grave. La haine est partout, nous apprenait le Patoche du 7/9. Haine islamiste, anti-gay, anti-syndicale, anti-gouvernementale, etc. « Et encore [et toujours !], dans cette époque déprimante, la haine de l’autre, la haine antisémite jamais loin, la haine de classe, la haine des riches, puisque certains se revendiquent désormais richophobes. »

    Fichtre... L’ami Cohen mesure-t-il à quel point ses envolées dépressives sont des incubateurs à dépolitisation ? Contre ces tensions anormales qui minent le pacte républicain, il s’agirait de broder le canevas du vivre-ensemble et de fumer le calumet du dialogue social pour retrouver enfin le chemin d’une démocratie aimante et apaisée. De quoi la richophobie est-elle le nom, sinon celui d’une vieille passion égalitaire totalement désuète ? Le dogme libéral ne cesse de le rabâcher : ce n’est qu’en gavant de pognon une oligarchie de plus en plus stratosphérique que, par magique capillarité, quelque obole tombera parcimonieusement dans la poche rapiécée des plus humbles.

    En France, entre 2003 et 2013, « le niveau de vie moyen des 10% les plus pauvres a baissé de 320 euros en valeur annuelle, alors que celui des 10% les plus riches a augmenté de 4 300 euros », dixit Louis Maurin, dirlo de l’Observatoire des inégalités. Richophobe ! Les chiffres annuels de l’évasion fiscale, discipline dans laquelle excellent nos valeureux capitaines d’industrie, correspondent à ceux du déficit budgétaire du pays (60 à 80 milliards d’euros). Richophobe ! Face à ce déferlement de haine, remercions notre éditocrate matinal de nous avoir appelés à un sursaut de vigilance. Moins alerte, il aurait pu tomber dans le panneau tendu par ses confrères de la Coordination permanente des médias libres. Dans un article du 22 juin, ceux-ci faisaient état des blessures et intimidations infligées par la flicaille aux journalistes dans les marges du mouvement social en cours. « Nous aimerions rappeler que notre métier doit être fait en toute indépendance et que le prix de l’information ne doit pas avoir le goût du sang. Nous sommes déterminés à montrer la vérité et la violence policière qui s’exerce sur l’ensemble des manifestant.e.s, et que nous dénonçons tout autant », conclut cette bande de haineux idéologisés. Cohen devrait leur expliquer qu’après la pluie des coups de tonfa germent toujours les graines de l’amour.

    Le 25 mai, la députée LR Annie Génevard interpelle la ministre Najat Vallaud-Belkacem sur la réforme de l’enseignement des langues vivantes, qu’elle voit comme « un cheval de Troie pour développer l’apprentissage de la langue arabe » et le « catéchisme islamique ». Au-delà de cette crasse islamophobie meublant à peu de frais la vacuité du discours politique, l’arabe est un cas d’école dans le traitement des parlers mal-aimés : le pays compte trois à quatre millions d’arabophones, qu’on reluque comme une secte articulant un dialecte hostile au lieu d’en profiter pour ouvrir les oreilles et les fenêtres. Imprégnée par la mentalité jacobine et coloniale, la France a un problème avec la diversité et les langues. En 2001, Claude Allègre, alors ministre de l’Éducation, déplorait, avec la finesse qu’on lui connait, qu’on veuille intégrer les écoles bretonnes Diwan au sein du système public  : «  La France a besoin de fabriquer des informaticiens parlant anglais et on va fabriquer des bergers parlant breton ou occitan.  » Résultat d’une telle absurdité : on perd les parlers vernaculaires et on enseigne mal les langues étrangères.

    Rares sont les idiomes – à part le turc – qui ont été imposés avec autant de morgue et de violence que le français. Demandez aux Gallois, aux Bavarois, aux Sardes, aux Basques ou aux Flamands de quel œil verraient-ils le rabaissement de leur langue au rang de patois. L’assimilation des populations dans le creuset de l’État-nation est passée par l’usinage d’une culture unique. Et pour imposer un monde, pour l’immobiliser, rien de tel qu’un hold-up langagier.

    Une langue véhicule une culture, une cosmovision, une façon d’être au monde. En parler, dans ce pays encore plus qu’ailleurs, c’est porter le fer au cœur d’une bastille encore bien en place. « Une langue est un dialecte qui a réussi politiquement », selon le linguiste Louis-Jean Calvet. Cela ne veut pas dire qu’une langue, une fois partagée, est « fixée » une bonne fois pour toutes. Elle évolue à mesure que les êtres et les mondes dans lesquels elle s’enracine la transforment – et réciproquement. « À nous, qui ne sommes ni des chevaliers de la foi ni des surhommes, il ne reste, si je puis dire, qu’à tricher avec la langue, qu’à tricher la langue. Cette tricherie salutaire, cette esquive, ce leurre magnifique, qui permet d’entendre la langue hors-pouvoir, dans la splendeur d’une révolution permanente du langage, je l’appelle pour ma part  : littérature. [1] » Bien d’accord, professeur, mais ici, au-delà des belles lettres et par-dessus la grammaire, nous causerons surtout oralité, gestualité, jargons libres et créoles de la rue.

    [1] Roland Barthes, Leçon inaugurale de la chaire de sémiologie littéraire du Collège de France, 1977.

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