person:tomás ibáñez

  • À Freddy Gomez
    à propos de Dédicaces
    Un exil libertaire espagnol

    Tomás Ibáñez

    https://lavoiedujaguar.net/A-Freddy-Gomez-a-propos-de-Dedicaces-Un-exil-libertaire-espagnol

    Freddy Gomez
    Dédicaces Un exil libertaire espagnol (1939-1975)
    Rue des Cascades, Paris, 2018

    Querido Freddy,

    Je me suis retrouvé comme si c’était hier dans cet « arrière-pays » qui est le tien et qui recoupe largement le mien par les personnages évoqués et surtout par l’atmosphère parfaitement rendue de cet exil libertaire (parisien, mais pas seulement) dans lequel toi et moi avons grandi. Par atmosphère j’entends non seulement les rapports humains, la quotidienneté, l’imaginaire partagé (avec ses espoirs et ses nostalgies), mais aussi les enjeux que faute de mieux j’appellerais « politiques ». Il y a dans ton livre trop d’images et de références qui me sont familières pour que je ne me sente pas comme si je déambulais à nouveau au sein d’une tranche de vie encore très proche, à commencer, par exemple, par l’évocation dès le début du texte (p. 17) de cette rue des Partants où vivait ma mère et où je fus domicilié pendant un temps. (...)

    #Exil #Espagne #Paris #mémoires_libertaires


  • « Ni Dieu ni maitre - Une histoire de l’anarchisme »

    https://enuncombatdouteux.blogspot.com/2018/07/ni-dieu-ni-maitre-une-histoire-de.html

    Pourquoi l’anarchisme est-il perçu aujourd’hui comme marginal ? Comment expliquer que, alors que ses combats et ses mots d’ordre libertaires et égalitaires ont largement contribué à écrire l’histoire des luttes sociales et des révolutions, et qu’ils résonnent aujourd’hui avec une force nouvelle, ses origines aient été à ce point oubliées ?

    https://www.youtube.com/watch?time_continue=905&v=IQAGo136_WQ

    De la Commune de Paris, en 1871, à la grève générale de 1906, de l’émergence des Bourses du travail à celle des grandes organisations syndicales, des premiers votes féminins aux communautés de vie alternative, de l’éducation populaire à la mise en place d’écoles libertaires, le mouvement anarchiste suscite des expériences révolutionnaires inédites et se révèle l’un des principaux promoteurs des grandes avancées sociales.


  • Désir de Mai

    Tomás Ibáñez

    https://lavoiedujaguar.net/Desir-de-Mai

    Quelle que soit l’intensité de notre désir de voir rejaillir Mai 68 un beau jour, rien ne sert de nourrir la nostalgie de ce qui est à jamais révolu. L’irréductible singularité de cet événement l’a solidement enraciné dans l’histoire, le transformant du coup en un événement qui ne saurait se répéter. Mais soyons prudents, dire que Mai 68 ne peut resurgir ne signifie pas du tout qu’il ait cessé de résonner fortement au sein de notre temps, ou que ses effets se soient éteints avec le passage des ans.

    Incontestablement unique, Mai 68 se réinvente néanmoins dans l’accomplissement de chaque geste de rébellion collective, depuis la jungle Lacandone, jusqu’à la place Taksim, en passant par Notre-Dame-des-Landes ou par les places surpeuplées du 15 M en Espagne, parmi bien d’autres épisodes de révoltes. Mais ne nous précipitons pas, ici non plus, parce que dire que Mai 68 se réinvente de temps en temps ne signifie pas qu’il n’y ait pas des différences notables entre ses diverses réinventions. (...)

    #Mai68 #singularité #Jacques_Baynac #22Mars #libertaires #occupations #barricades #régénérer #institutions #Podemos

    • Si le mouvement réussit à progresser jusqu’à atteindre ses limites, ce fut parce qu’il construisait son projet, sur le terrain, au fur et à mesure, un projet qui ne préexistait pas au début de la mobilisation mais qui se construisait, se corrigeait et se formait au sein même de l’activité quotidienne. Ce fut ce « faire en faisant » qui donna son énergie au mouvement et lui permit de surmonter l’un après l’autre, de façon créative, les obstacles qui surgissaient sur son chemin.

      De fait, Mai 68 mit fin à une certaine façon de comprendre la révolution et en ébaucha une autre, qui résonne dans le dernier livre du Comité invisible, et que l’on peut reformuler approximativement comme suit : le sujet révolutionnaire ne préexiste pas à la révolution, il se constitue au sein du processus révolutionnaire, il résulte de ce processus, car c’est la révolution qui le crée au cours de son propre parcours.

      En ce sens, ce furent les événements de Mai eux-mêmes, c’est-à-dire les pratiques qui s’y développèrent et les formules qui y furent inventées, qui façonnèrent le corps d’un collectif innombrable et multicolore qui n’existait nulle part avant que les événements ne le construisent et ne forgent son identité.


  • Mai 68, au-delà du souvenir, mais très loin de l’oubli

    Tomás Ibáñez

    https://lavoiedujaguar.net/Mai-68-au-dela-du-souvenir-mais-tres-loin-de-l-oubli

    Il en va exactement de même pour Mai 68 que pour toutes les expériences personnelles que nous avons très intensément vécues. On ne peut les contempler comme un simple souvenir et, quand nous les évoquons, nous ne pouvons éviter de revenir vers elles d’une manière presque physique, comme si elles étaient encore vivantes, comme si elles étaient encore tendues vers l’incertain horizon de leur avènement.

    Et, bien sûr, il est très difficile de parler d’une expérience qui est encore en cours ou dans laquelle nous nous trouvons encore émotionnellement impliqués, parce que ce qui nous vient alors, en premier lieu, ce ne sont pas des paroles mais un flot de sentiments, un déferlement d’expériences, des rafales d’images et un tourbillon de désirs… C’est-à-dire, tout sauf des paroles, tout plutôt que des paroles… Un peu comme si l’intensité même de l’expérience vécue mettait les paroles en crise.

    Cette crise des paroles est, dans ce cas particulier, d’autant plus paradoxale que Mai 68 fut, entre autres choses, l’éclosion et l’explosion de la parole, une des plus grandes prises de parole collectives qu’ait connues l’histoire. (...)

    #Mai68 #Tomás_Ibáñez #passé_présent #créativité #transformation #subjectivité #nouvel_imaginaire

    • Événement totalement inattendu, Mai 68 laissa complètement abasourdis ses propres acteurs et causa la stupéfaction dans le monde entier. Parce que personne n’imaginait que quelque chose de semblable pût se produire. Alors même qu’il avait entrepris sa marche, répétons-le, l’événement demeurait encore inimaginable pour nous. Mai 68 ne fut jamais le projet de personne.

      Il est littéralement impossible de parler de succès ou d’échec à propos des événements, ou, si l’on veut tordre le sens des mots, le succès d’un événement est tout simplement d’avoir eu lieu — son échec serait, a contrario, celui de ne pas s’être produit. Mai 68 eut effectivement lieu et là réside, si l’on veut, son seul et indéniable succès.


  • Chronologie (subjective) de Mai 68

    Tomás Ibáñez

    https://lavoiedujaguar.net/Chronologie-subjective-de-Mai-68

    Déjà quarante ans ! C’est ainsi que commençait le texte que j’écrivis en 2008 pour présenter une brève chronologie des événements de Mai 68. Je soulignais alors que la froideur d’un constat d’huissier présentant une simple liste de dates et de faits n’était pas nécessairement le meilleur moyen d’accéder à la connaissance d’un événement historique, et que l’inclusion d’éléments subjectifs, d’expériences et de souvenirs, pourrait aider à mieux saisir ce que fut cet événement sans que cela nuise au respect des faits. Je proposais donc une chronologie complétée, traversée, ou perturbée par des fragments d’une « chronique vécue » de Mai 68.

    Mercredi 1er mai. En réponse à l’appel lancé par le CLJA (Comité de liaison des jeunes anarchistes), quelques dizaines de camarades, dont Daniel Cohn-Bendit (nous verrons tout de suite pourquoi je mentionne sa présence), rejoignent avec drapeaux noirs et tracts la traditionnelle manifestation syndicale du 1er Mai. Violent affrontement avec le service d’ordre de la CGT, qui arrache nos drapeaux, déchire nos tracts et nous expulse en quelques minutes hors de la manifestation (...)

    #Mai-68 #chronologie #Mouvement_du_22_Mars #anarchisme


  • Eduardo Colombo
    1929-2018

    Tomás Ibáñez

    https://lavoiedujaguar.net/Eduardo-Colombo-1929-2018

    Aujourd’hui, mardi 13 mars 2018, la triste nouvelle de la mort d’Eduardo Colombo nous frappe douloureusement. Avec Eduardo non seulement disparaît un compagnon attachant et fraternel, mais aussi un penseur de tout premier plan et un militant anarchiste de convictions inébranlables.

    C’est pendant les années quarante que le jeune étudiant Eduardo Colombo s’impliqua intensément dans le mouvement anarchiste de son Argentine natale, participant aux luttes anarcho-syndicalistes de la FORA (Fédération ouvrière régionale argentine), en collaborant et en assumant des responsabilités de gestion dans son journal renommé, La Protesta. Depuis lors, une longue période de plus de soixante-dix ans s’est écoulée au cours de laquelle Eduardo Colombo n’abandonna pas une seule minute son engagement précoce et intense pour « l’Idée » et pour la cause de cette révolution sociale pour laquelle il a combattu toute sa vie avec un enthousiasme inépuisable. (...)

    #Argentine #anarchisme #psychanalyse #exil #disparition


  • L’automne catalan
    Dossier sur la question de l’indépendance en Catalogne

    Par Jef Klak

    http://jefklak.org/?p=5252

    Loin du jeu électoral et politicien, Jef Klak propose un mini-dossier en quatre parties pour envisager les enjeux sociaux et politiques de la situation catalane en dehors des urnes. Un reportage sonore pour reprendre l’histoire de la Catalogne depuis Charlemagne jusqu’aux révoltes populaires de cet automne 2017 ; une vidéo sur la répression subie par les habitant·es de Barcelone le 1er octobre 2017 ; et enfin deux textes de philosophes libertaires, cherchant une voie d’émancipation en Catalogne sans État ni élections, mais pour plus de justice sociale.

    Sommaire
    1
    Histoire sonore et populaire de l’indépendantisme catalan
    Documentaire sonore, 73min.
    Par Melen Fanouillère

    2
    Le premier jour d’octobre
    Vidéo sur le jour de référendum du 1er octobre 2017, 37min.
    Par La Directa.

    3
    La Catalogne comme laboratoire politique
    Analyse libertaire, texte.
    Par Santiago López Petit

    4
    La Catalogne après la tourmente
    Analyse libertaire, texte.
    Par Tomás Ibáñez


  • La Catalogne après la tourmente

    Tomás Ibáñez

    https://lavoiedujaguar.net/La-Catalogne-apres-la-tourmente

    Tout ce qui est construit d’en bas est bon... à moins que cela ne s’érige sur des socles préparés d’en haut...

    Au moment où la campagne électorale est sur le point de commencer et de nous plonger à nouveau dans le lamentable spectacle de la compétition entre partis pour récolter le maximum de voix, il n’est peut-être pas inutile de faire le bilan de l’intense période de confrontation entre, d’une part, le gouvernement et l’État espagnol, et de l’autre le prétendant au titre d’État catalan. Une confrontation à laquelle les secteurs révolutionnaires, ainsi que beaucoup d’anarchistes et d’anarcho-syndicalistes, ont participé sous prétexte qu’il fallait prendre parti, il fallait être là où le peuple était, et qu’il était nécessaire de choisir de lutter. Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si, partant de positions libertaires, il était logique de collaborer avec un projet dont le but ultime était la création d’un État (...)

    #Espagne #Catalogne #nationalismes #référendum #anarchisme #État #république #élections


  • La Catalogne après la tourmente | Le blog de Floréal
    https://florealanar.wordpress.com/2017/12/02/la-catalogne-apres-la-tourmente

    « Après le goupillon, le sabre
    La Catalogne après la tourmente

    2 décembre 2017 par Floréal

    Le calme – provisoire ? – étant revenu en Catalogne après l’effervescence de ces dernières semaines, Tomás Ibáñez, dont plusieurs réflexions ont déjà été relayées ici même, en profite pour faire le bilan des événements récents, notamment quant à la participation de certains secteurs du mouvement libertaire catalan à ces événements, et s’interroger sur l’action à mener pour les anarchistes et anarcho-syndicalistes dans un futur proche.

    __________

    « Tout ce qui est construit d’en bas est bon…
    à moins que cela ne s’érige sur des socles préparés d’en haut… »

    Au moment où la campagne électorale est sur le point de commencer et de nous plonger à nouveau dans le lamentable spectacle de la compétition entre partis pour récolter le maximum de voix, il n’est peut être pas inutile de faire le bilan de l’intense période de confrontation entre, d’une part, le gouvernement et l’Etat espagnols et, de l’autre, le prétendant au titre d’État catalan. Une confrontation dans laquelle les secteurs révolutionnaires, ainsi que beaucoup d’anarchistes et d’anarcho-syndicalistes, ont participé sous prétexte qu’il fallait prendre parti, être là où le peuple était, et qu’il était nécessaire de choisir de lutter.


  • Des libertaires en pleine dérive

    Tomás Ibáñez

    http://www.lavoiedujaguar.net/Des-libertaires-en-pleine-derive

    Je ne connais pas très bien l’histoire du mouvement libertaire en Catalogne, mais j’imagine qu’il devait y avoir une bonne raison pour qu’en 1934 la CNT, qui se trouvait alors dans la plénitude de sa force, refuse de collaborer avec la tentative de proclamer « l’État catalan sous la forme d’une République catalane ». Je ne fais que l’imaginer. Par contre, ce que je ne me limite pas à imaginer car j’en suis convaincu, c’est qu’il n’y a aucune bonne raison pour qu’une partie de l’actuel mouvement libertaire catalan collabore, d’une manière ou d’une autre, avec le projet « national-indépendantiste » entrepris par le gouvernement catalan, par les partis politiques qui le soutiennent et par les grandes organisations populaires nationalistes qui l’accompagnent.

    Le moins que l’on puisse dire c’est que cette partie du mouvement libertaire se trouve « en pleine dérive » (...)

    #Catalogne #nationalismes #anarchisme #critique


  • Orages sur la Catalogne

    Tomás Ibáñez

    http://lavoiedujaguar.net/Orages-sur-la-Catalogne

    C’est dans les moments agités, complexes et orageux qu’il importe de consulter nos boussoles pour ne pas nous égarer. Mais c’est aussi au cœur de l’orage que leurs indications s’avèrent le moins fiables. C’est pourquoi il est crucial de ne pas se laisser emporter par le tourbillon des événements qui se succèdent de manière endiablée et qui exigent des réactions rapides. C’est pourquoi il est nécessaire de lever les yeux , ne serait ce qu’un instant, par-dessus le contexte immédiat, prendre une certaine distance par rapport à l’orage, et tenter d’entrevoir l’horizon vers lequel nous poussent les actes que la situation semble nous imposer.

    Malgré la sympathie, l’affection et la compréhension que j’éprouve envers bon nombre des libertaires qui s’impliquent dans les mobilisations qui secouent la Catalogne, je ne peux m’empêcher de considérer qu’ils sont en train de favoriser, de manière totalement involontaire, le processus conçu par le gouvernement catalan et par les formations nationalistes pour créer « un nouvel État ». (...)

    #Espagne #Catalogne #indépendance #État #nationalismes #libertaires


  • A propos d’orages et de boussoles | Le blog de Floréal
    https://florealanar.wordpress.com/2017/10/11/a-propos-dorages-et-de-boussoles

    *

    A propos d’orages et de boussoles*

    11 octobre 2017 par Floréal

    Pour faire suite à l’article de Tomás Ibáñez intitulé « Quelques certitudes », publié ici même le 4 octobre, voici, du même auteur, un autre texte qui s’intéresse à l’implication de militants libertaires dans les événements qui secouent actuellement la Catalogne.
    Ce texte a été rédigé directement en français par Tomás Ibáñez. J’y ai simplement apporté quelques corrections relatives à certaines formulations, et non, bien sûr, à son contenu.

    __________

    C’est dans les moments agités, complexes et orageux qu’il importe de consulter nos boussoles pour ne pas nous égarer. Mais c’est aussi au cœur de l’orage que leurs indications se révèlent le moins fiable. C’est pourquoi il est crucial de ne pas se laisser emporter par le tourbillon des événements qui se succèdent de manière endiablée et qui exigent des réactions rapides. C’est pourquoi il est nécessaire de porter le regard, ne serait-ce qu’un instant, par-delà le contexte immédiat, prendre une certaine distance par rapport à l’orage, et tenter d’entrevoir l’horizon vers lequel nous poussent les actes que la situation semble nous imposer.
    Malgré la sympathie, l’affection et la compréhension que j’éprouve envers bon nombre des libertaires qui s’impliquent dans les mobilisations qui secouent la Catalogne, je ne peux m’empêcher de considérer qu’ils sont en train de favoriser, de manière totalement involontaire, le processus conçu par le gouvernement catalan et par les formations nationalistes pour créer « un nouvel Etat ».
    Il est clair que tel n’est pas leur objectif, bien au contraire, et que ce n’est pas cela qui les conduit à exposer leur corps dans une paradoxale « défense des urnes », ou à convoquer une grève générale en contiguïté temporelle avec le référendum pour la création d’un nouvel Etat.
    Leurs objectifs vont de celui qui consiste à « détruire l’Etat espagnol » (souhaitons qu’il soit atteint), jusqu’à celui d’aller vers une situation où il soit possible de « décider de tout », et pas seulement de la forme politique du territoire, en passant par la volonté de radicaliser l’agitation actuelle en encourageant la créativité et les pincées d’auto-organisation qui pointent dans la population. Certains caressent même le rêve d’une (improbable) insurrection populaire ouvrant la voie à une véritable « autonomie », au sens fort du terme, allant bien au-delà du concept d’autodétermination des peuples.
    Ces objectifs, ainsi que l’incontournable engagement à lutter contre la répression exercée par l’Etat sur ceux qui défient ses lois, m’inspirent le plus grand respect. Cela dit, il n’en demeure pas moins que les actions de ces camarades apportent leur petit grain de sable au développement du projet indépendantiste, ou plus exactement nationaliste car il ne vise pas autre chose que « l’indépendance » d’une « nation »… exclusivement.
    Si cette contribution au développement du projet nationaliste me préoccupe, ce n’est pas parce qu’il conduit à l’éventuelle création d’un nouvel Etat, car en fin de compte il nous faudrait poursuivre nos luttes en son sein comme nous le faisons dans l’Etat où nous nous trouvons, sans qu’un changement du cadre étatique entraîne une différence qualitative digne d’être mentionnée. Vivre dans un nouvel Etat nous importe peu. Par contre, la principale conséquence négative qui découlera de notre participation au conflit actuel c’est que ce sera nous, et les travailleurs impliqués, qui paieront les « pots cassés » de l’affrontement entre l’Etat institué et l’Etat naissant, comme cela va être le cas, par exemple, pour la vingtaine d’anarchistes grecs arrêtés suite à l’occupation de l’ambassade espagnole en solidarité avec « la Catalogne » (sic).
    Ce qui me préoccupe, et c’est précisément ici que prend sens mon appel à porter plus loin le regard, c’est que la contribution aux affrontements actuels est en train de donner des ailes à « l’essor des nationalismes », comme cela se produit à chaque fois qu’il y a un choc entre nationalismes, et cela augure un affrontement entre travailleurs, aussi bien à l’intérieur même de la Catalogne qu’entre des travailleurs de Catalogne et ceux d’autres parties du territoire. Sans parler, par ailleurs, de l’ « essor de l’extrême droite » qui en découle et que l’on constate déjà en divers endroits d’Espagne. Bien entendu, il ne s’agit pas de renoncer à lutter sous prétexte que cela peut susciter l’essor de l’extrême droite, mais ce qu’il ne faut certainement pas faire c’est lutter dans une bataille définie en termes nationalistes, car c’est cela qui garantit cet essor.
    En cet instant, les interventions respectives de Puigdemont (président du gouvernement catalan), qui hier a laissé dans les limbes la proclamation du nouvel Etat, et de Rajoy (président du gouvernement espagnol), qui a mis en marche, de façon pour l’instant voilée, la suspension de l’autonomie catalane, révèlent leur souci de ne pas nuire aux intérêts des grandes corporations, des entreprises ou des entités financières, et montrent les limites qu’aucun des deux gouvernements en lice n’est disposé à transgresser. Cela se traduit par une atténuation de la tension existante, accompagnée de la mise en scène d’un spectacle fait de poses et de tromperies assorties de tirs de balles à blanc. Jusqu’à présent le seul sang qui a été versé, et il faudrait éviter qu’il continue à l’être, est celui de « ceux d’en bas », qui se sont laissés entraîner dans une partie orchestrée et arbitrée par la classe politique en fonction de ses intérêts. Il nous faut lutter, bien sûr, mais pas dans des combats où nos ennemis nous appellent à les rejoindre.

    Tomás Ibáñez
    (Barcelone, 11 octobre 2017)


  • Quelques certitudes

    Tomás Ibáñez

    http://lavoiedujaguar.net/Quelques-certitudes

    La brutale agression policière perpétrée le 1er octobre contre une partie de la population catalane nous a rappelé, au cas où cela serait nécessaire, que l’usage de la force fait partie de la définition même de l’État. L’intervention de l’État espagnol l’a manifesté clairement en montrant au grand jour ce que tous les États cachent derrière leur visage aimable et protecteur. Jamais la répression ne doit demeurer sans riposte, et il est bien clair que les anarchistes doivent toujours la dénoncer et la combattre.

    Cependant, parce que l’usage de la force est « une prérogative légale » de tous les États nous ne devrions pas nous montrer ingénus face aux stratégies élaborées par l’indépendantisme catalan pour forger un nouvel État, qui aura nécessairement les mêmes prérogatives. (...)

    #Catalogne #indépendance #répression #grève_générale #anarchistes


  • Lettre à Tomás Ibáñez
    sur « Perplexités intempestives »

    Miquel Amorós

    http://lavoiedujaguar.net/Lettre-a-Tomas-Ibanez-sur

    Compagnon Tomás,

    Tes « Perplexités intempestives » sont le meilleur exposé que j’ai lu qui relève du bon sens et du seny [l’équilibre, en catalan] révolutionnaire qui devrait se trouver non seulement chez les libertaires, mais chez tous ceux qui veulent abolir cette société au lieu de la gérer. Cependant, je ne suis pas surpris que des tas de gens se disant anarchistes se soient engagés dans le mouvement nationaliste, et proclament haut et fort leur droit à décider du matériel des chaînes qui vont les assujettir. Pauvre Ricardo Mella et [sa brochure sur] La ley del número [La loi du nombre dans les élections] ! Ils étaient également assez nombreux tous ceux qui un jour sont montés dans le train de Podemos ou dans celui du plateformisme, en troquant les oripeaux de la lutte de classe pour les habits neufs de la citoyenneté. C’est propre à l’anarchisme des hypocrites que de choisir à chaque tournant historique de faire le jeu du pouvoir en place. La guerre civile espagnole en est l’exemple le plus patent. Confusion, attrait irrésistible de la pagaille, abandon de la conscience de classe, tactique du moindre mal, l’ennemi de mon ennemi, peu importe. (...)

    #Espagne #Catalogne #nationalismes #analyse_critique


  • Catalogne
    Perplexités nº 2 (et quelques certitudes)
    à la veille du 1er octobre

    Tomás Ibáñez

    http://lavoiedujaguar.net/Catalogne-Perplexites-no-2-et

    Ce n’est plus le moment de disserter sur les facteurs qui ont conduit à la situation présente, qu’il suffise de rappeler que figurent parmi eux l’irritation tout à fait justifiée d’une bonne part de la population catalane contre le gouvernement du Parti populaire, une série de griefs qui indignent cette population, mais aussi la constante et prolongée excitation de la fibre nationale moyennant le strict contrôle des télévisions et radios publiques catalanes par le gouvernement catalan, à quoi il faut ajouter la ferme volonté d’accéder à de plus grandes portions de pouvoir qui caractérise des élites politiques et économiques fascinées par la perspective de devenir un État.

    Ce qu’exige le moment actuel, à partir d’une perspective libertaire, c’est plutôt une réflexion sur les stratégies et les positions que développe une partie du secteur anarchiste et du mouvement libertaire bien plus ample dans lequel il se trouve inséré. Je dois avouer que cette réflexion accroît ma perplexité en même temps qu’elle m’incite à réaffirmer quelques certitudes ancrées dans la mémoire libertaire des luttes. (...)

    #Espagne #Catalogne #nationalismes #anarchisme


  • Sur l’actualité catalaniste du moment
    « Perplexités intempestives »

    Tomás Ibáñez

    http://lavoiedujaguar.net/Sur-l-actualite-catalaniste-du

    Alors que la Catalogne est en proie à des changements aussi drastiques que ceux qui sont survenus depuis les manifestations « multitudinaires » du 15 mai 2001, il est difficile de ne pas éprouver une certaine perplexité.

    Qu’est-il arrivé pour que des secteurs parmi les plus combatifs de la société catalane soient passés du « rodear el Parlament » (encerclement du Parlement catalan), durant l’été 2011, à la défense des institutions de la Catalogne en septembre 2017 ? Qu’est-il arrivé pour que ces mêmes secteurs qui avaient fait face aux mossos d’esquadra sur la place de Catalunya, en leur reprochant leur sauvagerie, applaudissent maintenant ces policiers dans les rues, et craignent qu’ils ne soient dessaisis d’une pleine autonomie ? (...)

    #Catalogne #indépendance #anarchisme #réflexion_critique


  • Nouveaux fragments épars
    pour un anarchisme sans dogmes

    Claire Auzias

    http://lavoiedujaguar.net/Nouveaux-fragments-epars-pour-un

    Le maître mot de ce livre est annoncé sans surprise dès son titre : sans dogmes. C’est pourquoi l’on peut considérer en surplomb ces 473 pages comme un exercice tendu vers ce but et disons-le sans ambages, réussi. Tomás Ibáñez est convaincant dans sa volonté libertaire, je veux dire : toute en souplesse de pensée en tentant ici ce pari de déployer une réflexion en actes sous nos yeux, réflexion qui emprunte à toute la philosophie de la seconde moitié du XXe siècle — au moins française — et de la porter au sein de l’anarchisme. À cet égard, il y a peu d’ouvrages aussi contemporains que l’on puisse mettre dans des mains tant lettrées que novices pour faire la connaissance de la pensée anarchiste, sans rougir. Et pourtant, ce ne sont pas les livres qui manquent, ni même les anarchistes qui utilisent leur cerveau à des fins semblables. Propagande pour les uns, sciences humaines et sociales pour d’autres, relations d’expériences et de luttes pour d’autres encore. (...)

    #Tomás_Ibáñez #anarchisme #édition #Michel_Foucault #Espagne #Podemos #Mai_68


  • Conversation avec Tomás Ibáñez
    http://endehors.net/news/conversation-avec-tomas-ibanez

    Lu sur la voie du jaguar : "C est, à la fois, avec patience et jubilation que Tomás Ibáñez a accepté d évoquer, pour le bulletin de critique bibliographique À contretemps (n° 39, janvier 2011), son parcours militant et intellectuel. Cette longue conversation qui dessine, du moins le pensons-nous, un (...) — Histoire de l’anarchisme


  • Conversation avec Tomás Ibáñez

    Freddy Gomez

    http://lavoiedujaguar.net/Conversation-avec-Tomas-Ibanez

    C’est, à la fois, avec patience et jubilation que Tomás Ibáñez a accepté d’évoquer, pour le bulletin de critique bibliographique À contretemps (n° 39, janvier 2011), son parcours militant et intellectuel. Cette longue conversation — qui dessine, du moins le pensons-nous, un tableau vivant de ses engagements, mais aussi de ses doutes — offre, qui plus est, une photographie somme toute précise de ce qu’était le mouvement libertaire — français et espagnol — dans les années 1960 et des débats, parfois tendus, qui l’agitèrent. Car ce fils de l’exil cénétiste navigua avec autant d’aise dans les eaux troublées de l’une et de l’autre entités avec toujours la même passion pour l’hétérodoxie. Comme si la désacralisation de toute transcendance — anarchiste comprise — relevait, pour lui, de l’inépuisable plaisir de s’inventer des espaces de liberté renouvelés, l’iconoclaste Tomás Ibáñez, pour qui le mouvement libertaire se vit plutôt qu’on en fait partie, n’a jamais cessé de croire aux vertus de l’irrévérence et aux joies du paradoxe.

    #anarchisme #CNT #exil #antifranquisme #Mai68 #Foucault