person:wilhelm röpke

  • Résurgence ou renaissance : l’héritage ordolibéral. Entretien avec Thomas Biebricher (2 juillet 2017)
    http://www.vacarme.org/article3055.html

    Avec l’émergence de la crise des dettes souveraines en Europe au printemps 2010, le mot « ordolibéralisme » a fait — ou plus précisément refait — surface dans le discours public. En cause, le vif engouement des autorités allemandes, et du ministre des Finances Wolfgang Schäuble en particulier, pour des principes connus pour être fondamentalement ordolibéraux : la rigueur budgétaire et une gouvernance strictement attachée aux règles. De même, bien que leur champ d’action s’étende largement au-delà des frontières allemandes, les institutions européennes sont, elles aussi, considérées comme un pur produit de la pensée ordolibérale, notamment en raison du label « Made in Germany » qu’on leur a légitimement attribué.

    L’ordolibéralisme est la branche allemande de ce que l’économiste et historien Philip Mirowski a appelé la « pensée collective néolibérale ». Les multiples ramifications de cet arbre généalogique incluent la section de l’École autrichienne de Friedrich Hayek, l’École de Chicago de Milton Friedman et l’École du Choix Public de Virginie, ou « économie constitutionnelle », menée par James Buchanan et Gordon Tullock. Les ordolibéraux doivent leur nom au journal Ordo, fondé en 1848 par les économistes de l’École de Fribourg, Walter Eucken et Franz Böhm. Cependant, la sensibilité intellectuelle ordolibérale n’a pris corps que dans les années 1930, se nourrissant du travail de Wilhelm Röpke, Alfred Müller-Armack et Alexander Rüstow, parmi d’autres.

    Bien que la doctrine ordolibérale ait été largement reconnue comme la principale source d’inspiration de « l’économie sociale de marché » de l’Allemagne d’après-guerre — et ainsi comme une influence majeure sur Konrad Adenauer et Ludwig Erhard, les deux premiers chanceliers de la République fédérale d’Allemagne — sa marque, pourtant durable, dans les prises de décisions politiques a longtemps été maintenue dans l’ombre par la prééminence du Keynésianisme jusqu’au milieu des années 1970 et, après cela, par d’autres courants de la pensée néolibérale, particulièrement ceux de Hayek et Friedman. Comment comprendre et analyser la récente résurgence de l’ordolibéralisme, à la fois en Allemagne et dans l’Union européenne ? Quelles sont les caractéristiques distinctives de la branche ordolibérale du néolibéralisme ? Ce sont les questions que nous avons posées à Thomas Biebricher, dont le travail explore l’éventail des formes que revêt le néolibéralisme en se concentrant sur le grand frère allemand de la famille néolibérale, l’#ordolibéralisme.

  • Sortir la monnaie unique de « l’ordolibéralisme » | Chez les Economistes Atterrés | Rue89 Les blogs
    http://blogs.rue89.nouvelobs.com/chez-les-economistes-atterres/2014/02/11/sortir-la-monnaie-unique-de-lordoliberalisme-232283

    Peu de gens ont entendu parler de l’« ordolibéralisme ». Pourtant, cette doctrine constitue une pièce maîtresse pour comprendre les problèmes de la zone euro et envisager une sortie de la crise par le haut.

    L’ordolibéralisme est un rameau de la pensée économique libérale développé en Allemagne dans l’entre-deux-guerres. L’objectif était de teinter le libéralisme de préoccupations sociales. Cette doctrine fut mise en œuvre par les chrétiens démocrates pour reconstruire l’Allemagne.

    Egalement validée par le Parti socialiste allemand, cette pensée a façonné l’économie sociale de marché qui a sous-tendu le miracle allemand d’après-guerre.

    L’ordolibéralisme traduit une philosophie sociale cherchant une voie entre les inefficiences notoires de la planification socialiste et les excès d’un libéralisme débridé.

    Les penseurs ordolibéraux comme Wilhelm Röpke (1899-1966) ou Walter Eucken (1891-1950) ont été des humanistes hostiles aux totalitarismes. Tous ambitionnaient une synthèse entre la liberté économique et la justice sociale. Et tous ont vécu les traumatismes de la grande inflation allemande de 1923-1924.
    Une forme de constitution économique

    Pour l’ordolibéralisme, ni la propriété privée ni l’économie de marché ne relèvent d’un ordre « naturel ». Mais si le libéralisme économique n’est pas inéluctable, il reste le meilleur système pour soutenir le progrès économique et social. C’est donc à l’Etat de le mettre en place, et de le maintenir. Pour piloter l’économie, les ordolibéraux préféraient les experts et les règles aux hommes politiques. En conséquence, ils prônaient une forme de constitution économique – un ordre – reposant sur quatre principes fondateurs :

    le respect de la propriété privée ;
    un régime de concurrence libre et non faussée défendue par une cour de justice ;
    la stabilité des prix grâce à une banque centrale insensible aux pressions politiques ;
    le combat contre le laxisme budgétaire.

    Chacun reconnaîtra ici des normes clairement en résonance avec la pensée néolibérale qui prévaut depuis trois décennies dans le monde.

    Les ambitions sociales de l’ordolibéralisme ont été relayées par la forte présence du christianisme social allemand. Les ordolibéraux rejettent l’hédonisme des libéraux classiques et défendent un système d’organisation sociale à la fois efficace et respectueux de la dignité de l’homme. Ils soutiennent l’importance des corps intermédiaires (syndicats ouvriers et patronaux) afin d’assurer un partage équitable de la valeur ajoutée.

    A partir des années 80, l’ordolibéralisme originel a été revisité par une lecture ultralibérale réfractaire au social. Ce raccourcissement de la doctrine s’est imposé en Allemagne, mais aussi quand la zone euro a été conçue. C’était l’époque où le couple Reagan-Thatcher répandait la bonne parole néolibérale.

    En dessinant la zone euro, le traité de Maastricht de 1992 s’est largement inspiré de l’ordolibéralisme. Ce texte a privilégié le versant libéral en délaissant le social pour deux raisons. D’abord, il épouse la pensée néolibérale dominante depuis les années 1980.

    Ensuite, l’ordolibéralisme, dépouillé de sa composante sociale, s’applique bien à un espace avec une monnaie unique mais sans union politique. En effet, l’ordolibéralisme épuré du social a offert un dénominateur commun acceptable par les Etats de la zone euro. Le résultat est net : le traité de Maastricht impose une constitution économique ultra libérale à des Etats souverains. On a ici un fédéralisme tutélaire fort éloigné du fédéralisme démocratique.

    Cet ordolibéralisme tronqué s’est d’autant plus aisément imposé qu’il était présenté comme le moteur de la réussite exemplaire de l’Allemagne.......

    #économie
    #libéralisme

    • L’ordolibéralisme radical s’est imposé grâce à la dominance de l’ultralibéralisme, mais également en réponse à l’absence d’intégration politique. Cette doctrine désarme la zone euro et impose des cures d’austérité face à la crise. Il faut changer de trajectoire.

      Justement, ce qu’il appelle "ordolibéralisme radical" n’a plus rien à voir avec la doctrine de Röpke et Eucken, c’est une mystification, une supercherie.. Le génie du néolibéralisme c’est justement d’avoir réussi à pervertir tous les courants, même les plus progressistes, pour réinjecter les dogmes capitalistes les plus rétrogrades, et faire passer ça pour la modernité.

      Faire revenir la monnaie unique à « l’ordolibéralisme » originel aurait été un titre provocateur mais plus exact pour dénoncer plus explicitement cette mutation sournoise...