person:xi jinping

  • « Le mensonge, le gros mensonge et la statistique de la Chine de Xi Jinping »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/09/26/le-mensonge-le-gros-mensonge-et-la-statistique-de-la-chine-de-xi-jinping_536

    Vu d’ailleurs. L’injonction vient de haut. De très haut, même. Du comité central du Parti communiste chinois (PCC). Il ne faut plus manipuler les #statistiques. Selon le China Daily du 18 septembre, les instances dirigeantes du parti ont pris, cet été, vingt mesures afin de prévenir et de punir la fraude statistique. Le Bureau national de la statistique (BNS) a même créé un département spécial à cet effet.

    Le problème est que ce n’est pas la première fois que de telles dispositions sont annoncées. En 2016 puis en 2017, des règles avaient déjà été adoptées, et les tricheurs déjà menacés. Mais rien n’y a fait : la fameuse citation de l’ancien premier ministre britannique Benjamin Disraeli (1804-1881) – « Il y a trois sortes de mensonges : le mensonge, le gros mensonge et la statistique » – pourrait servir de devise à la Chine de Xi Jinping.

    Convaincus depuis longtemps que fraudes et erreurs entachent les agrégats économiques, les spécialistes préfèrent d’ailleurs utiliser d’autres indicateurs. Par exemple, plutôt que se fier à l’évolution du produit intérieur brut, nombre d’entre eux suivent la consommation d’énergie, à leurs yeux plus fiable. Enfin le croyaient-ils. Sauf qu’en juillet, l’administration nationale de l’énergie a déclaré que le secteur agricole avait utilisé en juin 6,5 milliards de kilowatts/heure d’électricité, soit, affirme-t-il, « 6,6 % de plus » qu’en juin 2017. Une augmentation équivalente, ça tombe bien, aux prévisions de croissance du gouvernement : 6,5 % cette année.

    Le problème est qu’en juin 2017, le chiffre alors publié s’élevait à 12 milliards de kilowatts/heure… près du double, donc. Interrogée, l’administration a expliqué a posteriori qu’elle excluait désormais les « services à l’agriculture », ce qui n’a qu’à moitié convaincu les spécialistes.

    #lies_big_lies and …
    #paywall

    • Nul besoin de lois en France BigGrizzly !

      Jamais un journaliste de le monde ou libération par exemple ne publierai une fausse information, une fausse statistique, un article de propagande gouvernementale.

      C’est vrai quoi, nous sommes en Démocratie, nous.

    • L’injonction vient de haut. De très haut, même. Du comité central du Parti communiste chinois (PCC). Il ne faut plus manipuler les statistiques. Selon le China Daily du 18 septembre, les instances dirigeantes du parti ont pris, cet été, vingt mesures afin de prévenir et de punir la fraude statistique. Le Bureau national de la statistique (BNS) a même créé un département spécial à cet effet.

      Le problème est que ce n’est pas la première fois que de telles dispositions sont annoncées. En 2016 puis en 2017, des règles avaient déjà été adoptées, et les tricheurs déjà menacés. Mais rien n’y a fait : la fameuse citation de l’ancien premier ministre britannique Benjamin Disraeli (1804-1881) – « Il y a trois sortes de mensonges : le mensonge, le gros mensonge et la statistique » – pourrait servir de devise à la Chine de Xi Jinping.

      Convaincus depuis longtemps que fraudes et erreurs entachent les agrégats économiques, les spécialistes préfèrent d’ailleurs utiliser d’autres indicateurs. Par exemple, plutôt que se fier à l’évolution du produit intérieur brut, nombre d’entre eux suivent la consommation d’énergie, à leurs yeux plus fiable. Enfin le croyaient-ils. Sauf qu’en juillet, l’administration nationale de l’énergie a déclaré que le secteur agricole avait utilisé en juin 6,5 milliards de kilowatts/heure d’électricité, soit, affirme-t-il, « 6,6 % de plus » qu’en juin 2017. Une augmentation équivalente, ça tombe bien, aux prévisions de croissance du gouvernement : 6,5 % cette année.

      Le problème est qu’en juin 2017, le chiffre alors publié s’élevait à 12 milliards de kilowatts/heure… près du double, donc. Interrogée, l’administration a expliqué a posteriori qu’elle excluait désormais les « services à l’agriculture », ce qui n’a qu’à moitié convaincu les spécialistes.

      Contradictions et tricherie

      Même les statistiques du BNS sont pleines de contradictions. En juillet, le quotidien de Hongkong en langue anglaise South China Morning Post rappelait que, selon le BNS, les profits de l’industrie chinoise s’étaient élevés à 2 700 milliards de yuans (333 milliards d’euros) pour les cinq premiers mois de l’année, en hausse de 16,5 % par rapport à la même période de 2017. Le problème est qu’à l’époque, le chiffre publié était de 2 900 milliards de yuans. Là encore, un « problème d’échantillon », paraît-il, mais aucune définition précise ne permet d’en avoir le cœur net, déplore le journal.

      Il y a encore plus étrange : trois gouvernements locaux ont reconnu, ces derniers temps, avoir triché. Et pas qu’un peu. Le Liaoning, une des grandes régions de l’industrie lourde chinoise, a avoué avoir gonflé artificiellement son produit intérieur brut régional d’environ 20 % entre 2011 et 2014. Dans la foulée, la Mongolie intérieure a, elle, reconnu avoir, en 2016, surévalué de 40 % sa production industrielle et de 26 % ses revenus fiscaux. Quant à la grande ville portuaire de Tianjin, elle a finalement réduit d’un tiers le PIB de 2016 annoncé auparavant. Etonnamment, ces révélations n’ont eu aucune incidence sur le PIB national.

      Ces « erreurs » ne doivent en fait pas grand-chose au hasard. Dans un pays qui a longtemps fait de la croissance économique sa priorité absolue, chaque responsable communiste est surtout jugé sur sa contribution à cette grande cause nationale. Quels que soient les moyens employés.

      Aujourd’hui, alors que le président Xi Jinping concentre plus de pouvoirs que n’importe quel dirigeant depuis Mao, chaque responsable, chaque institution est d’abord et avant tout à son service. Y compris, bien sûr, le Bureau national des statistiques. Le début du communiqué portant sur la croissance au mois d’août l’illustre jusqu’à la caricature : « En août, sous la direction de la pensée de Xi Jinping sur le socialisme aux caractéristiques chinoises pour une nouvelle ère, toutes les régions et les départements ont mis en œuvre les décisions et les dispositions prises par le comité central du PCC et le gouvernement, et l’économie nationale a maintenu un bon rythme de croissance régulière. » Nous voilà rassurés : Disraeli n’est pas mort.


  • Who needs democracy when you have data? - MIT Technology Review
    https://www.technologyreview.com/s/611815/who-needs-democracy-when-you-have-data

    Hu Jintao, China’s leader from 2002 to 2012, had attempted to solve these problems by permitting a modest democratic thaw, allowing avenues for grievances to reach the ruling class. His successor, Xi Jinping, has reversed that trend. Instead, his strategy for understanding and responding to what is going on in a nation of 1.4 billion relies on a combination of surveillance, AI, and big data to monitor people’s lives and behavior in minute detail.

    As far as we know, there is no single master blueprint linking technology and governance in China. But there are several initiatives that share a common strategy of harvesting data about people and companies to inform decision-making and create systems of incentives and punishments to influence behavior. These initiatives include the State Council’s 2014 “Social Credit System,” the 2016 Cybersecurity Law, various local-level and private-enterprise experiments in “social credit,” “smart city” plans, and technology-driven policing in the western region of Xinjiang. Often they involve partnerships between the government and China’s tech companies.

    The most far-reaching is the Social Credit System, though a better translation in English might be the “trust” or “reputation” system. The government plan, which covers both people and businesses, lists among its goals the “construction of sincerity in government affairs, commercial sincerity, and judicial credibility.” (“Everybody in China has an auntie who’s been swindled. There is a legitimate need to address a breakdown in public trust,” says Paul Triolo, head of the geotechnology practice at the consultancy Eurasia Group.) To date, it’s a work in progress, though various pilots preview how it might work in 2020, when it is supposed to be fully implemented.

    Blacklists are the system’s first tool. For the past five years, China’s court system has published the names of people who haven’t paid fines or complied with judgments. Under new social-credit regulations, this list is shared with various businesses and government agencies. People on the list have found themselves blocked from borrowing money, booking flights, and staying at luxury hotels. China’s national transport companies have created additional blacklists, to punish riders for behavior like blocking train doors or picking fights during a journey; offenders are barred from future ticket purchases for six or 12 months. Earlier this year, Beijing debuted a series of blacklists to prohibit “dishonest” enterprises from being awarded future government contracts or land grants.

    A few local governments have experimented with social-credit “scores,” though it’s not clear if they will be part of the national plan.

    “The idea of social credit is to monitor and manage how people and institutions behave,” says Samantha Hoffman of the Mercator Institute for China Studies in Berlin. “Once a violation is recorded in one part of the system, it can trigger responses in other parts of the system. It’s a concept designed to support both economic development and social management, and it’s inherently political.” Some parallels to parts of China’s blueprint already exist in the US: a bad credit score can prevent you from taking out a home loan, while a felony conviction suspends or annuls your right to vote, for example. “But they’re not all connected in the same way—there’s no overarching plan,” Hoffman points out.

    One of the biggest concerns is that because China lacks an independent judiciary, citizens have no recourse for disputing false or inaccurate allegations.

    In the last two years thousands of checkpoints have been set up at which passersby must present both their face and their national ID card to proceed on a highway, enter a mosque, or visit a shopping mall. Uighurs are required to install government-­designed tracking apps on their smartphones, which monitor their online contacts and the web pages they’ve visited. Police officers visit local homes regularly to collect further data on things like how many people live in the household, what their relationships with their neighbors are like, how many times people pray daily, whether they have traveled abroad, and what books they have.

    All these data streams are fed into Xinjiang’s public security system, along with other records capturing information on everything from banking history to family planning. “The computer program aggregates all the data from these different sources and flags those who might become ‘a threat’ to authorities,” says Wang. Though the precise algorithm is unknown, it’s believed that it may highlight behaviors such as visiting a particular mosque, owning a lot of books, buying a large quantity of gasoline, or receiving phone calls or email from contacts abroad. People it flags are visited by police, who may take them into custody and put them in prison or in reeducation camps without any formal charges.

    #Chine #Surveillance #Social_ranking #Social_credits


  • The U.S. Can’t Afford to Demonize China – Foreign Policy
    https://foreignpolicy.com/2018/06/29/the-u-s-cant-afford-to-demonize-china

    The relationship between Beijing and Washington is collapsing fast, to everyone’s detriment.

    The United States and China’s lengthy track record of constructive engagement is disintegrating at an alarming rate, requiring a major correction by both sides. Despite U.S. President Donald Trump’s occasional talk of his “truly great” connection with Chinese President Xi Jinping, and Xi’s constant references to “win-win” outcomes all round, recent policies and actions — especially on the U.S. side — have created an enormously destructive dynamic in the relationship.

    In the case of the United States, this dynamic is most clearly driven by excessively critical, often hostile, authoritative U.S. strategy documents such as the recently issued National Security and National Defense Strategies, similar statements by senior U.S. officials, and U.S. economic policy shifts — including grossly ill-conceived tariffs — that all envision Beijing as a “revisionist” power that threatens all Americans hold dear.

    American journalists reinforce this dim view of U.S.-Chinese relations. Almost daily, pundits unveil new aspects of China’s perfidy, ranging from Chinese attempts to undermine intellectual freedom at U.S. universities to China’s sinister debt traps designed to ensnare and control developing countries.

    This steady drumbeat of criticism assumes that every Chinese gain comes at American expense, and that past U.S. policymakers and experts have long overlooked the hostility of the Chinese regime. These critics conclude that any cooperation with China must take a back seat to the imperative of pushing back against the growing threat through all means possible. This hyperbole often reaches stratospheric heights, as Washington Post columnist Josh Rogin wrote last December:

    Washington is waking up to the huge scope and scale of Chinese Communist Party influence operations inside the United States, which permeate American institutions of all kinds. China’s overriding goal is, at the least, to defend its authoritarian system from attack and at most to export it to the world at America’s expense.


  • En Chine, des citoyens sous surveillance

    https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/06/15/en-chine-des-citoyens-sous-surveillance_5315522_3234.html

    La ville de Suqian, une agglomération de cinq millions d’habitants, teste un système de notation des personnes et des entreprises censé instaurer une société plus fiable.

    Avec ses cheveux courts noirs, qui commencent à grisonner sur les tempes, ses épais sourcils et ses quelques rides au front, M. Jiang a l’air soucieux. Il portait une chemise à gros carreaux rouges et noirs le jour de sa photo d’identité. Le 3 mai, à 11 h 01 et 16 secondes, au croisement de la rue du Lac de l’ouest et de l’avenue du Peuple, à Suqian, M. Jiang a traversé alors que le bonhomme était rouge. Le lendemain, son visage était affiché sur des écrans de trois mètres carrés sur des dizaines de carrefours dans cette agglomération de cinq millions d’habitants située au cœur du Jiangsu, une province côtière au nord de Shanghaï. En alternance, on pouvait aussi voir les photos de M. Li et d’autres passants traversant au rouge.

    Le 3 mai, MM. Jiang et Li, dont la ville a masqué les prénoms et certains chiffres de leur carte d’identité, ont déjà perdu 20 points sur leur note de confiance qui en compte 1 000. Pour récupérer leurs « crédits sociaux », ils devront faire preuve de sens civique en donnant leur sang, en se distinguant comme travailleur modèle ou en réalisant des « bonnes actions ». Suqian est une ville pilote d’un système de notation qui vise à améliorer la confiance entre les citoyens. Grâce à de bons et de mauvais points, les autorités voudraient pousser les Chinois à être plus « civilisés » (wenming), à se comporter en honnêtes gens.

    Plusieurs systèmes sont testés actuellement. Les institutions chinoises (banques, assurances, justice, transports…) sont poussées à mettre sur pied des listes noires de personnes sanctionnées pour avoir voyagé sans ticket, gardé une dette impayée ou diffamé… autant de façons de se retrouver interdit de prendre le train à grande vitesse, l’avion, ou d’aller à l’hôtel. Dans certaines villes, les entreprises doivent aussi passer un audit et recevoir une note, avant de répondre à des appels d’offres. Enfin, le projet le plus inquiétant, mais le plus lointain consiste à généraliser la notation globale à l’ensemble des Chinois.

    Un système incitatif

    Suqian est un bon exemple de la politique du gouvernement, et de ses limites. Le 20 avril, tous les habitants, sauf ceux possédant un casier judiciaire, ont reçu une note de 1 000 points que leurs bonnes ou mauvaises actions feront changer au fil du temps. Un don du sang rapporte 50 points. Idem pour une mission de volontariat, une distinction de « travailleur modèle » ou de « bon samaritain » (aider quelqu’un en détresse). Au contraire, payer ses factures en retard peut faire perdre entre 40 et 80 points. Un casier judiciaire, une condamnation, même purgée, ou la présence sur une liste noire coûtent entre 100 et 300 points, selon les faits reprochés. Une bonne note donne droit à des réductions sur la carte de transports publics, un accès prioritaire à l’hôpital, des entrées gratuites pour les équipements sportifs de la ville.

    Une mauvaise note, en revanche, ne change rien. Le système grand public est donc, à ce stade, purement incitatif, contrairement à ce que pourrait laisser penser la propagande, y compris à Suqian. A l’entrée de la mairie, des slogans défilent en jaune sur un grand écran rouge : « Les gens de confiance peuvent marcher tranquillement sous les cieux, ceux qui ne sont pas dignes de confiance ne peuvent pas faire un seul pas », dit l’un des messages. Le slogan est issu du document qui définit le projet, l’« Ebauche de plan pour la construction d’un système de crédit social, 2014-2020 », publié par le Conseil des affaires d’Etat en 2014.

    Mais la réalité est plus complexe. « Peut-être que certains, au gouvernement, adoreraient avoir un instrument de type “panopticon”, un œil permettant de tout voir, mais d’autres ont dû rappeler que ce ne serait pas légal et que les gens ne soutiendraient pas le projet, analyse Jeremy Daume, chercheur spécialiste du droit chinois et auteur du blog China Law Translate qui couvre régulièrement le sujet. Le projet a dû passer par des juristes, des gens habitués à écrire des textes de loi qui savent très bien qu’on ne peut pas simplement ajouter des peines pour des faits sans base légale. Ils ont dû atténuer le projet pour le mettre en accord avec la loi. »

    A la mairie de Suqian, grand bâtiment moderne, la municipalité s’est efforcée de faciliter les démarches administratives en créant un seul guichet chargé des questions relatives aux crédits sociaux. Derrière son bureau, une jeune employée souriante montre l’application sur son téléphone portable : elle a 1 020 points. La plupart des visiteurs sont des entrepreneurs, ou des enseignants obligés d’imprimer un bilan de leur situation personnelle appelé « Rapport de fiabilité »pour candidater à un poste ou créer leur entreprise. Les critères étudiés sont les mêmes que pour la « note de confiance », mais ce document, à valeur légale, se contente d’indiquer que tout est en règle. Tous les habitants interrogés considèrent que le système est une bonne chose, reprenant en chœur la propagande officielle.

    Le système n’est-il pas un peu intrusif ? « Ce sont des informations que la ville a déjà, tempère une quadragénaire aux longs cheveux noirs de jais, qui veut ouvrir un salon de coiffure. Je ne vois pas ce qu’il y a de mal, cela va inciter les gens à être plus polis et à faire plus attention. » Lin Junyue, le théoricien du système de crédits sociaux en Chine, balaie l’accusation : « En Chine, ceux qui demandent le respect de la vie privée, ce sont les gens célèbres, les élites, les hommes d’affaires. Les paysans, les ouvriers, ils se fichent bien de leur vie privée. »

    Le big data facilite le projet

    A l’origine, le système a été pensé pour l’économie. La réflexion a commencé à la fin des années 1990, en pleine crise asiatique. Le ralentissement fait poindre des problèmes de fond, jusqu’ici masqués par la croissance forte. « Par le passé, la Chine était fondée sur le communisme, avec un système de contrôle strict. Mais la Révolution culturelle a plongé le pays dans le chaos. Depuis la période de réforme et d’ouverture [à partir de 1978], la Chine est entrée dans l’économie de marché sans établir de système de confiance. Les gens se sont enrichis, mais la confiance n’est toujours pas là : selon une récente étude de l’Académie des sciences sociales de Chine, 70 % des Chinois ne font pas confiance à leurs compatriotes, ni aux institutions publiques », précise Lin Junyue, aujourd’hui directeur du département des crédits sociaux pour la China Market Society, un think tank gouvernemental.

    Le père du projet, qui y travaille depuis dix-neuf ans, reconnaît des limites aux expérimentations actuelles. « Les gouvernements locaux prennent parfois des mesures excessives contre les gens qui sont sur les listes noires, comme d’afficher leur nom sur des grands écrans. Mais cela a permis d’accélérer le paiement de pénalités infligées par la justice dans un cas sur quatre. Avec les moyens légaux habituels, peut-on atteindre de tels résultats ? Les excès sont compréhensibles, le système n’en est qu’à la période de test, il faudra vingt ans, peut-être cinquante ans pour qu’il arrive à maturité. En attendant, les victimes peuvent toujours poursuivre les autorités locales », plaide-t-il.

    Le projet avance peu jusqu’en 2012, quand le président Hu Jintao évoque un système d’évaluation scientifique du niveau de crédit des personnes, des entreprises et des gouvernements locaux. Un plan d’action est publié en 2014, et le projet est poursuivi par son successeur, Xi Jinping, qui n’a cessé de renforcer l’autorité du Parti communiste et le contrôle de la société civile. L’ère du big data, la numérisation et l’abondance de données disponibles facilitent le projet. Mais le terme devient aussi un concept à la mode, utilisé pour désigner toutes sortes de projets, publics, ou privés, comme le « crédit sesame », une note de crédit donnée par Alibaba aux clients de ses plates-formes de commerce en ligne.

    A Suqian, la notation des entreprises est aussi une réalité. Comme celles cotées en Bourse ou les Etats, qui sont évalués par des agences de notation, les entreprises locales désireuses de répondre à des appels d’offres doivent d’abord être évaluées par des sociétés spécialisées qui leur délivrent une note, allant de « AAA » à « D ». Une vingtaine d’entre elles pratiquent ces audits qui couvrent les finances, mais aussi la conformité de leurs pratiques avec les réglementations sociales et environnementales. Suqian Tongchuang Credit Guarantee est la seule société d’Etat parmi les vingt du secteur. Un gage de qualité, assure une jeune employée.

    Gare à ceux qui tenteraient d’abuser Suqian Tongchuang Credit Guarantee ! A l’étage, un autre département propose des prêts aux entreprises. Dans une salle, un mur est couvert d’écrans, qui retransmettent en direct les images de caméras de surveillance installées dans les usines des clients. « Les prêts sont garantis par les inventaires de nos clients. Nous gardons un œil dessus en permanence, décrit un jeune salarié assis devant les écrans. Si jamais un patron indélicat tentait de tout vendre avant de disparaître, nous pouvons réagir rapidement », explique-t-il. Le contrôle des clients est poussé : « Si le montant est élevé, nous avons aussi des employés à demeure, dans les usines ». La confiance ne règne pas, en Chine.


  • Les liaisons à risques du #CICR

    Les relations du Comité international de la Croix-Rouge avec le secteur privé et la double casquette de son président, #Peter_Maurer, également membre du conseil de fondation du #World_Economic_Forum, font courir le risque que le CICR soit perçu comme partial. La sécurité des délégués sur le terrain est en jeu.

    C’était le 9 octobre 2017. Sans tambour ni trompette, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) déclarait mettre fin avec effet immédiat au partenariat qu’il entretenait avec la multinationale LafargeHolcim. Cette dernière était l’une des douze sociétés appartenant au Corporate Support Group du CICR, un groupe de partenaires stratégiques du secteur privé. Motif : LafargeHolcim (LH), entreprise née de la fusion entre la société suisse Holcim et le français Lafarge lancée en 2014 et effective en 2015, est accusée d’avoir financé des groupes djihadistes en Syrie, dont l’organisation Etat islamique, à travers sa filiale Lafarge Cement Syria (LCS) et la cimenterie de Jalabiya.

    La justice française a depuis mis en examen sept cadres de la société soupçonnés de « financement du terrorisme ». Dans sa communication de l’automne dernier, le CICR est explicite : il « n’a pas travaillé avec LH ou avec Lafarge en Syrie, et n’a aucune connexion avec la situation complexe dans laquelle se trouve LH actuellement. »
    L’affaire LafargeHolcim

    L’exemple soulève la question des rapports du CICR avec ses partenaires privés. Pour l’organisation, fondée en 1863 par Henri Dunant et dont la mission est de rendre visite aux détenus, de fournir protection, assistance et aide humanitaire aux victimes de conflits armés et de promouvoir le respect du droit international humanitaire, l’alerte est chaude. Elle l’est d’autant plus que le CICR met du temps à réagir. Le Monde publie sa première enquête le 21 juin 2016 sous le titre : « Comment le cimentier Lafarge a travaillé avec l’Etat islamique en Syrie. »

    Face à ces révélations, le CICR réévalue ses procédures. Mais pas de remise en question immédiate du partenariat avec #LafargeHolcim. Selon un document interne envoyé au même moment aux délégations et que Le Temps s’est procuré, le CICR avance que « bien qu’à ce stade, la probabilité que les médias approchent le CICR au sujet du soutien qu’il reçoit de LH soit très faible, les lignes ci-dessous devraient aider à gérer de telles demandes ». Les collaborateurs sont censés mentionner des projets développés en commun par LH et le CICR, notamment au Nigeria. Le siège continue à relativiser : « Les accusations contre LH au sujet du comportement de son équipe en Syrie doivent encore être prouvées. »

    A Genève, on ne prend pas la mesure de l’urgence : le président du CICR Peter Maurer et le chef de la délégation du CICR au Nigeria signent le 21 octobre 2016 à Lagos un protocole d’accord avec Lafarge Africa Plc. Le partenariat prévoit notamment de « renforcer la position de Lafarge sur le marché du ciment dans le nord-est du Nigeria ». Une phrase qui provoque une vive discussion à l’interne. Quatre jours plus tard, pourtant, la rupture avec LH est annoncée : « La révision [du partenariat] a révélé que la controverse […] avait le potentiel d’impacter négativement les opérations, la réputation et la crédibilité du CICR avec des acteurs clés, y compris sur le terrain. » En dépit de la volte-face, le malaise persiste. Etait-il opportun d’avoir un partenariat avec Holcim, dont le président du conseil d’administration jusqu’en mai 2014 (après la fusion avec Lafarge), Rolf Soiron, siégeait dans le même temps au Conseil de l’Assemblée, l’organe suprême du CICR ?
    Les risques de conflit d’intérêts

    Le partenariat avec LafargeHolcim n’étant plus d’actualité, l’affaire pourrait s’arrêter là. C’est compter sans un groupe de 25 membres honoraires, d’anciens dirigeants, chefs des opérations et de délégation du CICR. Dans un document qu’ils envoient au siège du CICR en décembre 2017 intitulé « L’indépendance et la neutralité du CICR en péril », ils affirment vouloir nourrir un débat qu’ils jugent « existentiel ». Leur intention, précisent-ils au Temps, n’est pas de « casser » une organisation qu’ils continuent d’aimer.

    Le réflexe pourrait être de voir dans cette mobilisation un combat d’arrière-garde entre des anciens, dépassés, et des nouveaux, progressistes. Or l’inquiétude dépasse largement ce cercle et provient aussi des délégués actifs sur le terrain. Elle ne porte pas tant sur la collaboration avec le secteur privé que sur les conditions dans lesquelles celle-ci se matérialise. Cette inquiétude est exacerbée par plusieurs facteurs : face aux multiples crises humanitaires et à leur complexité croissante, face à l’irrespect crasse du droit international humanitaire, le CICR évolue dans un contexte extraordinairement difficile. Il est présent dans 86 pays et emploie 18 000 collaborateurs. Son travail, remarquable, est reconnu.

    Si nombre d’entreprises privées ont régulièrement soutenu l’auguste institution, elles l’ont surtout fait sous une forme philanthropique. « Aujourd’hui, c’est davantage du donnant-donnant », explique Marguerite Contat, ex-cheffe de délégation qui craint que l’indépendance et l’impartialité du CICR ne soient remises en question. Un vocabulaire qui fait écho au slogan « win-win » familier du World Economic Forum (#WEF), mais qui s’inscrit aussi dans la transformation en partie entamée à l’ONU au début des années 2000 par Kofi Annan sous le nom de « #Global_Compact », un concept de promotion du #partenariat_public-privé. Le document rédigé par le groupe des 25 met en garde : « L’institution ne peut se permettre de mettre en péril le formidable capital de confiance qu’elle a accumulé au cours de son siècle et demi d’existence […]. Il ne suffit pas, pour le CICR, de se proclamer neutre et indépendant, encore faut-il qu’il soit reconnu comme tel par toutes les parties concernées. »

    On l’aura compris : les craintes exprimées touchent à un aspect central de l’action du CICR : la perception qu’ont de lui les acteurs locaux, qu’il s’agisse de groupes armés non étatiques, d’Etats ou de groupes terroristes. Les principes ne sont pas gravés dans le marbre une fois pour toutes, déclarait pourtant Peter Maurer lors d’un symposium consacré en 2015 aux « principes fondamentaux dans une perspective historique critique ». Ils sont fonction de l’époque.

    Sous la présidence de Jakob Kellenberger (2000-2012), le CICR a institué un partenariat stratégique avec douze sociétés réunies dans ce qu’il appelle le Corporate Support Group (CSG). L’apport de chacune est d’un demi-million par an sur six ans. Leur contribution financière est marginale, soit moins de 4% du financement assuré par les Etats contributeurs. Mais pour le CICR, appelé à répondre à des besoins humanitaires qui explosent, ce soutien est nécessaire. Dans cette logique, le récent partenariat conclu avec la société danoise Novo Nordisk a du sens. Peter Maurer le justifiait récemment devant l’Association des correspondants du Palais des Nations (Acanu) : « Non, ce n’est pas de la philanthropie. Nous n’obtenons pas les médicaments [anti-diabète] de Novo Nordisk gratuitement. Mais ceux-ci peuvent être fournis à des populations vulnérables à des prix plus favorables. »
    Perception du CICR, un acquis fragile

    Difficile par ailleurs de demander au contribuable d’en faire davantage, la Confédération appuyant le CICR déjà à hauteur de 148 millions de francs (2017). Le financement par les Etats soulève aussi son lot de questions. Un ancien haut responsable de l’institution le souligne : « Les contributions versées par certains Etats relèvent plus de la stratégie de communication que d’un réel engagement humanitaire. » Un autre observateur ajoute : « Les Etats-Unis sont les premiers contributeurs étatiques du CICR. Or ils ont orchestré de la torture en Irak à partir de 2003. »

    Au CICR, on le martèle : le monde a changé. Gérer simplement l’urgence humanitaire ne suffit plus. Il faut « inscrire l’urgence dans la durée », dans le développement durable d’un Etat, d’une communauté. Le savoir-faire du secteur privé peut s’avérer utile pour améliorer des situations humanitaires catastrophiques lorsque les services de l’Etat se sont effondrés. Mais qu’obtiennent en contrepartie les entreprises stratégiques du CSG, hormis la possibilité d’utiliser le logo du CICR ? Membre du CSG depuis 2008, Credit Suisse y trouve son compte. Son porte-parole Jean-Paul Darbellay s’en explique : « Grâce à ce partenariat, nous bénéficions de nombreux échanges de connaissances et partageons notre expertise dans de plusieurs domaines d’activité : marketing, ressources humaines, collectes de fonds. »

    Credit Suisse apporte aussi son expertise au « WEF Humanitarian System Global Future Council présidé par Peter Maurer ». En aidant le CICR, la fondation néerlandaise Philips, membre du CSG, n’a pas d’objectifs commerciaux. Elle a développé avec lui un kit d’instruments pour la détection précoce des grossesses à haut risque dans des communautés fragiles ayant un accès limité à des services de santé. La société Roche n’attend pour sa part aucun « retour matériel sur investissement ».
    Un rôle flou

    « Notre intérêt, explique au Temps Yves Daccord, directeur général du CICR, réside surtout dans l’échange de compétences avec le secteur privé. Avec Swiss Re, nous avons un intérêt à coopérer avec le secteur de la réassurance. En Syrie, si on laisse le système s’effondrer, cela aura un énorme impact humanitaire. » Les critiques estiment toutefois que le CICR en fait trop en aidant ses partenaires à développer des activités économiques là où il est présent. Yves Daccord s’en défend : « Il est exclu que le CICR fournisse des renseignements situationnels à ses partenaires. Ce serait de la folie. » Devant l’Acanu, Peter Maurer précise : « Nous ne sommes pas impliqués dans la reconstruction. » Mais le président du CICR n’hésite pas à sensibiliser les partenaires stratégiques en les amenant sur le terrain. Lors d’une visite en Colombie en janvier 2017, lors de laquelle il rencontra le président Juan Manuel Santos, il avait « dans ses bagages » l’Avina Stiftung, Holcim Colombia ou encore Nespresso.

    Professeur émérite de l’Université du Nebraska et auteur du livre ICRC : A Unique Humanitarian Protagonist, David Forsythe connaît bien l’institution et salue son travail de terrain. Il questionne toutefois le rôle flou du CICR avec ses partenaires : « Personne ne remet en question la nécessité de travailler avec le secteur privé. Mais si cette coopération devait permettre aux entreprises partenaires de faire de l’argent, cela poserait un problème sérieux au vu de la mission strictement humanitaire du CICR. Et certaines multinationales pourraient chercher à redorer leur image en soutenant une telle organisation humanitaire. Il en va de même pour le choix par cooptation des membres de l’Assemblée du CICR. Il faut s’assurer qu’ils soient irréprochables et qu’ils ne soient pas sujets à des conflits d’intérêts. »
    La proximité avec le WEF critiquée

    L’autre aspect qui fait débat aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur du CICR, c’est la double casquette de Peter Maurer, président du CICR depuis 2012 et membre du conseil de fondation du World Economic Forum (WEF) depuis novembre 2014. Cette double appartenance interpelle même les actuels collaborateurs. Après un message envoyé le 12 avril 2017 par le siège pour sonder les délégations et que Le Temps a pu consulter, l’une de ces dernières relève que la double casquette « met automatiquement le CICR du côté des puissants et des riches ». Les délégués sur le terrain pourraient en subir les conséquences.

    Or, explique une seconde délégation, le CICR est une institution « qui se présente comme ontologiquement proche des victimes ». Une autre délégation déplore l’association formelle au WEF alors que « le CICR a déployé d’énormes efforts durant la dernière décennie pour se débarrasser de son étiquette occidentale ». Elle se pose une question rhétorique : que se passerait-il si les FARC, le mouvement révolutionnaire colombien d’obédience marxiste, négociant avec le CICR, apprenait que le président du CICR était aussi au conseil de fondation du WEF, une organisation qui défend le libéralisme économique ? Le sondage semble avoir eu peu d’effet. Le mandat de Peter Maurer au WEF a été renouvelé sans problème en 2017. « On ne tient pas compte de nos remarques, explique un responsable encore en fonction. Nous sommes mis devant un fait accompli. » La direction élude le débat. Le sujet est devenu tabou.

    Le double mandat de Peter Maurer peut cependant prêter à confusion. Le 11 mai 2017, le président du CICR se rend à Kigali pour une réunion du WEF Afrique. Il y est invité par la ministre rwandaise des Affaires étrangères. Après quelques hésitations, Peter Maurer accepte l’invitation. La délégation du CICR à Kigali essaie de lui arranger un rendez-vous avec le président du Rwanda. En vain. Il faudra l’appel de Klaus Schwab, président du WEF, pour inciter Paul Kagame à rencontrer le patron du CICR. « Pendant seize minutes, tous deux ne parlent que du CICR, explique au Temps une personne qui était sur place. Pour Paul Kagame, il n’y avait pas de confusion possible : Peter Maurer parlait au nom du CICR. »

    Jugeant le WEF complaisant à l’égard des Emirats arabes unis et de l’Arabie saoudite, un ex-haut responsable du CICR en convient : « Cela n’a pas eu d’effet mesurable pour l’instant. Mais un accident n’est pas exclu. Je rappelle qu’au Yémen, le CICR est la seule organisation capable de parler à tous les acteurs. » Or ce sont les deux pays précités qui ont orchestré le blocus économique du Yémen, aggravant la situation humanitaire. Par ailleurs, être formellement associé au WEF est « risqué pour les délégués, notamment en Syrie, poursuit-il. Au WEF, plusieurs acteurs ont expliqué comment éliminer l’Etat islamique. » Le professeur David Forsythe avertit : « Si des acteurs locaux venaient à apprendre le mandat de Peter Maurer au WEF, cela pourrait devenir un sérieux problème. »
    L’exemple douloureux du Biafra

    La question de sa perception n’est pas anodine pour une organisation qui souhaite avoir accès à tous les belligérants. Car son image est parfois fragile. Le CICR en a fait l’expérience au moment de la crise du Biafra à la fin des années 1960, quand des gardes en uniforme du président de la Guinée équatoriale montèrent avec leurs motos à bord d’avions de la Croix-Rouge suédoise marqués du sigle générique de la Croix-Rouge. La scène aurait été filmée par un Hollandais.

    En Afrique, il faudra des années au CICR pour se débarrasser de cette fausse nouvelle selon laquelle il aurait participé à un trafic d’armes… Or c’était il y a près de cinquante ans. Aujourd’hui, à l’heure des réseaux sociaux, le risque de dégât d’image est décuplé. Peter Maurer le reconnaît lui-même : « Mon organisation ne bénéficie pas d’une neutralité garantie. C’est quelque chose que vous obtenez en établissant des relations de confiance avec les parties au conflit. Gagner leur confiance est un combat quotidien. » A propos de la tragique mort récente d’un collaborateur du CICR au Yémen, des délégués le déplorent sur le réseau Alumni Networks du CICR. Il aurait été abattu « parce qu’il était du CICR ». Etait-ce déjà une question de perception de l’organisation ?

    Yves Daccord comprend les arguments critiques par rapport au WEF, mais les conteste. « Notre choix stratégique ne consiste pas à observer, mais à faire partie de la discussion. Depuis huit ans, notre engagement a considérablement augmenté. Nous avons désormais une présence diplomatique dans les capitales des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU. Nous poursuivons une stratégie d’influence croisée pour renforcer notre discours humanitaire. » Dans cette logique, le WEF est une plateforme très utile où sont présents bon nombre d’acteurs (multi-stakeholders) auprès desquels le CICR peut exercer son influence pour renforcer son message humanitaire. « Quand le président chinois Xi Jinping est à Davos, qu’il rencontre le conseil de fondation du WEF et qu’il voit Peter Maurer, c’est important. Cela permet au CICR d’établir rapidement un lien avec le dirigeant chinois. Il faut nous juger sur nos objectifs, non sur une image arrêtée de la situation. »
    Changement de culture

    Au CICR, le choc des cultures est une réalité. Le monde a changé et l’institution genevoise aussi. Peter Maurer est beaucoup sur le terrain : en Libye, au Yémen, en Syrie. On reconnaît à cet ex-ambassadeur de Suisse auprès de l’ONU à New York un grand talent diplomatique qui lui a valu de rencontrer les grands de la planète : Xi Jinping, Vladimir Poutine, Barack Obama. En termes de budget, l’organisation atteint désormais les 2 milliards. Pour les uns, c’est une course à la croissance effrénée par laquelle le CICR s’éloigne de sa mission spécifique de protection des civils pour embrasser toute une série d’activités de développement propres à une « agence para-onusienne ».

    Pour d’autres, c’est le génie de Peter Maurer qui a su réaliser qu’il fallait voir l’humanitaire dans une dimension plus large. Yves Daccord l’admet : « Oui, la culture de la maison a changé. » Le professeur David Forsythe met toutefois en garde : « Attention au style de management vertical propre à une grande multinationale. Malgré son excellente image et sa réputation, voyons si le CICR est toujours capable, au vu de ce management, d’attirer des délégués aussi engagés, dont il ne faut pas oublier qu’ils risquent leur vie sur le terrain. » Le CICR, semble-t-il sous-entendre, ne peut être soumis à une culture managériale identique à celle d’une multinationale, car en fin de compte, ce sont les gens du terrain qui sont sa raison d’être.

    https://www.letemps.ch/monde/liaisons-risques-cicr
    https://www.letemps.ch/monde/liaisons-risques-cicr
    #Lafarge #Syrie #conflit_d'intérêts #Lafarge #Holcim


  • Chine et Eurasie. Le chantier - très géopolitique - des #Routes_de_la_soie

    https://www.diploweb.com/Le-chantier-tres-geopolitique-des-Routes-de-la-soie.html

    En cours de réalisation, le projet chinois des Routes de la soie est un véritable défi, moins technique que géopolitique. Mais à quel prix est-il réalisable, compte tenu du poids du passé et de la complexité des régions concernées ? Thierry Garcin démontre brillamment que les Routes de la soie participent d’une volonté patiente mais globale d’expansion chinoise : présence, influence, puissance. Ce tremplin vers l’Europe modifiera les rapports de force. Raison de plus pour chercher à en prendre ici la mesure.

    LE PROJET chinois des « Routes de la soie », qui plonge profondément dans l’histoire, a été officiellement lancé en 2013 par le président Xi Jinping. Il s’agit de développer des lignes de communication routières, ferroviaires et maritimes pour relier la Chine à l’Europe et à l’Afrique orientale. Sur le plan terrestre, l’Asie centrale et le Caucase du Sud ex-soviétique ainsi que l’Europe orientale, mais aussi l’Iran et la Turquie, sont directement concernés par cette véritable geste géopolitique chinoise. Sur le plan maritime, la Corne de l’Afrique et l’Afrique orientale constituent également un objectif d’importance. On voit donc qu’il s’agit d’un projet global, dont la réalisation demandera des décennies et qui s’appuie à ce stade sur la construction d’ambitieuses infrastructures, dont les Chinois sont des champions sur le plan technique.

    #chine #transport #corridors #transport_terrestre


  • Avoiding a Cold War in the High North - Bloomberg
    par l’amiral (en retraite) James G. Stavridis, ancien SACEUR…

    https://www.bloomberg.com/view/articles/2018-05-04/russia-is-gearing-up-for-a-cold-war-in-the-arctic

    In the classic Cold War novel (and fine 1965 film) "The Bedford Incident," a U.S. destroyer on a NATO mission tangles with a Soviet submarine in the frigid waters near the Arctic Circle. Mayhem ensues in a tautly described set of interactions that lead the world to the brink of nuclear war.

    Today, as we watch U.S. and Russia continue to confront each other around the world — from Syria to Ukraine to the cyber sphere — the High North is no exception. “Our goal is to make it a truly global and competitive transport route,” Putin said of the Arctic in a March address to the Russian Federal Assembly. China may also be getting into the game: President Xi Jinping recently met with Putin to discuss a collaborating on a kind of “frozen Silk Road.

    Clearly, the Arctic is dangerously close to becoming a zone of conflict. How can we achieve what our Canadian allies wistfully call “high north but low tension"?

    Bon, on ne voit pas en quoi les deux déclarations d’intérêt géopolitique des « méchants » élèvent le niveau de tension, mais bon, c’est un ancien patron de l’OTAN…

    La suite, n’est guère plus rassurante, car, hormis le point 2, appel au renforcement des moyens plus que classique chez un responsable militaire, les trois autres points laissent assez peu de place à un optimisme raisonnable vu l’approche états-unienne actuelle des relations internationales…

    First, the U.S. should invest in the international institutions that provide forums for dialog between Russia and the rest of the Arctic nations. At the top of the list is the Arctic Council, a loosely organized but bureaucratically functional international organization with all the Arctic nations (and many observer states as well, notably China). The council brings together both the foreign ministers and military chiefs from the member nations, and uniquely could hold a summit and convene the heads of state from every state with either geographic or economic interest.

    Second, the Pentagon must increase its ability to monitor and operate militarily in Arctic. Congress must allocate financing for at least half a dozen significant icebreakers, and joint private-public partnering could help develop a strategic plan for constructing appropriate infrastructure — from airfields to ports to offshore platforms.

    Third, Washington should seek zones of cooperation with Russia (and eventually China if it becomes a regional player). These could include using “science diplomacy” to jointly sponsor missions to measure environmental issues from warming sea temperatures to melting ice; conducting exercises to test our ability to respond to ecological disasters (including oil spills); practice search-and-rescue operations over wide areas (Canada has invested heavily in this); and so on.

    Finally, Americans simply need to pay more attention to the vast stretches of ocean and ice at the top of the world. The stakes — geopolitical competition, hydrocarbons, a fragile environment with global effects, the emergence over time of important shipping lanes — are enormous. We can avoid a real world Bedford Incident, but it will require attention, resources and imagination applied to the High North.

    #Arctique


  • Khartoum preparing upcoming visit of China’s president to Sudan: Ambassador

    April 22, 2018 (KHARTOUM) Sudan’s Foreign Ministry on Sunday said arrangements are underway for the upcoming visit of China’s President Xi Jinping to Sudan during this year.


    http://www.sudantribune.com/spip.php?article65248
    #Soudan #Chine #Chinafrique


  • China’s Vast Intercontinental Building Plan Is Gaining Momentum - Bloomberg

    https://www.bloomberg.com/news/articles/2018-04-09/china-s-belt-and-road-gains-momentum-from-kunming-to-mombasa

    China’s massive build program to recreate trade routes stretching from Asia to Africa and Europe is gaining momentum.

    Since President Xi Jinping’s flagship Belt and Road project was announced about five years ago, it gave impetus to billions of dollars of Chinese investment — some of which were already in the pipeline for several years — to build railways, roads, ports and power plants.

    #transports #corridors #corridor_multimodal #corridor_international #chine #afrique #route_de_la_soie #asi centrale


  • La #Zad et la #guerre_civile_mondiale
    https://reporterre.net/La-Zad-et-la-guerre-civile-mondiale

    Il faut aller encore plus loin. Ce qui se passe à #Notre-Dame-des-Landes s’inscrit dans une guerre générale menée par l’oligarchie contre les peuples. L’actualité la plus immédiate vient de nous montrer comment le porte-parole des pauvres du Brésil, Lula, a été emprisonné au terme d’une ahurissante procédure, ou comment l’État israélien tue des manifestants et des journalistes dans la bande de Gaza. Ce ne sont que les derniers éclats d’une vague mondiale continue d’autoritarisme de la part des classes dirigeantes. Presque toute l’Amérique latine (Brésil, Chili, Argentine, Pérou, Guatemala,...) est passée sous la coupe de régimes durs qui appliquent la recette néo-libérale. En Chine, le président Xi Jinping a récemment renforcé son pouvoir. En Russie, Poutine règne en étouffant toute opposition. Aux Etats-Unis, Trump poursuit sa politique de dérégulation financière et environnementale sans contre-pouvoir réel. En Egypte, aux Philippines, en Pologne, en Inde, dans des dizaines de pays, on retrouve cette combinaison d’un pouvoir fort, défendant les intérêts de l’oligarchie, et détruisant l’environnement au nom de la croissance. De plus en plus, l’Europe évolue vers ce nouveau modèle d’oligarchie autoritaire. C’est en fait une guerre civile mondiale qui se déroule, une guerre que mènent les classes dirigeantes contre des peuples hébétés par la mondialisation, et contre les fractions qui parviennent encore à s’opposer à la stratégie du choc suivie par les capitalistes.

    80 tonnes de CO2 par an : les vrais criminels
    Un chiffre indique l’enjeu de ce qui n’est pas seulement une lutte sociale, mais bien une guerre à propos de l’avenir de l’humanité sur une planète en proie à une crise écologique historique : les membres du groupe des #1% les plus riches du globe émettent en moyenne chaque année 80 t de #CO2, soit neuf fois plus que la moyenne de la population mondiale (6,2 t). Autrement dit, les plus riches sont les plus pollueurs. Et vue la gravité du changement climatique et de ses impacts prévisibles, on peut dire que ces émetteurs de 80 t de CO2 par an sont véritablement des criminels.


  • Avec la #route_de_la_soie, la #Chine veut conquérir l’économie monde
    https://www.mediapart.fr/journal/international/310318/avec-la-route-de-la-soie-la-chine-veut-conquerir-leconomie-monde

    Au Kenya, la ligne Nairobi-Mombasa, financée par la Chine, a été inaugurée le 31 mai 2017. © Reuters Symbole et concrétisation des ambitions planétaires chinoises, le projet « La Ceinture et la route » a été lancé par le président Xi Jinping en octobre 2013. Ce vaste réseau d’infrastructures connectées sur trois continents entend ressusciter la fameuse route de la soie, par laquelle ont transité pendant des siècles la majorité des échanges Est-Ouest.

    #International


  • China’s Military Handed Control of the Country’s Coast Guard - Bloomberg
    https://www.bloomberg.com/news/articles/2018-03-26/military-control-of-china-coast-guard-adds-edge-to-sea-disputes

    China’s decision to give its top military body control over the country’s vast coast guard has increased concerns about the risk of miscalculation in the disputed waters of East Asia.

    The ruling Communist Party is transferring authority over Asia’s biggest coast guard fleet to the Central Military Commission from the civilian State Oceanic Administration, as part of a sweeping government overhaul announced last week in Beijing. That will give President Xi Jinping — China’s commander-in-chief — direct control over the ships that the country often relies on to assert territorial claims across the region.


  • Ces #autocrates qui organisent leur présidence à vie
    https://www.mediapart.fr/journal/international/110318/ces-autocrates-qui-organisent-leur-presidence-vie

    Vladimir Poutine et #Xi_Jinping, deux présidents “providentiels” qui jouent la même partition © Reuters Depuis une quinzaine d’années, de l’Afrique à l’Amérique latine, en passant par l’Asie et même l’Europe, des chefs d’État autoritaires font sauter les verrous de la limitation des mandats. Le dernier en date est le Chinois Xi Jinping, qui vient d’obtenir ce dimanche 11 mars l’aval du Parlement chinois. Face à ces « coups constitutionnels », les démocraties affaiblies se taisent.

    #International #Chine #Constitution #coup_constitutionnel #coups_d'Etat #démocratie #dictatures #Paul_Kagamé #Vladimir_Poutine


  • L’ère des #autocrates éternels ?
    https://www.mediapart.fr/journal/international/110318/l-ere-des-autocrates-eternels

    Vladimir Poutine et #Xi_Jinping, deux présidents “providentiels” qui jouent la même partition © Reuters Depuis une quinzaine d’années, de l’Afrique à l’Amérique latine, en passant par l’Asie et même l’Europe, des chefs d’État autoritaires font sauter les verrous de la limitation des mandats. Le dernier en date est le Chinois Xi Jinping, qui vient d’obtenir ce dimanche 11 mars l’aval du Parlement chinois. Face à ces « coups constitutionnels », les démocraties affaiblies se taisent.

    #International #Chine #Constitution #coup_constitutionnel #coups_d'Etat #démocratie #dictatures #Paul_Kagamé #Vladimir_Poutine



  • Les Émirats chassés de Somalie ?
    http://www.presstv.com/DetailFr/2018/02/28/553877/Corne-de-lAfrique-Les-Emirats-jouent-de-malheur

    Je serais à la place de MBS, je leur dirais de faire une coalition pour attaquer le Somalie et Djibouti.

    Et pourquoi pas l’Ethiopie, si j’en crois l’article arabe dont je mets le lien. @simplicissimus, ça a l’air super compliqué, et je te sens plus motivé que moi sur le sujet ;-)

    http://thenewkhalij.news/%D8%B3%D9%8A%D8%A7%D8%B3%D8%A9/%D8%A7%D9%84%D8%B5%D9%88%D9%85%D8%A7%D9%84-%D8%A7%D9%84%D8%A7%D8%AA%D)

    #fret_maritime #corne_de_l'afrique #émirats

    • Pouf, pouf !

      Deux choses distinctes, si je comprends bien. Mais pas tant que ça…

      • base navale à Berbera
      ça coince entre les EAU et le Somaliland. Pb, de qui s’agit-il Divers Marine Contracting LLC (citée dans l’article) est présente à Dubaï, à Abou Dhabi c’est Diver Marine Contracting LLC, à Sharjah (Head Office), Diver Shipping & Cargo and Ship Maintenance LLC, le tout dans un groupe du nom de Divers Group LLC (dont la (délicieuse) devise est Consider it done
      http://www.divers-marine.com/global-presence.html
      Ce même site mentionne une filiale dans la corne de l’Afrique, mais c’est à Bosasso au Puntland, donc en Somalie…

      Le litige porte sur une liaison routière Berbera-Wajale (à la frontière avec l’Éthiopie, sur la route vers Djidjiga, Harar (ô mânes de Rimbaud…) et (loin…) Addis-Abeba.

      • développement du port de Berbera
      Accord tripartite hier, jeudi, pour un projet de développement conjoint avec DP World aux manettes (filiale du fonds souverain Dubai World) avec 51%, le Somaliland (30%) et l’Éthiopie (19%)

      DP World Signs Agreement with Ethiopia, Somalia to Develop Port of Berbera | Asharq AL-awsat
      https://aawsat.com/english/home/article/1191896/dp-world-signs-agreement-ethiopia-somalia-develop-port-berbera
      https://www.youtube.com/watch?v=V6Q5tbitEXY

      Dubai’s state-owned DP World said on Thursday the Ethiopian government had taken a 19 percent stake in Somaliland’s Port of Berbera. The port operator said it would retain a 51 percent stake in the port and that Somaliland would retain 30 percent.

      DP World Group chairman and CEO Sultan Bin Sulayem lauded the strategic partnership, and stressed the role of partnerships between the public and private sectors in accelerating the pace of economic growth of countries.

      Bin Sulayem, said: “I am so excited about the prospects of working with the Ethiopian government. Ethiopia is home to approximately 110 million people."

      Accord dénoncé dès le lendemain par la Somalie (qui ne reconnait pas l’indépendance du Somaliland, pas plus qu’aucun autre pays d’ailleurs…)

      • MAIS…
      l’accord pour la base navale (février 2017) parlait (déjà…) de DP World (et on ne touche pas un mot de la liaison routière)

      Les Emirats arabes unis s’offrent une nouvelle base navale au Somaliland - RFI (article du 13/02/17, modifié (?) le 13/11/17…)
      http://www.rfi.fr/afrique/20170213-emirats-arabes-unis-base-navale-militaire-somaliland

      Les Émirats arabes unis (EAU) avaient déjà une base navale en Érythrée, ils en auront bientôt une seconde au Somaliland. Le Parlement de cette république auto-proclamée vient de lui donner son feu vert, en tout cas. Cette base doit renforcer la présence des Émirats dans la Corne de l’Afrique.

      Les EAU et le Somaliland sont sur le point de signer un bail de 25 ans. En 2042, donc, la base navale et aérienne deviendra la propriété du gouvernement de cette république auto-proclamée.

      En contrepartie, DP World, basé à Dubaï, troisième opérateur portuaire au monde, s’est engagé à agrandir le port de Berbera à l’horizon 2019 et à le gérer pendant 30 ans. Un contrat d’une valeur de plus de 400 millions d’euros.

      Ce port de commerce, l’un des rares en eau profonde de la Corne de l’Afrique, devrait renforcer le rôle économique de Berbera. L’Éthiopie s’en réjouit déjà, elle qui n’a aucun accès à la mer. Berbera est encore plus près d’Addis-Abeba que ne l’est Djibouti.

      Quant à la future base navale de Berbera, elle pourrait jouer un rôle stratégique dans la région. Il est probable que les EAU s’en servent dans le conflit qui, de l’autre côté de la mer Rouge, oppose le gouvernement du Yémen aux Houthis.

      Les Émirats, qui soutiennent Aden, utilisent déjà Assab, leur base en Erythrée, ou des avions de combat, y compris des Mirages, ont été déployés, selon la presse spécialisée. Pour la base d’Assab aussi, c’était du donnant-donnant. Pour s’y installer, les Émirats se sont engagés à moderniser l’aéroport d’Asmara.

      • Quant à Djibouti et Doraleh, on n’est pas sorti de l’auberge… le conflit est déjà ouvert, après un premier échec pour obtenir une renégociation en 2014, l’Assemblée nationale djiboutienne a passé une loi en novembre 2017 demandant la révision des contrats à caractère stratégique…

      Djibouti en conflit avec DP World sur le port de Doraleh - RFI (article du 24/02/18, modifié le 25/02/18)
      http://www.rfi.fr/afrique/20180224-djibouti-conflit-dp-world-port-doraleh-dubai

      Nouvelle escalade dans le conflit qui oppose le gouvernement de Djibouti à l’exploitant portuaire de l’émirat de Dubaï, DP World. Djibouti a repris la gestion du terminal de conteneur de Doraleh au nom des intérêts de la nation. Un conflit lourd de conséquences pour l’approvisionnement des pays de la Corne de l’Afrique.

      Le gouvernement de Djibouti a résilié le contrat de concession attribué à DP World en 2006 et repris la gestion directe du terminal portuaire de Doraleh, au nom de la souveraineté de l’Etat et des intérêts supérieurs de la nation. Et ce, de manière totalement illégale, selon Dubaï Ports World, l’un des plus grands gestionnaires d’installations portuaires au monde.

      DP World entend donc bien ne pas en rester là et a engagé une procédure devant la cour d’arbitrage international de Londres. Une cour qui s’est déjà prononcée en faveur du consortium de Dubaï dans le passé, quand Djibouti en 2014 avait déjà remis en cause le contrat qui les liait. Djibouti accusait l’opérateur portuaire d’avoir versé des pots-de-vin pour obtenir la concession de 50 ans.

      Ce conflit est lourd de conséquences et pas seulement pour les deux protagonistes, car le port en litige approvisionne les pays de la Corne de l’Afrique. Au premier rang desquels l’Ethiopie, dépourvue de façade maritime, qui dépend à 90% de ce port pour ses échanges commerciaux.

      • Cette dernière péripétie n’a en tous cas pas l’air d’avoir entamé l’optimisme de M. Bin Sulayem, comme on peut le voir sur la vidéo et qui doit certainement compter sur un arbitrage international favorable.
      De plus, avec Assab en Érythrée, Doraleh à Djibouti et Berbera au Somaliland, où les EAU disposent (ou vont disposer) de facilités, Djibouti va entrer en concurrence avec ses voisins pour garder son rôle de porte d’accès de et à l’Éthiopie. Pour le moment, il a l’avantage de la liaison ferroviaire toute neuve (et chinoise) reliant Djibouti à Addis Abeba.

      liaison inaugurée le 5 octobre 2016 et qui vient tout juste de commencer ses opérations commerciales, le 1er janvier 2018 (enfin, il paraît…)
      Chinese-built Ethiopia-Djibouti railway begins commercial operations - Xinhua | English.news.cn (article du 1er janvier 2018)
      http://www.xinhuanet.com/english/2018-01/01/c_136865306.htm

      The Chinese-built 756-km electrified rail project connecting landlocked Ethiopia to Djibouti officially started commercial operations on Monday with a ceremony held in Ethiopia’s capital Addis Ababa.

      Contracted by two Chinese companies, the first 320 km of the rail project from Sebeta to Mieso was carried out by the China Rail Engineering Corporation (CREC), while the remaining 436 km from Mieso to Djibouti port section was built by the China Civil Engineering Construction Corporation (CCECC).

      Bref, grandes manœuvres et compagnie. Ajoutes à cela ce qui se passe de l’autre côté de la Porte des Lamentations

      Enfin, tu remarqueras que tous les pays cités sont hautement démocratiques et connus pour la transparence de leurs décisions d’investissement…

    • A Djibouti, « la Chine commence à déchanter »
      http://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/02/05/a-djibouti-la-chine-commence-a-dechanter_5252153_3212.html


      Le président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh (à gauche) et le président chinois Xi Jinping, à Pékin, le 23 novembre 2017.
      Jason Lee / AFP

      Le torchon est-il en train de brûler ? Les entreprises chinoises qui espéraient décrocher des contrats dans la zone commencent à déchanter. Ainsi, les travaux des deux nouveaux aéroports confiés à China Civil Engineering Construction Corporation (CCECC) sont remis en cause. Celui d’Ali Sabieh, la deuxième ville de Djibouti, devait compter deux pistes d’atterrissage, avec la capacité de traiter 600 000 tonnes de fret par an. Le second devait quant à lui desservir le détroit de Bab Al-Mandeb, une zone stratégique pour le commerce international et pour la Chine.

      Mais les deux contrats signés par CCECC en janvier 2015 ont été brutalement remis en cause. La raison de la brouille n’est pas claire, personne ne souhaitant évidemment commenter, ni côté chinois, ni côté djiboutien. Electricité, transport, logistique… Les contrats sont tous plus ou moins remis en cause les uns après les autres, et rien n’est vraiment acquis pour les entreprises chinoises, qui apprennent sur le terrain la dure réalité des négociations dans une zone rongée par la corruption et les conflits politiques.

      Selon Africa Intelligence, l’exaspération des Chinois a atteint son comble lorsque le président Ismaïl Omar Guelleh est revenu sur sa promesse de leur laisser le monopole des zones franches dans le pays, ouvrant ainsi le jeu à des groupes indiens et émiratis. Une concurrence que vit très mal Pékin, qui pensait écraser tout le monde grâce à sa puissance militaire et financière et à ce fameux « partenariat stratégique ». Mais le jeu national est beaucoup plus complexe.

      Remarques :
      • le président Guelleh s’est rendu en Chine après le vote de l’Assemblée demandant le réexamen des contrats. Il a dû s’y faire sonner les cloches. Ce qui n’a, apparemment, pas empêché la remise en cause des contrats…
      • vu les articles qui précèdent, il se pourrait qu’il ait alors (ou un peu avant) découvert que le contrat de concession de DP World (de 2006, pour une durée de 30 ans) lui interdisait de confier d’autres zones portuaires à des tiers. Or, #OBOR, l’initiative stratégique des nouvelles routes de la soie a de grandes chances de comprendre un terminal multimodal à Djibouti.
      • or, c’est la Chine qui finance le développement de Doraleh, terminal multimodal dont la gestion est confiée à DP World, ainsi que Damerjog, spécialisé dans le bétail. J’imagine qu’elle y verrait bien un opérateur… chinois.

      Djibouti Starts Construction of Two Major Ports | World Maritime News
      (article de septembre 2013 où l’on retrouve Bin Sulayem, à l’époque former CEO de DP World)
      https://worldmaritimenews.com/archives/93197/djibouti-starts-construction-of-two-major-ports

      Djibouti President, Ismail Omar Guelleh, officially launched the construction of the Damerjog livestock port in Arta district and the multipurpose Doraleh port on Sunday.

      Also present was Somali Prime Minister, Abdi Farah Shirdon who was on an official visit to Djibouti, the former chief executive officer of Dubai’s DP World, Sultan Ahmed Bin Sulayem, and representatives from Ethiopia and South Sudan.

      Construction of the two ports is being funded by the China Merchants Group.

    • Pour La Tribune, à propos des développements récents à Djibouti (article du 24/02/18) parle des investissements de DP World et d’une durée de 50 ans pour la concession…

      Djibouti : le gouvernement rompt le contrat de l’exploitant portuaire DP World
      https://afrique.latribune.fr/politique/gouvernance/2018-02-24/djibouti-le-gouvernement-rompt-le-contrat-de-l-exploitant-portuair

      Le contentieux entre Djibouti et DP World remonte à 2014, suite à la plainte déposée contre l’opérateur portuaire émirati, dont le capital est détenu majoritairement par le gouvernement de Dubaï. Une action en justice justifiée par des accusations de paiements illégaux pour obtenir une concession portuaire d’une durée de 50 ans pour le Doraleh Container Terminal. Pour le cabinet présidentiel djiboutien, le contrat aurait pris fin après l’échec de la résolution du différend entre les deux parties survenu en 2012.

      Pour l’heure, les autorités djiboutiennes n’ont donné aucun détail sur la nature du différend qui les oppose à DP World, tout en rappelant que la décision de résilier l’accord de gestion vise à protéger la souveraineté nationale et l’indépendance économique du pays. Cette décision du président Guelleh a de fortes chances de mettre terme au contrat de concession signé en 2006. Le terminal a pour rappel connu son démarrage effectif en 2008.

      DP avait investi 400 millions de dollars pour la construction du terminal qui était géré par le Doraleh Container Terminal, détenu à hauteur de 66% par l’autorité portuaire djiboutienne et à 33% par l’opérateur émirati. La collaboration entre les deux partenaires se tend en 2015, lorsque le gouvernement djiboutien accuse DP World d’avoir versé des commissions occultes de plusieurs millions de dollars à Abdourahman Boreh, qui était à la tête de l’Autorité des ports et zones franches entre 2003 et 2008.

      L’entreprise est également accusée de fraude fiscale et de détournement de fonds publics. La procédure de résiliation lancée dans la foulée par Djibouti sera déboutée à Londres en février 2017. En réaction, le gouvernement Guelleh mettra en place une loi votée en octobre dernier, lui permettant de résilier unilatéralement des contrats publics liés à la réalisation de grandes infrastructures au nom de la souveraineté du pays.

      « Il convient de noter que le Doraleh Container Terminal sera désormais sous l’autorité de la Doraleh Container Terminal Manangement Company qui appartient à L’Etat », précise le communiqué du cabinet présidentiel.

      Bref, ça castagne dur et les Chinois ne sont pas réputés être tendres en affaire…

    • @simplicissimus : Heureusement, c’est plus calme dans la corne de la France ! Merci d’avoir débrouillé ce très gros sac de noeuds dont je n’imaginais même pas à quel point il était complexe. Le tout dernier lien sur le missile chinois est réjouissant si on peut dire...

    • Le nouvel exploitant (tout récemment devenu public…) du terminal de Doraleh fait affaire avec les singapouriens.

      Djibouti Signs New Container Terminal Deal – gCaptain
      http://gcaptain.com/djibouti-signs-new-container-terminal-deal

      Djibouti’s Doraleh Container Terminal Management Company has signed a deal with Singapore-based Pacific International Lines (PIL) to raise by a third the amount of cargo handled at the port, the country’s Ports and Zones Authority said on Tuesday.

    • Djibouti says its container port to remain in state hands
      https://www.reuters.com/article/us-djibouti-port/djibouti-says-its-container-port-to-remain-in-state-hands-idUSKCN1GQ1IB

      Djibouti’s container port will remain in state hands as the government seeks investment, a senior official said on Wednesday in comments likely to reassure Washington where lawmakers say they fear it could be ceded to China.

      The Doraleh Container Terminal is a key asset for Djibouti, a tiny state on the Red Sea whose location is of strategic value to countries such as the United States, China, Japan and former colonial power France, all of whom have military bases there.

      Djibouti last month terminated the concession of Dubai’s state-owned DP World to run the port, citing a failure to resolve a six-year contractual dispute.

      The cancellation accelerated diplomatic competition in Djibouti and renewed concerns in a number of capitals that other nations could use it to strengthen their influence.

      The port would remain “in the hands of our nation” as the government seeks new investors, said Djibouti’s Inspector General Hassan Issa Sultan, who oversees infrastructure for President Ismail Omar Guelleh.

      There is no China option and no secret plans for the Doraleh Container Terminal,” he told Reuters in an interview. “The port is now 100 percent managed by the state.

      The top U.S. general for Africa told U.S. lawmakers last week the military could face “significant” consequences should China take control of the terminal. Lawmakers said they had seen reports that Djibouti had seized control of the port to give it to China as a gift.

    • Et encore un nouveau terminal de containers à Doraleh, mais cette fois-ci avec… la France !
      … et Djibouti va (unilatéralement…) racheter les parts de DP World dans le premier terminal de Doraleh.

      Djibouti plans new container terminal to bolster transport hub aspirations
      https://uk.reuters.com/article/uk-djibouti-port/djibouti-plans-new-container-terminal-to-bolster-transport-hub-aspiratio

      The new container terminal project could break ground as early as September with construction expected to take 24 months, Hadi said, speaking on the sidelines of the Africa CEO Forum in Abidjan, Ivory Coast.

      We are going to build DICT, Doraleh International Container Terminal. This is a new plan,” he said. “We are in discussions with #CMA_CGM._

      The port authority was not in talks with any other potential partners, he said. Shipping group CMA CGM declined to comment.
      […]
      Meanwhile, Hadi said the port authority was ready to end a dispute with DP World over its cancellation of a concession contract for another facility, the Doraleh Container Terminal, by buying out DP World’s 33 percent stake.

      Djibouti ended the contract with the Dubai state-owned port operator last month, citing a failure to resolve a dispute that began in 2012.

      DP World has called the move illegal and said it had begun proceedings before the London Court of International Arbitration, which last year cleared the company of all charges of misconduct over the concession.

      “_We are prepared to pay them their 33 percent of shares,” Hadi said. “There is no need for arbitration. We are going to buy their shares.

      Ce qui semble du pur #wishful_thinking.

      Par ailleurs, à force de fricoter avec tout le monde, il va bien finir par arriver un accident dans cette zone hyper stratégique.

      Genre un missile « houthi » (?) qui s’égarerait et franchirait les quelques 120 km de Bab el Mandeb (et baie de Tadjoura) séparant l’île de Perim du palais présidentiel de Djibouti…

      Encore un coup des Persans et de leurs copains Chinois…


  • Xi Jinping’s power grab: Bonapartism with Chinese characteristics - World Socialist Web Site
    https://www.wsws.org/en/articles/2018/03/01/pers-m01.html

    i Jinping’s power grab: Bonapartism with Chinese characteristics
    1 March 2018

    The Chinese Communist Party (CCP) regime has made a sharp break from the norms of the past three decades by moving to end the two-term limit for the post of president. As a result, Xi Jinping, who has consolidated his control over the military and state apparatus and purged key political rivals over the past five years, will be able remain in office indefinitely.

    Xi’s emergence as China’s political strongman is not a function of his personal characteristics, but rather is a reflection above all of the extreme social tensions wracking the country. Confronting a deteriorating economy and the prospect of social upheaval, the Chinese bureaucracy is desperately seeking to consolidate its forces around the figure of Xi—a form of rule that Marxists have classically designated as Bonapartist.

    #chine #dictature


  • #Xi_Jinping, l’éternité en plus
    https://www.mediapart.fr/journal/international/280218/xi-jinping-l-eternite-en-plus

    En octobre 2017 à Pékin, à la fin du premier mandat de Xi Jinping, une exposition retrace « cinq ans de progrès » © E. G. Il n’y aura plus de limite au nombre de mandats présidentiels en #Chine, jusque-là plafonné à deux. À 64 ans, le président Xi Jinping détient désormais tous les leviers du pouvoir. Et sur les réseaux sociaux du pays, la censure bat son plein.

    #International


  • La #Chine en Asie centrale, un nouvel acteur de #sécurité en zone d’influence russe - Stratégie
    https://www.diploweb.com/La-Chine-en-Asie-centrale-un-nouvel-acteur-de-securite-en-zone-d-influence

    Que veut la Chine en Asie centrale ? La stratégie chinoise en Asie centrale, que l’on peut qualifier d’égocentrique, sert d’abord des intérêts nationaux strictement intérieurs, plutôt qu’une volonté expansionniste. De même pour le domaine de la sécurité, Pékin se préoccupe de la stabilité de son voisinage proche en premier lieu pour la sécurité de son territoire national, dont la principale menace aujourd’hui est le terrorisme jihadiste.

    LA CHINE est de plus en plus présente en #Asie_centrale, depuis les années 1990, dans les domaines économique et sécuritaire. Sur le plan économique l’attrait de la Chine pour l’Asie centrale a d’abord été motivé par les ressources énergétiques, notamment les hydrocarbures kazakhs puis turkmènes, ainsi que par les débouchés potentiels sur de nouveaux marchés d’exportation. Depuis l’annonce du lancement de l’initiative de « Ceinture économique de la route de la soie » par le président Xi Jinping au Kazakhstan en 2013, les accords commerciaux et projets d’infrastructures d’énergie et de transport portés par Pékin s’y multiplient.

    #énergie


  • China unveils plan for ’Polar Silk Road’ across the Arctic | The Independent
    http://www.independent.co.uk/news/world/asia/china-polar-silk-road-arctic-xi-jinping-shipping-global-warming-a8178

    China has outlined its ambitions to extend President Xi Jinping’s signature Belt and Road Initiative to the Arctic by developing shipping lanes opened up by global warming.

    Releasing its first official Arctic policy white paper, China said it would encourage enterprises to build infrastructure and conduct commercial trial voyages, paving the way for Arctic shipping routes that would form a “#Polar_Silk_Road”.

    China hopes to work with all parties to build a ’Polar Silk Road’ through developing the Arctic shipping routes,” the paper, issued by the State Council Information Office, said.

    China, despite being a non-Arctic state, is increasingly active in the polar region and became an observer member of the Arctic Council in 2013.
    […]
    China’s increasing prominence in the region has prompted concerns from Arctic states over its long-term strategic objectives, including possible military deployment.

    Some people may have misgivings over our participation in the development of the Arctic, worried we may have other intentions, or that we may plunder resources or damage the environment,” Vice-Foreign Minister Kong Xuanyou said at a briefing.

    I believe these kinds of concerns are absolutely unnecessary.

    #One_Belt_One_Road #OBOR
    #Route_de_la_soie_polaire


  • L’alibi chinois de la filière #nucléaire française
    https://www.mediapart.fr/journal/economie/100118/l-alibi-chinois-de-la-filiere-nucleaire-francaise

    Emmanuel Macron et Xi Jinping dévoilant le 9 janvier une plaque pour le lancement du premier #EPR dans le monde. © Reuters Le voyage d’Emmanuel Macron en #Chine a été l’occasion de célébrer à nouveau la coopération franco-chinoise dans le nucléaire : un protocole a été signé avec #Areva en vue de la construction d’une usine de retraitement de combustible. Mais à quel prix ? Dans quelles conditions ? Depuis des années, la Chine est l’alibi de la filière nucléaire française pour cacher ses errements.

    #Economie #EDF #Hinkley_Point


  • En Chine, les musulmans du Xinjiang fichés jusqu’au sang - Libération
    http://www.liberation.fr/planete/2017/12/14/en-chine-les-musulmans-du-xinjiang-fiches-jusqu-au-sang_1616423

    Selon l’ONG Human Rights Watch, les autorités enregistrent les données biologiques de la totalité des habitants.

    C’est un épisode qui semble sorti tout droit d’un film de science-fiction des années 70. Depuis un an, les autorités chinoises ont mis en place un programme nommé « des examens médicaux pour tous » dans la province reculée du Xinjiang. Mais selon l’ONG Human Rights Watch, qui s’est procuré les « consignes pour l’enregistrement et une vérification précise de la population », des échantillons #ADN et sanguins, le scan de l’iris et les empreintes digitales semblent être enregistrés sans l’accord des patients.

    Région désertique de l’extrême ouest de la Chine, située à 3000 kilomètres de Pékin, le #Xinjiang est habité par 10 millions de #Ouïghours, des #musulmans turcophones, et autant de Chinois Han installés par le pouvoir depuis deux décennies. Au prétexte d’une réelle menace terroriste (plusieurs attentats ont été commis ces dernières années, et des dizaines de Ouïghours avaient rejoint les rangs d’Al-Qaeda ou de l’Etat islamique en Syrie), le Parti communiste chinois a transformé la province en laboratoire sécuritaire et ses habitants, en très grande majorité pacifistes et sans vélléité indépendantiste, en cobayes d’un #néototalitarisme.

    Les documents analysés par Human Rights Watch cette semaine donnent pour consigne de « vérifier le nombre exact de la population du Xinjiang, et de rassembler des informations biométriques multiples sur les personnes âgées de 12 à 65 ans ». Dans le cas des citoyens « personnellement ciblés », ce qui peut signifier n’importe qui accusé d’un comportement « suspect » aux yeux des autorités, l’information doit être collectée sans restriction d’âge. Les autorités demandent à la police et aux comités locaux du Parti communiste de « protéger les droits de la population, de les guider dans la coopération », et de s’assurer que les informations soient collectées « pour tout le monde, dans chaque maison, dans chaque village du Xinjiang, et que nul ne manque ».

    Aucune mention de l’accord des habitants n’apparaît. Selon les témoignages recueillis par l’ONG, les habitants seraient fermement incités à se présenter aux visites médicales, pourtant présentées comme une démarche volontaire. La Chine est donc en train de collecter des informations ultrasensibles sur des millions de citoyens qui n’ont aucun lien avec une entreprise criminelle ou terroriste. Les autorités sont aidées par deux entreprises américaines, Thermo Fisher Scientific, qui procure l’équipement pour le séquençage des ADN, et la sulfureuse société de sécurité privée #Blackwater, qui entraîne les agents de sécurité dans cette région au sous-sol riche en réserves pétrolières.

    Ces dernières consignes ne sont pas limitées aux musulmans, mais elles viennent s’ajouter à une longue liste de limitations des libertés et de persécutions qui les vise directement. La pratique de la religion est désormais considérée comme une « menace pour la sécurité », et de nombreuses mosquées ont été détruites. On peut se faire arrêter parce que l’on porte une « barbe anormale » ou qu’on a écrit « halal » sur sa devanture, que l’on a « refusé de suivre les programmes officiels de radio ou de télévision » ou que l’on a donné à son bébé un prénom musulman interdit, comme Mohamed ou Arafat. Depuis octobre 2016, Chen Quanguo, nouveau secrétaire régional du Parti communiste, perfectionne dans le désert du Taklamakan sa méthode de « gestion sociale par le quadrillage » qu’il a mise au point sur les hauts plateaux du Tibet. Des milliers de postes de police ont été installés dans les villes, des barrages de police équipés de scanners 3D se sont multipliés sur les routes, la 4G a été supprimée, le GPS rendu obligatoire et une vaste campagne de délation rémunérée a été lancée par les autorités.

    Aussi extrêmes qu’elles soient au Xinjiang, ces mesures humiliantes et liberticides s’inscrivent dans la ligne générale du Parti communiste chinois, qui prône depuis toujours le contrôle et la répression sur l’ensemble de la population. Elles rejoignent aussi l’obsession sécuritaire de Xi Jinping, qui vient d’être reconduit pour cinq ans à la tête du pays. A sa prise de fonctions, Chen Quanguo avait confisqué les passeports des 20 millions d’habitants de la province. Pour déposer une nouvelle demande, il fallait accepter de livrer ses données biométriques. Désormais, la collecte est passée au stade industriel.
    Laurence Defranoux

    #chine #islamophobie #Thermo_Fisher_Scientific #contrôle #biométrique


  • Pékin patine sur ses « nouvelles routes de la soie »
    http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2017/11/28/pekin-patine-sur-ses-nouvelles-routes-de-la-soie_5221371_3216.html

    Les « nouvelles routes de la soie » chinoises n’avancent pas comme sur du velours. La grande initiative diplomatique du président Xi Jinping se traduit essentiellement par des projets d’infrastructures construits et souvent financés par la Chine dans des pays amis. L’objectif est pour Pékin à la fois d’étendre son influence et d’écouler ses surplus industriels, notamment d’acier et de ciment. Mais, coup sur coup, le Népal et le Pakistan ont annulé des projets chinois de barrages sur leur territoire.

    Ce double revers démontre que les méthodes de Pékin suscitent des résistances. C’est sur son compte Twitter que le vice-premier ministre népalais, Kamal Thapa, a annoncé, lundi 13 novembre, que son gouvernement abandonnait un projet de barrage à 2,5 milliards de dollars que devait construire un groupe chinois : « Lors du conseil des ministres, il a été conclu que l’accord passé avec le Gezhouba Group pour le projet hydroélectrique de Budhi Gandaki avait été adopté sans réflexion, et comportait des irrégularités. Il a été rejeté sur les recommandations d’une commission parlementaire. » Cette commission a notamment critiqué le manque de transparence lors de l’attribution du marché. Il n’y avait pas eu d’appel d’offres. Situé à 80 kilomètres de Katmandou, le barrage devait fournir 1 200 mégawatts d’électricité à un pays où les coupures de courant sont monnaie courante.

    Dans le cas du Pakistan, la mesure est moins radicale. Le pays a décidé de poursuivre le projet de barrage de Diamer-Bhasha, de 4 500 mégawatts, qui sera bien construit par une entreprise chinoise. Mais Islamabad se passera de la Chine pour le financer, prenant en charge les 14 milliards de dollars nécessaires. Le Pakistan a demandé à la Chine d’exclure le barrage du « corridor économique sino-pakistanais », la déclinaison locale des « nouvelles routes de la soie ».

    #route_de_la_soie #One_Belt_One_Road #OBOR


  • Chine : le système #Xi_Jinping
    https://www.mediapart.fr/journal/international/171017/chine-le-systeme-xi-jinping

    Vidéo accessible dans le corps de l’article Le 19e congrès du Parti communiste chinois s’ouvre le 18 octobre. Il sera l’occasion pour Xi Jinping, secrétaire général du parti et président de la République populaire de Chine, de renforcer encore son pouvoir. Explications du sinologue #Jean-Philippe_Béja.

    #International #19e_congrès_du_PCC #Chines #Pékin


  • Chine : comment fonctionne le système #Xi_Jinping
    https://www.mediapart.fr/journal/international/171017/chine-comment-fonctionne-le-systeme-xi-jinping

    Vidéo accessible dans le corps de l’article. Le 19e congrès du Parti communiste chinois s’ouvre le 18 octobre. Il sera l’occasion pour Xi Jinping, secrétaire général du parti et président de la République populaire de Chine, de renforcer encore son pouvoir. Explications du sinologue #Jean-Philippe_Béja.

    #International #19e_congrès_du_PCC #Chines #Pékin