person:yves gonzalez-quijano

  • Les forces israéliennes investissent le siège social de PalMedia à Ramallah et s’emparent de matériels et de documents | Agence Media Palestine
    29 juillet 2017 – Ma’an
    http://www.agencemediapalestine.fr/blog/2017/07/30/les-forces-israeliennes-investissent-le-siege-social-de-palmedi

    Ramallah (Ma’an) : samedi, dès l’aube, les forces israéliennes ont lancé un raid sur le siège social de la société d’informations PalMedia, à Ramallah en Cisjordanie occupée, et perquisitionné dans certains bureaux appartenant à des organes de presse arabes et internationaux, s’emparant de matériels et de documents dans au moins l’un de ces bureaux, agissant sur des accusations d’une prétendue « incitation ».

    Des sources médiatiques ont rapporté à Ma’an que les forces israéliennes avaient investi ce siège social qui fournit les services de radiodiffusion de plusieurs médias, notamment de Russia Today, al-Mayadeen, al-Manar et al-Quds news. Les forces israéliennes ont perquisitionné et endommagé l’immobilier dans ces bureaux, selon ces sources.

    Selon un journaliste de RT, qui a aussi un bureau dans l’immeuble, les forces israéliennes ont défoncé plusieurs portes de bureaux de ces médias afin de pénétrer à l’intérieur. Cependant, aucun matériel n’a été confisqué dans le bureau de RT pendant ce raid.

    Des témoins ont assuré à Ma’an qu’une dizaine de véhicules de l’armée israélienne avaient encerclé l’immeuble de Ramallah avant le lancement du raid et la perquisition dans les bureaux.

    #Presse_Israël

  • Facebook, faux ami de la démocratie

    http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2016/11/01/facebook-faux-ami-de-la-democratie_5023701_3236.html

    Quand Susanna Lazarus s’est éveillée, ce vendredi 24 juin, et qu’elle a allumé la télévision, la stupeur l’a envahie. Son pays, le Royaume-Uni, venait de choisir de quitter l’Union européenne, à près de 52 %. Pourtant, dans les jours qui précédaient, cette Londonienne de 27 ans n’avait rien vu venir. Sur Facebook, presque tous ses amis, issus comme elle de la cosmopolite capitale économique du pays, avaient partagé les arguments du « remain ». La campagne adverse, celle du « Leave », était absente de son flux. « Quand je suis allée me coucher, hier soir, je me sentais optimiste, et une grande part de cet espoir venait de l’état d’esprit que je percevais sur mes fils sociaux », a confessé cette journaliste dans un article du magazine Radio Times, au lendemain du vote. Et de conclure, amère : « Hier, mon fil Facebook m’a fait un gros mensonge ».

    Un tel témoignage prêtait bien sûr le flanc à la critique. « Franchement, si vous êtes assez bête pour faire confiance aux réseaux sociaux pour vous informer et vous forger un avis, vous méritez ce genre de surprise », l’a sévèrement tancée Rosemary, de Genève, dans les commentaires. Un autre internaute, David, a pris un peu de hauteur : « Nous avons tous tendance à échanger en priorité avec des gens qui partagent nos points de vue. » Susanna n’avait pas caché vivre dans une espèce de « bulle », entourée de gens qui lui ressemblent. Dans la région de Londres, 40 % des votants ont pourtant choisi le Leave. Mais Susanna comptait sans doute très peu d’entre eux parmi ses « amis numériques ».
    Plus d’un milliard d’utilisateurs

    Facebook nous « ment »-il, comme l’a écrit la jeune Londonienne après son douloureux réveil ? La question est devenue extrêmement sensible, à mesure que le réseau social dominant s’est mué en un lieu d’information et de débat – alors qu’il n’était à l’origine qu’une espèce de répertoire, inspiré des trombinoscopes des facs américaines. Douze ans après sa création par Mark Zuckerberg, The Social Network – pour reprendre le titre du film qui narre ses origines – compte 1,13 milliard d’utilisateurs quotidiens (dont 24 millions de Français). Et parmi eux, 44 % déclarent l’utiliser pour s’informer, selon le Reuters Institute for the Study of Journalism, de l’université d’Oxford (Royaume-Uni).

    Sur le réseau, l’intérêt pour le débat public et la politique est encore plus grand pendant les campagnes électorales, comme actuellement en France ou aux Etats-Unis. De janvier à septembre, 103 millions de personnes – soit la moitié des membres américains de Facebook − ont interagi avec des contenus concernant la présidentielle du 8 novembre. Fin 2015, la plate-forme a même mesuré que l’élection était, aux Etats-Unis, le premier sujet de conversation de ses utilisateurs, devant les attentats ou la crise des réfugiés.

    « Une chose est sûre : le débat public est sur ces plates-formes », résume Axel Calandre, responsable de la campagne numérique de Nicolas Sarkozy. Pour preuve, ces milliers de pages partisanes, outre-Atlantique, dont l’audience cumulée rivalise sur Facebook avec celle de CNN ou du New York Times, selon une enquête du New York Times Magazine. Les grands médias ne sont plus qu’une partie d’un espace public bien plus vaste, au sein duquel le réseau social américain occupe une place de plus en plus centrale.

    Or, quels que soient leurs biais, les médias traditionnels fonctionnent avec des règles qui reflètent celles des sociétés démocratiques : ils font entendre différents points de vue, s’attachent à proposer un équilibre dans les sujets qu’ils abordent, à respecter le principe du contradictoire… Dans certains cas, ils sont même soumis à une régulation, à l’image des radios et télévisions en France, qui se voient imposer par le CSA de respecter le pluralisme et l’équilibre des temps de parole en politique.

    Aucune responsabilité éditoriale

    Autant de principes qui sont étrangers à Facebook. Ce dernier n’a pas été conçu comme un média. C’est « avant tout un service qui vous permet de vous connecter avec vos amis et votre famille », prêche son responsable produit, Chris Cox, proche de Mark Zuckerberg et apôtre de Facebook parcourant le monde entier. Conséquence formulée par sa responsable des relations avec les politiques, Katie Harbath : « Nous sommes agnostiques sur le contenu, nous n’avons pas d’avis éditorial ». Facebook se présente comme « une plate-forme neutre et ouverte », insiste-t-elle.
    Facebook est avant tout une usine à publicité ciblée. Sur mobile, elle rivalise avec Google pour la première place et dégage environ 6 milliards d’euros de revenus… par trimestre.

    Le réseau réfute toute notion de responsabilité éditoriale. En revanche, il exerce bien une forme de sélection des contenus, par le biais d’un algorithme. « Notre but est de montrer à chaque personne le genre d’histoires qu’elle veut le plus voir, d’après nos indications », expose un document de référence publié en juin par Facebook pour expliciter les « valeurs » du fil d’actualité – ce flux de contenus choisis par un algorithme, que chacun voit quand il se connecte au réseau. Et de préciser : « Nous agissons ainsi non seulement parce que nous pensons que c’est la bonne chose à faire, mais aussi parce que c’est bon pour notre business ». Un rappel salutaire : Facebook est avant tout une usine à publicité ciblée. Sur mobile, elle rivalise avec Google pour la première place et dégage environ 6 milliards d’euros de revenus… par trimestre.

    Il y a donc un hiatus entre ce qu’est Facebook et ce pour quoi il est utilisé, en tout cas quand il s’agit d’information. Ce hiatus explique la mésaventure de Susanna Lazarus, et une série de prises de parole récentes pointant des effets de cloisonnement. En France, ce sont les opposants à la loi travail qui sur Facebook voient surtout des contenus confortant leur vision, sans vraie porosité avec les défenseurs du texte. Ou les adversaires du burkini qui échangent en cercle fermé, comme le font, dans le camp opposé, ceux qui dénoncent l’islamophobie. Faute d’une information commune, ces différents groupes risquent de se retrouver dans l’incapacité à débattre ensemble, ce qui est pourtant un fondement de la culture démocratique.

    Ni médiation ni équilibre

    Parfois, la logique communautaire de Facebook épouse les fractures de conflits bien plus terribles. C’est le cas en Syrie, selon le chercheur Yves Gonzalez-Quijano, spécialiste des cultures numériques du monde arabe. A l’origine, pointe-t-il, Facebook est associé à une « mythologie positive », celle des « printemps arabes » de 2011. Mais cette année-là, un faux blog, « A gay girl in Damascus », en fait tenu par un Américain, crée le trouble. Et puis, à mesure que la guerre civile s’intensifie, les fils sociaux deviennent « un cocktail explosif où les discours de haine s’entre-alimentent de vidéos glaçantes de corps en morceaux, de tortures, et autres images invérifiables ». Les clichés et les points de vue défilent, sans médiation, sans notion d’équilibre. D’où le constat posé par cet enseignant-chercheur de l’université Lumière-Lyon-II, dans un entretien à Big browser, un blog du Monde, au printemps 2016 : « On navigue à travers une succession de filtres générés par les gens que l’on “suit” ou que l’on a ajoutés à sa liste d’“amis”. On ne s’ouvre pas à tous les possibles, au contraire, on a accès à des informations filtrées par un réseau coopté. On fonctionne en circuit fermé. »

    A des milliers de kilomètres des affres syriennes, la campagne présidentielle américaine a elle aussi révélé la puissance de ces « filtres ». Aux Etats-Unis, Facebook range ses utilisateurs parmi 98 catégories politiques, afin de pouvoir vendre un ciblage très fin aux annonceurs. En mai, le Wall Street Journal a créé un outil permettant de comparer le fil d’un utilisateur classé comme « très libéral » à celui d’un autre, « très conservateur ». Résultat : deux visions du monde radicalement différentes. Par exemple, sur une question clivante comme celle de l’avortement, le fil « bleu » (libéral) remonte une vidéo des manifestations en Pologne contre son interdiction, tandis que le fil « rouge » (conservateur) renvoie vers une pétition contre le financement public du planning familial.

    Comment Facebook en vient-il à nous montrer des contenus aussi différents ? Avec son algorithme, l’entreprise californienne veut répondre à l’abondance des publications. Il s’agit de les écrémer en détectant, pour chaque utilisateur, les plus pertinentes. Pour cela, le réseau exploite les informations dont il dispose, en temps réel, pour déterminer, parmi toutes les publications des « amis » d’un utilisateur, celles avec lesquels il a la plus grande « affinité » ; mais aussi à quelle place il faut les afficher sur son fil de contenus Facebook. Parmi les milliers de critères utilisés, les plus importants dépendent du comportement individuel de l’utilisateur : ses clics, ses partages, ses likes… Mais les actions de ses amis sont aussi prises en compte. Accepter un ami sur Facebook, c’est donc accepter d’être influencé par ses choix.

    S’il ne dévoile pas le détail de son algorithme, par ailleurs quotidiennement affiné, le réseau n’en cache pas la logique générale : « Les actualités qui s’affichent dans votre fil d’actualité sont sélectionnées en fonction de votre activité et de vos contacts sur Facebook », explique l’une de ses pages d’aide, ajoutant : « Si vous avez l’impression que vous ne voyez pas toutes les actualités ou que vous voyez dans votre fil d’actualité des actualités qui ne vous intéressent pas, vous pouvez régler vos paramètres. »

    Dans les faits, peu d’utilisateurs utilisent cette possibilité. Et selon une étude publiée en 2015 par des chercheurs américains, 63 % des quarante utilisateurs interrogés ignoraient même que leur fil d’actualité était filtré par un algorithme. Ils couraient donc le risque de croire que ce qu’ils voyaient était une vision fiable de l’actualité à un instant T, alors qu’il s’agissait d’une sélection fondée sur leurs actions et celles de leurs amis.

    La création d’une « auto-propagande »

    Activiste politique et homme de médias, l’Américain Eli Pariser a donné un nom à ce phénomène : les « filter bubbles » (bulles de filtres) – titre de son ouvrage paru en 2012 (The Filter Bubble, Penguin, non traduit). Ces bulles créent selon lui une « auto-propagande ». « Vous vous endoctrinez vous-même avec vos propres opinions. Vous ne réalisez pas que ce que vous voyez n’est qu’une partie du tableau, a exposé, dans un entretien au magazine Time, l’activiste cofondateur des sites Upworthy et Avaaz.org. Et cela a des conséquences sur la démocratie : pour être un bon citoyen, il faut que vous puissiez vous mettre à la place des autres et avoir une vision d’ensemble. Si tout ce que vous voyez s’enracine dans votre propre identité, cela devient difficile, voire impossible. »

    Or, Facebook est le réseau social le plus propice aux « filter bubbles ». « Toutes les plates-formes à algorithmes sont concernées, mais Facebook concentre deux effets d’enfermement, analyse Benoît Thieulin, membre du Conseil national du numérique. Le premier effet est lié à sa nature de réseau social symétrique, qui relie des amis qui vous acceptent eux aussi comme amis, à la différence de Twitter, qui est un peu plus ouvert et vous permet de suivre des gens qui ne vous suivent pas. Le second est l’effet de l’enfermement algorithmique. »

    « La bulle, c’est nous qui la créons. Par un mécanisme typique de reproduction sociale. Le vrai filtre, c’est le choix de nos amis, plus que l’algorithme de Facebook. » Dominique Cardon, chercheur
    Pour contrer ces critiques, le réseau social a fait publier dans la prestigieuse revue Science, en mai 2015, une vaste étude mesurant « l’exposition à une information diverse sur Facebook », fondée sur l’observation de ses utilisateurs se déclarant « conservateurs » ou « libéraux » (soit 9 % des membres de Facebook aux Etats-Unis). Ses résultats confirment une polarisation de la circulation des contenus, mais battent aussi en brèche certaines idées reçues.

    Selon l’étude, s’ils étaient exposés de façon aléatoire aux contenus partagés sur Facebook, les « conservateurs » en verraient 45 % qui ne sont pas majoritairement partagés par les gens de leur bord politique, et les « libéraux » 40 %. Mais comme les membres n’ont accès qu’aux publications partagées par leurs « amis », cette proportion de contenu « différent » tombe à 34 % pour les « conservateurs » et 23 % pour les « libéraux ». Ensuite, la sélection opérée par l’algorithme rabote encore les chiffres à 33 % et 22 %. Enfin, si l’on ne compte que les liens sur lesquels les utilisateurs cliquent finalement, les proportions descendent à 29 % et 20 %.

    Quelles conclusions tirer ? « Sur Facebook, vous êtes exposé à une large diversité de contenus, interprète Katie Harbath. Il n’y a pas que des pro-Clinton et des pro-Trump discutant entre eux. Il y a une zone commune. » Et l’effet de bulle ? « Il est proche de celui qu’on rencontre dans la vraie vie, répond cette ancienne de la campagne présidentielle du républicain Rudy Giuliani. Chacun a des amis qui pensent comme lui mais aussi d’autres qui ont des opinions différentes. »

    « La leçon de l’étude de Facebook, c’est que le filtre est en nous, sourit Dominique Cardon, chercheur au laboratoire des usages d’Orange et auteur de A quoi rêvent les algorithmes ? (Seuil, octobre 2015). La bulle, c’est nous qui la créons. Par un mécanisme typique de reproduction sociale. Le vrai filtre, c’est le choix de nos amis, plus que l’algorithme de Facebook. »

    Une reproduction de la société

    Selon certains travaux, le cercle des amis Facebook, souvent acceptés rapidement et sans engagement, est plus large que celui des gens régulièrement côtoyés dans la vraie vie, et donc plus hétérogène, sauf pour les individus les plus politisés. En revanche, comme l’indique une étude du Pew Research Center parue fin octobre, une majorité d’Américains jugent « stressant et frustrant » le fait de parler de politique, sur les réseaux sociaux, avec des gens d’un autre bord, en raison notamment du ton.

    Historien des médias, Patrick Eveno rappelle que la recherche d’un entre-soi est ancienne : « Le lecteur assidu de L’Humanité dans les années 1950 ne regardait ni Le Figaro, ni Le Monde, ni La Croix ; et réciproquement ». Une différence de taille, toutefois : le cloisonnement entre lecteurs de journaux était un choix actif, une inscription assumée dans une famille de pensée politique. Celui de Facebook est subi et parfois inconscient.

    Les défenseurs du réseau estiment donc qu’il ne fait que reproduire la société : « Cela fait vingt ans que les Etats-Unis se polarisent de plus en plus politiquement », souligne Katie Harbath. Le logiciel ne ferait que refléter un champ démocratique fracturé, composé de différentes tribus antagonistes, comme le Tea Party ou le courant Alt-Right américains.

    Cette fragmentation est accentuée par les effets du marketing politique, devenu intense sur Facebook, même si, pour les groupes qui l’utilisent, il est aussi un moyen de sortir de leur cercle d’habitués. Une partie de la publicité est en effet acquise par des partis, candidats ou lobbies qui « sponsorisent » des billets adressés à des internautes ciblés en fonction de leur âge, leur sexe, leurs centres d’intérêt, leur lieu de résidence, leur profession… Par exemple, dans la campagne française, à droite, Alain Juppé, Nicolas Sarkozy ou François Fillon peuvent faire parvenir leur programme sur la santé à des gens qui ont aimé la page d’une organisation de médecins généralistes, ou la vidéo d’un discours sur l’éducation à des enseignants.

    Massive aux Etats-Unis, cette publicité politique est également généralisée en France, mais interdite dans les six mois qui précèdent une élection – en l’occurrence depuis le 1er octobre pour ce qui concerne la présidentielle de 2017 (dont le premier tour aura lieu le 23 avril). « En période de campagne, Facebook permet surtout d’augmenter la mobilisation au sein d’une bulle, pas forcément de propager ses idées à des poches très variées », estime Elliot Lepers, spécialiste des campagnes en ligne, notamment contre la loi El Khomri ou pour la candidate écologiste Eva Joly. « Avec le jeu des partages, les communautés qu’on peut toucher sont malgré tout plus larges qu’avant l’arrivée des réseaux sociaux », nuance Gautier Guignard, responsable numérique de la campagne de François Fillon, qui comme Alain Juppé a 150 000 fans sur sa page Facebook officielle, Nicolas Sarkozy culminant, lui, à près d’un million.

    L’algorithme n’a pas de « conscience politique »

    En matière politique, la quête d’audience se fait avec les mêmes règles que dans d’autres domaines, et la plate-forme a la réputation de favoriser les contenus les plus simplistes ou les plus tranchés. Un travers lié à la mécanique du share : les contenus déclenchant une émotion chez l’utilisateur sont plus partagés que les autres, et donc mieux traités par l’algorithme. Cette « règle du jeu » a un impact sur la production des médias, mais aussi l’expression des politiques. Jusqu’à l’Elysée, où François Hollande s’est mis depuis l’été à publier, sur Facebook, des messages personnels, rompant avec son registre de communication précédent, plus institutionnel.

    Certains acteurs sont des spécialistes de ces logiques de buzz : les milliers de pages militantes non officielles qui, aux Etats-Unis ou en France, se sont taillé une place centrale sur certains créneaux, par exemple la Manif pour tous ou l’antihollandisme – une page comme « Hollande dégage » rassemblant plus de 800 000 fans. « Sur Facebook, la prime au partage et aux commentaires s’applique aux contenus qui génèrent une joie hors-norme ou une rage profonde, ou qui deviennent viraux, qu’il s’agisse de canulars, de théories du complot, de photos de bébés ou d’informations importantes », a décrit Zeynep Tufekci dans une chronique parue, en mai, dans le New York Times. La professeure assistante à l’université de Caroline du Nord souligne, comme une conséquence, que sur le réseau créé par Mark Zuckerberg, « Donald Trump s’en sort mieux que les autres candidats ».

    « Actuellement, on a l’impression que ceux qui profitent le plus de la situation, c’est Trump et Daech [acronyme arabe de l’organisation Etat islamique] », résume abruptement Benoît Thieulin. En France, a été mise en évidence de longue date l’importance de la « fachosphère », cette nébuleuse d’extrême droite très active en ligne, à laquelle les journalistes Dominique Albertini et David Doucet viennent de consacrer un livre (La Fachosphère, Flammarion, 336 pages, 20,90 euros). Or ceux qui se vivent comme les soldats de ce qu’ils appellent la « réinformation » ont intégré le fait que les algorithmes « n’ont pas de conscience politique » et traitent toutes les opinions sur un pied d’égalité. Avant l’extrême droite, d’autres groupes minoritaires dans les médias, comme les altermondialistes, le camp du « non » au référendum européen de 2005 ou les défenseurs des libertés sur Internet, ont aussi profité des réseaux pour bénéficier de relais qu’ils trouvaient difficilement ailleurs, rappelle Benoît Thieulin, qui, comme les responsables numériques des candidats à la primaire de droite, pointe le « progrès démocratique » d’abord apporté par Facebook.

    Sensible aux pressions

    La radicalité constatée sur les réseaux sociaux est le fruit d’un travail d’occupation mené par des militants s’estimant lésés par les médias traditionnels. Dans cette bataille souterraine, Facebook pose peu de limites et la popularité des contenus prime sur leur véracité – c’est là un autre travers du réseau. Au point qu’est évoquée l’émergence d’une société de la « post-vérité », selon le titre d’une tribune remarquée de Katherine Viner, rédactrice en chef du Guardian. Certes, les fausses informations ne datent pas d’hier, reconnaît-elle dans ce texte écrit après le traumatisme d’une campagne du Brexit pleine de faux-semblants : « Ce qui est nouveau, c’est qu’aujourd’hui, les rumeurs et les mensonges sont autant lus que les faits gravés dans le marbre – et parfois même plus. » La conclusion fait écho à la vérification menée par le site Buzzfeed sur 1 000 publications de six grandes pages Facebook ultra-partisanes américaines : 38 % des contenus étaient « partiellement faux ou trompeurs » sur les pages de droite, 19 % sur celles de gauche.

    En France, un candidat à la primaire de la droite et du centre s’est ouvertement plaint d’être la cible de « fadaises » sur Facebook, notamment : « Les réseaux sociaux sont, en quelque sorte, la poubelle de l’univers, a osé Alain Juppé, dans le Journal du dimanche. A les lire, je serais “Ali Juppé”, je serais “marié avec une musulmane”, je serais “le grand mufti de Bordeaux”, j’aurais construit “la plus grande mosquée d’Europe”… » L’équipe du candidat songe d’ailleurs à lancer une « cellule » de démontage de rumeurs inspirée des rubriques de « fact-checking » de la presse, comme Les Décodeurs du Monde ou Desintox de Libération, explique Eve Zuckerman, la responsable de sa campagne numérique.

    Face aux critiques, Mark Zuckerberg campe jusqu’ici sur ses positions : « Nous sommes une entreprise de technologie, pas un média », a répété le tutélaire fondateur de Facebook, fin août, alors qu’en Allemagne, certains l’accusaient de ne pas combattre assez activement les propos haineux. Mais la question des responsabilités que doit assumer l’entreprise, en contrepartie de son rôle croissant dans l’information et le débat public, est désormais clairement posée. Et malgré son discours invariant, Facebook n’est pas insensible aux pressions : il a fini par assouplir sa ligne en autorisant la circulation de « La petite fille au napalm », célèbre photographie de Nick Ut, symbole de la guerre du Vietnam, après une censure initiale pour cause de nudité. Il s’est aussi lancé avec Google et une large coalition de médias – dont Le Monde – dans le projet Firstdraft, qui vise à combattre les informations manipulées.

    Une « maladie infantile » des réseaux sociaux

    Au-delà, certains réclament une forme de régulation ou de « pondération », des logiciels des plates-formes. « Vos algorithmes doivent donner une place aux opinions opposées et aux informations importantes, pas seulement à ce qui est le plus populaire ou le plus auto-convaincant », avait lancé Eli Pariser aux patrons de Facebook ou Google, lors de sa conférence de 2011. Mais les utilisateurs le veulent-ils ?

    La connaissance du fonctionnement des algorithmes, et donc de Facebook, est pour beaucoup devenu un enjeu démocratique. « Je suis d’avis que les algorithmes doivent être plus transparents afin que les citoyens soient conscients des effets qu’ils peuvent avoir sur leur utilisation des médias », a ainsi tenu à déclarer la chancelière allemande Angela Merkel lors de l’ouverture des journées des médias à Munich, le 25 octobre. « Il faut connaître leur préconception du monde », argumente Bruno Patino, directeur éditorial d’Arte. MM. Thieulin et Cardon, comme d’autres, insistent sur le besoin de développer en France une « culture critique » et une « éducation » aux algorithmes.

    « Après une période où les technologies ont amené un grand progrès dans le débat public, on vit une période de ressac, pense Benoît Thieulin. On a l’impression d’être face à une maladie infantile des réseaux sociaux, avec des débats en temps réel superficiels, du complotisme… On n’a pas encore trouvé comment la soigner. Mais ça ne veut pas dire que les réseaux sont en soi mauvais pour le débat démocratique. »

  • Le magistère intellectuel saoudien (1/2) : la tentative d’assassinat contre A’id al-Qarnî
    par Yves Gonzalez-Quijano

    Culture et politique arabes –

    http://cpa.hypotheses.org

    Certains esprits forts ont probablement déjà commencé à sourire en lisant l’expression « magistère intellectuel saoudien » dans le titre de ce billet, tant il est vrai que pour beaucoup ces trois mots ne vont pas ensemble ! Quel que soit son rang dans la « communauté » des Etats importants au niveau régional et même mondial, le « Royaume des hommes » ne saurait se targuer de peser très lourd sur la scène intellectuelle ou même culturelle locale, et à plus forte raison internationale.

  • Promesses de “printemps” dans les réseaux sociaux saoudiens
    | Culture et politique arabes
    Yves Gonzalez-Quijano, 14 avril 2014
    http://cpa.hypotheses.org/5089

    On ne prête qu’aux riches ! S’il s’agit de l’attention médiatique, la formule s’est vérifiée une fois de plus avec les très nombreux commentaires, dans le monde arabe en particulier, suscités par la mise en ligne sur YouTube de brèves vidéos saoudiennes contestataires. Depuis quelques semaines, différentes vidéos (article en arabe dans Al-Akhbar avec de larges traductions en anglais) d’un genre particulier ont été « postées » sur YouTube, lequel joue en Arabie saoudite qui en est, ainsi que de Twitter, un des plus gros utilisateurs mondiaux, un rôle très particulier, comme une sorte de chambre d’écho sociale et politique des débats qui se tiennent difficilement ailleurs.

    Sur les vidéos en question, visionnées plusieurs millions de fois pour certaines d’entre elles, on voit invariablement, en plan rapproché (souvent avec un cadrage inférieur à celui de l’image, ce qui doit correspondre à l’usage d’un smartphone ou quelque chose de ce genre) un homme qui adresse à la caméra un discours véhément, lequel s’achève, dans la plupart des cas, par la mention de son identité attestée par un document brandi devant l’objectif de la caméra.

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  • Bassem Youssef + Hishem Fageeh = révolution culturelle |
    Yves Gonzalez-Quijano
    Culture et politique arabes
    http://cpa.hypotheses.org/4846

    « Culturelle », la révolution arabe ne se joue donc pas dans la seule arène politique. Celle-ci a bien entendu toute son importance, mais il faut de plus en plus lui adjoindre d’autres territoires de révolte qui relèvent de ce que l’on place dans ces chroniques, faute de meilleur terme, sous l’enseigne de la « culture » (entendue, naturellement, au sens le plus large du terme). Largement épargnée – in chah Allah ! – par les révoltes populaires dont les échos se font à peine entendre dans quelques-unes des provinces de l’Est du pays, l’Arabie saoudite affronte une autre « guerre civile », qui mobilise une bonne partie de la population contre les excès rigoristes de la « brigade des mœurs » locale. Depuis le tristement célèbre incendie d’une école de filles à La Mecque en 2002 (les victimes n’avaient pu être sauvées par les mâles secouristes car, à cette heure matinale, elles étaient dans un trop simple appareil), la société saoudienne est secouée de rébellions récurrentes qui se nourrissent de petites explosions quand telle ou telle « victime » des excès des zélotes du « pourchas du mal » les ridiculise sur les réseaux sociaux.

    Feuilleton à rebondissement lui aussi car elles se succèdent depuis plusieurs années déjà, la dernière (en date) des campagnes visant à permettre aux femmes saoudiennes de conduire leur voiture est devenue, plus encore que les autres, un événement politique. Au sens strict du terme cette fois-ci dans la mesure où les (très modestes) formes organisées de l’opinion publique dans ce domaine se sont fait le relais modeste de cette question dans le débat politique. Mais également et surtout au sens où on l’entend dans ce blog, dans la mesure où la nouvelle sphère politique numérique, celle de la Toile et des réseaux sociaux, intervient désormais en force, et à visage de plus en plus découvert (une métaphore à prendre au pied de la lettre, aussi bien pour les femmes ôtant leur voile que pour les hommes affrontant une possible répression en sortant de l’anonymat).

    Icône – un terme clé lui aussi – des vedettes des stand-up comedies diffusées sur YouTube (ceux que la question intéresse trouveront l’article que j’ai écrit sur cette question dans le très bon volume intitulé Jeunesses arabes et édité par L. Bonnefoy et M. Catusse), Hisham Fageeh (هشام فقيه) vient de proposer, via la société productrice, Telfaz11, une vidéo qui « fait le buzz » d’une manière tout simplement… révolutionnaire ! Pastichant une chanson de Bob Marley, celui qui se définit dans ce clip, il faut s’y arrêter, comme un artist and social activist, propose, en anglais, sa version, en apparence très islamiquement correcte puisque non instrumentalisée (!), du célèbre No Woman, No Cry. Devenue No Woman, No Drive, le clip est un savoureux pastiche, parfaitement dans le ton de Bassem Youssef, de l’argumentaire islamico-machiste développé pour interdire aux femmes de prendre le volant.

    Bassem Youssef, Hisham Fageeh, et bien d’autres social activits : le combat de la culture numérique continue ! Thawra raqmiyya mustamirra (Révolution numérique permanente) dira-t-on, pour pasticher à notre tour ce qui se crie dans les rues du Caire et d’ailleurs…

  • Military court to issue verdict against Egyptian journalist 5 October - Ahram Online

    http://english.ahram.org.eg/News/83031.aspx

    Ahmed Abu-Deraa, who works for the daily Al-Masry Al-Youm and other independent media outlets, was arrested in North Sinai on 4 September for allegedly disseminating lies about the army’s crackdown on militants in the Sinai Peninsula and trespassing in a military zone without a permit.

    A lire sur Orient XXI
    Égypte : mauvaise presse pour Al-Jazira, par Yves Gonzalez-Quijano http://orientxxi.info/lu-vu-entendu/egypte-mauvaise-presse-pour-al,0356

    #Egypte #journalisme #médias

  • Tunisie - Le rappeur Ahmed Ben Ahmed, alias Klay BBJ, condamné à 6 mois de prison ferme pour outrage à un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions et atteinte aux bonnes mœurs.

    http://www.maghrebemergent.info/actualite/breves/fil-maghreb/item/29930-tunisie-le-rappeur-ahmed-ben-ahmed-alias-klay-bbj-condamne-a

    Excellent article sur le sujet, par Yves Gonzalez-Quijano : Les rappeurs arabes au prisme de l’orientalisme - Orient XXI

    http://orientxxi.info/magazine/les-rappeurs-arabes-au-prisme-de-l,0365

  • L’Egypte dans le top 5 des pays les plus dangereux pour les journalistes - Al Jazeera English

    http://www.aljazeera.com/video/europe/2013/09/201391919134191802.html

    Les journalistes sont la cible de campagnes de propagande. 6 ont été tués, 25 ont été arrêtés, emprisonnés et parfois jugés par des tribunaux militaires et 8 chaînes de télévision ont été fermées (International press institute).

    A lire sur le sujet : "Égypte : mauvaise presse pour Al-Jazira, de Yves Gonzalez-Quijano sur Orient XXI
    http://orientxxi.info/lu-vu-entendu/egypte-mauvaise-presse-pour-al,0356

    #medias #presse #press

  • Le nouvel orientalisme et les jeunes rebelles : les rappeurs de la scène arabe
    http://www.contretemps.eu/interventions/nouvel-orientalisme-jeunes-rebelles-rappeurs-sc%C3%A8ne-arabe

    Yves Gonzalez-Quijano est chercheur au Gremmo et enseignant de littérature arabe moderne et contemporaine à l’Université Lyon 2. Il anime le carnet hypothèse « Culture et politique arabes ». Dans ce texte, il analyse la scène rap arabe et son traitement par les médias occidentaux. Source : Contretemps

  • Alors comme ça, @gonzo, on « minimise l’importance à accorder » ?
    http://www.rfi.fr/technologies/20130807-bachar-el-assad-syrie-reseaux-sociaux-facebook-twitter-instagram

    « C’est le propre de situations de ce type-là, on essaie de maintenir une espèce de normalité », précise Yves Gonzalez-Quijano, chercheur au Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (Gremmo) de Lyon, tout en minimisant l’importance à accorder au compte du président qui ne mérite, selon lui, « ni l’excès d’honneur, ni l’indignité » que lui attribuent les médias.

  • “L’Internet arabe était perçu comme l’Internet de Ben Laden” | Pierre Alonso
    http://owni.fr/2012/11/07/internet-arabe-etait-percu-comme-internet-de-ben-laden

    Les révoltes arabes ont consacré le rôle des réseaux sociaux, admis par certains, contestés par d’autres. Dans son livre, le chercheur Yves Gonzalez-Quijano revient sur ces soulèvements, que personne n’avait vu venir, alors que les jeunes n’avaient pas attendu 2010 pour investir Internet.

    #Activisme #Analyse #Pouvoirs #Egypte #monde_arabe #Moyen-Orient #Printemps_arabe #révolution_arabe #Tunisie

  • Chiites et sunnites dans le monde arabe : la “culture”, ça sert aussi à faire la guerre ! | Yves Gonzalez-Quijano (Culture et politique arabes)
    http://cpa.hypotheses.org/3766

    Dans un « naguère » qui paraît tellement d’autrefois, on parlait, au temps de la guerre civile libanaise, des « islamo-progressistes », une expression, sans nul doute assez étrange, qui servait à définir les alliances compliquées du moment. Très éloignée en tout cas des clivages sur lesquels s’appuient les mobilisations d’aujourd’hui, et les haines de demain. A présent, la “mode”, si on ose le terme pour évoquer la situation en Syrie par exemple mais pas seulement, est au conflit irréductible entre chiites et sunnites. On ne reviendra pas ici sur les ressorts géopolitiques de cette thématique – cet article du Monde le fait très bien. En revanche, la mise en en place, patiente et méthodique, de cette « fabrique de la haine » mérite quelques commentaires. Source : Culture et politique arabes

  • Le billet d’Yves Gonzalez-Quijano sur le feuilleton Omar, au travers du prisme du « nationalisme religieux » est tout à fait passionnant :
    http://cpa.hypotheses.org/3706

    Yves commence par rappeler l’alliance entre le Qatar et l’Arabie séoudite pour armer la rébellion en syrie, et il écrit :

    Aujourd’hui, tout à leur zèle révolutionnaire, les deux puissances pétrolières ont donc imaginé une nouvelle alliance dans le domaine de la diplomatie d’influence en coproduisant (via QatarTV et la chaîne MBC) cette énorme « machine de guerre » médiatique qu’est la superproduction de ramadan sur la vie d’Omar ibn al-Khattab, le second calife.

    Il indique que le feuilleton est assez transparent sur le fait qu’il utilise un personnage religieux pour promouvoir un « nationalisme religieux » contemporain :

    Tandis que la toute-puissante voix publicitaire qui débite le commentaire de la vidéo ouvre son message par la nécessité, très politique, d’écrire soi-même son Histoire, conseil qui bien évidemment s’adresse moins aux musulmans (sans majuscule, ce n’est pas un peuple) qu’aux Arabes, les divers éléments narratifs (images, voix off, incrustations textuelles, montage…) multiplient les références strictement islamiques…

    voix off qui dit très explicitement :

    Plus que jamais, nous avons besoin de pareilles sources d’inspiration, et il ne s’agit pas de laisser le soin à d’autres d’écrire cette Histoire…

    Mais qui sont ces « autres » qui seraient tentés d’« écrire cette Histoire » ? Qui donc serait tenté d’écrire l’histoire du deuxième calife (à la place du calife ?).

    Yves suggère bien que la série aura du mal à toucher les non-musulmans, il évoque « ces pays de mosaïques confessionnelles fragiles, avec notamment d’importantes minorités chrétiennes ». Mais le problème d’une série sur Omar ibn al-Khattâb n’est pas qu’elle ne s’adresse pas aux chrétiens, mais que le personnage est au cœur du clivage entre chiites et sunnites.

    On n’est pas du tout dans la grande série fédérant les musulmans pour le ramadan, mais dans un sujet qui divise à coup sûr chiites et sunnites. Pas seulement en provoquant le rejet chiite (qui ne se reconnaissent pas dans Omar), mais aussi du côté sunnite, qui sont abreuvés de dénonciations des chiites (au motif justement que ceux-ci détesteraient Omar). Les forums sunnites intégristes sont bourrés de textes hystériques sur le sujet (la « haine » des chiites pour Omar et Aïcha). On est dans le sujet ultra-clivant par excellence.

    À qui ne faudrait-il pas laisser le soin d’« écrire cette Histoire » d’Omar, si ce n’est justement aux chiites ? Qui d’autre que des chiites et des sunnites seraient « tentés » de le faire ?

    La limite de cette série n’est donc pas qu’elle propose un nationalisme qui écarte les arabes non musulmans, mais carrément qu’elle propose un nationalisme purement sunnite, basé sur un personnage qui provoque systématiquement la dénonciation de l’« hérésie » chiite. Difficile d’imaginer pire sujet pour provoquer de l’agitation confessionnelle.

    –---

    Pour revenir au premier paragraphe du billet de CPA, qui rappelle que les deux pays producteurs de cette série, le Qatar et l’Arabie séoudite, sont aussi ceux qui arment la rébellion syrienne, il n’est pas inintéressant de noter que le surnom donné par les sunnites au calife Omar est « Al Farouq ».

    Et « Al Farouq » est le nom d’une des principales brigades de l’Armée syrienne libre (logo avec deux sabres et un lettrage blanc sur fond noir). Brigade qui combat l’« hérésie » alaouite (systématiquement considérée comme chiite) en Syrie…

  • Al-Jazeera : du « printemps arabe » à l’hiver de l’information | Yves Gonzalez-Quijano (Culture et politique arabes)
    http://cpa.hypotheses.org/3093

    Al-Jazeera fête en ce moment son quinzième anniversaire avec des slogans – « L’information, l’opinion, la conscience… » – qui ne craignent pas de verser dans l’auto-célébration ! Plus que jamais, la création des autorités du Qatar semble avoir le vent en poupe. Copie conforme, ou traduction fidèle si l’on préfère, d’une offre internationale elle-même produite sur le modèle nord-américain, personne n’ignore que la première des chaînes d’information du monde arabe n’aurait pu exister et se développer de la sorte sans l’aide généreuse des finances de l’Émirat. Source : Culture et politique arabes

  • Un Nobel arabe politiquement correct ? Epargnez aux Arabes un tel soutien ! | Yves Gonzalez-Quijano (Culture et politique arabes)
    http://cpa.hypotheses.org/2981

    On a envie de paraphraser la belle formule employée vers la fin du mois de mai dernier par trois intellectuels syriens exhortant Bernard-Henri Lévy, au regard de ses antécédents vis-à-vis de la question palestinienne, à bien vouloir s’abstenir de toute intervention sur ce qui se passe dans leur pays… Elle pourrait en effet très bien convenir aux jurés de l’académie suédoise dont on dit que les choix pourraient, dans quelques jour, consacrer une figure arabe ! Source : Culture et politique arabes

  • Leçon marocaine en Arabie saoudite | Culture et politique arabes
    http://cpa.hypotheses.org/2967
    Sur le blog d’Yves Gonzalez-Quijano, traduction d’un texte de l’universitaire ’originaire de la péninsule arabe’ Madawi al Rasheed

    En prenant leur défense de cette manière, les Saoudiennes révèlent surtout l’étendue de leurs problèmes vis-à-vis de Marocaines qui ont su imposer chez elles la reconnaissance de droits dont la femme saoudienne rêve encore. Comment expliquer une telle différence entre leurs situations respectives ? Certains ont invoqué le Wahhabisme, d’autres les traditions tribales de la société saoudienne. Pourtant, des millions de musulmans montrent que leur religion n’implique pas la marginalisation de la femme. Quant au facteur tribal, on le retrouve dans bien d’autres sociétés. En réalité, deux facteurs expliquent la persistance de la marginalisation que subit la femme saoudienne dans sa société : l’économie pétrolière qui ne lui a pas donné de place en tant que travailleuse, et la politique de l’État qui considère que la réclusion des femmes est partie intégrante de sa légitimité religieuse.

    #Arabie_Saoudite #femmes #révoltes_arabes

  • Yves Gonzalez-Quijano : One Day I Might Dream in Arabic (Al Akhbar English)
    http://english.al-akhbar.com/content/yves-gonzalez-quijano-one-day-i-might-dream-arabic

    After thirty years of writing, translating and lecturing, Yves Gonzalez-Quijano has become a familiar name to Arab ears. The French Arabist who lived briefly in Beirut, Damascus, and Cairo was not drawn to Arabic culture because of its exoticism or due to feelings of superiority. He was motivated by a personal desire free from preconceived notions towards the other.
    His is a postmodern Arabism. An applied Arabism similar to applied criticism. A child of the French student protest movement and the international Left, he is part of a generation that witnessed an end to colonialism in (...)

  • Les héros arabes sont fatigués ! Place aux jeunes ! | Yves Gonzalez-Quijano (Culture et politique arabes)
    http://cpa.hypotheses.org/2905

    Tous les observateurs s’accordent à le reconnaître, les soulèvements que connaissent aujourd’hui nombre de pays arabes sont en grande partie le fait de la génération du baby boom des années 1980-1990. Comptant à eux seuls pour un tiers de la population totale, les 120 millions de jeunes arabes qui ont aujourd’hui entre 15 et 29 ans trouvent en règle générale beaucoup de mal à se faire une place au soleil : les filières qui devraient assurer un renouvellement générationnel sont rares, et les « anciens », plus qu’ailleurs sans doute, ont tendance à s’accrocher !

  • Printemps arabe©, si jeune et déjà marketé | Yves Gonzalez-Quijano
    http://owni.fr/2011/08/03/printemps-arabe%c2%a9-si-jeune-et-deja-markete

    Le « printemps arabe » n’a que quelques mois, il est déjà réutilisé dans le #marketing et les campagnes de publicité. Souvent pour le pire, comme l’analyse, exemples à l’appui, le chercheur Yves Gonzalez-Quijano en poste à Damas.

    #Politique #Pouvoirs #Egypte #Printemps_arabe #publicité #révolution #Tunisie

  • Dieu que la révolution est jolie ! Le Printemps arabe© est en vente… | Yves Gonzalez-Quijano (Culture et politique arabes)
    http://cpa.hypotheses.org/2853

    Ecrire pour ce Carnet est loin d’être facile alors qu’il se déroule des choses autrement plus graves dans la région. C’est particulièrement vrai au regard de ce qui se passe actuellement en Syrie. En cette veille de ramadan, karîm (généreux, magnanime…) selon la formule consacrée, l’ironie n’est plus exactement de saison…
    Les noces de la publicité et de la politique ne sont pas si anciennes que cela dans le monde arabe (2005 est sans doute une date repère : voir ce billet). Aujourd’hui encore, plus d’un régime (par exemple en Syrie : voir ces deux billets, 1 et 2) hésite entre la bonne vieille propagande de papa et la communication politique moderne et ses spin doctors.