• #féminicide #suicide #personnes_agées

    Tarn-et-Garonne. Deux octogénaires morts par balles, découverts dans leur garage par un livreur | Actu Toulouse
    https://actu.fr/occitanie/vaissac_82184/tarn-et-garonne-deux-octogenaires-morts-par-balles-decouverts-dans-leur-garage-

    D’après nos informations, les deux victimes étaient grièvement malades et aucune trace de violences n’a été retrouvée ni sur l’un, ni sur l’autre.

    Selon le substitut du Procureur de Montauban, Emmanuel Ferrand, les enquêteurs privilégient la piste d’un « suicide concerté ». L’homme, un ancien commissaire de police à la retraite, pourrait avoir tué sa femme, avant de retourner l’arme contre lui.

  • #Suicide des personnes âgées : Pourquoi ce phénomène reste-t-il « boudé » par la recherche ?
    https://www.20minutes.fr/societe/3096459-20210810-suicide-personnes-agees-pourquoi-phenomene-reste-boude-re

    3E ÂGE Découvrez, chaque jour, une analyse de notre partenaire The Conversation. Aujourd’hui, un anthropologue s’interroge sur le relatif désintérêt que suscite la mort volontaire des aînés
    20 Minutes avec The Conversation

    Publié le 10/08/21 à 08h45 — Mis à jour le 10/08/21 à 08h45

    Le suicide des personnes âgées s’avère beaucoup moins étudié que celui des jeunes, selon notre partenaire The Conversation.
    Cela s’explique peut-être par le caractère plus choquant de la mort des jeunes, qui plus est par suicide, que celle de personnes dont on se dit qu’elles ont « fait leur vie ».
    L’analyse de ce phénomène a été menée par Frédéric Balard, anthropologue à l’Université de Lorraine.

    À la faveur de la pandémie de la Covid-19, la question du suicide a bénéficié d’un éclairage médiatique qui n’avait sans doute plus eu lieu depuis ce qui fut appelé la « crise des suicides » de France Télécom en 2009.

    Pourtant, entre ces deux périodes, le nombre de suicides en France n’a pas connu de véritable bouleversement, oscillant autour de 9000 à 10.000 par an même si la tendance est plutôt à une baisse des taux depuis le début des années 1990.

    Alors que les suicides des jeunes et les suicides au travail sont l’objet de nombreux travaux, le suicide des personnes âgées s’avère beaucoup moins étudié.

    Pourtant, les taux de suicide augmentent avec l’âge. Si l’on se réfère aux chiffres de l’observatoire national du suicide, les 15-24 ans ont un taux de suicide de 5/100.000 correspondant à 373 suicides pour l’année 2014 tandis que celui des personnes âgées de 75 ans ou plus est de 35,4/100.000 (1749 suicides en 2014) et s’élève même à 83,8/100.000 pour les hommes âgés de 85 à 94 ans (458 suicides en 2014).

    Ce constat de l’élévation des taux de suicide avec l’âge n’est pas nouveau puisque Émile Durkheim le mentionnait déjà il y a plus d’un siècle. Dès lors, comment comprendre que ces suicides ne fassent pas l’objet d’une préoccupation à la hauteur des taux précités ?

    Plusieurs hypothèses peuvent être avancées. Tout d’abord le fait que le suicide représente une cause de mortalité mineure aux âges avancés (0,5 %) alors qu’elle est majeure chez les jeunes (16,2 % pour les 15-24 ans). Ensuite, peut-être parce que la mort des jeunes, qui plus est par suicide – parangon de la mauvaise mort –, apparaît plus choquante que celle des personnes âgées dont on se dit qu’elles ont « fait leur vie ».
    Définir le suicide

    Pour pouvoir bien analyser et interpréter un phénomène, il s’agit tout d’abord de bien le définir. Or, concernant le suicide, cela s’avère plus complexe qu’il n’y paraît. Les suicides auxquels nous venons de faire référence sont les suicides comptabilisés. Pour qu’ils le soient, il faut que la mention « suicide » soit présente sur le certificat de décès. Or, dans la recherche que nous avons conduite, certains suicides n’ont pas été notifiés comme tel ce qui confirme que les taux (à tous âges, mais particulièrement dans l’âge avancé) sont sous-estimés.

    Ensuite, en fonction des publications, les définitions du suicide et des tentatives de suicide diffèrent. Pour Durkheim, « on appelle suicide tout cas de mort qui résulte directement ou indirectement d’un acte positif ou négatif, accompli par la victime elle-même et qu’elle savait devoir produire ce résultat. La tentative, c’est l’acte ainsi défini, mais arrêté avant que la mort en soit résultée »

    Cependant, d’autres approches élargissent ces définitions par l’intermédiaire de l’idée de suicide passif. Ainsi, le « syndrome de glissement » dont il a beaucoup été question en Ehpad durant les épisodes de confinements est parfois considéré comme un suicide.

    Certains vont plus loin dans la définition par l’intermédiaire de ce qu’ils nomment les équivalents suicidaires (négligence grave dans l’hygiène de vie, syndrome de Münchhausen, conduites à risques, suicide assisté, euthanasie, etc.) qu’ils considèrent relever des mêmes mécanismes que le suicide.

    Ces différences de définitions révèlent des conceptions différentes de ce que sont le suicide et les tentatives de suicide et s’avèrent sous-tendues par des paradigmes scientifiques divergents conduisant à des interprétations difficilement conciliables.
    Le suicide des personnes âgées est-il un suicide différent ?

    Si le suicide des personnes âgées est singulier du point de vue des taux de suicide, il l’est également du point de vue du ratio tentative de suicide et suicide accompli.

    En effet, alors que les jeunes de moins de 25 ans ont un ratio de 200 tentatives pour un suicide, celui des personnes âgées de 65 ans et plus est de 4 pour un. Les hypothèses mobilisées pour expliquer ces différences sont la fragilité physiologique et l’isolement réduisant les possibilités de « secours » et une plus grande intentionnalité. Étudier le suicide des personnes âgées conduit à s’interroger sur la notion d’âge et ses formes de médicalisation.

    Certains travaux considèrent l’âge (et le sexe masculin) comme un facteur de risque. Cependant, en quoi cela en fait-il une explication ou, pour le dire autrement, en quoi le fait d’être un homme âgé de plus de 85 ans permet d’expliquer une plus grande prévalence ?

    Il est intéressant de noter que l’âge constitue une épine dans le pied de qui aurait la tentation d’appliquer de manière simpliste les deux principaux « éléments » prédictifs de suicide habituellement retenus : les tentatives de suicide et la dépression. En effet, on constate que non seulement les tentatives de suicides diminuent avec l’âge, mais qu’il en est de même pour les épisodes dépressifs caractérisés.

    Ces éléments conduisent à considérer les suicides des personnes âgées de manière particulière. Pour la suicidologie (spécialité œuvrant à la prévention du suicide), la dépression du sujet âgé serait une dépression spécifique et plus difficile à diagnostiquer. La prévention de la dépression serait donc le premier levier de réduction du suicide et l’on pourrait formuler l’hypothèse selon laquelle, c’est cette prévention qui a conduit à la baisse des taux depuis 1990.

    Une autre interprétation de cette baisse tendrait plutôt à considérer qu’elle s’explique par des suicides empêchés par davantage de contention médicamenteuse et physique (que nous peinons à nommer prévention) et une difficulté physiologique accrue à mettre en œuvre son suicide.

    Ces réflexions soulèvent des enjeux scientifiques majeurs dont les investigations se trouvent parfois empêchées par des freins idéologiques et des formes de paniques morales conduisant à s’interdire tout raisonnement visant à interroger suicide et suicide assisté (voir euthanasie) alors même que ces réflexions paraissent heuristiques ne serait-ce que pour comparer le vécu des proches.

    Parmi les autres explications du suicide des âgés que l’on retrouve dans la littérature scientifique, il est fait mention de la polypathologie, de la perte d’autonomie, de l’isolement, de la solitude ou encore de l’angoisse de la mort. Ainsi, ce sont les pertes liées à l’âge qui sont mises en cause, le veuvage, l’entrée en institution, le sentiment de perte de sens qui conduirait certaines personnes au suicide. Il est enfin évoqué des « suicides par anticipation » pour éviter la déchéance et un mourir qui s’éternise. Ces suicides sont ainsi interprétés comme des formes de déprises ou, à l’inverse, comme une tentative de reprise en main de sa fin de vie.
    Quels protocoles de recherches pour étudier le suicide ?

    Si les explications présentées sont davantage des hypothèses que des causes de suicide, c’est parce que la construction d’un protocole de recherche idéal s’avère difficile. En effet, la suicidologie met principalement en œuvre deux types de protocole pour analyser le suicide : l’enquête auprès des suicidants (personnes ayant fait des tentatives de suicide ou présentant un « comportement suicidaire ») et l’autopsie psychologique qui consiste à reconstituer post mortem, via des documents et témoignages de proches les raisons du suicide.

    Évidemment, ces protocoles ne sont pas exempts de faiblesses. Dans le premier cas, on présuppose que les suicidants et les suicidés sont comparables, ce qui n’est pas démontré et l’est encore moins dans le cas des personnes âgées dont la plupart n’ont jamais fait de tentatives de suicide ni état de comportements suicidaires. Les travaux reposant sur l’ autopsie psychologique qui avancent que 60 à 90 % des suicidés souffraient de troubles mentaux, présentent d’importantes limites. Si la détection de la dépression du sujet âgé est sous diagnostiquée car complexe, il est difficile de justifier qu’elle puisse être facile à diagnostiquer post mortem.

    Les entretiens sociologiques que nous avons menés avec les proches de personnes âgées suicidées montrent surtout qu’en fonction de qui s’exprime, du cadre de l’entretien et du rapport qu’il ou elle entretenait avec son parent défunt, les motifs de suicides rapportés seront très différents. Ainsi, ces récits en apprennent moins sur les motifs et les causes de suicides que sur l’histoire familiale et la place du parent âgé dans celle-ci.

    Cette analyse a été rédigée par Frédéric Balard, anthropologue à l’Université de Lorraine.
    L’article original a été publié sur le site de The Conversation.

    Déclaration d’intérêts

    Frédéric Balard est maitre de conférences en sociologie à Nancy & rédacteur en chef de Gérontologie et société. Le projet d’étude ’Suicidâge’, a été soutenu par la Fondation de France.

    #personnes_agées #suicide

  • #Terrorisme : au nom de sa #sécurité, la #France expulse toujours plus

    Depuis 2018, l’Hexagone a expulsé plus de la moitié des islamistes radicalisés fichés et en situation de séjour irrégulier en France. Et selon la volonté du ministre de l’Intérieur, le nombre d’expulsions devrait encore augmenter. C’est un des axes du contre-terrorisme français, rapporte la Deutsche Welle.

    Agir plus vite et plus durement avec les immigrés condamnés pour des crimes graves, telle est la consigne donnée aux préfets de France par le ministre de l’Intérieur, Gérald #Darmanin, en juin. Les #titres_de_séjour sont à réexaminer, et des expulsions à prévoir pour les coupables de #crimes graves : homicide, viol, trafic de drogue, violences conjugales ou contre des dépositaires de l’autorité publique. Voilà le dernier cap fixé par la France pour améliorer la sécurité sur le territoire, rapporte la Deutsche Welle, qui fait un point sur la stratégie antiterroriste de la France.

    « En parallèle de cette mesure, le gouvernement a également publié de nouveaux #chiffres sur les expulsions », écrit le site de la radio internationale allemande : sur 23’000 #personnes_fichées, car soupçonnées de radicalisation, dans le #FSPRT - le #Fichier_de_signalements_pour_la_prévention_de_la_radicalisation_à_caractère_terroriste -, 1’115 seraient en situation irrégulière sur le territoire. Parmi elles, environ la moitié - 601 - a été expulsée ces trois dernières années. L’autre moitié serait en passe de l’être ou se trouve actuellement en prison, a précisé le gouvernement.

    Le gouvernement Macron n’est pas le seul à opérer de la sorte. Les exécutifs successifs du pays, où plus de 250 personnes ont été victimes d’attentats terroristes ces dernières années, ont répondu en durcissant les lois d’immigration. Dans ce contexte, le sujet des expulsions « est devenu plus explosif », explique le journaliste allemand, qui s’est entretenu avec un expert en contre-terrorisme français.

    Tensions dans les pays du Maghreb

    « Le profil des #terroristes_actifs en France a changé », a ainsi expliqué #Marc_Hecker, chercheur à l’Institut français des relations internationales, à la radio allemande. Selon lui, ceux qui ont perpétré les dernières attaques étaient souvent des #immigrés, des #demandeurs_d'asile ou des personnes entrées clandestinement dans le pays.

    Le chercheur pointe deux évolutions qui en découlent. Premièrement, la France a modifié sa pratique d’expulsion :

    Même si la France n’expulse pas d’individus vers les zones de guerre, la liste des pays vers lesquels aucune expulsion n’est réalisée s’est réduite au fil des années."

    Les capacités limitées des #services_de_renseignements

    Deuxièmement, dans les pays en question, la situation sécuritaire se trouve sous tension. Cela concerne avant tout les pays du Maghreb, qui ont vu les expulsions de France se multiplier. « Envoyer les personnes radicalisées vers des pays qui ne disposent pas des mêmes capacités de surveillance que la France ne fait qu’accentuer le problème pour ces pays », explique Hecker.

    « Impossible pour le moment de savoir si les expulsions permettront d’améliorer durablement la situation sécuritaire tendue de la France, mais cela devrait au moins décharger temporairement les autorités », estime la Deutsche Welle. Un des problèmes centraux reste qu’un fichier comptant 23’000 noms représente un défi de taille constant pour les services de renseignements. De plus, le #fichage de toutes les personnes qui sont passées sous les radars, comme le meurtrier de Samuel Paty ou l’attaquant de Notre-Dame de l’Assomption, à Nice, demande des moyens supplémentaires.

    Quant au changement de #profil des attaquants, il est impossible d’évaluer s’il est passager ou définitif.

    https://www.courrierinternational.com/article/vu-dallemagne-terrorisme-au-nom-de-sa-securite-la-france-expu
    #expulsions #renvois #asile #migrations #réfugiés #machine_à_expulser #islamisme #radicalisation #criminels_étrangers #statistiques #sans-papiers

    ping @cede @karine4 @isskein

  • « C’est un massacre » : à #Athènes, les aménagements de l’#Acropole s’attirent les foudres des archéologues grecs - Le Parisien
    https://www.leparisien.fr/culture-loisirs/cest-un-massacre-a-athenes-les-amenagements-de-lacropole-sattirent-les-fo

    Fin 2020, le ministre de la #Culture grec a fait couler du béton sur les allées en pierre, afin de faciliter l’accueil des #personnes_à_mobilité_réduite. Archéologues et historiens grecs dénoncent un « massacre ». Cette balafre au visage de l’Acropole pourrait même avoir l’effet inverse sur le ##tourisme. « Dans l’immense majorité des cas, les Français ne vont pas seulement à Athènes lorsqu’ils se rendent en Grèce. Mais le danger, c’est qu’ils délaissent carrément la capitale, nous explique Eric Gautret, directeur de l’agence de voyages Détours, spécialiste de la Grèce depuis 30 ans. En été, elle est déjà fuie car il fait très chaud, et c’est très embouteillé. À la mi-saison, nous avons une clientèle plus culturelle, plus âgée, qui râle déjà souvent sur l’entretien et la gestion des sites historiques athéniens. » Pour lui, Athènes risque de n’être « plus qu’un hub aéroportuaire ».

    […] « Pour l’instant, Korrès n’a réalisé que la moitié de ses plans : il veut recouvrir presque tout le rocher », alerte Despina Koutsoumba. Des centaines d’historiens ont d’ailleurs signé une pétition appelant à l’arrêt des travaux. D’autant plus qu’aucun appel d’offres n’aurait été lancé, selon une source au sein de l’administration de l’Acropole rapportée par Libération.

    « Attendons, et allons-y ! tempère auprès du Parisien l’archéologue français François Queyrel. Il faudrait être sur les lieux pour se rendre compte véritablement. La presse grecque est plus mitigée : certains architectes ont des arguments qui relativisent les critiques, notamment au sujet de la réversibilité. Il est tout à fait possible d’enlever le revêtement si besoin. Et tout n’est pas recouvert sur le cheminement, certaines traces du passé sont préservées »

    Un autre article sur le sujet paru dans le Le Figaro : https://www.lefigaro.fr/culture/athenes-dechirements-autour-des-nouveaux-sentiers-en-beton-de-l-acropole-20

    #patrimoine #archéologie

  • #Communes_Alzheimer_Admis – Un #guide pour vous inspirer

    Le guide d’inspiration décrit une sélection de projets belges et étrangers dans des villes et des communes qui ont décidé de devenir #Alzheimer_admis. Comment ont-ils vu le jour ? Comment passer de l’idée au projet ? Quels sont les outils et les actions ? Quels enseignements peut-on en tirer ?

    En encourageant les personnes atteintes d’une maladie de type Alzheimer et leurs proches à continuer à jouer un rôle dans leur #communauté_locale et à participer à la #vie_publique, on crée un environnement plus accueillant pour ces personnes ce qui contribuera à améliorer leur #qualité_de_vie et se révèlera bénéfique pour la société tout entière.

    https://www.kbs-frb.be/fr/Virtual-Library/2011/295136
    #alzheimer #villes #personnes_âgées #Belgique

    via @suske

  • Reconfinement : pourquoi Emmanuel Macron ne varie pas
    https://www.lejdd.fr/Politique/reconfinement-pourquoi-emmanuel-macron-ne-varie-pas-4028138

    Quand on aura vacciné 80% des plus fragiles, on aura une réalité épidémiologique proche d’un épisode de grippe. Ce sera le cas en mai

    Finalement, c’est pas l’été qui est attendu pour le mois de mai... C’est la vaccination des vieux.

    #à_chaque_jour_sa_révélation

  • Coronavirus : des places pour tout le monde | Aurélie Lanctôt
    https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/593330/des-places-pour-tout-le-monde

    La réponse actuelle à la pandémie s’appuie de façon béate sur les approches policières — de la surveillance faite par la police elle-même jusqu’à l’incitation à se dénoncer entre voisins. Elle ignore la santé et la sécurité de personnes parmi les plus vulnérables de notre société, et révèle ainsi combien nous sommes à l’aise avec les stratégies qui consistent à nettoyer l’espace public de ses éléments jugés indésirables. Source : Le Devoir

    • #paywall #Québec #coronavirus #confinement #couvre-feu
      #itinérants #personnes_vulnérables #indésirables

      Des places pour tout le monde
      Aurélie Lanctôt, Le Devoir, le 15 janvier 2021

      Il fait déjà noir lorsque j’arrive devant l’église Saint-Zotique, qui trône en face du square Sir George-Étienne-Cartier, dans le quartier Saint-Henri, et les rues sont presque désertes. J’ai à peine le temps d’apprécier ce calme étrange que la porte menant au sous-sol du bâtiment s’ouvre. On m’invite à entrer. À l’intérieur, des employés de la maison Benoît Labre s’activent pour être prêts à accueillir des gens dès 20 h. Il faut installer les lits, dégager et nettoyer l’espace, préparer la cantine…

      La maison Benoît Labre, qui, en temps normal, offre divers services aux personnes en situation d’itinérance le jour, est devenue cet hiver l’une des neuf « haltes chaleur » créées hors du centre-ville de Montréal. On y propose le gîte à celles et ceux qui, pour une raison ou une autre, ne fréquentent pas les grands refuges, mais cherchent tout de même un endroit où dormir et se réchauffer un peu. « On ne refuse personne. On tolère beaucoup l’intolérable », me dit Andréane Desilets, directrice générale de l’organisme. « Notre seul critère, c’est : gère-toi », ajoute Valérie Pelletier, responsable de projet.

      Ici, on tente de répondre aux besoins de tous dans un espace exigu où le niveau de stress est élevé. C’est d’ailleurs ce qui est marquant depuis le début de la pandémie, remarquent Andréane Desilets et Valérie Pelletier : la tension. Les besoins étaient déjà grands, mais les derniers mois ont accentué la détresse et multiplié les crises. Quant au couvre-feu, il ajoute une pression dont tout le monde se serait passé. Tant les personnes en situation d’itinérance que les organismes qui se débrouillent avec un budget extrêmement serré.

      Des places pour tout le monde dans les refuges, disait François Legault ? Andréane Desilets et Valérie Pelletier l’ont trouvé bien bonne — tout comme les autres organismes en itinérance. Bien sûr que non ! Il n’y a assez de places ni dans les grands refuges ni dans les haltes chaleur, où l’on peine à respecter les consignes sanitaires. Chez Benoît Labre, c’est très clair : avec des lits de camp cordés dans un sous-sol d’église, il y a des limites à ce qu’on peut faire pour endiguer les risques d’infection. Mardi soir, la halte était pleine à 20 h 20. Il a fallu refuser des gens redirigés par le SPVM et la Mission Old Brewery.

      Qu’est-ce que cela signifie de refuser des gens, quand cela équivaut à les placer de facto en situation d’infraction ? La ministre Guilbault a promis qu’on pourrait compter sur le bon jugement des policiers. Mais moins d’une semaine après l’entrée en vigueur du couvre-feu, ce « bon jugement » montre ses vraies couleurs.

      Jean-François Mary, directeur général du Cactus, un organisme qui offre notamment des services aux utilisateurs de drogues, se doutait que ça se passerait mal. Au Cactus, les heures d’achalandage s’étendent de 20 h à 2 h du matin, « et nos usagers ont en général de mauvaises relations avec la police », explique-t-il. Parce qu’ils consomment, ou alors qu’ils ont des antécédents judiciaires. Les CIUSSS délivrent des attestations de déplacement pour les usagers, explique M. Mary, mais il y a déjà des accrochages. Une personne cette semaine a vu son attestation déchirée par les policiers, avant d’être expulsée du métro. Elle est arrivée au Cactus à pied, en pleurs, en manque et en catastrophe.

      Du côté du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), on rapporte aussi plusieurs interactions entre des policiers et des personnes itinérantes qui ont des airs de harcèlement. On a été très prompt à affirmer que les contraventions seraient remises avec grande parcimonie aux personnes itinérantes, mais, tout comme l’idée qu’il suffit de diriger tout le monde vers les refuges, il ne s’agit que d’une partie de l’histoire.

      Le couvre-feu place des gens vulnérables dans une situation non seulement inconfortable, mais dangereuse. Les utilisateurs de drogue, par exemple, vont devoir s’isoler pour consommer ou simplement pour éviter la police. Et dans un contexte où les surdoses sont en recrudescence, on risque de voir plusieurs décès. « Le risque que les gens meurent est bien plus grand sous couvre-feu que le statu quo. On n’a pas eu ce problème pendant la première vague. On est en train d’en créer un », tranche M. Mary.

      On a beaucoup entendu que le couvre-feu ne change rien pour la majorité des gens, qu’il s’agit d’une mesure symbolique, justifiée au nom de l’urgence sanitaire (même sans assise scientifique). Mais la santé et la sécurité de personnes parmi les plus vulnérables de notre société sont aussi une question de santé publique.

      La réponse actuelle à la pandémie, qui s’appuie de façon béate sur les approches policières — de la surveillance faite par la police elle-même jusqu’à l’incitation à se dénoncer entre voisins —, ignore cette dimension, révélant combien nous sommes à l’aise avec les stratégies qui consistent à nettoyer l’espace public de ses éléments jugés indésirables. Et de façon plus générale, embrasser des mesures autoritaires pour « envoyer un message », sans faire grand cas des droits et libertés des citoyens, est un réflexe inquiétant qui a trop souvent prévalu depuis le début de la pandémie. Il faudra tôt ou tard poser un regard critique sur les précédents bien laids créés par cette crise.

    • François Burland

      François Burland (1958) est artiste plasticien. Basé au Mont-Pèlerin/VD, son travail appartient à la scène internationale. Son oeuvre déploie une palette d’expressions artistiques multiples. A travers le dessin notamment, il rassemble diverses mythologies et croyances, mêlant des sources anciennes et contemporaines.
      Avec des matériaux de récupération, il crée des objets et ou réalise des installations monumentales.

      François Burland vivifie les idéologies de son enfance sans affirmer une vision politique, mais en faisant émerger humour, nostalgie et inventivité.

      Il initie récemment un tournant dans sa carrière artistique en valorisant les collaborations et l’organisation de projets participatifs. Il mène ainsi depuis 2011 des projets artistiques avec des jeunes migrants mineurs non-accompagnés (MNA) afin de les aider à s’insérer dans le monde du travail.

      https://www.francoisburland.com/biographie-francois-burland

  • C’est le #changement qui fait peur, pas la migration

    Les changements très rapides engendrent des réactions de #défense. Certes, la migration est perçue comme un aspect du changement sociétal. Cependant, ce n’est pas la migration en soi qui fait #peur, mais les conséquences liées à la #croissance, comme l’activité soutenue du bâtiment, l’augmentation du #trafic_routier ou l’#appauvrissement redouté de la #vie_sociale. Telles sont les conclusions de la dernière étude de la Commission fédérale des migrations CFM. L’étude de terrain « Vivre-ensemble et côte-à-côte dans les communes suisses - Migration : #perceptions de la population résidente » donne une image variée des #sensibilités. Il s’avère également que la majorité des personnes interrogées attachent beaucoup d’importance à l’#échange sur le plan local et aux possibilités de #rencontre.

    Environ 45 pourcent des habitants de Suisse vivent aujourd’hui dans des agglomérations. C’est là où l’évolution des dernières décennies est la plus visible et perceptible. Dans le cadre de l’étude, huit communes (Agno, Belp, Le Locle, Losone, Lutry, Oftringen, Rheinfelden, Rümlang) ont été visitées. La procédure avec des résultats ouverts comprenait des discussions informelles, de courts entretiens et un sondage ludique sur tablette.

    La migration vue comme un aspect de la #transformation_sociétale

    Les personnes interviewées sont conscientes à la fois des aspects positifs et négatifs du changement. Et elles les jugent d’une manière beaucoup plus différenciée que ce qui s’exprime souvent dans les débats politiques. La migration est généralement évoquée en relation avec d’autres sujets et est rarement mentionnée directement comme un problème majeur. Cependant, une #attitude négative à l’égard des changements dans l’agglomération peut se traduire par une position critique vis-à-vis des immigrés. Cela est notamment le cas lorsqu’ils sont perçus non seulement comme une composante, mais aussi comme les responsables du changement de la société. On leur attribue alors l’intensification de la #pollution de l’#environnement ou du trafic routier, de l’activité de construction et de l’#individualisation de la société - tous ces éléments portant préjudice à la qualité du #vivre_ensemble.

    La présence et la participation importent plus que l’origine

    La cohabitation avec des personnes venues de « pays proches » est jugée moins problématique. Mais l’étude démontre aussi que la #résidence durable dans la commune et la #participation à la #vie_locale relativisent l’importance que les résidents attachent à l’origine des membres de la communauté. La participation à la vie économique et les #compétences_linguistiques sont considérées comme des conditions importantes pour être accueillis dans la collectivité. D’un point de vue local, cela peut également être vu comme l’expression de la volonté et de l’intérêt de la population résidente d’échanger avec les nouveaux arrivants.

    L’attitude de #pessimisme face aux changements s’accompagne de #scepticisme à l’égard de la migration

    L’attitude des personnes vis-à-vis des changements varie selon la durée de leur présence dans la commune, selon leurs liens avec le lieu, leur âge et leur orientation politique. En particulier les #personnes_âgées, les résidents de longue date et les personnes attachées aux lieux ont tendance à être plus critiques à l’égard de la croissance locale et de l’arrivée d’étrangers. Ils accordent beaucoup d’importance à la préservation de l’aspect du lieu, du #paysage environnant et des #usages_locaux. À l’inverse, les personnes jeunes, mobiles, sympathisantes de gauche, les femmes et les personnes issues de la migration ont plus souvent tendance à éprouver les changements et la migration comme des phénomènes normaux. Les attitudes négatives envers les étrangers expriment donc des réserves face au changement social et à la #modernisation.

    Diversité vécue et communauté doivent s‘équilibrer

    Pour le futur développement des agglomérations, il est important de tenir compte des besoins de tous les habitants et de créer des passerelles entre les anciens habitants et les nouveaux arrivants. C’est pourquoi les changements rapides devraient être accompagnés, communiqués et si cela est possible planifiés avec des modalités basées sur la #participation.

    https://www.ekm.admin.ch/ekm/fr/home/aktuell/mm.msg-id-81673.html
    #préjugés #asile #migrations #réfugiés #changement_sociétal #perception #Suisse

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    Transformation des communes : une étude avec et pour les habitants
    https://www.youtube.com/watch?v=We7Ke1zvddY&feature=youtu.be

    Pour télécharger la version succincte de l’étude :
    https://www.ekm.admin.ch/dam/ekm/fr/data/dokumentation/materialien/studie-migration-ansaessige-bevoelkerung.pdf

    ping @isskein @karine4

  • Minister : Over 10,000 *migrants stopped from entering Greece*
    –-> sur le choix du mot « migrants », voir ci-dessous...

    Greek authorities have prevented thousands of migrants from entering Greece clandestinely by sea this year despite a recent lack of cooperation from the Turkish coast guard, the country’s shipping minister said Wednesday.

    Giannis Plakiotakis, whose ministry is also in charge of the coast guard, said arrivals were down 84% since March 1, compared to the same period last year, while the reduction in the month of August stood at nearly 95% compared to August 2019.

    “Since the start of the year, the entry of more than 10,000 people has been prevented,” Plakiotakis said during a news conference. In August alone, he said, “we had 68 cases of prevention and we succeeded in 3,000 people not entering our country.”

    This, he said, was achieved despite the Turkish coast guard ignoring appeals by the Greek coast guard to stop migrant boats leaving Turkish waters. He also accused Turkey’s coast guard of actively escorting the boats to the edge of Greek territorial waters.

    “There are cases where (the Turkish coast guard) is accompanying boats with refugees and migrants to our borders and ... trying to create problems,” he said.

    Plakiotakis would not elaborate on how the boats were prevented from entering Greek waters, which also mark the southeastern border of the European Union. But he stressed the coast guard “operates based on international law and international legality, based on the rules of engagement at sea, and ... with complete respect for human dignity and of course for human life.”

    Aid agencies have called on Greek authorities to investigate press reports of alleged pushbacks at sea. Greek officials, including Prime Minister Kyriakos Mitsotakis, have vehemently denied the coast guard engages in the practice, whereby those arriving inside a nation’s territorial waters would be summarily returned without being allowed to apply for asylum.

    The UN refugee agency said on Aug. 21 it was “deeply concerned by an increasing number of credible reports indicating that men, women and children may have been informally returned to Turkey immediately after reaching Greek soil or territorial waters in recent months.”

    The agency called on Greece to “seriously investigate” the reports.

    According to UNHCR figures, nearly 12,000 asylum-seekers have reached Greece this year. The total number of arrivals by sea and land in all of 2019 was about 75,000.

    Some of those who are granted asylum end up sleeping rough in central Athens.

    Plakiotakis said just 316 people entered by sea this July, compared to 5,551 last July, while August saw 455 arrivals, compared to 8,288 in August 2019.

    Greece has increased patrols along the land and sea border with Turkey, particularly after Ankara sent thousands of migrants to the land border in March, saying its own frontier to the European Union was open for anyone wanting to head into the EU.

    Athens has insisted it has the right to protect its borders from people attempting to enter clandestinely. The European border patrol agency Frontex is also assisting in patrolling Greece’s eastern border, with 13 boats, four planes and one helicopter, as well as 650 officers and 72 patrol cars.

    Previous years saw a modicum of cooperation between the Greek and Turkish coast guards. Under a 2016 EU-Turkey deal, Turkish authorities agreed to crack down on migration flows toward Greece, including by stopping boats heading to the Greek islands.

    But Greek authorities say the Turkish coast guard no longer responds to their calls when migrant boats are sighted.

    Greek-Turkish relations have deteriorated dramatically in the past few months, with the two neighbors sending warships to the eastern Mediterranean in an dispute over rights to potential offshore energy resources.

    Greece became the main entry point to the EU for people fleeing war or poverty in the Middle East, Asia and Africa in 2015, when nearly a million people crossed through the country, most arriving on Greek islands from Turkey.

    The 2016 EU-Turkey deal dramatically reduced the numbers, with Turkey agreeing to crack down on those seeking to leave its shores in return for EU funds to handle the more than 4 million refugees and migrants living there, including more than 3 million Syrians.

    https://apnews.com/fb8fca6e7429c5374187dbed553ee244

    #asile #migrations #réfugiés #Grèce #chiffres #refoulement

    –—

    Intéressant le choix des #mots du ministre (et de la presse)... on parle de 10’000 #migrants empêchés d’entrer en Grèce, donc sur le sol de l’Union européenne...
    Le choix du mot réfugiés aurait eu un autre impact :
    10’000 réfugiés empêchés d’entrer en Grèce...
    –-> ça serait plus clairement identifié comme un #refoulement, pratique interdite par le #droit_international et par les droits nationaux et de l’UE...
    Après, pas sure que ça aurait plus choqué l’opinion politique ou nos politiciens...

    #vocabulaire #terminologie #presse #choix_des_mots #push-backs #words_matter #wordsmatter

    ping @isskein @karine4

    • Ici on parle de #people (#personnes) :

      Greece : 10,000 People Prevented Access, Lockdown Extended, Recognition Rate Increases

      Amid mounting evidence of systematic push-backs from Greece (https://www.borderviolence.eu/15638-2), Shipping Minister Ioannis Plakiotakis states that 10,000 people have been prevented access in 2020. Greek authorities have extended the lockdown of all structures hosting refugees and migrants until 15 September. The first instance recognition rate rises to 69% according to Eurostat.

      Minister Plakiotakis with Greek coast guard under his mandate stated at a news conference on 2 September that arrivals had decreased 84 per cent since 1 March, compared to the same period of 2019, and that the drop in the month of August was 95 per cent compared to August 2019. According to Plakiotakis 10,000 people have been prevented from accessing Greece in 2020 so far but the Minister refused to elaborate on how this had been achieved, stating simply that the Greek coast guard: “operates based on international law and international legality, based on the rules of engagement at sea, and … with complete respect for human dignity and of course for human life”.

      Greek Helsinki Monitor has filed a criminal complaint to the High Court Prosecutor concerning the push back of 1389 people by Greek Coastguard based on evidence from numerous sources including leading international media, IOM, UNHCR, the hotline Alarmphone, Human Rights Watch, Legal Centre Lesvos and Border Violence Monitoring Network (BVMN), who in a press release expresses increasing concern about: “the disappearance and pushbacks of refugees and migrants from humanitarian distribution sites, refugee camps and pre-removal centres in Greece. The illegal pushback and disappearance of refugees and migrants is systematically followed by the statewide dismissal of credible evidence and the perpetual refusal to open a free and fair investigation into the whereabouts of the missing”.

      Following a joint decision by the Ministers of Civil Protection, Health and Immigration and Asylum the lockdown of all structures hosting refugees and migrants has been extended to 15 September. The lockdown, presented as a COVID-19 measure, has been in place since 21 March. The Ministry of Asylum and Migration further announced another round of closures of hotel accommodation facilities for asylum seekers, in Kozani, Edessa, Prespes and Grevena.

      A man recently returned from Athens has tested positive for COVID-19 in the overcrowded Moria camp on Lesbos hosting around 13,000 people under dire, unsanitary conditions. As a reaction the Ministers of Citizen Protection, Health and Immigration and Asylum, has placed the Reception and Identification Center in Moria in complete health exclusion (quarantine) for a total of 14 days. Since March people arriving to Greek island camps are quarantined to prevent the spread of COVID-19 and authorities have advised the residents to wear masks, practise social distancing, wash their hands, disinfect, and self-isolate if they feel unwell. However, according to a representative of Médecins Sans Frontières (MSF) such measures are “totally unrealistic in Moria,” and “Even if people spend as much time as possible in their tents, they still eat three times a day with thousands of other people. The same goes for the restrooms and showers. It is impossible to avoid the masses.” NGOs have consistently warned of the risks of an outbreak in the Moria camp.

      According to Eurostat figures, over two thirds of first instance decisions (69%) taken by the Greek Asylum Service in 2020 granted international protection. Refugee Support Aegean (RSA) highlights that the figures dispel government statements to the contrary and point to a steady and significant increase in the population of beneficiaries of international protection in Greece, who face severe obstacles to access rights due to the absence of a holistic plan to enable their integration in the country.

      Following relocations to several member states over the summer, 22 unaccompanied children have arrived in Finland with another 28 expected to follow under a Commission scheme originally targeting the relocation of 1600 unaccompanied and vulnerable children.

      https://www.ecre.org/greece-10000-people-prevented-access-lockdown-extended-recognition-rate-increa

  • Crip-Camp : un documentaire qui donne les clés de l’émancipation
    https://beaview.fr/actualites/crip-camp-documentaire-qui-donne-cles-emancipation

    https://youtu.be/OFS8SpwioZ4

    En rappelant l’histoire des luttes menées par les personnes handicapées pour leurs droits aux Etats-Unis, ce film est reçu en France comme un outil de prise de conscience et de mobilisation. La non-mixité, mais aussi le sentiment d’appartenir à un groupe, ou encore le contexte des années 70, ont permis à ces revendications d’émerger.

    pas vu mais très envie de voir.

    via @elisarojasm sur cui.

  • #COVID-19 : recette américaine pour un #désastre
    https://www.lapresse.ca/international/etats-unis/2020-07-05/covid-19-recette-americaine-pour-un-desastre.php

    C’est quand même des spécimens rares dans cette administration,

    Le vice-président Mike Pence [...] a qualifié d’« encourageante » l’information selon laquelle « environ la moitié des nouveaux cas sont des Américains de moins de 35 ans ».

    Mais la Dre Carlson ne trouve rien de réconfortant dans cette nouvelle. « La raison pour laquelle je ne trouve pas cela réconfortant est que chaque personne infectée par la COVID-19 en infecte deux autres, en ce moment », a dit la professeure de l’Université du Texas à Arlington. « Si une de ces deux personnes est fragile d’une quelconque façon – elle peut être atteinte d’un cancer ou rendue à un âge avancé –, elle pourrait mourir de cette maladie. Donc, s’il est vrai qu’une jeune personne s’en remettra probablement sans complications, ce ne sera pas nécessairement le cas des autres personnes qu’elle infectera, que ce soit une grand-mère ou une mère qui a survécu à un cancer. »

    Reste à voir quel message les jeunes Américains retiendront en ce week-end de fête nationale : celui du vice-président Pence ou celui de la Dre Carlson ?

    #états-unis

  • Près de 80 millions de réfugiés et déplacés dans le monde en 2019, en cinq graphiques
    https://www.lemonde.fr/international/article/2020/06/18/pres-de-80-millions-de-refugies-et-deplaces-dans-le-monde-en-2019-en-cinq-gr

    Parmi ceux qui cherchent refuge dans un pays tiers, plus des deux tiers sont issus de cinq pays seulement ; 85 % des réfugiés vivent dans des pays pauvres ou en voie de développement, généralement voisins de leur pays d’origine. Plus de huit réfugiés sur dix vivent dans des pays pauvres ou en voie de développement, généralement voisins du pays qu’ils ont fui, où ils sont exposés à des risques accrus, que la crise sanitaire actuelle du coronavirus peut aggraver.

    #Covid-19#migrant#migration#refugie#personnesdéplacées#crisesanitaire#paysendeveloppement#sante#vulnerabilite

  • FROM THE FIELD: COVID-19 just the latest crisis facing Somalia | | UN News
    https://news.un.org/en/story/2020/06/1066422

    Close to 500,000 people have been displaced and more than a million affected, by recent floods in Somalia’s central regions; a severe locust infestation which threatens food security and nutrition; and at the same time, as the country is responding to the spread of COVID-19.The UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs (OCHA) is calling for swift action from the international community, to avoid a major humanitarian crisis in a country whose ability to cope with disasters is significantly less than that of surrounding countries. The pandemic has led to major disruption nationwide, including a reduction in remittances from the diaspora, a mainstay for many Somalis, and a reduction in casual labour opportunities due to COVID-19 restrictions.

    #Covid-19#migrant#migration#somalie#sante#personnesdéplacées#nutrition#transfert#diaspora

  • Aucune lutte ne réussit dans l’humiliation - Bondy Blog
    https://www.bondyblog.fr/opinions/aucune-lutte-ne-resiste-dans-lhumiliation

    Psychologues, chercheurs∙ses et études sont venu∙es confirmer l’impact des vidéos montrant des violences policières contre nos corps Noirs sur notre psyché : anxiété, dépression, peur de sortir, troubles du sommeil et de l’appétit, sentiment de peur démultiplié lorsqu’en contact avec la police… c’est-à-dire des troubles du stress post-traumatique.

    Alors que beaucoup d’entre nous se retrouvent dans un état de trauma renouvelé, nos collègues de travail n’ont eux, la plupart du temps pas vécu ces meurtres comme des actes de terreur les visant indirectement. Ils n’ont pas été traumatisés. Si ce n’avait pas été pour les propriétés qui ont brûlé, beaucoup en Europe ne savaient en réalité pas ce qu’il se passait et ne s’en seraient pas souvenu. Cela nous pousse soit à internaliser nos peines, soit à nous exposer aux sanctions et aux contrôles lorsque nous parlons. Nous sommes alors jugés peu professionnel∙les.

    Pourtant, dès qu’il s’agit de dénoncer la violence raciale infligée à des personnes Noires, nous nous retrouvons avec des images humiliantes qui circulent (en mer Méditerranée qualifié∙es de migrant∙es, en Libye qualifié∙es d’esclaves, dans les vidéos de violences policières bientôt qualifié∙es de criminel∙les). Son caractère systématique en montre la fonction raciale.
    L’humiliation comme outil de domination raciale

    Les images de lynchages étaient des cartes postales, les images de nos corps de femmes colonisées s’échangeaient entre les colons et en Europe, les films de propagandes coloniaux, les zoos humains, ont largement servi à justifier aux yeux du monde se définissant comme blanc la mission civilisatrice mise en branle. La duplicité de l’ordre racial, qui se réclame d’une supériorité des valeurs morales (humanisme, universalisme, civilisationisme, humanitarisme, féminisme etc.) pour justifier son usage monopolistique de la violence, est construite en grande partie par l’image. Montrer nos corps humiliés fait de nous des corps humiliables.

    Depuis 10 ans, filmer la police dans sa violence est l’un des outils que beaucoup d’entre nous ont utilisé comme protection dans beaucoup de situations. La mort de George Floyd a été filmé par une jeune femme Noire de 19 ans. La mort de Breonna Taylor n’a pas été filmée alors qu’elle se faisait tuer par la police, de plusieurs balles, dans son lit, chez elle, alors qu’elle dormait. Beaucoup de familles de victimes en France aimeraient pouvoir appuyer leur réclamation de justice de vidéos (celles de Lamine Dieng, Zineb Redouane, Wissam El Yamni, Babacar Gueye, Gaye Camara, Ibrahima Bah, Adama Traoré et trop d’autres). Nous savons que ce qui est filmé n’est qu’une portion congrue de la violence qui est exercée contre nos corps et lorsque nous parlons d’instruments de lutte contre les violences policières, nous conseillons toujours de filmer. Filmer est devenu un nouvel instrument nous permettant de rendre visible ce qui avant été caché, avec l’espoir que ces violences étaient perpétuées parce que cachées.

    Puisque nous savons que les images de meurtres par des policiers de personnes Noires sont traumatisantes, il nous faut nous demander : en quoi cela sert-il la lutte ? Et plus centralement, pour celles et ceux d’entre nous, comme moi, qui refusent d’utiliser des instruments nous traumatisant comme stratégies de lutte : comment continuons-nous à nous battre pour la justice et la liberté sans mobiliser des techniques qui nous retraumatisent ? Comment répondons-nous aux actes de terreur à notre encontre ?

    Il nous faut refuser, à la suite d’Audre Lorde, d’utiliser les outils de maître, pour lutter contre les actes de terreurs perpétrés à notre encontre. Alors que pouvons-nous faire ?
    Contrôler l’usage que nous faisons des images de nos corps

    Se préparer à faire le deuil

    Diminuer la présence de la police dans nos vies

    Penser un avenir sans police, ni prison

    Laurence MEYER

    #police #violence #corps_noirs #personnes_racisées #racisme

  • HCR - Les réfugiés indigènes sont durement confrontés à la pandémie de Covid-19 en Amérique latine
    https://www.unhcr.org/fr/news/briefing/2020/5/5ec3efd3a/refugies-indigenes-durement-confrontes-pandemie-covid-19-amerique-latine.html

    Près de 5000 indigènes vénézuéliens sont déplacés au Brésil, principalement de l’ethnie Warao, mais aussi des communautés Eñapa, Kariña, Pemon et Ye’kwana. Comme la crise de Covid-19 frappe durement cette région de l’Amazonie et que le Brésil est un épicentre de la pandémie, le HCR s’inquiète du fait que beaucoup puissent en subir les conséquences, et ce sans les installations sanitaires ou les services de santé nécessaires.
    En Colombie, un certain nombre de groupes indigènes binationaux, dont les Wayuu, Bari, Yukpa, Inga, Sikwani ou Amorúa vivent près de la frontière avec le Venezuela. Bien que leur lieux de résidence ancestraux se trouvent à cheval sur les deux pays, beaucoup n’ont pas pu régulariser leur séjour en Colombie et sont sans papiers. Certains sont également confrontés à des menaces de la part de groupes armés irréguliers qui contrôlent les zones où ils vivent. Le HCR est préoccupé par le fait que, pour certains Vénézuéliens appartenant à ces communautés autochtones, les problèmes de papiers, notamment leur statut irrégulier, et leurs conditions de vie les exposent à des risques accrus. Beaucoup vivent dans des régions isolées et reculées, où ils n’ont pas accès aux services de santé, à l’eau potable ou au savon. D’autres vivent dans des logements exigus ou au sein d’installations informelles en milieu urbain, sans aucun accès à des équipements de protection. La plupart des groupes indigènes frontaliers sont menacés d’extinction physique et culturelle, en raison d’une alimentation insuffisante et d’une malnutrition sévère, ce qui peut augmenter le risque de contagion. Ces régions manquent également de services de santé de base, ce qui peut encore aggraver la situation actuelle.

    #Covid-19#migrant#migrations#personnes-déplacées#Colombie#Brésil#Venezuela#populations-indigènes#santé#système-santé#vulnérabilité#risques#sans-papier

  • Coronavirus : soixante fois plus de morts en Israël qu’en Palestine – Un si Proche Orient
    https://www.lemonde.fr/blog/filiu/2020/05/17/coronavirus-soixante-fois-plus-de-morts-en-israel-quen-palestine

    La comparaison avec le nombre de morts palestiniens (4 morts en Cisjordanie pour plus de trois millions d’habitants et aucun décès à Gaza pour environ deux millions), malgré la faiblesse du système de santé dans ces territoires, est accablante pour Israël. A défaut de pouvoir expliquer un tel différentiel, force est de constater que la crise sanitaire a révélé la profondeur de certains problèmes structurels de l’Etat hébreu.

    #covid-19#Israël#Cisjordanie#Palestiniens#Gaza#crise-sanitaire#pandémie#politique-santé#religion#confinement#santé#migrant#migration#personnes-déplacées

  • HCR - Le HCR vient en aide à des milliers de personnes en Libye, malgré les difficultés accrues dues à la poursuite du conflit et à la pandémie de Covid-19
    https://www.unhcr.org/fr/news/briefing/2020/5/5ebe6f14a/hcr-vient-aide-milliers-personnes-libye-malgre-difficultes-accrues-dues.html

    Les réfugiés ont déclaré au personnel du HCR qu’ils ont désespérément besoin d’aide. Beaucoup subvenaient auparavant à leurs besoins en tant que journaliers, mais ces emplois ont dû être interrompus en raison du couvre-feu et d’autres restrictions liées à la pandémie de Covid-19. Selon une enquête menée par le Centre des migrations mixtes, environ 75% des réfugiés et des migrants ont perdu leur emploi en mars et avril. Avant le Ramadan, certains ont déclaré qu’ils ne pouvaient se permettre qu’un seul repas par jour. D’autres recevaient auparavant une aide supplémentaire de la part de leurs proches par le biais de transferts internationaux de devises, mais ils se trouvent désormais dans une situation difficile car cette aide avait cessé ces dernières semaines. Certains sont menacés d’expulsion par leur propriétaire, car ils ont pris du retard dans le paiement de leur loyer.

    Les prix des denrées alimentaires ont flambé dans la plupart des villes en Libye, peu après la mise en œuvre des mesures de prévention et de lutte contre le Covid-19. (...) Les prix des articles d’hygiène ont augmenté de près de 60% au moins, et le prix des gants et des masques faciaux de protection ont plus que triplé.Pendant ce temps, le HCR continue de fournir un appui aux autorités libyennes et aux Libyens déplacés, alors que sévit la pandémie de Covid-19. Le conflit en cours et la poursuite des bombardements, malgré les appels à une pause humanitaire, affectent gravement le système de santé et les services médicaux déjà précaires, et qui disposent de ressources limitées et sont confrontés à des pénuries d’équipements et de médicaments de base.De nombreux hôpitaux ou établissements de santé, situés dans des zones proches du conflit, ont également été endommagés ou fermés. Le HCR et ses partenaires continuent de mener des campagnes de sensibilisation sur la santé publique auprès des réfugiés, des demandeurs d’asile et les Libyens, par le biais d’affiches, de SMS et sur les médias sociaux, dans l’objectif d’atténuer les risques d’exposition au Covid-19.

    #covid-19#migrant#migration#personnes-déplacées#Libye#hygiène#accès-santé#ressources#pénurie#système-santé#médicaments

  • Food insecurity in West Africa could leave 43 million at risk as coronavirus hits | | UN News
    https://news.un.org/en/story/2020/05/106323

    Highlighting people’s vulnerabilities, Babar Baloch from the UN High Commissioner for Refugees (UNHCR), described West and central Africa as “one of largest displacement situations in Africa…we are talking about 5.6 million internally displaced people, more than 1.3 million refugees and 1.6 million stateless.”

    #Covid-19#migrant#migration#personnes-déplacées#réfugiés#camp#sécurité-alimentaire#Mali#Burkinafaso#lacThad#Sahel#santé

  • Ouvrage | Autonomie, reconnaissance, mouvement, Angela Mitropoulos
    http://www.revue-ouvrage.org/autonomie-reconnaissance-mouvement

    Ce texte est pour moi la trace écrite de discussions et, dans une certaine mesure, d’un débat. Il a été rédigé durant les années qui ont suivi les manifestations et les évasions du centre de détention pour personnes migrantes de Woomera en 2002. Quelque mille personnes s’étaient alors rendues à la prison située dans une ville désertique et isolée du sud de l’Australie — un lieu où des détenu·e·s manifestaient sans cesse, localisé sur des terres autochtones, près d’une installation militaire américano-australienne et d’un terrain d’essai de missiles nucléaires — pour y établir un camp de protestation pendant environ quatre jours. Alors que des détenu·e·s manifestaient sur le toit d’un des bâtiments, nous avons ouvert un chemin pour les rejoindre, des clôtures ont été abattues, des barreaux ont été écartés de force, puis un certain nombre de personnes se sont échappées, ont été cachées dans le camp au moment où la police installait des barrages routiers, et enfin des démarches ont été entreprises pour obtenir leur libération. La manifestation de Woomera étaient une action décentralisée qui respectait la diversité de tactiques et qui n’étaient pas le résultat d’une décision émanant du camp dans son ensemble — une manifestation non souveraine qui cherchait à être conséquente dans un contexte où la représentation et la décision politiques sont généralement réservées aux personnes détenant la citoyenneté, mais aussi une tactique qui échappait à la surveillance policière. Ce texte reflète cet esprit dans l’accent mis sur l’aléatoire et dans la critique de la politique de représentation qui reproduit tacitement le nationalisme au sein de la gauche, même dans le contexte des protestations autour de l’immigration. Il questionne la façon dont les citoyen·ne·s (et les universitaires) simulent ou revendiquent le leadership de mouvements dont ils et elles ne font pas partie et dans lesquels ils et elles n’ont aucun intérêt matériel — ce faisant, ce texte tend à reconnecter la conception conventionnelle des mouvements à leur dimension physique plutôt qu’à la métaphysique du politique.

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    En 1964, Mario Tronti mettait de l’avant une analyse de l’autonomie de la classe ouvrière à laquelle serait associée — pas toujours avec justesse — l’intégralité d’une période en Italie et de ses milieux politiques radicaux. Son raisonnement allait à peu près comme suit : alors que les capitalistes ont nécessairement besoin de s’équiper des appareils d’État pour s’engager dans la lutte des classes, les luttes de la classe ouvrière, elles, peuvent se passer de toutes formes de représentation, et ce, à tous les niveaux. Dans Lénine en Angleterre, Tronti rejettent les allégations selon lesquelles il y aurait « nécessité de la médiation ouvrière », insistant, au contraire, sur le fait que l’État correspondrait plutôt à la subjectivité capitaliste en tant que telle1. Autrement dit : la subjectivation du capital passe autant par les lois que par les besoins pris en charge par le droit et l’État, tandis que les luttes de la classe ouvrière sont indéterminées, sans pour autant être aléatoires.

    De plus, pour Tronti, « le commencement c’est la lutte de la classe ouvrière. Au stade du capital social avancé, le développement capitaliste est subordonné aux luttes ouvrières, vient après elles ; il doit leur faire correspondre jusqu’au mécanisme politique qu’est la production elle-même. » À titre d’exemple, Tronti affirmait que l’unification d’un marché global avait été imposée au capital par l’unité des mouvements de la classe ouvrière à l’échelle mondiale. Il qualifiera plus tard cette unité de « stratégie du refus »2. Contrairement à ce qu’en pensait l’orthodoxie socialiste, ce n’est pas la fin de la lutte des classes que Tronti entrevoyait dans le rejet du travail, dans la non-coopération généralisée et dans la désertion des formes traditionnelles de représentation de la classe ouvrière (comme les syndicats et les partis) qui caractérisaient les années 1960 en Europe et ailleurs, mais plutôt une stratégie différente. Rétrospectivement et en se référant aux discussions théoriques qui se déroulaient en français à la même époque, Franco Berardi décrivait cette perspective comme « l’émancipation vis-à-vis du concept hégélien de sujet ». Selon lui, l’innovation de Potere Operaio et d’Autonomia dans leur analyse de la composition de classe résidait dans une compréhension renouvelée de la classe, considérée non plus comme un « concept ontologique, mais plutôt comme un vecteur »3. Ainsi, il n’existerait pas d’organisation ou de forme de lutte qui, par essence, serait valable pour tous les contextes, mais plutôt des mouvements et des compositions.
    Plus récemment et au-delà des frontières de l’Europe, le thème de l’autonomie est devenu un élément central dans les discussions à propos de la migration, de la défense des frontières et du capital global. Dans ce contexte, on en est venu — parce que la conjoncture de la « mondialisation » s’imposait dans les débats — à produire une analyse stratégique accordant une plus grande importance aux mouvements de population qu’à ceux du capital4. Alors que les mouvements de protestation dit « anti-mondialisation » commençaient à prendre de l’ampleur à la fin des années 1990, les débats portant sur l’analyse de la « mondialisation » s’intensifiaient eux aussi. À partir de 1999, une perspective s’est imposée — à la fois sous-entendue et diffusée par la désignation des manifestations anti-sommet en tant que campagnes « anti-mondialisation » — sous une perspective selon laquelle « l’unification » du marché mondial se faisait aux dépens des États-nations, ceux-ci considérés comme la condition nécessaire à la défense (et/ou à la représentation) de la classe ouvrière contre le capital. En fait, pour être plus précise, le concept de classe était depuis longtemps relégué à l’arrière-plan ou redéfini à travers celui de « peuple » de sorte que l’on opposait les États-nations au capital global dans un geste tout aussi amnésique sur le plan historique qu’intenable sur le plan analytique.

    En d’autres termes, c’est un raisonnement contraire à celui de Tronti qui a primé, c’est-à-dire que le récit socialiste démocratique conventionnel a prévalu à la fois comme condition et comme résultat de la médiation de ces mouvements de contestations rassemblés en une campagne essentiellement homogène dans sa composition. Et les enjeux qu’une telle médiation soulevait et leurs répercussions n’étaient pas du tout hypothétiques. De Fabel van de Illegaal, une organisation antiraciste néerlandaise, a été parmi les premières à sonner l’alarme quant à la présence de groupes nationalistes et, dans certains cas, de groupes et de tendances explicitement xénophobes gravitant autour des manifestations anti-sommet5. Aux États-Unis, Pat Buchanan et Ralph Nader, dans une alliance indéfectible, ont mobilisé des piles de papier, de photocopieurs et de télécopieurs à Seattle pour les manifestations contre l’Organisation mondiale du commerce en 1999, pendant qu’ATTAC se concentrait sur les mouvements de capitaux et à faire du lobbying pour la mise en place de la taxe Tobin au niveau européen. Mais si aux États-Unis et en Europe, cela a rendu visible la distance habituelle entre les lobbyistes et les manifestant·e·s, distance qui correspond aussi à une différence de positions vis-à-vis de l’État, c’est en 2000 que la démarcation a été nettement tracée lorsque des émeutes ont éclaté et que des évasions massives se sont produites en Australie dans les camps d’internement de personnes migrantes quelques jours avant les manifestations contre le Forum économique mondial qui se tenait à Melbourne6.

    Ainsi, contre les appels répétés à l’unité et à la médiation et pour préserver le potentiel politiquement créatif des désaccords irréconciliables, l’un des aspects de la réponse radicale à la configuration nationaliste des manifestations anticapitalistes a été de plaider en faveur de la décentralisation organisationnelle des manifestations anti-sommet. L’autre aspect a été d’insister sur le fait que, historiquement, la mondialisation du travail a précédé la mondialisation de la finance et du commerce. Ceci pourrait expliquer les circonstances, en apparence paradoxales, qui ont conduit, à partir de 1989, à la déréglementation des flux de capitaux et des échanges commerciaux tout en raffermissant la réglementation des mouvements de population. Dans un cas, il s’agissait de stratégies de rattrapage et dans l’autre, de contrôler et de gérer la circulation des biens et des personnes. Pour affirmer que la déterritorialisation se situait du côté du capital, ce qui sous-entend que la territorialisation se situe du côté ouvrier, il a donc fallu ignorer toute l’histoire des luttes contre les enclosures, tout en acceptant un raisonnement en faveur de leur renforcement.

    La fuite des capitaux reposent toujours sur l’organisation de marchés séparés et segmentés. Autrement dit, et pour faire écho à la proposition initiale de Tronti : l’unification globale du capital — la « mondialisation » — s’est imposée au capital par un large refus et par la fuite massive de personnes. Cette fuite s’est concrétisée non seulement dans la désertion de l’usine et des syndicats, que Potere Operaio a cherché à analyser dans ses écrits, mais également dans l’exode simultanée des populations de ce qui est communément désigné comme le « Tiers-monde » ; l’exportation autour du globe des poorhouses et des workhouses de l’Europe des XVIIIe et XIXe siècles étant la véritable signification de la partition en « premier », « second » et « tiers » monde. Les tentatives de restructuration mondiale de la finance et du commerce à la fin du XXe siècle, de même que les régimes frontaliers post-1989 introduits aux États-Unis, en Australie, en Europe et au Canada, sont postérieurs aux mouvements de population de la « périphérie » vers le « centre ». Cela ne veut pas dire qu’il n’existait pas de marché mondial auparavant, ce qui serait aussi absurde que l’idée selon laquelle le marché global n’aurait pas toujours été un système inter-national. Il convient plutôt de noter que ce qu’on a plus récemment appelé la « mondialisation » ne peut s’expliquer qu’en tenant compte de l’histoire récente des mouvements de population qui tentaient d’échapper aux conditions spécifiques d’exploitation mises en place dans l’après-Deuxième Guerre mondiale. En bref, ces conditions sont les suivantes : un système de production fordiste dépourvu des salaires relativement plus élevés qui accompagnaient le modèle à ses débuts et la montée des nationalismes du « Tiers-monde » qui, dans les moments les moins violents, fonctionnaient de plus en plus comme des bantoustans. Il convient de noter que c’est précisément l’échec de cette tentative de contrôler les mouvements de population — afin d’assurer la partition du monde en espaces d’exception et en espaces de normes qui constituaient autrefois la distinction entre le « Premier » et le « Tiers monde » — qui, plus récemment, a précipité le recours à une guerre mondiale qui semble permanente.

    En fait, lorsqu’il est question de migration, la notion d’autonomie renferme à la fois une proposition théorique et une perspective politique. Premièrement, elle sous-entend la perspective politico-stratégique selon laquelle les mouvements de population précèdent ceux du capital de même que les politiques de l’État qui confèrent au capital sa subjectivité, tel que souligné plus haut. Elle insiste également sur le fait que la migration est en soi une stratégie — une stratégie entreprise à l’intérieur et à l’encontre des espaces exigus des économies politiques mondiales du travail, du genre et du désir, entre autres7. S’inscrivant dans cette approche, et faisant écho aux travaux antérieurs de Sergio Bologna sur la composition de classe, Yann Moulier-Boutang a noté qu’il ne suffit pas de « regarder seulement la pointe de l’iceberg : les formes institutionnalisées, ou la parole du peuple, la manière dont ils parlent, en supposant que, dès qu’ils ne disent rien, ils n’agissent pas. » Il est importe également de tenir compte « des silences, des refus et de la fuite comme quelque chose d’actif »

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