• Entretien avec #Mathieu_Rigouste : une #généalogie coloniale de la police française
    (2017 —> pour archivage)

    L’entretien qui suit est la transcription d’une conversation ayant eu lieu le 23 septembre 2016 afin de figurer dans le 8ème numéro de The Funambulist (disponible en ligne et dans certaines librairies) dedié a une critique de la police dans differents contextes politiques et géographiques (États-Unis, Palestine, Égypte, Allemagne, Brésil, France). https://thefunambulist.net/magazine/police

    LÉOPOLD LAMBERT : Mathieu, ton travail consiste à beaucoup d’égards de mettre à jour la #généalogie_coloniale déterminante de la #police_française. J’aimerais donc commencer cette conversation avec le #massacre du #17_octobre_1961 qui a vu la police parisienne tuer entre 40 et 100 algérien-ne-s lors de manifestations ayant rassemblé environ 30 000 personnes en solidarité avec le #FLN. Lorsque nous évoquons la répression sanglante de l’état français au moment de la révolution algérienne, nous pensons souvent aux #violences commises en Algérie mais pas nécessairement en « métropole » ; c’est pourtant là que ce se détermine la police française d’aujourd’hui en relation à la partie de la population provenant d’anciennes colonies de « l’Empire » (nous en parlerons plus tard). Peux-tu nous décrire cette relation, ainsi que de la figure déterminante de #Maurice_Papon, préfet pour le régime Vichiste, puis à #Constantine en Algérie et enfin à l’œuvre à Paris donnant l’ordre d’un tel massacre ?

    MATHIEU RIGOUSTE : Il y a plusieurs racines de l’#ordre_sécuritaire. L’axe de mes recherches, c’est la #restructuration_sécuritaire qui accompagne la restructuration néolibérale du #capitalisme à l’époque contemporaine. Dans tous mes travaux je retombe sur ce mécanisme dans lequel on voit la société impérialiste française importer dans son système de #contrôle, de #surveillance, de #répression des dispositifs qui viennent des répertoires coloniaux et militaires. Au sein de l’Algérie qui est la colonie de peuplement et d’expérimentations d’une gestion militaire de la population colonisée la plus poussée, sont développés des répertoires d’#encadrement qui vont influencer en permanence, depuis 1830, la restructuration du contrôle de la population « en métropole ». Notamment par l’application de ces dispositifs sur les populations directement désignées comme étant la continuité des indigènes en Algérie, c’est-à-dire principalement les #arabes à #Paris. On a donc des répertoires particuliers, des #régimes_policiers de #violences appliqués aux colonisés « en #métropole » qui font un usage régulier de pratiques de #coercition, d’#humiliation, de #rafles, d’#assassinats, de #tortures longtemps avant la #guerre_d’Algérie et de manière continue. On a déjà une police dans les années 30 qui s’appelle #Brigade_de_surveillance_des_Nord-Africains (#BNA) qui est donc une police opérant sous critères racistes, chargée par l’utilisation de la coercition d’encadrer les français de souche nord-africaine. Ces répertoires vont se transmettre. La continuité de l’état, ça veut dire la continuité des personnels, des administrations, des bureaucraties. Et à travers la restructuration des unités de police, se transmettent des systèmes de #discours, d’#imaginaires, d’#idéologies, et de #pratiques.

    Donc au moment du 17 octobre 1961, il y a déjà tous ces répertoires qui appartiennent à l’arsenal de l’encadrement normal et quotidien des arabes à Paris. J’essaye d’alimenter une piste un peu nouvelle qui apporte un regard supplémentaire aux travaux critiques qui avaient été faits sur la question et qui essaye de montrer comment les doctrines de #contre-insurrection dominaient la pensée militaire de l’époque et comment elles ont été importées et réagencées après leur application industrielle pendant la guerre d’Algérie, notamment à partir de 1956, pour passer du répertoire militaire et colonial dans le répertoire policier de l’écrasement des arabes à Paris. Tu l’as dit, ça passe par des personnels ; on pense à la figure de Maurice Papon en effet, mais aussi à des « étages » moyens et inférieurs de la police, les #CRS, les #gendarmes_mobiles… tout le monde fait son séjour en Algérie pendant la guerre en tant que policier en formation ou pour servir puisqu’on avait utilisé la plupart des effectifs militaires et policiers disponibles à l’époque. Il y a donc déjà une masse de policiers et de gendarmes qui ont été faire la guerre aux colonisés et ils se sont appropriés le modèle de contre-insurrection, le modèle de #terreur_d’Etat. Et puis, il y a aussi tout le contingent, les « #appelés », toute une génération de jeunes mâles qui vont se construire – certains, en opposition, mais une minorité – dans cette guerre d’Algérie, et à travers toute l’économie psychique que ça suppose, les #peurs et la #férocité que ça va engendrer dans toute une génération qui prendra ensuite les manettes de la #Cinquième_République.

    Ce que j’essaye de montrer donc, et que l’on voit bien dans le discours de Maurice Papon à l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) en 1960, c’est que lui en tant que #IGAME, c’est-à-dire super préfet itinérant en Algérie, se forme à la contre-insurrection – c’était déjà un spécialiste des mécanismes de #purges, il s’était illustré par la #déportation des juifs de Bordeaux pendant l’occupation – et donc, assez logiquement, est nommé super préfet en Algérie pour organiser l’écrasement de la #révolution_algérienne. Il se forme ainsi à la contre-insurrection et expériment une forme de remodelage d’une contre-insurrection militaire et coloniale en contre-insurrection militaro-policière et administrative. Il se fascine completement pour cette doctrine qui exhorte à se saisir de l’ennemi intérieur pour pacifier la population, qui dit que le guérillero, le partisan, est comme un poisson dans l’eau, l’eau étant la population, et donc qu’il faut se saisir de la population. Ce système idéologique et technique va être élevé au rang de doctrine d’état et devenir hégémonique dans la pensée militaire francaise à partir de 1956. Dès lors, la doctrine « de la guerre (contre) révolutionnaire » alimente la restructuration des appareils de défense intérieure, « la #défense_intérieure_du_territoire » à l’époque, c’est-à-dire les grands plans de #militarisation_du_territoire en cas d’invasion soviétique. #Papon fait partie de la plateforme de propulsion d’une analyse qui dit que probablement une invasion soviétique – c’est la grille de lecture générale de toute la pensée militaire de l’époque – serait certainement précédée de manifestations géantes communistes et nord-africaines. Papon a en quelque sorte ouvert les plans de défense intérieure du territoire le 17 octobre. Il n’y avait eu que très peu de renseignements du côté de la Préfecture et ils ont été pris au dépourvu ; lorsqu’ils se sont rendus compte le 16 au soir, ou le 17 au matin qu’il y allait il y avoir des manifestations, ils sont allés chercher dans les répertoires disponibles, en l’occurrence la défense intérieure du territoire qui sont donc des plans de gestion militaire de la métropole en cas d’invasion soviétique. Ca explique pas mal de choses sur la puissance du dispositif mis en œuvre. Sur la radio de la police, on diffusait des messages d’#action_psychologique, on disait que les arabes avaient tué dix policiers à tel endroit, etc. pour exciter la #férocité des policiers. Il y a encore un autre aspect qu’il faut prendre en compte – j’y travaille en ce moment – c’est le soulèvement des masses urbaines de décembre 1960 en Algérie. C’est un peu la réponse à la #bataille_d’Alger, c’est-à-dire la réponse du peuple colonisé à la contre-insurrection. C’est un déferlement des masses (avec des enfants, des vieux, des femmes, etc.) dans les rues des grandes villes algériennes qui déborde la militarisation, déborde la contre-insurrection militaire et policière et emporte le versant politique de la guerre d’Algérie alors que le versant militaire était quasiment perdu. Le FLN et l’#Armée_de_Libération_Nationale étaient quasiment K.O. technique, militairement parlant et c’est donc le plus petit peuple qui remporte l’aspect politique de la guerre d’Algérie. Ça va marquer très très fort les administrations, les états-majors politiques, militaires et policiers et quand Papon se fait « ramener » à Paris c’est parce qu’il est reconnu comme un spécialiste de la gestion des arabes aux colonies et qu’on lui demande de faire la même chose à Paris. Il emporte donc cette mémoire avec lui et au moment où son état-major obtient l’information qu’il va il y avoir des manifestations organisées par le FLN et que des algériens vont marcher, depuis les périphéries vers le centre-ville – c’est-à-dire le même mouvement qu’en décembre 1960 en Algérie – il va utiliser l’arsenal d’écrasement qui est à sa disposition.

    Bien entendu, tout cela va semer des graines dans toute la Cinquième République qui est fondée autour du coup d’état militaire qui porte De Gaulle au pouvoir en 1958 et à travers toute cette grammaire idéologique qui considère les arabes et les communistes comme un #ennemi_intérieur dont il faudrait se saisir pour protéger la France et « le monde libre ». Voilà pour le contexte idéologique.

    LÉOPOLD LAMBERT : Dans le livre qu’est devenu ta thèse, L’ennemi intérieur (La Découverte, 2009), tu décris cette généalogie dans de grands détails. Peux-tu nous parler en particulier de la manière dont la doctrine de contre-insurrection coloniale française, élaborée d’abord par des militaires comme le Maréchal #Bugeaud au moment de la colonisation de l’Algérie, puis par d’autres comme #Roger_Trinquier, ou #Jacques_Massu au moment de la guerre de son indépendance a par la suite influencé d’autres polices et armées à l’échelle internationale – on pense notamment à Ariel Sharon ou David Petraeus ?

    MATHIEU RIGOUSTE : On peut dire que c’est à l’origine même de la construction de l’Etat. L’Etat se forge comme #contre-révolution. C’est un appareil qui permet aux classes dominantes de refermer soit le mouvement révolutionnaire soit le temps et l’espace de la guerre pour asseoir leur domination. Tout état se forme donc sur des appareils de contre-insurrection. Du coup, on trouve une pensée contre-insurrectionnelle chez #Sun_Tzu ou dans toute autre philosophie politique. Mais effectivement avec l’avènement de l’état nation moderne, du capitalisme et de sa version impérialiste, la contre-insurrection va elle-même prendre des formes modernes, industrielles, va se mondialiser, va se techniciser, va se rationaliser, et va évoluer en même temps que les systèmes technologiques. Du coup on a des formes modernes de doctrines de contre-insurrection chez le Maréchal Bugeaud en effet. Lui-même, son parcours et sa pensée reproduisent le mécanisme de restructuration impériale, c’est-à-dire l’importation de dispositifs issus de l’expérimentation coloniale et militaire vers le domaine du contrôle. Il va ainsi pouvoir expérimenter des pratiques contre-insurrectionelles à travers la conquête de l’Algérie avec toute sortes de dispositifs qui vont perdurer, comme les rafles, les déplacements de population, etc. et d’autres qui vont être mis de côté comme les enfumades, mais il y reste bien une logique d’extermination durant toute la conquête de l’Algérie.

    Pendant les dernières décennies de sa vie, Bugeaud ne cesse d’insister sur le fait qu’il a constitué une doctrine de contre-insurrection applicable au mouvement ouvrier en métropole. Il passe également beaucoup de temps à démontrer les similarités qu’il y aurait entre le processus révolutionnaire – ce que lui appelle « les insurrections » – au XIXe siècle en métropole et les révoltes aux colonies. À la fin de sa vie, il écrit même un livre (qui ne sera pas distribué) qui s’appelle La guerre des rues et des maisons dans lequel il propose de transférer son répertoire de contre-insurrection à la guerre en ville en métropole contre le peuple et dans lequel il développe une théorie d’architecture qui va se croiser avec toute l’hausmannisation et qui correspond à l’application de la révolution industrielle à la ville capitaliste. On va donc voir des doctrines militaires et coloniales passer dans le domaine policier en même temps que Hausmann « perce la citrouille » comme il dit ; c’est-à-dire en même temps qu’il trace les grandes avenues qui permettent à la police ou l’armée de charger les mouvements ouvriers. On introduit également tout cet imaginaire de la tuberculose, des miasmes, etc. On assimile les misérables à une maladie se répandant dans Paris et il faudrait donc faire circuler l’air. C’est comme aujourd’hui dans la rénovation urbaine, on ouvre des grands axes pour que la police puisse entrer dans les quartiers populaires le plus facilement possible et aussi pour les enfermer. Et on invoque la circulation de l’air. On a donc ces logiques avec tout un imaginaire prophylactique, hygiéniste, qui se met en place en même temps qu’on importe le répertoire contre-insurrectionnel dans le domaine de la police sur toute la seconde partie du XIXe siècle.

    Avec la restructuration impérialiste, les Etats-nation, les grandes puissances impérialistes du monde occidental vont s’échanger en permanence leurs retours d’expériences. On en a des traces dès 1917 après la révolution russe, où on voit donc les polices et les armées du monde occidental se faire des comptes rendus, s’échanger des synthèses d’expérience. Et c’est comme ça tout au long du XXe siècle. Tu parlais d’Ariel Sharon ; on a des traces du fait que des envoyés spéciaux de l’armée (et peut-être aussi de la police) israélienne qui ont été en contact et qui ont sans doute été également formés au Centre d’Instruction à la Pacification et à la contre-Guérilla (CIPCG) en Algérie. Les spécialistes de la contre-insurrection français et israéliens s’échangent donc, dès la guerre d’Algérie, des modèles d’écrasement de leurs ennemis intérieurs respectifs. On a donc une sorte de circulation permanente des textes révolutionnaires et contre-révolutionnaires. J’avais travaillé là-dessus pour une préface que j’ai écrite pour la réédition du Manuel du guérillero urbain ; on pense que ce manuel a beaucoup plus circulé dans les milieux contre-insurrectionnels que dans les mouvements révolutionnaires – ceux-ci disaient d’ailleurs qu’il n’avaient pas vraiment eu besoin d’un manuel de guérilla urbaine dans les années 1970. On a donc une circulation permanente et parfois paradoxale des textes révolutionnaires et contre-révolutionnaires, et des expériences.

    LÉOPOLD LAMBERT : Et des films comme La bataille d’Alger !

    MATHIEU RIGOUSTE : Exactement ; j’allais y venir. Ce film est d’abord censuré les premières années mais il va circuler en sous-main et il va être validé très rapidement par l’armée française qui dit que les choses se sont passées de manière très proche de ce qu’on voit dans le film. Celui-ci va donc à la fois permettre d’introduire la question contre-insurrectionnelle et le modèle français notamment. Bien que ça n’ait pas forcément forcé l’application exacte de ce modèle dans toutes les armées occidentales, on retrouve ce film dans beaucoup de formations militaires étrangères. On retrouve le film dans des mouvements révolutionnaires également : on sait par exemple que les zapatistes le projettent de temps en temps et s’en servent, d’autant que l’armée mexicaine est une grande collaboratrice de l’armée française. La gendarmerie mexicaine qui a tué des enseignants à Oaxaca il y a trois mois venait d’être formée par la gendarmerie française à ce modèle de gestion des foules, mais aussi au maniement des armes que la France vend avec.

    LÉOPOLD LAMBERT : Dans un autre livre, La domination policière (La Fabrique, 2012), tu dédies un chapitre entier à une branche de la police française qui est sans doute celle contribuant le plus à la continuation de la ségrégation coloniale de la société française, en particulier dans les banlieues, la Brigade AntiCriminalité (BAC). Quelqu’un comme Didier Fassin a fait une étude anthropologique très utile mais, somme toute assez académique puisque venant de l’extérieur, mais toi-même a vécu la plus grosse partie de ta vie en banlieue parisienne, à Gennevilliers et tes écrits peuvent ainsi nous donner un regard plus incarné à la violence raciste (et souvent sexiste et homophobe) qu’une telle branche de la police développe. Peux-tu brièvement nous retracer l’histoire de la BAC et nous parler de son action en banlieue ces dix dernières années (cad, depuis les révoltes de 2005) ?

    MATHIEU RIGOUSTE : Les Brigades AntiCriminalités représentent assez bien ce que j’essaye de démontrer dans mes travaux sur le capitalisme sécuritaire parce qu’elle a deux origines ; c’est la fusion des polices endo-coloniales et de la restructuration néolibérale de l’État. Ce sont des polices qui vont être formées au début des années 1970 et qui vont aller puiser dans les personnels, dans les grilles idéologiques, dans les boites à outils pratiques des polices endocoloniales. Je dis endocolonial pour parler de ces polices comme la Brigade de surveillance des Nord-Africains, et par la suite les Brigades Agression et Violence qui déploient les repertoires coloniaux sur des populations internes au pays sur des critères socio-racistes. Je parle d’endocolonialisme car ce ne sont pas les mêmes régimes de violence que ce qui est appliqué aux colonies et ce ne sont pas les mêmes régimes de violence appliqués aux classes populaires blanches – les Black Panthers ne se prenaient pas tellement la tête ; ils parlaient juste de colonies intérieures. Et parce que la société impérialiste a besoin de maintenir la surexploitation et la surdomination d’une partie des classes populaires, la partie racisée, elle a aussi besoin d’une police spécifique pour ça. C’est pour ça qu’après 1945, c’est-à-dire après le vrai-faux scandale de la collaboration de la police française à la destruction des juifs d’Europe, la bourgeoisie Gaulienne invente « la France résistante » et tente de faire croire que ce racisme a été renvoyé aux oubliettes. Mais bien-sûr on va reproduire les mêmes types de dispositifs avec souvent les mêmes personnels – on va aller rechercher les gens qui étaient dans les BNA vu qu’ils savent faire et qu’on va leur refiler le même boulot – et on va trouver une nouvelle dénomination, celle des Brigades Agression et Violence. Un appareil de gestion socio-raciste va ainsi être mystifié par cette dénomination, ce qu’on retrouve également dans la dénomination d’AntiCriminalité aujourd’hui dans cette rhétorique de la « guerre à la délinquance » qui permet de cacher les appareils de production du socio-apartheid derrière des mythes légalistes.

    On se retrouve donc avec une police qui fait à peu près la même chose, qui se rationalise, se modernise, et au tout début des années 1970, c’est-à-dire juste après 1968 – parce que dans tous ces ennemis intérieurs, il y a aussi le gauchiste, la figure qui n’avait jamais complètement disparue du révolutionnaire qu’incarnait la figure du fellagha – on considère qu’il faut des polices modernes qui vont aller dans les quartiers populaires installer la nouvelle société rationnelle, optimisée, néolibérale, etc. On va donc aller chercher dans les répertoires d’idées, de pratiques, de personnels, pour forger une nouvelle police. La première expérimentation se fait en Seine-Saint-Denis, c’est pas un hasard et en 1973, on file à un ancien des Brigades Agression et Violence la charge de policer les quartiers populaires de Seine-Saint-Denis et son unité va donc s’appeler la Brigade AntiCriminalité. Il va mettre à profit tout ce qu’on apprend à l’époque dans les grandes écoles de la nouvelle société, c’est-à-dire, ce qui s’appellera bientôt le néomanagement : l’application aux appareils d’état de la restructuration néolibérale dans les entreprises en quelques sortes. D’ailleurs, la doctrine de la guerre contre-révolutionnaire va elle-même être transposée dans les théories néolibérales et on parlera de doctrines de « guerre économique » par exemple. Il s’agit de détruire l’entreprise ennemie, en l’empoisonnant, en quadrillant son marché, en utilisant des agents de renseignement, tout ça nait au cours des années 1970. Cette première BAC va influencer la naissance d’autres unités sur le même mode dans différente villes et on va ainsi appliquer aux quartiers populaires des méthodes de gestion endocoloniales ce qui va mener aux premières grandes révoltes contre les violences policières dans les cités.

    Il apparait également une nouvelle logique comptable qu’on va appeler aujourd’hui « la politique du chiffre » qui consiste à optimiser le rendement, la productivité de la machine policière. Faire du chiffre, ça veut dire faire le plus possible de « bâtons », c’est-à-dire des « mises-à-disposition ». Ils appellent ça « faire une affaire » ; une affaire, c’est ramener quelqu’un et une histoire à traiter pour l’Officier de Police Judiciaire (OPJ) et si cette histoire est suffisamment utilisable pour en faire une affaire auprès du procureur et du coup aller jusqu’en justice et mettre cette personne en prison ou en tout cas essayer, ça fera un « bâton ». Ces bâtons gonflent une carrière et donc par exemple un commissaire qui veut « grimper », devenir préfet ou je ne sais quoi, il a tout intérêt à développer des unités de BAC dans son commissariat parce que celles-ci font beaucoup de mises-à-disposition puisqu’elles fonctionnent sur le principe du flagrant délit – les Brigades Nord-Africaines fonctionnaient déjà sur cette idée. Le principe du flagrant délit, c’est un principe de proaction. On va laisser faire l’acte illégal, on va l’encadrer, voire l’alimenter, voire même le suggérer ou le produire complétement pour pouvoir se saisir du « délinquant » au moment où il passe à l’action. La BAC est donc un appareil qui tourne beaucoup autour de la production de ses propres conditions d’extension. Cette logique de fond, c’est notamment ça qui va faire que les BAC vont se développer dans l’ère sécuritaire, c’est parce qu’elles font beaucoup de chiffre et qu’elles produisent également beaucoup de domination socioraciste, dont l’Etat a besoin pour contenir le socio-apartheid. Ceci se trouve dans le fait que le plus facile pour faire des mises-à-disposition et remplir ainsi cette mission néolibérale consiste à « faire » des ILS et des ILE : des Infractions à la Législation sur les Stupéfiants – des mecs qui fument des joints – et des Infractions à la Législation sur les Étrangers – des sans-papiers. Comment on trouve du shit et des gens qui n’ont pas de papiers ? Eh bien on arrête les noirs et les arabes. On traine donc autour des quartiers populaires pour faire des arrestations au faciès sur les classes populaires de couleur.

    Voilà comment nait en gros la BAC dans les années 1970 ; elle s’est ensuite développée tout au long des années 1980, d’abord par l’intermédiaire des BAC de Surveillance de Nuit (BSN) et au début des années 1990 et l’avènement de Charles Pasqua – le symbole le plus caricaturale des logiques politiques, policières et militaires de la guerre d’Algérie et dont la carrière politique est structurée autour de la chasse à l’ennemi intérieur – au Ministère de l’Intérieur, il va intensifier cette utilisation des répertoires de contre-insurrection et va être à la pointe de la genèse du système sécuritaire français. C’est lui notamment qui va rendre possible que toutes les villes de France puisse développer des BAC. Ce qui est à nouveau très intéressant du point de vue du capitalisme sécuritaire c’est que les BAC sont des unités qui utilisent beaucoup de matériel, et qui en revendiquent beaucoup, qui « gueulent » pour être de plus en plus armées. Ça c’est très intéressant pour les industriels de la sécurité. Pour les flashballs par exemple ; les BAC ont demandé à en être armées très vite, elles veulent les nouveaux modèles et elles participent avec les industriels à créer les nouveaux modèles et, bien-sûr, c’est elles qui utilisent le plus de munitions : le flashball est utilisé tous les soirs pour tirer dans les quartiers populaires de France. C’est la même chose pour les grenades lacrymogènes ; on en voit beaucoup dans le maintien de l’ordre des manifestations de mouvements sociaux dans les centre-villes mais les gaz sont utilisés quotidiennement dans les quartiers populaires.

    Le phénomène continue de se développer dans les dix dernières années. La BAC semble vraiment caractéristique de ce capitalisme sécuritaire, notamment par sa férocité mais aussi par son aspect ultralibéral, ultraproductif, ultraoptimisé, ultraviril, ultramédiatique : la BAC se met en scène, les agents s’inspirent énormément de ce qu’ils voient à la télévision… On a même une extension de ce qu’elle a inventé comme système de domination et d’écrasement des quartiers populaires vers la gestion des autres mouvements sociaux, comme récemment des luttes contre la loi travail. Généralement, la BAC est utilisée comme dispositif de pénétration, de saisie, de capture et elle est de plus en plus combinée à des dispositifs d’encerclement, d’enfermement, d’étranglement dans lesquels on utilise plutôt les CRS, les gardes mobiles. On a vu pendant le mouvement contre la loi travail, les BAC qui étaient employées à faire « du maintien de l’ordre ». À Toulouse, on a vu les effectifs des BAC sont utilisés dans l’expérimentation de nouveaux dispositifs hybrides : capable de faire et du maintien de l’ordre et de la capture, de l’intervention, de passer de l’un à l’autre en permanence, et de passer à des niveaux d’intensité très hauts très rapidement. La BAC rejoint ainsi la logique de restructuration de tous les appareils en ce moment qui consiste à devenir rhéostatique : être capable de s’adapter comme le mode de production toyotiste, c’est-à-dire s’adapter le plus instantanément à la demande, avec le moins de stock et de dépenses possibles et de la manière la plus rationalisée qui soit.

    LÉOPOLD LAMBERT : Tout comme Hacène Belmessous dans le deuxième numéro de The Funambulist, tu décris la manière dont « la rénovation urbaine » enclenchée en 2003 constitue à beaucoup d’égards une manière pour la police de s’approprier l’espace urbain des banlieues. Peux-tu nous en dire plus ? Cela intéressera sans doute beaucoup la moitié (ou le tiers) des lecteurs/-trices de The Funambulist qui sont architectes ou urbanistes !

    MATHIEU RIGOUSTE : Il y a effectivement un sursaut en 2003, mais ça avait commencé bien avant. Un des premiers grands quartiers qui est soumis à une politique de ce qu’ils appellent « la rénovation urbaine », mais ce qui est en fait de la destruction et du réaménagement, c’est le quartier où je suis né ; le Luth à Gennevilliers. Il s’agissait d’une coopération du Plan Pasqua et du Parti Communiste Français (PCF) qui gère la ville depuis les années 1930, tous deux ravis de se débarrasser des familles les plus pauvres et d’essayer une nouvelle forme de gestion des quartiers populaires. C’est un processus constant : la ville capitaliste au gré des crises de suraccumulation du capital, se restructure pour continuer à concentrer des masses de travailleurs pauvres autour de ses centres d’accumulation du capital. Et dans ces quartiers populaires, ces campements, ces bidonvilles, ces territoires misérables, les dominé-e-s, les exploité-e-s, les opprimé-e-s, les damné-e-s, inventent en permanence des formes d’auto-organisation, d’autonomisation, de fuites et de contre-attaques, des cultures d’insoumission et des manières de se rendre ingouvernables. Il faut donc en permanence, pour le pouvoir, à la fois une police qui permette de détruire cette dynamique d’autonomisation récurrente et de survie – parce qu’en fait les gens n’ont pas le choix – et un réaménagement des territoires : il faut à la fois ségréguer et pénétrer ces territoires pour aller y détruire tout ce qui peut émerger de subversif. Et l’urbanisme tient un rôle fondamental dans la restructuration sécuritaire de la ville capitaliste. Cette logique est déjà à l’œuvre dans les bidonvilles durant la guerre d’Algérie ; on a des polices spécialisées à la gestion des bidonvilles, c’est-à-dire au harcèlement, à la brutalisation, à la surveillance, au fichage, parfois à la torture, parfois même aux assassinats et aux disparitions d’habitants du bidonville et qui détruisent les cabanes des habitant.e.s parce que même dans le bidonville, on voit ré-émerger des formes de mises-en-commun, d’auto-organisation, de politisation révolutionnaire, de colère, d’entraide, toute sorte de choses qui menace le pouvoir et qui nécessite donc une intervention. En plus d’intervenir avec de l’idéologie, du divertissement ou de l’aménagement, il faut intervenir avec de la coercition.

    On retrouve ce processus dans toute l’histoire de la ville capitaliste ; c’est une dialectique permanente. Sauf que ce qui nait dans les années 1970, c’est un schéma qu’on va voir apparaître ; à partir du moment où on met des polices féroces, comme la BAC, autour des quartiers populaires, celles-ci produisent de la violence policière et donc produisent de la colère. Les dominé-e-s, face à ça, vont produire des tactiques, des techniques, des stratégies, des pratiques de résistance et de contre-attaque. Ça va donner lieu à des révoltes, parfois très spontanées, parfois plus organisées : une histoire des contre-attaques face à la police nait dans les années 1970 et on se rend compte, au gré de ces révoltes et de leur répression et de leur gestion médiatique que des municipalités en collaboration avec la police et les média sont capables de désigner aux pouvoirs publics et au reste de la population en général un quartier populaire comme ingérable, infâme, irrécupérable. Ceci s’accompagne d’une logique humanitaire ; aller « sauver des gens » alors que les revendications pour des meilleures conditions de vie sont permanentes et que les habitants n’obtiennent jamais rien.

    Toute cette logique va activer au cours des années 1970 la reconnaissance par les pouvoirs publics et par le capital industriel et financier du fait que lorsqu’on est capable de désigner un quartier populaire comme infâme, on va pouvoir activer un circuit de capitaux financiers d’abord, puis industriels, liés à ce qu’on va appeler de manière publicitaire « la rénovation urbaine », c’est-à-dire un protocole de restructuration de ce quartier qui peut aller jusqu’à sa destruction complète. Il va ainsi apparaitre beaucoup de régimes de restructuration : certains consistent à éloigner les populations les plus pauvres ou les moins gouvernables, d’autres vont organiser l’évacuation totale de ces populations, d’autre encore qu’on observe beaucoup depuis le début des années 2000 à travers la mystification de la mixité sociale consistent à parler de réhabilitation mais à en fait déplacer les plus pauvres, sans détruire le quartier. On fait ça à la fois avec de la police et de la prison, mais aussi avec la hausse des loyers provoquée par l’arrivée de nœuds de transports en commun qui permet de faire venir des cadres qui ne se seraient pas déplacés jusque-là ; la petite bourgeoisie à laquelle on veut permettre de venir s’installer à la place des quartiers populaires. Bref, à travers tout ce programme publicitaire qu’est la rénovation urbaine, la transformation des quartiers populaires en quartiers petits-bourgeois va attirer des flux de capitaux gigantesques, notamment liés au fait que depuis le début des années 2000, l’État investit énormément pour appuyer les pouvoirs locaux dans leur politiques de restructurations urbaines. C’est de l’argent qui va retomber immédiatement dans les poches des industriels du bâtiment et aussi dans celles des industriels de la sécurité, encore une fois, parce qu’on voit qu’une fois que la police, les média, la prison et les autorités municipales ont réussi à « déblayer le terrain », le réaménagement des quartiers se fait en partenariat avec tous les industriels du bâtiment mais aussi des technologies de surveillance, de design – les cliques du néo-urbanisme – les publicitaires, les commerces, bref tout un système d’entreprises qui vivent autour de ça. La logique de fond est à la fois le renforcement du socio-apartheid, mais aussi une forme de colonisation interne à travers l’expansion de la ville capitaliste et l’invention de nouvelles formes d’encadrement de la vie sociale.

    LÉOPOLD LAMBERT : À l’heure où nous parlons, l’état d’urgence promulgué par François Hollande au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 a déjà été renouvelé trois fois. Pour un certain nombre de francais-e-s blanc-he-s de classe moyenne ou riches, cela ne représente qu’une nuisance négligeable mais pour la population racisée française, en particulier ceux et celles que l’on nomme pudiquement « musulman-ne-s d’apparence » ce régime légal donnant une latitude encore plus importante à la police insiste encore d’avantage sur l’existence d’une sous-citoyenneté qui ne dit pas son nom. Travailles-tu actuellement sur la manière dont l’état d’urgence agit comme précédent à la fois légal et dans les pratiques policières ? Peux-tu nous en parler ?

    MATHIEU RIGOUSTE : Je ne travaille pas précisément sur cet aspect des choses mais bien-sûr, je suis ce qui est en train de se passer, notamment au sein des luttes dans lesquelles on avance et on réfléchit sur cet aspect-là. Et effectivement, tu le résumes bien, il y a toute une partie des strates privilégiées, même des classes populaires qui ne se rend pas compte de ce à quoi sert l’état d’urgence parce qu’il ne le voit pas et les média ont vraiment un rôle fondamental là-dedans. C’est ça aussi le socio-apartheid : les vies sont séparées, elles ne se croisent pas. Effectivement l’état d’urgence a permis une intensification de la ségrégation mais aussi de mécanismes d’oppression contre les quartiers populaires, ce qui peut rester complétement invisible pour le reste de la population. L’angle d’attaque, c’est l’Islam et les violences, ce sont des perquisitions fracassantes : explosion de la porte, on met tout le monde a terre et en joue, parfois on gaze à l’intérieur des appartements, parfois on tabasse. Ca provoque des traumatismes très forts dans les familles ; on a des récits de perquisitions en pleine nuit et les enfants, la maman, la grand-mère, plusieurs mois après, cherchent à être suivis par des psychologues. À l’école, c’est dramatique, les enfants n’y arrivent pas, après que des unités militaro-policières ont débarqué chez eux en mode anti-terrorisme. Les violences, ce sont aussi des assignations à résidence ; on a du mal à le saisir lorsqu’on ne le vit pas, mais il s’agit d’un système d’encadrement très dur car il faut aller pointer régulièrement. La plupart de ces histoires, je tiens à le dire, se dégonflent après ; il y a déjà des victoires dans les tribunaux parce que l’immense majorité de ces assignations à résidence sont fondées sur rien du tout, surtout par le fait que la personne a été désignée par quelqu’un comme étant « très pratiquante », possiblement « radicalisée », c’est de l’ordre de la délation. Ce sont donc des violences très fortes et très profondes dans les familles, principalement musulmanes à travers ces perquisitions, ces assignations à résidence et ces procédures judiciaires qui durent bien-sûr et qui épuisent. Les noms des gens sont lâchés dans la presse, toute une ville peut d’un seul coup vous considérer comme un probable terroriste.

    Donc voilà, l’état d’urgence permet l’intensification du socio-apartheid, de l’islamophobie et des racismes d’état, ce qui se conjugue assez bien à la gestion quotidienne des quartiers populaires dans la France impérialiste.

    https://blogs.mediapart.fr/leopold-lambert/blog/200117/entretien-avec-mathieu-rigouste-une-genealogie-coloniale-de-la-polic
    #colonialisme #colonisation #bac #police #Algérie #France #histoire #entretien #interview

  • Français bloqués en Algérie : « On a passé presque trois mois dans un état de stress terrible »
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/05/29/francais-bloques-en-algerie-on-a-passe-presque-trois-mois-dans-un-etat-de-st

    « Il y avait du monde à l’entrée et un peu de bousculade. Je devais prendre le vol du matin, et on m’a finalement mis sur celui de l’après-midi. Pendant un moment, j’ai cru que je ne partirais pas. Mais on oublie vite tout ça. L’essentiel, c’est de rentrer ! » Devant l’entrée du terminal 4 de l’aéroport d’Alger, un agent fait l’appel. Devant les portes coulissantes, des centaines de personnes, soulagées, attendent. Elles font partie des milliers de Français ou résidents en France bloqués en Algérie depuis la fermeture de l’espace aérien à la mi-mars à cause de la pandémie de Covid-19, (...) les liaisons aériennes ayant repris à raison de quatre vols quotidiens, assurés par Air France et ASL Airlines. « On a passé presque trois mois dans un état de stress terrible. Les rumeurs, la peur qu’il n’y ait plus de rapatriement, que la santé de mon mari s’aggrave, à l’affût du moindre coup de téléphone. » Safia, 63 ans, est épuisée par cette attente. « Je suis française, je vis en France depuis que j’ai 3 ans et, aujourd’hui, on se rend compte que la France nous a abandonnés. Apparemment, nous ne sommes français que sur les papiers », déplore cette retraitée qui vit à Roubaix et était en vacances à Nedroma, près de la frontière avec le Maroc. « Cela fait deux semaines. Je n’ai plus de nouvelles. J’ai cédé et acheté en ligne des billets depuis Alger. » Avec son mari gravement malade, il faut plus de 8 heures de route pour rejoindre la capitale, pour lesquelles elle a dû chercher une ambulance.

    #Covid-19#migrant#migration#diaspora#France#Algérie#santé#rapatriement#stress#santé#santé-mentale#abandon#rumeurs#peurs

  • How children lost the right to roam in four generations | Daily Mail Online
    https://www.dailymail.co.uk/news/article-462091/How-children-lost-right-roam-generations.html

    Even if he wanted to play outdoors, none of his friends strays from their home or garden unsupervised.

    The contrast between Edward and George’s childhoods is highlighted in a report which warns that the mental health of 21st-century children is at risk because they are missing out on the exposure to the natural world enjoyed by past generations.

    The report says the change in attitudes is reflected in four generations of the Thomas family in Sheffield.

    The oldest member, George, was allowed to roam for six miles from home unaccompanied when he was eight.

    His home was tiny and crowded and he spent most of his time outside, playing games and making dens.

    Mr Thomas, who went on to become a carpenter, has never lost some of the habits picked up as a child and, aged 88, is still a keen walker.

    His son-in-law, Jack Hattersley, 63, was also given freedom to roam.

    He was aged eight in 1950, and was allowed to walk for about one mile on his own to the local woods. Again, he walked to school and never travelled by car.

    #transports #territoires #mobilité

  • “J’ai peur que…” (Séance d’écriture-flash n°3, CM2)

    Consigne : Je vais taper dans les mains une fois et vous devrez faire silence. Mes instructions seront écrites au tableau et vous n’aurez aucune autre indication. Impossible de me poser des questions, impossible d’en discuter avec vos camarades, le silence doit être complet. Lorsque je frapperai par deux fois dans mes mains, cette contrainte sera levée. Des questions ?
    – Prenez une feuille de classeur et un crayon.
    – Écrivez votre prénom.
    – Écrivez une phrase ou un court texte commençant par « J’ai peur que… ».
    – Je chronomètre 3 minutes à l’horloge et je relève les feuilles.

    Productions des élèves (1er jet, orthographe corrigée par moi)

    – J’ai peur que j’aie une mauvaise note à mon évaluation.
    – J’ai peur qu’un jour je me casse une jambe ou un bras.
    – J’ai peur que j’aie des mauvaises notes à l’école parce que mon père me frappe.
    – J’ai peur des araignées. J’ai peur d’aller au collège. J’ai peur des films d’horreur.
    – J’ai peur que ma mère aille à la piscine avec mon père. J’ai peur que la rentrée scolaire soit demain.
    – J’ai peur que la maîtresse me fasse redoubler et aussi que ma mère me gronde à la manière physique quand je vais redoubler. J’ai aussi peur que la maîtresse ne puisse pas venir à l’école parce quelle est malade.
    – J’ai peur que ma meilleure amie me trahisse et qu’elle oublie les promesses qu’on s’est faites.
    – J’ai peur que ma maison brûle, qu’il y ait une guerre en France, que ma famille meure, qu’il y ait des catastrophes climatiques et que l’état de la Terre empire.
    – J’ai peur que quand je vais à l’école il y ait un homme qui me fixe et qui me kidnappe.
    – J’ai peur que.
    – J’ai peur que je déménage et change d’école et que je ne vois plus mes amies et qu’on ne m’accepte pas dans l’autre école.
    – J’ai peur que tu me tapes quand je fais une bêtise. Pourquoi tu me fais ça ? Ma petite sœur me tape et moi je veux me défendre et je la tape et toi tu me grondes.
    – J’ai peur que ma maison brûle et qu’il y ait un monstre sous mon lit qui m’attrape par le pied et qu’il me mange.
    – J’ai peur qu’on me tape. J’ai peur qu’on me crie dessus. J’ai peur qu’on me punisse. J’ai peur que j’aie un mot sur le cahier.
    – J’ai peur que je me retrouve sans famille parce que ma famille m’apporte de la nourriture, des frères et sœurs, le sommeil et plein d’autres choses encore. Elle me fait découvrir des pays et des villes et m’apporte surtout le bonheur.
    – J’ai peur que quelqu’un prenne mon petit copain, que ma famille et moi on soit dans la rue, que je meure bientôt.
    – J’ai peur que ce soit la fin du monde comme ça : boum, de mourir. Mais j’ai peur de partir au collège, dans la cour des grands il y a des harceleurs.
    – J’ai peur que mon père me frappe et me tire les cheveux.
    – J’ai peur que la souris me voit parce que je vais la donner au mammouth. J’ai trop peur du mammouth, mais pas pour de vrai.

    #école #témoignage #production_d'écrits #CM2 #peurs

  • Requérants. Oui, mais pas chez moi !

    Alors qu’en 2012, la population de cette commune était très inquiète de la création d’un foyer pour requérants, le bilan se révèle aujourd’hui positif.

    http://www.rts.ch/play/tv/infrarouge/video/le-cas-du-centre-de-requerants-de-preverenges-vd?id=6590705

    Transcription d’une partie du débat :

    Dans l’introduction, un défilé d’images prises lors de rencontres avec la population pour annoncer l’ouverture du centre de Chevrilles. Et tout premier extrait choisi par Infrarouge, un participant à la réunion qui dit « 80% des personnes qui arrivent sont des faux réfugiés ».

    Anne-Claude Demierre, conseillère d’Etat, Département santé et affaires sociales, Fribourg : « Je vous rappelle que l’ouverture de ce centre s’inscrit dans le cadre d’une volonté de la population, puisqu’il y a eu une votation populaire, qui a demandé une accélération des procédures. C’était en juin 2013. Elle a été acceptée à Fribourg à 75%. Aujourd’hui, nous mettons en place cette structure, le canton de Fribourg se doit de mettre à disposition de la confédération un centre. C’est vrai que c’est 300 requérants d’asile, mais c’est vrai aussi que c’est à 3 km du village. Donc on est vraiment éloignés du village, tout en étant à proximité d’un arrêt de bus. C’est vraiment les conditions d’accueil des centres de la confédération, puisqu’il y aura 40 collaborateurs, dont 20 accompagnants et 20 personnes chargées de la sécurité. Ce centre sera fermé de 17h à 9h ».

    Alfons Piller, député UDC et conseiller communal de Planfayon (FR) : « Ce fait de dire que c’est bien car la Gouglera est loin c’est exactement ce qui est fautif. Il ne faut pas les placer à l’extérieur, à la périphérie. Il faut les places tout près d’un centre, qu’ils aient la possibilité de s’intégrer. Ils nous disent pendant des années qu’il faut les intégrer, mais il faut donner la possibilité de le faire. Ils sont là-haut du soir au matin, enfermés »

    Demierre : « Il y a une incompréhension. C’est un centre de la confédération. L’objectif c’est que les requérants d’asile restent 140 jours dans ces centres. En principe, soit c’est un centre de procédure, soit c’est un centre de départ. On n’est pas du tout dans le cadre des requérants d’asile qui vont ensuite rester en Suisse. (…) Que le centre soit un peu plus éloigné c’est pas une question d’intégration, en l’occurrence, puisque en 140 jours c’est la procédure qui doit se dérouler. Ensuite les personnes seront affectées soit dans les cantons soit renvoyés. C’est justement l’objectif : pouvoir accélérer les procédures et de ne pas arriver avec des personnes qui restent 3-4 ans en Suisse et qu’ils se voient refuser un droit d’asile et qui doivent repartir »

    Philippe Leuba, conseiller d’Etat, Département de l’économie et du sport, Vaud : « Quand on dit qu’il faut placer ces centres au centre-ville, j’entends bien ce discours. Lorsque vous vous rapprochez d’une ville, la population dit non. Parce qu’au centre-ville c’est trop facile de commettre des délits, même si ces délits sont commis par une petite minorité des requérants d’asile, et il faut se méfier des amalgames ».

    Esther Mamarbachi : « Oui, mais pas chez moi… »
    Etienne Piguet, professeur de géographie de l’Université de Neuchâtel, vice-président de la Commission fédérale pour les questions de migration : « C’est quelque chose qu’on connaît pour beaucoup d’infrastructures : un centre d’incinération, une usine, etc. »

    Extraits de la vidéo montrée durant l’émission (http://www.rts.ch/play/tv/infrarouge/video/le-cas-du-centre-de-requerants-de-preverenges-vd?id=6590705).
    Réaction du public lors de la présentation publique lors de l’annonce de l’ouverture du centre de Préverenges (VD), en 2012 :
    – « Qu’est-ce que concrètement y aura pour tenir ces gens un peu à l’écart de nos enfants ? »
    – Syndic de Préverenges : « Ce lieu n’est pas approprié pour accueillir des requérants d’asile. On ne les met pas sous une école, c’est prendre un risque »
    Les réalisateurs retournent au même endroit deux ans après, en 2014, et toutes les personnes interviewées disent qu’il n’y a aucun problème avec le centre.

    Mamarbacher : « C’est mieux en ville ou en campagne ? »
    Etienne Piguet : « Tout dépend du stade du processus. Là on parle de centres qui concernent soit des personnes qui arrivent (traitement de leur demande, avant une intégration ou un départ), soit des personnes qui vont partir. Le lieu reste relativement isolé. Il n’y a pas de nécessité pour ces personnes d’avoir des contacts avec la population, même si cela peut être une bonne chose s’il y a certains contacts et une certaine implication. Ce qui est important, c’est qu’ensuite, le plus vite possible, les personnes qui vont rester en Suisse puissent s’insérer sur le marché du travail, puissent s’insérer dans un environnement qui n’est pas isolé à des km de toute autre forme de vie. A priori, des centres relativement isolés dans le cadre d’une procédure courte peuvent être tout à fait une bonne solution »

    Roland Mesot, président de l’UDC Fribourg et député au Grand-Conseil : « Normalement, ce nombre de réfugiés qui arrivent en Suisse devrait baisser avec les accords Dublin. Et là j’aimerais poser une question : est-ce que vous arrivez, vous, conseillers d’Etat, à faire de la pression sur la confédération en leur disant : ’Bougez avec Dublin, faites que ça fonctionne car pour l’instant les résultats Dublin sont catastrophiques ».

    Mamarbachi : « L’accord de Dublin, il faut juste le rappeler, ça permet de renvoyer la personne qui a déposé sa 1ère demande d’asile, par exemple en Italie »

    #logement #hébergement #asile #réfugiés #Suisse #migrations #bunker #abri_pc

  • Livre | Migrants & réfugiés. Réponse aux indécis, aux inquiets et aux réticents
    http://asile.ch/2016/05/14/livre-migrants-refugies-reponse-aux-indecis-aux-inquiets-et-aux-reticents

    L’arrivée en grand nombre de réfugiés et de migrants en Europe, après un parcours épuisant, les nombreux morts en Méditerranée, dont celle, très médiatisée, du petit Aylan Kurdi en septembre 2015, ont souvent ému et « bousculé » la population européenne. Toutefois, après les premiers élans de compassion et de solidarité, les inquiétudes et les réticences s’expriment, […]

  • #Réfugiés, #intrusion, #hotspots : le nouveau #lexique des migrations

    Les mots caractérisant les phénomènes migratoires apparaissent ces derniers mois investis de nouvelles significations. Relayés dans l’espace public, ils alimentent les #peurs, fabriquent de l’#exclusion et confortent l’approche sécuritaire privilégiée par les autorités européennes.

    http://www.mediapart.fr/journal/international/100815/refugies-intrusion-hotspots-le-nouveau-lexique-des-migrations?onglet=full

    #migrations #asile #vocabulaire #terminologie #mots #préjugés #stéréotypes

  • #ADN_synthétique, le ministère de la Justice préparerait une instruction à ce sujet pour très bientôt.
    Il s’agit d’un ADN artificiel, garanti unique pour chaque flacon. Sa présence est facile à détecter en utilisant des UV, il faut ensuite l’analyser pour compéter l’identification.

    Traité (une fois) ici par @Val_K en février 2013, http://seenthis.net/messages/111670, lors d’une première bouffée médiatique, il fait doucement son chemin avec trois types d’emplois, cf. ci-dessous gamme de produit pour particuliers et commerçants

    • marquage d’objets. Le fabricant/diffuseur annonce une réduction de 85% des cambriolages pour les matériels ainsi marqués.
    On notera que l’effet est essentiellement obtenu par la dissuasion résultant de l’affichage du marquage.

    Il dissuade efficacement les voleurs à commettre des crimes et il a été prouvé des reductions de 85% des cambriolages. L’effet principal est obtenu par les avertissements extérieurs avec des autocollants sur les fenêtres et les portes ainsi qu’une signalisation sur les objets marqués.

    Avec une variante en gel spécialement conçue pour pister des incidents d’origine « interne » (agissements d’employés). SANS affiches de signalisation, cette fois.

    • le spray se déclenchant lors d’une intrusion dans un local protégé. Là aussi l’effet principal est dissuasif. En cas de déclenchement, le système permet de confirmer l’identification d’un suspect.

    • une troisième utilisation est réservée aux forces de l’ordre et consiste à projeter le liquide sur des personnes que l’on pourra ainsi identifier ultérieurement. Intérêt évident pour les manifestations ou émeutes.
    Bientôt en France ?
    Reportage de France 2 en mai 2013
    http://www.youtube.com/watch?v=4hdPvfCMAwc

    Un exemple d’emploi antivol décrit dans la presse en mars 2013

    Trahi par de l’ADN synthétique
    http://www.leparisien.fr/espace-premium/seine-saint-denis-93/trahi-par-de-l-adn-synthetique-14-03-2013-2639127.php

    Début février, à Noisy-le-Grand, deux facteurs avaient été victimes d’une agression au cours de laquelle les clés qui leur servaient à ouvrir les boîtes aux lettres avaient été dérobées. Depuis, des plis ne cessaient de disparaître. La Poste a décidé de porter plainte. Pour coincer le voleur, les enquêteurs ont déposé à l’intérieur d’un colis cette substance chimique, inodore, incolore et inoffensive ainsi qu’une puce de traçage. Lundi, à 9h45, un nouveau colis était signalé manquant. Grâce au mouchard, les enquêteurs ont suivi pas à pas la trajectoire du paquet. Le voleur a été interpellé à 15h45, à Noisy-le-Grand. Lorsqu’ils ont balayé la lampe à ultraviolets sur le suspect, des traces fluorescentes sont apparues. Celles laissées par l’ADN synthétique. Le voleur a été placé en garde à vue.

    #police #surveillance

  • Pourquoi les Français n’ont rien à craindre de l’immigration

    Un Américain enseignant la philosophie dans une université parisienne s’étonne de trouver en France un discours politique et intellectuel sur les dangers de l’immigration. Il livre son #témoignage en tant qu’"étranger privilégié".

    http://www.courrierinternational.com/article/2014/01/20/pourquoi-les-francais-n-ont-rien-a-craindre-de-l-immigration

    #migration #stéréotypes #France #craintes #peurs

  • Laissez-passer | L’#invasion de l’Europe par #bateaux est un #fantasme_politique

    « Alors que la droite et l’extrême droite alimentent les #peurs d’un débarquement d’#immigrés sur les côtes européennes, Virginie Guiraudon, directrice de recherche au CNRS et au centre d’étude européen de Sciences-po Paris, réfute la possibilité d’un exode massif et analyse la crise de la #politique_migratoire traversée par l’Union européenne. »

    http://www.asile.ch/vivre-ensemble/2013/12/17/laissez-passer-linvasion-de-leurope-par-bateaux-est-un-fantasme-politique

    #migration #fantasmes #mensonges #Méditerranée

  • « L’#invasion de l’Europe par bateaux est un #fantasme politique »

    Alors que la #droite et l’#extrême-droite alimentent les #peurs d’un #débarquement d’#immigrés sur les côtes européennes, Virginie Guiraudon, directrice de recherche au CNRS et au centre d’étude européen de Sciences-po Paris, réfute la possibilité d’un #exode massif et analyse la crise de la #politique_migratoire traversée par l’Union européenne.

    http://www.laissezpasser.info/post/%C2%AB-L%E2%80%99invasion-de-l%E2%80%99Europe-par-bateaux-est-un-fan