• Philippe Godard, Ce monde qui n’est plus le nôtre, 2015
    https://sniadecki.wordpress.com/2022/05/08/godard-monde

    Si la chimiothérapie « soigne » le cancer, il existe aussi des chamanes qui guérissent à partir de plantes.

    Qui guérissent quoi, qui, combien ?

    Il parle du chaman Raoult là non ? Celui qui guérit du covid à partir « d’un remède depuis longtemps éprouvé » ?

    Tout ce genre d’assertions n’a aucun sens, même si je suis plutôt d’accord avec une bonne partie du texte, dommage.

    #Philippe_Godard #Science #Recherche #nucléaire

  • UN ARCHIPEL DES SOLIDARITÉS

    « À ceux que les tempêtes politiques, qui menacent nos archipels, continuent de fracasser. À ceux qui ont la puissance solidaire d’affronter ces tempêtes. »
    Cet ouvrage est issu d’un travail de terrain mené en #Grèce entre juillet 2017 et janvier 2020 par la philosophe #Christiane_Vollaire et le photographe #Philippe_Bazin. Il associe #photographie documentaire critique et philosophie de terrain autour de la force vive des #solidarités.
    Un archipel des solidarités présente la puissance des réseaux de solidarité, face à des politiques globales destructrices. Il induit ainsi une réflexion sur « un autre possible politique » et une énergie du commun.

    http://www.editionsloco.com/UN-ARCHIPEL-DES-SOLIDARITES
    #livre #solidarité #commun

    ping @isskein @karine4

  • « un idéologue à l’école » : les connexions avec l’extrême droite et l’enseignement privé ainsi que sur la main-mise opérée sur la haute administration.


    https://www.politis.fr/articles/2022/02/jean-michel-blanquer-un-ideologue-a-lecole-44067
    Autoritaire et sensible aux idéologies d’extrême droite, Jean-Michel Blanquer a patiemment tissé ses réseaux.

    Avec la rédaction de #Politis, nous avons dressé le bilan réel de la macronie. Après 5 ans de #blanquérisme, l’école et ceux qui la font vivre se sentent usés, relégués, méprisés. Mais sous les cendres de la fatigue et du renoncement, la braise de la résistance est encore vive.

    Comment la #macronie a abimé l’école !

    • « Quel drôle de signal, à deux mois de la présidentielle, que de mettre en lumière un inspecteur général de philosophie manifestement très préoccupé par la place du christianisme dans le champ éducatif »

      https://www.telerama.fr/debats-reportages/conseil-superieur-des-programmes-blanquer-tend-il-le-baton-pour-se-faire-ba

      L’image du ministre de l’éducation ne risque pas de s’améliorer : il a nommé Mark Sherringham à la tête de la stratégique instance. L’homme, controversé, avait plaidé pour la réintroduction du christianisme dans l’école publique.

      Maso, le ministre de l’Éducation ? On va finir par croire que Jean-Michel Blanquer a décidé de se saborder, accablé par une année 2022 qui lui file entre les doigts. Rien ne va plus depuis ce dimanche 2 janvier où il réserva la primeur de l’annonce d’un nouveau protocole sanitaire – conçu à Ibiza – aux lecteurs du Parisien. Une grève monstre des enseignants est venue pointer sa méthode de gouvernance. Ces derniers jours, le recul problématique du nombre d’heures de mathématiques dispensées au lycée remet en cause ses réformes elles-mêmes.

      Et voilà que le ministre nomme à la tête du Conseil supérieur des programmes un ancien conseiller de Raymond Barre, François Fillon et Xavier Darcos, connu pour vanter « l’idéal civilisateur du christianisme » et plaider pour sa réintroduction dans l’école publique. L’annonce a déclenché l’indignation sur les réseaux sociaux.

      Drôle de signal

      Nous ne ferons pas ici le procès de Mark Sherringham, nous ignorons ses intentions. Mais tout de même, quel drôle de signal, à deux mois de la présidentielle, que de mettre en lumière un inspecteur général de philosophie manifestement très préoccupé par la place du christianisme dans le champ éducatif. On le sait, le Conseil supérieur des programmes, créé en 2013 par la loi Peillon, est une instance hautement stratégique.

      « C’est un outil pour imprimer une marque idéologique sur les programmes », dénoncent régulièrement les syndicats enseignants. Assurément le théâtre de vives tensions, particulièrement sous le mandat de la philosophe Souâd Ayada qui, avant de laisser sa place à Mark Sherringham, aura rudement bataillé contre les « pédagos », ces partisans de l’Éducation nouvelle honnis par Jean-Michel Blanquer. On doute que son successeur change de cap.

    • Tiens Ali Baddou a invité le macroniste #Philippe-Aghion sur #franceinter : en direct du monde parallèle de la macronie ; sur l’#éducation un programme disruptif : réinventer les gadgets sarkozystes pour imposer l’autonomie des établissements, gérer les écoles sur le modèle de la compétitivité, donner une allocation de 800 euros aux jeunes sortis du foyer fiscal mais conditionnée à la réussite et financée par l’allongement de l’âge de départ à la retraite...

      On lui fait remarquer que sa proposition est décalé par rapport à ce que propose Macron, il répond « vous n’avez pas vu encore son programme ! »

      Aghion :"j’ai cru à la réforme par points et j’ai eu tort ". « Les enseignants ont eu bien raison de pas croire au système par points, ils ont vu tout de suite qu’ils se faisaient avoir, moi je ne l’avais pas vu. »

      Aghion veut rétablir la propédeutique ! il s’est pas aperçu que parcours sup et la réforme du lycée conduit à des logiques d’orientation précoces et inégalitaires ! Aghion est visiblement un adepte de « l’entreprise organique » un peu comme le startuper millionnaire principal financeur de la #primairepop.

      « Le quinquennat précédent a été celui de la libéralisation, le prochain doit être celui de l’investissement ».

      « les inégalités ont explosé » Aghion : « mais pas chez nous », « le modèle social a tenu ».

      Le modèle social ne doit rien ni à Macron ni à Aghion qui ne cessent de le dégrader !

      Aghion professeur d’une pseudo science prétentieuse « ce qui est nouveau c’est qu’on confronte les théories avec les données »

      Ce clown d’Aghion comme d’habitude depuis 5 ans nous dit que le macronisme sera social, dans un futur proche.

      https://rf.proxycast.org/d8c1ea2d-cc72-4de1-b707-f45ba366a37c/18558-12.02.2022-ITEMA_22931027-2022F30378S0043-22.mp3


      à partir de 55.53 (jeunesse retraite éducation)

      Emission du samedi 12 février de 12h à 14h.

      ► Philippe Aghion, économiste et professeur au Collège de France (titulaire de la chaire Economie des institutions, de l’innovation et de la croissance) et à la London School of Economics, est l’invité de cette édition autour du thème : La République a l’épreuve des inégalités : comment réinventer le modèle social français ?

  • L’impact des passes sanitaires sur le taux de vaccination, la Santé, et L’économie
    https://www.cae-eco.fr/limpact-des-pass-sanitaires-sur-le-taux-de-vaccination-la-sante-et-leconomie
    Avec un résumé en français !
    Le Conseil d’Analyse Économique est un organisme qui dépend du gouvernement.

    Résumé de l’arnaque intellectuelle du #CAE :

    1/2 - Ils supposent (et non pas prouvent) que la vaccination empêche de tomber malade et de mourir.
    - Ils constatent que le passe sanitaire force les gens à accepter la vaccination.
    - Ils concluent que le passe sanitaire sauve des vies.

    2/2 et préserve l’économie en empêchant de tomber malade.

    C’est donc le sophisme habituel : si je suppose que ça fonctionne, alors je conclue que ça fonctionne (mais j’ai fait des graphiques et des modèles mathématiques au milieu pour noyer le poisson)

    https://twitter.com/decoder_l/status/1484091837124169729?cxt=HHwWgsC-3bXqxpgpAAAA

    • mais c’est é-vi-dent que si on sait pas / veut pas faire de campagne vaccination publique sans faire un pass et que celui-ci entraîne des vaccinations, il sauve des vies. pas besoin du cae pour savoir ça. et moins besoin encore de le nier parce que donc c’est puisque c’est le cae. tu cavale après pas mal de leurres que tu te crée. arrête toi un moment, respire par le nez, médite, rêvasse, ça peut être - qui sait ? - l’occasion d’arriver à s’orienter.

    • Arrête toi un moment, respire par le nez, médite, rêvasse, ça peut être - qui sait ? ...

      C’est fait ! 17 km de ski fond seule sur les pistes ensoleillées ! Neige parfaite ! Super Glisse ! Le plein de vitamines D et C !
      Là je me détends en regardant la course individuelle masculine de Biathlon en savourant une tranche de Bescoing du coin tout en étant connectée à mes comptes préférés !

      J’ai pas l’impression d’être désorientée ! :)) @colporteur !

    • La vaccination n’empêche pas d’être malade, protège seulement des formes graves du Covid et de finir en réa. C’est peut-être déjà beaucoup mais ce n’est pas suffisant.
      Je suis consternée par tous les triples-dosés bientôt les quadruples injectées qui continuent de s’infecter en présentant pour la plupart certes de faibles symptômes.

      Pour évaluer l’impact du pass vaccinal dans chacun de ces pays, nous construisons des #contrefactuels c’est‐à‐dire que nous modélisons ce que la dynamique de #vaccination aurait été sans la mise en place du pass. Pour cela, nous utilisons une #estimation basée sur la théorie de diffusion des innovations qui permet de quantifier la manière dont une innovation – ici la vaccination – est graduellement adoptée par la population. En effet, une partie de l’augmentation du taux de vaccination dans les trois pays considérés aurait eu lieu même sans #pass-sanitaire.

      En utilisant les données disponibles sur l’impact de la vaccination (en distinguant entre première et seconde doses) sur les admissions à l’hôpital ainsi que sur le nombre de décès Covid, on peut aussi estimer l’impact du pass sur ces variables de santé. On estime ainsi le nombre de décès évités dans les trois pays : environ 4 000 en France, 1 100 en Allemagne et 1 300 en Italie.

      C’est surtout par rapport au procédé de faire accepter le #passe-vaccinal en utilisant la formule on suppose, on estime, ça fonctionne, que je réagis !

    • Je me demandais d’où venaient le chiffre wtf de 4000 vies épargnées par le pass sanitaire cité par Castex !
      Il vient d’une étude menée par des gens qui ont pris conseil auprès d’Arnaud Fontanet, #Philippe-Aghion, économiste,et #Patrick-Artus, économiste, directeur de la recherche et des études de Natixis et administrateur de Total, qui gravitent tous autour de Macron
      Voilà…

      https://twitter.com/realmarcel1/status/1484288645754499080?cxt=HHwWkMC9pZiqoJkpAAAA
      #Castex19


      ( Source Libé)

  • En Bretagne, l’étrange business « bio » de l’ex-patron du GIGN — Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/291221/en-bretagne-l-etrange-business-bio-de-l-ex-patron-du-gign

    Ancien commandant du GIGN et acteur du drame d’Ouvéa en 1988, Philippe Legorjus veut créer dans le Finistère la plus grande exploitation industrielle d’algues en Europe. Avec l’aval des autorités, ce projet labellisé bio se développe en dépit des risques et contre l’avis de nombreux habitants.

  • A Paris, inauguration en grande pompes d’un laboratoire de la philantropie
    https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2021/09/30/a-paris-inauguration-en-grande-pompes-d-un-laboratoire-de-la-philantropie_60


    Le Philanthro Lab, dans le 5e arrondissement de Paris. STEPHANE LAGOUTTE/CHALLENGES-REA

    ÉCONOMIE FRANÇAISE

    Le tout premier Philanthro-Lab, un environnement entièrement consacré aux projets philanthropiques, sera inauguré par Anne Hidalgo, Valérie Pécresse et Gabriel Attal ce jeudi 30 septembre dans le 5e arrondissement de #Paris.

    C’est Phillipe Journo (Compagnie de Phalsbourg) qui régale

    « Philippe Journo est un patron « très exigeant », « sur le terrain en permanence » mais « loyal et généreux, c’est son côté méditerranéen » et -« profondément humain », confient ses collaborateurs, qui lui doivent une disponibilité vingt-quatre heures sur vingt-quatre « voire quarante-huit heures sur vingt-quatre ». (...) J’ai alors découvert qu’être investisseur dans l’immobilier commercial, c’était le rêve »

    https://justpaste.it/7oe88

    Présenté comme un self made man à la Tapie, ce fils d’instituteur et de petit commerçant s’est lancé avec 500 000 francs fournit par son père, commerçant pas si « petit » semble-t-il.

    #immobilier #centres_commerciaux #Philippe_Journo #philantropie

  • #Belgique : Inondations de 1953 : Quand le papa de Geluck caricaturait les manquements du gouvernement Adrian Thomas - Solidaire
    https://www.solidaire.org/articles/inondations-de-1953-quand-le-papa-de-geluck-caricaturait-les-manquements-

    Les récentes inondations ne sont pas les premières que notre pays ait subies. On pense à celles de 1926, 1987, 1993 ou encore 2011. Le raz-de-marée de février 1953 a défrayé la chronique pour son bilan meurtrier (2 551 morts) et les dégâts causés. Mais aussi parce que les actions du gouvernement n’ont pas été à la hauteur des besoins des nombreux sinistrés. Ces insuffisances n’avaient pas échappé au crayon du caricaturiste Diluck, le papa de Philippe Geluck, le dessinateur de la célèbre BD « Le chat ».


    Didier Geluck (1924-2011), ici avec le réalisateur soviétique Andréï Tarkovski, dessine quotidiennement dans Le Drapeau rouge dans les années 1950. Il devient dès 1955 directeur de Progrès films, distributeur de films du bloc de l’Est. (Photo D.R.)

    En 1953, Didier Geluck (1924-2011) croque l’actualité dans Drapeau rouge, le quotidien du Parti communiste de Belgique (PCB). Quand surviennent les inondations en février, Diluck n’y va pas de main morte dans ses dessins. Une tempête en mer du Nord fait alors céder les digues. L’eau envahit les terres et noie 1 836 villageois néerlandais. Le Royaume-Uni est aussi très atteint. Quant aux Belges, 28 sont tués en Flandre, le long de la Côte et de l’estuaire de l’Escaut. 10 000 familles sinistrées se retrouvent sans abri, en plein hiver.

    La solidarité de la classe travailleuse
    Très vite, la solidarité se met en marche. La Croix-Rouge et le PCB, entre autres, récoltent des fonds, des vêtements, des couvertures et des vivres. Comme en 2021, des centaines de volontaires affluent pour apporter leur aide aux victimes de la catastrophe. Par exemple, les ouvriers des ACEC cèdent collectivement le salaire d’une journée et acheminent à Ostende un camion rempli de literie.

    De son côté, le gouvernement rase les murs. Le PCB exige que le Premier ministre Jean Van Houtte (PSC, ancien cdH) rende compte au fur et à mesure de l’aide délivrée aux sinistrés. Mais bien vite, le Parti social-chrétien, seul au gouvernement, s’en lave les mains. En accordant à peine dix millions de francs (un peu moins de 250 000 euros) à la Croix-Rouge et en refusant d’indemniser les victimes.

    C’est que cette calamité tombe mal : le ministre des Finances Albert-Édouard Janssen (qui est également banquier) a prévu une hausse des impôts afin de financer une « armée européenne ». Avec la guerre de Corée (1950-1953), la Guerre froide s’est en effet fortement réchauffée et menace de dégénérer. Les Américains poussent donc les nations ouest-européennes à s’unir, en premier lieu militairement, dans l’éventualité d’une troisième Guerre mondiale contre l’Union soviétique et la Chine.

    L’inaction gouvernementale caricaturée
    Dans ses caricatures pour Drapeau rouge, Diluck tourne en dérision le cynisme du gouvernement, qui s’obstine à défendre coûte que coûte son budget. « Ah non, rien à faire, les sinistrés n’en auront pas un sou ! », fait-il dire au Premier ministre.

    « Prendre l’argent dans le budget de la guerre ? Vous êtes fou, mon brave ! Et nos tanks… et nos traitements ? », prête Diluck à un général obtus.

    Sur un autre dessin, deux ministres calculent : « Nous augmentons les impôts de 5%. Les sinistrés paient les impôts, n’est-ce pas ? Ils paient donc les dégâts subis par l’État. Il ne restera plus rien pour les indemniser, dites-vous ? Et la charité publique, alors ? », concluent les « margoulins ».

    Diluck raille aussi Baudouin. Le roi est sur la Côte d’Azur et rechigne à revenir de vacances. Il va tardivement saluer des sinistrés devant les photographes mais retourne aussitôt à Antibes.

    Son antipathie passe mal en Belgique. La presse se déchaîne. Des journaux étrangers évoquent même la reprise de la récente Question royale, conclue de justesse en 1950 par l’abdication de Léopold III. C’est suite aux gaffes de Baudouin que le Palais créera un service pour la presse. Quant à l’armée européenne (CED), le projet va échouer.

    Concernant les inondations, les autorités se voient bien obligées d’investir dans l’élévation des digues. Ainsi naît le Plan sigma (programme de gestion des inondations et de l’écosystème, le long de l’Escaut, en Flandre). Des digues qu’il faut sans cesse rehausser. Jusqu’où ? En revanche, les sinistrés, eux, ne verront jamais l’ombre d’une aide gouvernementale.

    Geluck #Philippe_Geluck #caricatures #Famille #inondations #gouvernement #baudouin #europe #UE #union_européenne guerre_de_Corée Guerre_froide #sinistrés #sinistrés #CED #Histoire

  • Chaque jour cent fleurs | Le Club de Mediapart
    https://blogs.mediapart.fr/marie-cosnay/blog/220721/chaque-jour-cent-fleurs

    Merci à Marie Cosnay pour ce très beau texte d’amitié avec Philippe Aigrain, ses combats et sa volonté.

    Philippe Aigrain (15 juillet 1949-11 juillet 2021). D’Interdemos, de peuple à peuple, à Lucrèce, en passant par #JALE, J’accueille l’étranger. Notre chagrin immense.

    L’ordinateur restait fermé. Impossible de faire autrement. Quand je pourrais, j’irais y chercher, pour continuer la conversation avec lui, les documents rédigés avec Philippe Aigrain. Ceux en attente, sur Framapad. Déjà anciens, dont nous n’avions rien fait de précis, où nous prolongions la réflexion : peut-être, rétrospectivement, dans cette mise en attente, verrons-nous la preuve que la machine à maltraiter, comme l’écrivait Philippe dans un de ses billets de blog sur Mediapart, nous n’avons pas su l’enrayer à temps. C’est ce que nous pensions, ces derniers mois. Sans que le découragement nous empêche de faire, de faire autrement, là où nous étions, auprès des jeunes gens que nous connaissions, suivant leurs parcours, nous réjouissant de leurs succès.

    Dans ce billet de blog que je cite, à plusieurs titres Philippe est visionnaire. Il l’a écrit il y a trois ans. En juin 2018. Quelque temps après que nous eûmes lancé, avec Mireille, Jane, Louise, tant d’autres, le collectif JALE, qui nous avait donné l’espoir d’affirmer ce qui disparaissait, tranquillement mais sûrement, des discours publics. Bien avant la crise sanitaire et la fermeture des frontières nationales à l’intérieur de l’espace Schengen. Pragmatique, Philippe cherchait où les possibilités de soulèvement étaient possibles. Il partait de l’ahurissant règlement Dublin III, de l’imposition faite aux demandeurs d’asile de rester dans les premiers pays d’arrivée, et de ce corollaire : l’impossibilité de passer les frontières intérieures quand on n’était pas un ressortissant de l’espace Schengen, alors que la liberté de circulation était au coeur de l’idée européenne. Ici, une possibilité de soulèvement. Du corps et de l’esprit, écrivait Philippe. Bien sûr, c’était une étape, visant à nous réunir, nous rassembler, afin que nous construisions un mouvement fort capable de « réinstaller dans les textes juridiques et dans les faits les droits à l’accueil des étrangers, de tous ceux qui pour ceux qui, poussés par les circonstances, recherchent légitimement une protection dans l’Union ». Il n’était pas question, Philippe l’explique très clairement, et nous en avions parlé, des heures, avenue Ledru Rollin, il n’était pas question de ne regarder que ce qui se passait à l’intérieur de l’UE, pas question de justifier l’externalisation des frontières, les accords avec les pays de départ, tout ce qui permettait exploitations et tortures des personnes en déplacement. Mais il nous fallait partir de ce point ahurissant de transformation de l’idée européenne. On ne pouvait qu’être suivis.

    Trois ans plus tard, Philippe, les frontières Schengen étaient fermées pour tout le monde. Nous avions, au téléphone, en 2020, plaisanté quelques fois, pour supporter l’insupportable : seuls les gens qui n’ont pas de papiers, pas de titres de séjour, pas de visa, passent nos frontières condamnées. Ce n’était pas complètement vrai, nous le savions tous les deux. Récemment, je te l’avais dit, Yaya Karamoko, jeune homme ivoirien de 28 ans, avait traversé la Bidassoa, à Irun, et s’y était noyé. Je n’ai pas eu le temps de te raconter la suite.

    Ce que je ne t’ai pas dit pèse lourd.

    Je t’ai dit que l’attentat de Nice, par un jeune homme passé par Lampedusa, a été suivi, directement, immédiatement, alors même que les îles Canaries, espagnoles, s’ouvraient, résistaient à l’Europe, par cette annonce : on garderait, virus ou pas, les frontières fermées, et à Irun des unités mobiles arrivaient, gardant chacun des ponts et chacun des abri bus menant à Bayonne et vers le nord. Les gendarmes et policiers ramenaient en Espagne, de l’autre côté de la frontière, les personnes contrôlées en fonction de la couleur de leur peau. Je te l’ai dit ? Je te l’ai dit. Parlant au téléphone, longeant l’Adour, pendant l’heure de sortie de confinement. Tu étais à Argelès. Tu marchais, et jardinais, et écrivais.

    Nous choisissions de parler de Lucrèce, dont tu lisais ma traduction, tu te demandais comment concilier cette nature des choses, où chaque chose choisissait son lieu (et puis ça recommençait, en une pluie d’atomes), avec le sentiment d’impermanence, de flux des formes, de passage d’une espèce à une autre, que tu relisais chez Ovide.

    Ce qui n’était pas très loin de nos autres questions.
    Ce qui serait tout près de la mienne, ce 11 juillet 2021 : Philippe, mais où es-tu donc passé ?

    Comment allons-nous faire, maintenant ?

    11 juillet 2021, c’est le moment où je fais tout, et j’ai hâte de te le raconter, avec le président de la communauté musulmane d’Irun, pour tenter, malgré les nombreux obstacles, d’enterrer Yaya Karamoko. Je veux te dire : comme on traite les vivants, on maltraite les morts. Je veux te dire : tu te souviens de ce que tu disais de l’invisibilité ? Je veux te dire : faire pour un, au cas par cas. Jusqu’au bout. C’est au moment où les corps de plus de cent personnes sans papiers s’exposent, en grève de la faim, pour obtenir de la Belgique la seule réponse possible, la régularisation (nous travaillons ici, nous vivons ici, nous restons ici, et il n’y a pas de raisons pour que nous y restions esclaves), c’est à ce moment que j’apprends, le dimanche dans l’après midi, que tu as trébuché sur une pierre, dans la montagne que tu aimes. Je veux absolument donner du sens à la pierre, celle d’achoppement, je sais que c’est inutile et que ça fourvoie, je relis ce que tu m’avais dit être seulement capable d’écrire en ces moments, le carnet de confinement en Angleterre, auprès de tes enfants et petits enfants, comme tout y est précis et intelligent, je veux donner du sens, je veux chercher du sens, pour ce faire c’est à toi que je veux parler, à toi. Je te dirai cette conjonction : toi, la pierre, la montagne, la Belgique, les corps soulevés, exposés, le corps en jeu, jusqu’au bout, le corps disparu, même après la mort, on ne ne peut pas enterrer Yaya, toi, la pierre, la montagne.

    Je veux te le dire, à toi.

    Sur un de nos documents Framapad, où nous faisions des projets, des plans, tu écrivais, en une sorte de petit encart : « le monde que nous croyions encore nôtre bascule dans un autre qui ne nous laisse que le choix entre pleurer et nous soulever, et qui semble nous avoir privés de tous les instruments d’un soulèvement ». Tu le disais en vrai.

    Pleurer ou nous soulever.

    Tu nous laisses pleurer.

    Je voulais t’offrir bientôt Des îles, à paraître, texte auquel tu avais participé, en quelque sorte : tu l’avais lu, tu avais commenté, tu savais ce que j’y avais développé. Quand j’étais revenue de Lesbos, fatiguée, tu étais à l’aéroport, m’attendant, personne encore n’était masqué - je sais exactement ce qu’avec Mireille, le soir, à table, nous racontions, le camp de Moria, la honte de l’Europe, notre défaite, les résistances malgré tout, et cette maladie qui semblait ne pas vouloir rester en Chine, qu’est-ce que cela allait donner, tu développerais, après, sur ton autre blog, de débats, des analyses qui m’ont guidée plus que toutes les autres.

    Notre découragement, qui n’empêchait pas de faire pour un, un autre, encore ceci, ici, là, qui empêchait pas de penser, je le lis dans notre long document Framapad. Notre tristesse, je dirais. Que Lucrèce, ses atomes en constructions, le monde entier, nous a donné de consoler un peu. « L’immense tristesse et la révolte encore impuissante qui a saisi tant d’entre nous ces dernières semaines vient de la révélation que la corruption des systèmes politiques et l’incapacité où ils sont de traiter les défis écologiques, sociaux et culturels de notre époque est telle qu’ils ne reculeront devant rien pour agiter les peurs, créer des ennemis à combattre et maltraiter ceux qui sont ainsi dépouillés de leurs droits humains élémentaires. ».

    Voilà, tu le savais, Philippe. Et tu avais raison.

    Tu m’écrivais, à propos de Lucrèce : « (…) Ce n’est pas que l’idée même de métamorphose soit étrangère à Lucrèce. Il écrit ainsi, en proposant une définition de la vie comme commun (Livre III, 989-998, trad. Lefèvre, 1899) :

    Grande et forte leçon ! Tout est métamorphoses ;
    Toujours un flot nouveau chasse les vieilles choses ;
    Et l’échange éternel rajeunit l’univers.
    Rien ne roule au Tartare, au gouffre des enfers.
    Pour les peuples à naître il faut de la matière ;
    Ils vivront à leur tour et verront la lumière.
    Les uns nous précédaient, les autres nous suivront.
    C’est un cercle éternel que nul effort ne rompt ;
    Et la vie à jamais se transmet d’âge en âge :
    Elle n’est à personne, et tous en ont l’usage.

    Mais les métamorphoses dont il s’agit ici ne sont que celles permises par l’infinie recombinaison des éléments primordiaux en de nouvelles formes qu’il a décrit au livre I. Tout au plus fondent-elles une forme de métempsychose, mais pas la transformation d’un corps en celui d’une autre espèce, une autre sorte d’existant.

    Plus haut (Livre III, 807-816, trad. Marie Cosnay), Lucrèce a écrit :

    Enfin, dans le ciel, pas un arbre, en haute mer pas de nuages, pas de poissons dans les champs,
    ni de sang dans les bois, ni de jus dans la roche.
    Est certaine et ordonnée, chaque chose qui est et croît.

    Comment pourrait-elle donc se muer dans une autre enveloppe physique alors qu’elle serait prisonnière de sa constitution ? »

    Tu cherchais l’autre forme, Philippe.
    Une autre enveloppe physique.
    Les passages, la liberté de devenir la fleur.
    L’animal, le caillou.

    Je te répondais, le 20 novembre 2020, par mail :
    « La traduction de Lefèvre est vraiment libre ! Les vers que tu cites arrivent après la prosopopée de la nature. Tout le passage engage à la mort, comme tranquillité. Vois ma traduction de la suite :

    Une chose d’autre chose ne cesse jamais de naître,
    la vie n’est pas donnée à un acheteur, mais à tous, pour usage.
    Regarde : ce n’est rien, pour nous, l’ancienneté passée
    du temps éternel, avant notre naissance.
    C’est un miroir du temps futur que la nature nous
    expose à la fin, celui d’après notre mort.
    Y a-t-il quelque chose d’horrible qui paraît, quelque chose
    de triste ? N’est-ce pas plus tranquille que le sommeil ? »

    Aujourd’hui, 22 juillet, les phrases de Lucrèce, que nous avions échangées, dont nous avions commenté les traductions, afin de comprendre comment le philosophe antique pensait le changement, devrait, sinon me consoler de l’atroce manque, m’apaiser ? Plus tranquille que le sommeil ? Ton futur, miroir de nos passés ? Du temps éternel d’avant nos naissances ?

    Le 10 juillet 2021, la veille de la pierre sur le sommet, tu as fait une photo, jaune, de fleurs d’onagres (je ne connaissais ni le nom de la fleur ni la fleur). Tu cherchais l’autre forme, la beauté. Tu pensais l’autre forme, la beauté, tu n’étais qu’au début de le penser, et cela me remplit de chagrin.

    "Chaque jour cent fleurs" : le 10 juillet, on en avait, des jours et des fleurs devant nous.

    2017, à l’hiver. Ici, nous rencontrions Saâ. Il arrivait à Paris et grâce à lui nous apprenions, toi et moi, et Vincent, et Mireille, et Jane, et Michèle, et Sarah, et Nouho, nous apprenions tous combien les adolescents étrangers étaient maltraités. C’était le début d’une prise de conscience. "Ce n’est pas pour rien que Philippe est venu me chercher à gare d’Austerlitz", a dit Saâ vendredi, le jour où à Argelès on essayait de te dire au revoir. Pas pour rien que Philippe a lu le code civil guinéen, proposant des interprétations de certains articles, ce qui permettait une belle jurisprudence, mettant en échec, ponctuellement bien sur, les départements jugeant que les extraits d’acte de naissance des jeunes n’étaient pas conformes. Pas pour rien. Le dernier message que j’ai reçu de Philippe, par Signal, c’est la photo du mariage de Trésor. Trésor Bomenga, qu’il continuait à aider, depuis qu’en 2014 celui-ci avait réussi à échapper à la rétention administrative, prolongée qui, avant Tsipras, sévissait dans les centres grecs. J’avais rencontré Trésor en 2014, à Corinthe. Philippe à peine un peu plus tard, à Paris. Je ne sais pas si des formes remplacent les formes mais je sais la force des liens. Grèce, 2015, et ce que nous mettions en place, Philippe en tête, avec Mireille, Sophie, Laure, Michel, Catherine, Dimitris, en place, Interdemos. Entre les peuples. De peuple à peuple. Il faudra y revenir.

    Le chagrin est immense

    #Philippe_Aigrain #Marie_Cosnay

  • In memoriam Philippe Aigrain (1949-2021) – La Quadrature du Net
    https://www.laquadrature.net/2021/07/15/in-memoriam-philippe-aigrain-1949-2021
    https://www.laquadrature.net/wp-content/uploads/sites/8/2021/07/philippe.jpg

    C’est avec une immense tristesse que nous avons appris lundi le décès de Philippe Aigrain en montagne, près de sa maison dans les Pyrénées.


    Photo : Jérémie Zimmermann

    Informaticien et grand humaniste, militant infatigable, chercheur et intellectuel qui aidait à y voir clair dans ces temps troublés, Philippe a fait partie en 2008 des cofondateurs historiques de La Quadrature du Net. Il fut président de l’association de 2013 à 2017. Tout jeune, il avait été actif lors du soulèvement de mai 1968. Il fut ensuite un compagnon de route des radios libres dans les années 1970, avant d’explorer les potentialités démocratiques d’Internet et de devenir un ardent défenseur des logiciels libres et des biens communs. Ces dernières années, il travaillait à l’accueil solidaire des exilés et dirigeait la maison d’édition publienet, tout en faisant paraître ses poèmes et, plus récemment, son premier roman, intitulé Sœur(s).

    Philippe était de ces personnes qui forcent d’emblée le respect et l’admiration par ses qualités humaines exceptionnelles, son immense gentillesse et sa grande sensibilité, mais aussi par la profondeur de sa réflexion, sa curiosité, sa générosité, sa capacité à conjuguer les savoirs à travers une pensée proprement interdisciplinaire. Tout cela lui permettait non seulement de naviguer entre des communautés militantes, intellectuelles et artistiques de par le monde, mais aussi d’y apporter des contributions précieuses et de tisser des ponts entre tous ces gens.

    À La Quadrature, il a été un modèle pour nombre d’entre nous, un mentor et un ami qui se montrait toujours curieux, ouvert, mais aussi très encourageant avec les personnes fraîchement arrivées au sein du collectif. Il était l’un des piliers qui nous permettait de tenir et de traverser les moments difficiles. Nous admirions sa capacité d’indignation, la rigueur et la richesse de ses analyses, la manière dont il savait mettre à distance certains réflexes militants pour appréhender une situation dans toute sa complexité. Lors qu’on risquait de se perdre dans les détails d’un dossier, il savait aussi nous inviter à prendre de la hauteur et à revenir aux questions politiques fondamentales. Par exemple, lors d’un débat interne fin 2016, nous discutions de notre position sur la création du fichier biométrique TES, que le gouvernement présentait alors comme une manière de lutter contre la fraude à l’identité… on fourbissait des arguments un peu trop techniques et juridiques à son goût, et il avait mis tout le monde d’accord en évoquant la Résistance et en rappelant que des documents d’identité infalsifiables étaient tout simplement contraires aux formes de vie démocratiques.

    Philippe avait également insisté dès le début pour que La Quadrature soit force de propositions positives. Il avait ainsi envisagé un système complet pour permettre au public et aux créateurs et créatrices de se rencontrer autour de leurs œuvres en permettant le partage libre de celles-ci, tout en soutenant et encourageant financièrement la création. Il fut à l’origine de la Contribution Créative, une idée avant-gardiste permettant autant l’accès généralisé à la culture que le soutien matériel à la création. En lien avec Lionel Maurel, il compila ces pistes de réforme dans les propositions positives de réforme du droit d’auteur, publiées par La Quadrature suite au rejet de l’accord commercial anti-contrefaçon ACTA, à l’été 2012.

    Durant toutes ces années, Philippe nous a surtout appris par l’exemple qu’on peut conjuguer un regard lucide sur le monde et une grande exigence dans l’engagement politique, sans pour autant se départir ni du soin de soi et des autres, ni de la joie et de la poésie.

    Nous allons prendre le temps d’honorer sa mémoire. Nous ferons vivre son héritage en continuant nos combats, que ce soit pour les droits humains dans l’environnement numérique, pour le partage des savoirs ou tout simplement pour plus de beauté et d’humanité dans ce monde.

    Pour l’heure, nos pensées endeuillées vont à sa femme Mireille, à ses filles et à ses petits-enfants.

    Sœur(s), un roman abordant les enjeux liés à la surveillance, et publié en septembre 2020 aux éditions Publienet.
    Sharing, Culture and the Economy in the Internet Age, un plaidoyer en faveur du droit au partage non-marchand des oeuvres culturelles, publié en 2011 aux presses de l’université d’Amsterdam.
    Cause commune, un essai en faveur des biens communs informationnels et contre la propriété intellectuelle, publié en 2005 aux éditions Fayard.
    Quelques Poèmes de Philippe à retrouver ici

    #Philippe_Aigrain #La_Quadrature_du_Net

  • Philippe Aigrain, le « penseur des communs », est mort
    https://www.nouvelobs.com/societe/20210715.OBS46565/philippe-aigrain-le-penseur-des-communs-est-mort.html#modal-msg

    Il était une figure emblématique de la sphère d’Internet, défenseur des « biens communs » et des libertés numériques. Philippe Aigrain, « penseur des communs, chercheur, poète et romancier », est décédé dimanche 11 juillet à 71 ans d’un accident de montagne, a annoncé lundi la maison d’édition Publie.net, qu’il présidait.

    Docteur en informatique, Philippe Aigrain a notamment participé dès les années 1970 à la revue « Interférences », qui a accompagné le mouvement des radios libres. Vingt ans plus tard, il a travaillé de 1996 à 2003 avec la Commission européenne et y a développé des politiques de soutien aux logiciels libres.

    Quadrature du net et migrants

    Il a également été l’un des cofondateurs la Quadrature du Net, association créée en 2008 qui « défend les droits fondamentaux et les libertés dans l’espace numérique et promeut des propositions assurant la synergie entre les libertés d’échange sur internet et le financement de la création », décrit-il sur son site Internet.
    « Splendeurs et misères du cybermonde », par Michaël Fœssel

    Pour atteindre cet équilibre entre propriété et biens communs, il a détaillé sa pensée dans plusieurs livres, dont l’un intitulé « Cause commune, l’information entre bien commun et propriété » (Fayard, 2005). L’ouvrage est (sans surprise) disponible gratuitement sur son blog.

    En dehors de la sphère d’Internet, Philippe Aigrain était aussi un fervent défenseur de la cause des migrants. Il a été l’un des initiateurs de la campagne « J’accueille l’étranger », qui propose de rendre visible la cause des exilés par le port d’un badge.

    #Philippe_Aigrain

  • Nouveaux témoignages accablants pour Patek Philippe
    https://www.letemps.ch/economie/nouveaux-temoignages-accablants-patek-philippe

    Le décor n’a pas changé : une salle de la permanence d’Unia à Genève. Sauf que cette fois, aucun témoin direct n’est là pour décrire le climat de travail jugé « toxique » chez Patek Philippe. « La plupart des personnes qui nous ont contactés suite à la conférence de presse du 8 juin travaillent encore dans l’entreprise. Elles ont peur pour leur emploi et ne sont pas en mesure de parler pendant les heures de travail », indique aux médias présents Alexis Patiño, secrétaire syndical chargé de l’horlogerie chez Unia Genève.


    Début juin, six personnes avaient raconté aux journalistes, sous couvert de l’anonymat, les situations de harcèlement, de mobbing et de discrimination qu’elles estimaient avoir subies en travaillant pour la prestigieuse marque horlogère. Certaines d’entre elles avaient aussi fait part de leur incompréhension : en faisant remonter des possibles dysfonctionnements, elles s’étaient retrouvées elles-mêmes fragilisées au sein de l’organisation.

    Pressions, racisme et sexisme
    « Nous pensions que ces problèmes concernaient surtout un ou deux secteurs, signale Alexis Patiño. Le nombre de réactions que notre première intervention a suscitées nous a réellement surpris. Elle montre que le problème est plus grave que nous ne le croyions. » Le syndicat dit avoir reçu une cinquantaine de témoignages. Il en a retenu une quarantaine et en a transmis 17 à l’Office cantonal genevois de l’inspection et des relations du travail (OCIRT)

    Alerté par des employés, l’office est déjà intervenu une première fois en début d’année. Pointant des risques « psychosociaux » dans une division, il a demandé à la direction de la manufacture une mise en conformité. Le droit du travail impose en effet à l’employeur de veiller à la santé et à l’intégrité de ses employés. Chez Patek Philippe, ils sont quelque 1600, sur le site de Plan-les Ouates.

    Que se passe-t-il dans les ateliers et les bureaux de l’horloger ? Pressions, remarques sexistes ou dévalorisantes, harcèlement, propos racistes… Le spectre des critiques est large. Leur dénominateur commun paraît être une grande souffrance ressentie par une partie de son personnel. Il en résulte des démissions, des licenciements et des arrêts maladie prolongés. Comme il l’avait fait en juin, Unia insiste sur la passivité dont la direction semble faire preuve dans le traitement de ces dysfonctionnements.

    Sollicitée par Le Temps, l’entreprise a également envoyé une prise de position en début de soirée. Tout en se montrant « surprise » par ces nouvelles révélations, elle dit regretter « toute atteinte à la personnalité qui a pu se produire dans son entreprise et présente ses excuses aux personnes qui ont pu souffrir de comportements inadéquats ». Patek Philippe assure par ailleurs que tout sera mis en oeuvre pour comprendre pourquoi ses outils de prévention n’ont pas permis d’identifier les problèmes signalés. 

    Confiance rompue
    Mandatés par certains employés, Unia a désormais qualité de partie dans la procédure, ce qui implique qu’il pourra consulter le dossier monté par l’OCIRT. Alexis Patiño ne cache pas trouver ce dernier un peu « frileux », surtout parce que les personnes chargées de prendre des mesures sont celles en qui les employés n’ont plus confiance. « Peut-être faudrait-il un audit externe comme cela a été le cas par exemple à la RTS », ajoute le syndicaliste. Celui-ci dit ne pas forcément vouloir que des têtes tombent au sein de l’entreprise, mais surtout voir la situation réglée. 

    Le service cantonal est lié par le secret de fonction et ne peut s’exprimer sur cette affaire, a-t-il indiqué au Temps. Il a pour mission d’identifier pourquoi une situation a créé de la souffrance au travail et d’aider à mettre en place le dispositif adéquat pour résoudre le problème. « C’est à l’entreprise d’identifier les facteurs qui ont amené à une situation conflictuelle, mais nous posons des jalons de l’analyse à faire et fixons ensuite les mesures à mettre en place », souligne Christina Stoll, directrice générale de l’office.

    Les décisions managériales sont en revanche de la compétence de l’employeur. « Nous, nous fixons des délais pour mettre en œuvre les mesures et nous contrôlons que cela soit fait », ajoute la responsable. Dans son communiqué, Patek Philippe dit « procéder actuellement à des travaux d’analyse des risques psychosociaux avec la collaboration de la commission du personnel et l’aide d’une société spécialisée externe ». 

    A ce stade, aucune nouvelle action en justice n’est entreprise, même si de telles options ne sont pas exclues, certaines personnes ayant vu leur licenciement suspendu à la suite d’un arrêt maladie. Pour mémoire, le tribunal des prud’hommes a été saisi pour deux licenciements opérés par l’horloger genevois. Une première séance en conciliation vient d’échouer.

    Le #management par la #terreur et le #harcèlement c’est aussi dans le #luxe
     #sexisme #travail #suisse #violence #domination #pouvoir#Surveillance #violence #dévalorisation #racisme #Philippe_Patek

  • Philippe Aigrain, 15 juillet 1949 - 11 juillet 2021
    https://www.nextinpact.com/lebrief/47736/philippe-aigrain-15-juillet-1949

    « Philippe avait été mon inspiration pour mes recherches sur les brevets sur les logiciels lorsque j’étais étudiant. Plus tard nous avons co-fondé La Quadrature du Net ensemble. En plus d’un être incroyablement généreux et sensible, d’un formidable ami, Philippe était un brillant penseur, philosophe, écrivain, programmeur, stratège, poète... Quelle perte pour le monde... :(((( » réagit Jérémie Zimmerman, sur Twitter.

    Pour Sophian Fanen, Auteur de « Boulevard du stream : du MP3 à Deezer, la musique libérée », « Philippe Aigrain a été un acteur majeur des débats sur la propriété intellectuelle à l’époque du MP3 et des premières lois internet (Dadvsi, Hadopi), puis un moteur des débats sur une contribution créative et les échanges hors marché. Un homme passionnant ».

    Autre réaction, celle de Lionel Morel, juriste et bibliothécaire, auteur du blog S.I.Lex : « Un grand monsieur nous quitte, défenseur inlassable des libertés, des communs culturels, du domaine public et du partage à l’heure du numérique ».

    Patrick Bloche, l’un des mousquetaires de la bataille Hadopi a salué « un militant infatigable des Biens Communs, qui a si fortement inspiré la poignée de parlementaires investis sur les enjeux d’Internet à la fin des années 1990 ».

    Pour Martine Billard, « Philippe a énormément apporté à la réflexion sur le numérique J’ai en mémoire notre coopération alors que j’étais députée ».

    Philippe Aigrain, chercheur, romancier, poète, libriste... et cofondateur de la Quadrature du Net s’en est donc allé ce week-end. Il présidait depuis une maison d’édition, Publie.net. Il a notamment été, entre 2014 et 2015, membre de la commission parlementaire de réflexion et de propositions sur le droit et les libertés à l’âge numérique.

    Il fut l’auteur de plusieurs ouvrages de référence, dont Sharing en 2012 et Internet & Création quatre ans plus tôt. Il avait notamment proposé la contribution créative à l’époque des débats Hadopi. Une solution qui, dans sa rédaction mise sur la table, aurait permis « d’expérimenter les bénéfices de la libération des échanges en termes de diversité culturelle et de rémunération de la création et des acteurs à valeur ajoutée qui y contribuent », indiquait-il dans les colonnes de Libération, sous la plume d’Astrid Girardeau.

    #Philippe_Aigrain

  • affordance.info : Faut-il se désabonner des morts ?
    https://www.affordance.info/mon_weblog/2021/07/se-desabonner-des-morts.html
    https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0282e11026d8200b-600wi

    Par Olivier Ertzscheid

    13 juil 2021
    Faut-il se désabonner des morts ?

    [Pour Philippe Aigrain]

    Nos vies numériques sont aussi tissées de fils soudainement coupés. D’amis, de connaissances, et de ceux-là de nos hérauts que nous suivions sans les connaître vraiment, et qui soudainement ont la mauvaise idée d’aller jacter avec la camarde.

    Axel Kahn fit récemment le récit digne de sa mort à venir, de son inéluctable. Il disait « L’humus de mon corps, quand il sera putréfié, permettra de participer, peut-être, dans la terre, à l’éclosion d’une marguerite. Et l’idée qu’il y ait un peu de molécules d’Axel Kahn dans une pâquerette, cela me réjouit. »

    Faut-il se désabonner des morts ?

    Cette fois c’est Philippe Aigrain qui nous quitte, d’un accident de montagne. Je le connaissais peu. Et l’admirais beaucoup. Si sa disparition me touche autant c’est qu’à chaque rencontre, à chaque échange, il n’était que gentillesse, discrétion, et convictions remarquables et remarquablement défendues.

    Je l’avais croisé pour la dernière fois dans la cave de chez C&F Editions. Il y a des gens, et ils sont rares, avec qui tu sais que tu ne pourras qu’être d’accord, précisément parce qu’ils ont une certaine vibration, une musique, un accord, et que cet accord se dégage de l’ensemble de ce qu’ils sont et de ce qu’ils font. Du peu que j’en ai vu, il me semble que Philippe Aigrain était de ceux-là. Il avait cet accord, celui qui engage nécessairement le vôtre.

    1200px-Philippe_Aigrain_-_Journée_du_domaine_public_2012

    Faut-il se désabonner des morts ?

    Il y a longtemps c’est un autre modèle devenu copain des réseaux, Jean Véronis, qui filait à l’anglaise. Et puis la copine collègue Louise Merzeau aussi. Deux espiègles chacun à leur façon. Et maintenant Philippe Aigrain. Les traces qu’ils laissent.

    Faut-il se désabonner des morts ?

    Il y a aussi ces étudiantes et ces étudiants, en presque 20 ans on en croise des vies, on en voit aussi hélas qui se terminent bien trop tôt.

    Faut-il se désabonner des morts ?

    Ceux qu’on déteste aussi, et ceux que l’on combat. Il ne faut pas souhaiter la mort des gens. Même de ceux-là.

    Faut-il se désabonner des morts ?

    Chaque réseau social sa mémoire, son rappel, ses rites, ses mémoires. Les anniversaires Facebook de ceux qui ne sont plus, ce rappel incongru qui tape au coeur qui tachycarde à l’inattendu. Faut-il se désabonner des morts ? Les mentions Twitter de comptes qui se sont tus, qui rappellent qu’ils existaient et que nous les suivons toujours. Faut-il se désabonner des morts ? Les blogs aussi dont certains avaient choisi d’y tenir le récit de leur vie maladie. Le récit mal à dire. L’impudeur de ces récits de fin de vie, ou de ces thérapies à ciel ouvert et lourd et tant d’issues incertaines, cette impudeur transpire la pudeur refusée et déniée à ces corps auscultés, perforés, amputés dans la tranchée de la maladie qui nous fait parfois si mal à lire et peut-être à elles et eux, certainement même, qui est leur mal en dit.

    Faut-il se désabonner des morts ?

    Philippe Aigrain, en son accord, était aussi un poète. J’aime beaucoup sa série « Fissures », dont le 20ème poème commence ainsi :

    « la terre assoiffée rétractant sa croûte révèle un pavage secret d’hexagones cabossés »

    #Philippe_Aigrain

  • Mort de Philippe Aigrain, figure historique de la lutte pour les « communs » - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/130721/mort-de-philippe-aigrain-figure-historique-de-la-lutte-pour-les-communs

    Pionnier de la lutte pour les libertés numériques, cofondateur de La Quadrature du Net, penseur et écrivain respecté, Philippe Aigrain a été l’un des principaux promoteurs de la notion de « biens communs ».

    Le monde de l’« hacktivisme » était en deuil, lundi 12 juillet, après l’annonce de la mort, la veille dans un accident de montagne, de Philippe Aigrain, intellectuel et l’une des figures tutélaires de la défense des libertés numériques en France.

    Né le 15 juillet 1949, Philippe Aigrain s’était engagé dès la fin des années 1970 dans le mouvement des radios libres, notamment en participant à Interférences, une revue de réflexion critique sur les technologies ayant eu une influence importante sur de nombreux militants.

    Titulaire d’un doctorat en informatique obtenu à l’université Paris-VII-Diderot, il était devenu, en 1986, directeur de recherche à l’Institut de recherche en informatique de Toulouse (IRIT), avant de rejoindre, en 1996, un programme de recherche sur les technologies de l’information de la Commission européenne.

    Quelques autres photos de Philippe, que j’ai prises entre 2009 (lors de son 60ème anniversaire) et 2011. Sentez-vous libres de les réutiliser comme bon vous semble, pas d’attribution nécessaire.

    =~((
    pic.twitter.com/5O1SDA7AqL
    — Jérémie Zimmermann 💗 🎶 🧀 (@jerezim)
    July 12, 2021

    Durant sept années, Philippe Aigrain s’est battu au sein des institutions européennes pour la mise en place de programme de soutien du logiciel libre. Il est également devenu l’un des principaux défenseurs des « biens communs », une notion qu’il définit dans une tribune publiée le 25 août 2003 dans Libération.

    « Informatique, télécommunications puis biotechnologies ont précipité notre monde depuis trente ans dans deux mouvements contradictoires », y explique-t-il. « L’un vers la concentration de valeur, de pouvoir et d’influence à travers la capitalisation de l’information et de sa manipulation. L’autre vers la production coopérative de nouveaux biens communs informationnels et leur usage social. »

    Ce mouvement des « biens communs », poursuivait Philippe Aigrain, « nous donne les logiciels et les publications scientifiques libres, la coopération scientifique ouverte à l’échelle mondiale, de nouvelles coalitions militantes thématiques mondiales (environnement, développement, commerce équitable, altermondialistes), les médias coopératifs, de nouvelles formes artistiques ».

    Il concluait en appelant à la création d’une « coalition pour les droits communs » au niveau européen qui pourrait « rassembler non seulement l’essentiel de la gauche et des écologistes, mais des courants non négligeables des libéraux politiques et la partie des républicains et des sociaux-chrétiens à qui la nouvelle droite néo-conservatrice fait horreur ».

    Philipe Aigrain avait par la suite développé ses réflexions et ses propositions dans un livre, Cause commune, l’information entre bien commun et propriété (Fayard, 2005), disponible, conformément à ses convictions, en téléchargement gratuit sur son site sous contrat Creative commons.

    Il fait également partie du groupe de militants à l’origine de la création, en 2008, de La Quadrature du Net, la principale association de défense des libertés numériques qui s’illustre dans son combat contre le projet de loi de lutte contre le téléchargement instaurant la loi Hadopi, alors en cours de discussion.

    Impliqué dans la plupart des grands débats politiques sur le numérique, il avait notamment été membre, en 2015, de la Commission de réflexion sur le droit et les libertés à l’âge du numérique mise en place à l’Assemblée par les députés Christian Paul et Christiane Féral-Schuhl.

    « Philippe nous a montré par l’exemple qu’on peut conjuguer un regard lucide sur le monde et une grande exigence dans la réflexion et l’engagement politique, sans pour autant se départir ni du soin de soi et des autres, ni de la joie et de la bonne humeur », a réagi, sur Twitter, Félix Tréguer, un des membres fondateurs de La Quadrature du Net.

    « Philippe avait été mon inspiration pour mes recherches sur les brevets sur les logiciels lorsque j’étais étudiant », a de son côté écrit sur Twitter Jérémie Zimmermann, un des autres cofondateurs de La Quadrature du Net. Il « était un ardent défenseur du Logiciel libre, qu’il vivait et pensait comme un indispensable humanisme. Il aimait les Humains et l’Humanité toute entière ! Il jouait des arts, jouissait de connaissance, se remplissait de partage ».

    Philippe Aigrain avait en effet de multiples activités, en plus de son engagement pour les communs et les libertés numériques. En 2017, il avait ainsi été à l’origine, avec l’écrivaine Marie Cosnay, de la campagne « J’accueille l’étranger » appelant les citoyens à afficher leur soutien aux migrants par le port d’un badge.

    Amoureux de littérature et de poésie, Philippe Aigrin était également le cofondateur du site littéraire Nonfiction et présidait la société d’édition littéraire Publie.net qui a annoncé son décès lundi matin. Il était enfin un passionné de nature et de randonnées.

    Philippe et l’initiative J’accueille l’étranger. 2017.
    pic.twitter.com/XuEzxdMHbG
    — Louise Moulin (@LouiseLibre)
    July 12, 2021

    #Philippe_Aigrain

  • Philippe Aigrain, le sens du commun – Libération
    https://www.liberation.fr/societe/philippe-aigrain-le-sens-du-commun-20210712_WSLMCXM33BFAVFHZVGUTAT6LAE
    https://www.liberation.fr/resizer/WdJlToNjUGzjs9lQhQC9z2x9vUI=/1200x630/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/liberation/5ZDN3X4P4ZAFZJJSHRZCPZUTBM.jpg

    Le cofondateur de l’association la Quadrature du Net, infatigable promoteur du partage culturel et des « biens communs » numériques, est décédé dimanche, à l’âge de 71 ans.

    par Amaelle Guiton
    publié le 12 juillet 2021 à 22h07

    Pour celles et ceux qui l’ont croisé ou côtoyé, il fut un regard pétillant, une générosité palpable, une curiosité jamais démentie. Pour celles et ceux qui se sont plongés ces quinze ou vingt dernières années dans l’analyse des mutations sociales et culturelles provoquées par l’avènement d’Internet – et c’étaient en bonne partie les mêmes –, il incarnait une réflexion féconde, que pourraient résumer les titres de deux de ses ouvrages : Cause commune et Sharing (« partage »). Infatigable militant du partage de la culture, penseur des « biens communs » numériques, cofondateur de l’association de défense des libertés La Quadrature du Net, Philippe Aigrain, 71 ans, est décédé dimanche. C’est la maison d’édition Publie.net, dont il présidait la société éditrice, qui l’a annoncé ce lundi sur Twitter.

    Nous avons eu la tristesse d’apprendre le décès hier de Philippe Aigrain en montagne. Penseur des communs, chercheur, poète et romancier, il dirigeait la maison d’édition depuis 2016. Nous sommes bouleversés. Nos pensées à Mireille, sa compagne, ses filles et ses petits-enfants. pic.twitter.com/jDFDSbqH5r
    — publienet (@publienet) July 12, 2021

    « C’est lui qui a importé en France la pensée des “communs„ », ces ressources qui ne relèvent ni de l’Etat ni de la propriété individuelle exclusive, souligne la chercheuse Valérie Peugeot, qui a rencontré Philippe Aigrain pour la première fois en 2003 à l’occasion d’une journée de débats organisée par le réseau associatif I3C (Internet créatif, coopératif et citoyen). Ce docteur en informatique, passé par l’université de Berkeley en Californie et par l’Institut de recherche en informatique de Toulouse, vient alors de quitter le programme de recherche de la Commission européenne dédié aux technologies de l’information, où il a travaillé sept ans, et s’apprête à créer sa propre entreprise de développement de logiciels libres. Il va devenir au cours des années suivantes l’un des principaux acteurs des débats, ô combien vifs, sur la propriété intellectuelle à l’ère numérique, alors que les industries culturelles et les sociétés de gestion des droits d’auteur sont vent debout, à l’époque, contre la massification de la circulation des fichiers musicaux mp3…

    « Contribution créative »

    C’est Philippe Aigrain qui, en 2008, développe l’idée d’une « contribution créative », soit un financement mutualisé, par les internautes, de la création culturelle, qui permettrait de légaliser le partage d’œuvres en ligne : « un vrai système de redistribution permettant de sortir de l’alternative entre le piratage et le renforcement systématique de la propriété intellectuelle », résume Valérie Peugeot. La « contribution créative » ne verra pas le jour, mais cette réflexion marquera durablement une génération de militants des libertés sur Internet. Lesquels ont été aussi nourris de ses analyses et travaux sur les biens communs numériques, des logiciels libres à l’encyclopédie en ligne Wikipédia, en passant par les licences Creative Commons et l’accès ouvert aux travaux de la recherche publique.

    L’homme était aussi poète, éditeur – depuis 2016, il dirigeait les éditions Publie.net, créées huit ans plus tôt par l’écrivain François Bon – et militant. Il avait ferraillé en 2006 contre la loi Dadvsi (droit d’auteur et droits voisins dans la société de l’information), trois ans plus tard contre la loi Hadopi, plus récemment contre la loi renseignement de 2015, la création l’année suivante du « mégafichier » TES (titres électroniques sécurisés)… « J’admirais sa faculté d’indignation inébranlable face aux désordres du monde et en même temps la rigueur de ses analyses, la manière dont il savait mettre à distance certains réflexes militants pour appréhender une situation dans toute sa complexité », écrit à Libé Félix Tréguer, chercheur associé au Centre internet et société du CNRS, qui a rejoint la Quadrature du Net en 2009, peu de temps avant que l’association « sabre le champagne » après la censure d’une bonne partie de la loi Hadopi par le Conseil constitutionnel.

    « Un éternel émerveillé »

    « Sa curiosité, sa capacité à conjuguer les savoirs » lui permettaient « de naviguer entre des communautés militantes, intellectuelles, artistiques [et] entre les pays », poursuit Félix Tréguer, qui loue aussi la capacité de ce père de deux filles et quatre fois grand-père à ne jamais « se départir du soin de soi et des autres ». Sur Twitter, Jérémie Zimmermann, cofondateur et ex-porte-parole de l’association, salue « un éternel émerveillé, un amoureux de tout », à la « passion contagieuse ». Qui aura eu « le mérite, en permanence, d’incarner ses idées », souligne Valérie Peugeot. Et qui aura nourri les réflexions et les pratiques des amoureux d’un Internet libre et coopératif, dessinant, malgré les désillusions, d’autres possibles.
    Cause commune. L’information entre bien commun et propriété, Fayard, 2005 ; Sharing. Culture and the Economy in the Internet Age (« Partage. La culture et l’économie à l’âge d’Internet), Amsterdam University Press, 2012.

    #Philippe_Aigrain

  • Décès de Philippe Aigrain : une grande perte pour les libertés numériques

    Philippe Aigrain est inclassable. Randonneur émérite, il aimait tant arpenter les chemins des Pyrénées qu’il en avait fait son twitname (@balaitous). Pourtant une chute lors d’une sortie en montagne vient de lui être fatale. Une grande tristesse pour toutes celles et ceux qui l’ont croisé et accompagné dans ses multiples projets. Avec les quelques mots qui suivent, je voudrais adresser toute mon amitié à Mireille qui l’accompagnait depuis si longtemps, en souvenir d’une belle ballade tous les trois autour de leur maison.

    Philippe a été un inlassable défenseur des logiciels libres quand il œuvrait dans les bureaux de la Commission européenne. Partant ce ce mouvement, il a découvert très tôt l’enjeu des communs, notamment des communs numériques et de la connaissance. Avec son ouvrage Cause commune, l’information entre bien commun et propriété, il fut le premier à ré-introduire en France la notion de communs en relation avec le nouveau statut de la connaissance à l’ère des réseaux numériques. Un projet sans cesse à remettre sur le chantier, comme par exemple aujourd’hui autour de la question des brevets sur les vaccins contre le Covid.

    Je me souviens de la préparation de la conférence et du livre Pouvoir savoir, Le développement face aux biens communs de l’information et à la propriété intellectuelle , en 2005, sur la relation entre la connaissance et le développement. Alors qu’à la suite des débats de l’époque j’étais principalement focalisé sur le côté négatif, sur le poids que les extrémistes de la propriété intellectuelle faisaient peser sur le développement, Philippe a longuement insisté sur la nécessité de parler des biens communs comme de l’alternative adaptée à cette question. Il avait totalement raison.


    (Philippe Aigrain lors de la rencontre internationale des communs. Berlin, 2010.)

    Inlassable défenseur des libertés, Philippe a très tôt compris le risque que le numérique faisait peser sur les libertés individuelles. En créant en 2008 La Quadrature du Net avec Benjamin Sonntag et Jérémie Zimmermann, il a lancé un grand mouvement d’opinion et de plaidoyer. Les évolutions ultérieure de la technopolice partout dans le monde ont validé très largement son intuition. Les techniques de traçage et leur usage tant par les entreprises privées du numérique que par les États et les autres collectivités se renforcent chaque jour. Et c’est bien par une action juridique et politique déterminée que l’on pourra éviter la mise en place d’un nouveau régime de gouvernement appuyé sur une connaissance des activités et des affects de chaque individu.

    Mais Philippe Aigrain ne saurait se résumer à cet aspect de militant du numérique. Il est aussi un poète, tant par ses oeuvres que par l’appui qu’il a essayé de porter constamment à la poésie vivante. En 2014, il a repris le flambeau de Publie.net , la maison d’édition créée par François Bon. Il a ainsi participé à construire une indispensable maison d’édition de poésie et de littérature contemporaine française, présentant un modèle hybride de livres imprimé et numériques.

    Philippe, tes intuitions, tes saines colères, ta détermination et la clarté de tes positions vont nous manquer.

    #Philippe_Aigrain #Libertés_numériques #Communs #Tristesse

  • #CNews, première chaîne d’#intox de France… avec le soutien de l’Élysée

    La semaine dernière, CNews a pour la première fois dépassé #BFMTV en audience. Récompense suprême pour la chaîne qui propage des #fake_news sur des #controverses montées de toutes pièces : documentaire censuré à Orléans, #écriture_inclusive imposée à l’école, #Blanche-Neige victime de la “#cancel_culture”… Plus courageux encore, #Pascal_Praud désigne à la vindicte de la #fachosphère des responsables de services publics. Une action civique qui vaut à l’animateur d’être chouchouté par l’Élysée.

    « Merci à vous tous, chers téléspectateurs, salue #Sonia_Mabrouk mardi dernier. Vous avez placé hier CNews leader des chaînes d’information de France. » Devant BFMTV, et sans que cette dernière perde de part d’audience. La chaîne de #Bolloré a donc su attirer un nouveau public. « C’est une confiance qui nous honore, merci encore. » Une confiance de laquelle Sonia Mabrouk sait se rendre digne. « La guerre contre l’écriture inclusive menée par #Jean-Michel_Blanquer qui veut l’interdire à l’école, annonce-t-elle au sommaire de Midi news. L’écriture inclusive, une attaque contre notre langue et derrière, une idéologie. » Rappelons que Sonia Mabrouk, elle, est dépourvue d’idéologie. « Et puis nous parlerons de tags anti-police et donc anti-France d’une violence inouïe. » Ils ont causé des dizaines de blessés parmi les forces de l’ordre.

    « J’ai remercié les téléspectateurs qui ont placé hier CNews comme la chaîne leader des chaînes d’information, rappelle Sonia Mabrouk après le journal. Je remercie également les invités. De tous bords, c’est très important, chaque jour il y a la diversité des sujets et surtout des tendances. » De la droite extrême à l’extrême droite en passant par la gauche d’extrême droite, comme nous allons le vérifier. « Le ministre de l’Éducation a dit : Ça suffit ! Stop l’écriture inclusive à l’école !, relaie la présentatrice. — Il faut savoir l’enfer qu’on vit dans beaucoup de collectivités, gémit #Rudolph_Granier conseiller LR de Paris. À Grenoble, ils ont décidé de la rendre obligatoire dans les délibérations, c’est déjà le cas à la mairie de Paris. » Il faudrait mettre en place une cellule de soutien psychologique pour Rudolph Granier et ses collègues. « Moi, je pense aux personnes qui sont dyslexiques, qui sont aveugles. » Les aveugles ? Ils n’ont pas grand-chose à voir dans cette histoire.

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    « Ça concerne les universités, Sciences Po, l’EHESS, Normale Sup, énumère Élisabeth Lévy. La triade des sciences humaines s’adonne à ça. Et si des profs ne mettent pas leurs demandes de financement en écriture inclusive, ils ont toutes les chances de se faire retoquer. » Information inventée de source sûre. « On est encore l’otage de groupuscules. » Terroristes. Le seul invité de tous bords de gauche prend la parole. « Autant je suis pour qu’on dise “madame la ministre”, revendique #Philippe_Doucet, du PS, mais je suis contre cette histoire d’écriture inclusive. » Ouf, les « socialistes » ne cèdent pas à la pression des preneurs d’otages. « Mais pourquoi le ministre de l’Éducation fait cela ? » s’auto-interroge Sonia Mabrouk pour mieux s’auto-répondre : « L’écriture inclusive et la théorie du #genre ont pris le dessus par exemple au #CNRS, c’est ce que vise le ministre. » Philippe Doucet fait assaut de bonne volonté : « Je suis contre la #culture_woke et pour la République. » Rappelons que l’écriture inclusive menace la République, ses partisans étant notoirement friands de dictature militaire.

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    Sonia Mabrouk psalmodie : « Écriture inclusive, #femellisme, disent certains, mais aussi discours décoloniaux… » Sans oublier l’#islamo-gauchisme racialiste. « Il y a des militants, il faut les appeler ainsi, qui pensent tordre le cou au réel et changer la cité en corrigeant les #mots. » Rappelons que Sonia Mabrouk, elle, n’est pas militante. « Ces révolutionnaires de salon me font sourire, commente #Ludovic_Mendes, de LREM. Quand on dit à un gamin de CP qui a des difficultés parce qu’il est en apprentissage de la lecture qu’on va lui rajouter l’écriture inclusive… » Information fantasmée de source sûre : partout en France, les élèves de CP sont contraints par les professeurs des écoles d’apprendre l’écriture inclusive.

    Sonia Mabrouk résume : « En gros, vous êtes tous d’accord. » Magie de la « diversité des tendances » des « invités de tous bords ». « L’écriture inclusive, vous dites : absurdité et non-sens linguistique. Mais je voudrais vous pousser plus loin. » Un peu plus à droite, si c’est possible. Élisabeth Lévy ne se fait pas prier. « La question, c’est : de quelle minorité sommes-nous otages ? Y compris chez les socialistes, chez les Verts, dans toute l’extrême gauche 3décolonialo-indigéno-je-ne-sais-quoi. On est #otages de gens qui représentent des #groupuscules. — Oui mais parfois les #minorités font l’histoire, alerte Sonia Mabrouk. Quand vous êtes à des postes très élevés, ça peut ruisseler. — Ça peut infuser », confirme Philippe Doucet. C’est d’autant plus dangereux que, selon Élisabeth Lévy, « le combat de la place des femmes dans la société, il est gagné ». L’emploi de l’écriture inclusive conduirait tout droit à une #dictature_féminazie.

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    « Avant de parler de beaucoup d’informations sur la violence qui règne dans nos villes, annonce Pascal Praud la veille au soir, l’écriture inclusive. Vous savez qu’on essaye de mener modestement ce débat. » Cette #croisade. « Dans une interview au JDD, Jean-Michel Blanquer a rappelé l’existence de la circulaire d’Édouard Philippe qui en 2017 interdisait l’usage administratif de l’écriture dite “#épicène”. » Épicène, vraiment ? L’adjectif désigne un mot qui s’écrit au masculin comme au féminin. Blanquer va donc interdire l’emploi du mot « élève », un comble pour un ministre de l’Éducation… Mais puisque c’est une information vérifiée par Pascal Praud… « Et il demande que l’écriture inclusive ne soit pas utilisée à l’école. J’ai envie de dire : Enfin ! Enfin, il se réveille ! » Il a dû regarder CNews, où Pascal Praud mène un combat quotidien contre l’écriture inclusive.

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    L’animateur relaie scrupuleusement les arguments du ministre : « Mettre des points au milieu des mots est un barrage à la transmission de notre langue pour tous, par exemple pour les élèves dyslexiques. » En revanche, apprendre à écrire « du cidre et des crêpes bretons » est une facilité pour les élèves dyslexiques. « Je rappelle que la mairie de Paris fait ses communiqués en écriture inclusive. Je rappelle que le site de France 2 est en écriture inclusive. — L’université est en écriture inclusive, chouine #Ivan_Rioufol. — L’université, quand t’écris pas ta thèse en écriture inclusive, t’es mis dehors ! » Information inventée de source sûre.

    « Vous êtes injuste, proteste toutefois Ivan Rioufol, il me semble avoir entendu Blanquer le dire plusieurs fois. — Y a que nous qui le disons ! À l’université, c’est un scandale ! Tu peux prendre des sanctions, quand même ! » Condamner les profs à des peines de prison. « Pourquoi le président de la République n’a rien dit sur ce coup-là ?, s’étonne #Jean-Claude_Dassier — Il dit rien, le ministre de la Culture non plus… Tous les thèmes qui fâchent, de toute façon ! » À peine s’ils dénoncent l’islamo-gauchisme. « Je crois savoir que c’est assez marginal, tente l’avocate Sophie Obadia. — C’est pas du tout marginal à l’université, réplique Pascal Praud. — En #sciences_sociales, précise Ivan Rioufol. — C’est la terreur ! » Selon des témoignages fabriqués de source sûre.

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    Sophie Obadia se range à la diversité des tendances des invités de tous bords : « Que ce soit enseigné, malheureusement, oui. Mais les étudiants n’y parviennent pas. C’est d’une complexité effarante. — C’est moralement illisible, ajoute Ivan Rioufol. — Sur le plan cognitif, c’est improbable, insiste l’avocate. — Ça devrait être considéré comme nul et non avenu, tranche Jean-Claude Dassier. — Le féminin d’entraîneur, c’est quoi ?, demande Jean-Louis Burgat. — Entraîneuse, répond Jean-Claude Dassier. — Vous voyez, y a des choses qui sont impraticables. — Ce qui est très inquiétant, geint Ivan Rioufol, c’est de voir à quel point une #moutonnerie peut amener à un #conformisme. » Les participants à L’heure des pros, eux, sont aussi anticonformistes que Jean-Michel Blanquer. « En sciences sociales, dans les universités, si vous ne faites pas de thèse en écriture inclusive, vous n’êtes pas lu ou vous avez deux points. » Information fabulée de source sûre. Pascal Praud en ajoute une : « Y a des profs qui ne répondent pas aux mails des étudiants quand ils ne sont pas en écriture inclusive. — Et Mme Vidal ne dit rien, peste Jean-Claude Dassier. — C’est peut-être pas la priorité, tente Sophie Obadia. — Mais c’est la priorité !, rage Pascal Praud. — Ah ben si, c’est la priorité ! », appuie Ivan Rioufol.

    La priorité de mercredi est tout aussi anticonformiste. « Est-ce que dans Blanche-Neige, vous vous souvenez de la fameuse scène du baiser, quand le prince charmant se penche sur Blanche-Neige pour la réveiller ?, demande Sonia Mabrouk. Est-ce que vous y avez vu un baiser non consenti ? » #Olivier_Dartigolles réagit : « La polémique est ridicule » Tellement ridicule qu’elle a été montée de toutes pièces par la fachosphère et relayée par #FoxNews à partir d’un obscur blog qui faisait la promotion d’une nouvelle attraction de Disneyland. Mais, pour Sonia Mabrouk, « ça va loin. Parce que Disney se demande que faire de cette scène, est-ce qu’il ne faut pas la couper ». Information supputée de source sûre. « Évidemment on crie tout de suite à la cancel culture. » Sur CNews.

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    « Qu’est-ce que vous en pensez, #Laurent_Jacobelli ? — Je pense que c’est ridicule », répond le porte-parole du RN. Qui suggère illico la prochaine fake news susceptible de provoquer de passionnants débats ridicules : « En plus, dans le nom Blanche-Neige, il y a “blanche” donc on va nous demander de le changer. Est-ce qu’on doit ridiculiser le débat, l’amoindrir à ce niveau au point de chercher le mal partout ? » Sur CNews, oui, c’est même un credo. « Arrêtons avec cette #censure permanente. » Voyez comme les bobards des journalistes de CNews sont affreusement censurés. « La moindre image, le moindre mot donne lieu à un procès. » Sans parler des terribles remontrances du CSA.

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    « Mais jusqu’où on va aller ?, insiste Sonia Mabrouk Jusqu’où cet activisme peut aller pour effacer… parce qu’il y a de véritables pressions… » À son tour, la journaliste imagine une fake news susceptible de provoquer de passionnants débats ridicules : « Peut-être que la prochaine étape, c’est de dire que les sept nains, c’est un gang bang… » Et Bambi une victime du lobby de la chasse. « Faut-il voir derrière les tenants de l’idéologie intersectionnelle, de la cancel culture, etc. ? » Sur CNews, oui. « Ou est-ce que vous dites : on prête trop d’attention à ces minorités ? » Sur CNews, c’est certain. « Il y a un véritable engagement politique derrière cela. » De l’extrême gauche décolonialo-indigéno-je-ne-sais-quoi, a démontré Élisabeth Lévy.

    #Kevin_Bossuet, enseignant et coqueluche de la fachosphère, s’insurge, absence de preuves à l’appui : « On veut tout dénaturer, tout détruire, tout ce qui constitue le socle de notre identité et de notre civilisation. » Selon nos informations forgées de toutes pièces. « On pointe l’œuvre du #patriarcat partout, c’est profondément ridicule et dangereux. » Il faut sauver le patriarcat. « Le débat sur l’écriture inclusive, c’est exactement le même processus. » Effectivement : on monte en épingle une menace imaginaire pour pouvoir propager des idées réactionnaires. « Vous avez des manuels scolaires, des enseignants qui utilisent de l’écriture inclusive … » Information rêvée de source sûre. « On peut se poser des questions sur l’#idéologie de ces personnes. » En revanche, pas la peine de se poser des questions sur l’idéologie de toutes tendances des invités de tous bords de CNews.

    « On est en train de recréer la censure, se désespère Laurent Jacobelli, de restreindre la possibilité d’exprimer une opinion, on le voit sur les plateaux télé. » Surtout sur CNews. « Il faut arrêter qu’une toute petite minorité impose sa #dictature_intellectuelle à une grande majorité. » D’invités de CNews. L’avocat Carbon de Sèze conclut « C’est pas à des amateurs de révision des œuvres artistiques d’imposer les thèmes de discussion. » Non, c’est à des amateurs de révisionnisme de les imposer sur le fondement de fausses informations.

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    Le 30 avril, Pascal Praud impose un autre « débat » sur un nouveau scandale fantasmé, « l’#affaire_d’Orléans. L’histoire extravagante du programme financé par la mairie qui devait passer sur France 3 Centre-Val-de-Loire et qui finalement est censuré. — Oui, il est censuré », confirme #Serge_Grouard, maire LR d’Orléans et habitué de L’heure des pros. Le bandeau le clame, « France 3 censure un programme sur #Jeanne_d’Arc ». En réalité, comme l’a très bien raconté cet article d’Arrêt sur images, France 3 a renoncé à programmer un #documentaire sur les « #fêtes_johanniques » (qu’elle ne s’était jamais engagée à diffuser) quand elle s’est aperçue qu’il s’agissait d’un film promotionnel réalisé par la municipalité et commenté par la voix de #Charlotte_d’Ornellas, journaliste de Valeurs actuelles, figure de la fachosphère abonnée aux plateaux de CNews.

    Pascal Praud, comme Sonia Mabrouk, préfère « crier à la cancel culture » d’inspiration soviétique : « Qu’il y ait des petits commissaires du peuple dans le service public d’information et notamment à France 3 n’étonnera personne. Ça s’appelle des petits commissaires du peuple, insiste-t-il. Dans le service public, ce sont les rois. » L’animateur s’adonne alors à l’une de ses méthodes favorites : désigner le nom du coupable à la vindicte de centaines de milliers de téléspectateurs nourris de fausses informations.

    « On est en train d’essayer d’appeler M. Basier, il veut pas répondre. » Le lâche. « Jean-Jacques Basier, je vais donner son nom plusieurs fois. Jean-Jacques Basier, directeur régional de France 3 Centre-Val-de-Loire. » Son adresse et son numéro de téléphone, peut-être ? « C’est une police de la pensée, s’insurge Serge Grouard. — Ils ont des mentalités d’épurateurs, ajoute Ivan Rioufol. — Exactement, c’est les mêmes qui auraient tondu à la Libération. » Puisque Rioufol et Praud me tendent la perche du point Godwin, qu’il me soit permis de subodorer que ces Praud et Rioufol sont les mêmes qui auraient dénoncé des juifs sous l’Occupation. Quoiqu’il en soit, leur lynchage public a des effets dans la vie réelle : le directeur régional de France 3 est l’objet d’une campagne de #harcèlement sur les réseaux sociaux mais aussi sur sa propre messagerie vocale. Avec d’explicites #menaces_de_mort, rapporte un communiqué syndical.

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    Une autre affaire montre que ce goût pour la #délation peut avoir de graves conséquences sur les personnes désignées à la furie de la fachosphère.. Jeudi soir, l’émission À l’air libre, réalisée par Mediapart, reçoit #Anne-Laure_Amilhat_Szary, directrice à Grenoble du laboratoire Pacte du CNRS. Je conseille vivement de regarder son témoignage (en accès libre) pour prendre la mesure de la gravité des agissements de M. Pascal Praud. Ce dernier a mis en cause l’universitaire lors de l’affichage des noms de deux professeurs de Sciences Po Grenoble accusés d’islamophobie. Affichage que l’intéressée a toujours vigoureusement condamné. Affichage consécutif à une controverse entre un prof militant et une chercheuse de son laboratoire qu’Anne-Laure Amilhat-Szary a défendue dans un communiqué ensuite falsifié par #Klaus_Kinzler, le prof en question.

    Pascal Praud s’est empressé d’inviter ce professeur, qui déclare alors : « Un grand chercheur directeur de laboratoire de recherche se met en dehors de la science. Il ne comprend même pas, c’est une femme d’ailleurs, elle ne comprend même pas ce que c’est, la science. — Ce laboratoire, Pacte, avec cette dame…, rebondit Pascal Praud. Je vais citer son nom, Anne-Laure Amilhat-Sza… Szaa… Szary. » La délation est un métier. « Cette dame-là, c’est la directrice du laboratoire mais cette dame, c’est une militante. — C’est une militante. C’est des gens qui ne réfléchissent même pas. — Oui mais qui se croient tout permis et qui avancent avec le sentiment d’impunité. C’est très révélateur, on voit le #terrorisme_intellectuel qui existe dans l’université à travers leur exemple. »

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    Sur le plateau de Mediapart, Anne-Laure Amilhat-Szary raconte la suite. « La ministre de l’Enseignement supérieur dit que c’est insensé de livrer des noms d’enseignants-chercheurs à la vindicte des réseaux sociaux, or ça a été mon cas. J’ai fait l’objet d’une campagne diffamatoire avec menaces de mort nombreuses et répétées. » Au point de devoir porter plainte pour « #cyber-harcèlement et menaces de mort ». « Comment vous avez vécu tout ça ?, demande Mathieu Magnaudeix. — Mal. Et comme la preuve que l’intersectionnalité est une bonne grille d’analyse puisque j’ai fait l’objet d’insultes islamophobes, antisémites, sexistes, avec une critique de mon physique avec mon portrait transformé… Je vous laisse imaginer le pire. » Le pire sciemment provoqué par Pascal Praud.

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    « Je n’ai pas de protection judiciaire, regrette Anne-Laure Amilhat-Szary. Elle a été demandée et on n’en a plus jamais entendu parler. La ministre a défendu des personnes qui ont effectivement été mises en danger par des affichages criminels et moi, je me débrouille toute seule. » Comme se débrouillent toutes seules les journalistes #Morgan_Large et #Nadiya_Lazzouni, respectivement victimes d’#intimidations (dont un sabotage de voiture) et de menaces de mort, sans qu’elles obtiennent la #protection_policière demandée — et soutenues par de nombreuses organisations de journalistes.

    En revanche, Emmanuel Macron n’hésite pas à téléphoner à #Eric_Zemmour, quand il est agressé dans la rue, pour l’assurer de son soutien. De même, #Christine_Kelly, la faire-valoir de #Zemmour, est promptement reçue à l’Élysée quand elle reçoit des menaces de mort (évidemment inadmissibles, quoiqu’on pense de son travail).

    Quant à Pascal Praud… Non seulement ses délits de « mise en danger de la vie d’autrui par diffusion d’informations relatives à la vie privée, familiale ou professionnelle » (que le gouvernement se vante d’avoir inclus dans la loi Séparatisme) n’entraînent aucune poursuite, mais ils lui valent le soutien enamouré du pouvoir. Dans un article du Monde, Ariane Chemin raconte comment le journaliste de CNews est reçu avec les honneurs à Matignon, à la questure de l’Assemblée (où le reçoit le député Florian Bachelier, habitué de ses émissions) et même à l’Élysée. Emmanuel Macron et son conseiller #Bruno_Roger-Petit entretiennent des contacts réguliers avec Pascal Praud, allant jusqu’à lui livrer des infos en direct. Ariane Chemin explique que Bruno Roger-Petit, « le “M. Triangulation” de l’Élysée, scrute depuis longtemps CNews, qui relaie souvent les obsessions de l’extrême droite et a pour lui le même avantage que Valeurs actuelles : cliver l’opinion en deux camps sans laisser beaucoup de place à d’autres courants de pensée ».

    Ainsi, le pouvoir actuel, et jusqu’à son plus haut sommet, utilise et protège un délinquant d’extrême droite propagateur de fausses nouvelles. La campagne pour la présidentielle s’annonce terrifian… pardon, passionnante.

    https://www.telerama.fr/ecrans/cnews-premiere-chaine-dintox-de-france...-avec-le-soutien-de-lelysee-687576

    #infox

    –—

    ajouté au fil de discussion sur l’#affaire_de_Grenoble :
    https://seenthis.net/messages/905509

    ping @isskein @karine4

    signalé ici aussi :
    https://seenthis.net/messages/915057

  • « Pour un retour de l’#honneur de nos gouvernants » : 20 #généraux appellent Macron à défendre le #patriotisme

    (attention : toxique)

    À l’initiative de #Jean-Pierre_Fabre-Bernadac, officier de carrière et responsable du site Place Armes, une vingtaine de généraux, une centaine de hauts-gradés et plus d’un millier d’autres militaires ont signé un appel pour un retour de l’honneur et du #devoir au sein de la classe politique. Valeurs actuelles diffuse avec leur autorisation la lettre empreinte de conviction et d’engagement de ces hommes attachés à leur pays.

    Monsieur le Président,
    Mesdames, Messieurs du gouvernement,
    Mesdames, Messieurs les parlementaires,

    L’heure est grave, la #France est en #péril, plusieurs #dangers_mortels la menacent. Nous qui, même à la retraite, restons des soldats de France, ne pouvons, dans les circonstances actuelles, demeurer indifférents au sort de notre beau pays.

    Nos #drapeaux tricolores ne sont pas simplement un morceau d’étoffe, ils symbolisent la #tradition, à travers les âges, de ceux qui, quelles que soient leurs couleurs de peau ou leurs confessions, ont servi la France et ont donné leur vie pour elle. Sur ces drapeaux, nous trouvons en lettres d’or les mots « #Honneur_et_Patrie ». Or, notre honneur aujourd’hui tient dans la dénonciation du #délitement qui frappe notre #patrie.

    – Délitement qui, à travers un certain #antiracisme, s’affiche dans un seul but : créer sur notre sol un mal-être, voire une #haine entre les communautés. Aujourd’hui, certains parlent de #racialisme, d’#indigénisme et de #théories_décoloniales, mais à travers ces termes c’est la #guerre_raciale que veulent ces partisans haineux et fanatiques. Ils méprisent notre pays, ses traditions, sa #culture, et veulent le voir se dissoudre en lui arrachant son passé et son histoire. Ainsi s’en prennent-ils, par le biais de statues, à d’anciennes gloires militaires et civiles en analysant des propos vieux de plusieurs siècles.

    – Délitement qui, avec l’#islamisme et les #hordes_de_banlieue, entraîne le détachement de multiples parcelles de la nation pour les transformer en territoires soumis à des #dogmes contraires à notre #constitution. Or, chaque Français, quelle que soit sa croyance ou sa non-croyance, est partout chez lui dans l’Hexagone ; il ne peut et ne doit exister aucune ville, aucun quartier où les lois de la #République ne s’appliquent pas.

    – Délitement, car la haine prend le pas sur la #fraternité lors de manifestations où le pouvoir utilise les #forces_de_l’ordre comme agents supplétifs et boucs émissaires face à des Français en #gilets_jaunes exprimant leurs désespoirs. Ceci alors que des individus infiltrés et encagoulés saccagent des commerces et menacent ces mêmes forces de l’ordre. Pourtant, ces dernières ne font qu’appliquer les directives, parfois contradictoires, données par vous, gouvernants.

    Les #périls montent, la #violence s’accroît de jour en jour. Qui aurait prédit il y a dix ans qu’un professeur serait un jour décapité à la sortie de son collège ? Or, nous, serviteurs de la #Nation, qui avons toujours été prêts à mettre notre peau au bout de notre engagement – comme l’exigeait notre état militaire, ne pouvons être devant de tels agissements des spectateurs passifs.

    Aussi, ceux qui dirigent notre pays doivent impérativement trouver le courage nécessaire à l’#éradication de ces dangers. Pour cela, il suffit souvent d’appliquer sans faiblesse des lois qui existent déjà. N’oubliez pas que, comme nous, une grande majorité de nos concitoyens est excédée par vos louvoiements et vos #silences coupables.

    Comme le disait le #cardinal_Mercier, primat de Belgique : « Quand la #prudence est partout, le #courage n’est nulle part. » Alors, Mesdames, Messieurs, assez d’atermoiements, l’heure est grave, le travail est colossal ; ne perdez pas de temps et sachez que nous sommes disposés à soutenir les politiques qui prendront en considération la #sauvegarde_de_la_nation.

    Par contre, si rien n’est entrepris, le #laxisme continuera à se répandre inexorablement dans la société, provoquant au final une #explosion et l’intervention de nos camarades d’active dans une mission périlleuse de #protection de nos #valeurs_civilisationnelles et de sauvegarde de nos compatriotes sur le territoire national.

    On le voit, il n’est plus temps de tergiverser, sinon, demain la guerre civile mettra un terme à ce #chaos croissant, et les morts, dont vous porterez la #responsabilité, se compteront par milliers.

    Les généraux signataires :

    Général de Corps d’Armée (ER) Christian PIQUEMAL (Légion Étrangère), général de Corps d’Armée (2S) Gilles BARRIE (Infanterie), général de Division (2S) François GAUBERT ancien Gouverneur militaire de Lille, général de Division (2S) Emmanuel de RICHOUFFTZ (Infanterie), général de Division (2S) Michel JOSLIN DE NORAY (Troupes de Marine), général de Brigade (2S) André COUSTOU (Infanterie), général de Brigade (2S) Philippe DESROUSSEAUX de MEDRANO (Train), général de Brigade Aérienne (2S) Antoine MARTINEZ (Armée de l’air), général de Brigade Aérienne (2S) Daniel GROSMAIRE (Armée de l’air), général de Brigade (2S) Robert JEANNEROD (Cavalerie), général de Brigade (2S) Pierre Dominique AIGUEPERSE (Infanterie), général de Brigade (2S) Roland DUBOIS (Transmissions), général de Brigade (2S) Dominique DELAWARDE (Infanterie), général de Brigade (2S) Jean Claude GROLIER (Artillerie), général de Brigade (2S) Norbert de CACQUERAY (Direction Générale de l’Armement), général de Brigade (2S) Roger PRIGENT (ALAT), général de Brigade (2S) Alfred LEBRETON (CAT), médecin Général (2S) Guy DURAND (Service de Santé des Armées), contre-amiral (2S) Gérard BALASTRE (Marine Nationale).

    https://www.valeursactuelles.com/politique/pour-un-retour-de-lhonneur-de-nos-gouvernants-20-generaux-appellen

    La une :

    #appel #généraux #valeurs_actuelles #lettre #lettre_ouverte #armée #soldats

    ping @isskein @karine4

    • 2022 : « l’étrange défaite » qui vient

      Pour Marc Bloch, auteur de L’Étrange défaite, la cause de la débâcle de juin 1940 n’était pas seulement militaire mais d’abord politique. De la même façon, le désastre annoncé de printemps 2022 n’est pas seulement de nature électorale. La débâcle de la démocratie se construit depuis des mois par une sorte de capitulation rampante et générale face à l’extrême droite.

      « Un jour viendra, tôt ou tard, où la France verra de nouveau s’épanouir la liberté de pensée et de jugement. Alors les dossiers cachés s’ouvriront ; les brumes, qu’autour du plus atroce effondrement de notre histoire commencent, dès maintenant, à accumuler tantôt l’ignorance et tantôt la mauvaise foi, se lèveront peu à peu . »

      Ainsi s’ouvre L’Étrange défaite écrite par Marc Bloch au lendemain de la capitulation de l’armée française en juin 1940. « À qui la faute ? », se demande-t-il. Quels mécanismes politiques ont conduit à ce désastre et à l’effondrement d’une République ? Si les militaires, et surtout l’état-major, sont aux premières loges des accusés, nul n’échappe à l’implacable regard de l’historien : ni les classes dirigeantes qui ont « préféré Hitler au Front Populaire », ni la presse mensongère, ni le pacifisme munichois, ni la gauche qui n’a pas eu besoin de ses adversaires pour ensevelir ce Front populaire qui fit si peur aux bourgeois.

      Les « brumes », l’aveuglement et la soumission passive aux récits des futurs vainqueurs ont conduit inexorablement à une #capitulation_anticipée. Comment ne pas y reconnaître la logique des moments sombres que nous vivons sidérés.

      La banalisation de la menace factieuse

      Sidérés, nous le sommes à coup sûr quand il faut attendre six jours pour qu’une menace de sédition militaire (http://www.regards.fr/politique/societe/article/lettre-des-generaux-un-texte-seditieux-qui-menace-la-republique) signée le 21 avril 2021 par une vingtaine de généraux en retraite, mais aussi par de nombreux officiers, commence à faire un peu réagir.

      Sidérés, nous le sommes par la légèreté de la réponse gouvernementale. Un tweet de la ministre des Armées (https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/04/25/la-gauche-s-insurge-contre-une-tribune-de-militaires-dans-valeurs-actuelles-) ne parle que « d’#irresponsabilité » de « généraux en retraite ». Pour #Florence_Parly le soutien que leur apporte Marine Le Pen « reflète une méconnaissance grave de l’institution militaire, inquiétant pour quelqu’un qui veut devenir cheffe des armées ». N’y aurait-il à voir que de l’irresponsabilité militaire et de l’incompétence politique ?

      Il faut attendre le lundi 26 avril pour que Agnès Runacher secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances s’avise (https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/un-quarteron-de-generaux-en-charentaises-la-tribune-de-militaires-dans-v) que le texte a été publié jour pour jour 60 ans après l’appel des généraux d’Alger. En parlant de « quarteron de généraux en charentaises », elle semble considérer que la simple paraphrase d’une expression de l’allocution de De Gaulle, le 23 avril 1961 suffira à protéger la démocratie. Ce dernier, plus martial, en uniforme, parlait surtout de « putsch » et d’un « groupe d’officiers ambitieux et fanatiques ».

      Sidérés, nous le sommes par le #silence persistant, cinq jours après la publication du texte factieux, de l’essentiel les leaders de la droite, du centre, de la gauche et des écologistes.

      Sidérés, nous sommes encore de l’isolement de ceux qui appellent un chat un chat tels Éric Coquerel, Benoît Hamon ou Jean Luc Mélenchon. Ce dernier rappelle au passage que l’article 413-3 du code pénal prévoit cinq ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende pour provocation à la désobéissance des militaires.

      Sidérés, nous le sommes enfin, pendant une semaine, de la #banalisation de l’événement par des médias pourtant prompts à se saisir du buzz des « polémiques ». Le 25 avril (https://rmc.bfmtv.com/emission/tribunes-de-militaires-les-gens-n-ont-pas-confiance-dans-les-politiques-m), RMC/BFM, dans les Grandes Gueules, n’hésite pas à présenter l’appel sur fond de Marseillaise, à moquer « la gauche indignée » en citant Jean Luc Mélenchon et Éric Coquerel, et à débattre longuement avec l’initiateur du texte, Jean-Pierre Fabre-Bernadac. Jack Dion, ancien journaliste de L’Humanité (1970-2004), n’hésite pas à écrire (https://www.marianne.net/agora/les-signatures-de-marianne/malgre-ses-relents-putschistes-la-tribune-des-ex-generaux-met-le-doigt-la-) dans Marianne le 28 avril : « Malgré ses relents putschistes, la tribune des ex généraux met le doigt là où ça fait mal. » Il faut croire donc que cet appel factieux et menaçant ne fait pas polémique après l’appel à l’insurrection de Philippe de Villiers dont on oublie qu’il est le frère aîné d’un autre général ambitieux, Pierre de son prénom, chef d’état-major des armées de 2010 à 2017.

      Qui sont donc les ennemis que ces militaires appellent à combattre pour sauver « la Patrie » ? Qui sont les agents du « délitement de la France » ? Le premier ennemi désigné reprend mot pour mot les termes de l’appel des universitaires publié le 1 novembre 2020 sous le titre de « #Manifeste_des_100 » (https://manifestedes90.wixsite.com/monsite) : « un certain antiracisme » qui veut « la guerre raciale » au travers du « racialisme », « l’indigénisme » et les « théories décoloniales ». Le second ennemi est « l’islamisme et les hordes de banlieue » qui veulent soumettre des territoires « à des dogmes contraires à notre constitution ». Le troisième ennemi est constitué par « ces individus infiltrés et encagoulés saccagent des commerces et menacent ces mêmes forces de l’ordre » dont ils veulent faire des « boucs émissaires ».

      Chacune et chacun reconnaîtra facilement les islamo-gauchistes, les séparatistes et les black blocs, ces épouvantails stigmatisés, dénoncés, combattus par le pouvoir comme par une partie de l’opposition. Ce texte a au moins une vertu : il identifie clairement la nature fascisante des diatribes de Jean-Michel Blanquer, Gérald Darmanin ou Frédérique Vidal. Il renvoie à leur responsabilité celles et ceux qui gardent le silence, organisent le débat public autour de ces thématiques sur la scène médiatique, s’abstiennent à l’Assemblée sur des textes de loi à la logique islamophobe – quand ils ne votent pas pour –, signent des tribunes universitaires pour réclamer une police de la pensée. Il renvoie à ses responsabilités le Bureau national du Parti socialiste qui, dans sa résolution du 27 avril (https://partisocialiste92.fr/2021/04/27/resolution-du-bureau-national-a-la-suite-dune-tribune-de-militaire), persiste à affirmer « qu’il serait absurde de chercher à nier ces sujets qui nous font face » comme « ces #minorités_agissantes » qui prônent la « #désaffiliation_républicaine ».

      Baromètre incontesté des dérives intellectuelles, l’omniprésent #Michel_Onfray, aujourd’hui obsédé par la décadence de la France, ne partage-t-il pas le diagnostic des factieux ? Sa sentence du 27 avril dans la matinale d’Europe 1 (https://www.europe1.fr/societe/sur-le-terrorisme-la-parole-presidentielle-est-totalement-devaluee-estime-on), « l’intérêt de l’#islamo-gauchisme est de détruire la nation, la souveraineté nationale, la France, l’histoire de France, tout ce qui constitue la France », est immédiatement reprise par Valeurs actuelles (https://www.valeursactuelles.com/politique/pour-michel-onfray-linteret-de-lislamo-gauchisme-est-de-detruire-l). Quelques jours plus tôt, dans une envolée digne de Gérald Darmanin, il assénait au Point (https://www.lepoint.fr/debats/michel-onfray-on-a-un-seul-probleme-en-france-c-est-que-la-loi-n-est-pas-res) : « On a un seul problème en France, c’est que la loi n’est pas respectée ». Mais de quelle loi parle Michel Onfray quand il ajoute, à propos du verdict en appel du procès des jeunes de Viry-Châtillon : « Il y a des gens à qui on dit : […] peut-être que vous faites partie de ceux qui auraient pu tuer, mais la preuve n’est pas faite, on est pas sûr que c’est vous, allez, vous pouvez rentrer chez vous. L’affaire est terminée pour vous. » Pour Michel Onfray, le scandale n’est pas la mise en accusation délibérée d’innocents par une police en quête désespérée de coupables mais un principe de droit : la présomption d’innocence elle-même !

      La capitulation rampante

      Voilà où nous en sommes. Voilà pourquoi il est pour beaucoup si difficile de se scandaliser d’un appel factieux quand les ennemis désignés sont ceux-là même qui sont désignés à longueur d’antenne et de déclaration politique dans ce désastreux consensus « républicain » réunissant l’extrême droite, la droite et une partie de la gauche.

      Chacune et chacun y va de sa surenchère. #Anne_Hidalgo (https://www.nouvelobs.com/edito/20201125.OBS36577/derriere-la-gueguerre-entre-hidalgo-et-les-ecolos-la-pomme-de-discorde-de) enjoint les Verts « d’être au clair avec la République » à propos de la laïcité alors même que #Yannick_Jadot (https://www.lepoint.fr/politique/loi-contre-le-separatisme-la-gauche-denonce-un-texte-qui-ne-regle-rien-07-02) demande de « sortir de toute naïveté et de toute complaisance », pour « combattre l’islam politique », proposant de « contrôler les financements des associations » et de « renforcer tous les dispositifs sur le contrôle des réseaux sociaux ».

      La discussion et le vote de la loi sur le « séparatisme », puis les débats hallucinants sur l’organisation de « réunions non mixtes » au sein du syndicat étudiant Unef nous en a fourni un florilège. Pour le communiste #Stéphane_Peu (http://www.le-chiffon-rouge-morlaix.fr/2021/02/separatisme-une-loi-equilibree-se-serait-attachee-a-renforc) comme pour le socialiste #Olivier_Faure (https://www.europe1.fr/politique/projet-de-loi-contre-les-separatismes-olivier-faure-craint-une-surenchere-40), la question n’est pas de combattre sur le fond la notion de « #séparatisme » mais de rester dans une « loi équilibrée » qui « renforce la #République » (Peu) et d’éviter « la surenchère » (Faure). L’un comme l’autre et comme nombre de députés de leurs groupes, s’abstiendront lors du vote à l’Assemblée nationale. Seule La France insoumise a sauvé l’honneur et dénoncé, notamment par la voix de #Clémentine_Autain (https://www.lepoint.fr/politique/loi-contre-le-separatisme-la-gauche-denonce-un-texte-qui-ne-regle-rien-07-02) dès le 16 février, une loi qui « ouvre la boîte de Pandore pour des idées qui stigmatisent et chassent les musulmans » et « nous tire vers l’agenda de l’extrême droite ».

      Si le débat parlementaire gomme un peu les aspérités, l’affaire des réunions « non mixtes » au sein de l’Unef est l’occasion d’un déferlement de sincérité imbécile. On n’en attendait pas moins de #Manuel_Valls (https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-22-mars-2021) qui s’empresse de poser l’argument clef de la curée : « Les réunions "racialisées" légitiment le concept de race ». Le lendemain #Marine_Le_Pen (https://www.francetvinfo.fr/politique/marine-le-pen/video-il-faut-poursuivre-l-unef-un-syndicat-qui-commet-des-actes-racist) le prend au mot et réclame des poursuites contre ces actes racistes. Anne Hidalgo (https://www.europe1.fr/politique/reunions-non-mixtes-a-lunef-cest-tres-dangereux-juge-anne-hidalgo-4032954) apporte sa voix contre une pratique qu’elle considère comme « très dangereuse » au nom de « ses convictions républicaines ». Olivier Faure (https://www.youtube.com/watch?v=rifRSrm7lpU

      ), moins « équilibré » que sur la loi contre le « séparatisme » renchérit comme « une dérive incroyable ».

      Quelle « dérive » ? Tout simplement « l’idée que sont légitimes à parler du racisme les seules personnes qui en sont victimes », alors que « c’est l’inverse qu’il faut chercher ». Dominés restez à votre place, nous parlerons pour vous ! Aimé Césaire dans sa lettre à Maurice Thorez (https://lmsi.net/Lettre-a-Maurice-Thorez), dénonçait ce qu’il nommait le « #fraternalisme » : « Un grand frère qui, imbu de sa supériorité et sûr de son expérience, vous prend la main pour vous conduire sur la route où il sait se trouver la Raison et le Progrès. » Or, ajoutait-il, « c’est très exactement ce dont nous ne voulons plus » car « nous ne (pouvons) donner à personne délégation pour penser pour nous. »

      Olivier Faure revendique un « #universalisme » que ne renierait pas le candidat communiste à la présidentielle, #Fabien_Roussel pour qui « les réunions segmentées selon la couleur de sa peau, sa religion ou son sexe, ça divise le combat ». Le PCF (https://www.pcf.fr/actualite_derri_re_les_attaques_contre_l_unef_une_d_rive_autoritaire_et_antid_mo) n’hésite pas à défendre en théorie l’Unef tout en se joignant cœur réactionnaire des condamnations de ses pratiques.

      #Audrey_Pulvar (https://www.lci.fr/politique/demander-a-une-personne-blanche-de-se-taire-dans-une-reunion-non-mixte-pulvar-cr) cherchant peut-être un compromis dans la présence maintenue mais silencieuse d’un blanc dans une réunion de personnes racisées, se prend une volée de bois vert du chœur des bonnes âmes universalistes. La « dilution dans l’universel » est bien « une façon de se perdre » comme l’écrivait encore Aimé Césaire en 1956.

      Ce chœur hystérisé, rien ne le fera taire, ni le rappel élémentaire d’#Eric_Coquerel (https://www.facebook.com/watch/?v=773978356575699) que les #groupes_de_parole sont « vieux comme le monde, comme le mouvement féministe, comme les alcooliques anonymes », ni la prise du conscience de l’énormité morale, politique et juridique des positions prises ainsi dans une émotion révélatrice.

      Refuser de comprendre que la parole des dominées et dominés a besoin de se constituer à l’abri des dominants, c’est nier, de fait, la #domination. Ce déni de la domination, et de sa #violence, est une violence supplémentaire infligée à celles et ceux qui la subissent.

      Au passage, une partie de la gauche a par ailleurs perdu un repère simple en matière de liberté : la liberté de réunion est la liberté de réunion. Elle n’est plus une liberté si elle est sous condition de surveillance par une présence « hétérogène ». À quand les réunions de salariés avec présence obligatoire du patron ? Les réunions de femmes avec présence obligatoire d’un homme ? Les réunions d’étudiants avec présence obligatoire d’un professeur ? Les réunions de locataires avec présence obligatoire du bailleur ? Les réunions d’antiracistes avec présence obligatoire d’un raciste ?

      Ces héritiers et héritières d’une longue tradition politique liée aux luttes sociales révèle ainsi leur déconnexion avec les mobilisation d’aujourd’hui, celles qui de #MeToo à Black Lives Matter ébranlent le monde et nous interrogent sur quelle humanité nous voulons être au moment où notre survie est officiellement en question. Ces mouvements de fond martèlent, 74 ans après Aimé Césaire, que « l’heure de nous-mêmes a sonné. »

      Nul doute, hélas, que ce qui fait ainsi dériver des femmes et des hommes issus de la #gauche, c’est le poids pas toujours avoué, mais prégnant et souvent irrationnel, de l’#islamophobie. Cette adhésion générale à un complotisme d’État (https://blogs.mediapart.fr/alain-bertho/blog/041220/l-etat-t-il-le-monopole-du-complotisme-legitime) touche plus fortement les espaces partisans, voire universitaires, que le monde associatif. On a pu le constater lors de la dissolution du #Collectif_contre_l’islamophobie_en_France (#CCIF) fin 2020 quand la fermeté les protestations de la Ligue des droits de l’Homme (https://blogs.mediapart.fr/gabas/blog/031220/ldh-dissolution-politique-du-ccif) ou d’Amnesty international (https://www.amnesty.fr/presse/france-la-fermeture-dune-association-antiraciste-e) n’a eu d’égale que la discrétion de la gauche politique. La palme du mois d’avril revient sans conteste à #Caroline_Fourest (https://twitter.com/i/status/1384567288922259467) qui lors du lancement des États Généraux de la Laïcité a pu déclarer sans frémir que « ce mot islamophobie a tué les dessinateurs de Charlie Hebdo et il a tué le professeur Samuel Paty ».

      Oui voilà ou nous en sommes. La menace d’une victoire du #Rassemblement_national ne se lit pas que dans les sondages. Elle se lit dans les #renoncements. Elle s’enracine dans la banalisation voire le partage de ses thématiques disciplinaires, de ses émotions islamophobes, de son vocabulaire même.

      L’évitement politique du réel

      Il faut vraiment vivre dans une bulle, au rythme de réseaux sociaux hégémonisés par l’extrême droite, loin des réalités des quartiers populaires, pour considérer que l’islam et les réunions non mixtes sont les causes premières du délitement des relations collectives et politiques dans ce pays.

      Quelle République, quelle démocratie, quelle liberté défend-on ici avec ces passions tristes ? Depuis plus d’un an, la réponse gouvernementale à l’épreuve sanitaire les a réduites à l’état de fantômes. L’#état_d’urgence sanitaire est reconduit de vague en vague de contamination. Notre vie est bornée par des contrôles, des interdictions et des attestations. Les décisions qui la règlent sont prises par quelques-uns dans le secret délibératif d’un Conseil de défense. Nous vivons suspendus aux annonces du président et de quelques ministres et, de plus de plus en plus, du président seul, autoproclamé expert omniscient en gestion de pandémie. Nous n’avons plus prise sur notre vie sociale, sur nos horaires, sur notre agenda, sur notre avenir même très proche. Nous n’avons plus de lieu de délibération, ces lieux qui des clubs révolutionnaires de 1789 aux ronds-points des gilets jaunes, en passant par la Place Tahrir et la Puerta Del Sol en 2011 sont l’ADN de la #démocratie.

      La violence de la menace létale mondiale que font peser sur nous le Covid et ses variants successifs nous fait espérer que cette épreuve prendra fin, que la parenthèse se refermera. Comme dans une période de guerre (https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/070221/stephane-audoin-rouzeau-nous-traversons-l-experience-la-plus-tragique-depu), cet espoir toujours déçu se renouvelle sans fin à chaque annonce moins pessimiste, à chaque communication gouvernementale sur les terrasses jusqu’à la déception suivante. Cette #précarité sans fin est un obstacle collectif à la #résistance_démocratique, à la critique sociale, idéologique et opératoire de cette période qui s’ouvre et sera sans doute durable. C’est bien dans ce manque politique douloureux que s’engouffrent tous les complotismes de Q-Anon à l’islamophobie d’État.

      Depuis le printemps 2020 (www.regards.fr/politique/societe/article/covid-19-un-an-deja-chronique-d-une-democratie-desarticulee), les partis d’opposition ont cessé d’être dans l’élaboration et la proposition politique en lien avec la situation sanitaire. Le monologue du pouvoir ne provoque plus sporadiquement que des réactions, jamais d’alternative stratégique ni sur la réponse hospitalière, ni sur la stratégie vaccinale, ni sur l’agenda des restrictions sociales. Même l’absence de publication, des semaines durant début 2021, des avis du Conseil scientifique n’émeut pas des politiques beaucoup plus préoccupés par les réunions non mixtes à l’Unef.

      Attac (https://france.attac.org/spip.php?page=recherche&recherche=covid) n’est pas beaucoup plus proactif malgré la publication sur son site en novembre 2020 d’un texte tout à fait pertinent de Jacques Testard sur la #démocratie_sanitaire. En général les think tanks sont plutôt discrets. L’Institut Montaigne est silencieux sur la stratégie sanitaire tout comme la Fondation Copernic qui n’y voit pas l’occasion de « mettre à l’endroit ce que le libéralisme fait fonctionner à l’envers ». Si le think tank Économie Santé des Échos déplore le manque de vision stratégique sanitaire, seule Terra Nova semble avoir engagé un véritable travail : une cinquantaine de contributions (https://tnova.fr/ckeditor_assets/attachments/218/terra-nova_dossier-de-presse_cycle-coronavirus-regards-sur-une-crise_2020.pdf), des propositions (https://tnova.fr/revues/covid-19-le-think-tank-terra-nova-fait-des-propositions-pour-limiter-les-conta) sur l’organisation de la rentrée scolaire du 26 avril 2021, des propositions sur la stratégie vaccinale…

      Pourquoi cette #inertie_collective sur les choix stratégiques ? Ce ne sont pas les sujets qui manquent tant la stratégie gouvernementale ressemble à tout sauf à une stratégie sanitaire. Sur le fond, aucun débat n’est ouvert sur le choix entre stratégie de cohabitation avec la maladie ou d’éradication virale. Ce débat aurait eu le mérite d’éclairer les incohérences gouvernementales comme la communication sur le « tester/tracer/isoler » de 2020 qui n’a été suivie d’aucun moyen opérationnel et humain nécessaire à sa mise en œuvre. Il aurait permis de discuter une stratégie vaccinale entièrement fondée sur l’âge (et donc la pression hospitalière) et non sur la circulation active du virus et la protection des métiers à risque. Cette stratégie a fait battre des records vaccinaux dans des territoires aux risques faibles et laissé à l’abandon les territoires les plus touchés par la surmortalité comme la Seine-Saint-Denis.

      Pourquoi cette inertie collective sur la démocratie sanitaire ? Les appels dans ce sens n’ont pourtant pas manqué à commencé par les recommandations du Conseil Scientifique dès mars 2020 : le texte de Jacques Testard (https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-25-automne-2020/debats/article/la-covid-la-science-et-le-citoyen), un article de The Conversation (https://theconversation.com/debat-quelles-lecons-de-democratie-tirer-de-la-pandemie-140157) au mois de juin 2020, l’excellent « tract » de #Barbara_Stiegler, De la démocratie en pandémie, paru chez Gallimard en janvier 2021 et assez bien relayé. Des propositions, voire des expérimentations, en termes de délibération et de construction collective des mesures sanitaires territorialisées, des contre expertises nationales basées sur des avis scientifiques et une mobilisation populaire auraient sans doute mobilisé de façon positive la polyphonie des exaspérations. On a préféré laisser réprimer la mobilisation lycéenne (https://blogs.mediapart.fr/alain-bertho/blog/181120/sommes-nous-aux-portes-de-la-nuit) pour de vraies mesures sanitaires en novembre 2020.

      Bref la construction de masse d’une alternative à l’incapacité autoritaire du pouvoir aurait pu, pourrait encore donner corps et usage à la démocratie, aujourd’hui désarticulée (https://blogs.mediapart.fr/alain-bertho/blog/160321/covid-un-deja-chronique-d-une-democratie-desarticulee), qu’il nous faut essayer de défendre, pourrait incarner la République dans des exigences sociales et une puissance populaire sans lesquelles elle risque toujours de n’être qu’un discours de domination.

      Une autre élection est-elle encore possible ?

      Entre cet étouffement démocratique de masse et l’immensité des choix de société suggérés au quotidien par la crise sanitaire, le grain à moudre ne manque pas pour des courants politiques héritiers d’une tradition émancipatrice. Leur responsabilité est immense quand l’humanité est mise au pied du mur de sa survie et de l’idée qu’elle se fait d’elle-même. Mais ces partis préfèrent eux aussi considérer la situation sanitaire comme une simple parenthèse à refermer, se projetant sur les échéances de 2022 comme pour oublier 2020 et 2021. Il est ahurissant de penser que, après 14 mois de pandémie, la politique sanitaire ne soit pas au centre des élections territoriales de ce printemps, sinon pour une question d’agenda.

      En « rêvant d’une autre élection » comme d’autres ont rêvé d’un autre monde, la gauche permet tout simplement au président en exercice de s’exonérer de son bilan dramatique : un système de santé et des soignantes et soignants mis en surchauffe des mois durant, une mise en suspens de milliers de soins parfois urgents, des dizaines de milliers de Covid longs, plus de 100.000 morts, des territoires et des populations délibérément sacrifiés, des inégalités devant la mort et la maladie largement calquées sur les inégalités sociales et les discriminations, une vie sociale dévastée, une démocratie en miettes, une faillite biopolitique structurelle.

      Comment lui en faire porter la responsabilité si on ne peut lui opposer aucune alternative ? Le pouvoir s’en réjouit d’avance et, renversant la charge de la preuve, semaine après semaine, somme chacune et chacun de présenter un bilan sur l’agenda qu’il déroule sans rencontrer beaucoup de résistance : les politiques sécuritaires et l’islamophobie d’État. Or, ce concours électoraliste du prix de la « laïcité », de la condamnation de l’islamisme, de la condamnation des formes contemporaines de lutte contre les discriminations, nous savons qui en sera la championne incontestée : elle en maîtrise à merveille les thématiques, le vocabulaire comme la véhémence.

      Voici ce que les sondages, jour après jour, mesurent et nous rappellent. Dans ces conditions, l’absence de dynamique unitaire à gauche n’est pas la cause de la défaite annoncée, elle est déjà le résultat d’une perte majoritaire de boussole politique, le résultat d’une sorte d’évitement du réel, le résultat d’un abandon.

      « L’étrange défaite » de juin 1940 a pris racine dans le ralliement des classes dirigeantes à la nécessité d’un pouvoir policier et discriminatoire. Nous y sommes. « L’étrange défaite » s’est nourrie de la pusillanimité d’une gauche désertant les vrais combats pour la démocratie, de la défense de l’Espagne républicaine au barrage contre un racisme aussi déchaîné qu’expiatoire. Nous y sommes sur les enjeux de notre temps. « L’étrange défaite » a été la fille du consensus munichois et de la capitulation anticipée. Nous y sommes. « L’étrange défaite » a été suivie de la mort d’une République. L’appel militaire du 21 avril en fait planer la menace.

      À l’exceptionnalité de la période traumatique qui bouleverse depuis 14 mois en profondeur nos repères politiques, sociaux et vitaux, s’ajoute l’exceptionnalité de l’échéance institutionnelle du printemps 2022. Il est dérisoire d’y voir la énième occasion de porter un message minoritaire, dérisoire de donner le spectacle d’une querelle d’egos, dérisoire de jouer à qui sera responsable de la défaite. Le salut ne sera pas dans un compromis défensif sans principe mais dans un sursaut collectif d’ambition.

      Il est temps de prendre la mesure du temps que nous vivons, car il est toujours temps de résister. Comme concluait Marc Bloch en septembre 1940, « peut-être est-ce une bonne chose d’être ainsi contraints de travailler dans la rage », car « est-ce à des soldats qu’il faut, sur un champ de bataille, conseiller la peur de l’aventure ? » Il ajoutait que « notre peuple mérite qu’on se fie à lui et qu’on le mette dans la confidence ».

      http://www.regards.fr/idees-culture/article/2022-l-etrange-defaite-qui-vient
      #non-mixité

  • Projet de #loi sur les #principes_républicains : le niveau des eaux continue de monter

    Il se passe quelque chose d’assez étrange en ce moment : si de nombreux·ses collègues et de nombreuses institutions se sont résolument élevé·es contre les attaques en « #islamo-gauchisme » et autres « #militantismes » lancées de toutes parts dans le sillage de #Frédérique_Vidal, les dispositions concernant les #universités qui ont été introduites dans le projet de loi confortant le respect des principes de la République ne semblent, en revanche, pas émouvoir grand monde.

    Pourtant, nous avons désormais dépassé le seul stade des paroles odieuses sur les plateaux de télévision : le parlement travaille en ce moment à les transformer en #obligations et #interdictions concrètes.

    Peut-être cet intérêt tout relatif de la communauté universitaire s’explique-t-il par le fait que ce sont les étudiant·es qui se trouvent le plus frontalement visé·es. Peut-être est-ce aussi l’effet d’une grande fatigue : le caractère ininterrompu des #attaques contre l’ESR fait qu’il est de moins en moins pertinent de parler de « vagues » réactionnaires, alors qu’il s’agit, en réalité, d’une implacable et continue montée des eaux aux émanations pestilentielles.

    Double discours de la #CPU

    Rien, pas une réaction de la #conférence_des_présidents_d’université (CPU), par exemple, à la suite des deux nouveaux articles introduits le 18 mars 2021 dans le projet de loi confortant le respect des principes de la République, alors que c’est le versant étudiant des #franchises_universitaires qui se trouve remis en question par le parlement, comme nous l’avons déjà expliqué.

    Pire même, le président de la CPU, #Manuel_Tunon_de_Lara a fait le choix de mettre encore un peu d’huile sur le feu : le 16 mars dernier, il a écrit à tou·tes les membres de la commission des lois et membres de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat – dans une lettre qu’Academia s’est procurée, mais que la CPU s’est bien gardée de rendre publique – pour alimenter la grande peur panique en cours :

    « La vraie #menace [écrit Manuel Tunon de Lara] réside dans le risque d’#intrusion des #religions et d’#idéologies diverses dans la #science, le contenu des #enseignements ou des champs de #recherche, au mépris de la #liberté de chaque enseignant d’exprimer sa pensée et de la #liberté des étudiantes et étudiants inscrits d’assister aux enseignements dispensés, et en violation des franchises universitaires ».

    Il apparaît que c’est un véritable double discours que tient la CPU, quand on sait que deux jours plus tard, elle twittait publiquement toute autre chose de sa rencontre avec le président du Sénat, #Gérard_Larcher :

    https://twitter.com/CPUniversite/status/1372593687000125440

    https://twitter.com/mtunondelara/status/1374734620533608452

    Très introduit, le président Tunon de Lara n’hésite jamais à utiliser ses rencontres parlementaires pour sa communication personnelle1. Au vu des éléments dont nous disposons et du ciblage dont les étudiant·es font l’objet, tant d’un point de vue social que politique, on peu s’intérroger sur ce que prépare réellement la CPU à leur endroit.

    Que le nouvel #article_24 sexies du projet de loi confortant le respect des principes de la République subordonne la mise à disposition de locaux aux étudiant·es à la signature d’un « #contrat_d’engagement_républicain » – dont, pourtant, la Commission nationale consultative des droits de l’homme vient solennellement de demander l’abandon – cela ne pose aucun problème à la CPU. Faire des communiqués grandiloquents contre la ministre, elle sait faire. Défendre concrètement les libertés étudiantes – l’un des grands acquis de la #loi_Faure de 1968 – en revanche, elle s’en garde bien. Peut-être même est-elle directement à l’origine de l’autre article du projet de loi qui concerne les étudiant·es, l’#article_24_septies qui, lui, élargit de manière considérable les possibilités, pour les présidences d’établissement, de limiter la #liberté_de_réunion et la #liberté_d’expression des étudiant·es chaque fois qu’elles estiment être en présence d’ « actions de #propagande » et de « #troubles » au « bon fonctionnement du #service_public », comme Academia l’a déjà expliqué.

    Nouvelle vague d’#amendements au Sénat

    Il est désormais presque certain que ces deux articles seront adoptés lors de l’examen en hémicycle du projet de loi par le Sénat, qui commence demain, mardi 30 mars 2021, à 14h30 au Sénat et durera jusqu’au 8 avril.

    Pour cet examen en hémicycle, d’autres amendements ont en outre été déposés ces tout derniers jours. Ces amendements ont une chance moindre d’être adoptés, mais il nous paraît important de les signaler pour rappeler à quel point, au Parlement, les universités sont désormais visées de manière quasi ininterrompue.

    1° Bien sûr, comme plusieurs fois déjà ces trois derniers mois, des élus Républicains sont remontés au front pour faire interdire le port du #voile dans les établissements d’enseignement supérieur. C’est le cas de l’amendement n° 379 du sénateur #Henri_Leroy ou de l’amendement n° 35 du sénateur #Bascher – qui entend d’ailleurs interdire tous

    signes, tenues ou actes qui constitueraient des actes de pression, de provocation, de #prosélytisme ou de propagande, perturberaient le déroulement des activités d’enseignement de recherche ou troubleraient le fonctionnement normal du service public ».

    On signalera tout particulièrement l’amendement n° 487 du sénateur des Bouches-du-Rhône #Stéphane_Ravier, qui recourt allègrement au vocabulaire de l’#extrême_droite pour parler des « #racistes_anti-blancs de l’UNEF«  :

    À l’Université, des professeurs sont empêchés de citer des auteurs ou d’aborder certains thèmes sous la pression de groupes d’élèves. Le rôle des syndicats d’étudiants, les racistes anti-blancs de l’UNEF en tête, qui organisent ou participent à des évènements de ségrégation et de division, n’y est pas pour rien. Il convient donc de rétablir l’enseignement public dans sa vocation de #neutralité, de #laïcité et d’#universalité en interdisant les avancées communautaires, via le port de tenues ou de #signes_religieux ostensibles, au premier rang desquels le #voile_islamique est le plus conquérant.

    2° À côté de ces amendements sur les signes religieux, on trouve plusieurs offensives directement dirigées contre les associations étudiantes que le code de l’éducation désignent comme représentatives et qui, à ce titre, siègent au CNESER. Par un amendement n° 81, vingt-cinq sénateurs et sénatrices de droite se sont en particulier allié·s pour proposer que l’on inscrive dans la loi que ces associations « sont soumises au respect strict de l’ensemble des #valeurs de la République et de la laïcité ». Le retour, donc, des fameuses « valeurs de la République« , dans lesquelles on pourra tout mettre à l’avenir et qui avaient tant agité les #facs en novembre dernier lorsqu’elles avaient surgi dans la loi de programmation de la recherche…

    Le sénateur #Max_Brisson, par ailleurs inspecteur général de l’éducation nationale et plutôt mesuré jusqu’ici dès qu’il s’agissait d’ESR, fait mieux encore : dans un amendement n° 235, il propose rien moins que :

    « Ne peuvent participer aux élections d’associations représentatives d’étudiants les listes dont un ou plusieurs candidats ont tenu dans des lieux publics, par quelque moyen que ce soit, y compris écrit, des propos contraires aux principes de la #souveraineté_nationale, de la #démocratie ou de la laïcité afin de soutenir les revendications d’une section du peuple fondées sur l’#origine_ethnique ou l’#appartenance_religieuse. »

    3° Quant aux sénateurs et sénatrices socialistes, ils et elles ne veulent visiblement pas être en reste, proposant de subordonner le droit à la mise à disposition de locaux dont disposent les étudiant·es au titre des franchises universitaires depuis 1968 à la signature non d’un « #contrat_d’engagement_républicain » comme le prévoit le nouveau #article_24_sexies, mais, grande différence, à une « #charte_d’engagements_réciproques » par laquelle ces étudiant·es s’engageraient à « promouvoir et à faire respecter toutes les valeurs de la République » (amendement n° 109). « Contrat d’engagement républicain » ou « charte d’engagements réciproques », il existe sans doute des différences, mais le problème de principe demeure : voilà donc que l’exercice même d’une liberté – la liberté de réunion des étudiant·es qui est particulièrement protégée sur les campus grâce au versant étudiant des franchises universitaires – se trouvera subordonné à la signature d’un contrat imposant des obligations dont le contenu est, n’en doutons pas, appelé à augmenter tendanciellement.

    C’est bien le niveau des eaux pestilentielles qui monte.

    Encore et encore.

    https://academia.hypotheses.org/32007

  • #Philippe_Corcuff : « Mon livre travaille les impensés de mes propres engagements » - regards.fr
    http://www.regards.fr/la-midinale/article/philippe-corcuff-mon-livre-travaille-les-impenses-de-mes-propres-engagements
    #extreme_droite

    L’extrême droite a-t-elle d’ores et déjà gagné ?
    « Le livre s’appelle “Comment l’extrême droite gagne la bataille des idées”. Elle n’a donc pas encore déjà gagné. Les choses sont encore en jeu. »
    « J’analyse dans mon livre les #tendances_idéologiques et je suis plutôt #pessimiste. »
    « Le livre se termine par une espérance que j’appelle mélancolique - que je peux retirer de #Walter_Benjamin ou de mon regretté ami #Daniel_Bensaïd une certaine de dose pessimiste tout en restant ouvert sur des possibilités d’avenir. »
    « Je prévois de faire une suite à ce #livre sur la grande confusion qui s’appellera “Réinventer l’#émancipation”. »

    #foucault