• La place du numérique à l’école relève de la place de l’école dans la société – Framablog
    https://framablog.org/2020/10/21/la-place-du-numerique-a-lecole-releve-de-la-place-de-lecole-dans-la-socie

    Début septembre, nous avons été contacté par Hervé Le Crosnier, éditeur de (l’excellente) maison d’édition C&F éditions. Il demandait si nous accepterions d’écrire un court texte sur la façon dont Framasoft avait vécu ses interactions avec le milieu éducatif pendant ce moment très particulier qu’était le confinement (entre le 17 mars et le 11 mai 2020). Ce texte servirait à alimenter l’ouvrage « L’École sans école : ce que le confinement nous apprend sur l’école » à paraître en décembre 2020 chez C&F éditions.

    Nous avons déjà énormément écrit et partagé pendant le confinement. Nos quatorze « carnets de bord du confinement » représentaient déjà pas loin de 200 pages (indispensables mèmes inclus). Cependant, il est vrai que nous n’avions évoqué qu’en pointillé nos rapports avec l’école pendant ces deux mois. Quasiment quatre ans jour pour jour après notre « billet de sécession« , et à quelques jours de la tenue des États Généraux du Numérique Éducatif, il nous a paru important de prendre un peu de recul et de documenter cette période là, et de mettre à jour notre positionnement.

    C’est Pierre-Yves Gosset, co-directeur de l’association, qui s’est chargé de la rédaction du texte qui suit. Réputé pour ses bilans trimestriels de quarante pages, il aura transformé ce qui devait être un « court texte » en un document d’une quinzaine de pages (et encore, il s’est retenu, paraît-il). La raison en est assez simple : pour comprendre les décisions et actions de Framasoft pendant le confinement, il faut non seulement avoir un contexte des relations entre l’association et « l’institution Éducation Nationale » depuis près de vingt ans, mais aussi avoir la possibilité de déployer une pensée qui s’écarte du simple solutionnisme technologique.

    La période de confinement aura été, pour Framasoft, comme pour une large partie de l’humanité, une période marquante. Pour nombre d’élèves, elle aura été une période traumatisante. Avant de parler de « continuité pédagogique » ou de « numérique éducatif », qui sont évidemment des sujets importants, il nous semblait important de donner un éclairage certes partiel, mais donnant à la fois une dimension historique et une dimension prospective. Les outils ne sont pas que des outils, comme l’écrivait Stph, un autre membre de Framasoft, dans son billet « Connaître les machines ». L’éducation aux médias et à l’information (EMI), le développement de la littératie numérique sont les véritables enjeux du numérique à l’école. Et la place de l’école – avec ou sans murs – est le véritable enjeu de notre société.
    La place du numérique à l’école est à l’image de la place de l’école dans la société.

    #C&F_éditions #Framasoft #Ecole_sans_ecole #Pierre_Yves_Gosset

  • Mort d’un poète-contrebandier
    Pierre Gallissaires (1932-2020)

    Hanna Mittelstädt

    https://lavoiedujaguar.net/Mort-d-un-poete-contrebandier-Pierre-Gallissaires-1932-2020

    http://acontretemps.org/spip.php?article800

    Pierre Gallissaires s’est éteint le 10 août 2020 à l’hôpital de Toulouse. Il vivait seul, depuis plusieurs années, à Montauban, dans une maisonnette située en banlieue, qui, sur le devant, donnait sur un paysage routier gris et très fréquenté, bretelle d’autoroute, zone industrielle, stade, mais dont les fenêtres de la façade arrière s’ouvraient sur une sorte de paradis : un jardin verdoyant, avec plus loin un bras du Tarn, lequel était d’ailleurs monté de plus de 7 mètres, il y a quelques années, peu après l’emménagement de Pierre, inondant une partie de sa bibliothèque qui reposait encore dans des cartons à même le sol. Mais seulement une petite partie, car la plupart des livres avaient déjà été classés sur des étagères. Pierre détestait ce qu’on appelle communément l’« ordre » ; il détestait les murs blancs, les hôpitaux et l’Église catholique. Il détestait les professeurs. Et le « vieux monde ». Ce qu’il aimait surtout, c’était la poésie, la révolution, son ordre à lui, qu’il avait lui-même créé, et son propre rythme, aussi lent que possible — la plus grande lenteur face à toutes les turbulences du monde. Il aimait ses amis, ses camarades, sa compagne, Nadine Tonneau, qui est morte longtemps avant lui, et, je suppose, sa petite maison de banlieue qu’il avait aménagée à son goût, ne laissant aucun mur blanc : ils étaient, en effet, tous recouverts d’affiches de « production artisanale », de livres issus d’une bibliothèque constamment enrichie depuis soixante-dix ans, d’objets et trouvailles de toute une vie, de poteries de son frère, François, de photographies et de quelques meubles décrépis, reçus en héritage de la maison familiale. (...)

    #traduction #poésie #contrebande #édition #Pierre_Gallissaires #Allemagne #surréalisme #anarchisme

  • Nouvel âge et nouvelles figures du racisme. Ce que révèle un été et une rentrée aux senteurs islamophobes et négrophobes
    Publié le 21 septembre 2020 | Le blog de Saïd Bouamama
    https://bouamamas.wordpress.com/2020/09/21/554

    La fin des vacances d’été et la rentrée se caractérisent par une multiplication des propos et actes racistes, tant islamophobes que , deux figures du racisme contemporains désormais avérées. La succession de ces expressions du racisme fait courir le risque certain qu’une partie des habitant de l’hexagone « s’habitue au mal », s’acclimate à l’inacceptable et s’adapte à l’invivable ». Certes des condamnations de ces actes sont prononcées, des déclarations antiracistes sont produites, des communiqués de presse sont publiés. Cependant ces expressions antiracistes restent en réaction à chacune des agressions sans prendre la mesure de ce que révèle la succession des faits racistes et l’accélération de celle-ci. Rappelons quelques-uns de ces passages à l’acte raciste dont la succession indique le passage d’un seuil dans l’enracinement et la banalisation du racisme dans la société française. Analysons ensuite la signification de cette accélération raciste et les raisons possibles d’une riposte bien en dessous des enjeux.

    #islamophobie #négrophobie

  • Faut-il en finir avec la civilisation ?
    Primitivisme et effondrement

    Ernest London

    https://lavoiedujaguar.net/Faut-il-en-finir-avec-la-civilisation-Primitivisme-et-effondrement

    Et si la parabole du péché originel qui nous chassa du jardin d’abondance, représentait le passage d’une vie nomade de chasse et de cueillette à une économie agricole qui nous contraint, depuis, à « gagner notre pain à la sueur de notre front » ? C’est la thèse que défendent certains primitivistes, accusant la révolution néolithique d’être à l’origine de la crise écologique et de toutes les oppressions. Pierre Madelin, avec son sens aigu de la synthèse, déconstruit ces théories, avec cependant beaucoup de nuance, leur reconnaissant parfois de grandes pertinences anthropologiques et historiques.

    Selon les dernières découvertes archéologique, Homo sapiens quitte l’Afrique il y a cent trente-cinq mille ans et colonise petit à petit l’ensemble de la planète, arrivant en Australie en ─ 65000, en Europe de l’Ouest en ─ 43000 et franchissant le détroit de Béring pour peupler les Amériques en ─ 18000. Cette expansion correspond à l’extinction de la mégafaune du Pléistocène, des animaux de plus de 40 kilos. En Afrique, la plupart d’entre eux y sont encore abondants, ayant coévolué pendant des centaines de milliers d’années avec les hommes, alors que partout ailleurs, ils auraient succombé à une chasse excessive et à un usage inconsidéré du feu, sans avoir eu le temps d’adopter des stratégies d’évitement ou de défense. Les sociétés préhistoriques ne vivaient donc pas toujours « en parfaite harmonie avec leur environnement ». Cependant, ces extinctions n’ont pas été massives et n’ont affecté que quelques centaines d’espèces, tandis qu’à l’heure actuelle plus d’un million, animales et végétales, sont « menacées par la dynamique du capitalisme industriel ». (...)

    #Pierre_Madelin #civilisation #primitivisme #Pléistocène #capitalisme_industriel #Pierre_Clastres #Marshall_Sahlins #James_Scott #Emmanuel_Guy #chasseurs-cueilleurs #Alain_Testart #Paléolithique #Murray_Bookchin #écologie_sociale #parcs_nationaux #wilderness #Thoreau

  • Digression autour de la question hiérarchique

    Louis de Colmar

    https://lavoiedujaguar.net/Digression-autour-de-la-question-hierarchique

    Louis Dumont, dans son livre de 1966 Homo hierarchicus, développe une thèse tout à fait stimulante pour la compréhension de la société de castes telle qu’elle s’est établie en Inde. Il considère que cette société de castes ne peut se comprendre que si l’on rattache centralement la question hiérarchique au domaine religieux, et non au pouvoir. Alors que dans nos sociétés occidentales, la question hiérarchique est rattachée au pouvoir, ce décentrement permet un autre regard sur notre propre structure sociétale, en particulier invite à repenser l’articulation du religieux et du pouvoir dans le contexte de l’État moderne.

    L’articulation de la hiérarchie et du pouvoir en Inde peut certes être abordée comme une particularité locale, il est également possible d’envisager la question sous un autre angle : ce pourrait aussi être la confusion de la hiérarchie et du pouvoir en Occident qui pourrait se révéler une particularité et une exception historique, confusion qui pourrait être une clé pour expliquer le fait que la modernité ne réussit décidément pas à se dépêtrer de la question religieuse…

    La critique de la modernité s’attache depuis longtemps à tirer des enseignements des modalités de fonctionnement des sociétés non étatiques, dans le sillage des travaux ethnologiques et d’anthropologie sociale, en particulier dans le sillage des travaux de Pierre Clastres ou de Marshall Sahlins. (...)

    #Louis_Dumont #hiérarchie #religion #État #critique #modernité #égalité #Pierre_Clastres #Marshall_Sahlins #Mauss #Landauer #anarchisme #individualisme #islam #communauté

  • Travail des enfants en Côte d’Ivoire : des plantations Fairtrade concernées
    https://www.rtbf.be/info/monde/detail_travail-des-enfants-en-cote-d-ivoire-des-plantations-fairtrade-concernee

    Une enquête de la télévision danoise l’affirme. Le travail des enfants dans les plantations de cacao certifiées Fairtrade en Côte d’Ivoire est bien réel.

    Ce label sur les bananes, le café ou encore le chocolat oblige les producteurs à répondre à certaines règles et notamment à ne pas recourir au travail des enfants.
    La chaîne TV 2 et le média d’investigation Danwatch ont tourné en caméra cachée dans plusieurs exploitations.
    Dans 4 des 6 plantations qu’ils ont visitées, ils ont trouvé des enfants travaillant entre les palmiers.
    Leur interview fait froid dans le dos. Marcelin, 14 ans, explique qu’il bosse 11 heures par jour.

    Diffusées au Danemark, les images ont choqué plus d’une personne et notamment les commerçants dont les boutiques vendent du chocolat ivoirien étiqueté Fairtrade.
    Dorthe Pedersen en est encore bouleversée. « C’est horrible. Je suis tellement émue de savoir que les enfants travaillent dans ces conditions » a-t-elle témoigné au micro des journalistes de TV2.

    Interrogée sur cette pratique, Camilla Erika Lerberg, la PDG de Fairtrade Danemark a déclaré : « Cette affaire est très, très triste, donc nous l’examinons avec gravité. Il est important pour nous de réagir et de corriger cela immédiatement. L’affaire fait toujours l’objet d’une enquête et nous essayons de comprendre ce qui s’est passé. En général, je tiens à dire que si nous recevons une observation du travail des enfants, et qu’elle est confirmée, alors nous avons un dialogue avec la famille de cet enfant, ensuite nous observerons si cela continue et si cela continue, nous procédons à une décertification. »

    Rappel des règles
    Les Standards Fairtrade pour les organisations de petits producteurs, les travailleuses et les travailleurs ainsi que les négociants interdisent le travail abusif des enfants.

    Chez Max Havelaar par exemple, il est clairement stipulé :

    – Il est interdit d’employer des enfants de moins de 15 ans au sein des organisations certifiées Fairtrade/Max Havelaar.

    - Les enfants de 15 à 18 ans ne peuvent pas réaliser un travail mettant en péril leur scolarité ou leur développement social, moral ou physique.

    – L’aide éventuelle dans les fermes familiales, courante dans le secteur agricole, doit être ponctuelle et adaptée à l’âge des enfants. Elle doit impérativement se faire en dehors des heures de classe et pendant les vacances. Dans ces conditions seulement, elle respecte les exigences de l’Organisation Internationale du Travail.
    Rien de neuf sous le soleil

    Le travail des enfants en Côte d’Ivoire, où on produit la majeure partie du cacao mondial, n’est pas un problème inconnu.

    En 2010, l’industrie du chocolat a collectivement signé une déclaration disant qu’elle améliorerait les conditions dans les plantations de cacao en Afrique de l’Ouest et réduirait le travail des enfants de 70% jusqu’en 2020.

    Seulement voilà, un rapport des chercheurs de l’Université de Chicago publié en avril dernier et financé par le département américain du Travail souligne que le recours au travail des enfants dans les plantations de cacao au Ghana et en Côte d’Ivoire a augmenté de 10% au cours de la dernière décennie, et ce, malgré les promesses de l’industrie.

    Plus précisément, le nombre d’enfants-travailleurs dans les plantations de cacao s’élevait à près de 2,1 millions la saison dernière dans les deux pays. Ce chiffre comprend des enfants de moins de 12 ans et des enfants également plus âgés dont le travail est dangereux et dépasse un certain nombre d’heures.

    Un niveau en hausse par rapport à 2010 lorsque Mars, Hershey, Nestlé et Cargill s’étaient engagés à baisser de 70% les pires formes de travail des enfants dans leurs chaînes d’approvisionnement dans la région d’ici 2020.

    Des chiffres qui s’expliqueraient par l’augmentation des prix et de la production de fèves qui poussent les agriculteurs à produire toujours davantage de cacao. Une tendance confirmée par le patron de la World Cocoa Foundation (WCF), au site Commodafrica. Richard Scobey, représentant des entreprises telles que Nestlé et Hershey, reconnaît que l’industrie n’est pas sur le point d’atteindre son objectif de 2020.

    Le Ghana et la Côte d’Ivoire produisent les deux-tiers de l’ensemble du cacao mondial. La production de cacao dans ces pays est passée à 3 millions de tonnes l’an dernier, contre 2,65 millions de tonnes en 2013-2014. Un secteur en expansion qui fournit des moyens de subsistances à des milliers de communautés dans le besoin.

    #Afrique #Enfants #travail_des_enfants #exploitation #esclavage #chocolat #cacao #certification #commerce_équitable #Fairtrade #multinationales #label #déforestation #industrie_agro-alimentaire #agriculture #multinationales #pauvreté #bananes #café #Mars #Hershey #Nestlé #Cargill #World_Cocoa_Foundation #WCF

    • Le dernier des Ouïghours et les derniers des journalistes Maxime VIVAS
      https://www.legrandsoir.info/le-dernier-des-ouighours-et-les-derniers-des-journalistes.html

      Voulez-vous soulever une vague mondiale d’indignation contre un pays ? Vous affirmez que les hommes y sont massivement emprisonnés et torturés, voire exécutés en catimini, que les femmes y sont stérilisées de force et qu’on y supplicie les enfants. C’est ce que vient de faire, ce que fait, ce que va continuer de faire la presse mondiale, agissant en porte-voix de quelques journaux états-uniens inspirés en sous-main par des officines de la Maison Blanche.

      Qu’il n’y ait pas un mot de vrai dans la campagne antichinoise sur les Ouïghours importe peu. Il suffit de prétendre, d’affirmer. L’information circule, les journaux se lisent entre eux, les politiques s’en mêlent. C’est faux mais plausible : Chine insondable, Chinois impénétrables derrière la fente de leurs yeux. Vous me suivez bien, vous qui êtes pour la plupart normaux, pardon : #blancs ?

      #Bruno_Le_Maire et #Clémentine_Autain sont #indignés et le font vertueusement savoir.
      C’est tout mensonge, mais le mal est fait. Ce n’est qu’après la destruction de l’#Irak et après des centaines de milliers de morts innocents que toute la presse concède que les informations sur les couveuses débranchées au #Koweit par les soudards de Saddam Hussein étaient inventées, que la fiole brandie par #Colin_Powell à l’#ONU contenait du pipi de son chat ou du sable de sa litière ou de la poudre de perlimpinpin et non des Armes de Destruction Massives qui risquaient d’avoir raison des USA, de la Grande-Bretagne et (horreur !) de la France.

      J’ai écrit plus haut qu’il n’y a « pas un mot de vrai dans la campagne antichinoise sur les Ouïghours ». La prudence ne voudrait-elle pas que je nuance : « Bien des choses sont inexactes dans la campagne antichinoise sur les Ouïgours ». Ou : « Certes, les Chinois ne sont pas des enfants de chœur, mais doit-on prendre au pied de la lettre les articles de Libération ? », ou encore : « Le problème que le régime chinois appelle « les trois fléaux » (terrorisme, séparatisme, fondamentalisme) est une réalité qu’on ne saurait nier, mais cela justifie-t-il une répression d’une telle ampleur ? ».

      Mais, tenez-vous bien, je persiste : « Il n’y a pas un mot de vrai dans la campagne antichinoise sur les Ouïghours » . Non, trois fois non, un ou deux millions de Ouïghours mâles (trois d’après Radio Free Asia) ne sont pas internés(1), les femmes ne sont pas stérilisées de force pour éteindre l’ethnie, les enfants ne sont pas tués pour prélèvement d’organes vendus à l’Arabie saoudite, Beijing n’est pas en guerre contre cette région autonome qui fait au contraire l’objet de toutes ses attentions, de toutes ses faveurs.

      J’ai écrit que « cette région autonome fait au contraire l’objet de toutes les attentions, de toutes les faveurs de Beijing. » ? La prudence ne voudrait-elle pas que je nuance : « Beijing gère ses régions avec l’autorité naturelle des communistes et le Xinjiang ne fait pas exception », ou : « Même si Beijing a mis le Xinjiang sous surveillance, des efforts financiers indéniables ont été consentis pour développer cette région, point de départ de « La nouvelle route de la soie ».

      Mais, continuez à bien vous tenir, j’insiste : « Cette région autonome fait l’objet de toutes les attentions, de toutes les faveurs de Beijing. »

      Je le dis aujourd’hui, en juillet 2020, avec la même assurance (inconscience ?) qui me fit écrire un livre en 2007 sur une idole alors aussi intouchable que #Nelson_Mandela. Je parle d’un type qui est aujourd’hui maire de #Béziers, élu avec le renfort du Front National.

      Je le dis aujourd’hui, en juillet 2020, avec la même certitude que celle qui me fit écrire un livre en 2011 sur une idole alors aussi intouchable que #Ghandi. Je parle de l’ancien bourreau du Tibet : le #dalaï_lama.

      Ça, c’est pour le passé. Je peux aussi performer sur le futur. Par exemple, j’ai une petite idée sur le passage de #Yannick_Jadot et #julien_Bayou dans le rang des ennemis de l’écologie, lesquels ont toujours un plat de lentille à offrir aux ambitieux peints en vert. Mais là n’est pas le sujet (j’en parle juste pour prendre date, pour triompher dans quelque temps : « Qui sait-y qui l’avait dit ? »).

      Un peuple qui oublie son passé est condamné à le revivre (Marx), un journaliste qui ne relit pas les #infaux de ses confrères est condamné à toujours utiliser les mêmes versions, ignorant que le truc a déjà été fait, à l’identique.

      Les journalistes se lisent entre eux (« La circulation circulaire de l’information ». Bourdieu). Mais parfois le psittacisme ne marche pas, des journalistes qui ont d’eux-mêmes une opinion qui les oblige à échapper aux caquetage des perroquets, se démarquent.

      Tenez, en 2010, j’étais au Tibet avec deux grands reporters des deux plus grands (par le tirage) quotidiens français : le Monde et le Figaro. J’en ai souvent parlé dans ces colonnes parce qu’il s’est passé un phénomène surprenant. Nous savions tous les trois (car nous lisons la presse et nous avons un autoradio et la télé) que le gouvernement de Beijing se livrait à un génocide au Tibet, que la culture était éradiquée et la religion férocement combattue. 
Ne me dites pas que vous ne le saviez pas vous aussi. « Free Tibet », vous ne découvrez pas en me lisant, là.

      Robert Ménard (aujourd’hui maire de la ville où naquit Jean Moulin) nous avait expliqué le drame tibétain en perturbant à Paris le passage de la flamme olympique pour les JO 2008 de Pékin. Le type qu’on voit avec lui dans les vidéos de l’époque, en t-shirt noir portant en sérigraphie 5 menottes symbolisant les 5 anneaux olympiques, c’est Jean-François Julliard qui a succédé à Ménard à la tête de RSF avant de devenir directeur général de Greenpeace France, fonction qui fait de lui un invité régulier des amphis d’été de LFI. Comprenne qui pourra (2).

      Donc on est au Tibet, mes deux comparses s’envoient des vannes rigolardes, l’un demandant à l’autre quel effet ça fait d’appartenir à des banquiers, l’autre répondant que le ressenti est sans doute le même que celui des journalistes qui sont la propriété d’un marchand d’armes. Ils sont allés voir sur Internet qui je suis. Ils m’épargnent. Je suis là, auréolé du prestige guerrier du Grand Soir, média rigoureux, fiable et qui frappe fort. Et sur qui le mérite. Message reçu jusque dans les montagnes tibétaines.

      Bref, tous les trois, ensemble, chacun sous le regard des autres, nous voyons le Tibet avec sa religion omniprésente, les temples pleins, les monastères grouillant de moinillons, les prières de rues, les montagnes souillées par des grossières peintures bouddhistes, des chapelets de drapeaux de prière claquant au vent. Un envahissement bigot jusqu’à la nausée pour l’athée que je suis.

      Tous les trois, ensemble, chacun sous le regard des autres, nous voyons les écoles où l’enseignement est fait en tibétain (jusqu’à l’université), nous voyons les panneaux indicateurs, les enseignes, les noms des rues rédigés en tibétain, ainsi que les journaux. La télé et la radio parlent le tibétain. Le doyen de l’université de LLassa nous montre une salle contenant des dizaines de milliers de livres en tibétain. Nous assistons aussi à des spectacles (danses, chants) tibétains.

      Tous les trois, ensemble, chacun sous le regard des autres, nous voyons des couples de tibétains accompagnés d’enfants (pas d’UN enfant). La politique de l’enfant unique n’a jamais été imposée au Tibet. D’où une explosion démographique favorisée par le quasi doublement de l’espérance de vie après la fuite du dalaï lama.

      De retour en France, tous les trois, chacun sachant que les autres vont le lire, nous écrivons ce que nous avons vu. Le croirez-vous, aucun n’a écrit que « le régime de Pékin » se livrait à un génocide, éradiquait la culture tibétaine et réprimait les bouddhistes ? Et puisque j’en suis aux confidences, je vous dirai que le journaliste du Figaro m’a envoyé son article et m’a demandé ce que j’en pensais (du bien, d’ailleurs). Le croirez-vous, les gens avec qui j’ai aujourd’hui l’occasion de parler de la Chine doivent surement tous lire Libération parce qu’ils m’expliquent tranquillement que les bouddhistes sont pourchassés dans un malheureux Tibet génocidé où parler le tibétain et prier c’est s’exposer à la prison ?

      Et maintenant, continuez à bien vous tenir, je prétends que si je partais au Xinjiang avec les deux grands reporters du Monde et du Figaro, chacun marquant l’autre « à la culotte », aucun n’écrirait au retour que Beijing se livre à un génocide contre les Ouïghours, brime leur religion, éradique leur culture, charcute les enfants.
Parce que ce n’est pas vrai.
Un peu quand même ? 
Non, pas du tout.
Les charniers de #Timisoara n’étaient pas vrais « un peu » . Les Gilets jaunes n’ont pas envahi « un peu » l’hôpital de la Pitié-Salpétrière, Nicolas Maduro n’a pas été « un peu » élu contre Juan Guaido (qui n’était pas candidat, je le rappelle aux distraits), etc. (3).

      Si je partais au #Xinjiang (j’y suis allé deux fois) avec Renaud Girard et Rémy Ourdan, ils s’affranchiraient des informateurs yankees et autres menteurs professionnels, ils se distingueraient de leurs confères qui écrivent des articles d’une telle débilité qu’ils sont des insultes aux lecteurs, des crachats sur la charte des journalistes. Ils feraient leur job en se respectant.

      #Beijing hait les enfants #ouïghours jusqu’à les tuer pour prélèvement d’organes ? C’est #Goebbels qui vous le dit. Il peut même faire témoigner (de dos) un chirurgien masqué dont le nom a été changé et la voix modifiée. Goebbels peut pondre un article terrifiant à coups de conditionnels, de « selon des témoins… », de « certaines sources affirment… », de « il semblerait que…. », de « un diplomate aurait constaté », « des Ouïghours auraient disparu… » de « des organisation de défense des droits de l’homme… ». Un conditionnel dix fois répété devient un indicatif certifié.

      La caisse dans laquelle le félin #Goebbels se soulage volontiers s’appelle #Libération.

      Il y a quelques années, Le Grand Soir avait démontré qu’un article traficoté de Libération avait fait de Hugo Chavez un antisémite (« Le Credo antisémite de Hugo Chavez » https://www.legrandsoir.info/chavez-antisemitisme-et-campagne-de-desinformation-a-propos-d-un-artic ).

      Un échange vigoureux et public avait alors eu lieu entre Le Grand Soir et Libération. Nous avions les preuves, nous les avons fournies. Irréfutables. Nous avons mis en regard la phrase de Chavez et la même, après troncature par Libération. Libération ergota (4). Pour ses lecteurs, Chavez est donc resté un antisémite. Pour les lecteurs des autres médias aussi, qui choisirent de se taire pour ne pas désavouer Libération. Le clan, la #mafia

      Le journaliste coupable de cette crapulerie est #Jean-Hébert_Armengaud, promu depuis rédacteur en chef de #Courrier_International et son N+1 à Libé, qui l’a couvert jusqu’au bout, est #Pierre_Haski, aujourd’hui chroniqueur tous les matins sur #France_Inter . Promotions au mérite.

      Alors, je le redis ici en invitant mes lecteurs à vérifier : les Ouïghours et les #Tibétains sont de plus en plus (et spectaculairement) nombreux, leur culture est préservée et promue comme jamais dans leur Histoire, leur religion est (trop) libre, l’instruction fait des progrès considérables, les deux républiques autonomes du Xinjiang et du #Tibet votent des lois dont aucune ne permet d’encager les citoyens au simple motif de leur croyance, de stériliser de force les femmes ou d’amputer les enfants.

      Pour répondre plus avant à la déferlante de mensonges sur le Xinjiang, il me faudrait citer des pages entières de mon livre « Le dalaï lama pas si zen » . On pourrait croire que les instigateurs des campagnes mondiales de mensonges ont un logiciel unique avec des cases sur lesquelles cliquer pour que ça démarre.

      La #stérilisation ? « Des villages entiers » (Voir les Mémoires du dalaï lama, longuement citées dans « Le dalaï lama, pas si zen »). 
Le #génocide ? « Observateur critique de la politique chinoise, le Britannique Patrick French, directeur de la « Free Tibet Campaign » (Campagne pour l’indépendance du Tibet) a pu consulter les archives du gouvernement du Dalaï-Lama en exil. Il a découvert que les preuves du génocide étaient des faux et il a démissionné de son poste » (« Le dalaï lama, pas si zen »).

      Cependant, la publicité faite en Occident à cette affaire d’extermination (par la stérilisation et des massacres) de la population tibétaine, a largement contribué hier à un élan de compassion pour le Tibet et le bouddhisme. Aujourd’hui les mensonges « hénaurmes » sur le Xinjiang font pleurnicher les gogos, soudain épris de cette région dont ils seraient bien en peine de citer la Capitale (5).
Ce n’est pas Laurent Joffrin, Pierre Haski, Jean-Hébert Armengaud qui le déploreront.

      Je ne sais pas à qui pense l’excellente humoriste #Blanche_Gardin quand elle affirme (un peu trop crument pour être citée par un site de bonne tenue comme Le Grand Soir) que « Nous vivons dans un pays où les journalistes sucent plus de bites que les prostituées ».

      Maxime VIVAS

      Notes. 
(1) Si l’on rapporte le chiffre de #Radio_Free_Asia au nombre de Ouïghours mâles adultes, il n’en reste pas un dans les rues. Or, continuez à vous tenir bien : j’en ai vus !
      
(2) Il serait injuste de ne pas mentionner les positions exemplaires( et dignes d’un chef d’Etat) de Jean-Luc Mélenchon sur la Chine. Au demeurant, je lui sais gré de me citer et d’inviter ses contradicteurs à me lire ici et ici sur ce sujet où nous sommes synchrones, même si j’ai une liberté d’expression qu’il ne peut avoir. 

      (3) Anecdote personnelle. Me trouvant avec mon fils aîné au commissariat de police de Toulouse le samedi 4 mai 2020 pour nous enquérir du sort de mon fils cadet, Gilet jaune arrêté pour rien dans la manif (Il fut jugé en « comparution immédiate » et acquitté après 42 heures de #GAV) nous apprîmes qu’il s’était tailladé les mains pour écrire avec son sang sur les murs de sa cellule. Nous avons vécu avec cette information terrifiante (que nous cachâmes à sa mère) jusqu’au lundi 6 mai où, devant le tribunal, il apparut, les mains intactes. Il ne se les était même pas « un peu » tailladées. L’automutilation des mains était aussi vraie que l’amputation des enfants ouïghours. Nombre de #journaleux ont un flic dans leur tête.
      
(4) J’aime à raconter cette histoire du Figaro écrivant qu’un film de #Jean_Yanne était « un monument de bêtise ». Jean Yanne s’en servit ainsi dans ses pubs : « Le Figaro : « un monument ! ».
      
(5) #Urumqi, 2 millions d’habitants.
      #merdias #journullistes #médias #propagande #us #usa #Jamestown_Foundation #libération

  • [21] BD Regeneración - Pour des réformes agraires immédiates
    https://www.partage-noir.fr/21-bd-regeneracion-pour-des-reformes-agraires-immediates

    Francisco Madero est élu président le 11 octobre 1911. Malgré le départ de Díaz, la démocratisation du pays ne répond pas aux attentes du peuple mexicain. #[BD]Regeneración-_Journal_indépendant_de_combat !_Les_anarchistes_dans_la_révolution_mexicaine

    / #Pierre_Kropotkine, #Ricardo_Flores_Magón, #Enrique_Flores_Magón, William C. Owen , Fernando Palomarez

    #William_C._Owen_ #Fernando_Palomarez_

  • Fakir et Ruffin : opération infiltration - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/120720/fakir-et-ruffin-operation-infiltration

    Dans le premier épisode de sa série d’enquêtes multimédia « Le Squale, opérations secrètes », Mediapart est en mesure d’apporter la preuve que la présidence de LVMH a directement demandé, au printemps 2013, à pouvoir « infiltrer » le journal indépendant pour mieux l’espionner en temps réel et prévenir ses actions.

    La requête a été formulée sans ambiguïté par le vice-président d’alors de LVMH, Pierre Godé, le bras droit de toujours de Bernard Arnault, décédé en février 2018. L’opération d’infiltration de Fakir et de François Ruffin a été pilotée de bout en bout par Bernard Squarcini, l’ancien chef des services secrets intérieurs sous Sarkozy.

    L’ex-maître espion, reconverti dans le privé depuis sept ans, n’a par ailleurs pas hésité à mobiliser les services de renseignements ou la police pour essayer de contrer François Ruffin, qui sera l’auteur en 2015 du documentaire à succès sur Bernard Arnault, Merci Patron !

    Bonne écoute.

  • Thread // La génération volée de #La_Réunion : Les #enfants_de_la_Creuse

    Je tiens à m’excuser d’avance si y’a des fautes, j’ai pas pu tout corriger. Et les rt sont appréciés, j’y ai mis du temps 😭
    J’ai pas su où le mettre dans le thread mais les familles d’accueil étaient bien évidemment payées pour accueillir les jeunes réunionnais. Bref let’s go
    On est en 1962. L’île est dans une situation socio-économique très tendue. La Réunion est considérée comme une île du tiers monde et les réunionnais vivent dans des conditions de précarité extrêmes.
    Ils habitent dans des cazes en tôle, la Réunion est en pleine explosion démographique, les revenus sont très faibles voir inexistant.

    Pendant ce temps, la France est au beau milieu des #trente_glorieuses et les campagnes se vident.

    #Michel_Debré (alors député de la Réunion) a une idée, avec l’aide du #Bureau_pour_le_développement_des_migrations_dans_les_départements_d’outre_mer (Le #Bumidom), il lance un plan massif de #repeuplement des #campagnes_métropolitaines.

    Dans les années 60, la plupart des réunionnais n’avaient pas eu l’occasion de s’instruirent et étaient illettrés.
    Pour la majorité des cas, Michel Debré envoyait des assistantes sociales dans les familles pauvres (souvent des familles nombreuses et/ou monoparentale).
    On leurs faisait miroiter une bonne situation pour leurs enfants, qu’ils iraient à l’école, qu’ils deviendraient médecins ou avocats, en bref que leurs vie seraient meilleure mais surtout, que les enfants reviendraient tous les ans.

    D’autres fois, les parents confiaient leurs enfants pour quelques mois à la D.A.S.S, le temps de se rétablir de maladies ou d’économiser un peu d’argent et à leurs retour, les enfants avaient disparus.

    Après ça, on amenait les enfants dans une #pouponnière de St Denis de la Réunion, là bas ils pouvaient rester des années avant qu’ils ne soient considérés comme « adoptables ». Ils pouvait être très jeunes (2/3 ans) comme un peu plus vieux (15/16 ans)

    On les mettait dans l’avion en direction d’Orly et là bas il y avait un #tri. Les enfants étaient placés dans des groupes vers le #Tarn, le #Gers, les #Pyrénées-Orientales, La #Lozère et la #Creuse.

    C’est ici que le cauchemar commence réellement.
    Arrivés en Métropole les enfants sont déclarés #pupilles_de_l’Etat alors même que la majorité avaient encore des parents à La Réunion.

    Les enfants envoyés en Creuse étaient transférés au #foyer_de_Guéret, selon les témoignages ils y avaient tellement de matelas par terre qu’il était difficile de passer.
    Les enfants sont directement couper de leurs cultures et n’ont plus le droit de parler créole.

    Et il y a de nouveau un tri : certaines filles sont envoyées chez les religieuses, les garçons les plus costauds sont envoyé dans les familles d’accueil et les autres peuvent continuer « l’école » (une professeur de l’époque a avouer qu’ils faisaient plus du gardiennage)

    [TW #esclavage, #torture, #viol]
    Je vous partage trois témoignages qui seront beaucoup plus parlants que tous les mots que je pourrais employer pour décrire leurs maux.

    https://video.twimg.com/ext_tw_video/1273736383190962177/pu/vid/492x270/hKM1B9Wq7v_rmkJK.mp4?tag=10

    [Tw esclavage]

    https://video.twimg.com/ext_tw_video/1273736735973945346/pu/vid/750x406/fZDHi26kSeLrkD5o.mp4?tag=10

    [Tw torture]
    Celui là est vraiment très très dur, d’ailleurs je vous invite à regarder le témoignage en entier (le lien sera dans les sources plus bas)

    On estime que 15 à 20% des réunionnais exportés ont été victimes de #violences.
    Déjà à l’époque des voix se lèvent pour dénoncer cette injustice dans le journal Témoignages et même jusqu’en France métropolitaine dans Libération.

    Traduction de « mi ça va pas - mi ça va pas » au cas où y’en a qui ont pas compris : « J’y vais pas ! J’y vais pas ! »
    Les personnes qui osaient s’indigner de la situation étaient renvoyés à l’image du défunt Alix Hoair (je savais pas trop où mais fallait que je me mette ce grand monsieur quelque part)

    https://video.twimg.com/ext_tw_video/1273738986062852097/pu/vid/498x270/30Jk92A8U1_ysGH4.mp4?tag=10

    Il a été viré après avoir demandé plusieurs fois à ce que les enfants puissent rentrer en vacances sur leurs île.
    Aujourd’hui on sait que sur le bureau de Michel Debré il y avait des piles de dossiers qui démontraient que le programme était un échec.
    #Debré ou la définition même du négationnisme. Voici sa réponse à une lettre de #Pierre_Denoix (Directeur régional de la santé à l’époque) qui condamne la « #déportation » des réunionnais
    « [...] L’envoi des pupilles est une action marginale. Elle n’est pas moins forte utile pour des enfants dont l’avenir dans cette île est incertain. Et a donné au cours de ces dernières années les meilleurs résultats. »

    Le programme de déportation est arrêté en 1984 sous Mitterand, on estime que pendant ces 22 années 2150 enfants ont été ramenés dans les campagnes métropolitaines (ce chiffre est revu à la hausse très souvent).
    Que deviennent les ex mineure de la Creuse aujourd’hui ?

    Oh et for the culture : on dit « enfants de la Creuse » pour parler de tous les deportés même ceux qui étaient pas en Creuse. C’est parce que le premier réunionnais qui a porté plainte (Jean Jacques Martial) été en Creuse
    En 2002, un réunionnais Jean-Jacques Martial porte plainte contre l’Etat pour séquestration, maltraitance et déportation.
    (Achetez son livre.)

    Le 18 février 2014, grâce à #Ericka_Bareigts l’assemblée national reconnaît la #responsabilité_morale de la France.

    Le 18 Février 2016, une commission d’information et de recherche sur les enfants de la Creuse est ouverte. Le but est de mettre en lumière les détails de l’histoire.
    En 2019 et après deux ans d’enquête, la commission « d’un point de vu judiciaire » n’a pas pu « trouver d’éléments probatoires de rafles, de déportation, de vol d’enfants ». 🤡

    [Tw #suicide, hp]

    Beaucoup d’ex mineure de la Creuse (déjà a l’époque) se sont suicidés suite au traumatisme, énormément d’entres eux sont en hôpital psychiatrique et d’autres se sont retrouvés à la Rue.
    Nb : Les mineures de la Creuse avaient énormément de troubles (les adolescents par exemple faisaient encore pipi au lit)
    En 2013, une #statue à la #mémoire des enfants de la Creuse est érigé devant l’aéroport Roland Garros. On y voit une petite fille qui tiens une valise en étant tournée vers la mer. Selon Valérie Andanson (porte parole des enfants déracinés d’outre-mer) « ça signifie le départ »

    À l’heure où je vous parle beaucoup d’ex mineure de la Creuse n’ont toujours pas retrouvé leurs familles.
    //Fin du thread//
    Je tiens à dire qu’il y a énormément de détails dont je n’ai pas parlé sinon le thread aurait été trop long, je vous invite à checké les sources si vous voulez absolument tout savoir
    Je vous invite aussi à follow, je prépare d’autre thread du genre (coucou la stérilisation et l’avortement forcé des femmes qu’il y a eu pendant la période Debré, j’arrive pour vous)
    Sources : - mes connaissances personnelles oups
    – Les enfants de La Réunion un scandale d’Etat oublié :
    https://www.youtube.com/watch?v=pRRzeWyiAF0&feature=emb_logo


    – Le vol d’identité des enfants de la Creuse, le témoignage de Valérie Andanson :
    https://youtu.be/hRdiZGiapoU

    Une enfant de la Creuse témoigne brut :
    https://www.youtube.com/watch?time_continue=1&v=75upsqKjQLQ&feature=emb_logo

    – Les enfants perdus de La Réunion :
    https://www.youtube.com/watch?v=dResl03P1oE&feature=emb_logo

    (Celui là me fait particulièrement mal au cœur)
    –Témoignage d’une enfant de la Creuse :
    https://www.youtube.com/watch?v=ni5WeHkaK5g&feature=emb_logo

    À ABSOLUMENT REGARDER.
    – « Loin... si Loin » : le débat - Guéret 21 juin 2017 :
    https://www.youtube.com/watch?v=-k1cghs7myA&feature=emb_logo

    – Interview d’#Alix_Hoair sur les enfants de La Creuse - Creuse 2003 :
    https://www.youtube.com/watch?v=aKnrlWRiGv8&feature=emb_logo

    J’ai oublié une autre source my bad (elle est pas si importante que ça mais quand même)
    –Remise du rapport sur les réunionnais de la Creuse :
    https://www.youtube.com/watch?v=UOVVzMA9V1M&feature=emb_logo

    Et aussi, regardez la #propagande de l’époque sur le foyer de Guéret :
    https://www.youtube.com/watch?v=O1pPdBK0U0A&feature=emb_logo

    https://threadreaderapp.com/thread/1273729717275951104.html
    https://twitter.com/ChildOfSeshat/status/1273729717275951104

    #France #colonialisme #enfants #enfance #enfants_volés #immigrés_de_force #Réunion #histoire #histoire_coloniale #DASS #adoption #créole #langue #violence

    ping @isskein @karine4 @reka

  • Considérations sur les temps qui courent (IIIb)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/Considerations-sur-les-temps-qui-courent-IIIb

    Le fil qui, de nos jours, lie la production à l’échange est perdu chez ceux qui travaillent à la production d’un bien à échanger. Ce fil n’est pas perdu pour tout le monde, il n’est pas perdu pour les banquiers et ceux que l’on dit capitalistes qui ont investi de l’argent dans la production d’une marchandise et qui comptent bien le récupérer avec intérêt quand la marchandise entrera dans le vaste circuit des échanges. Les ouvriers, eux, vont travailler pour un salaire, pour un moment de l’argent, pour un moment dans le mouvement de la pensée, pour un moment éphémère englouti dans le mouvement général de l’argent ; le mouvement lui-même et son universalité leur échappe et il ne les concerne pas, ils n’ont que le particulier de l’argent, l’argent pauvre.

    La production intensive, la création des usines, la révolution industrielle, ce que l’on nomme encore avec plus de justesse la domestication industrielle, aura marqué les esprits, celui de Karl Marx ou celui de Karl Polanyi et celui de bien d’autres théoriciens du marché, comme si l’activité marchande et ce qu’ils appellent le capitalisme devaient commencer à cette époque. (...)

    #anthropologie #Malinowski #Marx #Polanyi #échange #marchandises #salaire #domestication #capitalisme #argent #Gustav_Landauer #Pierre_Clastres #pensée_magique #esprit #aliénation #État

  • « Cette épidémie électrise la gauche »
    https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/160520/cette-epidemie-electrise-la-gauche?onglet=full

    Le philosophe Pierre Charbonnier réfléchit à la matérialité des idées politiques, et à la possibilité de conserver l’idéal de la liberté à l’époque des bouleversements écologiques. Pour Mediapart, il examine la façon dont l’épidémie actuelle percute nos pensées et modes de vie.

    Auteur, en début d’année, d’un livre ambitieux, Abondance et liberté , où il montrait comment nos imaginaires et nos institutions ont été structurés par un pacte aujourd’hui impossible entre croissance et autonomie, le philosophe Pierre Charbonnier développe une « histoire environnementale des idées », distincte d’une histoire des idées environnementales.

    De cet ouvrage cherchant à cerner les « structures géo-écologiques de la pensée » et à montrer à quel point nos formes démocratiques, mais aussi nos idées politiques, sont dépendantes des sources d’énergies et des modes d’occupation de l’espace, les virus et les épidémies étaient toutefois absents.

    Nous lui avons donc demandé comment il les intégrerait dans une réflexion marquée par un moment où « la crise donne prise à l’imagination politique » mais où il faut se méfier de prêter des « capacités de révélation » au virus.

    Quel regard portez-vous sur le moment que nous venons de vivre et que le déconfinement n’a pas clos ? Est-ce une bascule ou l’accentuation d’une tendance à l’œuvre ?

    Pierre Charbonnier : Depuis quelques semaines, on est confrontés à un conflit d’interprétation entre ceux qui pensent que plus rien ne sera comme avant et d’autres qui affirment que le retour à la normale sera brutal, voire que l’ordre économique et politique en ressortira consolidé.

    On avait beaucoup dit après 2008 que le capitalisme financiarisé savait parfaitement s’adapter à ses propres crises, voire en tirer profit, et c’est certainement juste. Mais cette adaptation n’a rien de naturel et de spontané, pas plus d’ailleurs que le changement de paradigme ne l’est.

    La crise révèle néanmoins aux yeux du plus grand nombre ce qu’il en coûte à un système qu’on tend à considérer comme allant de soi pour se maintenir. Et en ce sens la crise a un effet de dénaturalisation des phénomènes sociaux, c’est en cela qu’elle est politique. Elle donne prise à l’imagination politique.

    Vit-on un exemple de ce que l’infrastructure matérielle, et souvent ignorée, de nos modes de vie est prête à nous exploser au visage ?

    Ce qui est curieux en ce moment, c’est qu’au contraire les infrastructures matérielles s’avèrent extrêmement robustes. On ne manque ni de nourriture, ni d’énergie, ni d’eau, et si des phénomènes de privation se produisent bel et bien, c’est moins à cause du virus lui-même que des inégalités d’accès aux biens essentiels qui préexistaient, et sont mises à nu. Si on veut un exemple de déstabilisation écologique majeure des bases matérielles de la subsistance, il faut plutôt regarder en Afrique de l’Est et dans le pourtour de l’océan Indien, où les invasions de criquets mettent directement en danger des millions de personnes.

    On a vu également que les chaînes d’approvisionnement alimentaires sont fragilisées, mais ce n’est pas parce qu’on n’arrive plus à produire assez de nourriture. C’est parce que l’organisation économique du secteur agricole est dépendante d’une logique absurde : les travailleurs saisonniers qui récoltent les fraises sont bloqués aux frontières, les ports de commerce tournent au ralenti et freinent de fait l’approvisionnement des pays importateurs, les Belges se retrouvent avec des tonnes de pommes de terre sur les bras, etc.

    Depuis le XIXe siècle, de nombreux économistes alertent sur le fait que l’organisation selon la loi du marché, et donc de l’amoindrissement des coûts, est gravement sous-efficiente d’un point de vue matériel. C’est cela qui est manifeste en ce moment : soumettre l’approvisionnement en biens essentiels à la logique marchande est un enfer logistique, car la logique de la valeur d’échange et celle de la valeur d’usage sont largement contradictoires.

    Mais les infrastructures matérielles, elles, surtout lorsqu’elles sont régies selon des règles sociales, tiennent bien le choc. Cela prouve d’ailleurs que nous ne vivons que partiellement en régime capitaliste : l’eau, l’énergie, la santé, sont des secteurs hautement régulés, et ce sont ces régulations qui, en limitant la raison du profit, les font tenir.

    L’idéal de liberté, dont votre dernier livre réfléchit au soubassement concret dans un souci de le préserver alors même que son sol historique se défait, vous semble-t-il sauvable par temps d’insécurité sanitaire exacerbée ?

    Lorsque j’ai essayé d’écrire cette histoire matérielle de la liberté, je me suis intéressé aux partenaires productifs et géographiques des sociétés modernes : la terre, les ressources, l’énergie, les territoires. Et on voit bien, je crois, comment nos conceptions de la justice sociale et leurs mises en forme juridiques évoluent avec les transformations techniques et écologiques. Mais j’ai laissé de côté ces autres partenaires non-humains que sont les pathogènes, virus et bactéries. Et pourtant, les circonstances écologiques qui ont accompagné l’édification de nos idéaux d’émancipation intègrent aussi l’exposition aux maladies et la gestion de leur diffusion.

    On peut même dire que le développement de la médecine a été l’un des principaux fronts de la modernisation : la connaissance des maladies, puis la possibilité d’en limiter les effets sur la population, voire de les éradiquer, ont très souvent été présentées comme des manifestations éclatantes du progrès. Autrefois assimilée à une fatalité naturelle, voire à l’expression de la Providence divine, la maladie est progressivement devenue un mal social, quelque chose qui dépend de nous. C’est ce que l’on appelle parfois en philosophie, en se référant à Rousseau, la « sécularisation de la théodicée » : nous nous proclamons maîtres de notre destin, et si le mal existe, il ne peut être renvoyé à une instance extérieure. Cette conception triomphale de la maîtrise des événements est un legs difficile à porter, car cela signifie aussi que nous nous considérons responsables de tout ce qui nous arrive.

    Au XIXe siècle, le choléra et la tuberculose en particulier ont été l’objet d’immenses campagnes de santé publique, et même d’embryons de coordination supranationale. Les découvertes de Koch et Pasteur ont donné un visage à l’ennemi autrefois invisible, et ont permis de faire en sorte que ces maladies, qui jusqu’alors humiliaient le projet moderne de contrôle de notre destin, lui soient soumises. La santé a ainsi progressivement été assimilée à un droit humain placé sous la responsabilité directe de l’État. Les historiens racontent qu’en 1955, quand le vaccin contre la polio a été découvert, les cloches ont résonné partout à travers les États-Unis.

    Donc notre liberté moderne est liée au partage de la terre, aux grèves de mineurs, à la voiture et à la maison individuelle, c’est-à-dire à ces infrastructures éco-politiques sur lesquelles j’ai travaillé, mais aussi, il faut bien le dire, à la délivrance à l’égard de la fatalité naturelle. L’idée qu’on se fait aujourd’hui d’une vie pleine et entière, en possession de ses moyens, est entièrement configurée par cette avancée du front de modernisation médical. Mais cette délivrance, comme celle qui concerne la démultiplication des richesses, a une face sombre : nous avons développé une très grande aversion à l’égard de certaines façons de mourir. La vie et la mort, en devenant des affaires intégralement sociales, ont vu leurs frontières se mouvoir.

    Alors est-ce que, aujourd’hui, nous devons à nouveau apprendre à accepter l’aléa naturel, parce que les virus et les bactéries vont devenir de plus en plus agressifs ? Je ne l’espère pas ! En ce sens, je suis bien moderne.

    Ce virus, il parle de nous, il parle de la globalisation, des inégalités, de la hiérarchisation des priorités politiques, et donc on ne peut se défausser de notre responsabilité. Mais comme le dit Mike Davis, le monstre est à notre porte, et si on ajoute cela au problème climatique, il me semble évident que nous ne remporterons plus toutes nos victoires contre les risques biologiques et écologiques sur le modèle triomphaliste de l’éradication : certaines menaces sont là pour rester, elles deviennent structurelles.

    « Voir dans l’accumulation des épisodes caniculaires, des événements climatiques extrêmes, de la fonte des glaciers ou de l’effondrement des populations d’insectes des phénomènes politiques de première importance est en décalage manifeste avec notre définition implicite de ce qui est politique », écriviez-vous en conclusion de votre dernier ouvrage. Est-ce la même chose pour cette épidémie ?

    Le caractère structural de la crise écologique et climatique fait que l’on est en train de réviser notre conception de ce qui est politique et de ce qui ne l’est pas. Le schéma productif qui a dominé la période industrielle, et a permis la constitution de l’État social sur le socle des droits conquis par les travailleurs, est en train de s’éroder, et on ne sait pas encore bien quoi mettre à la place.

    En ce qui concerne les maladies infectieuses, c’est un peu différent. Car en réalité la construction de la société moderne est étroitement liée à la prise en compte de ces maladies. Sur les conseils de mon collègue sociologue Nicolas Duvoux, je me suis retrouvé à lire ce théoricien de la solidarité sociale du début du XXe siècle, un peu oublié aujourd’hui, qu’est Léon Bourgeois. Le solidarisme est l’idéologie officielle de la IIIe République. C’est une mystique de la communauté morale et économique que forme la Nation, mais aussi de la communauté microbienne, pourrait-on dire.

    Bourgeois affirme que Pasteur est un père fondateur de la République, car en identifiant les microbes, il nous a montré que le lien entre nous n’est pas seulement idéel, mais aussi biologique : chacun étant potentiellement pour l’autre une source d’infection, la maladie est une responsabilité collective, le socle le plus tangible de la solidarité qui existe de fait entre nous.

    Et de ce constat naît la nécessité d’institutions protectrices qui traduisent la solidarité microbienne en mesures d’éducation et de prévoyance. L’éducation à l’hygiène était alors essentielle dans l’idéologie républicaine, avec les formes primitives de la sécurité sociale, et un certain paternalisme médical. La société naît donc de la nécessité de se protéger contre les effets du marché, comme disait Polanyi, mais aussi de cette opération biopolitique qui transfigure l’appartenance biologique en appartenance politique.

    Léon Bourgeois développait une réflexion très enlevée sur les devoirs qui découlent de cette condition microbienne : la liberté ne peut plus se concevoir de façon insulaire, à partir de l’individu, mais comme un système de garanties mutuelles sans cesse mis à l’épreuve par le mal social.

    Avons-nous les idées politiques et les structures de pensée aptes à penser l’événement en cours ?

    Tout le problème est de savoir si c’est un événement, ou une nouvelle condition permanente : si le virus sera parti dans quelques mois ou années, ou s’il faudra ajouter, à côté des maladies cardio-vasculaires, des cancers, etc., une nouvelle cause de décès « acceptée ».

    Dans tous les cas, et dans l’éventualité où cela devienne permanent, on a affaire à un jeu de rapidité. Les modèles épidémiologiques montrent que l’évolution de la contagion est exponentielle, ce qui implique que retarder les mesures de confinement, ou mieux de test-traçage-isolement, de quelques jours aboutit à des courbes de mortalité totalement différentes. Le week-end du premier tour des élections municipales qui a été perdu a sans doute multiplié par deux le nombre de morts…

    Donc la mobilisation rapide des moyens sanitaires est cruciale : c’est moins un enjeu idéologique que technique, cela relève de l’art de gouverner. La preuve, des pays tout à fait libéraux et individualistes, comme l’Australie, ont bien géré l’épidémie, alors qu’ils font n’importe quoi sur le climat, par exemple. Nous ne sommes pas condamnés à laisser mourir 30 000 personnes à chaque vague épidémique.

    Mais de façon plus large, il est frappant de voir à quel point cette épidémie électrise la gauche. Ça n’était pas le cas des grandes épidémies récentes. En 1918 et en 1968, où les grippes ont été très agressives, personne n’aurait eu l’idée d’y voir une défaillance du capitalisme. Le mouvement social s’adossait à d’autres pathologies, il était moins lié à la science, et il semble que tout le monde acceptait une soustraction démographique en attendant le remède. Aujourd’hui, certainement sous l’effet de la crise climatique, on a pris l’habitude d’interpréter les chocs matériels comme des défaillances politiques. C’est une excellente chose, mais encore faut-il que l’appareil interprétatif soit au point.

    Une partie des interprétations se réfugie de façon un peu simpliste dans la catégorie de « capitalisme », mais ça ne marche pas très bien. Le virus est né dans la zone de contact entre la pression économique et foncière asiatique et les réservoirs de biodiversité : c’est donc plutôt lié au développementalisme qu’au capitalisme lui-même, et à certaines habitudes de consommation qui préexistaient au décollage économique chinois.

    Il s’est diffusé en suivant les canaux de la globalisation : exact, mais si cette dernière est bien un aspect du capitalisme contemporain, c’est aussi risqué de vouloir bloquer tous les flux humains dans l’espace national, et on sait que l’on a besoin de coopération internationale pour faire de la santé publique.

    Et enfin le virus révèle l’inégale exposition aux risques sanitaires : c’est là encore une caractéristique du capitalisme que d’être inégalitaire, mais encore faut-il se mettre d’accord sur les institutions qui œuvreront à la correction de ces inégalités. Une partie de la gauche étant devenue aussi anti-étatiste que la droite, on se trouve dans l’embarras.

    Donc autant la crise climatique est vraiment une contradiction éclatante du capitalisme, car elle oppose des intérêts économiques investis dans les énergies fossiles et des multitudes de citoyens exposés aux risques, autant la pandémie actuelle se situe de biais par rapport à cette logique.

    Je ne tiens pas spécialement à congédier la notion de capitalisme, mais je crois surtout que l’on doit à présent associer notre réflexion sur l’économie politique à une bonne connaissance des assemblages entre humains et non-humains, connaissance qui nous vient de l’histoire des sciences et des techniques, de l’histoire environnementale, de la sociologie des controverses, de l’anthropologie de la nature.

    Une de vos hypothèses principales est qu’abondance et liberté ont longtemps marché main dans la main, mais que cette alliance se heurte désormais à une impasse. Comment pourrait-on contourner une alternative qui se présente souvent comme « l’abandon pur et simple des idéaux d’émancipation sous la pression des contraintes écologiques sévères » ou « la jouissance des derniers moments d’autonomie qui nous restent » ?

    La première chose à dire est qu’il n’est pas nécessaire d’être un pays très riche et à la pointe de la technologie pour faire face habilement à ce virus. Parmi les pays qui s’en sortent bien, il y en a des riches, comme la Corée ou la Nouvelle-Zélande, mais aussi de plus pauvres, comme le Viêtnam. Mis à part les tests eux-mêmes, qui sont le produit des biotechnologies avancées, mais que l’on peut produire un peu partout, la résistance à l’épidémie demande surtout des masques, du savon, de la logistique (recruter des traceurs, organiser une réponse sanitaire coordonnée), des chambres d’hôtel disponibles, et une capacité de remettre en forme l’espace public. À part les unités de soins intensifs, c’est très low tech ! Et ce qui fait la différence, c’est souvent l’implication active des citoyens informés et éduqués à l’épidémiologie, comme c’est le cas à Hawaï.

    Pour le dire en termes plus théoriques, ce qu’il faut pour éviter la catastrophe sanitaire, c’est une prévalence de la valeur d’usage sur la valeur d’échange (stocker des masques même si ce n’est pas rentable, par exemple), et avoir des institutions publiques robustes ainsi qu’une population bien préparée. Pas besoin d’être une start up nation pour réussir cela.

    La construction moderne de l’autonomie a été énormément tributaire des infrastructures fossiles, et notamment pétrolières, qui alimentent des modes de vie individualistes, centrés sur la maison et la voiture. Le contraire de ce mode de vie-là, ce n’est pas l’idéalisation de l’authenticité romantique du passé, mais le renforcement de la solidarité, qu’elle soit locale, nationale, ou supra-nationale.

    Investir sa richesse dans des équipements collectifs de luxe qui permettent de jouir du temps et de l’espace, c’est à notre portée, mais c’est en partie en tension avec la façon dont nos individualités se sont construites, car pour le faire il faut prendre sur le capital privé.

    Est-ce que cette crise va entraîner une transformation de notre sens de l’autonomie vers une forme plus collective, plus socialisée, je l’ignore. Le contraire pourrait très bien se produire. Mais le choix existe.

    Vous cherchiez à redéfinir la manière d’habiter un « territoire politique » qui nous sorte de la mauvaise alternative entre le local et le global. De quoi peut-il être fait alors qu’on assiste à un retour brutal des frontières et des États-nations comme seul mode de gestion de la crise ?

    Face à la crise, la réponse spontanée, à droite comme à gauche, est de s’en remettre à l’État, y compris comme souveraineté territoriale : on boucle les frontières, on exige une mobilisation totale et consensuelle dans l’effort. Pas étonnant que la métaphore de la guerre ait été utilisée : c’est le paroxysme d’étatisation de la société. Pourquoi pas, mais d’une part le virus fonctionne plutôt par nappes infectieuses régionales, que l’on peut contenir à des échelles plus locales que l’État-nation, et appelle à une coordination scientifique internationale ; et d’autre part on sait très bien ce qu’il advient, dans notre contexte idéologique, de ce recours d’urgence à la souveraineté. Ce qui s’est passé en Hongrie devrait retenir notre attention, et dans une moindre mesure aussi la résistance de l’Allemagne – et de la France en réalité – à la solidarité européenne.

    On vit en réalité d’emblée dans un entrelacs de juridictions dont la nation n’est qu’une strate, et les dépendances écologiques et matérielles qui nous font vivre sont indifférentes aux barrières que s’efforcent d’imposer ces juridictions. Il y a quelques semaines, le président Emmanuel Macron a donné une interview au Financial Times dans laquelle il affirme que le virus nous plonge dans une crise anthropologique, car il entrave l’idéal moderne par excellence qu’est la fluidité : fluidité des humains, du capital et de l’information, tout est bouleversé. Et il tente le coup de poker habituel : si on lâche là-dessus, on fait gagner les horribles nationalistes.

    Mais il ignore que cet idéal est un faux semblant, et que la modernité libérale n’a jamais tenu cette promesse de fluidité intégrale. Il fallait d’abord des empires pour organiser les différences de développement et de garanties juridiques à l’échelle du monde, puis il a fallu des firmes transnationales pour faire transiter le capital en fonction de nos intérêts, et la réponse nationaliste à ce globalisme-là est en quelque sorte inscrite d’emblée dans l’arrangement territorial instable de la modernité. Le souverainisme, en ce sens, est une pathologie de la globalisation.

    L’autre réaction possible est de considérer que nos appartenances politiques sont aussi des appartenances écologiques : on vit sur un territoire discontinu fait des forêts qui nous fournissent de l’oxygène, des sols cultivés loin de chez nous qui nous fournissent des aliments, ou des mines qui nous fournissent de l’énergie. Peut-être que si l’on se gouvernait en fonction de ces dépendances-là, avec l’impératif de ne pas se couper l’herbe sous le pied, nous parviendrions à protéger le véritable socle matériel de nos existences. L’atterrissage préconisé par Bruno Latour se joue là : dans la fin de ce pas de deux entre le globalisme sans terre et le souverainisme qui fétichise le local. Mais on en est loin !

    Que fait-on dans ce contexte de l’idée de progrès ? On comprend bien comment par exemple le développement, l’urbanisme, les technologies ont pu se situer aux racines de la pandémie en empiétant sur les mondes sauvages, mais on voit aussi qu’on compte pour s’en sortir sur les prouesses de la médecine…

    Oui, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je ne suis pas très à l’aise avec le concept de progrès. Ce terme contient déjà en lui-même une interprétation abusive de notre trajectoire historique, puisqu’il laisse entendre qu’elle est unitaire, que ses moteurs principaux sont les innovations des sciences et les techniques, et qu’il faudrait l’accepter ou le refuser en bloc. Les « critiques du progrès » se sont souvent fait piéger par ce terme en acceptant de façon naïve une idéalisation implicite de l’Ancien Régime, ou en laissant penser que les relations sociales préindustrielles étaient pacifiques et généreuses.

    Donc s’il faut faire une critique du progrès, il faut surtout faire une critique de cette catégorie de pensée et de ses confiscations. Prenons un exemple très simple : aujourd’hui le vélo est à la fois une technologie de déplacement ancienne, et l’avenir des mobilités urbaines – donc une technique qui nécessite une révolution urbanistique majeure.

    Alors le « progrès », ou si on veut l’amélioration, tient à un objet technique ancien qui s’insère dans une structure institutionnelle et matérielle tout à fait contemporaine. Cela rejoint ce que je disais sur le caractère low tech de l’épidémiologie populaire.

    L’autre problème avec la notion de progrès est qu’elle est terriblement occidentale. Si vous voyagez dans des pays qui n’ont pas connu la même trajectoire de développement que nous, vous verrez des gens qui possèdent des téléphones portables mais n’ont pas accès régulièrement à des toilettes. Vous verrez une économie informelle de subsistance dans laquelle s’enchâssent des projets de développement urbain, ou agricole, qui mobilisent des banques et des technologies financières très complexes. Et puis si vous allez aux États-Unis, vous verrez le pays le plus riche du monde mais sans sécurité sociale, ce qui fait dire à certains, à gauche, qu’il s’agit d’un pays sous-développé à certains égards.

    Donc notre monde socio-technique est fait d’assemblages souvent hétéroclites de techniques et de façons de gouverner qui coexistent tout en étant issues de temporalités différentes. Vous avez dans l’agroécologie, par exemple, des éléments de connaissance scientifiques de pointe, très raffinés, qui coexistent avec des savoirs traditionnels, ce qui empêche totalement d’y voir une pratique authentique ou immémoriale. La recomposition de liens sociaux plus en phase avec les exigences écologiques, et conforme à nos idéaux démocratiques, n’a donc pas pour modèle la communauté pré-moderne, le retrait de l’État, ou la haine de la technique.

    Dans un moment où nos modes de vie dévorent l’avenir, ce moment d’arrêt peut-il être l’occasion de se réapproprier le futur ?

    Ce que je disais tout à l’heure sur le front de modernisation et le rôle clé de la médecine dans cette histoire a un rapport étroit avec la conscience sociale du temps. Les sociétés modernes sont des machines à prévoir le futur : l’assemblage des capitaux sous la protection de l’État en vue de profits à très long terme, la possibilité de canaliser l’expérience collective dans des infrastructures qui permettent à peu près de savoir de quoi demain sera fait, c’est notre spécialité.

    Et bien sûr, l’impasse climatique et l’émergence des pandémies rendent ces certitudes beaucoup plus fragiles – voire les mettent à terre. Je ne sais pas du tout à quel point cette montée des incertitudes écologiques, qui s’ajoute aux incertitudes sociales classiques liées à l’emploi dont parlait Robert Castel, va affecter les représentations politiques du plus grand nombre.

    Une chose cependant peut être dite : il faut refuser de naturaliser l’incertitude. C’est le fond conceptuel de l’exigence démocratique moderne, et ni la crise climatique ni les pandémies ne doivent nous inciter à le laisser tomber. On voit bien comment les pays qui échouent à contenir l’épidémie, ou qui refusent de le faire, ont recours à ce naturalisme politique : on dit alors que c’est un événement naturel qui affecte la population, que les plus faibles sont voués à être éliminés, que l’infection est une affaire de responsabilité individuelle, et que vouloir échapper à la mort est une perversion de gauchiste. Parfois cette façon d’interpréter la maladie se confond avec des motifs religieux, comme c’est le cas aux États-Unis et au Brésil, et le contrepied avec l’idéal de solidarité microbienne, dont je parlais tout à l’heure avec Léon Bourgeois, est manifeste.

    Sur la question écologique, il en va de même : entre ceux qui nient le changement climatique et ceux qui nous condamnent à l’effondrement, c’est la même incapacité à envisager l’avenir autrement que dans l’alternative entre le business as usual et la fin du monde.

    Donc la pandémie met à l’épreuve notre contrôle du temps, notre rapport à l’avenir, et on est coincés entre un modernisme triomphaliste qui prétendait surmonter toutes les épreuves de façon définitive, et un nouveau naturalisme qui professe la loi du plus apte ou la sanction divine. Le premier est caduc, le second est criminel, donc que fait-on ?

    Tout cela peut sembler très général et très conceptuel, mais les idées imprègnent très profondément les façons de gouverner, les choix collectifs qui sont faits. Une fenêtre est peut-être en train de s’ouvrir pour envisager l’avenir autrement, comme une relance des politiques de solidarité qui s’adosserait moins à un rapport productif à l’égard des territoires, des ressources, des milieux, mais il y a du boulot pour donner forme à cette idée.

    Beaucoup de choses ont été dites ou écrites sur le « monde d’après ». Repérez-vous des idées novatrices ?

    Je suis d’accord avec ceux et celles qui disent que le virus n’a pas de vertus, et qu’il faut se méfier quand on lui prête des capacités de révélation. Mais la grande congélation de l’économie globale peut donner des indications empiriques, que peut-être il s’agirait ensuite de penser. J’en vois deux.

    La première ressort de cet article expliquant que le coronacrash est en train de provoquer la plus grande chute des émissions de GES jamais connue, entre 5 % et 8 % des émissions de l’année 2019 – en fonction des estimations et de la durée du lockdown. Cette baisse correspond à peu près, dans son estimation haute, à la baisse annuelle nécessaire pour rejoindre l’objectif de 1,5 °C de réchauffement climatique.

    Mais bien sûr ce n’est pas ce qui va se passer, car « l’économie » va redémarrer, et avec elle les émissions. Avec même sans doute un effet de rattrapage. Donc on sait deux choses : le coup de frein à apporter aux émissions est gigantesque, et surtout, il ne peut venir d’un ralentissement des infrastructures existantes, sous peine de menacer la subsistance d’un grand nombre de personnes.

    Autrement dit, pour satisfaire des exigences climatiques, ne serait-ce que minimales, il faut mettre en œuvre un monumental projet de refonte des infrastructures globales. On peut parler de nucléaire, de géo-ingénierie, de reforestation, d’agroécologie, d’économie circulaire, de tout ce que vous voulez, mais ça devrait être notre unique sujet de discussion. Ou plutôt, notre sujet de discussion devrait être : entre quelles mains va-t-on mettre ces technologies et ces infrastructures pour qu’elles servent l’intérêt commun ? Quelles relations internationales sont nécessaires à la mise en place de ce projet ? Voilà un programme qui pourrait mobiliser quelques idées sur l’après, non ? Mais pour cela il faudrait que les écolos arrêtent de parler de façon consensuelle de la Terre qu’il faut sauver, et accepter de déclarer la guerre.

    Le second point est lié à l’action de l’État dans la fameuse « relance » économique. Je crois que l’on n’a pas suffisamment souligné le caractère révolutionnaire de la proposition toute simple faite dans différents contextes parlementaires, en France par exemple, et qui consiste à conditionner le sauvetage des entreprises en difficulté à des contraintes environnementales. Si on prend cette proposition au pied de la lettre et de façon conséquente, cela signifie que la relation entre l’État et le capital s’affranchit totalement de l’impératif productif. En gros, on ne subventionne plus la création de richesse écologiquement néfaste.

    Cela ne signifie pas que Air France ou Renault doivent s’ajuster à des mesures marginales sur leur modèle économique, mais que l’on utilise les richesses gigantesques de l’État, c’est-à-dire les nôtres, pour faire basculer l’édifice économique d’une théorie de la valeur à une autre. Certainement que les concepteurs de cette proposition ne voient pas les choses de façon aussi radicale, mais en tout cas on pourrait suggérer d’aller jusqu’au bout de la logique et de susciter un séisme majeur dans l’économie capitaliste de production. Avec bien sûr, comme l’a rappelé par exemple Gaël Giraud, la question de l’emploi dans ce basculement.

    Quel type de socialisme faudrait-il réinventer, si c’est le mot qui convient, pour espérer un monde d’après habitable, c’est-à-dire à la fois vivable et soutenable ?

    La question est de savoir si le socialisme du XXIe siècle est celui qui empêche que toutes ces catastrophes ne se produisent, ou celui qui les encaisse, limite leur portée, et distribue de façon socialement juste leurs effets. J’ai pas mal d’amis anticapitalistes qui ont l’air de penser, en affirmant que tout ce qui nous arrive est l’œuvre du capitalisme, que le socialisme est un rempart contre toute pathologie sociale, qu’avec lui « rien de tout ça ne nous serait arrivé ». Je n’en crois rien, et je crois qu’il ne faut pas faire de fausses promesses. Pour l’avenir radieux, c’est trop tard.

    En revanche, dans une période caractérisée par la certitude de crises écologiques majeures et la forte probabilité de crises sanitaires, s’équiper d’un outil politique haut de gamme, qui résiste bien aux chocs et qui organise l’effort collectif vers la justice sociale, cela me semble nécessaire.

    #Pierre_Charbonnier #covid-19

  • Entretien avec Pierre Madelin
    « L’écologie politique s’affirme
    comme une réflexion critique de la modernité »

    par Kévin Boucaud-Victoire, Pierre Madelin

    https://lavoiedujaguar.net/Entretien-avec-Pierre-Madelin-L-ecologie-politique-s-affirme-comme-u

    Pierre Madelin vit depuis 2012 dans l’État mexicain du Chiapas. Dans un essai d’écologie politique publié en 2017, il analyse le capitalisme et ses effets sur l’environnement en tentant de tracer une voie de sortie décroissante, radicale et libertaire.

    « Je suis parfaitement d’accord avec Cornelius Castoriadis pour dire que la modernité est traversée par une tension entre deux grandes significations imaginaires : une signification imaginaire de domination rationnelle du monde, et une signification imaginaire d’autonomie. Pendant longtemps — c’est tout le sens des philosophies progressistes de l’histoire —, on a pensé que ces deux significations imaginaires étaient indissociables l’une de l’autre, que l’émancipation des hommes passait nécessairement par la soumission de la nature. Aujourd’hui, nous savons qu’il n’en est rien. Non seulement l’autonomie se trouve menacée là même où elle s’était affirmée avec le plus de vigueur depuis deux siècles, c’est-à-dire dans l’espace politique (quelles que soient les imperfections de la “liberté” dans les régimes libéraux, la laïcité marque bien une autonomie du politique par rapport au religieux, les libertés fondamentales une autonomie de l’individu par rapport au corps social et à l’arbitraire de l’État, etc.), mais notre maîtrise croissante (ou notre illusion de maîtrise) de la nature et l’avancée du capitalisme qui l’accompagne détruisent également l’autonomie des individus et des sociétés dans leurs espaces domestiques et communs, comme s’est employé à le montrer Ivan Illich dans l’ensemble de son œuvre.

    Jamais société n’avait porté l’étendard de la liberté avec autant d’ardeur, et jamais pourtant elle n’avait détruit avec autant de zèle les formes concrètes de la liberté et de l’autonomie. » (...)

    #Pierre_Madelin #Castoriadis #autonomie #Ivan_Illich #domination #écologie #interdépendance #capitalisme #Serge_Latouche #Anselm_Jappe #Chiapas #zapatisme #autochtonie #John_Holloway #Zygmunt_Bauman #Simone_Weil #Mélenchon #Val_Plumwood #ZAD

  • Après le capitalisme
    Essai d’écologie politique

    Ernest London

    https://lavoiedujaguar.net/Apres-le-capitalisme-Essai-d-ecologie-politique

    Le principe du capitalisme est de priver les individus de leur capacité à satisfaire leurs besoins pour les forcer à le faire par la médiation du marché. Sous sa forme moderne, la séparation du travailleur avec ses moyens de production ou de subsistance s’est étendue à ses moyens de locomotion, de cognition, d’habitation, de reproduction. L’opposition au capitalisme s’élargit et dépasse les appartenances de classe, au nom d’un « choix politique contingent face à une situation singulière », en opposition à un projet écocide par exemple.

    La crise écologique impose de prendre des décisions politiques radicales contraires aux intérêts du capitalisme. La transition écologique, si elle n’est pas accompagnée d’une transition politique, ne servira qu’à augmenter les inégalités et renforcer la domination des élites dirigeantes sur la société. Au nom du « capitalisme vert », EDF et d’autres entreprises ont recouvert l’isthme de Tehuantepec, dans le sud du Mexique, du plus grand champ éolien des Amériques (...)

    #Pierre_Madelin #essai #capitalisme #limites #écologie #crise #effondrement #possibilités #Anselm_Jappe #État #Günther_Anders #John_Holloway #brèches #Bernard_Charbonneau #EZLN #Kurdistan

  • Pierre Charbonnier : « L’écologie ne nous rassemble pas, elle nous divise »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/14/pierre-charbonnier-l-ecologie-ne-nous-rassemble-pas-elle-nous-divise_6039590

    La stratégie de la communion universelle est assez ancienne dans la mouvance environnementaliste, mais aujourd’hui elle crée le malaise, en particulier dans les rangs écologistes les plus conséquents, car l’unanimité dont elle se prévaut est feinte, incantatoire, et inefficace.

    On peut même craindre que cette stratégie soit contre-productive. Et s’il en va ainsi, c’est parce qu’elle occulte une vérité un peu plus inconfortable : l’écologie, c’est-à-dire la volonté de rendre la reproduction d’une société des égaux et la reproduction du milieu compatibles à long terme, nous divise bien plus qu’elle nous rassemble.

    #Pierre_Charbonnier #écologie_politique #écologie

  • Pierre Clastres l’intempestif ou un Indien parmi nous

    Hicham-Stéphane Afeissa

    https://lavoiedujaguar.net/Pierre-Clastres-l-intempestif-ou-un-Indien-parmi-nous

    Eduardo Viveiros de Castro
    Politique des multiplicités. Pierre Clastres face à l’État

    L’ouvrage qui paraît ces jours-ci [en novembre 2019] aux éditions Dehors de l’anthropologue brésilien Eduardo Viveiros de Castro, Politique des multiplicités. Pierre Clastres face à l’État, a été publié à l’origine en 2010 comme introduction à la deuxième édition en anglais du livre posthume de Pierre Clastres intitulé Recherches d’anthropologie politique, puis a été republié en portugais l’année suivante, sous une forme modifiée, avant d’être traduit en français dans la présente édition par les bons soins de Julien Pallotta.

    Il s’agit d’un volume de petit format, très élégant, qui constitue à sa manière un double événement, aussi bien par le sujet qu’il traite que par l’auteur qui le fait. Viveiros de Castro et Pierre Clastres comptent en effet parmi les anthropologues les plus prestigieux de la discipline : le premier est un spécialiste de premier rang des sociétés amérindiennes, et l’auteur d’un livre unanimement salué comme l’un des plus importants de ce début de XXIe siècle sous le titre de Métaphysiques cannibales ; le second est une figure légendaire de l’anthropologie, brutalement disparue le 29 juillet 1977 dans un accident de voiture à l’âge de quarante-trois ans, et l’auteur d’un livre dont le titre est devenu un véritable slogan, La Société contre l’État, paru en 1974. (...)

    #Viveiros_de_Castro #Clastres #anthropologie #politique #dialogue #Deleuze #Guattari #Anti-Œdipe #Lévi-Strauss #société-contre-l’État #Brésil

  • #Pierre_Bühler | #Asile et #coronavirus : l’actualité au prisme de l’éthique

    Pierre Bühler, contributeur régulier de la revue Vivre Ensemble, nous livre une analyse fine de la gestion de la crise sanitaire vis-à-vis des populations de personnes exilées. Il scrute ainsi l’actualité de ces dernières semaines en nous aidant à la comprendre à travers le prisme de principes philosophiques éclairants. De la situation dans les camps sur les îles grecques, en évoquant le manque de sauvetage en Méditerranée, pour revenir sur la décision de maintien des procédures d’asile en Suisse, l’auteur interroge les notions d’éthique et de morale qui peuvent entrer en conflit et la façon dont ces conflits sont tranchés. La déontologie est-elle sacrifiée aux diverses finalités politiques ? Ou en d’autres termes : le fait que “chaque être humain doit être protégé” préside-t-il aux décisions et mesures prises dans ce contexte de crise ? S’inspirant de Paul Ricoeur et de John Rawls, Pierre Bühler rappelle que : “ce n’est pas au prix de la déontologie que nous pouvons viser ‘une vie bonne avec et pour l’autre dans des institutions justes’, mais bien plutôt avec elle pour fondement et pour référence. “

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    L’actualité s’est précipitée, ces dernières semaines, et il est bon de prendre un peu de recul, pour tenter de réfléchir à ce qui se passe du point de vue de l’asile en ces temps de #crise_sanitaire.

    Un petit modèle théorique

    Dans sa grande Théorie de la justice[1], le philosophe anglophone #John_Rawls distingue deux perspectives fondamentales qui peuvent s’entrecroiser et entrer en conflit l’une avec l’autre. Nous avons des visées, des velléités de #justice, nous nous efforçons vers des buts : c’est l’aspect téléologique (du terme grec telos, le but, la finalité). Sous cet angle, #Rawls est en débat avec l’#utilitarisme, une position très répandue dans le monde anglo-saxon et qui peut dire que le #sacrifice de quelques-uns est légitime, si cela contribue au plus grand bien pour le plus grand nombre possible. Selon la formule traditionnelle : la fin justifie les moyens. Pour Rawls, une telle position entre en conflit avec la perspective qu’il appelle déontologique (du grec deon, ce qui doit être, le devoir) : au nom des droits et devoirs humains, il n’est pas légitime de sacrifier qui que ce soit, chaque être humain étant à protéger. Ainsi, pour lui, toutes nos téléologies doivent être constamment soumises à la déontologie.

    Pour faire court, il en déduit deux principes de justice : le premier, c’est que toutes les personnes sont égales de droit et doivent avoir des chances égales ; le second dit que si des #inégalités sont nécessaires, elles doivent toujours être organisées de manière à améliorer la situation des plus défavorisés (c’est ce qu’il appelle la #règle_du_maximin : « #maximaliser_les_minima »).

    Dans ce qu’il a appelé sa « petite éthique » dans son livre Soi-même comme un autre[2], le philosophe français #Paul_Ricœur a repris cette idée, en articulant éthique et #morale : l’éthique est portée par ce que nous visons : nous voulons « une vie bonne avec et pour l’autre dans des institutions justes » ; la morale nous impose un certain nombre de #normes et d’#obligations indispensables auxquelles nous devons nous plier. Le troisième moment de la « petite éthique », c’est ce que Ricœur appelle la « #sagesse_pratique » : parce que les visées et les normes entrent constamment en conflit, il faut apprendre à assumer notre action concrètement, en affrontant les #conflits avec courage.

    Ce petit modèle théorique me permet de relire certaines réalités vécues ces derniers temps, car nous sommes en régime de sagesse pratique, et dans les conflits que nous vivons, c’est bien souvent la déontologie qui est sacrifiée aux diverses téléologies.
    Les mesures d’urgence sanitaire

    Les gouvernements ont pris, plus ou moins rapidement et plus ou moins judicieusement selon les pays, des #mesures_d’urgence contre la propagation du coronavirus. La #protection_sanitaire de la population constitue, certes, une #exigence_déontologique, mais elle menace temporairement la #déontologie plus fondamentale. Elle suspend certains #droits_fondamentaux qui nous sont, en temps normal, garantis constitutionnellement : la #liberté_de_mouvement, la #liberté_de_rassemblement, etc. Pour faire passer l’état d’urgence du #confinement, on peut parler massivement d’une #guerre à mener, comme l’a fait le président Macron. Mais il n’en reste pas moins la nécessité de veiller à la déontologie, car la fin risque ici aussi de justifier trop rapidement les moyens (par exemple, la #surveillance_numérique des rassemblements ou des relations interpersonnelles pour le bien du #traçage de la propagation – danger du « Big Brother is watching you », à l’aide des smartphones !). Comme le confinement, le #déconfinement contient un grand risque de #discriminations, et il faudra y veiller !

    Du point de vue du système démocratique, cette tâche de veilleur reviendrait au pouvoir législatif, et heureusement que les parlements vont enfin reprendre leur travail, après une pause déontologiquement problématique. C’est encore plus catastrophique lorsque le parlement donne plein pouvoir à l’#exécutif, comme c’est le cas en Hongrie !

    La crise sanitaire a révélé des dysfonctionnements majeurs. J’aimerais en évoquer deux, avant d’en venir aux implications pour les questions d’asile.
    a) En amont : ces dernières années, le #système_de_santé a subi d’énormes pressions économiques : il fallait le rentabiliser, et donc le réduire au minimum, en économiser les coûts. La pandémie a montré le danger de ces #téléologies_économistes et souligné la nécessité déontologique d’un système de santé solide, digne de respect (quand on voit des néo-libéraux applaudir à 21h l’héroïsme du personnel soignant, on a juste envie de les pousser de leurs balcons – pardon pour cette parenthèse : elle n’est pas « déontologiquement correcte » !).

    b) En aval : certes, l’économie a souffert, et il est donc légitime de penser à l’avenir de celles et ceux qui sont au chômage, qui ont perdu leur travail, etc. Mais je me demande si ceux qui réclament à grands cris des investissements pour la relance économique pensent aux plus défavorisés et portent le souci déontologique d’un « maximin ». Je crains qu’ils ne songent plutôt à leur propre profit, à se refaire une santé financière, ou tout simplement à faire remonter d’urgence le sacro-saint PIB ! Retour aux affaires, alors que la crise serait une bonne occasion de faire le point, de se demander ce que nous voulons et ce que nous devons (krisis, en grec, signifie le jugement). Et déjà on soupçonne les démunis de vouloir profiter : « l’aide d’urgence ne doit pas devenir un oreiller de paresse », dixit Guy Parmelin.
    Asile : pas de « maximin » !

    Venons-en aux conséquences dans le domaine de l’asile. Ici aussi, le second principe de justice ne s’est pas appliqué. La pandémie a, certes, suscité un grand mouvement de solidarité, mais elle a aussi révélé des disparités dans l’exercice de cette dernière. Ce ne fut pas de la « solidarité sans frontières » … Donnons quelques exemples.

    Je viens de parler de celles et ceux qui ont perdu leur travail, et les requérant-e-s d’asile en sont. Ils risquent de se retrouver parmi les plus défavorisés des plus défavorisés, car on ne se souciera d’eux qu’en tout dernier, si personne ne prend leur défense.
    Nous avons pu observer combien l’idée de l’école à la maison a mis des familles de requérant-e-s d’asile en situation difficile : manque de matériel informatique, connaissances lacunaires de la langue d’enseignement, et donc grandes difficultés d’assumer les tâches déléguées d’enseignement. Il y a un danger de fracture sociale.
    Les plus exposés à la pandémie sont les plus fragilisés, et il était donc du devoir de la société d’appliquer les règles de confinement là où elles sont le plus nécessaires, notamment dans les centres d’accueil de requérants d’asile. Mais combien a-t-il fallu insister, et insister pour que cela se fasse, et à l’heure où j’écris ces lignes, il y a des lieux où cela n’est toujours pas fait.
    Enfin le droit d’asile lui-même est devenu victime de la pandémie. En effet, on a déclaré les frontières fermées, même si les frontaliers pouvaient la passer tous les jours, même si on pouvait rapatrier par milliers des citoyens bloqués à l’étranger. Mais elles sont résolument fermées pour les requérants d’asile : plus de possibilité de déposer une demande d’asile – violation du droit international, et donc problème déontologique fondamental.

    Le sauvetage en mer : une déontologie à la dérive

    J’étends quelque peu les perspectives. Le droit marin est absolument clair : toute personne en danger de se noyer doit être sauvée, qui qu’elle soit. Comment se fait-il que cette déontologie marine soit devenue aussi impossible en Méditerranée au fil des ans ? Au point où il faut lutter pour avoir le droit de faire une opération de sauvetage, puis obtenir un accueil dans un port sans devoir forcer les barrages, puis éviter la mise sous séquestre du bateau ? Alors qu’on compte depuis 1993 à 2018 environ 36’000 naufragés dont la mort a pu être documentée. Pour celles et ceux qui peuvent lire l’allemand, je recommande vivement, sur ce sujet, les livres publiés par les deux jeunes capitaines allemandes Carola Rackete et Pia Klemp, qui se sont battues et se battent encore sur ce front[3].

    La déontologie maritime a été disqualifiée par l’Europe : les sauveteurs sont accusés de faire du trafic d’êtres humains, en collaboration avec les passeurs. Et l’approche du problème se fait économique : si nous offrons un sauvetage, cette offre provoque un appel d’air ; plus il y a de navires de sauvetage, plus il y a de bateaux de fugitifs qui arrivent. Pour « réguler ce flux » (oui, c’est comme ça qu’on parle…), il faut réduire l’attrait. Il n’y a donc plus qu’une téléologie : renforcer la surveillance des frontières extérieures, et donc développer Frontex, à coup de milliards, et quant aux fugitifs sur leurs barques de fortune, la meilleure attitude, c’est de « laisser mourir » ou de « refouler vers les camps de la Libye »[4]. Ce faisant, l’Europe trahit ses principes fondamentaux, la déontologie qui constitue sa base.

    L’arrivée du coronavirus a permis de renforcer cette fermeture de la forteresse Europe. Un à un, les pays déclarent leurs ports pas sûrs et donc fermés à toute arrivée de rescapés (comme s’ils avaient été très ouverts auparavant…) ; les bateaux de sauvetage sont mis en panne ; les sauvetages sont bloqués. Mais les bateaux de fugitifs continuent de partir en mer, ce qui, d’ailleurs, contredit tragiquement la théorie économique de l’offre et de la demande… Mais la téléologie de la fermeture des frontières a pris le pas sur la déontologie du droit marin.
    Les camps des îles grecques : un utilitarisme à outrance…

    Environ 40’000 hommes, femmes et enfants vivent dans des camps prévus pour environ 6’000 personnes, dans des conditions innommables : la gale et d’autres maladies se répandent, la nourriture, distribuée dans des longues queues d’attente, est souvent déjà avariée, l’hygiène est rudimentaire ou inexistante, la violence sévit, les femmes subissent des viols, les enfants s’automutilent ou se suicident par désespoir, et régulièrement des incendies dévastent des parties des habitations, tandis qu’aux alentours, des groupes d’extrême-droite répandent la terreur. La description que fait Jean Ziegler dans son livre Lesbos, la honte de l’Europe[5] est sidérante. Mais ce qui est peut-être encore plus frappant, c’est comme il montre que cette misère est délibérément voulue : l’Europe laisse croupir les fugitifs entassés dans ces camps pour dissuader d’autres de venir, en montrant combien peu attractive et non accueillante est l’Europe. Au sens de Rawls, un utilitarisme à outrance : 40’000 personnes utilisées pour protéger l’Europe d’un « flux migratoire » (toujours le « flux » …) incontrôlable. On signalera en passant que Mme von der Leyen a intégré au département européen pour la migration la tâche de « la protection du style de vie européen ». D’ailleurs, lorsqu’une délégation de Bruxelles est allée visiter la frontière gréco-turque, elle a félicité la Grèce dans sa fonction de « bouclier de l’Europe », et l’aide qui lui a été promise à cette occasion, c’était « plus d’équipement technique, comprenant des bateaux, un avion de surveillance maritime, ainsi que des véhicules (équipés de dispositifs de vision nocturne) avec lumière thermique ». Donc, en somme, plus de Frontex, plus de militarisation des frontières ! Une fois de plus, une téléologie s’est imposée par rapport au devoir moral : l’Europe doit se protéger d’une menace à ses frontières extérieures, et dans l’Est de l’Europe, on entend même dire que ces fugitifs souilleraient la pureté ethnique de la population.

    Une possible propagation du coronavirus dans ces camps de la honte serait une catastrophe, car un confinement est impossible (longues queues d’attente, un robinet d’eau pour 1’300 personnes, familles nombreuses dans de petites tentes de fortune, etc.). La menace de la crise sanitaire a été l’occasion pour les autorités grecques de fermer complètement les camps, si bien que même le personnel des ONGs ne peut plus y entrer. Ce bouclage protège peut-être provisoirement du virus, mais suscite surtout une grande peur dans les camps, qui se décharge facilement dans des émeutes et des affrontements avec la police omniprésente.
    En réponse aux appels de Pâques : « pas de crise »

    La misère qui règne dans les camps grecs, amplifiée par la menace de la pandémie, a conduit de nombreux mouvements à lancer des appels de Pâques au Conseil fédéral, lui demandant de poser un signe clair, susceptible de faire bouger l’Europe, en accueillant immédiatement plusieurs milliers de fugitifs en Suisse, l’impératif déontologique étant d’évacuer ces camps le plus vite possible[6]. La réponse est négative. Comme elle l’avait déjà annoncé depuis plusieurs mois, après une procédure assez compliquée, la Suisse se contentera provisoirement d’accueillir mi-mai 21 ou 22 mineurs non accompagnés ayant de la famille en Suisse, comme le Luxembourg qui vient d’en accueillir 12 et l’Allemagne 47. Comme le disait une journaliste dans le journal allemand Die Republik, le message de telles actions est en somme : « Rassurez-vous, nous vous protégeons des réfugiés. »

    Mais la pression continue, car les appels de Pâques sont portés par une forte vague de sympathie. Je vous propose de relire la petite description de la misère dans les camps des îles grecques faite ci-dessus, puis de lire la réponse aux appels de Pâques de Mario Gattiker, secrétaire d’État aux migrations, dans une interview de la NZZ : « La situation en Grèce est difficile, mais il n’y a pas de crise. » Le gouvernement grec peut et doit faire son travail, et la Suisse l’aidera : en améliorant et en accélérant les procédures d’asile, on résoudra le problème des camps. Que faut-il de plus dans ces camps pour que le fonctionnaire bernois inamovible reconnaisse qu’il y a une crise ? Et surtout, que fait-il de la thèse de Jean Ziegler que ces camps doivent rester pour continuer de dissuader, que la téléologie européenne, c’est que ces « hot spots » doivent rester brûlants, incandescents ?
    L’État de droit – sous plexiglas …

    Dans le cadre du confinement, toutes les procédures judiciaires en Suisse ont été interrompues, sauf en matière d’asile. Même si c’est dans des conditions difficiles, les auditions de requérant-e-s d’asile et les prise de décision au SEM et au TAF ont continué, en mettant en danger la santé des personnes impliquées. Des décisions de renvoi ont été prononcées (en Grèce, notamment !), même si le renvoi ne peut pas se faire. Suite à de nombreuses protestations, appelant à interrompre ces procédures, elles furent brièvement interrompues pour aménager les salles d’audition selon les règles de confinement, notamment par l’installation de vitres en plexiglas, ce qui a permis de les reprendre de plus belle dès le 1er avril (et ce ne fut pas un poisson d’avril !).

    Pour justifier cette poursuite des procédures dans des interviews, Mme Keller-Sutter et Mario Gattiker ont invoqué l’État de droit, je dis bien : l’État de droit ! Joli paradoxe : pour poursuivre leur obsession administrative de liquidation des requêtes d’asile, ils ont revendiqué la déontologie : « Particulièrement en temps de crise, l’État de droit doit se montrer fort. » Même si les juristes et les traducteurs sont à distance – ou manquent –, même si les conseillers juridiques sont en télétravail et s’efforcent du mieux qu’ils peuvent de mener à bien leur mission, même si les médecins luttent contre le virus et n’ont pas le temps de faire des rapports médicaux, l’État de droit sous plexiglas continue son travail… Seule concession : on allonge un peu les délais de recours…

    On prétend d’ailleurs respecter les efforts sanitaires des autorités supérieures, mais les contradictions n’ont pas manqué. Un seul exemple : un requérant d’asile kurde du nom de Sangar Ahmad travaillait depuis plusieurs semaines avec son entreprise de nettoyage à désinfecter les locaux hospitaliers vaudois, mais il a dû interrompre ce travail fort utile le 13 avril, parce qu’un rejet de son recours l’obligeait à quitter ce travail et à entrer dans le régime de l’aide d’urgence. Rendu attentif à ce problème par une pétition, le SEM a prolongé le délai de deux mois : on espère que la crise sanitaire sera terminée ou qu’un vol de renvoi sera possible. Obsession de la téléologie, quand tu nous tiens…
    En guise de conclusion : Dürrenmatt et la Suisse

    Pour parler avec Ricœur : les conflits relevant de la sagesse pratique conduisent souvent à la défaite de la déontologie. Or, ce n’est pas très sage. La sagesse doit nous appeler à tenir tête à cette hégémonie des velléités qui contournent le devoir, qui font que si souvent ce qui doit être n’est que ce qui devrait être et n’est pas. La sagesse pratique nous appelle donc à être des veilleurs de la déontologie, dévoilant sans cesse les fausses téléologies, car ce n’est pas au prix de la déontologie que nous pouvons viser « une vie bonne avec et pour l’autre dans des institutions justes », mais bien plutôt avec elle pour fondement et pour référence.

    Le jeune Dürrenmatt, dont nous fêterons le centenaire en janvier prochain, l’exprimait dans un texte de 1950 dans lequel il se demandait quel serait l’avenir de la Suisse dans l’Europe en train de se construire. J’en cite quelques phrases qui me paraissent encore d’actualité et qui me serviront de conclusion :
    « Seule une Suisse qui garantit aux réfugiés toute la protection et toute l’aide possibles a un droit d’exister. C’est notre premier devoir politique de penser d’abord aux autres, puis à nous. Nous ne pouvons jamais faire assez pour les exilés, car nous justifions ainsi notre existence. Chaque cuillérée de soupe que nous leur donnons a plus de valeur que tous les discours de nos pères de la patrie et de nos professeurs. […] Aucun État ne repose autant sur la justice que la Suisse. Ce n’est qu’en justice qu’une liberté est possible qui ne soit pas le règne de l’arbitraire. La justice est la plus haute tâche de la Suisse. […] Nous devons comprendre que nous sommes à un tournant de l’histoire. Une Suisse future n’est pensable que comme l’État le plus social du monde, sinon elle sera mentionnée occasionnellement comme une curiosité dans l’enseignement de l’histoire des générations futures. »[7]
    Pierre Bühler,
    Neuchâtel/Zurich

    [1] Publiée en anglais en 1971, elle a paru en traduction française en 1987 (Paris, Éd. du Seuil ; 667 pages !).

    [2] Paris, Éd. du Seuil 1990.

    [3] Carola Rackete, Handeln statt Hoffen. Aufruf an die letzte Generation, Munich, Droemer, 2019 : Pia Klemp, Lass uns mit den Toten tanzen. Roman, Augsburg, MaroVerlag, 2019.

    [4] Cf. l’excellent dossier à ce sujet dans la Gazette de Vivre ensemble #5 que nous venons de recevoir.

    [5] Paris, Éd. du Seuil, 2020.

    [6] Ces appels peuvent être lus sur le site www.asile.ch.

    [7] Friedrich Dürrenmatt, Meine Schweiz. Ein Lesebuch, Zurich, Diogenes, 1998, p. 240-241 (trad. P. Bühler)

    https://asile.ch/2020/05/06/pierre-buhler-asile-et-coronavirus-entre-deontologie-et-teleologie
    #migrations #réfugiés #covid-19 #applaudissements #économie #école_à_la_maison #fermeture_des_frontières #sauvetage_en_mer #droit_marin #Etat_de_droit #Dürrenmatt

    ping @isskein @karine4 @thomas_lacroix

  • L’extrême droite tue encore


    En Allemagne, mais aussi ailleurs en Europe, les crimes racistes font leur retour. Les auteurs de ces actes se sentent encouragés par les nouvelles droites, qui diffusent de façon décomplexée leurs théories sur une « race blanche » prétendument menacée. Enquête sur un phénomène particulièrement inquiétant.

    Le 2 juin dernier, à Kassel, Walter Lübcke a été abattu à bout portant. Ce meurtre d’un membre de la CDU ouvertement pro-migrants, a ébranlé toute la société allemande. Car pour la première fois depuis la chute du régime nazi, un homme politique était assassiné par l’extrême droite. Comme l’a révélé l’enquête, le suspect principal, Stephan E., et son complice présumé, Markus H., appartenaient à la même mouvance. Ce meurtre n’est qu’un exemple parmi d’autres. Dans le collimateur des droites extrêmes, on trouve les migrants, les juifs, les musulmans, les membres de la gauche, les journalistes…

    https://www.youtube.com/watch?v=najaYvIJs5k


    #Walter_Lübcke #Kassel #Allemagne #assassinat #KAGIDA #anti-réfugiés #islamophobie #Lohfelden #valeurs #néo-nazis #extrême_droite #film #documentaire #film_documentaire #haine #cible #Erika_Steinbach #menaces_de_mort #Pegida #criminel_isolé #violence #idéologie #meurtre #NSU #Halit_Yozgat #glorification #anti-sémitisme #antisémitisme #grand_remplacement #Halle #France #Bayonne #Pierre_Serne #Henriette_Reker #Jo_Cox #acte_isolé #loup_solitaire #National_action #AFD #pogrom #incendies #feu #racisme #xénophobie #Combat_18 #terrorisme_de_droite #Blood_and_honor #radicalisation #haine_raciale #Hanau

  • Gébé, on arrête tout, on réfléchit, un nouveau docu d’1h de Pierre Carles sur Gébé
    http://www.pierrecarles.org/-rubrique16-

    L’arrêt général de la production des biens et des services conduit les citoyens à s’interroger collectivement sur ce qu’il serait nécessaire de continuer de produire et de consommer mais aussi ce qu’il serait souhaitable de cesser de fabriquer dans notre société. Le film résonne avec la situation actuelle, même si l’arrêt – partiel – de la production est de nos jours quelque chose de subi et non pas une situation choisie.

    Avec Gébé, on arrête tout, on réfléchit nous essayons de rendre hommage – trop tardivement, certes – à ce grand bonhomme à qui nous devons beaucoup, à cet esprit indépendant dont l’œuvre, parfois déroutante, mérite un détour. Ce petit film vous est proposé en accès libre, gratuitement. Vous pouvez le faire circuler à votre guise. Il a néanmoins nécessité le travail de plusieurs personnes pour voir le jour (monteurs, mixeurs, documentalistes, graphistes, etc.). Aussi, n’hésitez pas soutenir financièrement cette réalisation indépendante en faisant un don sur le site www.pierrecarles.org Nous espérons être en mesure de vous proposer d’autres films de ce type à l’avenir.

    https://tube.aquilenet.fr/videos/watch/4f4601fb-8f1a-4a6a-b02e-2b8478d1b79e

    #documentaire #Gébé #Pierre_Carles

  • [11] #Augustin_Souchy - Visite chez #Pierre_Kropotkine
    https://www.partage-noir.fr/augustin-souchy-2-attention-anarchiste-11

    Quelques mois avant sa mort, Kropotkine avait exposé son point de vue sur la Révolution russe dans une « Lettre aux travailleurs d’Europe de l’Ouest ». Il y demandait entre autres l’ouverture de relations diplomatiques entre les pays occidentaux et la Russie révolutionnaire ; cette revendication devait être relayée par les travailleurs et tous les milieux progressistes occidentaux. Augustin Souchy 2 - Attention : anarchiste !

    / Pierre Kropotkine, Révolution russe (1917-1921), Augustin Souchy

    #Augustin_Souchy_2_-_Attention :_anarchiste ! #Révolution_russe_1917-1921_

  • [10] #Augustin_Souchy - Visite chez #Pierre_Kropotkine
    https://www.partage-noir.fr/augustin-souchy-2-attention-anarchiste-10

    Enfin, je devais faire personnellement la connaissance du « grand old man », dont l’œuvre représentait tant pour moi et dont des amis communs m’avaient tant vanté les qualités de cœur et la nature séduisante. La visite chez Pierre Kropotkine fut le plus beau moment des six mois que je passai en Russie. Augustin Souchy 2 - Attention : anarchiste !

    / Pierre Kropotkine, Révolution russe (1917-1921), Augustin Souchy

    #Augustin_Souchy_2_-_Attention :_anarchiste ! #Révolution_russe_1917-1921_

  • [09] #Augustin_Souchy - De la répression à la terreur de masse
    https://www.partage-noir.fr/augustin-souchy-2-attention-anarchiste-09

    Des compagnons d’idées russes me parlèrent des abus de pouvoir de la Tchéka et de la terreur de masse organisée. J’obtins des informations de première main d’Isaac Nahman Steinberg, socialiste révolutionnaire de gauche et commissaire du peuple pour la Justice dans le seul gouvernement de coalition d’après la Révolution d’octobre. Augustin Souchy 2 - Attention : anarchiste !

    / Augustin Souchy, Révolution russe (1917-1921), #Pierre_Kropotkine

    #Augustin_Souchy_2_-_Attention :_anarchiste ! #Révolution_russe_1917-1921_

  • [06] #Augustin_Souchy - 1920 : Russie soviétique, la Révolution dégénérée
    https://www.partage-noir.fr/augustin-souchy-2-attention-anarchiste-06

    Durant l’été 1920 se tint à Moscou le second congrès de l’Internationale communiste, auquel prirent part des représentants d’organisations syndicales de France, d’Italie, d’Espagne et d’autres pays encore, ainsi que l’auteur de ces lignes en tant que délégué allemand. Augustin Souchy 2 - Attention : anarchiste !

    / #Pierre_Kropotkine, Augustin Souchy, Révolution russe (1917-1921)

    #Augustin_Souchy_2_-_Attention :_anarchiste ! #Révolution_russe_1917-1921_

  • Après le choléra, si on allait regarder comment se comporte la #grippe à nos #frontières ?

    Mais attention, pas n’importe quelle grippe : la GRIPPE ITALIENNE, dont je suis un expert depuis 48 heures.

    Cette #épidémie a envahi notre douce #France en janvier 1949 et aurait causé quelque 11 000 décès ! C’est par analogie avec la terrifiante #Grippe_espagnole de 1918, qu’on l’a appelée italienne, mais aussi parce qu’elle nous venait bien d’#Italie où elle avait fait « son apparition » deux mois auparavant.

    #1949, c’est peu de temps après la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’Europe est encore en pleine reconstruction. Je vous laisse donc imaginer l’état sanitaire et social de la France, ainsi que la dureté des conditions d’existence dans les quartiers populaires et les villes ouvrières…

    Pour y voir plus clair, je vous ai préparé une petite revue de presse d’époque (merci la BNF et retronews !) qui permet de mieux comprendre les phénomènes d’ « #opinion_publique » associés à l’épidémie. Et vous allez voir que ça résonne avec notre époque.

    Sous la plume de l’Ingénu, on peut lire dans « #Droit_et_Liberté » (organe du #M.N.C.R. —qui donnera naissance au #MRAP— qui sous l’Occupation stigmatisait le racisme hitlérien et mobilisait l’opinion française au moyen de ses publications clandestines) ce petit billet, du 15 janvier 1949, intitulé :
    « La grippe c’est moche ! »

    Conversation dans le métropolitain :
    « -Est-ce que comme tout le monde vous avez fait connaissance avec la grippe italienne ? -Pourquoi me serais-je singularisé ? (...) Oui j’ai eu la grippe comme tout le monde, mais pour la qualifier d’italienne, c’est une autre histoire. Pourquoi mettre en cause un peuple qui, pour une fois, ne nous a rien fait ? Appelons la plutôt, si vous le voulez bien, la #grippe_Moch ! (#Jules_Moch, ministre de l’Intérieur).
    –Là je crois que vous exagérez. En quoi le ministre de l’Intérieur, si critiquable qu’il soit par ailleurs pourrait-il être tenu responsable du virus A ou du virus B ?
    –Évidemment les ministres ne sécrètent pas les microbes comme les calomnies gratuites. Mais dans certains cas ils sont directement responsables de la #santé de la population. Quand à force d’#injustice, de #favoritisme, de #brutalité, d’#exactions on fait régner la #misère et la #sous-alimentation, on est directement responsable des épidémies qui, ensuite, touchent une population en état de moindre résistance (…) Ignorez-vous (…) que les principaux foyers de grippe se situent dans les régions où les #CRS de Monsieur #Moch ont sévi ? Partout où les #politiques_de_terreur ont contraint les hommes à la #misère. Dans le #Nord, à #Saint-Étienne et ailleurs, la grippe est deux fois plus violent que dans le reste du pays… ».

    La palme de l’humour revient à la célèbre #Françoise_Giroud qui dans « Carrefour » 12-01-1949, osa cette formule :
    « on l’appelle italienne, non pas parce qu’elle attaque dans le dos (allusion au « coup de poignard dans le dos » de juin 1940), mais parce que 60 Italiens sur 100 en sont atteints ».

    En guise de conclusion, si vous avez envie de rigoler plutôt que d’éternuer, allez regarder ce que le loufoque #Pierre_Dac conseillait alors comme remède :
    https://www.ina.fr/video/AFE85002888

    Source : #Philippe_Hanus sur FB :
    https://www.facebook.com/philippe.hanus.94/posts/685384552198004

    #1949 #histoire

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    Beaucoup de seenthisien·nes vont apprécier cela :

    -Évidemment les ministres ne sécrètent pas les microbes comme les calomnies gratuites. Mais dans certains cas ils sont directement responsables de la #santé de la population. Quand à force d’#injustice, de #favoritisme, de #brutalité, d’#exactions on fait régner la #misère et la #sous-alimentation, on est directement responsable des épidémies qui, ensuite, touchent une population en état de moindre résistance (…) Ignorez-vous (…) que les principaux foyers de grippe se situent dans les régions où les #CRS de Monsieur Moch ont sévi ? Partout où les #politiques_de_terreur ont contraint les hommes à la #misère. Dans le #Nord, à #Saint-Étienne et ailleurs, la grippe est deux fois plus violent que dans le reste du pays… ».

    ping @reka @fil @nepthys @odilon @davduf @simplicissimus