• Les profits avant la mer Fabrice AUBERT - 27 Mars 2019 - Le Grand Soir
    https://www.legrandsoir.info/les-profits-avant-la-mer-34733.html

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    Une collision accidentelle ? Le 9 octobre dernier, deux navires sont rentrés en collision au large de la Corse. Et alors me diriez-vous… N’existe t-il pas des collisions de voiture tous les jours avec en plus des morts ? N’y a-t-il pas des viaducs qui s’effondrent ? N’y a-t-il pas aussi en France dans une « métropole mondiale » , de plus protégée par la « bonne mère » des immeubles qui s’effondrent, causant là aussi des morts ? Tout ceci serait donc normal, produit d’accidents imprévisibles, qui pour l’essentiel dépends du temps qu’il fait (pluie à Gênes et Marseille) qui dégrade les constructions humaines en oubliant que le viaduc du Gard, construits par les romains, lui, tient toujours et ne s’effondre pas. C’est de ce point de départ, comme toute enquête criminelle, que nous allons partir…

    Les conditions météo : Les conditions météo du jour de la collision sont bonnes. Nous sommes le 9 Octobre en méditerranée au large de la Corse, qui n’est pas le Groenland…La presse relate : « L’accident s’est produit alors que la météo et les conditions de navigations étaient bonnes, avec peu de mer et un vent de 7 noeuds (10 à 15 km/h).  » [2]. Bon si la météo n’est pas coupable continuons l’enquête…

    La vitesse ? Comme pour les accidents de voiture sur route, la vitesse est mise en cause : « Le navire roulier traçait la route de Gênes, en Italie, à Tunis. ’Il allait peut-être trop vite par rapport à sa capacité de réaction’, a indiqué à l’AFP une source proche de l’enquête. »  [3]..On se demande comment un bateau sur l’eau, loin de tout port ou obstacle naturel et par temps calme peut percuter un « porte container » , lui-même à l’arrêt et ce alors que ce 9 Octobre le soleil se levait à 7 h 30, ce qui signifie que la lumière est là bien avant, surtout en mer…

    Donc si les conditions météos et la vitesse ne sont pas cause de la collision, il faut poursuivre l’enquête…

    Le système technique ? Chose curieuse les articles lus ne mentionnent jamais, comme cause possible le système technique embarqué, car du fait des dangers potentiels de collision, des bateaux de ce type (ce n’est pas un zodiac), sont obligés de disposer de radars, oui vous savez le système qui envoie des ondes pour détecter les obstacles, couplés par ailleurs à un système d’alerte… [4] Par ailleurs, la mer n’étant pas la place de l’Etoile, on peut s’interroger sur ce qui a pu provoquer la collision entre un Porte conteneur à l’Arrêt et un bateau de commerce…qui comme le montre la photo ne sont pas des petits bateaux…On peut alors imaginer que le navire Tunisien ne disposait pas de ce système technique ou que celui-ci était défaillant. Soulignons que le radar est couplé à un système d’alerte sonore, pour alerter l’équipage en cas de défaillance du pilote…On peut donc aussi avancer l’Hypothèse d’une défaillance technique, de sa « non présence » ou de sa déconnexion possible.

    Défaillance humaine  : on peut aussi émettre l’hypothèse qu’une fois parti du port, l’équipage considérant que le cap est mis, et n’ayant aucun obstacle se désintéresse de la conduite du bateau, confiant aux automatismes, le soin d’assurer le pilotage. Il s’agirait alors d’une faute lourde, car la réglementation oblige la présence permanente des hommes dans la cabine de commandement : « La passerelle , ou timonerie , est le compartiment d’un navire d’où l’on effectue la navigation sous les ordres de l’officier de quart et d’où le commandant ou un adjoint désigné  ».

    Pavillons de complaisance  : Là encore, comme c’est curieux, mais la presse ne relate pas ce fait pourtant majeur. Les deux bateaux sont sous pavillon de complaisance, dont l’objectif, au vu de la définition n’est pas la sécurité : «  Un pavillon de complaisance , parfois désigné comme pavillon de libre immatriculation _ est selon la définition en vigueur depuis 1974 à la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) : « le pavillon d’un navire pour lequel la propriété réelle et le contrôle se situent dans un pays autre que celui du pavillon sous lequel il est immatriculé.  Les armateurs choisissent ce pavillon pour son caractère peu contraignant, en matière de fiscalité, de sécurité du navire ou de droit du travail auquel est soumis l’équipage par exemple ».

    On voit donc ici se présenter un faisceau de circonstances expliquant l’accident (système technique défaillant ou non utilisé et défaillances humaines possibles) mais dont la cause commune s’explique par la volonté de profit obtenus en baissant les coûts. S’agit-il d’un procès d’intention ?

    Optimisation financière  : Il suffit là encore de lire : « En 2001, 63 % de la flotte mondiale de marine marchande (803 millions de tonnes en lourd navigue sous pavillon de complaisance . En 2015, le pourcentage a encore augmenté et à cette date concerne 71 % du tonnage total de la marine marchande qui représente alors 1,745 milliards de tonnes en lourd . Au-delà de cette évolution des données, il y une analyse de fond qui préside à cette évolution : «  Les pavillons de complaisance permettent de s’affranchir de nombreuses réglementations, sur la sécurité et l’environnement. Une visite annuelle du navire par les autorités du pavillon est obligatoire, mais ces visites sont très souvent déléguées et effectuées par des salariés de sociétés tierces (sociétés de classification), il en ressort que de nombreux navires sont malgré tout laissés à l’abandon par les armateurs, du moins les travaux coûteux mais nécessaires sont annulés ou retardés  ». C’est donc uniquement pour des raisons financières, que les pavillons de complaisance sont utilisés et que de fait les conditions de sécurité sont malmenées, pour ne pas dire contourner ou carrément oublier et déconnectées…

    Quelle désincarcération ? Selon les articles des médias la désincarcération n’a pu être opérée par le navire Tunisien, ses tentatives de retrait ayant échoué : «  Une tentative de désincarcérer le navire tunisien qui s’est encastré dimanche dans un porte-conteneur chypriote à une trentaine de kilomètres du cap Corse a échoué, a indiqué la préfecture maritime, mardi 9 octobre. Selon le communiqué, ’il a, pour cela, mis ses moteurs en arrière, mais sans permettre d’évolution significative de la situation’  [5]. Il fallut donc comme toujours, que les Puissances publiques interviennent pour permettre de mettre en œuvre des solutions techniques  : « Le navire remorqueur d’intervention, d’assistance et de sauvetage (RIAS) Abeille Flandre est ensuite arrivé sur place, suivi dans la nuit du BSAD (bâtiment de soutien, d’assistance et de dépollution) Jason, puis dans la journée de lundi du BSAD Ailette. Trois navires italiens doivent également se rendre sur la zone. »

    Les deux bateaux alors libérés ont été autorisés à reprendre la mer pour atteindre des ports en vue de réparation…

    La pollution immédiate  : Bien sur la percussion a entamé la coque du « porte conteneur » qui de fait, a laissé échapper des nappes de fioul lourd…comme le montre la photo. Cependant les «  autorités maritimes françaises  » rassurent aussitôt : « Une des cuves du carburant de propulsion du porte-conteneur avait été percée’, confirme Stanislas Gentien, porte-parole de la préfecture maritime. Immédiatement, un remorqueur français et un navire antipollution ont été dépêchés sur place. Dès lundi 8 octobre, et pendant plusieurs jours, ils auront à circonscrire une fuite qui ne menace pas les côtes.  » [6]

    Mais que diable faisait un porte conteneur au mouillage à proximité d’un parc naturel marin ? Et oui car la collision n’a pas lieu n’importe où, mais comme l’indique la carte, en bordure d’un parc naturel marin… La question étant donc pourquoi un porte conteneur mouille à proximité de la Corse ? Pour une raison déjà vue, le fric ma bonne dame… Ce porte conteneur vide attendait les ordres de chargement de son armateur : « Le porte-conteneurs, parti de Gênes le 23 septembre, était au mouillage à vide, en attente d’un nouvel affrètement, quand il a été percuté sur son flanc tribord par l’ Ulysse qui, affecté à la ligne régulière Gênes - Tunis - Radès de la CTN, venait de quitter Gênes chargé de remorques routières.  » Si ce bateau était resté au port de Gênes, il aurait dû payer des taxes du port, mais là en pleine mer, le parking est gratuit. Mais pourquoi ici, au large de la Corse ? Mais tout simplement car là encore «  dame nature  » offrait des conditions idéales de mouillage de plus gratuites : «  Le porte-conteneurs chypriote CLS Virginia ’était vide’ et ’avait demandé le mouillage’, a indiqué la préfecture maritime à Toulon. Ce mouillage à 28 km de la côte, en dehors des eaux territoriales, était rendu possible grâce à une langue de sable qui remonte le niveau des fonds marins à une cinquantaine de mètres.  ».

    La puissance publique impuissante face au marché : Il faut bien lire, le mouillage a été demandé, mais à 28 km, alors que la limite des eaux territoriales est de 22 km et le fait que l’Etat ait défini une zone de protection naturel (parc marin) ne limite aucunement le droit du marché à pouvoir faire ce qu’il veut. En d’autres termes, dans les eaux dites Internationales le marché fait ce qu’il veut. Combinez cet aspect à la logique des «  pavillons de complaisance  » et vous avez une situation accidentogène.

    Les conséquences : Loin de rester sur place comme assurée par les autorités maritimes, les nappes de pétrole ont dérivé et sont venues s’échouer sur les rivages de méditerranée : «  Du mazout au cœur des paysages de carte postale des calanques ! Après le Var, des galettes et des boulettes de combustible gluant et collant, probablement issues de la collision entre deux navires au large de la Corse le 7 octobre dernier,ont commencé à s’échouer sur le rivage en plein parc national des calanques de Marseille (Bouches-du-Rhône).  »

    PHOTOS. Une pollution aux boulettes de pétrole touche des plages du Var

    Une Catastrophe  : loin d’être contenue, la pollution s’est déplacée à la faveur des courants et les acteurs de terrain qui interviennent parlent d’une catastrophe : «  C’est une catastrophe, quand on voit à quel point ce mazout est visqueux, on n’ose même pas imaginer ce que ça donne au large », se désole Alexandre Aubert, agent de nettoiement, en ramassant des galets et des bouts de bois noircis. « Je suis pêcheur amateur et j’ai vraiment peur de l’impact que cette pollution va avoir sur les poissons et les coquillages ».
    « Ça colle partout, nettoyer cette bouillie est un vrai travail de fourmi, déplore son collègue Jean-François Murtas, lui aussi envoyé sur place dès 5h30 par la
    métropole marseillaise. On va tout ratisser, mais c’est vraiment révoltant de voir une marée noire sur nos côtes.  ».
    Où l’on observe une fois de plus que les conséquences de la «  catastrophe  » sont gérées par les «  services publics  ».

    Un procès de plus qui ne réglera rien  : Bien sur les armateurs des navires mis en cause, subiront un procès mais leurs assurances paieront sans que rien d’autre ne sorte. «  Business as usual  »
    « La direction du Parc national des calanques, qui sera partie civile dans le procès intenté aux armateurs des deux bateaux qui se sont percutés, a annoncé qu’elle n’utiliserait pas de produits chimiques pour dissoudre le mazout.
    « Il est préférable de laisser la mer s’en débarrasser naturellement, le remède serait pire que le mal. On réfléchit aussi à l’utilité de l’installation d’un barrage flottant », explique Didier Réault, le président du Parc national qui avait demandé cette semaine le déclenchement du plan Polmar terre.
    « La pollution risque d’avoir un impact fort en pied de falaise, là où il y a des algues qui abritent l’habitat et le garde-manger des poissons. Le préjudice écologique sera évalué dans les jours qui viennent, il est encore trop tôt pour en avoir une idée exacte ».

    Le risque d’implosion intégrale  : Dans le cadre de cette simple collision, sans aucune victime humaine, les conséquences ont été finalement relativement faibles, et l’humanité avait les moyens d’y faire face. Il en va tout autrement en ce qui concerne le changement climatique et l’exploitation de la terre qui d’année en année voit avancer le jour du dépassement, c’est-à-dire le jour où on dépasse ce que la terre peut reconstituer. C’était le 2 Décembre en 1970, désormais, c’est début Aout. Il nous faut donc une terre et demie pour vivre. Il est très urgent de modifier cette trajectoire.

    La faute aux consommateurs  ? Le graphique de gauche visualise l’empreinte des habitants par Pays, montrant en définitive que la France est mieux placée que beaucoup d’autres pays utilisant cependant
    1, 7 France, là où les Etats-Unis (2,2), l’Allemagne (2,3) le Royaume-Uni, (3,8), l’Italie (4,3), mais surtout la Corée du sud (8,4) sont très largement au-dessus. Pour autant faut-il rejeter l’essentiel de la responsabilité aux consommateurs, comme le sous-entend le titre : «  il faudrait 1,7 France pour régénérer ce que les Français consomment  ». L’observation par Pays montrerait alors que les Coréens consommeraient 8 fois trop, en rapport à leur Pays ? Et deux fois trop pour les Etats-Unis… alors que c’est le Pays développé où l’on compte le plus de pauvres avec l’Allemagne ? S’agit-il donc de la seule responsabilité des «  consommateurs  », de la seule responsabilité individuelle où la question doit-elle être élargie à des raisons plus profondes ? L’une des questions à se poser est de savoir pourquoi la Corée état de 50 millions d’habitants, 12ème puissance économique mondiale se trouve si mal placée sur cette question ? Difficile de condamner le « consommateur Coréen » individuel, pris en bout de chaine comme responsable… alors que pour l’essentiel il s’agit de produits que nous consommons ici (L.G, Samsug) et non du «  consommateur Coréen  »… La question devient donc qui produit du CO2 ?

    D’où vient la production de CO2 ? comme le montre ce graphique, l’origine de notre production de CO2, vient de plusieurs facteurs, celle des ménages et de la production intérieure, répondant aux besoins mais aussi, celle associée à une consommations que nous ne produisons pas sur place (importations) et c’est bien ce facteur qui explique près de 50 % de notre «  production  » de CO2. Si on rajoute nos émissions liées aux exportations (inventaire National) on mesure à quel point les échanges internationaux pèsent sur l’empreinte carbone.

    Les échange commerciaux internationaux ? Plus que de culpabiliser les «  consommateurs individuels  », qui seraient les causes du fait de leur consommation irréfléchies de l’empreinte carbone et de ce fait à «  punir  » par des taxes («  mea culpa  »), il s’agit de regarder comment fonctionne le système concret des échanges de marchandises. Le graphique de gauche permet de visualiser son développement depuis le début de la « mondialisation », système fondé sur la compétitivité et le libre échange » ayant engendré l’explosion des échanges commerciaux, en termes statistiques, mais aussi en termes de flux concrets formalisés par le transport maritime des «  porte-conteneurs  » dont la cartographie de droite montre l’ampleur, car les traits rouges représentent les trafics mondiaux de cartables, tee-shirts, voitures, ordinateurs, télévisions, smartphones et autres congélateurs … «  made in ailleurs  » dont la «  Corée du sud  », dont on rend le consommateur individuel responsable du fait qu’il utilise 8, 4 fois son Pays…

    Le profit contre l’Humanité : Pour l’humanité humaine, il est absolument débile de faire fabriquer des produits en Inde ou en Chine (baskets) avant que de les transférer dans les zones de consommation d’Europe ou d’Amérique. La seule raison qui préside à ce système est celui du tout profit. Le profit avant les hommes, le profit avant la mer, le profit avant l’écosystème, le profit contre l’humanité… Il s’agit d’un véritable viol contre la terre et contre l’humanité des peuples.

    Le protectionnisme des profits, cause première de la production de CO2 : Arrêtons de parler de «  libre échange  », comme si le «  libre-échange  » était fondé sur la liberté du consommateur, qui n’a comme liberté réelle que de payer les produits que le «  capitalisme mondialisé  » lui impose via des flux organisés à cet effet [7]. Le «  libre échange  » est aussi un protectionnisme, c’est le protectionnisme des profits mondialisés. Ce profit mondialisé se construit par les destructions de production locales et leurs substitutions par des importations du «  commerce mondialisé  » imposé par le «  marché libre et non faussé  ». Au bout du bout du bout, du commerce libre, il y a la destruction de l’écosystème

    Ouverture : Règle verte, planification écologique et protectionnisme solidaire :
    Il faut rompre avec ce système, lui imposer une bifurcation radicale qui redonne à la vie commune locale, le fondement du prix de toute chose. Oui, il faut imposer :
    • Oui à La règle verte, qui préserve la terre de nos prédations excessives,
    • Oui il faut une planification écologique qui redonne la primauté à l’homme et son environnement sur les logiques du marché libre fondé sur le tout profit de court terme.
    • Oui, il faut urgemment sortir du libre-échange destructeur de l’écosystème et construire un système d’échange mutuellement égal, qui tout en préservant la planète, permettent à nos semblables de pouvoir vivre et non survivre dans la misère.

    Et comme le capitalisme ne se laissera pas faire, il faut commencer par taxer fortement les flux, tous les flux qui servent à faire de l’argent, flux spéculatifs, flux financiers, flux commerciaux et Imposer aux navires pratiquant commerce, des contrôles drastiques à chaque port accosté. L’objectif est de dissuader le capitalisme des flux et inciter à revenir à des écosystèmes productifs communs locaux.
    A chacun de chercher où se trouvent ces propositions politiques majeures, dans quel programme, pour faire correspondre déclamations et actes politiques.
    Aujourd’hui il est encore temps, demain tel ne sera pas le cas. A force de jouer avec les allumettes du profit immédiat, on risque d’embraser la terre.
    Fabrice AUBERT

    [1] https://fr.news.yahoo.com/naufrage-grande-america-mati%C3%A8res-dangereuses-fioul-lourd-%C3%A0-
    [2] http://www.europe1.fr/societe/collision-entre-un-navire-roulier-et-un-porte-conteneurs-au-nord-ouest-de-la
    [3] Idem
    [4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Aide_de_pointage_de_radar_automatique
    [5] AFP , publié le 09/10/2018
    [6] https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/corse-une-collision-en-pleine-mer-mediterranee_2975035.html
    [7] https://ethique-sur-etiquette.org/Le-vrai-cout-d-une-basket
    #profits #capitalisme #pollution #navire #pilotage_automatique #pavillon_de_complaisance #CO2 #libre-échange 

    • Préambule et introduction à cet excellent article :

      Préambule : Cela fait plusieurs mois que cet article est prêt, mais ayant eu d’autres priorités, je n’ai eu le temps de le proposer. Et puis voilà qu’un nouvel « accident maritime » vient d’avoir lieu, qui là aussi, et sans doute encore plus qu’en Corse, va polluer la mer, la faune et les terres détruisant le fragile équilibre de l’écosystème. Ce coup-ci le bateau est italien au nom de « Grande America » , América du « nouveau monde » pour le coup pétri dans les violences coloniales des « alizés porteurs » , dénommés « trade-winds » par les anglais ce qui signifie « vents commerciaux » du marché déjà « libre et non faussé » (massacre des indiens et esclavage des noirs). Le navire a coulé laissant échapper ses 2.200 tonnes de fioul lourd qui dérive au grès des flots [1]. A bord se trouvaient aussi 35 conteneurs chargé de matière dangereuse. L’Etat a mis en demeure l’armateur, sans aucune réaction de sa part. Le service public va donc une fois de plus pallié les dégâts d’un système libéral qui met les profits avant la mer . Construit en 1997, ce navire avait déjà été pointé du doigt pour 35 déficiences techniques en 2010, mais rien n’y fait ce vaisseau poubelle continuait de naviguer. On n’arrête pas le profit. L’article ne porte pas sur cet accident-là particulier mais démonte le système à partir de la collision au large de la Corse du 9 Octobre 2018. Mais qu’importe le naufrage, pourvu qu’on comprenne les causes.

      Introduction : Le Capitalisme n’est pas une théorie que l’on peut discuter tranquillement autour d’une table en sirotant un pastis à midi à une terrasse du vieux port. Le Capitalisme est un système concret fondé sur « un rapport de propriété privé des moyens de production qui permet par l’exploitation du travail d’autrui (le prolétaire), d’obtenir une plus-value, rémunérant les propriétaires dénommés actionnaires ». Tant de fois, Marx s’est penché sur cette question concrète en vue de favoriser l’émergence d’alternatives, tant de fois les « prolétaires organisés » se sont révoltés sans véritablement déboucher, que l’on peut parfois se demander, si la critique du capitalisme n’est pas en définitive qu’une incantation idéologique sans portée concrète ? N’est-il pas temps de prendre conscience qu’avant d’être philosophique, le capitalisme est un danger concret pour l’humanité tout entière ? Et rien de mieux que de partir de la « réalité concrète » , pour en percevoir la philosophie sous-jacente.

  • Pilotage par les résultats : « Les affres du pseudolibéralisme et les défauts du dirigisme étatique » (Yves Dutercq, Le Café Pédagogique)
    http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2018/08/23082018Article636706085583777899.aspx

    Depuis la fin des années 1990, l’accountability fait référence à un ensemble de procédures techniques et organisationnelles favorisant l’évaluation de l’action et la reddition de comptes à une autorité hiérarchique ou à différents acteurs à la lumière des résultats des actions entreprises. On peut considérer aujourd’hui que l’accountability correspond à des politiques publiques de plus en plus axées sur la performance rapportée aux ressources utilisées.
    […]
    De façon générale, le travers des politiques d’accountability, telles qu’elles ont été promulguées dans la plupart des pays, est de conduire à l’impossible couplage entre responsabilisation et déprofessionnalisation des acteurs de base.
    […]
    On sait les conséquences de la systématisation de la régulation par les résultats dans les pays où elle a été appliquée de façon effective : elle conduit écoles et enseignants à travailler à leur survie en consacrant l’essentiel de leur énergie à la préparation des élèves aux évaluations (teaching to the test) plutôt qu’à une construction raisonnée, progressive et cumulative de leurs apprentissages.
    […]
    Mais dans les faits il en va tout autrement : on peut considérer que le régime postbureaucratique ajoute en faite les affres du pseudolibéralisme aux défauts du dirigisme étatique. […] Cette situation conduit à une dépréciation plus grande encore de l’action de l’Etat par les usagers et à une perte de confiance des personnels.

    #éducation #accountability #pilotage #performance #évaluation #indicateurs #autonomie

  • Le Conseil scientifique de l’éducation nationale face à cinq grands défis (Charles Hadji, The Conversation)
    https://theconversation.com/le-conseil-scientifique-de-leducation-nationale-face-a-cinq-grands-

    Créé pour combler un double manque (d’« éclairages pertinents », et « d’outils pédagogiques » adaptés), le Conseil scientifique de l’éducation nationale a pour tâche d’éclairer, de nourrir, et d’outiller, le travail pédagogique. Pour mener à bien cette triple tâche, qui risque d’être plus difficile que ne l’ont imaginé ses promoteurs, il lui faudra affronter cinq défis, qui n’ont rien d’anodin.

    1. Trouver sa place parmi les autres institutions ou organismes ayant une mission d’éclairage et de recommandation
    [Où l’on découvre la multiplication des comités de pilotage à l’EN]
    […]

    2. Ne pas se cantonner à un champ réduit d’« avancées »
    […] Toutefois, si la pédagogie est mise au centre, ce n’est pas pour devenir prisonnière d’un groupe de disciplines (ex : les neurosciences) devenant dictatoriales. Le défi est ici de « nourrir la réflexion pédagogique » avec tous les apports utiles, sans en oublier. […]

    3. Se donner les moyens de repérer et de suivre les « expérimentations de terrain » prometteuses
    […] Le travail du Conseil sera ici, en quelque sorte, d’identifier celles qui ont fait leurs preuves. Mais, en pédagogie, la notion de preuve est ambiguë. […] D’une part, l’hypercomplexité des faits éducatifs rend difficile, sinon impossible, d’isoler une méthode ou un dispositif comme variable indépendante. D’autre part, des impératifs d’ordre déontologique ou éthique rendent impossible une expérimentation au sens strictement scientifique. Et l’évaluation, même la plus rigoureuse possible, n’est jamais une mesure au sens propre. […]

    4. Assurer véritablement une liaison entre la recherche et le terrain
    […] Or l’expérience pédagogique quotidienne montre qu’il ne suffit pas de désigner un savoir pour que ceux à qui il serait utile se l’approprient ; qu’aucun contenu n’a en soi le pouvoir de s’imposer à des formés ; et que l’existence d’un outil n’entraîne pas automatiquement son usage. La recommandation est impuissante à assurer l’adoption. […]

    5. Contribuer véritablement au changement des pratiques
    […] On sait que le changement de pratiques, comme tout changement, est un processus complexe. Pas plus qu’il ne se décrète, il n’est jamais directement déclenché par des avis, même les plus autorisés. Il suffit de voir combien de rapports, élaborés pourtant par de savantes commissions, sont restés lettre morte. Il faudra pouvoir prendre en compte les modalités de fonctionnement propres aux acteurs, en particulier aux enseignants. […]

    Pour ces 2 derniers points, il existe un levier qui a disparu faute de financement : la formation continue.

    #éducation #conseil_scientifique #pilotage #Institution #MEN

  • Numérisation du manuel d’entretien et du manuel de pilotage du #Mirage III (celui de #Tanguy_et_Laverdure, les #Chevaliers_du_ciel)

    https://www.shaftinc.fr/owncloud/index.php/s/mxzUIlAFKF3mmkg#pdfviewer

    « Le voyant HUILE s’allume. L’avertisseur sonore fonctionne.

    C’EST UNE PANNE GRAVE.

    Le pilote doit prendre ses dispositions pour se poser dans les meilleurs délais. »

    « EXTINCTION DU REACTEUR
    [...]
    L’atterrissage en campagne est interdit. »

    #aviation #entretien #pilotage #Mirage_III #RTFM

  • Qui sont les membres du conseil scientifique nommés par Jean-Michel Blanquer (LeFigaro)
    http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2018/01/10/01016-20180110ARTFIG00131-qui-sont-les-membres-du-conseil-scientifique-nomm

    Installé ce mercredi, ce Conseil comptera vingt et un membres dont un tiers issu des sciences cognitives. On compte notamment deux philosophes, deux sociologues, deux chercheurs en sciences de l’éducation et une linguiste.

    #éducation #institution #pilotage #neurosciences

    • En réalité, ce conseil est pluridisciplinaire. Seul un tiers des vingt et un membres sont issus des sciences cognitives.

      Si je compte bien, je trouve 9 membres du conseil dont la spécialité contient le mot « cognitive » plus 1 pour la « métacognition » (peut-être compté comme philosophe).

      Pour les philosophes, il y a 2 enseignants ou chercheur en « philosophie » (dont 1 en « philosophie et sciences cognitives » plus 1 « philosophe », oui le spécialiste en métacognition.

    • Un Conseil scientifique pluridisciplinaire pour l’école
      http://www.lemonde.fr/education/article/2018/01/09/un-conseil-scientifique-pluridisciplinaire-pour-l-ecole_5239234_1473685.html

      A sa tête, Stanislas Dehaene, spécialiste du cerveau et des sciences cognitives. Sur les 21 membres, on compte six chercheurs en sciences cognitives, trois philosophes, une linguiste, trois spécialistes du développement de l’enfant, deux économistes, deux sociologues, deux spécialistes des sciences de l’éducation, un mathématicien et un informaticien.

      Sur la liste du monde, les compétences et titres sont légèrement différentes, mais on a toujours un problème de comptage : si je compte bien 3 philosophes (mais la précision « en métacognition » a disparu), je trouve 8 fois, le mot « cognitive » (au lieu des 6 annoncés)…

    • La plupart des noms ne me disent rien. Y’en a 2-3 dont j’ai vu passé les noms autour d’articles sur les inégalités pas inintéressants (Duflo ou la linguiste), mais sans préjuger de leur orientation idéologique et de l’expertise en terme d’éducation des autres.
      Par contre, les missions paraissent très redondantes avec d’autres conseils/commissions/directions existantes. Donc…

  • Trump May Not Finish His Term But the Assassination Complex Will Live On
    https://theintercept.com/2017/08/21/trump-may-not-survive-his-term-but-the-assassination-complex-will

    While Barack Obama did roll back some of the most blatant activities enthusiastically endorsed by Bush and Cheney, he was also a careful manager of empire and in key ways, served as a launderer for operations of some of the most aggressive forces in the U.S. arsenal. He used his credibility among liberals — and the derision hurled at him by conservatives who characterized him as an Islamic-radical-friendly socialist — to legitimize assassination and covert offensive military actions as lawful, moral, and necessary. The patently false allegations from the right that Obama was somehow a dove only served to undermine the severity of military and paramilitary actions he authorized and expanded. In reality, Obama teed up the special operations forces and spooks for Trump to (inadvertently) guide to a new golden age.

    #pilotage_automatique #Etats-Unis

  • Hollande, Macron, mêmes combats, par Philippe Leymarie (Les blogs du Diplo, 19 mai 2017)
    https://blog.mondediplo.net/2017-05-19-Hollande-Macron-memes-combats #st

    En matière de d#éfense, même s’il n’a pas reconduit directement Jean-Yves Le Drian, le président Emmanuel #Macron met tout naturellement ses pas dans ceux de son prédécesseur : reconduction de la « lutte antiterroriste » au #Sahel et au Levant ; renforcement des effectifs et des moyens des militaires à hauteur de deux points de PIB ; maintien et des alliances et de la dissuasion nucléaire.

    http://zinc.mondediplo.net/messages/66094 via Le Monde diplomatique

  • La supercherie du pilotage par les résultats à l’#école
    http://blogs.mediapart.fr/blog/pierre-frackowiak/180815/la-supercherie-du-pilotage-par-les-resultats-lecole

    D’année en année, depuis fort longtemps, mon étonnement ne fait que croître. Comment est-il possible que des enseignants, et bien plus encore leur encadrement, puissent porter un concept aussi stupide que le pilotage par les résultats à l’école ? Comment peut-on s’être laissé berner à ce point ? Comment cette idée, issue du monde de l’économie et de la finance, a-t-elle pu s’imposer en éducation ? Comment des responsables politiques considérés comme intelligents et progressistes ont-ils pu imposer une pratique aussi contraire aux valeurs humanistes ?

    • Il est idiot de prétendre piloter par les résultats quand on est incapable d’analyser et de réguler les pratiques qui les produisent.
      […] on recueille des résultats qui ne sont pas des évaluations mais des contrôles, ce qui n’a rien à voir avec l’évaluation, et on croit qu’il suffira de connaître ces résultats, de les comparer, de formuler des conseils hétéroclites qui ne sont souvent que des critiques en creux, de multiplier les injonctions, voire de jouer de l’autoritarisme, d’étouffer les acteurs sous une masse de circulaires, de notes de services, de recommandations, de les asservir avec des outils qui deviennent des instruments d’oppression, etc… pour optimiser l’intelligence des enfants et de leurs enseignants et faire évoluer des pratiques qui sont profondément enracinées dans des histoires de vie, avec des opinions et des convictions que la paperasse ne changera pas.
      […]
      On ne peut améliorer la réussite scolaire que si les pratiques changent. On peut faire le pari que si les pratiques changent intelligemment, les résultats seront meilleurs. Encore faut-il connaître les pratiques pour pouvoir les changer, modestement, patiemment, dans des rapports de respect et de confiance…

      #éducation #système_éducatif #pilotage #évaluation

  • Politics, Power, and Preventive Action » You Might Have Missed: Whack-a-mole, Sugary Drinks, and Libya
    http://blogs.cfr.org/zenko/2015/07/09/you-might-have-missed-whack-a-mole-sugary-drinks-and-libya

    Hearing on the Strategy to Counter ISIL, Senate Armed Services Committee, July 7, 2015.
    http://www.armed-services.senate.gov/hearings/15-07-07-counter-isil-islamic-state-of-iraq-and-the-levant-st

    Sen. Lindsey Graham (R-SC) : General Dempsey, would you agree that there’re more terrorist organizations with more safe havens, with more weapons, with more capability, with more men to strike the homeland than any time since 9/11?

    Chairman of the Joint Chiefs of Staff Martin Dempsey : Yes .

    Graham : Do you believe that ISIL is expanding in other countries as we speak?

    Dempsey : Yes.

    [...]

    Note that Sen. Graham did not follow up to ask why terrorist organizations were larger and more capable. U.S. officials are too vested in the country’s counterterrorism strategy—nearly unchanged over the past thirteen years—to recognize that it is failing.

    #pilotage_automatique #intérêts_privés

  • « Je plains les professeurs d’école... » (Pierre Frackowiak)
    http://www.meirieu.com/FORUM/fracko_je_plains_les_profs.pdf

    Il faudrait citer ce texte dans sa quasi-intégralité tant l’analyse me paraît juste sur l’état de l’École aujourd’hui.
    À lire absolument avant de s’engager dans n’importe quel débat impliquant le fonctionnement du système scolaire en France aujourd’hui.

    Dans ce contexte morose, on observe un désengagement croissant des enseignants : faiblesse de la participation à toute réunion non obligatoire ou hors temps de travail, désengagement de la vie des syndicats, des associations partenaires de l’école, des mouvements.
    Même les réunions syndicales autorisées sur le temps de travail ont vu le nombre de participants fondre au fil du temps.
    L’art de la résistance passive se peaufine.
    L’amertume se généralise et gangrène le corps. Désabusé, on ne croit plus à rien.
    On peut toutefois encore trouver quelques raisons d’espérer en entendant, dans des relations de confiance non hiérarchique, une grande majorité des enseignants dubitatifs sur les réformes
    et sur ce qu’en fera leur hiérarchie, déclarer : « Tout cela, les réformes, les textes illisibles, la paperasse, nous barbe (pour ne pas écrire les mots réellement utilisés), mais j’ai encore du plaisir quand la porte se referme, et que je travaille avec mes élèves ».

    #éducation #système_scolaire #enseignants #syndicats #parents_d'élèves #mouvements_pédagogiques #hiérarchie #tâchisme #souffrance_au_travail #autoritarisme #pilotage #évaluationnite #désengagement

  • La continuité gouvernementale ne cesse de se confirmer :

    http://www.mediapart.fr/journal/france/300812/universites-la-remise-en-ordre-pas-la-revolution

    Comment sortir les universités de l’ornière ? On sait que le contexte budgétaire n’est pas très favorable.

    Plutôt que de les mettre sous tutelle comme l’avait décidé le précédent gouvernement – ce qui est une drôle de vision de l’ #autonomie –, nous avons décidé de les accompagner. Nous avons mis en place des indicateurs d’alarme qui permettent d’anticiper les ennuis à venir pour éviter que leurs situations ne dégénèrent. Par ailleurs, nous allons nous doter des vrais outils de management que sont les #contrats. Il y a toujours eu des contrats avec les universités, mais il s’agissait pratiquement de coquilles vides. Il faut remettre de l’exigence et faire de ces contrats un outil de pilotage et un outil de confiance entre les universités et l’État.

    Cette contractualisation se fera sur nos priorités : la réussite des étudiants en premier cycle, une meilleure visibilité de notre recherche avec une organisation plus efficace, et enfin une #gouvernance des universités qui soit à la fois efficace, là aussi, et collégiale – ce n’est pas antinomique. Nous regarderons sur tous ces points les actions réellement engagées.

    Mettre des indicateurs d’alerte sur les finances des universités, c’est une chose, mais s’il n’y a pas d’argent supplémentaire, tous les indicateurs vont rester au rouge, non ?

    On ne peut pas dire qu’il n’y a pas d’argent dans l’ #université française. Qu’elles soient en déficit ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’argent. Il y a des niches d’efficience : elles peuvent mieux s’organiser, mutualiser des moyens, faire du redéploiement.

    [...]

    Pour financer l’université, certains prônent une hausse des frais d’inscription. Est-ce une piste sur laquelle vous travaillez ?

    Je ne dis pas que Bercy ne m’y a pas poussé cette année. Nous avons quand même les frais d’inscription les moins chers du monde et les boursiers en sont totalement exonérés. Mais je souhaite qu’ils n’augmentent pas de manière significative.

    [...]

    Lors de votre audition à l’Assemblée nationale, vous avez laissé entendre que les universités pourraient aussi trouver des ressources propres ?

    C’est certain. Elles pourraient faire de la formation tout au long de la vie. On peut peut-être aussi les utiliser l’été. Beaucoup d’entre elles ont des écoles d’été.

    [...]

    Même si on sait qu’il existe déjà beaucoup de formes de sélection à l’université, intégrer les classes prépa à l’université, n’est-ce pas remettre en cause la non-sélection à l’entrée de l’université ?

    Non. Je préfère parler d’ #orientation plutôt que de parler de #sélection.

    • Un article de Sauvons La Recherche alertait déjà sur la direction prise :

      Qu’attendre des Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche ? Rien, ou pire encore ?
      http://sauvonslarecherche.fr/spip.php?article3741

      Le Bilan

      Ce secteur a été l’objet durant ces cinq années d’une “attention” toute particulière du gouvernement et du législateur et en ressort profondément transformé, voire traumatisé. Il s’est vu imposé un nouveau mode d’organisation dont le maître mot est la concurrence, imposée de manière systématique entre universités, organismes de recherche, laboratoires et même individus. [...] la loi #LRU (Liberté et responsabilité des universités) votée en 2007 a contraint les universités à se plier aux méthodes de management jusque là réservées au secteur marchand, en privant ses structures démocratiques et collégiales de tout véritable rôle dans la stratégie et les décisions. [...] L’ensemble du secteur est désormais jaugé au regard de critères de performance quantitatifs par une agence unique d’évaluation ( #AERES) qui échappe à tout contrôle académique. Véritable monstre bureaucratique censé tout évaluer, contrôler, noter, cette agence est devenue la pierre angulaire de cette entreprise de normalisation, au sens du programme néo-libéral, du secteur universitaire et de recherche. Bien qu’épargnées jusque là par la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, les institutions de recherche et d’enseignement supérieur n’en sortent pas moins financièrement exsangues. Ayant vu échapper une large part de leurs financements publiques au profit de l’ #ANR, cette agence de financement sous contrôle direct du ministère, elles n’ont eu qu’à gérer la pénurie [...]

      Le changement

      La loi LRU, pourtant largement contestée en 2009, ne sera pas abrogée . La vague de non-renouvellement de CDD qui traduit la volonté de l’Etat d’échapper aux mesures de CDIsation prévues par la loi Sauvadet, se poursuivra. L’AERES ne sera pas supprimée , même si ces missions pourraient être redéfinies, et L’ANR verra ses moyens administratifs renforcés. Les conventions #IDEX, qui entérinent les rapprochements forcés entre université dans des conditions frôlant parfois l’absurde, ne seront pas remises en cause, quand bien même auraient-elles été signées dans l’urgence à la veille des élections du printemps.

      [...]

      En matière de financement des organismes de recherche et des universités, l’aggravation de la situation est explicitement programmée. Alors que les budgets sont déjà au plus bas - près d’un quart des universités afficheront des comptes en déficit cette année - le ministère de l’enseignement et de la recherche sera soumis, comme les autres, à une baisse de 7% de son budget de fonctionnement en 2013, puis de 4% pour les deux années suivantes, soit une baisse cumulée de plus de 15% qu’il convient de comparer avec la stagnation de ces mêmes budgets durant le quinquennat précédent

      [...]

      La réalité de l’emploi dans son ensemble devrait être bien plus noire, si l’on intègre à cette analyse la baisse brutale de crédits de fonctionnement que les institutions devront absorber dans les années à venir. Pour les universités, déjà financièrement étranglées et devant faire face à de nombreuses dépenses contraintes, il n’y aura pas d’autre solution que de se délester massivement de milliers de précaires, dont le nombre total est estimé selon une étude récente [2] à plus de 40000 pour l’ensemble du secteur. Autre solution à laquelle elles ne pourront sans doute échapper, la transformation de postes de titulaires en crédit de fonctionnement selon le principe de comptabilité publique portant le doux nom de “fongibilité asymétrique” (la conversion inverse étant elle interdite). Les 5000 postes prétendument créés pourraient donc bien se traduire au final pour les postulants par un effondrement sans précédent des possibilités de recrutement.

      [...]

      l’occasion de mener plus loin encore l’agenda des réformes d’inspiration néo-libérale inscrit depuis une quinzaine d’années dans les traités de #Bologne et Lisbonne. Adoptés sous le gouvernement #Jospin, ces traités visent à mettre l’enseignement supérieur et de la recherche au service de la compétitivité et de la croissance économique européenne. N’ayant d’autre modèle que celui du #marché, les rédacteurs de ces traités en appellent à la mise en concurrence des systèmes nationaux,

      [...]

      Ces traités, régulièrement approfondis depuis, ont trouvé leur déclinaison nationale avec la loi pour l’innovation de C. #Allègre (1999), la réforme #LMD (2002), la loi pour la recherche (2006) , la loi LRU (2007), ainsi que les initiatives d’excellence (2010).

      [...]

      Cette forme résiduelle de démocratie universitaire, même très limitée par le mode de scrutin qui l’encadre, entrave la transformation radicale dans les formes de gestion universitaire qu’appellent de leur voeux les “modernisateurs”. Face à cette situation créée par la loi LRU, Mme #Fioraso, dans un habile retournement argumentaire, critique le manque de collégialité et de démocratie dans les prises de décision et l’excessif pouvoir donné au président d’université, pour proposer la création d’un “ #sénat_académique ” afin, dit-elle, “de mieux distinguer ce qui relève de la stratégie scientifique de ce qui relève de la #gestion [3].

      Faute de remettre en cause les pré-supposés de la loi LRU, à savoir que la gestion d’une université, son “ #pilotage ”, ne peut être confiée qu’à des managers professionnels, la ministre ne peut que proposer son approfondissement. Le choix des mots, et de l’expression “sénat académique” en particulier, n’est pas anodin. Il renvoie explicitement au modèle anglo-saxon dans lequel l’essentiel des décisions stratégiques, administratives, financières ou juridiques sont entre les mains d’un conseil d’administration resserré, composé exclusivement des représentants des donneurs d’ordre externes que sont les pouvoirs publics et les financeurs privés. Quant aux universitaires, ils n’interviennent qu’au travers d’un pléthorique sénat académique dont la responsabilité se limite aux affaires d’ordre… académique. Ce mode d’organisation, qui tend à se généraliser, était explicitement préconisé par une large partie de la droite lors du débat parlementaire en 2007 [4]. Par peur d’un rejet de la part des universitaires, le législateur lui avait préféré la solution intermédiaire - certains diront batarde - consistant à donner plus de poids au CA tout en conservant son caractère partiellement démocratique. En 2008, Gilbert Béréziat, ancien président de Paris 6, avait dit de la loi LRU qu’elle était une “loi de transition, non aboutie”. Il est probable que ce soit à la gauche socialiste que l’on doive in fine son aboutissement.

  • Le règne de l’apparence
    http://www.educavox.fr/Le-regne-de-l-apparence

    Le faire-semblant peut être une technique, une arme, une tactique, une stratégie. Il nécessite une certaine compétence ou une grande habileté qui, replacée dans le contexte de la société des gagnants, de la compétition et de l’individualisme, mériterait, en toute logique, d’être reconnue et évaluée.
    Il pourrait mettre être inscrit au programme ou dans le socle de compétences.
    Le règne de l’apparence a pris, en quelques années dans le système éducatif, des proportions étonnantes à tous les niveaux.

    #éducation #pilotage