#pnud

  • Scaling Fences : Voices of Irregular African Migrants to Europe

    The Scaling Fences: Voices of Irregular African Migrants to Europe report presents the results of an extensive study exploring the perspectives and experiences of 1970 individuals who migrated through irregular routes from Africa to Europe, originating from 39 African countries.

    Its aim is to contribute to a better understanding of the relationship between migration and development. The Scaling Fences report is the second major review of contemporary development issues affecting Africa to be published by UNDP’s Regional Bureau for Africa.

    Highlights

    58% of respondents were either earning (49%) or in school (9%) at the time of their departure. For a majority of those earning, income appears to have been competitive in the national context.
    For 66% of respondents earning, or the prospect of earning, was not a factor that constrained the decision to migrate.
    62% of respondents felt they had been treated unfairly by their governments, with many pointing to ethnicity and political views as reasons for perception of unfair treatment.
    77% felt that their voice was unheard or that their country’s political system provided no opportunity through which to exert influence on government.
    41% of respondents said ‘nothing’ would have changed their decision to migrate to Europe Average earnings in Europe far outstrip average earnings in Africa, even in real terms.
    67% of those who did not want to stay permanently in Europe said their communities would be happy if they returned, compared to 41% of those who did want to live permanently in Europe.


    https://www.africa.undp.org/content/rba/en/home/library/reports/ScalingFences.html
    #rapport #migrations #asile #réfugiés #rapport #PNUD #push-factors #facteurs_push #motivations #profil

    ping @_kg_ @karine4

    • Les politiques migratoires européennes créent du #populisme en Afrique, sans limiter les départs clandestins

      Dans un rapport, le PNUD estime ces politiques inefficaces et contre-productives et dénonce une instrumentalisation politique de l’Aide au développement

      En matière de lutte contre l’immigration clandestine, « les décideurs politiques doivent changer d’approche ». La conclusion du rapport « En escaladant les clôtures », du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), rendu public lundi 21 octobre, porte un jugement sévère sur les stratégies européennes face à l’immigration irrégulière. « L’instrumentalisation de l’aide internationale au développement à des fins politiques ne devrait pas avoir un impact à long terme sur les facteurs des migrations africaines irrégulières », préviennent ses auteurs.

      Au moment où le gouvernement d’Édouard Philippe veut faire de l’aide publique au développement un levier, le PNUD rappelle au contraire que ce type d’approche envoie « un mauvais signal aux électorats européens en leur faisant croire que de telles stratégies marcheront sur le long terme ».

      Fruit de plus de 1900 entretiens réalisés auprès de migrants africains installés dans treize pays d’Europe, le rapport du PNUD analyse en profondeur le profil des personnes qui quittent leur pays pour entrer de façon irrégulière en Europe et les raisons qui ont présidé à leur choix.

      L’émigration va s’accentuer

      L’étude montre que les candidats au départ - qui avaient en moyenne 24 ans au moment de leur arrivée en Europe - sont en général, dans leur pays, mieux lotis que leurs pairs. Sans faire partie d’une élite, ils ont « manifestement bénéficié des progrès du développement en Afrique au cours des dernières décennies ». Originaires des zones urbaines à 85 %, ils présentent des niveaux d’études supérieurs à la moyenne des gens de leur génération. Ainsi, 43 % des sondés avaient complété le cycle secondaire. En outre, 49 % avaient des revenus au moment de leur départ et, parmi eux, les deux tiers gagnaient au-dessus du revenu moyen dans leur pays.

      Ces éléments laissent entendre que « le développement de l’Afrique est de nature à encourager les mouvements migratoires, et que ces derniers vont nécessairement s’accentuer tandis que « la plupart des pays d’Afrique atteignent à peine les niveaux de croissance et de développement à partir desquels l’émigration commence à s’intensifier ». Par conséquent, les auteurs battent en brèche « l’idée qu’il est possible de réduire la migration par le biais de réponses programmatiques et politiques conçues pour l’empêcher ».

      Les entretiens menés par le PNUD montrent qu’un des facteurs décisifs au départ est, chez les jeunes Africains, un sentiment d’exclusion sociale et de frustration vis-à-vis d’aspirations et de rêves qui n’ont aucune perspective de réalisation dans les pays d’origine. Malgré des situations plus favorables que celles de leurs pairs, les personnes sondées avaient pour 70 % d’entre elles le sentiment de ne pas gagner assez. Et pour 77 %, le sentiment que leur voix n’est pas entendue par leurs gouvernements. « Leur ambition a dépassé les opportunités disponibles localement, résume les auteurs. Le développement ne va pas assez vite et ses gains sont inégaux et limités ». L’immigration se révèle alors, pour ces personnes dont la trajectoire de vie est ascendante, un « investissement pour un meilleur avenir », un choix rationnel qui engage une « prise de risque calculée ».

      Les résultats de l’étude montrent aussi que les sondés proviennent de foyers plus nombreux que la moyenne de leur pays, ce qui laisse supposer une pression économique supplémentaire. En effet, 51 % des migrants interrogés contribuaient à l’économie du foyer avant leur départ. Même si la migration reste une décision multifactorielle, qui repose aussi sur des considérations en matière d’accès à l’éducation, de gouvernance ou de sécurité, 60 % des sondés ont évoqué le travail et le fait d’envoyer de l’argent à leur famille comme étant la première raison qui a motivé leur départ.
      Transferts bien supérieurs à l’aide au développement

      En 2017, les transferts d’argent depuis l’Europe vers l’Afrique subsaharienne ont représenté 25,3 milliards de dollars en 2017, rappelle le PNUD, qui souligne au passage que les montants sont bien supérieurs à ceux de l’aide publique au développement, de quoi mettre en doute la capacité de ce levier financier à dissuader les mouvements migratoires. En Europe, parmi les 38 % de migrants sondés qui déclarent des revenus, 78 % envoient de l’argent à leur famille. Ils gagnent alors en moyenne 1 020 dollars par mois, un salaire inférieur au salaire moyen du pays d’accueil - et même au salaire minimum en vigueur lorsqu’il en existe un -, mais cela représente trois fois la somme que les migrants percevaient en Afrique (lorsqu’ils y travaillaient) et leur permet d’envoyer un « salaire africain » à leur famille. Ce qui fait dire aux auteurs que la mobilité sociale ainsi obtenue est équivalente à un saut générationnel, malgré un phénomène de déclassement. En effet, les migrants qui travaillent en Europe occupent à 60 % des emplois peu qualifiés, le plus souvent dans le nettoyage, l’agriculture ou au domicile de particuliers, contre 29 % dans leur pays d’origine.

      En outre, les opportunités de travail sont limitées par l’absence de statut légal : 64 % des sondés déclarent ne pas avoir d’autorisation de travail dans le pays d’accueil, une proportion qui diminue au fil du temps. Parmi ceux arrivés avant 2005 en Europe, ils ne sont plus que 28 % dans ce cas. A ce propos, les auteurs soulignent que dans la recherche d’un droit au travail, le système d’asile est devenu l’une des seules options disponibles, en l’absence d’autres voies légales, alors même que les personnes n’ont pas migré pour des raisons humanitaires.

      Plus généralement, l’entrée irrégulière en Europe va de pair avec une vulnérabilité accentuée dans le pays d’accueil, qui pour une minorité significative, va perdurer dans le temps. La perspective d’une vie stable devient alors pour eux inatteignable, tandis que des expériences de privation, de faim, de difficultés d’accès aux soins, d’absence de revenus et de sans-abrisme se prolongent.
      Du « gagnant-gagnant »

      Pour le PNUD, l’approche - qui caractérise de plus en plus d’États européens - qui consiste à détériorer les conditions d’accueil des migrants pour dissuader leur venue, ne fait qu’aggraver les populismes : « La présence de migrants sans-papiers plongés dans les limbes de la clandestinité de façon prolongée nourrit l’inquiétude de l’opinion publique et les discours inflammatoires ».

      Il existe pourtant des solutions « gagnant-gagnant » face à la migration, assure le PNUD. Les entretiens montrent que le succès relatif rencontré par les migrants est corrélé à la façon dont ils se projettent dans l’avenir. Ainsi, 70 % des sondés ont déclaré vouloir vivre de façon permanente en Europe. Mais cette proportion diminue à mesure que grandit le sentiment de « mission accomplie », ce qui renforce l’idée d’une migration vécue comme un investissement. « Aider les personnes à atteindre leurs objectifs leur permettra non seulement de contribuer légalement et pleinement au marché du travail européen mais, à terme, devrait encourager le retour dans leur pays d’origine », soulignent les auteurs.

      Le développement de voies de migration circulaire, la régularisation des migrants déjà établis en Europe, mais aussi le développement d’opportunités pour la jeunesse en Afrique et la lutte contre les systèmes gérontocrates sont autant de défis que le PNUD encourage à relever. « Cependant, reconnaissent les auteurs du rapport, cela nécessite du courage politique en Afrique comme en Europe ».

      https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/10/21/les-politiques-migratoires-europeennes-creent-du-populisme-sans-limiter-les-
      #politique_migratoire #politiques_migratoires #EU #Europe #UE

    • Un rapport de l’ONU favorable aux régularisations de migrants

      Un rapport analyse la situation et le parcours des migrants économiques arrivés irrégulièrement en Europe et pointe des politiques mal ajustées. Non seulement, il est vain de chercher à stopper la migration économique issue des pays africains, mais les mesures « décourageantes » contribuent à fixer la population en Europe.

      Dans la lignée des engagements formulés dans le pacte pour les migrations de Marrakech, qui appelait à récolter davantage de données objectives, le Programme des Nations unies pour le développement apporte un nouvel éclairage sur des mouvements migratoires sous-investigués : la migration économique irrégulière. L’occasion de régler quelques « malentendus » (politiques) en travaillant sur un échantillon large. Le PNUD a interrogé plus de 3.000 migrants arrivés en situation irrégulière en Europe (dont 275 en Belgique) pour n’étudier les profils que des 1.970 déclarants être venus pour des motifs économiques.

      93 % des répondants se sont trouvés en danger dans leur trajet vers l’Europe, la moitié ne s’y attendant pas au moment du départ. Pour autant, ils ne sont que 2 % à déclarer qu’ils n’auraient pas migré sachant ce qui les attendait. Et lorsqu’on leur demande ce qui les aurait fait rester au pays (une meilleure situation économique, pas de problème personnel, connaître les conditions de vie réelle une fois en Europe…), 41 % répondent : « rien ». Une détermination de nature à interroger la capacité de quelque mesure que ce soit à stopper les flux Afrique-Europe pour cette population. « Les données challengent la faisabilité de la dissuasion directe et des interventions préventives, suggérant que les décideurs politiques devraient revoir leur approche », souligne le rapport. « L’instrumentalisation de l’aide au développement à des fins politiques ne peut pas, de manière réaliste, amener à une réduction des facteurs de migration. »
      Plus la situation est précaire, moins on souhaite rentrer

      Interrogées sur leur avenir, 70 % des personnes affirment vouloir rester définitivement en Europe. Mais si l’on affine les critères en se penchant sur les migrants ayant une situation stable et des revenus (parce qu’ils ont été régularisés ou travaillent au noir), la proportion s’inverse : 51 % pensent rentrer dans leur pays d’origine. Des résultats plutôt contre-intuitifs, dans la mesure où on pourrait s’attendre à ce que les personnes ayant les situations les plus précaires soient davantage tentées de repartir. « Il semble que les politiques censées avoir un effet décourageant n’ont pas d’impact sur l’envie de rentrer, relève Mohamed Yahya, auteur principal du rapport. C’est plutôt l’inverse qui se passe parce que les personnes doivent récupérer l’investissement de la famille et des amis. » Le rapport souligne la honte de rentrer sur un récit d’échec, sans avoir été capable d’envoyer de l’argent régulièrement. Cette pression s’illustre dans une autre réponse du questionnaire : parmi les migrants souhaitant rentrer, 67 % pensent que leur communauté serait heureuse de les voir rentrer, contre seulement 41 % pour ceux souhaitant rester définitivement.

      Paradoxalement donc, en maintenant les personnes dans un statut précaire, l’Etat encourage la fixation des personnes. Dans ses recommandations, le rapport encourage à recourir aux régularisations, soulignant que les marchés du travail parvenaient déjà à absorber une partie de la population concernée.

      « Toute l’attention côté européen porte sur le management de la migration – comment réduire les flux –, tandis que côté africain, l’enjeu c’est “comment avoir des voies légales” », constate Mohamed Yahya. « Il y a un vide pour l’instant au niveau des voies d’accès légales. Or, vu les conditions en Afrique et le profil des personnes qu’on a rencontrées, il est possible de faire quelque chose qui fonctionne. Ce qui est sûr, c’est que la migration irrégulière génère du stress sur la communauté hôte, donne l’impression qu’on ne contrôle pas les frontières. On espère que le rapport contribuera à construire quelque chose parce que sinon, on va continuer à renforcer des perspectives négatives. Il faut que les sociétés se posent la question : quelle migration peut bien fonctionner en Europe ? »

      Les résultats de l’enquête menée dans 13 pays européens dessinent une population jeune (24 ans en moyenne), plus urbaine, plus éduquée et plus argentée que la moyenne des pays d’origine. « Ce n’est pas le manque de travail qui pousse majoritairement à partir mais le manque de travail de qualité, le manque de choix, de perspectives », souligne Mohamed Yahya, principal auteur de l’étude du Pnud. Le rapport recommande de poursuivre la création de zone de libre-échange en Afrique et de travailler sur les structures de pouvoirs dans lesquels les jeunes ne se reconnaissent pas.
      Une stratégie familiale

      Les migrants interrogés viennent souvent de familles plus nombreuses que la moyenne du pays d’origine. 53 % ont bénéficié du soutien financier de la famille ou d’amis pour couvrir le coût de la migration (jusqu’à 20 fois le salaire moyen pour un ressortissant de l’Afrique de l’Est). Les chercheurs voient une stratégie familiale dans nombre de ces trajectoires qui induit un besoin de retour sur investissement.
      38 % travaillent

      38 % des migrants interrogés travaillent dans le pays hôte. Parmi eux, seuls 38 % le font de manière légale. D’après les projections, le niveau de salaire atteint en Europe équivaut à un bon de 40 ans en avant par rapport à la courbe de développement du pays d’origine. 78 % des personnes qui travaillent renvoient de l’argent vers leur pays d’origine.

      https://plus.lesoir.be/255033/article/2019-10-21/un-rapport-de-lonu-favorable-aux-regularisations-de-migrants

      #travail #stratégie_familiale

  • Eva_Joly balance tout sur la Françafrique La Rédaction - 23 Juillet 2019 - Investigaction
    https://www.investigaction.net/fr/eva-joly-balance-tout-sur-la-francafrique

    Nous ne résistons pas à l’envie de publier pour nos lecteurs ces extraits du dernier livre de la députée française Eva Joly, détaillant les « crimes » de la France en Afrique en général et au Cameroun en particulier ; elle parle notamment du massacre des #Bamilékés par son pays.
     
    Je n’avais rien compris à ce que l’écrivain #Slimane_Zeghidour appelle « le secret de famille de la République ». Lorsque j’ai pris en charge l’instruction de l’affaire #Elf, j’avais en face de moi les puissants du pétrole français, je n’aimais pas leur arrogance, la façon qu’ils avaient de se servir dans les caisses, mais lorsqu’ils invoquaient les intérêts supérieurs du pays, j’étais prête à les croire.

    Je sortais de plusieurs années en détachement au Ministère des Finances, entourée de hauts fonctionnaires intègres, d’une compétence absolue.

    J’avais confiance dans les institutions de mon pays d’adoption. Je n’imaginais pas que la finalité des dirigeants des sociétés nationales du #pétrole fut autre chose que le bien commun. Je traquais les dérives et non le système lui-même.

    Pourtant au fil de mon enquête, j’ai découvert un monde souterrain. Magistrate, limitée par le cadre de ma saisine et des compétences nationales, je devais m’arrêter sur le seuil de certaines portes, qui menaient vers l’étranger.

    Je découvrais des chemins qu’il aurait été passionnant de remonter, des connexions qui m’ahurissaient. Avec des chiffres, des comptes, nous avions sous nos yeux le déchiffrage d’un vaste réseau de #corruption institutionnalisé, dont les fils étaient reliés en direct à l’#Elysée.

    Ce n’était pas mon rôle d’en tirer les conclusions politiques, mais j’en ai gardé l’empreinte. Nous avions dessiné alors un vaste schéma, que j’ai toujours avec moi. Il fait huit mètres une fois déplié.

    Il serpente depuis le bureau d’un directeur des hydrocarbures d’Elf, jusqu’à des comptes obscurs alimentés par le Gabon, aux mains d’#Omar_Bongo : quarante ans de pouvoir et une difficulté récurrente à distinguer sa tirelire et sa famille d’une part, le budget de l’Etat et le Gouvernement d’autre part.

    J’emporte souvent ce schéma avec moi, au fil des rendez-vous. Je l’étale sur les tables, un peu comme un capitaine au combat sort ses vieilles cartes.

    Les positions ont sans doute varié, les techniques de camouflage se sont sophistiquées, mais le système est là : les tyrans sont des amis que la France a placés au pouvoir et dont elle protège la fortune et l’influence par de vastes réseaux de corruption ; en échange ils veillent sur les intérêts et les ressources des entreprises françaises venues creuser le sol. Tout ce beau monde a intérêt à ce que rien, jamais, ne stimule ni les institutions ni l’économie des pays.

    La France aide à appauvrir le Gabon.
    Et si je m’arrête un instant au Gabon, qu’est-ce que j’y vois ? Un pays riche qui exporte plus de treize milliards de dollars de pétrole brut par an et affiche un PIB par habitant largement au-dessus de la moyenne africaine (6 397 $) ? Ou un pays pauvre où l’espérance de vie est estimée à 55 ans pour les femmes et 53 pour les hommes, ce qui leur laisse un an de moins que les Malgaches nés sur un sol sans pétrole ? Le taux de mortalité infantile est au Gabon particulièrement élevé, le taux de vaccination contre la rougeole est de 40% contre une moyenne de 79% dans les pays en développement.

    Voilà où en est le Gabon, chasse gardée de la France, fournisseur des trésors du pétrole et de l’uranium, fief de #Total-Elf, la première capitalisation boursière française.

    Si les habitants de Libreville n’ont pas bénéficié de la richesse de leur pays, c’est parce que la France s’est accaparée ses ressources minières, avec la complicité d’un Président, enrôlé dès son service militaire par l’armée française et ses services secrets, placé à la tête du pays à 32 ans par Paris, il était alors le plus jeune Chef d’Etat du monde. La France contrôle son armée, ses élections et protège sa fortune.

    En retour, Omar Bongo fait table ouverte plusieurs fois par an, Avenue Foch ou l’Hôtel Crillon, où il reçoit les hommes politiques, des publicitaires et les journalistes français qui comptent. Chacun se presse à ces audiences.

    Dans les années 1990, un homme politique français de premier plan, alors en fonction, bénéficiait en parallèle d’un contrat de « consultant » signé par Omar Bongo et largement rémunéré. De #Roland_Dumas, le Président gabonais dit qu’il est un « ami intime ». Prévoyant, il apprécie aussi #Nicolas_Sarkozy, venu « prendre conseil » en tant que candidat à l’élection présidentielle.

    Lorsqu’au cours de l’instruction, nous avons perquisitionné au siège de la #FIBA, la banque franco-gabonaise, nous avons consulté le listing des clients qui paraissait tenu à la plume sergent-major. C’était une sorte de Who’s Who de la France en Afrique, qui en disait long sur l’envers de la République et des médias.

    La France fait semblant d’aider des pays qui sont riches en matières premières.

    A ceux qui croient encore à l’aide désintéressée de la France en Afrique, il suffit de consulter les chiffres du #PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement). La corrélation est régulière entre le montant de l’aide française et la richesse en matières premières.

    En clair, celui qui n’a rien dans son sous-sol ne doit pas attendre grand-chose de Paris. Il n’est pas étonnant de retrouver le Gabon comme l’un des premiers bénéficiaires de l’aide publique française au développement. Le résultat est affligeant en termes de système de santé et d’éducation. L’argent s’est perdu en route. Il est justement fait pour cela.

    Il ne s’agit pas d’une dérive mais d’une organisation cohérente et raisonnée. Dans chaque audition durant notre instruction, nous entendions parler de pressions physiques, d’espionnage permanent et de #barbouzes.

    Les perquisitions dans la tour Elf à la Défense livraient une moisson de documents révélant la confusion des genres, nous les transmettions au Parquet de Nanterre, qui se gardait bien d’ouvrir des enquêtes.

    Car #Elf hier, Total aujourd’hui, est un Etat dans l’Etat, conçu par #Pierre_Guillaumat, un ancien Ministre de la Défense, patron des services secrets et responsable du programme nucléaire français afin de servir les intérêts géopolitiques de Paris.

    La Norvège a utilisé son pétrole pour construire et assurer le paiement des retraites futures. La France se sert d’Elf Total pour affirmer sa puissance.

    La compagnie intervient dans le Golfe de #Guinée, au #Nigeria, au #Congo-Brazzaville, en #Angola… Tous ces pays ont connu la guerre civile et la dictature, derrière laquelle la main française s’est fait sentir. Le chaos, lorsqu’il se produit, ne trouble pas le système. Il n’est qu’à voir l’Angola en guerre pendant des dizaines d’années, mais dont aucune goutte de pétrole, jamais, n’a raté sa destination.

    Pendant la guerre, les affaires continuaient…les banques françaises, #Bnp-Paribas en tête, ont même profité de l’occasion pour élaborer des montages financiers destinés aux pays en guerre, à des taux affolants, tout en sachant qu’elles ne prenaient pas le moindre risque. L’argent, là aussi, n’a pas été perdu pour tout le monde. C’est un miroir dans lequel il ne faut pas trop souvent regarder les élites françaises.

    Depuis que j’ai ouvert le dossier Elf dans mon bureau de la galerie financière, j’ai voyagé physiquement et intellectuellement bien loin de la Seine et de ses quais gris et bleus…j’ai appris en marchant. A l’arrivée, le tableau est effrayant.

    L’Afrique a refait de moi une Norvégienne, fière de l’être. Mon pays est riche, mais, il se souvient avoir été pauvre, un peuple d’émigrants regardant vers le nouveau monde américain.

    Son esprit de conquête, ses allures vikings sont des traces d’un passé très lointain, vinrent ensuite les tutelles danoise puis suédoise, dont il fallut se libérer, Il envoya vers l’Afrique des missionnaires protestants, personnages austères au visage buriné, taillé par la parole chrétienne et l’œuvre humanitaire, plutôt que des nouveaux colons, comme on les croise encore dans les quartiers d’expatriés blancs.

    Pendant que la France fondait Elf, la Norvège mettait en place l’exploitation des ressources de la mer du Nord, accumulant un fonds de réserve, aussitôt placé pour les générations futures et soigneusement contrôlé. Ce petit pays des terres gelées est devenu la première nation donatrice en dollars par habitant.

    Bien sûr, les pétroliers norvégiens ne sont pas des enfants de chœur. De récentes enquêtes ont montré que certains d’entre eux ont versé des commissions et que la tentation d’abuser de leur pouvoir est permanente. Mais la Norvège n’a pas à rougir de ce qu’elle a fait de son pétrole. Ce que j’ai vu, les rapports internationaux qui l’attestent, est une œuvre d’espoir.

    La République française, à la même époque, a mis en place en Afrique un système loin de ses valeurs et de l’image qu’elle aime renvoyer au monde. Comment des institutions solides et démocratiques, des esprits brillants et éclairés, ont-ils pu tisser des réseaux violant systématiquement la loi, la justice et la démocratie ? Pourquoi des journalistes réputés, de tout bord, ont-ils toléré ce qu’ils ont vu ? Pourquoi des partis politiques et des ONG, par ailleurs prompts a s’enflammer, n’ont-ils rien voulu voir ?

    L’Occident a fermé les yeux sur les #crimes de la France.
    Je ne condamne pas. J’ai partagé cet aveuglement. J’étais comme eux, avant de glisser l’œil dans le trou de la serrure et de prendre la mesure de ce secret de famille : la France reste un #empire et ne se remet pas de sa puissance perdue. L’indépendance politique a été largement une mascarade en Afrique de l’Ouest.

    L’Occident a fermé les yeux, car la France se prévalait d’être le « gendarme » qui défendait la moitié du continent contre le communisme. Les Français ont laissé faire, car astucieusement, De Gaulle et ses successeurs ont présenté leur action comme un rempart contre l’hydre américaine. Elf était l’une des pièces maîtresses de cette partie géopolitique.

    Le double jeu a été facilité par la certitude, ancrée dans les mentalités, que « là-bas, c’est différent ». Là-bas, c’est normal la corruption, le #népotisme, la #guerre, la #violence. Là-bas, c’est normal la présence de l’armée française, les proconsuls à l’ambassade ou à l’état-major, les camps militaires. Là-bas, c’est normal l’instruction des gardes présidentielles. Là-bas, c’est normal la captation des richesses naturelles.

    D’ailleurs, « tout le monde fait pareil ». Jeune ou vieux, de gauche ou de droite, nul Français ne songe à s’offusquer de voir nos soldats mener, presque chaque année, une opération militaire en Afrique, au #Tchad, en Côte_d_Ivoire, au #Rwanda, quand tous se gaussent de cette Amérique venue faire la police en Irak, en maquillant d’un fard démocratique les intérêts géopolitiques et pétroliers de Washington. Il y a pourtant bien des symétries.

    J’ai vu récemment un documentaire sur la guerre du #Biafra, quatre ou cinq demi-heures de témoignage brut des principaux acteurs, sans commentaires. Je suis restée sans voix. A ceux qui sont nés après 1970, le Biafra ne dit rien. Dans cette région du #Nigeria, riche en pétrole, une ethnie, chrétienne et animiste armée par la France, réclama l’indépendance. S’ensuivit une guerre meurtrière de trois ans, révolte financée depuis l’Elysée via des sociétés #suisses.

    La télévision française aimait alors montrer les enfants affamés que les militaires français ramenaient par avion pour les soigner, jamais elle ne laissait voir la cargaison de l’aller, remplie d’armes. A l’image maintenant, les anciens collaborateurs de #Jacques_Foccart, repus dans leurs fauteuils Louis XV, détaillent sans émotion ces montages illégaux. Les officiers, lieutenants d’alors, généraux d’aujourd’hui, racontent ce bon tour le sourire aux lèvres. Fin du documentaire. Pas un mot, pas une ligne dans les livres d’histoire.

    La France au cœur de la guerre du Biafra et du massacre des #Bamilékés au Cameroun
    Des drames comme celui-ci, l’Afrique en contient des dizaines, soigneusement passés sous silence. Les massacres des Bamiléké au Cameroun par la France du Général De Gaulle, le génocide des #Tutsi commis par un régime soutenu par #François_Mitterrand, les assassinats d’opposants, les manipulations d’élections.. Le passif de la France sur le continent africain n’a rien à envier à l’#impérialisme américain en Amérique latine ou au Moyen-Orient.

    Il est à la mode parmi les intellectuels français de se plaindre du mouvement de repentance qui s’est répandu depuis quelques années. Les bienfaits de la colonisation, à inscrire dans les manuels scolaires, ont même fait l’objet d’une proposition de loi, largement soutenue par les députés.
    Bien sûr, l’histoire de la France en Afrique ou en Asie du sud-est a compté aussi des aventuriers sincères, exportateurs, instituteurs ou pionniers, qui ont fait corps avec les pays qu’ils ont découverts. A Madagascar, les #Vazas, ces pieds noirs malgaches, ne cessent de louer devant moi l’état des routes et des infrastructures françaises au moment de l’indépendance.

    Mais les peuples sont comme les familles. On ne peut pas faire le tri de la mémoire. Il est des secrets soigneusement cachés dont l’onde portée va bien au-delà d’une ou de deux générations. Les enfants héritent de tout : du malheur comme du bonheur, de la richesse comme des dettes.

    La République française paie aujourd’hui la facture de son passé. Il suffit de dérouler la liste des appellations officielles des Maghrébins nés dans un département français avant 1962 ou sur le sol hexagonal depuis les années 1970. Par la loi, ils furent et sont des Français comme les autres.

    Les gouvernements successifs n’ont pourtant cessé d’inventer des périphrases : « indigène musulman », « sujet africain non naturalisé », « JFOM » (Jeune français originaire du Maghreb), « jeune issu de l’immigration », « fils de harkis », « jeune des quartiers », « Arabo-musulman », « Français d’origine arabe », « Français musulman »…

    La France vit encore comme si en Afrique, elle était chez elle, et comme si, ses enfants d’ascendance africaine n’étaient pas Français. Le développement de la Françafrique, notre tolérance vis-à-vis des réseaux, tout ramène à ce secret colonial, cet empire qui hante les esprits comme un fantôme. Oui, Total, la première entreprise française, est riche et prospère.

    Mais la manière dont la firme s’est bâtie fait partie de l’héritage. Qui osera un jour rendre au Nigeria, au Cameroun, au Gabon, au Congo-Brazzaville ce que la France leur doit ? Qui contestera les contrats conclus par #Areva pour l’#uranium du #Niger ou ceux des mines d’or de #Sadiola au #Mali, deux pays parmi les plus pauvres du globe, qui ne touchent qu’une part dérisoire des richesses prélevées dans leur sol ? La République a contracté une dette qu’il lui faudra bien honorer.

    Notre prospérité est nourrie de #richesses que nous détournons. A certains de ces sans-papiers qui risquent leur vie pour gagner l’Europe, il pourrait-être versé une rente au lieu d’un avis d’expulsion. Je rêve pour ce pays que j’aime, d’un réveil collectif.

    Une France digne de son idéal et de son héritage de 1789 est incompatible avec la Françafrique : ce qu’une génération a fait, une autre peut le défaire. C’est possible.
     
    Extrait de : La force qui nous manque. Eva Joly. Editions des Arènes (Paris) 190 pages. https://www.jmtvplus.com/eva-joly-balance-toutmeme-sur-le-cameroun-40110

    #françafrique #afrique #france  #colonialisme #tchad #armée_française #centrafrique  #francafrique #armée #guerre #Livre #Eva_Joly #Femme

  • La #Syrie s’éteint peu à peu
    http://www.bruxelles2.eu/2015/03/12/la-syrie-seteint-peu-a-peu

    Depuis le début du conflit, il y a 4 ans, 83% des #lumières visibles dans le ciel syrien se sont éteintes. C’est le constat auquel arrive un chercheur de l’Université de Wuhan en Chine qui a analysé des images satellites du ciel syrien depuis 2011, à la demande de 130 ONG, dont Crisis group

    [...]

    A ce constat, il faut ajouter l’étude rédigée pour le compte de l’#UNWRA (l’office de l’ONU pour l’accueil des réfugiés palestiniens) et le #PNUD, que m’a rappelé un lecteur, qui donne quelques données effarantes : en quatre ans de guerre, la durée de vie du Syrien moyen serait passée de 74 à 55 ans ! Et la population vivante a diminué d’un sixième durant cette même période…

    Lien vers le rapport : http://www.bruxelles2.eu/wp-content/uploads/2015/03/ViolenceSyrieETUD@UNRWA1503.pdf

  • #Ebola : le #PNUD appelle à agir pour éviter un #effondrement_économique régional

    7 octobre 2014 – Au début d’une visite de 10 jours dans les pays les plus touchés par l’épidémie d’Ebola (Guinée, Sierra Leone et Libéria), un haut responsable du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a déclaré lundi qu’il fallait tout faire pour que cette crise sanitaire ne devienne pas une crise socio-économique régionale.

    http://www.un.org/africarenewal/fr/derni%C3%A8re-heure/ebola-le-pnud-appelle-%C3%A0-agir-pour-%C3%A9viter-un-effondrement-%C3%A9conomiq

  • L’ère de la #vulnérabilité
    http://www.project-syndicate.org/commentary/economic-failure-individual-insecurity-by-joseph-e--stiglitz-2014-10/french

    Le rapport du #PNUD se concentre sur un autre aspect de la performance sociétale : la vulnérabilité. Il souligne en effet qu’en dépit de la réussite de nombreux États dans l’extraction de nombreux individus de la pauvreté, la vie quotidienne d’un grand nombre de ces personnes demeure #précaire. La survenance d’un événement relativement mineur – tel que l’apparition d’une #maladie au sein de la famille – serait précisément susceptible de faire replonger celle-ci dans la déchéance. La mobilité descendante constitue ainsi une #menace réelle, là où les perspectives de mobilité ascendante demeurent limitées.

    #précarité

  • Développement humain : l’Afrique ne rattrape pas l’Europe
    http://visionscarto.net/developpement-humain

    Titre : Développement humain : l’Afrique ne rattrape pas l’Europe Mots-clés : #Développement #Pauvreté #Richesse #IDH #Indice_de_développement_humain #Développement_humain #PNUD #edm Apparition(s) : L’Etat du monde 2014, « Puissances d’hier et de demain », La Découverte, Paris, 2013. Auteur : Philippe Rekacewicz Date de création : Juin 2013

    #Collection_cartographique

  • Daily chart: African-American-Chinese | The Economist

    http://www.economist.com/blogs/graphicdetail/2013/03/daily-chart-9?fsrc=scn/fb/wl/dc/AfricanAmericanChinese

    African-American-Chinese
    Mar 14th 2013, 16:26 by Economist.com

    The UNDP’s favoured measure of progress throws up some intriguing comparisons

    GROSS domestic product, Robert F. Kennedy said, “measures everything…except that which makes life worthwhile.” In an attempt to redress the fixation with economic output alone, in 1990 the United Nations Development Programme (UNDP) launched the Human Development Index (HDI). This index combines life expectancy at birth, the average and expected number of years in education and economic output. Only two countries, Zimbabwe and Lesotho, have seen their index scores fall since 1990, but elsewhere big strides have been made, particularly in China, Iran and India. As a result of these changes, the UNDP expects the world’s middle-class population—defined as households with incomes over $20,000 a year—to grow from 1.85 billion in 2009 to 3.25 billion in 2020. It predicts that by 2030, 80% of middle-class households will live in emerging and developing countries, accounting for 70% of global spending.

    #développment #indicateur #indice #hdi #statistique #data #pnud #nations-unies

  • Africa Human Development Report 2012
    http://www.afhdr.org/en

    Sub-Saharan Africa cannot sustain human development unless it eliminates the hunger that affects nearly a quarter of its people, the United Nations Development Programme (UNDP) argues in the newly released Africa Human Development Report 2012: Towards a Food Secure Future. Looking beyond agriculture, the report looks into four broad categories of policy options: agricultural productivity, nutrition, resilience and empowerment.

    #développement #rapport #PNUD

    • @af_sobocinski oui, j’ai quitté le Grid-Arendal, agence du PNUE parce que trop bureaucratique, trop lourd, trop censuré, trop orienté. Mais finalment, après 6 ans en dehors de l’institution, vu de l’extérieur, je vois qu’il y avait des moyens de contourner ces difficultés, et j’aurai sans doute pu rester et continuer mes projets sans trop de dommage. Ce n’est pas trop tard, je vais sans doute bientôt y revenir... Mais par le biais ’autres institutions de l’ONU.

      Sinon pour la question ds logiciels, c’est marrant comme question :) parce que j’utilise des logiciels de dessin lorsqu’il faut que je « monte » une carte en format digital, illustrator de temps en temps mais surtout Freehand que Adobe a assassiné en 2004... Et qui marche toujours très bien sur mon ordi (mais pour combien de temps ?). Mais surtout, j’utilise mes crayons de couleur et du papier, et accessoirement mon cerveau :) JE veux dire par là que pour moi, la question du logiciel est secondaire. J’ai en fait juste besoin d’avoir un logiciel capable de préparer ds fonds de cartes avec les cadrages que je veux, avec les prpjections que je veux, et capable de dessiner des ronds, des carrés et des lignes.

  • La créativité résiste mieux à la crise économique et dope la croissance mondiale (rapport #ONU)
    http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=24877&Cr=PNUD&Cr1

    Les industries créatives se sont avérées plus résistantes aux chocs de la crise économique mondiale que les industries manufacturières traditionnelles, souligne le rapport 2010 sur l’#économie_créative, lancé aujourd’hui par le Programme des Nations Unies pour le développement (#PNUD) et la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (#CNUCED).

    A titre d’exemple, l’industrie cinématographique du #Nigéria, avec son chiffre d’affaires de 2,75 milliards de dollars, se classe au troisième rang mondial, après les États-Unis et l’Inde. Avec plus d’un millier de films produits chaque année, l’industrie « Nollywood » a créé des milliers d’emplois et représente aujourd’hui le deuxième secteur d’activité du pays après celui des hydrocarbures.
    Conscient de ce potentiel, le gouvernement nigérian a massivement investi dans l’industrie cinématographique, lancé des réformes politiques pour faciliter son développement et mis en place des formations destinées à promouvoir les emplois dans la production et la distribution de films.