• Écriture inclusive : faisons le point autour de la cheminée – 24 jours de web
    https://www.24joursdeweb.fr/2017/ecriture-inclusive-faisons-le-point-autour-de-la-cheminee

    Salut les fées et les lutins ! Si t’as pas entendu parler d’écriture inclusive dernièrement, c’est que tu vis au fond d’une grotte. Et quelle chance, parce que la polémique actuelle nous rebat les oreilles ! Mais y’a des petits trucs qu’il te faut savoir, pour bien faire ton métier dans le Web. Et peut-être as-tu des questions à ce sujet… Faisons le point, veux-tu ? Viens, prends ce plaid et installe-toi au chaud près de la cheminée…

    #ÉcritureInclusive #LangueFrançaise #PointMédian

    • @philippe_de_jonckheere : chacun·e fait comme il veut, mais un seul point par mot suffit. Décortiquer en séparant radical, féminin, pluriel, etc. n’est pas nécessaire : c’est ce que l’on fait en phase d’apprentissage d’une langue. Mais pas dans la pratique courante de l’écrit.

      Ensuite, il n’y a pas concurrence avec les autres règles d’écriture inclusive (accord de proximité, doublets, etc.) : l’usage de point (entre autres) ne sert qu’à raccourcir à l’écrit des formes, qu’il est toujours préférable, oui, d’écrire in extenso, comme le rappelle cet article.

    • @tetue C’est vraiment passionant ce débat et les implications que cela peut avoir pour une personne, qui, comme moi, écrit, presque tous les jours, sont redoutables. Lorsque je ne parviens pas à éviter la nécessité d’un point médian, je vis cela comme un échec et il peut m’arriver de reprendre tout un paragraphe pour retomber sur mes pieds. Du coup, pour ce qui est de la fiction, j’avais coutume d’imprimer, relire-corriger, reporter les corrections et réimprimer une douzaine de fois, et vers la fin, faire des relectures plus spécifiques, une pour la ponctuation, une autre pour la concordance des temps, une autre pour la fluidité, je passe donc désormais à treize, une relecture pour les accords et autres problématiques de genre.

      Et juste parce qu’on parle, je t’avais sollicitée pour une autre problématique, celle des recommadations pour qu’un texte soit dyslexic friendly , l’idée est en train de progresser, je l’espère, dans le cerveau de mon éditeur, pour que mon prochain roman soit composé en suivant, autant que possible, certaines des recommandations que tu m’avais données et autres sources vers lesquelles tu avais pointé. En revanche je crois que le texte en drapeau, non justifié, là ça risque d’être la limite.

      Est-ce que par exemple tu sais si les différentes polices de caractères ont des notes de dyslexic friendliness, si tu me passes l’expression . Et si c’est le cas, est-ce que tu sais quelle est la note (le rang) de Freight ?

    • Rapport au mur portant le graffiti « anarcho-inclusif », je serai plutôt pour garder le masculin pour « Dieu » car « au commencement était le verbe et le verbe s’est fait homme » (et non pas femme). Quant à « maître », ce mot désigne le plus souvent l’homme mâle. Donc accord à la majorité.

      @alain1 : raccourci sur un clavier « ouindoze » : <ALT>0183 ···

  • Un bon article sur l’#écriture_inclusive. J’ai surtout apprécié son côté pratique et concret, orienté vers les gens qui écrivent, pas ceux qui trollent sur les réseaux sociaux (alors que la plupart n’ont aucune idée de ce qu’est l’écriture inclusive et propagent des légendes.) Bref, si vous écrivez, et que vous vous demandez comment inclusiver le mieux possible, c’est un texte à lire.

    https://www.24joursdeweb.fr/2017/ecriture-inclusive-faisons-le-point-autour-de-la-cheminee

    #grammaire #français #point_médian_mon_amour

  • Ecriture inclusive : « La langue façonne-t-elle les mentalités ou les mentalités façonnent-elles la langue ? » (une heure filmée, not bad)
    http://lemonde.fr/societe/article/2017/10/12/en-direct-qu-est-ce-que-l-ecriture-inclusive_5200044_3224.html

    Ses fervents défenseurs y voient une manière de respecter l’égalité entre les sexes. Ses opposants, eux, lui reprochent d’appauvrir la langue, de la rendre illisible. Depuis mars dernier et la parution d’un manuel scolaire aux éditions Hatier, l’écriture inclusive est revenue au centre de discussions entre linguistes et politiques et divise l’opinion, notamment sur les réseaux sociaux. Pourtant, si le débat s’est souvent concentré sur le « point médian », lequel permet l’emploi du masculin et du féminin dans un même mot, l’écriture inclusive repose sur d’autres principes, qui ouvrent un débat plus large : notre langage façonne-t-il le monde ou le monde façonne-t-il notre langage ?
    Richard Herlin, correcteur au Monde et coanimateur du compte Twitter@LeMonde_correct, a fait le point sur ce type d’écriture (...).

    Prêt.e.s. pour l’écriture inclusive ?
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/10/13/pret-e-s-pour-l-ecriture-inclusive_5200180_3232.html

    Sophie Le Callennec, professeure d’histoire-géographie, ne s’y attendait pas. Son nouvel ouvrage Questionner le monde (Hatier, 160 pages, 13,90 euros), destiné au cours élémentaire (CE2), a été éreinté à la rentrée dans plusieurs journaux, émissions et sites qui lui reprochent de féminiser les métiers et la syntaxe, et de pratiquer « l’écriture ­inclusive » – c’est-à-dire incluant des ­signes graphiques permettant de ­visualiser la présence des femmes.

    Le Figaro du 6 octobre a dénoncé en « une » un « délire » et parlé de « charabia ». Le collectif La Manif pour tous Paris a publié, le 25 septembre, un tweet féroce : « Après avoir tout détruit, les pédagogos tentèrent des expériences sur nos enfants… »

    Le 26 septembre, sur Europe 1, le philosophe Raphaël Enthoven avait pour sa part pourfendu une « agression de la syntaxe par l’égalitarisme » et une « novlangue » ­digne du roman 1984 : « Partant du principe qu’on pense comme on parle, c’est le cerveau qu’on vous lave quand on vous purge la langue. »

    Quid de l’apprentissage du français ?
    Ouvrons Questionner le monde… ­Didactique, illustré, l’ouvrage explique avec clarté, à travers des définitions courtes, des questionnements et des exercices, les attendus du programme du CE2 : initiation à l’histoire, à la géographie et au monde du vivant.
    Sophie Le Callennec le reconnaît, elle a pris soin de « respecter l’égalité de traitement entre les genres » pour répondre à la volonté de l’éducation nationale de développer un « enseignement moral et civique » qui soit « non sexiste ». Elle a donc « équilibré le nombre d’hommes et de femmes », écarté les « clichés sur les métiers masculins et féminins » et utilisé l’écriture inclusive.
    On croise ainsi dans le manuel Jeanne d’Arc et Marie Curie ; on voit des filles faisant du judo ; on signale l’existence des suffragettes et des « député.e.s » ; on feuillette des pages titrées « Les artisan.e.s » ou « Les savant.e.s au fil du temps » pour rappeler que les femmes travaillaient aussi.
    Si cette approche égalitaire peut être louable dans son intention, on éprouve une gêne à la lecture de certains passages
    Pourtant, si cette approche égalitaire peut être louable dans son intention, on éprouve une gêne à la lecture de certains passages. On trouve, par exemple, dans une « boîte à mots » destinée à enrichir le vocabulaire des élèves cette définition : « Un.e paysan.ne : un.e agriculteur.rice qui vit simplement ». Comment prononcer une telle phrase ? Ne va-t-elle pas compliquer l’apprentissage du français pour des enfants de 8 ans ?
    Sophie Le Callennec se défend. Pour écrire son manuel, à la demande de l’éditeur, elle a tenu compte des recommandations du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes publiées, en novembre 2015, dans un Guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe.
    Il préconise dix règles, parmi lesquelles la féminisation des métiers, des titres et des grades (« madame la présidente »…), l’usage du féminin et du masculin dans les messages publics (« les électeurs et les électrices » plutôt que « les électeurs »…), l’utilisation du neutre dès que possible (« on », « le corps professoral »…), et de pratiquer des inclusions pour rappeler la présence sous-jacente des femmes (« les avocat.e.s »…).

    L’Académie française inquiète
    « Agriculteur.rice » s’explique par cette raison. L’écriture inclusive autorise de nouvelles formes d’abréviation. « Au lieu de répéter à chaque fois “les agriculteurs et les agricultrices”, explique Sophie Le Callennec, nous abrégeons. »
    Certaines expressions peuvent dérouter, admet-elle, tout en ­estimant qu’elles deviendront un jour naturelles : « Des journaux comme Les Inrockuptibles, de nombreuses associations, les textes officiels, les utilisent de plus en plus. Nous allons nous habituer, la langue va évoluer. Aujourd’hui, dire “une magistrate” ne dérange plus grand monde, demain on acceptera “magistrat.e.s”. »
    Cela inquiète l’Académie française. Dans un texte d’octobre 2014 intitulé « La féminisation des noms de métiers, fonctions, grades ou titres », elle rappelle qu’elle rejette tout « esprit de système » tendant à féminiser les professions, et qu’il existe en français un « genre marqué », le féminin, et un « genre non marqué », le masculin – à valeur générique.
    Voilà pourquoi, explique-t-elle dans ses « Questions de langue », où elle traite en ligne des litiges linguistiques, l’expression « groupe d’étudiants » – et non « d’étudiant.e.s » – peut désigner une réunion d’hommes et de femmes : elle n’est pas privative, comme l’est un « groupe d’étudiantes ». L’Académie ajoute qu’il est « redondant » d’écrire à chaque fois « les électeurs et les électrices », quand « les électeurs » suffit. Pour les mêmes raisons, l’écriture inclusive est inutile.

    Supériorité masculine
    L’Académie estime qu’une phrase comme « Les électeurs/électrices du boulevard Voltaire sont appelé(e)s à ­voter dans le bureau 14 » ne tient pas compte du genre marqué, alourdit la syntaxe et contrevient à « la règle traditionnelle de l’accord au pluriel » qui veut que le masculin l’emporte sur le féminin.
    Elle avance qu’une telle pratique « pourrait aboutir à de nombreuses ­incohérences linguistiques » – c’est ce qu’entend montrer cette version ­moqueuse de la fable Le Corbeau et le ­Renard qui circule sur le Net : « Maître.sse Corbe.au.lle sur un arbre perché.e. Tenait en son bec un fromage. Maître.sse Renard.e par l’odeur alléché.e… »
    Professeure émérite de littérature de la Renaissance, Eliane Viennot a dirigé l’ouvrage L’Académie contre la langue française (iXe, 2016), cosigné par plusieurs linguistes et sémiologues. Leur thèse : l’Académie nous trompe, le ­français n’a pas toujours valorisé la prédominance du masculin.
    « Jusqu’au XVIIe siècle, les noms des métiers et des dignités exercées par des femmes étaient au féminin », rappelle Eliane Viennot. On disait alors « charpentière », « prévôte » ou « moissonneuse ». La règle d’accord de proximité voulant que le dernier mot l’emporte, et non le masculin, était courante. Mais elle a finalement été ­remise en cause puis abolie par l’Académie au nom de la supériorité masculine. En 1651, le grammairien Scipion Dupleix, « conseiller du Roy », édicte : « Parce que le genre masculin est le plus noble, il prévaut seul contre deux ou plusieurs féminins. »

    Nombreux litiges
    « Depuis, alors que la société a changé, l’Académie résiste, et l’effacement du ­féminin continue. Elle voudrait qu’on dise “le juge est en congé maternité” ! », assure Eliane Viennot.
    Elle défend donc le retour à la féminisation des métiers, mais aussi un « usage restreint de l’écriture inclusive, au plus près de la langue. Je m’élève contre “agriculteur.rice” par exemple, le mot est trop compliqué. Il faut utiliser le point pour féminiser les terminaisons simples, et une seule fois. » Mais pour l’instant, plusieurs formes d’inclusion cohabitent, au risque d’y perdre son latin.
    Chez Act Up, par exemple, on utilise le E majuscule. On écrit : « SéropositifVEs et maladEs du sida, nous sommes de plus en plus nombreuxSES ». Jacques Pisarik, le cosecrétaire général de l’association, défend ce choix : « Nous avons utilisé le E majuscule pour prévenir que les femmes n’étaient pas à l’abri de l’épidémie. » Il reconnaît toutefois que cette féminisation ne va pas toujours de soi : « Nous nous sommes retrouvé.e.s avec des mots difficiles comme “sans-papièrEs” ! »
    De nombreux litiges subsistent sur les usages, comme le montre le docteur ès lettres de l’université de ­Genève Daniel Elmiger dans son article « Binarité du genre grammatical - binarité des écritures ? » (Mots. Ecrire le genre, 2017, n° 113). Faut-il utiliser le point, le point milieu, à mi-hauteur, ou le point médian, plus gras : c’est-à-dire écrire « les salarié.e.s », « les salarié·e·s » ou « les salarié.e.s » ? Certain.e.s utilisent la barre oblique (« / »), le trait d’union (« - ») ou la parenthèse au lieu du point, ce qui donne, au choix : ­élu/e/s, élu-e-s, élu-es, élu(e)s.
    Des linguistes soulignent une autre difficulté : « Au niveau textuel, les protocoles rédactionnels de féminisation sont plus retors encore : que faire des reprises pronominales (il/elle/s, ils/elles) ? des déterminants au singulier (le/la professeur) ? » La critique d’art Elisabeth Lebovici, qui a rédigé un essai ­entier en inclusif, Ce que le sida m’a fait (JRP Ringier, 320 pages, 19,50 euros), soulève la question des personnes qui ne se reconnaissent dans aucun genre : elle préconise d’utiliser alors les pronoms « iel » ou « ille » – au pluriel « iels » ou « illes ».

    Une « histoire de fous ! »
    Que pensent de l’écriture inclusive des écrivaines réputées pour leur style ? Nous avons posé la question à Catherine Millet et Cécile Guilbert.
    La première parle d’une « histoire de fous ! » : « Ils nous disent que le langage nous affecte inconsciemment, et qu’il faut le changer. Je dis : ne touchez pas à mon inconscient ! » A propos des inclusions dans les mots : « J’ai essayé d’en prononcer certains. C’est infernal ! La dictée devient impossible. Ce n’est pas un langage oral, or l’oralité vient avant l’écriture. » Sur les clichés et les mots ­féminins : « Allez savoir pourquoi certains mots sont ­féminins ou masculins ? Vous croyez qu’on dit “tablette” parce que c’est un petit ordinateur, donc elle est au féminin ? Et la loi, alors, pourquoi est-elle ­féminine ? »
    Pour Catherine Millet, quelques noms de métiers ­féminisés resteront peut-être, mais elle ne croit pas aux « directives linguistiques » : « Le langage se renouvelle à l’usage. Il tranchera. Cela ne se fait pas de manière autoritaire ! »
    Cécile Guilbert estime aussi que des règles imposées sont absurdes parce que la langue évolue d’elle-même, en liberté, mais aussi grâce aux écrivain.e.s. « Ce que perdent de vue les féministes à front de bœuf, les technocrates, les ­apprentis sorciers (sorry, je devrais écrire “sorcie.è.res”) du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, c’est que si le langage est l’affaire de tous, en tant qu’instrument de communication, la langue est celle de quelques-uns. En l’occurrence des écrivains qui – comme l’a écrit magistralement Proust pour ­ définir la littérature – écrivent “dans une sorte de langue étrangère” : manière de dire qu’ils s’en emparent et peuvent lui faire tout ce qu’ils veulent du moment qu’ils la font jouir. »
    Que répond Eliane Viennot à ces critiques ? « Pas de faux procès, nous ne voulons rien imposer en littérature ! Nous parlons des sciences humaines, des textes officiels, scolaires ou journalistiques, qui cherchent l’exactitude. Pour éviter la cacophonie, il faut établir des conventions, elles sont en cours d’élaboration, nous sommes encore en phase d’expérimentation… » Jusqu’où celle-ci ira-t-elle ? Catherine Millet nous met en garde : « Attention aux nouvelles “Précieuses ridicules” ! »

    #Écriture_inclusive #point_médian

  • Un manuel scolaire écrit à la sauce féministe <— c’est le titre original du Figaro !

    Une belle initiative rapportée par le figaro avec un titre bien dégueulasse (ça pue bien le mépris au Figaro, qui peut imaginer pire que l’expression « sauce féministe »).

    http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2017/09/22/01016-20170922ARTFIG00300-un-manuel-scolaire-ecrit-a-la-sauce-feministe.php

    Destiné aux écoliers, il promeut l’écriture « inclusive » ou « genrée » qui féminise tous les noms. On y lit que « grâce aux agriculteur.rice.s, aux artisan.e.s et aux commerçant.e.s, la Gaule était un pays riche ».

    • En plus, je ne cesserai de le répéter, cette écriture est vraiment nulle. On écrit agriculteur-rices, artisan-es, commerçant-es. On ne met des points que pour bloquer, là, ça veut dire qu’on met un mur entre les hommes et les femmes. De plus, reséparer le pluriel bloque la lecture.
      Mettre un trait d’union, comme son nom l’indique unit les deux, garder le s lié à la fin fluidifie la lecture.
      C’est bien la peine que des gens se soient cassés le cul à trouver une écriture correcte et acceptable pour que des ploucs d’éditeurs te collent une écriture de merde !

    • Et le point médian, c’est une alternative mieux que le point classique, non ? ---> point·médian

      Je sais qu’il y a des désaccords (parfois sensibles) sur les modes d’écritures épicènes, ça vaut la peine d’en discuter pour trouver des solutions intéressantes.

    • Aujourd’hui on utilise plutot le point médian que le tiret @perline : agriculteur·rices, artisan·es, commerçant·es.
      Le figaro fait du sabotage et n’est pas capable de faire les points médians d’ou le n’importe quoi de leur article. Sur seenthis on est assez nombeuseux à plouquer avec le point médian.

    • Pour info, voici les propositions d’écriture épicène du Gisti :

      Mixiser l’expression écrite

      Une méthode douce, dite « épicène »

      Le Gisti a décidé de faire en sorte que, dans ses écrits, le masculin ne soit plus systématiquement, comme il est d’usage, le mode d’expression du mixte. Ce qui revient, dans la plupart des cas, à « féminiser » les habitudes d’écriture.

      Il s’agit d’un choix politique cohérent avec les engagements fondamentaux de l’association. Si les principes d’égalité et de non-discrimination valent sur le terrain des origines et des nationalités, ils valent à l’évidence aussi sur celui des sexes et des genres.

      Dans la pratique, cet effort de cohérence politique nécessite de modifier d’abord nos habitudes de pensée (penser le plus égalitairement possible) et ensuite nos pratiques d’écriture. Notre pensée est, en effet, formatée. On prend facilement la mesure de ce formatage en faisant le petit effort d’y réfléchir. Après, l’écriture suit sans trop de difficultés.

      D’autant que la vaste réflexion menée par d’autres depuis plusieurs décennie a permis l’élaboration de certaines méthodes qu’il n’est pas très difficile d’adopter.

      Principes généraux

      1/ Priorité est donnée à la méthode « épicène » (d’origine plutôt québécoise), qui paraît pertinente politiquement, et judicieuse sur le plan rédactionnel. Elle préconise une pensée qui conduit à privilégier dans l’écriture des mots ou des expressions sans marque du féminin ou du masculin–, neutres du point de vue du genre grammatical. La « méthode épicène » a l’avantage de permettre une lecture aisée et fluide alors que l’utilisation systématique d’une typographie correctrice (les « / », « - », etc.) a l’inconvénient de casser certaines habitude de lecture et de rebuter les personnes attachées au formalisme de la langue.

      2/ L’explicitation du sexe social des personnes est cependant recommandée quand elle s’avère particulièrement signifiante (ex : « les étrangers et les étrangères »).

      3/ Enfin, quand cela s’avère nécessaire, il est préconisé d’utiliser le point spécial « · » (plus haut que le point habituel) [à rechercher dans « Caractères spéciaux »].

      Exemple :
      – Les étranger·e·s
      Quelques règles de base de la méthode épicène
      Cette méthode, radicale dans sa conception mais douce à la lecture, pourrait faire consensus et marquer une volonté collective de participer à ce mouvement de fond de visibilité du féminin à égalité, y compris dans le domaine symbolique de l’expression écrite.

      Chaque fois que possible, la méthode épicène privilégie des formes neutres. Au lieu d’écrire « les étrangers », quand il s’agit de l’ensemble des étrangers, on écrira « la population étrangère » (ou équivalent). Ce n’est que pour éviter des répétitions excessives de cette expression qu’on choisira, de temps à autre, d’écrire « les étrangères et les étrangers » (ou l’inverse), mais plus jamais le seul masculin pour parler des deux sexes.

      Pas tout à fait d’ailleurs parce que, quand on a des substantifs des deux genres qui commandent des adjectifs ou des participes passés, l’accord grammatical de ces derniers respecte la règle traditionnelle, celle du masculin pluriel. Il est préférable dans ce cas, pour des raisons d’euphonie, de placer le substantif masculin près de l’adjectif.

      Exemples :
      – Les étrangères et les étrangers sont nombreux.
      – Les nombreux étrangers et étrangères qui manifestaient.....

      Titres et professions
      Il va de soi que la féminisation s’applique systématiquement aux titres, fonctions et professions. On écrit la ministre de l’Agriculture, la juge X, la soldate américaine, la vice-rectrice, la consultante indépendante, la chercheuse, l’auteure et l’écrivaine, une professeure, la députée, une juge, cette agente de change, la fondée de pouvoir.
      On écrit la rectrice (ou Madame la Rectrice si l’on s’adresse à elle), la directrice (ou Madame la Directrice), la rédactrice en chef (ou Madame la Rédactrice en chef), l’ambassadrice de France (Madame l’Ambassadrice) (l’objection qui consiste à faire de l’« ambassadrice » l’épouse de l’ambassadeur ne tient qu’à un usage machiste qui évoluera si on y résiste), la conseillère d’Etat (ou Madame la Conseillère d’État)
      Des outils

      – Répertoire de noms masculins et de noms féminins
      http://66.46.185.79/bdl/gabarit_bdl.asp?Th=1&Th_id=359

      – Liste d’appellations au féminin
      http://www.termium.com/redac-chap?lang=fra&lettr=chapsect9&info0=9.2.8#zz9

      – Lexique de recherche de formes féminines
      http://atilf.atilf.fr/gsouvay/scripts/feminin.exe?3;OUVRIR_MENU=2
      Tapez un substantif au masculin dans une petite fenêtre. Cliquez sur la touche « féminin ». Vous l’obtenez aussitôt.

      – Autre recherche de formes féminines
      Là, c’est un alphabet sous forme de clavier. Tapez la lettre par laquelle commence le mot dont vous recherchez le féminin. Mettons le « B » parce que vous avez des doutes sur « bâtonnier ». Le mot y est parmi 114 autres. Cliquez sur la touche « Validez ». Le mot « bâtonnière » apparaît.
      http://atilf.atilf.fr/gsouvay/scripts/feminin.exe?1;OUVRIR_MENU=2

      Les deux derniers outils ont été conçus par le CNRS et le laboratoire ATILF

      *

      Ce qui est déterminant, c’est, en même temps que l’on écrit, de penser sur le mode mixte. En effet, les coutumes - et la grammaire - de la langue française, en raison notamment de l’inexistence du « neutre », tendent à exclure systématiquement le féminin et à rendre de ce fait les femmes invisibles, ce qui concourt à diffuser une image des rapports sociaux de sexe très inégalitaire. C’est cela qu’il faut s’efforcer de modifier.

    • Sinon pour la photo du bouquin je voie pas de neutre je voie écrit « les romains, les voisins... » en langue masculo-sexiste mais il est mentionné que « les femmes et les hommes inventèrent l’écriture » ce qui est inclusif sans points médians.

    • Merci @reka pour l’écriture épicène - je marque la page ! J’ai fini par comprendre et accepter la nécessité de féminiser les noms, mais j’étais encore rétif à la rugosité des surcharges postfixes mixtes - même celles avec un trait d’union. Je suis ravi de trouver un là un style que je trouve fluide pour aligner mon écriture sur l’évolution de ma pensée. Le #GISTI est plein de bonnes surprises !

    • hello @liotier et oui, il n’est jamais facile de faire des changements, de suivre les évolutions. L’écriture épicène exige un apprentissage, qui n’est pas facile, il faut changer nos réflexes, nos habitudes (et je me rends compte tous les jours que je n’y sis pas encore...), mais le plus important avant ça est de comprendre et de souscrire à l’idée que c’est nécessaire aujourd’hui de le faire.

      C’est d’autant moins facile qu’il y a des résistances qu’il faut aussi combattre ou dépasser. Et les résistances viennent parfois des femmes elles mêmes comme pour ce groupe d’étudiantes qui nous a contacté pour utiliser des cartes et des graphiques sur leur nouveau site consacrés aux « droits de l’Homme ». On a dit qu’on était d’accord, mais on leur a fait remarquer qu’on aimerait mieux que nos travaux soient présentés sur un site qui afficherait « droits humains » plutôt que « droits de l’Homme », mais elles nous on répondu que c’était hors de question parce que l’expression était « Historique », qu’elle faisait « référence aux Lumières » et que ça, c’était intouchable etc... Et le débat s’est arrêté là (hélas). Je pense qu’il est très important de poursuivre le débat et faire évoluer la langue, l’usage de la terminologie (les mots sont importants) et les modes d’écriture.

      Ce que je prépare avec des profs d’histoire géographie à Rouen en 2018

    • C’est bien ce que je dis, c’est pas « straight forward », il faut faire un (petit) effort : point médian, pour le moment c’est

      –> alt+shift+F simultanément, soit une seule action

      point·médian

      Mais je suis sur que parmi nos geeks ici, il y a a une ou un qui trouverait le moyen d’attribuer le point médian à une touche plus pratique sur le clavier qui sert peu ou pas :)

    • dans tout logiciel de traitement de texte, il est possible de programmer une correction automatique en cours de frappe. il suffit de lui programmer une correction automatique qui remplacera toute combinaison de votre choix par un point médian. Par exemple deux double-points consécutifs (ce qui n’arrive jamais en français) « : : » remplacé par « · »

    • C’est vrai qu’ici c’est peut etre pas mal geek @perline mais le point médian est à la porté de la presse et de l’édition. Si l’usage de ce signe se repend il y aura des claviers adaptés. De toute façon le tirets, points, compressions, usage de vieilles tournures ou de nouvelles, neutralisations par paraphrases, ou invention d’un neutre, toutes initiative est bienvenue. C’est bien de s’approprier la langue française et de la sortir des griffes des académiciens et des psychorigides.

    • Ah, et puis juste pour rire, le Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes lui même ne les fait pas ces points totalement ridicules. Parce que ce sont des points et des points ça sépare. C’est une invention d’une tête probablement fort intello, mais tout aussi probablement loin des gens et de leur quotidien cette idée. Le tiret a été adopté il y a des dizaines d’années, comme ménageant l’ensemble, théorique et pratique de la chose, et il faut que des intellos le compliquent juste pour se faire mousser. Et du coup contre la grammaire bi.
      Je ne comprends même pas comment on peut entrer dans ce jeu si on a un tout petit peu de sens commun et de regard du-de la voisin-e.

    • Non mais hu…
      – le point médian n’est pas nouveau,, il y a méga longtemps il était utilisé pour séparer les mots, mais il est utilisé depuis longtemps par plusieurs langues comme le catalan comme une forme particulière de trait d’union
      – il est plus discret qu’un trait d’union
      – les mots composés comme ça sont mieux lus par des outils comme les lecteurs d’écran qu’avec des traits d’union (hashtag accessibilité)
      – il n’est pas déjà utilisé dans la langue française pour d’autres sens, ce qui permet de l’utiliser pour CE sens là précisément sans conflit (hashtag typographie qui a du sens)
      – les « claviers » tous seuls ça n’existe pas : l’écriture se fait grace à un « clavier » (matériel) et une « disposition de touches » (logiciel) configurée sur le système qu’on utilise (Windows, Ubuntu, etc) : tous permettent de choisir une disposition de touches qui ont le point médian avec un raccourci clavier pas spécialement compliqué : chez moi le point « normal » c’est Maj+"point/point virgule" (comme chez à peu près tout le monde en France) => en ajoutant AltGr, ça me fait un point médian (trop duuuur)
      Bref… Et c’est encore moins argumentable pour des « pros » (journalistes, maison d’édition, etc).

    • Ecriture inclusive : le féminin pour que les femmes cessent d’être invisibles

      L’écriture inclusive visant à rétablir la parité dans l’écriture, est au cœur d’une vive polémique. Derrière se cache en réalité un débat sur la #parité et la place du #féminin dans la #langue française et son #invisibilisation progressive à partir du XVIIe siècle.

      Eliane Viennot, historienne et auteure de l’ouvrage Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin, explique que la langue française n’est pas inégalitaire par essence : ce sont les actions menées par des hommes contre l’égalité des sexes depuis le XVIIe siècle, qui ont mené progressivement à l’invisibilisation des femmes.

      https://www.franceculture.fr/societe/ecriture-inclusive-le-feminin-pour-que-les-femmes-cessent-detre-invisi

      #écriture_inclusive

    • Faites progresser l’égalité femmes · hommes par votre manière d’écrire

      L’écriture inclusive désigne l’ensemble des attentions graphiques et syntaxiques permettant d’assurer une égalité des représentations entre les femmes et les hommes.

      Pour faire véritablement changer les mentalités, il faut agir sur ce par quoi elles se construisent : le langage. L’agence Mots-Clés a formalisé trois conventions d’écriture inclusive au sein du Manuel d’écriture inclusive disponible au libre téléchargement et propose de vous accompagner pour conduire ce changement.

      http://www.ecriture-inclusive.fr
      #manuel

  • bon, @cobab, comme tu m’as bloquée pour un commentaire que je n’imaginais pas offensant,
    http://seenthis.net/messages/308618#message308731

    je précise que c’était de l’humour (peut-être trop private joke à la #seenthis, qui a une longue histoire de discussions autour du #point_médian) et que j’étais contente de découvrir cet appel (quoique consternée que les correctrices et correcteurs du Seuil aient à lutter pour leur mutuelle)...

    quant à supprimer un compte, même si je trouverais ça étonnant, il suffit d’en faire la demande @seenthis

  • Et je profite de mon billet précédent pour te dire que je viens de découvrir comment faire le point médian - mais si, celui-là : ⋅ - avec mon clavier sans faire un copié-collé depuis un blog féministe : tu sauras donc que c’est AltGr+Maj+Point. Mais chez toi ça peut être une autre combinaison, faut chercher :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Point_m%C3%A9dian#Utilisation_dans_le_langage_non_sexiste

    Car le point médian est sans doute la plus belle invention typographique et lexicale de ces derniers temps. D’ailleurs où est-ce que j’avais lu cette étude comparée des différentes manières de #féminiser les textes (point, slash,tiret, E majuscule, (e) entre éternelles parenthèses) ?

    #féminisme #langage #typographie