• MUST SEE : Actress Charlotte Lewis Tells of Haunting Ordeal by Roman Polanski - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=QmcQVh-UMDo

    In 2010, long before the #MeToo movement, actress #Charlotte_Lewis came forward to describe her horrifying encounter with convicted child rapist #Roman_Polanski. She had no support, no sisterhood gathering around her, and in fact, she was ridiculed and smeared by the media and Polanski’s then-friends and supporters. Here she shares her powerful story and asks where were all those TimesUp celebrity “heroes” (Emma Thompson, Kate Winslet, Ewan McGregor et al) to protect her back then? Charlotte deserves to be heard, to be believed, she deserves her MeToo moment as well. We commend her for her courage.

    pas vu en entier, ça a l’air dur, mais je le note pour moi et pour plus tard.

  • Césars : « Désormais on se lève et on se barre » | Virginie Despentes
    https://www.liberation.fr/debats/2020/03/01/cesars-desormais-on-se-leve-et-on-se-barre_1780212

    Je vais commencer comme ça : soyez rassurés, les puissants, les boss, les chefs, les gros bonnets : ça fait mal. On a beau le savoir, on a beau vous connaître, on a beau l’avoir pris des dizaines de fois votre gros pouvoir en travers de la gueule, ça fait toujours aussi mal. Tout ce week-end à vous écouter geindre et chialer, vous plaindre de ce qu’on vous oblige à passer vos lois à coups de 49.3 et qu’on ne vous laisse pas célébrer Polanski tranquilles et que ça vous gâche la fête mais derrière vos jérémiades, ne vous en faites pas : on vous entend jouir de ce que vous êtes les vrais patrons, les gros caïds, et le message passe cinq sur cinq : cette notion de consentement, vous ne comptez pas la laisser passer. Source : (...)

    • Et vous savez très bien ce que vous faites - que l’humiliation subie par toute une partie du public qui a très bien compris le message s’étendra jusqu’au prix d’après, celui des Misérables, quand vous convoquez sur la scène les corps les plus vulnérables de la salle, ceux dont on sait qu’ils risquent leur peau au moindre contrôle de police, et que si ça manque de meufs parmi eux, on voit bien que ça ne manque pas d’intelligence et on sait qu’ils savent à quel point le lien est direct entre l’impunité du violeur célébré ce soir-là et la situation du quartier où ils vivent.

    • https://medias.liberation.fr/photo/1297226-adele-haenel-walked-out-of-the-cesars-paris.jpg?modified_a

      oui on est les connasses, on est les humiliées, oui on n’a qu’à fermer nos gueules et manger vos coups, vous êtes les boss, vous avez le pouvoir et l’arrogance qui va avec mais on ne restera pas assis sans rien dire. Vous n’aurez pas notre respect. On se casse. Faites vos conneries entre vous. Célébrez-vous, humiliez-vous les uns les autres tuez, violez, exploitez, défoncez tout ce qui vous passe sous la main. On se lève et on se casse. C’est probablement une image annonciatrice des jours à venir. La différence ne se situe pas entre les hommes et les femmes, mais entre dominés et dominants, entre ceux qui entendent confisquer la narration et imposer leurs décisions et ceux qui vont se lever et se casser en gueulant. C’est la seule réponse possible à vos politiques. Quand ça ne va pas, quand ça va trop loin ; on se lève on se casse et on gueule et on vous insulte et même si on est ceux d’en bas, même si on le prend pleine face votre pouvoir de merde, on vous méprise on vous dégueule. Nous n’avons aucun respect pour votre mascarade de respectabilité. Votre monde est dégueulasse. Votre amour du plus fort est morbide. Votre puissance est une puissance sinistre. Vous êtes une bande d’imbéciles funestes. Le monde que vous avez créé pour régner dessus comme des minables est irrespirable. On se lève et on se casse. C’est terminé. On se lève. On se casse. On gueule. On vous emmerde.

    • Il n’y a rien de surprenant à ce que vous ayez couronné Polanski : c’est toujours l’argent qu’on célèbre, dans ces cérémonies, le cinéma on s’en fout. Le public on s’en fout.

      Le public a été voire en masse le dernier Polansky, la cérémonie ne se foute pas du tout du public. C’est le public qui se fout des violé·es. Le public se branle sur du porno plusieurs fois par semaine et il est aussi misogyne et violophile que le jury des césars.
      Le public ce qu’il a préféré du cinéma franças c’est « Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? » qui à la 4eme place au Box office, Polansky est 32eme un peu derrière Nicky Lason, autre fleuron du ciné français.
      –----
      On se casse, Ok, c’est bien mais ou on va si on quitte la Macronie avec nos talons hauts et notre robe de soirée de femmes-cis-non-dominée ? on va en Trumpie, en Poutinie, ou en Sevrerinie ? Ou il est ce pays sans viol et sans violophiles ou on irait si on se casse ? Il n’existe même pas en rêve !

    • Césars : « Désormais on se lève et on se barre », par #Virginie_Despentes

      Que ça soit à l’Assemblée nationale ou dans la culture, vous, les puissants, vous exigez le #respect entier et constant. Ça vaut pour le #viol, les exactions de votre #police, les #césars, votre #réforme des #retraites. En prime, il vous faut le #silence de #victimes.

      Je vais commencer comme ça : soyez rassurés, les puissants, les boss, les chefs, les gros bonnets : ça fait mal. On a beau le savoir, on a beau vous connaître, on a beau l’avoir pris des dizaines de fois votre gros pouvoir en travers de la gueule, ça fait toujours aussi #mal. Tout ce week-end à vous écouter geindre et chialer, vous plaindre de ce qu’on vous oblige à passer vos lois à coups de #49-3 et qu’on ne vous laisse pas célébrer #Polanski tranquilles et que ça vous gâche la fête mais derrière vos jérémiades, ne vous en faites pas : on vous entend jouir de ce que vous êtes les vrais #patrons, les gros #caïds, et le message passe cinq sur cinq : cette notion de #consentement, vous ne comptez pas la laisser passer. Où serait le fun d’appartenir au clan des #puissants s’il fallait tenir compte du consentement des #dominés ? Et je ne suis certainement pas la seule à avoir envie de chialer de #rage et d’#impuissance depuis votre belle #démonstration_de_force, certainement pas la seule à me sentir salie par le spectacle de votre orgie d’#impunité.

      Il n’y a rien de surprenant à ce que l’académie des césars élise #Roman_Polanski meilleur réalisateur de l’année 2020. C’est #grotesque, c’est #insultant, c’est #ignoble, mais ce n’est pas surprenant. Quand tu confies un budget de plus de 25 millions à un mec pour faire un téléfilm, le message est dans le budget. Si la lutte contre la montée de l’antisémitisme intéressait le cinéma français, ça se verrait. Par contre, la voix des opprimés qui prennent en charge le récit de leur calvaire, on a compris que ça vous soûlait. Alors quand vous avez entendu parler de cette subtile comparaison entre la problématique d’un cinéaste chahuté par une centaine de féministes devant trois salles de cinéma et Dreyfus, victime de l’antisémitisme français de la fin du siècle dernier, vous avez sauté sur l’occasion. Vingt-cinq millions pour ce parallèle. Superbe. On applaudit les investisseurs, puisque pour rassembler un tel budget il a fallu que tout le monde joue le jeu : Gaumont Distribution, les crédits d’impôts, France 2, France 3, OCS, Canal +, la RAI… la main à la poche, et généreux, pour une fois. Vous serrez les rangs, vous défendez l’un des vôtres. Les plus puissants entendent défendre leurs #prérogatives : ça fait partie de votre élégance, le viol est même ce qui fonde votre style. La loi vous couvre, les tribunaux sont votre domaine, les médias vous appartiennent. Et c’est exactement à cela que ça sert, la #puissance de vos grosses fortunes : avoir le #contrôle_des_corps déclarés #subalternes. Les #corps qui se taisent, qui ne racontent pas l’histoire de leur point de vue. Le temps est venu pour les plus riches de faire passer ce beau message : le #respect qu’on leur doit s’étendra désormais jusqu’à leurs bites tachées du sang et de la merde des enfants qu’ils violent. Que ça soit à l’#Assemblée_nationale ou dans la #culture - marre de se cacher, de simuler la gêne. Vous exigez le respect entier et constant. Ça vaut pour le viol, ça vaut pour les exactions de votre #police, ça vaut pour les césars, ça vaut pour votre réforme des retraites. C’est votre politique : exiger le silence des victimes. Ça fait partie du territoire, et s’il faut nous transmettre le message par la #terreur vous ne voyez pas où est le problème. Votre #jouissance_morbide, avant tout. Et vous ne tolérez autour de vous que les valets les plus dociles. Il n’y a rien de surprenant à ce que vous ayez couronné Polanski : c’est toujours l’#argent qu’on célèbre, dans ces cérémonies, le #cinéma on s’en fout. Le public on s’en fout. C’est votre propre puissance de frappe monétaire que vous venez aduler. C’est le gros budget que vous lui avez octroyé en signe de soutien que vous saluez - à travers lui c’est votre puissance qu’on doit respecter.

      Il serait inutile et déplacé, dans un commentaire sur cette cérémonie, de séparer les corps de cis mecs aux corps de cis meufs. Je ne vois aucune différence de comportements. Il est entendu que les grands prix continuent d’être exclusivement le domaine des #hommes, puisque le message de fond est : #rien_ne_doit_changer. Les choses sont très bien telles qu’elles sont. Quand #Foresti se permet de quitter la fête et de se déclarer « écœurée », elle ne le fait pas en tant que meuf - elle le fait en tant qu’individu qui prend le risque de se mettre la profession à dos. Elle le fait en tant qu’individu qui n’est pas entièrement assujetti à l’#industrie_cinématographique, parce qu’elle sait que votre #pouvoir n’ira pas jusqu’à vider ses salles. Elle est la seule à oser faire une blague sur l’éléphant au milieu de la pièce, tous les autres botteront en touche. Pas un mot sur Polanski, pas un mot sur #Adèle_Haenel. On dîne tous ensemble, dans ce milieu, on connaît les mots d’ordre : ça fait des mois que vous vous agacez de ce qu’une partie du public se fasse entendre et ça fait des mois que vous souffrez de ce qu’Adèle Haenel ait pris la parole pour raconter son histoire d’enfant actrice, de son point de vue.

      Alors tous les corps assis ce soir-là dans la salle sont convoqués dans un seul but : vérifier le #pouvoir_absolu des puissants. Et les puissants aiment les violeurs. Enfin, ceux qui leur ressemblent, ceux qui sont puissants. On ne les aime pas malgré le viol et parce qu’ils ont du talent. On leur trouve du #talent et du style parce qu’ils sont des violeurs. On les aime pour ça. Pour le courage qu’ils ont de réclamer la #morbidité de leur #plaisir, leur #pulsion débile et systématique de destruction de l’autre, de #destruction de tout ce qu’ils touchent en vérité. Votre plaisir réside dans la #prédation, c’est votre seule compréhension du style. Vous savez très bien ce que vous faites quand vous défendez Polanski : vous exigez qu’on vous admire jusque dans votre #délinquance. C’est cette exigence qui fait que lors de la cérémonie tous les corps sont soumis à une même #loi_du_silence. On accuse le #politiquement_correct et les réseaux sociaux, comme si cette #omerta datait d’hier et que c’était la faute des féministes mais ça fait des décennies que ça se goupille comme ça : pendant les cérémonies de cinéma français, on ne blague jamais avec la susceptibilité des patrons. Alors tout le monde se tait, tout le monde sourit. Si le violeur d’enfant c’était l’homme de ménage alors là pas de quartier : police, prison, déclarations tonitruantes, défense de la victime et condamnation générale. Mais si le violeur est un puissant : #respect et #solidarité. Ne jamais parler en public de ce qui se passe pendant les #castings ni pendant les prépas ni sur les tournages ni pendant les promos. Ça se raconte, ça se sait. Tout le monde sait. C’est toujours la loi du silence qui prévaut. C’est au respect de cette consigne qu’on sélectionne les employés.

      Et bien qu’on sache tout ça depuis des années, la #vérité c’est qu’on est toujours surpris par l’outrecuidance du pouvoir. C’est ça qui est beau, finalement, c’est que ça marche à tous les coups, vos saletés. Ça reste #humiliant de voir les participants se succéder au pupitre, que ce soit pour annoncer ou pour recevoir un prix. On s’identifie forcément - pas seulement moi qui fais partie de ce sérail mais n’importe qui regardant la cérémonie, on s’identifie et on est humilié par procuration. Tant de silence, tant de #soumission, tant d’empressement dans la #servitude. On se reconnaît. On a envie de crever. Parce qu’à la fin de l’exercice, on sait qu’on est tous les employés de ce grand merdier. On est humilié par procuration quand on les regarde se taire alors qu’ils savent que si Portrait de la jeune fille en feu ne reçoit aucun des grands prix de la fin, c’est uniquement parce qu’Adèle Haenel a parlé et qu’il s’agit de bien faire comprendre aux victimes qui pourraient avoir envie de raconter leur histoire qu’elles feraient bien de réfléchir avant de rompre la loi du silence. Humilié par procuration que vous ayez osé convoquer deux réalisatrices qui n’ont jamais reçu et ne recevront probablement jamais le prix de la meilleure réalisation pour remettre le prix à Roman fucking Polanski. Himself. Dans nos gueules. Vous n’avez décidément #honte de rien. Vingt-cinq millions, c’est-à-dire plus de quatorze fois le budget des Misérables, et le mec n’est même pas foutu de classer son film dans le box-office des cinq films les plus vus dans l’année. Et vous le récompensez. Et vous savez très bien ce que vous faites - que l’#humiliation subie par toute une partie du public qui a très bien compris le message s’étendra jusqu’au prix d’après, celui des Misérables, quand vous convoquez sur la scène les corps les plus vulnérables de la salle, ceux dont on sait qu’ils risquent leur peau au moindre contrôle de police, et que si ça manque de meufs parmi eux, on voit bien que ça ne manque pas d’intelligence et on sait qu’ils savent à quel point le lien est direct entre l’impunité du violeur célébré ce soir-là et la situation du quartier où ils vivent. Les réalisatrices qui décernent le prix de votre impunité, les réalisateurs dont le #prix est taché par votre #ignominie - même combat. Les uns les autres savent qu’en tant qu’employés de l’#industrie_du_cinéma, s’ils veulent bosser demain, ils doivent se taire. Même pas une blague, même pas une vanne. Ça, c’est le #spectacle des césars. Et les hasards du calendrier font que le message vaut sur tous les tableaux : trois mois de grève pour protester contre une réforme des retraites dont on ne veut pas et que vous allez faire passer en force. C’est le même message venu des mêmes milieux adressé au même peuple : « Ta gueule, tu la fermes, ton consentement tu te le carres dans ton cul, et tu souris quand tu me croises parce que je suis puissant, parce que j’ai toute la thune, parce que c’est moi le boss. »

      Alors quand Adèle Haenel s’est levée, c’était le sacrilège en marche. Une employée récidiviste, qui ne se force pas à sourire quand on l’éclabousse en public, qui ne se force pas à applaudir au spectacle de sa propre humiliation. Adèle se lève comme elle s’est déjà levée pour dire voilà comment je la vois votre histoire du réalisateur et son actrice adolescente, voilà comment je l’ai vécue, voilà comment je la porte, voilà comment ça me colle à la peau. Parce que vous pouvez nous la décliner sur tous les tons, votre imbécillité de séparation entre l’homme et l’artiste - toutes les victimes de viol d’artistes savent qu’il n’y a pas de division miraculeuse entre le #corps_violé et le #corps_créateur. On trimballe ce qu’on est et c’est tout. Venez m’expliquer comment je devrais m’y prendre pour laisser la fille violée devant la porte de mon bureau avant de me mettre à écrire, bande de bouffons.

      Adèle se lève et elle se casse. Ce soir du 28 février on n’a pas appris grand-chose qu’on ignorait sur la belle industrie du cinéma français par contre on a appris comment ça se porte, la robe de soirée. A la guerrière. Comme on marche sur des talons hauts : comme si on allait démolir le bâtiment entier, comment on avance le dos droit et la nuque raidie de #colère et les épaules ouvertes. La plus belle image en quarante-cinq ans de cérémonie - Adèle Haenel quand elle descend les escaliers pour sortir et qu’elle vous applaudit et désormais on sait comment ça marche, quelqu’un qui se casse et vous dit merde. Je donne 80 % de ma bibliothèque féministe pour cette image-là. Cette leçon-là. Adèle je sais pas si je te male gaze ou si je te female gaze mais je te love gaze en boucle sur mon téléphone pour cette sortie-là. Ton corps, tes yeux, ton dos, ta voix, tes gestes tout disait : oui on est les connasses, on est les humiliées, oui on n’a qu’à fermer nos gueules et manger vos coups, vous êtes les boss, vous avez le pouvoir et l’#arrogance qui va avec mais on ne restera pas assis sans rien dire. Vous n’aurez pas notre #respect. #On_se_casse. Faites vos conneries entre vous. Célébrez-vous, humiliez-vous les uns les autres tuez, violez, exploitez, défoncez tout ce qui vous passe sous la main. On se lève et on se casse. C’est probablement une image annonciatrice des jours à venir. La différence ne se situe pas entre les hommes et les femmes, mais entre dominés et dominants, entre ceux qui entendent confisquer la narration et imposer leurs décisions et ceux qui vont se lever et se casser en gueulant. C’est la seule réponse possible à vos politiques. Quand ça ne va pas, quand ça va trop loin ; on se lève on se casse et on gueule et on vous insulte et même si on est ceux d’en bas, même si on le prend pleine face votre pouvoir de merde, on vous méprise on vous dégueule. Nous n’avons aucun respect pour votre #mascarade_de_respectabilité. Votre monde est dégueulasse. Votre amour du plus fort est morbide. Votre puissance est une puissance sinistre. Vous êtes une bande d’#imbéciles_funestes. Le monde que vous avez créé pour régner dessus comme des minables est irrespirable. On se lève et on se casse. C’est terminé. On se lève. On se casse. On gueule. On vous emmerde.

      https://www.liberation.fr/debats/2020/03/01/cesars-desormais-on-se-leve-et-on-se-barre_1780212

    • Il y a une sorte de dimension religieuse dans ces cérémonies cinéphiles. Comme chez les Aztèques dans leur rites sacrificiels où l’on droguait les prisonnier·ères avant de les allonger sur un autel pour leur ouvrir la poitrine et en extirper leur cœur palpitant. Les « dieux » aiment le sang et si si on se laisse convaincre par leurs prêtres qu’on va gagner l’éternité en se soumettant à leurs fantasmes, on se fera fatalement arracher le cœur. C’est à dire déposséder de notre part la plus intime d’êtres vivants et pensants et donc nous briser. Les aristocrates, de quelque obédience soient-ils, exigent avant toute chose la soumission de leurs subordonné·es. Et ils ont même poussé leur perversité sans limite à faire accepter au langage commun le qualificatif de « nobles ».
      Et si toutes ces célébrations dilatoires n’étaient qu’une mise en abyme du mauvais scénario que nous subissons depuis 2016, année précédant la dernière élection présidentielle en date ?

      #aristocratie_guerrière #théocratie #nos_bons_maîtres #R.A.G.E.

    • Césars : ce que veut dire #quitter_la_salle

      La « #honte » exprimée par Adèle Haenel vendredi, lors de la cérémonie, est une expérience morale et politique qui permet de sortir du statut de victime pour construire une résistance collective.

      De la 45e cérémonie des césars, il ne faudra retenir que l’« exit » de plusieurs femmes dont Adèle Haenel qui quitte la salle en se fendant d’un « c’est une honte », Florence Foresti qui refuse de venir clôturer la soirée et qui écrira ce mot sur Instagram : « écœurée ». Ce sont des mots de l’émotion et aussi du discernement. De la honte à l’écœurement se déploie une contre-scène à la masculinité affirmée des césars : une même puissance de nommer le mal, de faire jaillir l’indécence d’une situation.

      Généralement la honte est du côté de la personne vulnérable qui, non seulement, est victime d’une violence mais ne parvient pas à s’extirper de la honte d’être violentée. La honte s’y affirme alors en honte d’avoir honte. Une personne agressée est traversée par les souffrances dont elle est l’objet mais elle est aussi saisie par l’incapacité de s’extirper de cette scène de violence qui se met à vivre dans la vie psychique sous forme de rumination mélancolique ou d’état de paralysie hypothéquant l’avenir.
      Un dispositif masculiniste

      La honte peut cependant avoir une autre signification : dans le jugement « c’est une honte », le terme de honte est renvoyé au lauréat du césar, Polanski, mais plus profondément encore au dispositif masculiniste des césars comme dispositif de pouvoir qui maintient les femmes à leur place et annule les scandales de genre. Surtout, la phrase d’Adèle Haenel contribue à désingulariser la situation des césars pour la projeter sur toutes les autres situations de ce type. La honte est alors une expérience morale et politique qui permet de sortir de la singularité de la victime pour construire une résistance collective et politique. Elle est le discernement du juste à même la perception d’une injustice typique d’un état des rapports de pouvoir.

      Le terme d’écœurement parachève cette forme de résistance. Il indique l’écart entre ce qui aurait dû être (tout sauf Polanski meilleur réalisateur) et ce qui est ; il le dénonce pour construire la possibilité d’une voix collective du refus. Albert Hirschman, dans un livre important, Exit, Voice and Loyalty avait, en 1970, souligné que, face aux défaillances des institutions, les individus ont le choix entre trois comportements : prendre la porte de sortie (exit), prendre la parole (voice) ou se résigner (loyalty). Adèle Haenel, Cécile Sciamma, Florence Foresti et toutes les personnes qui sont sorties de la salle ont montré que l’« exit » était bien le commencement de la voix.

      Face au courage de celles qui partent, il y a le cynisme de ceux qui verrouillent toutes les positions et se cramponnent pour que rien ne change. Le débat sur l’indépendance de l’œuvre face à l’artiste risque alors fort d’être un leurre. Tout d’abord, Roman Polanski a toujours affirmé jusqu’à J’accuse (en se comparant à Dreyfus à travers les rouages de persécution qu’il affirme lui-même vivre) que son cinéma était en lien avec sa vie, ce qui est le cas de bien des artistes d’ailleurs. Ensuite, il n’est pas sûr que le terme d’œuvre soit le plus adéquat pour évoquer un film tant l’industrie culturelle y est présente. L’Académie des césars elle-même incarne cette industrie puisque les quelque 4 700 votants, dont la liste est confidentielle, appartiennent aux différents métiers du cinéma. Pas plus que l’œuvre, la défense de l’artiste en être d’exception ne tient.
      De la reconnaissance des « grands hommes »

      Et les femmes ? On sait combien elles ont du mal à convaincre dès qu’elles souhaitent faire un film ; elles ne disposent jamais des mêmes budgets que les hommes. La remise du prix de meilleur réalisateur à Roman Polanski relève du maintien d’un ordre des grandeurs, lequel impose la reconnaissance des « grands hommes » envers et contre tout ; le film qui coûte cher et mérite d’être honoré est masculin. Tout ceci a été rappelé au milieu du cinéma qui s’y est largement plié, hormis la sortie d’Adèle Haenel, de Cécile Sciamma, de l’équipe du film et d’une centaine de personnes. Malgré les sketches de Florence Foresti et le discours d’Aïssa Maïga sur la diversité, il a été réaffirmé que le monde du cinéma appartient aux hommes hétérosexuels et qu’à ce titre, il repose sur un schéma précis quant aux positions les plus visibles : les hommes comme metteurs en chef ou acteurs, les femmes comme actrices.

      Dans le milieu des réalisateurs, les « grandes femmes » n’existent pas et il n’est pas d’actualité qu’elles commencent à apparaître. On se souvient qu’en 1979, Ariane Mnouchkine fut nommée pour « le meilleur réalisateur » et pour le meilleur film. Elle n’obtint aucun des deux prix ; ils furent attribués à Christian de Chalonge et à son film l’Argent des autres. Molière est resté dans notre imaginaire culturel mais qui se souvient encore de l’Argent des autres ? Une seule femme a pu tenir dans ses bras la fameuse statuette pour la réalisation, Tonie Marshall en 2000 pour Vénus Beauté (Institut), un film qui semble porter sur des questions de femmes ! Roman Polanski l’avait déjà obtenu quatre fois (en 1980, 2003, 2011 et 2014). J’accuse avait déjà tout eu : un battage médiatique exceptionnel, un succès dans les salles. Ce prix du réalisateur, attribué pour la cinquième fois, a servi à rappeler aux femmes leur place dans le milieu du cinéma comme dans la société : elles sont le deuxième sexe et destinées à le rester, ce qui autorise tous les abus de pouvoir, et bien évidemment les faveurs sexuelles pour ceux qui détiennent un pouvoir qui est aussi symbolique. Non seulement les violences faites aux femmes ne doivent pas compter mais les femmes qui sont dans le milieu du cinéma ont intérêt à ne pas sortir des places que l’on a définies pour elles : rester dans l’ombre des hommes quitte à les faire rêver.

      https://www.liberation.fr/debats/2020/03/02/cesars-2020-ce-que-veut-dire-quitter-la-salle_1780305

    • Dommage, pas un mot sur #Aissa_Maiga qui va prendre cher. #Nadine_Morano lui a déjà dit de rentrer en Afrique si elle n’était pas contente...

      Aux César 2020, Aïssa Maïga livre un plaidoyer pour plus de diversité au cinéma
      Huffington Post, le 28 février 2020
      https://www.huffingtonpost.fr/entry/aissa-maiga-plaidoyer-cesar-2020-diversite_fr_5e598d41c5b6450a30be6f7

      On a survécu au whitewashing, au blackface, aux tonnes de rôles de dealers, de femmes de ménages à l’accent bwana, on a survécu aux rôles de terroristes, à tous les rôles de filles hypersexualisées... Et en fait, on voudrait vous dire, on ne va pas laisser le cinéma français tranquille.

      César 2020 : Nadine Morano somme l’actrice Aïssa Maïga de « repartir en Afrique »
      BERTRAND GUAY, La Dépêche, le 2 mars 2020
      https://www.ladepeche.fr/2020/03/02/cesar-2020-nadine-morano-somme-a-aissa-maiga-de-repartir-en-afrique,876904

      #Césars

    • Cinéma français : la nuit du déshonneur
      Camille Polloni et Marine Turchi, Médiapart, le 29 février 2020
      https://seenthis.net/messages/828230

      À Mediapart, Adèle Haenel explique qu’« alors que la cérémonie avait plutôt bien débuté, qu’il se passait quelque chose », avec plusieurs prises de parole fortes « comme Lyna Khoudri [meilleur espoir féminin – ndlr], Aïssa Maïga, l’équipe du film Papicha [de Mounia Meddour, qui traite du combat des femmes en Algérie – ndlr], et le numéro d’équilibriste réussi de Florence Foresti », la soirée s’est ensuite « affaissée dans les remerciements ». « Comme si, cette année, il n’y avait pas autre chose à dire : sur les violences sexuelles, sur le cinéma qui traverse actuellement une crise, sur les violences policières qui s’intensifient, sur l’hôpital public qu’on délite, etc. » « Ils voulaient séparer l’homme de l’artiste, ils séparent aujourd’hui les artistes du monde », résume l’actrice à Mediapart.

      (...)

      Comme quelques autres, l’actrice Aïssa Maïga a quitté la salle après l’annonce de l’attribution du César du meilleur réalisateur à Roman Polanski. « J’étais d’abord un peu clouée sur place. Et puis une minute après, je n’étais pas bien, je suis partie, réagit-elle auprès de Mediapart en sortant. J’ai été terrassée, effrayée, dégoûtée, à titre vraiment personnel, dans mes tripes. J’ai vu la réaction d’Adèle Haenel, très forte, et honnêtement, j’ai pensé à toutes ces femmes. Toutes ces femmes qui voient cet homme plébiscité et je pense, au-delà de ces femmes, à toutes les autres, toutes les personnes victimes de viols, de violences sexuelles. J’imagine quel symbole cela peut revêtir pour elles. Et pour moi l’art n’est pas plus important que tout. L’humain d’abord. »

      L’actrice marque une pause, puis reprend : « Vous savez, c’est comme dans une famille : on croit se connaître un petit peu et puis, parfois, à la faveur d’une extrême révélation, on découvre qui sont les gens, ce qui est important pour eux, et parfois on constate avec un peu d’amertume qu’on n’a pas tout à fait les mêmes valeurs. » « Ce n’est pas grave, il faut le savoir et pouvoir avancer avec ça. Et moi, là, j’ai envie d’aller rejoindre les manifestantes dehors, c’est tout. J’aime beaucoup le cinéma, les tapis rouges, les films, les cinéastes, j’aime tout ça, mais moi je suis une fille qui n’a pas été éduquée dans l’élite, ni dans un esprit d’élitisme, je me sens une citoyenne comme les autres et là je vais aller les rejoindre », conclut-elle en se dirigeant vers le rassemblement des féministes face à la salle Pleyel. À quelques mètres du tapis rouge, les cris des militantes, parquées derrière les barrières, redoublent : « Polanski violeur, César complices ! » ; « Mais vous n’avez pas honte ? ».

      (...)

      Remettant le César du meilleur espoir féminin, l’actrice Aïssa Maïga, membre du collectif Noire n’est pas mon métier, a elle jeté un pavé dans la marre avec sa longue intervention sur l’invisibilisation des personnes non blanches dans le monde du cinéma.

      « Je peux pas m’empêcher de compter le nombre de Noirs dans la salle, a-t-elle ironisé à la tribune. Je sais qu’on est en France et qu’on n’a pas le droit de compter. C’est douze ce soir, le chiffre magique ? [...] On a survécu au whitewashing, aux blackface, aux tonnes de rôles de dealers, de femmes de ménage à l’accent bwana, aux rôles de terroristes, de filles hypersexualisées... On refuse d’être les bons Noirs. On est une famille, non ? On se dit tout. L’inclusion, elle ne va pas se faire toute seule. Ça ne va pas se faire sans vous. Pensez inclusion. […] Faisons une maison qui soit fière d’inclure toutes les différences. »

      À Mediapart, après la cérémonie, elle relate « l’effroi dans la salle » qu’elle a constaté au moment de sa prise de parole. « Je ne savais pas très bien comment l’interpréter. J’avais l’impression de plonger dans un bain de glaçons, de dire des choses qui pourtant me paraissent assez évidentes et audibles. J’ai eu l’impression que chez certains, il y a une sorte de ras-le-bol, comme si on les gavait avec la question de la diversité, qui n’est autre qu’une question de justice sociale. Et on a une responsabilité qui est énorme. Je ne pense pas que les artistes ou les décideurs ou les techniciens puissent se soustraire à cette question de l’identification du public aux films qu’on fait. Ça me paraît totalement aberrant. » Et la comédienne d’« assumer pleinement » ses propos : « J’avais besoin de dire ce que j’avais à dire. Aucun des mots que j’ai choisis n’était un accident. Je me sens aussi portée par une lame de fond. »

    • « À propos de l’impunité des artistes criminels, réflexions autour du cas de Roman Polanski en France. »
      https://lisefeeministe.wordpress.com/2020/02/15/a-propos-de-limpunite-des-artistes-criminels-reflexions-au
      source : #Christine_Delphy
      https://christinedelphy.wordpress.com/2020/03/02/lise-bouvet-a-propos-de-limpunite-des-artistes-criminels-
      je l’ai pas encore lu mais comme je suis abonné au blog de Delphy, je transmets. Abonné aussi à @tradfem et Seenthis, ça commence à faire beaucoup et j’ai pas que ça à foutre, j’ai aussi ma #tenue_de_soirée à repriser, entre autres !

    • Pour le texte de libé sur la honte l’accroche est mal fichu. j’ai l’impression qu’elle n’a pas été faite par une personne qui n’a pas compris le texte car elle réintroduit de blâme sur la victime en sous entendant que la victime ne peut pas être résistante, ce que le texte ne fait pas.
      #phallosophe #victime_blaming #victimophobie #grand_homme #grands_hommes

      La « honte » exprimée par Adèle Haenel vendredi, lors de la cérémonie, est une expérience morale et politique qui permet de sortir du statut de victime pour construire une résistance collective.

      https://www.liberation.fr/debats/2020/03/02/cesars-2020-ce-que-veut-dire-quitter-la-salle_1780305

    • Interessant le texte sur le site de C.Delphy

      Patrizia Romito classe en premier lieu ce qu’elle appelle les tactiques d’occultation : euphémisation (notamment dans le langage) des faits, déshumanisation de la victime, culpabilisation de la victime, inversion victime-agresseur, accusation de mensonge (ou d’exagération), psychologisation de l’affaire (réduction à des passions individuelles hors champ d’analyse sociale ou politique), naturalisation des actes (invocation de « pulsions » notamment), tactique de distinction- séparation (relativisation, enfouissement de l’acte criminel dans une masse d’autres considérations futiles).

      En second lieu, P. Romito présente ce qu’elle nomme des stratégies d’occultation : légitimations de la violence, négation des faits, discours pédophile sur la prétendue sexualité consentie des enfants et jeunes adolescentes, disparition de l’agresseur dans le récit journalistique et social, concentration de l’attention médiatique sur les victimes et/ou ce qu’elles auraient fait ou mal fait (dérivation de l’attention qui protège l’agresseur). Ce classement s’applique parfaitement à l’analyse de nos quatre dossiers, même si tous les éléments n’y figurent pas à chaque fois en même temps. Typiquement, il est difficile de remettre en cause la matérialité des faits dans le dossier Marie Trintignant qui a été tuée par Bertrand Cantat ni même dans celui de Samantha Geimer puisque Roman Polanski a plaidé coupable. On montre que les tactiques et les stratégies du « discours agresseur » varient et s’adaptent en fonction des violences dont il est question. Ce discours n’est d’ailleurs pas forcément conscient, il est énoncé par un certain nombre de locuteurs, puis repris, ou non, par les médias. Cependant, nous le verrons, on observe au fur et à mesure des affaires une véritable évolution du discours médiatique et une prise de conscience grandissante par certains journalistes des travers de ce discours, notamment grâce à la mobilisation et aux dénonciations d’acteurs sociaux tels que les associations ou personnalités féministes.

      Malheureusement je n’ai qu’un temps limité ici et je ne pourrai pas parler de tout aujourd’hui, à ce titre je vous renvoie à notre ouvrage. Pour résumer le propos très rapidement je dirais que l’impunité se déploie sur trois niveaux . C’est d’abord celle de tous les agresseurs en France et c’est ce que nous avons découvert dans l’analyse statistique qui a révélé ceci : l’impunité est quasi totale et la justice ne fonctionne quasiment pas. Le deuxième niveau d’impunité c’est celle d’hommes célèbres et puissants qui ont les moyens financiers d’organiser non seulement leurs défenses mais aussi la destruction des plaignantes. Ici encore faute de temps je vous renvoie à notre ouvrage et ma co·autrice qui est juriste en parle beaucoup mieux que moi. C’est du troisième niveau d’impunité dont je vais parler aujourd’hui, qui est celui du différentiel artiste – politique.

      En effet, en analysant a posteriori nos quatre dossiers nous avons réalisé que les plus intouchables des intouchables ce sont les artistes , contrairement aux hommes politiques qui, si ils arrivent à échapper à une condamnation judiciaire, ne peuvent pas esquiver l’opprobre sociale.

      Le papier à été écrit avent l’affaire Matzneff, et l’affaire Adèle Haenel, il manque donc l’info que l’artiste est protégé selon son degrès de notoriété, car si Polansky, Cantat, Besson et tant d’autres trouvent toujours des soutiens, c’est pas le cas pour les « has been » qui servent de cache-sexe aux complices des violeurs par exemple Matzneff, Ruggia, Brisseau ne sont pas autant soutenus car ils sont moins connus ou moins puissants que leur victimes.

      –----
      Question du « génie » de l’artiste, statut qui le place au niveau du divin, du surnaturel =

      Dans un essai passionnant (1), De l’humanisation de la création divine à la divinisation de la création humaine, l’historienne de l’art Lucile Roche analyse avec brio ce thème du dieu-artiste dans la théorie esthétique moderne Occidentale. Elle écrit : « C’est alors dans son éloignement du modèle divin au profit d’un recentrement de l’artiste, soumis au seul caprice de ses vues et exigences téléologiques, focalisé sur ses propres aptitudes créatrices – l’originalité, l’imagination – que se referme l’analogie Artiste-Dieu et Dieu-Artiste. Source inépuisable d’une créativité dont il est l’unique source, l’artiste romantique relève du divin (avec lequel il partage le ex-nihilo) sans pour autant s’y soumettre. Dans son humanité, l’artiste est alors, paradoxalement, divinisé ». Tout est dit : les jusqu’au-boutistes dans la défense d’auteurs tels que Polanski sont pris dans une représentation sociale surannée qui porte une vision profondément romantique de l’artiste, que l’on illustrera par cette phrase de Victor Hugo : « L’art est à l’homme ce que la nature est à Dieu ». Si ces hommes sont au niveau des dieux alors ils échappent à la justice des hommes, voilà l’impensé fondamental des défenseurs de Polanski, et autres artistes criminels, non seulement gardiens de leurs castes sociales et de ses corollaires impunités, mais surtout, selon nous, enlisés dans des conceptions de l’art dépassées, qui sont mises au service de l’impunité.

      La théoricienne de l’art Carole Talon-Hugon (2) dans une récente interview a éclairé ces impensés autour de l’artiste : « Un viol commis par un anonyme et un viol commis par un artiste, c’est à la fois la même chose – parce que le crime est tout autant répréhensible – et pas la même chose. Parce qu’il fait notamment figure d’exemple, l’artiste bénéficie d’un statut particulier dans la société. En tout cas, depuis le XVIIIe siècle. À cette époque-là, on va commencer à considérer l’art comme un domaine à part, totalement distinct, soumis à la seule règle de la beauté et indépendant de la question du bien. Ainsi, pour Diderot, « il y a une morale propre aux artistes qui peut être à rebours de la morale usuelle ». On retrouve cette idée chez Oscar Wilde (XIXe siècle) ou André Breton (XXe siècle). L’artiste devient alors une individualité sauvage et singulière, en rupture, en opposition et totalement indépendante de la morale ordinaire. Cette image-là, construite sur plus de 200 ans, nous empêche de regarder la réalité de ces agressions en face. »

      C’est ici que, selon nous, le roi apparait nu : en contradiction profonde avec nos valeurs démocratiques, les artistes sont devenus la nouvelle aristocratie au-dessus des lois. Non seulement, en consacrant les uns au détriment des autres on abdique la communauté des citoyens et l’on dit qu’il y a des valeurs supérieures à la vie humaine, mais en outre, l’on comprend désormais la thèse sous jacente des « amis de Polanski » qui est que le talent exceptionnel de cet homme devrait pouvoir se transcrire dans un statut politique dérogatoire exceptionnel. On fera remarquer avec ironie que ces gens là se réclament souvent de gauche, alors qu’ils portent la vision féodale d’une société où le talent et le statut des uns leur accorderait des droits particuliers sur les autres, et leur corps, a fortiori des personnes mineures. Position d’autant plus fragile quand on a compris que les demandes d’exceptionnalité de traitement pour le cinéaste Roman Polanski ne reposent finalement que sur des conceptions discutées comme discutables de théories de l’art. Et après tout, les amis de Polanski ont bien le droit de s’attacher à une théorie particulière que nous ne partageons pas. Ce qui est en revanche indiscutable, c’est que nous vivons dans un régime politique où les artistes, aussi doués soient-ils, sont des citoyens et des justiciables comme les autres.
      ...
      L’impunité de ces hommes repose en grande partie sur une conception non seulement de l’artiste démiurge, mais d’un public passif et docile dans sa réception d’une œuvre vue comme sacrée, et, comme par hasard ces qualités recouvrent les valeurs traditionnellement associées au masculin et au féminin… On voit là qu’on se trouve en plein dans une pensée religieuse et réactionnaire, paradoxalement portée par des « gens de gauche » .

      La dernière phrase fait écho à ta remarque sur la religiosité de tout ca @sombre

      #talent #génie #surhomme #caste #privilège #démiurge #virilité #mâle-alphisme #mérite #star #lumière

      Le comble selon nous est que par exemple, China Town est une oeuvre remarquable sur l’inceste et le viol… Peut-être que nous effleurons ici la plus grande injustice sociale et le plus grand privilège masculin : ces hommes, non seulement violent en toute impunité, mais ensuite, de ces viols, font des chefs-d’oeuvre, acclamés, primés et applaudis. Et, à jamais c’est le chef-d’oeuvre du violeur qui restera gravé dans l’histoire de l’art, alors que, poussière, la vie dévastée des victimes retournera à la poussière. Ceci nous amène à un point important à propos des films de ces réalisateurs notamment pédocriminels. Parmi les injonctions dont on nous accable, il y a l’interdiction corollaire de ne pas juger les films de l’homme, qu’on nous conjure de ne pas condamner (particulièrement en France comme l’a dénoncé le critique de cinéma Paul Rigouste (6). Or la critique de genre, c.a.d en terme d’analyse de rapports sociaux de sexe, s’est développée comme champ théorique universitaire autonome depuis bien longtemps, y compris en France grâce aux travaux de Geneviève Sellier, et bien entendu ce qui chagrine nos fans, qui sont dans la dévotion, c’est que l’on puisse mener une critique cinématographique impertinente des œuvres de ces hommes. Par exemple, un visionnage attentif des films de Woody Allen permet de repérer son obsession pédophile pour les très jeunes filles, de même qu’il me semble que Polanski affronte sans détour dans son œuvre des problématiques très personnelles de crimes et culpabilités, et ce, de manière quasi systématique. Par définition, le travail de la pensée et de l’analyse ne peut être limité, la critique doit adresser l’ensemble de l’oeuvre et il semble aussi invraisemblable que contre productif de limiter le champ des études cinématographiques par des interdictions sous peine de « lèse génie ». Il faut dénoncer cette double injonction sur laquelle repose la défense de ces criminels : non seulement l’institution judiciaire n’aurait pas son mot à dire sous prétexte qu’ils sont des artistes, mais leurs œuvres elles-mêmes seraient comme immunisées de toute lecture en lien avec leurs crimes , lecture qui pourtant me semble très intéressante d’un point de vue de théorie de l’art. Nous avons là l’occasion inouïe d’analyser des œuvres de criminels qui précisément n’hésitent pas à créer à partir de leur propre criminalité, donc au nom de quoi se priver de ces recherches ? On voit là qu’on doit aller frontalement à contre sens de l’opinion commune : Non seulement on ne peut pas séparer l’homme de l’artiste comme on vient de le voir, mais il est spécifiquement ici pertinent de rattacher l’artiste à ses crimes afin d’étudier son œuvre à partir de son activité criminelle, sans pour autant l’y réduire bien entendu.

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      Enfin, un aspect qui me semble également important et à prendre en compte dans l’analyse de ces discours de défense des cinéastes criminels, c’est le phénomène de la fascination du grand public pour ces agresseurs. Fascination dont ils jouent pour faire valoir leur défense, qui bien entendu ne peut que bénéficier de sentiments confus, qu’il faut déconstruire.

      Dans La Photographie, le théoricien de l’art André Rouillé fait une analyse remarquable de ce qu’est une « star » dans nos sociétés contemporaines. Star en anglais signifie étoile, c’est-à-dire un objet qui brille même dans la nuit, à l’image de cette aura qui repose sur l’exposition médiatique, véritable machine optique d’exposition. Les stars sont des êtres à part, des êtres de lumière, qui scintillent, éclairées en réalité par la machine « people » qui selon nous fonctionne sur une ambivalence fondamentale : ces gens nous sont familiers, ils nous ressemblent mais ils sont différents, ils vivent dans une sphère sociale supérieure qui suscite crainte et respect. Ce jeu de reflets permet des identifications-évasions, des phénomènes confusants mais gratifiants, et surtout, profondément duels. Le public est saisi dans des positions contradictoires : entre l’admiration et la dévotion pour ces stars mais aussi le sentiment d’injustice que leur inspire le fait que contrairement à lui, elles échappent à un système judiciaire qui frappe plus durement les modestes et les anonymes. De plus, comme le note la philosophe Michela Marzano, les hommes et les femmes ne sont pas affectés de la même façon dans ce phénomène : dans un contexte patriarcal les hommes sont tentés de s’identifier aux accusés célèbres et puissants, quand les femmes sont piégées dans plusieurs conflits d’allégeance.

      ...

      La chercheuse Judith Herman nous met en garde que « C’est très tentant de prendre le parti de l’agresseur. La seule chose qu’il demande au témoin est de ne rien faire. Il en appelle à notre désir universel de rester neutre et ne pas condamner. La victime au contraire nous demande de prendre part à sa douleur. La victime nous demande d’agir, de nous engager et de nous rappeler pour elle. »

      On l’observe en chacun de nous dans ces cas précis : il existe un conflit entre le citoyen et le spectateur. Le citoyen condamne les crimes de l’artiste mais le spectateur veut continuer à jouir de l’oeuvre de l’artiste criminel. Parce que nous avons aimé ces œuvres, parce qu’elles font partie de notre vie désormais, de notre culture. Parce que l’oeuvre d’art est considérée comme unique et qu’on voue un quasi culte à son auteur, parce que les créateurs sont les nouveaux dieux de notre société sécularisée. Cette résistance autour de l’artiste tient selon nous à une imprégnation puissante d’un télescopage de conceptions de l’art des siècles derniers et de mythes néolibéraux ultra contemporains ; l’artiste incarnant dans notre mythologie capitaliste, à la fois l’individu exceptionnel, la liberté, la transgression, l’exception morale et une forme de sacré archaïque.

      #art #artiste

    • « Les César 2020 consacrent l’extraordinaire impunité de Roman Polanski »

      « À ce jour, le cinéaste Roman Polanski est accusé de viols et d’agressions sexuelles par 12 femmes, notamment alors qu’elles étaient mineures. Le réalisateur a reconnu avoir drogué puis violé l’une d’entre elles, une jeune fille âgée de 13 ans en Californie, puis a fui la justice.

      Il a ensuite tourné librement de nombreux films, reçu tous les grands honneurs et récompenses de sa profession, ainsi que le soutien de la quasi-totalité de l’establishment, pouvoirs publics compris, au point qu’il a obtenu les financements pour tourner en 2019 un film sur le capitaine Dreyfus, dont il prétend – par un renversement qui laisse pantois – que leurs destins sont similaires. Ce film a obtenu 12 nominations aux César, c’est-à-dire autant que le nombre de femmes accusant le réalisateur de « J’accuse ».

      publié par l’Express le 28/02/2020, en intégralité sur le blog de Lise’s B.
      https://lisefeeministe.wordpress.com/2020/03/02/les-cesar-2020-consacrent-lextraordinaire-impunite-de-roma

      « L’impunité repose sur une conception de l’artiste démiurge et d’un public passif », estiment Yael Mellul et Lise Bouvet , coautrices de Intouchables ? People, Justice et impunité, ouvrage dédié notamment aux affaires Polanski, Cantat, DSK et Tron.

      Juriste et ex-avocate, Yael Mellul est coordinatrice juridique du pôle d’aide aux victimes de violences du centre Monceau. Politiste et philosophe de formation, Lise Bouvet est traductrice de textes féministes anglophones et autrice.

    • Je recommande ce texte qui pointe certains défauts du texte de Despentes en particulier le féminisme blanc mais ne parle pas de l’aspect misogyne de l’idéologie trans et proxénète qui s’y est glissé. https://seenthis.net/messages/828705

      Sur le texte de Lise B pointé par @vanderling

      « Les amis de Polanski » nous disent, entre autres, qu’il n’est pas un justiciable ordinaire car c’est un auteur accompli, un grand artiste, créateur d’une œuvre sublime. On peut tout d’abord relever un lien logique suspect entre son talent (qui est indéniable) et le rapport de ce dernier avec la justice criminelle. A écouter ces gens-là, ce talent aurait pour conséquence qu’il serait hors de question de porter un quelconque jugement sur sa consécration ni qu’il perde une journée de plus de sa vie en prison. Mais qui décide de cette utilité sociale extra-ordinaire ?

      Prenons un exemple particulièrement saillant en ce moment : en plein mois de février, quand nous avons froid et que notre chaudière tombe en panne, qui peut se passer d’un bon plombier-chauffagiste ? Nous serions sûrement très fâchées que notre excellent chauffagiste, lui aussi nommé Roman Polanski, aille en prison pour le viol d’une jeune fille de 13 ans précisément en plein hiver, mais la loi est ainsi faite en démocratie que même les professionnels exceptionnels et indispensables sont comme tous les autres citoyens, passibles des mêmes peines pour les mêmes crimes.

      Personne ne parle du talent perdu de ces 12 victimes de Polanski. Si Polanski avait été arrêté pour les 12 viols qu’il a commis, ces films n’auraient pas été fait et on ne s’en serait pas plus mal sorti. Mais le talent (qui est indéniable) de Polanski c’est un talent qui compte car on ne dénie pas le talent des phallopores qu’ils soient cis ou femmes-trans. Le talent qui ne compte pas c’est celui des femmes cis et des hommes-trans, car personne ne parle du talent perdu de ces 12 femmes (et peut être plus) qui s’est peut être perdu à cause de Polanski. Ca me fait pensé à la sœur de Sheakspear dont parle Virginia Woolf. Qui pleur le talent perdu de toutes ces filles et femmes que les hommes détruisent à coup de bite ? Combien de génie au féminin avons nous perdus à cause des violences masculines ? aucune en fait car contrairement au talent de Polanski qui est INDENIABLE, le talent des femmes cis et des hommes-trans est toujours DENIABLE. Les Césars l’ont montré très clairement à Adèle Haenel et à Sciamma et illes le montrent jours après jours aux femmes d’Alice Guy à aujourd’hui.

      Il y a aussi cet exemple du talent du plombier chauffagiste ou du boulanger qui serait non reconnu au pretexte qu’il violerait. Ca me fait pensé que pour le talent d’une boulangère ou d’une plombière-chauffagiste on ne se pose même pas la question. Elle n’aura pas besoin de commetre des crimes pour se voire dénier son talent, il suffit qu’elle ne sois pas belle, qu’elle ne sois pas mère, qu’elle ne sois pas douce, et son « talent » de boulangère-plombière,chauffagiste ne vaudra pas tripette.
      #déni #talent

    • « Seul le bras de Lambert Wilson fait de la résistance, seul ce bras sait s’il tremble de peur ou de colère, ou des deux ».
      https://www.arretsurimages.net/chroniques/le-matinaute/et-le-bras-du-general-trembla

      Un bras tremble, ce matin, sur mon Twitter. C’est pourtant un bras ferme, un bras qui ne devrait pas trembler, le bras du général. Du général ? De Gaulle, bien entendu. Ou plutôt, le bras de Lambert Wilson, qui incarne le général dans un film du moment. Le général de 40, celui de l’Appel, dont le bras, justement, n’a pas tremblé. Et pourtant ce bras tremble, alors que sa partenaire Isabelle Carré (Yvonne de Gaulle dans le film) vient de prendre la parole, pour répondre à une question sur Polanski...

    • « Général de Gaulle, tu es notre idooole,
      A toi nos cœurs, nos braaas,
      Général de Gooaaal..! »
      J’ai entendu, l’autre matin à la radio, Lambert Wilson s’étonner de qui étaient ces gens ?

      « Je suis très en colère, c’est n’importe quoi ! Si on estime qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans le fait que Polanski ait des nominations, alors on ne vient pas ! Oser évoquer un metteur en scène en ces termes… Parler d’Atchoum, montrer une taille… Et en plus, qu’est-ce qu’on va retenir de la vie de ces gens par rapport à l’énormité du mythe de Polanski ? Qui sont ces gens ? Ils sont minuscules. »

      Qui sont ces gens sur le plateau de #CàVous ? Qui est Lambert Wilson ? Qui est Atchoum ? Qui a engrossé blanche-neige ?


      Fluide Glacial n°515 (avril 2019)avec une couverture de Relom qui signe son retour dans le magazine avec une #BD de 7 pages " Petit avec des grandes oreilles " qui vaut bien le meilleur des Polanski !
      #Lambert_Wilson #2_mètres_de_connerie_avec_des_grandes_oreilles

    • Oui, c’est vrai, Despentes mélange tout. Oui, elle aligne dans la même colère les abus sexuels, la domination économico-politique (le 49.3) et la répression policière. Oui, elle superpose le manifestant qui défend sa future retraite dans la ligne de mire du LBD du policier de Macron, et la fillette de 13 ans sodomisée par Polanski. En apparence, c’est vrai, un esprit rationnel devrait s’efforcer de distinguer les situations. Ce qui les rapproche pourtant, s’appelle la domination. Sans guillemets. Et ce qui atteste le mieux de cette domination, c’est l’impunité. Le manifestant et la fillette, livrés à plus puissant qu’eux, savent que la justice ne leur sera jamais rendue. Qu’il y aura toujours des avocats retors, des arrangements financiers, une machine à enterrer les enquêtes nommée IGPN, pour que justice ne leur soit pas rendue. Et que le reste est littérature.

      Celà s’appelle, une analyse systémique. C’est grossier, c’est simpliste, ça ne fait pas le détail, désolé. Il y a bien entendu toujours des contre-exemples. Il y a des miracles. Il y a des puissants punis. Il y a de sublimes résiliences. Il y a des trèfles à quatre feuilles. Il y a des coincées moches qui deviennent des reines des chaînes d’info. Vu à l’échelle de l’individu, c’est d’ailleurs toujours plus compliqué, et il y a dans chaque individu du dominant et du dominé (Polony est femme ET bourgeoise reine des medias). C’est d’ailleurs cette complexité, qui fait le bonheur de la littérature, et le sel de la vie. Mais l’illusion proclamée que ces contre-exemples invalident les lois économico-sociales classe simplement Polony à droite (ce n’est pas moi qui le dis, c’est un certain Deleuze). Ce qui d’ailleurs n’est pas infâmant. Il faut bien une droite, pour que la gauche se souvienne pourquoi elle est la gauche.

      https://www.arretsurimages.net/chroniques/le-matinaute/natacha-polony-reine-des-medias-ex-coincee

    • Vu à l’échelle de l’individu, c’est d’ailleurs toujours plus compliqué, et il y a dans chaque individu du dominant et du dominé (Polony est femme ET bourgeoise reine des medias).

      L’ndividu « résilient » est l’arbre qui cache la forêt de la misère absolue.

    • Virginie Despentes responds to the Césars and Roman Polański
      by: Virginie Despentes translated by Lauren Elkin , March 2, 2020
      https://maifeminism.com

      I’m going to begin like this: don’t worry. O you great and powerful leaders, you lot who are in charge: it hurts. No matter how well we know you, no matter how many times we’ve taken your power on the chin, it always hurts. All weekend we’ve listened to you whinging and whining, complaining that you’ve had to resort to passing your laws by decree instead of by vote [à coups de 49.3] and that we haven’t let you celebrate Polański in peace, and that we’re ruining the party, but behind your moans, don’t worry—we can hear your pleasure at being the big bosses, the big shots, and the message comes through loud and clear: you don’t plan to let this idea of consent take hold. Where would be the fun in being in charge if you always had to ask permission from the people you rule over? And I am certainly not alone in wanting to scream with rage and impotence ever since your magnificent show of force, certainly not the only one to feel defiled after the spectacle.

      It is not at all surprising that the César Academy would award Roman Polański the prize for best director in 2020. It’s grotesque, it’s insulting, it’s vile, but it’s not surprising. When you award 25 million euros to a guy to make a TV film, the message is in the budget. If the fight against anti-Semitism interested French cinema, we’d know it by now. However, the voice of the oppressed who seize the change to tell their story, we can understand how that might bore you. So when you heard people talking about the subtle comparison between a filmmaker being heckled by a hundred feminists in front of three movie theatres and Dreyfus, a victim of French anti-Semitism at the turn of the last century, you jumped on board. 25 million euros to make this comparison. Amazing. We ought to acknowledge the investors, because to pull together that kind of budget, everyone had to be in on the game: Gaumont Distribution, the CNC, France 2, France 3, OCS, Canal +, RAI… everyone reached into their pockets, and deeply, for once. You closed ranks, you defended one of your own. The strongest defend their rights: it’s part of your elegance, rape is even the foundation of your very style. The law protects you, the courtroom is your domain, the media belongs to you. And that’s exactly what a major fortune is there for: to control the bodies of those who have been declared subaltern. Bodies that clam up, that don’t tell stories from their point of view. The time has come for the richest to hear this message: the respect we owe them will from now on extend to their dicks, stained with the blood and the faeces of the children they’ve raped. Whether at the Assemblée Nationale or in the culture—enough hiding, enough pretending not to be upset. You require entire and constant respect, whether we’re talking about rape, the brutality of your police, the Césars, your retirement reform. That is your politics: that victims remain silent. It comes with the territory, and if you have to get the message to us through terror you don’t see what the problem is. Your sick pleasure, above all. And the only people you tolerate around you are the most docile of lackeys. There is nothing surprising in the fact that you’ve thus sanctified Polański: it’s always money we’re celebrating; in these ceremonies we don’t give a shit about the cinema. Or the audience. It’s the striking capability of your own monetary power that you are worshipping. It’s the massive budget you’ve given him as a sign of support that you were saluting—and through him, your own power that must be respected.

      It would be pointless and inappropriate, in a comment on this ceremony, to separate the bodies of cis men from those of cis women. I don’t see any difference of behaviour. It is understood that these major prizes continue to be the exclusive domain of men, because the underlying message is: nothing must change. Things are very good as they are. When [the comedian and mistress of ceremonies Florence] Foresti left the awards and declared herself ‘disgusted’, she didn’t do it as a woman—she did it as an individual who was taking the risk of turning the profession against her. And she did it as an individual who is not entirely at the mercy of the film industry, because she knows you don’t have the power to deprive her of an audience. She was the only one who dared make a joke about the elephant in the room; everyone else avoided mentioning it. Not a word about Polański, not a word about Adèle Haenel. We all dine together, in this milieu; we all know how it goes. For months you have had your panties in a twist that part of the public is being listened to, and for months you have suffered because Adèle Haenel has spoken up about her experience as a child actress, from her own point of view.

      So all the bodies in that room that evening had been gathered together with one end in mind: to validate the absolute power of the men in charge. And the men in charge love rapists. That is, those who are like them, who are powerful. They don’t love them in spite of the rapes, because they have talent. They find them talented and stylish because they are rapists. They love them for that. For the courage they have to acknowledge the sickness of their pleasure, their idiotic and systematic drive to destroy the other, the destruction, in truth, of everything they touch. Your pleasure dwells in preying, that is your only understanding of style. You know very well what you are doing when you defend Polański: you demand to be admired even in your delinquency. It is this demand which results in everyone at the ceremony being subject to a law of silence. They blame political correctness and social media, as if this code of silence were something recent, the fault of the feminists, but it’s gone on like this for decades. During French cinematic ceremonies, you never joke about the bosses’ sensitivities. So everyone shuts up, everyone smiles. If the child rapist were the bin man there would be no mercy—police, prison, thunderous proclamations, victim defence and general condemnation. But if the rapist is a powerful man: respect and solidarity. Don’t speak in public of what goes on doing castings or pre-production or during filming or promotion. It’s well-known. The law of silence prevails. Respect for this advice is how you choose whom to hire.

      And although we’ve known this for years, the truth is we’re always surprised by the overconfidence of power. That’s what’s so amazing, in the end—it’s that you get away with your dirty tricks every time. Every time, it’s humiliating to see the participants take their place on stage, whether it’s to announce or to receive a prize. We see ourselves in them—not only me because I’m an insider, but anyone watching the ceremony. We identify with them and are humiliated by proxy. So much silence, so much submission, so much pressing into servitude. We recognise ourselves. We want to die. Because at the end of the night, we know that we are all the employees of this whole heap of shit. We are humiliated by proxy when we see them keep quiet even though they know that Portrait of a Lady on Fire won’t receive a single one of those big prizes at the end, and only because Adèle Haenel spoke up and because somehow they have to make the victims understand that though they might want to tell their stories, they would do well to think twice before breaking the vow of silence. Humiliated by proxy that you dared to nominate two female directors who have never received and probably never will receive the prize for best director so that you can give it to Roman fucking Polański. Himself. [Both words in English in the original] In your face! You are, decidedly, ashamed of nothing. 25 million, that’s more than fourteen times the budget of Les Misérables [dir. Ladj Ly, which won best film], and the guy can’t even claim his film was one of the five most-seen films of the year. And you reward him. And you know very well what you’re doing—that the humiliation experienced by an entire segment of the population who got your message loud and clear will spill over into the following prize, the one you gave to Les Misérables, when you bring onto the stage the most vulnerable bodies in the room, the ones which we know risk their lives at the slightest police inspection, and if there are no girls among them at least we see they are intelligent and can tell there is a direct link between the impunity of the famous director that night and the situation in the neighbourhood where they live. The female directors who awarded the prize of your impunity, the directors whose awards are stained with your dishonour— same struggle. They each are aware that as employees of the film industry, if they want to work tomorrow, they have to shut up. No joke. That’s the spectacle of the Césars. And what timing—three months of strikes to protest reforms to the retirement system that we don’t want, which you passed by force. The same message conveyed to the people at the same time: ‘Shut up, keep your mouths shut, shove your consent up your ass, and smile when you pass me in the street because I am powerful, because I have all the money, because I am the boss.’

      So when Adèle Haenel got up, it was a sacrilege on the move [en marche, a nice dig at Macron’s political party]. A repeat offender of an employee, who didn’t force herself to smile when her name was dragged through the mud in public, who didn’t make herself applaud the spectacle of her own humiliation. Adèle got up, as she had already to say look, this is how I see the story of the filmmaker and the adolescent actress, this is how I lived it, how I carry it with me, how it sticks to my skin. Because you can tell us about it any way you like, your idiotic distinction between the man and the artist—all victims of rape know there is no miraculous division between the body that is raped and the body that creates. We carry around what we are and that’s that. Explain to me how I should take advantage of her and then shove a violated girl out the door of my office to get down to work, you bunch of clowns.

      Adèle got up and left. On the 28th of February we didn’t learn much we didn’t already know about the French film industry, but we did learn how to wear an evening gown: like an Amazon [guerrière]. How to walk in high heels: as if we were going to tear the whole building down. How to walk with our heads held high, our necks rigid with anger, and our shoulders bare. The most beautiful image in forty-five years of the ceremony: Adèle Haenel going down the stairs to leave, while you’re all applauding. Now we know how it works, someone who walks out while telling you to fuck off. I would trade 80% of my feminist books for that image. That lesson. Adèle, I don’t know if I’m male gazing you or female gazing you but I keep love gazing you [all in English and as verbs] on my phone for that exit. Your body, your eyes, your back, your voice, all your gestures say it: yes, we are dumb bitches, we are the ones who’ve been humiliated, yes, we only have to shut our mouths and take your blows, you’re the boss, you have the power and the arrogance that goes with it, but we will not remain seated without saying anything. You do not have our respect. We’re getting the hell out. Enjoy your bullshit on your own. Celebrate yourselves, humiliate each other, kill, rape, exploit, smash everything that falls between your hands. We’re getting up and we’re getting out. It’s probably a prophetic image of the days to come. The real difference is not between men and women, but between the dominators and the dominated, between those who intend to suppress the story and impose their decisions and those who are going to get up and get out while complaining, loudly. It’s the only possible response to your politics. When it’s no longer tenable, when it goes too far, we’re going to get up and get out while hurling insults at you. Even if we are your subalterns, even if we take your shitty power on the chin, we despise you. You make us want to vomit. We have no respect for the mockery you make of respectability. Your world is disgusting. Your love of the strongest is sick. Your power is sinister. You are a gruesome bunch of imbeciles. The world you created to reign over the wretched lacks oxygen. We’ve been getting up and we’re getting the hell out. It’s over. We’re getting up. We’re getting out. We’re shouting: Go fuck yourselves.

    • Vendredi dernier, pour la première fois depuis un paquet de temps, les flics ont mis les casques et tiré les lacrymos à un rassemblement féministe ; pour la première fois depuis longtemps, on les a débordés même si c’est rien qu’un peu. Ce soir-là, on s’est senties puissantes ensemble, entre meufs, on a mis nos corps ensemble, pour que de victimes nous nous changions en menace et en vengeance : parce que si certain.es se lèvent et se cassent, nous, de plus en plus nombreuses, on se soulève et on casse.

      https://paris-luttes.info/il-y-a-ceux-qui-se-taisent-il-y-a-13599

      Le jour où les hommes auront peur de se faire lacérer la bite à coups de cutter quand ils serrent une fille de force, ils sauront brusquement mieux contrôler leurs pulsions “masculines”, et comprendre ce que “non” veut dire.

      Virginie Despentes, King Kong Théorie, 2006.

  • Cinéma français : la nuit du déshonneur - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/290220/cinema-francais-la-nuit-du-deshonneur?onglet=full

    La 45e cérémonie des César a récompensé vendredi Roman Polanski de trois César, dont celui du meilleur réalisateur. En signe de protestation, l’actrice Adèle Haenel, la réalisatrice Céline Sciamma et toute l’équipe de leur film ont quitté la salle, dans l’apathie générale. « Ils voulaient séparer l’homme de l’artiste, ils séparent aujourd’hui les artistes du monde », réagit la comédienne dans Mediapart.

    #paywall argh, ne trainerait-il pas, cet article, somewhere over the rainbow ?

    • Cinéma français : la nuit du déshonneur

      La 45e cérémonie des César a récompensé vendredi Roman Polanski de trois César, dont celui du meilleur réalisateur. En signe de protestation, l’actrice Adèle Haenel, la réalisatrice Céline Sciamma et toute l’équipe de leur film ont quitté la salle, dans l’apathie générale. « Ils voulaient séparer l’homme de l’artiste, ils séparent aujourd’hui les artistes du monde », réagit la comédienne dans Mediapart.
      Elles sont arrivées sous les acclamations, aux alentours d’1 h 30 du matin. Embrassades, étreintes, tapes dans le dos. Pendant de longues minutes, elles passent de bras en bras. La réalisatrice Céline Sciamma ouvre le chemin, suivie d’Adèle Haenel, qui a troqué sa longue robe de gala bleue pour un jeans-blouson, et de sa cheffe opératrice, Claire Mathon, qui brandit son César de la meilleure photographie : tonnerre d’applaudissements.

      La scène ne se passe ni à la 45e cérémonie des César, ni à la soirée officielle qui a suivi au Fouquet’s, mais au Perchoir, un bar-restaurant de l’est parisien. C’est ici que le collectif 50/50, qui œuvre pour l’égalité et la diversité dans le cinéma, a trouvé refuge vendredi soir pour organiser sa contre-soirée des César.

      Outre les piliers et membres du collectif, il y a là plusieurs personnalités du cinéma, telles que la réalisatrice Rebecca Zlotowski, l’actrice Anna Mouglalis ou le comédien Swann Arlaud. Les mines sont défaites, mais l’ambiance reste joyeuse, solidaire, réconfortante. « Ici, on se tient chaud », glisse une participante.

      Une heure plus tôt, Adèle Haenel, Céline Sciamma et toute l’équipe de leur film Portrait de la jeune fille en feu ont quitté la cérémonie à l’annonce de la victoire de Roman Polanski, couronné du prestigieux César du meilleur réalisateur, en dépit des six accusations de viols le visant. « C’est la honte, c’est la honte ! », s’est exclamée Adèle Haenel, agitant les bras en signe de protestation. « On s’en va », a enchaîné Céline Sciamma. L’équipe du Portrait s’est levée, laissant une grande partie du deuxième rang vide.

      Applaudie dans les couloirs, l’actrice, en colère, a ensuite quitté la salle Pleyel en chantant : « Eh bien vive la pédophilie, bravo la pédophilie, bravo ! » (voir la vidéo).

      À Mediapart, Adèle Haenel explique qu’« alors que la cérémonie avait plutôt bien débuté, qu’il se passait quelque chose », avec plusieurs prises de parole fortes « comme Lyna Khoudri [meilleur espoir féminin – ndlr], Aïssa Maïga, l’équipe du film Papicha [de Mounia Meddour, qui traite du combat des femmes en Algérie – ndlr], et le numéro d’équilibriste réussi de Florence Foresti », la soirée s’est ensuite « affaissée dans les remerciements ». « Comme si, cette année, il n’y avait pas autre chose à dire : sur les violences sexuelles, sur le cinéma qui traverse actuellement une crise, sur les violences policières qui s’intensifient, sur l’hôpital public qu’on délite, etc. » « Ils voulaient séparer l’homme de l’artiste, ils séparent aujourd’hui les artistes du monde », résume l’actrice à Mediapart.

      Adèle Haenel voit dans la séquence d’hier une tentative de museler certaines paroles et elle questionne la « crispation » d’une partie du monde du cinéma. « Ils pensent défendre la liberté d’expression, en réalité ils défendent leur monopole de la parole. Ce qu’ils ont fait hier soir, c’est nous renvoyer au silence, nous imposer l’obligation de nous taire. Ils ne veulent pas entendre nos récits. Et toute parole qui n’est pas issue de leurs rangs, qui ne va pas dans leur sens, est considérée comme ne devant pas exister. » L’actrice note le paradoxe : « Ils font de nous des réactionnaires et des puritain·e·s, mais ce n’est pas le souffle de liberté insufflé dans les années 1970 que nous critiquons, mais le fait que cette révolution n’a pas été totale, qu’elle a eu un aspect conservateur, que, pour partie, le pouvoir a été attribué aux mêmes personnes. Avec un nouveau système de légitimation. En fait, nous critiquons le manque de révolution. »

      « Toute la soirée a tourné autour de l’idée que l’on ne pourrait plus rien dire, “comment on va rire maintenant si on ne peut plus se moquer des opprimés”. Mais si on riait aussi de nous-mêmes, si on riait aussi des dominants ? », souligne la comédienne, déjà doublement césarisée (en 2014 et 2015).

      Quelques jours plus tôt, réagissant dans le New York Times aux 12 nominations de Polanski, elle avait déclaré : « Distinguer Polanski, c’est cracher au visage de toutes les victimes. Ça veut dire, “ce n’est pas si grave de violer des femmes”. »

      L’image de sa sortie de salle, qui fait le tour du monde depuis vendredi soir, résume à elle seule le clivage actuel qui traverse le cinéma français. Comme un bras d’honneur, les quelque 4 000 votants de l’Académie des César – qui ont voté à 81 % pour cette édition 2020 – ont préféré plébisciter un cinéaste accusé de viol par six femmes (la plupart fillettes ou adolescentes au moment des faits), sous les yeux d’une actrice qui, en novembre, a relancé #MeToo en France par son témoignage dénonçant des violences sexuelles subies enfant, puis adolescente. Sous le regard aussi de l’équipe du film Grâce à Dieu, de François Ozon, qui retrace l’affaire de pédocriminalité dans l’Église française.

      Nommée dans dix catégories, l’équipe de Portrait de la jeune fille en feu repart avec un seul César (celui de la meilleure photo), et J’accuse, de Polanski, avec trois récompenses, dont deux honorant directement le cinéaste (meilleure adaptation et meilleur réalisateur). L’équipe de J’accuse avait choisi de boycotter la cérémonie. Seule la communicante du cinéaste, Anne Hommel, était présente dans la salle. Questionnée par Mediapart, elle a expliqué être venue « à titre personnel » et n’avoir aucune déclaration à faire.

      Les Misérables de Ladj Ly ont tenu le haut de l’affiche avec quatre statuettes, dont celle de meilleur film (retrouvez ici le palmarès complet).

      Comme quelques autres, l’actrice Aïssa Maïga a quitté la salle après l’annonce de l’attribution du César du meilleur réalisateur à Roman Polanski. « J’étais d’abord un peu clouée sur place. Et puis une minute après, je n’étais pas bien, je suis partie, réagit-elle auprès de Mediapart en sortant. J’ai été terrassée, effrayée, dégoûtée, à titre vraiment personnel, dans mes tripes. J’ai vu la réaction d’Adèle Haenel, très forte, et honnêtement, j’ai pensé à toutes ces femmes. Toutes ces femmes qui voient cet homme plébiscité et je pense, au-delà de ces femmes, à toutes les autres, toutes les personnes victimes de viols, de violences sexuelles. J’imagine quel symbole cela peut revêtir pour elles. Et pour moi l’art n’est pas plus important que tout. L’humain d’abord. »

      L’actrice marque une pause, puis reprend : « Vous savez, c’est comme dans une famille : on croit se connaître un petit peu et puis, parfois, à la faveur d’une extrême révélation, on découvre qui sont les gens, ce qui est important pour eux, et parfois on constate avec un peu d’amertume qu’on n’a pas tout à fait les mêmes valeurs. » « Ce n’est pas grave, il faut le savoir et pouvoir avancer avec ça. Et moi, là, j’ai envie d’aller rejoindre les manifestantes dehors, c’est tout. J’aime beaucoup le cinéma, les tapis rouges, les films, les cinéastes, j’aime tout ça, mais moi je suis une fille qui n’a pas été éduquée dans l’élite, ni dans un esprit d’élitisme, je me sens une citoyenne comme les autres et là je vais aller les rejoindre », conclut-elle en se dirigeant vers le rassemblement des féministes face à la salle Pleyel. À quelques mètres du tapis rouge, les cris des militantes, parquées derrière les barrières, redoublent : « Polanski violeur, César complices ! » ; « Mais vous n’avez pas honte ? ».

      Récompensé du César du meilleur espoir masculin pour son rôle dans Grâce à Dieu, où il interprète un homme victime de pédocriminalité de la part d’un prêtre, Swann Arlaud a jugé « assez incompréhensible » la récompense attribuée à Roman Polanski. « La parole se libère, mais le combat n’a pas énormément avancé », a-t-il estimé, en apportant son soutien à Adèle Haenel. « Adèle a fait sa prise de parole extrêmement brillante [en novembre – ndlr] [...]. On a tous été émus par ça, moi j’ai été ébranlé par ça. [...] Même si on n’est pas directement concerné, ça ne peut que mettre en colère. Evidemment que je comprends son geste » :

      Quelques minutes plus tard, l’équipe du film de Nicolas Bedos, La Belle Époque, récompensé de trois César, donnait un tout autre son de cloche. Aux journalistes qui lui demandent de réagir à la statuette accordée à Polanski, Fanny Ardant explique : « Moi, quand j’aime quelqu’un, je l’aime passionnément. Et j’aime beaucoup, beaucoup Roman Polanski. Je suis très heureuse pour lui. » « Après, je comprends que tout le monde n’est pas d’accord, mais vive la liberté !, a complété, tout sourire, l’actrice, qui a obtenu le César du meilleur second rôle féminin. Moi je suivrais quelqu’un jusqu’à la guillotine ! Je n’aime pas la condamnation. »

      À côté d’elle, le réalisateur Nicolas Bedos – qui, en juin, était arrivé bras dessus, bras dessous avec Roman Polanski et Jean Dujardin à une avant-première (lire notre article) – esquive les questions des médias avec la langue de bois d’un homme politique : « Je prends acte de la force de la séquence, comme on dit en politique, […] de la séquence en général de cet espèce de combat des femmes et je tais ma voix de mâle blanc dominant, comme on dit de façon discutable. » « Après, il y aura beaucoup à dire sur tout cela. Il faudra qu’on se réconcilie, qu’on avance. Mais tout de suite, là, en ce moment, c’est aux femmes de parler, pas à moi, donc je ferme ma gueule », a-t-il ajouté, préférant se féliciter des récompenses obtenues par son film : « C’est magique ce que je vis moi ce soir. Pardon d’être un peu égoïste, mais je ne pense ni à Roman Polanski, ni à Céline Sciamma, ni à rien. »

      Questionnée par le site Allociné, la comédienne Anaïs Demoustier, récompensée du César de la meilleure actrice, n’a pas non plus manifesté de soutien à la démarche d’Adèle Haenel (nommée dans la même catégorie), se contentant d’un très neutre : « Je n’étais pas dans la salle au moment où Adèle est partie, je venais de recevoir mon prix […], elle est partie quand Roman Polanski a eu son prix, je peux comprendre. »

      Les réactions de la salle ont été à l’image de cette soirée : apolitiques. Aucun lauréat ou remettant – ou presque – n’a livré de discours politique. Cette année, le contexte s’y prêtait pourtant particulièrement : outre l’onde de choc #MeToo, qui a fait irruption dans le cinéma français au mois de novembre, avec deux ans de retard, un vent de fronde souffle à l’encontre de l’Académie des César, critiquée pour son fonctionnement opaque et verrouillé, son manque de parité, de diversité. Deux cents personnalités avaient signé une tribune dénonçant le manque de démocratie et de mixité de l’Académie. Au point que, le 13 février, son président, Alain Terzian, en poste depuis 2003, avait dû démissionner avec son équipe. Une première (lire notre article).

      Si plusieurs personnalités, dont la présidente de la cérémonie, l’actrice Sandrine Kiberlain, ont fait des allusions pudiques à la « tempête », aux « tensions » qui touchent les César, ou salué la « libération de la parole des femmes », l’essentiel des discours s’est borné aux remerciements habituels.

      Trois exceptions notables, cependant. D’abord la maîtresse de cérémonie, l’humoriste Florence Foresti, qui a choisi de mettre les pieds dans le plat dès les premières minutes, pour évoquer l’éléphant dans la pièce. Celui qu’elle a, toute la soirée, nommé « Popol » ou « Atchoum ». « Pour qu’on soit totalement tranquilles, faut qu’on règle un dossier. Il y a douze moments où on va avoir un souci. Il faut qu’on règle le problème sinon ça va nous pourrir la soirée. Qu’est-ce qu’on fait avec Roro ? Qu’est ce qu’on fait avec Popol ? Ne faites pas comme lui, ne faites pas les innocents, vous savez très bien de qui je parle. Qu’est-ce qu’on fait avec Atchoum ? », a-t-elle lancé, sous les rires de la salle.

      Présentant les longs-métrages favoris de cette édition 2020, elle a osé un : « Grâce à Dieu, la pédophilie dans l’Église. J’accuse, la pédophilie dans les années 1970. »

      Plus tard, c’est Patrick Bruel, visé par une enquête pour « exhibition sexuelle » et « harcèlement sexuel », qu’elle a raillé, sans jamais le nommer : « Je voudrais prendre la défense des hommes. […] Récemment, un acteur a été accusé de se mettre nu devant sa masseuse. Il dit pour sa défense : “Oui mais j’avais chaud.” C’est vrai, on était en Corse, en été. Vous avez déjà essayé de garder un slip jetable par cette chaleur ? » Et l’humoriste de s’interroger sur le dérèglement thermique de plusieurs hommes : « C’est vrai, Weinstein, chaud. Epstein, chaud. DSK, chaud. Si vous vous mettez nu dans l’espoir de nous exciter, comment dire ? Les gars, vous aurez plus de chances de nous choper avec un bout de pain. La nudité ne va pas à tout le monde. Ça s’essaie en cabine avant. Passé un certain âge, un certain poids, en tout cas. […] Conseil aux futurs prédateurs : couvrez-vous ! »

      D’autres remarques ont émaillé ses interventions durant la soirée : « Il paraît qu’il y a des gros prédateurs dans la salle – euh producteurs ! » ; « Bonsoir mesdemoiselles, bonsoir mesdames et… Ah si, il en reste. Bonsoir messieurs. Peut-être qu’ils ont un bracelet électronique » ; « J’ai les noms de ceux qui ont voté Atchoum au premier tour ». L’humoriste n’a pas non plus passé sous silence le manque de parité du milieu (soulignant par exemple que seule une femme était nommée dans la catégorie « meilleur scénario ») ou le manque de diversité : « Ça va la diversité ? Vous vous croyez où ? À la MJC de Bobigny ? Ici c’est l’élite, vous dégagez ! » Elle a aussi longuement ironisé sur la difficulté à trouver cette année des remettants pour les prix : « J’ai eu beaucoup de désistements, rapport à Popol… »

      Remettant le César du meilleur espoir féminin, l’actrice Aïssa Maïga, membre du collectif Noire n’est pas mon métier, a elle jeté un pavé dans la marre avec sa longue intervention sur l’invisibilisation des personnes non blanches dans le monde du cinéma.

      « Je peux pas m’empêcher de compter le nombre de Noirs dans la salle, a-t-elle ironisé à la tribune. Je sais qu’on est en France et qu’on n’a pas le droit de compter. C’est douze ce soir, le chiffre magique ? [...] On a survécu au whitewashing, aux blackface, aux tonnes de rôles de dealers, de femmes de ménage à l’accent bwana, aux rôles de terroristes, de filles hypersexualisées... On refuse d’être les bons Noirs. On est une famille, non ? On se dit tout. L’inclusion, elle ne va pas se faire toute seule. Ça ne va pas se faire sans vous. Pensez inclusion. […] Faisons une maison qui soit fière d’inclure toutes les différences. »

      À Mediapart, après la cérémonie, elle relate « l’effroi dans la salle » qu’elle a constaté au moment de sa prise de parole. « Je ne savais pas très bien comment l’interpréter. J’avais l’impression de plonger dans un bain de glaçons, de dire des choses qui pourtant me paraissent assez évidentes et audibles. J’ai eu l’impression que chez certains, il y a une sorte de ras-le-bol, comme si on les gavait avec la question de la diversité, qui n’est autre qu’une question de justice sociale. Et on a une responsabilité qui est énorme. Je ne pense pas que les artistes ou les décideurs ou les techniciens puissent se soustraire à cette question de l’identification du public aux films qu’on fait. Ça me paraît totalement aberrant. » Et la comédienne d’« assumer pleinement » ses propos : « J’avais besoin de dire ce que j’avais à dire. Aucun des mots que j’ai choisis n’était un accident. Je me sens aussi portée par une lame de fond. »

      Autre discours fort, celui du comédien Swann Arlaud, qui a rendu hommage aux victimes de l’affaire de pédocriminalité dans l’Église – affaire portée devant la justice. « Quelle fierté de faire partie de ce film, vraiment », a-t-il déclaré sur scène, en rappelant que « par deux fois on a essayé d’empêcher la sortie du film ». Il a salué les « trois personnages qu’on interprète, qui existent vraiment. Ils s’appellent Alexandre, François, Pierre-Emmanuel. Ils ont subi des abus sexuels pendant leur enfance et c’est devenu des héros, parce qu’ils ont réussi à parler, à affronter le mensonge, le mépris […] et c’était une immense responsabilité d’avoir ça à jouer ».

      Après la cérémonie, les réactions de soutien à Adèle Haenel ont afflué sur les réseaux sociaux. À l’image de celle de l’écrivaine Virginie Despentes sur son compte Instagram :

      Sur Instagram également, Florence Foresti s’est dite « écœurée » par le César attribué à Polanski :

      « Qu’un mec recherché par Interpol puisse même recevoir une distinction, ça me dépasse »

      Vendredi soir, ce qui s’est déroulé hors de la salle Pleyel était tout aussi parlant. Alors que, à partir de 18 h 30, les invité·e·s de la cérémonie commençaient à affluer en tenue de gala, prenant des selfies sur le tapis rouge, des manifestantes féministes étaient rassemblées en face et s’époumonaient : « Polanski violeur ! »

      Trois heures avant l’ouverture de la cérémonie, les manifestantes avaient commencé à arriver au compte-gouttes place des Ternes, le lieu de rassemblement autorisé par la préfecture de police à 300 mètres de la salle Pleyel. Des pancartes contre « Violanski » ou dénonçant la « complicité » des Césars hérissaient les abords de la station de métro.

      Morgane, 35 ans, n’est pas dupe : elle se doute que d’autres actions auront lieu au plus près du tapis rouge mais préfère rester sur la place avec ses amis. « Je ne suis pas prête à aller en garde à vue ce soir. » Familière des mobilisations « contre le sexisme, la pédocriminalité et toutes sortes d’injustices », Morgane explique à Mediapart être venue témoigner « son soutien aux victimes » de Roman Polanski et souligner « le symbole » : « Je m’en fous qu’il soit pas là. Mais qu’un mec recherché par Interpol soit libre et puisse même recevoir une distinction » la dépasse. « Tout est politique, le cinéma aussi. »

      Camille, Poojarini et El, 17 et 18 ans, vont à la fac ensemble et se retrouvent régulièrement dans des manifs féministes, lycéennes ou interprofessionnelles. Comme beaucoup de participantes, elles disent leur admiration pour Adèle Haenel, preuve que « dans le cinéma français, ça commence à bouger ». Elles ont puisé les ressorts de leur engagement féministe « dans le quotidien », explique Poojarini, lassée de « réfléchir à comment s’habiller parce qu’il ne faudrait pas qu’on voie un téton par transparence » ou de « garder ses clés entre les doigts » quand elle rentre chez elle.

      À quelques mètres des trois jeunes femmes, un homme âgé s’en prend verbalement à d’autres militantes. « Moi je suis féministe, mais vous, vous êtes des racistes des hommes. Il y a des fanatiques chez les femmes, vous êtes enfermées dans votre idéologie. — Cassez-vous. — Je suis chez moi, vous êtes des fachos. — Va te noyer dans un verre d’eau. » Les manifestantes tournent le dos à l’importun, qui finit par quitter les lieux.

      L’une des coordinatrices du collectif #NousToutes dans les Yvelines – elle s’appelle aussi Morgane – se dit « assez satisfaite » de ce rassemblement qui « donne le ton de l’année » avant le 8 mars, journée internationale des droits des femmes, et une « nouvelle marche » prévue pour le mois de novembre. « Les deux dernières années ont été importantes », estime-t-elle, citant comme exemple l’entrée du mot féminicide dans le langage courant. Derrière elle, un porte-voix scande : « Victimes, on vous croit ! », pendant que la manifestation se déplace vers le barrage de gendarmes mobiles.

      Malgré la présence policière, il est encore facile de circuler de la place des Ternes à l’avenue Hoche, en longeant les barrières installées pour protéger le tapis rouge des César. Sur ce boyau de trottoir se croisent des couples élégants en tenue de soirée, déterminés à entrer dans la salle Pleyel, des riverains huppés promenant leur cocker comme tous les soirs et de sincères curieux qui espèrent apercevoir quelques acteurs français par les trous d’une bâche.

      Près de l’entrée « officielle » de la cérémonie, l’ambiance est à la conspiration. Les féministes se cherchent du coin de l’œil, se reconnaissent et se mettent en position pour les actions prévues. Vanessa, piercing dans le nez et souci de discrétion en tête, nous glisse qu’elle fait partie de « l’équipe au sol », tout en essayant de ne pas se faire repérer par les CRS. Plus que quelques minutes avant que les militantes ne craquent des fumigènes et ne se fassent repousser loin du tapis rouge dans un nuage de lacrymogènes.
      À 19 heures pile, le collectif La Barbe envoie une vidéo à un millier de personnalités du cinéma dont elles ont récupéré le numéro de portable, espérant les atteindre jusqu’à l’intérieur de la salle Pleyel, où il leur était impossible de se glisser. Le contraste entre le « on » et le « off » de la cérémonie devient saisissant. D’un côté de la rue des manifestantes touchées par le gaz toussent encore. Deux d’entre elles, acculées dos au mur par des policiers casqués, continuent à donner de la voix. Juste en face, les invités des César font la queue en silence, sous l’œil des clients des terrasses alentour.

      À l’intérieur de la salle Pleyel, c’est une tout autre ambiance. Dans les travées du cocktail qui précède la cérémonie, Polanski ne semble pas à l’ordre des discussions. Coupe de champagne à la main, on prend des selfies, on parle cinéma et on se demande des nouvelles.

      À l’extérieur, deux manifestations, l’une côté Ternes et l’autre côté Hoche, encerclent désormais la cérémonie. Un petit groupe, portant une banderole « César de la honte », est vite raccompagné hors du périmètre. De la musique douce émane du tapis rouge, effleuré de loin par les slogans : « Polanski violeur, cinéma coupable », « Le kérosène, c’est pas pour les avions, c’est pour brûler, violeurs et assassins », « Nous sommes fortes, nous sommes fières, et féministes et radicales et en colère ».

      Charlotte, 21 ans, étudiante en cinéma à Paris III, manifeste pour « la première fois depuis longtemps ». Les débats qui ont entouré la sortie de J’accuse lui ont donné envie de s’y remettre. « Le cinéma est un microcosme qui permet de voir le macrocosme. Les mêmes mécanismes que dans l’entreprise s’appliquent, mais en plus visible. »

      Quand la cérémonie commence, à 21 heures, il ne reste plus que quelques dizaines de manifestantes sur l’avenue de Wagram, repoussées d’un endroit à un autre et finalement encerclées par les camions de police. Privées de sortie pendant un quart d’heure, elles peuvent ensuite se disperser. Certaines rejoignent un peu plus tard les abords du Fouquet’s, où se retrouvent les vainqueurs.

      Cette nuit des César a révélé combien une partie du monde du cinéma évoluait hermétiquement, séparé du reste de la société et des débats qui la traversent. « D’un point de vue politique et médiatique, la France a complètement raté le coche » sur #MeToo, expliquait Adèle Haenel quelques jours plus tôt dans son entretien au New York Times. Elle ne se doutait sans doute pas à quel point.

      https://www.mediapart.fr/journal/france/290220/cinema-francais-la-nuit-du-deshonneur?onglet=full

      @tintin mais sans beaucoup d’images et liens...

    • Le vrai “J’accuse” c’est ce texte de Despentes, pas le film de Polanski.

      Tout est dit.

      https://www.liberation.fr/debats/2020/03/01/cesars-desormais-on-se-leve-et-on-se-barre_1780212

      Que ça soit à l’Assemblée nationale ou dans la culture, vous, les puissants, vous exigez le respect entier et constant. Ça vaut pour le viol, les exactions de votre police, les césars, votre réforme des retraites. En prime, il vous faut le silence de victimes.

    • Dommage pour le titre et le commentaire de Valeurs Actuelles, mais voici le discours d’Aïssa Maïga à la cérémonie des César 2020 :
      https://www.youtube.com/watch?v=YSt70CgXGUM

      On a survécu au whitewashing, au blackface, aux tonnes de rôles de dealers, de femmes de ménages à l’accent bwana, on a survécu aux rôles de terroristes, à tous les rôles de filles hypersexualisées... Et en fait, on voudrait vous dire, on ne va pas laisser le cinéma français tranquille.

      #Aissa_Maiga #Césars

  • J’accuse - ♀ le genre & l’écran ♂
    https://www.genre-ecran.net/?J-accuse

    J’accuse, 12 nominations aux Césars, un record ! Le dernier film de Polanski est-il esthétiquement éblouissant ? S’agit-il d’un regard d’une complexité inédite sur l’affaire Dreyfus ? Le scénario témoigne-t-il d’une habileté particulière ? Est-ce qu’il nous touche par la peinture subtile des relations humaines ? Assiste-t-on à des performances d’acteur/trice hors du commun ? Si je suis obligée de répondre négativement à toutes ces questions, qu’est-ce qu’il reste pour expliquer cette unanimité de la profession ? Serait-ce la manifestation du soutien indéfectible à un cinéaste dont le prestige arrive de moins en moins bien à camoufler des comportements qui tombent sous le coup de la loi ? Serait-ce une façon de rappeler que, malgré #MeToo, les (grands) artistes en France sont au-dessus des lois ?

    • Au-delà de l’académisme de ce film historique, qui nous fait nous interroger sur les véritables raisons du soutien qu’il a reçu de la part de la critique cinéphilique, d’habitude si soucieuse de la forme et de l’originalité esthétique, le personnage qu’incarne Dujardin renvoie à un type de masculinité qu’on peut qualifier d’hégémonique, pour reprendre le concept élaboré par la sociologue australienne R.W. Connell [2]. En effet, il a tous les attributs qui permettent de légitimer le patriarcat. Droit dans ses bottes, vêtu d’uniformes impeccables, la moustache conquérante, il n’a jamais besoin de personne pour mener sa barque, rien ni personne ne peut l’impressionner, et même sa maitresse est une présence contingente. Jamais la moindre manifestation de vulnérabilité, pas la moindre faille : il traverse la tempête qu’il a déclenchée sans jamais plier, même en prison. Il prend ses décisions seul, uniquement mu par la recherche de la vérité (et de l’efficacité : c’est un militaire moderne). Un homme, un vrai ! Inutile de préciser que la mise en scène ne prend jamais la moindre distance avec ce parangon de masculinité héroïque et solitaire.

      Quel est l’intérêt, plus d’un siècle après l’Affaire, et après les dizaines d’ouvrages historiques écrits sur ses aspects les plus complexes, de faire un film parfaitement linéaire, totalement focalisé sur un seul protagoniste transformé en héros, aussi monolithique, aussi univoque, aussi hagiographique, et aussi académique, esthétiquement parlant ? Je ne vois qu’une véritable raison : faire oublier la face obscure de son réalisateur, et suggérer son identification avec un autre « persécuté », une autre victime illustre d’une « erreur judiciaire », alors même que les innombrables appuis complaisants qui lui permettent de continuer à faire des films depuis des décennies, peinent de plus en plus à entretenir sa légende. Mais au-delà de cette raison de circonstances, ce qui transparaît dans ce film, c’est une adhésion aux « valeurs » masculines les plus désuètes, les plus réactionnaires, les plus sexistes…

      #Geneviève_Sellier

      J’en profite pour poster ça :

      (4) Pour en finir avec la domination masculine dans le cinéma - Libération
      https://www.liberation.fr/debats/2019/12/06/pour-en-finir-avec-la-domination-masculine-dans-le-cinema_1767218

      Si les coups d’éclats des censeurs reçoivent l’attention médiatique, la fin de la domination masculine dans le cinéma passera par un travail de fond pour changer les regards et les représentations.

      Et au milieu des preuves de #proféminisme, l’auteur en profite pour une belle #mecsplication de ce que les féministes devraient penser de Polanski !
      (Je connais le mec depuis quinze ans, mes amies depuis trente ans, nous avons découvert son proféminisme à cette occasion !)

  • Affaire Polanski : « Je n’aurais jamais dû parler », regrette l’actrice Charlotte Lewis
    https://www.nouvelobs.com/societe/20191212.OBS22262/affaire-polanski-je-n-aurais-jamais-du-parler-regrette-l-actrice-charlott

    Lors de notre rencontre avec elle, Charlotte Lewis revient sur cette nuit de 1983 pendant laquelle elle dîne avec le réalisateur à Paris. La soirée se poursuit jusqu’à l’appartement de Roman Polanski, où la jeune femme finit par se retrouvrer seule avec lui. Ce dernier lui fait alors subir un viol, raconte-t-elle.

    En 2010, quand Charlotte Lewis formule ses accusations lors d’une conférence de presse, les soutiens de Roman Polanski montent au créneau. Un article du tabloïd britannique « News of the world » est exhumé, dans lequel on peut lire notamment que Charlotte Lewis se prostituait lorsqu’elle était adolescente. Ce que l’actrice dément formellement. Mais face à l’unanimité médiatique en faveur de Polanski, elle se sent impuissante. Aujourd’hui, elle estime que témoigner a « détruit » sa vie. « C’est l’un de mes plus grands regrets. »

    #culture_du_viol #Polanski #viol #victimes

  • #Polanski : l’homme, l’artiste et la critique

    Vendredi dernier, une nouvelle accusation de #viol contre Roman Polanski a mis un terme prématuré à la promotion de son nouveau long métrage, exercice délicat en pareilles circonstances. Jean Dujardin et Emmanuelle Seigner ont notamment annulé leur venue au JT de TF1 et à l’émission Boomerang sur France Inter. Les révélations de Valentine Monnier ne sont pas seulement embarrassantes pour le cinéaste et les comédiens de J’accuse. Deux semaines après le témoignage d’Adèle Haenel, elles acculent aussi la presse culturelle à une nécessaire remise question.

    Dans la tourmente, la critique s’accroche encore à son mantra : il faut distinguer l’homme et l’artiste. Dans les médias, la séparation s’opère par rubriques – les affaires à l’info, le cinéma à la culturelle. « Il y a l’homme et il y a le film, et la rédaction de France Inter fait son boulot par rapport aux accusations portées contre l’homme », tranchait sa directrice Laurence Bloch. Parti pris pour le moins surprenant, quand la politique des auteurs chère à la critique promeut les analyses biographiques. Chaque article souligne ainsi que ce film sur l’affaire Dreyfus est l’œuvre d’un cinéaste juif dénonçant l’antisémitisme, mais la plupart ignorent ou réfutent le parallèle évident avec la situation judiciaire et médiatique de Polanski – alors que lui-même encourage à mots couverts une telle lecture (lire notre exergue).

    Une critique schizophrène continue ainsi à célébrer aveuglément le cinéaste, toujours poursuivi par la justice étasunienne pour le viol de Samantha Geimer en 1977 et accusé de faits similaires par une dizaine de femmes depuis 2010. Une position devenue indéfendable après les enseignements de MeToo et l’électrochoc Haenel. Taire la « part d’ombre » de Polanski, ou refuser de la voir dans ses films, participe à la culture du viol, qui nie la parole des victimes et accorde l’« immunité artistique » aux créateurs de génie. Il faut en prendre conscience – ou l’assumer.

    Auteure d’un article dithyrambique sur Jean-Claude Brisseau1 en mai dernier, Camille Nevers semble l’avoir compris aujourd’hui : « Les planètes se sont alignées on ne sait par quelle belle aberration, des forces et des coïncidences se sont liguées pour nous empêcher, nous critiques aux mains blanches, de traiter sereinement la sortie de J’accuse en salles – son évaluation en tant que plus ou moins bon film dont le commentaire devrait se contenter. On peut toujours faire comme si, mais il faut beaucoup se contorsionner maintenant, ou y mettre beaucoup de dédain obstiné, pour feindre qu’il ne se passe rien à côté – et dedans. »

    https://lecourrier.ch/2019/11/14/polanski-lhomme-lartiste-et-la-critique

  • Nous accusons | Le Club de Mediapart
    https://blogs.mediapart.fr/coralie-miller/blog/111119/nous-accusons

    Surtout ? « Des histoires aberrantes de femmes que je n’ai jamais vues de ma vie et qui m’accusent de choses qui se seraient déroulées il y a plus d’un demi-siècle. » Le réalisateur serait la cible “d’accusations mensongères, procédures juridiques pourries” et “des réseaux sociaux qui condamnent et exécutent”. Voilà ce que l’on peut lire dans le dossier de presse de son film. Voilà la réalité de la charge ! Les persécuteurs sont en fait des persécutrices. Roman #Polanski se pose comme la victime innocente « de l’hystérie collective » que serait #Metoo, pour reprendre une de ses interviews. Oui, Roman Polanski est Alfred Dreyfus parce que depuis 40 ans des femmes l’accusent de #viol. Insupportable !

    #pédocriminalité #femmes #filles #impunité

  • Au fil des ans, cinq adolescentes ont accusé Roman Polanski de violences sexuelles - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/international/091119/au-fil-des-ans-cinq-adolescentes-ont-accuse-roman-polanski-de-violences-se

    L’affaire Roman Polanski rebondit à nouveau. Le Parisien a révélé, vendredi 8 novembre, un nouveau témoignage d’une femme accusant le réalisateur de viol : il s’agit de la photographe française Valentine Monnier, qui était âgée de 18 ans au moment des faits qu’elle dénonce, en 1975. Le cinéaste « conteste fermement toute accusation de viol ».

    Valentine Monnier explique que c’est en découvrant, en juillet, que le réalisateur préparait un film sur l’affaire Dreyfus, qu’elle a décidé de rompre le silence, qu’elle avait maintenu pendant 44 ans. Et c’est le témoignage de l’actrice Adèle Haenel, le 3 novembre, qui lui a donné « les dernières forces nécessaires », dit-elle, pour parler à visage découvert – sous son vrai nom et avec sa photo.

    Roman Polanski, le 2 octobre 2017, au festival du film de Zurich. © Reuters Roman Polanski, le 2 octobre 2017, au festival du film de Zurich. © Reuters

    Vendredi soir, Adèle Haenel – qui avait demandé, le 17 octobre, d’encadrer la projection du film de Polanski d’un débat au festival de la Roche-sur-Yon – a apporté publiquement, dans Le Monde, son soutien à la photographe. « Je soutiens entièrement la démarche de Valentine Monnier et je sors bouleversée de la lecture de son témoignage, explique la comédienne samedi matin, dans une déclaration écrite à Mediapart et au Parisien. Je la crois. Sa démarche suscite d’autant plus d’admiration que son agresseur est puissant. Depuis lundi soir, j’entends parler avec émotion d’une nouvelle prise de conscience. Cette prise conscience nous engage aujourd’hui à accueillir la parole de Valentine Monnier, à la soutenir, à prendre soin de son histoire. »

    #polanski #viol #impunité

  • Valentine Monnier : « Pourquoi j’accuse Roman Polanski aujourd’hui »
    http://www.leparisien.fr/faits-divers/pourquoi-j-accuse-roman-polanski-aujourd-hui-08-11-2019-8189571.php

    Comment se peut-il qu’il ait pu disposer de fonds publics pour instrumentaliser l’Histoire et ainsi réécrire la sienne afin de couvrir son passé délictueux ? En soutenant Polanski, le Service public ne participe-t-il pas à la déconsidération des violences sexuelles ? Comment une certaine France a-t-elle pu le porter jusqu’à la dégradation des acquis de l’Affaire Dreyfus qui incarne à travers l’Histoire les valeurs de justice et de vérité ?

    #viols #polanski #culture_du_viol

  • La Cinémathèque pose une chape de plomb sur la question des violences sexuelles
    https://www.mediapart.fr/journal/france/030218/la-cinematheque-pose-une-chape-de-plomb-sur-la-question-des-violences-sexu

    Frédéric Bonnaud, directeur général de la #Cinémathèque_Française, sur le plateau de Mediapart le 8 novembre 2017. © Mediapart Fin janvier, lors d’un débat avec un réalisateur lituanien, une spectatrice a été privée de parole après l’avoir interrogé sur des accusations d’agressions sexuelles. Plus généralement, l’institution, qui a toujours été dirigée par un homme, refuse toute confusion entre un homme et son œuvre et se fait au contraire le porte-drapeau de ceux pour qui la libération de la parole sur les violences sexuelles est surtout un danger.

    #France #Jean-Claude_Brisseau #Polanski #risques_psychosociaux #sexisme

  • Bertolucci, Bonnaud et les demi-folles - Libération
    http://www.liberation.fr/debats/2017/11/12/bertolucci-bonnaud-et-les-demi-folles_1609595

    Invité sur le plateau de « Mediapart », le directeur de la Cinémathèque était interrogé sur la rétrospective #Polanski et l’ajournement de celle sur #Brisseau.

    Le cinéma est-il hors de la société ? Vaste question. C’est le thème du débat de la semaine de Mediapart. Pas vraiment un débat, d’ailleurs : le directeur de la Cinémathèque française, Frédéric Bonnaud, y est invité seul. Bonnaud est un ancien journaliste. Il a dirigé les Inrocks. Quatre ans durant, il a animé cette même émission de Mediapart, dont il est aujourd’hui l’invité-accusé : pourquoi a-t-il maintenu la rétrospective hommage à Roman Polanski, en présence du réalisateur, malgré l’affaire Weinstein ? Sur le plateau, deux hommes, Bonnaud et François Bonnet, directeur de la rédaction de Mediapart, et une femme, Lenaïg Bredoux, journaliste à Mediapart.

    Dans nombre de rédactions, l’affaire Weinstein, comme l’affaire Polanski avant elle, a creusé un fossé entre les journalistes culture et leurs confrères et consœurs chargés des violences faites aux femmes. Comment sauver l’œuvre, si son créateur est un agresseur ou un violeur ? Comment traiter le délinquant sexuel dont on admire l’œuvre ?

    Pourquoi avoir maintenu l’invitation de Polanski ? demande-t-on à Bonnaud. Parce que Polanski. Parce que grand cinéaste. Parce que, depuis que Polanski vit en France, il n’a jamais récidivé. D’ailleurs, si Bonnaud convient sans difficulté que Weinstein est un porc, il avertit néanmoins : « Cette libération de la parole, est-ce qu’elle ne s’accompagne pas d’un flash totalitaire et d’un retour à l’ordre moral, sous la direction de ligues de vertu ? »

    Ce que l’on entend à ce moment, c’est une certitude en perdition. Homme de gauche, combattant pour la liberté d’expression et contre les « ligues de vertu », travaillant avec le monument Costa-Gavras (président de la Cinémathèque), autant dire sous l’ombre gigantesque d’Yves Montand, Frédéric Bonnaud a toujours été « du bon côté ». Et soudain, dans le sidérant miroir que lui tend l’époque, il se découvre du côté des oppresseurs.

    Bref, circulez ligues de vertu, on n’a rien à discuter. Et alors, très doucement, se fait entendre la voix de Lenaïg Bredoux. « S’il n’y a aucun débat, pourquoi avez-vous suspendu la rétrospective Brisseau à la Cinémathèque ? » Car une seconde rétrospective était prévue en janvier, autour du cinéaste Jean-Claude Brisseau, condamné en 2005 et 2006 pour harcèlement et agression sexuelles sur ses actrices. Et l’on vient d’apprendre qu’elle était ajournée.

    Et d’un seul coup, c’est un autre Bonnaud. Le résistant capitule. « Tu sais pourquoi nous avons renoncé ? Mettre dix gardes du corps dans le hall, ça coûte 10 000 euros. Nous ne sommes pas de taille. Je dis à Osez le féminisme ! "vous avez gagné". Moi, je suis pas venu travailler à la Cinémathèque française pour entendre Marlène Schiappa me dire que j’avais la culture du viol. On ne me l’a pas encore dit, mais on va me le dire. Et c’est normal qu’on me le dise. »

    Et Bonnaud part en roue libre, sur le mode « plus rien à perdre ». On vient de restaurer 1900, ce très grand film. « Je pourrais inviter Bernardo Bertolucci, son auteur. Mais je ne vais pas l’inviter pour qu’il se fasse traiter de violeur par des demi-folles. » #Bertolucci, violeur ? Il y a du sous-texte. Bonnaud parle ici d’un autre film, le Dernier Tango à Paris, resté célèbre pour la scène de sodomisation (simulée) de Maria Schneider par Marlon Brando à l’aide d’une plaquette de beurre. De longues années plus tard, Bertolucci a avoué que cette scène, non prévue, avait été imaginée par Brando et lui le matin même du tournage, sans que Schneider en fût avertie. « Je voulais sa réaction d’humiliation en tant que femme, et pas en tant qu’actrice », a dit Bertolucci - aveu justement livré à la Cinémathèque de Paris. Bertolucci avait alors expliqué se sentir « coupable » mais ne pas regretter. A noter que ce débat, en 2013, n’avait pas provoqué de réactions particulières en France, jusqu’à ce que son enregistrement soit exhumé trois ans plus tard par la version américaine de Elle.

    Il faudrait prendre Bonnaud entre quatre-z-yeux et lui expliquer que ce qui arriva jadis à Maria Schneider s’appelle bien un viol. On ne parle pas de cinéma. On parle de deux hommes, #Brando et Bertolucci, qui montent un traquenard à une femme, Maria #Schneider, sous un prétexte artistique. Que cela n’empêche peut-être pas d’aimer le film, mais que le temps est venu d’appeler les choses par leur nom. Au risque de se faire traiter de demi-fou, ou de demi-folle.
    Daniel Schneidermann

    #viol #cinéma

  • Mobilisation féministe contre la venue de Roman Polanski à la Cinémathèque
    http://www.lemonde.fr/cinema/article/2017/10/30/roman-polanski-a-paris-un-rassemblement-feministe-devant-la-cinematheque_520

    Cinémathèque qui ont prévu de consacrer en janvier une rétrospective à Jean-Claude Brisseau. Le réalisateur controversé de Noce blanche – condamné en 2005 pour harcèlement sexuel sur deux actrices lors d’auditions pour Choses secrètes et l’année suivante, en appel, pour agression sexuelle sur une troisième actrice –, doit en effet sortir à cette date un nouveau film attendu. Son titre : Que le diable nous emporte.

    On devrait appeler ca la violothèque et plus la cinémathèque. Il apparait que le cinema est un media dont la fonction reel est de promouvoir et favorisé les viols. En Mars la violothèque francaise organise une grande rétrospective Weinstein.

    #viol #pedoviol #exception_francaise #cinéma #culture_du_viol #polanski #brisseau #violophilie

    • Il y a quelque chose de très malsain dans le fait de traiter les violences [faites aux femmes] par rapport aux qualités et aux défauts de l’agresseur et non pas par rapport à la dignité et à l’accès au droit des victimes

  • #Weinstein, #DSK, #Polanski, #Cantat: l’insupportable «oui mais»

    15 octobre 2017 — Et si l’affaire Harvey Weinstein était une nouvelle illustration de la détestable « théorie de la relativité », celle-là même qui consiste à trouver des circonstances atténuantes à l’auteur d’un délit ou, pis, dans le cas qui nous intéresse ici, d’un crime — si toutefois la justice le reconnaît coupable ?

    https://www.lacite.info/editorial/weinstein-dsk-polanski-cantat
    #violences_sexuelles #viols

    Editorial de @lacite

  • Un témoignage sur le "romantisme" de Polanski
    http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=149

    Cité dans "Beauté fatale", cet extrait de "Top model. Les secrets d’un sale business", enquête-fleuve du journaliste américain Michael Gross, paru en 1995. À la fin des années 1970, l’Américaine Tara Shannon, alors jeune mannequin, se promène à Paris avec une amie. Elles voient tout à coup Jack Nicholson sortir de l’hôtel George V. Elles l’abordent au culot, et l’acteur leur propose de l’accompagner à une fête.

    Jack sonne et devinez qui ouvre la porte ? Roman Polanski ! C’était complètement dingue ! Nous sommes rentrés dans une pièce remplie de petites blondes d’une quinzaine d’années. Du coup, Lisa et moi, on se trouvait vieilles et on s’est regardées en se disant intérieurement : “Foutons le camp d’ici !” Quelqu’un a fait passer un joint, Lisa n’y a pas touché, mais j’en ai pris quelques taffes. Tout à coup, je commence à me sentir malade, à tel point que je suis obligée de m’allonger. Il m’a fallu quelques minutes pour reprendre mes esprits. Mais plusieurs des filles étaient inconscientes… ça craignait ! On s’est barrées.

    (En 1977, le viol de Samantha Gailey s’était déroulé dans la villa de Nicholson à Los Angeles, en l’absence de l’acteur)

    La pilule a « masculinisé » la femme, juge Polanski
    http://www.leparisien.fr/laparisienne/societe/la-pilule-a-masculinise-la-femme-juge-polanski-25-05-2013-2834567.php

    A Cannes, le célèbre réalisateur franco-polonais a estimé que la pilule a « masculinisé » les femmes et que l’égalité des sexes « chasse le romantisme de nos vies ».

    #Polanski #viol #sexisme #mannequinat #cinéma

    • Ah oui ! Polanski !
      Faut pas l’oublier lui, surtout pas.
      A propos, y a pas quelque chose de nouveau sur DSK ? Un témoignage ? Quelque chose ?
      Faudrait quand même pas s’endormir.

    • Y’a pas ! là vous m’en bouchez un coin, il suffit de demander et on est servi, même le dimanche ! Ce doit être ça la veille sur le net .Chapeau les copains !...
      Votre source commune signale même qu’il a « volé la vedette à Alain Delon ». Je pouvais pas espérer plus. ( à part dans Plein Soleil de R. Clément ; Alain n’existe pas.)

    • C’est plus un festival de cinéma mais de proxénètes. Un défilé de vieux machins tous flanquer d’une paire d’actrices « jeunes et jolies » ou si l’actrice est adultes elle se doit d’etre à demi- nus comme la domina du pédo-violeur.

      http://angrywomenymous.blogspot.fr/2013/05/les-six-trouducs-de-la-croisette.html

      Même Kechiche que j’aime bien d’habitude me file des boutons.
      http://www.lemonde.fr/festival-de-cannes/article/2013/05/24/des-techniciens-racontent-le-tournage-de-la-vie-d-adele_3417150_766360.html
      Son pseudo amour des actrices (inexpérimenté et malléable comme par hasard) me fait penser à Yahima Torres à qui il a fait jouer un rôle très tres difficile et qui fut tant celebree pour ses talents d’actrice mais ne semble plus intéresser aucun réalisateur depuis, Kechiche comme les autres.
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Yahima_Torres

      Et sur l’unique réalisatrice-alibi de leur palmarès pas un mot, et pour leur sous-palmarès spécial féminin compatible, une petite brève à l’arraché qui semble prouver encore une fois que les réalisatrices ne font pas de films intéressants.
      http://www.lemonde.fr/festival-de-cannes/article/2013/05/25/un-certain-regard-revele-son-palmares_3417563_766360.html

      Je vais boycotter leurs films de proxos comme le conseil @bp413, mais pas en silence.

    • Ozon et Polanski ont rien eu ? Bouh...

      J’aimais pas trop Cannes jusqu’ici, et cette année grâce à seenthis j’ai compris pourquoi.
      J’aimais pas le décor, mais je me disais, peu importe la forme, l’important c’est le fond.
      Mais le fond, il est pourri, comme le décor.
      Cannes n’est pas qu’un symbole fortuit.
      Le luxe, le pognon et le machisme rongent le cinéma français.
      Et à entendre la radio ce matin, où l’on poussait un cocorico franchouillard à l’énoncé du palmarès, comme notre pathétique décompte de médailles aux jeux olympiques, je me dis que décidément, l’exception française, elle est assez minable...

    • J’ai parler un peu vite pour la seule réalisatrice du palmarès. Le monde lui a consacré une bafouille passionnant dans le genre de celles qu’on réserve aux femmes :

      Elle sait que l’on commencera l’article comme ça, par son retard, ses cheveux blonds en bataille, un jean enfilé à la hâte, des boots fourrés parce qu’il fait encore si froid en ce 1er Mai, par la nuisette à l’imprimé panthère qui dépasse de son pull en laine bleue. Elle le dit : "Ce sera la première phrase de votre article : « Elle est arrivée en retard »." Et cela semble l’embêter un peu, comme une enfant qui veut bien faire. "

      http://www.lemonde.fr/festival-de-cannes/article/2013/05/17/valeria-bruni-tedeschi-je-suis-plus-optimiste-dans-mes-films-que-dans-la-vie

    • Ce qui a de génial de ce combat c’est qu’on a toujours quelqu’un à qui foutre sur la gueule.
      Il y en a un d’ailleurs qui a intérêt à faire gaffe, c’est Kechiche.
      Chiche qu’ on te tient à l’oeil ! C’est ton tour, toi et ton désir de jolies femmes.
      Kechiche, tu files des boutons et t’es percé à jour : car « le fond est pourri, comme le décor » évalue Petite fumée qui doit aussi s’y connaître dans l’histoire de l’art, lequel a toujours fréquenté les banquiers, depuis perpète, mais ça fait rien, l’art on s’en torche ou alors il faut qu’il soit correct.
      Hein ?
      Pas la peine de chercher midi à quatorze heures : ça fait même du bien de trancher : on se sent propre.

    • @paulo : pas besoin de me sentir propre personnellement, mais oui, y a des choses qui m’exaspèrent, et là c’est le cas. Désolé si ça vous contrarie.
      Effectivement, pour moi un art correct, c’est l’art non pas qui use de l’artifice, mais qui creuse pour voir ce qu’il y a dessous.
      A vous lire, vous me direz si je me trompe, je ressens la nostalgie des femmes séduisantes, élégantes, en tailleur qui doivent plaire aux hommes lesquels leur rendent en se montrant galants. Chacun ses clichés donc, et du coup ça me donne envie de revoir ce film.
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Comme_une_image
      Film qui a bien entendu ses limites et ses clichés, mais au moins il va creuser là où l’humain a du mal à creuser, nos filtres et nos schémas de jugements, ce qui est trop rare à mon sens dans le cinéma...

    • L’art « correct » ? Petit écran de fumée,
      (lorsque j’employais cet adjectif, c’était par provocation...)
      J’imagine que vous avez pensé sans vous relire, sinon l’art et la correction , ça vous aurait
      sauté au nez.
      L’art correct ? mais ce n’est que de la merde ( de l’art sulpicien, à l’art nazi, de l’art stalinien aux exercices académiques et jusqu’aux derniers petits rejetons , avortons encore incertains tels que l’art auto-fictionnel, etc.)
      Bref, excusez la sortie, c’est dû à l’évidence et je suis renversé à l’idée que vous ayez repris le terme au premier degré.)
      Je ne parle pas de (mon) goût, non l’art est libre ou il n’est pas, l’art transgresse. L’art use librement de tout et aussi d’artifices ( même si ça vous chagrine) et il n’y a pas un artiste qui défendrait une seconde la sincérité, par exemple, car et c’est là un secret l’honnêteté en art c’est seulement vis-à-vis de soi-même artiste, pas des spectateurs .

      L’art n’est pas une « juste opinion » sur ceci ou cela, ni même une opinion profonde.
      Pour ces raisons il y a peu d’artistes alors qu’il y a tant de juges.
      Libre à vous de juger, par exemple votre répulsion envers les « tailleurs » ou de sourire des modes de politesse, convenances anciennes, etc. Car ceci ce n’est pas affaire d’art mais de goûts et d’héritages.
      (Quant aux femmes -et aux hommes- que j’aime, je ne peux que leur en parler personnellement, c’est précieux. Ce n’est pas une opinion. )

    • Je ne trouve ni artistique ni romantique de coucher avec des fillettes et de s’en vanter.

      If I had killed somebody, it wouldn’t have had so much appeal to the press, you see? But… f—ing, you see, and the young girls. Judges want to f— young girls. Juries want to f— young girls. Everyone wants to f— young girls!

      Polanski 1979

      #Polanski_mon_poing_dans_ta_gueule

    • @Paulo, tu as conscience qu’on est là en plein dans ce que tu nomme « l’art correct » de la société de marché ? Par ailleurs , « il n’y a pas un artiste qui défendrait une seconde la sincérité, par exemple, car et c’est là un secret l’honnêteté en art c’est seulement vis-à-vis de soi-même artiste, pas des spectateurs. », c’est inepte : la sincérité a un sens plein et entier dans le cinéma, c’est probablement un des arts ou la notion peut en avoir le plus. Mais je ne vois pas trop en quoi ça s’oppose à la question des artifices…

    • Inept ?
      Sincérité , Le cinéma serait « un des arts où la notion peut en avoir le plus »
      Est-ce que tu n’as jamais accordé une seconde d’attention au montage, coeur d’un film ?
      De nouveau je suis renversé par tant de candeur : sincérité dans l’art !
      Il faut être quelqu’un de très jeune pour fourrer de la sincérité dans la démarche et le résultat qu’’un artiste propose.
      (Le cinéaste comme tout artiste cherche une oeuvre. La sincérité d’ailleurs peut être un outil utile pas un but. )
      Je dis ça sans animosité.
      Petit écran de fumée et Baroug, l’art vous est inconnu.

    • En quoi le montage contredit l’idée de sincérité ? Je ne vois pas bien comment tu oppose la sincérité, qui est une attitude générale vis à vis d’une œuvre et tous les artifices de la technique qui ne contredisent en rien cette attitude…
      Mais vu ta grande sagesse, tu as apparemment bien des choses à nous apprendre, et @petit_ecran_de_fumee et moi en mourrons d’envie.

    • @Paulo : j’aime beaucoup quand un inconnu me parle de moi pour me dire ce qui m’est inconnu alors qu’on ne se connait pas. Vous même, vous vous considérez artiste ou bien juge ?

      Bref on peut continuer à jouer avec les mots à l’infini, libre à vous de penser qu’un Ozon transgresse en filmant les fantasmes d’une jolie jeune fille en fleur et en parlant de prostitution. Personnellement ce genre de transgression me laisse de marbre.
      Je veux bien accepter votre verdict sur mes capacités intellectuelles. Je n’ai sans doute pas le potentiel pour vibrer aux transgressions du cinéma contemporain, contrairement à lui, je me suis arrêté à Lolita et aux Valseuses. On verra si la sensibilité évolue avec l’âge..

    • Petit écran de fumée, je me doutais que ça allait mal tourner, et par ma faute. Comment écouter de sang froid des gens parler de moralité quand il s’agit d’oeuvres d’art ?
      Ils tendent les verges pour recevoir une correction. Ce qui n’était pas mon but avec vous, j’apprécie vos messages.
      Mais quand copain Baroug rapplique avec la sincérité en bandoulière comme s’il jugeait de ses ennemis politiques ou de je ne sais quelle escroquerie financière, j’ai du mal.
      Je place le travail rigoureux des artistes assez haut pour être impatienté quand un gus se pointe et tranche avec moralité et militantisme.
      Il ne veut l’admettre. Sûrement ne changera-t-il pas.
      Bon, finis,
      avec l’expression de mon amitié (anonyme ou presque)

    • Quel rapport entre la sincérité et la morale ? Quel lien avec des ennemis politiques ? Quel rapport, même, entre sincérité et choix politiques ou l’escroquerie financière ? Depuis le début de cette l’histoire de sincérité, je ne vois pas ce que tu veux dire, vraiment.

      Par ailleurs, tu peux postuler un art détaché des questions politiques ; mais ce serait supposer qu’il serait détaché des ors et des récompenses dans le même temps : il me semble que rien dont il n’est question dans ce post ne correspond à cela.
      Par un autre ailleurs, on peut tout à fait, et c’est mon cas, et je crois, de plusieurs ici, considérer qu’Ozon, ou Polanski sont de bon réalisateurs, d’intéressants techniciens et formalistes, mais que leurs films et le sens de ceux-ci posent un certain nombre de problèmes. Les deux ne sont pas incompatibles.