• Aus dem Häuschen
    https://www.nd-aktuell.de/artikel/1201665.leipzig-dohne-aus-dem-haeuschen.html

    Schon lange ein Dorn im Auge grüner Kulturkämpfer: Die Drohne von Leipzig ist für sie Anlass, mal wieder die Schließung des Russischen Hauses in Berlin zu fordern. Foto: IMAGO/Schöning

    Après un événement qui a tout d’une provocation false flag ukrainienne les vois russophobes atteignent un volume inconnu. On assiste à une nouvelle tentative de fermer l’institut culturel maison russe à Berlin. L’amitié entre les peuples est la première victime des fanatiques belliqueux.

    7.8.2026 vin Daniel Säwert - Nach dem Drohnenfund von Leipzig überbieten sich Politiker mit Strafforderungen. Dabei ist nicht mal der Täter bekannt.

    Die Drohne von Leipzig hält die Republik weiter auf Trab. Obwohl noch immer nicht geklärt ist, wer hinter dem Fluggerät mitsamt Sprengstoff steht, überbieten sich Medien und Politik mit Spekulationen und Forderungen nach möglichst harten Reaktionen. Zurückhaltung scheint keine Option mehr zu sein.

    Erst spät, eigentlich zu spät, besannen sich viele Medien auf den Grundsatz, niemanden fälschlicherweise zu beschuldigen. Das pflichtbewusste »mutmaßlich« bezüglich der Täterschaft, wie es in beinahe jedem Text zum Anschlag auf den CSD in Berlin zu finden war, ließ lange auf sich warten. Viele werden es gar nicht gelesen haben. Ist aber auch egal, es passte einfach zu gut.

    Sicher, die Umstände sprechen dafür, dass einer der russischen Geheimdienste (vulgo auch »Putins Geheimdienst«) verantwortlich sein könnte. Nur: Solange nichts bewiesen ist, gilt die Unschuldsvermutung. Sogar für Russland.

    Doch abseits der Bundesregierung, die sich einigermaßen bemüht, den Ball noch flach zu halten, schert sich die Politik nicht um dieses juristische Prinzip. Dass CDU-Rechtsaußen Roderich Kiesewetter gleich die Nato konsultieren will, klingt dabei schon fast wie ein Sprung in der Schallplatte. Schließlich möchte er bei jeder Gelegenheit losschlagen.

    Angefeuert durch eine fragwürdige Berichterstattung des WDR haben vor allem die Grünen jegliche Scham abgelegt und endlich den casus destructio für eines ihrer Lieblingsprojekte gefunden. Das Russische Haus in Berlin, schon lange ein tiefer Dorn im Auge grüner Kulturkrieger, muss weg, so die Forderung. Die Drohne soll nun schaffen, was jahrelange Agitation und Überlegungen, wie man denn den Russen aus dem Bau in der Friedrichstraße herausbekommt, nicht vermochten. Dass damit bilaterale Verträge gebrochen und die Zukunft der Goethe-Institute in Russland aufs Spiel gesetzt werden, spielt keine Rolle. Ebenso wenig wie das Abwarten auf Untersuchungsergebnisse. Jetzt oder nie. Wer braucht da noch Recht und Gesetz.

    #Berlin #Mitte #Friedrichstraße #Allemagne #Russie #politique_culturelle #russophobie

  • Les racines du #Trumpisme s’étendent dans toute l’histoire des États-Unis
    https://lvsl.fr/les-racines-du-trumpisme-setendent-dans-toute-lhistoire-des-etats-unis

    Trump est à la fois une rupture et une continuité. Sur le plan intérieur, il veut revenir sur les acquis de la révolution des droits civiques et restaurer le pouvoir sans entraves des entreprises. À l’étranger, il utilise la même logique impériale que celle qui a dominé tous les gouvernements avant lui. Par #brian_becker, cofondateur du Parti pour le socialisme et la libération. En partenariat avec Lava Media.

    #International #politique_étrangère_USA #Trump

  • La canicule est une violence politique (via @mona)
    https://reporterre.net/La-canicule-est-une-violence-politique

    Il nous faut insister sur cette réalité simple et brutale : les décideurs politiques ont les données scientifiques sous les yeux, ils savent que leurs renoncements engendreront plus de drames et de morts. Notre trajectoire climatique nous mène, en France, vers dix fois plus de jours de vagues de chaleur par an et les 50 °C dépassés dans une ville comme Paris, peut-être dès 2050 !

    Les décideurs politiques ont les données scientifiques sous les yeux

    Mais il est jugé plus raisonnable d’accepter ces catastrophes et de sauvegarder un système économique moribond, dont ne profite plus grand monde au-delà de la classe dominante. Au lieu de faire de la préservation d’un climat habitable un impératif catégorique, et d’adapter nos règles socio-économiques en conséquence, on fait l’inverse. L’accumulation capitaliste est non négociable, et advienne que pourra pour le climat.

    Là est la véritable violence.

  • Depuis sa prison, le bandit corse déclarait des troupeaux fictifs

    Affilié au grand #banditisme, #Dominique_Costa, 71 ans, a été condamné, mercredi 17 juin, pour #escroquerie aux #aides_agricoles_européennes par le #tribunal correctionnel de Paris.

    La manne européenne a du bon. Chaque année, depuis sa cellule de prison, Dominique Costa, dit « Mimi », adressait soigneusement sa déclaration à la chambre d’agriculture de Haute-Corse. En tant qu’éleveur de bovins, il demandait à bénéficier de plusieurs types d’#aides liées à la #politique_agricole_commune (#PAC), qui sont assez généreusement répandues en Corse : à savoir des « aides découplées de la production », une « aide pour les vaches allaitantes », et enfin une « subvention compensatoire pour handicap naturel ».

    L’éleveur consciencieux a perçu en retour quelque 120 000 euros d’aides entre 2017 et 2021, selon les calculs de l’Agence de services et de paiement (ASP), chargée de répartir les fonds européens. C’était l’essentiel de ses revenus. À cette période, #Mimi_Costa était détenu d’abord à Ajaccio, puis à Borgo et enfin à Marseille, dans des dossiers criminels.

    C’est une lettre anonyme adressée au parquet européen en 2022 qui a dévoilé le pot aux roses. En décembre, quand les gendarmes se sont rendus au village de #Moltifao, le fief du clan Costa, pour contrôler le cheptel de l’éleveur, ils n’ont trouvé qu’une vingtaine de bovins, dont certains qui divaguaient, au lieu des cinquante-six déclarés.

    Personne n’était sur place pour s’occuper des bêtes, et une carcasse sans tête d’un bovin pris dans une clôture n’avait pas été débarrassée. Aucun camion à bestiaux ni machine agricole appartenant à Dominique Costa n’a été retrouvé. L’enquête des gendarmes avait pointé par la suite un #taux_de_mortalité inquiétant de 85 % dans le #troupeau depuis 2015, alors que la moyenne nationale varie entre 1 % et 2 %, et reste sous les 15 % en Haute-Corse.

    Interrogé par les enquêteurs en 2023, Dominique Costa n’a pas été très loquace. Il a expliqué que sa compagne et son fils s’occupaient du troupeau pendant sa détention, qu’il ignorait les raisons du taux de mortalité très élevé, et ne savait d’ailleurs pas grand-chose de son activité d’éleveur. Il a contesté catégoriquement toute forme d’escroquerie à la PAC, assurant n’avoir fait que suivre les instructions de la chambre d’agriculture et du vétérinaire. Il déclarait pourtant une centaine de bêtes en 2015.

    Six condamnations au compteur

    Il faut dire que Mimi Costa, 71 ans, a un profil d’éleveur un peu particulier. Réputé proche de l’ancien gang de la « #Brise_de_mer », il a déjà été condamné à une demi-douzaine de reprises depuis 1997 dans des dossiers d’association de malfaiteurs, détention d’armes, dégradation du bien d’autrui par un moyen dangereux, blanchiment aggravé, abus de biens sociaux et extorsion (dans une affaire de machines à sous), notamment.

    Son dernier procès remontait à septembre 2025. Accusé d’un assassinat commis en 2019 en Haute-Corse et d’une tentative de meurtre en bande organisée, Mimi Costa s’en était tiré avec une simple #condamnation pour association de malfaiteurs, et une peine de dix ans de réclusion au lieu des vingt-cinq réclamés par l’avocat général. Selon l’accusation, il est impliqué dans une longue série de règlements de comptes au sein du milieu corse, depuis l’assassinat de son neveu, commis en 2010, puis celui de son frère, Maurice Costa, en 2012.

    La famille Costa a une certaine renommée en Haute-Corse. Membre éminent de la Brise de mer, feu Maurice Costa avait eu son heure de gloire en 2001, en réussissant à s’évader de la prison de Borgo grâce à un faux ordre de libération envoyé par fax. L’autre frère, Jacques Costa, après avoir été conseiller général de Haute-Corse, est maire de Moltifao et président du parc naturel régional de Corse. En 2015, il a par ailleurs été condamné pour abus de biens sociaux commis dans son entreprise de travaux publics.

    Les 26 et 27 mai, Dominique Costa a de nouveau été jugé, pour l’affaire des #aides_agricoles cette fois, en visioconférence depuis sa cellule des Baumettes. Devant la 11e chambre correctionnelle de Paris, la représentante du Parquet européen a requis sa condamnation à une peine d’un an de prison, 50 000 euros d’amende, et une interdiction définitive d’exercer l’activité d’agriculteur. Dominique Costa a de nouveau protesté de sa bonne foi et de son innocence.

    Il a finalement été reconnu coupable d’escroquerie au préjudice d’un organisme public, et a été condamné mercredi 17 juin à une peine d’un an de prison, 10 000 euros d’amende, une interdiction définitive d’exercer l’activité d’agriculteur, et cinq ans d’inéligibilité. Il s’est en ouvre vu confisquer 63.000 euros, et devra rembourser 120.000 euros à l’ASP. Il a dix jours pour faire appel du jugement.

    Dans ses attendus, dont Mediapart a pris connaissance, le tribunal a estimé que les demandes d’aides de Dominique Costa étaient frauduleuses, car son activité agricole n’était pas effective, et qu’il « a fait usage de la fausse qualité d’agriculteur pour solliciter le paiement de #subventions agricoles ».

    Trois hauts fonctionnaires du ministère de l’agriculture devaient par ailleurs être jugés à Paris en avril pour détournements de fonds publics. Ils sont accusés d’avoir fait octroyer trop généreusement des aides européennes à des éleveurs porcins corses, en 2016, pour un préjudice estimé entre 370 000 euros et 1,2 million d’euros. Le procès a finalement été renvoyé à septembre 2027.

    https://www.mediapart.fr/journal/france/180626/depuis-sa-prison-le-bandit-corse-declarait-des-troupeaux-fictifs

    #justice #agriculture #élevage

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    voir aussi :
    Pascoli di carta
    https://seenthis.net/messages/1128629

  • La République en son sanctuaire
    https://laviedesidees.fr/La-Republique-en-son-sanctuaire

    Qui la #nation choisit-elle d’honorer, et selon quelles modalités ? Des révolutionnaires aux héros ordinaires, deux siècles de panthéonisations révèlent les usages politiques de la mémoire, les conflits idéologiques et les valeurs que les pouvoirs successifs ont entendu consacrer.

    #Histoire #politique_de_mémoire #cinquième_République #Troisième_République

  • La gauche et l’armée en France • De Mai 68 à nos jours
    https://www.obsarm.info/spip.php?article748

    J’ai eu un sentiment assez étrange lorsque j’ai refermé ce livre. Ce livre me concerne-t-il ? Question a priori stupide. Je me sens de gauche, sans cerner réellement de quelle gauche je me sens le plus proche. Débat long et difficile. Étant militant à l’Observatoire de l’armement, l’armée me concerne aussi, bien entendu. L’armée ? Pas si sûr, peut-être plutôt un monde sans armée. J’y reviendrai. Alors, pourquoi lire, puis écrire sur ce livre. Tout est dans le sous-titre : « De mai 68 à (…) #Fiches_de_lecture

    / #La_quatre, Service national / conscription, #Politique_de_défense, #Actions_contre_la_guerre

    #Service_national_/_conscription

  • Qui est vraiment Matthieu Pigasse ?
    https://frustrationmagazine.fr/pigasse

    A mesure que l’emprise de Vincent Bolloré sur les #Médias, l’édition et même les manuels scolaires est mise à jour par de nombreux militants et intellectuels, Matthieu Pigasse, banquier d’affaires et multimillionnaire, apparaît comme son antithèse, voire son antidote. Pour celles et ceux qui ne sont pas familiers du personnage, Pigasse est propriétaire d’une holding […]

    #Politique_politicienne

  • La chasse aux fonctionnaires, éternel cheval de bataille de la droite | Alternatives Economiques
    https://www.alternatives-economiques.fr/chasse-aux-fonctionnaires-eternel-cheval-de-bataille-de/00117335

    Les gouvernements français manient depuis longtemps la hache pour réduire le nombre de fonctionnaires. Par idéologie libérale ou pour résorber les déficits. Et sans prendre en compte les besoins des populations.

    #Foctionnaires #Politique_Jenga

  • Tribune : Ce que devient la #recherche quand elle doit se vendre

    Ce matin, en ouvrant ma boîte mail, j’ai revu une partie de ma vie défiler. Ce qui, à mon âge, commence à prendre un certain temps et nécessite parfois une chaise. Le message m’invitait à « déposer » un projet au Fonds de la Recherche en Haute École (FRHE). Le verbe est important. On ne propose pas un projet. On ne partage pas une idée. On ne confie pas une intuition fragile à la communauté scientifique. Non : on la « dépose ». Comme on dépose un colis, une plainte, un enfant à la garderie ou un animal malade chez le vétérinaire en espérant qu’il revienne vivant.

    J’ai donc relu le mail. Puis je l’ai relu encore, avec cette forme particulière d’attention que l’on réserve aux convocations administratives, aux résultats médicaux et aux messages commençant par « dans le cadre de la rationalisation de nos services ». Et là, une certitude m’est revenue : j’avais quitté la #recherche_académique il y a près de quinze ans non pas par accident, ni par paresse, ni parce que je préférais enfin dormir la nuit, mais par instinct de survie.

    Car être chercheur, au départ, c’est magnifique. C’est se tenir devant le monde avec la #stupéfaction d’un enfant qui démonte un réveil pour comprendre #pourquoi le temps fait du bruit. C’est poser des #questions là où tout le monde s’est habitué à répondre par des PowerPoint. C’est observer, douter, recommencer, se tromper, lire trop, boire trop de café, puis trouver parfois une petite chose vraie au milieu d’un grand tas de choses prétentieuses.

    La recherche, dans sa version primitive, presque sauvage, consiste à dire : « Je ne comprends pas, donc je vais chercher. » La recherche académique contemporaine consiste plus souvent à dire : « Je ne comprends pas encore, mais je peux déjà remplir la case 12B relative aux livrables transférables et aux indicateurs d’impact transversal. » C’est moins romantique, mais ça rentre mieux dans un tableur Excel.

    Et c’est là que le #pouvoir_politique intervient. Non pas pour dire aux chercheurs : « Allez, secouez-nous cette société, critiquez-nous, montrez-nous ce qui cloche, aidez-nous à inventer autre chose. » Ce serait dangereux. Des chercheurs qui cherchent vraiment finissent toujours par poser des questions désagréables. Pourquoi les pauvres sont-ils pauvres ? Pourquoi les riches sont-ils riches ? Pourquoi l’école reproduit-elle ce qu’elle prétend combattre ? Pourquoi l’innovation ressemble-t-elle si souvent à une machine à vendre des objets inutiles avec une application mobile ?

    Non. Le pouvoir politique préfère une recherche bien élevée. Une recherche coiffée, budgétée, évaluée, classée, managée. Une recherche qui dit « #impact_sociétal » avant même d’avoir eu le temps d’émettre une #pensée. Une recherche qui, comme un produit bien emballé, promet à l’avance qu’elle sera utile, rentable, transférable, valorisable, visible, durable, inclusive, innovante, interdisciplinaire et probablement biodégradable. Le tout pour une enveloppe qui permet de financer quelques projets et d’en laisser beaucoup d’autres sur le carreau.

    Lors de l’appel FRHE 2024, 37 projets éligibles ont été soumis et 9 ont été sélectionnés, soit environ un projet sur quatre. C’est un système qui demande à des équipes entières de consacrer des semaines, parfois des mois, à construire une cathédrale administrative dont les trois quarts finiront au cimetière des PDF. Il faut être banquier pour y voir une #politique_scientifique. Un terme plus approprié pourrait être « machine à trier les vocations » : quelques-unes ressortent financées, les autres apprennent à appeler leur découragement « résilience ».

    Le chercheur enthousiaste commence par lire le règlement. C’est son premier test. S’il survit, il découvre qu’il doit formuler une question de recherche, constituer un consortium, prévoir un calendrier, détailler les lots de travail, anticiper les résultats, décrire les risques, montrer l’impact, prouver la faisabilité, quantifier l’innovation, expliquer la dissémination, prévoir la valorisation, intégrer le genre, les objectifs de développement durable, la transition numérique, la transition écologique, la transition énergétique, la transition administrative et, si possible, la transition vers un état psychique compatible avec la poursuite de son existence.

    Ensuite vient l’#évaluation. Là aussi, tout est prévu pour rassurer. Votre projet ne sera pas abandonné à l’arbitraire d’une seule personne mal lunée ayant mal dormi dans un hôtel Ibis avant de lire votre résumé. Non. Il sera examiné par plusieurs experts, avec des critères pondérés. Pour le FRHE 2025-2026, les critères annoncés étaient par exemple la qualité scientifique, l’impact sociétal potentiel et la qualité de mise en œuvre, respectivement pondérés à 60 %, 30 % et 10 %. C’est beau, la pondération. Ça donne à l’injustice éventuelle une allure de recette de cake. Vous avez donc deux experts scientifiques. S’ils ne sont pas d’accord, on en ajoute un troisième, ce qui rappelle cette grande vérité démocratique : quand deux personnes ne suffisent pas à produire une décision discutable, il faut en trouver une troisième.

    Puis arrive le moment merveilleux de l’impact. L’impact, c’est l’avenir radieux de la recherche. Avant, on demandait à une recherche si elle était juste, rigoureuse, originale. Aujourd’hui, on lui demande si elle va avoir de l’impact, comme une campagne de publicité pour une lessive, une trottinette connectée ou une nouvelle gamme de yaourts au bifidus. Votre projet étudie les inégalités scolaires ? Très bien. Quel impact ? Votre projet analyse les violences institutionnelles ? Très bien. Quel impact ? Votre projet montre que l’obsession de l’impact détruit les conditions mêmes d’une pensée critique ? Très intéressant. Mais pourriez-vous préciser l’impact de votre critique de l’impact, idéalement sous forme d’indicateurs mesurables ?

    Et puis, au bout de la chaîne, il y a le #gouvernement. C’est lui qui sélectionne finalement les projets financés. Il faut reconnaître que c’est pratique. Si votre recherche risque d’être trop critique envers le #pouvoir, elle pourra toujours produire un effet mesurable : non pas sur la société, bien sûr, ni sur les politiques publiques ou sur votre compte bancaire, mais sur votre niveau de désillusion institutionnelle. Ce n’est pas exactement un indicateur d’impact, mais il a l’avantage d’être robuste. On me dira : « Mais enfin, tu exagères. Il faut bien évaluer. Il faut bien choisir. L’argent public n’est pas infini. » Bien sûr. C’est même précisément le problème : on organise la #rareté, puis on appelle « #excellence » la capacité à survivre dedans. On affame un secteur, puis on félicite les plus musclés d’avoir réussi à ramper jusqu’à la gamelle.

    Apparaît alors la figure centrale de la recherche contemporaine : celle du bon chercheur, reconnaissable à la taille de son H-index. Jadis, les savants avaient des idées, des controverses, des correspondances, parfois des barbes. Aujourd’hui, ils ont des #indicateurs. Le #H-index est cette merveilleuse invention qui permet de donner une #apparence_scientifique à une vieille passion humaine : comparer la taille de ses attributs symboliques en prétendant parler d’excellence.

    La communauté scientifique elle-même sait pourtant que ces métriques posent problème. La #Déclaration_de_San_Francisco_sur_l’évaluation_de_la_recherche#DORA — appelle à améliorer les façons d’évaluer la #production_scientifique et critique notamment l’usage abusif des #indicateurs_bibliométriques dans les décisions d’évaluation. Mais c’est comme les recommandations nutritionnelles : tout le monde sait qu’il faut manger moins gras, moins sucré, moins salé, et pourtant la frite sauce andalouse continue d’avoir un avenir institutionnel solide.

    Quand un chercheur devient vraiment « bon », c’est-à-dire quand ses indicateurs atteignent une taille socialement enviable, il est promu. Et quand il est promu, souvent, il ne cherche plus. Il coordonne, pilote, supervise. Il rédige des projets permettant d’obtenir l’argent qui permettra d’engager des chercheurs précaires qui, eux, chercheront vraiment, publieront vraiment, s’épuiseront vraiment, et contribueront discrètement à l’élargissement de l’attribut du chef.

    Le chercheur précaire devient alors une sorte de complément alimentaire pour carrière académique. On le recrute pour deux ans, parfois trois, le temps qu’il produise des données, des articles, des rapports intermédiaires, des rapports finaux, des communications, des annexes, des preuves d’impact, puis on lui explique avec beaucoup d’émotion que son contrat touche à sa fin, mais que son travail a été très apprécié. Et c’est bien vrai. Son travail a été tellement apprécié qu’il est désormais dans le CV de quelqu’un d’autre.

    Je force le trait ? À peine. La #précarité académique est devenue un sujet de recherche en soi. Admirez plutôt : le système produit de la précarité, puis finance des recherches précaires sur la précarité des chercheurs. Des articles récents parlent même du #precarity_dividend (prime à la précarité), le bénéfice que certains acteurs plus stables peuvent tirer du travail des chercheurs précaires. C’est la version universitaire de la spéculation boursière : on mise sur l’#exploitation à bas coût de travailleurs précaires pour gonfler son portefeuille de publications, puis on liquide l’humain dès que le dividende est encaissé.

    Et maintenant, voilà que les Hautes Écoles sont invitées à entrer pleinement dans cette grande fête. Elles aussi doivent devenir des actrices de la recherche, de l’innovation, du développement, du rayonnement, de la compétitivité, de l’écosystème. Elles aussi doivent parler la langue merveilleuse des appels à projets, des livrables, des partenariats stratégiques, de la valorisation, des objectifs transversaux et de l’impact sociétal potentiel.

    Je ne nie pas qu’il existe de beaux projets, des collègues sincères, des recherches utiles, des équipes courageuses. Bien sûr qu’il y en a, et c’est même ce qui rend la situation plus triste. Ce système fonctionne parce qu’il capture des désirs authentiques : celui de découvrir, de comprendre, d’agir, de faire mieux. Mais ces désirs, au lieu d’être soutenus, sont dévoyés pour exacerber la #compétition de chacun contre tous. On ne demande pas aux chercheurs de chercher. On leur dit :

    « Convainquez-nous que vous méritez peut-être d’avoir le droit de chercher, à condition de prouver avant de commencer que ce que vous n’avez pas encore trouvé produira des résultats mesurables dans les vingt-quatre mois. »

    La scène est presque belle, si l’on aime l’absurde. Pour avoir le droit de chercher, il faut d’abord expliquer ce que l’on va trouver. Pour avoir le droit de découvrir, il faut prédire la découverte. Pour avoir le droit de #douter, il faut remplir une grille dans laquelle le doute n’apparaît nulle part.

    Alors oui, cher·es collègues enthousiastes, déposez des projets si vous le voulez. Faites-le même, parfois, parce qu’il faut bien arracher quelques moyens là où ils se trouvent. Mais ne confondez pas le guichet avec la recherche. Ne confondez pas l’appel à projets avec l’appel du large. Ne confondez pas le formulaire avec la pensée. Le danger n’est pas seulement que quelques projets soient refusés. Le danger est plus discret, plus profond, plus quotidien : c’est que nous finissions par intérioriser cette logique. Que nous apprenions à nous vendre avant de penser. À calibrer nos questions avant de les poser. À traduire nos colères en livrables, nos doutes en indicateurs, nos intuitions en diagrammes de Gantt.

    Ce matin, en refermant ce mail, je me suis souvenu de la lettre de démission d’Annick Stevens que j’avais lue à la fin de ma thèse comme on lit un avertissement. Elle y décrivait une université renonçant peu à peu à sa fonction critique, absorbée par l’économisme, la concurrence et les standards productivistes. Je croyais alors lire le témoignage d’un monde que j’étais en train de quitter. Près de quinze ans plus tard, je comprends que je lisais peut-être la brochure d’accueil du monde qui arrivait.

    Les Hautes Écoles aussi ont désormais leur vocabulaire de start-up, leur arobase pour faire moderne et probablement bientôt leur baby-foot stratégique. On nous dira que c’est le progrès. Que c’est une reconnaissance. Que c’est une chance. Mais une chance de quoi ? De chercher vraiment ? Ou d’apprendre à promettre, à calibrer, à séduire, à convertir nos questions en dossiers recevables ?

    Si la recherche sert encore à quelque chose, c’est peut-être d’abord à refuser les évidences trop bien emballées. Et celle-ci en particulier : ce n’est pas parce qu’un système finance quelques recherches qu’il la soutient. Parfois, il l’organise simplement de manière à ce qu’elle ne dérange pas trop.

    – Un lecteur

    https://mrmondialisation.org/tribune-recherche-se-vendre
    #projets #appels_à_projets #financement #ESR #université

  • Moscou parano • La Russie de Poutine mise à nu
    https://www.obsarm.info/spip.php?article741

    Le titre est un clin d’œil à Hunter Thompson, auteur Gonzo de « Las Vegas Parano ». Paul Gogo, journaliste à BFMTV, à « Ouest France » et à la « Libre Belgique », parcourt la Russie en tous sens, en train de Moscou à Vladivostok. Paul Gogo interroge ses compagnons de voyage, soutiens ou opposants au régime, comme cette jeune femme bouriate qui assure : « Il y a eu tellement de morts dans nos rangs que certaines femmes de la communauté cherchent à rencontrer des Asiatiques venus d’autres (…) #Fiches_de_lecture

    / #La_trois, #Guerres, #Opinion_publique, #Politique_de_défense

  • La bureaucratie, coupable idéale ?
    https://laviedesidees.fr/Markus-Hinterleitner-Blaming-bureaucracy

    Pourquoi la bureaucratie est-elle si souvent tenue pour responsable des échecs de l’action publique ? En examinant les stratégies de mise en cause des administrations et les réalités du travail des agents, deux ouvrages récents montrent comment la critique de l’État se déplace vers ses exécutants.

    #Société #État #politique_publique #administration
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20260408_bureaucratie.pdf

  • Plaider contre la pauvreté
    https://laviedesidees.fr/Plaider-contre-la-pauvrete

    Delphine Rouilleaut est la présidente du collectif Alerte, réseau qui rassemble 34 associations et fédérations actives dans la lutte contre la pauvreté. Elle exprime la voix de la société civile et explique les ressorts de la construction d’un plaidoyer en faveur des personnes en situation de vulnérabilité ou d’exclusion.

    #Société #immigration #politique_publique #pauvreté #Entretiens_vidéo

  • Quand les services de proximité s’éloignent
    https://laviedesidees.fr/Quand-les-services-de-proximite-s-eloignent

    La disparition des services de proximité inquiète. Les électrices et les électeurs avouent très souvent se déterminer en fonction de ces enjeux locaux, au détriment des considérations nationales ou internationales.

    #Société #éducation #politique_publique #école #santé
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20260310_servicesproxi.pdf

  • Les eurodéputés adoptent des nouvelles règles d’expulsion des #sans-papiers avec une majorité de droite et d’extrême droite

    Jusqu’au bout, les libéraux de Renew, au Parlement européen, ont voulu croire que la plateforme majoritaire les unissant aux conservateurs du Parti populaire européen (PPE) et aux sociaux-démocrates (S&D) pourrait trouver un compromis autour du nouveau règlement « retour » afin d’encadrer les expulsions des migrants déboutés du droit d’asile.

    Lundi 9 mars, en commission des libertés publiques, leur compromis n’a pas été soutenu.

    C’est un autre #compromis, plus radical, proposé par le PPE, qui a été validé, cette fois avec les voix des #conservateurs et de l’ensemble des groupes d’#extrême_droite, dont les Patriotes pour l’Europe, qui compte le Rassemblement national dans ses rangs. « Après des mois de négociations, ce #vote va nous permettre de reprendre le contrôle sur la #politique_migratoire, afin de faire en sorte que ceux qui sont irrégulièrement sur le sol de nos pays soient enfin reconduits », a de suite salué #François-Xavier_Bellamy, du PPE, qui a orchestré cette majorité alternative. Pour lui, « ce #règlement n’est pas un texte de plus : il est la condition pour rétablir l’autorité du droit ». Cela s’est fait en « réduisant les droits » des migrants, se sont indignés les sociaux-démocrates.

    Si le Parlement doit encore valider le texte en session plénière, les eurodéputés ont encore durci le texte voulu par les États et la Commission européenne. Cette mesure vient compléter l’ensemble des nouvelles règles de gestion de l’immigration du pacte asile et migration, qui doit entrer en vigueur d’ici trois mois – deux ans tout juste après son vote, en 2024. « Les retours constituent un élément essentiel d’un système de gestion des migrations qui fonctionne bien », rappelait jeudi 5 mars, #Magnus_Brunner, le commissaire européen en charge du dossier migratoire.

    Alors que le #taux d’application des reconduites à la frontière reste relativement bas en Europe, entre 20 et 30 % selon les pays, les pouvoirs publics européens ont cherché à renforcer la législation afin de faciliter les expulsions. Dans le texte adopté par les parlementaires, les départs volontaires seront certes encouragés, mais si les personnes refusent de quitter le territoire européen, ils risquent d’être détenus dans des centres de rétention, et ce, jusqu’à vingt-quatre mois.

    Si Magnus Brunner estimait ce nouveau règlement « ferme, mais juste », ce texte « transforme les expulsions en #option_par_défaut pour les personnes en situation irrégulière, malgré la position de longue date de la Commission selon laquelle des solutions plus humaines, telles que le départ volontaire, devraient être privilégiées », regrette l’ONG Picum, qui défend les migrants et a réuni près d’une centaine d’ONG qui condamnent la nouvelle législation.

    Le règlement « élargit considérablement le recours à la détention des migrants » et introduit « des #mesures_punitives sévères, telles que des #interdictions_d’entrée pouvant aller jusqu’à dix ans, contre cinq ans auparavant, prolongeables de cinq ou dix ans supplémentaires en cas de risques pour la sécurité ». Pour Sarah Chander, directrice de l’Equinox Initiative for Racial Justice, « l’ironie de la situation actuelle est que l’Union européenne met discrètement en place un cadre d’expulsion similaire à celui de l’ICE », le service américain de l’immigration et des douanes.

    « Renforcer des systèmes opaques »

    Surtout, la nouvelle législation autorise, une fois adoptée, des « #plateformes_de_retours » installées hors du continent européen. « Ces dispositions comportent de graves risques de violations systématiques des droits humains, notamment la détention automatique et arbitraire, le refoulement direct et indirect, la torture et autres traitements inhumains et dégradants des pays tiers », s’inquiète Olivia Sundberg Diez, responsable des questions migratoire à Amnesty International.

    A contrario, pour les promoteurs de ces solutions dites « innovantes », ce nouveau cadre légal marque un nouveau succès. « Pendant des années, nous avons bataillé pour imposer ces idées dans le débat public, puis, nous avons travaillé pour faire évoluer la législation, salue un diplomate européen favorable à ce type de solutions. Désormais, il faut démontrer que cela peut fonctionner. »

    Plusieurs pays souhaiteraient créer des « #centres_de_retour », qui auraient, selon eux, le mérite de dissuader des migrants de refuser tout retour dans leur pays d’origine. Le 5 mars, les ministres de l’intérieur de l’#Allemagne, de l’#Autriche, du #Danemark, de #Grèce et des #Pays-Bas se sont réunis à Bruxelles pour s’organiser. « Un noyau de cinq pays a lancé ces discussions sur les retours, confirme Bart van den Brink, le vice-premier ministre néerlandais. Nous sommes encore dans une phase exploratoire, qui implique des discussions avec des pays hors d’Europe. »

    Alors que les Pays-Bas ont déjà signé, le 25 septembre, une lettre d’intention pour ouvrir un centre de retour en #Ouganda, ces Etats cherchent les leviers qu’ils pourraient activer pour que des Etats tiers acceptent ce type de centre sur leur territoire. « Il y a toute l’aide bilatérale que nous apportons déjà à certains pays, notamment en Afrique, par exemple, mais ce n’est pas notre seul levier, confie une diplomate. Il y a aussi la possibilité de créer des voies légales d’entrée dans nos pays pour les populations de ces pays. ».

    Alors que l’Italie dispose déjà de centres installés en #Albanie, où 90 personnes attendent leur sort, d’autres pays réfléchissent à l’établissement de tels centres, à l’image de la Finlande ou de la Suède, au grand dam des ONG. « Cette approche non seulement externalise les responsabilités de l’Europe en vertu du droit international relatif aux réfugiés et aux droits humains, mais elle risque également de renforcer des systèmes opaques de détention illimitée, s’inquiète Silvia Carta, de Picum. Nous exhortons les dirigeants européens à abandonner ces projets et à investir plutôt dans des mesures de régularisation, comme celle annoncée en Espagne, et dans l’octroi d’un plus grand nombre de permis de travail décents. Ces mesures profitent à tous, et il est grand temps que l’Europe le reconnaisse. »

    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/09/immigration-les-eurodeputes-adoptent-des-nouvelles-regles-d-expulsion-des-sa
    #centres_de_retour #return_hub #migrations #réfugiés #externalisation #expulsions #règlement_retour #EU #Union_européenne #UE #pacte_sur_la_migration_et_l'asile #rétention #détention_administrative #retours_volontaires #dissuasion #chantage #conditionnalité_de_l'aide #pays-tiers

    ping @reka @karine4

  • http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/publications/TC_VARIA/CR_ouvrages/jarrige_mars2026.html

    Les trois textes, rédigés à des périodes différentes, qui composent ce nouvel opus s’inscrivent dans la continuité de cette réflexion : deux sont signés de Fred Turner lui-même, « L’idéologie texane » (2025), et « Politique des machines » (2019), un texte plus grand public qui donne son titre au recueil. L’auteur actualise sa réflexion en explorant comment le monde numérique est passé de « l’idéologie californienne », associant idéologie entrepreneuriale et héritages de la contre-culture, à ce qu’il nomme « l’idéologie texane », bien plus conservatrice, associant refus de toute ingérence de l’État, évangélisme religieux, négation des risques environnementaux, et quête de profit maximal. Il montre comment les intérêts des patrons de la Tech ont progressivement convergé avec ceux des magnats du pétrole après l’an 2000 : loin de remplacer un vieux capitalisme fossile sclérosé par un supposé « capitalisme cognitif » renouvelé, comme beaucoup l’espérait, y compris dans les rangs marxistes, on assiste depuis à une convergence d’intérêts et d’actions. Ce « basculement » qui se matérialise par le déménagement des sièges sociaux et des data centers de la Californie vers le Texas, comme l’a fait Musk lui-même. Loin d’une rupture, ce déplacement radicalise des tendances déjà en germe dans l’idéologie californienne des années 1990, à l’origine d’une nouvelle synthèse dans l’idéologie texane qui associe l’imaginaire de la tech et le conservatisme social le plus réactionnaire et traditionaliste. Le monde numérique, et son visage avancé qu’est l’IA générative, apparaissent de plus en plus manifestement pour ce qu’ils sont : la poursuite et la radicalisation des dynamiques industrielles, de leurs logiques d’accumulation, de l’intensification de l’exploitation du travail et de la nature, en dépit des nouveautés et des ruptures supposées.

    Penser les dystopies technologiques depuis la Silicon Valley

    Ce petit livre entend donc répondre à une énigme centrale de notre temps et qui ne cesse de revenir de façon obsédante désormais : comment l’utopie numérique initialement porteuse d’émancipation à la fin du xxe siècle, de libération, via un monde d’interconnexion horizontal et général a-t-elle pu se transformer en cette dystopie sociale, politique et environnementale que nous observons aujourd’hui ?

    Alors que partout l’extrême droite semble s’imposer et devenir une nouvelle doxa, Turner, qui écrit depuis l’Amérique de Donald Trump et le cœur de la Silicon Valley où il vit et enseigne, constate que « Aujourd’hui que nous subissons les tweets rageurs de Trump, et que Facebook sert d’instrument pour organiser le génocide des Rohingyas, nous commençons à voir combien cette croyance était erronée. Même s’ils nous permettent de communiquer les uns avec les autres dans le monde entier, nos médias sociaux ont donné naissance à une nouvelle forme d’autoritarisme » (p. 41).

    #Fred_Turner #Politique_machines

  • Beef and lamb get 580 times more in EU subsidies than legumes, study finds

    Report says common agricultural policy provides ‘unfair’ levels of support to unhealthy, meat-heavy diets

    Beef and lamb receive 580 times more in EU subsidies than legumes, a report has found, despite scientists urging people to get more of their protein from less harmful sources.

    Analysis by the charity Foodrise found the EU’s common agricultural policy (CAP) provides “unfair” levels of support to meat-heavy diets that doctors consider unhealthy and climate scientists consider environmentally destructive.

    It found beef and lamb were subsidised 580 times more than legumes in 2020, while pork was subsidised nearly 240 times more. Dairy, meanwhile, received 554 times more in subsidies than nuts and seeds.

    The EU spends almost a third of its budget supporting farmers, with the bulk of CAP funds allocated on the basis of farm size, rather than strategic considerations. Meat and dairy – which use land to grow crops to feed animals – take a larger share than plants, particularly once the subsidies in feed have been counted.

    Martin Bowman, a campaigner at Foodrise and author of the report, said the analysis showed livestock benefited from disproportionate support even before counting hidden societal costs, such as pollution.

    “It’s scandalous that billions of euros of EU taxpayer money is being used to prop up such a high-emissions industry at a time when scientists are telling us that we need – on health and environmental grounds – to shift to lower-meat diets,” he said.

    The data comes from an academic study, available as a preprint, that traced EU subsidies for different foods in 2020 using the same methods as a study published in Nature Food in 2024. Some experts expressed caution about the scale of the disparity the first study found, but did not dispute it existed.

    Anniek Kortleve, a researcher at Leiden University and lead author of the academic study, said it showed that reforms needed to consider the full chain of subsidies flowing through feed to livestock, rather than just direct payments to livestock farms.

    “Our analysis shows CAP support is highly concentrated in animal-sourced foods relative to the calories they provide, while plant proteins like legumes receive very little support,” she said. This was happening “even though EU strategies increasingly call for more plant-rich diets for health and sustainability”.

    The report found meat and dairy received €39bn in subsidies in 2020, fruit and vegetables €3.6bn, and cereals €2.4bn. Cattle and sheep, which require more land than animals such as pigs or chickens, tend to benefit from subsidies that target struggling regions and sectors on top of hectare-based payments.

    A number of green strings have been tied to CAP payments since 2023 but experts do not expect the overall composition of EU farms to have changed significantly.

    In 2024, a “strategic dialogue” between farmers, supermarkets, scientists and green groups – formed by Ursula von der Leyen, the European Commission president, to quell furious farmer protests – resulted in an acknowledgment that Europeans eat more animal protein than scientists recommend and a call for support to shift diets toward plants.

    Donal Murphy-Bokern, an agricultural scientist who used to work for food and agriculture ministries in the UK and Germany, and who was not involved in the study, said Europe’s protein economy was “not operating within sustainable limits”.

    Considering public health in policy would challenge current levels of livestock production, he said. “We now need a common agrifood policy that explicitly integrates environmental and public health goals into how EU farmers are supported.”

    Improvements in alternative proteins and an emerging consumer shift to reducing meat consumption have been resisted by big farming lobbies and some politicians. In November, the EU parliament voted to ban plant-based foods from using terms such as “steak”, “burger” and “sausage” unless they contained animal flesh.

    The vote was ridiculed by green groups, which pointed to accepted terms such as peanut butter, which does not contain dairy, or hotdogs, which do not contain canines. The proposal also divided conservatives, with some feeling it violated free market ideals.

    Bowman said politicians were deeply involved in influencing food production and consumption. “Don’t believe the meat and dairy companies who say that politicians promoting healthy and sustainable diets are telling people what to eat,” he said. “It’s a very cynical position.”

    https://www.theguardian.com/environment/2026/feb/19/beef-lamb-legumes-eu-subsidies-study
    #agriculture #PAC #politique_agricole_commune #subsides #UE #Union_européenne #élevage #légumes #boeuf #agneau #rapport #viande #alimentation #élevage_bovin #élevage_ovin

    • CAP at the Crossroads – Reforming EU CAP subsidies to support healthy sustainable diets

      New report reveals the scale of EU CAP subsidies being used to prop up unsustainable livestock production, and makes the case for reform.

      What’s the problem?

      Animal-sourced foods are estimated to cause a staggering 81-86% of the total greenhouse gas emissions from EU food production, yet only supply an estimated 32% of calories and 64% of protein consumed in the EU.

      This new report reveals that a hugely unfair share of EU CAP subsidies, worth billions of euros of EU taxpayers’ money, are directed to propping up high-emissions meat and dairy production, and to promote meat and dairy products.

      The EU is at a crossroads – poised to make crucial decisions on the future of CAP for 2028–2034. Right now, it has the opportunity to support a transition to healthy sustainable diets – a huge economic opportunity with multiple benefits for EU food security, climate mitigation, nature and health. Or continue with a broken status quo.

      Key findings:

      – Beef and lamb received an estimated 580 times more CAP subsidies than legumes such as lentils and beans in 2020.

      – Dairy received an estimated 554 times more CAP subsidies than nuts and seeds in 2020.

      – Meat and dairy received over 10 times more CAP subsidies than fruit and vegetable production, and more than 16 times more than cereal production.

      – Overall, the EU directed three times more CAP subsidies to production of high-emitting animal-sourced foods than to plant-based foods in 2020 – around 77% of total CAP subsidies (€39 billion out of €51 billion).

      – The estimated €39 billion in CAP subsidies spent on animal-sourced foods in 2020 makes up nearly a quarter (23%) of the EU’s total budget of €168.7 billion for 2020.

      Solutions

      Calls have been growing for agricultural subsidies to be reformed to support a shift to healthy sustainable diets and reduced livestock numbers – including the EU’s Group of Chief Scientific Advisors, the European Court of Auditors, the World Bank, and the 2025 EAT-Lancet Commission.

      The benefits this could bring are huge.

      The adoption of the plant-rich Planetary Health Diet in high-income countries could reduce agricultural production emissions by an estimated 61%. It could also reduce the EU’s reliance on food imports, boost agricultural incomes, reduce EU fertiliser use by about a quarter, reduce deaths from air pollution, and prevent up to up to 10–39% of cancers in Europe.

      Policy recommendations

      We recommend that EU policymakers:

      – Support protein diversification through increased CAP funding and support for farmers engaged in growing plant-based foods for direct human consumption.

      – Increase CAP funds available for the promotion and marketing of plant-based wholefoods and alternative proteins.

      – CAP subsidies for livestock farmers should be made conditional on meeting limits on livestock stocking density per hectare.

      – End all use of EU funds for the promotion and marketing of meat and dairy.

      - Support a just transition in the livestock sector, through an Agri-food Just Transition Fund (AJTF).

      – Ensure that CAP subsidies support nature restoration, of habitats such as peatlands, wild grasslands and woodlands.

      - Introduce an EU Action Plan for Plant-based Foods to support the production and consumption of more plant-based foods across every stage of the supply chain, which:

      - Promotes the public procurement of healthy sustainable plant-rich diets in public institutions like schools and hospitals

      – Provides increased financial support through CAP and other means, for the increased production and processing of plant-based foods for direct human consumption – particularly agroecologically produced foods.

      - Reform dietary guidelines to factor in both health and sustainability – aligning more with the Planetary Health Diet.

      https://foodrise.org.uk/CAPCrossroads

  • Craven Europeans give US and Israel a blank check for illegal war
    https://responsiblestatecraft.org/europeans-iran-war

    Notre perception des guerres impérialistes repose sur trois niveaux d’observation
    – D’abord iIl y a les mensonges et illusions officiels, la propagande.
    – Ensuite il y a la déscription de la réalité qui repose sur des observations et analyses indépendantes.
    – Enfin nous nous servons des idées et méthodes scientifiques appellées « marxistes ».

    Les derniers éléments d’analyse nous permettent de découvrir les grandes lignes de base et les forces que la science et le journalisme bourgeois ignorent à cause de leur perspective de classe socio-économique et leurs oeilleires idéologiques .

    L’article suivant fait partie de la deuxième catégorie. C’est est une excellente déscription de l’état d’esprit et des motivations qui dirigent la politique dite européenne. Après l’avoir lu on pourrait croire que les élites aux manettes de l’Europe ont abandonné la politique civilisée qui nous protégeait contre la grande catastrophe.

    Nous savons que c’est faux. La couche civilisée sur les affaires crues n’a été que du vernis. Les contrats et conventions internationales sont toujours l’expression des intérêts et rapports de force du moment entre les différentes fractions du capital. On les trahit systématiqiement quand les affaires, les contradictions et les antagonismes semblent l’imposer.

    Au fond rien n’a changé. La civilisation, le droit et la culture ne sont que des éléments du « Charaktermaske » du capital.

    « Il n’est pas de sauveurs suprêmes,
    Ni Dieu, ni César, ni tribun,
    Producteurs sauvons-nous nous-mêmes !
    Décrétons le salut commun ! »

    Continuons. Il n’y a pas de raison d’abandonner la lutte.

    1.3.2026 by Eldar Mamedov - They frame the crisis not as an act of war against a UN member state, but as a natural consequence of Tehran’s failure to capitulate unconditionally

    In the aftermath of the new U.S. and Israeli strikes on Iran, the transatlantic alliance has offered a response that confirmed what many both in the West and outside knew all along: that for London, Paris, Berlin, and Brussels, the “rules-based international order” has been reduced to a simple, brutal premise: might makes right, provided the might is Western.

    The joint statement from the E3 — France, Germany, and the United Kingdom — is a master class in evasion. “We did not participate in these strikes, but are in close contact with our international partners, including the United States and Israel,” they declared. The text also lists all the references and rationalizations used by Iran hawks — “nuclear program, ballistic missile program, regional destabilization and repression against its own people.”

    Not a single reference to the international law that explicitly prohibits aggression. It is particularly Orwellian that the European leaders “urge the Iranian leadership to seek a negotiated solution,” when Iranian Foreign Minister Abbas Araghchi was literally doing exactly that the day earlier in Geneva.

    By failing to condemn the strikes, the E3 has given the Trump administration and the Netanyahu government a blank check. They frame the crisis not as an act of war against a UN member state, but as a natural consequence of Iran’s failure to unconditionally accept its capitulation. The logic is perverse; the target is blamed for the attack, and the aggressors are seen as restoring order.

    To understand this political and strategic abdication, one must examine the motivations driving European leaders — not to justify them, but to expose the cynical calculations behind their cowardice.

    First, there is Ukraine. Desperate to keep Washington engaged in Europe’s own security crisis, Brussels and most European capitals have calculated that picking a fight with Washington over the Middle East, or, in fact, anywhere in the Global South is a luxury they cannot afford. This follows the EU’s similarly spineless reaction to the U.S. attack on Venezuela less than two months ago.

    Not only that, but some European leaders appeared to be, in fact, emboldened by the ease with which the U.S. kidnapped Venezuelan President Nicolas Maduro and his wife, hoping that, perhaps, the same could be replicated in the case of Russian President Vladimir Putin. In fact, it is entirely reasonable to suggest, as the Stimson Center’s Emma Ashford did, that the Venezuelan operation played a major role in encouraging Trump to think that changing the regime in Iran would prove to be similarly smooth.

    Second, there is genuine animosity toward the Iranian regime — and not without reason. The brutal suppression of protests in January 2026, support for Russia in its war in Ukraine, and the persistent use of dual nationals as diplomatic hostages have all rightfully earned the Islamic Republic few friends in European capitals.

    But here is the uncomfortable truth that European leaders refuse to confront: disliking a regime does not justify condoning illegal war against it. International law is not a reward system for good behavior. It is a set of constraints designed precisely for moments like this — when powerful states convince themselves that the target is so odious that the normal rules should no longer apply.

    The West has made this mistake before. The invasion of Iraq was justified by demonizing Saddam Hussein. The bombing of Belgrade was preceded by the framing of Serbian President Slobodan Milosevic as a uniquely monstrous actor. In each case, the short-term gratification of “doing something” about a despised regime gave way to long-term strategic catastrophe — the erosion of international legal norms that protect all states, including Western ones.

    One leftist member of the European Parliament from Belgium put it far more bluntly than any foreign ministry dared: “The EU condones the US-Israeli illegal and unprovoked war of aggression on Iran. European failure to stand up for basic principles of international law legitimizes rogue state behaviour and endangers lives throughout the world. Shameful. Dangerous.”

    Indeed, by refusing to call the U.S.–Israel attack for what it is — an illegal, unprovoked war of aggression — the EU is not neutral. It is actively dismantling the very legal architecture it claims to uphold, and on which its own security ultimately depends. It tells Tehran and the Global South that diplomatic negotiations are merely an inducement to lower their guard, a deception to be respected only until the hegemon decides it is ready for a military action.

    Indeed, in a striking repeat of the 12-Day War last June, these strikes occurred as U.S.-Iran nuclear talks, mediated by Oman, were reportedly showing progress. The message is unmistakable: there is no point in engaging with the U.S. as it does not negotiate in good faith, and its European allies will always be available to provide Washington diplomatic cover.

    One case of dissent in Europe, however, offers a glimpse of a path not taken. Spanish Prime Minister Pedro Sánchez, alone among the leaders of major European countries, rejected the “unilateral military action of the U.S. and Israel” for contributing to “a more uncertain and hostile international order.”

    Similarly, Norwegian Foreign Minister Espen Barth Eide rightly noted that so called preventive strikes violate international law unless an attack is “imminent." These leaders understand that international legal norms are not optional, and their selective application undermines Europe’s case where it matters most for the continent: Ukraine.

    Yet, it is Spain and Norway that are the outliers. The mainstream, represented by the E3 and EU Commission President Ursula von der Leyen, is consumed with managing the consequences of the aggression — not only having utterly failed to do anything to prevent it through a diplomatic settlement between the U.S. and Iran, but also exacerbating tensions by deploying snapback of the UN Security Council sanctions against Iran. Von der Leyen’s response is to convene a “special Security College” on Monday to discuss Iran’s “unjustified attacks on partners,” effectively treating the escalation as a problem caused by the target’s retaliation.

    As the seasoned European foreign policy expert Nathalie Tocci put it, in reaction to von der Leyen’s feckless statement: “Any views on the illegal military attack by the US/Israel? I guess it can’t even be defined as hypocritical. In hypocrisy there’s at least the pretense of considering norms important. The only consolation is that on the Middle East we’ve become totally irrelevant.”

    Hard to disagree with this ruthless epitaph for European foreign policy. Not even hypocrisy remains —just irrelevance. As the Middle East teeters on the edge of a new, extensive war, history will not be kind to those who failed to contribute to any diplomatic solution to prevent it, then endorsed it hitting the last nail in the casket of the “rules-based international order.”

    #ZSA #Europe #Russie #Iran #Israël #guerre #politique_internationale #impérialisme

  • Baisse des arrivées aux frontières : que cachent les « bons » chiffres de Frontex ? | Alternatives Economiques
    https://www.alternatives-economiques.fr/claire-rodier/baisse-des-arrivees-aux-frontieres-que-cachent-les-bons-chiffres-de/00117812

    Quelle est la réalité derrière ces chiffres ? L’interprétation simpliste qu’en donne le commissaire européen, qu’on pourrait résumer par l’image d’un robinet qu’il suffirait de bien fermer pour régler les problèmes, fait l’impasse sur des données pourtant indispensables à prendre en compte pour analyser ces fluctuations : d’une part les causes de départ, d’autre part les conséquences qu’entraîne la fermeture des frontières européennes pour les personnes qui cherchent à s’exiler.

    https://www.vuesdeurope.eu/refoulements-la-grece-condamnee-par-la-cour-europeenne-des-droits-de-lho
    #frontex #politique_migratoire #pushbacks

  • Opinion | New York Democrats Have a Chance to Vote Against the A.I. Oligarchs - The New York Times
    https://www.nytimes.com/2026/02/23/opinion/alex-bores-ai-democrats.html

    If I were a voter in New York’s 12th Congressional District, a recent attack ad against the candidate Alex Bores might make me think twice about considering him. Bores, a 35-year-old member of the New York Assembly, is a reliably progressive candidate in the coming Democratic primary to succeed the liberal stalwart Jerry Nadler, who is retiring. But the spot, paid for by a political action committee called Think Big, points out something seemingly sinister in Bores’s past: A former data scientist, he led a government team at the tech giant Palantir until 2019, while the company was working with Immigration and Customs Enforcement. “ICE is powered by Bores’s tech,” says the ad, as anxious electronic music plays and images of paramilitaries in the street flash onscreen.

    The people behind Think Big know that A.I., ICE and Palantir are all very unpopular with New York City Democrats. So they probably don’t want you to know that the PAC is part of a dark-money network funded by Donald Trump megadonors seeking unfettered A.I. development.

    Think Big is an affiliate of Leading the Future, a super PAC that has raised over $100 million from figures including a Palantir co-founder, Joe Lonsdale; the venture capitalist Marc Andreessen; and OpenAI’s president, Greg Brockman. Their goal is to take down politicians who want to put guardrails around A.I., and they’re happy to exploit public suspicion of the technology to do it. Bores is their first target. The PAC has already spent $1 million to try to make an example of him.

    That’s because Bores, who says he resigned from Palantir over its work with ICE, has made regulating A.I. a centerpiece of his campaign. “I think Congress is just missing the boat right now, the same way we missed it on social media,” he told me. “Some combination of not having people that actually understand it, not having people that are willing to stand up to mistruths and the power of the industry, has just led to a place where we have no protection as Americans.”

    #Intelligence_artificielle #IA #Régulation #Politique_USA #Lobbies #Argent #Manipulation

  • Dernière mise à jour de l’utopie numérique - Nonfiction.fr le portail des livres et des idées
    https://www.nonfiction.fr/article-12584-derniere-mise-a-jour-de-lutopie-numerique.htm

    Fred Turner applique au cas texan ses précédentes analyses sur le design démocratique et sur l’utopie numérique, pour nous aider à mieux comprendre la politique de la Tech.

    Spécialiste de la culture numérique et de ses entreprises californiennes, Fred Turner vient de publier un petit livre qui prolonge ses précédents travaux
    . Trois textes composent ce nouvel ouvrage. Deux sont signés de Fred Turner  : «  L’idéologie texane  », qui date de 2025, et «  Politique des machines  », qui donne son titre au recueil, un article grand public publié en 2019. Lus en parallèle, ces deux essais permettent, selon les éditeurs, de «  comprendre d’une part en quoi l’idéologie texane constitue une rupture au regard de l’idéologie californienne et d’autre part en quoi cette dernière abritait déjà en son sein les germes qui ont mené à cette rupture   »
    . Un troisième article, plus ancien et écrit par les Britanniques Richard Barbrook et Andy Cameron, complète la réflexion de Turner dans le volume  : les deux auteurs, l’un chercheur en sciences politiques et l’autre artiste, tous deux spécialistes de la question des médias, décryptaient dès 1995, les travers de «  L’idéologie californienne  » dans un texte perçu alors comme un «  pamphlet  » et vilipendé par le magazine Wired. Ce texte précurseur apporte un regard européen sur l’univers impitoyable de la tech américaine.

    #Fred_Turner #Politique_machines

  • « Technofascisme » : quand la peur du totalitarisme empêche de voir le pouvoir des infrastructures - Fondation Jean-Jaurès
    https://www.jean-jaures.org/publication/technofascisme-quand-la-peur-du-totalitarisme-empeche-de-voir-le-pouvoi

    Il y a des choses intéressantes, une analyse de ce que les nouveaux réseaux et leurs propriétaires joue comme réorganisation du monde et domination par acceptation (ce qu’elle nomme infra-servitude). Mais le "technofascisme" ne s’intéresse pas à cela, mais à la relation entre les acteurs de cette "infra-servitude" et la réalité brutale de la transformation du capitalisme et du rôle que des despotes y jouent (trump, Poutine et Xi pour trois grandes restructuration du capitalisme).
    Des arguments intéressants, mais une architecture du raisonnement qui me semble mal construite, voire un brin nostalgique.

    LENNIE STERN
    Technofascisme : le terme est à la mode, mais il projette sur le présent la grammaire du XXᵉ siècle pour désigner une domination qui, aujourd’hui, n’a rien d’un retour. Plutôt qu’à un autoritarisme visible, vertical, on assiste en effet à la montée d’une nouvelle servitude douce, qui s’infiltre dans la logique du service. Ce que Lennie Stern qualifie d’infra-servitude s’installe au sein même de la démocratie par le fonctionnement de ses infrastructures, et la rend illisible en réduisant les citoyens à des usagers et en remplaçant le choix politique par une gestion technique sans responsable identifié.

    Préambule

    Depuis plusieurs années, la critique du monde numérique s’est figée dans un réflexe lexical : celui du « technofascisme ». Le mot a l’apparence du courage intellectuel, mais il agit surtout comme une simplification. Il projette sur le présent la grammaire du XXᵉ siècle pour désigner un pouvoir qui n’a plus rien de spectaculaire. Le fascisme, même technologique, suppose une prise, un commandement, une verticalité.

    Or, la domination contemporaine n’a rien d’un retour. Elle n’a ni drapeau ni mot d’ordre. Elle s’infiltre dans la logique du service, la fluidité des usages, la promesse du progrès satisfaisant.

    C’est ce déplacement que cette note cherche à comprendre. Non le retour d’un autoritarisme visible, mais la montée d’une servitude douce, une infra-servitude : un régime où la dépendance se confond avec le confort et dans lequel la technique devient le médium de la contrainte. Nommer infra-servitude cette forme de pouvoir revient à réintroduire la politique là où elle s’est effacée : dans la technique, dans les chaînes logistiques, dans les logiciels et les normes. Non pour dénoncer la technologie, mais pour la rendre de nouveau lisible comme fait politique. Car la servitude contemporaine ne se déploie plus contre la démocratie : elle s’installe en elle, par le fonctionnement même de ses infrastructures.

    Introduction

    On croyait le fascisme derrière nous, il revient, cette fois en version bêta. Le tyran a troqué son uniforme pour un sweat à capuche et ses discours pour une interface.

    Depuis trois ans, le mot « technofascisme » s’est imposé dans les médias comme dans les essais, au point de devenir un réflexe intellectuel. De Cyberpunk d’Asma Mhalla1 aux tribunes du Monde2, il sert de mot-valise à notre malaise collectif : la peur d’un pouvoir algorithmique total, d’une société pilotée par les flux, d’un monde gouverné par des codes que nul ne comprend. Le mot frappe juste, mais il frappe large. Il rassure, surtout, parce qu’il réactive une grammaire connue, celle du mal identifiable.

    Entre 2023 et 2025, les occurrences du terme se sont multipliées dans les grands médias francophones, souvent accolées aux mêmes figures : Elon Musk, Palantir, Peter Thiel, OpenAI. À chaque scandale ou avancée technologique, la presse y revient comme à un slogan anxiolytique. Le « technofascisme » est devenu la catharsis de l’époque : il désigne tout à la fois la Silicon Valley, les algorithmes d’État et les plateformes sociales, tout en ménageant une forme de distance morale. On s’indigne, mais à bonne distance de la prise. Ce mot, au fond, arrange tout le monde. Il permet de se sentir lucide sans rien avoir à démonter.

    L’expression attire parce qu’elle simplifie. Elle redonne un visage à l’angoisse, une figure au désordre. Elle re-convoque le spectre familier du totalitarisme pour décrire une réalité bien plus trouble. Or, ce glissement n’est pas neutre. Il traduit un besoin de repères, mais aussi une nostalgie, celle d’un monde où le pouvoir avait un centre et où la résistance avait un lieu. Dans un entretien à Usbek & Rica, le philosophe Éric Sadin l’a bien résumé : parler de « technofascisme », c’est céder à une panique morale, substituer une peur à un diagnostic. « Autant de raisons qui font de cette dénonciation frontale et sensationnaliste de la Big Tech une critique de surface et paresseuse, qui rate la complexité de la situation et surtout qui nous absout de notre responsabilité collective3 ».

    Dans cet esprit, sa critique vise juste en ceci que la domination contemporaine ne ressemble pas à celle qu’on imagine. Elle n’a ni visage, ni mot d’ordre, ni drapeau. Elle n’impose pas une idéologie, elle configure les conditions de l’action. Mais là où Sadin y voit un dérèglement moral collectif, il manque peut-être l’angle mort, celui d’un pouvoir qui ne se déploie pas depuis le haut, mais depuis les strates techniques, administratives et numériques où s’organisent nos existences. La question politique n’est plus « qui gouverne ? », mais « comment cela fonctionne ? ». Et dans un monde où tout fonctionne, le pouvoir se confond avec le bon réglage.

    C’est ce déplacement que cette note explore. Car si le terme « technofascisme » a prospéré, c’est peut-être qu’il nous évite de regarder là où se joue la véritable emprise, à savoir dans les standards, les protocoles et les infrastructures. Ce n’est pas le retour du fascisme qui menace la démocratie, mais son absorption par la maintenance.

    J’appelle infra-servitude cette forme de domination par continuité. Elle ne repose pas sur la peur, mais sur la dépendance. Son efficacité vient de sa douceur : elle se confond avec le service rendu, avec le confort attendu, avec les usages devenus nécessaires. C’est une forme de domination invisible, d’autant plus efficace qu’elle se vit comme une évidence pratique.

    Cette note part de cette intuition : si nous continuons de parler de fascisme technologique, c’est que nous manquons de vocabulaire pour nommer un pouvoir qui n’a pas de centre, qui se propage par capillarité en s’étendant sans autorité visible, sans injonction claire.

    L’objectif est double : comprendre pourquoi le mot « technofascisme » a trouvé un tel écho, et proposer une autre lecture, structurelle, politique, culturelle, d’un pouvoir qui ne se conquiert plus mais s’installe, et que seule une pensée des infrastructures peut rendre visible.

    Conclusion : deux chantiers pour sortir de la servitude douce

    L’époque a nommé technofascisme ce qui relevait d’une inquiétude légitime. Le mot a servi d’alarme. Il n’a pas produit une grammaire d’action. L’infra-servitude en propose une en décrivant un pouvoir qui avance par standards, par portabilité et par maintenance, rendant la démocratie illisible. Cette mécanique engendre une brutalité spécifique, fonctionnelle, mais persistante en créant de l’usure, confondant le politique et l’interface.

    Sortir de ce régime suppose deux chantiers simultanés. Le premier consiste à recréer du récit politique. Car refaire récit, c’est rendre au citoyen la capacité d’interpréter les décisions avant de les subir. C’est rétablir la politique comme champ de sens, et non comme simple architecture de fonctionnement.

    Le second chantier consiste à reconsidérer les instruments de contestation.

    #Politique_Internet #Fascisme #Technologie

  • #IA dans l’enseignement et la recherche : veille de janvier 2026
    https://academia.hypotheses.org/63764

    1. Politique publique d’enseignement et de recherche Outils internes d’IA En France, le CNRS a annoncé la mise à disposition d’un chatbot interne, « Emmy », basé sur Mistral AI en vertu d’un accord avec l’entreprise : https://next.ink/brief_article/le-cnrs-va-proposer-son-chatbot-iagen-emmy-a-ses-agents-et-proscrire-les-autre En parallèle, les autres outils … Continuer la lecture →

    #Actualités_/_News #Amérique_du_Nord #Asie #De_la_publication_en_SHS #Enseignement #Europe #Politique_de_la_recherche #World_-_Ailleurs_dans_le_monde #Intelligence_artificielle

  • Ce qu’il faudra faire pour vaincre l’#extrême_droite

    L’extrême droite se nourrit du #désespoir économique, de l’#insécurité et de l’#exclusion. Pour la priver de ses ressources, ceux qui veulent préserver la #démocratie doivent proposer un contre-discours axé sur la #dignité et l’#appartenance, ainsi qu’un programme politique conçu pour favoriser l’#inclusion_économique et la #résilience_climatique.

    De l’Allemagne aux États-Unis en passant par le Brésil et au-delà, l’extrême droite gagne du terrain. Si les détails varient d’un pays à l’autre, le schéma est étonnamment cohérent : l’extrême droite prospère lorsque les économies ne parviennent pas à assurer le #bien-être, l’#équité et la #sécurité.

    Ce n’est pas une observation nouvelle. #Antonio_Gramsci, #Karl_Polanyi et d’autres penseurs du XXe siècle ont diagnostiqué le #fascisme comme une réponse réactionnaire à l’#instabilité_capitaliste et aux mouvements progressistes qui avaient émergé pour contrer ses excès. Dans The Great Transformation, Polanyi a fait valoir que le « #déracinement » des marchés des #relations_sociales avait créé un terrain fertile dans lequel l’#autoritarisme pouvait s’enraciner.

    À notre époque, #Nancy_Fraser, de la New School for Social Research, a décrit comment le #néolibéralisme érode la #solidarité_sociale, alimentant le #populisme exclusif. D’autres analystes soulignent que l’#austérité et la #précarité rendent les citoyens vulnérables aux #discours_simplistes qui désignent des #boucs_émissaires.

    Ainsi, l’histoire montre comment le #chômage_de_masse, l’#inflation et la baisse du #niveau_de_vie peuvent favoriser l’#extrémisme, en particulier lorsqu’ils s’accompagnent d’institutions faibles, d’une #polarisation_politique ou de discours exploitant les #griefs et les #peurs. Tout comme la #Grande_Dépression a ouvert la voie au fascisme en Europe, la #crise_financière mondiale de #2008 a créé les conditions d’un retour du #nationalisme à travers le monde.

    Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une nouvelle itération du même cycle. Bien que l’#Allemagne ait initialement fait preuve de résilience pendant la pandémie de COVID-19, la crise énergétique déclenchée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie l’a particulièrement touchée. Comme l’ont montré les économistes Isabella M. Weber et Tom Krebs, la hausse des #coûts_énergétiques s’est répercutée sur l’ensemble de l’#économie, la fixation des prix par les entreprises amplifiant les pressions inflationnistes. Alors que les ménages étaient en difficulté, le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland a vu sa popularité monter en flèche.

    Aux États-Unis, des décennies de #désindustrialisation, de stagnation des #salaires et d’augmentation des inégalités ont érodé l’idée que chaque génération fera mieux que la précédente. L’Inflation Reduction Act de l’ancien président Joe Biden était une initiative ambitieuse visant à relancer la politique industrielle et à stimuler la fabrication écologique, mais son héritage s’est avéré éphémère. Donald Trump a exploité le mécontentement suscité par la hausse des prix après la pandémie et a remporté les élections de 2024 en utilisant comme arme l’#aliénation et le #ressentiment, en désignant comme boucs émissaires les immigrants, la #mondialisation et les « #élites_urbaines ».

    Le #Brésil illustre une autre dynamique. Des millions de personnes sont sorties de la #pauvreté sous le gouvernement du Parti des travailleurs du président Luiz Inácio Lula da Silva dans les années 2000, mais beaucoup ont vu ces acquis s’inverser, tandis que d’autres ressentent de l’amertume d’être exclus des programmes sociaux. La révolution numérique rend le travail plus précaire. Lula a tenté de restaurer certains des acquis perdus depuis son retour au pouvoir en 2023, mais il est confronté à un Congrès dominé par l’extrême droite et ses alliés.

    Même si Jair Bolsonaro a été condamné pour tentative de coup d’État, d’autres dirigeants d’extrême droite au Brésil promettent également un retour à l’ordre, à la stabilité et à la foi religieuse. Leur rhétorique met l’accent sur l’#esprit_d’entreprise et l’#autonomie. Bien que séduisante sur le plan émotionnel, l’idée selon laquelle les individus sont responsables de la pauvreté ignore cyniquement les obstacles structurels qui bloquent la mobilité socio-économique.

    Les #chocs_internationaux – ruptures de la chaîne d’approvisionnement pendant la pandémie, volatilité des marchés énergétiques, #conflits prolongés, effets inflationnistes du #changement_climatique – ont également alimenté la montée des forces d’extrême droite. Ces problèmes exigent une coopération transfrontalière, mais les extrémistes les exploitent pour attaquer le #multilatéralisme, le présentant comme un « #complot mondialiste ». Les #droits_de_douane punitifs de Trump incarnent cette réponse, présentant le commerce mondial comme une lutte à somme nulle dans laquelle les étrangers sont les ennemis des travailleurs américains.

    Ces discours simplistes unissent les mouvements d’extrême droite plus que n’importe quel ensemble de politiques communes. Chacun repose sur une opposition fondamentale entre « nous » et « eux ». Comme le note la sociologue brésilienne Esther Solano, ces discours séduisent ceux qui se sentent abandonnés, en faisant des immigrants, des minorités, des féministes, des militants pour le climat et d’autres groupes des ennemis. Dans un monde binaire de gagnants et de perdants, la #complexité disparaît dans les mythes d’une #pureté_culturelle et d’une grandeur nationale révolues.

    Pour contrer ces discours, il faut plus qu’une réfutation raisonnée. Si les racines de l’ascension de l’extrême droite sont en grande partie économiques, il sera impossible de la vaincre sans une nouvelle #vision_économique.

    Cela signifie, pour commencer, s’attaquer à l’inflation à sa source. La récente vague d’inflation était moins liée à une demande excessive qu’à des chocs d’offre, à la #spéculation et à des fragilités structurelles. Pourtant, l’orthodoxie économique a continué à privilégier les hausses de taux d’intérêt et l’austérité, pénalisant les travailleurs et les plus vulnérables. Les gouvernements doivent plutôt utiliser des #outils_fiscaux – soutien au revenu, #allégements_fiscaux sur les produits de première nécessité, renforcement des #services_publics – pour protéger les ménages, tout en investissant dans les capacités nationales en matière d’#énergies_renouvelables, de #sécurité_alimentaire et de production durable. Il faut lutter de front contre la spéculation des entreprises en appliquant les #lois_antitrust, en renforçant les règles de #transparence et en sanctionnant les pratiques abusives en matière de #prix.

    Une deuxième priorité consiste à investir massivement (et stratégiquement) dans les #infrastructures_publiques. Des #transports au #logement, en passant par la #santé et l’#éducation, le domaine public doit être reconstruit. La propriété publique ou la réglementation des secteurs clés garantirait la fiabilité, l’équité et la #résilience_climatique des services. Mais l’#investissement seul ne suffit pas. Les institutions doivent être rendues plus transparentes, responsables et participatives, afin de restaurer la #confiance dans le fait que les gouvernements servent l’#intérêt_général.

    Troisièmement, nous avons besoin d’une transition véritablement juste vers une économie à faible émission de carbone. Une politique industrielle verte peut créer des emplois et revitaliser les régions laissées pour compte tout en décarbonisant l’activité économique. Mais si elle est trop laissée au marché, la transition verte risque d’aggraver les inégalités. La #transition_énergétique doit donner du pouvoir aux travailleurs, et non les abandonner. Les emplois verts doivent être des #emplois de qualité : sûrs, bien rémunérés, syndiqués et ancrés dans les communautés. À cette fin, la #politique_industrielle devrait se concentrer sur les énergies propres, la régénération des écosystèmes et les secteurs des soins.

    Quatrièmement, nous devons restaurer la confiance dans les institutions. Cela signifie apporter des améliorations tangibles dans des domaines tels que le #logement_abordable, les #soins_de_santé publics et les infrastructures résilientes. Cela signifie également démocratiser la prise de décision. Des mécanismes tels que la #budgétisation_participative, les #assemblées_citoyennes et les #initiatives_communautaires en faveur du climat peuvent permettre aux citoyens non seulement d’être témoins du changement, mais aussi de le façonner.

    Enfin, pour contrer les discours simplistes de l’extrême droite, il faut élaborer de nouveaux discours audacieux. Un message de renouveau culturel et politique doit accompagner la réforme économique. Là où l’extrême droite offre la peur, la #division et des boucs émissaires, les forces démocratiques doivent offrir la #solidarité, la dignité et l’#espoir, en s’appuyant sur un #discours qui met l’accent sur le #bien-être_collectif, célèbre la #diversité et donne le sentiment que le #progrès est possible et réel.

    L’extrême droite se nourrit du désespoir, de l’insécurité et de l’exclusion. Bricoler les contours du néolibéralisme ne permettra pas d’apporter la sécurité, la dignité et le sentiment d’appartenance nécessaires pour l’affamer. Pour cela, nous avons besoin d’un nouveau modèle économique, fondé sur la #durabilité, la #justice et la solidarité.

    https://www.reseau-bastille.org/2025/12/26/ce-quil-faudra-faire-pour-vaincre-lextreme-droite
    #à_faire #résistance #fisc #fiscalité #économie #gauche #contre-discours
    ping @karine4

  • 5 ouvrages pour explorer le monde d’aujourd’hui sous influence numérique
    https://www.cio-online.com/actualites/lire-5-ouvrages-pour-explorer-le-monde-d-aujourd-hui-sous-influence-nume

    - Politique des Machines, de Fred Turner, Richard Barbrook et Andy Cameron

    Professeur au département des sciences de la communication de l’université de Stanford, ancien journaliste et professeur au MIT et à Harvard et habitant de la Silicon Valley, Fred Turner est un historien expert de l’évolution des technologies de l’information depuis leurs débuts dans les années 50, et de cette bande de terre californienne qui les a vues fleurir depuis. Observateur de l’intérieur, de ces technologies et de leurs impacts, il est en particulier l’auteur de l’ouvrage « Aux sources de l’utopie numérique. De la contre-culture à la cyberculture : Stewart Brand, un homme d’influence », paru en 2006.

    Dans un nouveau livre publié en cette fin d’année 2025, près de 20 ans plus tard, ses deux textes « L’idéologie texane » et « Politique des machines » prolongent cette exploration de l’influence de l’idéologie des hippies des années 60 et 70 sur le numérique de la Silicon Valley et la suivent jusqu’au Texas. Fred Turner décrit ainsi ce nouveau tournant idéologique du secteur qui se traduit par une grande migration des désormais géants du numérique, et de leurs sièges sociaux, depuis leur berceau californien vers cet état conservateur façonné par le pétrole. Exil fiscal et politique, mais aussi signe d’un changement d’attitude de ces entreprises vis-à-vis du monde dont ils tirent en grande partie les ficelles technologiques. Dans le deuxième texte, au titre éponyme de l’ouvrage, « Politique des machines, Internet et le nouvel âge de l’autoritarisme », paru en 2019 dans Harper’s Magazine, Fred Turner analyse la mutation de l’idéologie californienne, en particulier avec l’avènement des plateformes. Fidèle à son ancrage dans l’histoire des technologies de l’information, il rappelle les racines à l’étonnante croisée du libéralisme américain de la fin de la 2e guerre mondiale des premiers ordinateurs et des théories libertaires hippies devenues libertariennes. Le tout donnant l’écosystème tech actuel.

    De la Californie au Texas, la fin de l’utopie numérique ?

    L’ouvrage se termine sur un texte de référence écrit en 1995 sous la présidence Clinton, « L’idéologie californienne » de Richard Barbrook et Andy Cameron, qui met justement en doute à l’aube du XXIe siècle, cette utopie numérique de l’Ouest américain. « L’idéologie texane », le texte de Fred Turner qui ouvre le livre, est écrit en miroir de celui-ci 30 ans plus tard, pointant l’à-propos du document de Barbrook et Cameron. Aujourd’hui partiellement retiré de la recherche, Richard Barbrook est le fondateur de l’Hypermédia Research Center de l’université de Westminster et chercheur sur la régulation des médias. Andy Cameron, décédé en 2012, était écrivain, mais aussi artiste interactif, comme il se décrivait.

    « Politique des machines ». Fred Turner, Richard Barbrook et Andy Cameron, en Français chez C&F éditions, 2025. 15 €

    #Fred_Turner #Politique_machines #Richard_Barbrook