• http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/publications/TC_VARIA/CR_ouvrages/jarrige_mars2026.html

    Les trois textes, rédigés à des périodes différentes, qui composent ce nouvel opus s’inscrivent dans la continuité de cette réflexion : deux sont signés de Fred Turner lui-même, « L’idéologie texane » (2025), et « Politique des machines » (2019), un texte plus grand public qui donne son titre au recueil. L’auteur actualise sa réflexion en explorant comment le monde numérique est passé de « l’idéologie californienne », associant idéologie entrepreneuriale et héritages de la contre-culture, à ce qu’il nomme « l’idéologie texane », bien plus conservatrice, associant refus de toute ingérence de l’État, évangélisme religieux, négation des risques environnementaux, et quête de profit maximal. Il montre comment les intérêts des patrons de la Tech ont progressivement convergé avec ceux des magnats du pétrole après l’an 2000 : loin de remplacer un vieux capitalisme fossile sclérosé par un supposé « capitalisme cognitif » renouvelé, comme beaucoup l’espérait, y compris dans les rangs marxistes, on assiste depuis à une convergence d’intérêts et d’actions. Ce « basculement » qui se matérialise par le déménagement des sièges sociaux et des data centers de la Californie vers le Texas, comme l’a fait Musk lui-même. Loin d’une rupture, ce déplacement radicalise des tendances déjà en germe dans l’idéologie californienne des années 1990, à l’origine d’une nouvelle synthèse dans l’idéologie texane qui associe l’imaginaire de la tech et le conservatisme social le plus réactionnaire et traditionaliste. Le monde numérique, et son visage avancé qu’est l’IA générative, apparaissent de plus en plus manifestement pour ce qu’ils sont : la poursuite et la radicalisation des dynamiques industrielles, de leurs logiques d’accumulation, de l’intensification de l’exploitation du travail et de la nature, en dépit des nouveautés et des ruptures supposées.

    Penser les dystopies technologiques depuis la Silicon Valley

    Ce petit livre entend donc répondre à une énigme centrale de notre temps et qui ne cesse de revenir de façon obsédante désormais : comment l’utopie numérique initialement porteuse d’émancipation à la fin du xxe siècle, de libération, via un monde d’interconnexion horizontal et général a-t-elle pu se transformer en cette dystopie sociale, politique et environnementale que nous observons aujourd’hui ?

    Alors que partout l’extrême droite semble s’imposer et devenir une nouvelle doxa, Turner, qui écrit depuis l’Amérique de Donald Trump et le cœur de la Silicon Valley où il vit et enseigne, constate que « Aujourd’hui que nous subissons les tweets rageurs de Trump, et que Facebook sert d’instrument pour organiser le génocide des Rohingyas, nous commençons à voir combien cette croyance était erronée. Même s’ils nous permettent de communiquer les uns avec les autres dans le monde entier, nos médias sociaux ont donné naissance à une nouvelle forme d’autoritarisme » (p. 41).

    #Fred_Turner #Politique_machines

  • Dernière mise à jour de l’utopie numérique - Nonfiction.fr le portail des livres et des idées
    https://www.nonfiction.fr/article-12584-derniere-mise-a-jour-de-lutopie-numerique.htm

    Fred Turner applique au cas texan ses précédentes analyses sur le design démocratique et sur l’utopie numérique, pour nous aider à mieux comprendre la politique de la Tech.

    Spécialiste de la culture numérique et de ses entreprises californiennes, Fred Turner vient de publier un petit livre qui prolonge ses précédents travaux
    . Trois textes composent ce nouvel ouvrage. Deux sont signés de Fred Turner  : «  L’idéologie texane  », qui date de 2025, et «  Politique des machines  », qui donne son titre au recueil, un article grand public publié en 2019. Lus en parallèle, ces deux essais permettent, selon les éditeurs, de «  comprendre d’une part en quoi l’idéologie texane constitue une rupture au regard de l’idéologie californienne et d’autre part en quoi cette dernière abritait déjà en son sein les germes qui ont mené à cette rupture   »
    . Un troisième article, plus ancien et écrit par les Britanniques Richard Barbrook et Andy Cameron, complète la réflexion de Turner dans le volume  : les deux auteurs, l’un chercheur en sciences politiques et l’autre artiste, tous deux spécialistes de la question des médias, décryptaient dès 1995, les travers de «  L’idéologie californienne  » dans un texte perçu alors comme un «  pamphlet  » et vilipendé par le magazine Wired. Ce texte précurseur apporte un regard européen sur l’univers impitoyable de la tech américaine.

    #Fred_Turner #Politique_machines

  • 5 ouvrages pour explorer le monde d’aujourd’hui sous influence numérique
    https://www.cio-online.com/actualites/lire-5-ouvrages-pour-explorer-le-monde-d-aujourd-hui-sous-influence-nume

    - Politique des Machines, de Fred Turner, Richard Barbrook et Andy Cameron

    Professeur au département des sciences de la communication de l’université de Stanford, ancien journaliste et professeur au MIT et à Harvard et habitant de la Silicon Valley, Fred Turner est un historien expert de l’évolution des technologies de l’information depuis leurs débuts dans les années 50, et de cette bande de terre californienne qui les a vues fleurir depuis. Observateur de l’intérieur, de ces technologies et de leurs impacts, il est en particulier l’auteur de l’ouvrage « Aux sources de l’utopie numérique. De la contre-culture à la cyberculture : Stewart Brand, un homme d’influence », paru en 2006.

    Dans un nouveau livre publié en cette fin d’année 2025, près de 20 ans plus tard, ses deux textes « L’idéologie texane » et « Politique des machines » prolongent cette exploration de l’influence de l’idéologie des hippies des années 60 et 70 sur le numérique de la Silicon Valley et la suivent jusqu’au Texas. Fred Turner décrit ainsi ce nouveau tournant idéologique du secteur qui se traduit par une grande migration des désormais géants du numérique, et de leurs sièges sociaux, depuis leur berceau californien vers cet état conservateur façonné par le pétrole. Exil fiscal et politique, mais aussi signe d’un changement d’attitude de ces entreprises vis-à-vis du monde dont ils tirent en grande partie les ficelles technologiques. Dans le deuxième texte, au titre éponyme de l’ouvrage, « Politique des machines, Internet et le nouvel âge de l’autoritarisme », paru en 2019 dans Harper’s Magazine, Fred Turner analyse la mutation de l’idéologie californienne, en particulier avec l’avènement des plateformes. Fidèle à son ancrage dans l’histoire des technologies de l’information, il rappelle les racines à l’étonnante croisée du libéralisme américain de la fin de la 2e guerre mondiale des premiers ordinateurs et des théories libertaires hippies devenues libertariennes. Le tout donnant l’écosystème tech actuel.

    De la Californie au Texas, la fin de l’utopie numérique ?

    L’ouvrage se termine sur un texte de référence écrit en 1995 sous la présidence Clinton, « L’idéologie californienne » de Richard Barbrook et Andy Cameron, qui met justement en doute à l’aube du XXIe siècle, cette utopie numérique de l’Ouest américain. « L’idéologie texane », le texte de Fred Turner qui ouvre le livre, est écrit en miroir de celui-ci 30 ans plus tard, pointant l’à-propos du document de Barbrook et Cameron. Aujourd’hui partiellement retiré de la recherche, Richard Barbrook est le fondateur de l’Hypermédia Research Center de l’université de Westminster et chercheur sur la régulation des médias. Andy Cameron, décédé en 2012, était écrivain, mais aussi artiste interactif, comme il se décrivait.

    « Politique des machines ». Fred Turner, Richard Barbrook et Andy Cameron, en Français chez C&F éditions, 2025. 15 €

    #Fred_Turner #Politique_machines #Richard_Barbrook

  • The California Authoritarians and the Roots of Techno-Fascism | LinkedIn
    https://www.linkedin.com/pulse/california-authoritarians-roots-techno-fascism-jen-schradie-8l11e/?trackingId=8eSRywy6P%2BexK2Z6wFIkgw%3D%3D

    5 novembre 2025

    Jen Schradie
    Tech & AI Researcher | Digital Inequality | Author | Speaker

    Last night I had the privilege to speak on a panel at Sciences Po where Stanford professor Fred Turner presented his study of California Authoritarians. It was a packed audience that featured Sylvain Parasie, director of the Media Lab, who contextualized the event by pointing out how now more than ever these discussions are vital.

    If you haven’t read Turner’s work, it is essential reading to understand the history and culture of why Silicon Valley is, well, Silicon Valley. His work is unparalleled at understanding the same roots of our utopian visions of digital democracy and the dystopian current reality of authoritarianism are represented by what happened in California communes in the 1960s. While certainly many factors have led to our current techno-fascism (one of many monikers), Turner’s deft analysis shows how the focus on the individual has led to both of these pendulum swings of the seemingly left-leaning liberatory spaces of the internet to the right-leaning digital dominance today.

    My comments opened with the unusual decision to cite Turner from the endnotes of my book, The Revolution That Wasn’t: How Digital Activism Favors Conservatives: “Turner explained [in his book, From Counterculture to Cyberculture] that…the New Communalists…challenged the bureaucratic order with collaborative technology rather than reject the technical/military-industrial complex outright…early Internet pioneers such as Stuart Brand, founder of the WELL, were inspired as children by the face-off against the USSR in the cold war. For these pioneers “the liberation of the individual [emphasis added] was simultaneously an American ideal, an evolutionary imperative, and, for Brand and millions of other adolescents, a pressing personal goal.”

    My very next endnote, “Barbrook and Cameron critiqued Wired Magazine for promoting what they called a California Ideology, a ‘profoundly anti-statist dogma.’ They argued that it embodied an Internet utopian philosophy of individualism and the free market at the expense of others. …. In a 2015 article, I build on and refine their argument by specifying a Silicon Valley Ideology that is tied to the corporate headquarters and platform control of digital neoliberalism and that includes a belief in non-hierarchical, diverse individual participation in online social media spaces.”

    In fact, this focus on the individual is paramount to how digital technologies have been promoted for decades – that you no longer have the dogma of bureaucratic institutions, parties, or “big government” but that you can be free to express yourself online. The reality, however, is what I call digital bureaucracy, which is essential for powerful online engagement, and conservatives have won out over the last few decades with not only resources but an array of boots on the ground. I describe one case, though, on the left in this article on the Strong Ties of Social Movement Emergence in the Digital Era. In fact, last night’s win by Mamdani last night is a perfect example of the importance of this offline grassroots organizing.

    But back to Turner. Read his work. All of it. Among his many accomplishments, he has nailed the historical and cultural patterns that we see today in techno-fascism. His work is published in French by C&F Editions. For another important take on the powerful role of Silicon Valley, check out Olivier Alexandre’s book (in French and English): Tech: How Silicon Valley Remakes the World.

    Also offering insightful comments last night were Dominique Cardon, of the Sciences Po Media Lab and Benjamin Loveluck of Télécom Paris.

    #Jen_Schradie #Fred_Turner #Science_po #Politique_machines