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    Royaume-Uni : près de 100 mineurs détenus à tort dans le cadre de l’accord franco-britannique « one in, one out »
    Par La rédaction Publié le : 14/08/2026 Dernière modification : 16/08/2026
    Selon un organisme chargé de surveiller les prisons et les centres de rétention, en l’espace de neuf mois, 94 migrants mineurs ont été détenus au Royaume-Uni dans le cadre de l’accord franco-britannique « one in one out ». Il s’agissait de personnes impliquées dans des procédures de reconnaissance de minorité, qui se sont finalement avérées être des mineurs. Les enfants sont normalement exclus de ce dispositif de renvoi d’exilés vers la France. Près d’une centaine d’enfants exilés détenus au Royaume-Uni. Du 15 août 2025 au 1er mai 2026, 94 migrants ont été identifiés à tort comme étant des adultes et placés en détention dans le cadre de l’accord franco-britannique « one in one out » ["un pour un"], alors qu’ils étaient en réalité mineurs. C’est ce que révèle une lettre adressée le 13 août à Anna Turley, la ministre d’État à la Sécurité des frontières et à l’Asile, par Jane Leech, présidente par intérim des comités de surveillance indépendants (IMB), chargés de contrôler les prisons et les centres de rétention.
    D’après ce document et les données fournies par le Home Office à l’IMB, sur 304 cas de litiges concernant l’âge des migrants détenus au cours de ces neuf mois, 94 (soit 31%) ont finalement été reconnus comme étant mineurs. L’accord « one in, one out » "place en détention des personnes très vulnérables et nouvellement arrivées, notamment des enfants et des victimes d’abus", a ainsi signalé Jane Leech.
    Les mineurs sont en effet censés être exclus de ce dispositif, qui prévoit depuis août 2025 le renvoi en France de migrants arrivés à bord de « small-boats » au Royaume-Uni, en échange de l’accueil par ce pays d’exilés se trouvant sur le sol français. Comme le rappelle le journal britannique The Guardian, le gouvernement britannique limite en outre la détention des mineurs non accompagnés à 24 heures. « L’IMB s’inquiète donc de l’inefficacité des mécanismes de protection des enfants et estime qu’il faudrait prendre davantage de mesures pour garantir que les personnes dont l’âge fait l’objet d’un litige ne soient pas placées en détention dès le départ », considère la présidente de l’organisation. Toutefois, dans sa lettre, l’IMB remarque « qu’une fois qu’un litige relatif à l’âge est engagé, les personnes concernées se voient rapidement attribuer un hébergement individuel, à l’écart de la population carcérale générale, et qu’une fois reconnues comme mineures, elles sont remises à la charge des services sociaux. » En réaction, un porte-parole du Home Office a assuré au Guardian que « des évaluations rigoureuses de l’âge sont essentielles pour préserver l’intégrité de nos frontières, garantir que les migrants bénéficient d’une protection adéquate et aient accès aux services. » Avant d’ajouter : « Nous continuerons à renforcer et à moderniser ce processus, notamment grâce au déploiement, dès l’année prochaine, d’une technologie d’intelligence artificielle de pointe pour faciliter l’évaluation de l’âge ».
    Dans son courrier, l’IMB dénonce également la longueur des délais pris par les autorités pour mener les évaluations de minorité des étrangers détenus en vue de leur renvoi en France. « Dans deux cas examinés par le Conseil de Heathrow, il a fallu 40 jours, voire plus, entre l’arrivée au centre de rétention pour immigrants (IRC) et l’évaluation de l’âge », souligne Jane Leech. « Trop souvent, les enfants réfugiés sont traités comme des adultes et placés dans des situations dangereuses, exposés à des risques d’abus et de négligence, et confrontés à des risques importants en matière de protection », a de son côté réagi Imran Hussain, directeur exécutif des affaires extérieures au Refugee Council, cité par The Guardian.
    Face à ces chiffres, le Refugee Council appelle en outre « le gouvernement britannique à donner la priorité aux évaluations professionnelles menées par des travailleurs sociaux qualifiés, ce qui s’est avéré être le moyen le plus précis de déterminer l’âge et, par conséquent, d’éviter ces risques. » Les observations de l’IMB ne s’arrêtent pas à l’âge des migrants détenus. D’après l’organisation et la lettre de Jane Leech, certains exilés placés en détention dans le cadre de l’accord attendent leur expulsion vers la France depuis plus de six mois, alors qu’ils n’étaient censés être détenus que pendant 28 jours au maximum, et ce « dans des cas exceptionnels » uniquement. Elles notent également le cas de migrants sur le point d’être renvoyés en France alors qu’ils souffrent de tuberculose ou nécessitent un traitement hospitalier. L’IMB cite aussi certains étrangers qui risquent d’être expulsés après avoir été séparés de leur famille, avec laquelle ils étaient arrivés, ce qui a un « impact particulièrement néfaste » pour les exilés concernés, déplore Jane Leech.
    Ce n’est pas la première fois qu’un organisme pointe du doigt les conditions de détention et les abus subis par des exilés détenus dans le cadre de l’accord franco-britannique. Depuis sa signature, le traité est notamment contesté par de nombreuses associations, qui dénoncent « un marchandage cynique de vies humaines ». En février, l’ONU a elle-même appelé les deux pays à mettre fin à l’accord, avertissant qu’il pourrait y avoir de « graves violations du droit international des droits de l’Homme ». L’organisation avait mentionné le cas d’un Érythréen, « contraint de rester pieds nus lors de son arrestation, la tête recouverte d’une cagoule et plaqué au sol, les bottes des gardes appuyées sur sa nuque ». Interrogé, le Home Office s’était défendu de toute dérive.
    Autre exemple : début janvier, The Guardian avait de son côté déjà révélé que 85 migrants placés en centre de rétention au Royaume-Uni en vue de leur renvoi en France affirmaient avoir subi des traitements dégradants de la part des autorités britanniques. Les exilés, originaires du Soudan, d’Afghanistan et d’Iran notamment, dénonçaient un accès limité à des soins médicaux, le refus d’accès à un avocat et des préjudices psychologiques, notamment dans le centre d’Harmondsworth, en périphérie de Londres. Selon les dernières données officielles, entre le 4 août 2025 et le 30 juin 2026, 1 087 personnes ont été renvoyées en France dans le cadre de l’accord franco-britannique. Dans l’autre sens, ce sont 1 117 personnes qui ont été transférées de la France vers le Royaume-Uni. Un chiffre qui représente seulement 4% des arrivées de migrants en small boat. Depuis le début de l’année, environ 15 500 personnes ont rejoint clandestinement la Grande-Bretagne par la Manche, selon les chiffres officiels des autorités britanniques. Un nombre en baisse de plus de 40% par rapport à la même période en 2025.

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  • « Tous ces migrants illégaux qui arrivent sur nos côtes prennent les emplois des Britanniques » : dans la station balnéaire de Jaywick, le vote pour Nigel Farage est nourri par la peur de l’étranger
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    « Tous ces migrants illégaux qui arrivent sur nos côtes prennent les emplois des Britanniques » : dans la station balnéaire de Jaywick, le vote pour Nigel Farage est nourri par la peur de l’étranger
    Par Julie Zaugg (Jaywick [Royaume-Uni], envoyée spéciale)
    Pour Michelle (qui n’a donné que son prénom), 54 ans, la décision de déménager à Jaywick, sur la côte de l’Essex, n’a pas été prise à la légère. « J’ai consulté les statistiques officielles pour trouver l’un des endroits au Royaume-Uni avec la population la plus blanche », relate-t-elle, le 5 août, assise devant le Sunspot, un minicentre commercial abrité dans des bâtiments de tôle qui a ouvert en 2023 sur le front de mer de cette station balnéaire isolée, située à un peu plus d’une centaine de kilomètres à l’est de Londres. « Je ne me sens plus en sécurité dans les grandes villes avec tous ces groupes de migrants illégaux qui rôdent », poursuit-elle.Jeudi 13 août, lorsque les résidents de Clacton-on-Sea, la circonscription dont fait partie Jaywick, se rendront aux urnes pour élire leur député, elle votera pour Nigel Farage, le dirigeant du parti d’extrême droite Reform UK.
    Les chalets bordant la plage de Jaywick, communauté fondée en 1928 comme village de vacances pour la classe ouvrière, sont progressivement devenus des résidences principales pour les personnes défavorisées fuyant la capitale. En ce mercredi après-midi de début août, des résidents sillonnent la rue principale sur des scooters pour personnes à mobilité réduite. La plage est parsemée de tentes érigées par des personnes sans domicile fixe. Trois jeunes femmes assises à même le trottoir versent de la vodka dans une bouteille de cola. Sur les balcons, des pancartes munies du slogan « Je suis avec Nigel » signalent l’allégeance politique du lieu.
    L’élection de Clacton-on-Sea a été déclenchée par la démission de Nigel Farage, qui occupe ce siège parlementaire depuis 2024. Placé sous enquête en raison d’un don non déclaré de 5 millions de livres (5,8 millions d’euros) provenant du cryptomilliardaire Christopher Harborne, il a choisi de démissionner et de se représenter à son propre poste, décrivant le scrutin du 13 août comme un vote « du peuple contre l’establishment ». Les principaux partis ont choisi de boycotter le scrutin pour ne pas rentrer dans son jeu.
    Cette décision a ouvert la voie à une série de candidats fantaisistes, dont Count Binface (« le comte à tête de poubelle »), qui a promis de maintenir le prix des croissants à 1 livre et de renvoyer à l’école les climatosceptiques. L’acteur Laurence Fox, qui représente le parti d’extrême droite Reclaim, est aussi sur les rangs. La réélection de Nigel Farage semble toutefois assurée. Un sondage de Mandate Research, publié le 3 août, lui attribue 73 % des intentions de vote.
    Les façades des hôtels à la peinture fanée ornant le front de mer témoignent des jours meilleurs qu’a connus cette station balnéaire avant que les classes ouvrières londoniennes ne découvrent les séjours tout compris en Espagne dans les années 1980. La fête foraine installée sur la jetée en bois était l’une des plus connues du pays. Des touristes journaliers en habit de plage fréquentent désormais les manèges brinquebalants et les échoppes vendant du sucre d’orge et des bulots. « Il n’y a qu’une seule personne qui aura mon vote, c’est Nigel », glisse Steve Devaux, 58 ans. Sa bête noire, ce sont les gens qui vivent de l’aide sociale. « Je possède plusieurs logements, et mes locataires ont des télés à écran plat et des meubles neufs sans avoir jamais travaillé un seul jour de leur vie », déplore-t-il.
    L’immigration l’inquiète aussi. « Tous ces migrants illégaux qui arrivent sur nos côtes prennent les emplois des Britanniques », lâche-t-il. La population de la cité est pourtant à 96 % blanche, selon le dernier recensement réalisé en 2021. Le 1er juillet, une embarcation de fortune contenant six migrants est arrivée sur l’une des plages locales, mais il s’agissait d’une première. « Clacton-on-Sea compte de nombreux retraités issus de la classe ouvrière, relève Peter Klotz, un élu travailliste au conseil municipal. On leur a vendu l’idée que tous leurs maux avaient été causés par les migrants. » Les plus de 65 ans représentent 32 % de la population, contre 19 % à l’échelle nationale.
    Le pasteur Stephen Clayden, qui prêche pour l’église Le Pain de vie, dans une halle blanche en face d’un supermarché Lidl, fait partie des orateurs affiliés à la droite dure qui ont influencé le discours politique à Clacton-on-Sea. « Les gens sont inquiets, lance-t-il. Des groupes d’hommes asiatiques ont été vus à proximité de certaines écoles. » Il dit vouloir « [se] battre pour éviter que les hôtels de la cité ne servent à héberger des demandeurs d’asile, comme ailleurs au Royaume-Uni ». Interdit de prêche dans la ville voisine de Colchester en raison du contenu homophobe et islamophobe de ses sermons, Stephen Clayden a reçu le soutien de Nigel Farage dans une vidéo mise en ligne en mai.
    Siégeant dans un ancien théâtre néoclassique, le chef (non élu) du conseil municipal de Tendring (qui comprend Clacton-on-sea et Jaywick), Ian Davidson, est préoccupé par le cirque médiatique qui s’est abattu sur la commune de 53 200 habitants. « Cette élection n’est pas une blague, soupire-t-il. Nous élisons notre représentant parlementaire. » Il a préparé une présentation d’une trentaine de pages à l’intention des candidats pour les informer des enjeux locaux. « Clacton-on-Sea souffre d’un profond dénuement, détaille-t-il. Le nombre de jeunes qui obtiennent un diplôme d’études secondaires est plus bas que la moyenne nationale. L’espérance de vie est dix-huit ans plus basse qu’à Saffron Walden [une riche commune de l’Essex]. » Il y voit un effet du manque d’emplois dans cette station balnéaire qui ne parvient guère à attirer les touristes. « C’est un cercle vicieux, poursuit-il. Comme les logements sont bon marché, les personnes défavorisées et les séniors déménagent ici, faisant pression sur les ressources publiques. »
    Sur la place centrale de Clacton-on-Sea, on sent poindre ces défis. Un groupe d’habitués sirote des canettes de bière en lançant des grossièretés aux passants. Une dame âgée en minijupe et en haut très court se promène en marmonnant, une poupée dans les bras. Un garçon d’une douzaine d’années tente d’écouler des parfums de contrefaçon qu’il trimballe dans un cabas en papier.« L’absence de perspectives pousse de nombreux électeurs dans les bras de Reform UK », juge Ben Lattimore, un résident de 39 ans qui prend le soleil dans un parc au bord de l’eau. Il pense toutefois que le scrutin déclenché par Nigel Farage va entamer sa popularité. « Nous avons bien compris qu’il cherche juste à détourner l’attention de ses problèmes financiers », dit-il. Reform UK, qui caracolait en tête des sondages il y a un an, avec 34 % des intentions de vote au niveau national, a vu cette part chuter à 26 %, selon le baromètre Ipsos de juin.

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  • Les étudiants marocains touchés de plein fouet par la hausse des frais d’inscription en France
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    Les étudiants marocains touchés de plein fouet par la hausse des frais d’inscription en France
    Un décret, pris le 19 mai, restreint les possibilités d’exonération des droits d’inscription différenciés pour les étudiants non européens. Parmi eux, les Marocains sont les plus nombreux à étudier dans les facultés françaises.
    Par Nada Didouh (Fès [Maroc], correspondance)
    Manutentionnaire dans un dépôt de poids lourds à Toulouse, Yassine (son prénom a été changé), 18 ans, soulève des colis de 50 kilos pour 60 euros la journée. « Je travaille tout l’été au lieu de rentrer au Maroc voir mes parents », confie cet étudiant en classe préparatoire intégrée dans une école d’ingénieurs, arrivé en France en 2025. « En travaillant les deux mois d’été, je peux économiser environ 2 000 euros. Mais ça reste trop peu par rapport aux frais qui arrivent. »
    En quelques mois, l’équation financière des étudiants extra-européens en France s’est en effet considérablement compliquée. Hausse des droits d’inscription, fin de l’aide personnalisée au logement (APL) pour les étudiants non boursiers et renforcement des conditions de ressources pour obtenir un titre de séjour, autant de mesures qui suscitent des inquiétudes.
    Les Marocains sont particulièrement concernés. Avec plus de 42 000 étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur français sur l’année scolaire 2024-2025, selon Campus France, le Maroc constitue le premier pays d’origine des étudiants étrangers en France. Mais cette mobilité historique entre les deux pays est aujourd’hui fragilisée par un coût croissant des études.Un décret, pris le 19 mai, restreint désormais les possibilités d’exonération des droits d’inscription différenciés pour les étudiants non européens. Instaurés en 2019 dans le cadre du plan « Bienvenue en France », les frais d’inscription pour ces étudiants peuvent atteindre 2 895 euros par an en licence et 3 941 euros en master, contre une inscription chiffrée à respectivement 178 et 254 euros pour les étudiants français et européens. L’objectif affiché était de renforcer l’attractivité de l’enseignement supérieur français et de faire davantage contribuer les étudiants internationaux au financement de leur formation.
    Jusqu’ici, les universités avaient largement contourné la mesure, qu’elles jugeaient inégalitaire. Selon le ministère de l’enseignement supérieur, en 2024-2025, 90 % des 111 500 étudiants concernés bénéficiaient encore d’une exonération totale ou partielle. Mais le nouveau décret prévoit une baisse progressive de ces exonérations : 30 % d’étudiants exonérés à la rentrée 2026, puis 25 % en 2027 et 20 % en 2028. Le flou demeure sur les profils d’étudiants qui se verront exonérés partiellement ou entièrement de ces frais, mais « leurs ressources » seront prises en compte dans l’examen des demandes, d’après le texte.
    Amina Bentayeb devait faire sa rentrée en septembre à Aix-Marseille Université. La jeune Marocaine de Fès pensait avoir sécurisé son projet après avoir obtenu une exonération de 75 % de ses droits d’inscription. Elle a appris en juillet qu’elle devrait finalement s’acquitter de la totalité des frais. « J’avais construit tout mon projet autour de cette exonération. Aujourd’hui, je me demande si je vais pouvoir continuer. Je ne peux pas payer », confie la jeune étudiante.
    Pourtant, selon le ministère de l’enseignement supérieur, les étudiants ayant obtenu une exonération avant l’entrée en vigueur du décret, le 21 mai, sont censés en conserver le bénéfice. Alors, à Aix-Marseille, comme dans plusieurs universités, des syndicats étudiants se mobilisent pour faire valoir les droits des concernés et contester une application stricte du texte.
    Yassine, déjà engagé dans son cursus, ne sera pas concerné directement par cette hausse des frais de scolarité. La mesure s’applique uniquement aux nouveaux étudiants, ou à ceux qui changent d’établissement ou de cycle universitaire. Excellent élève, major de sa promotion, il bénéficie grâce à ses résultats d’une exonération partielle et paie environ 1 200 euros par an au lieu des 3 000 euros environ prévus. Mais la suppression des APL, entrée en vigueur le 1er juillet, modifie son équilibre.« Avant de venir en France, on m’a parlé des avantages financiers, notamment des APL. Après un an ici, je me retrouve face à une décision politique comme celle-là, franchement c’est choquant. » L’étudiant, originaire d’Oujda, envisage désormais d’autres options. « Mon frère est en Allemagne. Là-bas, les frais sont beaucoup plus bas et c’est plus facile de trouver du travail. » Il prévoit d’apprendre l’allemand à la rentrée.
    A Lyon, Ibrahim (il n’a pas souhaité donner son nom de famille), 19 ans, en deuxième année de bachelor universitaire de technologie informatique, a lui aussi vu son budget se réduire. « Je recevais 200 euros d’APL par mois. Je viens de vérifier sur mon compte de la CAF [Caisse d’allocations familiales], c’était bien mon dernier versement », raconte l’étudiant marocain, dont le loyer s’élève à 600 euros, sans les charges. « Ma mère va essayer de m’aider un peu plus, mais ça va être compliqué. Pour le reste, je vais devoir me débrouiller. » Ancien étudiant au lycée français Lyautey à Casablanca, il raconte que, dans son entourage, « de plus en plus de personnes regardent vers d’autres destinations. Au Maroc, on commence à délaisser la France ».
    Pour le sociologue Hicham Jamid, ces mesures s’inscrivent dans un durcissement plus large de la politique migratoire française. Selon lui, la hausse des frais s’ajoute à des démarches administratives plus complexes et à une précarité accrue : « La mobilité étudiante va devenir une affaire de classe sociale. La France essaie d’attirer les enfants de riches qui sont là juste pour avoir un diplôme français. »
    A ce jour, les données de Campus France Maroc ne montrent pas encore de recul du nombre de candidats. Pour la rentrée 2026-2027, les candidatures marocaines progressent même de 8 %, et le taux d’admission atteint 41 %. Ces chiffres restent toutefois difficiles à interpréter, les candidatures ayant été déposées bien avant l’annonce de ces mesures.

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  • Le Rwanda dit discuter avec des pays européens pour recevoir en transit des migrants expulsés - InfoMigrants
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    Le Rwanda dit discuter avec des pays européens pour recevoir en transit des migrants expulsés
    Par La rédaction Publié le : 10/08/2026
    Des « discussions préliminaires » sont en cours entre Kigali et des États européens pour que le Rwanda serve de pays de transit à des migrants expulsés d’Europe, a annoncé le gouvernement rwandais qui n’a pas précisé les pays avec qui il discutait. « Nous avons entamé des discussions préliminaires avec certains pays européens, mais rien n’a encore été décidé », a indiqué vendredi 7 oaût à l’AFP la porte-parole du gouvernement rwandais Yolande Makolo. Même si la porte-parole n’a pas précisé de quels pays il s’agissait, cela montre que le Rwanda se montre enclin à devenir un pays de transit pour les migrants expulsés d’Europe. Questionnée jeudi sur la radio rwandaise Royal FM au sujet d’un accord spécifique avec l’Italie - pays qui dispose déjà d’un accord avec l’Albanie -, Yolande Makolo avait répondu qu’il n’y avait « pas d’accord » à ce sujet, mais des « discussions ».
    Depuis plusieurs années, le Rwanda dispose du centre de transit de Gashora. Il accueille les migrants évacués de Libye dans le cadre d’un programme onusien appelé « Mécanisme de transit d’urgence » (ETM). Mis en place par le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR) en 2019, ce programme vise à évacuer les publics vulnérables des centres de détention libyens, de les installer dans le centre rwandais, puis de les transférer dans un pays occidental – où leur dossier d’asile est accepté.
    C’est ce dispositif qui est mis en avant par la porte-parole. « L’une des idées dont nous discutons concerne le (centre) de transit d’urgence que nous avons à Gashora » (est), où des milliers de migrants bloqués en Libye avaient été envoyés à partir de 2019 et dont beaucoup sont partis, permettant de sauver « de nombreuses vies », a-t-elle expliqué. Dans un tel lieu, des « familles » pourraient « recevoir des soins médicaux, suivre une forme de formation, se reposer », a plaidé Yolande Makolo. Et d’ajouter : « C’est aussi là que les demandes d’asile sont traitées » et ces personnes « peuvent soit retourner dans leur pays d’origine si c’est sûr et si elles le souhaitent, soit être réinstallées dans d’autres pays ».
    Ce n’est pas la première fois que le Rwanda se prépare à potentiellement accueillir des migrants expulsés d’Europe. Un accord d’externalisation de l’asile avait déjà été conclu entre le pays africain et le Royaume-Uni en 2022. Mais face à de nombreuses contestations judiciaires, il avait rapidement tourné au fiasco puis avait été abandonné par le gouvernent de Keir Starmer. Les choses pourraient être bien différentes aujourd’hui étant donné que le Parlement européen a approuvé, en juin, un règlement sur les retours de migrants déboutés du droit d’asile, incluant la possibilité pour ses pays membres de conclure des accords afin d’installer des centres de rétention hors des frontières de l’Union, suscitant des inquiétudes de défenseurs de droits humains. Une poignée d’États européens - le Danemark, l’Autriche, la Grèce, l’Allemagne et les Pays-Bas – ont déjà signifié qu’ils étudiaient la possibilité de tels accords avec une dizaine de pays, dont le Rwanda.

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  • Crise de Ceuta : en Espagne, début des contrôles aux frontières pour les voyageurs venant d’Italie, en réponse aux mesures similaires prises par Rome
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    Crise de Ceuta : en Espagne, début des contrôles aux frontières pour les voyageurs venant d’Italie, en réponse aux mesures similaires prises par Rome
    Le Monde avec AFP
    L’Espagne a commencé, samedi 8 août, à effectuer des contrôles temporaires aux frontières à ses ports et aéroports pour les voyageurs en provenance d’Italie. Il s’agit de la première journée d’application de cette décision annoncée la veille, en réponse aux mesures similaires imposées par Rome après l’afflux massif de migrants à Ceuta. Les autorités effectueront ces contrôles sur les liaisons aériennes et maritimes « de manière aléatoire » jusqu’au 7 septembre, en se concentrant particulièrement « sur les passagers qui sont ressortissants de pays tiers, afin de vérifier le respect des exigences prévues par le code frontières Schengen », a précisé, samedi, le ministère de l’intérieur. Lors des vols contrôlés, les agents effectuent les vérifications à la sortie de la passerelle menant hors de l’avion, a-t-il ajouté.Cette rare brouille entre deux alliés de l’Union européenne (UE) et de l’OTAN intervient après que 72 000 personnes ont franchi la frontière depuis le Maroc vers le territoire espagnol de Ceuta, en Afrique du Nord, la semaine dernière, lors d’un mouvement d’une ampleur sans précédent, au cours duquel au moins 77 d’entre elles sont mortes.
    Des scènes vivement critiquées par d’autres pays de l’UE, partisans d’une ligne intransigeante sur l’immigration irrégulière et la protection des frontières extérieures du bloc, parmi lesquels la première ministre italienne d’extrême droite, Giorgia Meloni.
    Une mesure « contraire aux intérêts de l’UE »Rome a assuré, vendredi, n’avoir « en aucun cas l’intention de revenir sur la décision de suspendre l’application de l’accord de Schengen [de libre circulation des personnes] aux ressortissants de pays tiers en provenance d’Espagne, au moins jusqu’au 15 août ». Le gouvernement espagnol a fustigé cette mesure, qu’il a qualifiée « d’inéquitable, contraire aux intérêts de l’UE et discriminatoire pour la population espagnole ». « Les autorités espagnoles suivent avec attention l’évolution de la situation migratoire dans l’espace Schengen et, en particulier, la pression migratoire constatée sur la route de la Méditerranée centrale qui affecte la République italienne et ses effets sur différents Etats membres », a affirmé samedi le ministre de l’intérieur espagnol, Fernando Grande-Marlaska.
    Magnus Brunner, commissaire de l’Union européenne aux affaires intérieures et aux migrations, a confirmé avoir été en contact, samedi, avec les ministres de l’intérieur espagnol et italien. « Tous deux ont confirmé que les contrôles aux frontières intérieures étaient temporaires », a-t-il affirmé.« J’ai souligné les progrès que nous avons accomplis dans la lutte contre l’immigration clandestine et le fait que la confiance entre les États membres est notre atout le plus précieux », a écrit M. Brunner sur X. Il a également souligné que les autorités espagnoles avaient donné l’assurance que les événements de Ceuta « n’auraient pas d’effet durable sur l’espace Schengen ». « L’Italie laisse entendre que les contrôles pourraient être levés prochainement », a-t-il soutenu, se disant confiant.

    #Covid-19#migrant#migration#espagne#italie#ceuta#UE#schengen#frontiere#crisemigratoire#sante#politiquemigratoire

  • L’Afrique en première ligne du durcissement de la politique migratoire de Donald Trump
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/08/07/l-afrique-en-premiere-ligne-du-durcissement-de-la-politique-migratoire-de-do

    L’Afrique en première ligne du durcissement de la politique migratoire de Donald Trump
    Par Morgane Le Cam
    Pour les Africains, voyager aux Etats-Unis tient de plus en plus du parcours du combattant. Après l’ajout, en janvier et en avril, de 23 nouveaux pays du continent sur la liste des Etats dont les ressortissants doivent désormais verser une caution au moment de déposer leur demande de visa, l’administration américaine a augmenté, lundi 3 août, le montant de cette garantie.
    La mesure, qui doit entrer en vigueur le 20 août, concerne les demandeurs de visa touriste ou affaires, ressortissants de 50 Etats à travers le monde, dont 30 en Afrique. Auparavant établie entre 5 000 et 15 000 dollars (entre 4 340 et 13 000 euros), cette caution s’élève désormais à 10 000, 15 000 ou 20 000 dollars « en fonction de la situation du demandeur telle qu’évaluée par le fonctionnaire consulaire », précise le règlement publié par le département d’Etat.
    Washington généralise ainsi son programme de demande de caution pour obtenir un visa, lancé en août 2025 pour un an, après avoir constaté le succès de ce dernier « pour réduire les abus en matière de visas et les séjours illégaux » sur le sol américain, précise le même document. Avec ce nouveau durcissement des conditions d’accès au territoire américain, Washington renforce sa lutte contre l’immigration irrégulière – l’une des priorités de l’administration de Donald Trump depuis son retour à la Maison Blanche, en 2025. Et, une nouvelle fois, l’Afrique figure parmi les principales cibles.
    Un durcissement de la politique migratoire de Donald Trump, notamment en Afrique
    D’après un rapport adressé au Congrès par le département de la sécurité intérieure en juillet 2025, les Africains ne représentaient que 4,8 % des voyageurs étrangers aux Etats-Unis en 2024, soit 584 000 personnes sur les 12,1 millions de titulaires de visa touriste ou affaires cette année-là. Mais ils sont plus nombreux que la moyenne à dépasser la durée de séjour autorisée sur le sol américain. Selon le même document, 5,6 % des voyageurs africains aux Etats-Unis en 2024 se sont maintenus illégalement sur le territoire à l’issue de la date d’expiration de leur visa (33 000 personnes), tandis que le taux moyen de dépassement de séjour était de 2,3 % cette même année.
    Parmi les pays sujets à des restrictions de visa, vingt-six sont africains
    Les expulser coûte cher à l’administration américaine : 18 042 dollars en moyenne par étranger, selon le règlement du département d’Etat cité plus haut. D’où l’augmentation du montant de la caution qui, en cas de dépassement de la durée de séjour autorisée, n’est pas restituée au ressortissant. Washington s’assure ainsi de pouvoir compenser l’ensemble des coûts liés à l’expulsion de ces migrants.
    Selon une estimation du centre d’études Migration Policy Institute, 15 000 des voyageurs restés illégalement sur le territoire américain ont été expulsés en 2025 vers des pays tiers, c’est-à-dire vers des Etats dont ils ne sont pas originaires, mais dont Washington se sert comme sous-traitants. Là encore, l’administration Trump a ciblé les Etats africains : 14 d’entre eux ont conclu des accords avec Washington en 2025 et 2026 – sur 35 pays au total –, acceptant d’accueillir des ressortissants issus de pays tiers en échange d’argent, d’aide au développement ou de facilités de visas pour leurs propres ressortissants.
    Les 30 et 31 juillet, des dizaines de migrants, bénéficiant pourtant pour la plupart de mesures de protection de la part de la justice américaine pour empêcher leur expulsion, ont ainsi été envoyés vers la Guinée équatoriale, la Sierra Leone, le Ghana et la République centrafricaine. Trente-six autres migrants, expulsés contre leur gré des Etats-Unis vers le Cameroun, entre janvier et mai, ont saisi la justice camerounaise pour demander la protection juridique dans le pays et la suspension de l’accord migratoire conclu entre Washington et Yaoundé, a annoncé leur avocat, mercredi 5 août. Ils espèrent bloquer leur expulsion vers leur pays d’origine.
    Alors que de plus en plus d’Etats africains acceptent d’accueillir les migrants expulsés par l’administration Trump, Washington a restreint ou interdit de voyage sur le sol américain les ressortissants de certains de ses sous-traitants. En décembre 2025, la Maison Blanche a publié une liste de 24 nouveaux pays – parmi lesquels 17 pays africains –, dont les citoyens sont tantôt interdits, tantôt soumis à des restrictions de visa aux Etats-Unis. Sur celle-ci figure la Sierra Leone et le Soudan du Sud, pourtant signataires d’accords migratoires avec Washington. Au total, 26 Etats du continent sont soumis à des restrictions ou à une interdiction de voyage outre-Atlantique.
    Quant aux citoyens africains qui, eux, conservent sur le papier la possibilité de demander un visa, ils ne sont pas au bout de leurs peines. Outre la caution dont la plupart doivent désormais s’acquitter – d’un montant exorbitant au regard du niveau de vie moyen dans les pays concernés –, certains doivent aussi voyager… pour déposer leur demande de visa.Le 15 juillet, le département d’Etat a annoncé dans un communiqué la suppression de ses services consulaires dans 25 capitales et grandes villes africaines dans le cadre d’une « réorganisation des services de visas en Afrique autour de pôles régionaux ». Les ressortissants de ces 25 pays devront désormais se rendre dans l’un des 20 Etats ayant conservé leur capacité à délivrer le précieux sésame.

    #Covid-19#migrant#migration#etatsunis#afrique#politiquemigratoire#visas#paystiers#expulsion#droit#sante

  • Etats-Unis : Donald Trump prend un décret censé empêcher le « tourisme des naissances » et contester le droit du sol
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/08/06/etats-unis-donald-trump-prend-un-decret-cense-empecher-le-tourisme-des-naiss

    Etats-Unis : Donald Trump prend un décret censé empêcher le « tourisme des naissances » et contester le droit du sol
    Le Monde avec AFP
    Donald Trump a signé, jeudi 6 août, un décret censé empêcher le « tourisme des naissances », consistant pour des étrangères à accoucher aux Etats-Unis afin que leur enfant soit américain, dans une nouvelle tentative pour remettre en question le droit du sol.
    Le président américain a dit vouloir procéder à des « ajustements » après une décision qu’il a qualifiée de « très malheureuse » de la Cour suprême, laquelle avait annulé il y a un peu plus d’un mois un décret supprimant le droit du sol pour les enfants d’immigrés en situation irrégulière.
    Les enfants nés aux Etats-Unis de parents « présents illégalement ou temporairement » sont « citoyens par la naissance en vertu du 14e amendement » de la Constitution, avait conclu la Cour en annulant le décret pris par M. Trump dès son retour au pouvoir. Il s’agissait d’une mesure emblématique pour le dirigeant républicain, qui a mis en œuvre une politique d’immigration très restrictive, même si de nombreux experts avaient prédit dès le départ qu’elle serait rejetée par la Cour suprême.
    Le président américain, dans un échange avec la presse dans le bureau Ovale, a dit penser que sa nouvelle offensive pour limiter le droit du sol, à la marge cette fois, serait, elle, jugée conforme à la Constitution. Son proche conseiller Stephen Miller, l’un des principaux inspirateurs de la politique anti-immigration de Donald Trump, a décrit le « tourisme des naissances » comme « un des abus les plus graves et flagrants » du droit américain.Les spécialistes soulignent toutefois que ce phénomène reste marginal, par rapport aux plus de 250 000 naissances annuelles d’enfants d’immigrés en situation irrégulière ou de résidents temporaires aux Etats-Unis.
    Stephen Miller a assuré, par ailleurs, que le gouvernement américain « étendait » les catégories de personnes auxquelles le droit du sol ne s’applique pas, pour inclure par exemple les « membres d’organisations terroristes » ou des personnes « agissant pour le compte de gouvernements étrangers ». Le nombre de personnes potentiellement concernées et l’impact de ces nouvelles mesures, alors que des restrictions au droit du sol existent déjà, ne sont toutefois pas clairs.

    #Covid-19#migrant#migration#etatsunis#politiquemigratoire#natalite#droitdusol#immigration#sante#droit

  • Mineurs non pris en charge, Subsahariens dans l’impasse... Une semaine après l’afflux de migrants, Ceuta confrontée à de nombreux défis - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/72928/mineurs-non-pris-en-charge-subsahariens-dans-limpasse-une-semaine-apre

    Mineurs non pris en charge, Subsahariens dans l’impasse... Une semaine après l’afflux de migrants, Ceuta confrontée à de nombreux défis
    Par La rédaction Publié le : 06/08/2026
    Une semaine après l’afflux de plus de 70 000 migrants à Ceuta, la situation reste délicate dans l’enclave. Le bilan final des morts peine à être déterminé. Si la quasi-totalité des exilés ont été renvoyés vers le Maroc, il reste des milliers de migrants - dont des mineurs non accompagnés et des subsahariens qui souhaitent demander l’asile – dans l’enclave. Mais les structures de prises en charge sont saturées.
    Combien de personnes sont décédées lorsque près de 70 000 migrants ont traversé en même temps la frontière entre l’enclave espagnole de Ceuta et le Maroc ? Les chiffres divergent. Selon le dernier bilan de la préfecture de Ceuta, au moins 78 personnes sont mortes côté espagnol, principalement par noyade. Le ministère marocain de l’Intérieur a indiqué dimanche que 11 personnes ont perdu la vie de son côté de la frontière. Un chiffre extrêmement bas contesté par plusieurs associations. Selon l’AMDH, le bilan atteint « près de 130 victimes ». L’organisation avance ce chiffre en se basant sur des remontées d’informations espagnoles et marocaines. « Nous sommes présents sur le terrain et en contact avec la morgue de Tétouan pour la partie marocaine. Nous échangeons également avec des associations, des journalistes et d’autres acteurs présents à l’intérieur de Ceuta. En compilant les données obtenues côté Ceuta et côté Maroc, nous arrivons à 130 décès », a expliqué mercredi 5 août Jamila el-Abboudi, membre de l’AMDH Tétouan, à InfoMigrants.
    Le même constat a été établi par l’ONG espagnole Caminando Fronteras. Elle avance un chiffre de 141 décès. Parmi eux, elle cite les 78 morts officiellement reconnus par le gouvernement espagnol. Mais côté marocain, elle avance un chiffre bien supérieur à celui des autorités. Selon l’ONG, 63 corps ont été repêchés dans les eaux marocaines. Un chiffre établi grâce à une enquête menée dans les morgues des hôpitaux du pays, précise l’ONG.
    Depuis le 30 juillet et l’entrée massive de migrants à Ceuta provoquée par une rumeur née de la déformation d’une décision de justice espagnole amplifiée par les réseaux sociaux, la quasi-totalité des migrants marocains ont été renvoyés de l’autre côté de la frontière. Mais il reste encore quelques milliers de migrants sur le petit territoire espagnol qui représente aujourd’hui la seule frontière terrestre entre l’Union européenne et l’Afrique. Et dans les rues de Ceuta, une semaine après la crise, la situation des mineurs inquiète particulièrement. Elle est même devenue « intenable », selon le dirigeant de l’enclave espagnole située sur la côte nord-africaine, Juan Jesús Vivas. Depuis l’afflux des 29 et 30 juillet, « le taux d’occupation des centres d’accueil pour mineurs de Ceuta est de 2 600 % au-dessus de sa capacité critique », a-t-il déclaré lors d’une interview à la télévision publique espagnole.
    Selon lui, il y a environ 1 100 mineurs présents dans la ville autonome. Et ce chiffre n’inclut pas les groupes de jeunes qui continuent d’errer dans les rues de l’enclave et qui vivent dans les parcs et sur les plages dans des conditions très précaires. Jour après jour, les autorités s’efforcent d’identifier et de prendre en charge tous ces mineurs, a constaté sur place un journaliste de l’AFP, mais les moyens manquent. Ceuta « ne dispose d’aucun espace supplémentaire » pour prendre en charge ces jeunes, « une priorité », a averti de son côté le préfet de la ville, Miguel Ángel Pérez Triano.
    Dans un communiqué de presse, la municipalité de Ceuta indique que « l’évolution enregistrée ces dernières semaines souligne l’ampleur de cette situation ». Le 15 juillet, la ville prenait en charge 213 mineurs, un chiffre qui est passé 1 017 mineurs aujourd’hui.
    Face à la crise, la municipalité s’organise comme elle peut. Deux écoles ont été transformées en centres d’accueil. « Le premier centre est déjà opérationnel et accueille environ 110 filles et adolescentes. Cette mesure nous permettra d’offrir une solution temporaire en attendant l’achèvement des nouvelles installations prévues à Loma Margarita et dans la zone portuaire, qui pourront accueillir entre 400 et 500 mineures dès la semaine prochaine », a déclaré la municipalité. Afin de prendre en charge ces jeunes, la ministre de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations, Elma Saiza, annoncé mardi 4 août une aide de 25 millions d’euros pour l’enclave.
    La loi espagnole prévoit un dispositif de répartition des mineurs non accompagnés pour soulager les points d’entrée dans le pays comme Ceuta, les Baléares ou les îles Canaries. Mais il est vivement contesté depuis ses débuts et n’a jamais été vraiment effectif. Dans le cas de Ceuta, même si le gouvernement local a lancé un « appel à l’aide » aux autres régions, les quatre gouvernements de coalition régionaux ont indiqué qu’ils contesteraient toutes décisions de transferts de mineurs depuis Ceuta vers d’autres régions espagnoles. Le dirigeant de Vox, parti d’extrême droite, a déclaré que « pas un seul euro » d’argent espagnol ne devrait être versé aux mineurs migrants.
    Selon l’association marocaine des droits humains à InfoMigrants, de nombreux mineurs figuraient aussi parmi les personnes expulsées de l’enclave. Une pratique normalement illégale. « Nous avons vu des militaires raccompagner des mineurs jusqu’à la frontière », a témoigné Jamila el-Abboudi, de l’AMDH, à InfoMigrants.
    Quel sort pour les demandeurs d’asile africains subsahariens ?
    Et si la majorité des exilés ayant pénétré dans l’enclave étaient marocains, de nombreux migrants originaires d’autres pays d’Afrique subsaharienne et de la Corne du continent traversent régulièrement cette frontière.Plusieurs centaines, venus du Soudan, du Mali, du Sénégal, de Somalie ou encore de Côte d’Ivoire, ont profité de l’afflux massif de migrants vers Ceuta pour entrer eux aussi dans l’enclave espagnole. Et ils sont, eux, non expulsables. Du moins dans l’immédiat. Habituellement, ils sont accueillis au centre d’hébergement pour migrants de l’enclave (CETI), mais celui-ci est lui aussi complètement saturé. Plus de 1 000 personnes sont accueillis actuellement dans ce centre de 500 places qui a fermé ses portes face à la crise. Faute de places, ils sont actuellement des centaines à vivre à même le sol au bord des routes entourant le CETI où sur la plage à proximité.
    Le délégué du Gouvernement à Ceuta, Miguel Ángel Pérez Triano, a annoncé que le gouvernement central prévoit de mettre en place dans un délai approximatif de « un mois » un centre d’accueil temporaire des étrangers (CATE) afin de traiter plus rapidement les situations administratives et accélérer les transferts vers la péninsule des demandeurs d’asile qui peuvent y prétendre.Selon plusieurs sources, il reste également quelques milliers de migrants marocains qui vivent cachés dans les collines et les forêts. Selon Reuters, certains ont trouvé refuge dans un cimetière de l’enclave. L’association marocaine des droits humains estime à « environ 3 000 », le nombre de personnes encore à Ceuta. Selon le représentant du gouvernement, ils seraient plutôt « environ 2 500 »

    #Covid-19#migrant#migration#espagne#ceuta#MNA#subsaharien#sante#hebergement#politiquemigratoire#migrationirreguliere

  • Rome et Kigali discutent d’une possible externalisation au Rwanda des procédures d’asile déposées en Italie - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/72948/rome-et-kigali-discutent-dune-possible-externalisation-au-rwanda-des-p

    Rome et Kigali discutent d’une possible externalisation au Rwanda des procédures d’asile déposées en Italie
    Par RFI Publié le : 07/08/2026
    Deux jours après la proposition faite par Rome à Bruxelles de financer une gestion externalisée des procédures d’asile dans l’Union européenne lors de la réunion des ministres de l’Intérieur des 27 sur Ceuta, la porte-parole du gouvernement rwandais a confirmé qu’un tel projet était à l’étude entre l’Italie et le Rwanda.
    Quelques jours après la proposition faite par Rome à Bruxelles de mettre en place une gestion externalisée des procédures d’asile dans l’Union européenne (UE) à travers le développement d’un réseau européen de « hubs de retour » dans des pays tiers financés par l’UE, le Rwanda a affirmé, jeudi 6 août, être en discussion avec l’Italie à ce propos.
    « Nous sommes toujours en discussion », a ainsi affirmé la porte-parole du gouvernement rwandais, Yolande Makolo, sur les antennes de la radio nationale Royal FM. Selon elle, les points à l’étude concernent notamment l’expérience acquise par Kigali en la matière, notamment grâce au mécanisme de transit d’urgence de Gashora - un programme mis en place en 2019 dans le cadre duquel le Rwanda accueille des migrants évacués de Libye -, le délai d’examen de leur dossier d’asile, ainsi que celui de leur départ vers d’autres pays.
    Le 4 août dernier lors une réunion d’urgence des ministres de l’Intérieur de l’UE en visioconférence pour évoquer la crise migratoire de Ceuta, Rome avait effectivement appelé Bruxelles à financer des centres migratoires externalisés, situés hors de l’espace Schengen, où seraient délocalisées les procédures d’asile et de retours de migrants.S’inspirant d’un accord de ce type déjà passé par l’Italie avec l’Albanie, la proposition envisageait d’en conclure d’autres avec plusieurs pays africains dont l’Ouganda, le Ghana et le Rwanda.
    Si le projet entre les deux pays devait se concrétiser, il viendrait s’ajouter aux différents accords migratoires déjà conclus par Kigali, notamment avec le Royaume-Uni en 2022 - avant que Londres ne l’abandonne deux ans plus tard - et avec les États-Unis, en 2025, en vue de l’accueil temporaire de personnes expulsées par Washington

    #Covid-19#migrant#migration#italie#rwanda#UE#externalisation#asile#politiquemigratoire#sante#droit#crisemigratoire

  • La crise de Ceuta, un révélateur des divisions de l’Union européenne sur la question migratoire
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/08/04/la-crise-de-ceuta-un-revelateur-des-divisions-de-l-union-europeenne-sur-la-q

    La crise de Ceuta, un révélateur des divisions de l’Union européenne sur la question migratoire
    Par Anna Joubinet (Bruxelles, correspondance )
    A Bruxelles, interrompre ses vacances pour des réunions en ligne à 27 est presque devenu un rituel estival pour nombre de diplomates et de ministres. Samedi 1er août, l’Irlande, qui occupe la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne (UE), a convoqué les ministres de l’intérieur des Etats membres pour une visioconférence impromptue, mardi 4 août, en milieu de matinée.
    Objectif officiel : tirer des leçons de la crise éclair du 30 juillet, qui a vu près de 50 000 migrants venus du Maroc entrer dans l’enclave espagnole de Ceuta, avant que la plupart ne fassent demi-tour dans les vingt-quatre heures qui ont suivi. Au moins 72 personnes sont mortes, notamment par noyade, selon les autorités locales. Dublin y voit aussi une occasion d’exprimer la solidarité de l’UE avec l’Espagne.
    Il faut dire que celle-ci n’était pas franchement de mise ces derniers jours. Samedi, 22 chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE – majoritairement issus de la droite – ont accusé le premier ministre socialiste espagnol, Pedro Sanchez, de ne pas en faire assez pour assurer la protection des frontières extérieures de l’UE.
    Dans leur lettre aux dirigeants des institutions européennes, ces 22 Etats – dont l’Italie, l’Allemagne, la Pologne, la Hongrie, la République tchèque, mais aussi le Danemark, dirigé par la sociale-démocrate Mette Frederiksen – dénoncent les « politiques susceptibles de créer un effet d’appel », faisant allusion au vaste plan de régularisation de sans-papiers lancé en avril par Pedro Sanchez – lequel ne concerne que des personnes vivant déjà en Espagne.Le même jour, le premier ministre espagnol écrivait à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pour déplorer « l’attitude alimentée par les préjugés, la désinformation, l’ignorance ou des intérêts politiques » de certains gouvernements européens après la crise à Ceuta.
    Ces deux courriers, envoyés à quelques heures d’intervalle, réclamaient une rencontre ministérielle pour faire le bilan de l’épisode. La France aussi, même si Paris n’a pas signé la lettre accusatrice des 22. « Elle n’apportait aucune solidarité concrète à l’Espagne et visait avant tout à instrumentaliser la poussée migratoire à Ceuta », explique l’Elysée. Même constat du côté du Luxembourg et du Portugal, qui ne figurent pas parmi les signataires. Tout comme l’Irlande, même si, dans son cas, son rôle de présidente du Conseil de l’UE lui impose d’afficher une forme de neutralité.
    Lundi, les ambassadeurs des Vingt-Sept auprès de l’UE ont longuement préparé la visioconférence ministérielle du lendemain. Mais ils ne s’attendent pas à ce que des décisions majeures y soient prises. « La réunion sera utilisée par les ministres à des fins de politique intérieure », confie aussi une de ces sources diplomatiques. Elle leur permettra « d’adopter un ton plutôt dur pour ne pas laisser la moindre prise aux critiques de l’extrême droite ». Ces dernières années en effet, les gouvernements européens, dont plusieurs ont basculé à droite, ont durci leur position sur l’immigration pour donner des gages à un électorat de plus en plus séduit par l’extrême droite.
    La virulence des critiques formulées à l’égard de Pedro Sanchez n’est que le dernier épisode de cette évolution, à laquelle seule une poignée d’Etats européens s’oppose désormais. Lors du dernier sommet des Vingt-Sept, en juin, à Bruxelles, la première ministre danoise, Mette Frederiksen, et la présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, qui s’étaient déjà alliées en 2025 pour réclamer une révision de la jurisprudence de la Convention européenne des droits de l’homme concernant les droits des migrants, ont pris à partie le dirigeant espagnol. Lors de ce sommet, 19 Etats avaient signé une lettre réclamant davantage de soutien de la Commission pour lutter contre l’immigration illégale.
    A l’époque, le chancelier allemand, Friedrich Merz, n’avait pas signé. Samedi, en revanche, il comptait parmi les 22 qui se sont dits prêts à renforcer les contrôles à leurs frontières intérieures. Devancés de 3 à 7 points par le parti d’extrême droite AfD dans les intentions de vote à l’échelle nationale, mais aussi dans deux des trois Länder d’ex-Allemagne de l’Est où se tiendront des élections régionales en septembre, les conservateurs allemands ne veulent pas laisser à l’AfD le monopole de la fermeté sur les questions migratoires.
    Depuis son arrivée au pouvoir, en mai 2025, Friedrich Merz a d’ailleurs activé une clause dérogatoire européenne permettant aux Etats de rétablir les contrôles aléatoires à leurs frontières intérieures. La France fait de même depuis 2015, alors que ces dérogations à l’accord de Schengen sont censées n’être que temporaires.
    En matière d’immigration, l’Italienne Giorgia Meloni, à la tête d’une famille politique issue du fascisme, est, elle aussi, concurrencée à sa droite par l’ex-général Roberto Vannacci, qui a récemment fondé son parti, Futuro Nazionale, en vue des législatives de 2027. Et au Danemark, le parti social-démocrate de Mette Frederiksen a adopté une ligne migratoire très stricte dès 2015, là encore pour endiguer la poussée de l’extrême droite.
    L’évolution vient de loin. Depuis la crise dite « des réfugiés », en 2015-2016, l’UE a revu structurellement sa politique migratoire, sur fond de droitisation du Conseil de l’UE et du Parlement européen. En adoptant en 2024 un ensemble de textes sous la bannière du « pacte sur la migration et l’asile », les Vingt-Sept pensaient pourtant avoir enfin trouvé un compromis.Mais à peine le pacte adopté, plusieurs Etats membres ont voulu aller plus loin, en renforçant l’externalisation de la gestion des migrants. Le développement de « centres de retour » à l’extérieur de l’UE est ainsi devenu un moyen d’éviter les débats épineux sur les relocalisations de réfugiés à l’intérieur de celle-ci. Paradoxalement, si le discours des Européens sur l’immigration se durcit, les flux vers l’UE, eux, diminuent. Le « nombre d’arrivées illégales est en chute de 55 % au cours des deux dernières années, et de 37 % depuis le début 2026 », rappelle Ursula von der Leyen dans un courrier adressé, lundi, à Pedro Sanchez, que Le Monde a pu consulter. « Quand on regarde les chiffres, on peine à expliquer certaines politiques », constate Alberto-Horst Neidhardt, responsable migration du think tank European Policy Centre. Le signe, selon lui, que la politique migratoire « est davantage dictée par les émotions que par les faits ».

    Pour l’eurodéputée conservatrice allemande Lena Düpont (CDU), ces chiffres relativement « favorables » offrent, au contraire, « une fenêtre d’opportunité pour agir » hors de tout cadre d’urgence. « Nous devons nous concentrer maintenant sur la dimension externe des politiques migratoires », affirme la coordinatrice du groupe PPE (droite) à la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures (LIBE) du Parlement européen. A gauche, miser sur les pays tiers est plutôt considéré comme un facteur de vulnérabilité. Les crises comme celle de Ceuta sont « le résultat de l’externalisation, plébiscitée par la droite et l’extrême droite, qui nous rend dépendants de la volonté de régimes autoritaires tiers », déplore Mélissa Camara, négociatrice de textes migratoires pour le groupe des Verts au Parlement européen. Les eurodéputés de la commission LIBE tiendront jeudi une session extraordinaire sur la crise du week-end à Ceuta, selon les informations du Monde. Mais c’est plus probablement lors du sommet européen d’octobre que l’on saura si les événements survenus le 30 juillet dans l’enclave espagnole déboucheront sur des décisions et des réformes concrètes.

    #Covid-19#migration#migrant#UE#crisemigratoire#migrationirreguliere#politiquemigratoire#frontiere#sante#extremedroite

  • En Allemagne, l’AfD exploite la crise migratoire de Ceuta dans l’espoir de peser sur la campagne des régionales
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/08/04/en-allemagne-l-afd-exploite-la-crise-migratoire-de-ceuta-dans-l-espoir-de-pe

    En Allemagne, l’AfD exploite la crise migratoire de Ceuta dans l’espoir de peser sur la campagne des régionales
    Par Gwénaëlle Deboutte (Francfort, correspondance)
    Au cœur de l’été, les images de l’arrivée d’environ 50 000 migrants à Ceuta, enclave espagnole au Maroc, ont offert au parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD) des images lui permettant de marteler son discours anti-immigration. Alors que des élections ont lieu en septembre dans Berlin et dans deux autres Länder de l’est de l’Allemagne, l’AfD s’est immédiatement emparée de l’événement pour mettre en cause la capacité de l’Union européenne et du gouvernement fédéral allemand à contrôler les flux migratoires.
    La salve a débuté dès vendredi 31 juillet, soit au lendemain du début de l’arrivée des migrants à Ceuta, avec un communiqué de la coprésidente du parti, Alice Weidel : « L’Allemagne doit empêcher à tout prix que d’autres migrants, en partie enclins à la violence et peu instruits, atterrissent dans nos systèmes sociaux. Les événements à Ceuta montrent combien la protection commune des frontières européennes est toujours aussi inefficace. » Le choix des mots révèle une volonté de dramatisation et illustre une rhétorique classique de l’AfD sur les questions migratoires : un événement ponctuel devient la preuve d’un dysfonctionnement structurel.
    Mais le véritable amplificateur de communication s’est joué quelques heures plus tard sur les réseaux sociaux, en particulier Instagram et Telegram. Depuis des années, l’AfD est le parti politique allemand le plus actif sur ces plateformes, où il exploite des contenus émotionnels et clivants, mis en avant par des algorithmes. Ainsi du compte Instagram de la fédération AfD du Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, où le parti est crédité de 36 % des intentions de vote aux régionales de septembre.
    Sur fond de vidéos montrant une foule de jeunes hommes exultant, Jan-Phillip Tadsen, spécialiste des questions migratoires à l’AfD, interroge, face caméra : « Voulons-nous continuer à accepter l’inaction de l’Europe ? Ou voulons-nous enfin mener une vraie politique qui empêche cela de manière cohérente et qui mette fin aux morts qui ont eu lieu à Trèves, à Berlin et si souvent dans nos rues ? » Une référence à des attaques perpétrées par des ressortissants étrangers vivant sur le sol allemand, comme à Berlin, en 2016, ou à Trèves, le 15 juillet, où un Afghan de 22 ans a poignardé un étudiant. A chaque événement de ce type, l’AfD se montre particulièrement réactive, en profitant pour marteler son argumentaire associant immigration et insécurité.
    En Saxe-Anhalt, où l’AfD est créditée de 41 % des intentions de vote aux élections du 6 septembre, au point de rêver à participer pour la première fois à un exécutif régional, le parti a également très vite réagi aux événements de Ceuta. Alors que sa campagne est sur le contrôle de l’immigration et l’accélération des expulsions, sa tête de liste, Ulrich Siegmund, qui s’est fait connaître par une communication très active sur les réseaux sociaux auprès d’un public jeune, n’a pas hésité à employer le terme d’« invasion » pour qualifier l’afflux de migrants à Ceuta. Au niveau national, l’affaire de Ceuta a donné à l’AfD l’occasion d’attaquer le chancelier Friedrich Merz. Après avoir prospéré sur la dénonciation de la politique migratoire d’Angela Merkel, jugée trop laxiste lors de la crise migratoire de 2015-2016, la formation accuse le gouvernement actuel de ne pas aller assez loin dans la protection des frontières, alors même que M. Merz a pris ses distances avec la politique de sa prédécesseure, pourtant du même parti que lui, en durcissant les contrôles aux frontières, en limitant le regroupement familial, en restreignant l’accès d’une partie des immigrés aux prestations sociales et en augmentant le nombre d’expulsions.
    Une passe d’armes sur Instagram, samedi, a illustré cette stratégie de l’AfD, consistant à ne pas laisser M. Merz se targuer de mener une politique de fermeté en matière migratoire. Alors que le chancelier venait d’affirmer qu’il soutenait la position espagnole visant à empêcher les migrants irréguliers d’accéder au continent européen, Alice Weidel lui a répondu : « Le chancelier ne dit rien sur la manière dont il entend protéger les frontières allemandes ; il ne se prononce pas non plus sur une suspension de l’espace Schengen », a affirmé la coprésidente de l’AfD, avec un objectif clair : transformer un événement ayant lieu à plusieurs milliers de kilomètres de l’Allemagne en enjeu électoral.

    #migration#migrant#Covid-19#allemagne#UE#espagne#crisemigratoire#migrationirreguliere#frontiere#politiquemigratoire#sante#extremedroite

  • Crise de Ceuta : Ursula von der Leyen appelle à une « réponse européenne commune » pour « renforcer les frontières »
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/08/03/crise-de-ceuta-ursula-von-der-leyen-appelle-a-une-reponse-europeenne-commune

    Crise de Ceuta : Ursula von der Leyen appelle à une « réponse européenne commune » pour « renforcer les frontières »
    Le Monde avec AFP
    « Cet épisode montre clairement que nous devons aller plus loin pour renforcer nos frontières aux points les plus sensibles », a-t-elle écrit dans une missive adressée au premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, et consultée par l’Agence France-Presse.Parmi les pistes évoquées, « une surveillance accrue et, lorsque cela est nécessaire, l’utilisation de barrières physiques ». La cheffe de l’exécutif européen souligne toutefois que « la protection de l’ensemble de nos frontières extérieures constitue une responsabilité européenne partagée ». L’afflux inédit de migrants, entrant de force dans l’enclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord, a en effet provoqué de très vives tensions entre les 27 pays de l’Union européenne (UE). Face aux images de dizaines de milliers de personnes gagnant illégalement ce territoire à partir du Maroc, plusieurs Etats membres, Italie et Danemark en tête, ont rapidement appelé à suspendre l’Espagne de l’espace Schengen.
    Une demande politiquement explosive, juridiquement impossible au regard du droit européen, qui a suscité la colère de Madrid. Dénonçant l’attitude « égoïste » de plusieurs pays, l’Espagne a réclamé l’organisation d’une réunion entre ministres de l’intérieur de l’UE. Cet échange, par visioconférence, doit avoir lieu mardi.
    Il permettra de « tirer les enseignements » de l’épisode de Ceuta et de plancher sur une « réponse européenne commune » aux défis liés à l’immigration clandestine, s’est félicitée Ursula von der Leyen, évoquant plusieurs axes de réflexion.Au cours des derniers mois, Bruxelles a déjà nettement durci ses règles migratoires, autorisant notamment les Etats membres à envoyer des déboutés d’asile dans des centres en dehors des frontières de l’UE, les fameux « hubs de retour ».
    « Le fait que Ceuta et Melilla fassent partie intégrante du territoire espagnol est incontestable, aux yeux du monde entier », a stipulé lundi le ministre des affaires étrangères espagnol, José Manuel Albares, lors d’une intervention télévisée. Selon Madrid, la « quasi-totalité » des quelque 50 000 personnes ayant franchi illégalement la frontière jeudi et vendredi ont depuis été renvoyées au Maroc.
    Le délégué du gouvernement local de Ceuta, Miguel Angel Perez Triano, a déclaré lundi que le nombre de personnes se trouvant encore à Ceuta était estimé à 2 500. Le plus haut responsable de Ceuta, Juan Jesus Vivas, a quant à lui estimé que ce chiffre était compris entre 3 000 et 5 000. Près d’un millier de mineurs sont restés dans l’enclave, selon l’ONG Save the Children. Au moins 72 personnes sont mortes en voulant rejoindre illégalement l’enclave espagnole de Ceuta sur la côte nord du Maroc où des dizaines de milliers d’émigrants, majoritairement des jeunes Marocains, ont contourné le poste-frontière marocain, selon les autorités locales

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  • La crise de Ceuta, un révélateur des divisions de l’Union européenne sur la question migratoire
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    La crise de Ceuta, un révélateur des divisions de l’Union européenne sur la question migratoire
    Par Anna Joubinet (Bruxelles, correspondance )
    A Bruxelles, interrompre ses vacances pour des réunions en ligne à 27 est presque devenu un rituel estival pour nombre de diplomates et de ministres. Samedi 1er août, l’Irlande, qui occupe la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne (UE), a convoqué les ministres de l’intérieur des Etats membres pour une visioconférence impromptue, mardi 4 août, en milieu de matinée.
    Objectif officiel : tirer des leçons de la crise éclair du 30 juillet, qui a vu près de 50 000 migrants venus du Maroc entrer dans l’enclave espagnole de Ceuta, avant que la plupart ne fassent demi-tour dans les vingt-quatre heures qui ont suivi. Au moins 72 personnes sont mortes, notamment par noyade, selon les autorités locales. Dublin y voit aussi une occasion d’exprimer la solidarité de l’UE avec l’Espagne.Il faut dire que celle-ci n’était pas franchement de mise ces derniers jours. Samedi, 22 chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE – majoritairement issus de la droite – ont accusé le premier ministre socialiste espagnol, Pedro Sanchez, de ne pas en faire assez pour assurer la protection des frontières extérieures de l’UE.
    Dans leur lettre aux dirigeants des institutions européennes, ces 22 Etats – dont l’Italie, l’Allemagne, la Pologne, la Hongrie, la République tchèque, mais aussi le Danemark, dirigé par la sociale-démocrate Mette Frederiksen – dénoncent les « politiques susceptibles de créer un effet d’appel », faisant allusion au vaste plan de régularisation de sans-papiers lancé en avril par Pedro Sanchez – lequel ne concerne que des personnes vivant déjà en Espagne.Le même jour, le premier ministre espagnol écrivait à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pour déplorer « l’attitude alimentée par les préjugés, la désinformation, l’ignorance ou des intérêts politiques » de certains gouvernements européens après la crise à Ceuta.
    Ces deux courriers, envoyés à quelques heures d’intervalle, réclamaient une rencontre ministérielle pour faire le bilan de l’épisode. La France aussi, même si Paris n’a pas signé la lettre accusatrice des 22. « Elle n’apportait aucune solidarité concrète à l’Espagne et visait avant tout à instrumentaliser la poussée migratoire à Ceuta », explique l’Elysée. Même constat du côté du Luxembourg et du Portugal, qui ne figurent pas parmi les signataires. Tout comme l’Irlande, même si, dans son cas, son rôle de présidente du Conseil de l’UE lui impose d’afficher une forme de neutralité.
    Lundi, les ambassadeurs des Vingt-Sept auprès de l’UE ont longuement préparé la visioconférence ministérielle du lendemain. Mais ils ne s’attendent pas à ce que des décisions majeures y soient prises. « La réunion sera utilisée par les ministres à des fins de politique intérieure », confie aussi une de ces sources diplomatiques. Elle leur permettra « d’adopter un ton plutôt dur pour ne pas laisser la moindre prise aux critiques de l’extrême droite ». Ces dernières années en effet, les gouvernements européens, dont plusieurs ont basculé à droite, ont durci leur position sur l’immigration pour donner des gages à un électorat de plus en plus séduit par l’extrême droite.
    La virulence des critiques formulées à l’égard de Pedro Sanchez n’est que le dernier épisode de cette évolution, à laquelle seule une poignée d’Etats européens s’oppose désormais. Lors du dernier sommet des Vingt-Sept, en juin, à Bruxelles, la première ministre danoise, Mette Frederiksen, et la présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, qui s’étaient déjà alliées en 2025 pour réclamer une révision de la jurisprudence de la Convention européenne des droits de l’homme concernant les droits des migrants, ont pris à partie le dirigeant espagnol. Lors de ce sommet, 19 Etats avaient signé une lettre réclamant davantage de soutien de la Commission pour lutter contre l’immigration illégale.
    A l’époque, le chancelier allemand, Friedrich Merz, n’avait pas signé. Samedi, en revanche, il comptait parmi les 22 qui se sont dits prêts à renforcer les contrôles à leurs frontières intérieures. Devancés de 3 à 7 points par le parti d’extrême droite AfD dans les intentions de vote à l’échelle nationale, mais aussi dans deux des trois Länder d’ex-Allemagne de l’Est où se tiendront des élections régionales en septembre, les conservateurs allemands ne veulent pas laisser à l’AfD le monopole de la fermeté sur les questions migratoires.
    Depuis son arrivée au pouvoir, en mai 2025, Friedrich Merz a d’ailleurs activé une clause dérogatoire européenne permettant aux Etats de rétablir les contrôles aléatoires à leurs frontières intérieures. La France fait de même depuis 2015, alors que ces dérogations à l’accord de Schengen sont censées n’être que temporaires.En matière d’immigration, l’Italienne Giorgia Meloni, à la tête d’une famille politique issue du fascisme, est, elle aussi, concurrencée à sa droite par l’ex-général Roberto Vannacci, qui a récemment fondé son parti, Futuro Nazionale, en vue des législatives de 2027. Et au Danemark, le parti social-démocrate de Mette Frederiksen a adopté une ligne migratoire très stricte dès 2015, là encore pour endiguer la poussée de l’extrême droite.
    L’évolution vient de loin. Depuis la crise dite « des réfugiés », en 2015-2016, l’UE a revu structurellement sa politique migratoire, sur fond de droitisation du Conseil de l’UE et du Parlement européen. En adoptant en 2024 un ensemble de textes sous la bannière du « pacte sur la migration et l’asile », les Vingt-Sept pensaient pourtant avoir enfin trouvé un compromis.Mais à peine le pacte adopté, plusieurs Etats membres ont voulu aller plus loin, en renforçant l’externalisation de la gestion des migrants. Le développement de « centres de retour » à l’extérieur de l’UE est ainsi devenu un moyen d’éviter les débats épineux sur les relocalisations de réfugiés à l’intérieur de celle-ci.Paradoxalement, si le discours des Européens sur l’immigration se durcit, les flux vers l’UE, eux, diminuent. Le « nombre d’arrivées illégales est en chute de 55 % au cours des deux dernières années, et de 37 % depuis le début 2026 », rappelle Ursula von der Leyen dans un courrier adressé, lundi, à Pedro Sanchez, que Le Monde a pu consulter. « Quand on regarde les chiffres, on peine à expliquer certaines politiques », constate Alberto-Horst Neidhardt, responsable migration du think tank European Policy Centre. Le signe, selon lui, que la politique migratoire « est davantage dictée par les émotions que par les faits ».
    Pour l’eurodéputée conservatrice allemande Lena Düpont (CDU), ces chiffres relativement « favorables » offrent, au contraire, « une fenêtre d’opportunité pour agir » hors de tout cadre d’urgence. « Nous devons nous concentrer maintenant sur la dimension externe des politiques migratoires », affirme la coordinatrice du groupe PPE (droite) à la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures (LIBE) du Parlement européen.A gauche, miser sur les pays tiers est plutôt considéré comme un facteur de vulnérabilité. Les crises comme celle de Ceuta sont « le résultat de l’externalisation, plébiscitée par la droite et l’extrême droite, qui nous rend dépendants de la volonté de régimes autoritaires tiers », déplore Mélissa Camara, négociatrice de textes migratoires pour le groupe des Verts au Parlement européen.Les eurodéputés de la commission LIBE tiendront jeudi une session extraordinaire sur la crise du week-end à Ceuta, selon les informations du Monde. Mais c’est plus probablement lors du sommet européen d’octobre que l’on saura si les événements survenus le 30 juillet dans l’enclave espagnole déboucheront sur des décisions et des réformes concrètes.

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  • Catherine Wihtol de Wenden, politiste : « Le Maroc a pris conscience depuis longtemps de la place géostratégique qu’il occupe pour l’Europe en termes de migrations »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/08/04/catherine-wihtol-de-wenden-politiste-le-maroc-a-pris-conscience-de-la-place-

    Catherine Wihtol de Wenden, politiste : « Le Maroc a pris conscience depuis longtemps de la place géostratégique qu’il occupe pour l’Europe en termes de migrations »
    Tribune Catherine Wihtol de Wenden Directrice de recherche émérite au CNRS

    Une fâcheuse concordance des temps s’est invitée, une fois de plus, dans la gestion des migrations irrégulières entre l’Espagne et le Maroc entre le 30 et le 31 juillet, à Ceuta, conduisant à mêler la question migratoire à la diplomatie dans la région. Rappelons trois faits récents : au début du mois, la Cour suprême espagnole a rendu un arrêt interdisant le refoulement immédiat de migrants tentant d’atteindre les enclaves espagnoles du Maroc de Ceuta et Melilla par la mer. En avril, le gouvernement de Pedro Sanchez annonçait la régularisation de 500 000 sans-papiers jusqu’à la fin de l’année. Enfin, les mobilisations pour l’anniversaire de l’arrivée au pouvoir de Mohammed VI, à la toute fin du mois de juillet, ont pu entraîner une baisse des effectifs déployés par le Maroc à la frontière espagnole.
    Ainsi ont eu lieu 50 000 entrées par la mer, d’après les estimations, après le franchissement forcé de la ligne de démarcation entre les faubourgs de la ville marocaine de Fnideq et la plage de Ceuta. Cette arrivée massive s’est aussi soldée par au moins 72 morts [selon les autorités espagnoles], déclenchant une crise politique et sécuritaire en Espagne et en Europe, car il s’agit du franchissement d’une frontière externe de l’Union européenne.
    Mais le décryptage de cette crise est peut-être ailleurs. Le gouvernement espagnol affiche avec fierté sa croissance économique. Le 20 juillet, fort de la victoire de l’Espagne au Mondial de football, le premier ministre s’est rendu en visite officielle en Algérie, son premier fournisseur de gaz, pour la première fois depuis 2020. Or, en 2022, Madrid était sorti de sa neutralité et avait soutenu le plan marocain d’autonomie du Sahara occidental, ce qui avait provoqué la colère d’Alger. Le conflit algéro-marocain autour du Sahara occidental demeure l’un des principaux points d’achoppement entre les deux pays, entre lesquels la frontière est fermée. Déjà, en 2021, alors qu’un dirigeant du Front Polisario (défenseur des Sahraouis, appuyé par l’Algérie) avait été accueilli en Espagne pour raisons médicales, le Maroc avait laissé passer par les enclaves espagnoles les candidats marocains à l’exil pour marquer son mécontentement. Environ 8 000 personnes étaient parvenues à entrer à Ceuta et le Maroc avait été accusé de faire pression sur l’Espagne dans le dossier du Sahara occidental.
    S’agit-il alors d’une nouvelle marque de mécontentement marocain face au rapprochement entre Madrid et Alger ? On a l’impression que le scénario de 2021 se reproduit à Ceuta, fragilisant le gouvernement espagnol dans sa politique intérieure, face aux partis sécuritaires et notamment Vox (extrême droite), bien que le gouvernement ait exclu de recourir à l’état d’urgence, considérant que les flux migratoires n’en étaient pas une. Face à l’Europe, au lendemain de l’adoption du Pacte européen sur l’immigration et l’asile entré en vigueur en juin 2026, l’Espagne est isolée avec une politique migratoire qui défend le bien-fondé d’une régularisation massive, en s’appuyant sur des arguments économiques, alors que l’essentiel du dispositif européen repose sur la dissuasion et la répression des flux irréguliers.
    En Italie, Giorgia Meloni a appelé à suspendre l’accord de Schengen avec l’Espagne, et le ministre des affaires étrangères espagnol a annoncé la convocation de l’ambassadeur d’Italie à Madrid pour protester contre cette prise de position. Rappelons qu’au printemps, Bruno Retailleau, chef de file du parti Les Républicains, avait appelé à fermer la frontière franco-espagnole quand l’Espagne avait annoncé la régularisation des sans-papiers, au motif que cette décision risquerait de provoquer un « appel d’air » de ces derniers vers la France. Mais pourquoi des travailleurs insérés sur le marché du travail espagnol auxquels on annonce une régularisation de leur statut iraient-ils tenter leur chance en France dans la précarité, alors qu’il s’agit surtout de Latino-Américains hispanophones ? Toute crise migratoire est bonne pour agiter des arguments sécuritaires.
    Depuis longtemps, le Maroc a pris conscience de la place géostratégique qu’il occupe pour l’Europe en termes de migrations. Seulement 13 kilomètres séparent Gibraltar de la côte marocaine et les villes d’Andalousie comptent beaucoup de sans-papiers, y compris des mineurs venus isolément dans les camions et par bateau : des associations à Cadix et à Grenade œuvrent à leur insertion scolaire et professionnelle sur le territoire espagnol. L’accord bilatéral de 2023 signé entre le Maroc et l’Espagne pour lutter contre l’immigration irrégulière a eu pour effet de diminuer les entrées irrégulières en Espagne en 2026. Faisant suite à une série d’accords entre ces deux pays, il résulte en une frontière qui n’est plus exclusivement située sur les points de passage, mais qui « s’épaissit » sur l’ensemble du territoire, avec des contrôles aléatoires à l’encontre des sans-papiers, subsahariens notamment.
    Ces « transmigrants » (selon l’expression du chercheur Mehdi Alioua) ont déjà pris d’assaut à plusieurs reprises les grillages séparant les enclaves espagnoles du territoire marocain. En revanche, le Maroc reste réticent à la signature d’accords multilatéraux avec l’ensemble des pays européens qui l’obligeraient à reprendre les sans-papiers ayant transité par son territoire car il veut conserver les meilleures relations auprès de la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest qu’il a intégrée pour y jouer un rôle-clé. Il est donc pris en étau entre l’Europe et l’Afrique de l’Ouest sur la question migratoire mais cherche à en tirer le meilleur parti.
    En 2018, c’est au Maroc qu’a été signé le pacte sur l’immigration et l’asile, dit pacte de Marrakech, à l’initiative des Nations unies, le pays se faisant ainsi le porte-parole du multilatéralisme dans la gouvernance mondiale des migrations. Quelques années auparavant, il avait organisé un colloque sur la signature de la Convention des Nations unies de 1990 sur les droits de tous les travailleurs migrants et de leurs familles, signée seulement par une soixantaine de pays, tous du Sud, car elle garantit certains droits aux sans-papiers.
    Cette stratégie rappelle celle de la Turquie, menée début 2020 vers l’Union européenne, quand le gouvernement d’Ankara, mécontent que l’Europe ne réponde pas à toutes ses revendications dans l’accord signé en 2016 avec l’Union européenne (facilitation des visas pour les Turcs et reprise des négociations sur la candidature turque), avait affrété des bus pour traverser la frontière grecque – le Covid-19 y avait mis fin. Un autre exemple, avec la Biélorussie, de la prise de conscience de la place géostratégique par un pays frontalier de l’Europe, utilisant les migrations comme enjeu de haute diplomatie.

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  • Crise de Ceuta : entre l’Espagne et le Maroc, trente ans de rapprochements stratégiques et beaucoup d’arrière-pensées
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/08/02/crise-de-ceuta-entre-l-espagne-et-le-maroc-trente-ans-de-rapprochements-stra

    Crise de Ceuta : entre l’Espagne et le Maroc, trente ans de rapprochements stratégiques et beaucoup d’arrière-pensées
    Par Guillaume Delacroix (Barcelone, correspondance)
    Publié aujourd’hui à 16h15, modifié à 18h09
    Il faudra du temps pour comprendre les ressorts de la crise qui a de nouveau enfiévré Ceuta, sur la côte nord-africaine, en face de Gibraltar, jeudi 30 et vendredi 31 juillet. Les raisons pour lesquelles environ 50 000 personnes arrivant de la ville marocaine de Fnideq ont tout à coup submergé l’enclave espagnole restent obscures, tout comme peut surprendre la rapidité avec laquelle la quasi-totalité de ces jeunes migrants ont été refoulés vers leur point de départ en moins de vingt-quatre heures. L’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH) a appelé, samedi, à l’ouverture d’une enquête indépendante afin de faire « toute la lumière » sur cette affaire qui s’est soldée par la mort d’au moins 72 migrants.
    Ce qui vient de se produire à Ceuta n’est qu’un épisode de plus dans une relation bilatérale tumultueuse depuis au moins trois décennies. Au début des années 1990, l’Espagne a cherché à faire du Maroc un partenaire privilégié dans la région. Un traité « d’amitié, de bon voisinage et de coopération » est signé entre les deux pays en 1991, ce qui n’empêche pas Madrid de s’en tenir à un « équilibre dynamique » vis-à-vis des pays du Maghreb, concept théorisé au sortir de la dictature franquiste par le premier ministre socialiste Felipe Gonzalez (1982-1996). « Ce dernier trouvait normal qu’il y ait des contentieux avec le Maroc, l’important étant de trouver des solutions », raconte un diplomate espagnol de haut rang requérant l’anonymat.
    Après l’arrivée au pouvoir de la droite, cette vision vole en éclats sous le gouvernement Aznar (2000-2004) avec la crise de Persil. En 2002, des militaires marocains occupent cet îlot inhabité au large de Ceuta et Madrid envoie son armée pour les en chasser, ce qui entraîne une rupture brutale avec Rabat. Deux ans plus tard, à la faveur d’une nouvelle alternance politique en Espagne, le dialogue est rétabli par le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero (2004-2011) avec le roi Mohammed VI. Les échanges commerciaux se développent malgré des épisodes de crispation à propos de Ceuta et Melilla. Madrid renoue avec une forme de neutralité entre le Maroc et l’Algérie.
    Sous le gouvernement du conservateur Mariano Rajoy (2011-2018), le pragmatisme l’emporte, l’Espagne et le Maroc coopèrent sur la question migratoire tandis que de nombreuses entreprises hispaniques s’installent au royaume chérifien. Quand le socialiste Pedro Sanchez arrive au pouvoir en 2018, il déclare le Maroc « partenaire stratégique » de l’Espagne, sans pour autant renoncer à développer les échanges avec l’Algérie. Survient alors la crise de 2021 à Ceuta. Alors que Rabat s’indigne de l’hospitalisation en Espagne de Brahim Ghali, dirigeant du Front Polisario, l’organisation indépendantiste du Sahara occidental soutenue par l’Algérie, 10 000 personnes rejoignent l’enclave espagnole à la nage. « Quelques mois plus tard, l’Espagne change de position sur le Sahara occidental et décide d’ouvrir ses frontières avec le Maroc », rappelle Cristina Monge, professeure de sciences politiques à l’université Complutense de Madrid.
    Un virage spectaculaire : en mars 2022 en effet, Pedro Sanchez qualifie le plan marocain d’autonomie du Sahara occidental de base « la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour résoudre le conflit avec le Front Polisario. Sur ce sujet jusqu’alors, Madrid tenait sa fameuse position d’équilibre entre les parties. L’Espagne s’attire les foudres d’Alger mais anticipe, ce faisant, un mouvement qui se généralisera en faveur de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, ancien territoire colonisé que l’Espagne avait dû quitter en 1975 après la « marche verte » organisée sous le règne de Hassan II. En 2024, la France se ralliera à son tour à la position marocaine. « Chaque fois qu’un événement migratoire se produit, cela débouche inévitablement sur des négociations portant sur des questions stratégiques pour le Maroc. Nous ne savons pas encore ce qui s’est passé cette semaine, mais nous le saurons bientôt », estime Cristina Monge.
    Directeur de recherches à l’Institut royal Elcano de Madrid, Ignacio Molina pense, lui aussi, que la nouvelle arrivée massive de migrants à Ceuta révèle combien le Maroc « tient à montrer de temps à autre sa capacité à exercer une pression, même s’il y a de multiples causes à cette crise, non exclusives les unes des autres ». Parmi elles, la visite officielle de Pedro Sanchez à Alger, le 20 juillet, la première depuis 2020, mais surtout l’arrêt de la Cour suprême espagnole du 8 juillet interdisant la reconduite automatique à la frontière des migrants arrivant par la mer sans avoir à franchir d’obstacle physique, ce qui pourrait avoir créé un appel d’air au Maroc. Samedi matin, l’armée espagnole a déroulé une ligne de bouées et un filet de contention depuis le rivage vers le large, une barrière flottante qui rend inapplicable la récente décision de justice.
    Même si certains, comme l’association AMDH, tiennent l’Etat marocain responsable de la situation ayant conduit à l’afflux de migrants à Ceuta, Ignacio Molina note que Madrid s’est bien gardé ces derniers jours de dénoncer toute responsabilité présumée de Rabat : « L’idée actuelle du gouvernement espagnol est de dire que, vaille que vaille, il faut entretenir de bonnes relations avec le Maroc. C’est une position qui n’est pas tenable à long terme, tant les différends sont nombreux entre les deux pays. A court terme néanmoins, Madrid et Rabat se doivent d’afficher leur coordination sur la question migratoire jusqu’en 2030, date à laquelle ils organiseront la Coupe du monde de football, conjointement avec le Portugal. »
    Comme le souligne le diplomate espagnol, « depuis le rapprochement de 2022, le Maroc croit pouvoir exiger de l’Espagne qu’elle soutienne toutes ses prises de position à l’international, notamment à l’encontre de l’Algérie. Or le réchauffement en cours entre Madrid et Alger lui montre que la réalité n’est pas aussi simple ». Selon ce fin connaisseur de la région, l’affaire de Ceuta pourrait ainsi être liée à une autre actualité récente, à savoir l’entrée en vigueur, le 15 juillet, de l’accord entre l’Union européenne et le Royaume-Uni sur la suppression des contrôles physiques à la frontière terrestre entre Gibraltar et l’Espagne, rapprochant de facto le rocher britannique de l’espace Schengen. Conséquence immédiate, le gouvernement de Gibraltar a annoncé la fin de la liaison maritime avec le Maroc.
    Rabat en aurait pris ombrage, le ferry en question ayant permis depuis une vingtaine d’années à la communauté marocaine de Gibraltar de maintenir des liens étroits avec le royaume. « Ce changement historique ne règle pas la question de la souveraineté de Gibraltar mais encourage certains à remettre sur la table l’avenir de Ceuta et Melilla », observe le diplomate. Connue pour ses positions anticolonialistes, l’AMDH a appelé, samedi, à « inscrire la revendication de la restitution » des deux enclaves espagnoles « à l’ordre du jour politique » marocain. En omettant de dire que si Ceuta et Melilla devenaient marocaines, Rabat perdrait son principal levier de pression sur l’Europe.

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  • A Fnideq, près de Ceuta, la désillusion des jeunes Marocains après une traversée éclair en Europe
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    A Fnideq, près de Ceuta, la désillusion des jeunes Marocains après une traversée éclair en Europe
    Par Mustapha Kessous (Fnideq (Maroc), envoyé spécial)
    Cette fois, c’est fini. La fièvre a disparu. Fnideq est redevenue une cité balnéaire banale. Samedi 1er août, il n’y a plus de trace de la crise migratoire sans précédent qui a secoué ces derniers jours cette ville marocaine collée à l’enclave espagnole de Ceuta, l’une des deux seules frontières terrestres entre l’Union européenne et le continent africain. Enfin, presque. Il y a des policiers partout : le long de la corniche, sur les buttes couleur terre cuite qui surplombent la Méditerranée, sur la mer et tout au long de la route menant vers le poste-frontière. Mais il est difficile d’imaginer qu’entre jeudi 30 et vendredi 31 juillet, quelque 50 000 personnes, selon le ministère de l’intérieur espagnol, se sont subitement ruées vers ce bout d’Europe, souvent à la nage.
    Dès le vendredi, ce mouvement inédit s’est inversé : la plupart ont fait marche arrière, épuisés par des jours d’errance, le manque de sommeil et la faim. A Ceuta, ils disent n’avoir trouvé que des forces de l’ordre, des rideaux de boutiques abaissés et des commerçants qui refusaient de les servir. La désillusion les a poussés à faire demi-tour.De l’autre côté des barbelés, Ceuta s’est vidée de ces exilés éphémères. Cette fois-ci, la porte qui mène vers cet autre monde a été condamnée. Il n’en reste plus qu’une d’ouverte : celle qui reconduit cette jeunesse dans un quotidien qu’elle dit vivre en apnée. Selon les autorités espagnoles, plus de 48 000 personnes sont retournées dans leur pays.Mais à Fnideq, l’errance a continué. Sans téléphone, sans argent, sans chaussures, beaucoup de ces jeunes se sont retrouvés à dormir sous les palmiers ou sur le bitume des trottoirs. Sans violence, et parfois avec compassion, les policiers les ont progressivement dispersés, leur répétant de rentrer à la maison. Certains ont attendu que des proches viennent les récupérer, d’autres ont fait de l’auto-stop. Ils peuvent oublier Ceuta et l’Europe.
    Quelque chose a désormais changé à Fnideq : les Espagnols viennent d’installer sur les flots de la Méditerranée une frontière flottante de 500 mètres de long. Cette barrière orangée défigure un peu plus encore un horizon coupé en deux.Sous ce soleil cuisant, l’après-midi semble s’éterniser. En face du portail grillagé, gardé par les forces auxiliaires, de nombreuses mères attendent leur enfant. Elles voient défiler des jeunes de tous les âges venus de plusieurs régions du royaume, minés par ce retour précipité. Certains sont pieds nus ou en chaussettes, d’autres torse nu.Ces mères sont inquiètes. Elles scannent chaque visage : est-ce leur enfant ? Elles arrêtent quelques garçons et leur montrent des photos : « Avez-vous vu mon fils ? » L’une d’elles est en pleurs. Sa fille Rania, 15 ans, s’est fait la belle avec sa cousine, il y a deux jours. « Je ne savais pas qu’elle voulait partir », raconte-t-elle. Depuis, elle est assise devant la porte du retour, espérant revoir la silhouette et les longs cheveux bouclés de sa fille. Cette dame d’une cinquantaine d’années à la gandoura à bas prix a dormi, la nuit de vendredi à samedi, près de l’immense rond-point à l’entrée de la ville, avec des centaines d’autres familles, et des jeunes qui espéraient encore se faufiler jusqu’à Ceuta.
    Mouad Hossni et Achraf Mimoun, deux militants de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH), écoutent attentivement ces mères et tentent de les rassurer. Ils sont venus de Tétouan, la grande ville la plus proche, pour échanger avec ces candidats à l’exil dans le but de rédiger un rapport sur cette traversée éclair. « On peut se demander si cet événement est spontané ou organisé, explique M. Hossni. Mais la question la plus importante demeure : quelles sont les causes sociales qui poussent des jeunes à prendre, en l’espace de quelques minutes, la décision de risquer leur vie en mer, quelles que soient les circonstances dans lesquelles cet événement s’est produit ? »
    Les récits de ces migrants éphémères se ressemblent tous. Ces garçons – les jeunes femmes sont très rares – racontent leur traversée comme une aventure extraordinaire. Ils évoquent les réseaux sociaux qui les ont poussés à rejoindre l’enclave espagnole et leur déception de n’avoir pas pu démarrer une nouvelle vie là-bas.
    Dans un long communiqué, l’AMDH a condamné « le silence inquiétant des responsables et des institutions » du pays qui n’ont toujours pas réagi publiquement à la crise. L’organisation exige l’ouverture d’« une enquête sérieuse et indépendante afin de faire toute la lumière sur les circonstances et les causes ayant conduit aux récentes vagues d’exode, et établir les responsabilités ». L’ONG fait état de « près de 130 victimes », alors que le ministre de l’intérieur espagnol, Fernando Grande-Marlaska, avance le chiffre de 67 morts.
    Désormais, il faut apprivoiser la déception, et attendre la prochaine occasion. « De toute façon, Ceuta, ce n’est pas vraiment l’Europe, lâche un jeune homme. On y retournera. » En contrebas, sur la plage, un adolescent vient de se lancer à l’eau. Un militaire lui demande de remonter, le garçon se met à pleurer : « Pour l’amour de Dieu, laisse-moi y aller. » Il a dû renoncer. Les heures passent, la chaleur est moins intense. Puis, des cris. De joie. Rania vient de passer la porte du retour. Sa mère la serre si fort qu’elle pourrait lui briser les os. Sa fille l’embrasse comme si elles ne s’étaient pas vues depuis des mois. Pourquoi est-elle partie ? « Je ne peux pas l’expliquer, répond Rania. J’ai le cerveau en pause. »

    #Covid-19#migration#migrant#maroc#espagne#ceuta#crisemigratoire#politiquemigratoire#sante

  • Luxembourg : des Syriens manifestent devant les services de l’immigration - InfoMigrants
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    Luxembourg : des Syriens manifestent devant les services de l’immigration
    Par Maïa Courtois Publié le : 30/07/2026
    Des dizaines de Syriens ont manifesté mercredi midi devant la Direction de l’immigration, dans la capitale du Luxembourg. Il s’agit de leur cinquième manifestation contre les délais de traitement de leurs dossiers d’asile ou de regroupement familial qui ne cessent de s’allonger. Le tout dans un contexte tendu, après les révélations sur un vaste réseau de fraude au sein des services de l’immigration début juillet.Plusieurs dizaines de demandeurs d’asile syriens se sont réunis, ce mercredi midi, face au bâtiment de la Direction de l’immigration, dans la capitale du Luxembourg. Les manifestants revendiquaient l’accélération du traitement des dossiers d’asile et du regroupement familial. Mais aussi une facilitation d’octroi des permis de travail et la fin des « mauvais traitements » de l’administration, liste l’organisation SoriiaLina, à l’initiative du rassemblement.
    « Ces délais vont à l’encontre de la loi, qui prévoit un traitement en six mois, et jusqu’à 21 mois maximum. Or, beaucoup de gens attendent depuis plus longtemps que ça. Cela détruit leur vie. Ils ne peuvent pas étudier, pas travailler, ni quitter le pays », expose Mohammad Harer, membre de SoriiaLina, auprès d’Infomigrants. Ce Syrien de 29 ans, travaillant dans le monde des affaires pour une société états-unienne au Luxembourg, anime depuis 2024 avec une vingtaine d’autres personnes ce collectif de soutien aux populations exilées dans le pays -Syriens, Palestiniens, Angolais, Soudanais...

    Le rassemblement de ce mercredi a duré une heure environ, d’après la presse luxembourgeoise. « Nous étions près de 120 personnes », rapporte Mohammad Harer. Si la plupart des manifestants étaient des hommes adultes, une jeune fille de 15 ans, Maha Barkel, a pris la parole devant le bâtiment des services de l’immigration. (...)
    Ces évocations de « négligence » et « corruption » font directement référence à une affaire qui a récemment entaché l’image des services de l’immigration luxembourgeoise. Deux agents de la Direction générale de l’immigration au Luxembourg ont été suspendus, mardi 7 juillet, après une série de perquisitions. Ceux-ci sont impliqués dans un vaste réseau de fraude à l’immigration, pour lequel une vingtaine de personnes sont inculpées. Le réseau aurait permis à plus de 200 personnes d’obtenir un titre de séjour au Luxembourg grâce à des documents falsifiés. Entre autres : des faux diplômes, de faux certificats de langue, mais aussi des contrats de travail ou certificats de domiciliations fictifs. La liste des accusations est donc lourde : corruption, trafic d’influence, blanchiment, faux et usage de faux, escroquerie à subvention, trafic illicite de migrants, et infractions à la loi sur la libre circulation des personnes et l’immigration.
    Le grand public a découvert cette affaire début juillet au moment de la communication du parquet : mais le dossier d’instruction a en réalité été ouvert par la justice luxembourgeoise dès l’été 2023. Au total, cinq agents de la Direction générale de l’immigration du Luxembourg ont été, à ce jour, suspendus de leur fonction. « Cela a démontré qu’il y a des problèmes dans ces services. La corruption est l’un des problèmes qu’il y avait dans ce ministère. Et dans l’administratif, ils ne sont pas efficaces du tout », regrette Mohammad Harer. Malgré leur mobilisation, SoriiaLina n’a jamais décroché de rendez-vous avec le ministère à ce jour. En 2026, seuls 84 Syriens ont déposé une demande d’asile au Luxembourg, ce qui représente 14 % des demandes, selon les statistiques officielles. Ils n’étaient que sept en juin. Le Luxembourg reçoit entre 2 000 et 2 600 demandes d’asile chaque année, depuis 2022. Pourtant, les délais de traitement sont très longs. Pour cette raison, depuis février 2025, la communauté syrienne s’est déjà mobilisée à six reprises au Luxembourg. Dont une fois devant la Cour de justice de l’Union européenne, indique Mohammad Harer. « Il ne s’agit pas simplement d’une attente, mais d’une punition systématique due à une bureaucratie paralysante », estime l’organisation SoriiaLina. La dernière manifestation en date menée, avant celle de ce mercredi, avait eu lieu en février 2026. (...)
    En 2025, les autorités luxembourgeoises ont mis en moyenne plus de 13 mois pour délivrer ou refuser le statut de réfugié aux demandeurs d’asile. Ce temps d’attente augmente ces dernières années, a alerté en début d’année la presse luxembourgeoise, notamment les médias Virgule et Le Quotidien. En 2021 et 2022, cette moyenne plafonnait à 10 mois. Le gel temporaire des examens des demandes d’asile de Syriens constitue l’un des facteurs explicatifs de la situation actuelle. À la chute du gouvernement de Bachar al-Assad en décembre 2024, plusieurs États membres avaient suspendu ces examens, le temps de revoir leur procédure. À ce moment-là, 864 demandes d’asile émanant de réfugiés syriens étaient en cours de traitement, selon l’Intérieur luxembourgeois. L’association luxembourgeoise Passerell avait alors dénoncé une suspension qui promettait de « faire traîner les décisions d’asile indéfiniment ».
    De fait, leur reprise se fait au compte-goutte depuis l’été 2025. Début 2026, 550 Syriens attendaient encore une décision concernant leur demande d’asile, selon le média Virgule. Le gouvernement promettait de finir le traitement de ces demandes retardées « d’ici l’automne 2026 ». Léon Gloden, le ministre des Affaires Intérieures, a confirmé lors d’une question parlementaire que les Syriens, depuis ce dégel, ne bénéficient plus automatiquement du statut de réfugié : « On ne peut plus affirmer qu’il existe en Syrie une situation sécuritaire qui se soit détériorée au point de justifier l’octroi d’un statut de protection internationale au seul motif que la personne est originaire de ce pays. » "Depuis le changement de régime avec le départ de Bachar el-Assad, j’ai reçu une réponse négative concernant ma demande de protection internationale, mais je suis toujours là", a confié Abdulhamid Abouhouran, 28 ans, employé en CDI comme pizzaiolo et participant à la manifestation de mercredi, à L’Essentiel. « Tous les six mois, je dois arrêter de travailler pendant un mois, pour refaire une demande au service de l’immigration. Les demandes de quitter le territoire succèdent aux nouvelles autorisations de travail. Rien n’est clair et on attend toujours des réponses plus fermes. C’est pourquoi nous avons manifesté ce mercredi. On est bien intégrés et on a construit notre vie, ici : on demande juste un peu d’humanité »

    #Covid-19#migration#migrant#luxembourg#syrie#asile#refugie#droit#protection#sante#politiquemigratoire

  • Migration des femmes : l’ONU tire la sonnette d’alarme et appelle à une refonte des politiques au Sénégal
    https://www.dakaractu.com/Migration-des-femmes-l-ONU-tire-la-sonnette-d-alarme-et-appelle-a-une-ref

    Migration des femmes : l’ONU tire la sonnette d’alarme et appelle à une refonte des politiques au Sénégal
    À l’occasion d’une consultation nationale organisée à Dakar dans le cadre du programme « Rendre la Migration Sûre pour les Femmes au Sénégal et en Afrique de l’Ouest », ONU Femmes a lancé un appel en faveur d’une gouvernance migratoire plus inclusive, plaçant les droits, la sécurité et l’autonomisation des femmes migrantes au cœur des politiques publiques. Réunissant autorités, organisations de la société civile, syndicats, chercheurs et partenaires techniques, la rencontre vise à renforcer la protection des femmes migrantes et à promouvoir une migration de travail sûre et digne.
    Dans son discours d’ouverture, la Représentante résidente d’ONU Femmes Sénégal a rappelé que les migrations en Afrique de l’Ouest concernent avant tout les déplacements internes et intrarégionaux, loin de l’image souvent associée aux traversées vers l’Europe. Elle a souligné que les femmes représentent près de 47 % des migrants de la sous-région et contribuent activement au développement économique, notamment à travers le commerce transfrontalier, l’agriculture, les services et les transferts de revenus vers leurs familles.
    Malgré cette contribution, ONU Femmes estime que les femmes migrantes demeurent confrontées à de nombreuses vulnérabilités. Travaillant majoritairement dans le secteur informel, elles sont davantage exposées à l’exploitation, aux discriminations, aux violences, au harcèlement ainsi qu’aux risques de traite des personnes. L’organisation a également mis en avant le poids économique de la migration, rappelant que les transferts de fonds de la diaspora vers le Sénégal ont atteint près de 3 milliards de dollars en 2023, soit 9,4 % du PIB selon la Banque mondiale.
    À travers cette consultation, ONU Femmes souhaite recueillir les contributions des différents acteurs afin d’identifier des solutions concrètes pour améliorer la protection des femmes migrantes, renforcer leur accès au travail décent et à la protection sociale, et produire des données plus fiables pour orienter les politiques publiques. L’organisation appelle à une mobilisation collective afin de faire de la migration un véritable levier d’autonomisation des femmes et de développement durable au Sénégal et en Afrique de l’Ouest.

    #Covid-19#migration#migrant#senegal#femme#politiquemigratoire#sante#droit#migrationirreguliere

  • Royaume-Uni : en une journée, 752 migrants arrivés sur neuf petits bateaux par la Manche, un pic depuis le début de l’année
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/07/30/royaume-uni-en-une-journee-752-migrants-arrives-sur-neuf-petits-bateaux-par-

    Royaume-Uni : en une journée, 752 migrants arrivés sur neuf petits bateaux par la Manche, un pic depuis le début de l’année
    Le Monde avec AFP
    Les autorités britanniques ont vu arriver 752 migrants par la Manche sur de petites embarcations mercredi, un nombre historique pour une seule journée depuis le début de l’année, selon des chiffres du ministère de l’intérieur britannique. Ces personnes ont effectué la périlleuse traversée sur neuf petits bateaux. Le précédent pic cette année était de 710 arrivées le 15 juin dernier, et le nombre le plus important était celui de 1 305 arrivées au début de septembre 2022.
    Depuis le début de l’année, 14 128 personnes sont arrivées sur ces « small boats » au Royaume-Uni, un chiffre en repli de 42 % par rapport à la même période de l’an dernier. Ce pic survient alors que les autorités françaises ont déclaré que quatre migrants ont été retrouvés morts jeudi 30 juillet après des tentatives de traversées clandestines de la Manche, portant à au moins 14 le nombre de personnes mortes en France en 2026.
    Les autorités constatent que les passeurs qui organisent ces traversées utilisent des bateaux de plus en plus grands, qui embarquent donc davantage de personnes, selon la technique dite du « taxi boat », par laquelle le canot arrive du large pour longer la côte en récupérant les migrants directement dans l’eau. En début de semaine, un jeune homme de 19 ans a comparu au Royaume-Uni devant un tribunal, accusé d’avoir piloté la semaine précédente un bateau qui avait transporté 167 personnes, selon les détails dévoilés à l’audience.
    Les gouvernements britanniques successifs ont tous promis de lutter contre ces traversées illégales de la Manche, alors que le phénomène a contribué à l’essor du parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage ces deux dernières années. Des responsables politiques de ce parti et de l’opposition conservatrice accusent régulièrement les autorités françaises de ne pas en faire assez pour empêcher les départs de migrants, malgré la contribution financière versée par le Royaume-Uni à la France en ce sens. Un nouvel accord pour tenter d’empêcher les traversées clandestines de la Manche a été conclu en avril entre Paris et Londres.

    #Covid-19#migration#migrant#france#royaumeuni#politiquemigratoire#routemigratoire#migrationirreguliere#sante

  • Ceuta : la France va renforcer ses frontières, l’Italie veut suspendre « l’accord de Schengen avec l’Espagne »
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/07/31/ceuta-la-france-va-renforcer-ses-frontieres-l-italie-et-la-finlande-veulent-

    Ceuta : la France va renforcer ses frontières, l’Italie veut suspendre « l’accord de Schengen avec l’Espagne »
    Le Monde
    Emmanuel Macron a demandé au ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, de « renforcer les contrôles à la frontière avec l’Espagne », selon son entourage, cité par l’Agence France-Presse, et promis que « la France se t[enait] prête à apporter aux autorités espagnoles tout l’appui nécessaire », en particulier par les services de l’agence européenne chargée du contrôle des frontières, Frontex. Le chancelier allemand, Friedrich Merz, a demandé au Maroc de « repren[dr]e immédiatement les migrants en situation irrégulière » à la suite de l’afflux de dizaines de milliers de personnes du royaume vers l’enclave espagnole de Ceuta. Alors que la cheffe de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a dénoncé des images « inacceptables », en Italie, la présidente du conseil, Giorgia Meloni (d’extrême droite), a appelé à « des mesures exceptionnelles (…), comme la suspension de l’accord de Schengen avec l’Espagne ». Le ministre des affaires étrangères espagnol, José Luis Albares, y voit de la démagogie.
    Dans la foulée, la ministre de l’intérieur finlandaise, Mari Rantanen, a soutenu cette proposition. « Les pays qui ne remplissent pas leur obligation de protéger la frontière extérieure ne peuvent pas être membres de Schengen », a-t-elle écrit sur X. Il n’est pas clair si la position de cette membre d’un parti anti-immigration au sein de la coalition au pouvoir est celle du gouvernement. Josep Borrell, ancien chef de la diplomatie européenne, a réagi sur X pour rappeler que « dans la loi européenne aucun pays ne peut unilatéralement suspendre la participation d’un autre » à l’espace Schengen.

    #Covid-19#migration#migrant#espagne#maroc#UE#schengen#frontiere#politiquemigratoire#frontex#migrationirreguliere

  • Afflux de migrants à Ceuta : la droite et l’extrême droite françaises mettent en cause le gouvernement de Pedro Sanchez, la gauche dénonce « des mensonges »
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/07/31/afflux-de-migrants-a-ceuta-la-droite-et-l-extreme-droite-francaises-mettent-

    Afflux de migrants à Ceuta : la droite et l’extrême droite françaises mettent en cause le gouvernement de Pedro Sanchez, la gauche dénonce « des mensonges »
    Par Marie Pouzadoux et Corentin Lesueur
    Il a suffi de quelques heures pour que les images inondent les réseaux sociaux et enflamment la droite et l’extrême droite françaises. Celles de dizaines de milliers de personnes traversant la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta dans la nuit de jeudi 30 à vendredi 31 juillet, après plusieurs jours d’arrivées en continu, ayant causé la mort d’au moins 34 personnes. Vendredi à 17 heures, plus de 37 500 migrants étaient déjà rentrés au Maroc, selon le gouvernement espagnol.
    Face à l’inflammabilité du sujet migratoire et une situation difficilement maîtrisable sur place, le gouvernement français a rapidement réagi vendredi. A l’instar des autres Etats membres de l’Union européenne (UE) redoutant des répercussions politiques et sécuritaires, Emmanuel Macron a déclaré avoir exigé le « renfort des contrôles à la frontière avec l’Espagne », peu après que le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé avoir « donné des instructions » en ce sens « dès [jeudi] soir ».Soucieux de se montrer en alerte sans s’avancer, pour l’heure, sur les causes de ces arrivées massives du Maroc, Emmanuel Macron a affiché la solidarité de la France envers l’Espagne. Se disant prête « à apporter aux autorités espagnoles tout l’appui nécessaire », y compris au travers de l’agence de l’Union européenne chargée du contrôle des frontières (Frontex).
    La ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, s’est aventurée plus loin. Interrogée au micro d’Europe 1 en début de matinée, elle a déploré des « autorités qui ne savent pas réguler et qui ont permis à ce flux massif [d’]arriver en Espagne », semblant cibler en creux le Maroc, comme la responsabilité des réseaux de passeurs clandestins. Mais elle a estimé que c’était aussi « la politique qui est menée par le gouvernement espagnol en matière migratoire » qui a conduit à cette situation. Dès vendredi matin, une partie de la droite ne s’est pas embarrassée de précautions pour accuser avec virulence le gouvernement espagnol d’être responsable de cet afflux migratoire, en raison de « ses choix laxistes ».
    Le premier ministre socialiste, Pedro Sanchez, est devenu à leurs yeux une figure honnie depuis son annonce, en avril, d’un plan de régularisation exceptionnel de 500 000 personnes pour soutenir l’économie du pays. « La décision (…) que j’avais dénoncée crée un formidable appel d’air qui menace de déstabiliser l’Europe entière », a ainsi conspué sur X le candidat à la présidentielle des Républicains (LR) Bruno Retailleau. L’ex-ministre de l’intérieur, qui avait prôné « la mise au ban de l’Espagne » lors de l’annonce de la mesure, a appelé vendredi à un « électrochoc » européen.
    Dès la diffusion des premières images, l’extrême droite française s’est précipitée pour dénoncer une « invasion migratoire », usant de champs lexicaux guerrier ou animalisant, ou de références à la théorie raciste et complotiste du « grand remplacement ». L’eurodéputée Marion Maréchal a décrit des « hordes de jeunes Marocains », à qui le président de Reconquête ! Eric Zemmour, lui, a promis la « remigration, sinon nos peuples seront balayés par ce tsunami ». « Ils seront demain dans nos rues », a pour sa part alerté le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, sur X, déplorant une « submersion sans précédent ». En tant que président du groupe des Patriotes pour l’Europe (PFE), il a réclamé la tenue en urgence d’une session plénière exceptionnelle du Parlement européen.
    Plus que le rétablissement des contrôles à la frontière espagnole déjà annoncés, des responsables politiques de droite et d’extrême droite ont réclamé la suspension des règles de libre circulation dans l’espace Schengen, en soutien à la position de présidente du conseil italien, Giorgia Meloni. Quand bien même ces règles ne s’appliquent pas à l’enclave espagnole située au nord du continent africain.
    Dans un message posté sur X, la candidate du RN à la présidentielle, Marine Le Pen, en a même profité pour rappeler sa promesse de réserver le libre passage des frontières aux seuls citoyens européens. De quoi faire réagir, de l’autre côté du spectre politique, Jean-Luc Mélenchon : « Marine Le Pen voudrait présider une grande puissance européenne, mais ne sait pas que Ceuta (…) est déjà exclue de l’accord Schengen. » Le candidat de La France insoumise a plaidé a contrario pour que le France ne « laiss[e] pas [l’Espagne] seule face à l’épreuve » et « d’éventuelles manipulations », exigeant une « coordination européenne pour de l’aide humanitaire ».
    Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a lui aussi dénoncé « les mensonges », de « la droite et l’extrême droite [qui] se concurrencent chaque jour en matière de désinformation ». Il a témoigné de son soutien « aux autorités espagnoles pour lutter contre ce qui ressemble à s’y méprendre à une opération de déstabilisation de leur territoire », en pleines tensions diplomatiques entre l’Espagne et le Maroc. Au sein du bloc central, Edouard Philippe (Horizons), plus précautionneux dans son discours que Bruno Retailleau, a pressé la convocation d’une réunion en urgence des ministres de l’immigration des Vingt-Sept, tout comme le déploiement des forces de Frontex. Mais il a aussi incité l’UE à faire acte de plus de fermeté dans sa discussion avec les pays africains pour « prot[éger] ses frontières » et a renvoyé la balle à l’Espagne, jugeant qu’il « n’est pas acceptable qu’un pays [membre de l’UE] puisse seul décider de régularisations massives qui créent un appel d’air pour tout le continent ». Son concurrent dans la course à l’Elysée Gabriel Attal a lui aussi évoqué un « drame » qui « déstabilise tout un territoire », encourageant l’UE à « engage[r] un rapport de force inédit vis-à-vis des pays tiers et des réseaux criminels de passeurs qui sont à l’origine des événements ».

    #Covid-19#migrant#migration#espagne#maroc#ceuta#migrationirreguliere#UE#frontex#frontiere#crise#droit#politiquemigratoire#extremedroite

  • Aux Etats-Unis, une réforme pour accélérer l’expulsion des demandeurs d’asile
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/07/29/aux-etats-unis-une-reforme-pour-accelerer-l-expulsion-des-demandeurs-d-asile

    Aux Etats-Unis, une réforme pour accélérer l’expulsion des demandeurs d’asile
    Les demandes pourront être directement adressées à des juges sans entretien préalable avec un agent des services de l’immigration, limitant la durée pendant laquelle les requérants pourront rester dans le pays.
    Le Monde avec AFP
    L’administration Trump a annoncé, mardi 28 juillet, un changement dans la procédure de demande d’asile aux Etats-Unis, une réforme présentée comme une simplification mais qui pourrait accélérer l’expulsion de centaines de milliers de personnes.Avec ce nouveau tour de vis de l’exécutif américain sur l’immigration, des demandes d’asile pourront désormais être directement adressées à des juges de l’immigration sans entretien préalable avec un agent des services de l’immigration.Le système actuel, qui autorise ces deux passages en revue du dossier, « permet aux étrangers de tenter d’avoir une deuxième chance avec l’asile », a déclaré le ministère de la sécurité intérieure dans un communiqué.
    Les nouvelles dispositions « vont raccourcir le temps total passé par les agents de l’asile et les juges de l’immigration pour statuer sur des demandes », a souligné le ministère. Jusqu’à 444 724 personnes dont la procédure est en cours « pourraient être touchées » par cette régulation, sur les près de 1,5 million de dossiers en cours d’examen, a-t-il précisé.« Le système d’asile américain existe pour protéger les personnes qui craignent réellement des persécutions », a déclaré Joseph Edlow, le directeur des services de citoyenneté et d’immigration (Uscis), l’agence du ministère chargée, notamment, des demandes d’asile.
    Cette réforme, annoncée mardi, à effet immédiat, va « faire en sorte que les ressources soient consacrées au traitement rapide de ces demandes plutôt qu’à celles de personnes qui cherchent à utiliser le système comme une faille » en restant sur le territoire américain le temps d’attendre une décision finale, a-t-il ajouté, cité dans le communiqué. Donald Trump a été réélu à la Maison Blanche sur la promesse d’un durcissement de la politique migratoire, et son gouvernement a multiplié les mesures en ce sens et mené une campagne d’expulsion massive des sans-papiers vivant aux Etats-Unis.

    #Covid-19#migrant#migration#etatsunis#politiquemigratoire#asile#droit#sante#expulsion

  • Espagne : le gouvernement d’Aragon supprime l’aide aux financières aux mineurs isolés, Madrid dépose plainte - InfoMigrants
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    Espagne : le gouvernement d’Aragon supprime l’aide aux financières aux mineurs isolés, Madrid dépose plainte
    Par La rédaction Publié le : 28/07/2026
    Le gouvernement de la communauté d’Aragon, dans le nord-est de l’Espagne, allié à l’extrême droite, a décidé de retirer l’allocation destinée aux mineurs isolés étrangers, tout en maintenant cette aide pour ceux de nationalité espagnole. Le gouvernement central de Madrid s’insurge et dépose plainte, dénonçant une mesure discriminatoire et raciste.Bras de fer entre le gouvernement central basé à Madrid et celui de la communauté autonome d’Aragon, province du nord-est de l’Espagne. Les autorités de la région ont décidé, lundi 27 juillet, de retirer l’allocation destinée aux mineurs isolés étrangers, tout en la maintenant pour ceux de nationalité espagnole.
    Cette mesure a été portée par le vice-président et ministre des Affaires sociales et de la Famille auprès du gouvernement d’Aragon, Alejandro Nolasco, membre du parti d’extrême droite espagnol Vox. Selon lui, elle répond notamment à l’engagement contenu dans le pacte gouvernemental entre PP (droite) et Vox de ne pas allouer de ressources publiques à l’immigration irrégulière.Cette allocation, d’un montant de 17 euros par semaine et par mineur, représente une dépense annuelle pour le gouvernement régional de 180 000 euros, estiment les autorités locales. « Ces 180 000 euros de dépenses annuelles correspondent au coût d’un maximum de sept nouvelles places pour les personnes âgées dans les résidences », a déclaré Alejandro Nolasco en annonçant la mesure.
    Cette décision controversée ne fait pas l’unanimité. La ministre de la Jeunesse et de l’Enfance du gouvernement général à Madrid, Sira Rego, a déposé plainte auprès du parquet afin qu’il prenne les mesures nécessaires pour protéger les mineurs isolés ciblés par le retrait des allocations. « Retirer une rémunération hebdomadaire aux garçons et aux filles qui sont seuls dans notre pays est l’une des choses les plus dégoûtantes que nous ayons vues ces dernières années », a dénoncé la responsable politique dans un communiqué publié lundi. Le ministère estime que cette mesure instaure un traitement inégal entre les mineurs en fonction de leur origine, alors qu’ils sont tous sous la tutelle d’une même administration publique. Selon Madrid, cette disposition pourrait violer les droits fondamentaux des enfants et constituer une discrimination fondée sur la naissance, la race et la situation personnelle, et peut donner lieu, le cas échéant, à un éventuel crime de haine.
    Dans une lettre adressée au ministère public, le gouvernement fait aussi valoir que le retrait de l’allocation pour les mineurs étrangers isolés contrevient aux principes de la Constitution espagnole.
    « L’alliance PP-Vox commence à déployer sa ‘priorité raciste’ là où elle gouverne. Parce que la discrimination à l’égard des enfants protégés, basée sur leur origine, n’a pas d’autre nom. C’est une attaque contre notre Constitution et contre les droits de l’Homme », a déclaré Sira Rego sur les réseaux sociaux."C’est une mesure raciste, misérable, qui criminalise les mineurs pour ne pas être nés ici et qui cherche à établir des citoyennetés de première et de deuxième classe, comme le font les régimes les plus pervers", a-t-elle ajouté.
    La question de la prise en charge des mineurs isolés est un sujet sensible en Espagne. En août 2025, les autorités de Madrid ont modifié la loi sur les étrangers afin d’introduire un mécanisme de solidarité entre les différentes régions, afin de désengorger les points d’arrivées des migrants (comme les Canaries, ou Ceuta par exemple).Le sujet a opposé pendant des mois le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez et l’opposition de droite, qui dirige bon nombre de régions.
    Six communautés autonomes dirigées par le Parti populaire (PP) – Madrid, les îles Baléares, l’Aragon, l’Andalousie, la Communauté valencienne et la Castilla y León, et une gérée par un socialiste, la Castille-La Manche – ont par ailleurs contesté cet accord devant les tribunaux. Mais tous les recours ont été déboutés par la justice.
    Dans ce contexte, la communauté d’Aragon a durci ces derniers mois sa politique envers les jeunes non accompagnés. Les autorités locales ont notamment annoncé la mise en place de tests médico-légaux pour déterminer l’âge des migrants se déclarant mineurs. Selon la presse espagnole, une enfant a subi un examen médical alors qu’elle n’avait que neuf ans.Fin juin, des éducateurs sociaux avaient critiqué le vice-président du gouvernement d’Aragon pour avoir associé les mineurs isolés à la criminalité. Les professionnels du secteur avaient dénoncé « un discours » qui alimente « la stigmatisation ou la discrimination ». D’après les données du gouvernement central, la région d’Aragon accueille 238 mineurs étrangers isolés, soit la moitié de la capacité structurelle allouée par Madrid à la communauté. Un chiffre marginal alors que l’Espagne prend en charge environ 20 000 jeunes non accompagnés sur l’ensemble de son territoire

    #Covid-19#migrant#migration#espagne#politiquemigratoire#asile#MNA#sante#aragon

  • L’Allemagne ne compte pas limiter ses expulsions d’Afghans aux personnes condamnées - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/72640/lallemagne-ne-compte-pas-limiter-ses-expulsions-dafghans-aux-personnes

    L’Allemagne ne compte pas limiter ses expulsions d’Afghans aux personnes condamnées
    Par Mara Bierbach Emma Wallis Publié le : 24/07/2026
    Alors que Berlin multiplie les contacts avec le régime taliban pour faciliter les expulsions vers l’Afghanistan, le journal TAZ révèle que le gouvernement allemand envisagerait d’expulser certains Afghans bien qu’ils n’aient pas été condamnés par la justice en Allemagne.
    L’Allemagne s’apprête-t-elle à renvoyer des Afghans non condamnés par la justice dans leur pays ? Ce serait une première depuis le retour au pouvoir des Taliban, en 2021. Selon un article du journal TAZ, daté du 8 juillet, « au moins cinq Afghans ayant été placés en détention en vue d’être expulsés n’ont pas été condamnés pour crimes et ne sont pas considérés comme dangereux ». Le journal se base sur des informations fournies par différents Conseils des réfugiés à travers le pays, un réseau qui opère au niveau local pour la protection et l’intégration des migrants. Des informations confirmées par InfoMigrants auprès de la même source. TAZ précise toutefois ne pas avoir obtenu la confirmation de ces détentions auprès des autorités dans les régions concernées, à savoir la Bavière (dans le sud-est de l’Allemagne), la Hesse (la région de Francfort dans l’ouest) et la Basse-Saxe (au nord, près de Hambourg).
    L’un des Afghans concernés avait été placé en détention suite à une erreur administrative de la part de l’Office fédéral des réfugiés et des migrations (BAMF). Les cinq autres personnes auraient connu des démêlés avec la police, selon le journal. Dans deux cas, il s’agirait d’Afghans renvoyés en Allemagne depuis un autre pays de l’Union européenne dans le cadre du règlement de Dublin. Un autre tentait de quitter l’Allemagne lorsqu’il a été interpellé par la police.
    Interpellés à la frontière avec l’Autriche
    Contactés par InfoMigrants, le Conseil pour les réfugiés de Bavière et le Service jésuite des réfugiés précisent que les détenus sont tous des hommes âgés d’une vingtaine d’années. Ils ont quitté l’Afghanistan après la prise de pouvoir des Taliban en 2021 et sont allés en Allemagne. Ils se sont par la suite rendus en Autriche alors qu’ils bénéficiaient du statut de séjour toléré en Allemagne, appelé Duldung, selon ces deux organisations. Ce statut signifie qu’une personne est dans l’obligation de quitter le territoire mais ne peut être expulsée pour différentes raisons, comme l’absence de documents ou des raisons de santé. Or, il est interdit aux titulaires d’une Duldung de voyager. Ces personnes ont ensuite été interpellées par la police alors qu’elles tentaient de revenir sur le territoire allemand.
    Alors que Berlin, mais aussi Bruxelles, multiplient les contacts avec le régime taliban pour faciliter les expulsions vers l’Afghanistan, la politique allemande en matière d’expulsion de certains groupes de migrants, en particulier les Afghans, semble particulièrement opaque.Une porte-parole du parti de gauche Die Linke, Clara Bünger, a affirmé à TAZ qu’elle tente d’obtenir depuis plusieurs mois davantage d’informations sur les récentes réunions des autorités allemandes avec des responsables talibans. Clara Bünger explique s’être heurtée à un « mur » et n’avoir obtenu que très peu de renseignements. Les informations seraient classifiées. En revanche, le nombre d’expulsions ayant eu lieu vers l’Afghanistan est bien connu. Selon les derniers chiffres du gouvernement, 10 personnes ont été renvoyées sur des vols commerciaux, en dehors des opérations d’expulsion à grande échelle organisées sur des vols charters. Elles ont jusqu’à présent concerné des Afghans condamnés par la justice ou considérés comme un danger pour la société.
    TAZ parle de 77 Afghans expulsés sur des vols charters depuis le début de l’année. Et depuis l’entrée en fonction du chancelier Friedrich Merz en mai 2025, plus d’une centaine d’Afghans ont été renvoyés de cette manière.
    Un porte-parole du ministère allemand de l’Intérieur a confirmé à InfoMigrants que la politique d’expulsion de l’Allemagne ne concernait pas uniquement les personnes ayant fait l’objet d’une condamnation pénale. Dans un communiqué, le ministère a déclaré : « Notre politique officielle pour ce gouvernement, signée par tous les partis de la coalition (…) souligne que nous allons relancer les expulsions vers l’Afghanistan en commençant par les personnes ayant fait l’objet d’une condamnation pénale, sans toutefois nous limiter à celles-ci. »
    Le porte-parole a ajouté que chaque Land (l’Allemagne est composée de 16 Etats fédérés appelés Länder) avait la compétence de décider des personnes à expulser : « Conformément à la loi sur le séjour, les ressortissants étrangers doivent être expulsés s’ils sont légalement tenus de quitter le pays et qu’aucun délai de départ ne leur a été accordé ou que ce délai a expiré. Il ne doit toutefois exister aucune interdiction d’expulsion dans un cas particulier. Par ailleurs, les Länder sont responsables de l’application de la loi sur le séjour et sont libres de statuer sur les retours au cas par cas. Les femmes et les filles afghanes bénéficient généralement d’une protection en Allemagne. » Heiko Habbe, avocat et expert en droit de l’immigration à l’université de Hambourg, a affirmé à InfoMigrants que la décision de donner la priorité aux criminels condamnés constituait une « décision politique » et ne s’inscrivait pas forcément dans une politique migratoire. L’expert juridique rappelle qu’en Afghanistan, les hommes courent également le risque d’être arrêtés par la police des mœurs, notamment lorsqu’ils ne respectent pas le code vestimentaire en vigueur ou ne portent pas de barbe, ou plus largement s’ils ne se conforment pas aux normes sociales imposées par les fondamentalistes islamistes. Les hommes tatoués, par exemple, peuvent être victimes de discriminations en Afghanistan. Heiko Habbe note que certains hommes ont même été « tués pour avoir porté des vêtements occidentaux ». D’après un porte-parole du Conseil des réfugiés de Bavière, « la question de l’expulsion inquiète beaucoup de personnes avec lesquelles nous sommes en contact. Il s’agit souvent de personnes qui ne sont même pas menacées d’expulsion, mais le simple fait d’entendre ce mot dans une conversation suffit à semer la panique chez elles ». Le Conseil des réfugiés rappelle que les personnes en possession des documents requis et dont la demande d’asile est en cours d’examen ne devraient pas craindre d’être expulsées, de même que les femmes et les mineurs non accompagnés. Aussi, un homme séjournant en Allemagne avec son épouse et sa famille est également moins exposé au risque d’être renvoyé qu’un individu vivant seul.
    Ce risque d’expulsion est également faible pour les personnes disposant d’un contrat de travail, n’ayant commis aucun délit ou suivant un traitement médical. Selon le Conseil des réfugiés de Bavière, le taux de protection des hommes afghans âgés de 18 à 40 ans est en baisse. Seuls 11 % des personnes de ce groupe ont obtenu une protection, si l’on exclut les hommes ayant voyagé avec leur famille. Pourtant, explique l’organisation, « la situation actuelle en Afghanistan s’est détériorée en raison des conflits régionaux, des expulsions massives de ressortissants afghans du Pakistan et d’Iran, ainsi que de la crise humanitaire qui sévit dans le pays, une famine généralisée et les effets du changement climatique sur la population »

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    La Commission européenne note « des progrès considérables dans la mise en œuvre » du pacte asile et migration
    Par Emma Wallis Publié le : 24/07/2026
    Le 16 juillet, la Commission européenne a publié sa première évaluation de la manière dont les pays de l’Union européenne (UE) appliquent les nouvelles règles sur l’asile prévues par le pacte asile et migration entré en vigueur le 12 juin. Elle épingle notamment l’Italie pour avoir refusé des transferts dans le cadre du réglement Dublin.
    Selon ce rapport publié par la Commission européenne le 16 juillet, tous les États membres ont réalisé « des progrès considérables dans la mise en œuvre du pacte asile et migration ». Le nouveau pacte vise à alléger la pression qui pèse sur les pays du sud de l’Europe et qui ont des frontières extérieures, comme l’Italie, la Grèce, Chypre et l’Espagne. Toutefois, ces États sont toujours censés reprendre les personnes qui y ont déjà déposé leur demande d’asile.
    « Les États membres sont en bonne voie pour adapter leur législation nationale, mettre en place et organiser le filtrage obligatoire et les procédures aux frontières, atteindre une capacité d’accueil suffisante, ainsi que pour réduire les retards accumulés dans les procédures d’asile. Les États membres ont également progressé dans le renforcement de leur capacité à traiter les transferts de responsabilité et à mettre en œuvre les engagements de solidarité », note la Commission. Toutefois, elle note que « dans le même temps », « des efforts sont nécessaires pour relever les défis qui subsistent, notamment en ce qui concerne les nouvelles règles de responsabilité prévues par le règlement sur la gestion de l’asile et de la migration ».
    En vertu de la législation européenne, les demandeurs d’asile déjà enregistrés dans un pays de l’UE doivent y être renvoyés, afin d’éviter qu’ils ne déposent une nouvelle demande dans un autre pays. Le pacte migratoire est censé simplifier cette démarche déjà prévue par le règlement de Dublin.
    Selon l’évaluation, l’Espagne et Chypre se conforment aux nouvelles règles et leur mise en application est « considérée comme satisfaisante ». Mais les responsables de l’Union européenne indiquent surveiller de près l’évolution des dossiers grecs, comme le rapporte l’agence de presse allemande dpa, alors que Bruxelles attend encore des informations de la part d’Athènes. En revanche, selon des données obtenues par la Commission européenne, l’Italie continue de bloquer certaines tentatives de renvoi. Le rapport note qu’au cours des premières semaines de mise en œuvre du pacte, huit États membres ont communiqué à la Commission des informations concernant la soumission de demandes de prise en charge, de notifications de reprise et de formulaires pour les transferts. Et d’après les informations disponibles, l’Italie continue d’accepter tacitement les demandes et les notifications. Toutefois, les transferts n’ont pas encore repris. Au cours de la période, 12 transferts ont été demandés et l’Italie les a rejetés.
    D’après un article du Brussels Times, l’Italie a déployé des « efforts considérables » pour se préparer au nouveau système mais des mesures supplémentaires sont nécessaires pour garantir que les transferts aient effectivement lieu. En décembre 2022, note la Commission européenne dans son évaluation, l’Italie avait suspendu l’accueil des migrants transférés dans le cadre du règlement de Dublin, à l’exception des cas de regroupement familial de mineurs non accompagnés. La Commission estime qu’à l’heure actuelle, « rien n’indique que les autorités italiennes aient activement collaboré avec d’autres États membres sur les mesures pratiques et logistiques nécessaires à la reprise des transferts ».
    La Commission a ainsi sommé l’Italie de « lever en priorité tous les obstacles restants, notamment en mettant fin aux pratiques qui ont jusqu’à présent empêché la réalisation des transferts ».Par ailleurs, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) avait statué que les États membres ne peuvent se décharger unilatéralement de la responsabilité d’accueillir des migrants « dublinés ». De son côté, l’Italie assure avoir recruté du personnel supplémentaire à long terme pour assurer le fonctionnement des unités de transfert aux frontières terrestres, maritimes et dans les aéroports. Aussi, les législateurs italiens doivent encore adopter une loi pour déclencher des mesures d’urgence pour faciliter la mise en oeuvre du pacte migratoire.
    Enfin, la Commission européenne note que « la coopération opérationnelle entre la Grèce et les autres États membres, ainsi qu’entre l’Italie et les autres États membres concernant l’application des règles de responsabilité, nécessite une analyse plus approfondie ». Du côté grec, le rapport de l’UE montre que le pays a déjà accepté de reprendre des demandeurs d’asile dans les huit cas qui lui ont été soumis depuis la mise en œuvre des nouvelles règles. Une analyse complète des données doit être publiée en octobre.
    La Grèce a mis en place une « unité Dublin II » et recruté du personnel supplémentaire. Sur le plan numérique, Athènes a résorbé les problèmes techniques pour connecter ses systèmes à ceux d’Eurodac, la base de données européenne qui conserve et compare des informations de migrants entrant en Europe. De plus, à la fin de l’année dernière, le ministre allemand de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, a mené des discussions avec des responsables grecs et italiens sur le renvoi des demandeurs d’asile qui cherchent à lancer une deuxième procédure en Allemagne. Athènes estime néanmoins ne pas être tenu de reprendre les demandeurs d’asile ayant rejoint l’Allemagne depuis la Grèce avant l’entrée en vigueur du pacte, soit avant le 12 juin. Les procédures de renvoi antérieures au pacte se heurtaient à de nombreuses difficultés et peu de transferts ont effectivement eu lieu. C’est en partie pour remédier à cette situation que l’Allemagne, à l’instar de nombreux pays européens voisins, a décidé de mettre en place des contrôles aux frontières plus stricts, en dépit de l’espace Schengen de libre circulation. L’Allemagne, tout en affirmant que ces contrôles seront supprimés à long terme, a même récemment renforcé son dispositi

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