• Ce qu’il faudra faire pour vaincre l’#extrême_droite

    L’extrême droite se nourrit du #désespoir économique, de l’#insécurité et de l’#exclusion. Pour la priver de ses ressources, ceux qui veulent préserver la #démocratie doivent proposer un contre-discours axé sur la #dignité et l’#appartenance, ainsi qu’un programme politique conçu pour favoriser l’#inclusion_économique et la #résilience_climatique.

    De l’Allemagne aux États-Unis en passant par le Brésil et au-delà, l’extrême droite gagne du terrain. Si les détails varient d’un pays à l’autre, le schéma est étonnamment cohérent : l’extrême droite prospère lorsque les économies ne parviennent pas à assurer le #bien-être, l’#équité et la #sécurité.

    Ce n’est pas une observation nouvelle. #Antonio_Gramsci, #Karl_Polanyi et d’autres penseurs du XXe siècle ont diagnostiqué le #fascisme comme une réponse réactionnaire à l’#instabilité_capitaliste et aux mouvements progressistes qui avaient émergé pour contrer ses excès. Dans The Great Transformation, Polanyi a fait valoir que le « #déracinement » des marchés des #relations_sociales avait créé un terrain fertile dans lequel l’#autoritarisme pouvait s’enraciner.

    À notre époque, #Nancy_Fraser, de la New School for Social Research, a décrit comment le #néolibéralisme érode la #solidarité_sociale, alimentant le #populisme exclusif. D’autres analystes soulignent que l’#austérité et la #précarité rendent les citoyens vulnérables aux #discours_simplistes qui désignent des #boucs_émissaires.

    Ainsi, l’histoire montre comment le #chômage_de_masse, l’#inflation et la baisse du #niveau_de_vie peuvent favoriser l’#extrémisme, en particulier lorsqu’ils s’accompagnent d’institutions faibles, d’une #polarisation_politique ou de discours exploitant les #griefs et les #peurs. Tout comme la #Grande_Dépression a ouvert la voie au fascisme en Europe, la #crise_financière mondiale de #2008 a créé les conditions d’un retour du #nationalisme à travers le monde.

    Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une nouvelle itération du même cycle. Bien que l’#Allemagne ait initialement fait preuve de résilience pendant la pandémie de COVID-19, la crise énergétique déclenchée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie l’a particulièrement touchée. Comme l’ont montré les économistes Isabella M. Weber et Tom Krebs, la hausse des #coûts_énergétiques s’est répercutée sur l’ensemble de l’#économie, la fixation des prix par les entreprises amplifiant les pressions inflationnistes. Alors que les ménages étaient en difficulté, le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland a vu sa popularité monter en flèche.

    Aux États-Unis, des décennies de #désindustrialisation, de stagnation des #salaires et d’augmentation des inégalités ont érodé l’idée que chaque génération fera mieux que la précédente. L’Inflation Reduction Act de l’ancien président Joe Biden était une initiative ambitieuse visant à relancer la politique industrielle et à stimuler la fabrication écologique, mais son héritage s’est avéré éphémère. Donald Trump a exploité le mécontentement suscité par la hausse des prix après la pandémie et a remporté les élections de 2024 en utilisant comme arme l’#aliénation et le #ressentiment, en désignant comme boucs émissaires les immigrants, la #mondialisation et les « #élites_urbaines ».

    Le #Brésil illustre une autre dynamique. Des millions de personnes sont sorties de la #pauvreté sous le gouvernement du Parti des travailleurs du président Luiz Inácio Lula da Silva dans les années 2000, mais beaucoup ont vu ces acquis s’inverser, tandis que d’autres ressentent de l’amertume d’être exclus des programmes sociaux. La révolution numérique rend le travail plus précaire. Lula a tenté de restaurer certains des acquis perdus depuis son retour au pouvoir en 2023, mais il est confronté à un Congrès dominé par l’extrême droite et ses alliés.

    Même si Jair Bolsonaro a été condamné pour tentative de coup d’État, d’autres dirigeants d’extrême droite au Brésil promettent également un retour à l’ordre, à la stabilité et à la foi religieuse. Leur rhétorique met l’accent sur l’#esprit_d’entreprise et l’#autonomie. Bien que séduisante sur le plan émotionnel, l’idée selon laquelle les individus sont responsables de la pauvreté ignore cyniquement les obstacles structurels qui bloquent la mobilité socio-économique.

    Les #chocs_internationaux – ruptures de la chaîne d’approvisionnement pendant la pandémie, volatilité des marchés énergétiques, #conflits prolongés, effets inflationnistes du #changement_climatique – ont également alimenté la montée des forces d’extrême droite. Ces problèmes exigent une coopération transfrontalière, mais les extrémistes les exploitent pour attaquer le #multilatéralisme, le présentant comme un « #complot mondialiste ». Les #droits_de_douane punitifs de Trump incarnent cette réponse, présentant le commerce mondial comme une lutte à somme nulle dans laquelle les étrangers sont les ennemis des travailleurs américains.

    Ces discours simplistes unissent les mouvements d’extrême droite plus que n’importe quel ensemble de politiques communes. Chacun repose sur une opposition fondamentale entre « nous » et « eux ». Comme le note la sociologue brésilienne Esther Solano, ces discours séduisent ceux qui se sentent abandonnés, en faisant des immigrants, des minorités, des féministes, des militants pour le climat et d’autres groupes des ennemis. Dans un monde binaire de gagnants et de perdants, la #complexité disparaît dans les mythes d’une #pureté_culturelle et d’une grandeur nationale révolues.

    Pour contrer ces discours, il faut plus qu’une réfutation raisonnée. Si les racines de l’ascension de l’extrême droite sont en grande partie économiques, il sera impossible de la vaincre sans une nouvelle #vision_économique.

    Cela signifie, pour commencer, s’attaquer à l’inflation à sa source. La récente vague d’inflation était moins liée à une demande excessive qu’à des chocs d’offre, à la #spéculation et à des fragilités structurelles. Pourtant, l’orthodoxie économique a continué à privilégier les hausses de taux d’intérêt et l’austérité, pénalisant les travailleurs et les plus vulnérables. Les gouvernements doivent plutôt utiliser des #outils_fiscaux – soutien au revenu, #allégements_fiscaux sur les produits de première nécessité, renforcement des #services_publics – pour protéger les ménages, tout en investissant dans les capacités nationales en matière d’#énergies_renouvelables, de #sécurité_alimentaire et de production durable. Il faut lutter de front contre la spéculation des entreprises en appliquant les #lois_antitrust, en renforçant les règles de #transparence et en sanctionnant les pratiques abusives en matière de #prix.

    Une deuxième priorité consiste à investir massivement (et stratégiquement) dans les #infrastructures_publiques. Des #transports au #logement, en passant par la #santé et l’#éducation, le domaine public doit être reconstruit. La propriété publique ou la réglementation des secteurs clés garantirait la fiabilité, l’équité et la #résilience_climatique des services. Mais l’#investissement seul ne suffit pas. Les institutions doivent être rendues plus transparentes, responsables et participatives, afin de restaurer la #confiance dans le fait que les gouvernements servent l’#intérêt_général.

    Troisièmement, nous avons besoin d’une transition véritablement juste vers une économie à faible émission de carbone. Une politique industrielle verte peut créer des emplois et revitaliser les régions laissées pour compte tout en décarbonisant l’activité économique. Mais si elle est trop laissée au marché, la transition verte risque d’aggraver les inégalités. La #transition_énergétique doit donner du pouvoir aux travailleurs, et non les abandonner. Les emplois verts doivent être des #emplois de qualité : sûrs, bien rémunérés, syndiqués et ancrés dans les communautés. À cette fin, la #politique_industrielle devrait se concentrer sur les énergies propres, la régénération des écosystèmes et les secteurs des soins.

    Quatrièmement, nous devons restaurer la confiance dans les institutions. Cela signifie apporter des améliorations tangibles dans des domaines tels que le #logement_abordable, les #soins_de_santé publics et les infrastructures résilientes. Cela signifie également démocratiser la prise de décision. Des mécanismes tels que la #budgétisation_participative, les #assemblées_citoyennes et les #initiatives_communautaires en faveur du climat peuvent permettre aux citoyens non seulement d’être témoins du changement, mais aussi de le façonner.

    Enfin, pour contrer les discours simplistes de l’extrême droite, il faut élaborer de nouveaux discours audacieux. Un message de renouveau culturel et politique doit accompagner la réforme économique. Là où l’extrême droite offre la peur, la #division et des boucs émissaires, les forces démocratiques doivent offrir la #solidarité, la dignité et l’#espoir, en s’appuyant sur un #discours qui met l’accent sur le #bien-être_collectif, célèbre la #diversité et donne le sentiment que le #progrès est possible et réel.

    L’extrême droite se nourrit du désespoir, de l’insécurité et de l’exclusion. Bricoler les contours du néolibéralisme ne permettra pas d’apporter la sécurité, la dignité et le sentiment d’appartenance nécessaires pour l’affamer. Pour cela, nous avons besoin d’un nouveau modèle économique, fondé sur la #durabilité, la #justice et la solidarité.

    https://www.reseau-bastille.org/2025/12/26/ce-quil-faudra-faire-pour-vaincre-lextreme-droite
    #à_faire #résistance #fisc #fiscalité #économie #gauche #contre-discours
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  • Croissance, démographie : les apports de l’immigration à une Europe vieillissante - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/68740/croissance-demographie--les-apports-de-limmigration-a-une-europe-vieil

    Croissance, démographie : les apports de l’immigration à une Europe vieillissante
    Par RFI Publié le : 16/12/2025
    Dans une Europe dont les dirigeants prennent volontiers l’immigration pour bouc émissaire, l’Espagne fait figure d’exception : elle connaît une forte hausse de sa population et de sa croissance économique grâce à l’immigration - en partie celle de travailleurs saisonniers, venus d’Afrique par exemple, mais surtout en raison de l’arrivée de nombreux Latino-américains qui s’installent dans le pays. Dans une Europe dont les dirigeants prennent volontiers l’immigration pour bouc émissaire, l’Espagne fait figure d’exception : elle connaît une forte hausse de sa population et de sa croissance économique grâce à l’immigration - en partie celle de travailleurs saisonniers, venus d’Afrique par exemple, mais surtout en raison de l’arrivée de nombreux Latino-américains qui s’installent dans le pays. Une loi dite de la Mémoire démocratique permet, en effet, aux enfants et petits-enfants d’exilés espagnols de demander la nationalité de leurs aïeux. Environ un million et demi de personnes sont concernées. Reportage à Madrid, Diane Cambon.
    D’après Eurostat, sans immigration, l’Europe perdrait plus de 20 % de sa population en âge de travailler d’ici à 2050. Tous les pays européens sont affectés, à des degrés divers, par la baisse de la natalité et le vieillissement de la population. Ils risquent de voir leurs économies et leurs systèmes de protection sociale mise à mal par le manque d’habitants en âge de travailler. Face à ce constat, Hakim El Karoui et François Gaüzère-Mazauric appellent à un réalisme migratoire en Europe et notamment entre les deux rives de la Méditerranée, leur étude est parue dans la revue du Grand Continent.François Gaüzere Mazauric, professeur agrégé d’histoire en classes préparatoires, et directeur des études du Comité d’action pour la Méditerranée, est notre invité.

    #Covid-19#migrant#migration#UE#demographie#immigration#sante#populationactive#economie#natalite

  • Cities are home to 45 per cent of the global population, with megacities continuing to grow, UN report finds

    https://www.un.org/sustainabledevelopment/blog/2025/11/press-release-wup2025

    The world is becoming increasingly urban, with cities now home to 45 per cent of the global population of 8.2 billion, according to the World Urbanization Prospects 2025: Summary of Results, released today by the United Nations Department of Economic and Social Affairs (UN DESA). The number of people living in cities has more than doubled since 1950, when only 20 per cent of the world’s 2.5 billion people lived in cities. Looking ahead through 2050, two-thirds of global population growth is projected to occur in cities, and most of the remaining one-third in towns.

    The number of megacities, urban areas with 10 million or more inhabitants, has quadrupled from 8 in 1975 to 33 in 2025. Over half of these (19) are in Asia.

    Jakarta (Indonesia) is now the world’s most populous city, with nearly 42 million residents , followed by Dhaka (Bangladesh) with almost 40 million, and Tokyo (Japan) with 33 million. Cairo (Egypt) is the only non-Asian city among the top ten. By 2050, the number of megacities is expected to rise to 37, with cities such as Addis Ababa (Ethiopia), Dar es Salaam (United Republic of Tanzania), Hajipur (India), and Kuala Lumpur (Malaysia) projected to surpass the 10 million mark.

    Le rapport :
    https://www.un.org/development/desa/pd/world-urbanization-prospects-2025

  • #Olivier_De_Schutter, rapporteur de l’ONU sur l’extrême #pauvreté : « La #stigmatisation des #pauvres accroît le sentiment d’anxiété et d’insécurité économique »

    Dans une tribune au « Monde », le juriste décrit les mécanismes d’une véritable « guerre contre les pauvres plutôt que contre la pauvreté », menée par un Etat-providence qui contrôle plus qu’il ne protège.

    L’économiste juif hongrois #Karl_Polanyi, alors exilé aux Etats-Unis, détaillait en 1944 dans La Grande Transformation, les raisons de la montée de l’#extrême_droite en Europe. Il soulignait que la foi sans limites des élites dans l’#autorégulation_du_marché et l’absence de mécanismes de #sécurité_sociale au moment de la crise économique de 1929 ont plongé une grande partie de la population dans une extrême pauvreté, favorisant la désignation de #boucs_émissaires et la montée des #fascismes. Tirerons-nous les leçons de son enseignement ?

    Les parallèles avec la situation actuelle sont trop nombreux pour pouvoir être ignorés. Depuis les années 1980, l’affaiblissement progressif du #système_social hérité de la période d’après-guerre plonge de plus en plus de personnes dans un état d’#insécurité_économique. Dans un contexte de crise de la croissance keynésienne et de hausse du #chômage, les fondements mêmes de notre système social ont été graduellement remis en cause par les thèses néolibérales.

    L’approche d’une #protection_sociale_universelle, fondée sur l’existence de #droits_sociaux garantis par la Constitution, a été remplacée par une approche conditionnelle. Les dépenses de sécurité sociale sont désormais considérées comme un #coût à réduire plutôt que comme un #investissement nécessaire au maintien de la #cohésion_sociale et à la #lutte_contre_la_pauvreté.

    Dérive dystopique

    En réalité, on a assisté à un grand retournement de la #politique_sociale : du rôle protecteur qui était le sien, l’#Etat-providence est passé à un rôle de #contrôle. Les dispositifs qui le constituent expriment une #méfiance envers des pauvres jugés coûteux, peu méritants, voire #fainéants. Les politiques dites « d’#activation » conditionnent désormais l’obtention d’une #prestation_sociale à une période d’activité, dans le but affiché « d’inciter » les personnes en situation de pauvreté à travailler, suggérant qu’elles sont tentées par l’#oisiveté.

    C’est ce que traduit la récente #réforme du #revenu_de_solidarité_active (#RSA), dont le versement est désormais conditionné à quinze heures d’activité gratuites par semaine. Dans une récente communication au gouvernement français, j’ai mis en garde contre les impacts de cette mesure qui, comme le soulignent la Défenseure des droits, la Commission nationale consultative des droits de l’homme et le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, pourrait mener à une augmentation du taux de #non-recours aux #prestations ainsi qu’à des cas relevant de la qualification de #travail_forcé. A ce jour, le gouvernement français n’a pas répondu à nos inquiétudes à ce sujet.

    La #dématérialisation de l’accès à l’#aide_sociale est une autre illustration de cette dérive aux accents dystopiques. Le « #tout-numérique » peut aggraver le phénomène de non-recours aux #aides_sociales et fragiliser les conditions de vie de nombreuses personnes en situation de pauvreté. En outre, les outils algorithmiques permettent d’automatiser #contrôles et #sanctions.

    La #Caisse_d’allocations_familiales (#CAF) a, par exemple, ciblé de manière discriminatoire des #familles_monoparentales ainsi que des personnes en situation de handicap. Cela mène à des retraits rétroactifs de prestations, aggravant ainsi la situation des bénéficiaires. Non seulement ces formes de contrôle constituent un frein au recours aux aides sociales et à la sortie de la pauvreté, mais elles sont souvent vécues par celles et ceux qui les subissent comme une #humiliation.

    Territoires abandonnés

    L’extrême droite prospère sur l’essor des inégalités et la #peur du #déclassement au sein des classes moyennes et populaires. Dans un contexte économique morose marqué par la stagnation des salaires et de nombreuses #délocalisations, la #stigmatisation des pauvres accroît encore davantage le sentiment d’anxiété et d’insécurité économique des classes moyennes paupérisées. Elle risque ainsi de renforcer les #divisions_sociales en opposant les « pauvres » aux « encore plus pauvres », d’une part, et « nos pauvres », jugés dignes d’être aidés, aux « migrants » qui viendraient leur faire concurrence, d’autre part. Ces dynamiques alimentent le discours décliniste des populistes d’extrême droite, qui attribuent l’insécurité économique à des #boucs_émissaires désignés par leurs origines ethniques.

    Pour inverser la tendance, les politiques sociales doivent être refondées sur le principe d’#universalité de la #protection_sociale, qui constitue un droit humain. Ces efforts doivent se doubler d’un plan de #cohésion_territoriale, permettant de garantir une véritable égalité d’opportunités entre populations des zones rurales et habitants des villes, alors qu’aujourd’hui beaucoup de ruraux ont le sentiment de vivre dans des territoires abandonnés, méprisés par les élites urbaines.

    La montée des populismes d’extrême droite est le résultat direct de la refonte néolibérale du modèle social d’après-guerre. Pour enrayer leur progression, la guerre contre les pauvres doit être remplacée par une guerre contre la pauvreté.

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/10/22/olivier-de-schutter-rapporteur-de-l-onu-sur-l-extreme-pauvrete-la-stigmatisa
    #néolibéralisme #conditionnement #conditionnalité #inconditionnalité #immigrés #populisme

    aussi signalé par @colporteur
    https://seenthis.net/messages/1142934

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    ajouté à la métaliste sur la #guerre_entre_pauvres :
    https://seenthis.net/messages/567127

  • L’#Espagne stimule sa prospérité grâce à l’immigration, un cas unique en Europe

    Madrid assume une politique migratoire ouverte. Portée par l’afflux de travailleurs latino-américains, l’économie espagnole devrait croître de 2,6 % en 2025.

    A rebours d’une Europe obsédée par la fermeture, l’Espagne affiche un visage singulier. Son économie tourne à plein régime, 2,6 % de croissance estimée pour 2025, selon les prévisions de Madrid, dopée par une #immigration massive, venue en grande partie d’Amérique latine. Une vague migratoire assumée, encouragée par le gouvernement du premier ministre socialiste, #Pedro_Sanchez.

    Les #chiffres sont éloquents : depuis 2023, la population espagnole s’est accrue de 1,2 million de personnes, portée par l’arrivée d’étrangers. En un an et demi, plus de 800 000 nouveaux venus se sont installés dans la péninsule. Le pays compte désormais un peu plus de 49 millions d’habitants, dont 7 millions d’étrangers (14,3 %).

    Le Maroc reste le premier pays d’origine, avec plus de 1 million de ressortissants, mais les flux latino-américains ont explosé : + 74 % pour la Colombie depuis 2020, + 57 % pour le Venezuela et + 60 % pour le Pérou. Ces migrants, dispensés de visa, entrent le plus souvent en Espagne comme touristes avant de s’y installer durablement. Les aéroports sont ainsi devenus la principale porte d’entrée du pays.

    Réponse à « l’#hiver_démographique »

    Selon une étude publiée en juin par la Banque d’Espagne, l’immigration a contribué pour 0,4 à 0,7 point à la croissance du produit intérieur brut par habitant entre 2022 et 2024, soit près d’un quart de la hausse totale du niveau de vie. L’agence de notation américaine S&P, qui a relevé en septembre la note souveraine du pays de A à A+, a souligné « un #marché_du_travail dynamique nourri par une migration ciblée destinée à compenser les pénuries de main-d’œuvre nées après la pandémie ».

    Depuis quelques années, la croissance de la #population_active espagnole a été presque entièrement portée par l’immigration. D’après l’Institut national de la statistique (INE), en 2022 et en 2023, les étrangers ont représenté près de 80 % des nouveaux actifs. En 2024, ils ont entièrement compensé la baisse du nombre de travailleurs espagnols.

    Les étrangers sont surreprésentés dans les secteurs moteurs de la croissance espagnole. Ils constituent 28 % de la main-d’œuvre dans l’#hôtellerie et la #restauration et 20 % dans la #construction. Mais leur présence dépasse désormais les emplois peu qualifiés. « On les trouve dans la santé, la technologie, l’entrepreneuriat ; 90 % des nouveaux travailleurs indépendants sont des migrants », souligne Gonzalo Fanjul, directeur de recherche de la fondation PorCausa, spécialisée dans l’analyse des phénomènes migratoires.

    Ce n’est pas la première fois que l’Espagne ouvre grand ses portes. Au début des années 2000, l’économie, portée par la bulle immobilière, réclamait déjà de la main-d’œuvre : entre 2000 et 2010, la population étrangère a progressé de façon exponentielle pour atteindre 6 millions de personnes. « Cette première expérience, globalement réussie, a préparé le terrain », estime Gonzalo Fanjul.

    Conscient du #vieillissement accéléré du pays – le solde naturel est négatif depuis 2015 –, le gouvernement socialiste a choisi d’en faire un levier. Depuis mai 2025, la réforme du règlement sur les étrangers a encore assoupli la procédure d’« #arraigo » (« #enracinement ») afin de régulariser progressivement les 500 000 à 700 000 personnes actuellement en situation irrégulière. Cette voie, fondée sur la preuve d’une #résidence de deux ans seulement, offre cinq types d’ancrage : social, socioprofessionnel, familial, de « formation » et de « seconde chance ».

    Pedro Sanchez revendique cette singularité. Au #récit sécuritaire dominant en Europe, il oppose une vision pragmatique et humaniste : l’immigration comme #richesse et comme réponse à « l’hiver démographique ». Il rappelle volontiers qu’« il n’y a pas si longtemps, l’Espagne était aussi un pays de migrants ».

    Tendance irréversible

    Les #entreprises, confrontées à des pénuries de main-d’œuvre dans le #tourisme, la construction ou les services, soutiennent ouvertement cette approche. « Nous sommes un pays d’accueil et nous avons besoin de travailleurs venus d’ailleurs ; il faut former les jeunes migrants pour qu’ils deviennent nos futurs ingénieurs », a déclaré Antonio Garamendi, président de la Confédération espagnole des entreprises.

    Mais le succès a son revers. L’afflux de nouveaux habitants accentue les tensions sur le #logement : il en manquerait près de 700 000, selon la Banque d’Espagne. Si l’immigration reste plutôt bien perçue, elle figurait parmi les principales préoccupations des Espagnols en septembre 2024, avant d’être dépassée par le logement et l’accès à la santé. Les émeutes racistes de Torre-Pacheco, en Murcie, en juillet, ont toutefois rappelé la fragilité de cet équilibre.

    Pour contrecarrer le discours de Pedro Sanchez et se distinguer de l’extrême droite de Vox, qui appelle à l’expulsion de « tous ceux venus vivre de l’effort des autres » ou « imposer une religion bizarre », le Parti populaire (PP, conservateur) a esquissé, en septembre, une « #troisième_voie », prônant une immigration « légale et utile ». Le texte souligne « le lien spécial qui unit l’Espagne aux nations sœurs de l’Amérique hispanique, avec lesquelles nous partageons langue, histoire et valeurs ».

    Derrière les débats politiques, la tendance paraît irréversible. Dès 2000, un rapport de l’Organisation des nations unies prévenait que l’Espagne aurait besoin de 12 millions de migrants, d’ici à 2050, pour maintenir son équilibre démographique. Vingt-cinq ans plus tard, la Banque d’Espagne estime ce besoin à 24 millions. « L’immigration est ici pour rester, il n’y a pas de retour en arrière possible », conclut M. Fanjul.

    Pour un pays qui fut longtemps une terre d’émigration, cette conversion rapide en destination d’accueil pourrait bien devenir son nouvel atout stratégique et, peut-être, le visage le plus inattendu de sa réussite économique.

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/10/21/singuliere-en-europe-l-espagne-stimule-sa-prosperite-grace-a-l-immigration_6

    #ouverture #économie #démographie #migrations #travail #régularisation #pragmatisme #statistiques

    ping @karine4

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    ajouté à la métaliste sur le lien entre #économie (et surtout l’#Etat_providence) et la #migration... des arguments pour détruire l’#idée_reçue : « Les migrants profitent (voire : viennent POUR profiter) du système social des pays européens »...
    https://seenthis.net/messages/971875

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    voir aussi :
    First refugees arrive in tiny Catalan villages under repopulation plan
    https://seenthis.net/messages/983054

    • ‘It’s a question of humanity’: how a small Spanish town made headlines over its immigration stance

      Mayor explains why #Villamalea unanimously backed call to regularise undocumented migrants – across party lines.

      Flanked by farmland and nestled among the deep valleys of central Spain, few in Villamalea, a town of 4,200 people, expected to find their tranquil home splashed across Spanish media this summer.

      “I’ve never been contacted by so many media outlets in my life,” said José Núñez Pérez, the conservative mayor of Villamalea. With a laugh, he added: “It made me question, just what have we done here?”

      Everyone wanted to speak to him about the same thing; a town council motion, approved unanimously and across party lines, calling on the central government to push forward with a stalled proposal to regularise undocumented migrants in Spain.

      “To us, it was the most natural thing in the world,” explained Núñez Pérez, as he paused to greet residents in the town’s central plaza. In recent decades, migrants from across the globe had been atrracted to Villamalea for the many jobs on offer.

      The steady supply of labour had helped turn the town into an agricultural heavyweight – about 70% of the mushrooms sold in Spain come from here – while also transforming Villamalea into a rich tapestry of residents whose roots trace back to 32 countries.

      For the 11 town councillors who backed the motion to grant papers to undocumented migrants – from Núñez Pérez’s People’s party to the Socialists and the United Left – this reality took precedence over party lines.

      “We didn’t even debate it, we were all onboard right away,” said Núñez Pérez. “There’s a lot of work to be done here. And there could be even more – the problem for these companies is that they can’t find enough people to work.”

      With the town’s companies weighing up whether to bring in temporary foreign workers, it only made sense to allow those who were already here a fair chance at a foothold. “It’s not just economics, it’s a question of humanity,” said the mayor.

      In late August, the president of the European Central Bank, Christine Lagarde, said gross domestic output in Germany would have been about 6% lower in 2019 if it hadn’t been for foreign workers. The picture was similar across the eurozone, she said. “Although they represented only around 9% of the total labour force in 2022, foreign workers have accounted for half of its growth over the past three years.”

      In Spain, where the Socialist prime minister has insisted that migration is an opportunity, a surge in arrivals has helped to make the country a bright spot among Europe’s plodding economies.

      Of late, even some of the most ardent critics of immigration have conceded its necessity; in June Italy’s Giorgia Meloni, the far-right leader who has long called irregular migrants a threat to Europe’s future, said her government would issue nearly 500,000 new work visas for non-EU nationals in the coming years, in addition to the 450,000 handed out since she took power.

      While regularisation programmes have long been used across the EU, with 43 put in place by more than a dozen countries between 1996 and 2008, in Villamalea the push to grant papers was also rooted in the town’s history.

      During much of the 20th century, the town’s residents were forced to fan out across Europe in search of work, said Venancio Cuenca Lopéz, the head of a local retiree association. “Some of them had papers, but some had no papers, no job offers, nothing,” he said. “We can’t say: ‘Well we did it, but now we’re against it.’ We’re all human beings, we need to have some empathy.”

      He pushed back against claims that regularisation would push down wages. “There are companies that take advantage of undocumented workers, forcing them to work in poor conditions and paying them little. Then Spaniards can’t work because they’re competing with people who are getting paid peanuts,” he said. “So we regularise them, everyone has the same conditions.”

      The Guardian spoke to 10 or so residents, all of whom expressed support for the motion. From the pensioners who make up about a quarter of the town’s population to the around 20% who were born abroad – the majority from Morocco or Romania – residents shrugged off the far-right’s efforts to disparage diversity. “Here everyone has their life and their world, but when we get to together we all get along,” said María Anguix García.

      At Villamalea’s town hall, officials are swift to cite the efforts many have made to foster integration, keenly aware that they’re doing so against a backdrop of swirling disinformation about migration.

      “There was a day when people who practise Islam went to the church and got to know the prayer space and then they did the reverse; the Catholics went to the mosque and experienced it,” said the mayor “And around two months later, the five religions we have in Villamalea came together to pray in the church.”

      When the flood of media requests poured in earlier this year, most wanted to know how Núñez Pérez reconciled his stance with others in the conservative People’s party, particularly as the leader, Alberto Núñez Feijóo, was increasingly linking immigration to insecurity.

      Across the country, PP politicians have entered into governments supported by the far-right, anti-immigrant Vox party. As a result, PP politicians have lurched further to the right, leading to motions such as the one recently seen in Jumilla, a town of about 27,000 residents, where the PP-led council backed a ban on religious gatherings in public sports centres that appeared to target Muslims.

      Núñez Pérez bristled at the comparison. “I’ve always said that I’m not paid by my party, I’m paid by the people of this town,” he said. “In my party, as in all parties, there are differences of opinion. But if you look at the wider picture, we’re not that different.”

      It was, after all, the PP who had carried out more regularisation programmes than any other party since Spain returned to democracy.

      Others in the PP had also followed in Núñez Pérez’s footsteps; in late September, about 20 miles (32km) away in the town of Tarazona de la Mancha, a similar mix of councillors, though headed by a Socialist mayor, had come together to unanimously pass their own motion calling on the central government to grant papers to undocumented migrants.

      Even so, Núñez Pérez knew that the fact that he was a conservative mayor backing regularisation had become a “morbid” fascination for many. “But I think it’s the most natural thing; I know what happens in my town, we live quietly, we live in peace and we learn from each other,” he said. “In interviews they always ask me about my political party. But just because someone fires a shot over there, it doesn’t mean we’re all going to do the same.”

      https://www.theguardian.com/world/2025/oct/11/small-spanish-town-headlines-immigration-villamalea
      #villes-refuge #régularisation #José_Núñez_Pérez

    • #Torre_del_Burgo, en Espagne, un village qui revit grâce aux immigrés

      Isolement, exode rural et fermeture de services publics : au nord de Madrid, dans une région parfois surnommée la « Laponie espagnole », plusieurs villages étaient voués à disparaître. L’arrivée et l’installation de personnes migrantes ont tout changé.

      Depuis Guadalajara, il faut quitter la route départementale et s’enfoncer dans une rue étroite pour apercevoir les maisonnettes, l’église et la mairie. Vendredi 3 octobre, à l’heure du déjeuner, les ruelles de Torre del Burgo sont désertes. Seuls des chats osent s’aventurer sur la Plaza Major, égayée de façades colorées. Certaines maisons tombent en ruine, et un vieux terrain vague n’a visiblement jamais trouvé preneur. On fait le tour du village en dix minutes.

      À environ une heure de route au nord de Madrid, Torre del Burgo aurait pu tout bonnement disparaître si des personnes étrangères ne s’y étaient pas installées dans les années 2000. Ici, les immigré·es représenteraient entre 70 et 90 % de la population. Mais dans son bureau, le maire, José Carlos Moreno, insiste sur un point : « On n’a pas de réfugiés ni de migrants illégaux. » De sa voix rauque, il le répète une seconde fois pour être sûr d’être bien compris.

      Lui qui n’aime pas tellement l’exercice des interviews ne voudrait surtout pas que l’image de son parti soit entachée. Le Parti populaire (PP, droite) ne cache pas ses positions sur l’immigration, qu’il souhaite « ordonnée et régulée, en lien avec le marché du travail ». Il va jusqu’à reprendre les thèses racistes de l’extrême droite, comme le prétendu « appel d’air », qui laisse entendre que de bonnes politiques d’accueil pousseraient d’autres personnes à venir en Espagne.

      Le maire de Torre del Burgo adopte donc la ligne du parti, mais il reconnaît tout de même que sans les étrangers « légaux », le village serait sans doute mort. Au total, 21 nationalités s’y côtoient, entre les Bulgares (majoritaires), les Marocain·es, un Camerounais, des Italien·nes ou des Ukrainien·nes. « Vous savez ce que c’est, quand une famille vient, elle en amène une autre », commente le maire, en poste depuis quatorze ans.

      Les rares Espagnol·es qui possèdent un logement ici ne viennent que l’été, pour profiter de leur résidence secondaire. Les immigré·es y vivent à l’année, et travaillent le plus souvent dans l’agriculture et la logistique, deux secteurs florissants dans la région, connue notamment pour sa production d’asperges vertes.
      Déclin démographique

      Outre les questions liées à la régularisation des sans-papiers, qui ont occupé le débat public en Espagne ces dernières années, un autre volet pousse le gouvernement socialiste à prendre position en faveur de l’accueil des étrangers et étrangères : celui de la démographie. Sans l’immigration, « la population espagnole pourrait chuter de 48 à 24 millions [d’habitant·es] d’ici 2100 », soulignent les auteurs du rapport « Politique migratoire : l’exception espagnole », réalisé par la chercheuse en droit européen Tania Racho et le consultant indépendant Antoine de Clerck.

      Les Marocain·es, les Colombien·nes et les Vénézuélien·nes représentent les trois premières nationalités d’origine parmi la population espagnole ; et seuls deux pays de l’Union européenne (UE) figurent dans le top 10, la Roumanie et la France. Ces arrivées s’expliquent par les anciennes colonies en Amérique latine, la proximité géographique de certains pays et la liberté de circulation pour les pays de l’UE. Les immigré·es qui viennent en Espagne sont « globalement plus jeunes que la population espagnole », relève le rapport.

      Sans immigration, « l’Espagne est exposée à une décroissance démographique majeure d’ici 2040, qui mettrait son modèle social et économique sous forte tension », affirment l’auteur et l’autrice, en s’appuyant sur les données de l’institut national de la statistique espagnol (INE). Une solution, donc, aux problèmes démographiques en Espagne ? « Les sans-papiers dans le pays, c’est une folie, tranche le maire de Torre del Burgo. Mais pour les autres [les étrangers en situation régulière – ndlr], oui, ça peut être une solution. »

      La province de Guadalajara, aux mains des socialistes depuis 2019, semble avoir fait ce pari, au point de proposer une aide pour le paiement de l’impôt foncier, afin d’inciter les jeunes de moins de 35 ans à acheter un bien immobilier dans la région. Ainsi, le taux de prélèvement chute à 3 % (contre 10 % à Madrid). « Sans ça, le village allait disparaître », explique Daria, une jeune trentenaire qui pensait en bénéficier lorsqu’elle a acquis, avec son mari, sa maison deux ans plus tôt.

      Mais alors qu’elle répondait aux critères, elle s’est heurtée à un refus lorsqu’elle est allée prendre des nouvelles de sa demande, un an plus tard : « On m’a dit qu’on n’aurait rien, sans explication », dit-elle depuis sa cuisine, ouverte sur le salon, où des pizzas maison sont tout juste sorties du four. Ici, elle a retrouvé le calme auquel elle aspirait, après avoir quitté en 2017 la ville de Melitopol, en Ukraine, désormais aux mains des Russes.

      D’une voix forte et dans un espagnol quasi parfait, qu’elle a appris seule, elle raconte avoir suivi son mari, venu en Espagne en 2015 pour travailler dans le BTP. « À combien s’élève le salaire minimum en Ukraine, déjà ? », interroge Daria en s’adressant à sa mère, venue lui rendre visite. Réponse : « 120 euros ». Daria lève les sourcils : « En Espagne, on peut gagner 1 000 euros par mois. » Le choix était vite fait.

      Son mari a des déplacements un peu partout, « alors [ils] n’avai[ent] pas vraiment besoin d’être basés à Madrid ». Le couple a choisi de s’installer ici, où ils pouvaient acheter une maison moins chère. Leur fille aînée, âgée de 7 ans, se plaît bien mieux au village que dans la capitale, où la famille a vécu un temps.
      Des opportunités

      « C’est un village d’immigrés, lance Daria, tout en précisant qu’il compte quinze enfants, contre deux seulement dans le village voisin. Tout le monde se connaît, il y a de l’entraide, de la sécurité. » L’école, située à l’entrée du village au bord de la route, tombe en ruine depuis bien longtemps. Alors Daria a passé le permis, afin de pouvoir déposer et récupérer ses filles chaque jour à Tortola de Henares, à onze kilomètres de là.

      Elle regrette l’absence d’une école et d’un vrai parc de jeu et voudrait voir plus d’investissements pour la rénovation de vieilles bâtisses. Mais lorsqu’on lui a récemment demandé quelle était sa « ville préférée » en Espagne, elle a répondu sans hésiter « Torre del Burgo ».

      Au milieu du village, vendredi après-midi, Sabina* s’avance vers les poubelles collectives pour y déposer un sac. À 38 ans, elle a donné naissance à deux enfants ici, après avoir rejoint son mari, venu pour travailler en Espagne dix ans plus tôt. « C’est sûr que le village serait beaucoup plus désert sans nous », dit-elle.

      Vêtue de noir, les cheveux tirés en arrière et le teint halé, elle raconte avoir préféré éviter une grande ville comme Madrid, « où tout est plus compliqué pour les étrangers ». « Ici, on a trouvé un logement facilement car il y avait peu d’habitants, et on travaille dans la cueillette des asperges, la logistique ou le ménage. »

      En quelques années, le village aurait doublé sa population grâce à l’arrivée des immigré·es, atteignant aujourd’hui 493 habitant·es selon l’INE. Il serait celui qui compte le taux le plus élevé d’étrangers et étrangères en Espagne.

      Non loin de là, le village de Heras de Ayuso s’est lui aussi repeuplé grâce aux immigré·es. Lui aussi a été confronté à l’exode rural et à la fermeture d’entreprises et de services publics, comme l’explique un article d’El Confidencial, réalisé avec la fondation PorCausa, qui tente de changer les regards sur les migrations. Surnommée la « Laponie espagnole », cette région souffre du taux de dépeuplement le plus élevé d’Europe.

      Daria, qui espère demander bientôt sa naturalisation, compte bien rester à Torre del Burgo. Sa mère, qui a fui l’Ukraine en 2022 après le début de la guerre d’invasion russe, apprend petit à petit l’espagnol et travaille comme cuisinière. Elle se dit heureuse d’avoir retrouvé sa fille, mais aussi sa sœur (la tante de Daria), installée en Espagne depuis plusieurs années. Et si la guerre s’arrêtait ? « Je crois que nous resterons, répond Daria. Mes filles ont grandi ici, elles parlent espagnol, elles ont la culture espagnole. On a tous envie de rester. »

      https://www.mediapart.fr/journal/international/241025/torre-del-burgo-en-espagne-un-village-qui-revit-grace-aux-immigres

  • #JOP2030 : un projet à contre-courant de la #transition Alpine

    Selon ses principaux promoteurs, les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2030 seront structurants pour les Alpes françaises. Il ne s’agit pas seulement de penser l’avenir des #stations_de_ski, comme le suggère l’#Association_Nationale_des_Maires_de_Stations_de_Montagne (#ANMSM), mais de redéfinir rien de moins que les contours d’une « #civilisation_alpine [1] » (sic). Derrière les grands discours, quel projet de #territoire se dessine, ou se confirme avec les JOP 2030 ?

    La vie des montagnard·es est marquée par le #relief. Il remplit notre champ de vision, contraint et draine nos déplacements, définit notre #identité. Le relief est omniprésent dans nos vies. Cette géomorphologie contraignante est aussi protectrice : contre les canicules, contre les sécheresses - précipitations plus abondantes, stockage de l’eau en altitude sous forme de glace... Contre les excès humains aussi, par la résistance naturelle qu’elle oppose à l’#aménagement, à la domination de l’environnement, à l’organisation des concurrences inter-humaines, et contre le vivant.

    Le projet de territoire porté par les promoteurs des JOP 2030 voudrait briser cette résistance. Pour Renaud Muselier, président du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), les jeux olympiques et paralympiques sont "une opportunité pour l’accélération de la #transition_montagnarde”. Mais laquelle ? Dans une interview pour La Provence (14/10/23), il répondait à la question de l’impact du projet sur l’environnement : "Quand on parle de bilan carbone, mettre 5 heures pour faire Marseille Briançon, est-ce acceptable ? L’embouteillage à Tallard, on l’accepte ?"

    Il pointait ainsi du doigt un de ces embouteillages des vendredi et dimanche soirs de la saison de ski, dans lequel se retrouvent coincés, les skieurs venus des grandes métropoles régionales du sud : Montpellier, Marseille, toute la côte varoise. Dont un certain Renaud Muselier, qui vient faire du ski en Haute Ubaye en passant par... Tallard pour accéder à son lieu de villégiature. D’autres “bouchons” ou goulets d’étranglement existent partout dans les Alpes françaises (et ailleurs) conséquence d’une hyper affluence ponctuelle qui engorge les massifs avec une régularité métronomique.

    Voilà qui illustre la vision de territoire portée par les JOP 2030, et ses promoteurs : en pleine période de restriction budgétaire massive, il s’agit essentiellement de favoriser quelques grands #domaines_skiables (deux pour les Alpes du sud) et l’amélioration des #axes_routiers pour y parvenir. Et ce au détriment des #populations_locales, des #services_publics, de l’#environnement… mais également de tous les "petits territoires”, éloignés (à peine) de ces domaines skiables et des grands axes qui y mènent. Ces “petits” territoires comprennent un ensemble de stations de #moyenne_montagne qui souffrent déjà particulièrement du #réchauffement_climatique, et dont les premières fermetures emblématiques se succèdent déjà.

    Et le #ferroviaire, demanderez-vous ? Dans cette vision territoriale, le ferroviaire est certes mis en avant par les porteurs du projet, comme caution verte : il s’agit de passer, d’ici aux jeux, d’un temps de trajet de quasi 5 heures à 3h30 entre Marseille et Briançon. Or, les temps de parcours actuels sont le résultat d’une politique de délaissement du #rail, depuis de nombreuses années, portée par les mêmes qui promeuvent les jeux. L’état du #réseau_ferroviaire alpin est tellement dégradé, qu’il paraît difficile de le rendre rapidement à nouveau attractif d’ici 2030. De sorte que l’option la plus "réaliste" pour réduire le temps de trajet serait... de ne pas s’arrêter dans les gares intermédiaires !

    La vision portée par les JOP 2030 est celle de la #spécialisation du territoire, celui des Alpes, au service d’un #tourisme_de_masse issu des grands centres urbains. #Chamonix, #Briançon en sont des exemples emblématiques. La population locale, habitant à l’année, est progressivement chassée des hautes vallées spécialisées dans le ski, devenues trop chères, et invivables au quotidien. Elle subit l’arrivée d’un nombre toujours croissant de vacancier·es, pour qui tout est organisé, dans une “montée en gamme” de l’accueil. On perçoit ainsi deux réalités et logiques distinctes, celle des habitant·es des territoires de montagne, et celle des consommateur·ices d’un territoire.

    Issue des catégories aisées des grands centres urbains, sous pression des contraintes citadines du quotidien, cette population de vacancier·es a besoin, le temps du weekend et des #vacances, de fuir leur lieu de vie, pour s’aérer, pour décompresser. Iels deviennent consommateur·ices d’un territoire, avec le besoin impérieux de changer d’air, de se détendre et de couper d’un quotidien oppressant... pour mieux se présenter le lundi matin au bureau avec la mine hâlée de ceux qui ont les moyens de s’échapper momentanément de l’"enfer" des grandes cités, et de profiter, le temps du weekend ou de vacances, des espaces naturels et des bienfaits de l’activité en extérieur.

    La spécialisation de territoire (au service des centres urbains) que dessine le #surtourisme se retrouve aussi dans d’autres secteurs d’activités : l’#énergie par exemple. Dans les Alpes du sud, des zones “excentrées” sont vues comme territoire à “faible pression foncière”, qui laisse la place au développement des #énergies_renouvelables, solaire photovoltaïque entre autres (du fait du climat particulièrement ensoleillé) et l’apparition de #centrales_photovoltaïques géantes, remplaçant forets et espaces naturels “sauvages”.Ou encore le secteur des #déchets, les arrières pays servant de zone de stockage des déchets des grandes agglomérations.

    Cette #spécialisation_territoriale n’a pourtant pas d’avenir dans le contexte actuel de réchauffement climatique. Dès janvier 2023, la trajectoire climatique de la France a été définie par le ministère de la Transition écologique à +4 degrés à l’horizon 2100, moins de 8 ans après les Accords de Paris qui stipulaient un objectif de 1,5 degrés. Dans les Alpes, ces +4 degrés pourraient être atteints bien avant 2100, ce territoire se réchauffant plus vite que le reste du pays. Quelle hausse de température pouvons nous y attendre et craindre +5, + 6 degrés ?... Une étude européenne sur plus de 2500 stations de ski montrent qu’à plus 4 degrés, 98 % des stations auront un problème existentiel d’enneigement.

    Dans ce contexte de réchauffement climatique fort, les territoires de montagne sont à la fois fragiles, et pourvus d’atouts importants : fraîcheur (relative), réserves en eau, espaces naturels disponibles pour la biodiversité… Un ensemble de facteurs nécessaires à la résilience de territoire. La #revitalisation du territoire alpin ne pourra pas être activée sans prendre en compte ses particularités et sans sa population. Et c’est pourtant ainsi qu’est bâti le projet JOP 2030 ! Il paraît urgent de remettre la #vie_montagnarde, celle des habitant·es des Alpes, au cœur de la question de l’avenir des massifs, au cœur de la question de la #transition_alpine ; Urgent de rompre avec un modèle de consommation de la montagne, urgent d’intégrer les populations pour construire de nouvelles orientations.

    https://france.attac.org/nos-publications/lignes-d-attac/article/jop-2030-un-projet-a-contre-courant-de-la-transition-alpine
    #JO2030 #jeux_olympiques #Alpes #migrations #consumérisme #climat #changement_climatique

  • L’inexorable baisse de la #natalité française
    https://actualites.sofagec.fr/minformer-sur-mon-secteur?se=eco&aid=653734

    (...)

    Alors qu’elles avaient augmenté de 9 % entre 1995 et 2010, les #naissances ont reculé de 22 % entre 2011 et 2024. Un repli qui se poursuit en 2025, les naissances ayant baissé, au cours du 1er semestre, de 3 % par rapport à la même période de 2024.

    Parallèlement, précise Maxime Sbaihi, l’auteur de l’étude, « les #décès s’inscrivent en hausse de 3 % sur les 6 premiers mois de l’année sous l’effet du #vieillissement de la #population et avec l’arrivée des premières #cohortes de #baby-boomers (1945-1974) à des âges de plus forte #mortalité ». Conséquence, depuis le mois de mai dernier, le nombre de décès est supérieur en France à celui des naissances. Un phénomène que les dernières #projections de l’#Insee n’attendaient pas avant 10 ans.

    (...)

    Point d’inflexion en plein milieu du quinquennat de Sarkozy. Hollande n’y a rien changé, voire ça a empiré les choses. Tu pourrais en conclure que l’extrême centre, c’est mauvais pour les populations. Ou dire que c’est tout de la faute au réchoclimatique qui n’existe pas. A moins que ce ne soit à cause des vaccins qui tuent. Ou bien... qu’on est bel et bien gouverné par des élites mortifères qui ont décidé, en dernier ressort de s’en prendre une bonne fois pour toute à leurs populations qui, bien peu reconnaissantes, cessent de se reproduire. D’où la course à la hausse de la natalité, aux US, où on te me fait comprendre que les femmes feraient bien de se laisser engrosser, sinon, on les enferme ou on les tue.

    On a comme un souci à convenablement choisir nos zélites, je crois.

  • Faire #peuple ? Tract diffusé à marseille
    https://nantes.indymedia.org/posts/151712/faire-peuple-tract-diffuse-a-marseille

    Tract diffusé à Marseille à partir du mois de juin 2019 Pas de doute, le “Peuple” est à la mode, qu’on prétende lui faire élire les dirigeant-e-s qui décideront en son nom, le mobiliser en masse derrière quelque étendard ou encore lui faire prendre le pouvoir, par la rue ou…

    #démagogie #Populisme #Partout #Global

  • Triomphe du « beauf », par Élie Guéraut & Laélia Véron (Le Monde diplomatique, août 2025)
    https://www.monde-diplomatique.fr/2025/08/GUERAUT/68622

    On pourrait croire que ce mot dessine un clivage entre la gauche (qui traiterait ses adversaires de « beaufs ») et la droite (dont certains représentants revendiqueraient le terme). Or deux livres récents, Beaufs et barbares, de Houria Bouteldja (La Fabrique, 2023), et Ascendant beauf (Seuil, 2025), de Rose Lamy, reviennent sur cette catégorie pour en interroger la charge méprisante et tenter, chacune à leur manière, de la réhabiliter afin de (re)construire des alliances de classe favorables à la gauche.

    L’article qui suit étant censé critiquer cette posture. Quelqu’un l’a vu quelque part ?

    #paywall #beauf #Laélia_Véron #Élie_Guéraut

    • (...) dès ses débuts, le « beauf » peut déborder le #populaire et appartenir à la (petite) bourgeoisie économique. Ce qui le caractérise, c’est une distance aux cultures scolaire et savante ainsi qu’aux mondes intellectuels qui les portent. Il se tourne au contraire vers un consumérisme de masse, voire étale sa richesse de manière ostentatoire. Ainsi, l’ancien président français Nicolas Sarkozy - lorsqu’il se moquait du « sadique ou de l’imbécile » qui a mis La Princesse de Clèves au programme d’un concours de la fonction publique ou quand il rencontrait le pape accompagné de l’humoriste Jean-Marie Bigard - a largement été qualifié de « beauf » par certains journalistes, par exemple dans les colonnes de L’Humanité (2). Aujourd’hui, on peut se demander si des figures politiques contemporaines de premier plan comme MM. Javier Milei ou Donald Trump ne correspondent pas, elles aussi, à cette vision du « beauf ». Incarnations idéal-typiques de la « fragilisation des liens entre culture savante et classes supérieures (3) », tous deux mettent en scène une distance maîtrisée à la culture légitime dans le cadre d’une communication politique populiste.

      [...]

      De manière plus générale, la réhabilitation de l’étiquette « beauf » fait l’impasse sur le problème politique suivant : que faire lorsque des personnes de classes populaires ont des comportements qui ne relèvent pas de simples pratiques culturelles, mais de rapports de domination, voire de violence, vis-à-vis d’autres groupes dominés, tels que des propos ou actes sexistes et racistes ? Faudrait-il ne pas les dénoncer par crainte d’être taxé de mépris de classe ? Autre difficulté : la représentation caricaturale des classes populaires en tant que « beaufs » tend à rétrécir leur univers culturel à des pratiques consuméristes normées par l’industrie culturelle de masse. Un tel raccourci tend à figer les classes populaires dans un imaginaire de désir uniquement orienté vers les standards du capitalisme marchand et à sanctuariser ainsi les rapports sociaux existants, tout en faisant fi des tentatives historiques de création de contre-cultures populaires liées à des projets de transformation sociale (telles qu’elles ont pu exister au sein de mouvements d’éducation populaire souvent liés à des institutions, comme le Parti communiste français).

      En définitive, les usages de la notion de « beauf » mêlent, le plus souvent, deux critiques, sociale et morale. S’il ne faut certes pas évacuer la question morale (il n’est ni juste, ni d’ailleurs politiquement efficace, de faire preuve d’un mépris culturel afin de disqualifier des groupes sociaux « ennemis » ou jugés comme tels), la seule condamnation du mépris culturel peut oblitérer la compréhension des conditions sociales de production de ce mépris. En outre, sur le plan politique, il faut être capable de reconnaître que les pratiques culturelles peuvent être critiquées et faire l’objet d’un travail d’appropriation et de transformation (qui se mène de fait dans le monde associatif, les médias, le champ artistique, etc.). La culture n’est pas seulement un espace de jeux de distinction sociale, mais aussi un terrain de luttes politiques.

      #classes_populaires #culture

    • Personnellement je ne me retrouve que moyennement dans ce texte, ou alors je le trouve maladroit, parce que justement je n’applique pas, personnellement, l’insulte « beauf » aux classes populaires (sinon : évidemment ce serait du mépris de classe assez transparent), mais aux personnes des classes aisées qui adoptent volontairement des comportements qu’ils supposent plaire aux classes populaires.

      La dernière fois que j’ai utilisé le terme « beauf réjoui » sur Seenthis, c’est pour Macron, en train de faire dans le populisme pro-bagnole et anti-écolo.

      L’article répète : « dans les représentations communes, la catégorie de “beauf” est bien liée au populaire, même si elle le déborde partiellement », mais les seuls « beaufs » explicitement nommés dans l’article sont :
      – Cyril Hanouna
      – Nicolas Sarkozy
      – Javier Milei et Donald Trump
      – François Bégaudeau.
      Des gens qui ne « débordent » pas que « partiellement » du « populaire »…

      D’où mon souci avec cet article : il me semble qu’il y a désormais une importante seconde (troisième ?) étape dans cette utilisation du terme beauf, justement basé sur le refus d’attribuer aux classes populaires, ni même aux petits bourgeois, le qualificatif de « beauf ». Le terme est alors utilisé pour dénoncer justement l’attitude des élites économiques, médiatiques, politiques, qui singent ce qu’ils pensent plaire au populaire. Les beaufs sont alors non pas les classes populaires, mais les riches qui croient que, pour plaire aux pauvres, il faut « faire beauf ».

      L’article dit bien que cette réduction ad beaufitude des classes populaires est méprisante et basée sur une idée fausse. Mais il faudrait alors expliciter que justement, ce qu’on qualifie alors de « beauf », c’est l’attitude des puissants à adopter ce qu’ils croient être une culture populaire qui serait beauf (ie : vaguement illétrée, raciste et sexiste). Le « beauf », alors, c’est justement celui qui, depuis une situation aisée, met en scène son propre mépris de classe. Le beauf, c’est Macron à deux doigts d’adopter l’accent parigot pour dire qu’« on aime la bagnole », histoire de plaire à ceux qui, toujours selon lui, « ne sont rien ».

      Par ailleurs, l’article continue à focaliser l’utilisation du qualificatif « beauf » sur le rapport à la culture (opposition entre « “beaufs” et goûts légitimes »). Avant tout de même de poser la question : « que faire lorsque des personnes de classes populaires ont des comportements qui ne relèvent pas de simples pratiques culturelles, mais de rapports de domination, voire de violence, vis-à-vis d’autres groupes dominés », débordant donc de la question culturelle, mais en restant focalisé sur les classes populaires. Or, justement, c’est bien là que se niche l’utilisation du terme « beauf » aux personnes citées plus haut (Hanouna, Sarkozy, Trump), qui ne surgit pas parce que ces gens afficheraient une vulgarité de goûts, mais bien parce que leur « faire beauf » est uniquement consacré à la promotion d’un agenda réactionnaire, et que si on les qualifie de « beauf », c’est parce qu’ils orientent leur populisme uniquement sur un axe raciste, sexiste, homophobe…

  • L’impatto dei centri italiani per migranti di #Shëngjin e #Gjadër sulla popolazione locale

    Dal giugno 2024 almeno 50 lavoratori del porto albanese hanno perso il lavoro a causa dello spazio occupato dall’hotspot mentre a Gjadër gli abitanti assunti per svolgere lavori all’interno dell’hotspot e del Cpr si contano sulle dita di una mano. Le due cittadine pagano così un prezzo altissimo per l’accordo voluto dal Governo Meloni. Mentre la Corte di giustizia dell’Ue ne smonta in modo radicale il funzionamento. Il nostro reportage

    Almeno 50 lavoratori del porto di Shëngjin avrebbero perso il lavoro in un anno. È questo il prezzo altissimo pagato dai cittadini albanesi per l’attuazione del protocollo sui migranti siglato tra Roma e Tirana: un’informazione imbarazzante e per questo taciuta ma che tre diverse fonti hanno confermato ad Altreconomia.

    “I motivi sono banali -racconta una di queste- l’apertura della struttura italiana ha ridotto di molto lo spazio disponibile e l’arrivo delle navi militari italiane in un simile porto complica di molto la logistica”. Tutti lo sanno, nessuno però ne vuole parlare: a metà luglio 2025 l’ingresso al porto è vietato, i lavoratori sono sfuggenti e il direttore dello scalo albanese irraggiungibile. Il dato numerico resta così solo una stima che, però, basta a fotografare l’impatto sul tessuto sociale locale di centri italiani.

    Nella cittadina costiera albanese, affollata di turisti, la società Rafaelo resort hotel Spa sembra essere l’unica ad averci guadagnato davvero. Per l’ospitalità degli operatori di polizia italiani ha ricevuto in totale, dal giugno 2024 a oggi, 8,9 milioni di euro dal Viminale.

    Un importo che potrebbe ancora crescere: a metà luglio 2025, infatti, la Direzione centrale immigrazione e polizia delle frontiere ha pubblicato un nuovo bando richiedendo alle due partecipanti (oltre alla Rafaelo è in corsa anche la Xenia Spa, colosso del settore ricettivo con sede legale a Chiasso, in Svizzera) un preventivo biennale per l’accoglienza di 300 unità, che possono aumentare fino a 400 nei “periodi di avvicendamento del personale”. Numeri impressionanti se si pensa che al 27 luglio erano trattenute 29 persone nel Centro di permanenza per il rimpatrio (Cpr) albanese. Non solo. “Sinceramente tutte queste divise non so quanto facciano bene al turismo, le auto che fanno avanti e indietro verso il centro si notano”, racconta un residente.

    Sono circa 20 i chilometri che separano Shëngjin da Gjadër, dove sorge la seconda struttura prevista dal protocollo Italia-Albania: la più imponente, con una capienza di quasi 1.100 posti (sulla carta) tra quelli riservati alle persone straniere trattenute e quelli di servizio per il personale dell’ente gestore Medihospes e degli operatori di polizia. Muovendosi verso il centro, quando dalla strada principale che collega la capitale Tirana a Scutari si svolta a destra per immettersi sulla secondaria che porta alla cittadina albanese, si incontra già un po’ di Italia. Dall’ottobre 2009 nel Comune di Gocaj, infatti, è attivo uno stabilimento della Colacem Spa, una delle principali società italiane attive nella produzione di cemento. Superando il sito produttivo, dopo poco meno di dieci chilometri, dietro una curva a sinistra spicca l’ingresso della struttura su cui sventolano la bandiera italiana e quella dell’Unione europea.

    Il cancello, grigio e imponente, segna una linea di confine: i poliziotti albanesi bivaccano nel gabbiotto appena fuori. Si muovono, di fatto, solo se attivati dai “colleghi” italiani che al nostro arrivo non tardano a chiamarli per le foto che cominciamo a scattare dall’esterno della struttura. “Fermateli”, grida un poliziotto italiano. Quello albanese, però, una volta avvicinatosi, spiega infastidito che fuori dal centro la competenza è loro e i “colleghi” non hanno alcun motivo di intromettersi. “Ho visto che eravate sufficientemente lontani a fare le vostre riprese”, sottolinea.

    Tutto è molto labile, confuso, a tratti paradossale. Così mentre Arben, uomo sulla quarantina che abita nei pressi del centro, racconta quello che sa sulla struttura, due macchine della polizia penitenziaria italiana sfrecciano dietro di lui. “Dicono che dentro ci sono ‘criminali’, persone che hanno commesso gravi reati -spiega dubbioso mentre scarica la spesa dal baule della macchina-. Sinceramente so davvero poco. Anche perché dentro non si vede nulla”.

    In un piccolo paese di circa 800 abitanti l’ignoto spesso lascia spazio a voci e informazioni non verificate. A Gjadër ne girano tantissime.“Abbiamo sentito voci secondo cui i detenuti provenienti dal Regno Unito saranno trasferiti nella struttura carceraria per evitare che i centri rimangano vuoti. Ci sono trenta stanze lì. Abbiamo sentito che Meloni ha raggiunto un accordo con i leader britannici”, racconta una fonte interna ai Cpr che ha chiesto di rimanere anonima. Un’altra, invece, ci assicura che un cittadino albanese è attualmente presente nel Cpr. Non è così, dai dati ufficiali, ma la linea che separa la propaganda e la realtà nella cittadina albanese ormai non esiste più. E per gli abitanti non è affatto una novità la condizione in cui si ritrovano a vivere.

    Dopo essere stata in passato una delle zone più floride per la coltivazione di granoturco e girasoli oltre che per il pascolo di mucche da latte, tutto cambia nel 1974. In pieno comunismo, il presidente Enver Hoxha decide di costruire a Gjadër una delle più grandi basi militari dei Balcani. Sotto la collina adiacente ai centri per migranti fu costruita una lunga pista d’atterraggio segreta e, a poche centinaia di metri di distanza, una pista “sorella” per permettere il decollo all’aperto dei velivoli. Quell’area, poi, venne utilizzata anche dalla Cia durante gli anni Novanta per poi essere dismessa. Oggi è presidiata dai militari perché non è ancora stata bonificata e sembrerebbe che diversi materiali d’armamento siano ancora presenti tanto nella galleria quanto all’esterno. Informazioni, però, da prendere con le pinze perché anche su quanto successo nel passato spesso le testimonianze dei residenti restano contraddittorie.

    “Viviamo di nuovo immersi nell’incognita -spiega uno di loro, nato nel paese e poi trasferitosi all’estero-. L’abbiamo sperimentato durante il comunismo e oggi di nuovo ma credo ci sia una grossa differenza rispetto al passato”. Per l’uomo, infatti, la presenza di militari negli anni Novanta era più silente. “Oggi non è così. Anche solo perché mentre percorri la strada che arriva al centro di Gjadër ti ritrovi all’improvviso davanti all’ingresso delle strutture con sbarre, polizia e la bandiera italiana. È tutto così anomalo e triste”.

    La maggior parte dei residenti incontrati non hanno un’opinione chiara sul protocollo o comunque sono restii a condividerla. Quel che si sa, invece, è che in termini di posti di lavoro anche nella cittadina interna, così come a Shëngjin, la struttura non ha modificato le sorti degli abitanti. Sarebbero tre le persone che hanno trovato un lavoro all’interno, con un compenso mensile non superiore ai 500 euro e comunque più basso rispetto ai colleghi italiani che svolgono la stessa mansione. In totale, si stima che l’ente gestore abbia assunto circa il 20% di personale di origine albanese, molti dei quali provenienti da fuori Gjadër.

    “Stanno cercando nuovi operatori legali da inserire nella struttura -racconta una fonte interna ai centri la mattina del 23 luglio-. Stanno offrendo contratti a partire dal primo agosto perché dicono che il tribunale europeo darà ragione al governo italiano”. Così non è stato.

    La mattina del primo agosto, infatti, la Corte di giustizia dell’Unione europea ha stabilito che la definizione di “Paese di origine sicuro” non può essere applicata qualora uno Stato non garantisca a tutta la popolazione una protezione sufficiente. Un tassello fondamentale per l’impalcatura dell’iniziale progetto di funzionamenti dei centri in Albania. “Sorprende la decisione della Corte”, ha fatto sapere il governo. L’aria che tirava a Gjadër e forse anche a Palazzo Chigi era diversa. Probabilmente, quindi, nessun lavoratore in più verrà assunto. Quelli già contrattualizzati che continuano a vivere in un “clima di terrore”, invece, nei giorni scorsi hanno rinnovato l’accordo per altri tre mesi.

    https://altreconomia.it/limpatto-dei-centri-italiani-per-migranti-di-shengjin-e-gjader-sulla-po

    #modèle_Albanie #Albanie #migrations #réfugiés #externalisation #Italie #rétention #impact #travail #port #Rafaelo_resort_hotel #Rafaelo #Xenia #tourisme #Medihospes #forces_de_l'ordre #population_locale #modèle_albanais

    –-
    ajouté à la métaliste sur l’accord Italie-Albanie:
    https://seenthis.net/messages/1043873

  • Stop Netanyahu Before He Gets Us All Killed

    via https://diasp.eu/p/17700907

    We could soon see several nuclear powers pitted against each other and dragging the world closer to nuclear annihilation.

    https://www.commondreams.org/opinion/netanyahu-war-on-iran

    Jeffrey D. Sachs & Sybil Fares
    Jun 16, 2025, Common Dreams

    For nearly 30 years, Israel’s Prime Minister Benjamin Netanyahu has driven the #Middle_East into war and destruction. The man is a powder keg of violence. Throughout all the wars that he has championed, Netanyahu has always dreamed of the big one: to defeat and overthrow the Iranian Government. His long-sought war, just launched, might just get us all killed in a nuclear Armageddon, unless Netanyahu is stopped.

    #Netanyahu’s fixation on war goes back to his extremist mentors, Ze’ev Jabotinsky, Yitzhak (...)

    • (... #Netanyahu’s fixation on war goes back to his extremist mentors, Ze’ev Jabotinsky, Yitzhak) Shamir, and Menachem Begin. The older generation believed that Zionists should use whatever violence–wars, #assassinations, terror–is needed to achieve their aims of eliminating any Palestinian claim to a #homeland.

      The founders of Netanyahu’s political movement, the Likud, called for exclusive Zionist control over all of what had been British Mandatory Palestine. At the start of the British Mandate in the early 1920s, the #Muslim and #Christian Arabs constituted roughly 87% of the #population and owned ten times more land than the Jewish population. As of 1948, the Arabs still outnumbered the Jews roughly two to one. Nonetheless, the founding charter of #Likud (1977) declared that “between the Sea and the Jordan there will only be Israeli sovereignty.” The now infamous chant, “from the River to the Sea,” which is characterized as anti-Semitic, turns out to be the anti-Palestinian rallying call of the Likud.

      Israel’s war on Iran is the final move in a decades-old strategy. We are witnessing the culmination of decades of extremist #Zionist manipulation of US foreign policy.

      The challenge for Likud was how to pursue its maximalist aims despite their blatant illegality under international law and morality, both of which call for a two-state solution.

      In 1996, Netanyahu and his American advisors devised a “Clean Break” strategy . They advocated that Israel would not withdraw from the Palestinian lands captured in the 1967 war in exchange for regional peace. Instead, Israel would reshape the Middle East to its liking. Crucially, the strategy envisioned the US as the main force to achieve these aims—waging wars in the region to dismantle governments opposed to Israel’s dominance over Palestine. The US was called upon to fight wars on Israel’s behalf.

      The Clean Break strategy was effectively carried out by the US and Israel after 9/11. As NATO Supreme Commander General Wesley Clark revealed, soon after 9/11, the US planned to “attack and destroy the governments in seven countries in five years—starting with Iraq, then Syria, Lebanon, Libya, Somalia, Sudan, and Iran.”

      The first of the wars, in early 2003, was to topple the Iraqi government. Plans for further wars were delayed as the US became mired in Iraq. Still, the US supported Sudan’s split in 2005, Israel’s invasion of Lebanon in 2006, and Ethiopia’s incursion into Somalia that same year. In 2011, the Obama administration launched CIA operation Timber Sycamore against Syria and, with the UK and France, overthrew Libya’s government through a 2011 bombing campaign. Today, these countries lie in ruins, and many are now embroiled in civil wars.

      Netanyahu was a cheerleader of these wars of choice–either in public or behind the scenes–together with his neocon allies in the U.S. Government including Paul Wolfowitz, Douglas Feith, Victoria Nuland, Hillary Clinton, Joe Biden, Richard Perle, Elliott Abrams, and others.

      Testifying in the U.S. Congress in 2002, Netanyahu pitched for the disastrous war in Iraq, declaring “If you take out Saddam, Saddam’s regime, I guarantee you that it will have enormous positive reverberations on the region.” He continued, “And I think that people sitting right next door in Iran, young people, and many others, will say the time of such regimes, of such despots is gone.” He also falsely told Congress, “There is no question whatsoever that Saddam is seeking, is working, is advancing towards to the development of nuclear weapons.”

      The slogan to remake a “New Middle East” provides the slogan for these wars. Initially stated in 1996 through “Clean Break,” it was popularized by Secretary Condoleezza Rice in 2006. As Israel was brutally bombarding Lebanon, Rice stated:

      “What we’re seeing here, in a sense, is the growing – the birth pangs of a new Middle East and whatever we do we have to be certain that we’re pushing forward to the new Middle East not going back to the old one.”

      In September 2023, Netanyahu presented at UN General Assembly a map of the “New Middle East” completely erasing a Palestinian state. In September 2024, he elaborated on this plan by showing two maps: one part of the Middle East a “blessing,” and the other–including Lebanon, Syria, Iraq, and Iran–a curse, as he advocated regime change in the latter countries.

      Israel’s war on Iran is the final move in a decades-old strategy. We are witnessing the culmination of decades of extremist Zionist manipulation of US foreign policy.

      The premise of Israel’s attack on Iran is the claim that Iran is on the verge of acquiring nuclear weapons. Such a claim is fatuous since Iran has repeatedly called for negotiations precisely to remove the nuclear option in return for an end to the decades of US sanctions.

      Since 1992, Netanyahu and his supporters have claimed that Iran will become a nuclear power “in a few years." In 1995, Israeli officials and their US backers declared a 5-year timeline. In 2003, Israel’s Director of Military Intelligence said that Iran will be a nuclear power “by the summer of 2004.” In 2005, the head of Mossad said that Iran could build the bomb in less than 3 years. In 2012, Netanyahu claimed at the United Nations that “it’s only a few months, possibly a few weeks before they get enough enriched uranium for the first bomb.” And on and on.

      This 30-year-plus pattern of shifting deadlines has marked a deliberate strategy, not a failure in prophecy. The claims are propaganda; there is always an “existential threat.” More importantly, there is Netanyahu’s phony claim that #negotiations with Iran are useless.

      #Iran has repeatedly said that it does not want a nuclear weapon and that it has long been prepared to negotiate. In October 2003, Supreme Leader Ayatollah Ali Khamenei issued a fatwa forbidding the production and use of nuclear arms—a ruling later officially cited by Iran at an IAEA meeting in Vienna in August 2005 and referenced since as a religious and legal barrier to pursuing nuclear weapons.

      Even for those skeptical of Iran’s intentions, Iran has consistently advocated for a negotiated agreement supported by independent international verification. In contrast, the Zionist lobby has opposed any such settlements, urging the US to maintain sanctions and reject deals that would allow strict #IAEA monitoring in exchange for lifting sanctions.

      In 2016, the Obama Administration, together with the UK, France, Germany, China, and Russia, reached the Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA) with Iran—a landmark agreement to strictly monitor Iran’s nuclear program in exchange for sanctions relief. Yet, under relentless pressure from Netanyahu and the Zionist lobby, President Trump withdrew from the deal in 2018. Predictably, when Iran responded by expanding its uranium enrichment, it was blamed for violating an agreement that the US itself had abandoned. The double-standard and propaganda is hard to miss.

      On April 11, 2021, Israel’s Mossad attacked Iran’s nuclear facilities in Natanz. Following the attack, on April 16, Iran announced that it would increase its uranium enrichment further, as bargaining leverage, while repeatedly appealing for renewed negotiations on a deal like the JCPOA. The Biden Administration rejected all such negotiations.

      At the start of his second term, Trump agreed to open a new negotiation with Iran. Iran pledged to renounce nuclear arms and to be subject to IAEA inspections but reserved the right to enrich uranium for civilian purposes. The Trump Administration appeared to agree to this point but then reversed itself. Since then, there have been five rounds of negotiations, with both sides reporting progress on each occasion.

      The sixth round was ostensibly to take place on Sunday, June 15. Instead, Israel launched a preemptive war on Iran on June 12. Trump confirmed that the US knew of the attack in advance, even as the administration was speaking publicly of the upcoming negotiations.

      Israel’s attack was made not only in the midst of negotiations that were making progress, but days before a scheduled UN Conference on Palestine that would have advanced the cause of the two-state solution. That conference has now been postponed.

      Israel’s attack on Iran now threatens to escalate to a full-fledged war that draws in the US and Europe on the side of Israel and Russia and perhaps Pakistan on the side of Iran. We could soon see several nuclear powers pitted against each other and dragging the world closer to nuclear annihilation. The Doomsday Clock is at 89 seconds to midnight, the closest to nuclear Armageddon since the clock was launched in 1947.

      Over the past 30 years, Netanyahu and his US backers have destroyed or destabilized a 4,000-km swath of countries stretching across North Africa, the Horn of #Africa, the Eastern #Mediterranean, and Western #Asia. Their aim has been to block a Palestinian State by overthrowing governments supporting the Palestinian cause. The world deserves better than this extremism. More than 170 countries in the UN have called for the two-state solution and regional stability. That makes more sense than Israel bringing the world to the brink of nuclear #Armageddon in pursuit of its illegal and extremist aims.

      #Sionisme #Israel #États-Unis #Palestine

  • Alexandre Mirlicourtois, La Bulgarie en zone euro : la rigueur et l’exode - Décryptage éco - xerficanal.com

    via https://diasp.eu/p/17698644

    https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-La-Bulgarie-en-zone-euro-la-rigueur-et-l-exode_3

    #économie #politique #UE

    L’UE détruit les pays qu’elle absorbe. C’est une colonisation rampante.

    ...Son PIB par habitant, à peine supérieur à 24 000 euros, représente seulement 41% de la moyenne européenne, ce qui en fait le pays le plus pauvre d’Europe. Une sacrée épine dans le pied. Le manque d’attractivité et de perspectives pousse une partie de la population, notamment les jeunes qualifiés, à quitter le pays. Cette émigration est facilitée par une diaspora importante (43% des Bulgares résident à l’étranger) et par l’adhésion à l’UE depuis 2007.

    Résultat : la population diminue, (...)

  • Les #parcs africains ou l’histoire d’un #colonialisme_vert

    Derrière le mythe d’une Afrique #sauvage et fascinante se cache une histoire méconnue : celle de la mise sous cloche de la #nature au mépris des populations, orchestrée par des experts occidentaux. L’historien #Guillaume_Blanc raconte.

    Vous avez longuement enquêté sur les politiques de #protection_de_la_nature mises en place en #Afrique depuis la fin du XIXe siècle. Comment, dans l’esprit des experts occidentaux de la conservation de la nature, a germé cette idée que le continent africain constituait le dernier éden sauvage de la planète, qu’il s’agissait de préserver à tout prix ?

    Guillaume Blanc1 Mon enquête historique s’appuie en effet sur plus de 130 000 pages de documents issus de 8 fonds d’archives répartis entre l’Europe et l’Afrique. Pour comprendre ce mythe de la nature sauvage, il faut se mettre à la place des #botanistes et des #forestiers qui partent tenter l’aventure dans les #colonies à la fin du XIXe siècle, et laissent derrière eux une Europe radicalement transformée par l’industrialisation et l’urbanisation. En arrivant en Afrique, ils sont persuadés d’y retrouver la nature qu’ils ont perdue chez eux.

    Cette vision est en outre soutenue par un ensemble d’œuvres relayées par la grande presse. C’est par exemple #Winston_Churchill qui, en 1907, publie Mon voyage en Afrique, dans lequel il décrit le continent africain comme un « vaste jardin naturel » malheureusement peuplé d’« êtres malhabiles ». Dans les années 1930, c’est ensuite #Ernest_Hemingway qui évoque, dans Les Neiges du Kilimandjaro, un continent où les #big_five – ces mammifères emblématiques de l’Afrique que sont le #lion, le #léopard, l’#éléphant, le #rhinocéros noir et le #buffle – régneraient en maîtres. Depuis, le #mythe de cette Afrique édénique a perduré à travers les reportages du #National_Geographic et de la BBC ou, plus récemment, avec la sortie du célèbre film d’animation #Le_Roi_Lion.

    Qui sont les principaux acteurs des politiques de protection de la nature en Afrique, depuis les premières réserves de faune sauvage jusqu’à la création des parcs nationaux ?
    G. B. En Afrique, la création des #réserves_de_chasse à la fin du XIXe siècle par les colonisateurs européens vise surtout à protéger le commerce des troupeaux d’éléphants, déjà largement décimés par la #chasse. À partir des années 1940, ces #réserves deviennent ensuite des espaces dédiés presque exclusivement à la contemplation de la #faune_sauvage – une évolution qui témoigne d’une prise de conscience de l’opinion publique, qui considère comme immoral le massacre de la grande #faune.

    Les principaux acteurs de cette transformation sont des écologues administrateurs, à l’image de #Julian_Huxley, le tout premier directeur de l’#Unesco, nommé en 1946. On peut également citer #Edgar_Worthington, qui fut directeur scientifique adjoint du #Nature_Conservancy (une orga­ni­sa­tion gouvernementale britannique), ou l’ornithologue #Edward_Max_Nicholson, l’un des fondateurs du #World_Wildlife_Fund, le fameux #WWF. À partir des années 1950, ces scientifiques issus de l’administration impériale britannique vont s’efforcer de mettre la #science au service du gouvernement, de la nature et des hommes.

    À l’époque coloniale, la nature africaine semble toutefois moins menacée qu’elle ne l’est aujourd’hui. N’y a-t-il pas comme une forme de contradiction de la part des experts de la conservation à vouloir présenter ce continent comme le dernier éden sauvage sur Terre et, dans le même temps, à alerter sur le risque d’extinction de certaines espèces ?
    G. B. Si on prend l’exemple des éléphants, ce sont tout de même 65 000 animaux qui sont abattus chaque année à la fin du XIXe siècle en Afrique de l’Est pour alimenter le commerce de l’#ivoire. À cette époque, les administrateurs coloniaux sont pourtant incapables de réaliser que le massacre auquel ils assistent relève de leur propre responsabilité. Car, tout autour des espaces de protection qu’ils mettent en place pour protéger la nature, la destruction des #ressources_naturelles se poursuit – ce sont les #plantations de #cacao en #Côte_d’Ivoire qui empiètent toujours plus sur la #forêt_tropicale, ou le développement à grande échelle de la culture du #café en #Tanzanie et au #Kenya.

    À mesure que ce #capitalisme_extractiviste s’intensifie, la protection de la faune et de la flore se renforce via la multiplication des #zones_protégées. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ceux qui entendent préserver la nature en établissant des réserves de chasse, puis des parcs nationaux, sont aussi ceux qui la détruisent en dehors de ces espaces de protection.

    Une initiative baptisée « #Projet_spécial_africain » illustre bien cette vision de la nature africaine. En quoi consiste cette grande #mission_écologique, largement promue par les experts internationaux de la conservation ?
    G. B. Le Projet spécial africain est lancé à Varsovie en 1960 par l’#Union_internationale_pour_la_conservation_de_la_nature (#UICN), sous l’égide des Nations unies. En septembre 1961, une grande conférence internationale est organisée à Arusha, en Tanzanie, afin de promouvoir les programmes de conservation auprès des dirigeants africains arrivés au pouvoir après les indépendances. Elle réunit une centaine d’experts occidentaux ainsi qu’une trentaine de dirigeants africains.

    D’un commun accord, ces derniers déclarent vouloir poursuivre les efforts accomplis par les colons européens dans les parcs nationaux africains qui ont vu le jour depuis la fin des années 1920. Pour, je cite, « aider les gouvernements africains à s’aider eux-mêmes », des experts internationaux sont alors envoyés en Afrique. Le Projet spécial africain, qui se poursuivra jusqu’à la fin des années 1970, prend donc la forme d’une alliance entre les dirigeants africains et les experts internationaux.

    Dans le livre que vous avez publié il y a peu, La Nature des hommes, vous rappelez que les institutions internationales ont fortement incité les pays africains à exclure leurs populations des territoires de ce qui allait devenir les parcs nationaux…
    G. B. Parmi les institutions impliquées, il y a, d’un côté, les agences des Nations unies comme l’Unesco et la FAO, mais aussi des organisations non gouvernementales comme l’UICN, le WWF ou la Fauna & Flora International (FFI). Ces deux grandes catégories d’institutions ont tout d’abord servi de machine à reconvertir les administrateurs coloniaux en experts internationaux de la conservation. Ce sont elles qui vont ensuite imposer les mesures conservationnistes à l’intérieur des parcs.

    La FAO va, par exemple, conditionner son aide au Kenya, à l’Éthiopie ou à la Tanzanie pour l’achat de matériel agricole à l’acceptation des règles édictées par l’Unesco – à savoir que soient expulsées les populations qui vivent dans les parcs pour préserver les grands mammifères. C’est donc un véritable système international qui se met en place, dans lequel les agences des Nations unies vont avoir recours à des experts qu’elles vont mandater auprès de l’UICN, du WWF ou de la #FFI.

    Dans les années qui suivent la #décolonisation, les dirigeants africains participent eux aussi à cette #mythification d’un continent foisonnant de vie, car préservé des activités humaines. Quelle est leur part de responsabilité dans la construction de cet #imaginaire ?
    G. B. S’ils n’ont pas choisi ce cadre culturel imposé par les experts internationaux de la conservation, selon lequel l’Afrique serait le dernier refuge mondial de la faune sauvage, ils savent en revanche le mettre au service de leurs propres intérêts. Au #Congo, rebaptisé Zaïre en 1971 par le président Mobutu, ce dernier explique lors d’une conférence de l’UICN qui se tient à Kinshasa que son pays a créé bien plus de parcs que le colonisateur belge qui l’a précédé.

    En 1970, soit près de 10 ans après son indépendance, la Tanzanie a de son côté quadruplé son budget dédié aux parcs nationaux, sous l’impulsion de son Premier ministre #Julius_Nyerere, bien conscient que le parc national représente une véritable #opportunité_économique. Si Julius Nyerere n’envisage pas de « passer (s)es vacances à regarder des crocodiles barboter dans l’eau », comme il l’explique lui-même dans la presse tanzanienne, il assure que les Occidentaux sont prêts à dépenser des millions de dollars pour observer la faune exceptionnelle de son pays. Julius Nyerere entend alors faire de la nature la plus grande ressource économique de la Tanzanie.

    Certains responsables politiques africains mettent aussi à profit le statut de parc national pour contrôler une partie de leur population…
    G. B. Pour une nation comme l’Éthiopie d’#Hailé_Sélassié, la mise en parc de la nature donne la #légitimité et les moyens financiers pour aller planter le drapeau national dans des territoires qui échappent à son contrôle. Lorsque l’UICN et le WWF suggèrent à l’empereur d’Éthiopie de mettre en parc différentes régions de son pays, il choisit ainsi le #Simien, dans le Nord, une zone de maquis contestant le pouvoir central d’Addis-Abeba, l’#Awash, dans l’Est, qui regroupe des semi-nomades vivant avec leurs propres organisations politiques, et la #vallée_de_l’Omo, dans le Sud, où des populations circulent librement entre l’Éthiopie et le Kenya sans reconnaître les frontières nationales.

    En Afrique, la mise sous protection de la nature sauvage se traduit souvent par l’#expulsion des peuples qui vivent dans les zones visées. Quelles sont les conséquences pour ces hommes et ces femmes ?
    G. B. Ce #déplacement_forcé s’apparente à un véritable tremblement de terre, pour reprendre l’expression du sociologue américain Michael Cernes, qui a suivi les projets de #déplacement_de_populations menés par les Nations unies. Pour les personnes concernées, c’est la double peine, puisqu’en étant expulsées, elles sont directement impactées par la création des parcs nationaux, sans en tirer ensuite le moindre bénéfice. Une fois réinstallées, elles perdent en effet leurs réseaux d’entraide pour l’alimentation et les échanges socio-économiques.

    Sur le plan environnemental, c’est aussi une catastrophe pour le territoire d’accueil de ces expulsés. Car, là où la terre était en mesure de supporter une certaine densité de bétail et un certain niveau d’extraction des ressources naturelles, la #surpopulation et la #surexploitation de l’#environnement dont parlent les experts de la conservation deviennent réalité. Dans une étude publiée en 20012, deux chercheurs américain et mozambicain ont tenté d’évaluer le nombre de ces expulsés pour l’ensemble des parcs nationaux d’Afrique. En tenant compte des lacunes statistiques des archives historiques à ce sujet, les chercheurs ont estimé qu’entre 1 et 14 millions de personnes avaient été contraintes de quitter ces espaces de conservation au cours du XXe siècle.

    Depuis la fin des années 1990, les politiques globales de la #conservation_de_la_nature s’efforcent d’associer les populations qui vivent dans ou à côté des #aires_protégées. Comment se matérialise cette nouvelle philosophie de la conservation pour les populations ?
    G. B. Cette nouvelle doctrine se traduit de différentes manières. Si l’on prend l’exemple de l’#Ouganda, la population va désormais pouvoir bénéficier des revenus du #tourisme lié aux parcs nationaux. Mais ceux qui tirent réellement profit de cette ouverture des politiques globales de conservation sont souvent des citadins qui acceptent de devenir entrepreneurs ou guides touristiques. Les habitants des parcs n’ont pour leur part aucun droit de regard sur la gestion de ces espaces protégés et continuent de s’y opposer, parfois avec virulence.

    En associant les populations qui vivent dans ou à proximité des parcs à la gestion de la grande faune qu’ils abritent, la conservation communautaire les incite à attribuer une valeur monétaire à ces animaux. C’est ce qui s’est produit en #Namibie. Plus un mammifère est prisé des touristes, comme l’éléphant ou le lion, plus sa valeur pécuniaire augmente et, avec elle, le niveau de protection que lui accorde la population. Mais quid d’une pandémie comme le Covid-19, provoquant l’arrêt de toute activité touristique pendant deux ans ? Eh bien, la faune n’est plus protégée, puisqu’elle n’a plus aucune valeur. Parce qu’il nie la singularité des sociétés auxquelles il prétend vouloir s’adapter, le modèle de la #conservation_communautaire, qui prétend associer les #populations_locales, se révèle donc souvent inefficace.

    Des mesures destinées à exclure les humains des espaces naturels protégés continuent-elles d’être prises par certains gouvernements africains ?
    G. B. De telles décisions restent malheureusement d’actualité. Les travaux de l’association Survival International l’ont très bien documenté au #Cameroun, en #République_démocratique_du_Congo ou en Tanzanie. En Éthiopie, dans le #parc_du_Simien, où je me suis rendu à plusieurs reprises, les dernières #expulsions datent de 2016. Cette année-là, plus de 2 500 villageois ont été expulsés de force à 35 km du parc. Dans les années 2010, le géographe américain Roderick Neumann a pour sa part recensé jusqu’à 800 #meurtres liés à la politique de « #shoot_on_sight (tir à vue) » appliquée dans plusieurs parcs nationaux d’Afrique de l’Est. Selon cette doctrine, toute personne qui se trouve à l’intérieur du parc est soupçonnée de #braconnage et peut donc être abattue par les éco-gardes. Dans des pays où le braconnage n’est pourtant pas passible de peine de mort, de simples chasseurs de petit gibier sont ainsi exécutés sans sommation.

    En Europe, les règles de fonctionnement des parcs nationaux diffèrent de celles qui s’appliquent aux espaces de protection africains. Si on prend l’exemple du parc national des Cévennes, l’agriculture traditionnelle et le pastoralisme n’y sont pas prohibés, mais valorisés en tant qu’éléments de la culture locale. Comment expliquer ce « deux poids, deux mesures » dans la façon d’appréhender les espaces de protection de la nature en Europe et en Afrique ?
    G. B. Le parc national des Cévennes, créé en 1970, abrite plus de 70 % du site des Causses et Cévennes, inscrit sur la liste du Patrimoine mondial depuis 2011. Or la valeur universelle exceptionnelle qui conditionne un tel classement est, selon l’Unesco, « l’agropastoralisme, une tradition qui a façonné le paysage cévenol ». C’est d’ailleurs à l’appui de cet argumentaire que l’État français alloue des subventions au parc pour que la transhumance des bergers s’effectue à pied et non pas en camions, ou bien encore qu’il finance la rénovation des toitures et des murs de bergeries à partir de matériaux dits « traditionnels ».

    En revanche, dans le parc éthiopien du Simien, la valeur universelle exceptionnelle qui a justifié le classement de ce territoire par l’Unesco est « ses #paysages spectaculaires ». Mais si les #montagnes du Simien ont été classées « en péril3 » et les populations qui y vivaient ont été expulsées, c’est, selon les archives de cette même organisation internationale, parce que « l’#agropastoralisme menace la valeur du bien ».

    À travers ces deux exemples, on comprend que l’appréciation des rapports homme-nature n’est pas univoque en matière de conservation : il y a une lecture selon laquelle, en Europe, l’homme façonne la nature, et une lecture selon laquelle, en Afrique, il la dégrade. En vertu de ce dualisme, les activités agropastorales relèvent ainsi d’une #tradition à protéger en Europe, et d’une pratique destructrice à éliminer en Afrique.

    https://lejournal.cnrs.fr/articles/parcs-Afrique-colonialisme-histoire-nature-faune
    #colonialisme #animaux #ingénierie_démographique

    • La nature des hommes. Une mission écologique pour « sauver » l’Afrique

      Pendant la colonisation, pour sauver en Afrique la nature déjà disparue en Europe, les colons créent des parcs en expulsant brutalement ceux qui cultivent la terre. Et au lendemain des indépendances, avec l’Unesco ou le WWF, les dirigeants africains « protègent » la même nature, une nature que le monde entier veut vierge, sauvage, sans hommes.
      Les suites de cette histoire sont connues : des millions de paysans africains expulsés et violentés, aujourd’hui encore. Mais comment a-t-elle pu advenir ? Qui a bien pu organiser cette continuité entre le temps des colonies et le temps des indépendances ? Guillaume Blanc répond à ces questions en plongeant le lecteur au cœur d’une étrange mission écologique mondiale, lancée en 1961 : le « Projet spécial africain ».
      L’auteur raconte l’histoire de ce Projet, mais, plutôt que de suivre un seul fil narratif, il redonne vie à quatre mondes, que l’on découvre l’un après l’autre : le monde des experts-gentlemen qui pensent l’Afrique comme le dernier refuge naturel du monde ; celui des colons d’Afrique de l’Est qui se reconvertissent en experts internationaux ; celui des dirigeants africains qui entendent contrôler leurs peuples tout en satisfaisant les exigences de leurs partenaires occidentaux ; celui, enfin, de paysans auxquels il est demandé de s’adapter ou de disparaître. Ces hommes ne parlent pas de la même nature, mais, pas à pas, leurs mondes se rapprochent, et ils se rencontrent, pour de bon. Ici naît la violence. Car c’est la nature des hommes que d’échanger, pour le meilleur et pour le pire.

      https://www.editionsladecouverte.fr/la_nature_des_hommes-9782348081750
      #livre

  • One Word Describes Trump
    https://www.theatlantic.com/ideas/archive/2025/02/corruption-trump-administration/681794

    Neopatrimonialismus
    https://de.wikipedia.org/wiki/Neopatrimonialismus

    Neopatrimoniale Regime sind zum Beispiel Eritrea, Kamerun, Kenia, Simbabwe, aber auch Indonesien, Kolumbien und die palästinensischen Autonomiegebiete. Auch Russland wird diesem Typ zugeordnet. In den Vereinigten Staaten zeichnet sich der Regierungsstil von Donald Trump während seiner zweiten Amtszeit durch eindeutig neopatrimoniale Tendenzen aus.

    Il n’est pas nécessaire d’être d’accord avec toute l’analyse de l’auteur pour identifier des éléments intéressants et utiles dans ce texte. Que faire contre Le Pen et Weidel ? On apprend y des choses.

    24.2.2025 Jonathan Rauch - A century ago, a German sociologist explained precisely how the president thinks about the world.

    What exactly is Donald Trump doing?

    Since taking office, he has reduced his administration’s effectiveness by appointing to essential agencies people who lack the skills and temperaments to do their jobs. His mass firings have emptied the civil service of many of its most capable employees. He has defied laws that he could just as easily have followed (for instance, refusing to notify Congress 30 days before firing inspectors general). He has disregarded the plain language of statutes, court rulings, and the Constitution, setting up confrontations with the courts that he is likely to lose. Few of his orders have gone through a policy-development process that helps ensure they won’t fail or backfire—thus ensuring that many will.

    In foreign affairs, he has antagonized Denmark, Canada, and Panama; renamed the Gulf of Mexico the “Gulf of America”; and unveiled a Gaz-a-Lago plan. For good measure, he named himself chair of the Kennedy Center, as if he didn’t have enough to do.

    Even those who expected the worst from his reelection (I among them) expected more rationality. Today, it is clear that what has happened since January 20 is not just a change of administration but a change of regime—a change, that is, in our system of government. But a change to what?

    There is an answer, and it is not classic authoritarianism—nor is it autocracy, oligarchy, or monarchy. Trump is installing what scholars call patrimonialism. Understanding patrimonialism is essential to defeating it. In particular, it has a fatal weakness that Democrats and Trump’s other opponents should make their primary and relentless line of attack.

    Last year, two professors published a book that deserves wide attention. In The Assault on the State: How the Global Attack on Modern Government Endangers Our Future, Stephen E. Hanson, a government professor at the College of William & Mary, and Jeffrey S. Kopstein, a political scientist at UC Irvine, resurface a mostly forgotten term whose lineage dates back to Max Weber, the German sociologist best known for his seminal book The Protestant Ethic and the Spirit of Capitalism.

    Weber wondered how the leaders of states derive legitimacy, the claim to rule rightfully. He thought it boiled down to two choices. One is rational legal bureaucracy (or “bureaucratic proceduralism”), a system in which legitimacy is bestowed by institutions following certain rules and norms. That is the American system we all took for granted until January 20. Presidents, federal officials, and military inductees swear an oath to the Constitution, not to a person.

    The other source of legitimacy is more ancient, more common, and more intuitive—“the default form of rule in the premodern world,” Hanson and Kopstein write. “The state was little more than the extended ‘household’ of the ruler; it did not exist as a separate entity.” Weber called this system “patrimonialism” because rulers claimed to be the symbolic father of the people—the state’s personification and protector. Exactly that idea was implied in Trump’s own chilling declaration: “He who saves his Country does not violate any Law.”

    In his day, Weber thought that patrimonialism was on its way to history’s scrap heap. Its personalized style of rule was too inexpert and capricious to manage the complex economies and military machines that, after Bismarck, became the hallmarks of modern statehood. Unfortunately, he was wrong.

    Patrimonialism is less a form of government than a style of governing. It is not defined by institutions or rules; rather, it can infect all forms of government by replacing impersonal, formal lines of authority with personalized, informal ones. Based on individual loyalty and connections, and on rewarding friends and punishing enemies (real or perceived), it can be found not just in states but also among tribes, street gangs, and criminal organizations.

    In its governmental guise, patrimonialism is distinguished by running the state as if it were the leader’s personal property or family business. It can be found in many countries, but its main contemporary exponent—at least until January 20, 2025—has been Vladimir Putin. In the first portion of his rule, he ran the Russian state as a personal racket. State bureaucracies and private companies continued to operate, but the real governing principle was Stay on Vladimir Vladimirovich’s good side … or else.

    Seeking to make the world safe for gangsterism, Putin used propaganda, subversion, and other forms of influence to spread the model abroad. Over time, the patrimonial model gained ground in states as diverse as Hungary, Poland, Turkey, and India. Gradually (as my colleague Anne Applebaum has documented), those states coordinated in something like a syndicate of crime families—“working out problems,” write Hanson and Kopstein in their book, “divvying up the spoils, sometimes quarreling, but helping each other when needed. Putin in this scheme occupied the position of the capo di tutti capi, the boss of bosses.”

    Until now. Move over, President Putin.

    To understand the source of Trump’s hold on power, and its main weakness, one needs to understand what patrimonialism is not. It is not the same as classic authoritarianism. And it is not necessarily antidemocratic.

    Patrimonialism’s antithesis is not democracy; it is bureaucracy, or, more precisely, bureaucratic proceduralism. Classic authoritarianism—the sort of system seen in Nazi Germany and the Soviet Union—is often heavily bureaucratized. When authoritarians take power, they consolidate their rule by creating structures such as secret police, propaganda agencies, special military units, and politburos. They legitimate their power with legal codes and constitutions. Orwell understood the bureaucratic aspect of classic authoritarianism; in 1984, Oceania’s ministries of Truth (propaganda), Peace (war), and Love (state security) are the regime’s most characteristic (and terrifying) features.

    By contrast, patrimonialism is suspicious of bureaucracies; after all, to exactly whom are they loyal? They might acquire powers of their own, and their rules and processes might prove obstructive. People with expertise, experience, and distinguished résumés are likewise suspect because they bring independent standing and authority. So patrimonialism stocks the government with nonentities and hacks, or, when possible, it bypasses bureaucratic procedures altogether. When security officials at USAID tried to protect classified information from Elon Musk’s uncleared DOGE team, they were simply put on leave. Patrimonial governance’s aversion to formalism makes it capricious and even whimsical—such as when the leader announces, out of nowhere, the renaming of international bodies of water or the U.S. occupation of Gaza.

    Also unlike classic authoritarianism, patrimonialism can coexist with democracy, at least for a while. As Hanson and Kopstein write, “A leader may be democratically elected but still seek to legitimate his or her rule patrimonially. Increasingly, elected leaders have sought to demolish bureaucratic administrative states (‘deep states,’ they sometimes call them) built up over decades in favor of rule by family and friends.” India’s Narendra Modi, Hungary’s Viktor Orbán, and Trump himself are examples of elected patrimonial leaders—and ones who have achieved substantial popular support and democratic legitimacy. Once in power, patrimonialists love to clothe themselves in the rhetoric of democracy, like Elon Musk justifying his team’s extralegal actions as making the “unelected fourth unconstitutional branch of government” be “responsive to the people.”

    Nonetheless, as patrimonialism snips the government’s procedural tendons, it weakens and eventually cripples the state. Over time, as it seeks to embed itself, many leaders attempt the transition to full-blown authoritarianism. “Electoral processes and constitutional norms cannot survive long when patrimonial legitimacy begins to dominate the political arena,” write Hanson and Kopstein.

    Even if authoritarianism is averted, the damage that patrimonialism does to state capacity is severe. Governments’ best people leave or are driven out. Agencies’ missions are distorted and their practices corrupted. Procedures and norms are abandoned and forgotten. Civil servants, contractors, grantees, corporations, and the public are corrupted by the habit of currying favor.

    To say, then, that Trump lacks the temperament or attention span to be a dictator offers little comfort. He is patrimonialism’s perfect organism. He recognizes no distinction between what is public and private, legal and illegal, formal and informal, national and personal. “He can’t tell the difference between his own personal interest and the national interest, if he even understands what the national interest is,” John Bolton, who served as national security adviser in Trump’s first term, told The Bulwark. As one prominent Republican politician recently told me, understanding Trump is simple: “If you’re his friend, he’s your friend. If you’re not his friend, he’s not your friend.” This official chose to be Trump’s friend. Otherwise, he said, his job would be nearly impossible for the next four years.

    Patrimonialism explains what might otherwise be puzzling. Every policy the president cares about is his personal property. Trump dropped the federal prosecution of New York City Mayor Eric Adams because a pliant big-city mayor is a useful thing to have. He broke with 50 years of practice by treating the Justice Department as “his personal law firm.” He treats the enforcement of duly enacted statutes as optional—and, what’s more, claims the authority to indemnify lawbreakers. He halted proceedings against January 6 thugs and rioters because they are on his side. His agencies screen hires for loyalty to him rather than to the Constitution.

    In Trump’s world, federal agencies are shut down on his say-so without so much as a nod to Congress. Henchmen with no statutory authority barge into agencies and take them over. A loyalist who had only ever managed two small nonprofits is chosen for the hardest management job in government. Conflicts of interest are tolerated if not outright blessed. Prosecutors and inspectors general are fired for doing their job. Thousands of civil servants are converted to employment at the president’s will. Former officials’ security protection is withdrawn because they are disloyal. The presidency itself is treated as a business opportunity.

    Yet when Max Weber saw patrimonialism as obsolete in the era of the modern state, he was not daydreaming. As Hanson and Kopstein note, “Patrimonial regimes couldn’t compete militarily or economically with states led by expert bureaucracies.” They still can’t. Patrimonialism suffers from two inherent and in many cases fatal shortcomings.

    The first is incompetence. “The arbitrary whims of the ruler and his personal coterie continually interfere with the regular functioning of state agencies,” write Hanson and Kopstein. Patrimonial regimes are “simply awful at managing any complex problem of modern governance,” they write. “At best they supply poorly functioning institutions, and at worst they actively prey on the economy.” Already, the administration seems bent on debilitating as much of the government as it can. Some examples of incompetence, such as the reported firing of staffers who safeguard nuclear weapons and prevent bird flu, would be laughable if they were not so alarming.

    Eventually, incompetence makes itself evident to the voting public without needing too much help from the opposition. But helping the public understand patrimonialism’s other, even greater vulnerability—corruption—requires relentless messaging.

    Patrimonialism is corrupt by definition, because its reason for being is to exploit the state for gain—political, personal, and financial. At every turn, it is at war with the rules and institutions that impede rigging, robbing, and gutting the state. We know what to expect from Trump’s second term. As Larry Diamond of Stanford University’s Hoover Institution said in a recent podcast, “I think we are going to see an absolutely staggering orgy of corruption and crony capitalism in the next four years unlike anything we’ve seen since the late 19th century, the Gilded Age.” (Francis Fukuyama, also of Stanford, replied: “It’s going to be a lot worse than the Gilded Age.”)

    They weren’t wrong. “In the first three weeks of his administration,” reported the Associated Press, “President Donald Trump has moved with brazen haste to dismantle the federal government’s public integrity guardrails that he frequently tested during his first term but now seems intent on removing entirely.” The pace was eye-watering. Over the course of just a couple of days in February, for example, the Trump administration:

    – gutted enforcement of statutes against foreign influence, thus, according to the former White House counsel Bob Bauer, reducing “the legal risks faced by companies like the Trump Organization that interact with government officials to advance favorable conditions for business interests shared with foreign governments, and foreign-connected partners and counterparties”;

    – suspended enforcement of the Foreign Corrupt Practices Act, further reducing, wrote Bauer, “legal risks and issues posed for the Trump Organization’s engagements with government officials both at home and abroad”;

    – fired, without cause, the head of the government’s ethics office, a supposedly independent agency overseeing anti-corruption rules and financial disclosures for the executive branch;

    – fired, also without cause, the inspector general of USAID after the official reported that outlay freezes and staff cuts had left oversight “largely nonoperational.”

    By that point, Trump had already eviscerated conflict-of-interest rules, creating, according to Bauer, “ample space for foreign governments, such as Saudi Arabia and the United Arab Emirates, to work directly with the Trump Organization or an affiliate within the framework of existing agreements in ways highly beneficial to its business interests.” He had fired inspectors general in 19 agencies, without cause and probably illegally. One could go on—and Trump will.

    Corruption is patrimonialism’s Achilles’ heel because the public understands it and doesn’t like it. It is not an abstraction like “democracy” or “Constitution” or “rule of law.” It conveys that the government is being run for them, not for you. The most dire threat that Putin faced was Alexei Navalny’s “ceaseless crusade” against corruption, which might have brought down the regime had Putin not arranged for Navalny’s death in prison. In Poland, the liberal opposition booted the patrimonialist Law and Justice Party from power in 2023 with an anti-corruption narrative.

    In the United States, anyone seeking evidence of the power of anti-corruption need look no further than Republicans’ attacks against Jim Wright and Hillary Clinton. In Clinton’s case, Republicans and Trump bootstrapped a minor procedural violation (the use of a private server for classified emails) into a world-class scandal. Trump and his allies continually lambasted her as the most corrupt candidate ever. Sheer repetition convinced many voters that where there was smoke, there must be fire.

    Even more on point is Newt Gingrich’s successful campaign to bring down Democratic House Speaker Jim Wright—a campaign that ended Wright’s career, launched Gingrich’s, and paved the way for the Republicans’ takeover of the U.S. House of Representatives in 1994. In the late 1980s, Wright was a congressional titan and Gingrich an eccentric backbencher, but Gingrich had a plan. “I’ll just keep pounding and pounding on his [Wright’s] ethics,” he said in 1987. “There comes a point where it comes together and the media takes off on it, or it dies.” Gingrich used ethics complaints and relentless public messaging (not necessarily fact-based) to brand Wright and, by implication, the Democrats as corrupt. “In virtually every speech and every interview, he attacked Wright,” John M. Barry wrote in Politico. “He told his audiences to write letters to the editor of their local newspapers, to call in on talk shows, to demand answers from their local members of Congress in public meetings. In his travels, he also sought out local political and investigative reporters or editorial writers, and urged them to look into Wright. And Gingrich routinely repeated, ‘Jim Wright is the most corrupt speaker in the 20th century.’”

    Today, Gingrich’s campaign offers the Democrats a playbook. If they want to undermine Trump’s support, this model suggests that they should pursue a relentless, strategic, and thematic campaign branding Trump as America’s most corrupt president. Almost every development could provide fodder for such attacks, which would connect corruption not with generalities like the rule of law but with kitchen-table issues. Higher prices? Crony capitalism! Cuts to popular programs? Payoffs for Trump’s fat-cat clients! Tax cuts? A greedy raid on Social Security!

    The best objection to this approach (perhaps the only objection, at this point) is that the corruption charge won’t stick against Trump. After all, the public has been hearing about his corruption for years and has priced it in or just doesn’t care. Besides, the public believes that all politicians are corrupt anyway.

    But driving a strategic, coordinated message against Trump’s corruption is exactly what the opposition has not done. Instead, it has reacted to whatever is in the day’s news. By responding to daily fire drills and running in circles, it has failed to drive any message at all.

    Also, it is not quite true that the public already knows Trump is corrupt and doesn’t care. Rather, because he seems so unfiltered, he benefits from a perception that he is authentic in a way that other politicians are not, and because he infuriates elites, he enjoys a reputation for being on the side of the common person. Breaking those perceptions can determine whether his approval rating is above 50 percent or below 40 percent, and politically speaking, that is all the difference in the world.

    Do the Democrats need a positive message of their own? Sure, they should do that work. But right now, when they are out of power and Trump is the capo di tutti capi, the history of patrimonial rule suggests that their most effective approach will be hammering home the message that he is corrupt. One thing is certain: He will give them plenty to work with.

    About the Author

    Jonathan Rauch is a contributing writer at The Atlantic and a senior fellow in the Governance Studies program at the Brookings Institution. He most recently authored Cross Purposes: Christianity’s Broken Bargain with Democracy.

    https://en.wikipedia.org/wiki/Patrimonialism

    #USA #politique #patrimonialisme #trumpisme #populisme

  • La #Serbie à contre-courant
    https://laviedesidees.fr/La-Serbie-a-contre-courant

    Alors que tant de pays du monde se tournent vers des extrêmes droites populistes, ce sont des exigences d’intégrité morale, de #justice_sociale et de démocratie directe qui se font entendre dans ce pays des Balkans, embrasé depuis l’automne par une #révolte qui n’en finit pas de s’étendre.

    #International #populisme #jeunesse #extrême_droite #manifestations
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20250304_serbie.pdf

  • #Antonio_Scurati : « Voir le #fascisme de l’intérieur, voir son abîme en nous »

    Le quatrième tome de M. L’ora del destino (« M. L’Heure du destin »), son roman documentaire sur Mussolini, vient de sortir en Italie. Et l’adaptation en série qui en a été tirée était au festival du cinéma de Venise début septembre. La rentrée d’Antonio Scurati est chargée ; signe peut-être d’un temps où le « désir d’histoire » et la lutte qui doit nécessairement l’accompagner s’affichent comme les seuls aptes à redonner du sens à l’agir.

    Il ne fait pas bon protester contre le gouvernement de Giorgia Meloni. Ainsi le projet de loi sur la « sécurité » accepté en septembre en première lecture au parlement italien criminalise des actions non violentes ; pour des collectifs occupant l’espace public (rues, artères, autoroutes, sit-in devant les écoles, les universités ou les industries) les sanctions peuvent aller jusqu’à deux ans de prison. Il s’attaque aussi aux détenus et aux personnes migrantes dans les centres de rétention, criminalisant les actes de résistance passive ou de désobéissance (jusqu’à 8 ans de réclusion)[1]. Et le gouvernement Meloni s’en prend aux services publics (notamment au secteur de la santé), à l’instruction (les coupes prévues pour 2025 seront catastrophiques pour la recherche, les universités et les écoles), à la liberté d’informer et à celle d’exprimer son opinion dans l’espace public.

    Pensons aux attaques en justice contre l’auteur antimafia Roberto Saviano ou l’historien Luciano Canfora (Giorgia Meloni a retiré sa plainte juste avant le procès) ; aux intimidations qui touchent l’ensemble des journalistes non alignés et aux menaces de licenciement qui pèsent sur les enseignants exprimant leur opposition à la politique du ministre de l’Instruction et du Mérite (sic !), Giuseppe Valditara, comme c’est le cas aujourd’hui de Christian Raimo[2]. Comment dans ce contexte d’attaques tous azimuts ne pas se souvenir de la censure du discours d’Antonio Scurati sur la RAI le 25 avril dernier (anniversaire, et jour férié national, de l’insurrection générale en 1945)[3] ?

    La rentrée de l’écrivain italien est chargée. Le quatrième tome de son roman documentaire consacré à Benito Mussolini, M. L’ora del destino (« M. L’Heure du destin »), vient de sortir en Italie alors que la série qui en a été tirée a été présentée au dernier festival du cinéma de Venise. Signe peut-être d’un temps où le « désir d’histoire », et la lutte qui doit nécessairement l’accompagner, s’affiche comme seul apte à redonner du sens à l’agir. SP

    Je voudrais commencer par une question qui nous unit. Nous appartenons à la même génération, la dernière de l’après-guerre, une époque où l’émancipation humaine était au centre des luttes collectives et de la participation politique. Et pourtant, cette même génération a vécu le passage à un monde qui a proclamé la fin de l’histoire. Quel rôle cela a-t-il joué dans vos choix littéraires ?
    Je crois qu’une sorte de désir d’histoire a été la caractéristique essentielle de toute ma recherche littéraire (même lorsque j’ai écrit des romans sociaux et autobiographiques avec un cadre contemporain). Non seulement j’ai commencé par un roman historique dans lequel l’auteur fictif était à la recherche d’une contre-histoire secrète de la modernité (Il rumore sordo della battaglia [« Le Bruit sourd de la bataille », non traduit en français]), mais j’ai ensuite toujours continué en alternant entre un roman historique qui s’efforçait de raconter le présent et un roman au cadre contemporain dans lequel les protagonistes survivaient dans une sorte d’orphelinat de l’Histoire. Je me présente souvent comme faisant partie de la génération des « derniers enfants du vingtième siècle passé », un siècle court, probablement le dernier vécu par tous, et pas seulement par les intellectuels, du moins en Europe occidentale, dans un horizon temporel de type historique. Je crois que l’on n’a pas encore mesuré l’énorme perte de sens provoquée par la sortie de cet horizon à la fin du XXe siècle. Pendant dix générations, depuis la Révolution française, des femmes et des hommes ont vécu tournés vers l’avenir, donc conscients du passé, avec l’espoir, et souvent la conviction, que la vie de leurs enfants serait meilleure que la leur, et celle de leurs petits-enfants encore meilleure que celle de leurs enfants. Ils étaient prêts à tuer ou à mourir, mais surtout à vivre au nom de cette promesse, de cette tension projetée. C’était une vie collective, la vie merveilleuse, triste et pleine d’espoir des destins généraux. Aujourd’hui disparue.

    À partir des années 1980, la réhabilitation du fascisme est allée de pair avec la criminalisation de l’antifascisme. Dans les années 1990-2000, le révisionnisme sur le fascisme italien atteint son « stade suprême ». Diriez-vous qu’il a gagné la bataille culturelle ?
    Les deux décennies où le révisionnisme sur le fascisme italien a atteint, comme vous le dites, son « stade suprême » sont les années 1990 et 2000 (Il sangue dei vinti de Giampaolo Pansa date de 2003[4]), du moins en termes de publications et d’édition. Et c’est au cours de cette décennie 2000 que les politiciens traditionnels ont commencé à utiliser les phrases de Mussolini en public, tandis que les franges extrêmes ouvertement néo-fascistes ont refait surface. Tout cela restait cependant au niveau du discours culturel ou même intellectuel. Je ne crois pas que ce soit sur cette voie, même si elle est importante, que nous en sommes arrivés à l’obscénité actuelle du révisionnisme post-fasciste affiché par l’actuelle classe politique dirigeante. Ce qui a beaucoup plus compté, c’est la désertification de la conscience historique que nous évoquions au début, la dépolitisation de la vie collective provoquée par trente ans d’hédonisme individualiste irresponsable et la dérive populiste souverainiste qui en a résulté. Bref, la réhabilitation des post-fascistes, du moins en Italie, a été préparée par trente ans de berlusconisme, certainement pas par la réinterprétation historique de leurs modestes intellectuels (c’est d’ailleurs lui qui les a fait entrer au gouvernement).

    Dans votre récent Fascismo e populismo[5], vous écrivez : « À partir de la Révolution française, pendant deux siècles, dix générations ont fait appel à l’avenir pour obtenir justice : devant le tribunal de l’Histoire, des millénaires de dos brisés et de souffrances sans nom allaient enfin trouver la rédemption. Rédemption et réparation. » En d’autres termes, regarder les victimes du passé, assumer leurs combats pour penser l’avenir et tracer un horizon. Face à l’offensive culturelle de la droite néo-fasciste en Italie, la nécessité de revenir à une analyse de l’histoire du fascisme, de sa mémoire et de ses héritages dans la péninsule a donné lieu à des ouvrages incontournables, qui peinent malheureusement à être traduits à l’étranger et à être davantage lus et discutés par le grand public en Italie également. Quel rôle pensez-vous que la littérature puisse jouer dans ce processus ?
    La littérature romanesque, ainsi que le cinéma et d’autres formes d’art populaire, peuvent certainement renforcer ou, dans certains cas, favoriser les contre-poussées qui, à y regarder de plus près, ne manquent pas dans notre société (je pense surtout aux nouvelles générations). Le « cas M » me semble un signe dans ce sens, si je peux me permettre de le dire. Cela suppose toutefois un choix de terrain dans le domaine littéraire de la part de l’écrivain héritier du XXe siècle, le choix précisément du roman comme genre populaire (et donc aussi une sorte de sortie de la littérature de la seconde moitié du XXe siècle, des néo-avant-gardes en polémique avec la fiction romanesque). On ne peut pas espérer que le public, en particulier ceux qui sont nés à l’ère du numérique, accède en masse aux œuvres d’autres profils intellectuels auxquels vous faites allusion (si je vous comprends bien). Tout au plus peut-on espérer que de bons romanciers ou cinéastes s’en nourrissent, les braconnent vertueusement sur leurs territoires et les restituent dans un bricolage romanesque.

    Le fascisme, dites-vous, est un fantôme qu’il faut traverser. Pasolini en a donné sa propre explication dans ses Écrits corsaires : l’Italie est un pays sans mémoire qui, s’il avait cure de son histoire, saurait que « les régimes sont porteurs de poisons anciens, de métastases invincibles ; il apprendrait que dans ce pays si spécial, qui aime vivre au-dessus de ses moyens, mais avec des pantalons reprisés de partout, les vices sont cycliques […] incarnés par des hommes différents, mais qui partagent le même cynisme, la même indifférence pour l’éthique, allergiques à la cohérence et en tension morale ». Près de cinquante ans plus tard, ce constat est-il, selon vous, toujours d’actualité ?
    Il l’est et il ne l’est pas. Pasolini a saisi et décrit, peut-être mieux que quiconque, l’arrière-plan anthropologique de la mutation qui s’opère avec le déclin de la société paysanne et traditionnelle, une mutation à certains égards monstrueuse, et il a pu la faire remonter à une sorte de « fascisme éternel » qui sous-tend notre histoire nationale. Mais il l’a fait dans une perspective de gauche réactionnaire (ce qui n’est pas rare encore aujourd’hui). Cela l’a empêché de saisir les dimensions historiques particulières du phénomène fasciste (je ne suis pas d’accord avec la thèse du « fascisme éternel »). Si nous nous attardons sur sa vision, nous perdons de vue la dynamique évolutive (ou involutive, si vous préférez) de ces phénomènes historiques, l’étape finale de leur devenir ou de leur changement. Sur cet axe, l’Italie a été et continue d’être une avant-garde (l’avant-garde de l’arrière-garde, si l’on veut), un laboratoire, un atelier du futur, et non un atavisme immuable. Pensez aux populistes-souverainistes qui, en Italie, pour la première fois dans une grande nation européenne, sont en train d’accéder au pouvoir politique. Même avec tout leur « passé qui ne passe pas » visqueux, ils représentent sans aucun doute une nouveauté. Un phénomène d’avant-garde du XXIe siècle (malheureusement, je pourrais ajouter).

    « L’histoire est toujours une lutte pour l’histoire », écrivez-vous, et sur ce point nous sommes d’accord. Mais j’ai un point de désaccord avec vous, sur le rôle « négatif » que vous attribuez à ce que vous appelez « le préjugé antifasciste », que vous qualifiez de « forme d’aveuglement qui nous a dispensés de prendre conscience de toute la terrible vérité ». Que voulez-vous dire exactement ? N’est-ce pas contradictoire avec votre volonté de « refonder » l’antifascisme ? Si non, pourquoi ?
    Je ne suis pas sûr d’avoir utilisé exactement ces mots. Quoi qu’il en soit, le préjugé antifasciste a disparu pour des raisons historiques profondes et complexes. Sa chute ne dépend pas de notre choix. Nous pouvons et devons en prendre acte. Il s’agit d’un point de départ, et non d’un argument. Je ne prétends évidemment pas être en mesure de « refonder » l’antifascisme (objectif disproportionné), mais j’espère que les contre-poussées que j’ai mentionnées plus haut l’emporteront, en faisant évoluer la culture italienne et européenne dans cette direction. Cela présuppose, à mon avis, un récit différent de celui de l’après Seconde Guerre mondiale, centré sur le « mythe de la résistance » (je l’entends au sens étymologique de récit fondateur), sacro-saint, rayonnant et nécessaire, mais aujourd’hui effacé. Le récit dont nous avons besoin conduit à la conscience d’avoir été fascistes, à voir le fascisme de l’intérieur et à voir son abîme en nous (alors que le paradigme victimaire du récit du XXe siècle plaçait toujours le fascisme dans le « eux », dans l’autre du moi du narrateur, irréductible à lui).

    Les « petits-enfants » de Mussolini se retrouvent aujourd’hui à la tête de l’État italien. Vous insistez beaucoup sur le fait que nous sommes face à une dérive illibérale, et non à une menace directe pour la démocratie (si je vous comprends bien). Pourriez-vous expliquer ce que vous entendez par cette distinction ?
    Je considère que cette distinction entre régime fasciste et dérive illibérale est précieuse non seulement parce qu’elle reflète la réalité (dans une époque fasciste, quelqu’un comme moi aurait déjà été agressé physiquement, et pas seulement verbalement, à plusieurs reprises), mais aussi et surtout parce qu’elle nous aide à ne pas sous-estimer les risques, très sérieux, que court la démocratie aujourd’hui. L’utilisation désinvolte et imprudente de l’adjectif/substantif « fasciste » laisse présager des agressions « physiques » contre la démocratie dans un avenir proche. La question canonique que l’on me pose constamment est la suivante : « Craignez-vous que le fascisme ne revienne en Italie et en Europe ? » Je réponds que cette question va dans la mauvaise direction. Le fascisme historique est, en effet, un phénomène historicisé. Mais sa composante populiste – que je considère comme un élément essentiel, primordial et original du mussolinisme – est déjà revenue. Il est déjà là, il est déjà au gouvernement. Il décide déjà de nos vies. Nous ne devons pas nous contenter de l’attendre dans un avenir proche. La menace qu’il fait peser sur la démocratie libérale aujourd’hui n’a pas les caractéristiques d’une attaque frontale comme c’était le cas il y a cent ans. Elle est plus sournoise, oblique, quotidienne. Il ne s’agit pas d’une menace existentielle immédiate. Elle n’implique pas la suppression du système démocratique mais l’appauvrissement qualitatif de la vie démocratique. Elle ne vise pas la tête, ni même le cœur. Elle frappe comme un couteau dans le ventre. La mort est lente, par exsanguination.

    Les attaques, les menaces et la censure dont vous faites l’objet – et vous n’êtes pas le seul – n’indiquent-elles pas un saut qualitatif ?
    Oui, c’est le mot-clé. Il n’est pas nécessaire d’attendre de voir les chemises noires parader à nouveau dans les rues. Aujourd’hui déjà, la qualité de la vie démocratique s’est dégradée.

    Dans le monologue censuré par la RAI [ndlr – la Radiotélévision italienne est le principal groupe audiovisuel public italien, contrôlé par le gouvernement], à l’occasion de la commémoration du 25 avril, vous avez déclaré : « Tant que ce mot – antifascisme – ne sera pas prononcé par ceux qui nous gouvernent, le spectre du fascisme continuera à hanter la maison de la démocratie italienne. » Mais la destruction du sens et de la valeur de l’engagement antifasciste, de cette lutte pour l’égalité et l’émancipation sociale n’est-elle pas le corollaire de l’« ex-post-filo-neo-para-fascisme » d’aujourd’hui et de son programme identitaire ?
    Le fait qu’un chef de gouvernement, qui a prêté serment sur la Constitution antifasciste, refuse même de mentionner ce mot le jour de la commémoration de la libération du nazisme-fascisme nous indique que cette expérience collective est en train de s’estomper, si elle n’est pas déjà historiquement éteinte, dans sa forme historique du XXe siècle. C’est ainsi. C’est triste, mais c’est ainsi. Le drapeau est tombé. Le drapeau est dans la poussière. Il doit être ramassé. Mais ce ne sera plus le même drapeau bien teinté (en rouge, surtout en rouge). Ce doit être un drapeau sous lequel tout démocrate sincère, qu’il soit de gauche, du centre ou de droite, peut se tenir.

    Une dernière question. La période que nous vivons est particulièrement sombre, et pourtant, en Italie, nous sommes confrontés à un nouvel élan culturel littéraire et cinématographique, à la fois crépuscule et aube : comment expliquez-vous cela ? quels sont vos projets ?
    J’ai passé trop de temps à étudier et à raconter les vingt années de fascisme – je raconte actuellement la Seconde Guerre mondiale et Salò – pour penser que la période que nous vivons est « particulièrement sombre ». Le problème est que nous avons perdu le sens de la lutte (et même le goût de la lutte). Et je ne suis même pas sûr d’être face à un nouvel élan culturel et littéraire (j’aimerais que vous me disiez ce que vous en pensez). Pour ce qui est de mes projets, il me reste encore deux volumes de la saga M à terminer et à publier. Ensuite, nous verrons…

    https://aoc.media/entretien/2024/10/18/antonio-scurati-voir-le-fascisme-de-linterieur-voir-son-abime-en-nous
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  • Activists Under Fire: The Rising Criminalization of Civil Movements Across Europe

    On May 22, 2024, the air outside Berlin’s Humboldt University was thick with tension. Over a hundred people had peacefully gathered at Universitätsstraße in solidarity with a group of students. The students had occupied the nearby Institute for Social Sciences and renamed it Jabalia Institute after one of the largest refugee camps in Gaza—known as a historic stronghold of resistance. Their voices rose together in steady, rhythmic chants, demanding peace and justice for people facing genocide and violence in Palestine and Lebanon.

    “When I first arrived, I was shocked by the amount of police on the street,” said Mimo, a 26-year-old engineering student at TU Berlin whose name has been changed due to his concern about possible visa issues and other legal problems that could result from his political views in Germany. Like many of his fellow students, Mimo is part of the Student Collective for Palestine at TU Berlin, an initiative committed to advocating for Palestinian rights and social justice. At Universitätsstraße, their calls for peace and equity were met with unyielding violence and hostility from the authorities.

    “I can’t breathe anymore,” Mimo recalled himself gasping, as he felt a sharp, breath-stealing blow to his chest, before he even saw it coming. A police officer from the line had hit him with Quarzsandhandschuh—weighted gloves used to illegally harm protesters—forcing him to bend his knees from the pain while his fingers slipped out of the hands of those next to him.

    As the human chain broke, the officers surged past him, dealing blows indiscriminately at the young faces around him. Cries of fear and pain erupted as the students scattered to escape the onslaught.

    “It was really chaotic. People started crying and shouting like me: ‘I can’t breathe,’” Mimo recounted.

    At the end of the day, Mimo returned home still shaken, his chest sore, and thoughts racing. Though he felt the lingering pain for weeks, he did not go to the hospital due to a fear of police retaliation. For Mimo and his fellow protesters, this was not an isolated experience but a part of an escalating pattern.

    “The abuse of power from the authorities toward peaceful protesters is increasing exponentially,” Mimo explained. “We’ve started normalizing it.”

    Mimo and the students in Berlin are not alone with their experience as governments and authorities across Germany and other European countries, including the United Kingdom, Italy, Spain, Poland, Hungary, and the Netherlands, are increasingly clamping down on civil society and student movements. Through new legal measures, intensified surveillance, and public media campaigns, the authorities actively stifle voices calling for peace, environmental justice, and human rights.

    Over the last decade, Europe has witnessed an alarming rise in the repression and criminalization of activist groups and individuals; a trend that challenges the region’s formal commitment to democratic freedoms. A 2022 report from the European Civil Forum highlights this shift, recording over 450 cases of repression against civil society actors in Europe between 2019 and 2021.
    A Shift Toward Criminalization and Its Legal Consequences

    The criminalization of activist groups and NGOs across Europe carries significant legal and political ramifications. Members of organizations such as Sea Watch, Extinction Rebellion, Fridays for Future, and Last Generation have faced charges ranging from “public disturbance” to “aiding illegal immigration,” often under laws meant to protect state security or border integrity.

    This crackdown risks undermining both the right to peaceful protest and a range of humanitarian practices protected under international human rights laws, including the European Convention on Human Rights. The legal consequences of the continent-wide trend extend beyond individual cases, creating a climate of fear and suppressing vital democratic freedoms—as seen in recent high-profile cases, especially in Germany, the UK, and Italy.

    On May 19, 2023, during a high-stakes match at the Internazionali BNL d’Italia in Rome, the 33-year-old Last Generation activist Giacomo Baggio burst onto the court, throwing a vibrant cloud of confetti into the air in a courageous act of civil disobedience. The spectators watched, frozen, as the stadium security quickly moved in to forcefully remove the activist from the ground, their hands gripping his neck. As Baggio was dragged away, his message resonated beyond the arena: it did not just interrupt a tennis match, it broke public silence on the urgent climate crisis.

    In the wake of this and other peaceful civil disobedience actions carried out by Last Generation, the Rome police have sought to place Baggio under special surveillance (sorveglianza speciale), a strict surveillance regime devised for members of organized crime. For Baggio, it meant daily check-ins, an 8 p.m. curfew, and a ban on public events, sharply curtailing his political and social life.

    “In the beginning, I felt profoundly alone,” Baggio shared. “This measure targeted me as an individual, isolating me from society.”

    His words reflect the experiences of many European activists who face heightened repression as authorities use surveillance, arrests, and intimidation to silence dissent. In mid-October 2024, the Rome court overturned the surveillance request, citing insufficient evidence for a public threat. Yet, the chill on civil freedoms lingers as a warning for organizers across Italy and Europe.

    “These disproportionate repressive acts show that the government fears losing legitimacy, clinging to power by silencing those who hold up a mirror to what it doesn’t want to see,” said Baggio.

    The repression of Last Generation has intensified far beyond Italy’s borders. In May 2023, the German authorities launched sweeping nationwide raids against the climate group, charging its members with forming or supporting a criminal organization—a grave accusation usually reserved for terrorism cases. According to the activists and local media reports, the crackdown involved shutting down the organization’s website, freezing its members’ bank accounts, and invasive home raids to temporarily confiscate their personal belongings. The wave of criminalization underscored a troubling escalation of power abuse against activists that targets and undermines not only their political and organizational capacity, but also their very sense of personal space, financial stability, security, and livelihood.

    In its 2023 report on civic repression, Amnesty International documented a sharp rise in counter-terrorism measures targeting civil society across Europe. Since 2019, at least 2,000 Extinction Rebellion (XR) activists have faced legal action, many for peaceful acts like roadblocks or sit-ins, with some even charged with terrorism-related offences. The UK’s 2022 Police, Crime, Sentencing, and Courts Act intensifies this crackdown, granting the police broad authority and imposing severe penalties on protests deemed “disruptive.“ Roadblocks and business disruptions now carry severe legal risks and consequences for groups like XR.

    “In England and Wales, prison sentences for climate activists have surged dramatically,” said Charlie Holt, the European Head of Global Climate Legal Defence (CliDef). “Just a few years ago, it was rare to see climate activists jailed…now it happens routinely, and the sentences are growing longer and longer.”

    In Spain, the Public Security Law—commonly known as the “gag law”—has been used against activists under vague claims of endangering national security. In 2022 and 2023, pacifist groups such as Desarma Madrid, which protested Spain’s arms sales, faced fines and arrests for unlicensed demonstrations.

    The European Center for Not-for-Profit Law (ECNL) highlights similar legal restrictions across Poland, Italy, and Hungary. In Hungary, the far-reaching “Stop Soros” legislation specifically targets organizations providing aid to migrants and a range of other legitimate migration-related activities; making them punishable by up to one year in prison. The law has led to a significant chilling effect on the work of humanitarian groups. Although the EU Court rejected this law, the government has yet to retract it.

    In Poland, the 2022 amendments to public assembly laws have drastically curtailed protest rights, empowering authorities to shut down peaceful gatherings without substantial evidence. This has impacted protests—particularly those since the 2022 Russian full-scale invasion in Ukraine—where demonstrators have rallied for peace and women’s rights while criticizing cuts to social welfare made in favour of military spending. On March 8, 2023, several protesters were detained on public order charges as feminist groups, including Strajk Kobiet, protested in Warsaw on the International Women’s Day.

    Similarly in Italy, in September 2024, the parliament’s lower house approved a new Security Bill that targets climate activists and migrants in particular, while bearing consequences for a range of non-governmental organizations such as labor unions. If the decree also passes the Senate, protesters who block roads or railways could face up to two years in prison, while authorities would gain sweeping powers over migrants in detention centers.

    The Security Bill mirrors a decade-long European trend of framing solidarity with migrants as a security threat rather than humanitarian aid. Civic Space Watch reports that a growing number of NGOs and individuals across Europe now face prosecution for offering food, shelter, or legal assistance to migrants accused of “aiding illegal immigration.”

    “Authorities are trying to intimidate, hinder, and criminalize us to deter our rescue efforts and humanitarian actions,” said Oliver Kulikowski, the spokesperson of Sea Watch, a Mediterranean search-and-rescue NGO. He noted that Sea-Watch has faced hefty fines, legal battles, and that activists are threatened with prison terms for their life-saving work in one of the biggest graveyards in the world—the Mediterranean Sea.
    Members of Sea-Watch-3 rescue ship approach a rubber vessel full of migrants on the Tunisian and Libyan border waters.

    “This repression leads to an increasingly repressive society,” added Kulikowski. “When we see and allow people to die without rights at our borders, we erode the humanity and rights of society as a whole.”

    In February 2024, the Council of Europe’s Commissioner for Human Rights urged an end to the repression of human rights defenders assisting migrants in Europe. The commissioner warned that criminalizing rescue operations violates the UN Convention on the Law of the Sea, which mandates aid for those in distress and raises ethical concerns about the responsibility of European nation-states to protect human life.

    The repression has intensified in tandem with a surge in populist movements that frame humanitarian aid as subversive and illegal. For activists, NGOs, and civil society, mounting restrictions underscore a stark truth: defending human rights increasingly means sacrificing personal freedom as states prioritize border control over humanitarian commitments. The crackdown raises urgent questions about the EU’s commitment to its legal principles and core values in an era of escalating populism.
    The Rise of Populism, Media Stigmatization, and Polarisation

    In 2024, Amnesty International’s report on the state of the right to protest across 21 European countries highlighted a growing trend in repressive legislation, arbitrary arrests, the use of excessive force, and the rise of invasive surveillance.

    “Rather than solving the problems they claim to want to prevent and repress, these punitive norms have the sole effect of feeding public opinion with new criminal hypotheses, further sanctions, and increases in existing penalties. Criminal populism, in short,” said Vitalba Azzollini, an Italian lawyer, about Italy’s recent Security Bill. Part of a broader right-wing wave across Europe, these measures disproportionately target migrant aid organizations, environmental activists, and peace advocates, fuelling campaigns that depict dissent as a destabilizing force.

    “These narratives, often promoted in the name of protection of national security, state sovereignty, and moral values, are in fact being used to silence and repress dissent, public activism, and political participation,” said Gina Romero, the UN Special Rapporteur on the rights to freedom of peaceful assembly and association in her report presented to the UN General Assembly in October 2024.

    A 2022 study by Frontiers in Communication revealed how populist politicians have used mainstream media to amplify fear by spreading emotional narratives that sway public perception of activists as threats to stability and national security.

    Political organizations calling for climate justice and social change often face an onslaught of populist media labels—“eco-vandals,” “extremists,” “criminals”—to weaponize public opinion towards them, noted Romain Didi, the Climate Governance and Human Rights Policy Coordinator of CAN Europe. This tactic, he explained, seeks to polarize society by focusing outrage on disrupted commutes and cultural damage, rather than the urgent reasons behind the activists’ actions.

    Polls reveal a complex public sentiment about the increased criminalization of activist groups across Europe. For example, a survey conducted by More in Common Germany found that public support for radical climate actions has halved since 2021, with 55% of respondents now believing the protests are too disruptive. At the same time, support for climate action remains high, with 70% of Germans agreeing that addressing climate change requires urgent measures.

    As restrictive laws advance under populist political forces that put the right to peaceful protest at risk, the media has taken an active role in polarizing public perceptions of social movements. This media strategy therefore increases public acceptance of restrictive measures, normalizing crackdowns, and, ultimately, contributing to the erosion of civil society and democratic values.
    The Consequences of Repression

    In 2022, Amnesty International launched the Protect the Protest campaign to address the alarming increase in government repression, criminalization of dissent, and the use of excessive force against peaceful demonstrators worldwide. The campaign aims to defend and uphold the freedoms of expression, assembly, and association while advocating for the fundamental right to protest and call for peace. The Council of Europe has also warned that the escalating criminalization of non-violent protests poses a direct threat to free speech and peaceful assembly.

    Notably, the United Nations has urged governments to protect young climate and social justice activists, emphasizing their crucial role in addressing the global climate crisis and fight for social justice and peace:

    “Activists are like a fire alarm for society: essential and life-saving, even if uncomfortable to hear,” remarked Ben Mitchel, an XR protester who participated in several peaceful actions in the UK.

    Experts affirm that the rising trend of criminalizing social justice movements and their participants—fuelled by populist rhetoric—often has opposite affects. Rather than discouraging political participation, these repressive measures tend to amplify public support and drive even more activists to the streets, underscoring the urgency of their causes.

    Nottingham Trent University lecturer Heather Alberro notes that heavy-handed responses can radicalize movements in what experts call the “radical flank effect,”where activists adopt more extreme tactics as repression intensifies.

    Alberro explains that repression often pushes activists toward more radical actions, creating a dangerous cycle that may jeopardize movement goals and political stability. The pattern of criminalization and radicalization undermines public trust in democratic institutions, at the same time intensifying solidarity among the targeted activists and communities. We see this echoed in movements like Black Lives Matter, pro-Palestine advocacy, and Extinction Rebellion, where greater unity and resistance has been sparked in the face of state repression. According to Alberro, the result is a fragile balance where governments’ restrictive measures risk deepening societal divides, highlighting the need for European states to strike a fairer balance between security and human rights.

    “The more they try to silence us, the more determined we become…we are not backing down; we’re finding new ways to make our voices heard”, affirmed Mimo, his voice steady with resolve.

    Looking Forward: A Turning Point?

    As Europe steps into a pivotal decade—one defined by the need for urgent climate action, migration challenges, and rising geopolitical tensions—the criminalization and repression of social justice and peace advocates raise profound questions about how governments maintain public order while respecting civil liberties. With 64 countries going through elections this year, questions on fundamental rights have become one of the key battlegrounds worldwide.

    In Europe, the constitutional rights that once defined liberal democracy—the freedom of assembly and speech, and the right to dissent—are threatened as governments increasingly turn to restrictive laws that target civil disobedience, dissent, and protest actions. These measures reshape Europe’s societal landscape, systematically eroding the right to peaceful protest and undermining citizens’ fundamental freedoms.

    “Peaceful protest is essential to democracy; it’s the hope for future social progress. Politicians who oppose this prioritise their immediate interests over the community’s future,” said Baggio. His statement reflects a widespread call among activists and organizations for European governments to protect the rights to protest and free speech, ensuring a public space where diverse voices can engage with critical issues like climate justice, gender equality, social inclusion, and peace.

    As authorities clamp down, grassroots groups and NGOs remain resilient and interconnected in building solidarity networks across borders to amplify their demands and unify their struggles. Solidarity, in this climate, is not only a strategy but a necessity to safeguard everyone’s fundamental rights.

    “Solidarity means recognising that our struggles are linked and that the forces that try to silence us are often the same,” said Mimo with a spark of hope flickering in his eyes.“I fear the future, yes, but I also believe in the power of our voices to change it.”

    For an EU that champions human rights, democracy, and peace, the escalating crackdown on civil society casts a sharp, unsettling shadow. This shift is more than just a legal tightening: it is a warning and a call to critically scrutinize the power dynamics that allow authorities and governments to exclude, stigmatize, and repress civil society. Criminalization of protest raises urgent questions about our freedoms to voice, organize, and defend the values of peace and justice we believe in—freedoms that are not only our rights, but our collective responsibility: to protect the future of the world in which we live.

    https://turningpointmag.org/2024/11/27/activists-under-fire-the-rising-criminalization-of-civil-movements-
    #migrations #réfugiés #criminalisation_de_la_solidarité #solidarité #Palestine #Extinction_Rebellion #répression #Fridays_for_Future #résistance #criminalisation #luttes #Last_Generation #populisme #stigmatisation

    ping @karine4

  • variation absolue de la population communale (2016-2022)

    https://www.linkedin.com/posts/pierre-clap-lin-2049_re-oyez-gr%C3%A2ce-aux-toutes-derni%C3%A8res-donn%C3%

    Par Pierre Clap, Audab, Besançon

    Grâce aux toutes dernières données Insee et l’appli associée Géoclip, une carte rapide de la variation absolue de la population communale (2016-2022). Sans surprise, le dynamisme se porte vers le Sud et l’Ouest : Toulouse (+6041 h./an), Montpellier (+4248 h./an), Nantes (+3063 h./an), Marseille (+2501 h./an), Bordeaux (+2215 h./an)... Mais aussi bassin lyonnais, Strasbourg ou Rennes... En revanche, Paris perd considérablement des habitants (-12770 h./an), puis dans une moindre mesure Calais (-1232 h./an), Reims (-773 h./an) ou Mulhouse (-679 h./an) ...

    #France #démographie #population

  • La #population_mondiale ne croîtra pas éternellement

    Nous sommes plus de huit milliards sur Terre. Mais la croissance de la population ralentit. À quoi ressemblera la planète en 2050 ou en 2100 ? Les démographes projettent un portrait tout en contrastes.

    L’humanité est une jeune multimilliardaire. Il lui a fallu 300 000 ans pour accumuler son premier milliard d’humains, 123 ans pour atteindre le deuxième milliard… et seulement 11 ans pour passer de 7 à 8 milliards, un cap franchi en 2022.

    Si on s’est longtemps inquiété des dangers de cette explosion démographique, les experts sont aujourd’hui raisonnablement convaincus que la population mondiale atteindra un sommet au cours de ce siècle, avant de commencer à… décroître. Cette diminution est même déjà entamée dans certains pays.

    Les #projections_démographiques sur quelques décennies laissent entrevoir de profondes transformations. Différentes, même, de celles qu’on prévoyait il y a encore quelques années à peine. L’Occident sera résolument vieux ; la Chine, deux fois moins peuplée ; et l’Afrique subsaharienne, toujours jeune, mais deux fois et demie plus peuplée. Partout, on aura de moins en moins d’enfants. Faut-il s’en réjouir ? S’en inquiéter ? Ou simplement en prendre acte ?

    Comment font les démographes pour établir ces projections ? Dans quelle mesure peut-on s’y fier ? Décryptage.

    Partir sur de bonnes bases

    C’est l’Organisation des Nations unies (ONU) qui produit les projections mondiales les plus largement utilisées. « Essayer de comprendre la situation planétaire, les grandes tendances, les défis et les changements attendus » préoccupe l’ONU depuis ses tout débuts, indique Patrick Gerland, chef de la Section des estimations et des projections démographiques à la Division de la population. Cette dernière a été créée en 1948, lorsque l’ONU avait seulement trois ans.

    Sa principale mission ? Bien connaître la population mondiale, y compris la répartition par âge et par sexe. Ce qui n’est pas une mince affaire. Si le Canada dispose d’un portrait presque en temps réel grâce aux registres de l’état civil et aux recensements, ce n’est pas le cas partout. Ainsi, la République démocratique du Congo n’a pas effectué de recensement depuis 1984 et l’Afghanistan, depuis 1979 !

    « Dans ce contexte, nous devons combiner diverses sources de données, de qualité variable. Si on juge qu’il y a des lacunes, on essaie de faire des estimations cohérentes pays par pays, indicateur par indicateur », détaille Patrick Gerland par visioconférence, en faisant défiler courbes et graphiques sur l’écran.

    Ensuite, l’exercice est mathématique. L’ONU se base notamment sur les tendances historiques et sur la théorie de la transition démographique pour prévoir la natalité, la mortalité et les migrations internationales futures. Selon cette théorie, les taux de natalité des pays à forte fécondité finiront par rejoindre ceux des pays à faible fécondité.

    Depuis 10 ans, l’ONU a révisé à la baisse ses projections pour la fin du siècle : elle estime maintenant de façon quasi certaine que la population mondiale va amorcer un déclin. D’abord parce que la fécondité est déjà ultra-basse en Chine (autour de 1 enfant par femme en 2024). Puis, parce qu’elle baisse rapidement dans certains pays populeux à fécondité élevée. Pensons au Nigeria (230 millions d’habitants ; 4,3 enfants par femme), à l’Éthiopie (130 millions ; 3,9 enfants par femme) ou à la République démocratique du Congo (108 millions ; 6 enfants par femme). Leur population croît encore, mais le nombre d’enfants par famille diminue. Ce sont la rapidité et l’ampleur de cette baisse qui détermineront ultimement la taille de la population mondiale. « Un enfant de moins par femme, ça engendre un effet multiplicatif à travers les générations », souligne Patrick Gerland.

    Ainsi, la population projetée pour 2100 est de 10,2 milliards de personnes, mais elle pourrait en réalité varier entre 6 et 14 milliards, selon que chaque femme a en moyenne un « demi-enfant » de moins ou de plus que prévu.

    Depuis quelques années, deux autres instituts se sont mis de la partie, avec des méthodes un peu différentes. L’Institut international d’analyse des systèmes appliqués (IIASA), à Vienne, et l’Institute for Health Metrics and Evaluation de l’Université de Washington, à Seattle, font appel à des experts pour affiner leurs projections. Ils incluent aussi dans leurs modèles des facteurs connus pour influencer la fécondité : niveau d’éducation, accès à la contraception, mortalité infantile ou taux d’urbanisation.

    (#paywall)
    https://www.quebecscience.qc.ca/societe/population-mondiale-ne-croitra-pas-eternellement
    #croissance_démographique #démographie #monde

    @freakonometrics : as-tu accès ?

  • Le stade Bukele du spectacle | Frédéric Thomas
    https://lundi.am/Le-stade-Bukele-du-spectacle

    Qui n’a pas vu ces images de prisonniers, torses nus, tatoués, la tête courbée, assis en file indienne, entourés de militaires ? En quelques années, au Salvador, le taux d’homicides a été réduit de plus de moitié. La stratégie de la militarisation mise en place par Bukele vaut à celui qui se présente comme « le dictateur le plus cool du monde » une grande popularité. Source : Lundi matin

    • Cette guerre contre les gangs est également une guerre visuelle. Une autre image de la présidence de Bukele a fait le tour du monde : celle de militaires dans l’hémicycle parlementaire pour intimider les députés et les pousser à approuver une décision de l’exécutif. Il s’agit là de la dimension la plus visuelle de la militarisation : celle du kaki washing. On désigne par-là l’utilisation des forces armées comme stratégie de communication politique, afin de projeter sur le gouvernement l’image associée aux vertus et aux valeurs que les militaires inspirent : honnêteté, efficacité, attachement à l’intérêt général.

      (...) il faut comprendre le prestige des militaires au regard de la défiance envers une classe politique clientéliste et corrompue, dans un contexte mondial d’émergence de nouvelles droites.

      [...]

      Le savoir-faire médiatique du président salavadorien est indéniable. Il gouverne pratiquement autant par et sur les réseaux sociaux [8,6 millions d’abonnés sur #Tik_Tok] qu’au niveau de l’exécutif, ne cessant de mettre en scène sa politique et ses succès. Le récit omniprésent sature l’espace visuel et réflexif, prouvant mieux que des analyses et autant que les faits sa réussite. Les images sont têtues. Elles constituent autant de démonstrations de force scénographiques qui confortent le soutien populaire.

      #Salvador #état_d'urgence #bitcoin #militarisation #populisme_punitif #virilisme

    • À se souvenir du degré actuel de militarisation de la police comme de l’engagement du Raid, de la BRI et du GIGN contre les émeutes qui ont suivi en juin 2023 le meurtre de Nahel dans diverses villes, alors que les tanks de l’armée étaient restés stationnés aux portes de Paris en 68, on voit que la voie française vers le « modèle » salvadorien qui se cherche est pas à pas, en train d’advenir. En attendant un éventuel bond en avant.

  • L’histoire enfouie du #remembrement

    Après-guerre, en #Bretagne surtout, et dans une moindre mesure dans les zones moins bocagères, les #haies ont été arrachées à coups de bulldozer, les talus arasés, et les vergers réduits à néant. C’est ce qu’on a appelé le remembrement et voici son #histoire oubliée racontée dans une #BD.

    En mai 1978, #Gildas_Le_Coënt, emprisonné neuf mois en hôpital psychiatrique, est libéré. Cette affaire marque un nouvel épisode de la bataille bretonne contre le remembrement. Elle reflète une réalité vécue par des milliers de #paysans à travers la France pendant les décennies de #modernisation_agricole. #Inès_Léraud est journaliste, et lanceuse d’alerte en 2019 face à l’omerta des algues vertes. Elle publie aujourd’hui « Champs de bataille, l’histoire enfouie du remembrement », sa deuxième BD, une enquête avec Pierre van Hove, publiée chez La Revue Dessinée et les Éditions Delcourt.
    Des blessures toujours vives dans la mémoire collective

    Les témoignages recueillis révèlent des traumatismes profonds. Comme le rapporte Jacqueline Goff née en 1953 : "Je revois l’apparition des bulldozers, ce #saccage qui détruit tout, les arbres, les talus. Ce n’était pas un remembrement, un #démembrement, c’était le #chaos." sur France Culture. Cette #mémoire douloureuse se transmet encore dans les villages, où certaines familles ne se parlent plus depuis cette époque.

    Une modernisation imposée qui a divisé les campagnes

    Le remembrement, lancé après la Seconde Guerre mondiale, visait à adapter l’#agriculture française aux enjeux de #productivité et de concurrence internationale. "C’était une #société_paysanne qui n’était pas dans une logique de l’argent" explique Inès Léraud, "il s’agissait de regrouper les #parcelles, d’arracher les #arbres, les #talus, pour avoir des champs facilement cultivables par des machines". Cette politique crée alors des tensions durables, opposant les "gagnants", appelés "profiteurs" et les "lésés" du remembrement.

    Ce qui frappe Inès Léraud et Léandre Mandard en travaillant sur le sujet du remembrement, c’est l’ampleur des #résistances et des #conflits liés à cette question. Un #mouvement_contestataire qu’on aurait difficilement imaginé vu le peu de cas qu’en ont fait les sociologues ruraux et les historiens jusque-là. "Or, dans les archives départementales, les cartons de réclamation, de recours, de lettres, de mécontentement. Il y en avait partout, dans toutes les archives départementales où je suis allée sur le territoire français. Les bulldozers du remembrement ont dû être accompagnés des forces de l’ordre pour intervenir" explique Inès Léraud.

    Un impact environnemental majeur qui persiste

    Les conséquences de cette transformation radicale des #paysages se font encore sentir aujourd’hui. "Il y a 23 000 kilomètres de haies qui disparaissent chaque année, il y en a 3 000 qui sont replantées, donc on perd 20 000 kilomètres de haies chaque année", souligne Inès Léraud. Cette destruction massive du #bocage, associée à la diminution drastique du nombre d’agriculteurs (passé de 7 millions en 1946 à 400 000 aujourd’hui), illustre l’ampleur des changements opérés. "Certains chercheurs parlent même d’#éthnocide, on a perdu 90% des paysans." explique Inès Léraud.

    https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre/la-terre-au-carre-du-mercredi-20-novembre-2024-8473983
    #bande-dessinée #résistance #paysage