• France Travail déploie un outil de profilage algorithmique à des fins de contrôle
    https://www.laquadrature.net/2026/07/20/france-travail-deploie-un-outil-de-profilage-algorithmique-a-des-fins-

    France Travail développe un algorithme de profilage des chômeur·euses à des fins de contrôle, comme le prouve un document que nous publions aujourd’hui en partenariat avec la cellule investigation de Radio France. Cet algorithme, encore…

    #Surveillance

    • France Travail développe un algorithme de profilage des chômeur·euses à des fins de contrôle, comme le prouve un document que nous publions aujourd’hui en partenariat avec la cellule investigation de Radio France. Cet algorithme, encore en phase de test, manifeste la volonté de France Travail de massifier les contrôles via l’utilisation d’outils numériques. Nous appelons à la mobilisation contre cet algorithme illégal et à son abandon par la direction de France Travail.

      Le 10 décembre dernier, un nouvel outil numérique était présenté au comité d’éthique IA de France Travail. Intitulé « Ciblage du Contrôle de la Recherche d’Emploi », son objectif est de « recourir à l’IA » afin d’« identifier les dossiers nécessitant un examen approfondi » et d’« alimenter automatiquement l’outil de contrôle de la recherche d’emploi ». Lors de sa présentation, cet outil était en phase active de test, étape préalable à un déploiement plus large.

      En d’autres termes, l’ancien Pôle Emploi cherche à se doter d’un outil similaire à ceux que nous dénonçons à la CNAF ou à l’Assurance maladie, visant à automatiser la sélection des personnes devant faire l’objet d’un contrôle.
      6 millions de personnes concernées

      Cet algorithme vise à « prédire » quel·les chômeur·euses manqueraient à leurs obligations de recherche d’emploi. Concrètement, il repose sur la construction de profils « suspects/non suspects » fondée sur l’analyse de dizaines de milliers de contrôles passés1. Chaque personne inscrite est ensuite assignée à l’un de ces profils sur la base des données personnelles que détient France Travail. Celles et ceux classifié·es comme « suspect·es » sont placé·es sur une liste de personnes prioritaires à contrôler.

      Si cet algorithme est aujourd’hui testé sur les profils de personnes en situation de rupture conventionnelle2, France Travail souhaite « étendre l’utilisation du modèle à d’autres publics » afin d’« alimenter automatiquement l’outil de contrôle et transmettre chaque mois des listes de contrôle ciblés »3. En prenant en compte l’ensemble des personnes au RSA, dont l’inscription à France Travail est obligatoire depuis le 1er janvier 2026, ce sont plus de 6 millions de personnes qui pourraient se voir profiler chaque mois par l’algorithme4.

      (...)

    • Vous allez pas me croire mais ça fait douze années que je pointe tous les mois pour obtenir ma maigre indemnisation. J’ai toujours pensé et je le pense encore aujourd’hui qu’il fallait une âme de serf servile pour travailler. Mes douze années de pointage c’est un peu comme si j’allais pointer tous les mois à la gendarmerie. Comme dit Léo Dagan, le roi de Carmélides : "le contrôle et la surveillance, y’a que ça qui compte".
      Dans l’œil de l’IA
      https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/revelations/dans-l-oeil-de-l-ia-8093741
      Le contrôle de la recherche d’emploi en 2024
      https://statistiques.francetravail.org/stmt/defmpub/226255

      Au cours de l’année 2024, 610 800 contrôles de la recherche d’emploi ont été démarrés, en hausse de 16,7% par rapport à 2023.
      62% des contrôles ont été déclenchés par des requêtes ciblées, et plus particulièrement 46% par des requêtes ciblées sur les demandeurs d’emploi qui recherchent un poste dans un métier en tension. 20% des contrôles sont faits sur une base aléatoire et 15% proviennent de signalements du conseiller référent.
      83% des demandeurs d’emploi sont en recherche active ou sont redynamisés. 17% sont jugés en insuffisance de recherche et ont fait l’objet d’une sanction.

      « Répression sociale », « violence administrative » : France Travail teste une intelligence artificielle, les inquiétudes de défenseurs des libertés fondamentales sur le numérique
      https://france3-regions.franceinfo.fr/paris-ile-de-france/repression-sociale-violence-administrative-france-travail
      #profilage #répression_sociale #chasse_aux_pauvres #france_travail #société_policière #flicage

  • Au Maroc, l’alarmante fuite des médecins
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/07/08/au-maroc-l-alarmante-fuite-des-medecins_6721772_3212.html

    Au Maroc, l’alarmante fuite des médecins
    Près de 700 praticiens marocains quittent chaque année leur pays pour exercer à l’étranger, attirés par de meilleures conditions de travail. D’après le ministère de la santé, le besoin de médecins est estimé à près de 28 000 dans le royaume.
    Par Nada Didouh (Fès [Maroc], correspondance)
    Dans une salle d’étude de la Faculté de médecine et de pharmacie d’Oujda, Nour (les prénoms ont été modifiés), 24 ans, prépare un examen décisif. Celui qui lui permettra de s’expatrier après l’obtention de son diplôme au Maroc. « Je voudrais poursuivre ma formation en Belgique », confie l’étudiante en septième année. Comme beaucoup de ses camarades, elle rêve d’ailleurs. « En première année, on était peut-être 30 % à envisager de partir. Aujourd’hui, je ne connais personne qui veut rester. »
    Chaque année, environ 700 médecins marocains quittent le pays, soit un tiers des diplômés, selon les organisations représentatives du secteur. Un chiffre stable depuis plusieurs années et probablement sous-estimé, selon l’économiste Djamila Chekrouni, spécialiste des dynamiques migratoires et professeure à l’université Mohammed-V de Rabat. « Certains étudiants vont à l’étranger pour se spécialiser et ne reviennent pas, explique la chercheuse. D’autres organisent leur mobilité avant même d’entrer dans le système national. » Surtout, insiste-t-elle, il ne s’agit pas d’un phénomène ponctuel mais d’une « tendance longue », alimentée à la fois par la crise du système de santé marocain et par l’attractivité croissante des pays étrangers en manque de personnel médical.
    En août 2025, la mort de huit femmes venues accoucher par césarienne au centre hospitalier régional Hassan-II d’Agadir avait provoqué une vive émotion dans l’opinion publique. L’affaire avait agi comme un catalyseur, déclenchant une mobilisation inédite de jeunes, regroupés sous le mouvement GenZ 212. Face à la contestation, le gouvernement avait multiplié les annonces, promettant notamment un renforcement des effectifs, une amélioration des conditions de travail et un investissement accru dans les infrastructures hospitalières. Mais ces engagements, censés aussi freiner l’exode des médecins, peinent encore à se traduire concrètement sur le terrain.
    En 2022, le Maroc consacrait 6 % de son produit intérieur brut à la santé, un niveau inférieur aux recommandations internationales, et le secteur a longtemps été relégué derrière d’autres priorités d’investissement public, comme les infrastructures de transport ou les grands projets sportifs. « Les médecins ne quittent pas uniquement un pays pour un meilleur salaire, ils quittent un système qui ne leur offre pas suffisamment de perspectives professionnelles et de conditions d’exercice à la hauteur de leurs compétences », analyse Djamila Chekrouni.Chez Nour, la décision s’est imposée dès la troisième année, après plusieurs stages à l’hôpital. L’étudiante ne s’attendait pas à un tel manque de moyens. Lors d’une de ses premières gardes de nuit, un de ses patients est mort après un arrêt cardiaque. « J’ai couru pendant quinze minutes dans les couloirs pour trouver de l’adrénaline à lui injecter, se souvient-elle. Il n’y en avait nulle part. J’ai essayé de trouver des solutions, mais on était totalement dépourvus du matériel nécessaire à la réanimation. » Elle exerçait pourtant, à ce moment-là, dans un hôpital universitaire de référence.
    Quelques années plus tard, en stage lors d’un Erasmus en Belgique, elle découvre un autre système. « Quand j’ai demandé ce qu’on faisait s’il n’y avait pas d’adrénaline, l’encadrant a été surpris. C’était impensable. » Malgré les difficultés administratives, l’éloignement familial ou encore les contraintes liées au port du voile, qui l’ont poussée à se tourner vers la Belgique plutôt que vers la France, où le principe de laïcité impose aux agents du secteur public hospitalier une stricte obligation de neutralité, elle assume son choix : « C’est le prix à payer pour avoir une bonne formation et de bonnes conditions de travail. » La France reste la première destination de ces médecins prêts à l’exil, devant le Canada, la Belgique, l’Allemagne et les pays du Golfe. De manière générale, souligne Djamila Chekrouni, au-delà de la question salariale, les médecins se dirigent vers des pays qui combinent besoin de main-d’œuvre médicale, politiques de recrutement favorables et perspectives professionnelles et personnelles plus attractives.
    Mais partir ne signifie pas toujours réussir à s’installer durablement à l’étranger. Après deux ans aux Etats-Unis, où elle s’est spécialisée en « médecine de la famille », Kaoutar, 29 ans, a dû revenir au Maroc en 2024, contrainte par des difficultés administratives liées à la prolongation de son visa. « Ça a été un choc », confie-t-elle. La jeune praticienne enchaîne depuis les remplacements dans des zones rurales, où elle a découvert un système de santé en grande difficulté. « Là où les besoins sont les plus importants, les infrastructures sanitaires ne sont pas adaptées. Tu te sens inutile, tu n’as rien à offrir aux patients car le matériel de base, le b.a.-ba de la pratique clinique, manque, déplore-t-elle. On travaille dans un système du dépannage. Même pour des gestes simples, comme traiter une plaie superficielle, il manque des équipements. »
    Au-delà des obstacles matériels, elle évoque aussi des tensions avec l’administration locale : « L’avis du médecin n’est pas respecté, encore moins quand on est une femme et qu’on est jeune. On ne nous fait pas confiance. On est juste là pour que les autorités puissent dire à la population : “Vous avez un médecin”, mais sans pouvoir réellement agir. » Deux ans après son retour, elle continue à postuler régulièrement à l’étranger. « Peu importe la destination, mon objectif est juste de partir. Et je ne pars pas pour gagner plus, ni pour des raisons familiales, ni pour me surspécialiser, je pars uniquement pour pouvoir pratiquer mon métier en bonne et due forme. »L’exode des médecins marocains a des conséquences importantes sur le système de santé, insiste Djamila Chekrouni, parce qu’il intervient dans un contexte où le Maroc souffre déjà d’un déficit en ressources humaines médicales. Selon un rapport du ministère de la santé publié en juin, le besoin total en professionnels de santé au titre de la période 2025-2026 est estimé à 83 000 au Maroc. Parmi ces postes vacants, près de 28 000 concernent les médecins. Chaque départ aggrave ainsi la surcharge de travail des praticiens et allonge les délais de prise en charge.
    Les zones rurales, déjà fragiles, sont les plus touchées. Et certaines spécialités, recherchées à l’étranger, deviennent particulièrement vulnérables. Un cercle vicieux : « Plus les conditions se dégradent pour ceux qui restent, plus la tentation de partir augmente », alerte l’économiste, qui rappelle aussi que former un médecin représente un investissement public important. Son départ constitue donc aussi une perte économique pour le pays, au bénéfice des systèmes de santé étrangers. « Le véritable défi n’est pas d’empêcher les médecins de partir, mais de créer les conditions pour qu’ils aient envie de rester… Ou de revenir. La rétention des médecins est finalement un indicateur de la capacité d’un pays à offrir à ses élites professionnelles des perspectives de carrière, de reconnaissance et de réalisation de leurs aspirations », estime Djamila Chekrouni.

    #Covid-19#migrant#migration#maroc#france#medecin#sante#migrationqualifiee#professionneldesante

  • Hara-Kiri contre Charlie Hebdo
    https://www.youtube.com/watch?v=TSsuwxQfA38&t=6s

    Voici la grande histoire d’Hara-Kiri, journal bête et méchant, et ses héros et génies qui ont inventé notre humour, notre rire, notre joie : Cavanna, Choron, Reiser, Wolinski, etc. Le chouette beau journal. Le meilleur journal du monde. Hara-Kiri va engendrer Charlie. Et Charlie va être sacrifié par une autre gueule d’empereur romain, une hyper-gueule d’empereur romain, celle de Philippe Val, à la France américanisée dans son sport préféré : cracher à la gueule des arabes et des pauvres.

    Conséquence : des dessinateurs, entre autres, seront tués. Et Charlie va être récupéré par les suppôts d’un laïcardisme militant. Un laïcardisme fanatique. Une armée de soldats de la France de Frankenstein. Colonialiste, atlantiste, va-t’en-guerre, raciste.
    Mais ce Charlie n’est pas le successeur de Hara-Kiri. Pas du tout, et même : au contraire.

    Ce Charlie est à Hara-Kiri ce que le christianisme est à Jésus. Il est la récupération de son image, et sa transformation en son contraire. Il utilise les armes de l’émancipation pour les faire servir au combat de l’impérialisme. Il vend la hiérarchie sociale la plus dure avec le visage de l’anarchie douce.

    Hara-Kiri contre Charlie. Voici l’histoire de notre avant-dernière guerre.

    #Pacôme_Thiellement

  • Jusqu’où le capitalisme peut-il s’emballer ?
    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-invite-e-des-matins/apres-le-capitalisme-quels-mondes-la-france-peut-elle-imaginer-8232518

    Attention : c’est chez la bouse Erner.

    Face aux déséquilibres du #capitalisme - croissance atone, crise climatique, tensions et inégalités - le politiste #Laurent_Jeanpierre et le journaliste Romaric Godin proposent deux lectures distinctes. Leur débat éclaire les choix politiques à venir et les limites des réponses actuelles.

    [...]

    Laurent Jeanpierre (...) : "le capitalisme n’a rien de naturel, c’est une formation historique qui a eu un début et qui pourra éventuellement avoir une fin. Fernand Braudel disait que, jusqu’au XIXe siècle, la vie matérielle dominait. C’est-à-dire que le lien entre la production et la consommation n’était pas marchand. L’échange marchand n’était qu’une très fine couche. Le capitalisme, au fond, c’est l’épaississement de cette couche, l’imposition du lien marchand entre la production et la consommation. Le corollaire de ce processus historique c’est la formation d’un type d’hommes nouveaux qui investit pour le profit."

    La naissance de ce nouveau type d’hommes (...) "va peu à peu autonomiser cette préoccupation pour le #profit et cette déliaison entre l’activité économique et la satisfaction immédiate des besoins". Le post-capitalisme consiste donc à rapprocher production et consommation, à indexer la production à la satisfaction des #besoins. (...) "la question du capitalisme n’est pas simplement une question économique mais concerne un ensemble de dimensions existentielles : la famille, l’environnement, la santé, etc."

    [...]

    Interrogé sur le lien entre crise écologique et capitalisme, Laurent Jeanpierre rappelle que "les travaux d’économie écologique montrent que le capitalisme vert, dont la Chine est probablement la tête de pont à l’heure actuelle, ne va absolument pas résoudre la crise environnementale, ne va pas améliorer les conditions d’habitabilité." Romaric Godin affirme également que, selon lui, "le capitalisme, aujourd’hui, est entré dans une phase où sa propre survie suppose la destruction de l’environnement".

    Pour Laurent Jeanpierre, "il reste aujourd’hui une culture libérale en décomposition, des cultures conservatrices extrêmement puissantes à l’échelle mondiale", on assiste à "une crise de légitimité du capitalisme : la plupart des gens savent que le capitalisme est en crise, mais ne savent pas comment en sortir". Romaric Godin souligne que le libéralisme est "également attaqué par lui-même" puisque dans de nombreux pays, les "critiques de l’Etat de droit viennent des personnes mêmes qui se prétendent libérales" : "pour défendre l’accumulation, elles sont obligées de nier leur propre conviction libérale".

    Laurent Jeanpierre rappelle cependant qu’il existe des poches de #post-capitalisme "qui expérimentent déjà des formes de vie détachées de ces rapports sociaux capitalistes".

    (nb dans la contre-révolution capitaliste, la « crise de la valeur » est avant tout crise de la valeur d’usage)

  • L’incertaine #viabilité_économique de l’#IA générative

    Alors que les #investissements gigantesques dans le secteur se poursuivent, les conditions de la #rentabilité deviennent de plus en plus difficiles. Le #modèle_économique du secteur change, sans s’assurer une porte de sortie satisfaisante.

    L’économieL’économie de l’intelligence artificielle (IA) générative entre dans le dur. Ces dernières semaines, plusieurs informations sont venues confirmer que la question des modèles économiques liés à cette technologie se posait avec une acuité particulière. Le 24 mars, #OpenAI, l’inventeur de #ChatGPT et une des locomotives de l’IA, annonçait l’abandon de deux projets annoncés précédemment avec tambours et trompettes.

    Non seulement son idée de #chatbot (#robot_conversationnel) érotique a été « mis[e] en pause indéfiniment », mais, bien plus important, la plateforme de création de vidéos #Sora a également été fermée deux mois après son lancement en grande pompe.

    Pourtant, lors de son lancement en décembre 2025, Sora était présentée comme le produit phare d’OpenAI. Son argument marketing principal était qu’il bénéficiait du catalogue de personnages de Disney. La firme de divertissement avait, en outre, annoncé vouloir investir 1 milliard de dollars dans ChatGPT. Sora, alors, était vue comme une sorte de seconde ChatGPT, renforçant l’usage quotidien de l’IA et sa diffusion dans l’industrie culturelle.

    Seulement, l’affaire avait vite tourné au vinaigre pour #OpenAI. La création de #vidéos par IA est en effet extrêmement coûteuse, mais elle n’a quasiment rien rapporté à l’entreprise. Et le problème, c’est que plus les utilisateurs sont nombreux, plus le coût augmente. Sans relever les recettes en parallèle. Selon le Wall Street Journal, Sora coûtait en moyenne 1 million de dollars par jour et n’a rapporté, depuis son lancement, qu’un peu plus de 2 millions de dollars.

    Un #tonneau_des_Danaïdes qui pourrait, en soi, ne pas poser de problème. C’est en effet la stratégie classique des start-up technologiques : elles imposent un usage par la #quasi-gratuité, enregistrent alors de fortes #pertes, puis une fois cet usage devenu un besoin incontournable, elles ont capté leur clientèle, fixent leurs prix et réalisent des profits records. Un exemple récent de ce système a été celui de la plateforme musicale #Spotify.

    Le modèle économique de l’IA : plus les chemins de fer qu’Internet

    Mais, cette fois, OpenAI n’a pas voulu, dans le cas de Sora, développer cette stratégie. Au contraire, la start-up a proclamé qu’elle allait utiliser les fonds économisés par la fermeture de Sora sur des produits « agentiques », ces applications d’intelligence artificielle capables d’agir de façon autonome pour exécuter des tâches à la place des humains. Des applications visant une clientèle d’entreprises désireuses d’améliorer leur productivité. Autrement dit, des produits potentiellement rentables pour OpenAI, qui pourra récupérer une partie de ces gains de productivité supplémentaires réalisés.

    La décision d’OpenAI traduit un tournant pour l’ensemble de l’industrie naissante de l’IA. Le modèle « Internet » de start-up qui a prévalu jusqu’ici avec ChatGPT a déjà atteint ses limites. Pour une raison simple : l’IA s’appuie bien davantage sur des #infrastructures_physiques dont le coût est élevé. Dès lors, cette technologie est continuellement confrontée à une contradiction entre ce que Karl Marx appelle le « processus de production » et le « processus de valorisation ».

    Sur le papier, l’IA générative peut faire bien des choses, notamment produire à l’infini des vidéos plutôt tartes avec des personnages de Disney pour le plus grand enthousiasme des yeux contemporains. Son processus de production semble sans limites. Mais les conditions de cette production sont très coûteuses. L’IA mobilisée par OpenAI repose sur un grand modèle de langage (large language model, LLM), qui s’appuie sur des puissances de calculs de puces dernière génération extrêmement élevées mises en réseau dans de gigantesques #centres_de_données (#data_centers).

    Tout est cher dans ce schéma : les #puces, la construction des centres de données, leur maintenance dans des conditions optimales, le traitement des données… L’absence théorique de limites de l’IA vient se fracasser sur sa capacité à être rentable. Et la décision d’OpenAI concernant Sora nous dit que certaines applications ne peuvent pas être rentables, même à long terme.

    Le pari à la Spotify ne peut pas fonctionner ici : il nécessiterait la mobilisation beaucoup trop élevée de #moyens_financiers avec des perspectives de #retour_sur_investissement beaucoup trop faibles. Une étude de la banque HSBC indiquait, avant le lancement de Sora fin décembre, que si OpenAI réalisait en 2030 200 milliards de dollars de chiffre d’affaires (il en a réalisé 13,1 milliards en 2025), il lui faudrait lever, en parallèle, 207 milliards de dollars pour rester financièrement viable. C’est plus que le PIB actuel du Maroc prévu par le Fonds monétaire international (FMI) pour 2026.

    Voilà la clé pour comprendre l’économie de l’IA : le #changement_d’échelle (#scaling) de la production d’IA sur lequel elle repose s’accompagne d’un changement d’échelle de ses coûts. Et la difficulté est, dès lors, non pas seulement le financement de l’amorçage et du décollage de la technologie, mais celui de son fonctionnement quotidien. C’est cela que nous dit l’affaire Sora : on ne peut pas espérer « sauter par-dessus » l’enfance de l’industrie pour se retrouver dans le monde enchanté d’une activité rentable. L’IA n’est ni le smartphone ni Internet.

    Ce nouveau secteur ressemblerait plutôt davantage au chemin de fer : une technologie fortement capitalistique aux #coûts_fixes si importants que sa rentabilité a toujours été problématique et que l’État a presque toujours dû être mobilisé pour assurer son existence.

    Au reste, le montant des investissements consentis pour le développement des infrastructures de l’IA, principalement les centres de données remplis de puces en réseau, sont si vertigineux qu’ils égalent sans doute ce qui avait été la fièvre de la construction des chemins de fer en Europe occidentale et en Amérique du Nord, dans les années 1840 et 1860.

    Car, alors qu’OpenAI stoppait Sora en catastrophe, les milliards de dollars continuaient à irriguer le secteur. L’entreprise de Sam Altman a levé le 31 mars 122 milliards de dollars, un record historique pour une levée de fonds privée. Et début février, les quatre géants de la technologie (#Amazon, #Meta, #Alphabet et #Microsoft) prévoyaient ensemble de dépenser 650 milliards de dollars dans l’IA en 2026, soit 60 % de plus qu’en 2025.

    Les chiffres sont vertigineux. Selon le Financial Times, l’ensemble de la valeur des installations liées à l’IA en 2030 pourrait atteindre le chiffre astronomique de 9 000 milliards de dollars. Et une puissance cumulée pour les centres de données de 125 gigawatts, soit plus de trois fois l’usage de l’#électricité d’un pays comme le Royaume-Uni aux heures de pointe.

    Fuite en avant

    Ces investissements massifs ne sont pas le fruit du hasard. L’enjeu pour les acteurs du système est d’atteindre le plus rapidement la taille critique pour imposer leurs produits sur le marché, mettre en place un système oligopolistique ou monopolistique et, finalement, pouvoir imposer ses prix et espérer un retour sur leurs investissements.

    Dans ce jeu de vitesse, les acteurs ne sont cependant pas tous égaux. OpenAI est en bout de chaîne. Il développe les produits d’IA, mais ne contrôle pas les centres de données. Sa position est, par ailleurs, plus soumise à la concurrence dans la mesure où les LLM sont moins coûteux à développer que la construction de centres de données. ChatGPT est donc soumis à une dangereuse concurrence, notamment celle de #Claude, le modèle de l’entreprise Anthropic.

    Comme souvent, les « opérateurs » de la technologie sont plus fragiles que les fournisseurs d’infrastructure, parce qu’ils accumulent les coûts en fin de chaîne mais qu’ils sont aussi soumis aux effets de revenus des consommateurs finaux. Les compagnies ferroviaires souffrent davantage que les fournisseurs d’acier prospèrent.

    Mais la particularité de l’IA complique l’équation. À l’importance des coûts s’ajoute la question très sensible de la #durée_de_vie des centres de données et des puces qui les peuplent. On ignore beaucoup de choses sur ce point. L’industrie fonde ses calculs sur une durée de vie de six ans. Microsoft évoque un temps compris entre deux et six ans.

    Certaines sources évoquent la possibilité que les puces soient entièrement épuisées au bout de trois ans. Et Bloomberg estime que les centres de données, des bâtiments très fragiles et sensibles, pourraient devenir obsolètes au bout de cinq ans.

    En estimant que les 9 000 milliards de dollars soient suffisants pour les besoins de l’IA d’ici à 2030, il faudrait donc renouveler cet investissement colossal au moins tous les cinq ans.

    La réponse des Big Tech est alors celle de la #fuite_en_avant. Il faut construire beaucoup et vite pour pouvoir atteindre une taille critique, devenir incontournable pour le marché et imposer une logique oligopolistique capable d’imposer des prix suffisants pour absorber de tels coûts gigantesques. De Spotify, le modèle devient Andrew Carnegie, bâtisseur d’un véritable monopole de l’acier aux États-Unis à la fin du XIXe siècle.

    Une course de vitesse qui a donné aux grands acteurs de l’IA leur nouveau nom : les #hyperscalers, autrement dit ceux qui sont capables de démultiplier l’échelle de l’IA. Car l’#échelle devient un élément central pour la rentabilité.

    Ces acteurs défendent des stratégies proches, mais qui, néanmoins, se distinguent. Meta tente de développer un modèle « interne » concentrant ses investissements sur son propre usage ; Amazon se concentre sur les infrastructures d’amont qu’ils louent à d’autres ; Google et Microsoft rajoutent à cette dernière activité le développement de produits finaux en vue de contrôler tout l’écosystème.

    Circularité de la #dette

    Dans cette course, les Big Tech dispose d’un atout de poids : une trésorerie abondante reposant, dans l’#économie_numérique actuelle, sur des quasi-rentes. On pourrait, d’ailleurs, résumer leurs stratégies par le maintien de cette rente. Mais ces liquidités qui, voici encore quelques années, semblaient gigantesques, ne suffisent plus. L’impensable se produit : les #Big_Tech doivent désormais avoir recours à la dette.

    La banque états-unienne Morgan Stanley estime que les hyperscalers vont emprunter 400 milliards de dollars cette année, après 165 milliards en 2025. En tout, les besoins de financement externe sont estimés à 1 500 milliards de dollars. C’est un changement majeur de modèle économique pour ces entreprises. Et pour préserver leur capacité d’endettement, elles sont même obligées de contourner les obstacles et de prendre de nouveaux risques.

    D’abord, elles mettent en place une « économie circulaire » de la dette. Les acteurs de l’IA ayant tous un intérêt commun, celui d’imposer l’usage de cette technologie au point de la rendre rentable, ils coordonnent leurs efforts par des accords parfois étonnants où ils se prêtent des fonds ou se garantissent des prêts. Désormais, le monde de l’IA est devenu une gigantesque toile d’araignée d’engagements mutuels où chacun dépend financièrement des autres.

    #Risques_financiers

    Une autre façon d’assurer ces moyens, c’est de recourir à des sociétés ad hoc (#special_purpose_vehicle, ou #SPV) pour financer la construction des centres de données ou l’acquisition de puces. Ces entités, souvent montées avec le financement d’investisseurs externes ou de banques, deviennent propriétaires des actifs en question et peuvent émettre des obligations en s’appuyant sur la note de la Big Tech qui pilote l’opération.

    En retour, la Big Tech paie un loyer pour avoir le droit d’utiliser ces actifs. Sa situation financière est laissée intacte par l’opération et les centres de données ou les puces sont mis à sa disposition. Mais, évidemment, la construction n’est pas sans risques. Si le centre de données ou les puces deviennent obsolètes plus rapidement que prévu, il n’est pas dit que le remboursement de la dette soit possible.

    En octobre, la banque centrale britannique s’est inquiétée de l’ampleur de la dette mobilisée pour financer les centres de données. « Si le montant de la dette liée à l’IA et aux infrastructures énergétiques associées se matérialise, les risques sur la stabilité financière pourraient augmenter », souligne l’institution. Car, de plus en plus, les banques et les sociétés de finance privée ont une exposition massive à ce secteur.

    Résumons : la future rentabilité des activités liées à l’IA devra assurer le financement des coûts de fonctionnement gigantesques de cette technologie, mais aussi l’#obsolescence rapide de ces infrastructures et les coûts financiers liés à la dette contractée pour le déploiement de l’IA. Le tout en assurant un rendement « net » permettant la rentabilité des opérations en cours. En bref : le coût du capital de l’IA est astronomique.

    Comment cette technologie pourra-t-elle dégager de telles marges ? La réponse des Big Tech et d’OpenAI, c’est que les utilisateurs finaux paieront. Un pari risqué, que Mediapart explore dans le second volet de cette série.

    https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/040426/l-incertaine-viabilite-economique-de-l-ia-generative
    #économie #perte #gain #coût #profits #profit #AI #IA #intelligence_artificielle

    • Pluralistic: The AI bubble isn’t like the internet #bubble (26 May 2026)

      One of the surprise breakout software products of the early web was Lotus Notes, a kind of primitive precursor to all-in-one office productivity suites like GDocs, Office365, etc. It was so important that its creator, Ray Ozzie, was promoted to Microsoft’s Chief Software Architect, succeeding Bill Gates himself:

      https://knowledge.wharton.upenn.edu/podcast/knowledge-at-wharton-podcast/the-man-who-would-change-microsoft-ray-ozzies-vision-for-co

      People who remember Notes tend to deride it for its clunky user interface and demi-functional administrative tools. But what made Notes so central to Microsoft wasn’t its polish – it was the fact that Notes represented a brokered peace between IT managers, who wanted mainframe-like control over everything their users could do with business equipment, and the users themselves – workers who kept smuggling internet-based tools into the enterprise network on the very sensible grounds that they had a job to do, and these were the best tools to do it.

      The arrival of internet-based tools – especially ones that ran in browsers – represented a major challenge to IT departments, who had been long accustomed to dictating terms to their users. If the IT manager and the compliance department decided that the best way to manage disclosure and leak risks was to block all email attachments for outside users, then that was that: no one could send those attachments.

      But after the internet arrived on the corporate desktop, employees who needed to get documents to supply chain partners and customers could treat these IT policies as damage and route around them. Just fire up your Hotmail or Yahoo mail window, or hop on MSN Messenger or ICQ or AIM, or drop the file on an anonymous FTP server and send the link to your counterparty. Job done!

      IT managers hated this, and to be fair to them, they weren’t (always) wrong. These outside tools came from a variety of untrustworthy sources, including malicious sites that pushed virus-infected versions to their users. Also, by evading firewall rules with these tools, users made it impossible to achieve the compliance goals that IT had been charged with enforcing, and it was IT’s asses on the line if the company got in trouble as a result.

      Foundationally, IT was being asked to do two irreconcilable things: they were supposed to be enabling workers to get their jobs done, and they were supposed to be stopping those workers from doing things that could harm the business. This can’t be done, because the only way to eliminate the possibility that a worker will take an action that harms the business is to gag that worker and lock them in a dungeon. Workers need flexibility and freedom to achieve business goals, and that flexibility and freedom means that those workers might (deliberately or accidentally) thwart the business’s goals.

      What’s more, workers will always run into situations that were not anticipated by policy, and if they are denied any agency or initiative, they will fail to get their jobs done. In work, the exception is the rule, hence the importance of “process knowledge” (all the implicit knowledge shared among workers across the firm and its suppliers and customers, which cannot be captured or recorded):

      https://pluralistic.net/2025/09/08/process-knowledge/#dance-monkey-dance

      Indeed, there’s a form of labor action called a “work to rule,” in which workers only do the things dictated by their rulebooks, without taking any of the routine additional measures dictated by process knowledge. Merely by following every rule to the letter, workers can grind a shop to a halt:

      https://en.wikipedia.org/wiki/Work-to-rule

      Since the dawn of personal computers, workers and IT departments have come into conflict, as workers literally smuggled technology into the business that could do things the IT department had (often arbitrarily and capriciously) prohibited. When Visicalc emerged as the killer app for the Apple ][+, workers snuck these computers into work and used them to sort spreadsheets in ways that IT had declined to permit. They didn’t do this to cheat or steal from the company – the whole point was to do a better job.

      So it was with the early web: workers discovered a myriad of new capabilities in the free-to-use world of web-based tools and realized how these tools would make them much more effective at their jobs. The fact that IT wouldn’t let them do these things was just more evidence that IT – and the managers who set IT’s agenda – didn’t understand the business as well as workers.

      It didn’t help that IT managers’ first line of defense was the high-tech version of abstinence-only education: “You only think you need your work computers to do this, but really, you don’t, so stop trying”:

      https://www.theguardian.com/technology/2009/jun/16/computer-security-abstinence

      Abstinence-only education never works, but where “you only think you need this” failed, Lotus Notes succeeded. Lotus Notes provided a whole suite of tools that largely (if imperfectly) replaced the universe of free tools that workers were using to evade their IT departments’ edicts, so they could get their jobs done. At the same time, Lotus Notes provided a set of management tools that let IT fine-tune how these tools worked, giving them (some) of the controls they needed to achieve their compliance goals.

      Like all brokered peace settlements, Lotus Notes left both sides feeling like they’d made a compromise they could live with, giving up some of their goals, but keeping the things that really mattered to them.

      It’s impossible to overstate how important Lotus Notes and similar products were, because workers demanded the right to use the web on their work computers, and they made those demands so forcefully that managers had to completely re-do their IT policies, lest those workers treat them as damage and route around them. Back then, the tech press was full of stories about these conflicts, as workers insisted that the new technology that was sweeping the nation was so foundational and transformative that they had to be allowed to use it.

      What we never saw back then were stories about how managers had to monitor workers to ensure that they were using the web as much as possible. No one had to force workers to find ways to integrate the web into their workflows.

      In other words, the story of the web at work was the opposite of the story of AI at work. Today, you can’t turn around without reading a story about bosses who are threatening to fire workers if they don’t increase their AI usage:

      https://www.businessinsider.com/boss-track-ai-use-career-2025-8

      Virtually every major company now has a program to force workers into using AI:

      https://www.cnbc.com/2026/05/05/ai-use-work-employee-monitoring-tech-surveillance.html

      It’s conceivable that over the past quarter-century, bosses have become technophiles while workers have fallen prey to superstitious technophobia, but it hardly seems likely. Historically, workers have always been enthusiastic about tools that let them do a better job – indeed, it’s a truism that labor-led automation produces improvements in quality, while capital-driven automation increases throughput (often at the expense of quality).

      Workers aren’t the only typical early adopters who find AI lacking. As a group, teenagers and young adults hate AI:

      https://www.nytimes.com/2026/04/09/style/gen-z-ai-gallup-study.html

      That’s not what it was like during the early web days. Back then, young people entering the workforce were passionate devotees of the web, to the point where the business press routinely ran articles asking how today’s workplaces were going to adapt to the demands of these webbed-up workers.

      https://www.nber.org/digest/apr03/internet-changes-labor-market

      AI boosters insist that the deficits we see in AI – its lack of profitability, its primitive and error-riddled outputs – are no different from the shakedown problems of the early web (and we know how the web turned out!). But this is a profoundly flawed comparison: the early web and AI are very different from one another.

      For one thing, the early web may have lost money, but it had great unit economics. Every new web user brought the web closer to profitability, as did every new use of the web, and every new generation of web technology. By contrast, AI has – in the memorable phrasing of Ed Zitron – “dogshit unit economics.” Every new AI user makes AI less profitable, as does every new use for AI, and each generation of AI loses more money than the last. AI is the money-losingest endeavor in human history:

      https://pluralistic.net/2025/09/27/econopocalypse/#subprime-intelligence

      In other words, the early web was a technology that grew more profitable every day, which workers and young people had to force on their bosses – and AI is a technology that grows less profitable every day, and bosses have to force it on workers and young people.

      Now, it’s true that some workers don’t have to be forced to use AI. Workers who enjoy a high degree of autonomy (that is to say, workers who are positioned to ignore workplace coercion) can adopt AI in ways that they feel suited to, just as those early web users and Visicalc smugglers did. They can fulfill the maxim that labor-driven automation improves quality, while resisting capital’s insistence that automation be used to increase throughput at quality’s expense.

      They can act as centaurs (workers assisted by technology), not as reverse-centaurs (workers who are recruited to serve as peripherals for machines). As with all technology questions, what the technology does is nowhere near as important as who the tech does it for and who the tech does it to:

      https://pluralistic.net/2025/09/11/vulgar-thatcherism/#there-is-an-alternative

      And there’s another group of workers who adopt AI voluntarily: workers who see that AI can do a lot of work that they view as dull and unimportant for them. These workers might be right – there are plenty of bullshit jobs out there:

      https://memex.craphound.com/2018/06/20/david-graebers-bullshit-jobs-why-does-the-economy-sustain-jobs-that

      But it’s also possible that they’re wrong, and they’re substituting AI for something that really should be done by a person.

      But on the plus side, at least no one has to force them to adopt AI.

      https://pluralistic.net/2026/05/26/the-ai-will-continue
      #bulle
      via @freakonometrics et ici aussi:
      https://seenthis.net/messages/1174219

  • Is AI Profitable Yet?
    https://isaiprofitable.com

    Tracking the #debts and #profits of frontier #AI companies (May 2026).

    WHY I BUILT THIS

    – Many #industry #experts and companies claim AI #profitability by 2030 is possible, so I wanted to see how close we really are. This site tracks cumulative spend versus revenue across most major AI companies in one place, allowing you to see exactly how much #money is flowing into the industry and how far it is from breaking even.

    – I’ll be updating these numbers monthly as new reports and financials drop. Perhaps one day, the big “NO” will become a “YES,” and the question will finally be answered :). So far? The big winner is #NVIDIA, who is receiving huge profits from the AI boom by positioning itself as the primary #chip #supplier to the AI sector.

    HOW THE NUMBERS WORK

    – All figures are estimated cumulative totals (all-time). Because most of these companies are private, the numbers aren’t exact; instead, they are built from leaked financials, #SEC filings, earnings calls, and industry estimates from sources like Bloomberg, the WSJ, The Information, and Epoch AI (all referenced at the bottom).

    – The site includes both, big tech infrastructure spend and pure lab spending, hence why companies like #Amazon and #Google have huge spend figures compared to the pure labs like #OpenAI or #Anthropic (big AI investments, not much direct AI #revenue yet). The $/sec counters use current annual burn rates rather than historical averages, to reflect what’s actually happening right now.

  • La Frontiera, ovunque. Centri d’Italia 2026

    823 minori soli nei Centri per adulti dal 2023 al 2025, mentre in accoglienza dedicata c’è posto
    Nessuna invasione, ma il Governo Meloni “programma” l’emergenza del sistema

    Assegnati porti lontani per gli sbarchi delle Ong senza che i centri al Sud siano sovraffollati

    Il sistema di accoglienza italiano riproduce ogni anno un’emergenza interna, voluta dalle scelte pubbliche, in assenza di arrivi da “invasione”. Gli accolti a fine 2024, 134.549 persone, sono lo 0,23% della popolazione residente. Grandi centri e sovraffollamento, crescita dei gestori profit, servizi per l’integrazione ridotti, aumento elevato della prima accoglienza, diminuzione dei controlli delle prefetture e mancata protezione del minore. Queste le conseguenze di uno stato “eccezionale” trasformato a regola, che penalizza i più vulnerabili, prima di tutto i minori stranieri non accompagnati. ActionAid, in collaborazione con Openpolis, ricostruisce quanto accade nei CAS-centri di accoglienza straordinaria, centri governativi di prima accoglienza e SAI-centri degli enti locali con il report “La Frontiera, ovunque. Centri d’Italia 2026”. Dati inediti ottenuti con oltre 70 procedure di richiesta a Ministeri e Prefetture*.

    “La quantità di Decreti e norme introdotte dal Governo Meloni in quattro anni ha trasformato l’accoglienza da tutela delle persone straniere in un mero dispositivo di filtro e contenimento. Il futuro è già qui: l’applicazione del Patto europeo su Asilo e migrazione, infatti, è già iniziata, e i dati lo mostrano inequivocabilmente. Tra il 2021 e il 2024 la capienza della prima accoglienza sale da 3.460 a 6.357 posti (+83,7%), e gli hotspot passano da 611 a 3.054 posti e da 3 a 11 strutture.
    Cresce il segmento che concentra identificazione, screening e smistamento. La frontiera si sposta dentro i confini nazionali dove le procedure su ammissibilità, priorità e trasferimenti si fanno più rapide, rendendo più instabile il passaggio da prima assistenza ad accoglienza effettiva. L’opacità è parte dell’approccio del governo, che rende meno visibili le conseguenze delle scelte amministrative sulla vita delle persone, e sottrae queste scelte al controllo parlamentare e della società civile” – dichiara Fabrizio Coresi, esperto Migrazioni ActionAid.

    L’emergenza programmata: sovraffollamento, aumento del for profit, centri e gestori sempre più grandi.Nel 2024 i CAS ospitano 96.738 persone, 71,9% del totale. Il SAI si ferma al 24,7% e la prima accoglienza al 3,4%. Non programmare equivale a predisporre le basi di un’emergenza costante in un sistema, privo di un assetto stabile, trasparente e controllabile. Il sovraffollamento, per esempio, impatta quasi esclusivamente sui CAS adulti. Su 6.024 strutture prefettizie attive nel 2024, 973 risultano oltre la capienza stabilita, 520 sono oltre il 120% e 13 hanno presenze pari al doppio della capienza. Parallelamente crescono i gestori for profit: il numero dei posti passa da 7.089 a 14.813 tra 2022 e 2024 (+109%). Insieme all’assenza di competenze e alla penetrazione nel mercato di soggetti con scopo di lucro, il rafforzamento dei centri medi e grandi (il 36,0% della capacità di accoglienza è concentrata in centri sopra i 50 posti) e il maggior peso dei grandi gestori (i primi dieci controllano il 19,1% dei posti totali), mostrano che si tende a premiare la riduzione di costi dovuta a grandi volumi e scarsi servizi. La Croce Rossa Italiana, con le sue articolazioni territoriali, gestisce 5.743 posti e Medihospes 5.233. Quest’ultimo soggetto cresce del 40,1% tra 2022 e 2024 e gestisce il 44,45% dell’accoglienza nella città metropolitana di Roma (il 54,61% per il solo Comune).

    I minori stranieri soli nei CAS adulti, simbolo di un fallimento. ActionAid ha per la prima volta monitorato gli effetti del Decreto-legge 133/2023 che introduce la possibilità eccezionale – in casi di comprovata emergenza – di introdurre minori sopra i 16 anni temporaneamente nei Centri per adulti. Su un campione di 29 prefetture (la totalità di quelle che ospitano Msna in Cas adulti a fine 2024), a fine novembre 2025 sono almeno 823 i ragazzi registrati dal 2023 in queste strutture, ma 138 di questi erano già in centri per adulti prima del varo della norma. La legge istituzionalizza così una prassi fino ad allora illegittima. Almeno 16 prefetture registrano permanenze oltre 90 giorni (tempo ordinario consentito dalla nuova norma), ma sono almeno 13 quelle che vanno oltre i 150 giorni, con picchi fino a 1.413 giorni. Una forma stabile di accoglienza impropria, priva di servizi educativi e abitativi adatti alla minore età. Ma tutto questo avviene in violazione della stessa norma: mentre si mandano i minori nei Cas per adulti, ci sono posti liberi nei circuiti loro dedicati nello stesso comune, provincia o regione. In 9 prefetture esistono infatti posti liberi nel comune, in 21 prefetture ve ne sono liberi almeno in provincia e in tutte le 29 esaminate esistono disponibilità in regione. Ad allarmare ancora di più è l’uscita dal sistema dell’accoglienza dei minori: abbandoni, allontanamenti e revoche (almeno 407) sono il segno più tangibile del fallimento della tutela dei più fragili. Altri indicatori del fallimento riguardano il sistema Sai. Nel segmento dedicato ai Msna, a fine novembre 2025, vi erano solo 43 posti liberi su 6.563 e, nello stesso momento (dal gennaio 2023), le richieste pendenti di inserimento arrivavano a 4.725. Nessun collegamento efficace tra sistemi, nessuna tutela effettiva.

    Le mancate ispezioni dei Centri. La debolezza dei controlli è evidente e preoccupante: secondo i dati ottenuti da ActionAid dal Ministero dell’Interno, nel 2024 si sono svolti 1.564 controlli (con sanzioni per i gestori pari a circa 677mila euro). Ci sono poli iper-monitorati come Napoli (100% delle strutture), Potenza 93,2%) e Caserta (il 95,6%) e grandi zone cieche come le Prefetture di Roma, Frosinone e Ravenna. Queste ultime sono le prime tre prefetture italiane per posti gestiti sulle 33 totali, dove non si registrano controlli nel 2024 (nel 2019 erano 13). Le ispezioni inoltre diminuiscono rispetto al passato: se nel 2019 era stato raggiunto il 40,5 per cento, nel 2024 le ispezioni riguardano solo il 19,1% delle strutture. In pratica, quattro centri su cinque non vengono controllati.

    Dal mare all’accoglienza. Il report dimostra anche come l’assegnazione di porti lontani voluta con il Decreto Piantedosi di inizio 2023 usi pretestuosamente il soccorso in mare come leva per la distribuzione territoriale e prolunghi il dispositivo della frontiera anche dentro il sistema ordinario d’accoglienza. Una scelta non giustificata da reali esigenze di sovraffollamento dei Centri al Sud. Emblematico il caso del 31 dicembre 2023, quando ad una Ong è stato assegnato un porto nel Lazio. Lo sbarco ha coinvolto 55 persone, tra cui 15 minori e 13 MSNA. Nello stesso giorno, lungo il corridoio Sud-Tirreno formato da Sicilia, Calabria, Campania e Lazio, risultavano 6.370 posti inutilizzati, pari a quasi 116 volte le persone sbarcate. Aumentano dunque gli sbarchi nei porti lontani (oltre un terzo delle persone soccorse da navi Ong vengono sbarcate al centro-nord) e il peso dei salvataggi delle Ong (oltre il 16% del totale), che, con la giustificazione inconsistente della distribuzione del carico dell’accoglienza, vengono allontanate dall’area SAR del Mediterraneo. Aumentano anche i minori soli: quando una quota elevata di persone minorenni viene fatta permanere più a lungo in mare e poi redistribuita verso territori lontani, cresce il rischio di collocamenti impropri, di rallentamento della tutela e di ulteriore frattura tra luogo del salvataggio, screening iniziale e presa in carico successiva.

    * In dettaglio: 40 istanze di accesso civico generalizzato ad altrettante Prefetture e oltre 20 tra istanze di riesame e richieste informali di chiarimento; 12 istanze di accesso civico e altrettante richieste di riesame al Ministero dell’Interno con il coinvolgimento del Dipartimento Libertà Civili e Immigrazione e del Dipartimento di Pubblica Sicurezza – Polizia delle Frontiere, e del Servizio Centrale; un’istanza e relativo riesame rispettivamente al Ministero della Giustizia e alla Commissione Nazionale per l’Asilo.

    https://www.actionaid.it/press-area/frontiera-ovunque-centri-italia-2026
    #rapport #Italie #ActionAid #migrations #réfugiés #asile #urgence #accueil #frontière_partout #MNA #mineurs_non_accompagnés #chiffres #statistiques #hotspots #pacte_migration_et_asile #frontière_mobile #urgence_programmée #CAS #SAI #privatisation #business #profit #Medihospes #Croix-Rouge #ports #débarquement

  • Ultra fast fashion : comment on nous a rendus accros à la nouveauté | Blast le souffle de l’info, site d’information français d’actualités et d’investigations indépendant
    https://www.blast-info.fr/emissions/2026/ultra-fast-fashion-comment-on-nous-a-rendus-accros-a-la-nouveaute-Fsv2AIy

    L’ultra fast fashion inonde le monde de vêtements, au point de pousser à des régulations. Mais ce phénomène est-il nouveau  ? Se limite-t-il vraiment à la mode  ? L’humanité est-elle condamnée à être accro à la nouveauté  ? C’est ce que nous allons voir dans ce nouvel épisode de Corporate.

    (Vidéo)

    #ultra_fast_fashion #profits #surproduction #consumérisme #marketing #merchandising

  • Er machte 18.883 Euro brutto im Monat : Berlins Zahnärzte-Versorgungswerk verklagt Ex-Direktor auf knapp 50 Millionen Euro
    https://www.tagesspiegel.de/berlin/berliner-wirtschaft/er-machte-18883-euro-brutto-im-monat-berlins-zahnarzte-versorgungswerk-

    Le secret des grandes fortunes sans cause apparente est un crime oublié, parce qu’il a été proprement fait . Voilà un crime pas proprement fait . Quel exploit quand même d’avoir dévalisé tous les dentistes berlinois d’un milliard. Et ce n’est pas fini.

    17.4.2026 von Simon Schwarz - Die Aufarbeitung im Versorgungswerk ist im vollen Gang. Nur noch 922 Millionen Euro sollen vom Vermögen übrig sein. Jetzt knöpfen sich die Zahnärzte nach und nach ehemalige Amtsträger und Führungskräfte vor.

    Wie konnte es dazu kommen, dass eine Rentenkasse von Zahnärztinnen und Zahnärzten ihr halbes Vermögen in spekulative Direktbeteiligungen wie Start-ups und Luxushotels sowie in Darlehen an Firmen und nur zu 0,1 Prozent in vergleichsweise sichere Aktien investiert hat?

    Darüber zerbrechen sich die knapp 11.000 betroffenen Mitglieder des Versorgungswerks der Zahnärztekammer Berlin seit einiger Zeit den Kopf. Eine zentrale Rolle soll der ehemalige Direktor gespielt haben. Ihm hat das Versorgungswerk im vergangenen Jahr gekündigt. Damals zeichnete sich ab, dass das ehemals 2,2 Milliarden Euro schwere Portfolio massiv an Wert verlieren dürfte.

    Nun hat das Versorgungswerk Klage am Arbeitsgericht Berlin eingereicht, „die unter anderem Schadenersatzforderungen zum Gegenstand hat“, wie eine Gerichtssprecherin dem Tagesspiegel mitteilte. Eine Summe, die das Versorgungswerk vom Ex-Direktor verlangt, nannte sie nicht. Zuerst hatte die Agentur „Bloomberg“ von dem Vorgang berichtet. Demnach fordert das Versorgungswerk knapp 50 Millionen Euro von dem früheren Manager. Bestätigt wird diese Forderung aus dem Umfeld des Versorgungswerks.
    Nur noch 922 Millionen Euro übrig

    Zahnärztinnen und Zahnärzte können es sich nicht aussuchen: Ob angestellt oder selbstständig mit eigener Praxis, sie sind Pflichtmitglieder bei einem Versorgungswerk. Auch andere Angehörige der freien Berufe – etwa Rechtsanwälte und Rechtsanwältinnen oder Apothekerinnen und Apotheker – zahlen in der Regel nicht in die gesetzliche Rentenversicherung ein, sondern haben vom Staat weitgehend unabhängige Versorgungswerke. Die Zahnmediziner aus Berlin, Brandenburg und Bremen haben ein gemeinsames Versorgungswerk. Sein Sitz ist in Berlin.

    922.259.852,22

    Euro sollen zum Stichtag 31. Dezember noch vom Vermögen des Versorgungswerks übrig sein.

    Neben dem Vorwurf, dass sich ehemalige Führungskräfte grob verspekuliert haben sollen, gibt es darüber hinaus den Verdacht, dass sich einzelne von ihnen persönliche Vorteile verschafft haben könnten. Die Generalstaatsanwaltschaft Berlin ermittelt wegen des Anfangsverdachts eines Korruptionsdelikts. Bewiesen ist damit noch nichts. Es gilt die Unschuldsvermutung. Fest steht: Ein vom Versorgungswerk beauftragter Fachmann wird den Mitgliedern am Samstag eine neue Wertfeststellung präsentieren, die es in sich hat. Zum Stichtag 31. Dezember 2024 sollen nur noch 922 Millionen Euro übrig sein. 1,155 Milliarden Euro sind wohl für immer weg.

    Die Schuld an dieser misslichen Lage beispiellosen Ausmaßes in der Geschichte deutscher Versorgungswerke soll unter anderem der Ex-Direktor tragen. Er, ein früherer Investmentbanker, heuerte vor über 25 Jahren beim Versorgungswerk an. Als Direktor war er als einer von wenigen in der Einrichtung hauptamtlich tätig.

    Bei der aktuellen Schadenersatzklage geht es dem Vernehmen nach vor allem um seine Rolle bei der Insolvenz des Versicherungs-Start-ups Element. In dieses investierte das Versorgungswerk viele Millionen Euro. Der Direktor saß seit 2019 im Aufsichtsrat von Element, einer Position mit eigentlich guten Einblicken in das Geschäft.
    „Das beste Investment des Jahrtausends“

    So leicht will sich der Ex-Manager aber nicht vom Hof jagen lassen. Gegen seinen Rauswurf ist er gerichtlich vorgegangen. Wie berichtet, hat das Arbeitsgericht Berlin Ende Januar zwar dann seine ordentliche Kündigung bestätigt, jedoch die außerordentliche Kündigung mit Verweis auf formale Fehler zurückgewiesen.

    Das Urteil von Januar liegt dem Tagesspiegel vor. So verdiente der Ex-Direktor nach Darstellung des Versorgungswerks weitaus mehr Geld mit Aufsichtsrats- und Beiratsposten bei Beteiligungsfirmen des Versorgungswerks als mit seinem durchaus üppigen Bruttogehalt von 18.883 Euro pro Monat. Auf seinem Linkedin-Profil allein sind mehr als ein Dutzend solcher Positionen angegeben.

    Das Gericht sah es als erwiesen an, dass der Ex-Direktor sich in einen Interessenkonflikt begeben haben soll. Demnach soll er als Privatperson ein Unternehmen gegründet haben, an dem auch seine Frau und die beiden Töchter Anteile besaßen. Anschließend soll er darüber in eine Firma investiert haben, die er dann als Dienstleister für Unternehmen im Portfolio des Versorgungswerks ins Spiel gebracht haben soll.

    Bei der Firma geht es um einen sogenannten Treuhanddienstleister, der Vermögenswerte für Gläubiger verwaltet. Als das „beste Investment des Jahrtausends“ hatte er die Firmenidee laut Urteil in einem „Term Sheet“ bezeichnet.

    Der Direktor soll sich demzufolge in zwei Rollen mit widerstrebenden Interessen gegenübergestanden haben: als Direktor des Versorgungswerks und als privater Investor einer Firma, die Geschäfte mit Unternehmen des Versorgungswerks machen will.

    Bei der Schadenersatzforderung vor dem Arbeitsgericht wird es wahrscheinlich nicht bleiben. Das Versorgungswerk bereitet derzeit weitere Klagen vor. Unter anderem wirft es dem Land Berlin als Aufsicht und früheren Abschlussprüfern Versäumnisse vor. Auf eine Anfrage zu der aktuellen Schadenersatzklage reagierten weder der ehemalige Direktor noch das Versorgungswerk.

    Le Père Goriot - 1834
    https://fr.wikisource.org/wiki/Le_P%C3%A8re_Goriot_(1910)/II

    Ne faites pas l’enfant : cependant, si cela peut vous amuser, courroucez-vous ! emportez-vous ! Dites que je suis un infâme, un scélérat, un coquin, un bandit, mais ne m’appelez ni escroc, ni espion ! Allez, dites, lâchez votre bordée ! Je vous pardonne, c’est si naturel à votre âge ! J’ai été comme ça, moi ! Seulement, réfléchissez. Vous ferez pis quelque jour. Vous irez coqueter chez quelque jolie femme et vous recevrez de l’argent. Vous y avez pensé ! dit Vautrin ; car, comment réussirez-vous, si vous n’escomptez pas votre amour ? La vertu, mon cher étudiant, ne se scinde pas : elle est ou n’est pas. On nous parle de faire pénitence de nos fautes. Encore un joli système que celui en vertu duquel on est quitte d’un crime avec un acte de contrition ! Séduire une femme pour arriver à vous poser sur tel bâton de l’échelle sociale, jeter la zizanie entre les enfants d’une famille, enfin toutes les infamies qui se pratiquent sous le manteau d’une cheminée ou autrement dans un but de plaisir ou d’intérêt personnel, croyez-vous que ce soient des actes de foi, d’espérance et de charité ? Pourquoi deux mois de prison au dandy qui, dans une nuit, ôte à un enfant la moitié de sa fortune, et pourquoi le bagne au pauvre diable qui vole un billet de mille francs avec les circonstances aggravantes ? Voilà vos lois. Il n’y a pas un article qui n’arrive à l’absurde. L’homme en gants et à paroles jaunes a commis des assassinats où l’on ne verse pas de sang, mais où l’on en donne ; l’assassin a ouvert une porte avec un monseigneur : deux choses nocturnes ! Entre ce que je vous propose et ce que vous ferez un jour, il n’y a que le sang de moins. Vous croyez à quelque chose de fixe dans ce monde-là ! Méprisez donc les hommes, et voyez les mailles par où l’on peut passer à travers le réseau du Code. Le secret des grandes fortunes sans cause apparente est un crime oublié, parce qu’il a été proprement fait.

    #Berlin #fraude #dentiste #profession_libérale #iatrocratie #spéculation #Balzac

  • Greenpeace-Studie : Öl-Konzerne kassieren täglich 21 Millionen Euro an Übergewinnen an der Zapfsäule

    Hamburg, 16. 3. 2026 - Mineralölkonzerne in Deutschland verdienen an den deutlich gestiegenen Spritpreisen seit Beginn des Irankriegs täglich 21 Millionen Euro. Das zeigt eine neue Studie des Energieexperten Steffen Bukold im Auftrag von Greenpeace. (https://act.gp/40zbeAf) Die Studie zeigt, dass die Preise an den Zapfsäulen weit stärker gestiegen sind als die zugrundeliegenden Rohölpreise. Die massiv ausgeweiteten Gewinnmargen bescheren der Branche hohe Übergewinne auf Kosten der Autofahrenden: Allein in Deutschland verdienen die Konzerne bei Diesel zusätzliche 17,9 Millionen Euro und bei Benzin 3,2 Millionen Euro - pro Tag.

    „Im Iran sterben Menschen, in Europa ächzen Millionen unter massiv gestiegenen Preisen und die Ölkonzerne stopfen sich an der Tankstelle die Taschen voll - das ist widerlich und muss sofort gestoppt werden. Die Bundesregierung muss diese Übergewinne abschöpfen und das Geld so investieren, dass wir künftig unabhängiger werden von fossilen Abzockern und Kriegsprofiteuren. Mit den 21 Millionen Euro an täglichen Extragewinnen der Konzerne könnte der Bund pro Tag 1300 kleine E-Autos verschenken.“ (Lena Donat, Greenpeace Verkehrsexpertin)

    Mit dem Betrag könnte die Bundesregierung alternativ jeden Tag 840 Haushalten eine Wärmepumpe inklusive Einbau, 35.000 Haushalten ein Balkonkraftwerk oder 27.700 Menschen ein kostenloses ÖPNV-Jahresticket schenken.

    Keinen plausiblen Grund für deutlicher gestiegene Dieselpreise

    Die Studie widerlegt das Argument der Branche, sie reiche lediglich Weltmarktpreise weiter. Da fast alle Raffinerien in Deutschland im Besitz derselben Konzerne sind, die auch die Tankstellennetze kontrollieren, besteht eine enorme Marktmacht. Besonders brisant: Heimische Raffinerien produzieren seit Jahren mehr Benzin, als Deutschland verbraucht – eine Abhängigkeit von verteuerten Importen, die den Preisanstieg rechtfertigen könnte, existiert hier faktisch nicht. Auch der in Deutschland verkaufte Diesel wird fast ausschließlich im Inland produziert.

    „Die schamlose Willkür der Konzerne zeigt sich bei den viel stärker gestiegenen Dieselpreisen besonders deutlich. Wenn im Grunde jeder Liter Diesel hier raffiniert wird, dann gibt es nur einen plausiblen Grund für die hohen Tankstellenpreise: Gier.“ (Lena Donat, Greenpeace Verkehrsexpertin)

    https://presseportal.greenpeace.de/263401-greenpeace-studie-ol-konzerne-kassieren-taglich-21-mi
    #compagnies_pétrolières #profits #guerre #business #pétrole #rapport #Greenpeace

    • Oil giants pocket extra €81m a day in EU. Here’s how much a windfall tax could cut your energy bill

      Oil companies in the EU are raking in an additional €81.4 million in profits everyday from soaring fuel prices, as experts call for an urgent windfall tax.

      EU governments are under mounting pressure to “urgently tax fossil fuel profits” to slash energy bills and speed-up investment in home-grown renewables.

      A new study from NGO Greenpeace found that oil giants in the EU are raking in an extra €81.4 million in profits every single day, as the war on Iran sends prices soaring. This works out at around €2.5 billion in additional profit for March alone.

      The EU has already warned that oil and gas prices will not go down anytime soon, even if the conflict in the Middle East comes to an end. Member states have since been told to outline measures to reduce oil and gas use, particularly in the transport sector.

      At the current rate of extra profits, the study found that governments could provide 60 million free monthly public transport passes every month, or give all 40 million people struggling to pay their energy bills in the EU €60 every month to bring down expenses.
      Which country would benefit the most from a windfall tax?

      According to Greenpeace, the highest total windfall profits in the EU, since the start of the Iran war, were in Germany, France, Spain and Italy.

      As the largest fuel market in the EU, Germany tops the list and shows an above-average expansion of profit margins in March for both diesel and petrol.

      The highest profit margin increase per litre of diesel was in the Netherlands, Sweden, Denmark and Austria, and for petrol it was in Germany, Austria, Spain and Denmark.

      “While people are dying in the Middle East and millions in Europe struggle with skyrocketing fuel prices, governments are letting oil companies line their pockets,” says Ariadna Rodrigo, Greenpeace EU’s political campaigner.

      “They need to urgently introduce higher taxes on all fossil fuel profits and use the money to cut people’s energy bills, deploy cheap, safe and home-grown renewables, and support communities impacted by climate breakdown.”
      Could the EU cut tax on renewables?

      The long term solution to cutting energy bills, which is already being demonstrated in Spain, is investing in homegrown renewables, leading to less reliance on imported fossil fuels. Inflated prices meant these cost the EU an extra €2.5 billion in the first 10 days of the Iran war.

      The short term solution, which governments could implement overnight, is to cut the tax that ordinary people pay.

      Last year, 28 per cent of the average European consumer’s electricity bill went on taxes and levies, according to the IEA.

      Many see this as particularly unfair because taxes on electricity are much higher than on fossil fuels - despite these being the leading cause of the climate and biodiversity crisis. In Spain, taxes on electricity were 4.2 times higher than those on fossil gas in 2025 while Germany’s were 3.2 times higher.

      With the five oil majors earning more than €88 billion in 2024, higher taxation would still leave them in the green.

      European governments are finding clever ways to cut tax on electricity

      Your electricity bill is made up of three parts: energy costs, network or grid fees and taxes. As Climate Action Network (CAN) Europe points out, every component of your bill “depends on policy choices made by governments”.

      Energy costs are what you pay for the electricity you actually use and are determined by many variable factors, such as wholesale electricity costs, time of day and weather conditions. Network or grid fees go towards maintaining the poles, wires and infrastructure that bring electricity into your home or business. While the taxes added to your bill are decided by governments.

      If the average home or business owner is paying less tax, governments will likely need to make up the shortfall. The solution, argues CAN Europe, is “rebalancing taxation away from electricity and toward fossil fuels”.

      Some governments have already successfully reduced electricity prices through tax changes. Germany, which has the highest electricity bills in Europe, managed to reduce annual bills by 16 per cent by taking a levy for renewables off electricity bills and onto general tax bills.

      Denmark came up with the clever solution of making electricity for heating cheaper, thereby rewarding home and business owners who installed heat pumps.

      “The Danish government considers that the tax exemption was in part responsible for the large increase in heat pump installations from 2019-2021 and in 2023,” according to a report from the NGO Regulatory Assistance Project.
      ’Start taxing companies that fuel the climate crisis’

      In response to the current energy crisis, caused by the effective closure of the Hormuz Strait and reduced Middle East energy exports, dozens of countries - including most of Europe - agreed to release a record amount of oil from their emergency reserves.

      Fanny Petitbon of environmental organisation 350.org argues that this is like putting a “band-aid on a gaping wound”.

      “If G7 countries are serious about stabilising the market, they need to stop protecting profits and start taxing companies that fuel the climate crisis,” she says.

      “Working people shouldn’t be paying the price while oil majors treat the war in the Middle East like a winning lottery ticket.”
      Do fossil fuel giants pass taxes onto consumers?

      It’s logical to worry that if fossil fuel giants, like Aramco and Gazprom, had reduced profits due to higher tax they would charge their customers more to make up for the shortfall - resulting in higher bills for consumers.

      But analysis from CAN Europe found this is unlikely to happen: “Economic evidence shows that profit taxes, unlike consumption taxes, are generally not passed on to consumers or other companies, as prices are driven primarily by fuel costs, market design and infrastructure constraints rather than corporate taxation. And there is no significant correlation between higher corporate taxes and higher electricity prices across EU countries.”

      Permanent windfall taxes are the answer

      During Europe’s last big energy shock, after the outbreak of the Ukraine war in 2022, the bloc introduced a ‘solidarity contribution’ - a temporary windfall tax on fossil fuel profits to help shield households and companies from inflationary energy prices. It raised €28bn, mostly used by EU member states to financially support energy consumers, particularly vulnerable households.

      Many climate-aligned organisations have called for this windfall tax to be brought back and made permanent, creating funds to drive the clean energy transition.

      “In the short term, cutting electricity taxes and introducing targeted support measures funded by taxing the excess profits being made by the fossil fuel industry can give people breathing space for now. But in the long run, fossil fuel profits should be taxed permanently which can be used for future proofing Europe’s energy system through investing in renewables, efficiency, grids and electrification,” says Seda Orhan, Head of Energy at CAN Europe.

      https://www.euronews.com/2026/03/18/give-people-breathing-space-how-european-governments-could-cut-energy-bill

  • #Calais, une médecine de l’exil

    L’heure est aux frontières. Quel #accompagnement_médical pour les exilés qui tentent leur traversée ? Comment soigner une population mobile et déracinée ? Quelle est la portée de l’#acte_de_soin dans une société qui laisse ces étrangers à la marge ?
    Cet ouvrage s’intéresse aux #professionnels_de_santé dans leur relation avec des patients exilés. A travers les #consultations_médicales et paramédicales se déploient divers enjeux : la violence de la frontière sur les #corps, l’adaptation des pratiques face aux contraintes imposées par les politiques sécuritaires, la #résistance et la #désillusion des soignants, l’invention d’une nouvelle forme de médecine. Ce point de vue est original dans la mesure où il est peu exploré étant donné la discrétion des soignants et il est l’occasion d’entrouvrir la porte d’un service peu connu, qu’est la #permanence_d’accès_aux_soins_de_santé (#PASS).

    https://www.puv-editions.fr/ouvrage/calais-une-medecine-de-lexil
    #santé #médecine #soins #exil #migrations #frontières #violence #livre #Chloé_Tisserand

  • Des #syndicats et #associations demandent la #dissolution de l’#Ordre_des_médecins, jugé « inutile » et « nocif »
    https://www.franceinfo.fr/sante/cette-institution-protege-des-professionnels-de-sante-corrompus-et-maltra

    Les 26 organisations qui ont signé une tribune lui reprochent notamment de « protéger des professionnels de santé corrompus et maltraitants ».

    Dans une tribune publiée en ligne, mardi 9 mars, plusieurs syndicats de médecins et associations de patients demandent la dissolution du Conseil national de l’ordre des médecins (#CNOM) qui, selon eux, « protège des #professionnels de #santé #corrompus et #maltraitants ». Les 26 organisations signataires jugent l’instance déontologique des médecins français « inutile » et « nocive ».

    Pour le dire, ils s’appuient notamment sur le rapport « accablant » publié par la #Cour_des_comptes en décembre 2019 : ce dernier pointait des #sanctions trop tardives contre des faits d’#agressions_sexuelles et des comptes « souvent incomplets et insincères ».

  • #Lausanne : #violences_policières, « #discrimination structurelle » et question d’un examen indépendant

    La révélation de l’existence de groupes de discussion racistes au sein de la police municipale de Lausanne a relancé un débat que les personnes concernées et la société civile mènent depuis des années à la suite de plusieurs décès lors d’interventions policières, contre le profilage racial, la violence policière et la discrimination structurelle. Alors que les autorités municipales de Lausanne parlent désormais elles-mêmes d’un « problème structurel », une question fondamentale se pose pour les droits humains : les procédures juridiques existantes sont-elles réellement adaptées pour détecter et sanctionner efficacement la discrimination structurelle ?

    En août 2025 une procédure pénale révèle que des membres de la police municipale de Lausanne ont partagé pendant des années des contenus racistes, sexistes et antisémites dans des groupes WhatsApp. Le syndic de Lausanne, Grégoire Junod (PS), a réagi en parlant d’un « problème de discrimination systémique » au sein de la police. La ville a alors commandé une enquête externe. Le rapport publié en février 2026 a diagnostiqué des déficits structurels dans la direction, le contrôle interne et la culture organisationnelle de la police municipale de Lausanne (PML) et a qualifié la situation de « crise majeure ».

    Ces révélations ne constituent toutefois pas un événement isolé. Elles s’inscrivent dans le contexte d’une critique menée publiquement depuis des années contre les violences policières à caractère raciste dans le canton de Vaud. Les personnes concernées, leurs proches, la société civile ainsi que des chercheur·euse·x·s soulignent depuis longtemps que des préjugés racistes influencent l’action policière et que la violence grave et parfois mortelle exercée par la police ne doit pas être considérée comme la manifestation de simples cas isolés.

    Lorsque les autorités parlent aujourd’hui d’un problème structurel, une question fondamentale se pose : qu’entend-on exactement par « structurel » ? S’agit-il principalement de lacunes dans la direction, la culture et l’organisation interne ? Ou le problème concerne-t-il également les normes juridiques et les procédures mises en oeuvre pour examiner les actions de la police ?

    Le présent article part des événements qui se sont produits à Lausanne pour examiner les aspects juridiques et les lacunes de la protection contre la discrimination en droit suisse face au profilage racial et à la violence policière. Les procédures juridiques et les critères du droit en vigueur sont-ils appropriés pour rendre la discrimination structurelle visible, la sanctionner efficacement et la prévenir sur le long terme ? Si la discrimination est de plus en plus reconnue comme un phénomène structurel dans le discours politique, elle est en pratique souvent traitée par les juges comme une question de motivation individuelle et de cas isolés.

    Les affaires Wa Baile, Mike Ben Peter ou Roger « Nzoy » Wilhelm montrent que l’interdiction matérielle de la discrimination n’est pas le seul élément déterminant ; l’accès des personnes concernées à des procédures indépendantes, efficaces et conformes aux droits humains est tout aussi important. C’est précisément dans ce domaine que la Suisse continue de présenter des lacunes considérables.
    Le racisme sous-tend la violence policière

    Entre 2016 et 2025, le canton de Vaud a connu une recrudescence des interventions policières mortelles. Des personnes sont décédées dans le cadre de contrôles de police, de poursuites ou d’interventions exceptionnelles de la police dans des situations de problèmes psychiques. Parmi les cas connus, on peut citer Lamin Fatty, Hervé Mandundu, Mike Ben Peter, Roger « Nzoy » Wilhelm, Michael Kenechukwu Ekemezie et Marvin, 17 ans, récemment décédé, dont la mort a provoqué un grand choc parmi la population et a conduit à des manifestations.

    La plateforme de recherche Border Forensics recense au total 83 décès liés à des interventions policières en Suisse entre 1992 et 2025. Ce chiffre comprend les cas de violence physique exercée par la police elle-même, les décès dus à une aide d’urgence insuffisante ou non fournie, les décès lors de poursuites par la police, les décès en détention et les décès lors d’une intervention policière pour lesquels aucune information n’a été fournie sur les circonstances. Le canton de Vaud se distingue particulièrement dans ces statistiques. En même temps, une tendance claire se dessine : les personnes racisées, en particulier les hommes Noirs, sont touchées de manière disproportionnée. De nombreuses personnes victimes de violences policières sont également victimes d’inégalités de traitement non seulement en raison de leur appartenance ethnique, mais aussi en raison d’autres caractéristiques, comme un statut de séjour précaire, un statut social peu reconnu ou des problèmes psychologiques ou de consommation de drogues.

    Cette surreprésentation des personnes victimes du racisme et d’autres formes d’altérisation soulève des questions fondamentales : ce phénomène ne concerne pas seulement les interventions policières et leur proportionnalité, mais aussi les processus décisionnels qui les précèdent : qui est défini comme « suspect » ou considéré comme « dangereux » ? L’escalade policière commence souvent dès le moment où le choix des personnes à contrôler intervient, avec l’évaluation du danger qu’elles représentent ; c’est sur cette base que la police effectue des contrôles, planifie et intervient. Le degré d’« altérité » et de « dangerosité » qui leur sont attribués ont varié au fil du temps et continuent d’influencer toutes les institutions étatiques et leurs pratiques.
    Profilage racial, la problématique juridique

    Selon la perspective des sciences sociales et des droits humains, le « profilage racial » intervient lorsque la police choisit d’effectuer des contrôles ou d’intervenir sur la base des caractéristiques partagées par un groupe de population sans qu’un soupçon ne le justifie dans le cas particulier. Si un comportement identique est évalué différemment comme donnant lieu à des soupçons en fonction de l’apparence d’une personne, alors une inégalité de traitement pourra être juridiquement constatée.

    De telles pratiques touchent à des garanties constitutionnelles et aux droits fondamentaux. La Constitution fédérale interdit la discrimination fondée, entre autres, sur « l’origine » et la « race » (art. 8, al. 2 Cst.). La CEDH interdit également toute inégalité de traitement discriminatoire dans le cadre d’interventions étatiques (art. 14 en relation avec l’art. 8 CEDH). Si ces normes établissent des critères juridiques clairs, elles ne précisent pas manière d’identifier et de prouver des actes discriminatoires dans un cas concret.
    La discrimination, entre la norme et la pratique judiciaire

    La légalité des contrôles ou des interventions de la police n’est que rarement examinée par les tribunaux. Pour de très nombreuses personnes victimes de racisme, le « profilage racial » fait tout simplement partie du quotidien, tout comme d’autres formes d’inégalité de traitement et de microagressions. Souvent, les cas de discrimination par la police ne sont portés devant les tribunaux que lorsque les personnes concernées s’opposent à un contrôle ou à une mesure, par exemple parce qu’elles les jugent injustifiés et refusent d’obéir aux ordres, ce qui conduit souvent les fonctionnaires de police à porter plainte contre elles. Ces plaintes fréquentes sont souvent utilisées à mauvais escient comme moyen de pression contre les personnes concernées. Lorsque les interventions de la police font l’objet d’un jugement, les griefs concernant l’illégalité et la discrimination sont généralement traités séparément. Un contrôle peut être considéré comme disproportionné ou insuffisamment justifié sur le plan juridique sans pour autant être qualifié de discriminatoire. Le choix des cibles des contrôles policiers est considéré comme relevant du pouvoir discrétionnaire de la police et son examen se fait donc avec retenue ; il s’agit davantage demander si la police peut invoquer un motif compréhensible pour justifier l’intervention en question.
    Sur le plan juridique, la discrimination découle avant tout de la motivation individuelle des fonctionnaires concerné·e·x·s. Un contrôle est considéré comme discriminatoire s’il résulte d’une attitude raciste ou dénigrante, même si elle est due à des préjugés inconscients. Dans la pratique, cette preuve est toutefois difficile à apporter. Si un motif de suspicion plausible est reconnu, toute motivation discriminatoire est rejetée, et la question de savoir si un comportement identique chez d’autres personnes aurait également été considéré comme justifiant un contrôle n’est donc pas examinée de manière approfondie. Le cas de Mo Wa Baile en est un exemple frappant. À l’époque, la police avait déclaré que le contrôle avait eu lieu parce que Mo Wa Baile avait détourné le regard. Les tribunaux suisses n’ont jamais cherché à savoir si ce comportement aurait également conduit à un contrôle d’identité s’il s’était agi d’un homme blanc.

    Cette jurisprudence crée une asymétrie structurelle en matière de fardeau de la preuve : les personnes concernées doivent démontrer que des facteurs discriminatoires ont joué un rôle, tandis que la version de la police constitue souvent une base pour l’évaluation juridique. Les conséquences pénales ou disciplinaires sont donc rares ; à ce jour, aucune condamnation pénale pour motivation raciste d’une intervention policière n’a été prononcée en Suisse.

    De plus, même si un contrôle est jugé illégal a posteriori, les personnes contrôlées doivent s’y soumettre au moment de l’intervention (voir BGE 6B_393/2008, 6B 395/2008/sst E.2.1 / BGE 132 II 342 E. 2.1). Tout refus peut avoir des conséquences pénales, malgré la constatation ultérieure de l’illégalité du contrôle.

    L’affaire Wa Baile montre les conséquences concrètes de ce problème structurel. En 2020, le tribunal administratif de Zurich a certes constaté l’illégalité du contrôle d’identité, mais n’a pas retenu de motif discriminatoire. La décision d’effectuer un contrôle policier a été jugée insuffisamment motivée, mais n’a pas été considérée comme une inégalité de traitement au motifs racistes.

    En 2024, la Cour européenne des droits de l’homme (CrEDH) est parvenue à une conclusion différente. D’une part, elle a constaté que les instances suisses n’avaient pas examiné efficacement l’allégation de discrimination et a confirmé une violation de l’article 14 de la CEDH en lien avec l’article 8 de la CEDH. La question déterminante n’était pas celle de savoir si certain·e·x·s fonctionnaires de police avait une intention raciste, mais si la procédure était appropriée pour examiner efficacement une allégation de discrimination. D’autre part, la CrEDH a également renvoyé à une jurisprudence antérieure qui stipule clairement que lorsqu’une inégalité de traitement est rendue plausible (sufficient prima facie evidence), le fardeau de la preuve visant à déterminer si un contrôle ou une intervention était légal et non discriminatoire incombe à l’État.

    Le jugement déplace ainsi l’accent : le droit à un examen efficace et indépendant est tout aussi pertinent que l’interdiction de la discrimination au regard des droits humains. La Cour a ainsi reconnu que l’interdiction de la discrimination n’est applicable en pratique que si les procédures judiciaires sont capables d’appréhender les contextes structurels.

    Le cas Wilson A. à Zurich montre que ce problème ne se limite pas à la violence policière entraînant des décès. En 2009, Wilson A. et son ami ont survécu à une escalade de violence lors d’un contrôle de police à caractère raciste. Wilson A., qui avait subi auparavant une opération cardiaque, a été étranglé et gravement blessé par les coups de matraque et de genoux que leur ont donné plusieurs fonctionnaires de police ainsi que . Malgré ces atteintes et une longue procédure judiciaire, les instances suisses ont nié toute motivation raciste de ce contrôle policier et les accusations de violence sont désormais prescrites. Wilson A. conteste la décision du Tribunal fédéral et porte l’affaire devant la CrEDH.

    Les préjugés racistes ont non seulement une incidence sur la décision de procéder à un contrôle, mais aussi sur son déroulement. Les personnes perçues comme particulièrement dangereuses sur la base de stéréotypes peuvent être exposées à des violences plus précoces ou plus intenses, sans que cette dynamique soit systématiquement prise en compte dans l’évaluation juridique a posteriori. La recherche a par ailleurs démontré que la douleur ressentie par les personnes racisées est souvent moins prise au sérieux. Lors d’interventions policières, cela peut également conduire à une reconnaissance moins rapide du danger pour la santé et à une intervention plus lente des secours.
    Enquêtes contre la police : la question de l’indépendance et du fardeau de la preuve

    La question d’un examen effectif se pose non seulement lors des contrôles de personnes, mais aussi et de manière plus aiguë dans les cas décès ou de blessures graves résultant de l’usage excessif de la force par la police. Dans ces cas, il ne s’agit pas seulement de savoir si la violence était justifiée sur le plan juridique, mais aussi de savoir comment l’État enquête sur l’incident. Selon la jurisprudence de la CrEDH, la CEDH exige d’une part une enquête indépendante et efficace en cas de décès ou de blessures graves relevant de la responsabilité de l’État. D’autre part, en cas de présomption d’inégalité de traitement, l’État doit prouver la licéité de l’acte. L’enquête doit par ailleurs avoir lieu sans délai et, dans certaines circonstances, être rendue publique et préserver les intérêts légitimes des victimes présumées.
    Indépendance de l’enquête

    L’indépendance de l’enquête ne se limite pas à garantir l’intégrité personnelle des procureur·e·x·s. Selon la CrEDH, l’indépendance doit être garantir tant sur le plan hiérarchique qu’institutionnel, et tant sur le plan juridique que factuel. En Suisse, ce sont généralement les ministères publics ordinaires qui mènent les enquêtes contre les fonctionnaires de police. Or ces autorités travaillent quotidiennement en étroite collaboration avec la police. Si cette structure s’explique d’un point de vue fonctionnel, elle est problématique lorsque les actions de la police font elles-mêmes l’objet d’une procédure pénale.

    La manière dont l’enquête est menée détermine très tôt quelle interprétation d’un événement est considérée comme plausible. Si la version de la police est reprise dès le début, cela réduit le champ des reconstructions alternatives ; certaines questions ne sont pas posées et des hypothèses alternatives ne sont pas approfondies. Ce manque d’indépendance dans les enquêtes menées par le ministère public suisse à l’encontre de policier·ère·x·s est régulièrement critiqué par des organisations internationales.
    L’efficacité de l’enquête

    Outre les critères d’indépendance, la CEDH mesure l’efficacité d’une enquête à l’aune de son caractère approprié et sérieux. Le ministère public est tenu de faire tous les efforts raisonnables pour établir les faits. Cette obligation d’enquête plus poussée s’applique d’autant plus lorsqu’une inégalité de traitement a pu avoir lieu dans le comportement des acteurs étatiques.

    En principe, la partie invoquant une violation de la CEDH doit prouver l’existence de cette violation à l’exception des personnes détenues ou soumises à un autre contrôle policier. En effet, lorsque les événements en question ne sont connus que de l’État (par exemple, en cas d’actes de violence dans les établissements pénitentiaires) ou doivent effectivement faire l’objet d’une enquête par l’État, la personne concernée doit seulement prouver la violation alléguée prima facie (à première vue). Il appartient ensuite à l’État d’expliquer la plausibilité de la violation qui s’est produite sous son contrôle.

    Si l’État n’a pas garanti une enquête indépendante et efficace et a ignoré les preuves éventuelles de discrimination, le fardeau de la preuve peut également être transféré aux autorités.

    La violation de ces obligations d’enquête efficace et sérieuse a été particulièrement évidente dans le cas de Mike Ben Peter. Lors d’un contrôle, plusieurs policiers l’ont immobilisé en position couchée sur le ventre et se sont agenouillés sur lui pendant plusieurs minutes, causant un arrêt cardiaque et entraînant son décès le lendemain matin. La procédure pénale contre les policiers impliqués s’est soldée par des acquittements. Ce n’est que des années plus tard, dans le cadre d’une procédure pénale distincte contre un fonctionnaire de police impliqué, que l’affaire a de nouveau fait polémique : sur une photo échangée dans des groupes WhatsApp, ce dernier posait le pouce en l’air devant un graffiti « RIP Mike ». L’analyse de téléphones portables de plusieurs policiers a permis de découvrir de nombreux groupes de discussion dans lesquels des contenus racistes, sexistes et antisémites avaient été partagés pendant une longue période. Ces échanges n’étaient pas encore connus lors de l’enquête initiale et montre rétrospectivement l’étroitesse du cadre de l’enquête à l’époque.

    Le cas de Roger « Nzoy » Wilhelm illustre encore plus clairement ce problème : sa mort en 2021 à la gare de Morges a d’abord été qualifiée de conséquence d’un acte de légitime défense, hypothèse qui a structuré le cadre de l’enquête dès le début. Une analyse médico-légale publiée en 2025 par Border Forensics est toutefois parvenue à des conclusions différentes, remettant en question les hypothèses principales. Le tribunal cantonal vaudois a alors ordonné la réouverture de la procédure. Cela montre à quel point les premières interprétations ont influencé la suite de la procédure pénale contre les policiers impliqués dans cette intervention ayant causé la mort d’une personne.

    Dans ce contexte, les groupes de discussion rendus publics ont pris une importance supplémentaire. Lorsque de tels échanges méprisants sont récurrents au sein d’un corps de police, il ne s’agit pas seulement d’un problème de préjugés d’un ou de quelques individus. Il est donc légitime de questionner l’aptitude des procédures d’enquête et judiciaires étatiques pour reconnaître de tels contextes et examiner de manière critique leur impact potentiel sur la perception, l’évaluation des risques et le recours à la force dans le travail quotidien de la police.
    Les préjugés structurels, un problème procédural

    C’est précisément ce problème que dénonce la commission Nzoy : dans un communiqué de presse publié début 2026 , elle souligne que toute personne concernée par une procédure pénale a le droit à ce que sa cause soit traitée par des fonctionnaires ne présentant pas une apparence d’hostilité à son égard. L’impression objective d’un manque de distance ou d’un préjugé structurel peut à elle seule miner la confiance dans l’impartialité des enquêtes effectuées par les autorités. La commission a donc demandé que les procédures pénales auxquelles ont participé les fonctionnaires de police ayant tenu des propos racistes ou discriminatoires dans les discussions WhatsApp soient systématiquement examinées. En cas de participation à ces discussions, les actes d’enquête doivent faire l’objet d’un réexamen par des autorités indépendantes et donner lieu, le cas échéant, à de nouvelles décisions.

    Une procédure pénale en cours à Bâle montre que ces questions ne se limitent pas à Lausanne : un policier en service doit répondre de mauvais traitements brutaux et de lésions corporelles graves présumés à l’encontre de demandeur·euse·x·s d’asile dans le cadre de contrôles de police. La question de savoir si une éventuelle motivation raciste fera expressément l’objet d’un examen juridique reste ouverte. Parallèlement, début mars 2026, il a été révélé qu’il existait apparemment, au sein d’une unité spéciale de la police cantonale jurassienne, un groupe de discussion dans lequel des contenus racistes étaient partagés .

    Les poursuites contre des fonctionnaires de police restent rares en Suisse. À ce jour, aucune condamnation pénale établissant une motivation discriminatoire lors d’une intervention policière n’a été prononcée. Dans pratiquement tous les cas, les progrès, qu’il s’agisse de la réouverture de procédures individuelles ou de l’examen des contextes institutionnels, ne sont dus qu’à la persévérance de proches, de journalistes et de la société civile et ne sont jamais initiés par les autorités. C’est le cas du projet « Archive of Absence », qui documente les décès survenus dans le contexte de la violence et du contrôle étatiques et met ainsi en évidence les lacunes de l’analyse menée par l’État. Les proches, les militant·e·x·s, les avocat·e·x·s et les journalistes contribuent à ce que ces décès ne tombent pas dans l’oubli, mais fassent l’objet d’un suivi public et juridique.
    Efforts de réforme actuels à Lausanne et au-delà

    La ville de Lausanne a réagi aux révélations sur les discussions discriminatoires par des rapports externes et des réformes annoncées. Celles-ci sont manifestement le résultat de la pression exercée par l’opinion publique et la société civile. Dans le même temps, on constate une ambivalence politique : alors que la nécessité de réformes est mise en avant, on invoque la confiance dans la « grande majorité » des fonctionnaires de police, et ce processus entamé est présenté comme un changement de culture à long terme qui s’étendra jusqu’en 2030.

    Les mesures prévues, à savoir la définition de lignes directrices, la création de groupes de travail internes et les ajustements dans la direction et le recrutement, restent largement internes à l’organisation. Les rapports identifient certes des lacunes structurelles, notamment dans la reconnaissance et le traitement de la discrimination, mais la réponse en matière de réforme se concentre principalement sur la culture, la direction et les processus internes, et les questions de distance institutionnelle et de contrôle indépendant passent au second plan.

    L’exemple de Zurich montre que les réformes portent souvent sur les obligations de documenter les cas. Depuis 2018, les contrôles d’identité doivent être enregistrés et classés numériquement. Si cette collecte de données permet d’effectuer des analyses statistiques sur l’étendue et la répartition des contrôles, elle ne précise toutefois pas la manière de vérifier si le choix d’effectuer un contrôle est discriminatoire et si les personnes concernées disposent de moyens efficaces pour faire valoir leurs droits devant les tribunaux.

    À Bâle également, un rapport externe a révélé des problèmes structurels au sein de la police, notamment une culture de la peur, des lacunes en matière de gestion et des indices d’incidents sexistes et racistes. La conseillère d’État en charge de la sécurité a pris des mesures en matière de personnel, licencié le commandant de police et lancé un processus de réforme au sein du corps de police.

    Les procédures d’examen pénales des actions policières n’ont toutefois pas changé fondamentalement. Le schéma est récurrent : des réformes organisationnelles et des changements de personnel sont mis en place, tandis que le cadre institutionnel reste largement inchangé. À ce jour, aucune analyse approfondie des causes structurelles n’a été menée. Les cas qui sont rendus publics sont considérés comme des incidents isolés tragiques et les problèmes sont traités de manière plus superficielle que fondamentale. Or, en tant que détentrice du monopole étatique de la violence, la police dispose de pouvoirs étatiques étendus et donc d’un pouvoir considérable : elle peut intercepter, contrôler et fouiller des personnes, recourir à des moyens de contrainte et, dans des cas extrêmes, utiliser des armes à feu. C’est précisément la raison pour laquelle les obligations en matière de droits humains doivent être strictement respectée, et que les allégations de contrainte injustifiée ou de motifs discriminatoires doivent faire l’objet d’enquêtes indépendantes et efficaces.

    Si les procédures judiciaires actuelles ne permettent pas de saisir la question de la discrimination structurelle, désigner cette dernière comme un « problème structurel » n’apporte pas d’effets juridiques concrets.

    https://www.humanrights.ch/fr/nouvelles/lausanne-violences-policieres-discrimination-structurelle-question-dun-e
    #Suisse #profilage_racial #racisme #Nzoy #justice #enquête_judiciaire #indépendance #fardeau_de_la_preuve #procédure_pénale

  • Mort de Nahel : pourquoi le policier ne sera finalement pas jugé pour meurtre mais pour « violences ayant entraîné la mort »
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/03/05/mort-de-nahel-merzouk-pourquoi-le-policier-ne-sera-finalement-pas-juge-pour-

    Florian M. avait-il l’intention de tuer Nahel, en lui tirant dessus une balle de 9 millimètres, à un mètre de distance environ, à travers le pare-brise de la Mercedes jaune que conduisait le mineur le 27 juin 2023 ? Le parquet et les juges d’instructions avaient répondu oui, la cour d’appel de Versailles vient de dire que non.

    Dans son arrêt rendu jeudi 5 mars, que Le Monde a pu consulter, la juridiction a estimé les charges « insuffisantes » pour établir cette intentionnalité.

    #police #impunité_policière

    • NAHEL MERZOUK, ACTE II : LA « DEUXIÈME MORT » OU LA SOUVERAINETÉ JUDICIAIRE
      https://lundi.am/Nahel-Merzouk-acte-II-La-deuxieme-mort-ou-la-souverainete-judiciaire

      (...) la cour d’appel (...) dit que le fait de tuer, quand on est policier, dans le cadre d’une opération, peut ne pas être un meurtre (...) que l’intention homicide peut se dissoudre dans l’exercice de la fonction.

      Elle dit que Nahel Merzouk n’est pas, juridiquement parlant, une personne qui a été assassinée.

      Mounia Merzouk, sa mère, a trouvé les mots justes. Des mots que la philosophie politique peinerait à égaler : « Ils le tuent une deuxième fois. » (...)

      #justice #cour_criminelle

    • NAHEL MERZOUK : DU NOM PROPRE AU COUP DE FEU - ANATOMIE D’UNE IMPUNITÉ [Juillet 2025]
      https://lundi.am/Nahel-Merzouk-du-nom-propre-au-coup-de-feu-anatomie-d-une-impunite

      Le 17 mars 2025, Florian M. est réintégré dans les effectifs et muté au Pays basque. Cette mutation, pourtant en contradiction avec l’article 86 de la loi du 26 janvier 1984 sur le statut de la fonction publique (qui interdit en principe toute affectation en cas de mise en examen pour crime), est rendue possible par une procédure dite « dans l’intérêt du service ». Cette clause, normalement réservée à des situations de pénurie ou de nécessité exceptionnelle, est ici activée avec le soutien explicite du préfet de police de Paris [Laurent Nunez]. Elle permet au mis en examen de reprendre ses fonctions dans une région qu’il avait lui-même sollicitée.

      Cette affectation, par son caractère à la fois symbolique et concret, marque une rupture dans l’économie ordinaire de la responsabilité publique. Elle ne se contente pas de minimiser l’acte, elle le requalifie tacitement en geste acceptable, voire méritoire. Elle manifeste une reconfiguration profonde des critères d’évaluation de la légitimité policière, et confirme la thèse d’un régime d’impunité structurée, où la violence étatique, même reconnue comme abusive, trouve des voies de reconduction administrative et morale.

    • « Ils le tuent une deuxième fois. »
      Mounia Merzouk

      (...) ce n’est plus la réalité de la menace qui fonde la légitimité du recours à la force meurtrière, mais la perception qu’en a l’agent, sa conviction intime, son émotion, sa peur. Dès lors, tout devient possible. Il suffit qu’un policier déclare, de bonne foi ou non, avoir eu peur, pour que son tir soit rétrospectivement légitimé. L’État de #droit, qui reposait sur l’objectivation des faits, cède la place à un État de perception, où le ressenti de l’agent fait office de preuve.

      Ce régime du soupçon est inséparable d’une économie racialisée du regard. La « conviction honnête » du policier ne se forme pas dans un vide social : elle est structurellement orientée par les présupposés qui, dans la société française, associent les jeunes des quartiers populaires, et plus spécifiquement les jeunes racisés, à la figure du danger, de la délinquance, de l’incivilité. (...) L’arrêt du 5 mars 2026 est ainsi, sans jamais le dire, une validation judiciaire du #profilage_racial.

      Nahel (...) devient le support passif d’une projection, d’une peur, d’une conviction. Le policier ne tire pas sur lui, il tire sur la figure que sa peur a construite. Et la justice, en validant cette construction, achève le travail d’effacement.

      #racisme #violence_d'État

  • Ruptures conventionnelles : une étude de France Travail critiquée pour ses biais | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/200226/ruptures-conventionnelles-une-etude-de-france-travail-critiquee-pour-ses-b

    Aujourd’hui, elles sont accusées de coûter cher au régime de l’assurance-chômage (9,4 milliards d’euros, soit 26 % des dépenses totales) mais aussi de « se substituer de plus en plus à la démission et aux licenciements ». L’argument est jugé « aberrant » par le chercheur Gwendal Roblin. Usant des ficelles habituelles de dénigrement des personnes sans emploi, le ministre du travail, Jean-Pierre Farandou, fustige quant à lui « ces gens » qui « profitent d’être au chômage pour passer un an tranquille ». En novembre, il pointait ainsi des « dérives », sans les chiffrer.

    Deux mois plus tard, #France_Travail est venu, fort opportunément, livrer des détails sur le sujet aux partenaires sociaux. Un document intitulé « Lutte contre les comportements abusifs » leur a été présenté lors de la séance de négociation de janvier, avec un focus sur les « campagnes de contrôles » ayant visé depuis 2024 des inscrit·es au chômage suite à une rupture conventionnelle. Bilan : en moyenne sur « deux campagnes », 21 % de ces contrôles ont abouti à des sanctions, indique France Travail dans ce rapport que Mediapart s’est procuré.

    Qu’est-il exactement reproché à ces personnes sanctionnées ? Que signifie « comportement abusif » ? Cela n’a pas été précisé « et c’est bien le problème », s’agace Denis Gravouil, membre du bureau confédéral de la CGT, chargé de l’emploi, des retraites et du chômage. « Ont-ils manqué un rendez-vous ? Pas assez démontré qu’ils cherchaient un emploi ? On n’a eu aucun élément. On nous livre des taux de sanction sans aucun contexte, ce n’est pas honnête », tempête-t-il.

    Un chiffrage étonnant

    Sollicité par Mediapart, France Travail concède que « la notion de comportement abusif n’est pas explicitement définie par les textes » et en livre sa propre définition : « Le comportement abusif traduit un détournement ou un usage opportuniste des règles du régime d’assurance-chômage » (...).

    Claire Vivès, sociologue au centre d’études de l’emploi et du travail (CEET) et spécialiste du #contrôle_de_la_recherche_d’emploi a tiqué, tant sur le fond que sur la forme.
    « En l’état, le document est flou et les termes qu’il mobilise mériteraient d’être clarifiés », commente la chercheuse, qui s’étonne en premier lieu d’un chiffrage des sanctions réalisé par France Travail. Selon le document, les « 2 432 sanctions prononcées » représentent en effet plus de 1,6 million d’euros.
    « Chiffrer ainsi des “économies” réalisées sur des sanctions ciblant une population spécifique – en l’occurrence les allocataires inscrits suite à une rupture conventionnelle – est selon moi, très problématique, explique-t-elle. Jusqu’ici, seuls les montants des dépenses évitées dans le cadre de la lutte contre la fraude étaient rendus publics. En faisant cela, France Travail entretient le flou entre frauder et ne pas respecter ses obligations. »

    [...]

    Claire Vivès constate aussi « un vrai virage » dans le vocabulaire employé. Outre les « comportements abusifs », France Travail parle en effet de « publics à risque » à propos des allocataires inscrit·es après une rupture conventionnelle. Sont également inclus·es les ex-travailleuses et travailleurs frontaliers et créatrices et créateurs d’entreprise percevant des allocations-chômage.

    Ces publics « à risque » présentent, selon le document, « un profil commun ». À savoir « des formes d’usage parfois détournées du système d’indemnisation » et « un poids financier important ». Sur ce point, Claire Vivès ironise : « Être “à risque”, c’est donc avoir une allocation-chômage un peu supérieure à la moyenne et qui permet de survivre ? » (...).

    Tour l’article vaut la lecture quant à la reprogrammation des modalités de contrôle à France travail, au moment où on vote à l’A.N. une disposition semblable à celle existant à la CAF : coupure de l’alloc en cas de suscpicion de fraude.

    #chômage #chômeurs #profilage

  • Gli #utili straordinari delle #banche a scapito del #welfare
    https://radioblackout.org/2026/02/gli-utili-straordinari-delle-banche-a-scapito-del-welfare

    “Le banche italiane consegnano agli archivi un’annata stellare, con #profitti che hanno superato con slancio i 30 miliardi di euro. Brindano gli azionisti che si preparano a incassare 26,5 miliardi, grazie ai risultati centrati nell’intero 2025 dai soli istituti di credito quotati in Piazza Affari. I manager si aspettavano di poter gratificare i soci, tanto […]

    #L'informazione_di_Blackout #dividendi
    https://radioblackout.org/wp-content/uploads/2026/02/INFO-16022026-VOLPI.mp3

  • Milano la #polizia spara ,il modello ICE arriva con lo scudo penale
    https://radioblackout.org/2026/01/milano-la-polizia-spara-il-modello-ice-arriva-con-lo-scudo-penale

    Un colpo sparato da almeno venti metri contro una sagoma intravista nella penombra. Così un agente di polizia ha ucciso Abderrahim Mansouri, 28 anni, cittadino marocchino , un colpo solo, esploso verso una persona che impugnava quella che sembrava un’arma vera e che si è poi rivelata una pistola a salve. La ricostruzione della vicenda […]

    #L'informazione_di_Blackout #decreto_sicurezza #profilazione_razziale #repressione_conflitti_sociali
    https://radioblackout.org/wp-content/uploads/2026/01/INFO-28012026-LOSCO.mp3

  • Le mythe de la bonne IA

    Dans une perspective décoloniale, il n’y a pas de bonne IA, estime le philosophe #Arshin_Adib-Moghaddam. Lecture.

    « La société délirante dans laquelle nous vivons ressemble à un #mensonge parfaitement mis en scène que l’on nous persuade d’accepter comme une réalité », estime Arshin Adib-Moghaddam dans son livre The myth of good AI : a manifesto for critical Artificial intelligence (Le mythe de la bonne IA : un manifeste pour une intelligence artificielle critique, Manchester university press, 2025, non traduit). Cette société délirante n’est pas le produit de l’IA, constate pourtant le professeur de philosophie et codirecteur du Centre pour les futurs de l’IA de l’université de Londres. Mais, l’IA vient la renforcer parce qu’elle « floute les lignes de nos modes de compréhension de la vérité et du mensonge, du #pouvoir et de la résistance, de la subjectivité et de l’objectivité, de la science et de la fiction ». Ce qui change avec l’IA, c’est que Big Brother n’est plus une autorité qui nous contrôle de l’extérieur, mais une perturbation qui vient altérer nos #facultés_cognitives elles-mêmes.

    Pour Arshin Adib-Moghaddam, ni Orwell, ni Foucault ne peuvent nous aider à saisir le monde actuel. L’assaut contre notre #autonomie est massif, à l’image du projet délirant de #Torre_Centilena à #Ciudad_Juarez, équipée de 1791 lecteurs de plaques d’immatriculation, 74 drones et 3000 caméras panoramiques pour surveiller la frontière américano-mexicaine à perte de vue. Le pouvoir n’est plus incarné. « Le pouvoir est en train de devenir liquide, il prend la forme de tout ce qu’il colonise et devient quasiment invisible ». Le régime de #surveillance est en passe de devenir « microbien ». C’est-à-dire que non seulement il est partout, qu’il est intégré au plus profond de nous, mais qu’il tend à exercer un #contrôle_total, partout, tout le temps en étant totalement intrusif et en régissant jusqu’à notre psychisme même. Adib-Moghaddam parle de « #psycho-codification » du monde pour évoquer cette #intrusion inédite des méthodes qui altèrent jusqu’à ce que l’on pense, jusqu’à nos intentions disions-nous récemment. Cette intrusion nous entraîne dans une #guerre_posthumaine, entre les humains et les machines. Nous sommes désormais la cible de #drones, de #machines, d’#algorithmes qui s’en prennent à nos individualités mêmes. Partout, le meurtre et la torture s’étendent sans avoir plus de comptes à rendre, à l’image de la police des frontières américaines, ICE, qui déploie son emprise, comme d’autres armées et d’autres polices, via des machines de surveillances totalitaires. Comme le pointait pertinemment le journaliste Olivier Tesquet suite aux révélations que l’ICE aurait arrêté plus de 75 000 personnes aux Etats-Unis sans historique criminel (soit un tiers des 220 000 personnes arrêtées depuis 9 mois) : « plus l’ICE s’appuie sur #Palantir pour « rationaliser » l’appareil répressif, plus les arrestations deviennent arbitraires. Ce n’est pas un bug mais une fonctionnalité : la machine produit la catégorie d’indésirables dont l’administration Trump a besoin ».

    Derrière ces transformations bien réelles, l’IA les prolonge encore, en s’en prenant à nos sens mêmes, jusqu’à nous faire douter de la réalité même.

    Derrière cette société délirante, il faut entendre qu’il y a une « utilisation infâme » des technologies. De la reconnaissance faciale qui criminalise les #minorités raciales aux logiciels de récidives qui discriminent les populations racisées aux scores de risques qui refusent des aides et des prêts aux populations minorisées et pauvres… une même #oppression se déploie pour renforcer et cimenter les #inégalités_structurelles de la société.

    Dans ce contexte, estime Arshin Adib-Moghaddam, on entend beaucoup parler d’#éthique, d’IA responsable, qui serait à même, bientôt, demain, de réparer les systèmes et « d’atténuer les dommages ». Mais l’IA peut-elle être éthique ?

    L’IA peut-elle être éthique ?

    Non répond le philosophe. L’IA est là pour imposer sa #terreur, comme le disaient Hagen Blix et Ingeborg Glimmer. L’IA est là pour produire de l’#incertitude, de l’#angoisse, et cette peur est une méthode de #gouvernance. « L’IA augmente la capacité de ceux qui l’utilisent à nous terrifier, dans un but de #contrôle, de #surveillance et de #profit ». L’écrivain iranien Jalal Al-e Ahmad parle de « #westoxification » (contraction entre West, l’Occident, et intoxication pour désigner une forme d’absorption toxique, de submersion par la #culture_occidentale – le terme a été traduit en français en « #occidentalité ») pour désigner l’oppression de la modernité occidentale, comme le chercheur et sociologue péruvien Anibal Quijano dénonce la « #colonialité », c’est-à-dire le fait que les rapports de pouvoir colonialistes perdurent notamment depuis les technologies.

    Dans son livre, Arshin Adib-Moghaddam commence par débugger le discours des machines éthiques. Les fondations idéologiques de la science sont dysfonctionnelles, rappelle le philosophe. La science a accompagné le projet politique de la #modernité, comme l’expliquaient Ulises A. Mejias et Nick Couldry dans Data Grab (voir notre recension). Les Lumières ont transformé le #racisme en science. Et l’IA n’est qu’une extension d’un #système_techno-colonial, remanié par le #néofascisme en cours.

    L’idée même d’éthique est poreuse à ces idées problématiques, explique-t-il. L’éthique se présente comme un mécanisme universel, mais oublie que cette philosophie qui pense pouvoir rendre nos machines et nos actions responsables, est une pensée spécifique, historique, contingente à la philosophie occidentale… Et qui l’est d’autant plus qu’elle a oublié les apports des autres philosophies. Arshin Adib-Moghaddam évoque nombre de philosophes asiatiques, arabes ou juifs effacés de la tradition philosophique au profit des philosophes grecs et européens. « Les façons de poser les questions éthiques autrement ont été balayées ». Pour les thuriféraires de l’IA, la vénération de sa puissance tourne à la #religion. Mais si la machine peut-être Dieu, ce #fondamentalisme s’annonce aussi dangereux que l’extrémisme religieux, prévient Arshin Adib-Moghaddam. Pourtant, qui s’inquiète de l’interfaçage des machines à nos cerveaux, du devenir posthumain que nous promettent les développeurs de l’IA ? Kant, Hume ou Locke, ces grands penseurs de l’Occident, ont tous tenu des propos racistes, ont tous défendu l’idée que les barbares devaient être civilisés par les Européens. Et ces grandes pensées occidentales sont celles-là même qui viennent alimenter de leurs données l’IA moderne. « L’IA est ethnocentrée et cet #ethnocentrisme ne sera pas corrigé par les données », par l’amélioration des traitements ou par un sursaut éthique. Les manuels d’éthique doivent être réécrits, estime Adib-Moghaddam, qui invite à partir d’autres philosophies pour bâtir d’autres IA.

    L’IA : machine à discriminer

    Arshin Adib-Moghaddam dénonce le terme de #biais qui a colonisé la critique de l’IA. Les biais sont un terme bien dépolitisé pour évoquer l’#oppression_structurelle inscrite dans les #données, dans notre histoire. Le racisme des sociétés occidentales a été intériorisé dans une « #géopolitique_eugéniste » qui ne domine pas seulement les relations internationales ou économiques, mais qui psycho-codifie jusqu’à nos corps et nos esprits. Le #racisme a été la stratégie impériale et scientifique qui a encore des effets quotidiens, qui inocule nos outils, comme la #médecine, qui tue encore des patientes et des patients parce qu’elles et ils sont noirs, parce qu’elles sont des femmes et parce que les #données_médicales ne sont pas collectées sur elles et eux. Les rapports et les études sur le sujet s’accumulent sans que la médecine elle-même ne réagisse vraiment, comme si elle ne s’était jamais départie des origines racistes de la science, que dénonçait par exemple le sociologue #Eduardo_Bonilla-Silva dans son livre Racism without Racists : Color-Blind Racism and the Persistence of Racial Inequality in the United States (Le racisme sans les racistes : le racisme indifférent à la couleur et la persistance des inégalités raciales en Amérique, Rowman & Littlefield , 2003, non traduit). Même durant le Covid, les quartiers racisés ont été plus décimés que les autres.

    On peut alors dénoncer les #biais_racistes des systèmes, de la reconnaissance faciale aux pratiques algorithmiques d’Uber. Mais c’est oublier que nous sommes cernés par des données algorithmiques « blanchisées » (#whitewashing), c’est-à-dire à la fois blanchies parce qu’ignorantes de la couleur de ceux qu’elles écartent et blanchies parce qu’elles masquent leurs dysfonctionnements raciaux. Nous sommes coincés entre un passé pollué et un présent problématique. Nous restons par exemple coincés dans les constats où les cancers de la peau sont plus importants pour les populations de couleurs alors qu’ils sont moins diagnostiqués pour les patients noirs que blancs. Ces données et ces erreurs pourtant ne sont pas corrigées, pas prises en compte. La perspective d’augmenter notre capture par des données n’annonce pourtant pas d’amélioration, au contraire, d’abord et avant tout parce que cette invasion doit être comprise pour ce qu’elle est : une extension de l’héritage de l’#eugénisme raciste de la #science, une forme d’expansion biopolitique du contrôle plus qu’une promesse de justice et d’égalité.

    Les mauvaises données produisent de mauvais algorithmes et de piètre systèmes d’IA, rappelle le philosophe. Or, nous sommes cernés de mauvaises données. Les #préjudices du passé envers certaines populations sont intégrés aux systèmes qui vont produire l’avenir. Cela ne peut pas bien se passer. Pourtant, fort de ces constats, terribles, les recommandations éthiques paraissent bien trop mesurées. Elles invitent à améliorer la représentation et la diversité des ingénieurs et des éthiciens, à améliorer les principes éthiques, à améliorer l’éducation des ingénieurs… dénonce Arshin Adib-Moghaddam. Autant de mesures qui tiennent plus de l’#orientalisme qu’autre chose, pour faire référence au concept développé par l’intellectuel palestino-américain Edward Saïd dans son livre éponyme (Le Seuil, 1978), ouvrage fondateur des études postcoloniales. Pour Saïd, la tradition artistique et scientifique orientaliste n’est qu’une étude de l’Orient par l’Occident, une interprétation de l’Orient, une condescendance au service de l’impérialisme.

    Du #techno-orientalisme au #privilège_épistémique

    Pour Arshin Adib-Moghaddam, le techno-orientalisme qui consiste à améliorer la diversité des développeurs ou à produire une équité par des corrections techniques n’est en rien une solution. ll ne remet pas en cause le pouvoir de la #technologie. « Les personnes historiquement marginalisées et vulnérables continuent à être inventées comme objets de la technologie ». Les erreurs à leurs égards, finalement, renforcent l’obsession à mieux les surveiller sous prétexte d’#objectivité, pour mieux hiérarchiser la société par le calcul. « Le techno-orientalisme ne vise qu’à renforcer les frontières entre nous et eux, l’est et l’ouest, les noirs et les blancs, entre les nationaux et les autres ». Shoshana Zuboff a montré que la tolérance à l’extrémisme est bien souvent un modèle d’affaire acceptable. Dans une étude sur la toxicité de Twitter, le Centre de lutte contre la haine numérique avait montré qu’une dizaine de comptes sur X pouvaient produire du contenu haineux et conspirationniste capable de rapporter… 19 millions de dollars en revenus publicitaires. « Le techno-orientalisme s’impose comme un incubateur pour l’expansion impériale afin de maximiser les revenus pour quelques personnes sélectionnées ». L’#impérialisme de X prolifère et impose sa #colonialité. Comme les projections de Mercator ont valorisé l’Occident, nous montrant un Groenland par exemple aussi grand que la Chine, quand en réalité il ne fait qu’un quart de la superficie de la Chine. L’impérialisme de X, comme l’impérialisme de l’IA rend possible un « privilège épistémique » qui « confère à une poignée d’hommes le privilège d’interpréter, de juger et de planifier l’avenir de la majorité ». Partout, une poignée d’hommes blancs parlent d’un avenir inévitable (le leur), utilisent ces outils pour diffuser leurs idées sans nuances, mégalomanes, patriarcale et coloniales influentes, sans se préoccuper du sort des autres. Derrière leurs idées rances, ils défendent avant tout leur #identité. Les néo-Nazis comme les terroristes d’ISIS tuent au nom de l’identité, comme le soulignait Paul Gilroy dans Against Race. Les médias sociaux sont devenus des paradis pour les fausses informations des extrémistes, où ils peuvent se faire les avocats de leurs agendas hystériques avec plus ou moins d’impunité. La #stupidité y est le meilleur capital, assène le philosophe.

    La coercition est forte avec les technologies. Microsoft et Google déploient des technologies de surveillance à l’encontre des Palestiniens. Saïd disait que la #déshumanisation des Palestiniens était l’un des grands héritage de l’orientalisme. Pour Arshin Adib-Moghaddam, une IA vraiment éthique devrait assurer que ses traitements et données soient auditables en accord avec les législation qui défendent les #droits_humains au niveau international, national et local. Le déploiement sans limite des technologies aux frontières, par la police et les militaires, nous montre qu’il n’en est rien.

    L’IA pour peaufiner l’oppression

    L’oppression structurelle, codifiée dans des institutions genrées et racistes, dans des normes politiques et sociales omniprésentes, s’apprête à entrer plus profondément dans nos esprits avec l’IA générative. Quand on pose des questions à ces moteurs, ils produisent certaines réponses qui sont le reflet des sociétés occidentales qui les produisent. A la question y-a-t-il un génocide à Gaza, #ChatGPT répond non. A la question peut-on torturer une personne, ChatGPT répondait par l’affirmative si cette personne venait d’Iran, de Corée du Nord ou de Syrie. Ces « #erreurs » qui n’en sont pas mais qui peuvent nous être présentées comme telles, sont bien sûr corrigées parfois. Les #modèles_de_langage galvanisent les préjudices raciaux comme le montrait l’étude menée par Valentin Hofmann (qu’on évoquait ici : https://danslesalgorithmes.net/2024/06/04/open-source-lia) qui montrait que l’IA s’adapte aux niveaux de langage de son interlocuteur ou qu’elle classe les mêmes CV différemment selon les consonances culturelles des noms et prénoms. Mais ils ne sont que les reflets des sociétés qui les produisent. Les modèles de langage sont bien les produits racistes de sociétés racistes, affirme celui qui avait dénoncé le caractère raciste de l’IA dans un précédent livre. Les corrections sont possibles, au risque d’enseigner superficiellement aux modèles à effacer le racisme, tout en le maintenant à des niveaux plus profonds. « En fait, nous sommes confrontés par une forme furtive de #technoracisme soigneusement dissimulée par un univers d’IA de plus en plus opaque ». Dans ces IA, les musulmans sont toujours associés à la violence.

    Weizenbaum nous avait prévenu : les humains sont plus enclins à se confier à une machine qu’à un humain. Et ce pourrait être exploité plus avant par les machines de coercition de demain. La CIA a beaucoup travaillé sur les drogues et outils permettant de mettre les gens en confiance, rappelle Arshin Adib-Moghaddam. Si les méthodes d’interrogation utilisées à Abu Ghraib ont été sur la sellette, le Mikolashek Report montrait par exemple que les frontières entre la torture, les abus et les techniques d’interrogations dites légitimes étaient plus poreuses que strictes. A Abu Ghraib, la torture n’était pas un accident. Les individus qui ont été torturés n’étaient pas isolés. A Abu Ghraib, les interrogatoires ne devaient pas laisser de traces sur les prisonniers et le système médical a donné ses conseils aux militaires pour y parvenir. C’est lui qui a proposé des modalités d’interrogatoires coercitives. A Abu Ghraib comme à Guantanamo Bay, des procédures ont été mises en place, comme le fait d’empiler les prisionniers nus pour profiter du fort tabou de l’homosexualité dans la culture arabe et musulmane.

    Que fera l’IA qui est déjà appelée à assister les interrogatoires de la CIA ou de la police ? Aura-t-elle encore plus que les humains la capacité de briser notre humanité, comme s’en inquiétaient des chercheurs ? Sera-t-elle l’outil parfait pour la #torture, puisqu’elle pourra créer du contexte psychologique ou informationnel pour rendre les gens toujours plus vulnérables à la #manipulation, comme des #chatbots compagnons, dressés contre nous.

    La torture à Abu Ghraib a été rendu possible parce qu’elle a épousé totalement la culture de ceux qui l’ont pratiqué. « L’histoire récente de l’IA n’apporte aucune preuve que les systèmes d’IA soient plus objectifs que les humains, à mesure qu’ils déploient les mêmes biais qu’eux, avec bien moins de responsabilité ».

    L’IA pour pour penser à notre place et prendre le contrôle des esprits

    Pour le philosophe, le contrôle de l’esprit est le Graal des systèmes d’IA. Ce que veulent ceux qui déploient l’IA, c’est qu’elle prenne le contrôle des esprits.

    Mais, dans les systèmes de domination, la résistance apparaît souvent là où on ne l’attend pas, disait Anibal Quijano. Pourtant, souligne Arshin Adib-Moghaddam, la société civile ne regarde pas suffisamment ce qui se déploie, elle semble peu impliquée dans le très dynamique secteur de l’IA militaire. Face à l’inégalité de pouvoir entre utilisateurs de l’IA et producteurs d’IA qui se sédimente avec le déploiement et l’extension des outils d’IA partout, peu est fait pour nous protéger. L’érosion lente de la #vie_privée, l’objectivation posthumaine… nous éloignent de la dé-technologisation qu’appelle de ses vœux Carissa Véliz dans son livre, Privacy is Power (Penguin, 2021).

    Pour Adib-Moghaddam, nous devrions pourtant chercher à protéger notre humanité, plutôt que de chercher à flouter les différences entre l’homme et la machine, comme l’attendent les tenants du posthumanisme. Adib-Moghaddam souhaiterait un futur qui soit post-IA, dans lequel l’IA, au moins telle que nous la connaissons aujourd’hui, n’ait pas sa place. Tant que nous la laisserons exploiter les données passées nous laisserons construire une IA fondamentalement destructrice, extractive, qui perpétue l’#irrationalité et l’agenda des conservateurs et de l’extrémisme de droite, en exploitant les données pour renforcer les différences entre un nous et un eux dans lesquels personne ne se reconnaîtra autres que les plus privilégiés.

    La promesse d’une bonne IA est centrale dans l’approche éthique que pousse la Silicon Valley, enrôlant les meilleurs chercheurs avec elle, comme ceux du MIT, du Berkman Klein Center for internet et society de Harvard. Leur travail est remarquable, mais la poursuite d’une IA éthique ne nous aide pas à trouver des restrictions au déploiement de technologies qui maximalisent la #surveillance_de_masse et la #violence_systémique. « Tant qu’il n’existera pas de #restrictions, les délibérations morales et politiques sur l’informatisation demeureront secondaires par rapport à l’impératif de profit ».

    A l’heure de l’IA, la lutte pour la #démocratie risque d’être plus essentielle que jamais et plus difficile que jamais. Le mythe de la bonne IA nous promet un monde dont les fondations et constructions sociales ne changeront pas. « L’âge de l’IA nous promet un rapport léthargique et résigné au monde ». C’est sans surprise que ceux qui refusent cette IA là sont qualifiés d’être irrationnels, radicaux ou idéalistes… Mais ne soyons pas dupes. « Il est plus facile de prendre le parti des puissants à l’heure de l’IA, alors que nous devrions prendre la direction inverse ». « Les technologies d’IA sont un danger pour nos démocraties car elles inhibent nos choix en donnant de l’impulsion aux seuls extrêmes ». Elles nous confinent dans un espace de pensée restreint. Pour Arshin Adib-Moghaddam, il nous faut reconnaître notre humanité, une humanité qui ne peut être programmée par des machines qui ne seront jamais sensibles.

    Être humain, c’est savoir se protéger

    Être humain signifie savoir se protéger de la pénétration, c’est-à-dire un droit à être laissé tranquille, seul. Nous devons réaffirmer la nécessité d’un « bouclier de la vie privée ». La critique féministe et décoloniale nous donne des armes, comme le fait Françoise Vergès par exemple en croisant les deux. Ressentir, penser, percevoir ou croire doivent rester des valeurs humaines, sans altération des machines. C’est notre #intimité même que tente d’envahir le complexe industriel de l’IA.

    Ainsi par exemple, être créatif c’est indubitablement être humain. La #créativité des machines n’est qu’un effort pour rendre confus nos sens et émotions, au profit du profit et dans une aversion de l’art comme un comportement insurrectionnel. Psycho-codifiés, TikTok, FB ou X sont des moyens d’envahir nos sanctuaires intérieurs. Les machines peuvent faire n’importe quelle tâche sans ressentir la douleur et la discipline nécessaire que l’auto-amélioration nécessite. D’où des productions sans âme, « inutiles pour l’émancipation sociale comme politique ». En associant l’art au seul profit, la matrice technologique propose de faire suffoquer l’essence même de l’art, comme s’il n’était qu’une extension technologique, qu’un moyen de contrôler la subjectivité humaine.

    De quelque endroit qu’on l’analyse, l’IA ne nous offrira aucun antidote à l’#impéralisme, au #colonialisme et à l’#extrémisme. « Nous sommes tous devenus les objets du #colonialisme_des_données extraites de nos corps mêmes ». Le colonialisme était horizontal, géopolitique dans son expansion. Le colonialisme des données, lui, est intimement vertical. Il vise à objectifier des individus vulnérables au profit des sociétés technologiques du Nord global. Les grandes entreprises exigent de nous psycho-codifier en permanence et partout. Arshin Adib-Moghaddam défend un manifeste post-IA qui seul peut gagner la bataille entre le poète et la machine, le stylo et l’épée, le modérateur biaisé et l’activiste paisible. Nous avons besoin de #justice et d’#émancipation_sociale, rien d’autre. Ce qui n’y œuvre pas n’a pas d’intérêt. L’#ignorance, l’#évitement et la #passivité que nous promettent l’IA et ses tenants, ne nous proposent aucun avenir. « Si nous avons besoin d’une bonne IA, nous avons besoin d’une bonne IA qui réponde à nos termes », qui puisse nous permettre de reprogrammer le futur plutôt que de subir la perpétuation du passé.

    Être humain, c’est savoir se protéger. Et face aux machines, l’enjeu est encore de le pouvoir.

    https://danslesalgorithmes.net/2025/12/11/le-mythe-de-la-bonne-ia
    #décolonial #IA #AI #intelligence_artificielle