• Charles Derry : Misandrie | Scènes de l’avis quotidien
    https://scenesdelavisquotidien.com/2019/05/06/charles-derry-misandrie

    Au premier abord, il semblerait que les hommes ne se sentent pas concernés quand les femmes sont violées, battues, blessées, bousculées, frappées, giflées, cognées, mordues, fauchées, attachées, enfermées, suivies, harcelées, humiliées, mutilées, torturées, terrorisées, tuées, frappées, étranglées et matraquées à mort par leurs maris, petits-amis et ex. A première vue, c’est comme si on s’en moquait tout simplement. Mais si on regarde de plus près, on s’aperçoit que le silence ou l’apathie généralisée dont font preuve la plupart des hommes concernant la violence masculine envers les femmes n’est qu’une façade. C’est un masque qui tombe au premier soupçon de résistance des femmes. Dès la moindre suggestion que les hommes ne devraient pas attaquer ou terroriser les femmes, la fine couche de désintérêt silencieux qui protège le privilège des hommes à abuser des femmes disparait.

    A la place, se déploie tout un arsenal de résistance masculine souvent assez ahurissant par son envergure, non seulement par le simple nombre de tactiques employées mais également par la sophistication avec laquelle elles sont exécutées. Ce qui semblait de prime abord être du désintérêt masculin s’avère alors être plutôt l’opposé. Les appels au secours passionnés et plein de colère lancés par les femmes se heurtent à un mur. Les hommes s’intéressent vraiment à la violence contre les femmes. Mais ils s’y intéressent d’une façon dont ils préfèrent ne pas parler. Les hommes ont intérêt à ce que la violence se produise et ils ont intérêt à ce qu’elle continue. Et franchement, ils en ont marre d’avoir à en entendre parler. Quand le sujet est abordé, les hommes se mettent en colère, peut-être pas immédiatement mais toujours à la fin, car en dernière instance ce sujet est un défi moral qui implique que nous abandonnions les privilèges qui découlent de notre position de pouvoir. Cela signifie que le sexisme doit cesser et peu d’hommes soutiendront cette idée. Le sexisme, après tout, est une bonne affaire pour les hommes.

    • Quand j’avais 17 ans, j’ai commencé à sérieusement me demander ce que cela signifierait si les femmes étaient vraiment mes égales. Au bout de deux minutes de réflexion j’ai atteint le cœur du problème. « J’aurais à renoncer à des trucs ». J’ai considéré cette éventualité pendant environ 30 secondes et puis j’ai décidé que « Nan, pourquoi je ferais ça ? ». En faisant ça, je décidais de continuer à adopter les attitudes, comportements et croyances culturellement acceptés chez les hommes et dans lesquelles j’avais déjà été complètement et confortablement endoctriné. Personne ne m’a vu prendre cette décision. Personne n’a questionné la justesse ou l’erreur de celle-ci. Je n’ai d’aucune manière été identifié comme criminel ou déviant. J’ai repris le cours normal de ma vie en ayant un peu plus conscience qu’il valait mieux être un gars qu’une fille. On me faisait peu de reproches. Les femmes étaient des femmes et j’étais un jeune gars cherchant d’abord un accès sous leurs jupes. (Je voulais aussi apprendre à les connaître, bien sûr. Moi je n’étais pas un « animal », après tout, contrairement à certains types que je connaissais). En gros, je me considérais comme un « type bien ».

      D’une certaine façon, nous (les hommes) sommes tout simplement meilleurs que vous (les femmes). C’est notre prérogative divine ou naturelle d’être obéi et écouté et craint, si nécessaire, pour poursuivre notre route ou simplement pour l’amusement que ça procure. En fait, si on résume, il s’agit d’obtenir tout ce qu’on veut et de passer un bon moment en même temps. Nous ne faisons que prendre du plaisir. Souvent les hommes l’exprimeront explicitement dans leur résistance aux plaintes des femmes face aux comportement sexiste. Les hommes diront, « Pfff, t’as pas d’humour ? C’était juste pour rire ». Et ils le pensent. Nous faisons ces choses aux femmes parce que c’est drôle. On crée du lien avec les autres hommes de cette façon. Mais on le fait sur le dos des femmes.

      Le rôle clé que jouent la violence et la contrainte dans le maintien du patriarcat est tellement ancré dans nos psychés individuelles et collectives que nous percevons toute remise en question de la violence masculine comme une menace vis à vis notre virilité individuelle. Et donc nous résistons.

      Le premier privilège du dominant est d’être dans le confort. Cela inclut de tranquillement violenter et « si nécessaire » de tuer celles qui ont moins de pouvoir. Si celles qui sont violentées se plaignent ou vont jusqu’à s’attaquer au pouvoir, c’est-à-dire mettent inévitablement mal à l’aise les puissants, ce sont celles qui génèrent cette confrontation qui finalement cassent « les règles » et donc « victimisent » les puissants. C’est depuis cette position de privilège confortable que les hommes répondent émotionnellement à la critique féministe.

      J’aime le fait que le sentiment de honte surgisse. Je pense que c’est toujours un bon signe. Je pense qu’il est assez commun, pour les hommes confrontés à la réalité de l’oppression masculine envers les femmes, d’éprouver de la honte. La honte s’associe à la responsabilité. Quand un homme ressent de la honte, c’est parce que, d’une certaine façon, il identifie sa responsabilité soit dans la perpétration des violences décrites ou dans leur soutien.

      Beaucoup d’hommes profitent du beurre et de l’argent du beurre à ce niveau. Ils sont les gars gentils – surtout auprès de leurs amies femmes. Ils peuvent jouir des privilèges accordés en vertu de leur genre sans avoir à violer ou à frapper une seule femme (enfin, sauf peut-être une fois il y a bien longtemps). Ils peuvent se poser et jouir des privilèges que le viol et les coups leur procurent. Pendant ce temps ils sont sûrs de participer au maintien de l’idéologie et du contexte nécessaires à la continuation de la violence, même s’ils déplorent sa fréquence. Pour leurs amies femmes, ils sont scandalisés par la violence des autres hommes, mais avec leurs amis hommes ils font toujours des « blagues de cul » ou continuent d’en rire. Et, bien évidemment, ils ne s’opposent pas à ce genre de blagues avec leurs potes. Le beurre et l’argent du beurre… c’est bon d’être le type bien. Tout le monde l’aime bien.

      Elle va me demander d’arrêter le porno et de faire la vaisselle et de sortir les poubelles et de faire la lessive des gamins, et bientôt elle voudra avoir maintenant son mot à dire sur les dépenses ou elle voudra la moitié des ressources, ce qui, je le sais, m’en laissera moins au bout du compte. Et bientôt je serai en compétition avec elle pour mon prochain entretien d’embauche ou ma prochaine promotion et c’est déjà assez galère d’être en compétition avec une seule moitié de la population, alors avec tout le monde c’est pire, donc c’est mort. Peut-être que je ferais mieux de me rassoir tranquille avant qu’on me voie en train de penser à ça.

      Quand vous vous « vous remuez pour agir contre le sexisme » en tant qu’homme, la première chose que vous voyez c’est votre privilège. Beaucoup, beaucoup d’hommes se rassoient simplement et reprennent leurs esprits quand ils réalisent à quel point ils ont dangereusement failli tout perdre. Et donc ils ne dépassent pas leur colère ou leur impression de victimisation. Ils s’assoient confortablement et se détendent.

      #proféministe #violence_masculine #patriarcat

      Ça me rappelle ce copain qui prenait souvent mon parti quand je m’en prenais plein la gueule de la part d’autres hommes mais quand lui n’a pas assuré en me laissant galérer devant un groupe très masculin et arc-bouté sur ses privilèges et quand je l’ai mis devant ses contradictions, il m’a rétorqué : « Tu ne me parles plus jamais comme ça. » Je n’ai rien dit mais en deux secondes il a cessé d’être mon ami. Quelques mois plus tard, il s’est reproduit et m’a envoyé un faire-part qui est parti direct à la poubelle. Il m’a relancé, tiens, je lui ai dit qu’il était arrivé chez mes parents. Et on a eu un dernier échange aussi trash, avec des relents d’#homophobie. Et ça y est, j’ai trouvé le texte à faire lire à cette petite raclure.


  • Roseaux — La mégère ou le paillasson
    http://roseaux.co/2019/04/la-megere-ou-le-paillasson

    Il arrive, un jour, dans la vie d’une féministe – généralement c’est un jour où elle finit sur les rotules après ce qui a plus tenu de la partie de catch que de la discussion – où promouvoir la pédagogie comme condition absolue voire unique de l’émancipation des femmes devient vraiment très difficile. Ce jour peut arriver après vingt ans de lutte comme il peut arriver après un an de débats politiques acharnés dont tu croyais qu’un jour ils porteraient leurs fruits et justifieraient alors que tu aies perdu plusieurs heures par semaine, par mois, que sais-je, à jouer à la maîtresse d’école. Et, quand il arrive, il se peut que la féministe que tu es se sente perdue parce que si l’éducation et la pédagogie ne marchent pas, alors que faut-il faire ? En ce qui me concerne, j’ai décidé d’accepter d’être une mégère à qui « on ne peut plus rien dire » pour ne plus être qu’un paillasson.

    @mad_meg

    • voici le debut de ma rubrique n°2 de Mégèrisme dans la revue HEY !

      Dans la Petite Sirène, la bonne femme est celle qui perd sa voix en échange de jambes pour courir après un prince barbant. La mauvaise est celle qui connaît deux ou trois trucs sur la vie, ne manque pas de coffre et ne subit l’autorité ni d’un homme ni de personne. Or il n’y a pas de juste milieu entre la Petite Sirène et la Sorcière des Mers : on est libre ou on ne l’est pas. Il n’y a pas de demi-liberté, ni de demi-égalité – alors, Il faut bien être une mégère pour ne pas être un joli petit paillasson en galuchat.

      et voici la fin du texte de Kathy sur Roseaux :

      Il s’agit de savoir dire stop quand les limites que nous avons posées sont dépassées, de savoir dire non aux injonctions à débattre et à se justifier, d’apprendre à exiger le respect plutôt qu’à répondre aux exigences des autres, de ne plus être un paillasson. Alors, s’il faut pour cela être une mégère, acceptons d’être des mégères. Si la liberté d’expression autorise les uns à dire des horreurs, alors qu’elle nous autorise aussi à leur dire merde, pour notre dignité, pour notre santé mentale ou parce qu’en effet, « le féminisme est l’idée radicale que les femmes sont des personnes ». Si nous devons faire de la pédagogie, alors choisissons à qui nous la destinons : à celleux qui ne nous prennent ni pour des marchepieds ni pour des distributeurs de cookies. Acceptons d’être des mégères, refusons d’être des paillassons.

    • Merci pour l’article sur Ms.Chung @aude_v

      In her message to the readers of April Magazine, Ms. Chung predicted that women would hold more power in the coming age. She further commented that many people had suffered brutality in the name of enlightenment, a Western doctrine of a male-dominated culture. In her opinion, we do not need enlightenment but ‘endarkenment’ instead to bring about peace and heal the world: hear the voice of the people who have been kept in the dark, and women of Asia, Africa, and South America. (In line with this endarkenment theory, Chung modified the meaning of her name from ‘Wise Light’ to the same Hangul sound yet different meaning ‘Dark Mirror’ when she became a full-fledged adult.)

      #endarkenment

    • @mad_meg Hello je suis l’autrice de l’article ! Les grands esprits se rencontrent on dirait ! Sans blague, ce consensus autour de l’opposition « mégère vs. paillasson (en galuchat ou non) » me ravit. :)

    • Bienvenue @kathy cool que tu sois venu sur seenthis. Il semble en effet que la mégère soit l’antithèse du paillasson. Si tu veux creusé la thématique mégèriste, les textes de Vilaine m’ont pas mal inspiré. Par exemple :
      http://www.commentpeutonetrefeministe.net/2016/04/08/hommes-feminisme-defaite
      et
      http://www.commentpeutonetrefeministe.net/2016/05/10/feminisme-hommes-pedagogie-viol-harcelement-militantisme

      le blog d’antisexisme, en particulier la partie sur l’impuissance comme idéal de beauté montre aussi cette opposition :
      https://antisexisme.net/category/limpuissance-comme-ideal-de-beaute
      et tout ce qui est ici sous le tag #mégèrisme pourrait te brancher
      je te recommande en particulier ce poste
      https://seenthis.net/messages/603843

      Gloire et pouvoir aux mégères :)
      –--------

      ps je viens de trouvé ce poéme de mégère

      Je suis une mégère

      Je suis une mégère, j’ai des coups de calcaire
      Après mon mari, souvent je m’énerve
      Comme moi, mon disjoncteur pète aussi les plombs
      Rien ne va dans la maison

      Heureusement mon époux est électricien
      Il est au courant pour tout réparer, c’est très bien
      Le fer à repasser n’arrive plus à se plier à mes exigences
      Il n’a plus ses vapeurs, mon mari le détartre en urgence

      Tout vieux, allergique à la poussière est mon aspirateur
      Je sais, encore lui !
      Jamais contente, « aller du balai » je dis
      Demain je le donne à un brocanteur ou à un ferrailleur, cela dépendra de mon humeur

      Je suis une méchante mégère
      Mon pauvre mari est ma bonne à tout faire
      Lorsque la pluie tombe en crachin
      C’est lui qui sort le chien

      Pour le ménage, je lui hurle de s’en occuper
      Pendant ce temps-là je regarde la télé
      Je l’ai tellement fait travailler, qu’il est épuisé
      Il est trop gentil, il me dit « le linge, je le repasserais »

      Après avoir regardé mon feuilleton favori « les feux de l’amour »
      Je vois le linge fripé qui est toujours dans la corbeille
      Mon mari est parti se coucher, il a sommeil
      Je le laisse se reposer, après le repassage, le jardin il faudra qui le labour

      Je suis une cruelle mégère, je ne fais que crier après mon mari
      J’aime bien lui faire peur, je lui dis « fait gaffes, j’ai affûtés les couteaux et planqué le fusil »
      Aie, aie, aie, malgré cela mon pauvre époux reste à mes côtés
      Je suis sa mégère qu’il n’a pas réussi à apprivoiser

      Véronique – le 30 mai 2013

      http://poemespetitevero91.centerblog.net/24-je-suis-une-megere

    • Citation & proverbe FEMINISTE - 12 citations et proverbes feministe
      https://dicocitations.lemonde.fr/citation.php?mot=feministe
      /imagescitations/citation_.png

      Je n’ai jamais réussi à définir le féminisme. Tout ce que je sais, c’est que les gens me traitent de féministe chaque fois que mon comportement ne permet plus de me confondre avec un paillasson ou une prostituée.

      Rebecca WestMr. Chesterton in Hysterics dans The Clarion (14 novembre 1913), republié dans The Young Rebecca : Écrits de Rebecca West, 1911-1917 (1982), p. 219. de Rebecca West

      Hé bien, voici une citation qui a été tronquée pour des raisons politiques. Quand on n’aime pas la citation d’une féministe, on la critique, on en trouve des mieux mais on ne la tronque pas, même si on trouve que la prostitution c’est génial et qu’on aime nos clients. Je n’apprécie pas non plus l’élément de comparaison, puisqu’avec le paillasson Rebecca West avait fait très fort, mais je suis un peu déçue par cette imposture.

      Encore une autre, révélée par les traductrices d’Emma Goldmann :

      If I can’t dance, it’s not my revolution

      c’est sympa mais c’est pas d’elle, la citation date des années 1970.
      #apocryphe


  • Yeun Lagadeuc-Ygouf : Être « allié des féministes » – Le blog de Christine Delphy
    https://christinedelphy.wordpress.com/2019/03/31/yeun-lagadeuc-ygouf-etre-allie-des-feministes
    Lien vers https://scenesdelavisquotidien.com.

    Je suis persuadé que tout homme qui remet en question sa place dans le patriarcat et cherche à faire changer la structure sociale doit s’habituer à sortir de son propre confort. L’inconfort de l’engagement proféministe a plusieurs dimensions mais il est bien évidemment mineur et ridicule pour les questions qui nous concernent ; à savoir les conditions de vie des femmes, qui rappelons-le consistent en de l’exploitation domestique, salariale, sexuelle, des violences, entre autres sexuelles, ou des meurtres. Ça ne se résout pas avec quelques politiciens qui, pour exprimer leur solidarité à une journée de luttes féministes, posent et « transgressent le genre » sur une affiche avec du rouge à lèvres.1

    Par un des éditeurs de Léo Thiers-Vidal.

    • Pire : le nombre de mecs qui te font croire que tu bénéficies de la grandiose opportunité de perdre ton temps à leur expliquer un truc alors qu’en fait ils te traitent comme une chose divertissante ou rigolote, un sparring partner pour tester leurs supers arguments ou une imbécile qu’ils auront vite fait de faire taire avec leur pine dans ta bouche (subtile méthode de drague : faire semblant de t’intéresser à l’autre). Alors qu’en fait ils te font perdre ton temps, tu le sais mais tu restes polie et tu continues à répondre gentiment.

      Nous ne devons pas chercher à obtenir des cours particuliers, alors même que les ressources qui remettent en question notre pouvoir sur les femmes sont publiquement accessibles.

      Mais, évidemment, il ne s’agit pas de consommer de la littérature, des conférences ou des podcasts, ni de s’enorgueillir de le faire. Il ne s’agit pas d’apprendre comme on étudie les plantes ou une espèce distincte de la nôtre ; de façon extérieure, distanciée. Nous faisons partie des problématiques que les féministes soulèvent. Comme l’ont montré les féministes matérialistes, les sexes ne sont pas des catégories naturelles, les classes de sexe n’existent pas en dehors de leur relation. Il y a un rapport dialectique entre le masculin et le féminin, entre la virilité et la féminité, entre les hommes et les femmes.

      #féminisme #proféministe #mecsplication

    • J’adore ce texte !

      Certains d’entre nous par exemple insisteront répétitivement pour être perçus comme d’abord dominé et exploité, par exemple par la norme hétérosexuelle ou par le capitalisme. D’autres diaboliseront certains groupes d’hommes pour se dédouaner des critiques les concernant, en pointant les masculinistes, les musulmans ou les « racailles des cités ». D’autres, spécialement dans la jeune gauche radicale ou libertaire4, choisiront la solution qui consiste à s’auto-désigner comme « non-binaire » ou « gender fluid », ou « ni homme ni femme », ou encore avec l’appellation floue de « trans ». Ayant découvert une nouvelle palette de possibles, via une certaine lecture du féminisme bénéfique pour eux, ils choisiront d’endosser quelques attributs féminins dans l’espoir d’être perçus comme non-dominant – cette « féminisation » ne me dérange absolument pas en soi, et je crois m’en être imprégné aussi, mais je ne pense pas que ce soit la direction la plus utile aux féministes. Par ailleurs, ce choix ne travaille pas le pouvoir et l’avantage social des hommes sur les femmes ; il en est même dans une certaine mesure l’expression.

      #queer #gender-fluid #déni

    • Merci à vous pour ces textes ! Je suis en train de boucler un livre chez Syllepses qui s’appelle La Conjuration des ego et dans lequel j’ai pas mal utilisé les références que vous transmettez. Malgré les « pas M. Murphy, elle est transphobe » des copines. Je suis souvent en désaccord avec le vocabulaire que vous traduisez pour parler de femmes trans et je pense même qu’elles vivent la même appropriation de leurs espaces par les pseudo trans fluides, que le front trans se fissure et qu’elles sont du même côté que les femmes féministes, du côté où le genre n’est pas un jeu et fait mal... Je ne vais pas boucler sans mentionner ce texte ci !


  • Tuto - Comment bien s’excuser par Les couilles sur la table
    https://soundcloud.com/lescouilles-podcast/tuto-comment-bien-sexcuser


    Comme l’affaire de la Ligue du LOL nous a montré que beaucoup ne semblaient pas capables de présenter leurs excuses correctement, Mélanie Wanga a concocté un petit tutoriel

    Je reposte à part.

    #proféministe #mauvaises_excuses #reconnaissance #audio


  • HYPOCRIZIE — Le #metoo de la pub n’aura pas lieu

    https://medium.com/@wtflapub/lundi-4-mars-le-journal-le-monde-balance-une-bombe-sur-le-secteur-de-la-pub-

    Lundi 4 mars, le journal Le Monde balance une bombe sur le secteur de la pub : harcèlement, #sexisme au quotidien et culture du Boys Club seraient la règle dans les agences cool. L’article, à charge, rappelle les plus belles heures des abattoirs version vidéo de L214. Alors ? Surchauffe des Slacks ? Annulation des commandes de petits fours surgelés des Grand Prix Strat’ ? Tweet de Pascal Nessim ? Non, pire encore : rien. Mais sérieux

    En préambule : ce billet est écrit grâce aux efforts conjugués de cinq publicitaires, femmes et hommes. Le propos n’est pas de faire un travail journalistique. Nous nous basons ici uniquement sur le travail du Monde, sur nos expériences respectives et sur les histoires glanées dans nos entourages. Ces faits exposés par le Monde servent de point de départ à la dénonciation d’un système. Car au-delà d’un cas particulier, c’est toute une industrie qui doit faire son #metoo.
    Le billet se déroule en 3 points :
    I : le résumé de l’affaire Herezie pour ceux qui seraient passés à côté
    II : un point sur ce qui pourrit la pub
    III : un tuto sur la manière de lutter contre les boys club au quotidien

    #femmes #travail #communication #marketing

    • En clair, les postes à fort “prestige moral et social” sont noyautés par les hommes. Welcome to the boys club. Et pour vous convaincre du caractère endémique de la chose, je vous rappellerai ces mots que prononce avec un grand sourire l’un des dirigeants d’une de ces “agences cool” :

      “J’évite d’embaucher des femmes, ça perturbe trop mes créas.”

      #discrimination, ça s’appelle, et le problème n’est peut-être pas l’employée potentielle mais le regard de merde qu’on pose sur elle...

      Très bon tuto pour #proféministe et lien vers une émission qui explique comment demander pardon.
      https://soundcloud.com/lescouilles-podcast/tuto-comment-bien-sexcuser

      Que pense Coca-Cola du fait d’être cité dans un article sur le harcèlement sexuel ?
      Que pensent les associations humanitaires collaborant avec Herezie de cet article ?
      Le jour où les patrons d’agence auront peur de perdre des budgets, ils n’embaucheront plus ces types dangereux. N’oublions pas que l’exemple cité par le Monde n’est qu’un exemple parmi des dizaines. Nous tous, publicitaires, connaissons les noms d’autres personnes, parfois plus prédatrices encore.

      Il suffirait de dire ce que tout le monde sait.

      Tout le monde sait, personne ne dit rien.


  • Les « mecs de gauche ». Réflexions sur nos amis dans l’ère #Me Too | Sylvie Tissot
    http://lmsi.net/Les-mecs-de-gauche

    #MeToo est comme une vague immense, qui ne cesse de se gonfler à partir des minuscules gouttes-d’eau-qui-font-déborder-le-vase, qui font qu’il n’est plus possible de se taire, que le spectacle d’hommes paradant dans leur coolitude, voire leur féminisme, à coup de rouge à lèvres comme D. Baupin, ou de ralliement bruyant et intéressé à la cause des femmes, est soudainement insupportable. Chacun ses moments. Source : Les mots sont importants

    • Les machos, c’est les autres : le beauf des campagnes, le musulman des banlieues, le bourge du 16ème arrondissement, les masculinistes organisés. Pas eux. La cause est entendue, quel plus beau remède au sexisme que le capital culturel. D’ailleurs n’ont-ils pas lu Judith Butler ?

      Un homme à qui je reprochais son comportement sexiste (sur l’estrade de l’amphithéâtre où il m’avait invité à parler de ma recherche, pour aussitôt commenter mon maquillage) s’est contenté de répondre : « Je ne suis pas comme ça, je suis complètement étranger à ça. »

      Leur feminist-friendliness ne tolère aucun questionnement. Les représailles sont immédiates.

      Du « je ne suis pas comme ça », à « ce n’était pas moi » ou encore « et toi t’es pas mieux », voire « c’est toi qui as une vue sexiste » (et « essentialiste » bien-sûr) : il y a très souvent un refus net et brutal, et parfois une disqualification en retour [2].

      Aveuglés par leur colère, ils ne comprenaient même pas qu’ils confortaient, par leurs fins de non-recevoir, par leurs réponses naïves (comme si on allait leur courir après !) et par leur bombage de torse, les mises en question dont ils faisaient l’objet. Je suis dominant et je le reste. Et j’ai raison.

      La fameuse idéologie win/win dont tant d’homme « radicaux » se gaussent, ils en sont en fait pétris. D’accord pour que les femmes conquièrent des droits, mais faisons ça en réformistes de bonne compagnie : tout le monde peut y gagner. D’ailleurs quand les hommes perdent, est-ce que les femmes n’en subissent pas, elles aussi, les conséquences ?

      Dans une conversation consacrée à la « grève du sexe » comme arme politique, un homme très de gauche explosa un jour de colère : « Mais les femmes se punissent elles-mêmes, c’est complètement con ! » (La punition par le manque de bite, quoi de plus horrible en effet). Si on lui avait fait valoir qu’un ouvrier gréviste se sanctionne lui-même en perdant des journées de salaire, sans doute aurait-il éclaté de rire.

      L’ère post #Me Too devrait être bénéfique pour tout le monde. Pourtant, comme le rappelait Christine Delphy, « les hommes ont à perdre ».

      Ce texte est super, c’est du vécu (le sien et le mien : #MeToo les accusations d’essentialisme par le lecteur de Butler).

      http://blog.ecologie-politique.eu/post/Un-profeminisme-toxique

      #proféministe #déni #distinction


  • Manon Garcia : « Le sexisme n’est pas le domaine réservé des réactionnaires »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/03/02/manon-garcia-le-sexisme-n-est-pas-le-domaine-reserve-des-reactionnaires_5430

    Dans On ne naît pas soumise, on le devient (Climats, 2018), réflexion menée à partir du travail pionnier de Simone de Beauvoir (1908-1986), dont elle réhabilite la puissance conceptuelle, la jeune philosophe Manon Garcia étudie les ressorts du consentement des femmes à la domination masculine.

    Pourquoi certaines femmes indépendantes sont-elles parfois complaisantes à l’égard de la « liberté d’importuner » et peut-on revendiquer l’égalité des sexes et attendre que les hommes fassent « le premier pas », se demande-t-elle ?

    Evitant l’écueil de l’essentialisme – les femmes seraient soumises par nature –, Manon Garcia développe une philosophie de l’émancipation féminine en étudiant « la façon dont les hiérarchies de genre dans la société façonnent les expériences des femmes ». Elle analyse pour Le Monde les raisons du sexisme des « boys clubs », notamment révélé par l’affaire de la Ligue du LOL.

    Le harcèlement des femmes sur les réseaux sociaux, orchestré par une petite caste de journalistes pour la plupart issus de rédactions dites « progressistes », est-il un nouveau type de domination masculine ou bien une déclinaison technique de celle-ci ?

    Non, il n’y a rien de nouveau dans cette histoire. Ce harcèlement sur les réseaux sociaux est une manifestation tout à fait classique de la domination masculine sous la forme de ce que l’on appelle la logique de « boys club ».

    Qu’il s’agisse des clubs anglais, de l’Automobile Club de France ou des groupes de messageries instantanées Slack dans lesquels seuls les hommes sont conviés, ce qui est en jeu est la construction d’un entre-soi d’hommes hétérosexuels blancs pour qui l’humour sexiste, raciste, grossophobe est une façon comme une autre de solidifier le sentiment d’appartenir à une élite.

    « Certaines femmes choisissent de ne pas résister à la domination masculine, d’être du côté des dominants, dans l’espoir d’échapper elles-mêmes au harcèlement »

    Certains se sont étonnés que les principales rédactions concernées soient progressistes, de Libération aux Inrocks en passant par Vice, mais ce n’est pas surprenant : les travaux universitaires sur le sexisme montrent que l’on a toujours tendance à croire que le sexiste, c’est l’autre.

    #paywall #sexisme


  • J’ai une question pour les camarades #proféministes sur ce que j’appelle la #guerre_des_accoudoirs. Hier encore j’ai passé quelques heures dans les transports à côté d’hommes qui s’étaient arrogé la jouissance de l’unique accoudoir entre nous. Pendant des années j’ai essayé de lutter, pensant que montrer que la femelle aussi est dotée de coudes était un acte de résistance utile. Aujourd’hui je ne demande plus qu’une chose, c’est que cette préséance, souvent masculine, sur l’accoudoir ne soit pas accompagnée d’un contact physique car je n’ai aucune envie d’être amoureusement blottie contre un inconnu qui déborde sur mon espace. D’autant que je n’ai pas 10 % de réduc pour un siège dont je dois laisser une part à un homme qui lui n’a pas une surcharge pour #manspreading. Hier j’ai signalé le débordement au monsieur, qui la deuxième fois m’a fait un « Oui, désolé mais peux pas faire autrement » sans doute sincère mais très mal informé et qui n’a rien changé à la situation.

    On peut ne pas déborder quand on prend l’accoudoir comme une limite entre l’espace de chacun.e. Comme moi je fais, comme font d’autres hommes. Il y a quelques années j’avais humilié un homme au cinéma en lui disant « Ne me touchez pas » à voix audible (il y avait une camarade féministe dans le rang derrière, #empowerment) parce qu’il me débordait dessus, il s’était piteusement défendu et était parti dès la première image du générique. L’homme de l’autre côté prouvait bien qu’on pouvait regarder le film en tout confort sans coller son bras à une inconnue. Sauf à considérer qu’on est dans son fauteuil à soi et qu’un contact physique prolongé imposé à autrui n’est pas pénible. Je continue avec quelques faits physiologiques : il m’est arrivé de subir le débordement d’un homme plutôt obèse et dont les bras débordaient de son siège, qu’il le veuille ou non. Mais trop souvent c’est une affaire de comportement. Moi même je fais plus de 90 kg pour une taille masculine standard et je ne déborde pas sur les gens quand il y a un accoudoir, je m’y contiens.

    Mes questions aux copains, et particulièrement ceux dont le corps prend de la place, c’est est ce que vous vous retrouvez parfois collés à d’autres passagères ou spectatrices ? Est ce que ça vous semble anodin ou est ce que vous faites attention à ne pas le faire ? Et surtout : quand vous êtes placé à côté d’un autre homme, celui ci privatise-t-il a priori l’accoudoir ou le laisse-t-il vacant ? Est ce qu’il y a des conflits qui peuvent surgir, latents ou effectifs, pour l’accoudoir ? Est ce que vous avez déjà identifié l’usage de l’accoudoir comme une prérogative masculine et/ou comme une prérogative de mâle dominant ?

    • C’est une prérogative de malotrus. Même quand on est un homme, on doit se battre avec ces malotrus pour les accoudoirs... et la place pour les jambes et les pieds, dans les trains... sans évoquer ceux qui mangent en toute décontraction, en mâchant la bouche ouverte. C’est du même registre je trouve. Ils sont seuls au monde, et rien ne peut leur faire penser qu’ils peuvent un tout petit peu importuner leurs voisin-e-s. Et évidemment, si ce sont des voisines, c’est encore moins gênant j’imagine, pour leur intellect de parasite...

    • Moi je suis tout petit et tout maigre, et surtout je déteste toucher des gens par inadvertance, quand c’est pas voulu. :D
      Alors je fais bien attention de pas frotter mes bras sur les voisin⋅es. C’est pareil en concert quand on danse, pourtant c’est la foule, on peut être super collé, mais j’essaye de ne jamais toucher les gens quand c’est encore possible.

      Pour les conflits oui, ça arrive au ciné ou dans le train. Généralement j’essaye de faire en sorte que l’accoudoir puisse être partagé car ça peut être long, des heures avec uniquement les bras à l’intérieur : soit je mets le bout de mon coude (et non tout le bras) vers le fond de l’accoudoir collé au dossier, ce qui laisse tout l’avant pour mon ou ma voisine. Soit l’inverse.

    • @biggrizzly, j’oubliais les jambes mais oui, avec les couilles aérées par un écartement à 90°, on touche sa voisine, évidemment...

      @rastapopoulos, en effet si on ne met que le coude, on peut partager. Ça m’est arrivé de finir comme ça avec des gens pas envahissants.

      Donc vous aussi, vous vivez la guerre des accoudoirs avec des mecs qui estiment que toute la place leur est due.

    • Aude, je te rassure, moi qui suis comme tu le sais bien arrondi, et gros consommateur d’avions, j’ai appris à me plier comme une chemise dans les avions à accoudoir unique il y a longtemps que j’ai perdu la guerre des accoudoirs - je n’arrive pas à réclamer ma légitime souveraineté sur la moitié d’un accoudoir :) - j’ai donc développé des techniques corporelles pour me « ramasser » et m’installer de sorte que je puisse me passer de m’accouder :) (et ne toucher personne).

    • Comme ci-dessus, je ne me bats pas pour l’accoudoir. Si je n’arrive pas à « négocier » un petit bout juste pour le coude, près du dossier, j’abandonne.

      Oui, il y a des voisins masculins qui n’hésitent pas à allonger la totalité de leur avant-bras sur la totalité de l’accoudoir et, pratiquement automatiquement, à déborder, donc. Je fais une tentative, maximum deux, se bornant à un léger contact pour revendiquer un bout, sans aller jusqu’à l’explicite.

      Tu as encore d’autres variantes : mon dernier trajet en TGV, bref car je faisais juste un saut de puce, le brave homme occupait la totalité d’un carré à lui tout seul, entre son sac posé sur un fauteuil, les dossiers étalés sur la table aux tablettes dépliées à côté de l’ordinateur et, monsieur, assis au téléphone,… J’ai fait mine de vouloir m’installer, lui, au tél. «  Attends, faut que je laisse une place,…  », fait mine de s’y mettre puis, préfère se diriger vers la plate-forme pour continuer tranquillement son coup de téléphone, genre «  j’travaille, moi, Monsieur !  ». J’ai (un peu…) hésité à m’installer à la place qu’il venait de quitter, puis suis allé à un autre siège. Il est alors revenu de la plate-forme, «  non, c’est bon !  » au tél. et pendant les 11 minutes du trajet a encore passé ou reçu de sa place (au moins) 2 autres coups de téléphone.

    • @reka et @simplicissimus, vous n’êtes pas féroces ! Je me demandais si entre hommes se jouait le même jeu d’indifférence à l’autre et de domination qui se joue dans le manspreading et on dirait que oui... Cette histoire d’espace n’est pas anodine et me fait penser aux travaux d’Édith Maruéjouls sur les garçons qui prennent plus de place en cour de récré, tout ça. Prendre de la place, de l’attention, des budgets aux dépens des autres, c’est une sale habitude.

      J’avoue que je suis moins pénible avec les femmes qui prennent un bout d’accoudoir et me touchent parce que ce sont des femmes, comme je laisserais un groupe de filles jouer au foot dans un lieu public et risquer de m’envoyer leur balle sur la gueule en trouvant ça (presque) chouette. Parce que la domination masculine (et le #mâle-alphisme) est une dimension cruciale de ces agaceries du quotidien.

    • Une autre situation vécue régulièrement. Dans les vestiaires des salles de sport. Le vestiaire que je fréquente, non-mixte, on a des bancs de 1 mètre de long environ.

      Tu as les hommes qui s’assoient dessus et on peut comme cela être à 3 pour par exemple mettre ses chaussettes... Et il y a ceux qui mettent leur sac dessus. Il y a pourtant le placard à côté. Mais il y a ces hommes qui mettent leur sac sur le banc. Puis qui vident le sac sur le banc. Et qui font leurs petites affaires. Ils occupent le banc autant qu’ils peuvent. Si tu as posé toi même quelques affaires dessus, tu as une chance de pouvoir préserver cet espace. Mais qu’il ne te prenne pas l’idée d’ôter tes affaires, la place ne resterait pas disponible bien longtemps.

      Tu as aussi le cas du quidam qui arrive en même temps que toi, et qui tire le banc vers lui, t’empêchant de fait de pouvoir en profiter.

    • Pour les jambes, quand tu fais plus d’1m95, chaque année tu ressens le rapprochement des sièges dans les avions - et la gène que tes targettes viennent empiéter sous le siège devant. Cela dit, pour prévenir la dichotomie que je vois émerger ici, s’il s’agit d’un homme, je ne me prive pas - partageons l’avion. Mais s’il s’agit d’une femme, je me brise littéralement les genoux.

      Un collègue me répète souvent qu’une fois dans le Sud (le grand Sud, j’entends), le miracle c’est que la bulle qui nous entoure ici dans le Nord disparait. On se frôle, on se pousse, on se touche, on fait avec la surpopulation latente qui ne va pas aller en s’améliorant.

      Je ne cherche pas à relativiser, ce serait mesquin. Je pense simplement qu’il serait bon de différencier deux comportements ici (au moins deux). Celui d’utiliser le prétexte de l’accoudoir pour profiter de la proximité des femmes, et celui de s’épandre sans même réaliser l’ampleur de l’espace occupé. Le conscient manège et l’inconsciente bêtise.

      Sans stipuler clairement cette différence, le sujet dévie, le bon vieux relativisme revient, le genre est effacé - comme il arrive bien souvent.

    • Je privilégie toujours l’accoudoir qui donne sur la fenêtre ou le couloir. Du coup, je penche certes mais l’autre, je m’en fous. Vous pouvez l’occuper :-)

    • Merci pour vos interventions, vous avez l’air de voisins sympa et corrects en comparaison avec les malotrus dont l’étalement est une des impolitesses. Je sais pas s’il y a des manspreaders qui s’imaginent que c’est agréable, ce contact tactile qu’eux trouvent agréable, pour la femme qui le subit...


  • Quelque chose de pourri dans la masculinité – Egalitaria
    https://egalitaria.fr/2019/02/13/quelque-chose-de-pourri-dans-la-masculinite

    Au-delà d’une possible réflexion sur la classe sociale (il y aurait sans doute des choses à dire sur les milieux privilégiés, sur le sentiment de toute-puissance et d’impunité qu’éprouve « l’élite » intellectuelle de la société), cette affaire est surtout l’occasion de réfléchir à la domination masculine et à la façon dont elle s’organise.

    À mon sens, l’affaire de la « ligue du LOL » met parfaitement en exergue la façon dont certains hommes utilisent l’oppression en bande organisée pour structurer une solidarité masculine qui leur permet :

    De renforcer leurs liens et leur sentiment d’appartenance, en se regroupant autour de « valeurs » communes
    De s’entraider pour gravir les échelons et monter dans la hiérarchie
    D’exclure tous ceux qui ne leur ressemblent pas, c’est-à-dire qui ne correspondent pas à une masculinité perçue comme représentant le « neutre » et l’universel. Et, ce faisant, de conserver leurs privilèges.

    Ce « boys club » permet donc aux hommes de se coopter, se promouvoir, se protéger, et bien sûr de monter dans la hiérarchie – un système particulièrement efficace, puisqu’il ne se fonde ni sur le mérite ni sur les compétences.

    Cette dynamique de groupe est particulièrement pernicieuse, puisqu’elle suggère qu’on ne peut devenir homme (et pas n’importe lequel : un homme, un vrai) qu’en exerçant une domination sur les autres. C’est cette virilité moutonnière, à la définition étroite et aux conséquences potentiellement destructrices qu’il faut aujourd’hui s’atteler à déconstruire.

    On a beaucoup parlé ces derniers temps de masculinité toxique, en se représentant cette dernière comme le fait d’une poignée de ploucs mal éduqués, biberonnés au foot, à la bière, au rap misogyne et à la castagne à la sortie des boites de nuit. Mais qu’on ne s’y trompe pas : celle-ci infuse aussi les milieux aisés, « intellectuels », éduqués, a priori ouverts d’esprit et sensibilisés aux questions de discriminations.

    La masculinité toxique, loin d’être nécessairement caricaturale, explicite et stéréotypée, avance donc aussi masquée sous les traits d’hommes progressistes, éveillés, voire même pro-féministes. Ne nous leurrons pas. Il en faut peu pour réveiller le sexisme latent, inoculé dès l’enfance. Il en faut peu pour que des hommes « normaux » se transforment en sentinelles médiocres de la domination masculine, le fiel aux lèvres et la volonté d’en découdre avec toutes celles et ceux qui aspirent aux mêmes chances, au même pouvoir, à la même considération qu’eux. Il en faut peu pour que l’effet de groupe, particulièrement fort lorsqu’il s’agit de « prouver » sa virilité, ne réveille les ardeurs misogynes de certains hommes.

    Je poste pour l’alerte sur la capacité des hommes de classes supérieures à déguiser leur sexisme, à condamner celui qu’expriment plus grossièrement d’autres hommes, chargés de tout le sexisme du monde et qui leur permettent même, quand ils sont assez malins, de se faire passer pour #proféministes (pratique sociale hautement distinctive).


  • Pourquoi l’affaire de la Ligue du LOL ne sort que maintenant | Slate.fr
    http://www.slate.fr/story/173526/ligue-du-lol-enquetes-medias-temoignages-victimes-mecanisme-harcelement

    Depuis, la situation a changé pour nombre de victimes. Thomas Messias est devenu un journaliste lui-même influent sur les réseaux sociaux, de même que sa compagne Lucile Bellan, elle aussi victime. « Avec 5.000 abonnés et des relations, c’est plus facile de se défendre », dit-il. Les victimes ont fini par se connaître, se reconnaître entre elles, se parler. Du moins, elles étaient moins isolées. Rompre cet isolement, savoir qu’il existe autour de soi une communauté de gens qui partagent le même destin, les mêmes convictions, a beaucoup aidé certaines personnes à parler. « Je me sens capable d’en parler aujourd’hui car je ne suis plus seule, qu’il y a enfin un groupe pour répondre à ce groupe », me dit Lula.

    Depuis quelques années, de nombreux collectifs féministes se sont créés. Ils organisent des événements où ces femmes, ces victimes, ont pu se rencontrer. Une association comme Prenons la une, lancée en 2014, a aussi participé à rompre l’isolement.

    #presse #harcèlement #ligue_du_lol

    • Je poste aussi ça, l’article de #Vincent_Glad qui aurait mis le feu aux poudres : le harceleur couvre impeccablement une affaire de... harcèlement.

      Procès Nadia Daam : la « revanche de la réalité » - Libération
      https://www.liberation.fr/debats/2018/07/06/proces-nadia-daam-la-revanche-de-la-realite_1664362

      Avant, on pouvait dire qu’on ne savait pas. Qu’on n’imaginait pas qu’un simple commentaire sur un forum puisse mener au tribunal. Qu’on ne soupçonnait pas qu’un jour, un juge nous demande d’expliquer mot par mot pourquoi on a écrit « la milf brunette, je lui remplis sa bouche de mon foutre ». Qu’on ne se figurait pas qu’une menace de mort ou de viol proférée sur Internet « pour faire le malin » pouvait avoir des conséquences concrètes sur la vie de la personne visée. « TintinDealer » et « QuatreCentTrois », condamnés mardi à six mois de prison avec sursis et 2 000 euros de dommages et intérêts par le tribunal de grande instance de Paris pour le harcèlement de la journaliste Nadia Daam, ont peut-être payé pour les autres, mais maintenant on sait.

      Dans ce texte fétichisé par la culture Internet, la règle 30 annonce ironiquement : « Il n’y a PAS de filles sur Internet. » Il y a bien sûr des filles sur Internet, mais c’est comme si elles ne comptaient pas, quand on est bien au chaud dans l’entre-soi masculin d’un forum de fans de jeux vidéo. Le procès Nadia Daam, c’est aussi le procès d’un web encore trop largement masculin.

      #proféministe (de merde)


  • Décolonisation dans les milieux culturels : polémiques ou violences ?
    https://www.franceculture.fr/emissions/signes-des-temps/decolonisation-dans-les-milieux-culturels-polemiques-ou-violences

    Le 29 Novembre dernier, l’hebdomadaire Le Point consacrait un dossier titré « Ceux qui poussent à la guerre civile » et s’en prenait à l’existence d’ un « marché identitaire » idéologique allant des nationalistes aux indigénistes et « décolonialistes ».

    Pièce maîtresse de ce dossier, une pétition de 80 intellectuels parmi lesquels Finkielkraut, Badinter, Mona Ozouf, Dominique Schnapper, dénonçait, je cite, « l’offensive du mouvement décolonial anti-Lumières et ses relais associatifs », dans les Universités, les salles de spectacles et les musées. Ce mouvement, écrivaient-ils, se livrait à « un détournement des combats pour l’émancipation individuelle et la liberté au profit d’une attaque frontale contre l’universalisme républicain. Les pétitionnaires donnaient l’exemple du séminaire « Genre, nation et laïcité » qui s’est tenu à la maison des sciences de l’homme en octobre dernier, l’obsession du combat pour le port du voile et pointaient la contradiction de militants décoloniaux dénonçant un « racisme d’état » tandis que certains d’entre eux réclament des subventions publiques pour continuer leur combat.

    Surtout, les signataires faisaient référence à une série de polémiques assez violentes qui secouent les milieux culturels et universitaires depuis quelques temps et dénonçaient un climat de chasse aux sorcières de la part des décoloniaux visant des historiens tels Sylvain Gouguenheim, Georges Bensoussan ou Marcel Gauchet, des sociologues tels Nathalie Heinich des écrivains tels Kamel Daoud, des spécialistes de littérature et de théâtre (Alexandre Gefen, Isabelle Barberis…)

    La situation est alarmante, concluaient-ils. Le pluralisme intellectuel est menacé. Nous appelons les autorités publiques et responsables d’institutions culturelles, mais aussi la magistrature, au ressaisissement. »

    Qu’en est-il ? Deux ans après la vague d’attentat et tandis que monte dans le pays une vague populiste que rien ne semble en effet endiguer, les milieux culturels sont-ils en proie eux aussi à des passions identitaires, ou tout ceci n’est-il que le produit de fantasmes d’une minorité élitiste ?

    #politiques_des_identités
    Pas pire.

    • Décolonisation dans les milieux culturels : polémiques ou violences ?

      Notez dans le titre une stylistique de commercial utilisé par les #VRP, c’est même la base de leur discours : entre ces deux merdes, vous préfèrez la rouge ou la verte ? Ici, mettre le lecteur dans l’obligation d’adopter une des deux alternatives, violences ou polémiques ?

      #soupe_aux_identitaires

    • C’était moins pire que ça, @touti, les gens arrivaient à débattre et Nacira Guénif n’est pas sectaire. Les deux mecs en face, plus inégal mais j’ai entendu des trucs pas inintéressants. Mais tu as raison, c’est le grand clivage, il faut prendre partie, surtout pas faire cette eau tiède qu’on appellerait en d’autres temps l’intelligence...

    • Quand même, cette histoire de Robert Lepage qui ne pense pas à caster des femmes de #peuples_autochtones alors que sa pièce les met en scène... ça me fait penser aux proféministes de @lan02 qui étaient trop occupés à écrire dans la revue et à faire écrire leurs frères couillus, y compris quand il s’agit de sorcières, pour penser à solliciter des meufs. Tout en se disant parfaitement #proféministes. Comment est-ce que ça a pu lui échapper, que les personnes qui ne sont pas blanches ont aussi des soucis de base, comme celui d’être recrutés pour des entreprises diverses par les personnes blanches qui ont le plus de pouvoir économique, y compris dans le monde merveilleux du spectacle ? Comment a-t-il pu oublier que les personnes autochtones n’ont pas besoin que de se voir plaintes mais aussi d’être acceptées dans l’ensemble de la société, scènes de théâtre comprises ? Enfin, c’est vraiment un luxe, de penser que la domination sur les autochtones n’a besoin que de son #indignation et pas de son activisme de tous les jours sur des sujets quotidiens et pragmatiques comme le travail et l’accès à. Merde, les gens ne sont pas que des prétextes à l’activiste des #belles_âmes !

      « Kanata » : Robert Lepage et Ariane Mnouchkine invitent la communauté autochtone au dialogue | Le Devoir
      https://www.ledevoir.com/culture/theatre/532491/robert-lepage-et-ariane-mnouchkine-invitent-la-communaute-autochtone-au-di

      Dans une lettre publiée par Le Devoir samedi, une vingtaine de personnalités autochtones ont dénoncé l’absence de comédiens issus de leurs nations parmi les 34 artistes à l’affiche de la pièce Kanata, qui se présente comme une relecture de « l’histoire du Canada à travers le prisme des rapports entre Blancs et Autochtones ».

      https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/532406/encore-une-fois-l-aventure-se-passera-sans-nous-les-autochtones

      « Robert Lepage n’a rien compris » | Spectacles et théâtre | Arts | Le Droit - Gatineau, Ottawa
      https://www.ledroit.com/arts/spectacles-et-theatre/-robert-lepagena-rien-compris--fa829ef47558e6542f9f259a19e68ad3

      Le Quotidien a profité du passage de l’artiste pluridisciplinaire dans la région pour lui demander son avis sur l’annulation de la pièce Kanata. D’abord prudente en la matière, avec ce qu’elle perçoit comme de l’obstination, de la part de Robert Lepage et de sa collègue française Ariane Mnouchkine, à ne pas vouloir inclure d’acteurs autochtones parmi la distribution de 34 comédiens, elle s’est ensuite lancée.

      « Robert Lepage n’a rien compris. Il ne voulait pas entendre ce que nous avions à dire et il pensait clairement que sa liberté de création primait sur nos droits. J’ai eu l’impression d’avoir affaire à un colonialiste de l’époque qui disait “oui, je vais vous écouter”, mais qui n’écoute rien au final » a-t-elle finalement lancé, tout d’un trait.

      Parce qu’au final, un proféministe qui s’empare du féminisme pour dire que ce qui compte, c’est ça et ça, il laisse de côté les sujets qui comptent vraiment pour les femmes et choisit ceux qui lui parlent le plus (et qui accessoirement ne vont pas trop le blesser ni le remettre en question, la vie est belle quand on est une belle âme). Et j’imagine que ça se passe pareil pour les Blanc·hes dont je suis quand ils et elles n’ont pas l’occasion de se faire sérieusement briefer par des personnes qui subissent racisme, discrimination et exploitation.

    • Le 29 Novembre dernier, l’hebdomadaire Le Point consacrait un dossier titré « Ceux qui poussent à la guerre civile » et s’en prenait à l’existence d’ un « marché identitaire » idéologique allant des nationalistes aux indigénistes et « décolonialistes ».

      Très "curieusement", il n’y a pas que Le Point. Par un heureux hasard, aux mêmes dates, le très de gôche Nouvel Observateur offre aussi une "enquête" intitulée : Les "décoloniaux" à l’assaut des universités (https://www.nouvelobs.com/societe/20181130.OBS6347/les-decoloniaux-a-l-assaut-des-universites.html)


  • La défense des juifs, ultime morale des pouvoirs que leurs peuples désavouent | Slate.fr
    http://www.slate.fr/story/171594/gilets-jaunes-antisemitisme-pretexte-pouvoir-vigilants

    par Claude Askolovitch

    La haine de la plèbe chez les bourgeois honnêtes m’a toujours amusé ; elle est une pensée décorative qui distrait de la peur, et comme ce pouvoir cède et cède encore à quiconque le menace, policiers en préavis de grève ou « gilets jaunes » qui répondent en brutes de bal populaire à la violence légitime de l’État, comme le président est allé plier le genou virtuel sur la pétition web d’une « gilet jaune » et lui a écrit que finalement, elle avait raison, les marcheurs dépités ont bien droit à un réconfort verbal. Ils se requinquent en stigmatisant l’antisémite, et n’auront pas peur de combattre les quenelliers ! Ah, les braves gens.

    Au demeurant, la quenelle est une saloperie. Mais, oserais-je, la quenelle des salopards n’est qu’un instant des « gilets jaunes », que seule l’acrimonie élitaire décrète signifiant.

    On aurait pu, a contrario, passer en boucle sur nos télévisions ces « gilets jaunes » savoyards qui s’enlaçaient sur « La foule » de Piaf, dans une scène douce et onirique, le soir où des gendarmes émus levaient leur barrage, et on aurait alors commenté leur ressemblance avec les occupants d’usines du Front populaire ? On aurait pu chanter la fraternité de ces veillées de Noël où des « gilets jaunes » se sont tenu chaud, et l’humanité émouvante de ces désormais plus que rien. Mais concernant le peuple ici et maintenant, spontanément, une bourgeoisie préfère voir la chemise brune sous le gilet jaune. Et je ne pourrais, juif, que m’en inquiéter.

    J’appelle ici « vigilants » ces femmes et ces hommes cultivés et engagés qui, je n’en doute pas, ne me veulent, juif, que du bien, et qui recherchent, cherchent encore et trouvent toujours –la haine est irréfutable– l’antisémitime qui rongerait le pays. Les vigilants sont des éclairagistes d’influence. Ce qu’ils sortent de l’ombre devient indiginité nationale. On ne saurait discuter leurs affolements qui, mis bout à bout, deviennent une lecture admise de la société. Les vigilants, cette saison, ont éclairé les « gilets jaunes » d’une lumière implacable.

    Avant les quenellards du samedi parisien, ils avaient ainsi mis à jour une banderole, photographiée dans le Rhône, qui attestait l’ambiance. On y lisait, en contrebas d’un barrage de « gilets jaunes », cette équation sordide et clairement anti-juive : « Macron = Drahi = Attali = Banques = Medias = Sion », les « s » étant calligraphiés façon nazie, les « a » suggérant un triangle franc-maçon. Indubitablement odieuse et fasciste, cette banderole fit florès. Pourtant, elle ne disait rien des barrages, ni de celles et ceux qui les tenaient.

    Le Progrès, 20 minutes ou l’AFP en firent justice dans des articles enquêtés. La banderole, saleté éphémère, n’avait été en place que peu de temps ; les « gilets jaunes » qui tenaient le barrage, l’ayant découverte, l’avaient détruite eux-mêmes. Elle ne venait pas d’eux. Elle était, cette banderole, l’œuvre de provocateurs malins, squatteurs pervers et anonymes d’un mouvement peu structuré.

    Mais –puissance de la vigilance et de la pulsion de bavardage de nos élites– la banderole, démontée, vécut avec une intensité rare et fut une tendance sur les réseau sociaux, la première preuve de l’antisémitisme des contestataires, avant la confirmation quenellarde, point d’orgue du « on le savait bien ».

    J’ai, juif, un point de vue sur les vigilants : ils m’enferment bien plus qu’ils ne me protègent, et travestissent bien plus qu’ils ne révèlent. Ils m’exposent à des combats dont je ne veux pas et dont je deviens le prétexte. Ils me singularisent, affolent ma mère et avec elles toutes celles et ceux, juifs, qui à force de matraquage pensent que toute l’actualité, encore et toujours, converge contre nous. C’est heureusement inexact, quand bien même nos paysages ne sont pas joyeux.

    Dans une France d’abandon et de rancœurs, de rumeurs et d’inquiétude, les crapuleries d’un Soral ou d’un Dieudonné peuvent se glisser en folklore sordide. Mais ce n’est pas l’antisémitisme qui mène ce bal, simplement l’envie de vulgarité qui anime les hommes que l’on oublie, et qui s’oublient.

    C’est triste pour la France, mais est-ce périlleux pour les juifs ? Ces malheureux idiots ne nous détestent pas de préférence, en dépit de leurs gourous, et il serait absurde d’entrer dans leur perversité et de la nourrir d’indignations forcées. La scène du Sacré-Cœur était laide bien avant d’être antisémite. Sans doute ne l’était-elle pas, et celle du métro, possiblement, pas davantage. De la viande bête, de la viande saoule, entonne un air vulgaire et reproduit un geste de pornographie politique.

    La vieille dame du métro n’a pas voulu porter plainte et conteste que les pochtrons imbéciles qu’elle avait chapitré ait prononcé des mots anti-juifs. Il n’y avait, pour nous juifs, pas grand-chose à dire ; on a dit pourtant, et c’est ici que je redoute un danger, si d’habitudes, de paresses, d’automatismes, de vigilance, de cynisme, on mobilisait l’offense faite aux juifs pour punir les « gilets jaunes », en les écrasant d’une épithète infâmante.

    Cela a commencé, cela a pris, le bavardage est le propre de la politique. C’est, manifestement, une méchanceté et un mensonge. Croit-on vraiment que sur les barrages, il n’y a pas de tendresse ni de beaux sentiments ? Croit-on que dans la foule, il n’est pas d’espérance ni d’humanité ?

    Mais on brosse à petites touches, de petits faits vrais mais choisis, un tableau sordide d’une France des provinces lumpenisée et trumpisée, perméable au complotisme, acquise à l’antisémitisme, mue par la haine de l’élite et des Rothschild qui furent les patrons de Macron, et tout, alors, serait limpide, et tout serait plié.

    Que l’on prenne garde : ce discours est performatif plus que descriptif. Il ne raconte pas le mouvement, mais l’emprisonne et peut le remodeler. Il anticipe ce qui n’est pas et n’a pas lieu d’être, mais qui sait ? Il fabriquera l’horreur, s’il apparaît qu’effectivement, la question juive est le prétexte des gouvernants contre les réfractaires, si pour disperser cette révolte qui l’empoisse, les beaux chevaliers de la forteresse assiégée du pouvoir m’empoignent, moi, juif, et m’utilisent comme leur arme suprême, me jettent à la figure des enragés. La haine, alors, viendra.

    L’antisémitisme n’est pas une vue de l’esprit. Il existe dans les replis de notre société, blesse et parfois tue. Mais il n’est qu’une violence minoritaire, marginale et condamnée –et instrumentalisée aussi bien. L’antisémitisme est cette aubaine que la vigilance offre aux gouvernants en souci. Nous y sommes, exactement. Pris en flagrant délit de mépris puis de reculade, le pouvoir –ses hérauts– s’oublie et se grise de vertu, tel un doux ivrogne qui chasse ses faiblesses dans la dive bouteille.

    Soyons clairs, ici. Les juifs français, une poignée de centaines de milliers d’individus citoyens, ne participent pas à cette construction. On la leur amène, on la leur impose, on les y enferme, dans les façons des vigilants, dans la complaisance des politiques à nous témoigner des sollicitudes, et chacun se félicite d’une si bonne entente.

    Tout ceci est humain et parfois de bonne compagnie, mais pas exempt de danger ni de folies. Depuis des années –la montée des actes antisémites en attestait–, on expliquait aux juifs et à propos des juifs que l’islamiste, le musulman, l’immigré par extension, le migrant, l’homme de la banlieue islamisée et ensauvagée, était l’ennemi du juif comme de la République, et l’ennemi des ensauvagés était notre gardien.

    Les vigilants cultivaient la bourgeoisie libérale et d’autorité, qu’elle fut socialiste ou de l’ex-UMP. D’autres allaient plus loin et, avec une certaine logique, affirmaient que face à l’ennemi, les juifs devaient résolument pencher à droite, le plus à droite possible, et devenir avec le triste Zemmour et le joyeux Goldnadel les flancs-gardes des Le Pen, Wauquiez ou Dupont-Aignan, car les ennemis de mes ennemis sont mes amis, comme dirait Benyamin Netanyahou, qui préfère Orbán et Bolsonaro au juif cosmopolite Soros et aux mollassons démocrates. Nous ne jouions plus Crémieux puis Lacoste, si l’on parlait de l’Algérie, mais l’OAS ; il fallait bien cela pour nous épargner l’islam et ses ensauvagés des cités, nos repoussoirs communs.

    Ils brossent, ces vigilants, le tableau d’une France dont Soral rêverait, qui n’existe pas mais qu’il fabriquent de leur jactance, que des médias de Panurge prolongent et que des politiques sans structure entérinent.

    Je devrais, juif, éviter aussi bien la Somme que la Seine-Saint-Denis, redouter Trappes comme Carcassonne. Je devrais, dans une terre qui a oublié mon martyre, me résigner à ne vivre qu’à l’amitié des riches, des puissants et des cyniques, et accepter, pour mon bien, que mon histoire serve à repousser le musulman comme le « gilet jaune », que certains ici veulent traiter en ennemi.

    Tariq Ramadan d’un côté, la quenelle de l’autre, les épouvantails à juifs quadrilleraient le territoire, et seul le pouvoir, seuls les possédants, seuls les libéraux, seuls les macronistes, seuls ceux qui possèdent le monde, pourraient me tolérer.

    Réalise-t-on –je parle en juif et en républicain– ce que portent ces logiques susurrées, instillées, admises, commentées et retweetées ? Rarement la vérité simple d’un pays aura été niée à ce point par un discours prétendu vertueux –et j’en serais, juif, l’objet, et ils en sont, les vigilants, coupables.

    Réalise-t-on pourtant quel malheur nous préparons –je parle en juif–, si venons à penser que dans notre pays, seuls les riches nous agréeraient, si nous oublions que ce peuple mal embouché nous cacha, jadis, quand les élites prêtaient serment à Pétain ?

    Pouvons-nous, juifs, vivre heureux en France dans l’idée que le peuple nous rejette, si nous participons ensuite à son humiliation, et si nous consentons aux opportunismes des politiques et aux manipultions des vigilants ? Nos ancêtres, sous l’autocrate russe, savaient être tolstoïens et ne haïssaient pas le moujik au prétexte des progromes, pourtant réels ceux-là.

    Posons pour finir. Nul ne prétend que le pays est simple, ou la période.

    Nul ne prétend que le mouvement baptisé « gilets jaunes » est exempt de laideurs populacières, qui s’entremêlent aux insurrections populaires.

    Nul ne croit que Dieudonné ou Soral sont des illusions.

    Nul le croit que les peuples sont commodes, et joyeux les dilemmes des juifs.

    Nul ne pense qu’il est facile d’être de gauche au Royaume-Uni, quand Jeremy Corbyn, ayant rendu le Labour aux masses, grasseye le plus stupide des tiers-mondismes et, croyant aimer la Palestine, autorise le malheur des vieux juifs du travaillisme.

    Nul ne pense qu’il est pimpant de se vouloir insoumis, quand le populaire François Ruffin fait résonner des thèmes étranges et ne veut pas comprendre qu’Étienne Chouard, complotiste et un temps soralien, n’est plus de son monde. Mais s’il l’était ? Et de cette question, je suis, comme d’autres, et en dépit de moi, contaminé.

    #Antisémitisme #Manipulation #Médias #Gilets_jaunes

    • Je ne peux pas dire que je suive de très près l’actualité, je crois qu’au contraire j’ai pris de très mauvaises bonnes habitudes en 2016-2016 en décidant de tout ignorer de la catastrophe électorale en cours alors, mais lors de mes exercices de dyslexie créative, j’ai bien vu passer un article ou l’autre à propos de ces incidents antisémites relatifs aux gilets jaunes (qu’on met toujours entre guillemets dans Le Monde, comme si la chose était salissante), et j’ai été surpris de ma propre réaction, je me suis dit, ah ben tiens comme c’est curieux, l’antisémitisme comme dernière cartouche du discrédit et puis de vieux réflexes plus prudents m’ont dit que sans doute il fallait que je fasse un choix sur cette affaire, soit je me documentais, j’essayais d’en savoir un peu plus sur le sujet pour me forger une opinion qui soit un peu plus qu’une réaction, soit je retournais dans mon garage faire de l’html avec des bouts de trucs à moi et je décidais de n’en rien penser, j’ai choisi, évidemment, la deuxième solution. Et puis je tombe sur cet article dans mon fil de seenthis et j’en suis drôlement reconnaissant à Claude Askolovitch qui confirme bien ce que je pensais tout bas, le tout en continuant de jouer dans mon garage.

    • J’ai, juif, un point de vue sur les vigilants : ils m’enferment bien plus qu’ils ne me protègent, et travestissent bien plus qu’ils ne révèlent. Ils m’exposent à des combats dont je ne veux pas et dont je deviens le prétexte.

      L’antisémitisme n’est pas une vue de l’esprit. Il existe dans les replis de notre société, blesse et parfois tue. Mais il n’est qu’une violence minoritaire, marginale et condamnée –et instrumentalisée aussi bien. L’antisémitisme est cette aubaine que la vigilance offre aux gouvernants en souci. Nous y sommes, exactement. Pris en flagrant délit de mépris puis de reculade, le pouvoir –ses hérauts– s’oublie et se grise de vertu, tel un doux ivrogne qui chasse ses faiblesses dans la dive bouteille.

      Soyons clairs, ici. Les juifs français, une poignée de centaines de milliers d’individus citoyens, ne participent pas à cette construction. On la leur amène, on la leur impose, on les y enferme, dans les façons des vigilants, dans la complaisance des politiques à nous témoigner des sollicitudes, et chacun se félicite d’une si bonne entente.

    • Ça y est, j’ai trouvé le tag approprié : #belles_âmes. Les belles âmes, ce sont ces personnes qui poussent les agendas de personnes minorisées ou discriminées ou exploitées ou invisibilisées. Que l’on gratte un peu et l’on devine parfois, derrière le plaisir d’être une belle âme et de se distinguer des âmes laides, certains intérêts (mal)habilement dissimulés.

      (C’est le problème des #proféministes qui utilisent leur anti-sexisme pour se faire valoir, voire pour expliquer que le féminisme devrait faire ci ou ça mais pas les emmerder, eux qui ont une si belle âme.)

      Ben là ça ne sert qu’un #mépris_de_classe et un renvoi de toutes les initiatives pour remettre en cause la marche de la France (néolibéralisme, montée des inégalités et prédation du bien public par une caste de dirigeants pour la plupart de culture catholique) dans le camp de l’ennemi public attaché à détruire « nos » valeurs.



  • A Sociologist Examines the “White Fragility” That Prevents White Americans from Confronting Racism | The New Yorker
    https://www.newyorker.com/books/page-turner/a-sociologist-examines-the-white-fragility-that-prevents-white-americans-

    In more than twenty years of running diversity-training and cultural-competency workshops for American companies, the academic and educator Robin DiAngelo has noticed that white people are sensationally, histrionically bad at discussing racism. Like waves on sand, their reactions form predictable patterns: they will insist that they “were taught to treat everyone the same,” that they are “color-blind,” that they “don’t care if you are pink, purple, or polka-dotted.” They will point to friends and family members of color, a history of civil-rights activism, or a more “salient” issue, such as class or gender. They will shout and bluster. They will cry. In 2011, DiAngelo coined the term “white fragility” to describe the disbelieving defensiveness that white people exhibit when their ideas about race and racism are challenged—and particularly when they feel implicated in white supremacy. Why, she wondered, did her feedback prompt such resistance, as if the mention of racism were more offensive than the fact or practice of it?

    She finds that the social costs for a black person in awakening the sleeping dragon of white fragility often prove so high that many black people don’t risk pointing out discrimination when they see it. And the expectation of “white solidarity”—white people will forbear from correcting each other’s racial missteps, to preserve the peace—makes genuine allyship elusive. White fragility holds racism in place.

    “Color blindness,” the argument that race shouldn’t matter, prevents us from grappling with how it does.

    To be perceived as an individual, to not be associated with anything negative because of your skin color, she notes, is a privilege largely afforded to white people; although most school shooters, domestic terrorists, and rapists in the United States are white, it is rare to see a white man on the street reduced to a stereotype.

    “The most effective adaptation of racism over time,” DiAngelo claims, “is the idea that racism is conscious bias held by mean people.” This “good/bad binary,” positing a world of evil racists and compassionate non-racists, is itself a racist construct, eliding systemic injustice and imbuing racism with such shattering moral meaning that white people, especially progressives, cannot bear to face their collusion in it. (Pause on that, white reader. You may have subconsciously developed your strong negative feelings about racism in order to escape having to help dismantle it.)

    The book is more diagnostic than solutions-oriented, and the guidelines it offers toward the end—listen, don’t center yourself, get educated, think about your responses and what role they play—won’t shock any nervous systems.

    And yet, they often do. Si j’en crois mon intuition que nous les meufs avons un problème assez semblable avec les #proféministes.
    #racisme #privilège #préjugé


  • Man Who Has It All on workplace discrimination, staying sexy, and maintaining a healthy marriage while being a dad
    https://www.feministcurrent.com/2018/02/20/man-workplace-discrimination-staying-sexy-maintaining-healthy-marri

    MM: Men have a reputation of being oversensitive, and sometimes working in female-dominated workplaces can be tough — female humour, sports talk, objectifying comments about penises can make men feel uncomfortable, and the way women communicate can often be straightforward in a way that sounds harsh to male ears. How do you keep your emotions in check in the boardroom?

    MWHIA: It’s tough. My boss says I take myself too seriously. When she joked that I should get my penis out in a team meeting so “we can all have a good laugh,” I didn’t realize it was supposed to be funny. I felt very uncomfortable; but as my wife says, I can’t complain because men in other countries have it worse.

    I sometimes wish she would do more housework, but she just happens not to be very good at organizing, cooking, meal planning, ironing, tidying, cleaning, shopping, laundry, childcare, changing bed linen, taking the kids to the doctor, booking holidays, gift-buying, helping out at school, making friends with other mums, or emotional labour. We play to our strengths. We both work full-time, but she puts the bins out which, as she reminds me, is a weekly job.

    #lol


  • Après la révélation de son passé d’agresseur sexuel, le fondateur de la marque Feminist Apparel vire toute son équipe

    Feminist Apparel CEO Fires Entire Staff After They Learn He’s An Admitted Sexual Abuser
    https://www.refinery29.com/2018/07/203982/feminist-apparel-ceo-alan-martofel-fires-staff

    The response echos something many of the former employees have pointed out: Martofel’s ignorance about what it means to be an ally. Many claim that he centered the company’s feminist pursuits around himself, often putting his opinions first and ignoring the requests and advice of people of color, queer people, and survivors, including in campaigns geared towards those groups.
    “I feel like with many brands of allyship, there is an enormous miscommunication over who should be given voice. Alan seemed to feel that his voice should come first,” says Claire Quigley, who was a graphic designer at the company until the firing.“The strongest way to be an ally would be to NOT profit from feminism or survivors of sexual assault,” says Grogan.

    #masculinité_toxique


  • #Robert_Jensen : Les hommes sont socialisés à se considérer comme dominants (interview)
    http://tradfem.wordpress.com/2018/01/28/robert-jensen-les-hommes-sont-socialises-a-se-considerer-comme-do

    Qu’est-ce qui vous a d’abord intéressé au féminisme ?
    J’ai commencé à lire des activistes et des intellectuelles féministes quand je suis retourné faire des études supérieures en 1988. J’avais 30 ans. À ce moment-là, je ne savais rien du féminisme. En fait, j’avais été entraîné, comme la plupart des hommes, à en avoir peur. Mais quand j’ai commencé à lire ces textes, j’en ai trouvé la clarté très convaincante. Mon premier point d’entrée dans le féminisme a été sa critique de la pornographie. Comme la plupart des hommes de notre culture, je m’étais débattu contre ma propre utilisation de matériaux pornographiques. Tout d’un coup, voilà qu’arrivait une analyse parfaitement logique et qui non seulement expliquait le rejet de la pornographie par les femmes, mais m’aidait également à me comprendre en tant qu’homme.

    Comment cela vous a-t-il aidé à mieux vous comprendre ?
    Les hommes sont socialisés à se considérer comme dominants. Et cette attitude s’accompagne de certains avantages à court terme. Nous obtenons les meilleurs emplois. Mais c’est une façon très contraignante de vivre. La masculinité est définie comme la domination et le contrôle. Votre capacité d’empathie est réduite. Le féminisme m’a aidé à comprendre les limites que la masculinité m’imposait.

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : http://www.thehindu.com/books/books-authors/interview-with-journalism-professor-robert-jensen/article22509093.ece

    Robert Jensen est l’auteur de différents ouvrages dont The end of patriarchy

    #proféministe #prostitution #capitalisme #masculinité


  • #Robert_Jensen : Au-delà des gentils et des méchants.
    https://tradfem.wordpress.com/2017/11/07/au-dela-des-gentils-et-des-mechants

    Je ne suis pas aussi violent que le producteur ciné Harvey Weinstein, ni aussi narcissique que l’animateur télé Bill O’Reilly. Je suis plus respectueux envers les femmes que le président Donald Trump, et pas aussi tordu que le politicien Anthony Weiner.

    S’il faut en juger par les normes établies par ces hommes qui encourent aujourd’hui la réprobation générale, la plupart d’entre nous les hommes semblons presque être des saints, et là se situe un danger. La divulgation publique du comportement de ces hommes – qu’il s’agisse d’offenses routinières ou de crimes occasionnels – est une excellente chose, et toutes les personnes à avoir été harcelées ou violées devraient continuer à le dire haut et fort.

    Mais nous ne devrions pas laisser les cas les plus flagrants faire déraper l’analyse de la façon dont un large éventail de comportements sexuels masculins intrusifs et violents envers les femmes (ainsi qu’envers les filles, les garçons et les hommes vulnérables) sont à ce point imbriqués dans le tissu quotidien de la vie dans une société patriarcale que ces intrusions et ces violences sont souvent invisible pour les hommes.

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : http://www.feministcurrent.com/2017/11/06/good-guys-bad-guys
    #proféministe #violences_masculines #Donald_Trump #Harvey_Weinstein #feminist_current


  • Les hommes proféministes : compagnons de route ou faux amis – Recherches féministes – Érudit
    http://www.erudit.org/fr/revues/rf/2008-v21-n1-rf2309/018314ar

    Quelles raisons peuvent mener un homme à se dire proféministe et que peut-il faire pour aider le mouvement féministe ? Voilà les deux questions discutées ici. J’entends proposer pour les hommes proféministes de pratiquer le contraire de l’empowerment (ou autonomisation), soit le disempowerment, c’est-à-dire une (auto)réduction du pouvoir individuel et collectif qu’exercent les hommes sur les femmes, et un (auto)positionnement d’auxiliaire par rapport aux féministes. (...) La rhétorique qui consiste à prétendre que les hommes ont tout à gagner du féminisme passe sous silence que le renversement même partiel d’un système de domination est un processus politique qui implique nécessairement des perdants et des gagnantes. Les hommes jouissent en général dans le système patriarcal d’une vie stimulante et enrichissante (dans tous les sens du mot) et d’une grande autonomie politique. L’égalité suppose que les hommes perdent leurs privilèges, leur position de dominant et les possibilités d’exploiter des femmes individuellement et collectivement. C’est certainement pour cela qu’il y a si peu d’hommes proféministes, même parmi ceux qui se disent « progressistes », et que des hommes proféministes sont si souvent confrontés par des féministes qui leur reprochent leurs incohérences ou leurs trahisons. Parce que le féminisme implique des pertes réelles pour les hommes en général aussi bien que pour les hommes proféministes, ces derniers risquent toujours de reconsidérer leur engagement #proféministe et d’abandonner le processus de disempowerment. Ils peuvent même choisir de passer dans le camp antiféministe au gré des situations et des rapports de force. L’homme proféministe à l’heure actuelle sait d’ailleurs plus ou moins consciemment que, malgré les concessions qu’il accepte de faire face aux féministes qui le confrontent, il continuera de profiter de son statut de mâle dans la plupart de ses sphères d’activité – et même dans ses relations intimes avec des féministes – tant qu’il n’y aura pas une victoire totale des féministes contre le #patriarcat, ce qui a peu de probabilités de survenir de son vivant.

    #féminisme

    • Le problème de cet extrait est qu’il ne définit pas ce qu’est ou pourrait être un gain obtenu par le « disempowerment ». Il y a certes perte, et ceci est nécessaire, mais quel est le gain qui mériterait que des hommes soutiennent le mouvement féministe (et non pas y participent, le risque de le dénaturer serait trop grand).
      Je me souviens de mon beau-père me voyant changer mon bébé avec ce plaisir immense d’une relation directe dans un échange par le sourire, par les yeux, par la douceur de cet accordage que permet le soin aux bébés, et me dire « Hervé, quand je te vois, je sens que j’ai raté quelque chose ». Et ce revirement existe pour plein d’activités quotidiennes, y compris l’activité sexuelle : donner la jouissance est plus fort que de la prendre.
      Moins de pouvoir, moins de facilités, c’est aussi plus de vie et plus de bonheur. Je ne dirais jamais assez merci au mouvement féministe de me l’avoir montré.
      Mais c’est évidemment là une réaction individuelle, que j’espère nous sommes nombreux, et de plus en plus, à partager... et non la dynamique du « système patriarcal » qui, elle, est faite de violence permanente et qui doit être perdant et vaincu.C’est en distinguant les acteurs du système dans lequel ils sont enfermés que des brèches peuvent s’ouvrir...c’est d’ailleurs une des grandes leçons politiques du féminisme : le gain doit pouvoir se mesurer ici et maintenant, dans la vie quotidienne.


  • #Mickey_Z : Rien ne changera tant que nous refuserons de NOMMER LE PROBLÈME.
    https://scenesdelavisquotidien.com/2017/07/09/mickey-z-rien-de-changera-tant-que-nous-refuserons-de-nommer

    [Avertissement : Cet article traite de violences graves]

    Nous lui donnons toutes sortes de noms. Des noms comme la violence, la guerre, le terrorisme et l’oppression …

    MAIS :

    Ce sont des hommes qui sont responsables de 90% des agressions violentes, de 95% de la violence au foyer et entre partenaires et aussi de 95% des sévices sexuels sur enfants.

    Des hommes déchirent des poules vivantes pour ensuite les agresser sexuellement.

    Un homme comme Frank Yeager dresse une liste de 200 cibles – des femmes agents immobiliers qu’il envisageait de violer – parce que, comme il l’a dit, « j’aime vraiment la chasse ».

    Des femmes comme celle-ci sont violées et victimes de traite dès l’âge de 7 ans.

    Des hommes prennent plaisir et fierté à retirer leur préservatif au moment de rapports sexuels.

    Les femmes de la Caroline du Nord ne peuvent légalement mettre fin à un rapport sexuel une fois celui-ci entamé.

    Des poupées sexuelles infantiles (sic) de la taille de fillettes de 3 ans se vendent comme des petits pains dans le monde entier.

    Un homme de 32 ans, Benjamin Taylor, vient de violer et assassiner la fillette de 9 mois de son amie.

    Nous nous accrochons à des euphémismes comme : le fascisme, le communisme, le capitalisme, le libertarisme, le totalitarisme, le socialisme, etc.

    MAIS :

    Les hommes s’accaparent ouvertement les idées et les réalisations des femmes et les revendiquent comme étant les leurs.

    Des hommes vont violer en bande une femme et assassiner son bébé.

    Un homme va coller les parties génitales de son épouse sous prétexte qu’elle a « aimé » un message Facebook, et il s’en sort avec une amende de 10$.

    La culture du viol est tellement normalisée que des hommes diffusent des viols en direct sur Internet.

    Un homme nommé Richard Paterson peut tuer son amie et prétendre qu’elle s’est « accidentellement » étouffée avec son pénis durant une fellation.

    Que l’on parle d’homicide involontaire, de situation compréhensible ou de peine capitale, c’est idéalisé comme un divertissement…

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : http://worldnewstrust.com/there-will-be-no-progress-until-we-name-the-problem-mickey-z

    Mickey Z. est le fondateur de l’organisme Helping Homeless Women – NYC, qui offre un soutien direct aux femmes de la rue à New York.

    #violences_masculines #proféministes #agir


  • #Octavio_Salazar : Rafael Hernando - l’homme que nous ne devrions pas être.
    https://tradfem.wordpress.com/2017/07/02/rafael-hernando-lhomme-que-nous-ne-devrions-pas-etre


    À chaque fois que dans des journées de débats surgit l’interrogation «  que signifient les “nouvelles masculinités”  ?  » — un terme que je rejette car il est de ceux qui ne dépassent pas le politiquement correct et qui, dans ce cas précis, fait même le jeu du patriarcat —, il m’est très difficile de préciser en quoi consiste le fait d’être un homme «  nouveau  ». Il est en revanche beaucoup plus facile, comme dans tant d’autres débats complexes, de spécifier ce qui en tous cas ne devrait pas faire partie d’une nouvelle compréhension de la virilité, enfin délestée des fardeaux machistes et disposée à emprunter des voies qui permettront d’atteindre l’égalité entre les femmes et les hommes. Dans ce sens, il est très didactique d’utiliser des référents de la vie publique pour signaler ce que justement ne devrait pas être un homme du XXIe siècle. Ce territoire, celui de la vie publique, est encore aujourd’hui presque entièrement peuplé d’individus qui portent confortablement le costume de la «  masculinité hégémonique  » et qui, logiquement, sont ravis d’être la partie privilégiée du contrat entre femmes et hommes.

    On peut extraire deux conséquences positives du débat qui a eu lieu au Congrès des députés il y a quelques jours dans le cadre de la motion de censure présentée par Unidos Podemos contre le gouvernement de Mariano Rajoy (Parti Populaire — PP). La première, c’est de confirmer à quel point le Parlement a besoin de voix catégoriquement féministes comme celle d’#Irene_Montero (1). La seconde, c’est le magnifique exemple qu’une fois de plus nous a offert le porte-parole du groupe parlementaire du PP, Rafael Hernando, à propos du type de mâle qui ne devrait pas appartenir à la vie publique et qu’aucun jeune ne devrait essayer d’imiter.

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : http://www.eldiario.es/tribunaabierta/Rafael-Hernando-hombre-deberiamos_6_655194519.html

    Octavio Salazar Benítez est un #proféministe espagnol, professeur de Droit constitutionnel à l’Université de Cordoue. Vous pouvez consulter son blog ici : http://lashoras-octavio.blogspot.com.es

    #Espagne #vie_politique #machisme #misogynie


  • [infokiosques.net] - Si on se touchait ?
    https://infokiosques.net/lire.php?id_article=1413

    Je suis un homme cissexuel [1], blanc, avec des papiers français, presque la trentaine, hétérosexuel, valide, avec une formation universitaire relativement élevée, issu d’une famille bourgeoise de gauche et qui joue parfois avec son apparence de genre.

    Si ces deux textes m’ont touché c’est parce qu’ils portent sur deux thèmes de réflexion qui m’accompagnent beaucoup ces derniers temps.

    Le premier, Les hommes #proféministes et leurs ami.e.s, essaye de comprendre pourquoi les hommes hétérosexuels ayant des réflexions féministes n’arrivent à entretenir, majoritairement, des relations amicales sincères, sensuelles, confiantes et intimes qu’avec des femmes. Je me retrouve beaucoup là-dedans, même si je ne me définis pas comme proféministe. Il m’est rarement arrivé dans ma vie de vivre des relations d’amitié intense avec d’autres garçons et je cherche toujours à comprendre pourquoi (même si je sais en partie) et surtout comment changer cela.

    Le second, A genoux : connaissance charnelle, dissolution masculine, faire du #féminisme, parle d’#hétéronormativité et de désir. Il utilise les concepts de déterritorialisation, puissance et pouvoir de Deleuze et Guattarri et les applique au corps des hommes. Pourquoi cherchons-nous si souvent à conquérir l’espace, prendre de la place, tout en nous protégeant constamment contre les attaques, en fermant notre corps ? Pourquoi avons-nous si peur de la pénétration ? Pourquoi ai-je vécu l’extrême majorité de ma vie sexuelle hétéro sans même imaginer que je pouvais être attiré par d’autres hommes ? Comment atteindre le désir féministe ?

    Sans toujours en parler explicitement, ces textes proposent tous les deux des pistes particulières par rapport à la place des hommes dans les luttes contre le #patriarcat. Plutôt que de se demander si et comment un homme pourrait être féministe, ou si un oppresseur peut participer aux luttes des individus qu’il opprime (ce qui reste une bonne question), ils proposent que les hommes ne soient plus seulement des soutiens aux luttes féministes mais travaillent sur leurs relations au sein de leur #classe de genre. En dehors des propositions de #déconstruction de l’#éducation genrée masculine, peu de mecs prônent aussi ça. J’ai moi-même longtemps plus travaillé sur mon rapport aux femmes, sur comment je peux prendre de la place, comment je rabaisse mes copines, comment je fais pas toujours gaffe au #consentement, comment je profite parfois de mes #privilèges sans m’en rendre compte, etc., sans réfléchir à pourquoi je trainais surtout avec des non-hommes et me sentais plus à l’aise en leur compagnie. C’est sûr qu’il ne faut pas arrêter de se poser ces questions. Mais j’ai de plus en plus le sentiment que de soutenir les copines dans leurs luttes (quotidiennes ou non) en participant à des groupes de réflexion et d’action en #mixité, est nécessaire mais pas suffisant. Il faut aussi qu’entre personnes construites comme oppresseurs (par exemple par la non-mixité), on arrive à faire un travail que seuls nous pouvons faire, et qui va dans le sens de l’#abolition du patriarcat. Sans tomber dans la solidarité masculine, il faut qu’on arrive à casser cette froideur souvent ressentie face aux autres hommes, qu’on bosse sur nos amitiés, nos intimités, nos sexualités... qu’on supprime notre homophobie et les relations de pouvoir entre hommes. Cela permettra peut être, comme le dit Pronger, d’incarner le désir féministe et comme le dit Schmitt, de rééquilibrer le rapport genré à la prise en charge affective.

    • Une précision importante par rapport au titre de la brochure et à certaines thèses de Pronger : quand je propose en titre qu’on se touche, émotionnellement et physiquement, cela reste évidemment dans les limites nécessaires du consentement ! Pronger dit que « ceux qui sont les plus réticents à ouvrir leurs bouches et anus à d’autres hommes sont ceux qui ont le plus besoin de le faire ». Une pote m’a dit que ça sonnait beaucoup comme une obligation à sucer et se faire enculer. En relisant l’article en entier, j’ai l’impression qu’il essaye plutôt de pousser les hommes à réfléchir sur ces questions dans le but de faire taire leur homophobie et d’en avoir envie, pas de se forcer à avoir des relations homosexuelles avec pénétration. Si je n’interprétais pas son texte comme ça, j’aurais abandonné cette traduction.

      Bon, c’est clair, parfois, les deux textes que j’ai traduits sont chiants à lire ! C’est écrit par et pour des universitaires. J’ai pas envie de vous dire de faire un effort (ce serait trop facile de ma place d’ex étudiant universitaire) mais je pense que ça vaut le coup d’essayer. J’ai moi-même pas compris tous les concepts utilisés. Après, je pense que c’est possible de sauter des passages et de quand même comprendre le fond.

      et d’aller se faire enculer pour les plus perspicace.


  • Léo Thiers-Vidal (1970-2007) : allié masculin du féminisme

    “Sans rentrer dans une note trop biographique (…) il me semble important de donner des éléments de compréhension sur ma place sociale et comment celle-ci me semble avoir influencé ma prise de conscience des rapports d’oppression qu’exercent les hommes sur les femmes (…). Les violences psychologiques et physiques paternelles envers moi (dès ma petite enfance), (…) la violence et l’exploitation domestique et non-domestique de mon père vis-à-vis de ma mère ont eu des effets importants sur mon rapport à la masculinité et aux rapports hommes-femmes. Une solidarité instinctive avec ce que subissait ma mère au quotidien, ainsi qu’un rejet et une haine puissante envers mon père et ce qu’il représentait au niveau de la masculinité et de l’autorité, ont structuré un développement psycho-sexuel-affectif marginal : dès l’adolescence, l’incapacité de reprendre pleinement à mon compte les normes masculines (…) ainsi qu’un refus (ou échec) d’intégrer pleinement ‘la maison des hommes’ (Godelier), 1980)”, Léo Thiers-Vidal, De L’Ennemi Principal aux principaux ennemis, position vécue, subjectivité et conscience masculines de domination , Paris : l’Harmattan, 2010.

    https://revolutionfeministe.wordpress.com/2017/03/03/leo-thiers-vidal-1970-2007-allie-masculin-du-feminism

    #LeoThiersVidal #proféministe #anarchiste


  • #ERNESTO_AGUILAR : Un nouveau livre, The End of Patriarchy : Radical Feminism for Men , force les progressistes et la gauche à rendre des comptes aux femmes
    http://tradfem.wordpress.com/2017/01/06/un-nouveau-livre-the-end-of-patriarchy-radical-feminism-for-men-f

    Aujourd’hui éloignées dans le rétroviseur, les années (de Bill) Clinton ressemblent à un tournant pour la stratégie contemporaine des mouvements sociaux. À partir de cette génération de jeunes, la politique progressiste a été reformulée pour sembler plus « inclusive », sans toutefois résoudre certaines contradictions, au milieu d’une succession de pertes subies par la Maison Blanche. Cela a fonctionné, mais peut-être trop bien. Le pays conclut aujourd’hui huit ans d’une première présidence afro-américaine, avec une politique d’évitement des enjeux raciaux et de lourdes interventions militaires à l’étranger aussi bien que de déportations au pays. Et, comme le fait remarquer Jodi Dean dans The Communist Horizon, des idées comme la diversité et le dialogue font maintenant partie de la culture d’entreprise internationale. C’est un changement. Est-ce une victoire ? Le verdict à ce titre demeure ambigu.

    Il est impossible de lire le livre de #Robert_Jensen, The End of Patriarchy , sans tenir compte de cette incohérence politique. Désireux de présenter le féminisme radical aux hommes et au mouvement progressiste plus large, qui y sont souvent opposés (comme d’ailleurs le mouvement féministe général et les études de genre), Jensen rame à contre-courant d’une tendance vieille de 30 ans. En effet, dans son aspiration à simplifier à l’extrême son message, la politique de gauche, qu’elle soit modérée ou orthodoxe, a rejeté le féminisme radical au profit de toutes sortes de concepts à la mode et de postures affichées sur des médiaux sociaux comme Tumblr, pour faire aujourd’hui des choix individuels l’enjeu primordial. Néanmoins, Jensen, en progressiste de longue date dont les vues sur la justice raciale et de genre lui ont mis à dos une foule de gens, allant des anarchistes à l’extrême-droite, continue de soulever des questions complexes auxquelles le gauchisme n’a pas de réponse claire, même une génération et demie après les années Clinton.

    Une partie de l’inconsistance du libéralisme a sans doute été d’assujettir les notions naissantes de choix et d’identité à un libertarisme radical qui s’avère subjectif à l’extrême, voire destructeur.

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : http://www.feministcurrent.com/2017/01/02/end-patriarchy-radical-feminism-men-forces-liberals-left-towards-ac

    L’auteur de cette recension, Ernesto Aguilar, est écrivain et producteur de médias communautaires .
    #Gauche #féminisme_radical #proféministe #libéralisme


  • #Mickey_Z. : Merci Andrea Dworkin.

    https://tradfem.wordpress.com/2016/05/11/mickey-z-merci-andrea-dworkin

    En tant que personne qui a fui l’université pour plutôt entreprendre un long périple d’autodidacte radical engagé, je trouve tout à fait éclairant qu’il m’ait fallu aussi diablement longtemps pour enfin rencontrer le travail d’Andrea Dworkin.

    La « gauche » parle souvent de la marginalisation des dissident.e.s, mais j’ai trouvé facilement et naturellement les écrits de Noam Chomsky, Assata Shakur, Howard Zinn, Guy Debord, Frantz Fanon, Arundhati Roy, Edward Said, Angela Davis, Emma Goldman, Ward Churchill, bell hooks, et beaucoup trop d’autres pour tous les citer ici. Par contre, il m’a fallu arriver en 2015 pour lire l’autobiographie de Dworkin, Heartbreak : The Political Memoir of a Feminist Militant – et il se trouve que c’est le livre le plus révolutionnaire que j’aie jamais lu.

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : http://worldnewstrust.com/thank-you-andrea-dworkin-mickey-z

    #proféministe #Andrea_Dworkin