• Éducation. La #répression des #professeurs est déjà en marche | L’Humanité
    https://www.humanite.fr/education-la-repression-des-professeurs-est-deja-en-marche-670419

    Il faut dire que les profs visés ne sont pas n’importe qui dans le collège. Unanimement décrits comme des « piliers » de l’établissement, trois d’entre eux y sont présents depuis dix-huit, vingt-deux et même vingt-sept ans. Un choix qui témoigne d’un engagement professionnel indiscutable, dans un collège d’un quartier populaire de Bobigny qui est classé REP + (enseignement prioritaire), qui comprend une section Segpa (enseignement adapté), un dispositif Ulis (unité localisée pour l’inclusion scolaire)… Un de ces collèges où l’un des principaux problèmes tient justement au manque d’expérience et à la difficulté de stabiliser les équipes. Mélanie (1), une mère d’élève, témoigne de leur rôle : « Je suis effondrée, nous dit-elle. Ce sont des enseignants aguerris, qui accueillent et épaulent les novices. Si on les fait partir, je crains pour le fonctionnement même du collège. »

    • (puisque #paywall) :

      Jean-Michel Blanquer a-t-il, comme Janus, deux visages ? Celui, lisse et bonhomme, qu’il a montré tous ces derniers jours pour expliquer notamment que l’article 1 de sa loi n’a pas pour but de faire taire, au prix de la liberté d’expression, toute velléité de contestation. Et celui, raide et coupant, qu’il arbore dans les arcanes de la rue de Grenelle, où il multiplie les tentatives d’intimidation à l’encontre de celles et ceux qui tentent de contester sa politique et les effets qu’elle produit.

      Au collège République de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, on ne connaît que ce deuxième visage. Le 27 mars, quatre professeurs ont reçu des courriers officiels. Deux d’entre eux y ont appris qu’une procédure disciplinaire était engagée à leur encontre ; les deux autres, qu’ils feraient l’objet d’une « mutation dans l’intérêt du service ». Une mesure « qui n’est pas considérée comme une sanction », ainsi qu’on nous l’a précisé au rectorat de Créteil… mais qui est peut-être encore plus brutale, puisque décidée à la discrétion de la hiérarchie, sans passage devant une commission disciplinaire.

      Dès vendredi 29 mars, puis le lundi suivant, avec le soutien de l’intersyndicale (CGT Educ’Action, FO, Snes, Snep et SUD éducation), un certain nombre d’enseignants du collège se sont mis en grève pour soutenir leurs collègues. Un comité de soutien s’est mis en place, qui demande l’arrêt des procédures. Il est également actif sur les réseaux sociaux (« Répression collège République » sur Facebook et Twitter) et a d’ores et déjà lancé une cagnotte, pour couvrir d’éventuelles dépenses de justice.

      Il faut dire que les profs visés ne sont pas n’importe qui dans le collège. Unanimement décrits comme des « piliers » de l’établissement, trois d’entre eux y sont présents depuis dix-huit, vingt-deux et même vingt-sept ans. Un choix qui témoigne d’un engagement professionnel indiscutable, dans un collège d’un quartier populaire de Bobigny qui est classé REP + (enseignement prioritaire), qui comprend une section Segpa (enseignement adapté), un dispositif Ulis (unité localisée pour l’inclusion scolaire)… Un de ces collèges où l’un des principaux problèmes tient justement au manque d’expérience et à la difficulté de stabiliser les équipes. Mélanie (1), une mère d’élève, témoigne de leur rôle : « Je suis effondrée, nous dit-elle. Ce sont des enseignants aguerris, qui accueillent et épaulent les novices. Si on les fait partir, je crains pour le fonctionnement même du collège. »

      Vice-président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, siégeant depuis quinze ans au conseil d’administration du collège, Abdel Sadi connaît bien les professeurs visés. Il s’est lui aussi ému de la situation, au point d’écrire mercredi au recteur, Daniel Auverlot. Ces enseignants « développent de nombreux projets de qualité pour leurs élèves », écrit-il, et « ont toujours été très bien notés durant leurs carrières ». Puis l’élu pose la question qui fâche : « Je ne peux donc m’empêcher de penser que ces professeurs, tous syndiqués (…), sont sanctionnés aujourd’hui en raison de leurs activités syndicales et pour avoir, au fil des ans, manifesté avec énergie pour la défense de leurs conditions de travail et contre les inégalités territoriales subies dans nos collèges de Seine-Saint-Denis. »

      C’est que, outre leur engagement professionnel, ces profs sont aussi des militants syndicaux, dont trois à SUD éducation, syndicat très actif dans ce collège. L’un d’eux a même été tête de liste académique et nationale lors d’élections professionnelles. Notons aussi que Jean-Michel Blanquer, recteur de l’académie de 2007 à 2009, connaît bien le collège République… et ses professeurs. Mais évidemment, au rectorat, on nie toute intention de discrimination syndicale. « Nous ne nous sommes pas dit que nous allions viser explicitement SUD éducation ! » ose la responsable des relations presse. Elle préfère évoquer les « relations extrêmement tendues » dans l’établissement, des « cas d’intimidation entre collègues », voire – sans plus de précisions – des « conduites inappropriées envers des élèves », et au final la nécessité de « garantir une atmosphère sereine » dans le collège.

      Sabine, l’une des profs visés, bondit : « On a une expérience, on connaît les textes… on s’en prend à nous parce que nous ne sommes pas impressionnables. » Elle comme ses collègues peuvent fournir une liste longue comme le bras de leurs interventions : refus d’affichage des listes électorales, extincteurs absents ou défectueux, élèves qui se voient attribuer une AVS (assistante de vie scolaire) individuelle par la maison départementale du handicap et doivent finalement se partager une seule AVS à plusieurs, absence de consultation du conseil d’administration sur des suppressions de postes… « Nous avons un principal qui communique exclusivement par mail », témoigne Damien Green, un prof d’anglais syndiqué, lui, au Snes et qui soutient ses collègues. Sabine reconnaît d’ailleurs les tensions qui existent au sein de l’établissement, mais les attribue d’abord « au contexte de manque de moyens : avec de moins en moins d’heures pour nos projets, cela crée de la concurrence entre collègues. Et face à cela, il y a ceux qui acceptent la situation, et ceux qui refusent… ».

      Eux refusent. Et se battent. Ils ne sauront que les 9 et 12 avril, dates auxquelles ils auront le droit de prendre connaissance de leurs dossiers, ce qui leur est reproché exactement. À partir de là, ils pourront se défendre, avec tous ceux qui les soutiennent.

      Olivier Chartrain

      (1) Le prénom a été changé à sa demande.

      #répression_syndicale #liberté_d'opinion #école_de_la_confiance (mon cul)

  • Pourquoi il faudrait raser les écoles de commerce par #Martin_Parker - 27 avril 2018 - © The Guardia https://www.theguardian.com/news/2018/apr/27/bulldoze-the-business-school?CMP=share_btn_tw
    Un article du Guardian. Merci à Frédéric Durand pour la traduction !
    https://www.pauljorion.com/blog/2018/05/07/pourquoi-il-faudrait-raser-les-ecoles-de-commerce-par-martin-parker

    Il existe 13.000 écoles de commerce dans le monde, c’est 13.000 de trop. Je sais de quoi je parle puisque j’ai enseigné dans ces écoles pendant 20 ans.

    Si vous vous rendez sur le campus d’une #université ordinaire il y a des chances que le bâtiment le plus récent et le plus tape à l’œil soit l’#école-de-commerce. C’est elle qui occupe le meilleur bâtiment parce qu’elle dégage les plus gros profits (par euphémisme « contribution » ou « surplus ») ce qui n’est pas surprenant de la part d’une forme de savoir qui enseigne à réaliser des bénéfices.

    Les écoles de commerces exercent une grande influence mais elles sont aussi considérées par beaucoup comme étant des lieux où la #supercherie intellectuelle règne, encourageant la culture du court-termisme et la #cupidité. (On trouve un tas de blague sur la réelle signification de Maîtrise en administration des entreprises-MBA en anglais- : « #Médiocre et #arrogant », Maitrise et accidents », « Mauvais avis et #duperies », « Maîtrise en #art_foireux » et ainsi de suite. Les critiques des écoles de commerces, sous toutes ses formes, ne manquent pas : les employeurs déplorent le manque d’expérience des diplômés, les conservateurs raillent les #arrivistes, les européens se plaignent de l’américanisation, les radicaux protestent contre la concentration du pouvoir entre les mains des tenants du capitalisme de meute. Beaucoup depuis 2008 ont avancé l’idée selon laquelle les écoles de commerces sont responsables dans l’avènement de la crise.

    Pour avoir enseigné pendant 20 ans dans les écoles de commerce j’en suis venu à la conclusion que la meilleure solution pour faire face à ces problèmes consiste à fermer définitivement ces écoles, une position peu répandue parmi mes collègues. Toutefois depuis ces dix dernières années il est remarquable de constater que la masse de critiques formulées à l’encontre des écoles de commerces proviennent de ces écoles mêmes. De nombreux professeurs des écoles de commerce, notamment en Amérique du Nord, affirment que leurs établissements se sont terriblement détournée du droit chemin. Selon eux les écoles de commerce sont corrompues par les #doyens guidés par l’argent, les #professeurs qui se plient aux attentes des clients, des chercheurs qui débitent des #poncifs dans des revues que personne ne lit et des étudiants qui espèrent obtenir un diplôme à la hauteur de leur investissement (ou plutôt celui de leurs parents). A la fin des fins la plupart des diplômés de toute manière ne deviendront pas des cadres de haut niveau mais occuperons des postes #précaires de petits soldats travaillant dans des boxes à l’intérieur d’une tour aseptisée.

    Ces critiques ne proviennent pas de professeurs de sociologie, de responsables politiques ou même d’activistes anticapitalistes indignés mais de livres écrits par des gens bien informés, des employés d’école de commerce qui eux même ressentent un malaise voire du dégout par rapport à ce qu’ils font. Bien sur ces vues divergentes appartiennent à une minorité. La plupart des écoles de commerce restent complètement indifférentes aux manifestations de doutes, les acteurs étant trop occupés à huiler les rouages pour s’inquiéter de la direction que prend la locomotive. Malgré tout la critique interne résonne de manière importante.

    Le problème c’est que cette contestation des initiés est tellement institutionnalisée dans l’épais velours des couloirs qu’elle passe désormais inaperçue comme simple contrepoint au « #business as usual ». Certains par le truchement de livres ou de journaux font carrière en déplorant vigoureusement les problèmes liés aux écoles de commerce. Deux personnes appartenant au milieu ont décrit l’école de commerce comme « une machine cancérigène produisant des #déchets inutiles et toxiques ». Même des titres tels que : Contre le management, #Management-de-merde et Le guide des salauds #cupides pour les affaires, ne semblent pas exposer leurs auteurs à quelque problème que ce soit. J’en sais quelque chose puisque je suis l’auteur des deux premiers. Franchement qu’on m’ait laissé écrire cela en toute impunité en dit long sur la totale innocuité de ce genre de critiques. En vérité c’est gratifiant car le fait de publier est plus important que ce qui est publié.

    Dans la réponse aux problèmes posées par les écoles de commerce on évite d’avoir recours à des restructurations radicales pour leur préférer un retour à de prétendues pratiques commerciales plus traditionnelles ou alors à une forme de réarmement moral enjolivé de termes comme « #responsabilité » ou « #éthique ». Toutes ces idées n’abordent pas le vrai problème à savoir que les écoles de commerce n’enseignent qu’une forme d’organisation : l’encadrement gestionnaire du marché.

    C’est pourquoi je pense que l’on devrait en appeler aux bulldozers et exiger une toute autre manière de penser le management, les affaires et les marchés. Si nous voulons que les gens du pouvoir deviennent plus responsables alors nous devons arrêter d’apprendre aux étudiants que les dirigeant héroïques dédiés aux œuvres de la transformation sont la réponse à tous les problèmes ou que le but de connaître la #fiscalité est d’échapper à l’impôts ou que la visée de la #stratégie_commerciale est de créer des nouveaux désirs Dans tous les cas l’école de commerce agit par la #propagande en vendant une #idéologie sous les habits de la #science.

    Les universités existent depuis un millénaire mais la grande majorité des écoles de commerce n’est apparue qu’au siècle précédent de commerce. En dépit de la vive et persistante affirmation qu’elles ont été inventé par les Etats-Unis il semble que la première fut L’Ecole Supérieure de Commerce créée en 1819 afin de tenter de façonner une grande école commerciale financée par des fonds privés. Un siècle plus tard des centaines d’écoles de commerces ont émergé dans toute l’Europe et les Etats-Unis pour se répandre rapidement partout ailleurs à partir de 1950.

    En 2011 « Association to Advance Collegiate Schools of Business » estimait à 13000 le nombre d’écoles de commerce dans le monde. L’#Inde à elle seule compterait 3000 écoles de commerces privées. Arrêtons-nous un moment pour se pencher sur ce chiffre. Imaginez le nombre considérable de personnes employées par ces établissements, l’armée de jeunes qui en sortent avec un diplôme en commerce, des sommes gigantesques qui circulent au nom de l’enseignement du monde des affaires. (En 2013, les vingt meilleures écoles de commerce coûtaient an moins 100 000$ (80 000€). En ce moment la #London_Business_School fait campagne en proposant une inscription à 84 5000£ (96 000€) pour son #MBA Pas étonnant dans ces conditions que la tendance continue à gagner du terrain.

    La plupart des écoles de commerces adopte des formes identiques. L’#architecture est moderne sans originalité composée de verre, de panneaux et de briques. A l’extérieur on trouve un affichage dispendieux présentant un #logo anodin, il y a des chances qu’il soit bleu et qu’il comporte un carré. Les portes sont automatiques, à l’intérieur on trouve une réceptionniste bien mise dans un code habit de bureau. Quelques créations d’art abstrait sont accrochées aux murs et il y a un bandeau comportant un ou deux slogans au contenu prometteur “We mean business”, “Teaching and Research for Impact.” On trouvera quelque part au-dessus du hall d’entrée un grand écran diffusant un téléscripteur #Bloomberg, la promotion de conférenciers de passage et des discussions sur la manière de bien formuler son #CV. Des dépliants publicitaires en papier glacé sont à disposition sur des présentoirs, on y voit sur la couverture toutes sorte de visages innocents d’étudiants. Shiny marketing leaflets sit in dispensing racks, with images of a diverse tableau of open-faced students on the cover. Sur les prospectus on trouve la liste des diplômes : MBA, MSc Management, MSc Accounting, MSc Management and Accounting, MSc Marketing, MSc International Business, MSc Operations Management.

    On y trouvera une somptueuse salle de conférence à la moquette épaisse, qui tirera peut-être son nom d’une société ou de donateurs privés. De fait on retrouve empreinte du logo imprimé presque partout comme quelqu’un qui marquerait de son nom ses affaires de peur qu’elles soient volées. Contrairement aux bâtiments défraichis des autres parties de l’université l’école de commerce s’efforce de donner une image d’efficacité et de confiance. L’école de commerce sait ce qu’elle fait et son visage bien poli est fermement tournée vers le futur plein de promesse. Il lui importe de savoir ce que les gens pensent d’elle.

    Même si la réalité n’est pas toujours aussi reluisante, un toit qui fuit des toilettes bloquées, c’est ce que les doyens aiment à penser à quoi ressemble leur école ou telle qu’ils voudraient qu’elle soit. Une rutilante machine qui transforme l’argent des étudiants en bénéfices.

    Mais qu’enseignent réellement les écoles de commerce ? C’est une question plus compliquée qu’il n’y parait. On a beaucoup écrit sur la façon dont « un programme dissimulée » serait dispensé aux étudiants de manière implicite. A partir des années 70 les chercheurs ont étudié la manière dont les catégories comme la classe sociale, le genre, les origines ethniques, la sexualité et d’autres encore étaient enseignées implicitement dans les salles de classes. Cela peut se traduire par la différenciation des étudiants comme mettre les #filles à l’économie domestique et les garçons à la métallurgie d’où découle par la suite une #norme qui’ s’impose aux différents groupes de la population. Ce programme dissimulé peut être aussi dispensé par d’autres manières, par la façon d’enseigner et d’évaluer ou par le contenu même du programme. Il nous dit également ce qui importe, quelles sont les #personnalités importantes, quels sont les lieux les plus influents et quels sont les sujets qui peuvent être écartés.

    Il y a eu de nombreux travaux sur ces sujets dans beaucoup de pays. La documentation est désormais très répandue sur l’histoire des noirs, la place de la femme dans le monde scientifique ou de la chanson populaire et la poésie. Cela ne signifie pas que le programme dissimulé ne pose plus de problème mais qu’au moins dans les systèmes d’éducation les plus progressistes il est communément admis qu’il existe un récit, un groupe d’acteurs, une manière de raconter l’histoire.

    Mais dans les écoles de commerce le programme implicite et explicite ne font qu’un. Le contenu et la forme des enseignements sont telles qu’ils riment avec la #pensée qui tient pour acquis que les vertus de l’encadrement du marché capitaliste représentent la seule vision du monde possible.

    Si l’on enseigne à nos étudiants que le caractère prédateur du #capitalisme est incontournable il ne faut pas s’étonner que l’on finisse par justifier les #salaires démesurés de ceux qui prennent des risques importants avec l’argent des autres. Si l’on enseigne que seul le résultat compte alors des notions comme la viabilité, la #diversité, la responsabilité et autres ne deviennent plus que de simples ornements. Le message souvent dispensé par la recherche en management et l’enseignement sous-tend que le capitalisme soit incontournable et que les techniques financières et légales qui dirigent le capitalisme fassent parties d’une science. Cette conjonction d’idéologie et de technocratie explique le fait que l’école de commerce soit devenue une institution si efficace et dangereuse.

    On peut analyser son fonctionnement en s’intéressant de près à son programme et la façon dont il est enseigné. Prenons la finance par exemple, ce champ qui s’intéresse à la manière dont les gens qui ont du capital investissent leur argent. Elle repose sur le principe que les détenteurs d’argent ou de capitaux peuvent être utilisés comme garantie et suppose donc des différences importantes de revenus ou de richesses. Plus les #inégalités sont importantes dans un pays donné plus les #opportunités s’ouvrent pour la finance comme pour le marché de luxe des yachts. Les universitaires enseignant la finance considèrent que le retour sur le capital (sans se soucier de son acquisition) est une activité légitime et même louable au point d’aduler les investisseurs pour leurs compétences techniques et succès. La forme de ce savoir consiste à maximiser la #rente d’un capital, le plus souvent en développant les mathématiques ou des mécanismes légaux qui permettent de le multiplier. Les stratégies performantes en finances sont celles qui fournissent un retour maximal sur investissement en un temps le plus court, et qui du même coup aggrave d’autant plus les inégalités qui les rendaient au préalable possibles.

    Ou penchons-nous sur le management des #ressources_humains. Ce champ met en mouvement les théories de l’égoïsme rationnel- c’est-à-dire en gros l’idée selon laquelle les hommes agissent en fonction de calculs rationnels qui maximiseront leurs propres intérêts- pour l’appliquer à l’organisation des êtres humains. Le nom de ce champ est en lui-même révélateur en ce sens qu’il laisse entendre que les êtres humains sont semblables à des ressources technologiques ou financières dans la mesure où ils sont utilisés en tant que paramètre par le mangement dans le but de produire une organisation efficace. Malgré l’utilisation du mot humain, les ressources humaines font très peu de cas de ce que signifie être humain. Son intérêt se fixe sur les catégories comme les femmes, les minorités ethniques, les employés qui n’atteignent pas les objectifs, et leur rapport avec le fonctionnement de l’organisation. Cela rentre souvent dans les attributions des écoles de commerces que de s’intéresser aux formes d’organisations, incarnées habituellement par les syndicats, qui s’opposent aux stratégies du management. Et s’il était nécessaire de le rappeler le management des ressources humaines n’est pas du côté des syndicats, ce serait être partisan. Sa fonction, sous sa manifestation la plus ambitieuse, cherche à être stratégique dans le but d’aider les responsables du management à l’élaboration de l’ouverture d’une usine ici ou de la fermeture d’un bureau là.

    On pourrait appliquer la même analyse sur les autres modules d’enseignement que l’on trouve dans la plupart des écoles de commerce, la comptabilité, la mercatique, le commerce international, l’#innovation, la #logistique. Mais je finirai par l’éthique dans les affaires et la responsabilité social de l’entreprise, ce sont pratiquement les seuls domaines dans lesquels s’est développé une critique constante des conséquences de l’enseignement du management et de ses pratiques. Ces domaines se targuent d’être la mouche du coche des écoles de commerce et insistent sur la nécessité à réformer les formes dominantes de l’enseignement et de la recherche. Les griefs qui motivent les écrits et les enseignements de ces spécialités sont prévisibles mais n’en demeurent pas moins importantes, il s’agit du développement durable, les inégalités, la fabrique d’étudiants à qui l’on enseigne que la cupidité est bénéfique.

    Le problème c’est que l’éthique des affaires et la responsabilité sont des sujets de façades pour la promotion des écoles de commerce semblable à une feuille de figuier qui recouvrerait la conscience du doyen de l’école de commerce, comme si évoquer l’éthique et la responsabilité équivalait à agir. Ils ne s’attaquent pratiquement jamais à la simple idée que si les relations économiques et sociales actuelles produisent les problèmes qui sont traités par les cours d’éthique et de responsabilités sociale des entreprises alors ce sont ces mêmes relations sociales et économiques qui doivent être changées.

    Vous pourriez penser que chacune de ces spécialités d’enseignement et de recherche sont en elles même inoffensives et qu’ensemble ils ne font que traiter des différents aspects du monde des affaires, de l’argent, de la population, de la technologie, du transport, de la vente et ainsi de suite. Mais il est indispensable d’exposer les présupposés partagés par chacun des sujets étudiés en école de commerce.

    Tous ces champs partagent d’abord l’idée profondément ancrée que les formes managériales du marché qui organisent l’ordre sociale sont requises. L’accélération de commerce mondialisé, l’utilisation des mécanismes de marché et des techniques managériales, le développement des technologies comme dans la comptabilité, la finances et son fonctionnement ne sont jamais remis en cause. Il s’agit du récit progressif du monde moderne fondé sur la promesse technologique, le choix, l’opulence et la richesse.

    Au sein de l’école de commerce, le capitalisme est considéré comme marquant la fin de l’histoire, un modèle économique qui a pris le pas sur tous les autres, et qui est maintenant enseigné en tant que science, plutôt que comme une idéologie.

    La seconde est l’hypothèse selon laquelle le comportement humain, des employés, des clients, des gestionnaires et ainsi de suite, est mieux compris si nous considérons que nous sommes tous des égoïstes rationnels. Cela fournit un ensemble d’hypothèses de base qui permettent de développer des modèles qui conçoivent la façon dont les êtres humains pourraient être dirigés dans l’intérêt de l’organisation de l’entreprise. Motiver les employés, corriger les défaillances du marché, concevoir des systèmes de gestion allégée ou persuader les consommateurs de dépenser de l’argent sont tous des cas qui font partie de la même problématique. L’intérêt majeur réside ici pour celui qui cherche le contrôle, et ceux qui sont objets de cet intérêt, deviennent alors des personnes qui peuvent être manipulées.

    La dernière similitude que je voudrais souligner concerne la nature des connaissances produites et diffusées par l’école de commerce elle-même. Parce qu’il emprunte la robe et le mortier de l’université, et qu’il cache ses connaissances dans l’attirail de la science – revues, professeurs, jargon – il est relativement facile d’imaginer que le savoir prôné par l’école de commerce et la façon dont elle le vend apparaît en quelque sorte moins vulgaire et stupide qu’il ne l’est réellement

    Pour résumer simplement ce qui précède, et qui permettrait à la plupart des gens de comprendre ce qui se passe à l’école de commerce, c’est de les appréhender comme des lieux qui enseignent les méthodes pour prendre de l’argent aux gens ordinaires et de le s’approprier. Dans un certain sens, c’est une description du capitalisme, mais il y a aussi le sentiment que les écoles de commerce enseignent que « l’avidité est bonne ». Comme Joel M Podolny, ancien doyen de la Yale School of Management, a pu déclarer un jour : « La façon dont les écoles de commerce sont aujourd’hui en concurrence amène les étudiants à se demander : » Que puis-je faire pour gagner le plus d’argent ? et la forme de l’enseignement prodigué par les professeurs conduit les étudiants à ne considérer qu’après coup les conséquences morales de leurs actions.

    Cette image est, dans une certaine mesure, étayée par la #recherche, bien qu’une partie soit d’une qualité douteuse. Il existe diverses enquêtes auprès des étudiants des écoles de commerce qui suggèrent qu’ils ont une approche instrumentale de l’éducation, c’est-à-dire qu’ils veulent ce que le marketing et le #branding leur disent qu’ils veulent. En ce qui concerne les cours, ils attendent de l’enseignement des concepts et des outils simples et pratiques qu’ils jugent utiles pour leur future carrière. La philosophie c’est pour les imbéciles.

    Comme j’ai enseigné dans des écoles de commerce pendant des décennies, ce genre de constatation ne me surprend pas, bien que d’autres proposent des constats plus virulents. Une enquête américaine a comparé des étudiants en MBA à des personnes emprisonnées dans des prisons de basse sécurité et a constaté que ces dernières étaient plus éthiques. Un autre a laissé entendre que la probabilité de commettre une forme quelconque de délit d’entreprise augmentait si la personne concernée avait fait des études supérieures en administration des affaires ou si elle avait servi dans l’armée. (Les deux carrières impliquent probablement la dissolution de la responsabilité au sein d’une organisation). D’autres sondages montrent que les étudiants arrivent en croyant au bien-être des employés et à la satisfaction de la clientèle et qu’ils partent en pensant que la valeur actionnariale est la question la plus importante, et également que les étudiants des écoles de commerce sont plus susceptibles de tricher que les étudiants des autres disciplines.

    Je doute que les causes et les effets (ou même les résultats) soient aussi nets que le suggèrent des enquêtes comme celle-ci, mais il serait tout aussi stupide de suggérer que l’école de commerce n’a pas d’effet sur ses diplômés. Avoir un MBA peut ne pas rendre un étudiant cupide, impatient ou contraire à l’éthique, mais les programmes explicites et cachés de l’école de commerce enseignent des leçons. Non pas que ces leçons sont reconnues quand quelque chose ne va pas bien, parce qu’alors l’école de commerce nie habituellement toute responsabilité. C’est une position délicate, car, comme le dit un éditorial d’Economist de 2009, » Vous ne pouvez pas prétendre que votre mission est d’éduquer les leaders qui changent le monde » et de vous laver les mains des actes de vos anciens élèves lorsque leur changement a un impact nuisible. »

    Après la crise de 2007, il y avait comme un jeu à se renvoyer la balle, Il n’est donc pas surprenant que la plupart des doyens des écoles de commerce essayaient aussi de blâmer les consommateurs d’avoir trop emprunté, les banquiers d’avoir un comportement si risqué, les #brebis_galeuses d’être si mauvaises et le système d’être, eh bien, le système. Qui, après tout, voudrait prétendre qu’ils n’ont fait qu’enseigner la cupidité ?

    Dans les universités les sortes de portes qui ouvrent sur le savoir sont basées sur des exclusions. Un sujet est constitué par l’enseignement de ceci et non pas de cela, de l’espace (géographie) et non du temps (histoire), des collectifs (sociologie) et non des individus (psychologie), etc. Bien sûr, il y a des fuites et c’est souvent là que se produisent les pensées les plus intéressantes, mais cette partition du monde est constitutive de toute discipline universitaire. On ne peut pas tout étudier, tout le temps, c’est pourquoi il y a des noms de départements au-dessus des portes des immeubles et des couloirs.

    Cependant, l’école de commerce est un cas encore plus extrême. Elle est bâtie sur le principe qui isole la vie commerciale du reste de la vie, mais subit ensuite une spécialisation supplémentaire. L’école de commerce assume le capitalisme, les entreprises et les managers comme forme d’organisation par défaut, et tout le reste comme histoire, anomalie, exception, alternative. Du point de vue du programmes d’études et de recherche, tout le reste est périphérique.

    La plupart des écoles de commerce sont intégrées dans des universités, et celles-ci sont généralement appréhendées comme des institutions ayant des responsabilités envers les sociétés qu’elles servent. Pourquoi, dans ce cas, supposons-nous que les filières d’études commerciales ne devraient enseigner qu’une seule forme d’organisation – le capitalisme – comme si c’était la seule façon d’organiser la vie humaine ?

    Ce n’est pas un monde agréable celui qui est produit par la gestion de marché et que l’école de commerce professe. C’est une sorte d’#utopie pour les riches et les puissants, un groupe que les étudiants sont encouragés à s’imaginer rejoindre, mais ce privilège est acheté à un coût très élevé, entraînant des catastrophes environnementales, des #guerres de ressources et des migrations forcées, des inégalités à l’intérieur et entre les pays, l’encouragement de l’#hyperconsommation ainsi que des pratiques #antidémocratiques persistantes au travail.

    Promouvoir l’école de commerce fonctionne en passant outre de ces problèmes, ou en les mentionnant comme des défis et ne pas les prendre en considération ensuite dans les pratiques d’enseignement et de recherche. Si nous voulons être capables de répondre aux défis auxquels est confrontée la vie humaine sur cette planète, nous devons faire des recherches et enseigner autant de formes d’organisation différentes que nous sommes capables d’imaginer collectivement. Pour nous, supposer que le capitalisme mondial peut continuer tel qu’il est c’est prendre la responsabilité d’emprunter la voie qui mène à la destruction. Donc, si nous voulons nous écarter du business as usual, nous devons également ré-imaginer radicalement l’école de commerce telle qu’elle est. Et cela signifie plus que des murmures pieux sur la responsabilité sociale des entreprises. Cela signifie en finir avec ce que nous avons érigé, et reconstruire.

  • Canada : Vote d’une journée de grève pour 8800 professeurs de la CSDM Le Devoir - Sarah R. Champagne - 13 avril 2018
    https://www.ledevoir.com/societe/education/525186/menaces-de-greve-pour-8800-professeurs-de-la-csdm

    Réunis en assemblée jeudi soir, les membres de l’Alliance des #professeures et #professeurs de Montréal ont voté la tenue d’une journée de grève le 1er mai prochain.

Quelque 77% des membres ont voté pour cette proposition, qui concernera environ 8800 #enseignants de la Commission scolaire de Montréal (CSDM).

    Un premier vote s’était déroulé durant la journée, pour permettre aux membres qui travaillent le soir, dans des centres d’ #éducation des adultes notamment, de voter. Inversement, le vote de jeudi soir s’adressait aux enseignants avec un horaire de jour, dans les écoles primaires et secondaires.

    L’Alliance est en négociation d’une convention collective locale, après avoir appuyé les négociations nationales en 2015 et 2016. La dernière grève remonte d’ailleurs à 2015, quand des grèves tournantes avaient été coordonnées par le Front commun intersyndical.

    À l’initiative de #professeurs
    Les propositions de grève n’émanaient pas de la direction de ce syndicat, mais de groupes de professeurs, alors que les moyens de pression restaient mesurés.

    Les enseignants de Montréal réclament notamment davantage de journées pédagogiques et davantage d’heures chaque semaine à consacrer à la préparation des cours. Un plus grand nombre de congés pouvant être attribués à la conciliation travail-famille, pour s’occuper d’un proche malade notamment, est aussi demandé.

    La #pénurie d’enseignants est devenue tellement critique que la CSDM cherche à recruter des suppléants « non légalement qualifiés » pour faire des remplacements de moins de cinq jours.

    L’embauche d’enseignants non légalement qualifiés a commencé discrètement au cours des dernières années, mais prend de l’ampleur à cause de la pénurie de suppléants, ont indiqué des sources au Devoir en janvier dernier.

    Le réseau semble aussi à bout de souffle du point de vue matériel. Plus de 150 #roulottes sont déjà utilisées pour donner des cours sur le territoire de Montréal, selon le syndicat, un nombre qui grimpe d’année en année. Une majorité des écoles montréalaises sont considérées comme étant très vétustes.

    #Canada #Quebec #Montréal #1er-Mai #Gréve #éducation #école #education #enseignement #journées_pédagogiques

  • Expérience douteuse sur l’esprit critique ( « Les étudiants face aux fake news ») Michèle Janss - 26 Mars 2018

    Les étudiant(e)s de l’université de Gand ont été soumis à une « expérience » sociale . Lors de trois cours différents, des professeurs ont soutenu des théories douteuses ou des affirmations provocantes dans un grand auditoire. L’objectif était de tester leur esprit critique.
     
    Un professeur expliquait que tout n’était pas forcément exact dans la théorie de l’évolution de #Darwin. Un autre a affirmé que les étudiants étaient devenus les esclaves de leur #smartphone. Et finalement, dans un cours d’entreprenariat, il a été affirmé de manière catégorique que les étudiants n’avaient pas d’idées et étaient incapables de mener à bien un projet d’entreprise.
     
    On s’étonne de la faiblesse des provocations. « Esclave de son écran, incapable, manque de créativité » les étudiants ont déjà dû entendre cela de la part de parents agacés ou des enseignants du secondaire. Ce sont des attaques verbales, pas vraiment de fausses affirmations. Quant à la théorie de Darwin, elle a, en effet, été critiquée à plusieurs reprises, entre autres pour sa dimension raciste, souvent oubliée (1).
     
    L’école a habitué les élèves à se taire.
    On voyait sur le visage des étudiants un réel désaccord, ils n’ont pas trop osé réagir. Si l’université de Gand voulait démontrer qu’il faut penser par soi-même et se méfier des « #fake-news », elle a surtout démontré que les étudiants n’osent pas s’opposer à l’enseignant qui les évaluera dans quelques mois, le #rapport-de-force n’étant pas en leur faveur. Cette « expérience » peut aussi montrer clairement qu’il n’est pas facile de s’exprimer devant un grand nombre de personnes et que le débat libre, éclairé n’est pas habituel dans les auditoires.
     
    Bernard Rey, chercheur en sciences de l’éducation à l’ULB, faisait lui aussi, le constat que les étudiants sont trop soumis et que l’école devrait ébranler les cerveaux, éveiller la curiosité, la réflexion et la remise en question (2).
     
    Si nous faisons bien le calcul, ces étudiants sont précisément ceux qui ont passé leurs études secondaires dans des écoles où il n’était souvent pas très bien vu de « ne pas être #Charlie » (3) ou de critiquer les politiques guerrières en cours. Ils ont plus certainement appris à se méfier, à se taire qu’à remettre en question les affirmations de leurs enseignants.
     
    Baisse de niveau ?
    Cette expérience ne démontre strictement rien par rapport aux « fake news » (4) ou à l’ #esprit-critique des jeunes. Par contre, elle témoigne du peu de rigueur des #enseignants qui ont imaginé cette farce et qui l’ont livrée à la presse. Si on peut se plaindre d’une possible baisse du niveau dans l’enseignement, il faut sans aucun doute se questionner sur le niveau de certains #professeurs pour en connaitre la cause.
     
    Michèle JANSS
    Source : https://www.investigaction.net/fr/experience-douteuse-sur-lesprit-critique
     1) Quiconque a vu un sauvage dans son pays natal n’éprouvera aucune honte à reconnaître que le sang de quelque être inférieur coule dans ses veines. J’aimerais autant pour ma part descendre du petit singe héroïque qui brava un terrible ennemi pour sauver son gardien, ou de ce vieux babouin qui emporta triomphalement son jeune camarade après l’avoir arraché à une meute de chiens étonnés, – que d’un sauvage … Charles DARWIN, La descendance de l’homme et la sélection sexuelle,1876.
    (2) Bernard REY (ULB) : « L’école aurait besoin de plus d’idées de 1968 », LE SOIR, mis en ligne le 9/03/2018
    (3) Souvenons-nous des questionnements qui semblaient insupportables à la ministre française de l’Éducation, Najat VALLEAU-BELKACEM
    (4) C’est ainsi que l’expérience a été présentée dans Le VIF, PARIS MATCH et L’ECHO : « Les #étudiants face aux fake news »
    Test de #soumission #université #Gand #pouvoir

  • Réponse au rapport Bergé sur la déconnexion des profs sur le terrain social
    https://twitter.com/Karenine2/status/958904083729051648

    Chère Aurore Bergé et chère autre rombière inconnue, qui avez commis ce Rapport Bergé.
    Pour vous et vos amis de la France 2.0, la petite chronique d’un #professeur déconnecté des réalités sociales vécues par ses #élèves.

    Lundi, il fallait faire cours pour la dernière fois à M. (6eB) sans pour autant lui dire au revoir. Sa mère et les gendarmes viendraient le chercher à l’interclasse.

    A l’interclasse, c’était mieux, cela éviterait des heurts à la sortie du collège : son père y est presque toujours posté, titubant.

    M. ne savait pas qu’il ne reverrait sans doute plus jamais ses copains ni ses professeurs et il levait la main pour participer, souriant comme d’habitude, ses lunettes de la sécurité sociale sur le nez.

    Je lui ai prêté un livre - Tom Sawyer - dont j’avais parlé en classe et qu’il voulait lire. Il l’a mis, tout content, comme un trésor, dans son cartable. Et puis la porte s’est refermé et il est parti.

    Mardi, on a fait un petit travail d’écriture avec les 4e, à partir de scènes de repas de la littérature. Ça marche toujours bien, on bosse notamment le vocabulaire des 5 sens.

    Je n’étais pas du tout satisfait du travail de R. Quelques lignes d’une extrême platitude. Je le convoque donc à la fin de l’heure pour lui passer un savon. Oui, c’est ma bienveillance à moi quand ils ne foutent rien.

    Il est venu vers mon bureau, avec sa maladroite carcasse, je voyais bien qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas. J’ai fait semblant de finir de corriger une copie avant de relever la tête et de m’intéresser à lui (un truc classique de prof un peu expérimenté).

    Le père de R. vient de perdre son boulot. Il touche le chômage mais il est terrifié. « Alors maintenant, on bouffe des pâtes. Ou du riz. »
    Ainsi, le festin de Babette ou les étals du Ventre de Paris, eh ben ça l’avait démoralisé, R.

    R. a aussi une grande soeur qui pleure pour 5 euros d’APL comme le dit votre distinguée grande gueule O’petit ; c’est pas sûr qu’elle puisse finir ses études. Pourtant, une élève très brillante.

    Bref, c’est pas la fête. Pas grand chose dans la copie mais pas grand chose dans l’assiette non plus et le moral dans les chaussettes. J’ai dit à R. que c’était très chic d’être vegan, très tendance, et ça l’a fait marrer.

    Il avait deux heures de permanence : « Je vous rapporte une bonne rédaction à 17h00, Monsieur ». A la récréation, je suis allé voir la PP de la classe. Pas de mauvaise surprise : l’assistante sociale suivait le dossier.

    J’ai lu la copie de R. à 17h10. C’était pas terrible. Je lui demanderai de refaire son travail. Mais sans l’aider plus que ça, parce que c’est un garçon qui écrit très bien.

    Mercredi (aujourd’hui), rien. Je ne travaille pas au collège. Je corrige des copies, installé dans ma véranda qui surplombe la vallée minière où s’entassent les pauvres gueux. Note : comme vous avez l’air un peu niaises, Mesdames, je précise que c’est une amère plaisanterie.

    Jeudi matin (tout à l’heure), semaine A ou B ? Je ne sais jamais, je sais juste que c’est jeudi et que c’est restitution des dictées. Et c’est, avec les 3eF, un moment que je déteste, quand je dois rendre sa copie à S.

    Pourtant, c’est très chouette les dictées. Ils aiment bien ça, je choisis de beaux textes, parfois on les prépare avant, parfois pas du tout, parfois un peu. Ils en bavent, c’est dur, mais ils progressent. Ils s’en sortent tous plus ou moins bien.

    Enfin pas tous. S. ne s’en sort pas bien du tout. Et elle me regarde un peu de travers quand je rends les résultats, un peu comme si c’était ma faute. Elle progresse aussi mais pas comme elle le voudrait. Elle est passée de 0 à 5. Moi je suis très content d’elle.

    S. est arrivée en France quand elle avait 6 ans. Dans une rédaction, l’an dernier (je l’avais aussi l’an dernier), elle avait écrit un très beau texte qui racontait sa bataille pour apprendre à lacer des chaussures. Avant son arrivée en France, elle n’en avait jamais porté.

    Je me souviens que sa rédaction se terminait par « J’aimerais tant marcher de nouveau dans mes montagnes, sur un sol qui ne me serait pas étranger. » Elle avait souligné le mot étranger (qu’elle avait aussi orthographié « étrangé »)

    Les parents de S. ne savent ni lire ni écrire. Ils parlent à grand peine quelques mots de français. Quand ils viennent en réunion parents-profs, S. assure la traduction. Je la soupçonne de ne pas toujours restituer exactement ce que je dis (elle est maline) mais passons...

    Son père parvient quand même à me dire directement des trucs quand il évoque le petit frère de S. : « Si déconne, tu tapes. » Et je vois S. qui rigole, elle a sans doute en tête une scène où j’en colle une à son frangin. Elle se dit peut-être que ça ne lui ferait pas de mal.

    Bref, S. est une des élèves les plus intelligentes et persévérantes que je connaisse. Je pense qu’elle peut mener son projet au bout, elle veut être prof (bon, là elle est un peu stupide). Mais pour ça, il ne faudra plus faire de fautes.

    Alors, elle y travaille. Elle travaille même très dur et il faut mettre les bouchées doubles car le temps ridicule consacré à l’enseignement du français ne permet plus aux enfants nés en dehors de la langue d’espérer la maîtriser un jour.

    J’espère que demain, quand je vais lui rendre son 5, je pourrai passer 20 minutes avec elle pour reprendre 2 points précis. Mais elle a 27 condisciples : ce sont les budgets que vous votez.

    J’espère surtout qu’un jour, S., M. et R. auront été suffisamment instruits par mes soins et ceux de mes collègues pour vous cracher très convenablement à la gueule que la misère sociale, c’est vous, les politiques, qui la fabriquez.

    J’espère que vous descendrez alors de vos carrosses et que vous salirez vos jolies robes.

    Dans l’immédiat, gardez vos leçons de dame patronnesse pour vous et croyez bien que les enseignants, tout comme les policiers ou le personnel hospitalier, ont une parfaite conscience des réalités sociales vécues par ceux qu’ils instruisent, protègent ou soignent.

    Au sujet du rapport Bergé http://www.lcp.fr/actualites/les-enseignants-sont-ils-deconnectes-de-la-realite

    #éducation #instruction #mépris_de_classe

  • Le #CNED demande d’éviter de citer Wikipédia !
    http://www.dsfc.net/logiciel-libre/multimedia/le-cned-demande-d-eviter-de-citer-wikipedia

    Certains enseignants de l’ESPE semblent toujours n’avoir pas compris qu’avec Wikipédia, nous sommes entrés de plein pied dans une société du partage des savoirs et de la connaissance.

    #Multimédia #Concours_de_professeur_des_écoles #ESPE #Professeur_des_écoles #Wikimédia #Wikipedia

  • Le métier d’enseignant attire toujours mais des problèmes de #recrutement subsistent
    https://www.mediapart.fr/journal/france/071116/le-metier-d-enseignant-attire-toujours-mais-des-problemes-de-recrutement-s

    Dans un rapport sur l’attractivité du métier d’enseignant publié lundi 7 novembre, le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) dément toute #pénurie de recrutement généralisée, mais il met en évidence des problèmes localisés persistants.

    #France #éducation #professeurs

  • Au sujet des profs qui tweetent plus qu’ils ne publient, mais cette tendance peut être étendue à d’autres domaines...

    “When did it become acceptable to use your phone throughout a lecture, let alone an entire conference? No matter how good you think you are at multitasking, you will not be truly focusing your attention on the speaker, who has no doubt spent hours preparing for this moment.”

    I’m a serious academic, not a professional Instagrammer
    The Guardian, le 5 août 2016
    https://www.theguardian.com/higher-education-network/2016/aug/05/im-a-serious-academic-not-a-professional-instagrammer

    #Professeurs #tweeter #médias_sociaux #foutage_de_gueule

  • En #Seine-Saint-Denis, des milliers d’élèves du primaire se retrouvent sans enseignant
    https://www.mediapart.fr/journal/france/170216/en-seine-saint-denis-des-milliers-deleves-du-primaire-se-retrouvent-sans-e

    Dans le département le plus défavorisé de #France, environ sept mille élèves du primaire se retrouvent souvent sans professeur ni remplaçant. Les jeunes sont répartis dans d’autres classes, mais les parents ne supportent plus ces pis-aller et réclament des solutions pérennes.

    #éducation #professeurs #remplaçants

  • En #Seine-Saint-Denis, les parents inquiets des scolarités à trous
    https://www.mediapart.fr/journal/france/170216/en-seine-saint-denis-les-parents-inquiets-des-scolarites-trous

    Dans le département le plus défavorisé de #France, des classes entières se retrouvent de plus en plus souvent sans professeur ni remplaçant. Les élèves sont répartis dans d’autres classes, mais les parents ne supportent plus ces pis-allers et réclament des solutions pérennes.

    #éducation #professeurs #remplaçants

  • qu’à-t-on appris à l’école de l’actualité aujourd’hui ?

    https://www.youtube.com/watch?v=Wf5Jn8O3s0c

    What Did You Learn in School Today ? - #Pete_Seeger, Tom Paxton, 1964

    What did you learn in school today,
    Dear little boy of mine?
    What did you learn in school today,
    Dear little boy of mine?

    I learned that Washington never told a lie.
    I learned that soldiers seldom die.
    I learned that everybody’s free,
    And that’s what the teacher said to me.
    Chorus
    That’s what I learned in school today,
    That’s what I learned in school.

    What did you learn in school today,
    Dear little boy of mine?
    What did you learn in school today,
    Dear little boy of mine?
    I learned that policemen are my friends.
    I learned that justice never ends.
    I learned that murderers die for their crimes
    Even if we make a mistake sometimes.
    Chorus

    What did you learn in school today,
    Dear little boy of mine?
    What did you learn in school today,
    Dear little boy of mine?
    I learned our Government must be strong;
    It’s always right and never wrong;
    Our leaders are the finest men
    And we elect them again and again.
    Chorus

    What did you learn in school today,
    Dear little boy of mine?
    What did you learn in school today,
    Dear little boy of mine?
    I learned that war is not so bad;
    I learned about the great ones we have had;
    We fought in Germany and in France
    And someday I might get my chance.
    Chorus

    #soldats #Professeurs #police #gouvernement #guerre

  • Tiens tiens, ça me rappelle une réponse que j’ai donnée à un des profs dans le département où je travaille... Et qui m’avait dit : « Tu sais Cristina, on va probablement baissé le salaire de chargé de cours, mais de toute façon, les chargés de cours de l’uni de Genève sont parmi les mieux payés au monde »... et je lui avais justement répondu avec le titre de cet article...
    Les profs d’uni suisses sont les mieux payés au monde

    Selon une comparaison internationale realisée pour la NZZ am Sonntag, les universités suisses rétribuent leurs enseignants quasiment deux fois plus que les allemandes

    http://www.letemps.ch/Page/Uuid/de148c40-a288-11e1-b46c-1169b052ad18/Les_profs_duni_suisses_sont_les_mieux_pay%C3%A9s_au_monde
    #salaire #professeurs #université #suisse

  • Le Parlement européen convoité par les eurosceptiques allemands
    http://fr.myeurop.info/2014/05/20/parlement-europeen-cible-eurosceptiques-allemands-AFD-13881

    Delphine Nerbollier

    En #Allemagne, les eurosceptiques de l’’AFD (Alternative für Deutschland) espèrent obtenir des sièges au Parlement européen. Un #parti « d’experts » flirtant parfois avec le #populisme.

    Les distributions de tracts se multiplient. lire la suite

    #Société #INFO #Union_européenne #AFD #Angela_Merkel #Berlin #conservateur #CSU #droite #élection #election #élection_européennes_2014 #Europe #KWD #Professeur

  • Les iPads menacent la santé mentale des enfants
    http://fr.myeurop.info/2014/04/16/les-ipads-menacent-la-sante-mentale-des-enfants-13650

    Ludovic Clerima

    Dès la maternelle les jeunes Anglais, accros aux tablettes et smartphones, sont incapables de se reconnecter au monde réel. Manque d’attention, troubles obsessionnels : les #professeurs au #Royaume-Uni tirent la sonnette d’alarme.

    Outre-Manche, les professeurs sont inquiets. lire la suite

    #REVUE_DU_WEB #Société #école #enfant #enseignants #Ipad #maternelles #numérique #smartphone #tablette

  • La Grande-Bretagne surpaye ses bons profs 
    http://fr.myeurop.info/2014/01/03/grande-bretagne-surpaye-ses-profs-12813

    Ludovic Clerima

    Le portefeuille des #enseignants britanniques grossira-t-il ces prochaines années ? C’est ce qu’affirme un rapport paru aujourd’hui. Comptez 70.000 £ (84.000 €) après cinq ans de métier. De quoi faire naître des vocations et des envieux en #France.

    Les #professeurs seront-ils les nouveaux riches de demain au #Royaume-Uni ? lire la suite

    #REVUE_DU_WEB #Société #INFO #argent #collèges #écoles #éducation #lycées #salaires

  • Le dernier cours du #libéral #chinois Xia Yeliang

    Économiste libéral chinois, le #professeur Xia Yeliang se heurte depuis plusieurs années aux autorités chinoises pour ses critiques contre la politique du #gouvernement. L’ #université de #Pékin vient de se séparer de ce professeur, qui espère gagner l’étranger librement.

    La révolution des moeurs politico-économiques ne semble pas à l’ordre du jour, tout du moins, si elle se fait en dehors du cadre du PCC.

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20131227trib000802921/le-dernier-cours-du-liberal-chinois-xia-yeliang.html

    Revue de Presse Hebdomadaire sur la Chine du 30/12/2013

  • Gustavo Montes: #portrait d’un prof espagnol en #colère
    http://fr.myeurop.info/2013/07/18/gustavo-montes-portrait-d-un-prof-espagnol-en-col-re-11598

    Grégory Noirot

    Economiser 3 milliards d’euros par an dans l’éducation : c’est le pari de l’austérité lancé par le gouverment Rajoy. Les coupes sèches n’épargnent ni les étudiants ni le corps enseignant espagnols. Pour myeurop, Gustavo Montes, prof d’université, partage ses coups de gueule et ses batailles. (...)

    #Portraits #Société #Politique #Espagne #austérité #Bourses #crise #étudiants #frais_d'inscription #Politique_éducative #Professeur #université

  • Ricardo Montes: #portrait d’un prof espagnol en #colère
    http://fr.myeurop.info/2013/07/18/ricardo-montes-portrait-d-un-prof-espagnol-en-col-re-11598

    Grégory Noirot

    Economiser 3 milliards d’euros par an dans l’éducation : c’est le pari de l’austérité lancé par le gouverment Rajoy. Les coupes sèches n’épargnent ni les étudiants ni le corps enseignant espagnols. Pour myeurop, Gustavo Montes, prof d’université, partage ses coups de gueule et ses batailles. (...)

    #Portraits #Société #Politique #Espagne #austérité #Bourses #crise #étudiants #frais_d'inscription #Politique_éducative #Professeur #université

  • L’état, le pouvoir,le socialisme de #Nicos_Poulantzas enfin réédité par la remarquable maison d’édition #les_Prairies_Ordinaires
    http://www.nonfiction.fr/article-6612-

    L’ouvrage de Poulantzas proprement dit s’organise quant à lui en cinq temps. Dans une introduction essentielle à la compréhension de sa démarche, l’auteur précise le sujet d’EPS, qui représente une tentative de #théorisation non pas de l’#Etat (chose impossible selon lui) mais de l’Etat #capitaliste (chose rendue possible par la séparation que le capitalisme suppose entre l’Etat et l’espace économique des #rapports de #production). Cette tentative est justifiée par le caractère insatisfaisant des approches existantes, qui considèrent soit que l’Etat est une institution neutre et préexistante aux #classes #sociales, soit que les classes dominantes le modèlent et en usent à leur goût. Poulantzas s’attache plutôt à démontrer que « toutes les actions de l’Etat ne se réduisent pas à la #domination politique, mais n’en sont pas moins constitutivement marquées » . Dans la même veine, il affirme que cet Etat ne reproduit pas sa domination seulement grâce à la #coercition et à la diffusion d’une #idéologie. Cela supposerait une pratique et un discours unifiés de la part d’appareils voués à l’une ou l’autre fonction, ce qui ne correspond pas à la #réalité. En effet, l’Etat est perméable aux #luttes de #pouvoir qui le débordent constamment, ce qui d’une part empêche l’unification de son discours et de sa pratique, et d’autre part explique qu’il produise aussi des « mesures positives » à l’égard des classes #subalternes. Tentant de résumer sa position théorique et en quoi elle se distingue du #marxisme-léninisme comme des approches wéberienne et foucaldienne, Poulantzas affirme que « contre toute conception en apparence #libertaire ou autre, […] l’Etat a un rôle constitutif non seulement dans les rapports de production et les pouvoirs qu’ils réalisent, mais dans l’ensemble des relations de pouvoir, à tous les niveaux. En revanche, contre toute conception #étatiste, […] ce sont les luttes, #champ premier des rapports de pouvoir, qui détiennent toujours le primat sur l’Etat » .

    Biographie de l’auteur :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicos_Poulantzas

    En #Grèce, il fait des études de #droit durant les années 1950 ; il est actif dans le mouvement étudiant et rejoint l’#EDA (Alliance démocratique grecque), organisation légale émanant du Parti #communiste grec, alors interdit1.
    Il vient en #France en 1960 et y obtient un doctorat en philosophie du droit. Il devient #professeur à l’université Paris 8, où il enseigne la #sociologie de #1968 à sa mort. Durant les années 1960, il est membre du PC grec, et, après la scission intervenue en 1968 suite à l’établissement de la #dictature, du Parti communiste grec de l’Intérieur2.
    Ses travaux renouvellent et approfondissent considérablement ceux de #Marx , #Lénine , #Gramsci , et portent notamment sur le rôle complexe et multiple de l’État dans les sociétés occidentales, les caractéristiques de la « nouvelle petite #bourgeoisie », la problématique de la #division #travail #intellectuel - travail #manuel . Opérant une distinction fondamentale entre l’appareil d’Etat et le pouvoir d’Etat, Poulantzas met en lumière les multiples fonctions dudit Etat ainsi que les rapports de force et les contradictions qui s’y manifestent.
    Vers la fin des années 1970, après la chute des dictatures portugaise (1974), grecque (1974) et espagnole (1978) , Nicos Poulantzas tente d’esquisser les contours théoriques d’une voie originale vers un #socialisme démocratique, proche des conceptions de l’eurocommunisme. Ses contributions sur ce thème ont été recueillies après sa mort dans Repères et sont précisées de façon plus systématique dans L’État, le pouvoir, le socialisme.
    Après plusieurs mois de dépression, il se suicide en octobre 1979 depuis la Tour Montparnasse de #Paris3.

    #Marxisme #Philosophie #Politique #Sciences_politiques #livre

  • Un mythe increvable : la « révolution #numérique à l’école »

    Dans le Libé de lundi, interview croisée de Vincent Peillon et Michel Serres sur « la place de l’ordinateur à l’école ».
    http://www.liberation.fr/societe/2013/06/09/avec-le-numerique-le-prof-se-recentre-sur-le-coeur-du-metier_909521

    On ne peut constater qu’avec étonnement comment est reprise sans aucun recul la vieille idée selon laquelle #internet et le #multimédia chamboulerait nécessairement la relation pédagogique, l’élève devenant plus autonome, actif, et le prof devant se détacher du rôle de « celui qui sait » pour être davantage un « accompagnateur ».
    Ces idées étaient déjà présentes aux balbutiements d’internet, et quinze ans après on aurait pu penser qu’on aurait pris un peu de distance par rapport au mythe. Mais non. Quelques exemples.

    - 2013 :

    Cela change le rapport au savoir, le #professeur n’en étant plus le seul détenteur ?

    V.P. : Autrefois, en effet, le maître en était le dépositaire et sa mission était de transmettre des savoirs que l’élève ne pouvait acquérir autrement. Aujourd’hui, l’élève peut accéder à des #savoirs ailleurs.

    (...) Et que devient l’enseignant ?

    V.P. : Sa tâche première est d’aider à réfléchir les savoirs, à les construire. Venez voir un cours de géographie bien fait avec le numérique. Je peux superposer plusieurs cartes à différentes périodes, avec les évolutions géologiques et industrielles. Si je prends Narbonne en 1930 et en 1978, je peux voir comment la ville s’est industrialisée, où sont implantés les nouveaux bâtiments, comment les lieux ont évolué physiquement et humainement.

    - 1997 :

    « L’enseignant n’est plus celui qui sait tout mais celui qui permet d’accéder au savoir par toutes sortes de moyens (...) » ( "Planète multimédia, le guide", Hors-Séries Challenges , novembre-décembre 1997, p.130).
    « les profs ne seront plus la référence unique des élèves : ils les aideront à trier une masse énorme de #données » (Comment Internet change la france, dossier de L’Expansion, mars 1998 p.62)
    « Les nouvelles technologies peuvent sortir les professeurs se leur fonction traditionnelle qui était de dicter et de communiquer des informations aux élèves. Les professeurs vont vraiment éduquer, c’est-à-dire structurer l’apprentissage des étudiants pour qu’ils gèrent eux-mêmes leurs nouveaux acquis ». ( Ibid )

    Les nouvelles technologies devraient également permettre de faire évoluer l’acte d’enseigner « qui n’a pas varié au cours des millénaires », l’enseignant ne donnant plus des cours magistraux mais devenant « un coordinateur, un conseiller » (Propos de Claude Allègre, rapportés par une dépêche AFP du 24 août 1998)

    - 2013 :

    (Michel Serres) Dans l’enseignement traditionnel, l’élève qui écoute le professeur est en position passager. Face à l’ordinateur, il est en position conducteur. Et le corps ne trompe pas. En position active, l’entendement est actif. En position passive, il est passif. Les sciences cognitives le confirment : la lecture et l’écriture n’excitent pas les mêmes neurones dans le cerveau quand il s’agit d’une page ou d’un écran.

    - 1997 :

    « Le multimédia brise le schéma traditionnel de l’organisation de la #classe. Il exige un travail en atelier, impliquant un rôle actif de l’élève. Au-delà de la simple utilisation de la machine, il crée une véritable révolution, qui n’est pas sans rappeler les idées hier d’avant-garde du pédagogue français Célestin Freinet : travail en groupe, autonomie des enfants et progression individualisée des cours » ( L’Express , 4-12 décembre 1997, p. 88)

    Etonnant, non ?
    #ecole

    • Et ? Internet ne chamboulerait pas la position du prof ? Simplement parce qu’on le dit depuis le début ? Avez-vous donné un cours récemment ? :)

    • Non, je ne suis pas un pédagogue ;=) Mais il ne m’a pas semblé que la mutation prophétisée il y a 15 ans ait eu lieu ; que je sache, les élèves ne se sont pas transformés en aventuriers du savoir construisant leurs savoirs en toute autonomie face à leur ordinateur, avec l’appui ponctuels de profs-conseillers les aidant à trier l’info. Ca ne veut pas dire qu’Internet n’a rien changé ou ne sert à rien, bien entendu !
      Je m’interroge simplement sur les raisons qui font qu’on annonce, contre toute évidence, qu’une technologie va forcément tout chambouler, tout remettre en question - alors que le changement, si changement il y a, ne sera forcément que progressif et circonscrit.
      Peillon et Serres ont-il rencontré des élèves récemment ;=) ?

    • Pour ma part, je pense que le changement a commencé avec la machine à calculer. :) Fin des années 80, la question était « doit-on les autoriser lors des examens ». Il s’avère que peu à peu, même si ce n’est pas une révolution brutale, les technologies influencent la pédagogie. Aujourd’hui, les examens (Bac compris) sont moins accès sur la mémoire pure et plus sur l’analyse de documents à disposition, avec accès aux outils. Internet amplifie selon moi le fait qu’il faut apprendre à trouver son chemin et que l’enseignant est là pour être un guide. La difficulté est que la temporalité entre l’évolution des usages du numériques et la capacité d’adaptation du système éducatif n’est pas la même...
      Mais il semble qu’il y ait vraiment quelque chose de positif à exploiter ~ http://etudiant.lefigaro.fr/les-news/actu/detail/article/les-etudiants-qui-twittent-ont-de-meilleures-notes-314 (par exemple). Je pense que tout le monde est d’accord là dessus.

  • Le #redoublement en voie de disparition
    http://fr.myeurop.info/2013/06/10/le-redoublement-en-voie-de-disparition-9915

    Alexandre Sommer

    A l’heure des conseils de classe de fin d’année, les #parents s’inquiètent de l’orientation de leur progéniture à la rentrée prochaine. Passage en classe supérieure ou redoublement conseillé ? Dans certains pays d’#Europe, la question ne se pose plus.

    Ce n’est pas un secret. (...)

    #EUROFOCUS #Allemagne #Bulgarie #Finlande #France #Irlande #Islande #Liechtenstein #Norvège #Royaume-Uni #école #professeurs #Réforme_de_l'école #Vincent_Peillon

    • Notons aussi que, comme indiqué dans l’article, ailleurs, en Europe, les grandes villes définissent jusqu’aux conditions de la scolarité des élèves et notamment les règles applicables au redoublement.

      Ce qui me semble bien montrer où se situe le problème : un corps enseignant qui s’accroche à son dernier pouvoir de nuisance, celui de hiérarchiser les élèves, volonté dont les autres aspects sont le caractère ubuesque et surréaliste des examens du brevet et des innombrables bacs à options.

    • Le redoublement… à la fois un symptôme de nos dysfonctionnements et un faux-débat comme nous les aimons tant, en tout cas un point de cristallisation de tous nos travers…

      1. Pédagogie. Toutes les études montrent, ici ou ailleurs, qu’en général redoubler ne sert à rien.
      2. Économie budgétaire. Les redoublants coûtent cher et il faut faire des économies, n’est-ce pas.
      3. Thermomètre institutionnel. La France championne du redoublement, ce n’est qu’un des symptômes d’un système élitiste et sclérosé. Faut-il traiter le symptôme ou la maladie ?
      4. Thermomètre individuel. Le redoublement sanctionne de trop grandes difficultés d’apprentissage et/ou une inadéquation avec le système scolaire. Lorsqu’un élève redouble, en général, il refait la même chose avec les mêmes difficultés et/ou la même inadaptation, s’ennuie (encore plus), intègre son échec et se construit autour. Mais si les redoublements sont interdits, alors, l’élève passe en classe supérieure, ses difficultés scolaires augmentent, son inadaptation aussi, il se structure autour de celles-ci, et fini par sortir d’un parcours scolaire où rien ne fut possible… et donc :
      5/ Faux-débat. La question n’est pas tant celle du redoublement que de l’accompagnement des élèves en difficulté. S’il redouble, que lui propose-t-on d’autre que de refaire son année ? S’il passe que lui propose-t-on d’autre qu’un naufrage à plus ou moins court terme ? Proposer d’interdire le redoublement est du bon sens. Interdire le redoublement est hypocrite. Car, au final, dans un cas comme dans l’autre : quelles aides ? quelles perspectives ? quels appuis pour remettre l’élève en réussite ? quels chemins différenciés pour atteindre la même destination que les autres mais autrement ?
      Bin rien, parce que tout cela coûte cher aussi et que dans la période actuelle, il y a peu de chances que les économies faites sur des redoublements inefficaces soient redéployées pour financer une aide efficace aux élèves en difficulté.
      [NB : dans cet article, rien ne nous est dit de ce qu’il advient des élèves en difficulté qui ne redoublent donc pas, sauf en Finlande et en Norvège où du « soutien scolaire » est prévu. Et pourtant, tout est là.]

  • Tyler DeWitt: Hey science teachers — make it fun | Video on TED.com
    http://www.ted.com/talks/tyler_dewitt_hey_science_teachers_make_it_fun.html

    Tyler DeWitt recognizes that textbooks are not the way to get young people interested in science. Instead, he teaches science by making it fun and fantastical.

    High school science teacher Tyler DeWitt was ecstatic about a lesson plan on bacteria (how cool!) — and devastated when his students hated it. The problem was the textbook: it was impossible to understand. He delivers a rousing call for science teachers to ditch the jargon and extreme precision, and instead make science sing through stories and demonstrations.

    #éducation #sciences #fun #école #professeur #TED

    • il y a pas un logiciel open source pour extraire les phrases d’un texte et les chercher sur google… ? je sais que les facs paient très cher pour des logiciels de ce type, « assurance » contre « plagiat », mais ça pourrait avoir aussi des usages plus nobles

    • Le commentaire de Philippe Watrelot (http://philippe-watrelot.blogspot.fr) à propos de cet article pour alimenter le débat :

      Ma réaction est globalement négative. Si on peut éventuellement admettre que l’intention de cet enseignant vis-à-vis de ses élèves "n’était pas de les punir", comme il le dit lui même, ça ressemble quand même pas mal à un piège..
      De même lorsqu’il écrit "je leur ai démontré que, davantage que la paresse, c’est un manque cruel de confiance en eux qui les pousse à recopier ce qu’ils trouvent ailleurs" , je ne suis pas sûr qu’au final cela leur donne vraiment confiance dans l’enseignement et dans les adultes qui s’amusent à ce petit jeu...
      Mais surtout cela le conduit à des conclusions que je ne partage pas du tout.
      L’auteur conclut en effet que "les élèves au lycée n’ont pas la maturité nécessaire pour tirer un quelconque profit du numérique en lettres" et qu’il ne croit pas à une “moralisation possible du numérique à l’école”. Je crois qu’il se trompe. D’abord parce qu’il ne s’est pas donné les moyens de les initier/éduquer au numérique. Ensuite parce qu’un enseignant qui fait l’hypothèse que ses élèves ne sont pas capables d’apprendre n’est pas un vrai enseignant.
      Enfin, il a joué avec eux (en y passant beaucoup de temps !) de manière très cynique et perverse comme un savant fou jouerait avec des rats de laboratoire. C’est détestable. Et absolument pas pédagogique.
      Et puis enfin ce n’est pas le numérique qui est en cause mais la marchandisation des rapports humains. Quand j’étais gamin et même ado, il y a très longtemps, alors que le numérique n’existait pas et qu’on avait même pas de calculatrice (la règle à calcul et les tables de trigo , vous vous rappelez...), il y avait déjà des élèves qui vendaient des devoirs tout faits à d’autres. Et le numérique n’intervenait pas du tout là dedans…
      Mon sentiment de malaise à l’égard de ce récit s’est trouvé renforcé lorsque je me suis rendu compte que son auteur en faisait la promotion sur le fameux forum “néo-profs”.
      Un commentaire quelque lignes plus bas exprimait la satisfaction d’un des lecteurs de forum en ces termes : “Cynique et sadique, je suis fan !"
      Tout est dit…

    • Il y a quand même évidemment le problème de la remise en question et la vérification des sources, y compris (et surtout ?) lorsqu’il s’agit de Wikipedia. Alors, oui, ça vaut pour tous les medias, mais en l’occurrence c’est le web qui est utilisé, massivement.
      Il y a quelques années, j’avais fait « tenir » l’absurde contenu de http://wiki.ardkor.com/Candide pendant 24 jours sur la page « Candide » de Wikipedia.
      En 24 jours, et sur un ouvrage autant étudié, je suis sûr qu’il y a au moins un ou deux élèves qui ont violemment perplexifié leur correcteur, avec mes âneries.

      Bon, la méthode employée par l’auteur de l’article me semble légèrement plus fourbe que mon parpaing potache, en effet.

      @Fil http://www.copyscape.com n’est pas exactement ce que tu décris, mais peut aider, parfois.

    • @michel : comme @bob_ardkor, je pense que le job d’un prof est d’éduquer et en ce sens, sa démonstration est imparable : de la nécessité du doute dans la démarche de l’apprentissage et de la capacité à trier dans l’abondance d’info du Net.
      Je ne pense pas à un piège, mais plutôt à une démonstration nécessaire. S’il avait dit : « ne pompez pas sur le Net, pensez ! » et « si vous vous documentez sur le Net, pensez à vérifier l’info et à recouper vos sources et surtout, continuez à penser par vous-mêmes », je pense que l’impact pédagogique aurait été à peu près nul.

      Je pense au contraire que ce prof a eu raison. J’ai bon espoir qu’une bonne partie de ses élèves aura une approche plus intelligente de l’information en général et de ce que l’on peut trouver sur Internet, en particulier. Et par les temps qui courent, c’est une démarche salutaire.

    • @heautontimoroumenos tout a fait d’accord, de plus nous pouvons relever dans « La morale de l’histoire », ceci : "Leur servitude à l’égard d’internet va même à l’encontre de l’autonomie de pensée et de la culture personnelle que l’école est supposée leur donner." tiens ! L’école républicaine autonomise les élèves maintenant ? Peut être devrions nous rappeler dans quel but celle ci a été crée.
      Sinon passer un été pour préparer un piège minable de ce genre ....

      #professeur #solitude #bon_esprit

    • Je reproduis ici les commentaires d’un ami prof sur un autre réseau :

      J’ai ensuite montré que tout contenu publié sur le web n’est pas nécessairement un contenu validé, ou qu’il peut être validé pour de basses raisons qui relèvent de l’imposture intellectuelle.

      Je vois pas bien en quoi il s’agit d’une spécificité du contenu numérique. Tu peux faire la même critique de la légitimité du savoir avec l’industrie du livre, qui est tout simplement plus ancienne.

      Et enfin je leur ai démontré que, davantage que la paresse, c’est un manque cruel de confiance en eux qui les pousse à recopier ce qu’ils trouvent ailleurs, et qu’en endossant les pensées des autres ils se mettent à ne plus exister par eux-mêmes et à disparaître.

      je ne savais pas qu’on demandait à des élèves de 1ère de créer du savoir, j’aimerais bien savoir si l’auteur en question en crée du savoir... ‎

      Pour ma part je ne crois pas du tout à une moralisation possible du numérique à l’école

      Il n’est pas question de « moraliser le numérique » (je ne sais pas ce que ça veut dire), mais d’arrêter d’infantiliser les élèves et de les faire participer de manière critique à l’élaboration du savoir.

    • Je ne vois absolument pas ce qu’il y a de cynique là-dedans.

      Et ce n’est pas parce que ce prof a fait ça pendant l’été, qu’il a fait ça tout l’été.

      Et il ne dit absolument pas que ces élèves ne sont pas capables d’apprendre ! Il constate juste, factuellement, que là-tout-de-suite-maintenant, ces élèves-là de première n’ont pas la maturité nécessaire à utiliser correctement cet outil. Ça ne signifie en aucun cas qu’ensuite on ne peut pas leur apprendre, et encore moins qu’on ne peut pas l’apprendre en amont avant le lycée. Seulement, là pour l’instant, ce n’est pas le cas.

      Et c’est un professeur de littérature, ce n’est pas à lui de passer des heures/semaines/etc à apprendre aux jeunes à utiliser internet. Le temps n’est pas extensible. Leur apprendre à être critique et à recouper des sources, en général (pas spécialement pour internet), ça oui par contre.

      Et ce n’est pas parce que c’était « pareil avant avec les livres » que ce n’est pas pire maintenant avec Internet. Pour les populations numérisées (une grande partie des lycéens donc, dans notre société française) aller chercher un commentaire de texte est immensément plus facile et plus rapide, aussi bien chez eux (ou même dans un cybercafé s’ils font partie de ceux qui ne l’ont pas chez eux) ou même directement sur leur téléphone mobile, que du temps (encore récent) où il n’y avait que les livres et la bibliothèque municipale. Ça ne veut rien dire le « c’était pareil avant » : il y a des différences à la fois en terme d’échelle et en terme de qualité (pas dans le sens « bien ou mal » mais dans le sens que ce n’est pas le même contenu) que je trouve flagrante.

      #réactionnaire

    • Alors, oui, la charge contre le numérique est ridicule, alors oui, de bonnes âmes peuvent s’élever contre le procédé (et en poussant le bouchon, on pourrait même le qualifier d’escroquerie au sens pénal puisque ce prof a employé des manoeuvres frauduleuses et a probablement été rémunéré pour les fausses dissertations qu’il avait déposées sur les sites payants), alors oui l’école ne développe pas l’autonomie des élèves mais justement je rejoins totalement @RastaPopoulos : enfin un enseignant qui a bossé pour que des élèves aient un tantinet de regard critique sur le monde qui les entoure, qu’ils se posent des questions par eux-mêmes. Et des lycéens qui font l’expérience que la figure incarnant l’autorité peut sciemment les tromper, n’est-ce pas une bonne base à l’empirisme ?

    • Je trouve sa démarche limite. Vient-il de découvrir comme par magie que les élèves trichent ? Avant on se refilait des copies des élèves des années précédentes, maintenant on va sur le web... Quelle différence ?

      Le couplet sur « les élèves ne sont pas assez grands pour aller sur le web » est d’un crétinisme ahurissant. Je vais sur le web depuis que j’ai 12 ans et c’est d’ailleurs le web qui est à l’origine de la plus grande partie de mon savoir, parce que l’école elle m’a pas vraiment appris grand chose. Ça ne m’a pas empêché de me faire piéger par de fausses infos dans des livres, ou sur le web, ni d’apprendre par la suite que le web est aussi le meilleur moyen de discuter et combattre ces fausses pistes.

      Franchement ces discours à la con du genre « les jeunes sont pas matures machin » ça me fout la gerbe, c’est la même connerie que « ah les jeunes de mon temps ben il étaient mieux quand même » et révèle l’incompréhension permanente entre générations.

    • @baroug c’est toi la truie ! Employé au figuré (pas pour un fruit quoi) la « maturité » sur un sujet précis, c’est comme la « majorité » : on est majeur de quelque chose, c’est relatif. Un enfant peut donc très bien être assez mâture pour parler de tel ou tel sujet. Et là en l’occurrence l’auteur de la blague ne parlait pas de maturité dans l’absolu mais sur un sujet précis.